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title: "Polynômes"
book: "Mathématiques universitaires — Licence 1"
subject: math
language: fr
chapter: 8
exercises: 12
source: https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/8-polynomes
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# Chapitre 8 — Polynômes

Les [polynômes](#def-b1-poly-def) sont les fonctions préférées de l’algébriste — sauf qu’ils ne sont pas traités ici comme des fonctions, mais comme des expressions formelles en une indéterminée $X$, que l’on additionne et multiplie selon les règles d’un [anneau](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-ring) commutatif. La théorie est étonnamment parallèle à celle du [Chapitre 6](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#ch-b1-arith) : une division euclidienne, un PGCD et des relations de Bézout, des éléments irréductibles et une factorisation unique. Dans tout ce chapitre, $K$ désigne $\Q$, $\R$ ou $\C$.

## 8.1 L’anneau $K[X]$

**Définition 8.1 (Polynôme, degré).**

Un *polynôme* à coefficients dans $K$ est une somme formelle

$$
P = a_0 + a_1 X + a_2 X^2 + \dots + a_n X^n
= \sum_{k} a_k X^k,
$$

avec $a_k \in K$ tous nuls à partir d’un certain rang. Munie de l’addition naturelle et du produit

$$
\Bigl(\sum_i a_i X^i\Bigr)\Bigl(\sum_j b_j X^j\Bigr)
= \sum_k \Bigl(\sum_{i+j=k} a_i b_j\Bigr) X^k,
$$

l’[ensemble](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-sets) $K[X]$ est un [anneau](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-ring) commutatif. Le *degré* $\deg P$ de $P \neq 0$ est le plus grand $n$ tel que $a_n \neq 0$ ; $a_n$ en est le *coefficient dominant* ($P$ est *unitaire* lorsque $a_n = 1$), et par convention $\deg 0 = -\infty$. Tout polynôme définit une fonction $x \mapsto P(x)$ sur $K$ par substitution.

**Proposition 8.2 (Règles de degré ; anneau intègre).**

Pour $P, Q \in K[X]$ :

$$
\deg(P + Q) \leq \max(\deg P, \deg Q),
\qquad
\deg(PQ) = \deg P + \deg Q .
$$

Par conséquent $K[X]$ est un [anneau intègre](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field), et ses inversibles sont les constantes non nulles.

**Démonstration.** La règle de la somme est claire (les coefficients au-delà du maximum sont nuls). Pour le produit, soient $a_m$ et $b_n$ les coefficients dominants : le coefficient de $X^{m+n}$ dans $PQ$ vaut $a_m b_n \neq 0$ ($K$ est un [corps](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field), donc un [anneau intègre](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field)), et tous les coefficients d’indice supérieur sont nuls. Si $P, Q \neq 0$, alors $\deg PQ = \deg P
+ \deg Q \geq 0$, donc $PQ \neq 0$ : l’[anneau](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-ring) est intègre. Si $PQ = 1$, alors $\deg P + \deg Q = 0$ impose $\deg P = \deg Q = 0$ : les éléments inversibles sont les constantes inversibles, c’est-à-dire tout $K^*$. ∎

**Théorème 8.3 (Division euclidienne).**

Soient $A, B \in K[X]$ avec $B \neq 0$. Il existe exactement un couple $(Q, R)$ de [polynômes](#def-b1-poly-def) tel que

$$
A = BQ + R, \qquad \deg R < \deg B .
$$

**Démonstration.** *Existence*, par récurrence forte sur $\deg A$. Si $\deg A < \deg
B$, on prend $(Q, R) = (0, A)$. Sinon, écrivons $A = a X^m + \dots$, $B
= b X^n + \dots$ avec $m \geq n$ ; le [polynôme](#def-b1-poly-def) $A_1 = A - \frac ab
X^{m-n} B$ est de degré $< m$ (les termes dominants se simplifient), donc par récurrence $A_1 = BQ_1 + R$ avec $\deg R < \deg B$, et $A =
B(Q_1 + \frac ab X^{m-n}) + R$.

*Unicité* : si $BQ + R = BQ' + R'$, alors $B(Q - Q') = R' - R$ avec $\deg(R' - R) < \deg B$ ; la règle de degré impose $Q - Q' = 0$, puis $R = R'$. ∎

**Exemple 8.4.**

Divisons $A = X^4 + X^3 - 2X + 1$ par $B = X^2 + 1$ :

$$
X^4 + X^3 - 2X + 1 = (X^2 + 1)(X^2 + X - 1) + (-3X + 2).
$$

(Le calcul : on retranche $X^2 B$, puis $X B$, puis $-B$ ; le reste $-3X + 2$ est de degré $1 < 2$.)

**Méthode 8.5 (Schéma de Horner).**

Pour évaluer $P = a_nX^n + \dots + a_0$ en $x$, ou pour diviser $P$ par $X - x$, on évite de calculer les puissances : on lit les coefficients de gauche à droite, et on itère *multiplier par $x$, ajouter le coefficient suivant* :

$$
b_n = a_n, \qquad b_{k} = a_{k} + x\,b_{k+1}
\quad (k = n-1, \dots, 0) .
$$

Alors $b_0 = P(x)$, et les $b_k$ précédents sont les coefficients du quotient : $P = (X - x)(b_nX^{n-1} + \dots + b_1) + b_0$ (développer et comparer). Exemple : $P = X^4 - 5X^3 + 6X^2 + 4X - 8$ en $x =
2$ : les $b$ valent $1, -3, 0, 4, 0$, donc $P(2) = 0$ et $P =
(X-2)(X^3 - 3X^2 + 4)$ — une ligne au lieu d’une division posée, et $n$ multiplications au lieu des $\approx n^2/2$ de l’évaluation naïve. En itérant le schéma au même point, on extrait les [multiplicités](#def-b1-poly-derivative) (comparer avec l’[Exemple 8.12](#ex-b1-poly-multexample)).

**Remarque 8.6 (Arithmétique de K[X]K[X]K[X]).**

La division euclidienne acquise, toute l’arithmétique du [Chapitre 6](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#ch-b1-arith) se transporte à $K[X]$, avec les mêmes démonstrations, le degré jouant le rôle de la valeur absolue : PGCD (normalisé [unitaire](#def-b1-poly-def)), [algorithme d’Euclide](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#met-b1-arith-euclid) étendu, théorème de Bézout, [lemme de Gauss](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#thm-b1-arith-gauss), [polynômes](#def-b1-poly-def) irréductibles et factorisation unique. Nous utiliserons librement ces résultats transportés, et l’[Exercice 8.6](#exo-b1-poly-6) en fait réviser un.

## 8.2 Racines

**Théorème 8.7 (Théorème de factorisation).**

Soient $P \in K[X]$ et $a \in K$. Le reste de la division de $P$ par $X - a$ est la constante $P(a)$. En particulier

$$
P(a) = 0 \iff (X - a) \mid P .
$$

Plus généralement, des racines distinctes $a_1, \dots, a_r$ de $P$ fournissent la factorisation $P = (X - a_1)\cdots(X - a_r)\, Q$.

**Démonstration.** Divisons : $P = (X - a) Q + R$ avec $\deg R < 1$, donc $R$ est une constante $c$ ; en substituant $X = a$ (la substitution respecte sommes et produits), on obtient $P(a) = c$. L’équivalence s’ensuit. Pour plusieurs racines, raisonnons par récurrence sur $r$ : le cas $r = 1$ est l’équivalence qui vient d’être démontrée. Supposons l’énoncé acquis pour $r - 1$ racines et soient $a_1, \dots, a_r$ des racines distinctes de $P$. Écrivons $P = (X - a_1)Q_1$ ; pour chaque $i
\geq 2$, en substituant $a_i$ :

$$
0 = P(a_i) = (a_i - a_1)\,Q_1(a_i),
\qquad a_i - a_1 \neq 0 ,
$$

et comme $K$ n’a pas de diviseur de zéro, $Q_1(a_i) = 0$ : les $r -
1$ points distincts $a_2, \dots, a_r$ sont des racines de $Q_1$. L’hypothèse de récurrence factorise $Q_1 = (X - a_2)\cdots(X -
a_r)\,Q$, et en reportant on obtient l’[assertion](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-statement). ∎

**Corollaire 8.8 (Un polynôme de degré nnn a au plus nnn racines).**

Un [polynôme](#def-b1-poly-def) non nul $P \in K[X]$ de degré $n$ a au plus $n$ racines distinctes dans $K$. Par conséquent, un [polynôme](#def-b1-poly-def) (de degré $\leq n$) qui s’annule en $n + 1$ points distincts est le [polynôme](#def-b1-poly-def) nul, et deux [polynômes](#def-b1-poly-def) de degré $\leq n$ qui coïncident en $n+1$ points sont égaux.

**Démonstration.** Si $a_1, \dots, a_r$ sont des racines distinctes, le [Théorème 8.7](#thm-b1-poly-factor) donne $P = (X-a_1)\cdots(X-a_r) Q$, donc $n =
\deg P \geq r$. Les deux conséquences s’obtiennent par l’absurde et par différence. ∎

**Exemple 8.9 (L’astuce du polynôme auxiliaire).**

Soit $P$ le [polynôme](#def-b1-poly-def) de degré $\leq n$ vérifiant

$$
P(k) = \frac{k}{k+1} \qquad (k = 0, 1, \dots, n) ;
$$

il existe et est unique par l’[interpolation de Lagrange](#thm-b1-poly-lagrange) ci-dessous. Que vaut $P(n+1)$ ? Chassons les dénominateurs : le [polynôme](#def-b1-poly-def) $Q =
(X+1)P - X$ est de degré $\leq n + 1$ et s’annule aux $n + 1$ points $0, 1, \dots, n$, donc par le [Théorème 8.7](#thm-b1-poly-factor)

$$
Q = c\,X(X-1)(X-2)\cdots(X-n)
$$

pour une certaine constante $c$. Évaluons là où $Q$ est connu par ailleurs : en $X = -1$, $Q(-1) = 0 \cdot P(-1) + 1 = 1$, tandis que le produit vaut $(-1)(-2)\cdots(-1-n) = (-1)^{n+1}(n+1)!$ ; d’où $c
= \frac{(-1)^{n+1}}{(n+1)!}$. Évaluons maintenant en $X = n + 1$ :

$$
(n+2)\,P(n+1) - (n+1) = Q(n+1) = c\,(n+1)! = (-1)^{n+1} ,
$$

donc $P(n+1) = \dfrac{(n+1) + (-1)^{n+1}}{n+2}$ : cela vaut $1$ pour $n$ impair, et $\frac{n}{n+2}$ pour $n$ pair — le [polynôme](#def-b1-poly-def) interpolateur ne prolonge *pas* le motif $\frac{n+1}{n+2}$. L’astuce à retenir : coder les données comme racines d’un [polynôme](#def-b1-poly-def) auxiliaire, identifier la constante inconnue en un point hors des données, et récolter.

**Définition 8.10 (Dérivée, multiplicité).**

La *dérivée formelle* de $P = \sum a_k X^k$ est $P' = \sum_{k
\geq 1} k\,a_k X^{k-1}$ ; elle vérifie les règles usuelles $(P+Q)' = P'
+ Q'$, $(PQ)' = P'Q + PQ'$ (vérifiées sur les monômes et étendues par linéarité). Une racine $a$ de $P$ est de *multiplicité* $m \geq 1$ lorsque $(X-a)^m \mid P$ mais $(X-a)^{m+1} \nmid P$ ; la racine est *simple* si $m = 1$, *multiple* si $m \geq 2$.

**Proposition 8.11 (Multiplicité par les dérivées).**

$a$ est racine de $P$ de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) $\geq m$ si et seulement si

$$
P(a) = P'(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0 .
$$

En particulier, $a$ est racine multiple de $P$ si et seulement si $P(a)
= P'(a) = 0$.

**Démonstration.** Écrivons $P = (X - a)^m Q + R$ où $R$ est le reste de la division par $(X-a)^m$, $\deg R < m$. En dérivant $k \leq m - 1$ fois et en évaluant en $a$ : le premier terme contribue pour $0$ (chaque dérivée conserve un facteur $(X-a)$), donc $P^{(k)}(a) = R^{(k)}(a)$.

Or un [polynôme](#def-b1-poly-def) $R$ de degré $< m$ est déterminé par $R(a), R'(a),
\dots, R^{(m-1)}(a)$ : en écrivant $R = \sum_{k < m} c_k (X - a)^k$ (c’est possible : développer les puissances de $X = (X - a) + a$), on trouve $R^{(k)}(a) = k!\, c_k$. D’où : tous les $P^{(k)}(a) = 0$ pour $k < m$ $\iff$ tous les $c_k = 0$ $\iff$ $R = 0$ $\iff$ $(X-a)^m \mid
P$. ∎

**Exemple 8.12 (Calcul d’une multiplicité).**

Quelle est la [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) de la racine $2$ dans $P = X^4 - 5X^3 +
6X^2 + 4X - 8$ ? Évaluons les dérivées successives en $2$ :

$$
P(2) = 16 - 40 + 24 + 8 - 8 = 0, \qquad
P'(2) = 32 - 60 + 24 + 4 = 0,
$$

$$
P''(2) = 48 - 60 + 12 = 0, \qquad
P'''(2) = 48 - 30 = 18 \neq 0
$$

(avec $P' = 4X^3 - 15X^2 + 12X + 4$, $P'' = 12X^2 - 30X + 12$, $P''' = 24X - 30$). Trois valeurs nulles puis une valeur non nulle : [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) exactement $3$. En divisant, $P = (X - 2)^3(X + 1)$ — ce que l’on vérifie en développant $(X-2)^3 = X^3 - 6X^2 + 12X - 8$ et en multipliant par $X + 1$. L’idée à retenir : les [multiplicités](#def-b1-poly-derivative) se lisent sur des *évaluations*, sans aucune factorisation — et c’est exactement ainsi qu’on les détecte lorsque la factorisation est hors d’atteinte.

**Exemple 8.13 (Détecter les racines multiples par un PGCD).**

Lorsqu’aucune racine n’est connue, la [Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity) fournit encore un détecteur *global* de racines multiples : $a$ est racine multiple de $P$ si et seulement si c’est une racine commune à $P$ et $P'$, donc $P$ a une racine multiple (dans $\C$) si et seulement si $\gcd(P, P')
\neq 1$ — ce qui se calcule par l’[algorithme d’Euclide](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#met-b1-arith-euclid) sans rien résoudre. Un échantillon : $P = X^3 - 3X + 2$, $P' = 3X^2 - 3 = 3(X
- 1)(X + 1)$. Testons les racines $\pm1$ de $P'$ dans $P$ : $P(1) =
0$ mais $P(-1) = 4$, donc

$$
\gcd(P, P') = X - 1 :
$$

la racine $1$ est multiple ; en divisant deux fois, $P = (X - 1)^2(X
+ 2)$. Le PGCD livre même l’[ensemble](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-sets) complet des racines multiples, chacune avec sa [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) abaissée d’une unité — fait que tout système de calcul formel exploite pour « factoriser sans facteur carré » avant toute recherche de racines, et jumeau polynomial des arguments d’absence de racine multiple de l’[Exercice 8.9](#exo-b1-poly-9).

**Théorème 8.14 (Théorème fondamental de l’algèbre).**

Tout [polynôme](#def-b1-poly-def) non constant de $\C[X]$ possède une racine dans $\C$.

**Démonstration.** *Admis à ce niveau.* ∎

**Remarque 8.15.**

Malgré son nom, ce théorème est un énoncé d’*analyse* : toute démonstration connue utilise la complétude de $\R$ sous une forme ou une autre, et aucune n’est purement algébrique — la démonstration honnête est donnée dans le volume de Licence 3, une fois disponibles l’intégration complexe ou les arguments de compacité. Ce que ce chapitre démontre véritablement, c’est la *réduction* : une racine étant accordée pour tout [polynôme](#def-b1-poly-def) non constant, les factorisations complètes sur $\C$ et sur $\R$ ci-dessous s’en déduisent par pure algèbre.

**Corollaire 8.16 (Factorisation sur C\CC et sur R\RR).**

1. Tout $P \in \C[X]$ non nul se factorise en $$P = c\, (X - a_1)^{m_1} \cdots (X - a_r)^{m_r},$$ où $c$ est le coefficient dominant, les $a_i$ les racines complexes distinctes, $\sum m_i = \deg P$ : *comptées avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative), un [polynôme](#def-b1-poly-def) de degré $n$ a exactement $n$ racines complexes*.
2. Tout $P \in \R[X]$ non nul se factorise sur $\R$ en $$P = c \prod_i (X - a_i)^{m_i} \prod_j (X^2 + p_j X +  q_j)^{n_j},$$ les facteurs quadratiques étant distincts et vérifiant $p_j^2  - 4q_j < 0$ (pas de racine réelle).

**Démonstration.** (1) Récurrence sur le degré, en détachant une racine à la fois grâce au [Théorème 8.7](#thm-b1-poly-factor) ; le compte des degrés est correct à chaque étape.

(2) Soit $P$ à coefficients réels. Si $z$ est une racine complexe de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) $m$, $\conj z$ l’est aussi : en conjuguant $P(z) = 0$ on obtient $P(\conj z) = \conj{P(z)} = 0$ (les coefficients sont leurs propres [conjugués](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-field)), et il en va de même pour les dérivées ([Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity)). Groupons les racines non réelles par paires [conjuguées](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-field) : chaque paire contribue pour

$$
(X - z)(X - \conj z) = X^2 - 2\Re(z)\, X + \abs z^2 ,
$$

un trinôme réel de discriminant négatif. Les racines réelles fournissent les facteurs de degré $1$. ∎

**Exemple 8.17.**

$X^4 + 4$ a été factorisé sur $\R$ dans l’[Exercice 3.5](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#exo-b1-complex-5) en appariant les quatre racines complexes $\pm 1 \pm \iu$ : $X^4 + 4 = (X^2 - 2X + 2)(X^2 + 2X + 2)$. Aucun des deux trinômes ne se scinde sur $\R$ (discriminants $-4$). À noter : un [polynôme](#def-b1-poly-def) réel *irréductible* est de degré $1$ ou $2$ — c’est exactement ce que dit le théorème de factorisation. Le même appariement [conjugué](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-field) appliqué à $X^4 + 1$, dont les racines sont $\eu^{\pm\iu\pi/4}$ et $\eu^{\pm3\iu\pi/4}$ : chaque paire contribue pour $X^2 -
2\cos\theta\,X + 1$, donc

$$
X^4 + 1 = \bigl(X^2 - \sqrt2\,X + 1\bigr)
\bigl(X^2 + \sqrt2\,X + 1\bigr) ,
$$

identité invisible aux tentatives naïves de factorisation sur $\Q$ — le prix à payer pour exiger des coefficients réels (ici même irrationnels), et une donnée standard pour intégrer $\frac1{x^4 +
1}$ au [Chapitre 15](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/15-integration-sur-un-segment#ch-b1-integration).

![Le polynôme de Tchebychev T_5 = 16X5 - 20X3 + 5X sur ∈tcc-11 : il oscille exactement entre -1 et 1, touchant les bornes en six points (marqués). C’est cette équioscillation qui fait de 2-4T_5 le polynôme unitaire de degré 5 de plus petite norme uniforme sur l’intervalle ( et le devoir maison).](https://one-course.com/images/onecourse/chapters/math-3/b1-poly/fig-ce798e953ef6.svg)

*Le [polynôme](#def-b1-poly-def) de Tchebychev $T_5 = 16X^5 - 20X^3 + 5X$ sur $\intcc{-1}1$ : il oscille exactement entre $-1$ et $1$, touchant les bornes en six points (marqués). C’est cette *équioscillation* qui fait de $2^{-4}T_5$ le [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $5$ de plus petite norme uniforme sur l’intervalle ([Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10) et le devoir maison).*

**Remarque 8.18 (Pièges courants avec les polynômes).**

1. *[Polynôme](#def-b1-poly-def) contre fonction.* Sur $K = \Q, \R, \C$ les deux notions coïncident (des fonctions égales ont des coefficients égaux, par le [Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots) et l’infinitude de $K$ ), mais conceptuellement un [polynôme](#def-b1-poly-def) *est* sa liste de coefficients : sur le [corps](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field) à deux éléments $\Z/2\Z$ du [Chapitre 7](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#ch-b1-structures) , $X^2 + X$ s’annule en ses deux points, sans être pour autant le [polynôme](#def-b1-poly-def) nul.
2. *Les degrés sous l’addition.* $\deg(P + Q)$ peut tomber strictement en dessous de $\max(\deg P, \deg Q)$ lorsque les termes dominants se simplifient ; écrire « $\deg(P + Q) = \max(\dots)$ » n’est licite que pour des degrés distincts.
3. *Compter correctement les racines.* « $n$ racines » dans le [Corollaire 8.16](#cor-b1-poly-factorization) signifie *avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative), dans $\C$* : $X^2 + 1$ n’a pas de racine réelle, et $(X-1)^2$ a une seule racine distincte mais deux avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) . Les énoncés qui mélangent ces trois comptes sont la source la plus fréquente de fausses démonstrations.
4. *L’irréductibilité dépend du [corps](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field).* $X^2 - 2$ est irréductible sur $\Q$ et se scinde sur $\R$ ; $X^2 + 1$ est irréductible sur $\R$ et se scinde sur $\C$ . Le mot « irréductible » tout court ne signifie rien tant que le [corps](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/7-structures-algebriques#def-b1-structures-field) des coefficients n’est pas nommé.

## 8.3 Relations entre coefficients et racines

**Théorème 8.19 (Relations de Viète).**

Soit $P = X^n + c_{n-1} X^{n-1} + \dots + c_0$ [unitaire](#def-b1-poly-def), de racines $a_1, \dots, a_n \in \C$ (comptées avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative)). Alors

$$
\sum_i a_i = -c_{n-1},
\qquad
\sum_{i < j} a_i a_j = c_{n-2},
\qquad \dots, \qquad
a_1 a_2 \cdots a_n = (-1)^n c_0 ,
$$

la $k$-ième fonction symétrique des racines valant $(-1)^k c_{n-k}$.

**Démonstration.** D’après le [Corollaire 8.16](#cor-b1-poly-factorization), $P = (X - a_1)\cdots(X -
a_n)$ ([unitaire](#def-b1-poly-def), toutes les racines listées). Développer le produit par distributivité produit un terme par façon de choisir, dans chaque facteur, soit $X$, soit le terme de racine $-a_i$ : choisir les racines dans les facteurs d’indices $i_1 < \dots < i_k$ et $X$ dans les $n - k$ autres contribue pour $(-a_{i_1})\cdots(-a_{i_k})\,X^{n-k}$. En regroupant selon la puissance de $X$ :

$$
P = \sum_{k=0}^{n} (-1)^k
\Bigl(\sum_{i_1 < \dots < i_k} a_{i_1}\cdots a_{i_k}\Bigr)
X^{n-k} ,
$$

et l’identification avec $P = \sum_k c_{n-k}X^{n-k}$ (les coefficients sont uniques, [Définition 8.1](#def-b1-poly-def)) donne $c_{n-k} =
(-1)^k \sigma_k$, c’est-à-dire $\sigma_k = (-1)^kc_{n-k}$, où $\sigma_k$ désigne la $k$-ième fonction symétrique affichée ci-dessus. Les trois cas affichés sont $k = 1$, $k = 2$ et $k = n$. ∎

**Exemple 8.20.**

Pour le trinôme $X^2 - sX + p$ : somme des racines $s$, produit $p$ — déjà utilisé à plusieurs reprises ([Exercice 3.8](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#exo-b1-complex-8)). Pour une cubique [unitaire](#def-b1-poly-def) $X^3 + aX^2 + bX + c$ de racines $\alpha, \beta,
\gamma$ :

$$
\alpha + \beta + \gamma = -a,
\quad
\alpha\beta + \beta\gamma + \gamma\alpha = b,
\quad
\alpha\beta\gamma = -c ,
$$

ce qui permet de calculer des quantités symétriques comme $\alpha^2 +
\beta^2 + \gamma^2 = a^2 - 2b$ sans rien résoudre.

**Exemple 8.21 (Transformer les racines sans les calculer).**

Soient $\alpha, \beta$ les racines de $X^2 - 3X + 1$. Quel trinôme [unitaire](#def-b1-poly-def) a pour racines $\alpha^2$ et $\beta^2$ ? Par Viète, $\alpha
+ \beta = 3$ et $\alpha\beta = 1$, donc

$$
\alpha^2 + \beta^2 = (\alpha+\beta)^2 - 2\alpha\beta = 7,
\qquad
\alpha^2\beta^2 = (\alpha\beta)^2 = 1 :
$$

la réponse est $X^2 - 7X + 1$ — obtenue sans calculer $\alpha =
\frac{3 + \sqrt5}2$. (Vérification : $\alpha^2 = \frac{7 +
3\sqrt5}2$ et l’on a bien $\alpha^2 + \beta^2 = 7$.) La même stratégie traite les inverses (transformations du type $X^2 - \frac
ba X + \frac ca$), les translations, et toute donnée symétrique : Viète convertit les questions sur les racines *inconnues* en algèbre sur les coefficients *connus*. Cela servira constamment lorsque les racines seront des valeurs propres ([Chapitre 22](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/22-determinants-et-systemes-lineaires#ch-b1-det)).

**Exemple 8.22 (Équations palindromiques).**

Résolvons $X^4 + X^3 - 4X^2 + X + 1 = 0$. Les coefficients se lisent de la même façon dans les deux sens, donc $0$ n’est pas racine et la division par $X^2$ ne perd aucune solution :

$$
X^2 + X - 4 + \frac1X + \frac1{X^2} = 0 .
$$

Posons $y = X + \frac1X$ : alors $X^2 + \frac1{X^2} = y^2 - 2$, et l’équation se réduit à

$$
y^2 + y - 6 = 0 \iff (y + 3)(y - 2) = 0 .
$$

Déroulons chaque valeur via $X^2 - yX + 1 = 0$ : pour $y = 2$, $X^2
- 2X + 1 = (X - 1)^2$ donne la racine double $1$ ; pour $y = -3$, $X^2 + 3X + 1 = 0$ donne $X = \frac{-3 \pm \sqrt5}2$. Quatre racines comptées avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) pour une quartique, comme le [Corollaire 8.16](#cor-b1-poly-factorization) l’exige — obtenues en résolvant deux équations du second degré. L’astuce vaut pour tout [polynôme](#def-b1-poly-def) *palindromique* : ses racines vont par paires inverses $\{x,
1/x\}$ (remplacer $X$ par $1/X$ et chasser les dénominateurs), et $y
= X + \frac1X$ est précisément la quantité constante sur de telles paires, ce qui [divise](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-divides) le degré par deux.

**Théorème 8.23 (Interpolation de Lagrange).**

Soient $x_0, \dots, x_n$ des points distincts de $K$ et $y_0, \dots,
y_n \in K$. Il existe exactement un $P \in K[X]$ de degré $\leq n$ tel que $P(x_i) = y_i$ pour tout $i$, à savoir

$$
P = \sum_{i=0}^{n} y_i\, L_i,
\qquad
L_i = \prod_{j \neq i} \frac{X - x_j}{x_i - x_j} .
$$

**Démonstration.** Chaque $L_i$ est de degré $n$ et vérifie $L_i(x_i) = 1$, $L_i(x_j) =
0$ pour $j \neq i$ (chaque facteur s’annule au $x_j$ correspondant). Le $P$ affiché est donc de degré $\leq n$ et interpole. Unicité : deux [polynômes](#def-b1-poly-def) interpolateurs de degré $\leq n$ coïncident aux $n+1$ points $x_i$, donc sont égaux ([Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots)). ∎

**Remarque 8.24 (Interlude : les polynômes sont aussi des vecteurs).**

Un changement de point de vue que le [Chapitre 18](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/18-espaces-vectoriels#ch-b1-vspaces) rendra officiel : les [polynômes](#def-b1-poly-def) de degré $\leq n$ forment un espace où l’addition et la multiplication par un scalaire se comportent exactement comme sur des coordonnées — un [polynôme](#def-b1-poly-def) *est* sa liste de $n + 1$ coefficients. Trois énoncés de ce chapitre sont de l’algèbre linéaire qui s’ignore. L’[interpolation de Lagrange](#thm-b1-poly-lagrange) ([Théorème 8.23](#thm-b1-poly-lagrange)) dit que les données d’évaluation $(P(x_0), \dots, P(x_n))$ déterminent $P$ de façon unique : l’évaluation en $n + 1$ points est une [bijection](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-inj) linéaire, et les $L_i$ en sont la base adaptée. Le développement $R = \sum c_k(X -
a)^k$ de la démonstration de la [Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity) dit que les puissances de $(X - a)$ forment un autre système de coordonnées, de coordonnées $c_k = R^{(k)}(a)/k!$. Et le [Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots) — plus de racines que le degré force le [polynôme](#def-b1-poly-def) nul — est le moteur de toutes les unicités : cela deviendra « une [application](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-map) linéaire [injective](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-inj) sur un espace de dimension $n + 1$ » au [Chapitre 19](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/19-dimension-finie#ch-b1-findim). Quand ces chapitres viendront, l’espace $K_n[X]$ sera leur exemple favori ; il vaut la peine d’y arriver déjà à l’aise avec lui.

**Remarque 8.25 (Où ce chapitre sert).**

La factorisation sur $\R$ et sur $\C$ ([Corollaire 8.16](#cor-b1-poly-factorization)) est le moteur de la décomposition en éléments simples du [Chapitre 9](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/9-fractions-rationnelles#ch-b1-fractions), donc d’une vaste classe d’intégrales du [Chapitre 15](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/15-integration-sur-un-segment#ch-b1-integration). Le développement d’un [polynôme](#def-b1-poly-def) suivant les puissances de $(X - a)$, rencontré dans la démonstration de la [Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity), est l’ombre algébrique des formules de Taylor du [Chapitre 16](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/16-formules-de-taylor-et-developpements-limites#ch-b1-taylor). Les [polynômes caractéristiques](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/5-equations-differentielles-lineaires#def-b1-diffeq-linear2) sont déjà apparus pour les équations différentielles ([Chapitre 5](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/5-equations-differentielles-lineaires#ch-b1-diffeq)) et reviendront pour les matrices au [Chapitre 22](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/22-determinants-et-systemes-lineaires#ch-b1-det) ; l’[interpolation de Lagrange](#thm-b1-poly-lagrange) est le premier théorème d’existence et d’unicité de l’analyse numérique, et les [polynômes de Tchebychev](#pb-b1-poly-1) de l’[Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10) — dont le devoir maison ci-dessous établit l’optimalité — disent à cette discipline *où* interpoler. Enfin, toute l’arithmétique de $K[X]$, recopiée du [Chapitre 6](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#ch-b1-arith), alimente l’étude des idéaux de $K[X]$ et des anneaux quotients dans le volume de Licence 2.

## 8.4 Exercices

**Exercice 8.1 ★.**

Effectuer les divisions euclidiennes : $X^5 - 1$ par $X^2 + X + 1$ ; puis $2X^4 + X^3 - X + 3$ par $X^2 - 2$.

**Solution de Exercice 8.1.**

$X^5 - 1 = (X^2 + X + 1)(X^3 - X^2 + 1) + (-X - 2)$. Étapes : on retranche $X^3 B$, puis $-X^2 B$, puis $B$ ; le reste $-X - 2$ est de degré $1 < 2$. *Vérification en $X = 1$ :* $\;0 = 3 \times 1 +
(-3)$.

$2X^4 + X^3 - X + 3 = (X^2 - 2)(2X^2 + X + 4) + (X + 11)$. *Vérification en $X = 0$ :* $\;3 = (-2)(4) + 11$.

**Exercice 8.2 ★.**

Pour quels $n \in \N$ le [polynôme](#def-b1-poly-def) $X^2 + X + 1$ divise-t-il $X^{2n} +
X^n + 1$ ? *Indication : les racines de $X^2 + X + 1$ sont $j$ et $j^2$ avec $j = \eu^{2\iu\pi/3}$ ; discuter selon $n$ modulo $3$.*

**Solution de Exercice 8.2.**

$X^2 + X + 1 = (X - j)(X - j^2)$ avec $j = \eu^{2\iu\pi/3}$, $j^3 =
1$. Ce [polynôme](#def-b1-poly-def) [divise](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-divides) $Q_n = X^{2n} + X^n + 1$ si et seulement si $j$ et $j^2$ sont racines de $Q_n$ ; comme $Q_n$ est à coefficients réels, $Q_n(j^2) = \conj{Q_n(j)}$, si bien que la condition se réduit à $Q_n(j) = 0$. Or $Q_n(j) = j^{2n} + j^n + 1$ ne dépend que de $n$ modulo $3$ :

- $n \equiv 0$ : $Q_n(j) = 1 + 1 + 1 = 3 \neq 0$ ;
- $n \equiv 1$ : $Q_n(j) = j^2 + j + 1 = 0$ ;
- $n \equiv 2$ : $Q_n(j) = j^4 + j^2 + 1 = j + j^2 + 1 = 0$ .

Ainsi $X^2 + X + 1 \mid X^{2n} + X^n + 1$ exactement lorsque $3 \nmid
n$.

**Exercice 8.3 ★.**

Déterminer les réels $a, b$ pour que $(X-1)^2$ [divise](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-divides) $P = X^4 + aX^3 +
bX^2 + 1$, puis factoriser $P$ sur $\R$ pour ces valeurs.

**Solution de Exercice 8.3.**

D’après la [Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity), $(X-1)^2 \mid P$ si et seulement si $P(1) = P'(1) = 0$ :

$$
P(1) = 2 + a + b = 0, \qquad P'(1) = 4 + 3a + 2b = 0 .
$$

En résolvant : $b = -a - 2$ et $4 + 3a - 2a - 4 = a = 0$, donc $a = 0$, $b = -2$ : $P = X^4 - 2X^2 + 1 = (X^2 - 1)^2 = (X-1)^2 (X+1)^2$, ce qui est la factorisation réelle.

**Exercice 8.4 ★.**

Factoriser sur $\C$ et sur $\R$ : $X^3 - 1$ ; $\;X^4 + X^2 + 1$ ; $\;X^6 - 1$.

**Solution de Exercice 8.4.**

$X^3 - 1 = (X - 1)(X - j)(X - j^2)$ sur $\C$ ($j = \eu^{2\iu\pi/3}$), et $(X - 1)(X^2 + X + 1)$ sur $\R$.

$X^4 + X^2 + 1 = (X^2 + X + 1)(X^2 - X + 1)$ sur $\R$ (développer, ou remarquer que $X^4 + X^2 + 1 = (X^2+1)^2 - X^2$) ; sur $\C$, chaque trinôme se scinde : racines $j, j^2$ et $-j, -j^2$, c’est-à-dire $\eu^{\pm 2\iu\pi/3}, \eu^{\pm\iu\pi/3}$.

$X^6 - 1 = \prod_{k=0}^{5} (X - \eu^{\iu k\pi/3})$ sur $\C$, et sur $\R$ :

$$
X^6 - 1 = (X-1)(X+1)(X^2 + X + 1)(X^2 - X + 1),
$$

en groupant les paires [conjuguées](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-field) $\eu^{\pm 2\iu\pi/3}$ et $\eu^{\pm
\iu\pi/3}$.

**Exercice 8.5 ★★.**

Soit $P = X^3 - 6X^2 + 11X - 6$.

1. Trouver les racines rationnelles *(une racine rationnelle $p/q$ écrite sous forme irréductible d’un [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) à coefficients entiers est un entier divisant le terme constant — le démontrer)* , et factoriser $P$ .
2. Sans résoudre, calculer la somme des carrés et la somme des inverses des racines à l’aide de Viète, et vérifier sur la factorisation.

**Solution de Exercice 8.5.**

1. Soit $p/q$ (sous forme irréductible) une racine du [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) à coefficients entiers $X^3 + \dots + c_0$ : en chassant les dénominateurs dans $P(p/q) = 0$ , on obtient $p^3  = -q\,(\text{entier})$ , donc $q \mid p^3$ ; la primalité entre eux impose $q = \pm 1$ : la racine est un entier $p$ , et $p  \mid c_0$ (isoler $c_0$ ). Ici les candidats [divisent](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-divides) $6$ : en testant, $P(1) = 0$ , $P(2) = 0$ , $P(3) = 0$ . Donc $P =  (X-1)(X-2)(X-3)$ .
2. Viète : $s_1 = 6$ , $s_2 = 11$ , $s_3 = 6$ . Somme des carrés : $s_1^2 - 2s_2 = 36 - 22 = 14 = 1 + 4 + 9$ , comme prévu. Somme des inverses : $\frac{s_2}{s_3} = \frac{11}{6} = 1 + \frac12 +  \frac13$ , comme prévu.

**Exercice 8.6 ★★.**

Calculer $\gcd(X^4 - 1,\; X^3 - X^2 + X - 1)$ par l’[algorithme d’Euclide](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#met-b1-arith-euclid), et l’écrire comme combinaison $AU + BV$ des deux [polynômes](#def-b1-poly-def).

**Solution de Exercice 8.6.**

Première étape de division de l’[algorithme d’Euclide](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#met-b1-arith-euclid) :

$$
(X + 1)(X^3 - X^2 + X - 1)
= X^4 - X^3 + X^2 - X + X^3 - X^2 + X - 1 = X^4 - 1 ,
$$

donc la division de $X^4 - 1$ par $X^3 - X^2 + X - 1$ est exacte (quotient $X + 1$, reste $0$), et l’algorithme s’arrête aussitôt :

$$
\gcd(X^4 - 1,\; X^3 - X^2 + X - 1) = X^3 - X^2 + X - 1
$$

(déjà [unitaire](#def-b1-poly-def)). La relation de Bézout est la relation triviale : $\gcd = 0 \cdot (X^4 - 1) + 1 \cdot (X^3 - X^2 + X - 1)$. Vérification de cohérence par factorisation : $X^3 - X^2 + X - 1 = (X - 1)(X^2 +
1)$, qui est bien le produit des facteurs irréductibles communs à $X^4
- 1 = (X-1)(X+1)(X^2+1)$.

**Exercice 8.7 ★★.**

Soit $P \in \R[X]$ tel que $P(x) \geq 0$ pour tout $x \in \R$. Montrer que $P$ est somme de deux carrés de [polynômes](#def-b1-poly-def) réels : $P = A^2 + B^2$. *Indication : dans la factorisation réelle, les racines réelles sont de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) paire ; écrire les facteurs quadratiques sous la forme $(X - z)(X - \conj z)$ et utiliser $\abs{\,\cdot\,}^2 = (\Re)^2 +
(\Im)^2$ sur le produit des $(X - z)$.*

**Solution de Exercice 8.7.**

Comme $P \geq 0$ sur $\R$, ses racines réelles sont de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) paire (en une racine de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) impaire, $P$ change de signe). En utilisant [Corollaire 8.16](#cor-b1-poly-factorization) et en appariant, écrivons

$$
P = c \prod_i (X - a_i)^{2k_i} \prod_j \bigl((X - z_j)(X - \conj
z_j)\bigr)^{n_j},
$$

avec $c > 0$ (comportement en $+\infty$). Posons

$$
S = \sqrt c\, \prod_i (X - a_i)^{k_i} \prod_j (X - z_j)^{n_j}
\in \C[X],
$$

de sorte que $P = S\,\conj S$, où $\conj S$ a les coefficients [conjugués](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-field). Décomposons $S = A + \iu B$ avec $A, B \in \R[X]$ : alors

$$
P = (A + \iu B)(A - \iu B) = A^2 + B^2 .
$$

**Exercice 8.8 ★★.**

Trouver le [polynôme](#def-b1-poly-def) $P$ de degré $\leq 2$ vérifiant $P(0) = 1$, $P(1) =
3$, $P(2) = 2$, d’abord par la formule de Lagrange, puis en résolvant le système linéaire sur les coefficients. Vérifier que les deux réponses coïncident.

**Solution de Exercice 8.8.**

Lagrange ([Théorème 8.23](#thm-b1-poly-lagrange)) avec les nœuds $0, 1, 2$ :

$$
P = 1\cdot\frac{(X-1)(X-2)}{(0-1)(0-2)} + 3\cdot\frac{X(X-2)}{1\cdot(1-2)}
+ 2\cdot\frac{X(X-1)}{2\cdot 1}
= \frac{(X-1)(X-2)}{2} - 3X(X-2) + X(X-1).
$$

En développant : $\frac{X^2 - 3X + 2}{2} - 3X^2 + 6X + X^2 - X =
-\frac{3}{2}X^2 + \frac{7}{2}X + 1$.

Le système : $P = aX^2 + bX + c$ avec $c = 1$ ; $a + b + 1 = 3$ ; $4a +
2b + 1 = 2$. En retranchant deux fois la deuxième équation à la troisième : $2a - 1 = -4$, donc $a = -\frac32$, $b = \frac72$. Le même [polynôme](#def-b1-poly-def) : $P = -\frac32 X^2 + \frac72 X + 1$. (Vérification : $P(2) =
-6 + 7 + 1 = 2$.)

**Exercice 8.9 ★★.**

Montrer que $P = X^{2n+1} - 1$ a exactement une racine réelle, et que pour tout $n \geq 1$ le [polynôme](#def-b1-poly-def) $1 + X + \frac{X^2}{2!} + \dots +
\frac{X^n}{n!}$ n’a pas de racine multiple *(comparer $P$ et $P'$)*.

**Solution de Exercice 8.9.**

$P = X^{2n+1} - 1$ : $P' = (2n+1)X^{2n} \geq 0$, donc la fonction polynomiale est croissante (strictement sauf en $0$), de limites $\mp\infty$ : elle s’annule exactement une fois sur $\R$ (en $x = 1$).

Posons $E_n = \sum_{k=0}^{n} \frac{X^k}{k!}$. Alors $E_n' = E_{n-1} =
E_n - \frac{X^n}{n!}$. Une racine multiple $a$ vérifierait $E_n(a) =
E_n'(a) = 0$ ([Proposition 8.11](#prop-b1-poly-multiplicity)), d’où $\frac{a^n}{n!} = E_n(a) - E_n'(a) = 0$, donc $a = 0$ ; or $E_n(0) = 1
\neq 0$. Aucune racine multiple.

**Exercice 8.10 ★★★.**

([Polynômes de Tchebychev](#pb-b1-poly-1)) On pose $T_0 = 1$, $T_1 = X$ et $T_{n+1} =
2X\,T_n - T_{n-1}$.

1. Montrer par récurrence que $T_n(\cos\theta) = \cos n\theta$ pour tout $\theta$ .
2. En déduire les $n$ racines de $T_n$ et son coefficient dominant.
3. Montrer que $\sup_{x \in \intcc{-1}{1}} \abs{T_n(x)} = 1$ , atteint en $n + 1$ points de $\intcc{-1}{1}$ .

**Solution de Exercice 8.10.**

1. Récurrence (les deux cas initiaux sont vrais). En utilisant $\cos(n+1)\theta + \cos(n-1)\theta = 2\cos\theta\cos  n\theta$ : $$T_{n+1}(\cos\theta) = 2\cos\theta \cos n\theta -  \cos(n-1)\theta = \cos(n+1)\theta .$$
2. $T_n(\cos\theta) = 0$ si et seulement si $n\theta \equiv  \frac\pi2 \pmod \pi$ : les nombres $$x_k = \cos\Bigl(\frac{(2k+1)\pi}{2n}\Bigr),  \qquad k = 0, 1, \dots, n-1,$$ sont $n$ points distincts de $\intoo{-1}{1}$ (les angles sont dans $\intoo{0}{\pi}$ où $\cos$ est [injective](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-inj)), tous racines de $T_n$ ; comme $\deg T_n = n$ (par la récurrence, avec coefficient dominant $2^{n-1}$ pour $n \geq 1$), ce sont *toutes* les racines, chacune simple.
3. Pour $x = \cos\theta \in \intcc{-1}{1}$ : $\abs{T_n(x)} =  \abs{\cos n\theta} \leq 1$ , avec égalité si et seulement si $n\theta \equiv 0 \pmod\pi$ , c’est-à-dire aux $n+1$ points $y_k = \cos\frac{k\pi}{n}$ , $k = 0, \dots, n$ , où $T_n(y_k) =  (-1)^k$ . (C’est cette équioscillation qui fait de $2^{1-n}T_n$ le [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $n$ de plus petite norme uniforme sur $\intcc{-1}{1}$ — démontré dans le devoir maison de ce chapitre.)

**Exercice 8.11 ★★★.**

Soit $P \in \C[X]$ non constant, de racines distinctes $a_1, \dots,
a_r$ (de [multiplicités](#def-b1-poly-derivative) $m_1, \dots, m_r$). Démontrer l’identité de fractions rationnelles

$$
\frac{P'(X)}{P(X)} = \sum_{i=1}^{r} \frac{m_i}{X - a_i},
$$

et en déduire le théorème de Gauss–Lucas : toute racine de $P'$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P$ *(évaluer l’identité en une racine $w$ de $P'$ qui n’est pas racine de $P$, conjuguer, et lire le résultat comme le fait que $w$ est une moyenne pondérée des $a_i$)*.

**Solution de Exercice 8.11.**

Écrivons $P = c\prod_i (X - a_i)^{m_i}$. La règle du produit (étendue à plusieurs facteurs) donne

$$
P' = c\sum_{i} m_i (X - a_i)^{m_i - 1} \prod_{k \neq i} (X -
a_k)^{m_k},
$$

et en divisant par $P$ : $\frac{P'}{P} = \sum_i \frac{m_i}{X - a_i}$ (comme fractions rationnelles, c’est-à-dire hors des racines).

Soit $w$ une racine de $P'$. Si $w$ est l’un des $a_i$, il appartient trivialement à l’enveloppe convexe. Sinon, en évaluant en $w$ :

$$
0 = \sum_i \frac{m_i}{w - a_i}
= \sum_i m_i\, \frac{\conj w - \conj a_i}{\abs{w - a_i}^2} .
$$

En conjuguant : $\sum_i \lambda_i (w - a_i) = 0$ où $\lambda_i =
\frac{m_i}{\abs{w - a_i}^2} > 0$. D’où

$$
w = \frac{\sum_i \lambda_i a_i}{\sum_i \lambda_i} :
$$

une combinaison convexe (poids positifs de somme $1$ après normalisation) des racines $a_i$. Ainsi toute racine de $P'$ appartient à l’enveloppe convexe des racines de $P$.

**Exercice 8.12 ★★.**

(Filtre par les [racines de l’unité](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#def-b1-complex-unity)) Soient $n \in \N^*$ et $j =
\eu^{2\iu\pi/3}$. En évaluant $(1 + X)^n$ en $1$, $j$ et $j^2$, démontrer que

$$
\sum_{k \geq 0} \binom{n}{3k}
= \frac{2^n + 2\cos\frac{n\pi}{3}}{3} ,
$$

et vérifier la formule pour $n = 3$ et $n = 6$. *Indication : $1 +
j^m + j^{2m}$ vaut $3$ si $3 \mid m$ et $0$ sinon ; et $1 + j =
\eu^{\iu\pi/3}$.*

**Solution de Exercice 8.12.**

Sommons les évaluations de $(1 + X)^n$ aux trois racines cubiques de l’unité :

$$
2^n + (1 + j)^n + (1 + j^2)^n
= \sum_{k=0}^n \binom nk\,\bigl(1 + j^k + j^{2k}\bigr)
= 3\sum_{k\,:\,3\mid k}\binom nk ,
$$

puisque $1 + j^k + j^{2k}$ est une somme géométrique valant $3$ quand $3 \mid k$ et $\frac{j^{3k} - 1}{j^k - 1} = 0$ sinon. Or $1 + j =
\frac12 + \iu\frac{\sqrt3}2 = \eu^{\iu\pi/3}$ et $1 + j^2 = \conj{1 +
j} = \eu^{-\iu\pi/3}$, donc $(1+j)^n + (1+j^2)^n = 2\cos\frac{n\pi}3$ et

$$
\sum_{k\geq0}\binom n{3k} = \frac{2^n + 2\cos\frac{n\pi}3}{3} .
$$

Vérifications : $n = 3$ : $\frac{8 + 2\cos\pi}3 = 2 = \binom30 +
\binom33$ ; $n = 6$ : $\frac{64 + 2}3 = 22 = 1 + 20 + 1$.

## 8.5 Problème : les polynômes de Tchebychev et le polynôme le plus plat

**Problème 8.1.**

Parmi tous les [polynômes](#def-b1-poly-def) *[unitaires](#def-b1-poly-def)* de degré $n$, lequel reste le plus près de zéro sur $\intcc{-1}1$ ? La réponse — le théorème de Tchebychev, acte de naissance de la théorie de l’approximation — est $2^{1-n}T_n$, où $T_n$ est le [polynôme](#def-b1-poly-def) de Tchebychev de l’[Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10), et aucun concurrent [unitaire](#def-b1-poly-def) ne peut battre son écart $2^{1-n}$. Ce problème développe l’algèbre de la famille $(T_n)$ (loi de composition, coefficients explicites, la famille $U_n$ de seconde espèce, une équation différentielle), démontre le théorème d’extrémalité avec son cas d’égalité, et rassemble des [applications](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-map) : nœuds d’interpolation optimaux, valeur exacte de $\cos 36^\circ$, et une [congruence](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-congruence) $T_p \equiv X^p \pmod p$. Dans tout le problème, $T_0 =
1$, $T_1 = X$, $T_{n+1} = 2X\,T_n - T_{n-1}$, et nous utilisons librement $T_n(\cos\theta) = \cos n\theta$ de l’[Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10).

**Partie I — La famille $(T_n)$.**

1. Calculer $T_2, T_3, T_4, T_5$ à partir de la récurrence. (Comparer $T_3$ avec l’identité $\cos3\theta = 4\cos^3\theta  - 3\cos\theta$ de l’ [Exemple 3.9](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#ex-b1-complex-cos3) .)
2. Montrer par récurrence : $\deg T_n = n$ , de coefficient dominant $2^{n-1}$ pour $n \geq 1$ , et $T_n$ a la parité de $n$ (seules des puissances paires, ou seules des puissances impaires, y figurent).
3. Démontrer le principe d’unicité : $T_n$ est le *seul* [polynôme](#def-b1-poly-def) vérifiant $P(\cos\theta) = \cos n\theta$ pour tout $\theta$ . (Deux [polynômes](#def-b1-poly-def) qui coïncident sur $\intcc{-1}1$ coïncident partout : [Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots) .)
4. En déduire les lois de composition et de produit : $$T_m \circ T_n = T_{mn},  \qquad  2\,T_m T_n = T_{m+n} + T_{\abs{m-n}} .$$
5. Rappeler de l’ [Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10) les racines $x_k =  \cos\frac{(2k+1)\pi}{2n}$ et les points d’équioscillation $y_k = \cos\frac{k\pi}n$ avec $T_n(y_k) = (-1)^k$ . Écrire la factorisation complète de $T_n$ sur $\R$ , et justifier que les $y_k$ s’entrelacent : $y_n < x_{n-1} < y_{n-1} < \dots <  x_0 < y_0$ .
6. Montrer que $T_n(\cosh t) = \cosh(nt)$ pour tout $t \in \R$ (même récurrence, en utilisant [Proposition 4.18](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/4-fonctions-usuelles#prop-b1-functions-hyprules)), et en déduire pour $x  \geq 1$ la forme close $$T_n(x) = \frac{\bigl(x + \sqrt{x^2 - 1}\bigr)^n +  \bigl(x - \sqrt{x^2 - 1}\bigr)^n}{2} ,$$ d’où $T_n(x) > 1$ pour $x > 1$ : hors de $\intcc{-1}1$, le [polynôme](#def-b1-poly-def) s’échappe aussitôt.

**Partie II — Coefficients, la famille $U_n$, une équation différentielle.**

7. À partir de la [formule de de Moivre](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#cor-b1-complex-demoivre) ([Corollaire 3.8](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#cor-b1-complex-demoivre)), démontrer l’expression explicite $$T_n(x) = \sum_{0 \leq 2j \leq n} \binom{n}{2j}\,  x^{\,n-2j}\,(x^2 - 1)^j ,$$ et la vérifier pour $n = 3$.
8. Calculer $T_n(1)$ , $T_n(-1)$ et $T_n(0)$ pour tout $n$ .
9. Définir $U_n$ ( *de seconde espèce* ) par $U_0 = 1$ , $U_1  = 2X$ , $U_{n+1} = 2X\,U_n - U_{n-1}$ . Montrer que $U_n(\cos\theta) = \frac{\sin(n+1)\theta}{\sin\theta}$ pour $\theta \notin \pi\Z$ , et que $T_n' = n\,U_{n-1}$ pour $n  \geq 1$ .
10. Montrer que $\abs{\sin n\theta} \leq n\,\abs{\sin\theta}$ pour tout $\theta$ (récurrence), et en déduire la majoration de type Markov $$\abs{T_n'(x)} \leq n^2  \quad\text{sur } \intcc{-1}1,  \qquad\text{avec } T_n'(\pm1) = (\pm1)^{n-1}\,n^2 .$$
11. Montrer que $y = T_n$ vérifie l’équation différentielle $$(1 - x^2)\,y'' - x\,y' + n^2\,y = 0 ,$$ en dérivant l’identité $\sin\theta\, T_n'(\cos\theta) =  n\sin n\theta$ par rapport à $\theta$ ; vérifier directement pour $T_2$.

**Partie III — Le théorème d’extrémalité de Tchebychev.** On pose $\widetilde T_n = 2^{1-n}\,T_n$ ([unitaire](#def-b1-poly-def) d’après la question 2) et l’on écrit $\norm{P}_\infty = \sup_{x \in
\intcc{-1}1}\abs{P(x)}$.

12. Justifier que $\norm{\widetilde T_n}_\infty = 2^{1-n}$ , atteint avec des signes alternés aux $n + 1$ points $y_n <  \dots < y_0$ .
13. Supposons qu’un [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) $P$ de degré $n$ vérifie $\norm P_\infty < 2^{1-n}$ , et posons $D = \widetilde T_n -  P$ . Montrer que $\deg D \leq n - 1$ , et que $D(y_k)$ a strictement le signe de $(-1)^k$ pour chaque $k = 0, \dots,  n$ .
14. En déduire que $D$ a au moins $n$ racines réelles distinctes (une dans chaque intervalle consécutif, par la propriété des valeurs intermédiaires, utilisée ici au niveau du secondaire et démontrée au [Chapitre 13](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/13-limites-et-continuite#ch-b1-continuity)), et conclure au *théorème de Tchebychev* : tout [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) $P$ de degré $n$ vérifie $$\norm{P}_\infty \geq 2^{1-n} .$$
15. (Cas d’égalité, première étape) Supposons maintenant $\norm  P_\infty = 2^{1-n}$ exactement, $P$ [unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $n$ , et posons $D = \widetilde T_n - P$ . Montrer que $(-1)^kD(y_k) \geq 0$ pour tout $k$ , et que si $D(y_k) = 0$ en un point *intérieur* $y_k$ ( $0 < k < n$ ), alors $D'(y_k) = 0$ également. *(En un $y_k$ intérieur, $\widetilde T_n$ et $P$ atteignent tous deux un extremum de valeur absolue $\norm{\cdot}  _\infty$ ; une fonction dérivable a une dérivée nulle en un extremum intérieur — admis ici, démontré au [Chapitre 14](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/14-derivation#ch-b1-derivative).)*
16. (Cas d’égalité, conclusion) Compter les racines de $D$ avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) pour montrer que $D = 0$ : le minimiseur est *unique* , $P = \widetilde T_n$ .
17. Transporter le résultat sur un segment quelconque $\intcc  ab$ : montrer que la norme uniforme minimale d’un [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $n$ sur $\intcc ab$ vaut $2\bigl(\frac{b-a}4\bigr)^n$ , atteinte par un [polynôme](#def-b1-poly-def) de Tchebychev remis à l’échelle. *(Substituer $x =  \frac{a+b}2 + \frac{b-a}2\,t$ et suivre le coefficient dominant.)*

**Partie IV — Applications.**

18. Traiter à la main le cas $n = 3$ : localiser les extrema de $\widetilde T_3 = X^3 - \frac34X$ sur $\intcc{-1}1$ , vérifier l’équioscillation en quatre points de valeur $\frac14$ , et conclure qu’aucune cubique [unitaire](#def-b1-poly-def) ne fait mieux.
19. (Nœuds d’interpolation optimaux) Pour $n + 1$ nœuds $x_0,  \dots, x_n \in \intcc{-1}1$ , l’erreur d’interpolation est gouvernée par $\omega(X) = \prod_i (X - x_i)$ (comme le [Chapitre 16](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/16-formules-de-taylor-et-developpements-limites#ch-b1-taylor) le quantifiera). Montrer que le choix qui minimise $\norm\omega_\infty$ est l’ [ensemble](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-sets) des $n + 1$ racines de $T_{n+1}$ , avec $\norm\omega_\infty = 2^{-n}$ : les nœuds de Tchebychev sont les bons endroits où interpoler.
20. À l’aide de $T_5$, montrer que $c = \cos 36^\circ$ vérifie $16c^5 - 20c^3 + 5c + 1 = 0$, factoriser ce [polynôme](#def-b1-poly-def) en $(x + 1)(4x^2 - 2x - 1)^2$, et en conclure que $$\cos 36^\circ = \frac{1 + \sqrt5}4 .$$ Vérifier la cohérence avec $\cos 72^\circ =  \frac{\sqrt5 - 1}4$ de l’[Exercice 3.8](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#exo-b1-complex-8).
21. Estimer $T_{10}(1.1)$ avec la forme close de la question 6 (deux chiffres significatifs suffisent), et interpréter : un [polynôme](#def-b1-poly-def) borné par $1$ sur $\intcc{-1}1$ peut déjà dépasser $40$ en $x = 1.1$ . (Que $T_n$ croisse le *plus vite* parmi de tels [polynômes](#def-b1-poly-def) est une autre propriété extrémale de la famille, hors de portée de ce problème.)
22. Démontrer la [congruence](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-congruence) : pour tout [nombre premier](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-prime) impair $p$ , tous les coefficients de $T_p - X^p$ sont divisibles par $p$ . *(Utiliser la question 7 et $p \mid \binom  p{2j}$ pour $0 < 2j < p$, tiré de la démonstration du [Théorème 6.23](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#thm-b1-arith-fermat).)* Vérifier sur $T_3$ et $T_5$ .

**Partie V — Synthèse.**

23. Calculer explicitement le trinôme [unitaire](#def-b1-poly-def) de norme uniforme minimale sur $\intcc01$ et son écart. (Question 17 avec $n =  2$ .)
24. Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) la rigidité des [polynômes](#def-b1-poly-def) ( [Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots) ) ; (ii) la trigonométrie du [Chapitre 3](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#ch-b1-complex) et du [Chapitre 4](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/4-fonctions-usuelles#ch-b1-functions) ; (iii) l’arithmétique des coefficients binomiaux du [Chapitre 6](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#ch-b1-arith) ? Une phrase pour chacun.
25. Synthèse, en un court paragraphe : le théorème dit que le [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) le plus plat est celui qui *équioscille* , et la démonstration convertit l’optimalité en un décompte de racines. Commenter ce mécanisme, le rôle de la substitution $x = \cos\theta$ comme pont entre algèbre et trigonométrie, et nommer les deux endroits où le problème a eu besoin de résultats d’analyse (TVI, extremum intérieur) que des chapitres ultérieurs démontrent.

**Solution de Problème 8.1.**

**1.** $T_2 = 2X^2 - 1$ ; $T_3 = 2X(2X^2 - 1) - X = 4X^3 -
3X$ ; $T_4 = 2X\,T_3 - T_2 = 8X^4 - 8X^2 + 1$ ; $T_5 = 2X\,T_4 - T_3
= 16X^5 - 20X^3 + 5X$. L’identité $T_3(\cos\theta) = \cos3\theta$ est exactement $\cos3\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta$ de l’[Exemple 3.9](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#ex-b1-complex-cos3).

**2.** Vrai pour $n = 1, 2$. Si $T_{n-1}$ et $T_n$ sont de degrés $n-1$ et $n$, de coefficients dominants $2^{n-2}$ et $2^{n-1}$, alors $2X\,T_n$ est de degré $n+1$ et de coefficient dominant $2^n$, tandis que $T_{n-1}$ est de degré plus petit : $T_{n+1}$ est de degré $n + 1$ et de coefficient dominant $2^n$. Parité : si $T_{n-1}$ a la parité de $n - 1$ et $T_n$ celle de $n$, alors $2X\,T_n$ et $T_{n-1}$ ont tous deux la parité de $n + 1$, donc $T_{n+1}$ également.

**3.** Si $P(\cos\theta) = \cos n\theta$ pour tout $\theta$, alors $P$ et $T_n$ coïncident en tout point de $\intcc{-1}1$ — un [ensemble](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-sets) infini — donc $P - T_n$ a une infinité de racines et est le [polynôme](#def-b1-poly-def) nul ([Corollaire 8.8](#cor-b1-poly-nroots)).

**4.** Pour $x = \cos\theta$ : $T_m(T_n(\cos\theta)) =
T_m(\cos n\theta) = \cos(mn\theta) = T_{mn}(\cos\theta)$, et $2T_mT_n(\cos\theta) = 2\cos m\theta\cos n\theta = \cos(m+n)\theta
+ \cos\abs{m - n}\theta$. Les deux identités valent sur $\intcc{-1}1$, donc comme identités polynomiales par l’argument de la question 3.

**5.** Les $x_k$ sont $n$ racines simples distinctes et le coefficient dominant vaut $2^{n-1}$ :

$$
T_n = 2^{n-1}\prod_{k=0}^{n-1}
\Bigl(X - \cos\frac{(2k+1)\pi}{2n}\Bigr) .
$$

Entrelacement : les angles $0 < \frac{\pi}{2n} < \frac\pi n <
\frac{3\pi}{2n} < \frac{2\pi}n < \dots < \pi$ alternent entre les angles $\frac{k\pi}n$ des $y$ et les angles $\frac{(2k+1)\pi}{2n}$ des $x$ ; comme $\cos$ est strictement décroissante sur $\intcc0\pi$, les valeurs s’entrelacent dans l’ordre inverse : $y_n
< x_{n-1} < y_{n-1} < \dots < x_0 < y_0$. Entre deux extrema consécutifs se trouve exactement une racine, comme le suggère le graphe de $\cos n\theta$.

**6.** Récurrence avec $2\cosh a\cosh b = \cosh(a + b) +
\cosh(a - b)$ ([Proposition 4.18](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/4-fonctions-usuelles#prop-b1-functions-hyprules)) : $T_{n+1}(\cosh
t) = 2\cosh t\cosh nt - \cosh(n-1)t = \cosh(n+1)t$. Pour $x \geq
1$, écrivons $x = \cosh t$ avec $t \geq 0$ ; alors $\eu^t = x +
\sqrt{x^2 - 1}$ et $\eu^{-t} = x - \sqrt{x^2 - 1}$, donc

$$
T_n(x) = \cosh(nt)
= \frac{(x + \sqrt{x^2-1})^n + (x - \sqrt{x^2-1})^n}2 .
$$

Pour $x > 1$, le premier terme dépasse strictement $\frac12(1)^n$ et croît géométriquement : $T_n(x) > 1$.

**7.** De Moivre : $\cos n\theta = \Re\bigl((\cos\theta +
\iu\sin\theta)^n\bigr) = \sum_{2j \leq n}\binom n{2j}
\cos^{n-2j}\theta\,(\iu\sin\theta)^{2j}$, et $(\iu\sin\theta)^{2j}
= (-\sin^2\theta)^j = (\cos^2\theta - 1)^j$. En substituant $x =
\cos\theta$ et en invoquant la question 3 :

$$
T_n(x) = \sum_{0\leq 2j\leq n}\binom n{2j}x^{n-2j}(x^2 - 1)^j .
$$

Pour $n = 3$ : $\binom30 x^3 + \binom32 x(x^2 - 1) = x^3 + 3x^3 -
3x = 4x^3 - 3x$, comme à la question 1.

**8.** $T_n(1) = \cos(n\cdot0) = 1$ ; $T_n(-1) = \cos(n\pi) =
(-1)^n$ ; $T_n(0) = \cos\frac{n\pi}2$, qui vaut $0$ pour $n$ impair et $(-1)^{n/2}$ pour $n$ pair.

**9.** Récurrence pour $U_n(\cos\theta) =
\frac{\sin(n+1)\theta}{\sin\theta}$ : vrai pour $U_0 = 1$ et $U_1 =
2X$ ($\sin2\theta = 2\sin\theta\cos\theta$) ; l’hérédité est l’identité de transformation $\sin(n+2)\theta = 2\cos\theta\,
\sin(n+1)\theta - \sin n\theta$. Dérivons maintenant $T_n(\cos\theta) = \cos n\theta$ par rapport à $\theta$ : $-\sin\theta\,T_n'(\cos\theta) = -n\sin n\theta$, donc pour $\theta
\notin \pi\Z$ :

$$
T_n'(\cos\theta) = n\,\frac{\sin n\theta}{\sin\theta}
= n\,U_{n-1}(\cos\theta) ,
$$

et les [polynômes](#def-b1-poly-def) $T_n'$ et $nU_{n-1}$, qui coïncident sur $\intoo{-1}1$, sont égaux.

**10.** $\abs{\sin(n+1)\theta} = \abs{\sin n\theta\cos\theta
+ \cos n\theta\sin\theta} \leq \abs{\sin n\theta} +
\abs{\sin\theta}$, et la récurrence donne $\abs{\sin n\theta} \leq
n\abs{\sin\theta}$. D’où $\abs{U_{n-1}} \leq n$ sur $\intoo{-1}1$ et $\abs{T_n'} = n\abs{U_{n-1}} \leq n^2$ sur cet intervalle ; en $\pm1$, la majoration s’étend par passage à la limite (ou directement : $U_{n-1}(1) = n$ par la récurrence, $U_n(1) = n + 1$ par récurrence, et la parité donne $U_{n-1}(-1) = (-1)^{n-1}n$). Ainsi $T_n'(1) = n^2$ et $T_n'(-1) = (-1)^{n-1}n^2$ : la borne $n^2$ est atteinte aux extrémités.

**11.** Dérivons $\sin\theta\,T_n'(\cos\theta) = n\sin
n\theta$ (question 9) par rapport à $\theta$ :

$$
\cos\theta\,T_n'(\cos\theta) - \sin^2\theta\,T_n''(\cos\theta)
= n^2\cos n\theta = n^2\,T_n(\cos\theta) .
$$

Avec $x = \cos\theta$ et $\sin^2\theta = 1 - x^2$ : $x\,T_n' - (1
- x^2)T_n'' = n^2T_n$ sur $\intcc{-1}1$, donc partout : $(1 - x^2)y'' - xy' + n^2y = 0$ pour $y = T_n$. Vérification pour $T_2 = 2x^2 - 1$ : $(1 - x^2)(4) - x(4x) + 4(2x^2 - 1) = 4 - 4x^2 -
4x^2 + 8x^2 - 4 = 0$.

**12.** $\widetilde T_n$ est [unitaire](#def-b1-poly-def) (question 2) et $\abs{\widetilde T_n} = 2^{1-n}\abs{T_n} \leq 2^{1-n}$ sur $\intcc{-1}1$, avec $\widetilde T_n(y_k) = (-1)^k2^{1-n}$ aux $n +
1$ points $y_k$ ([Exercice 8.10](#exo-b1-poly-10)) : la norme vaut exactement $2^{1-n}$, atteinte avec des signes alternés.

**13.** $\widetilde T_n$ et $P$ sont tous deux [unitaires](#def-b1-poly-def) de degré $n$, donc les termes dominants se simplifient : $\deg D \leq n
- 1$. En $y_k$ : $D(y_k) = (-1)^k2^{1-n} - P(y_k)$, et $\abs{P(y_k)}
\leq \norm P_\infty < 2^{1-n}$ impose au signe de $D(y_k)$ d’être celui de $(-1)^k2^{1-n}$, strictement.

**14.** $D$ change de signe entre $y_{k+1}$ et $y_k$ pour chaque $k = 0, \dots, n-1$ : par la propriété des valeurs intermédiaires, $D$ a une racine dans chacun de ces $n$ intervalles ouverts deux à deux disjoints — $n$ racines distinctes pour un [polynôme](#def-b1-poly-def) non nul de degré $\leq n - 1$, impossible. Et $D = 0$ est également impossible (les normes diffèrent). Contradiction : aucun [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) $P$ de degré $n$ ne vérifie $\norm P_\infty <
2^{1-n}$, ce qui est le théorème de Tchebychev.

**15.** Maintenant $\abs{P(y_k)} \leq 2^{1-n}$ seulement, donc $(-1)^k D(y_k) = 2^{1-n} - (-1)^kP(y_k) \geq 2^{1-n} - \abs{P(y_k)}
\geq 0$. Supposons $D(y_k) = 0$ en un $y_k$ intérieur ($0 < k <
n$) : alors $P(y_k) = (-1)^k2^{1-n}$, donc $\abs P$ atteint sa borne supérieure $2^{1-n}$ au point intérieur $y_k$, d’où $P'(y_k) = 0$ (extremum intérieur) ; et $T_n'(y_k) = nU_{n-1}(y_k) = 0$ puisque $\sin(n\cdot\frac{k\pi}n) = 0$ — donc $\widetilde T_n'(y_k) = 0$ aussi, et $D'(y_k) = 0$ : $y_k$ est racine de $D$ de [multiplicité](#def-b1-poly-derivative) au moins $2$.

**16.** Comptons les racines de $D$ avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative). Soit $z$ le nombre de points intérieurs $y_k$ tels que $D(y_k) = 0$ (chacun racine double, par la question 15) et $e \in \{0, 1, 2\}$ le nombre d’extrémités ($y_0$ ou $y_n$) où $D = 0$ (chacune racine au moins simple). Un intervalle $(y_{k+1}, y_k)$ dont les deux extrémités vérifient $D \neq 0$ porte des signes strictement alternés, donc une racine intérieure. Chaque point intérieur annulé gâte au plus les deux intervalles adjacents, chaque extrémité annulée au plus un intervalle : au moins $n - 2z - e$ intervalles fournissent encore une racine chacun, toutes distinctes des racines en les $y$. Total : au moins $(n - 2z - e) + 2z + e = n$ racines comptées avec [multiplicité](#def-b1-poly-derivative), pour un [polynôme](#def-b1-poly-def) de degré $\leq n - 1$ : donc $D = 0$ et $P =
\widetilde T_n$. Le minimiseur est unique.

**17.** L’[application](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-map) affine $t \mapsto x = \frac{a+b}2 +
\frac{b-a}2\,t$ est une [bijection](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/1-logique-ensembles-et-applications#def-b1-logic-inj) de $\intcc{-1}1$ sur $\intcc ab$. Si $P$ est [unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $n$, alors $Q(t) = P(x(t))$ est un [polynôme](#def-b1-poly-def) en $t$ de coefficient dominant $\bigl(\frac{b-a}2\bigr)^n$, et $\sup_{\intcc ab}\abs P =
\sup_{\intcc{-1}1}\abs Q$. Le [polynôme unitaire](#def-b1-poly-def) $Q/\bigl(\frac{b-a}2\bigr)^n$ a une norme uniforme $\geq 2^{1-n}$ (questions 13–14), donc

$$
\sup_{\intcc ab}\abs P \geq \Bigl(\frac{b-a}2\Bigr)^n 2^{1-n}
= 2\Bigl(\frac{b-a}4\Bigr)^n ,
$$

avec égalité exactement pour $P(x) = \bigl(\frac{b-a}2\bigr)^n
\widetilde T_n\bigl(t(x)\bigr)$ (question 16).

**18.** $\widetilde T_3 = \frac{T_3}4 = X^3 - \frac34X$ ; $\widetilde T_3{}' = 3X^2 - \frac34$ s’annule en $\pm\frac12$. Valeurs : $\widetilde T_3(-1) = -\frac14$, $\widetilde
T_3(-\tfrac12) = \frac14$, $\widetilde T_3(\tfrac12) = -\frac14$, $\widetilde T_3(1) = \frac14$ : quatre extrema alternés de valeur absolue $\frac14$ — donc $\norm{\widetilde T_3}_\infty =
\frac14$, et par le théorème de Tchebychev aucune cubique [unitaire](#def-b1-poly-def) n’a une norme uniforme plus petite sur $\intcc{-1}1$.

**19.** $\omega$ est [unitaire](#def-b1-poly-def) de degré $n + 1$, donc $\norm\omega_\infty \geq 2^{-n}$ par le théorème de Tchebychev (en degré $n+1$), avec égalité si et seulement si $\omega = \widetilde
T_{n+1} = 2^{-n}T_{n+1}$ (question 16), c’est-à-dire si et seulement si les nœuds sont les $n + 1$ racines de $T_{n+1}$. Avec les nœuds de Tchebychev, le facteur d’erreur $\norm\omega_\infty$ vaut $2^{-n}$ — le plus petit possible.

**20.** $5 \times 36^\circ = 180^\circ$, donc $T_5(c) =
\cos180^\circ = -1$ : $16c^5 - 20c^3 + 5c + 1 = 0$. En testant $x =
-1$ : $-16 + 20 - 5 + 1 = 0$, et le développement confirme

$$
16x^5 - 20x^3 + 5x + 1 = (x + 1)\bigl(4x^2 - 2x - 1\bigr)^2 .
$$

Comme $c = \cos36^\circ \neq -1$, $c$ est racine de $4x^2 - 2x -
1$, dont les racines sont $\frac{1 \pm \sqrt5}4$ ; comme $c > 0$,

$$
\cos36^\circ = \frac{1 + \sqrt5}4 .
$$

Cohérence : $\cos72^\circ = T_2(c) = 2c^2 - 1 = 2\cdot\frac{3 +
\sqrt5}8 - 1 = \frac{\sqrt5 - 1}4$, la valeur trouvée dans l’[Exercice 3.8](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#exo-b1-complex-8).

**21.** $\sqrt{1.1^2 - 1} = \sqrt{0.21} \approx 0.458$, donc $x + \sqrt{x^2-1} \approx 1.558$ et $(1.558)^{10} \approx 84.5$, tandis que $(1.1 - 0.458)^{10} \approx 0.01$ : $T_{10}(1.1) \approx
\frac{84.5 + 0.01}2 \approx 42$. Un [polynôme](#def-b1-poly-def) confiné dans $\intcc{-1}1$ sur l’intervalle a déjà dépassé $40$ un dixième au-delà du bord : être borné sur un segment ne dit rien à un pouce de là.

**22.** Dans la formule de la question 7 pour $T_p$, le terme $j = 0$ vaut $X^p$ ; tout autre terme porte $\binom p{2j}$ avec $0 <
2j < p$ (noter que $2j \neq p$ puisque $p$ est impair), qui est divisible par $p$ d’après la première étape de la démonstration du [Théorème 6.23](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#thm-b1-arith-fermat). Donc tout coefficient de $T_p - X^p$ est un multiple de $p$. Vérifications : $T_3 - X^3 = 3X^3 - 3X = 3(X^3 -
X)$ ; $T_5 - X^5 = 15X^5 - 20X^3 + 5X = 5(3X^5 - 4X^3 + X)$.

**23.** Par la question 17 avec $\intcc ab = \intcc01$ et $n =
2$ : écart minimal $2\bigl(\frac14\bigr)^2 = \frac18$, atteint par $\bigl(\frac12\bigr)^2\widetilde T_2(2x - 1) =
\frac14\bigl((2x-1)^2 - \frac12\bigr) = x^2 - x + \frac18$. Le trinôme [unitaire](#def-b1-poly-def) le plus proche de zéro sur $\intcc01$ est $x^2 - x
+ \frac18$, de norme uniforme $\frac18$.

**24.** (i) La rigidité — un [polynôme](#def-b1-poly-def) ayant plus de racines que son degré est nul — a alimenté le principe d’unicité (question 3), le transfert des identités trigonométriques en identités polynomiales (questions 4, 7, 9, 11), et les deux décomptes de racines de la démonstration d’extrémalité (questions 14, 16). (ii) La trigonométrie du [Chapitre 3](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/3-nombres-complexes#ch-b1-complex) (de Moivre, transformation de produits en sommes) et les [fonctions hyperboliques](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/4-fonctions-usuelles#def-b1-functions-hyperbolic) du [Chapitre 4](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/4-fonctions-usuelles#ch-b1-functions) ont fourni toutes les identités qui soutiennent la famille ; la substitution $x = \cos\theta$ en est le pont. (iii) La [divisibilité](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-divides) $p \mid \binom p{2j}$ du [Chapitre 6](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#ch-b1-arith) a transformé la formule des coefficients en la [congruence](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/6-arithmetique-des-entiers#def-b1-arith-congruence) de la question 22.

**25.** Le théorème de Tchebychev convertit une optimisation sur une famille de dimension infinie (tous les [polynômes unitaires](#def-b1-poly-def)) en une combinatoire finie : un concurrent meilleur que $\widetilde
T_n$ en différerait par un [polynôme](#def-b1-poly-def) de bas degré contraint de changer $n$ fois de signe — une racine de plus que son degré ne le permet. Le motif d’équioscillation n’est donc pas une curiosité, mais le certificat même de l’optimalité, et le cas d’égalité affine le décompte des racines en tenant compte des [multiplicités](#def-b1-poly-derivative). La substitution $x = \cos\theta$ mérite le dernier mot : elle transporte le monde rigide et discret des [polynômes](#def-b1-poly-def) dans le monde périodique de la trigonométrie, où racines et extrema de $T_n$ ne sont que la grille régulière de $\cos n\theta$. Les deux résultats d’analyse empruntés — la propriété des valeurs intermédiaires (question 14 ; démontrée au [Chapitre 13](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/13-limites-et-continuite#ch-b1-continuity)) et la nullité de la dérivée en un extremum intérieur (question 15 ; démontrée au [Chapitre 14](https://one-course.com/books/math/3/fr/chapter/14-derivation#ch-b1-derivative)) — sont exactement les outils que ces chapitres ultérieurs rendront, bouclant la boucle.
