Une grande population décline quand son taux de mortalité dépasse son taux de natalité ; une petite peut s’évanouir sans que ni l’un ni l’autre change. La stochasticité démographique est le hasard qui fait que, parmi quelques individus, il en meurt plus qu’il n’en naît, ou que tous les survivants sont des mâles : elle compte au-dessous de quelques dizaines. La stochasticité environnementale — un mauvais hiver, une sécheresse, une maladie — frappe tous les individus à la fois, et une population de quelques centaines qu’une grande encaisserait peut être anéantie ; les catastrophes en sont la queue de distribution. L’effet Allee fait baisser le taux de croissance par tête à faible densité — on ne trouve pas de partenaire, les nicheurs coloniaux ne peuvent nicher, les hardes ne peuvent défendre leurs jeunes, les vols de tourtes voyageuses ne pouvaient plus saturer les prédateurs qui prenaient leurs jeunes — de sorte qu’au-dessous d’une densité seuil la population décline d’elle-même vers zéro. Et au-dessous de quelques centaines, les processus génétiques de la section suivante abaissent la valeur sélective génération après génération. Tout cela s’alimente : une population plus petite perd de la variation, devient moins féconde, rapetisse, est plus exposée au hasard, et en perd davantage — le vortex d’extinction (Gilpin et Soulé, 1986). Une population minimale viable est la taille au-dessus de laquelle la probabilité d’extinction sur un horizon donné (disons en un siècle) est acceptable ; elle dépend de la biologie de l’espèce et de la variabilité de son environnement, et se compte d’ordinaire en milliers.
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