Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « anneau euclidien » ?

Aussi appelé : anneau principal · anneau factoriel

Définition 2.13 Mathématiques universitaires — Licence 3 · Chapitre 2 — Anneaux et arithmétique

Un anneau intègre AA est :

  • euclidien s’il existe une application ν ⁣:A{0}N\nu \colon A \setminus \{0\} \to \N (une fonction euclidienne) telle que pour tous a,ba, b avec b0b \ne 0 il existe q,rq, r avec a=bq+ra = bq + r et (r=0r = 0 ou ν(r)<ν(b)\nu(r) < \nu(b)) ;
  • principal (un PID) si tout idéal est de la forme (a)(a) ;
  • factoriel (un UFD) si tout non nul non inversible est un produit d’irréductibles, unique à l’ordre et aux associés près.
Division dans les entiers de Gauss : le quotient exact a/b ∈ ℂ se trouve à distance ≤ √2/2 < 1 d’un certain point de réseau q ∈ ℤ[ ] ; alors r = a - bq a N(r) = N(b)\,|a/b - q|2 < N(b). Une division euclidienne, donc toute une arithmétique.
Division dans les entiers de Gauss : le quotient exact a/bCa/b \in \C se trouve à distance 22<1\leq \frac{\sqrt2}{2} < 1 d’un certain point de réseau qZ[i]q \in \Z[\iu] ; alors r=abqr = a - bq a N(r)=N(b)a/bq2<N(b)N(r) = N(b)\,\abs{a/b - q}^2 < N(b). Une division euclidienne, donc toute une arithmétique.

Exemples

Exemple 2.15

Z\Z (avec ν=\nu = \abs\cdot) et K[X]K[X] (avec ν=deg\nu = \deg) sont euclidiens — les deux divisions ont été établies en deuxième année. De même Z[i]\Z[\iu], avec ν=N\nu = N la norme carrée (Exercice 2.4) ; la géométrie de la démonstration est dans la figure ci-dessous. Un PID non euclidien existe mais est délicat à certifier (l’exemple standard est Z[1+i192]\Z\bigl[\frac{1+\iu\sqrt{19}}2\bigr]) ; un UFD qui n’est pas un PID est facile : K[X,Y]K[X, Y] (Exercice 2.6), ou Z[X]\Z[X].

Exemple 2.20 (Un anneau sans factorisation unique)

Aucune des implications euclidien \Rightarrow PID \Rightarrow UFD n’est une équivalence, et l’échec de la dernière mérite d’être vu une fois en détail complet. Dans

A=Z[i5]={a+ib5:a,bZ},N(a+ib5)=a2+5b2,A = \Z[\iu\sqrt5] = \{a + \iu b\sqrt5 : a, b \in \Z\}, \qquad N(a + \iu b\sqrt5) = a^2 + 5b^2,

la norme est multiplicative et N(z)=1N(z) = 1 ssi zA×={±1}z \in A^\times = \{\pm1\}. Considérer

6=23=(1+i5)(1i5).6 = 2 \cdot 3 = (1 + \iu\sqrt5)(1 - \iu\sqrt5).

Les quatre facteurs sont irréductibles : leurs normes sont 4,9,6,64, 9, 6, 6, et une factorisation propre z=z1z2z = z_1z_2 forcerait N(z1){2,3}N(z_1) \in \{2, 3\} — or a2+5b2a^2 + 5b^2 ne vaut jamais 22 ni 33 (b=0b = 0 laisse les non-carrés 2,32, 3 ; b1\abs b \geq 1 donne 5\geq 5). Pourtant 22 n’est associé ni à 1+i51 + \iu\sqrt5 ni à 1i51 - \iu\sqrt5 (normes 464 \neq 6) : deux factorisations véritablement différentes de 66 en irréductibles. De façon équivalente, irréductible \neq premier ici : 22 divise le produit (1+i5)(1i5)=6(1 + \iu\sqrt5)(1 - \iu\sqrt5) = 6 mais aucun des facteurs (normes encore). La réparation idéelliste de cet échec — factoriser les idéaux plutôt que les éléments — est la naissance de la théorie algébrique des nombres ; à notre niveau, l’exemple calibre à quel point les anneaux euclidiens Z\Z, K[X]K[X], Z[i]\Z[\iu] de ce chapitre sont spéciaux.

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