Une forme bilinéaire symétrique sur un espace vectoriel réel E est une application bilinéaire φ:E×E→R vérifiant φ(x,y)=φ(y,x) ; la forme quadratique associée est q(x)=φ(x,x). On retrouve φ à partir de q par polarisation :
φ(x,y)=21(q(x+y)−q(x)−q(y)).
Dans une base (ei), la matrice de φ est la matrice symétriqueB=(φ(ei,ej)), avec q(x)=XTBX ; un changement de base de matrice P remplace B par PTBP (congruence — et non similitude !). Le rang de q est rkB (invariant : la congruence multiplie par des matrices inversibles).
Exemples
Exemple 12.3(La congruence en action)
Prenons q(x,y)=x2+4xy+y2 (de matrice B=(1221)) et la nouvelle base e1′=(1,1), e2′=(1,−1), c’est-à-dire P=(111−1). Alors
PTBP=(111−1)(1221)(111−1)=(600−2):
dans les coordonnées (u,v) selon la nouvelle base, q=6u2−2v2 — vérification : x=u+v, y=u−v donne directement x2+4xy+y2=6u2−2v2. Remarquons que les nouveaux coefficients diagonaux 6,−2 ne sont pas les valeurs propres3,−1 de B : la congruence redimensionne, seule la similitude préserve les spectres — mais les signes coïncident, comme l’exige le théorème de Sylvester. (La base est ici orthogonale mais non orthonormée ; la normaliser par 21 diviserait la diagonale par 2 et redonnerait les valeurs propres.)
Exemple 12.4(Les déterminants de Gram mesurent une aire)
Pour v1,v2 dans un espace euclidien, la matrice de Gram G=(⟨vi,vj⟩) encode les longueurs et l’angle ; son déterminant encode l’aire :
l’aire au carré du parallélogramme construit sur v1,v2 — et Cauchy–Schwarz n’est autre que l’énoncé detG≥0. Cas concret : v1=(1,2,2), v2=(2,1,−2) dans R3 :
G=(9009),detG=81:
les vecteurs sont orthogonaux, de longueur 3, et engendrent un parallélogramme (ici un carré) d’aire 81=9. Éclairage final : aucun produit vectoriel ni magie propre à la dimension 3 n’a été utilisé — detG mesure le volume k-dimensionnel en toute dimension, point de départ de la partie I du problème du week-end et des intégrales d’aire de surface plus loin dans ce volume.
Exemple 12.16
A=(2112) : valeurs propres3 (vecteur propre 21(1,1)) et 1 (21(1,−1)). La forme quadratique2x2+2xy+2y2 devient 3X2+Y2 dans le repère orthonormé tourné : les axes principaux d’une ellipse, calculés. La réduction de Gauss atteint elle aussi une forme diagonale, mais seul le théorème spectral l’atteint sans distordre les longueurs.