Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « forme quadratique » ?

Aussi appelé : identité de polarisation · matrices congruentes

Définition 12.1 Mathématiques universitaires — Licence 2 · Chapitre 12 — Formes quadratiques

Une forme bilinéaire symétrique sur un espace vectoriel réel EE est une application bilinéaire φ ⁣:E×ER\varphi \colon E \times E \to \R vérifiant φ(x,y)=φ(y,x)\varphi(x, y) = \varphi(y, x) ; la forme quadratique associée est q(x)=φ(x,x)q(x) = \varphi(x, x). On retrouve φ\varphi à partir de qq par polarisation :

φ(x,y)=12(q(x+y)q(x)q(y)).\varphi(x, y) = \tfrac12\bigl(q(x + y) - q(x) - q(y)\bigr).

Dans une base (ei)(e_i), la matrice de φ\varphi est la matrice symétrique B=(φ(ei,ej))B = (\varphi(e_i, e_j)), avec q(x)=XTBXq(x) = X^{\mathsf T} B X ; un changement de base de matrice PP remplace BB par PTBPP^{\mathsf T} B P (congruence — et non similitude !). Le rang de qq est rkB\operatorname{rk} B (invariant : la congruence multiplie par des matrices inversibles).

Exemples

Exemple 12.3 (La congruence en action)

Prenons q(x,y)=x2+4xy+y2q(x, y) = x^2 + 4xy + y^2 (de matrice B=(1221)B = \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}) et la nouvelle base e1=(1,1)e_1' = (1, 1), e2=(1,1)e_2' = (1, -1), c’est-à-dire P=(1111)P = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix}. Alors

PTBP=(1111)(1221)(1111)=(6002):P^{\mathsf T}BP = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 6 & 0\\ 0 & -2\end{pmatrix} :

dans les coordonnées (u,v)(u, v) selon la nouvelle base, q=6u22v2q = 6u^2 - 2v^2 — vérification : x=u+vx = u + v, y=uvy = u - v donne directement x2+4xy+y2=6u22v2x^2 + 4xy + y^2 = 6u^2 - 2v^2. Remarquons que les nouveaux coefficients diagonaux 6,26, -2 ne sont pas les valeurs propres 3,13, -1 de BB : la congruence redimensionne, seule la similitude préserve les spectres — mais les signes coïncident, comme l’exige le théorème de Sylvester. (La base est ici orthogonale mais non orthonormée ; la normaliser par 12\frac{1}{\sqrt2} diviserait la diagonale par 22 et redonnerait les valeurs propres.)

Exemple 12.4 (Les déterminants de Gram mesurent une aire)

Pour v1,v2v_1, v_2 dans un espace euclidien, la matrice de Gram G=(vi,vj)G = \bigl(\langle v_i, v_j\rangle\bigr) encode les longueurs et l’angle ; son déterminant encode l’aire :

detG=v12v22v1,v22=v12v22(1cos2θ)=(v1v2sinθ)2,\det G = \norm{v_1}^2\norm{v_2}^2 - \langle v_1, v_2\rangle^2 = \norm{v_1}^2\norm{v_2}^2\bigl(1 - \cos^2\theta\bigr) = \bigl(\norm{v_1}\,\norm{v_2}\sin\theta\bigr)^2 ,

l’aire au carré du parallélogramme construit sur v1,v2v_1, v_2 — et Cauchy–Schwarz n’est autre que l’énoncé detG0\det G \geq 0. Cas concret : v1=(1,2,2)v_1 = (1, 2, 2), v2=(2,1,2)v_2 = (2, 1, -2) dans R3\R^3 :

G=(9009),detG=81:G = \begin{pmatrix} 9 & 0\\ 0 & 9 \end{pmatrix}, \qquad \det G = 81 :

les vecteurs sont orthogonaux, de longueur 33, et engendrent un parallélogramme (ici un carré) d’aire 81=9\sqrt{81} = 9. Éclairage final : aucun produit vectoriel ni magie propre à la dimension 33 n’a été utilisé — detG\sqrt{\det G} mesure le volume kk-dimensionnel en toute dimension, point de départ de la partie I du problème du week-end et des intégrales d’aire de surface plus loin dans ce volume.

Exemple 12.16

A=(2112)A = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 2 \end{pmatrix} : valeurs propres 33 (vecteur propre 12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,1)) et 11 (12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,-1)). La forme quadratique 2x2+2xy+2y22x^2 + 2xy + 2y^2 devient 3X2+Y23X^2 + Y^2 dans le repère orthonormé tourné : les axes principaux d’une ellipse, calculés. La réduction de Gauss atteint elle aussi une forme diagonale, mais seul le théorème spectral l’atteint sans distordre les longueurs.

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