Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

12Formes quadratiques

Une forme quadratique est l’ombre algébrique d’une géométrie : les parties de signature nulle aplatissent, les parties positives courbent dans un sens, les négatives dans l’autre. Ce chapitre réduit toute forme quadratique réelle à une somme de carrés ±\pm (Gauss), prouve que les nombres de signes sont intrinsèques (Sylvester), puis couronne la géométrie euclidienne par le théorème spectral : les endomorphismes symétriques se diagonalisent dans des bases orthonormées — le théorème le plus utilisé de l’algèbre linéaire appliquée.

12.1 Formes bilinéaires et quadratiques

Définition 12.1

Une forme bilinéaire symétrique sur un espace vectoriel réel EE est une application bilinéaire φ ⁣:E×ER\varphi \colon E \times E \to \R vérifiant φ(x,y)=φ(y,x)\varphi(x, y) = \varphi(y, x) ; la forme quadratique associée est q(x)=φ(x,x)q(x) = \varphi(x, x). On retrouve φ\varphi à partir de qq par polarisation :

φ(x,y)=12(q(x+y)q(x)q(y)).\varphi(x, y) = \tfrac12\bigl(q(x + y) - q(x) - q(y)\bigr).

Dans une base (ei)(e_i), la matrice de φ\varphi est la matrice symétrique B=(φ(ei,ej))B = (\varphi(e_i, e_j)), avec q(x)=XTBXq(x) = X^{\mathsf T} B X ; un changement de base de matrice PP remplace BB par PTBPP^{\mathsf T} B P (congruence — et non similitude !). Le rang de qq est rkB\operatorname{rk} B (invariant : la congruence multiplie par des matrices inversibles).

Exemple 12.2

Sur R2\R^2 : q(x,y)=x2+4xy+y2q(x, y) = x^2 + 4xy + y^2 a pour matrice (1221)\begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}. Un produit scalaire est exactement une forme bilinéaire symétrique dont la forme quadratique est définie positive ; ce chapitre étudie le cas général, de signe indéfini.

Exemple 12.3 (La congruence en action)

Prenons q(x,y)=x2+4xy+y2q(x, y) = x^2 + 4xy + y^2 (de matrice B=(1221)B = \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}) et la nouvelle base e1=(1,1)e_1' = (1, 1), e2=(1,1)e_2' = (1, -1), c’est-à-dire P=(1111)P = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix}. Alors

PTBP=(1111)(1221)(1111)=(6002):P^{\mathsf T}BP = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 6 & 0\\ 0 & -2\end{pmatrix} :

dans les coordonnées (u,v)(u, v) selon la nouvelle base, q=6u22v2q = 6u^2 - 2v^2 — vérification : x=u+vx = u + v, y=uvy = u - v donne directement x2+4xy+y2=6u22v2x^2 + 4xy + y^2 = 6u^2 - 2v^2. Remarquons que les nouveaux coefficients diagonaux 6,26, -2 ne sont pas les valeurs propres 3,13, -1 de BB : la congruence redimensionne, seule la similitude préserve les spectres — mais les signes coïncident, comme l’exige le théorème de Sylvester. (La base est ici orthogonale mais non orthonormée ; la normaliser par 12\frac{1}{\sqrt2} diviserait la diagonale par 22 et redonnerait les valeurs propres.)

Exemple 12.4 (Les déterminants de Gram mesurent une aire)

Pour v1,v2v_1, v_2 dans un espace euclidien, la matrice de Gram G=(vi,vj)G = \bigl(\langle v_i, v_j\rangle\bigr) encode les longueurs et l’angle ; son déterminant encode l’aire :

detG=v12v22v1,v22=v12v22(1cos2θ)=(v1v2sinθ)2,\det G = \norm{v_1}^2\norm{v_2}^2 - \langle v_1, v_2\rangle^2 = \norm{v_1}^2\norm{v_2}^2\bigl(1 - \cos^2\theta\bigr) = \bigl(\norm{v_1}\,\norm{v_2}\sin\theta\bigr)^2 ,

l’aire au carré du parallélogramme construit sur v1,v2v_1, v_2 — et Cauchy–Schwarz n’est autre que l’énoncé detG0\det G \geq 0. Cas concret : v1=(1,2,2)v_1 = (1, 2, 2), v2=(2,1,2)v_2 = (2, 1, -2) dans R3\R^3 :

G=(9009),detG=81:G = \begin{pmatrix} 9 & 0\\ 0 & 9 \end{pmatrix}, \qquad \det G = 81 :

les vecteurs sont orthogonaux, de longueur 33, et engendrent un parallélogramme (ici un carré) d’aire 81=9\sqrt{81} = 9. Éclairage final : aucun produit vectoriel ni magie propre à la dimension 33 n’a été utilisé — detG\sqrt{\det G} mesure le volume kk-dimensionnel en toute dimension, point de départ de la partie I du problème du week-end et des intégrales d’aire de surface plus loin dans ce volume.

12.2 Réduction de Gauss et inertie de Sylvester

Théorème 12.5 (Réduction de Gauss)

Toute forme quadratique qq sur un espace réel de dimension finie peut s’écrire

q=i=1si2j=1tmj2,q = \sum_{i=1}^{s} \ell_i^2 - \sum_{j=1}^{t} m_j^2 ,

1,,s,m1,,mt\ell_1, \dots, \ell_s, m_1, \dots, m_t sont des formes linéaires linéairement indépendantes ; de manière équivalente, une certaine base rend la matrice de qq diagonale, à coefficients +1+1 (ss fois), 1-1 (tt fois), 00.

Démonstration. Récurrence sur le nombre de variables, en coordonnées : q(x1,,xn)q(x_1, \dots, x_n).

Cas 1 : un carré apparaît, disons que le coefficient aa de x12x_1^2 est non nul. On regroupe tous les termes en x1x_1 et on complète le carré :

q=a(x1+1aλ(x2,,xn)) ⁣2+q1(x2,,xn),q = a\Bigl(x_1 + \frac{1}{a}\,\lambda(x_2, \dots, x_n)\Bigr)^{\!2} + q_1(x_2, \dots, x_n),

λ\lambda est linéaire et q1q_1 quadratique en les variables restantes : une forme indépendante s’est détachée (elle fait intervenir x1x_1, les autres non), la récurrence s’applique à q1q_1, et les signes ±\pm proviennent du signe de aa après redimensionnement par a\sqrt{\abs a}.

Cas 2 : aucun carré, mais un terme croisé, disons bx1x2b\,x_1x_2 avec b0b \neq 0. On utilise l’identité

x1x2=14((x1+x2)2(x1x2)2)x_1x_2 = \tfrac14\bigl((x_1 + x_2)^2 - (x_1 - x_2)^2\bigr)

après regroupement : en écrivant q=bx1x2+x1α+x2β+q2q = b\,x_1x_2 + x_1\alpha + x_2\beta + q_2 (avec α,β,q2\alpha, \beta, q_2 en les autres variables), on vérifie

q=b4[(x1+x2+α+βb)2(x1x2+βαb)2]+q~,q = \frac{b}{4}\Bigl[\Bigl(x_1 + x_2 + \frac{\alpha + \beta}{b}\Bigr)^{2} - \Bigl(x_1 - x_2 + \frac{\beta - \alpha}{b}\Bigr)^{2}\Bigr] + \widetilde q ,

avec q~\widetilde q ne dépendant pas de x1,x2x_1, x_2 : deux formes indépendantes se détachent, et la récurrence conclut.

Indépendance des formes collectées : ordonnons les paquets dans l’ordre de production. Les formes du premier paquet contiennent x1x_1 (cas 1) ou x1,x2x_1, x_2 (cas 2) ; toutes les formes suivantes ne dépendent pas de ces variables. Supposons qu’une combinaison linéaire de toutes les formes collectées s’annule. En lisant le coefficient de x1x_1 (et de x2x_2) : seul le premier paquet contribue, et à l’intérieur de ce paquet la ou les deux formes sont manifestement indépendantes (\ell seule ; ou ±m\ell \pm m avec ,m\ell, m indépendantes) : les coefficients du premier paquet s’annulent. On retire le paquet et on recommence : par récurrence le long des paquets, tous les coefficients s’annulent — la famille tout entière est libre, la triangularité rendue explicite.

Théorème 12.6 (Loi d’inertie de Sylvester)

Le couple (s,t)(s, t) du Théorème 12.5 ne dépend que de qq, pas de la réduction : c’est la signature de qq. De plus

s=max{dimF:qF deˊfinie positive},s = \max\{\dim F : q|_F \text{ définie positive}\},

et symétriquement pour tt.

Démonstration. Soit q=isi2jtmj2q = \sum_{i \leq s}\ell_i^2 - \sum_{j\leq t} m_j^2 et soit F+F_+ le sous-espace engendré par les vecteurs (pré-)duaux sur lesquels (i)(\ell_i) se restreignent en coordonnées — concrètement : on complète la famille indépendante (1,,s,m1,,mt)(\ell_1, \dots, \ell_s, m_1, \dots, m_t) en une base du dual EE^*, et on note (u1,,un)(u_1, \dots, u_n) la base de EE dont ce sont les formes coordonnées (la base pré-duale : i(uk)=δik\ell_i(u_k) = \delta_{ik} pour ksk \leq s, et les formes suivantes s’annulent sur les vecteurs précédents). Posons F+=Vect(u1,,us)F_+ = \operatorname{Vect}(u_1, \dots, u_s) : pour x=isxiuiF+x = \sum_{i\leq s}x_iu_i \in F_+,

i(x)=xi,mj(x)=0,doncq(x)=isxi2>0(x0):\ell_i(x) = x_i, \qquad m_j(x) = 0, \qquad\text{donc}\qquad q(x) = \sum_{i\leq s}x_i^2 > 0 \quad (x \neq 0) :

qF+q|_{F_+} est définie positive et le maximum de la formule est s\geq s. Réciproquement, soit FF un sous-espace quelconque tel que qFq|_F soit définie positive, et G={x:1(x)==s(x)=0}G = \{x : \ell_1(x) = \dots = \ell_s(x) = 0\}, de codimension s\leq s ; sur GG, q(x)=mj20q(x) = -\sum m_j^2 \leq 0. Alors FG={0}F \cap G = \{0\} (un vecteur non nul y vérifierait q>0q > 0 et q0q \leq 0), donc dimFdimEdimGs\dim F \leq \dim E - \dim G \leq s. Ainsi le maximum vaut ss pour toute réduction : ss est intrinsèque, et t=rkqst = \operatorname{rk} q - s de même.

Exemple 12.7

q(x,y,z)=xy+yz+zxq(x, y, z) = xy + yz + zx (aucun carré). Avec x1=xx_1 = x, x2=yx_2 = y : q=xy+z(x+y)q = xy + z(x + y), et l’identité des deux carrés donne

q=14(x+y+2z)214(xy)2z2,q = \tfrac14(x + y + 2z)^2 - \tfrac14(x - y)^2 - z^2 ,

(développer pour vérifier). Trois formes indépendantes : signature (1,2)(1, 2), rang 33. Une direction positive, deux négatives : la géométrie en « cône de lumière » de cette forme.

Exemple 12.8 (Une forme dégénérée, réduite complètement)

q(x,y,z)=xy+yzq(x, y, z) = xy + yz sur R3\R^3 : aucun carré, donc cas 2 avec le regroupement q=y(x+z)q = y(x + z). L’identité des deux carrés sur le produit des formes indépendantes yy et x+zx + z :

q=14(y+x+z)214(yxz)2.q = \frac14\bigl(y + x + z\bigr)^2 - \frac14\bigl(y - x - z\bigr)^2 .

Les deux formes linéaires y+x+zy + x + z et yxzy - x - z sont indépendantes (leur différence est 2(x+z)2(x+z), leur somme 2y2y), donc Sylvester se lit directement : signature (1,1)(1, 1), rang 22dégénérée. Le noyau de la forme polaire s’obtient en résolvant φ(v,)=0\varphi(v, \cdot) = 0 : avec la matrice 12(010101010)\frac12\begin{pmatrix} 0&1&0\\ 1&0&1\\ 0&1&0\end{pmatrix}, le noyau est {y=0, x+z=0}=R(1,0,1)\{y = 0,\ x + z = 0\} = \R\,(1, 0, -1), la direction selon laquelle qq ne voit rien. Éclairage final : le défaut de rang se manifeste dans Gauss comme un « manque de variables » — la réduction n’a produit que deux carrés sur trois dimensions, et la dimension manquante est exactement le noyau.

Exemple 12.9 (Une forme, deux chemins vers la signature)

q(x,y,z)=2x2+2y2+2z2+2xy+2yzq(x, y, z) = 2x^2 + 2y^2 + 2z^2 + 2xy + 2yz, de matrice (210121012)\begin{pmatrix} 2 & 1 & 0\\ 1 & 2 & 1\\ 0 & 1 & 2 \end{pmatrix}. Chemin 1, Gauss : on complète les carrés dans l’ordre,

q=2(x+y2) ⁣2+32y2+2yz+2z2=2(x+y2) ⁣2+32(y+2z3) ⁣2+43z2:q = 2\Bigl(x + \frac y2\Bigr)^{\!2} + \frac32 y^2 + 2yz + 2z^2 = 2\Bigl(x + \frac y2\Bigr)^{\!2} + \frac32\Bigl(y + \frac{2z}{3}\Bigr)^{\!2} + \frac43 z^2 :

trois carrés positifs sur des formes indépendantes, signature (3,0)(3, 0) : définie positive. Chemin 2, valeurs propres : la matrice est la tridiagonale 2I+N2I + NNN est la matrice des voisins ; ses valeurs propres sont 2+22 + \sqrt2, 22, 222 - \sqrt2 (vérifier les vecteurs propres (1,±2,1)(1, \pm\sqrt2, 1) et (1,0,1)(1, 0, -1)), toutes positives : même verdict, d’après le Corollaire 12.15. Gauss est plus rapide ; les valeurs propres en disent plus (elles donnent les axes principaux et les valeurs extrêmes de qq sur la sphère). Éclairage final : les pivots positifs 2,32,432, \frac32, \frac43 de Gauss sont exactement les rapports ΔkΔk1\frac{\Delta_k}{\Delta_{k-1}} des mineurs principaux dominants (Δ1=2\Delta_1 = 2, Δ2=3\Delta_2 = 3, Δ3=4\Delta_3 = 4) — le problème du week-end le prouve en toute généralité.

Méthode 12.10 (Calculer une signature : trois voies)

  1. Gauss (marche toujours, le plus rapide à la main) : compléter les carrés dans l’ordre, cas 2 lorsqu’aucun carré n’est disponible ; compter les signes. Vérifier que les formes linéaires collectées sont indépendantes — moins de formes que de variables signale un noyau (Exemple 12.8).
  2. Mineurs dominants (pour les tests de définitude) : tous les Δk>0\Delta_k > 0 ssi définie positive (Exercice 12.8) ; les pivots Δk/Δk1\Delta_k/\Delta_{k-1} donnent même les coefficients de Gauss (problème du week-end). Échoue silencieusement si un Δk=0\Delta_k = 0 : revenir à la voie 1.
  3. Valeurs propres (le plus informatif, le plus coûteux) : signes du spectre (Corollaire 12.15) ; fournit aussi les axes principaux et les valeurs extrêmes de qq sur la sphère unité. À privilégier lorsque la structure propre est de toute façon nécessaire.

12.3 Le théorème spectral

Soit désormais EE euclidien (produit scalaire ,\langle\cdot,\cdot\rangle, volume de l’année 1).

Définition 12.11 (Adjoint ; endomorphismes symétriques)

Pour uL(E)u \in \mathcal{L}(E), l’adjoint uu^* est l’unique endomorphisme vérifiant

u(x),y=x,u(y)(x,yE);\langle u(x), y\rangle = \langle x, u^*(y)\rangle \qquad (x, y \in E);

dans une base orthonormée, Mat(u)=Mat(u)T\operatorname{Mat}(u^*) = \operatorname{Mat}(u)^{\mathsf T}. On dit que uu est symétrique (auto-adjoint) lorsque u=uu^* = u — de manière équivalente, sa matrice dans une base orthonormée est symétrique.

Existence et unicité de l’adjoint. Pour yy fixé, la forme xu(x),yx \mapsto \langle u(x), y\rangle est linéaire, donc (dimension finie) de la forme x,zy\langle x, z_y\rangle pour un unique zyz_y — l’application yzy=:u(y)y \mapsto z_y =: u^*(y) étant linéaire par unicité. L’identification matricielle : u(ei),ej\langle u(e_i), e_j\rangle lu dans les deux sens.

Exemple 12.12 (L’adjoint dépend du produit scalaire)

Sur R2\R^2, prenons le produit scalaire pondéré x,yD=x1y1+2x2y2\langle x, y\rangle_D = x_1y_1 + 2x_2y_2 (de matrice D=diag(1,2)D = \operatorname{diag}(1,2)) et uu de matrice A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 0 & 0\end{pmatrix} dans la base canonique. À partir de u(x),yD=(Ax)TDy=xT(ATD)y\langle u(x), y\rangle_D = (Ax)^{\mathsf T}Dy = x^{\mathsf T}(A^{\mathsf T}D)y et de x,u(y)D=xT(DA)y\langle x, u^*(y)\rangle_D = x^{\mathsf T}(DA^*)y, la matrice de l’adjoint est

A=D1ATD=(10012)(0010)(1002)=(00120)AT.A^* = D^{-1}A^{\mathsf T}D = \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & \tfrac12\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & 0\\ 1 & 0\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & 2\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0\\ \tfrac12 & 0\end{pmatrix} \neq A^{\mathsf T} .

Vérification sur x=(1,0)x = (1,0), y=(0,1)y = (0,1) :

u(x),yD=(0,0),yD=0,x,u(y)D=(1,0),(0,12)D=0;\langle u(x), y\rangle_D = \langle (0,0), y\rangle_D = 0, \quad \langle x, u^*(y)\rangle_D = \langle(1,0), (0,\tfrac12)\rangle_D = 0 ;

sur x=(0,1)x = (0,1), y=(1,0)y = (1,0) :

u(x),yD=(1,0),(1,0)D=1,x,u(y)D=(0,1),(0,12)D=1.\langle u(x), y\rangle_D = \langle(1,0),(1,0)\rangle_D = 1, \quad \langle x, u^*(y)\rangle_D = \langle(0,1),(0,\tfrac12)\rangle_D = 1 .

Éclairage final : « Mat(u)=Mat(u)T\operatorname{Mat}(u^*) = \operatorname{Mat}(u)^{\mathsf T} » est un énoncé sur les bases orthonormées uniquement ; en général la métrique DD intervient, exactement comme dans la réduction simultanée du problème du week-end.

Théorème 12.13 (Théorème spectral)

Soit uu un endomorphisme symétrique d’un espace euclidien EE. Alors EE possède une base orthonormée de vecteurs propres de uu ; toutes les valeurs propres sont réelles, et les sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux. Forme matricielle : toute matrice symétrique réelle AA s’écrit

A=PDPT,P orthogonale (PTP=I), D diagonale.A = P\,D\,P^{\mathsf T}, \qquad P \text{ orthogonale } (P^{\mathsf T} P = I),\ D \text{ diagonale}.

Démonstration. Existence d’un vecteur propre. La fonction xu(x),xx \mapsto \langle u(x), x\rangle est continue sur la sphère unité SS de EE, qui est compacte (dimension finie, Théorème 5.13) : elle atteint son maximum λ\lambda en un point aSa \in S. Montrons que u(a)=λau(a) = \lambda a. Pour tout yay \perp a avec y=1\norm y = 1 et tRt \in \R, le vecteur xt=a+ty1+t2x_t = \frac{a + ty}{\sqrt{1 + t^2}} est sur SS (a+ty2=1+t2\norm{a + ty}^2 = 1 + t^2 par Pythagore) ; en développant la fonction maximisée,

g(t)=u(xt),xt=u(a),a+2tu(a),y+t2u(y),y1+t2g(t) = \langle u(x_t), x_t\rangle = \frac{\langle u(a), a\rangle + 2t\langle u(a), y\rangle + t^2\langle u(y), y\rangle}{1 + t^2}

(la symétrie de uu a fusionné les deux termes croisés : u(a),y=a,u(y)=u(y),a\langle u(a), y\rangle = \langle a, u(y)\rangle = \langle u(y), a\rangle). gg est une fonction dérivable de tt ayant un maximum en t=0t = 0 ; la règle de dérivation d’un quotient en 00 donne

g(0)=2u(a),y1u(a),a01=2u(a),y=0.g'(0) = \frac{2\langle u(a), y\rangle\cdot 1 - \langle u(a), a\rangle\cdot 0}{1} = 2\langle u(a), y\rangle = 0 .

Ainsi u(a)u(a) est orthogonal à l’hyperplan aa^\perp tout entier : u(a)(a)=Rau(a) \in (a^{\perp})^{\perp} = \R a, c’est-à-dire u(a)=μau(a) = \mu a ; et μ=u(a),a=λ\mu = \langle u(a), a\rangle = \lambda.

Récurrence. Le supplémentaire orthogonal F=aF = a^\perp est uu-stable : pour xax \perp a, u(x),a=x,u(a)=λx,a=0\langle u(x), a\rangle = \langle x, u(a)\rangle = \lambda\langle x, a\rangle = 0. La restriction uFu|_F est symétrique pour le produit scalaire induit ; par récurrence sur la dimension, FF possède une base orthonormée de vecteurs propres ; on préfixe aa.

Compléments. Les valeurs propres sont les nombres réels u(e),e\langle u(e), e\rangle sur la base propre. Orthogonalité des sous-espaces propres : u(x)=λxu(x) = \lambda x, u(y)=μyu(y) = \mu y donnent λx,y=u(x),y=x,u(y)=μx,y\lambda\langle x, y\rangle = \langle u(x), y\rangle = \langle x, u(y)\rangle = \mu\langle x, y\rangle, donc x,y=0\langle x, y\rangle = 0 lorsque λμ\lambda \neq \mu. Forme matricielle : les colonnes de PP = la base orthonormée de vecteurs propres.

Exemple 12.14 (Un calcul spectral complet)

Diagonaliser orthogonalement A=(1221)A = \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}. Polynôme caractéristique (1λ)24(1 - \lambda)^2 - 4 : valeurs propres 33 et 1-1. Vecteurs propres : (A3I)v=0(A - 3I)v = 0 donne v1=12(1,1)v_1 = \frac{1}{\sqrt2}(1,1) ; (A+I)v=0(A + I)v = 0 donne v2=12(1,1)v_2 = \frac{1}{\sqrt2}(1,-1) — orthogonaux, comme le Théorème 12.13 le garantit sans calcul. Avec P=(v1 v2)P = (v_1\ v_2) (une rotation d’angle π4\frac\pi4) :

PTAP=(3001),x2+4xy+y2=3u2v2dans le repeˋre tourneˊ.P^{\mathsf T}AP = \begin{pmatrix} 3 & 0\\ 0 & -1 \end{pmatrix}, \qquad x^2 + 4xy + y^2 = 3u^2 - v^2 \quad\text{dans le repère tourné} .

Ainsi la forme de l’Exercice 12.1 est une forme de type hyperbolique : signature (1,1)(1,1), cohérente avec sa réduction de Gauss (x+2y)23y2(x + 2y)^2 - 3y^2 — des carrés différents, la même signature, comme l’exige Sylvester. Éclairage final : Gauss a donné la réponse plus vite, mais la voie spectrale signale aussi que sur le cercle unité qq parcourt exactement [1,3]\intcc{-1}{3}, atteint le long de v2v_2 et v1v_1 : le travail supplémentaire achète de la géométrie.

Corollaire 12.15 (Axes principaux ; tests de positivité)

  1. Toute forme quadratique qq sur un espace euclidien se diagonalise dans une base orthonormée : q(x)=iλixi2q(x) = \sum_i \lambda_i x_i^2 où les λi\lambda_i sont les valeurs propres de la matrice symétrique de qq ; la signature compte les valeurs propres positives et négatives.
  2. Une matrice symétrique est semi-définie positive (resp. définie positive) ssi toutes ses valeurs propres sont 0\geq 0 (resp. >0> 0) ; et alors les valeurs extrêmes du quotient de Rayleigh sont

    minx=1Ax,x=λmin,maxx=1Ax,x=λmax.\min_{\norm x = 1} \langle Ax, x\rangle = \lambda_{\min}, \qquad \max_{\norm x = 1} \langle Ax, x\rangle = \lambda_{\max} .

Démonstration. (1) Écrivons q(x)=Ax,xq(x) = \langle A x, x\rangle avec AA symétrique (la matrice de qq dans une base orthonormée) ; diagonalisons AA par le théorème spectral : pour x=xieix = \sum x_ie_i dans la base propre orthonormée,

q(x)=iλixiei, jxjej=iλixi2q(x) = \Bigl\langle \sum_i \lambda_ix_ie_i,\ \sum_j x_je_j\Bigr\rangle = \sum_i \lambda_i x_i^2

(l’orthonormalité tue les termes croisés). Les signes ±\pm des λi\lambda_i comptent la signature d’après Sylvester : redimensionner chaque coordonnée par λi\sqrt{\abs{\lambda_i}} exhibe une réduction de Gauss à formes indépendantes.

(2) Dans la base propre, Ax,x=λixi2\langle Ax, x\rangle = \sum \lambda_i x_i^2, encadré entre λminx2\lambda_{\min}\norm x^2 et λmaxx2\lambda_{\max}\norm x^2, avec égalité aux vecteurs propres correspondants ; la positivité de toutes les valeurs propres équivaut donc à la positivité de la forme.

Exemple 12.16

A=(2112)A = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 2 \end{pmatrix} : valeurs propres 33 (vecteur propre 12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,1)) et 11 (12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,-1)). La forme quadratique 2x2+2xy+2y22x^2 + 2xy + 2y^2 devient 3X2+Y23X^2 + Y^2 dans le repère orthonormé tourné : les axes principaux d’une ellipse, calculés. La réduction de Gauss atteint elle aussi une forme diagonale, mais seul le théorème spectral l’atteint sans distordre les longueurs.

Exemple 12.17 (Une ellipse entièrement identifiée)

Quelle courbe est 5x2+4xy+2y2=65x^2 + 4xy + 2y^2 = 6 ? La matrice (5222)\begin{pmatrix} 5 & 2\\ 2 & 2\end{pmatrix} a pour polynôme caractéristique λ27λ+6=(λ1)(λ6)\lambda^2 - 7\lambda + 6 = (\lambda - 1)(\lambda - 6) : valeurs propres 11 et 66, toutes deux positives — une ellipse. Vecteurs propres orthonormés : pour λ=1\lambda = 1, on résout (4221)v=0\begin{pmatrix} 4 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}v = 0 : v1=15(1,2)v_1 = \frac{1}{\sqrt5}(1, -2) ; pour λ=6\lambda = 6 : v2=15(2,1)v_2 = \frac{1}{\sqrt5}(2, 1). Dans les coordonnées tournées (X,Y)(X, Y) selon (v2,v1)(v_2, v_1) l’équation devient

6X2+Y2=6,c.-aˋ-d.X2+Y26=1:6X^2 + Y^2 = 6, \qquad\text{c.-à-d.}\qquad X^2 + \frac{Y^2}{6} = 1 :

demi-axes 11 (selon v2v_2) et 6\sqrt6 (selon v1v_1). Éclairage final : l’allure grossière était gratuite — det=6>0\det = 6 > 0 et une trace positive annoncent une ellipse avant tout calcul de vecteur propre — mais seul le théorème spectral livre les directions et longueurs des axes, c’est-à-dire la géométrie réelle.

Exemple 12.18 (Extrema sur la sphère, lus sur le spectre)

Quelles sont les valeurs extrêmes de q(x,y,z)=2xy+2yz+2zxq(x,y,z) = 2xy + 2yz + 2zx sur la sphère unité ? Sa matrice (celle dont la partie hors-diagonale ne contient que des uns, de l’Exercice 12.2) a pour valeurs propres 22 et 1-1 (double), donc d’après le Corollaire 12.15 (2) :

maxv=1q(v)=2  en v=13(1,1,1),minv=1q(v)=1  sur le cercle x+y+z=0.\max_{\norm v = 1} q(v) = 2 \ \text{ en } v = \tfrac{1}{\sqrt3}(1,1,1), \qquad \min_{\norm v = 1} q(v) = -1 \ \text{ sur le cercle } x + y + z = 0 .

Aucun calcul différentiel, aucun multiplicateur de Lagrange : le théorème spectral résout d’emblée cette optimisation sous contrainte — et exhibe le maximiseur. Éclairage final : comparer avec la méthode des multiplicateurs du chapitre de calcul différentiel, qui trouve les mêmes points critiques au prix de plus de travail ; pour des objectifs quadratiques sur des sphères, les spectres sont la voie royale (le problème du week-end du chapitre hermitien construit toute la théorie de Courant–Fischer sur cette observation).

Remarque 12.19 (Pièges classiques)

(i) La congruence n’est pas la similitude : un changement de base pour une forme agit par PTBPP^{\mathsf T}BP, non par P1BPP^{-1}BP ; les valeurs propres ne sont pas des invariants d’une forme quadratique (II et 4I4I sont congruentes via P=2IP = 2I) — seuls leurs signes le sont (Sylvester). Ne parler des valeurs propres d’une forme qu’une fois un produit scalaire fixé. (ii) Des coefficients positifs ne prouvent rien : (1221)\begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix} a tous ses coefficients positifs et pourtant une signature (1,1)(1,1) (det=3\det = -3) ; réciproquement une matrice définie positive peut avoir des coefficients hors-diagonaux négatifs (l’Exemple 12.9 décalé : 2IN2I - N convient tout autant). Utiliser la Méthode 12.10. (iii) Carrés dépendants : écrire q=1222q = \ell_1^2 - \ell_2^2 ne dit rien si 1,2\ell_1, \ell_2 sont proportionnelles — x2+2xy+y2=(x+y)2x^2 + 2xy + y^2 = (x+y)^2 est de rang 11, non 22 ; toujours vérifier l’indépendance avant de lire la signature. (iv) Extrema sur la sphère sans compacité : les bornes de Rayleigh du Corollaire 12.15 sont atteintes parce que la sphère est compacte ; sur la boule ouverte ou l’espace entier, une forme indéfinie n’a ni maximum ni minimum.

Remarque 12.20 (Où cela sert)

Le théorème spectral est le résultat le plus exporté de ce livre : la statistique s’en sert pour diagonaliser les matrices de covariance (analyse en composantes principales), la mécanique en extrait les modes propres d’oscillation (la réduction simultanée du problème du week-end), l’analyse numérique y bâtit les décompositions de Cholesky et en valeurs singulières (le même problème), et le chapitre suivant le transporte aux espaces hermitiens complexes. Le volume de l’année 3 en prouve l’avatar en dimension infinie pour les opérateurs auto-adjoints compacts, où l’argument de compacité de la preuve en dimension finie devient toute l’histoire.

Remarque 12.21 (Perspectives au sein de ce volume)

Les formes quadratiques traversent le reste du livre 4 sous trois déguisements. En tant que hessiennes : le chapitre de calcul différentiel classe les points critiques par la signature de la forme du second ordre, si bien que l’invariance de Sylvester est ce qui donne un sens précis au mot « selle ». En tant qu’énergies : les oscillateurs du chapitre d’équations différentielles portent l’énergie quadratique 12x2+12ω2x2\frac12x'^2 + \frac12\omega^2x^2, et la réduction simultanée du problème du week-end de ce chapitre est exactement l’extraction des modes propres. En tant que géométrie : les coniques de ce chapitre grandissent en les surfaces quadriques des chapitres de géométrie, où la seconde forme fondamentale d’une surface — une forme quadratique sur chaque plan tangent — a une signature qui décide si la surface courbe comme un bol ou comme une selle. Le chapitre hermitien, ensuite, rejoue toute la partition sur C\C.

12.4 Exercices

Exercice 12.1

Réduire par Gauss et donner le rang et la signature :

q1(x,y)=x2+4xy+y2,q2(x,y,z)=x2+2y2+3z2+2xy+2yz.q_1(x,y) = x^2 + 4xy + y^2, \qquad q_2(x,y,z) = x^2 + 2y^2 + 3z^2 + 2xy + 2yz .
Solution

Solution de Exercice 12.1.

q1=(x+2y)23y2q_1 = (x + 2y)^2 - 3y^2 : rang 22, signature (1,1)(1, 1) (une forme de type hyperbolique).

q2q_2 : on complète le carré en xx : q2=(x+y)2+y2+2yz+3z2=(x+y)2+(y+z)2+2z2q_2 = (x + y)^2 + y^2 + 2yz + 3z^2 = (x+y)^2 + (y + z)^2 + 2z^2 : rang 33, signature (3,0)(3, 0) — définie positive.

Exercice 12.2

Diagonaliser orthogonalement A=(011101110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 1\\ 1 & 0 & 1\\ 1 & 1 & 0\end{pmatrix} (valeurs propres issues du calcul du Chapitre 3 ; rendre maintenant la base orthonormée) et réduire la forme q(x,y,z)=2xy+2yz+2zxq(x,y,z) = 2xy + 2yz + 2zx à ses axes principaux.

Solution

Solution de Exercice 12.2.

Valeurs propres 22 (sur Vect(1,1,1)\operatorname{Vect}(1,1,1)) et 1-1 (sur le plan x+y+z=0x + y + z = 0). Orthonormalisation : e1=13(1,1,1)e_1 = \frac{1}{\sqrt3}(1,1,1) ; dans le plan, Gram–Schmidt sur (1,1,0),(1,0,1)(1,-1,0), (1,0,-1) donne e2=12(1,1,0)e_2 = \frac{1}{\sqrt2}(1,-1,0), e3=16(1,1,2)e_3 = \frac{1}{\sqrt6}(1,1,-2). Alors P=(e1 e2 e3)P = (e_1\ e_2\ e_3) est orthogonale avec PTAP=diag(2,1,1)P^{\mathsf T}AP = \operatorname{diag}(2,-1,-1).

La forme q=2xy+2yz+2zxq = 2xy + 2yz + 2zx a pour matrice AA : dans les coordonnées tournées q=2X2Y2Z2q = 2X^2 - Y^2 - Z^2 — axes principaux ; signature (1,2)(1,2), en accord avec l’Exemple 12.7 (la même forme !).

Exercice 12.3

Prouver que u=uu^{**} = u, (uv)=vu(u \circ v)^* = v^* \circ u^*, et que keru=(imu)\ker u^* = (\operatorname{im} u)^{\perp}. En déduire rku=rku\operatorname{rk} u^* = \operatorname{rk} u.

Solution

Solution de Exercice 12.3.

u=uu^{**} = u : ux,y=x,uy=ux,y\langle u^{**}x, y\rangle = \langle x, u^*y\rangle = \langle ux, y\rangle pour tout yy. (uv)=vu(uv)^* = v^*u^* : uvx,y=vx,uy=x,vuy\langle uvx, y\rangle = \langle vx, u^*y\rangle = \langle x, v^*u^*y\rangle. Noyau : ykeru    x,uy=0 x    u(x),y=0 x    yimuy \in \ker u^* \iff \langle x, u^*y \rangle = 0\ \forall x \iff \langle u(x), y\rangle = 0\ \forall x \iff y \perp \operatorname{im} u. Rangs : dimkeru=nrku\dim\ker u^* = n - \operatorname{rk} u (supplémentaire orthogonal), donc rku=rku\operatorname{rk} u^* = \operatorname{rk} u par le théorème du rang — l’avatar euclidien du théorème sur le rang de la transposée.

Exercice 12.4 ★★

Soit AA symétrique réelle telle que A3=AA^3 = A. Prouver que A2A^2 est la matrice d’une projection orthogonale. Plus généralement, relier les décompositions spectrales de AA et de P(A)P(A) pour un polynôme PP.

Solution

Solution de Exercice 12.4.

Spectral : A=PDPTA = PDP^{\mathsf T}, DD diagonale à coefficients λi\lambda_i vérifiant λi3=λi\lambda_i^3 = \lambda_i : λi{1,0,1}\lambda_i \in \{-1, 0, 1\}. Alors A2=PD2PTA^2 = PD^2P^{\mathsf T} avec D2D^2 diagonale à coefficients 0/10/1 : A2A^2 est symétrique et idempotente ((A2)2=A4=AA3=A2(A^2)^2 = A^4 = A\cdot A^3 = A^2) — symétrique idempotente == projection orthogonale (c’est la projection sur ker(A2I)=ker(AI)ker(A+I)\ker(A^2 - I) = \ker(A-I)\oplus\ker(A+I) parallèlement à kerA\ker A, et ceux-ci sont orthogonaux par le théorème spectral).

En général, P(A)=P ⁣(diag)P(A) = P\!\left(\text{diag}\right) : P(A)P(A) a les mêmes vecteurs propres, pour valeurs propres P(λi)P(\lambda_i) — l’« image spectrale » au niveau diagonalisable.

Exercice 12.5 ★★

Prouver que O(n)={P:PTP=I}O(n) = \{P : P^{\mathsf T}P = I\} est une partie compacte de Mn(R)\mathcal{M}_n(\R) (fermée : image réciproque de {I}\{I\} par une application continue ; bornée : les colonnes sont des vecteurs unitaires). Est-elle connexe ?

Solution

Solution de Exercice 12.5.

Fermé : O(n)=g1({I})O(n) = g^{-1}(\{I\}) pour l’application continue g(P)=PTPg(P) = P^{\mathsf T}P (coefficients polynomiaux). Borné : chaque colonne de PO(n)P \in O(n) est un vecteur unitaire, donc tous les coefficients sont dans [1,1]\intcc{-1}{1}. Fermé et borné dans Mn(R)Rn2\mathcal{M}_n(\R) \simeq \R^{n^2} : compact (Théorème 4.16 (2)).

Non connexe : det\det prend les deux valeurs ±1\pm1 sur O(n)O(n), et une surjection continue sur {1,1}\{-1, 1\} scinde l’espace (l’argument de l’Exemple 4.28).

Exercice 12.6 ★★

(Racine carrée) Soit AA symétrique semi-définie positive. Construire une matrice symétrique semi-définie positive BB telle que B2=AB^2 = A, et prouver qu’elle est unique (existence : prendre les racines carrées des valeurs propres dans une base spectrale ; unicité : un candidat BB commute avec A=B2A = B^2, donc préserve ses sous-espaces propres — se ramener au cas scalaire sur chacun).

Solution

Solution de Exercice 12.6.

Existence : A=PDPTA = PDP^{\mathsf T} avec D=diag(λi)D = \operatorname{diag}(\lambda_i), λi0\lambda_i \geq 0 ; posons B=PDPTB = P\sqrt D P^{\mathsf T} avec D=diag(λi)\sqrt D = \operatorname{diag}(\sqrt{\lambda_i}) : symétrique, semi-définie positive, B2=AB^2 = A.

Unicité : soit BB symétrique semi-définie positive avec B2=AB^2 = A. BB commute avec AA ; donc BB préserve chaque sous-espace propre Eλ(A)E_\lambda(A) (pour Ax=λxAx = \lambda x : A(Bx)=BAx=λBxA(Bx) = BAx = \lambda Bx). Sur Eλ(A)E_\lambda(A), la restriction de BB est symétrique semi-définie positive de carré λid\lambda\,\mathrm{id} ; ses valeurs propres μ\mu vérifient μ2=λ\mu^2 = \lambda, μ0\mu \geq 0 : μ=λ\mu = \sqrt\lambda — donc la restriction, étant diagonalisable de seule valeur propre λ\sqrt\lambda, est λid\sqrt\lambda\,\mathrm{id}. Comme E=Eλ(A)E = \bigoplus E_\lambda(A), BB est déterminée : B=AB = \sqrt A.

Exercice 12.7 ★★

Pour AA symétrique réelle, prouver que A2:=supx2=1Ax2=maxiλi\vertiii{A}_2 := \sup_{\norm x_2 = 1}\norm{Ax}_2 = \max_i \abs{\lambda_i} (rayon spectral), et calculer A2\vertiii{A}_2 pour A=(1221)A = \begin{pmatrix} 1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}.

Solution

Solution de Exercice 12.7.

Dans une base propre orthonormée, Ax22=λi2xi2(maxiλi2)x22\norm{Ax}_2^2 = \sum \lambda_i^2 x_i^2 \leq (\max_i \lambda_i^2)\norm x_2^2, avec égalité au vecteur propre correspondant : A2=maxλi\vertiii A_2 = \max\abs{\lambda_i}. Pour la matrice donnée : valeurs propres 3,13, -1 (la jumelle de l’Exemple 12.16) : A2=3\vertiii A_2 = 3.

Exercice 12.8 ★★★

(Critère de Sylvester) Soit AA symétrique réelle de mineurs principaux dominants Δ1,,Δn\Delta_1, \dots, \Delta_n (déterminants des blocs en haut à gauche). Prouver que AA est définie positive si et seulement si tous les Δk>0\Delta_k > 0. (Pour \Rightarrow : les restrictions d’une forme définie sont définies, et le déterminant d’une matrice définie positive — le produit de ses valeurs propres — est positif. Pour \Leftarrow : récurrence sur nn ; le bloc (n1)(n-1) en haut à gauche est défini positif, diagonaliser la forme sur ce sous-espace et compléter le carré en la dernière variable ; le signe du dernier coefficient diagonal est gouverné par detA=Δn>0\det A = \Delta_n > 0.)

Solution

Solution de Exercice 12.8.

(\Rightarrow) Le bloc k×kk \times k en haut à gauche AkA_k est la matrice de la restriction de la forme (définie) au sous-espace engendré par les kk premiers vecteurs de base : définie positive, donc ses valeurs propres sont positives et Δk=detAk>0\Delta_k = \det A_k > 0.

(\Leftarrow) Récurrence sur nn ; n=1n = 1 clair. Supposons tous les Δk>0\Delta_k > 0. Par récurrence, An1A_{n-1} est définie positive : la forme qq restreinte à F=Vect(e1,,en1)F = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_{n-1}) est définie. Diagonalisons qFq|_F (Gauss) : coordonnées y1,,yn1y_1, \dots, y_{n-1} avec qF=yi2q|_F = \sum y_i^2. Dans l’espace entier, en complétant le carré en la dernière variable,

q=i=1n1(yi+cixn)2+cxn2q = \sum_{i=1}^{n-1} \bigl(y_i + c_i x_n\bigr)^2 + c\,x_n^2

pour des constantes convenables (regrouper les termes croisés dans les carrés). La réduction exhibe une signature (n1+ϵ,)(n-1 + \epsilon, \cdot)ϵ\epsilon est la contribution de signe de cc ; et le déterminant conserve le signe du produit des coefficients diagonaux par congruence (det(PTAP)=(detP)2detA\det(P^{\mathsf T}AP) = (\det P)^2\det A) : Δn>0\Delta_n > 0 force c>0c > 0. Ainsi qq est une somme de nn carrés de formes indépendantes : définie positive.

Exercice 12.9 ★★★

(Courant–Fischer, deuxième valeur propre) Soit uu symétrique de valeurs propres λ1λ2λn\lambda_1 \geq \lambda_2 \geq \dots \geq \lambda_n. Prouver

λ2=minH hyperplan  maxxH, x=1u(x),x.\lambda_2 = \min_{\substack{H \text{ hyperplan}}}\; \max_{\substack{x \in H,\ \norm x = 1}} \langle u(x), x\rangle .

(Pour \leq : tout hyperplan rencontre le 22-plan engendré par les deux premiers vecteurs propres. Pour \geq : choisir H=(e1)H = (e_1)^{\perp}.)

Solution

Solution de Exercice 12.9.

Soit (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) une base propre orthonormée pour λ1λn\lambda_1 \geq \dots \geq \lambda_n.

λ2\lambda_2 \leq le min-max : pour tout hyperplan HH, le sous-espace V=Vect(e1,e2)V = \operatorname{Vect}(e_1, e_2) de dimension 22 vérifie dim(HV)1\dim(H \cap V) \geq 1 (Grassmann) : on choisit un xHVx \in H \cap V unitaire, x=ae1+be2x = ae_1 + be_2, a2+b2=1a^2 + b^2 = 1 :

u(x),x=λ1a2+λ2b2λ2:\langle u(x), x\rangle = \lambda_1 a^2 + \lambda_2 b^2 \geq \lambda_2 :

le maximum de tout hyperplan est λ2\geq \lambda_2.

\geq : pour H=e1H = e_1^{\perp}, tout x=i2xieiHx = \sum_{i\geq2} x_ie_i \in H unitaire vérifie u(x),x=i2λixi2λ2\langle u(x), x\rangle = \sum_{i \geq 2} \lambda_i x_i^2 \leq \lambda_2, atteint en e2e_2 : le maximum de cet hyperplan est exactement λ2\lambda_2. Le minimum sur HH est donc λ2\lambda_2.

Exercice 12.10 ★★

Déterminer le rang et la signature de q(x1,,xn)=i<jxixjq(x_1, \dots, x_n) = \sum_{i < j} x_ix_j sur Rn\R^n (n2n \geq 2), de deux façons : par l’identité algébrique 2q=(xi)2xi22q = \bigl(\sum x_i\bigr)^2 - \sum x_i^2 jointe à la restriction de qq à l’hyperplan xi=0\sum x_i = 0 ; et en calculant les valeurs propres de sa matrice 12(JI)\frac12(J - I), où JJ est la matrice ne contenant que des uns.

Solution

Solution de Exercice 12.10.

Voie algébrique : 2q=(xi)2xi22q = \bigl(\sum x_i\bigr)^2 - \sum x_i^2. Sur l’hyperplan H:xi=0H : \sum x_i = 0 (dimension n1n - 1), q=12xi2q = -\frac12\sum x_i^2 est définie négative ; sur la droite R(1,,1)\R(1, \dots, 1), q(t,,t)=(n2)t2>0q(t, \dots, t) = \binom n2 t^2 > 0. Un sous-espace où qq est définie positive rencontre HH trivialement, donc est de dimension 1\leq 1 : par Sylvester (Théorème 12.6), s=1s = 1, et tn1t \geq n-1 grâce à HH ; le rang n\leq n force la signature (1,n1)(1, n-1), rang nn.

Voie spectrale : la matrice est 12(JI)\frac12(J - I) ; JJ a pour valeurs propres nn (sur (1,,1)(1,\dots,1)) et 00 (sur HH), donc 12(JI)\frac12(J-I) a pour valeurs propres n12\frac{n-1}{2} (une fois) et 12-\frac12 (n1n-1 fois) : une positive, n1n-1 négatives — la même signature, d’après le Corollaire 12.15.

Exercice 12.11 ★★

Soient AA, BB symétriques réelles avec BB semi-définie positive. Prouver

λmin(A)trB    tr(AB)    λmax(A)trB.\lambda_{\min}(A)\operatorname{tr} B \;\leq\; \operatorname{tr}(AB) \;\leq\; \lambda_{\max}(A)\operatorname{tr} B .

(Écrire B=CTCB = C^{\mathsf T}C et tr(AB)=iAci,ci\operatorname{tr}(AB) = \sum_i \langle A c_i, c_i\rangle sur les colonnes cic_i de CTC^{\mathsf T}.) En particulier tr(AB)0\operatorname{tr}(AB) \geq 0 lorsque les deux sont semi-définies positives.

Solution

Solution de Exercice 12.11.

Écrivons B=CTCB = C^{\mathsf T}C (Exercice 12.6 via C=BC = \sqrt B). Alors, avec c1,,cnc_1, \dots, c_n les colonnes de CTC^{\mathsf T} :

tr(AB)=tr(ACTC)=tr(CACT)=i=1nAci,ci.\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(AC^{\mathsf T}C) = \operatorname{tr}(CAC^{\mathsf T}) = \sum_{i=1}^n \langle A c_i, c_i\rangle .

D’après le Corollaire 12.15 (2), chaque terme est compris entre λmin(A)ci2\lambda_{\min}(A)\norm{c_i}^2 et λmax(A)ci2\lambda_{\max}(A)\norm{c_i}^2, et ci2=tr(CTC)1=trB\sum\norm{c_i}^2 = \operatorname{tr}(C^{\mathsf T}C)^{\vphantom1} = \operatorname{tr} B : la double inégalité s’ensuit. Si AA est aussi semi-définie positive, λmin(A)0\lambda_{\min}(A) \geq 0 : tr(AB)0\operatorname{tr}(AB) \geq 0.

Exercice 12.12 ★★★

Sur E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\R), on considère q(M)=tr(M2)q(M) = \operatorname{tr}(M^2).

  1. Montrer que qq est une forme quadratique de forme polaire φ(M,N)=tr(MN)\varphi(M, N) = \operatorname{tr}(MN).
  2. Montrer que les matrices symétriques et antisymétriques forment des sous-espaces φ\varphi-orthogonaux sur lesquels qq est respectivement définie positive et définie négative (calculer tr(M2)\operatorname{tr}(M^2) coefficient par coefficient dans chaque cas).
  3. Conclure : qq a pour signature (n(n+1)2,n(n1)2)\bigl(\frac{n(n+1)}{2}, \frac{n(n-1)}{2}\bigr) et rang n2n^2.
Solution

Solution de Exercice 12.12.

  1. φ(M,N)=tr(MN)\varphi(M, N) = \operatorname{tr}(MN) est bilinéaire et symétrique (tr(MN)=tr(NM)\operatorname{tr}(MN) = \operatorname{tr}(NM)), et φ(M,M)=q(M)\varphi(M, M) = q(M) : qq est la forme quadratique de φ\varphi.
  2. Pour SS symétrique et KK antisymétrique : tr(SK)=tr((SK)T)=tr(KTST)=tr(KS)=tr(SK)\operatorname{tr}(SK) = \operatorname{tr}\bigl((SK)^{\mathsf T}\bigr) = \operatorname{tr}(K^{\mathsf T}S^{\mathsf T}) = -\operatorname{tr}(KS) = -\operatorname{tr}(SK), donc φ(S,K)=0\varphi(S, K) = 0 : les deux sous-espaces sont φ\varphi-orthogonaux. Coefficient par coefficient, tr(M2)=i,jmijmji\operatorname{tr} (M^2) = \sum_{i,j} m_{ij}m_{ji} : pour MM symétrique cela vaut mij2>0\sum m_{ij}^2 > 0 (M0M \neq 0) ; pour MM antisymétrique cela vaut mij2<0-\sum m_{ij}^2 < 0.
  3. Mn(R)=SnAn\mathcal M_n(\R) = S_n \oplus A_n de dimensions n(n+1)2\frac{n(n+1)}2 et n(n1)2\frac{n(n-1)}2 ; une réduction de Gauss adaptée à cette décomposition φ\varphi-orthogonale écrit qq comme n(n+1)2\frac{n(n+1)}2 carrés positifs et n(n1)2\frac{n(n-1)}2 carrés négatifs : signature (n(n+1)2,n(n1)2)\bigl(\frac{n(n+1)}2, \frac{n(n-1)}2\bigr) (Sylvester), rang n2n^2 : la forme est non dégénérée.

12.5 Problème : Cholesky, Hadamard et la décomposition polaire

Problème 12.1

Le théorème spectral est un microscope ; ce problème l’utilise comme une usine. À partir des matrices de Gram, on fabrique la factorisation de Cholesky (et on identifie les pivots de Gauss aux rapports de mineurs), puis on prouve l’inégalité de Hadamard sur les déterminants, on construit la décomposition polaire A=QSA = QS et la décomposition en valeurs singulières, on classe les coniques planes, et on termine par la réduction simultanée de deux formes — le théorème derrière les modes propres d’oscillation. Dans tout ce qui suit, E=RnE = \R^n muni de son produit scalaire canonique.

Partie I — Matrices de Gram et Cholesky. Pour des vecteurs v1,,vnEv_1, \dots, v_n \in E, leur matrice de Gram est G=(vi,vj)i,jG = \bigl(\langle v_i, v_j\rangle\bigr)_{i,j}.

  1. Montrer que GG est symétrique semi-définie positive, et définie positive si et seulement si (v1,,vn)(v_1, \dots, v_n) est linéairement indépendante (calculer XTGXX^{\mathsf T}GX).
  2. Réciproquement, montrer que toute matrice symétrique semi-définie positive AA est une matrice de Gram : A=CTCA = C^{\mathsf T}C pour un certain CC (utiliser la racine carrée de l’Exercice 12.6), avec CC inversible ssi AA est définie.
  3. En déduire qu’une matrice semi-définie positive AA vérifie aijaiiajj\abs{a_{ij}} \leq \sqrt{a_{ii}\,a_{jj}} pour tous i,ji, j (restreindre à deux coordonnées) — l’inégalité de Cauchy–Schwarz, relue matriciellement.
  4. (Cholesky) Soit AA définie positive. Prouver qu’il existe une unique matrice triangulaire supérieure TT à coefficients diagonaux positifs telle que

    A=TTTA = T^{\mathsf T}\,T

    (existence : appliquer Gram–Schmidt à des vecteurs réalisant AA comme matrice de Gram ; unicité : si T1TT1=T2TT2T_1^{\mathsf T}T_1 = T_2^{\mathsf T}T_2, montrer que T1T21T_1T_2^{-1} est orthogonale et triangulaire à diagonale positive, donc II).

  5. Montrer que les mineurs principaux dominants vérifient Δk=(t11tkk)2\Delta_k = (t_{11}\cdots t_{kk})^2, et en déduire que les pivots produits par la réduction de Gauss d’une forme définie positive, dans l’ordre naturel des variables, sont

    dk=ΔkΔk1(Δ0=1):d_k = \frac{\Delta_k}{\Delta_{k-1}} \qquad (\Delta_0 = 1) :

    les mineurs du critère de Sylvester (Exercice 12.8) et les pivots de Gauss sont la même donnée. Vérifier sur l’Exemple 12.9.

Partie II — Inégalité de Hadamard.

  1. Soit AA définie positive. Prouver

    detAa11a22ann\det A \leq a_{11}\,a_{22}\cdots a_{nn}

    (normaliser : B=DADB = DAD avec D=diag(aii1/2)D = \operatorname{diag}(a_{ii}^{-1/2}) a une diagonale unité ; majorer detB=μi\det B = \prod \mu_i par l’inégalité arithmético-géométrique face à trB=n\operatorname{tr} B = n).

  2. Montrer que l’égalité a lieu ssi AA est diagonale.
  3. En déduire l’inégalité de Hadamard : pour toute matrice carrée réelle MM de colonnes c1,,cnc_1, \dots, c_n,

    detMi=1nci2,\abs{\det M} \leq \prod_{i=1}^{n}\norm{c_i}_2 ,

    avec égalité (pour MM inversible) ssi les colonnes sont deux à deux orthogonales (appliquer les questions 6–7 à MTMM^{\mathsf T}M).

  4. Dividendes géométriques et combinatoires : interpréter la question 8 comme « le volume d’un parallélépipède est au plus le produit de ses longueurs d’arêtes » ; et montrer qu’une matrice dont tous les coefficients sont dans [1,1]\intcc{-1}{1} vérifie detMnn/2\abs{\det M} \leq n^{n/2}. (Les matrices atteignant cette borne — les matrices de Hadamard — existent pour n=1,2n = 1, 2 et de nombreux multiples de 44 ; savoir si c’est le cas pour tous les multiples de 44 est un célèbre problème ouvert.)

Partie III — Décomposition polaire et valeurs singulières.

  1. Soit AA inversible. Montrer que ATAA^{\mathsf T}A est définie positive, et que

    S=ATA(la racine carreˊe de l’Exercice 12.6),Q=AS1S = \sqrt{A^{\mathsf T}A} \quad\text{(la racine carrée de l'\text{Exercice 12.6})}, \qquad Q = AS^{-1}

    donnent une factorisation A=QSA = QS avec QQ orthogonale et SS définie positive.

  2. Prouver que cette factorisation d’un AA inversible est unique.
  3. Étendre l’existence à un AA quelconque : choisir εk0\varepsilon_k \to 0 tel que A+εkIA + \varepsilon_k I soit inversible, écrire A+εkI=QkSkA + \varepsilon_kI = Q_kS_k, et utiliser la compacité de O(n)O(n) (Exercice 12.5) pour extraire QkQQ_k \to Q ; montrer que Sk=QkT(A+εkI)S_k = Q_k^{\mathsf T}(A + \varepsilon_kI) converge vers une matrice semi-définie positive SS avec A=QSA = QS et S=ATAS = \sqrt{A^{\mathsf T}A}. Où l’unicité échoue-t-elle pour AA singulière ?
  4. (Décomposition en valeurs singulières) En déduire que toute matrice carrée réelle AA s’écrit

    A=UΣVT,U,VO(n),Σ=diag(σ1,,σn), σi0,A = U\,\Sigma\,V^{\mathsf T}, \qquad U, V \in O(n),\quad \Sigma = \operatorname{diag}(\sigma_1, \dots, \sigma_n),\ \sigma_i \geq 0 ,

    où les σi\sigma_i (les valeurs singulières) sont les valeurs propres de ATA\sqrt{A^{\mathsf T}A}.

  5. Trois conséquences : A2=σmax\vertiii{A}_2 = \sigma_{\max} pour toute matrice réelle AA (généralisant l’Exercice 12.7) ; detA=σ1σn\abs{\det A} = \sigma_1\cdots\sigma_n ; et l’image de la sphère unité par un AA inversible est un ellipsoïde de demi-axes σ1,,σn\sigma_1, \dots, \sigma_n le long des colonnes de UU.

Partie IV — Coniques, par le théorème spectral. Une conique plane est l’ensemble des zéros de f(x)=q(x)+b,x+cf(x) = q(x) + \langle b, x\rangle + c, avec q0q \neq 0 une forme quadratique de matrice AA, bR2b \in \R^2, cRc \in \R.

  1. Réduire ff par une rotation (axes principaux, Corollaire 12.15) suivie d’une translation, et classer les formes possibles non vides et non dégénérées selon la signature de qq : ellipse (detA>0\det A > 0), hyperbole (detA<0\det A < 0), parabole (detA=0\det A = 0, rang 11, avec le terme linéaire non absorbé).
  2. Mener la réduction complète pour

    x2+4xy+y2+2x2y=4:x^2 + 4xy + y^2 + 2x - 2y = 4 :

    coordonnées tournées, équation réduite, nature et centre de la conique.

  3. (Coniques à centre) Supposons detA0\det A \neq 0. Montrer que le centre est x0=12A1bx_0 = -\frac12 A^{-1}b, et que la congruence par (Ix001)\begin{pmatrix} I & x_0\\ 0 & 1\end{pmatrix} de la matrice 3×33\times3 Q~=(Ab/2bT/2c)\widetilde Q = \begin{pmatrix} A & b/2 \\ b^{\mathsf T}/2 & c\end{pmatrix} donne

    detQ~=f(x0)detA:\det\widetilde Q = f(x_0)\,\det A :

    la conique à centre est dégénérée (un point ou deux droites) exactement lorsque detQ~=0\det\widetilde Q = 0.

  4. Vérifier la question 17 sur l’exemple de la question 16 : calculer x0x_0, f(x0)f(x_0) et detQ~\det\widetilde Q, et conclure de nouveau que la conique est une hyperbole non dégénérée.
  5. (Un faisceau de quadriques) Pour λR\lambda \in \R, classer la surface

    x2+y2+z2+2λ(xy+yz+zx)=1x^2 + y^2 + z^2 + 2\lambda(xy + yz + zx) = 1

    par les valeurs propres de sa matrice (structure ne contenant que des uns : valeurs propres 1+2λ1 + 2\lambda et 1λ1 - \lambda double) : sphère/ellipsoïde, cylindre, paire de plans, hyperboloïdes à une et à deux nappes, selon λ\lambda.

Partie V — Deux formes à la fois : réduction simultanée.

  1. Soit qq définie positive et qq' une forme quadratique quelconque sur EE. Prouver qu’il existe une base de EE orthonormée pour qq et orthogonale pour qq' : dans celle-ci, q=xi2q = \sum x_i^2 et q=μixi2q' = \sum \mu_i x_i^2 (utiliser qq comme produit scalaire et appliquer le théorème spectral à l’endomorphisme représentant qq').
  2. Forme matricielle : pour AA définie positive et BB symétrique, il existe un PP inversible avec PTAP=IP^{\mathsf T}AP = I et PTBP=diag(μ1,,μn)P^{\mathsf T}BP = \operatorname{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n), où les μi\mu_i sont les racines de det(BμA)=0\det(B - \mu A) = 0.
  3. La mener complètement pour

    A=(2111),B=(0110):A = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 0 \end{pmatrix} :

    les valeurs propres généralisées μ±\mu_\pm, et des vecteurs diagonalisant les deux formes.

  4. Montrer que le caractère défini positif ne peut être abandonné : pour

    A=(1001),B=(0110),A = \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & -1 \end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 0 \end{pmatrix},

    aucune base ne diagonalise les deux formes (si PP diagonalisait les deux, det(BμA)\det(B - \mu A) serait scindé à racines réelles ; le calculer).

  5. Montrer que les μi\mu_i de la question 21 sont les valeurs propres de A1BA^{-1}B, et que A1BA^{-1}B, bien que non symétrique en général, est toujours diagonalisable à valeurs propres réelles (conjuguer par A\sqrt A).
  6. Synthèse. En une phrase chacune : (i) l’unique théorème sur lequel chaque partie s’est appuyée ; (ii) quels résultats des parties I–III survivent pour les matrices semi-définies positives, et lesquels exigent la définitude ; (iii) le système physique dont les petites oscillations des questions 20–22 diagonalisent (énergie cinétique et énergie potentielle comme les deux formes), et ce que les μi\mu_i y signifient.
Solution

Solution de Problème 12.1.

1. GG est symétrique par symétrie du produit scalaire, et

XTGX=i,jxixjvi,vj=ixivi20,X^{\mathsf T}GX = \sum_{i,j}x_ix_j\langle v_i, v_j\rangle = \Bigl\|\sum_i x_iv_i\Bigr\|^2 \geq 0 ,

avec égalité ssi xivi=0\sum x_iv_i = 0 : GG est définie ssi la seule combinaison nulle est triviale, c’est-à-dire ssi la famille est indépendante.

2. Avec B=AB = \sqrt A (Exercice 12.6) : A=B2=BTBA = B^2 = B^{\mathsf T}B, la matrice de Gram des colonnes de BB ; prendre C=BC = B. Et XTAX=CX2X^{\mathsf T}AX = \norm{CX}^2, donc AA est définie ssi CX0CX \neq 0 pour X0X \neq 0, ssi CC est inversible.

3. La restriction de la forme à Vect(ei,ej)\operatorname{Vect}(e_i, e_j) a pour matrice (aiiaijaijajj)\begin{pmatrix} a_{ii} & a_{ij}\\ a_{ij} & a_{jj} \end{pmatrix}, encore semi-définie positive : son déterminant (produit de ses valeurs propres positives ou nulles) est 0\geq 0 : aij2aiiajja_{ij}^2 \leq a_{ii}a_{jj}. C’est Cauchy–Schwarz pour les vecteurs vi,vjv_i, v_j d’une réalisation de Gram.

4. Existence : écrire AA comme la matrice de Gram d’une famille indépendante (v1,,vn)(v_1, \dots, v_n) (questions 1–2). Gram–Schmidt produit une famille orthonormée (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) avec

vk=iktikei,tkk=vkprojk1vk>0,v_k = \sum_{i \leq k} t_{ik}\,e_i, \qquad t_{kk} = \bigl\| v_k - \operatorname{proj}_{k-1}v_k \bigr\| > 0 ,

donc T=(tik)T = (t_{ik}) est triangulaire supérieure à diagonale positive, et

ajk=vj,vk=itijtik=(TTT)jk.a_{jk} = \langle v_j, v_k\rangle = \sum_i t_{ij}t_{ik} = (T^{\mathsf T}T)_{jk} .

Unicité : si T1TT1=T2TT2T_1^{\mathsf T}T_1 = T_2^{\mathsf T}T_2 alors R=T1T21R = T_1T_2^{-1} vérifie RTR=IR^{\mathsf T}R = I : RR est orthogonale, et aussi triangulaire supérieure à diagonale positive (produit de telles matrices). Alors R1=RTR^{-1} = R^{\mathsf T} est simultanément triangulaire supérieure (inverse d’une supérieure) et inférieure (transposée d’une supérieure) : diagonale ; une matrice diagonale orthogonale a des coefficients ±1\pm1, et la positivité force R=IR = I : T1=T2T_1 = T_2.

5. Pour i,jki, j \leq k, (TTT)ij=mtmitmj(T^{\mathsf T}T)_{ij} = \sum_m t_{mi}t_{mj} ne fait intervenir que mmin(i,j)km \leq \min(i,j) \leq k : le bloc k×kk\times k dominant de AA est TkTTkT_k^{\mathsf T}T_kTkT_k est le bloc dominant de TT. Ainsi Δk=(detTk)2=(t11tkk)2\Delta_k = (\det T_k)^2 = (t_{11}\cdots t_{kk})^2. Or la réduction de Gauss d’une forme définie positive dans l’ordre naturel ne rencontre jamais un coefficient de carré nul (les pivots sont les coefficients diagonaux des blocs définis positifs successivement réduits) : elle produit q=kdkk2q = \sum_k d_k\ell_k^2 avec k=xk+(termes en xk+1,)\ell_k = x_k + (\text{termes en } x_{k+1}, \dots), c’est-à-dire A=LTDLA = L^{\mathsf T}DL avec LL triangulaire unipotente ; alors T=DLT = \sqrt D\,L est un facteur de Cholesky, donc par unicité tkk2=dkt_{kk}^2 = d_k et

dk=(t11tkk)2(t11tk1,k1)2=ΔkΔk1.d_k = \frac{(t_{11}\cdots t_{kk})^2} {(t_{11}\cdots t_{k-1,k-1})^2} = \frac{\Delta_k}{\Delta_{k-1}} .

Sur l’Exemple 12.9 : Δ1,Δ2,Δ3=2,3,4\Delta_1, \Delta_2, \Delta_3 = 2, 3, 4 et les pivots étaient 2,32,432, \frac32, \frac43.

6. Chaque aii=eiTAei>0a_{ii} = e_i^{\mathsf T}Ae_i > 0. Posons D=diag(aii1/2)D = \operatorname{diag}(a_{ii}^{-1/2}) et B=DADB = DAD : définie positive (congruence), avec bii=1b_{ii} = 1, donc trB=n\operatorname{tr} B = n. Ses valeurs propres μi>0\mu_i > 0 vérifient, par l’inégalité arithmético-géométrique,

detB=iμi(μin) ⁣n=1,\det B = \prod_i\mu_i \leq \Bigl(\frac{\sum\mu_i}{n}\Bigr)^{\!n} = 1 ,

et detB=(detD)2detA=detAaii\det B = (\det D)^2\det A = \dfrac{\det A}{\prod a_{ii}} : detAaii\det A \leq \prod a_{ii}.

7. L’inégalité arithmético-géométrique est une égalité ssi tous les μi\mu_i sont égaux (à 11) ; une matrice symétrique de seule valeur propre 11 est PIPT=IPIP^{\mathsf T} = I. Donc égalité ssi B=IB = I ssi aij=0a_{ij} = 0 pour iji \neq j : AA diagonale.

8. Si MM est singulière, les deux membres sont 0=detM\geq 0 = \abs{\det M}. Sinon A=MTMA = M^{\mathsf T}M est définie positive avec aii=ci2a_{ii} = \norm{c_i}^2 et detA=(detM)2\det A = (\det M)^2 : la question 6 donne (detM)2ci2(\det M)^2 \leq \prod\norm{c_i}^2. Égalité ssi A=MTMA = M^{\mathsf T}M est diagonale (question 7), c’est-à-dire ssi les colonnes sont deux à deux orthogonales.

9. detM\abs{\det M} est le volume du parallélépipède engendré par les colonnes : le volume est au plus le produit des longueurs d’arêtes, avec égalité exactement pour les pavés rectangles. Si mij1\abs{m_{ij}} \leq 1 alors cin\norm{c_i} \leq \sqrt n, donc detMnn/2\abs{\det M} \leq n^{n/2}. (L’atteindre force des colonnes orthogonales à coefficients ±1\pm1 : une matrice de Hadamard.)

10. XTATAX=AX2>0X^{\mathsf T}A^{\mathsf T}AX = \norm{AX}^2 > 0 pour X0X \neq 0 (AA inversible) : ATAA^{\mathsf T}A est définie positive. Sa racine carrée SS est définie positive (valeurs propres λi>0\sqrt{\lambda_i} > 0), donc inversible, et Q=AS1Q = AS^{-1} vérifie

QTQ=S1ATAS1=S1S2S1=I:Q^{\mathsf T}Q = S^{-1}A^{\mathsf T}AS^{-1} = S^{-1}S^2S^{-1} = I :

A=QSA = QS avec QQ orthogonale, SS définie positive.

11. Si A=QS=QSA = QS = Q'S' alors S2=STQTQS=ATA=S2S'^{\,2} = S'^{\mathsf T}Q'^{\mathsf T}Q'S' = A^{\mathsf T}A = S^2 ; deux matrices semi-définies positives de même carré coïncident (Exercice 12.6) : S=SS' = S, puis Q=AS1=QQ' = AS^{-1} = Q.

12. det(A+εI)\det(A + \varepsilon I) est un polynôme non nul en ε\varepsilon : il a un nombre fini de racines, donc une suite εk0\varepsilon_k \to 0 les évite. Écrire A+εkI=QkSkA + \varepsilon_kI = Q_kS_k (question 10). O(n)O(n) est compact (Exercice 12.5) : une sous-suite donne Qφ(k)QO(n)Q_{\varphi(k)} \to Q \in O(n). Alors

Sφ(k)=Qφ(k)T(A+εφ(k)I)QTA=:S,S_{\varphi(k)} = Q_{\varphi(k)}^{\mathsf T} \bigl(A + \varepsilon_{\varphi(k)}I\bigr) \longrightarrow Q^{\mathsf T}A =: S,

symétrique semi-définie positive comme limite de telles matrices (conditions fermées), et A=QSA = QS. De plus S2=STS=ATQQTA=ATAS^2 = S^{\mathsf T}S = A^{\mathsf T}QQ^{\mathsf T}A = A^{\mathsf T}A, donc S=ATAS = \sqrt{A^{\mathsf T}A} par unicité. Pour AA singulière, SS est singulière et QQ n’est pas unique : il peut être modifié arbitrairement sur (imS)(\operatorname{im} S)^{\perp} — cas extrême A=0A = 0, où tout QQ orthogonal convient.

13. Diagonaliser S=PΣPTS = P\Sigma P^{\mathsf T} (théorème spectral), Σ=diag(σi)\Sigma = \operatorname{diag}(\sigma_i) avec σi0\sigma_i \geq 0 les valeurs propres de S=ATAS = \sqrt{A^{\mathsf T}A}. Alors

A=QS=(QP)ΣPT=UΣVT,U=QP, V=PO(n).A = QS = (QP)\,\Sigma\,P^{\mathsf T} = U\Sigma V^{\mathsf T}, \qquad U = QP,\ V = P \in O(n) .

14. Ax2=xTS2xσmax2x2\norm{Ax}^2 = x^{\mathsf T}S^2x \leq \sigma_{\max}^2\norm x^2 avec égalité en un vecteur propre dominant de SS : A2=σmax\vertiii A_2 = \sigma_{\max} — pour AA symétrique, S=A2S = \sqrt{A^2} a pour valeurs propres λi\abs{\lambda_i}, ce qui retrouve l’Exercice 12.7. Déterminant : detA=detUdetΣdetV=σ1σn\abs{\det A} = \abs{\det U}\det\Sigma\abs{\det V} = \sigma_1\cdots\sigma_n. Sphère : en écrivant x=Vyx = Vy avec y=1\norm y = 1, Ax=UΣyAx = U\Sigma y a pour coordonnées zi=σiyiz_i = \sigma_iy_i dans le repère orthonormé des colonnes de UU : l’image est {zi2/σi2=1}\{\sum z_i^2/\sigma_i^2 = 1\}, un ellipsoïde de demi-axes σi\sigma_i.

15. Une rotation vers les axes principaux (Corollaire 12.15) transforme ff en λ1X2+λ2Y2+β1X+β2Y+c\lambda_1X^2 + \lambda_2Y^2 + \beta_1X + \beta_2Y + c, avec λ1λ2=detA\lambda_1\lambda_2 = \det A. Si detA0\det A \neq 0, absorber les termes linéaires par la translation XXβ12λ1X \mapsto X - \frac{\beta_1}{2\lambda_1} (et de même pour YY) : λ1X2+λ2Y2=c\lambda_1X'^2 + \lambda_2Y'^2 = c'. Pour detA>0\det A > 0 (signes égaux) : une ellipse (cc' du bon signe), un point, ou l’ensemble vide. Pour detA<0\det A < 0 : une hyperbole (c0c' \neq 0) ou deux droites sécantes. Si detA=0\det A = 0 de rang 11 (disons λ2=0λ1\lambda_2 = 0 \neq \lambda_1) : λ1X2+β2Y+c\lambda_1X'^2 + \beta_2Y + c'', une parabole lorsque β20\beta_2 \neq 0 ; sinon deux droites parallèles, une droite, ou l’ensemble vide. Formes non dégénérées : ellipse, hyperbole, parabole, gouvernées par le signe de detA\det A.

16. La partie quadratique x2+4xy+y2x^2 + 4xy + y^2 a pour matrice (1221)\begin{pmatrix}1 & 2\\ 2 & 1\end{pmatrix}, valeurs propres 33 et 1-1 de directions orthonormées 12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,1), 12(1,1)\frac{1}{\sqrt2}(1,-1). Dans les coordonnées tournées u=x+y2u = \frac{x+y}{\sqrt2}, v=xy2v = \frac{x-y}{\sqrt2} : x2+y2=u2+v2x^2 + y^2 = u^2 + v^2, 2xy=u2v22xy = u^2 - v^2, donc la forme est 3u2v23u^2 - v^2, et 2x2y=22v2x - 2y = 2\sqrt2\,v. L’équation devient

3u2v2+22v=43u2(v2)2=2:3u^2 - v^2 + 2\sqrt2\,v = 4 \quad\Longleftrightarrow\quad 3u^2 - \bigl(v - \sqrt2\bigr)^2 = 2 :

une hyperbole, de centre (u,v)=(0,2)(u, v) = (0, \sqrt2), c’est-à-dire (x,y)=(1,1)(x, y) = (1, -1), d’axes selon le repère tourné.

17. f(x)=(xx0)TA(xx0)+f(x0)f(x) = (x - x_0)^{\mathsf T}A(x - x_0) + f(x_0) dès que Ax0=b2Ax_0 = -\frac b2, c’est-à-dire x0=12A1bx_0 = -\frac12A^{-1}b : le gradient de ff s’annule exactement là (x0x_0 est le centre de symétrie). Avec M=(Ix001)M = \begin{pmatrix} I & x_0\\ 0 & 1\end{pmatrix} :

MTQ~M=(AAx0+b2(Ax0+b2)Tx0TAx0+bTx0+c)=(A00f(x0)),M^{\mathsf T}\widetilde QM = \begin{pmatrix} A & Ax_0 + \frac b2\\[2pt] \bigl(Ax_0 + \frac b2\bigr)^{\mathsf T} & x_0^{\mathsf T}Ax_0 + b^{\mathsf T}x_0 + c \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0\\ 0 & f(x_0)\end{pmatrix},

et detM=1\det M = 1 : detQ~=f(x0)detA\det\widetilde Q = f(x_0)\det A. L’équation centrée s’écrit q(X)=f(x0)q(X) = -f(x_0) : pour f(x0)=0f(x_0) = 0 elle dégénère en q(X)=0q(X) = 0 (deux droites passant par le centre si la signature est (1,1)(1,1), le point unique x0x_0 si qq est définie) ; pour f(x0)0f(x_0) \neq 0 la conique est une véritable ellipse ou hyperbole.

18. A1=13(1221)A^{-1} = -\frac13\begin{pmatrix} 1 & -2\\ -2 & 1\end{pmatrix}, b2=(1,1)\frac b2 = (1, -1) : x0=A1b2=(1,1)x_0 = -A^{-1}\frac b2 = (1, -1), comme trouvé à la question 16. f(x0)=q(1,1)+2+24=(14+1)+0=20f(x_0) = q(1,-1) + 2 + 2 - 4 = (1 - 4 + 1) + 0 = -2 \neq 0, et detQ~=f(x0)detA=(2)(3)=60\det\widetilde Q = f(x_0)\det A = (-2)(-3) = 6 \neq 0 : non dégénérée ; detA=3<0\det A = -3 < 0 : une hyperbole — et en effet l’équation centrée 3u2(v2)2=f(x0)=23u^2 - (v - \sqrt2)^2 = -f(x_0) = 2 correspond à la question 16.

19. La matrice est (1λ)I+λJ(1-\lambda)I + \lambda J : valeurs propres 1+2λ1 + 2\lambda (direction (1,1,1)(1,1,1)) et 1λ1 - \lambda (double, sur x+y+z=0x + y + z = 0). Cas :

  • 12<λ<1-\frac12 < \lambda < 1 : toutes les valeurs propres positives : un ellipsoïde de révolution autour de (1,1,1)(1,1,1) (une sphère pour λ=0\lambda = 0) ;
  • λ=1\lambda = 1 : q=(x+y+z)2q = (x+y+z)^2 : l’équation donne les deux plans parallèles x+y+z=±1x + y + z = \pm1 ;
  • λ=12\lambda = -\frac12 : valeurs propres 0,32,320, \frac32, \frac32 : un cylindre de révolution d’axe (1,1,1)(1,1,1) ;
  • λ>1\lambda > 1 : signature (1,2)(1, 2) : un hyperboloïde à deux nappes ;
  • λ<12\lambda < -\frac12 : signature (2,1)(2, 1) : un hyperboloïde à une nappe.

20. La forme polaire de qq est un produit scalaire ,q\langle\cdot,\cdot\rangle_q sur EE. Pour xx fixé, yφ(x,y)y \mapsto \varphi'(x, y) (forme polaire de qq') est linéaire, donc égale zx,yq\langle z_x, y\rangle_q pour un unique zxz_x ; u(x):=zxu(x) := z_x est linéaire (unicité), et u(x),yq=φ(x,y)=φ(y,x)=u(y),xq\langle u(x), y\rangle_q = \varphi'(x,y) = \varphi'(y,x) = \langle u(y), x\rangle_q : uu est symétrique dans l’espace euclidien (E,,q)(E, \langle\cdot,\cdot\rangle_q). Le théorème spectral (Théorème 12.13) donne une base propre qq-orthonormée (εi)(\varepsilon_i), u(εi)=μiεiu(\varepsilon_i) = \mu_i\varepsilon_i : dans celle-ci q(x)=xi2q(x) = \sum x_i^2 et q(x)=u(x),xq=μixi2q'(x) = \langle u(x), x\rangle_q = \sum\mu_ix_i^2.

21. Soit PP la matrice de cette base : la congruence donne PTAP=IP^{\mathsf T}AP = I et PTBP=diag(μi)P^{\mathsf T}BP = \operatorname{diag}(\mu_i). Alors

det(BμA)=det(PT)det(diag(μi)μI)det(P1)=(detP)2i(μiμ):\det(B - \mu A) = \det(P^{-\mathsf T}) \det\bigl(\operatorname{diag}(\mu_i) - \mu I\bigr) \det(P^{-1}) = (\det P)^{-2}\prod_i(\mu_i - \mu) :

les μi\mu_i sont les racines du faisceau det(BμA)\det(B - \mu A).

22. det(BμA)=det(2μ1μ1μμ)=2μ2(1μ)2=μ2+2μ1\det(B - \mu A) = \det\begin{pmatrix} -2\mu & 1-\mu\\ 1-\mu & -\mu\end{pmatrix} = 2\mu^2 - (1-\mu)^2 = \mu^2 + 2\mu - 1 : racines μ±=1±2\mu_\pm = -1 \pm \sqrt2. En résolvant (Bμ±A)v=0(B - \mu_\pm A)v = 0 : v±=(1μ±, 2μ±)v_\pm = (1 - \mu_\pm,\ 2\mu_\pm) (l’identité de la deuxième ligne (1μ)2=2μ2(1-\mu)^2 = 2\mu^2 aux racines le confirme). Les AA-normes se calculent sans peine : qA(v±)=2(1+μ±2)q_A(v_\pm) = 2(1 + \mu_\pm^2), et on vérifie φA(v+,v)=0\varphi_A(v_+, v_-) = 0 en utilisant μ++μ=2\mu_+ + \mu_- = -2, μ+μ=1\mu_+\mu_- = -1. La base (v+2(1+μ+2),v2(1+μ2))\Bigl(\frac{v_+}{\sqrt{2(1 + \mu_+^2)}}, \frac{v_-}{\sqrt{2(1+\mu_-^2)}}\Bigr) est orthonormée pour AA et diagonalise BB avec coefficients μ±\mu_\pm.

23. Si un PP inversible diagonalisait les deux formes, le calcul de la question 21 donnerait det(BμA)=(detP)2(d2iμd1i)\det(B - \mu A) = (\det P)^{-2}\prod(d_{2i} - \mu d_{1i}), un polynôme réel scindé en facteurs linéaires réels. Mais ici

det(BμA)=det(μ11μ)=μ21,\det(B - \mu A) = \det\begin{pmatrix} -\mu & 1\\ 1 & \mu\end{pmatrix} = -\mu^2 - 1 ,

de degré 22 sans racine réelle : contradiction. (Le AA de signature de Lorentz admet des « rotations » pour BB sans axes réels.)

24. A1B=A1/2(A1/2BA1/2)A1/2A^{-1}B = A^{-1/2}\bigl(A^{-1/2}BA^{-1/2}\bigr) A^{1/2} avec A1/2=AA^{1/2} = \sqrt A définie positive (Exercice 12.6) : A1BA^{-1}B est semblable à la matrice symétrique A1/2BA1/2A^{-1/2}BA^{-1/2}, donc diagonalisable à valeurs propres réelles. Et det(BμA)=detAdet(A1BμI)\det(B - \mu A) = \det A\cdot \det(A^{-1}B - \mu I) : les racines du faisceau μi\mu_i de la question 21 sont exactement les valeurs propres de A1BA^{-1}B.

25. (i) Chaque partie s’est appuyée sur le théorème spectral : via la racine carrée (Cholesky, polaire), les bornes sur les valeurs propres (Hadamard), les axes principaux (coniques), et la version adaptée à qq (réduction simultanée). (ii) Les réalisations de Gram, Hadamard et la décomposition polaire survivent dans le monde semi-défini ; l’unicité de Cholesky, la formule des pivots et la réduction simultanée exigent la définitude (les questions 12 et 23 montrent exactement comment elles échouent). (iii) Petites oscillations couplées : l’énergie cinétique (définie positive) et l’énergie potentielle sont deux formes quadratiques ; la base des questions 20–22 constitue les modes propres du système, et les μi\mu_i sont les carrés des pulsations.