Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « endomorphisme hermitien » ?

Aussi appelé : groupe unitaire

Définition 13.5 Mathématiques universitaires — Licence 2 · Chapitre 13 — Formes hermitiennes

L’adjoint uu^* de uL(E)u \in \mathcal{L}(E) est défini par u(x),y=x,u(y)\langle u^*(x), y\rangle = \langle x, u(y)\rangle ; dans une base orthonormée, Mat(u)=AT=:A\operatorname{Mat}(u^*) = \conj{A}^{\mathsf T} =: A^{\dagger} (transconjuguée) — en effet, si B=(bij)B = (b_{ij}) est la matrice de uu^* dans la base orthonormée (ei)(e_i), alors bij=ei,u(ej)b_{ij} = \langle e_i, u^*(e_j)\rangle, et l’identité de définition donne

bij=u(ej),ei=ej,u(ei)=aji,doncB=AT.\conj{b_{ij}} = \langle u^*(e_j), e_i\rangle = \langle e_j, u(e_i)\rangle = a_{ji} , \qquad\text{donc}\qquad B = \conj{A}^{\mathsf T} .

uu est hermitien lorsque u=uu^* = u (A=AA^\dagger = A), unitaire lorsque uu=idu^*u = \mathrm{id} (AA=IA^\dagger A = I : le groupe U(n)U(n)), normal lorsque uu=uuu^*u = uu^*.

Exemples

Exemple 13.7 (Une matrice anti-hermitienne, diagonalisée)

A=(0220)A = \begin{pmatrix} 0 & -2\\ 2 & 0\end{pmatrix} vérifie A=AT=AA^\dagger = A^{\mathsf T} = -A : anti-hermitienne (et aussi réelle antisymétrique — sur R\R elle n’a aucune valeur propre). Polynôme caractéristique X2+4X^2 + 4 : valeurs propres ±2i\pm2\iu, imaginaires pures, comme le prévoit en général l’Exercice 13.9. Vecteurs propres : (A2iI)v=0(A - 2\iu I)v = 0 donne v1=12(1,i)v_1 = \frac{1}{\sqrt2}(1, \iu), et v2=12(1,i)v_2 = \frac{1}{\sqrt2}(1, -\iu) pour 2i-2\iu ; ils sont orthogonaux :

v1,v2=12(11+i(i))=12(11)=0.\langle v_1, v_2\rangle = \tfrac12\bigl(\conj{1}\cdot1 + \conj{\iu}\cdot(-\iu)\bigr) = \tfrac12(1 - 1) = 0 .

Donc A=Udiag(2i,2i)UA = U\operatorname{diag}(2\iu, -2\iu)\,U^\dagger avec U=(v1 v2)U = (v_1\ v_2) unitaire. Idée finale : H=iA=(02i2i0)H = -\iu A = \begin{pmatrix} 0 & 2\iu\\ -2\iu & 0\end{pmatrix} est hermitienne, de spectre réel {±2}\{\pm2\} et de mêmes vecteurs propres — la bijection uiuu \mapsto \iu u entre endomorphismes hermitiens et anti-hermitiens (Exercice 13.9), vue matrice par matrice ; sur R\R, la même AA est une rotation-homothétie sans aucun vecteur propre, et seul le passage à C\C révèle sa forme normale.

Exemple 13.9

A=(0ii0)A = \begin{pmatrix} 0 & -\iu\\ \iu & 0\end{pmatrix} est hermitienne (A=AA^\dagger = A) : valeurs propres tirées de χA=X21\chi_A = X^2 - 1 : ±1\pm 1 (réelles, comme promis), avec vecteurs propres orthonormés 12(1,i)T\frac{1}{\sqrt2}(1, \iu)^{\mathsf T} et 12(1,i)T\frac{1}{\sqrt2}(1, -\iu)^{\mathsf T}. (Les physiciens connaissent AA comme une matrice de Pauli ; c’est parce que les spectres hermitiens sont réels que les observables quantiques sont modélisées par des opérateurs hermitiens.)

Exemple 13.10 (Une matrice hermitienne définie positive, traitée)

A=(21i1+i3)A = \begin{pmatrix} 2 & 1-\iu\\ 1+\iu & 3\end{pmatrix} : hermitienne, puisque la diagonale est réelle et les coefficients hors diagonale sont conjugués. Polynôme caractéristique :

(2λ)(3λ)1i2=λ25λ+4=(λ1)(λ4):(2-\lambda)(3-\lambda) - \abs{1-\iu}^2 = \lambda^2 - 5\lambda + 4 = (\lambda - 1)(\lambda - 4) :

spectre {1,4}\{1, 4\}, réel et positif — AA est définie positive. Vecteurs propres : pour λ=4\lambda = 4, le système (A4I)v=0(A - 4I)v = 0 donne v4=(1i, 2)v_4 = (1 - \iu,\ 2) (vérifier la seconde ligne : (1+i)(1i)2=0(1+\iu)(1-\iu) - 2 = 0) ; pour λ=1\lambda = 1, v1=(1i, 1)v_1 = (1 - \iu,\ -1). Orthogonalité, avec le conjugué dans la première variable :

v4,v1=(1i)(1i)+2(1)=22=0.\langle v_4, v_1\rangle = \conj{(1-\iu)}\,(1-\iu) + \conj{2}\,(-1) = 2 - 2 = 0 . \checkmark

En normalisant (v42=2+4=6\norm{v_4}^2 = 2 + 4 = 6, v12=2+1=3\norm{v_1}^2 = 2 + 1 = 3), on obtient la matrice unitaire U=(v46 v13)U = \bigl(\frac{v_4}{\sqrt6}\ \frac{v_1}{\sqrt3}\bigr) avec A=Udiag(4,1)UA = U\operatorname{diag}(4,1)U^\dagger. Idée finale : la lecture de Rayleigh est immédiate — sur la sphère unité de C2\C^2, x,Ax\langle x, Ax\rangle parcourt [1,4]\intcc{1}{4}, atteint aux deux vecteurs propres ; c’est le germe en n=2n = 2 de la théorie de Courant–Fischer construite dans le problème du week-end. Vérifions au passage que la forme est réelle aussi en dehors des vecteurs propres : en x=(1,i)x = (1, \iu),

Ax=(2+(1i)i, (1+i)+3i)=(3+i, 1+4i),Ax = \bigl(2 + (1-\iu)\iu,\ (1+\iu) + 3\iu\bigr) = (3 + \iu,\ 1 + 4\iu),
x,Ax=1(3+i)+i(1+4i)=(3+i)+(i)(1+4i)=3+ii+4=7R,\langle x, Ax\rangle = \conj{1}\,(3+\iu) + \conj{\iu}\,(1+4\iu) = (3 + \iu) + (-\iu)(1 + 4\iu) = 3 + \iu - \iu + 4 = 7 \in \R ,

comme le garantit pour tout xx le mécanisme de preuve de la Proposition 13.6 (symétrie hermitienne contre A=AA^\dagger = A).

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