Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

13Formes hermitiennes

Les espaces vectoriels complexes possèdent leur propre géométrie de produit scalaire, avec une torsion : linéarité en une variable, semi-linéarité en l’autre. Le prix à payer pour accepter cette torsion est une théorie spectrale encore plus limpide que la théorie réelle — les endomorphismes hermitiens ont des valeurs propres réelles, les endomorphismes unitaires ont des valeurs propres de module 11, et les deux se diagonalisent dans des bases orthonormées. Ce court chapitre applique le programme euclidien du Chapitre 12 sur C\C.

13.1 Produits scalaires hermitiens

Définition 13.1

Un produit scalaire hermitien sur un espace vectoriel complexe EE est une application , ⁣:E×EC\langle\cdot,\cdot\rangle \colon E \times E \to \C linéaire en la seconde variable, à symétrie hermitienne (y,x=x,y\langle y, x\rangle = \conj{\langle x, y\rangle} — donc semi-linéaire en la première variable), et définie positive (x,x>0\langle x, x\rangle > 0 pour x0x \neq 0). L’exemple standard sur Cn\C^n :

x,y=i=1nxiyi;\langle x, y \rangle = \sum_{i=1}^{n} \conj{x_i}\, y_i ;

sur les fonctions continues, f,g=abfg\langle f, g\rangle = \int_a^b \conj f\,g. Norme : x=x,x\norm x = \sqrt{\langle x,x\rangle} ; un espace complexe de dimension finie ainsi muni est un espace hermitien.

Exemple 13.2 (Premiers calculs)

Dans C2\C^2, prenons x=(1+i, 2i)x = (1+\iu,\ 2-\iu) et y=(i, 1)y = (\iu,\ 1). Alors

x2=1+i2+2i2=2+5=7,y2=1+1=2,\norm x^2 = \abs{1+\iu}^2 + \abs{2-\iu}^2 = 2 + 5 = 7, \qquad \norm y^2 = 1 + 1 = 2,

et, en conjuguant le premier argument,

x,y=(1+i)i+(2i)1=(1i)i+(2+i)=(i+1)+(2+i)=3+2i.\langle x, y\rangle = \conj{(1+\iu)}\,\iu + \conj{(2-\iu)}\cdot1 = (1-\iu)\iu + (2+\iu) = (\iu + 1) + (2 + \iu) = 3 + 2\iu .

Cauchy–Schwarz est vérifiée : x,y2=9+4=1314=x2y2\abs{\langle x, y\rangle}^2 = 9 + 4 = 13 \leq 14 = \norm x^2\norm y^2 — proche de l’égalité, car xx est proche d’un multiple de yy. Remarquons aussi y,x=3+2i=32i\langle y, x\rangle = \conj{3 + 2\iu} = 3 - 2\iu : la symétrie hermitienne en action, et la raison pour laquelle x,x\langle x, x\rangle est toujours réel.

Théorème 13.3 (Cauchy–Schwarz, cas complexe)

x,yxy\abs{\langle x, y\rangle} \leq \norm x \norm y, avec égalité si et seulement si x,yx, y sont linéairement dépendants ; \norm\cdot est une norme. De plus, il existe des bases orthonormées (Gram–Schmidt s’applique mot pour mot), avec

x=iei,xei,x2=iei,x2.x = \sum_i \langle e_i, x\rangle\, e_i, \qquad \norm x^2 = \sum_i \abs{\langle e_i, x\rangle}^2 .

Démonstration. Pour y0y \neq 0 et tCt \in \C : 0xty2=x22(ty,x)+t2y20 \leq \norm{x - ty}^2 = \norm x^2 - 2\Re\bigl(\conj t\langle y, x\rangle\bigr) + \abs t^2\norm y^2. Choisissons t=y,xy2t = \frac{\langle y, x\rangle}{\norm y^2} :

0x2y,x2y2,0 \leq \norm x^2 - \frac{\abs{\langle y, x\rangle}^2}{\norm y^2},

ce qui est l’inégalité ; l’égalité impose x=tyx = ty. Inégalité triangulaire, en entier :

x+y2=x2+2x,y+y2x2+2x,y+y2(x+y)2,\norm{x + y}^2 = \norm x^2 + 2\,\Re\langle x, y\rangle + \norm y^2 \leq \norm x^2 + 2\,\abs{\langle x, y\rangle} + \norm y^2 \leq \bigl(\norm x + \norm y\bigr)^2 ,

en utilisant zz\Re z \leq \abs z puis Cauchy–Schwarz ; l’homogénéité et la séparation sont immédiates, donc \norm\cdot est une norme. Gram–Schmidt : comme dans le cas réel, avec les conjugaisons placées selon la définition (attention à la convention : nos produits sont semi-linéaires en la première variable, donc les coordonnées sont ei,x\langle e_i, x\rangle ; l’exemple suivant déroule l’algorithme une fois en entier).

Exemple 13.4 (Gram–Schmidt complexe, déroulé en entier)

Orthonormalisons la base v1=(1,i)v_1 = (1, \iu), v2=(0,1)v_2 = (0, 1) de C2\C^2. Premier vecteur : v12=12+i2=2\norm{v_1}^2 = \abs1^2 + \abs\iu^2 = 2, donc e1=12(1,i)e_1 = \frac{1}{\sqrt2}(1, \iu). Projetons v2v_2 — avec le conjugué dans la première variable :

e1,v2=12(10+i1)=i2,v2e1,v2e1=(0,1)+i2(1,i)=(i2, 12).\langle e_1, v_2\rangle = \frac{1}{\sqrt2}\bigl(\conj{1}\cdot0 + \conj{\iu}\cdot1\bigr) = \frac{-\iu}{\sqrt2} , \qquad v_2 - \langle e_1, v_2\rangle e_1 = (0,1) + \frac{\iu}{2}\,(1, \iu) = \Bigl(\frac\iu2,\ \frac12\Bigr) .

Sa norme vaut 14+14=12\sqrt{\frac14 + \frac14} = \frac{1}{\sqrt2} : e2=12(i,1)e_2 = \frac{1}{\sqrt2}(\iu, 1). Vérification : e1,e2=12(1i+i1)=12(ii)=0\langle e_1, e_2\rangle = \frac12(\conj1\cdot\iu + \conj\iu\cdot1) = \frac12(\iu - \iu) = 0. Coordonnées de v2v_2 dans la nouvelle base : v2=e1,v2e1+e2,v2e2v_2 = \langle e_1, v_2\rangle e_1 + \langle e_2, v_2\rangle e_2 avec e2,v2=12\langle e_2, v_2\rangle = \frac{1}{\sqrt2} — attention à l’ordre : v2,e1\langle v_2, e_1\rangle donnerait le coefficient conjugué. Idée finale : l’algorithme est celui du cas euclidien mot pour mot ; le seul piège est l’endroit où tombe la conjugaison, et le calcul de v2proj2>0\norm{v_2 - \text{proj}}^2 > 0 utilise silencieusement la positivité — l’axiome qui fait fonctionner toute la géométrie.

13.2 Adjoint, endomorphismes hermitiens et unitaires

Définition 13.5

L’adjoint uu^* de uL(E)u \in \mathcal{L}(E) est défini par u(x),y=x,u(y)\langle u^*(x), y\rangle = \langle x, u(y)\rangle ; dans une base orthonormée, Mat(u)=AT=:A\operatorname{Mat}(u^*) = \conj{A}^{\mathsf T} =: A^{\dagger} (transconjuguée) — en effet, si B=(bij)B = (b_{ij}) est la matrice de uu^* dans la base orthonormée (ei)(e_i), alors bij=ei,u(ej)b_{ij} = \langle e_i, u^*(e_j)\rangle, et l’identité de définition donne

bij=u(ej),ei=ej,u(ei)=aji,doncB=AT.\conj{b_{ij}} = \langle u^*(e_j), e_i\rangle = \langle e_j, u(e_i)\rangle = a_{ji} , \qquad\text{donc}\qquad B = \conj{A}^{\mathsf T} .

uu est hermitien lorsque u=uu^* = u (A=AA^\dagger = A), unitaire lorsque uu=idu^*u = \mathrm{id} (AA=IA^\dagger A = I : le groupe U(n)U(n)), normal lorsque uu=uuu^*u = uu^*.

Proposition 13.6

Les valeurs propres d’un endomorphisme hermitien sont réelles ; les valeurs propres d’un endomorphisme unitaire sont de module 11 ; dans les deux cas, les sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.

Démonstration. Cas hermitien, u(x)=λxu(x) = \lambda x, x0x \neq 0 :

λx2=x,u(x)=u(x),x=x,u(x)=λx2,\lambda \norm x^2 = \langle x, u(x)\rangle = \langle u(x), x\rangle = \conj{\langle x, u(x)\rangle} = \conj\lambda\,\norm x^2 ,

donc λR\lambda \in \R. Cas unitaire : u(x)=x\norm{u(x)} = \norm x (à partir de uu=idu^*u = \mathrm{id}), donc λx=x\abs\lambda\norm x = \norm x. Orthogonalité (cas hermitien) : λx,y=u(x),y=x,u(y)=μx,y\lambda\langle x, y\rangle = \langle u(x), y\rangle = \langle x, u(y)\rangle = \mu\langle x, y\rangle pour des vecteurs propres avec λμ\lambda \neq \mu réels. Cas unitaire, en entier : pour u(x)=λxu(x) = \lambda x, u(y)=μyu(y) = \mu y avec λμ\lambda \neq \mu (tous deux de module 11),

x,y=u(x),u(y)=λμx,y,\langle x, y\rangle = \langle u(x), u(y)\rangle = \conj\lambda\mu\,\langle x, y\rangle ,

et λμ=μλ1\conj\lambda\mu = \frac{\mu}{\lambda} \neq 1 : le facteur n’est pas 11, donc x,y=0\langle x, y\rangle = 0.

Exemple 13.7 (Une matrice anti-hermitienne, diagonalisée)

A=(0220)A = \begin{pmatrix} 0 & -2\\ 2 & 0\end{pmatrix} vérifie A=AT=AA^\dagger = A^{\mathsf T} = -A : anti-hermitienne (et aussi réelle antisymétrique — sur R\R elle n’a aucune valeur propre). Polynôme caractéristique X2+4X^2 + 4 : valeurs propres ±2i\pm2\iu, imaginaires pures, comme le prévoit en général l’Exercice 13.9. Vecteurs propres : (A2iI)v=0(A - 2\iu I)v = 0 donne v1=12(1,i)v_1 = \frac{1}{\sqrt2}(1, \iu), et v2=12(1,i)v_2 = \frac{1}{\sqrt2}(1, -\iu) pour 2i-2\iu ; ils sont orthogonaux :

v1,v2=12(11+i(i))=12(11)=0.\langle v_1, v_2\rangle = \tfrac12\bigl(\conj{1}\cdot1 + \conj{\iu}\cdot(-\iu)\bigr) = \tfrac12(1 - 1) = 0 .

Donc A=Udiag(2i,2i)UA = U\operatorname{diag}(2\iu, -2\iu)\,U^\dagger avec U=(v1 v2)U = (v_1\ v_2) unitaire. Idée finale : H=iA=(02i2i0)H = -\iu A = \begin{pmatrix} 0 & 2\iu\\ -2\iu & 0\end{pmatrix} est hermitienne, de spectre réel {±2}\{\pm2\} et de mêmes vecteurs propres — la bijection uiuu \mapsto \iu u entre endomorphismes hermitiens et anti-hermitiens (Exercice 13.9), vue matrice par matrice ; sur R\R, la même AA est une rotation-homothétie sans aucun vecteur propre, et seul le passage à C\C révèle sa forme normale.

Théorème 13.8 (Théorème spectral hermitien)

Tout endomorphisme hermitien d’un espace hermitien admet une base orthonormée de vecteurs propres (avec des valeurs propres réelles) : A=AA^\dagger = A implique A=UDUA = U D U^{\dagger} avec UU(n)U \in U(n) et DD diagonale réelle.

Démonstration. Sur C\C, le polynôme caractéristique est scindé : il existe un vecteur propre e1e_1 (Chapitre 3) — aucun argument de compacité n’est nécessaire, un avantage de C\C. Normalisons-le. Son orthogonal F=e1F = e_1^\perp est stable : pour xe1x \perp e_1,

e1,u(x)=u(e1),x=λ1e1,x=0\langle e_1, u(x)\rangle = \langle u(e_1), x\rangle = \lambda_1\langle e_1, x\rangle = 0

(λ1\lambda_1 réel). La restriction est hermitienne ; on raisonne par récurrence sur la dimension et on concatène. En détail : la restriction uFu|_F est un endomorphisme de l’espace hermitien FF (dimension n1n - 1) avec uF(x),y=x,uF(y)\langle u|_F(x), y\rangle = \langle x, u|_F(y)\rangle hérité de uu ; l’hypothèse de récurrence fournit une base orthonormée (e2,,en)(e_2, \dots, e_n) de FF formée de vecteurs propres, et (e1,e2,,en)(e_1, e_2, \dots, e_n) est orthonormée dans EE (e1Fe_1 \perp F) et formée de vecteurs propres de uu. Traduction matricielle : les colonnes de UU sont les eie_i, UU=IU^\dagger U = I exprime leur orthonormalité, et AU=UDAU = UD rassemble les équations aux valeurs propres, d’où A=UDUA = UDU^\dagger avec DD diagonale réelle (Proposition 13.6).

Exemple 13.9

A=(0ii0)A = \begin{pmatrix} 0 & -\iu\\ \iu & 0\end{pmatrix} est hermitienne (A=AA^\dagger = A) : valeurs propres tirées de χA=X21\chi_A = X^2 - 1 : ±1\pm 1 (réelles, comme promis), avec vecteurs propres orthonormés 12(1,i)T\frac{1}{\sqrt2}(1, \iu)^{\mathsf T} et 12(1,i)T\frac{1}{\sqrt2}(1, -\iu)^{\mathsf T}. (Les physiciens connaissent AA comme une matrice de Pauli ; c’est parce que les spectres hermitiens sont réels que les observables quantiques sont modélisées par des opérateurs hermitiens.)

Exemple 13.10 (Une matrice hermitienne définie positive, traitée)

A=(21i1+i3)A = \begin{pmatrix} 2 & 1-\iu\\ 1+\iu & 3\end{pmatrix} : hermitienne, puisque la diagonale est réelle et les coefficients hors diagonale sont conjugués. Polynôme caractéristique :

(2λ)(3λ)1i2=λ25λ+4=(λ1)(λ4):(2-\lambda)(3-\lambda) - \abs{1-\iu}^2 = \lambda^2 - 5\lambda + 4 = (\lambda - 1)(\lambda - 4) :

spectre {1,4}\{1, 4\}, réel et positif — AA est définie positive. Vecteurs propres : pour λ=4\lambda = 4, le système (A4I)v=0(A - 4I)v = 0 donne v4=(1i, 2)v_4 = (1 - \iu,\ 2) (vérifier la seconde ligne : (1+i)(1i)2=0(1+\iu)(1-\iu) - 2 = 0) ; pour λ=1\lambda = 1, v1=(1i, 1)v_1 = (1 - \iu,\ -1). Orthogonalité, avec le conjugué dans la première variable :

v4,v1=(1i)(1i)+2(1)=22=0.\langle v_4, v_1\rangle = \conj{(1-\iu)}\,(1-\iu) + \conj{2}\,(-1) = 2 - 2 = 0 . \checkmark

En normalisant (v42=2+4=6\norm{v_4}^2 = 2 + 4 = 6, v12=2+1=3\norm{v_1}^2 = 2 + 1 = 3), on obtient la matrice unitaire U=(v46 v13)U = \bigl(\frac{v_4}{\sqrt6}\ \frac{v_1}{\sqrt3}\bigr) avec A=Udiag(4,1)UA = U\operatorname{diag}(4,1)U^\dagger. Idée finale : la lecture de Rayleigh est immédiate — sur la sphère unité de C2\C^2, x,Ax\langle x, Ax\rangle parcourt [1,4]\intcc{1}{4}, atteint aux deux vecteurs propres ; c’est le germe en n=2n = 2 de la théorie de Courant–Fischer construite dans le problème du week-end. Vérifions au passage que la forme est réelle aussi en dehors des vecteurs propres : en x=(1,i)x = (1, \iu),

Ax=(2+(1i)i, (1+i)+3i)=(3+i, 1+4i),Ax = \bigl(2 + (1-\iu)\iu,\ (1+\iu) + 3\iu\bigr) = (3 + \iu,\ 1 + 4\iu),
x,Ax=1(3+i)+i(1+4i)=(3+i)+(i)(1+4i)=3+ii+4=7R,\langle x, Ax\rangle = \conj{1}\,(3+\iu) + \conj{\iu}\,(1+4\iu) = (3 + \iu) + (-\iu)(1 + 4\iu) = 3 + \iu - \iu + 4 = 7 \in \R ,

comme le garantit pour tout xx le mécanisme de preuve de la Proposition 13.6 (symétrie hermitienne contre A=AA^\dagger = A).

Exemple 13.11 (Une matrice unitaire diagonalisée)

U=12(1ii1)U = \frac{1}{\sqrt2}\begin{pmatrix} 1 & \iu\\ \iu & 1 \end{pmatrix} (unitaire d’après l’Exercice 13.2). Son polynôme caractéristique est (X12)2+12\bigl(X - \frac{1}{\sqrt2}\bigr)^2 + \frac12, de racines

λ±=1±i2=e±iπ/4,\lambda_\pm = \frac{1 \pm \iu}{\sqrt2} = \eu^{\pm\iu\pi/4},

de module 11 comme le promettait la Proposition 13.6, et de vecteurs propres orthonormés 12(1,±1)\frac{1}{\sqrt2}(1, \pm1). Donc U=Vdiag(eiπ/4,eiπ/4)VU = V\operatorname{diag}(\eu^{\iu\pi/4}, \eu^{-\iu\pi/4})V^\dagger : dans la bonne base, UU est une paire de rotations planes d’angle ±π4\pm\frac\pi4 — une matrice de rotation réelle n’a aucun vecteur propre réel, mais sur C\C elle se scinde en deux scalaires de module 11. Idée finale : les spectres hermitiens vivent sur la droite réelle, les spectres unitaires sur le cercle unité ; les deux sont des ombres de la même normalité, et la transformation de Cayley de l’Exercice 13.6 fait passer d’une image à l’autre.

Exemple 13.12 (La transformation de Cayley, calculée)

Appliquons l’Exercice 13.6 à H=(0110)H = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 0\end{pmatrix} (hermitienne, de spectre {1,1}\{1, -1\}, de vecteurs propres orthonormés 12(1,±1)\frac{1}{\sqrt2}(1, \pm1)). Dans la base propre, tout est scalaire : la transformation λλiλ+i\lambda \mapsto \frac{\lambda - \iu}{\lambda + \iu} envoie

11i1+i=i,11i1+i=i,1 \longmapsto \frac{1 - \iu}{1 + \iu} = -\iu, \qquad -1 \longmapsto \frac{-1 - \iu}{-1 + \iu} = \iu ,

(multiplier par le conjugué du dénominateur), donc U=(HiI)(H+iI)1U = (H - \iu I)(H + \iu I)^{-1} est la matrice unitaire de valeurs propres i\mp\iu sur ces mêmes vecteurs propres :

U=12(1111)(i00i)(1111)=(0ii0).U = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} \begin{pmatrix} -\iu & 0\\ 0 & \iu\end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & -\iu\\ -\iu & 0\end{pmatrix} .

Vérification : UU=IU^\dagger U = I, et 1SpU={±i}1 \notin \operatorname{Sp}U = \{\pm\iu\}, comme le promet la théorie. Idée finale : la droite réelle s’envoie sur le cercle unité privé du point 11valeur propre par valeur propre, la transformation de Cayley est l’homographie de Möbius λiλ+i\frac{\lambda-\iu}{\lambda+\iu}, et les matrices ne font que suivre leurs spectres.

Remarque 13.13 (Pièges classiques)

(i) Où tombe la barre : ce livre conjugue la première variable, donc les coordonnées sont ei,x\langle e_i, x\rangle et λx,y=λx,y\langle\lambda x, y\rangle = \conj\lambda\langle x, y\rangle ; beaucoup de textes conjuguent plutôt la seconde variable — traduire avant de comparer les formules, sinon les signes des i\iu deviennent faux silencieusement. (ii) La polarisation complexe est plus forte : sur C\C, si x,u(x)=0\langle x, u(x)\rangle = 0 pour tout xx, alors u=0u = 0 (développer x+yx + y et x+iyx + \iu y : les parties réelle et imaginaire de x,u(y)\langle x, u(y)\rangle s’annulent toutes deux) ; sur R\R, cela échoue — la rotation d’angle π2\frac\pi2 vérifie x,u(x)=0\langle x, u(x)\rangle = 0 partout. Par conséquent, sur C\C uniquement, « x,u(x)R\langle x, u(x)\rangle \in \R pour tout xx » impose déjà que uu soit hermitien. (iii) Une matrice réelle normale n’est pas diagonalisable : la matrice de l’Exemple 13.7 est normale mais n’a aucune valeur propre réelle ; la diagonalisation unitaire est un théorème sur C\C, et sur R\R on n’obtient que des réductions par blocs. (iv) Vérifier l’unitarité : UU=IU^\dagger U = I signifie que les colonnes sont orthonormées pour le produit hermitien — tester UUTUU^{\mathsf T}, ou oublier la conjugaison dans les produits de colonnes, sont les deux façons classiques de certifier une mauvaise matrice.

Exemple 13.14 (Les isométries sont exactement les applications unitaires)

La conservation de la norme paraît plus faible que l’unitarité, mais sur C\C elle ne l’est pas : si u(x)=x\norm{u(x)} = \norm x pour tout xx, alors uu=idu^*u = \mathrm{id}. En effet, v=uuidv = u^*u - \mathrm{id} est hermitien et vérifie x,v(x)=u(x)2x2=0\langle x, v(x)\rangle = \norm{u(x)}^2 - \norm x^2 = 0 pour tout xx ; par polarisation complexe (piège (ii) ci-dessus), une application dont la « diagonale » est identiquement nulle est nulle : v=0v = 0. Concrètement, la polarisation s’écrit

0=x+y,v(x+y)=x,v(y)+y,v(x),0=x+iy,v(x+iy)=ix,v(y)iy,v(x),0 = \langle x + y, v(x+y)\rangle = \langle x, v(y)\rangle + \langle y, v(x)\rangle, \qquad 0 = \langle x + \iu y, v(x + \iu y)\rangle = \iu\langle x, v(y)\rangle - \iu\langle y, v(x)\rangle ,

et les deux lignes ensemble imposent x,v(y)=0\langle x, v(y)\rangle = 0 pour tous x,yx, y. Idée finale : c’est pourquoi « unitaire » peut se vérifier en mesurant seulement des longueurs — une rigidité que le chapitre de Fourier exploitera, où conserver l’énergie f2\norm f_2 (Parseval) revient à conserver tous les produits scalaires des coefficients.

Remarque 13.15 (Perspectives dans ce volume)

La machinerie hermitienne construite ici est consommée presque immédiatement. Le chapitre de Fourier est de la géométrie hermitienne en dimension infinie : les exponentielles (en)(e_n) forment une famille orthonormée pour f,g=12πfg\langle f, g\rangle = \frac{1}{2\pi}\int\conj fg, l’inégalité de Bessel est l’estimation de projection de la Théorème 13.3 de ce chapitre, et Parseval en est l’égalité limite. La transformation de Fourier finie (Exercice 13.10) réapparaît chaque fois qu’il faut diagonaliser une convolution. Et le problème du week-end de ce chapitre — Courant–Fischer, Weyl, entrelacement — fournit la stabilité des valeurs propres qu’invoque le chapitre d’équations différentielles lorsqu’il affirme que de petites perturbations d’un système ne déplacent que légèrement ses fréquences. En arrière, tout ici est le miroir complexe du chapitre sur les formes quadratiques : garder les deux dictionnaires côte à côte (ATAA^{\mathsf T} \leftrightarrow A^\dagger, orthogonal \leftrightarrow unitaire, Rayleigh réel dans les deux).

Remarque 13.16 (Endomorphismes normaux)

Sur C\C, l’énoncé définitif est : uu est unitairement diagonalisable si et seulement s’il est normal (uu=uuu^*u = uu^*) — ce qui couvre d’un coup les applications hermitiennes, unitaires et anti-hermitiennes. La preuve est un agréable renforcement de l’argument ci-dessus (Exercice 13.8). Sur R\R, en revanche, la normalité ne procure qu’une diagonalisation par blocs (blocs de rotation) : la géométrie complexe est réellement plus simple.

Remarque 13.17 (Où cela sert)

La théorie spectrale hermitienne est la mathématique de la mécanique quantique : les observables sont modélisées par des opérateurs hermitiens (spectres réels = valeurs mesurables), l’évolution temporelle par des opérateurs unitaires (conservation de la norme = conservation de la probabilité). Dans ce livre, le chapitre de Fourier repose sur l’orthonormalité des exponentielles — un énoncé de produit scalaire hermitien — et la diagonalisation des matrices circulantes (Exercice 13.10) est la transformation de Fourier finie. Le problème du week-end développe le calcul variationnel des valeurs propres (Courant–Fischer, Weyl, entrelacement), le pain quotidien de l’analyse numérique et de la physique mathématique ; le volume de l’année 3 l’étend aux opérateurs autoadjoints compacts sur les espaces de Hilbert.

13.3 Exercices

Exercice 13.1

Sur C2\C^2 : calculer x,y\langle x, y\rangle, x\norm x, y\norm y pour x=(1,i)x = (1, \iu), y=(i,1)y = (\iu, 1) ; sont-ils orthogonaux ? Donner une base orthonormée contenant xx\frac{x}{\norm x}.

Solution

Solution de Exercice 13.1.

x,y=1i+i1=ii=0\langle x, y\rangle = \conj{1}\cdot\iu + \conj{\iu}\cdot 1 = \iu - \iu = 0 : orthogonaux. x=y=1+1=2\norm x = \norm y = \sqrt{1 + 1} = \sqrt2. Base orthonormée : (12(1,i),  12(i,1))\bigl(\frac{1}{\sqrt2}(1, \iu),\; \frac{1}{\sqrt2}(\iu, 1)\bigr) — la paire normalisée elle-même.

Exercice 13.2

Lesquelles sont hermitiennes ? unitaires ? normales ?

(1ii2),12(1ii1),(0100).\begin{pmatrix} 1 & \iu\\ -\iu & 2 \end{pmatrix}, \qquad \frac{1}{\sqrt2}\begin{pmatrix} 1 & \iu\\ \iu & 1\end{pmatrix}, \qquad \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 0 & 0 \end{pmatrix}.
Solution

Solution de Exercice 13.2.

Première : égale à sa transconjuguée (diagonale réelle, i=i\conj{\iu} = -\iu échangés) : hermitienne (donc normale) ; non unitaire (AAIA^\dagger A \neq I : colonnes non unitaires).

Deuxième : AA=12(1ii1)(1ii1)=12(2002)=IA^\dagger A = \frac12\begin{pmatrix} 1 & -\iu\\ -\iu & 1\end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & \iu\\ \iu & 1\end{pmatrix} = \frac12\begin{pmatrix} 2 & 0\\ 0 & 2\end{pmatrix} = I : unitaire (donc normale) ; non hermitienne.

Troisième : AA=E22E11=AAA^\dagger A = E_{22} \neq E_{11} = AA^\dagger : non normale (donc ni hermitienne ni unitaire) — le contre-exemple nilpotent standard.

Exercice 13.3

Montrer qu’une matrice AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\C) s’écrit de manière unique A=H+iKA = H + \iu K avec H,KH, K hermitiennes (les « parties réelle et imaginaire » H=A+A2H = \frac{A + A^\dagger}{2}, K=AA2iK = \frac{A - A^\dagger}{2\iu}), et que AA est normale si et seulement si HH et KK commutent.

Solution

Solution de Exercice 13.3.

Unicité : A=H+iKA = H + \iu K avec H=HH^\dagger = H, K=KK^\dagger = K impose A=HiKA^\dagger = H - \iu K, donc H=A+A2H = \frac{A + A^\dagger}{2}, K=AA2iK = \frac{A - A^\dagger}{2\iu} ; ces formules sont hermitiennes (vérification : (AA2i)=AA2i=K\bigl(\frac{A - A^\dagger}{2\iu}\bigr)^\dagger = \frac{ A^\dagger - A}{-2\iu} = K) et reconstruisent AA : existence.

Normalité : AAAA=(HiK)(H+iK)(H+iK)(HiK)=2i(HKKH)A^\dagger A - AA^\dagger = (H - \iu K)(H + \iu K) - (H + \iu K)(H - \iu K) = 2\iu(HK - KH) : cela s’annule si et seulement si HK=KHHK = KH.

Exercice 13.4 ★★

Diagonaliser dans une base orthonormée : A=(2ii2)A = \begin{pmatrix} 2 & \iu\\ -\iu & 2\end{pmatrix}, et calculer AkA^k pour kNk \in \N.

Solution

Solution de Exercice 13.4.

χA=(X2)21\chi_A = (X-2)^2 - 1 : valeurs propres 33 et 11. Vecteurs propres, par calcul direct :

A(1i)=(2+i(i)i+2(i))=(33i)=3(1i),A(1i)=(2+iii+2i)=(1i).A\begin{pmatrix}1\\ -\iu\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 + \iu(-\iu)\\ -\iu + 2(-\iu)\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3\\ -3\iu \end{pmatrix} = 3\begin{pmatrix}1\\ -\iu\end{pmatrix}, \qquad A\begin{pmatrix}1\\ \iu\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 + \iu\cdot\iu\\ -\iu + 2\iu\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}1\\ \iu\end{pmatrix}.

Base propre orthonormée : u1=12(1,i)u_1 = \frac{1}{\sqrt2}(1, -\iu) (valeur propre 33), u2=12(1,i)u_2 = \frac{1}{\sqrt2}(1, \iu) (valeur propre 11) ; orthogonalité comme dans l’Exercice 13.1. Puissances, via les projections spectrales Ak=3ku1u1+1ku2u2A^k = 3^k u_1u_1^\dagger + 1^k\, u_2u_2^\dagger :

Ak=U(3k001)U=3k2(1ii1)+12(1ii1)=12(3k+1(3k1)i(3k1)i3k+1).A^k = U\begin{pmatrix} 3^k & 0\\ 0 & 1\end{pmatrix}U^\dagger = \frac{3^k}{2}\begin{pmatrix} 1 & \iu\\ -\iu & 1\end{pmatrix} + \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & -\iu\\ \iu & 1\end{pmatrix} = \frac12\begin{pmatrix} 3^k + 1 & (3^k - 1)\iu\\ -(3^k-1)\iu & 3^k + 1 \end{pmatrix}.

(Vérifier k=1k = 1 : on retrouve AA.)

Exercice 13.5 ★★

Montrer que U(n)U(n) est compact, et que l’application valeur propre est surjective : tout λ\lambda de module 11 apparaît pour une certaine matrice unitaire. Montrer que detUU\det U \in \mathbb{U} (le cercle unité) pour UU(n)U \in U(n).

Solution

Solution de Exercice 13.5.

Compact : fermé (préimage de II par l’application continue UUUU \mapsto U^\dagger U) et borné (les colonnes sont des vecteurs unitaires : coefficients de module 1\leq 1) dans Mn(C)R2n2\mathcal{M}_n(\C) \simeq \R^{2n^2}.

Valeurs propres : diag(λ,1,,1)\operatorname{diag}(\lambda, 1, \dots, 1) est unitaire pour tout λ=1\abs\lambda = 1. Déterminant : detU2=detUdetU=det(UU)=1\abs{\det U}^2 = \det U^\dagger \det U = \det(U^\dagger U) = 1 (en utilisant detA=detA\det A^\dagger = \conj{\det A}) : detU\det U est sur le cercle unité.

Exercice 13.6 ★★

(Transformation de Cayley) Soit HH hermitienne. Montrer que H+iIH + \iu I est inversible et que U=(HiI)(H+iI)1U = (H - \iu I)(H + \iu I)^{-1} est unitaire, avec 1Sp(U)1 \notin \operatorname{Sp}(U). (Travailler spectralement : sur une base propre de HH, tout est scalaire.)

Solution

Solution de Exercice 13.6.

Par le théorème spectral, travaillons dans une base propre orthonormée de HH : tout se réduit à des scalaires λR\lambda \in \R (les valeurs propres). H+iIH + \iu I a pour valeurs propres λ+i0\lambda + \iu \neq 0 : inversible. UU a pour valeurs propres μ=λiλ+i\mu = \frac{\lambda - \iu}{\lambda + \iu}, de module 11 (λi=λ+i\abs{\lambda - \iu} = \abs{\lambda + \iu} pour λ\lambda réel) : UU=IU^\dagger U = I est vérifié puisque UU est unitairement diagonalisable avec des valeurs propres de module 11 (elle est diagonale dans la base orthonormée choisie). Et μ=1\mu = 1 imposerait i=i-\iu = \iu : impossible, donc 1SpU1 \notin \operatorname{Sp} U. (La transformation de Cayley envoie l’hermitien sur l’unitaire-moins-un-point — la version matricielle de l’application de R\R vers le cercle.)

Exercice 13.7 ★★

Pour AA hermitienne définie positive (x,Ax>0\langle x, Ax\rangle > 0 pour x0x \neq 0), montrer que Sp(A)(0,)\operatorname{Sp}(A) \subseteq \intoo{0}{\infty}, que A=B2A = B^2 pour une certaine matrice BB hermitienne définie positive, et que detA>0\det A > 0.

Solution

Solution de Exercice 13.7.

Pour un couple propre Ax=λxAx = \lambda x (x0x \neq 0) : λx2=x,Ax>0\lambda\norm x^2 = \langle x, Ax\rangle > 0, donc λ>0\lambda > 0 (déjà réel, Proposition 13.6). Racine carrée : dans une base spectrale, B=Udiag(λi)UB = U\operatorname{diag}(\sqrt{\lambda_i})U^\dagger : hermitienne, définie positive, B2=AB^2 = A. Déterminant : produit des valeurs propres positives.

Exercice 13.8 ★★★

(Théorème spectral pour les endomorphismes normaux) Soit uu normal sur un espace hermitien.

  1. Montrer u(x)=u(x)\norm{u(x)} = \norm{u^*(x)} pour tout xx, et en déduire ker(uλ)=ker(uλ)\ker(u - \lambda) = \ker(u^* - \conj\lambda).
  2. Montrer que les sous-espaces propres de uu pour des valeurs propres distinctes sont orthogonaux, et que l’orthogonal d’un sous-espace propre est uu-stable.
  3. Conclure par récurrence que uu est unitairement diagonalisable ; et réciproquement.
Solution

Solution de Exercice 13.8.

  1. u(x)2=u(x),u(x)=x,uu(x)=x,uu(x)=u(x)2\norm{u(x)}^2 = \langle u(x), u(x)\rangle = \langle x, u^*u(x)\rangle = \langle x, uu^*(x)\rangle = \norm{u^*(x)}^2. En appliquant ceci au normal uλidu - \lambda\,\mathrm{id} (son adjoint est uλu^* - \conj\lambda, et la normalité est héritée) : (uλ)x=(uλ)x\norm{(u - \lambda)x} = \norm{(u^* - \conj\lambda)x}, donc les noyaux coïncident.
  2. Pour des vecteurs propres u(x)=λxu(x) = \lambda x, u(y)=μyu(y) = \mu y (λμ\lambda \neq \mu) : d’après (1), u(x)=λxu^*(x) = \conj\lambda x ; alors

    λy,x=y,u(x)=u(y),x=μy,x=μy,x,\lambda\langle y, x\rangle = \langle y, u(x)\rangle = \langle u^*(y), x\rangle = \langle \conj\mu\, y, x\rangle = \mu \langle y, x\rangle ,

    donc y,x=0\langle y, x\rangle = 0. Stabilité de EλE_\lambda^\perp : pour xEλx \perp E_\lambda et zEλz \in E_\lambda, z,u(x)=u(z),x=λz,x=0\langle z, u(x)\rangle = \langle u^*(z), x\rangle = \langle\conj\lambda z, x\rangle = 0.

  3. Récurrence sur la dimension : sur C\C, uu a un vecteur propre e1e_1 (normaliser) ; son orthogonal est stable sous uu (par (2)) et sous uu^* (même argument avec les rôles échangés), donc la restriction est normale : on raisonne par récurrence et on concatène des bases propres orthonormées. Réciproquement, un u=UDUu = UDU^\dagger unitairement diagonalisable vérifie uu=UDDU=UDDU=uuu^*u = U\conj D D U^\dagger = U D\conj D U^\dagger = uu^* : normal.

Exercice 13.9

Un endomorphisme est anti-hermitien lorsque u=uu^* = -u. Montrer que ses valeurs propres sont imaginaires pures, que uiuu \mapsto \iu u est une bijection des endomorphismes hermitiens vers les anti-hermitiens, et que les endomorphismes anti-hermitiens sont unitairement diagonalisables (Exercice 13.8).

Solution

Solution de Exercice 13.9.

Valeurs propres : pour u(x)=λxu(x) = \lambda x, x0x \neq 0 :

λx2=x,u(x)=u(x),x=u(x),x=x,u(x)=λx2,\lambda\norm x^2 = \langle x, u(x)\rangle = \langle u^*(x), x\rangle = -\langle u(x), x\rangle = -\conj{\langle x, u(x)\rangle} = -\conj\lambda\,\norm x^2 ,

donc λ=λ\lambda = -\conj\lambda : imaginaire pur. Comme (iu)=iu(\iu u)^* = -\iu\,u^* (l’adjoint est semi-linéaire en les scalaires), u=uu^* = u donne (iu)=iu(\iu u)^* = -\iu u : l’application uiuu \mapsto \iu u envoie les hermitiens sur les anti-hermitiens, avec pour inverse wiww \mapsto -\iu w : une bijection. Un uu anti-hermitien vérifie uu=u2=uuu^*u = -u^2 = uu^* : normal, donc unitairement diagonalisable par l’Exercice 13.8.

Exercice 13.10 ★★

(La transformation de Fourier finie) Soit SS le décalage cyclique de Cn\C^n : S(x0,x1,,xn1)=(xn1,x0,,xn2)S(x_0, x_1, \dots, x_{n-1}) = (x_{n-1}, x_0, \dots, x_{n-2}), et ω=e2iπ/n\omega = \eu^{2\iu\pi/n}.

  1. Montrer que SS est unitaire, et que les vecteurs fk=1n(1,ωk,ω2k,,ω(n1)k)f_k = \frac{1}{\sqrt n}\bigl(1, \omega^k, \omega^{2k}, \dots, \omega^{(n-1)k}\bigr), 0k<n0 \leq k < n, forment une base orthonormée de vecteurs propres : Sfk=ωkfkSf_k = \omega^{-k} f_k.
  2. En déduire que toute matrice circulante C=j=0n1cjSjC = \sum_{j=0}^{n-1} c_jS^j est normale, diagonalisée par la même base, de valeurs propres c^(k)=jcjωjk\widehat c(k) = \sum_j c_j\,\omega^{-jk}.
Solution

Solution de Exercice 13.10.

  1. SS permute une base orthonormée : Sx=x\norm{Sx} = \norm x, donc SS est unitaire. En indexant les coordonnées par j=0,,n1j = 0, \dots, n-1 modulo nn : (Sx)j=xj1(Sx)_j = x_{j-1}, donc pour (fk)j=ωjkn(f_k)_j = \frac{\omega^{jk}}{\sqrt n} :

    (Sfk)j=ω(j1)kn=ωk(fk)j:Sfk=ωkfk.(Sf_k)_j = \frac{\omega^{(j-1)k}}{\sqrt n} = \omega^{-k}\,(f_k)_j : \qquad Sf_k = \omega^{-k}f_k .

    Orthonormalité : fk,fl=1njωj(lk)=δkl\langle f_k, f_l\rangle = \frac1n \sum_j \omega^{j(l-k)} = \delta_{kl} (la somme géométrique d’une racine de l’unité non triviale s’annule).

  2. Cfk=jcjSjfk=(jcjωjk)fk=c^(k)fkCf_k = \sum_j c_j S^jf_k = \bigl(\sum_j c_j\omega^{-jk}\bigr)f_k = \widehat c(k)\,f_k : toute circulante est diagonale dans la base de Fourier orthonormée, donc normale, de spectre {c^(k)}\{\widehat c(k)\}. (Le changement de base est la transformation de Fourier discrète : la convolution devient une multiplication.)

Exercice 13.11 ★★

Soit PP un endomorphisme idempotent (P2=PP^2 = P) d’un espace hermitien. Montrer que PP est la projection orthogonale sur imP\operatorname{im} P si et seulement si P=PP^* = P. Donner la matrice de la projection orthogonale sur Cv\C v (v=1\norm v = 1), et sur un sous-espace de base orthonormée (v1,,vk)(v_1, \dots, v_k).

Solution

Solution de Exercice 13.11.

(\Leftarrow) Soit P2=P=PP^2 = P = P^*. Tout vv se décompose en v=Pv+(vPv)v = Pv + (v - Pv) avec PvimPPv \in \operatorname{im} P et P(vPv)=0P(v - Pv) = 0. Les deux morceaux sont orthogonaux : pour tous x,yx, y,

Px,(IP)y=x,P(IP)y=x,(PP2)y=0:\langle Px, (I - P)y\rangle = \langle x, P(I-P)y\rangle = \langle x, (P - P^2)y\rangle = 0 :

kerPimP\ker P \perp \operatorname{im} P, donc PP est la projection orthogonale sur son image. (\Rightarrow) Si PP est la projection orthogonale sur F=imPF = \operatorname{im}P : pour tous x,yx, y, Px,y=Px,Py\langle Px, y\rangle = \langle Px, Py\rangle (la composante yPyFy - Py \perp F disparaît) et symétriquement x,Py=Px,Py\langle x, Py\rangle = \langle Px, Py\rangle : Px,y=x,Py\langle Px, y\rangle = \langle x, Py\rangle, c’est-à-dire P=PP^* = P. Matrices : sur Cv\C v (v=1\norm v = 1) : Px=vv,xPx = v\,\langle v, x\rangle, c’est-à-dire P=vvP = vv^\dagger ; sur Vect(v1,,vk)\operatorname{Vect}(v_1, \dots, v_k) orthonormée : P=iviviP = \sum_i v_iv_i^\dagger.

Exercice 13.12 ★★★

(Projecteurs spectraux par interpolation) Soit AA hermitienne, de valeurs propres distinctes λ1,,λp\lambda_1, \dots, \lambda_p et de décomposition en sous-espaces propres E=iEiE = \bigoplus_i E_i. On définit les polynômes de Lagrange Li(X)=jiXλjλiλjL_i(X) = \prod_{j\neq i}\frac{X - \lambda_j}{\lambda_i - \lambda_j}. Montrer que Pi=Li(A)P_i = L_i(A) est la projection orthogonale sur EiE_i, que PiPj=0P_iP_j = 0 pour iji \neq j, iPi=I\sum_i P_i = I, et A=iλiPiA = \sum_i \lambda_iP_i (la décomposition spectrale) ; exprimer f(A)f(A) pour un polynôme ff quelconque en fonction des PiP_i.

Solution

Solution de Exercice 13.12.

Diagonalisons A=UDUA = U D U^\dagger (théorème spectral), DD diagonale d’entrées parmi les λi\lambda_i. Alors Pi=Li(A)=ULi(D)UP_i = L_i(A) = U L_i(D)U^\dagger, et Li(D)L_i(D) est diagonale d’entrées Li(λj)=δijL_i(\lambda_j) = \delta_{ij} : des uns exactement aux emplacements de EiE_i. Donc PiP_i est hermitien (LiL_i réel, DD réelle), idempotent, d’image EiE_i et de noyau jiEj=Ei\bigoplus_{j\neq i}E_j = E_i^\perp (orthogonalité des sous-espaces propres) : la projection orthogonale sur EiE_i (Exercice 13.11). Des motifs diagonaux disjoints donnent PiPj=0P_iP_j = 0 (iji \neq j) ; iLi=1\sum_i L_i = 1 (degré <p< p, valeur 11 en pp points), donc Pi=I\sum P_i = I ; et iλiLi(λj)=λj\sum_i \lambda_iL_i(\lambda_j) = \lambda_j donne A=λiPiA = \sum \lambda_iP_i. Pour un polynôme ff quelconque : f(D)f(D) a pour diagonale f(λj)f(\lambda_j), donc

f(A)=i=1pf(λi)Pi:f(A) = \sum_{i=1}^{p} f(\lambda_i)\,P_i :

les fonctions de AA se calculent spectralement — le calcul que le volume de l’année 3 étend aux ff continues et au-delà.

13.4 Problème : Courant–Fischer, Weyl et le calcul des valeurs propres

Problème 13.1

Les valeurs propres d’une matrice hermitienne ne sont pas seulement les racines d’un polynôme : ce sont les solutions de problèmes d’optimisation. Ce point de vue variationnel — quotients de Rayleigh et théorème du min-max de Courant–Fischer — rend les valeurs propres comparables, stables et calculables, et ce problème en récolte les moissons classiques : les inégalités de perturbation de Weyl, l’entrelacement de Cauchy, les inégalités de trace de Schur et de Ky Fan, la monotonie de la racine carrée matricielle, et le spectre du laplacien discret. Partout, A,B,EA, B, E sont hermitiennes sur E=CnE = \C^n de valeurs propres rangées par ordre décroissant λ1(A)λn(A)\lambda_1(A) \geq \dots \geq \lambda_n(A), et RA(x)=x,Axx,xR_A(x) = \frac{\langle x, Ax\rangle}{\langle x, x\rangle} pour x0x \neq 0 est le quotient de Rayleigh.

Partie I — Quotients de Rayleigh et min-max. Fixons une base propre orthonormée (e1,,en)(e_1, \dots, e_n), Aei=λieiAe_i = \lambda_ie_i.

  1. Montrer que RA(x)R_A(x) est réel, et que

    λnRA(x)λ1(x0),\lambda_n \leq R_A(x) \leq \lambda_1 \qquad (x \neq 0),

    les deux bornes étant atteintes : λ1=maxRA\lambda_1 = \max R_A, λn=minRA\lambda_n = \min R_A.

  2. Montrer que les points critiques de RAR_A sont exactement les vecteurs propres de AA (développer tRA(x+tv)t \mapsto R_A(x + tv) en t=0t = 0 pour vv quelconque, puis remplacer vv par iv\iu v).
  3. Soit Vk=Vect(e1,,ek)V_k = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_k) et Wk=Vect(ek,,en)W_k = \operatorname{Vect}(e_k, \dots, e_n). Montrer

    minxVk{0}RA(x)=λk=maxxWk{0}RA(x).\min_{x \in V_k\setminus\{0\}} R_A(x) = \lambda_k = \max_{x \in W_k\setminus\{0\}} R_A(x) .
  4. Démontrer le théorème de Courant–Fischer : pour 1kn1 \leq k \leq n,

    λk=maxdimV=k  minxV{0}RA(x)=mindimW=nk+1  maxxW{0}RA(x)\lambda_k = \max_{\dim V = k}\;\min_{x \in V\setminus\{0\}} R_A(x) = \min_{\dim W = n-k+1}\;\max_{x \in W\setminus\{0\}} R_A(x)

    (pour tout VV de dimension kk : VWk{0}V \cap W_k \neq \{0\} par Grassmann, donc minVRAλk\min_V R_A \leq \lambda_k ; la question 3 montre que la borne est atteinte).

  5. (Monotonie) On écrit ABA \leq B lorsque BAB - A est positive. Déduire de la question 4 : ABA \leq B implique λk(A)λk(B)\lambda_k(A) \leq \lambda_k(B) pour tout kk.

Partie II — Inégalités de Weyl.

  1. Montrer que des sous-espaces V,WCnV, W \subseteq \C^n avec dimV+dimW>n\dim V + \dim W > n s’intersectent non trivialement, et généraliser : dim(V1V2V3)dimV1+dimV2+dimV32n\dim(V_1 \cap V_2 \cap V_3) \geq \dim V_1 + \dim V_2 + \dim V_3 - 2n.
  2. Démontrer l’inégalité de Weyl : pour i+j1ni + j - 1 \leq n,

    λi+j1(A+B)λi(A)+λj(B)\lambda_{i+j-1}(A + B) \leq \lambda_i(A) + \lambda_j(B)

    (intersecter les sous-espaces Wi(A)W_i(A), Wj(B)W_j(B) et Vi+j1(A+B)V_{i+j-1}(A+B) de la question 3 et compter les dimensions).

  3. Définir E2=maxx=1Ex\vertiii{E}_2 = \max_{\norm x = 1}\norm{Ex} et montrer E2=maxkλk(E)\vertiii E_2 = \max_k\abs{\lambda_k(E)} pour EE hermitienne. En déduire le théorème de perturbation de Weyl :

    λk(A+E)λk(A)E2(1kn):\bigl|\lambda_k(A + E) - \lambda_k(A)\bigr| \leq \vertiii{E}_2 \qquad (1 \leq k \leq n) :

    chaque valeur propre est une fonction 11-lipschitzienne de la matrice.

  4. (Perturbations de rang un) Soit PP hermitienne positive de rang 11. Montrer

    λk(A)λk(A+P)λk1(A)(2kn),\lambda_k(A) \leq \lambda_k(A + P) \leq \lambda_{k-1}(A) \qquad (2 \leq k \leq n),

    ainsi que λ1(A)λ1(A+P)\lambda_1(A) \leq \lambda_1(A+P) : les nouvelles valeurs propres entrelacent les anciennes.

  5. Vérifier la question 8 numériquement : A=(2ii2)A = \begin{pmatrix} 2 & \iu\\ -\iu & 2\end{pmatrix} (Exercice 13.4 : spectre {3,1}\{3, 1\}) et E=(0110)E = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 0\end{pmatrix} (spectre {1,1}\{1, -1\}) : calculer le spectre de A+EA + E et les deux membres de l’inégalité.

Partie III — Entrelacement et inégalités de trace.

  1. (Entrelacement de Cauchy) Soit BB la sous-matrice principale dominante (n1)×(n1)(n-1)\times(n-1) de AA. Démontrer

    λk+1(A)λk(B)λk(A)(1kn1)\lambda_{k+1}(A) \leq \lambda_k(B) \leq \lambda_k(A) \qquad (1 \leq k \leq n-1)

    (voir Cn1Cn\C^{n-1} \subseteq \C^n ; sur lui, RBR_B est la restriction de RAR_A ; appliquer Courant–Fischer aux deux niveaux).

  2. Itérer : pour une sous-matrice principale BB de taille nmn - m, λk+m(A)λk(B)λk(A)\lambda_{k+m}(A) \leq \lambda_k(B) \leq \lambda_k(A).
  3. (Schur) Soient d1d2dnd_1 \geq d_2 \geq \dots \geq d_n les coefficients diagonaux de AA, triés. Démontrer, pour tout kk :

    i=1kdii=1kλi(A),\sum_{i=1}^{k} d_i \leq \sum_{i=1}^{k}\lambda_i(A),

    avec égalité en k=nk = n (la trace) (les kk coefficients diagonaux choisis forment une sous-matrice principale k×kk\times k ; majorer sa trace par la question 12).

  4. (Ky Fan) Démontrer

    i=1kλi(A)=max{i=1kxi,Axi:(x1,,xk) orthonormeˊe}.\sum_{i=1}^{k}\lambda_i(A) = \max\Bigl\{\sum_{i=1}^{k}\langle x_i, Ax_i\rangle : (x_1, \dots, x_k) \text{ orthonormée}\Bigr\} .
  5. Vérifier les questions 11 et 13 sur

    A=(210121012)(Sp={22, 2, 2+2})A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0\\ 1 & 2 & 1\\ 0 & 1 & 2\end{pmatrix} \qquad \bigl(\operatorname{Sp} = \{2 - \sqrt2,\ 2,\ 2+\sqrt2\}\bigr)

    face à son bloc dominant 2×22\times2 (spectre {1,3}\{1, 3\}) et à sa diagonale.

Partie IV — L’ordre de Loewner. ABA \leq B signifie toujours BAB - A positive ; toutes les matrices de cette partie sont hermitiennes.

  1. Montrer : ABA \leq B implique aiibiia_{ii} \leq b_{ii} pour tout ii, trAtrB\operatorname{tr} A \leq \operatorname{tr} B, et CACCBCC^\dagger AC \leq C^\dagger BC pour toute matrice complexe CC.
  2. Montrer que l’élévation au carré n’est pas monotone : pour

    A=(1000),B=(2111),A = \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & 0\end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 1\end{pmatrix},

    vérifier 0AB0 \leq A \leq B mais A2≰B2A^2 \not\leq B^2.

  3. Démontrer que la racine carrée est monotone : 0AB0 \leq A \leq B implique AB\sqrt A \leq \sqrt B (soit μ\mu une valeur propre de BA\sqrt B - \sqrt A de vecteur propre unitaire vv ; calculer v,(BA)v=μ(v,Bv+v,Av)\langle v, (B - A)v\rangle = \mu\bigl(\langle v, \sqrt B\,v\rangle + \langle v, \sqrt A\,v\rangle\bigr) et discuter).
  4. Démontrer que l’inversion est antitone sur les matrices définies positives : 0<AB0 < A \leq B implique B1A1B^{-1} \leq A^{-1} (conjuguer par congruence par A1/2A^{-1/2} pour se ramener à IMM1II \leq M \Rightarrow M^{-1} \leq I, qui est scalaire dans une base spectrale).
  5. Soient A,BA, B définies positives. Montrer que les valeurs propres de ABAB (non hermitienne en général !) sont réelles et positives, et que

    λmax(AB)λmax(A)λmax(B)\lambda_{\max}(AB) \leq \lambda_{\max}(A)\,\lambda_{\max}(B)

    (conjuguer par A\sqrt A : ABABAAB \sim \sqrt A\,B\sqrt A).

Partie V — Le laplacien discret, traité. Soit TnT_n la matrice tridiagonale n×nn \times n avec 22 sur la diagonale et 1-1 sur les deux diagonales adjacentes.

  1. Avec θk=kπn+1\theta_k = \frac{k\pi}{n+1}, vérifier que les vecteurs vk=(sin(jθk))1jnv_k = \bigl(\sin(j\theta_k)\bigr)_{1\leq j\leq n} vérifient Tnvk=(22cosθk)vkT_nv_k = (2 - 2\cos\theta_k)\,v_k (identité produit-somme ; vérifier les lignes de bord j=1,nj = 1, n). En déduire :

    Sp(Tn)={4sin2kπ2(n+1):1kn},\operatorname{Sp}(T_n) = \Bigl\{4\sin^2 \frac{k\pi}{2(n+1)} : 1 \leq k \leq n\Bigr\},

    toutes simples, toutes positives : TnT_n est définie positive.

  2. (Un potentiel) Pour une matrice diagonale réelle D=diag(d1,,dn)D = \operatorname{diag}(d_1, \dots, d_n), encadrer le spectre : pour tout kk,

    λk(Tn)+minidi    λk(Tn+D)    λk(Tn)+maxidi.\lambda_k(T_n) + \min_i d_i \;\leq\; \lambda_k(T_n + D) \;\leq\; \lambda_k(T_n) + \max_i d_i .
  3. Vérifier explicitement l’entrelacement de Cauchy entre T3T_3 et T2T_2 (spectres {2±2,2}\{2 \pm \sqrt2, 2\} et {1,3}\{1, 3\}), et interpréter : T2T_2 est T3T_3 dont on a retiré une extrémité du chemin.
  4. Montrer que les valeurs propres extrêmes vérifient, quand nn \to \infty :

    λmin(Tn)=4sin2π2(n+1)π2(n+1)2,λmax(Tn)4,\lambda_{\min}(T_n) = 4\sin^2\frac{\pi}{2(n+1)} \sim \frac{\pi^2}{(n+1)^2}, \qquad \lambda_{\max}(T_n) \to 4 ,

    de sorte que le conditionnement κn=λmax/λmin\kappa_n = \lambda_{\max}/\lambda_{\min} croît comme 4(n+1)2π2\frac{4(n+1)^2}{\pi^2} : discrétiser une dérivée seconde sur une grille de plus en plus fine est intrinsèquement mal conditionné.

  5. Synthèse. En une phrase chacune : (i) pourquoi c’est la caractérisation variationnelle, et non le polynôme caractéristique, qui rend les valeurs propres stables (questions 8–9) ; (ii) quelles questions n’ont utilisé que λ1=maxRA\lambda_1 = \max R_A et lesquelles ont eu besoin du min-max complet ; (iii) ce que l’ordre de Loewner ajoute à l’histoire ; (iv) où ces outils réapparaissent (analyse numérique des matrices de rigidité de la question 24 ; théorie quantique des perturbations ; et, dans le volume de l’année 3, le principe du min-max pour les opérateurs autoadjoints compacts).
Solution

Solution de Problème 13.1.

1. x,Ax=Ax,x=x,Ax=x,Ax\conj{\langle x, Ax\rangle} = \langle Ax, x\rangle = \langle x, A^*x\rangle = \langle x, Ax\rangle : réel. En écrivant x=cieix = \sum c_ie_i :

RA(x)=iλici2ici2,R_A(x) = \frac{\sum_i\lambda_i\abs{c_i}^2} {\sum_i\abs{c_i}^2} ,

une moyenne pondérée des valeurs propres : elle appartient à [λn,λ1]\intcc{\lambda_n}{\lambda_1}, les bornes étant atteintes en e1e_1 et ene_n.

2. Pour tt réel et vv quelconque, développons RA(x+tv)=N(t)D(t)R_A(x + tv) = \frac{N(t)}{D(t)} avec

N(t)=x,Ax+2tv,Ax+t2v,Av,D(t)=x2+2tv,x+t2v2.N(t) = \langle x, Ax\rangle + 2t\Re\langle v, Ax\rangle + t^2\langle v, Av\rangle, \quad D(t) = \norm x^2 + 2t\Re\langle v, x\rangle + t^2\norm v^2 .

La dérivée en t=0t = 0 vaut

2x2v, AxRA(x)x.\frac{2}{\norm x^2}\, \Re\bigl\langle v,\ Ax - R_A(x)\,x\bigr\rangle .

Elle s’annule pour tout vv si et seulement si v,w=0\Re\langle v, w\rangle = 0 pour tout vv, où w=AxRA(x)xw = Ax - R_A(x)x ; en remplaçant vv par iv\iu v on tue aussi la partie imaginaire : w=0w = 0, c’est-à-dire Ax=RA(x)xAx = R_A(x)x. Les points critiques de RAR_A sont exactement les vecteurs propres, de valeur critique la valeur propre.

3. Pour x=ikcieiVkx = \sum_{i\leq k}c_ie_i \in V_k : RA(x)R_A(x) est une moyenne pondérée de λ1,,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k, donc λk\geq \lambda_k, avec égalité en eke_k : minVkRA=λk\min_{V_k} R_A = \lambda_k. Symétriquement sur WkW_k la moyenne fait intervenir λk,,λn\lambda_k, \dots, \lambda_n : maxWkRA=λk\max_{W_k}R_A = \lambda_k.

4. Soit dimV=k\dim V = k. Alors dimV+dimWk=n+1>n\dim V + \dim W_k = n + 1 > n, donc il existe un xVWkx \in V \cap W_k unitaire, et RA(x)λkR_A(x) \leq \lambda_k (question 3) : minVRAλk\min_{V}R_A \leq \lambda_k pour tout tel VV. Comme VkV_k atteint λk\lambda_k, le max-min vaut λk\lambda_k. La formule du min-max est le même argument avec les rôles inversés (dimW=nk+1\dim W = n - k + 1 force WVk{0}W \cap V_k \neq \{0\}, donc maxWRAλk\max_W R_A \geq \lambda_k, atteint en WkW_k).

5. RB(x)=RA(x)+x,(BA)xx2RA(x)R_B(x) = R_A(x) + \frac{\langle x, (B-A)x\rangle}{\norm x^2} \geq R_A(x) ponctuellement. En prenant le min\min sur tout VV de dimension kk puis le max\max sur VV : λk(B)λk(A)\lambda_k(B) \geq \lambda_k(A) par la question 4.

6. Grassmann : dim(VW)=dimV+dimWdim(V+W)dimV+dimWn>0\dim(V\cap W) = \dim V + \dim W - \dim(V + W) \geq \dim V + \dim W - n > 0. En appliquant ceci deux fois :

dim(V1V2V3)dim(V1V2)+dimV3ndimV1+dimV2+dimV32n.\dim(V_1\cap V_2\cap V_3) \geq \dim(V_1\cap V_2) + \dim V_3 - n \geq \dim V_1 + \dim V_2 + \dim V_3 - 2n .

7. Les sous-espaces Wi(A)W_i(A), Wj(B)W_j(B) (question 3, pour AA et BB) et Vi+j1(A+B)V_{i+j-1}(A+B) ont pour dimensions (ni+1)+(nj+1)+(i+j1)=2n+1>2n(n-i+1) + (n-j+1) + (i+j-1) = 2n + 1 > 2n : par la question 6 il existe un vecteur unitaire xx dans les trois. Alors

λi+j1(A+B)RA+B(x)=RA(x)+RB(x)λi(A)+λj(B),\lambda_{i+j-1}(A+B) \leq R_{A+B}(x) = R_A(x) + R_B(x) \leq \lambda_i(A) + \lambda_j(B),

l’inégalité de gauche car xVi+j1(A+B)x \in V_{i+j-1}(A+B) (question 3), celle de droite par les deux WW.

8. Dans une base spectrale de EE : Ex2=λk(E)2ck2maxkλk(E)2x2\norm{Ex}^2 = \sum \lambda_k(E)^2\abs{c_k}^2 \leq \max_k\lambda_k(E)^2\,\norm x^2, atteint au vecteur propre correspondant : E2=maxkλk(E)\vertiii E_2 = \max_k\abs{\lambda_k(E)}. Weyl avec j=1j = 1 : λk(A+E)λk(A)+λ1(E)λk(A)+E2\lambda_k(A+E) \leq \lambda_k(A) + \lambda_1(E) \leq \lambda_k(A) + \vertiii E_2 ; en appliquant ceci à (A+E)+(E)(A+E) + (-E) : λk(A)λk(A+E)+E2\lambda_k(A) \leq \lambda_k(A+E) + \vertiii E_2. Ensemble : λk(A+E)λk(A)E2\abs{\lambda_k(A+E) - \lambda_k(A)} \leq \vertiii E_2.

9. Bornes inférieures : P0P \geq 0 et question 5. Supérieure : PP est de rang 11, donc λ2(P)=0\lambda_2(P) = 0 ; Weyl avec i=k1i = k-1, j=2j = 2 :

λk(A+P)λk1(A)+λ2(P)=λk1(A).\lambda_k(A + P) \leq \lambda_{k-1}(A) + \lambda_2(P) = \lambda_{k-1}(A) .

10. A+E=(21+i1i2)A + E = \begin{pmatrix} 2 & 1+\iu\\ 1-\iu & 2\end{pmatrix} : polynôme caractéristique (2λ)21+i2=(2λ)22(2-\lambda)^2 - \abs{1+\iu}^2 = (2-\lambda)^2 - 2, spectre {2+2, 22}\{2 + \sqrt2,\ 2 - \sqrt2\}. Face à SpA={3,1}\operatorname{Sp}A = \{3, 1\} :

(2+2)3=(22)1=210.4141=E2.\abs{(2+\sqrt2) - 3} = \abs{(2-\sqrt2) - 1} = \sqrt2 - 1 \approx 0.414 \leq 1 = \vertiii E_2 . \checkmark

11. Voir Cn1=Vect(e1,,en1)\C^{n-1} = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_{n-1}) dans Cn\C^n (base standard) : pour xx dans cet espace, x,Bx=x,Ax\langle x, Bx\rangle = \langle x, Ax\rangle, donc RBR_B est la restriction de RAR_A. Borne supérieure : le max-min pour λk(B)\lambda_k (B) parcourt les sous-espaces de dimension kk de Cn1\C^{n-1}, une sous-famille de ceux de Cn\C^n : λk(B)λk(A)\lambda_k(B) \leq \lambda_k(A). Borne inférieure : le min-max pour λk(B)\lambda_k(B) parcourt les sous-espaces de Cn1\C^{n-1} de dimension (n1)k+1=nk(n-1)-k+1 = n-k ; chacun est aussi un sous-espace de Cn\C^n de dimension n(k+1)+1n - (k+1) + 1, donc son max est λk+1(A)\geq \lambda_{k+1}(A) : λk(B)λk+1(A)\lambda_k(B) \geq \lambda_{k+1}(A).

12. Enlever les lignes/colonnes une à une et enchaîner la question 11 : chaque suppression décale l’indice inférieur d’un, donnant λk+m(A)λk(B)λk(A)\lambda_{k+m}(A) \leq \lambda_k(B) \leq \lambda_k(A).

13. Conjuguer AA par une matrice de permutation (unitaire) ne change ni le spectre ni le multiensemble des coefficients diagonaux : supposons que d1,,dkd_1, \dots, d_k occupent les positions de tête. La sous-matrice principale dominante k×kk\times k BB a alors trB=ikdi\operatorname{tr} B = \sum_{i\leq k}d_i, et ses valeurs propres vérifient μi(B)λi(A)\mu_i(B) \leq \lambda_i(A) (question 12) : en sommant, ikdiikλi(A)\sum_{i\leq k}d_i \leq \sum_{i\leq k}\lambda_i(A). En k=nk = n les deux membres valent trA\operatorname{tr} A.

14. En prenant xi=eix_i = e_i on obtient la valeur ikλi\sum_{i\leq k}\lambda_i : le max est \geq. Réciproquement, une famille orthonormée (x1,,xk)(x_1, \dots, x_k) se complète en une base orthonormée, c’est-à-dire en une unitaire UU de premières colonnes xix_i ; alors ixi,Axi\sum_i\langle x_i, Ax_i\rangle est la somme des kk premiers coefficients diagonaux de UAUU^\dagger AU, qui par la question 13 est au plus la somme de ses kk plus grandes valeurs propres — à savoir ikλi(A)\sum_{i\leq k}\lambda_i(A). Le principe maximal de Ky Fan s’ensuit.

15. Entrelacement (SpA={2+2,2,22}\operatorname{Sp}A = \{2+\sqrt2, 2, 2-\sqrt2\}, SpB={3,1}\operatorname{Sp}B = \{3, 1\}) :

232+2,2212.2 \leq 3 \leq 2 + \sqrt2, \qquad 2 - \sqrt2 \leq 1 \leq 2 . \checkmark

Schur avec diagonale (2,2,2)(2,2,2) : 22+22 \leq 2+\sqrt2 ; 44+24 \leq 4 + \sqrt2 ; 6=66 = 6 (trace). ✓16. biiaii=ei,(BA)ei0b_{ii} - a_{ii} = \langle e_i, (B-A)e_i\rangle \geq 0 ; en sommant on obtient les traces. Pour tout CC : x,C(BA)Cx=Cx,(BA)(Cx)0\langle x, C^\dagger(B - A)Cx\rangle = \langle Cx, (B-A)(Cx)\rangle \geq 0 : CACCBCC^\dagger AC \leq C^\dagger BC.

17. A0A \geq 0 clair ; BA=(1111)B - A = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & 1\end{pmatrix} est positive (valeurs propres 2,02, 0) : ABA \leq B. Mais

B2=(5332),B2A2=(4332),det(B2A2)=1<0:B^2 = \begin{pmatrix} 5 & 3\\ 3 & 2\end{pmatrix}, \qquad B^2 - A^2 = \begin{pmatrix} 4 & 3\\ 3 & 2\end{pmatrix}, \qquad \det(B^2 - A^2) = -1 < 0 :

non positive. L’élévation au carré ne respecte pas l’ordre de Loewner.

18. Soit S=AS = \sqrt A, T=BT = \sqrt B (hermitiennes positives, Exercice 13.7 étendu au cas semi-défini par la même formule spectrale). TST - S est hermitienne ; soit μ\mu une valeur propre, vv un vecteur propre unitaire. À partir de T2S2=T(TS)+(TS)ST^2 - S^2 = T(T - S) + (T - S)S :

0v,(BA)v=Tv,(TS)v+(TS)v,Sv=μ(v,Tv+v,Sv)0 \leq \langle v, (B - A)v\rangle = \langle Tv, (T-S)v\rangle + \langle (T-S)v, Sv\rangle = \mu\bigl(\langle v, Tv\rangle + \langle v, Sv\rangle\bigr)

(μ\mu est réel). Si v,Tv+v,Sv>0\langle v, Tv\rangle + \langle v, Sv\rangle > 0, alors μ0\mu \geq 0. Si cela s’annule, les deux termes positifs s’annulent ; v,Tv=T1/2v2=0\langle v, Tv\rangle = \norm{T^{1/2}v}^2 = 0 force Tv=0Tv = 0, de même Sv=0Sv = 0, donc μv=(TS)v=0\mu v = (T - S)v = 0 et μ=0\mu = 0. Toutes les valeurs propres de TST - S sont 0\geq 0 : AB\sqrt A \leq \sqrt B.

19. Congruence par A1/2A^{-1/2} (question 16) : IM:=A1/2BA1/2I \leq M := A^{-1/2}BA^{-1/2}. Donc toutes les valeurs propres de MM sont 1\geq 1, donc celles de M1M^{-1} sont dans (0,1]\intoc{0}{1} : M1IM^{-1} \leq I. Or M1=A1/2B1A1/2M^{-1} = A^{1/2}B^{-1}A^{1/2} ; en congruant M1IM^{-1} \leq I par A1/2A^{-1/2} on obtient B1A1B^{-1} \leq A^{-1}.

20. A1(AB)A=ABA\sqrt A^{-1}(AB)\sqrt A = \sqrt A\,B\sqrt A : donc ABAB est semblable à la matrice ABA\sqrt A\,B\sqrt A hermitienne définie positive (définie : x,ABAx=Ax,BAx>0\langle x, \sqrt AB\sqrt Ax\rangle = \langle \sqrt Ax, B\sqrt Ax\rangle > 0) : ses valeurs propres sont réelles et positives. De plus

x,ABAxλmax(B)Ax2=λmax(B)x,Axλmax(A)λmax(B)x2,\langle x, \sqrt AB\sqrt Ax\rangle \leq \lambda_{\max}(B)\,\norm{\sqrt Ax}^2 = \lambda_{\max}(B)\,\langle x, Ax\rangle \leq \lambda_{\max}(A)\lambda_{\max}(B)\norm x^2 ,

donc λmax(AB)=maxRABAλmax(A)λmax(B)\lambda_{\max}(AB) = \max R_{\sqrt AB\sqrt A} \leq \lambda_{\max}(A)\lambda_{\max}(B).

21. Avec vk=(sinjθk)jv_k = (\sin j\theta_k)_j et l’identité sin((j1)θ)+sin((j+1)θ)=2sin(jθ)cosθ\sin((j-1)\theta) + \sin((j+1)\theta) = 2\sin(j\theta)\cos\theta : pour 2jn12 \leq j \leq n-1,

(Tnvk)j=sin((j1)θk)+2sin(jθk)sin((j+1)θk)=(22cosθk)sin(jθk).(T_nv_k)_j = -\sin((j{-}1)\theta_k) + 2\sin(j\theta_k) - \sin((j{+}1)\theta_k) = (2 - 2\cos\theta_k)\sin(j\theta_k) .

La ligne 11 fonctionne car sin(0θk)=0\sin(0\cdot\theta_k) = 0, la ligne nn car sin((n+1)θk)=sin(kπ)=0\sin((n+1)\theta_k) = \sin(k\pi) = 0 : les conditions de bord sélectionnent exactement θk=kπn+1\theta_k = \frac{k\pi}{n+1}. Donc Tnvk=4sin2(kπ2(n+1))vkT_nv_k = 4\sin^2\bigl(\frac{k\pi}{2(n+1)}\bigr)v_k ; les nn valeurs sont distinctes dans (0,4)\intoo04 et les vk0v_k \neq 0 : c’est le spectre entier, positif, donc TnT_n est définie positive.

22. minidiIDmaxidiI\min_id_i\,I \leq D \leq \max_id_i\,I, donc Tn+minidiITn+DTn+maxidiIT_n + \min_id_i\,I \leq T_n + D \leq T_n + \max_id_i\,I (ajouter TnT_n préserve l’ordre) ; la question 5 et λk(Tn+cI)=λk(Tn)+c\lambda_k(T_n + cI) = \lambda_k(T_n) + c donnent l’encadrement.

23. T2=(2112)T_2 = \begin{pmatrix} 2 & -1\\ -1 & 2\end{pmatrix} a pour spectre {3,1}\{3, 1\}, et

22    1    2    3    2+2:2 - \sqrt2 \;\leq\; 1 \;\leq\; 2 \;\leq\; 3 \;\leq\; 2 + \sqrt2 :

entrelacement de Cauchy, vérifié. (Ce sont les mêmes spectres qu’à la question 15 : conjuguer par diag(1,1,1)\operatorname{diag}(1,-1,1) change le signe hors diagonale.) Lecture par les graphes : T2T_2 est la matrice de type Laplacien du chemin dont le dernier sommet est supprimé — une sous-matrice principale, exactement la situation de la question 11.

24. Les valeurs propres extrêmes se comportent comme

λmin(Tn)=4sin2π2(n+1)π2(n+1)2,λmax(Tn)=4cos2π2(n+1)4.\lambda_{\min}(T_n) = 4\sin^2\frac{\pi}{2(n+1)} \sim \frac{\pi^2}{(n+1)^2}, \qquad \lambda_{\max}(T_n) = 4\cos^2\frac{\pi}{2(n+1)} \longrightarrow 4 .

D’où

κn=λmaxλmin4(n+1)2π2:\kappa_n = \frac{\lambda_{\max}}{\lambda_{\min}} \sim \frac{4(n+1)^2}{\pi^2} :

plus la grille est fine, plus la dérivée seconde discrète est mal conditionnée — un fait qui guide la conception de l’algèbre linéaire numérique.

25. (i) Les racines du polynôme caractéristique peuvent bouger énormément sous les perturbations d’une matrice générale, mais la caractérisation min-max coince chaque valeur propre hermitienne entre des valeurs d’optimisation explicites, forçant la stabilité 11-lipschitzienne des questions 8–9. (ii) Les questions 1, 5, 16–20 n’ont utilisé que les valeurs de Rayleigh extrêmes ; Weyl, l’entrelacement, Schur et Ky Fan (questions 7–14) ont réellement eu besoin du min-max complet sur les sous-espaces. (iii) L’ordre de Loewner transforme ces inégalités scalaires en un calcul d’inégalités matricielles — avec de vrais pièges (question 17) et de vrais théorèmes (questions 18–19). (iv) Ces outils sont le pain quotidien de l’analyse numérique (matrices de rigidité de la question 24), de la théorie quantique des perturbations (Weyl : les niveaux d’énergie bougent d’au plus la norme de la perturbation), et du principe du min-max du volume de l’année 3 pour les opérateurs autoadjoints compacts.