Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « Exponentielle complexe d’un argument imaginaire pur » ?

Aussi appelé : argument

Définition 3.5 Mathématiques universitaires — Licence 1 · Chapitre 3 — Nombres complexes

Pour θR\theta \in \R, on pose

eiθ=cosθ+isinθ.\eu^{\iu\theta} = \cos\theta + \iu \sin\theta .

Tout z0z \neq 0 peut s’écrire z=reiθz = r\,\eu^{\iu\theta} avec r=z>0r = \abs z > 0 ; θ\theta est un argument de zz, déterminé à l’addition près d’un multiple de 2π2\pi. La valeur appartenant à (π,π]\intoc{-\pi}{\pi} est l’argument principal, noté argz\arg z.

Exemples

Exemple 3.6 (Premières valeurs, et une identité célèbre)

En lisant la définition aux angles remarquables :

eiπ/2=i,eiπ=1,e2iπ=1,eiπ/4=22(1+i).\eu^{\iu\pi/2} = \iu, \qquad \eu^{\iu\pi} = -1, \qquad \eu^{2\iu\pi} = 1, \qquad \eu^{\iu\pi/4} = \frac{\sqrt2}2\,(1 + \iu) .

La deuxième, réécrite eiπ+1=0\eu^{\iu\pi} + 1 = 0, est la célèbre identité d’Euler reliant e\eu, i\iu, π\pi, 11 et 00 ; à ce stade du livre, c’est un déroulement de la définition plutôt qu’un théorème, et son véritable contenu — pourquoi la fonction exponentielle analytique du Chapitre 4, prolongée aux arguments imaginaires, mérite le même nom — sera réglé par les séries entières du Chapitre 17. En attendant, la formule ci-dessus mérite d’être sue par cœur comme table de conversion : on l’utilise silencieusement chaque fois qu’un argument se lit sur une figure.

Exemple 3.9 (Développement de cos3θ\cos 3\theta par de Moivre)

Posons c=cosθc = \cos\theta, s=sinθs = \sin\theta. La formule de de Moivre et le binôme de Newton donnent

cos3θ+isin3θ=(c+is)3=c33cs2+i(3c2ss3),\cos 3\theta + \iu \sin 3\theta = (c + \iu s)^3 = c^3 - 3cs^2 + \iu\,(3c^2 s - s^3),

et, en identifiant les parties réelles puis en substituant s2=1c2s^2 = 1 - c^2 :

cos3θ=c33c(1c2)=4cos3θ3cosθ.\cos 3\theta = c^3 - 3c(1 - c^2) = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta .

La partie imaginaire fournit gratuitement sin3θ=3sinθ4sin3θ\sin 3\theta = 3\sin\theta - 4\sin^3\theta : une identité complexe en porte toujours deux réelles. Lue à l’envers, l’identité obtenue est la clé de l’équation classique de la trisection : construire cos(θ/3)\cos(\theta/3) à partir de cosθ\cos\theta revient à résoudre l’équation du troisième degré 4x33x=cosθ4x^3 - 3x = \cos\theta, où l’algèbre du Chapitre 8 prend le relais.

Exemple 3.13 (Une somme trigonométrique binomiale)

Pour nNn \in \N et θR\theta \in \R, calculons S=k=0n(nk)coskθS = \sum_{k=0}^{n}\binom nk \cos k\theta. On y reconnaît la partie réelle d’un développement du binôme :

S=k=0n(nk)(eiθ)k=(1+eiθ)n,S = \Re\sum_{k=0}^n \binom nk \bigl(\eu^{\iu\theta}\bigr)^k = \Re\bigl(1 + \eu^{\iu\theta}\bigr)^n ,

puis on factorise par l’angle moitié (Méthode 3.11 (4)) : 1+eiθ=2cosθ2eiθ/21 + \eu^{\iu\theta} = 2\cos\frac\theta2\,\eu^{\iu\theta/2}, d’où

S=(2ncosnθ2  einθ/2)=2ncosnθ2cosnθ2.S = \Re\Bigl(2^n\cos^n\frac\theta2\;\eu^{\iu n\theta/2}\Bigr) = 2^n \cos^n\frac\theta2\,\cos\frac{n\theta}2 .

La partie imaginaire fournit gratuitement k(nk)sinkθ=2ncosnθ2sinnθ2\sum_k\binom nk\sin k\theta = 2^n\cos^n\frac\theta2\sin\frac{n\theta}2. Vérifications : θ=0\theta = 0 redonne (nk)=2n\sum\binom nk = 2^n, et θ=π\theta = \pi donne S=0S = 0 pour n1n \geq 1 (chaque facteur cosπ2\cos\frac\pi2 s’annule), c’est-à-dire la somme alternée d’une ligne du triangle de Pascal (Exemple 2.17). La méthode — « voir la somme de cosinus comme l’ombre d’une puissance complexe, puis factoriser par l’angle moitié » — est exactement celle de l’Exercice 3.6, le binôme de Newton remplaçant la série géométrique.

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