Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1

4Fonctions usuelles

L’analyse ne vaut que par le stock de fonctions que l’on maîtrise. À la collection héritée du lycée — puissances, exponentielle, logarithme, fonctions trigonométriques — ce chapitre ajoute leurs fonctions réciproques (arcsin\arcsin, arccos\arccos, arctan\arctan) et la famille hyperbolique. Les dérivées sont utilisées librement au niveau du lycée ; la théorie qui sous-tend les fonctions réciproques est complétée aux Chapitres 13 et 14.

4.1 Exponentielle, logarithme, puissances

Proposition 4.1 (Rappels et caractérisation)

exp ⁣:R(0,+)\exp \colon \R \to \intoo{0}{+\infty} et ln ⁣:(0,+)R\ln \colon \intoo{0}{+\infty} \to \R sont des bijections réciproques l’une de l’autre, strictement croissantes, et

exp(x+y)=expxexpy,ln(xy)=lnx+lny,exp=exp,ln(x)=1x.\exp(x + y) = \exp x \exp y, \qquad \ln(xy) = \ln x + \ln y, \qquad \exp' = \exp, \qquad \ln'(x) = \frac 1x .

De plus, exp\exp est la seule fonction dérivable f ⁣:RRf \colon \R \to \R telle que f=ff' = f et f(0)=1f(0) = 1.

Démonstration. Les rappels relèvent du lycée. Pour l’unicité, soit ff telle que f=ff' = f et f(0)=1f(0) = 1, et posons g(x)=f(x)exg(x) = f(x)\,\eu^{-x}. Alors g=fexfex=0g' = f'\eu^{-x} - f\eu^{-x} = 0, donc gg est constante, égale à g(0)=1g(0) = 1 : f=expf = \exp.

Définition 4.2 (Puissances générales)

Pour x>0x > 0 et αR\alpha \in \R :   xα=eαlnx\;x^\alpha = \eu^{\alpha \ln x}. Pour a>0a > 0, a1a \neq 1, le logarithme de base aa est logax=lnxlna\log_a x = \frac{\ln x}{\ln a}, réciproque de xaxx \mapsto a^x.

Exemple 4.3 (Résoudre des équations exponentielles)

Résolvons 2x=5x12^x = 5^{\,x-1} dans R\R. Les deux membres sont positifs : on peut donc prendre les logarithmes — étape réversible :

xln2=(x1)ln5    x(ln2ln5)=ln5    x=ln5ln5ln2=ln5ln521.756.x\ln2 = (x - 1)\ln5 \iff x(\ln2 - \ln5) = -\ln5 \iff x = \frac{\ln5}{\ln5 - \ln2} = \frac{\ln 5}{\ln\frac52} \approx 1.756 .

Résolvons ensuite x2=3x^{\sqrt2} = 3 pour x>0x > 0 : élevons à la puissance 12\frac1{\sqrt2} (c’est-à-dire appliquons la bijection réciproque) : x=31/2=e(ln3)/22.175x = 3^{1/\sqrt2} = \eu^{(\ln 3)/\sqrt2} \approx 2.175. L’idée à retenir : toute équation mêlant des puissances se dénoue par ln\ln et exp\exp, car la définition xα=eαlnxx^\alpha = \eu^{\alpha\ln x} ramène toute manipulation de puissances à l’arithmétique des exposants — mais seulement sur le domaine x>0x > 0 où cette définition a un sens.

Exemple 4.4 (Temps de doublement)

Une quantité croît de 3%3\,\% à chaque étape : après nn étapes, elle a été multipliée par (1.03)n(1.03)^n. Quand double-t-elle ? Résolvons (1.03)n2(1.03)^n \geq 2 :

nln(1.03)ln2    nln2ln1.03=0.69310.0295623.4,n\ln(1.03) \geq \ln2 \iff n \geq \frac{\ln 2}{\ln 1.03} = \frac{0.6931}{0.02956} \approx 23.4 ,

donc le premier doublement a lieu à l’étape 2424. (La « règle de 7272 » des financiers, qui estime le temps de doublement par 7272 divisé par le taux en pourcentage, n’est rien d’autre que ce calcul avec l’approximation ln(1+x)x\ln(1 + x) \approx x, quantifiée au Chapitre 16.) On raisonne toujours mieux sur les processus exponentiels à travers leurs logarithmes : à cette échelle, la croissance est linéaire et les questions deviennent des divisions.

Exemple 4.5 (Quelle est la longueur de 220262^{2026} ?)

Le nombre de chiffres décimaux d’un entier N1N \geq 1 est log10N+1\floor{\log_{10} N} + 1 (en effet, NN a dd chiffres exactement quand 10d1N<10d10^{d-1} \leq N < 10^d, c’est-à-dire d1log10N<dd - 1 \leq \log_{10}N < d). Pour N=22026N = 2^{2026} :

log1022026=2026log102=2026×0.301030=609.887,\log_{10} 2^{2026} = 2026\,\log_{10}2 = 2026 \times 0.301030 = 609.887 ,

donc 220262^{2026} a 610610 chiffres. La partie fractionnaire offre une prime : 100.8877.710^{0.887} \approx 7.7, donc le nombre commence par 77. Une seule multiplication a répondu à une question portant sur un nombre que personne n’écrira jamais — les logarithmes compriment la taille multiplicative en taille additive, ce qui est tout leur intérêt historique (l’Exemple 7.12 rend cette phrase précise).

Proposition 4.6 (Règles de calcul et croissances comparées)

Pour x,y>0x, y > 0 et α,βR\alpha, \beta \in \R :

xα+β=xαxβ,(xα)β=xαβ,(xy)α=xαyα,(xα)=αxα1.x^{\alpha+\beta} = x^\alpha x^\beta, \quad (x^\alpha)^\beta = x^{\alpha\beta}, \quad (xy)^\alpha = x^\alpha y^\alpha, \quad (x^\alpha)' = \alpha\, x^{\alpha - 1}.

Échelle de croissance quand x+x \to +\infty, pour tous α>0\alpha > 0 et β>0\beta > 0 :

(lnx)βxα0,xαeβx0.\frac{(\ln x)^\beta}{x^\alpha} \longrightarrow 0, \qquad \frac{x^\alpha}{\eu^{\beta x}} \longrightarrow 0 .

Démonstration. Les identités transcrivent celles de exp\exp et de ln\ln à travers la définition. En détail pour la deuxième (la moins évidente) : xα>0x^\alpha > 0 et ln(xα)=αlnx\ln(x^\alpha) = \alpha\ln x (appliquer ln\ln à la définition), donc

(xα)β=eβln(xα)=eβαlnx=xαβ;(x^\alpha)^\beta = \eu^{\beta\ln(x^\alpha)} = \eu^{\beta\alpha\ln x} = x^{\alpha\beta} ;

la première et la troisième sont les mêmes déroulements en deux lignes, via exp(u+v)=expuexpv\exp(u + v) = \exp u\exp v et ln(xy)=lnx+lny\ln(xy) = \ln x + \ln y. La dérivée est la règle de dérivation des fonctions composées : (eαlnx)=αxeαlnx(\eu^{\alpha\ln x})' = \frac{\alpha}{x} \eu^{\alpha\ln x}.

Comparaisons : partant de lntt0\frac{\ln t}{t} \to 0 (démontré dans le volume de Terminale), substituons t=xα/βt = x^{\alpha/\beta} : lnxxα/β0\frac{\ln x}{x^{\alpha/\beta}} \to 0, puis élevons à la puissance β\beta. Pour la seconde, substituons x=lnux = \ln u dans la première.

Exemple 4.7 (Deux limites que tout lecteur doit posséder)

Que valent limx0+xx\lim_{x \to 0^+} x^x et limx+x1/x\lim_{x \to +\infty} x^{1/x} ? Les deux puissances sont définies via l’exponentielle : réglons donc d’abord le sort de l’exposant :

xx=exlnx,xlnx=ln(1/x)1/x0(x0+),donc xxe0=1;x^x = \eu^{x\ln x}, \qquad x\ln x = -\frac{\ln(1/x)}{1/x} \longrightarrow 0 \quad (x \to 0^+), \qquad\text{donc } x^x \longrightarrow \eu^0 = 1 ;

et x1/x=e(lnx)/xe0=1x^{1/x} = \eu^{(\ln x)/x} \to \eu^0 = 1 quand x+x \to +\infty, directement par les croissances comparées. L’idée à retenir : une puissance indéterminée (de forme 000^0 ou 0\infty^0) se traite toujours en réécrivant uv=evlnuu^v = \eu^{v\ln u} et en analysant le produit vlnuv \ln u — jamais en devinant à partir de la base et de l’exposant pris séparément. La fonction xlnxxx \mapsto \frac{\ln x}{x} qui a décidé des deux limites est étudiée exhaustivement dans le devoir maison de ce chapitre.

L’échelle de croissance de la  : près du bord droit, x a tout juste dépassé 1.6 tandis que x a quitté le cadre. Tout rapport (logarithme sur puissance, puissance sur exponentielle) tend vers 0 — l’image ne fait que suggérer ce que les substitutions de la démonstration rendent exact.
L’échelle de croissance de la Proposition 4.6 : près du bord droit, lnx\ln x a tout juste dépassé 1.61.6 tandis que ex\eu^x a quitté le cadre. Tout rapport (logarithme sur puissance, puissance sur exponentielle) tend vers 00 — l’image ne fait que suggérer ce que les substitutions de la démonstration rendent exact.

Remarque 4.8 (Pièges classiques avec les puissances et les logarithmes)

  1. Les domaines. Pour α\alpha irrationnel, la puissance xαx^\alpha exige x>0x > 0 ; mieux vaut éviter (8)1/3(-8)^{1/3} au profit de « la racine cubique réelle de 8-8 », car la règle (xα)β=xαβ(x^\alpha)^\beta = x^{\alpha\beta} tombe silencieusement en défaut sur les négatifs : ((8)2)1/6=22\bigl((-8)^2\bigr)^{1/6} = 2 \neq -2.
  2. x2=x\sqrt{x^2} = \abs x, et non xx : oublier la valeur absolue est la source classique de solutions négatives perdues.
  3. ln(xy)=lnx+lny\ln(xy) = \ln x + \ln y exige x,y>0x, y > 0. Pour des arguments négatifs, ln(xy)\ln(xy) peut être défini alors que le membre de droite ne l’est pas.
  4. Quelle fonction croît ? Dans xαx^\alpha, c’est la base qui varie ; dans axa^x, c’est l’exposant. Leurs croissances sont radicalement différentes (Proposition 4.6), et les expressions hybrides comme xlnxx^{\ln x} ou x1/xx^{1/x} doivent être réécrites sous la forme e()\eu^{(\cdot)} avant tout raisonnement — comme dans l’Exemple 4.7.

4.2 Fonctions trigonométriques réciproques

Définition 4.9 (arcsin\arcsin, arccos\arccos, arctan\arctan)

Les restrictions

sin ⁣:[π2,π2][1,1],cos ⁣:[0,π][1,1],tan ⁣:(π2,π2)R\sin \colon \intcc{-\tfrac\pi2}{\tfrac\pi2} \to \intcc{-1}{1}, \qquad \cos \colon \intcc{0}{\pi} \to \intcc{-1}{1}, \qquad \tan \colon \intoo{-\tfrac\pi2}{\tfrac\pi2} \to \R

sont des bijections strictement monotones. Leurs réciproques se notent arcsin\arcsin, arccos\arccos et arctan\arctan. Ainsi, par exemple, y=arcsinxy = \arcsin x (x[1,1]x \in \intcc{-1}{1}) est l’unique angle de [π2,π2]\intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2} dont le sinus vaut xx.

De gauche à droite : , , . Chacune hérite de son graphe de la fonction directe restreinte, par symétrie par rapport à la droite y = x.
De gauche à droite : arcsin\arcsin, arccos\arccos, arctan\arctan. Chacune hérite de son graphe de la fonction directe restreinte, par symétrie par rapport à la droite y=xy = x.

Proposition 4.10 (Dérivées)

À l’intérieur de leur ensemble de définition :

arcsinx=11x2,arccosx=11x2,arctanx=11+x2.\arcsin' x = \frac{1}{\sqrt{1 - x^2}}, \qquad \arccos' x = \frac{-1}{\sqrt{1 - x^2}}, \qquad \arctan' x = \frac{1}{1 + x^2}.

Démonstration. Anticipons la règle de dérivation de la réciproque, démontrée au Chapitre 14 : si ff est une bijection dérivable avec f0f' \neq 0, alors (f1)(x)=1f(f1(x))(f^{-1})'(x) = \frac{1}{f'(f^{-1}(x))}. Pour arcsin\arcsin : avec y=arcsinxy = \arcsin x,

arcsinx=1cosy=11sin2y=11x2,\arcsin' x = \frac{1}{\cos y} = \frac{1}{\sqrt{1 - \sin^2 y}} = \frac{1}{\sqrt{1 - x^2}},

cosy=+1sin2y\cos y = +\sqrt{1 - \sin^2 y} car y(π2,π2)y \in \intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2} impose cosy>0\cos y > 0. De même, arccosx=1siny\arccos' x = \frac{1}{-\sin y} avec siny>0\sin y > 0 sur (0,π)\intoo{0}{\pi}, et arctanx=11+tan2y=11+x2\arctan' x = \frac{1}{1 + \tan^2 y} = \frac{1}{1 + x^2} en utilisant tan=1+tan2\tan' = 1 + \tan^2.

Exemple 4.11 (Reconnaître une constante cachée)

Étudions g(x)=arctan1x1+xg(x) = \arctan\dfrac{1 - x}{1 + x} sur (1,+)\intoo{-1} {+\infty}. Dérivation des fonctions composées et court calcul :

g(x)=11+(1x1+x)2(1+x)(1x)(1+x)2=2(1+x)2+(1x)2=11+x2,g'(x) = \frac{1}{1 + \bigl(\frac{1-x}{1+x}\bigr)^2}\cdot \frac{-(1+x) - (1-x)}{(1+x)^2} = \frac{-2}{(1+x)^2 + (1-x)^2} = \frac{-1}{1 + x^2} ,

puisque (1+x)2+(1x)2=2+2x2(1+x)^2 + (1-x)^2 = 2 + 2x^2. Donc g=arctang' = -\arctan' : la fonction g+arctang + \arctan a une dérivée nulle sur l’intervalle (1,+)\intoo{-1}{+\infty}, elle y est donc constante ; sa valeur en x=0x = 0 vaut arctan1+arctan0=π4\arctan 1 + \arctan 0 = \frac\pi4. Conclusion :

arctan1x1+x=π4arctanx(x>1).\arctan\frac{1 - x}{1 + x} = \frac\pi4 - \arctan x \qquad (x > -1) .

Sur (,1)\intoo{-\infty}{-1}, le même calcul de dérivée vaut, mais la constante est différente (3π4-\frac{3\pi}4 : évaluer la limite quand xx \to -\infty). L’idée à retenir : « dérivée nulle implique constante » est un énoncé intervalle par intervalle — exactement la subtilité exploitée dans l’Exercice 4.6 et l’Exercice 4.10.

Proposition 4.12 (Identités usuelles)

  1. Pour x[1,1]x \in \intcc{-1}{1} : arcsinx+arccosx=π2\arcsin x + \arccos x = \dfrac{\pi}{2}.
  2. Pour x>0x > 0 : arctanx+arctan1x=π2\arctan x + \arctan\dfrac 1x = \dfrac{\pi}{2} (et π2-\frac\pi2 pour x<0x < 0).
  3. sin(arccosx)=cos(arcsinx)=1x2\sin(\arccos x) = \cos(\arcsin x) = \sqrt{1 - x^2} ;   tan(arcsinx)=x1x2\;\tan(\arcsin x) = \dfrac{x}{\sqrt{1 - x^2}} pour x<1\abs x < 1.

Démonstration. (1) La dérivée de xarcsinx+arccosxx \mapsto \arcsin x + \arccos x est nulle sur (1,1)\intoo{-1}{1} (Proposition 4.10), donc la fonction y est constante, égale à sa valeur π2\frac\pi2 en 00 ; les valeurs aux extrémités ±1\pm 1 se vérifient directement (π2+0\frac\pi2 + 0 et π2+π-\frac\pi2 + \pi).

(2) Même méthode sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} : la dérivée vaut 11+x2+1/x21+1/x2=11+x21x2+1=0\frac{1}{1+x^2} + \frac{-1/x^2}{1 + 1/x^2} = \frac{1}{1+x^2} - \frac{1}{x^2 + 1} = 0, et en x=1x = 1 la somme vaut 2arctan1=π22\arctan 1 = \frac\pi2. Pour x<0x < 0, utiliser l’imparité de arctan\arctan.

(3) Avec y=arccosx[0,π]y = \arccos x \in \intcc{0}{\pi} : siny0\sin y \geq 0, donc siny=1cos2y=1x2\sin y = \sqrt{1 - \cos^2 y} = \sqrt{1 - x^2} ; de même pour cos(arcsinx)\cos(\arcsin x), et la formule de la tangente est le quotient.

Remarque 4.13

arcsin(sinθ)=θ\arcsin(\sin\theta) = \theta n’est vrai que pour θ[π2,π2]\theta \in \intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2} : par exemple arcsin(sinπ)=0π\arcsin(\sin\pi) = 0 \neq \pi. La composition dans l’autre sens, sin(arcsinx)=x\sin(\arcsin x) = x, est valable sur tout [1,1]\intcc{-1}{1}.

Exemple 4.14 (Ramener un angle à l’intervalle principal)

Calculons

arctan(tan3π4)etarctan(tan17π5).\arctan\Bigl(\tan\frac{3\pi}4\Bigr) \qquad\text{et}\qquad \arctan\Bigl(\tan\frac{17\pi}5\Bigr).

La recette : remplacer l’angle par l’unique angle de (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2} ayant la même tangente, c’est-à-dire lui retrancher le bon multiple de π\pi (la période de tan\tan). D’abord : 3π4π=π4\frac{3\pi}4 - \pi = -\frac\pi4, donc la réponse est π4-\frac\pi4. Ensuite : 17π53π=2π5(π2,π2)\frac{17\pi} 5 - 3\pi = \frac{2\pi}5 \in \intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2}, donc la réponse est 2π5\frac{2\pi}5. Le calcul est une division euclidienne de l’angle par π\pi déguisée — et les recettes analogues pour arcsin\arcsin (se ramener à [π2,π2]\intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2}, période 2π2\pi) et arccos\arccos (se ramener à [0,π]\intcc0\pi) gouvernent l’Exercice 4.1 et la réponse par morceaux de l’Exercice 4.10.

Exemple 4.15 (Additionner des arctangentes sans se tromper)

Démontrons que

arctan12+arctan15+arctan18=π4.\arctan\frac12 + \arctan\frac15 + \arctan\frac18 = \frac\pi4 .

Deux ingrédients : la formule d’addition de la tangente et — l’étape que les débutants oublient — une localisation de la somme. D’abord, tan(u+v)=tanu+tanv1tanutanv\tan(u + v) = \frac{\tan u + \tan v}{1 - \tan u\tan v} avec u=arctan12u = \arctan\frac12, v=arctan15v = \arctan\frac15 donne

tan(u+v)=12+151110=7/109/10=79,puistan(u+v+arctan18)=79+181772=65/7265/72=1.\tan(u + v) = \frac{\frac12 + \frac15}{1 - \frac1{10}} = \frac{7/10}{9/10} = \frac79, \qquad\text{puis}\qquad \tan\Bigl(u + v + \arctan\frac18\Bigr) = \frac{\frac79 + \frac18}{1 - \frac7{72}} = \frac{65/72}{65/72} = 1 .

Ensuite, chacun des trois angles appartient à (0,π4)\intoo0{\frac\pi4} (leurs arguments sont plus petits que 11), donc la somme appartient à (0,3π4)\intoo0{\frac{3\pi}4} ; le seul angle de cet intervalle dont la tangente vaut 11 est π4\frac\pi4. Sans la localisation, la conclusion serait « π4\frac\pi4 modulo un multiple de π\pi » — une demi-démonstration. La même discipline en deux temps gouverne l’Exercice 4.8 et l’Exercice 4.12.

Exemple 4.16 (Une équation en arctangente)

Résolvons arctanx+arctan2x=π4\arctan x + \arctan 2x = \dfrac\pi4. Localisons d’abord : le membre de gauche a le signe de xx (les deux termes l’ont), donc toute solution vérifie x>0x > 0, et la somme appartient alors à (0,π)\intoo0\pi. Prenons les tangentes (la tangente n’est injective sur aucun intervalle de longueur π\pi, mais combinée à la localisation cela suffira) : la formule d’addition donne

tan(arctanx+arctan2x)=3x12x2=1    2x2+3x1=0    x=3±174.\tan\bigl(\arctan x + \arctan 2x\bigr) = \frac{3x}{1 - 2x^2} = 1 \iff 2x^2 + 3x - 1 = 0 \iff x = \frac{-3 \pm \sqrt{17}}4 .

La racine négative est écartée par la localisation ; pour le candidat positif x0=17340.28x_0 = \frac{\sqrt{17} - 3}4 \approx 0.28, la somme appartient à (0,π)\intoo0\pi et a pour tangente 11, et le seul angle de ce type est π4\frac\pi4 (sur (π2,π)\intoo{\frac\pi2}\pi la tangente est négative) : x0x_0 est l’unique solution. Notons la forme de l’argument : prendre les tangentes peut créer des solutions, jamais en perdre ; on résout donc l’équation polynomiale, puis on filtre par la localisation — la même discipline de vérification a posteriori que lorsqu’on élève une équation au carré.

4.3 Fonctions hyperboliques

Définition 4.17 (cosh\cosh, sinh\sinh, tanh\tanh)

Pour xRx \in \R :

coshx=ex+ex2,sinhx=exex2,tanhx=sinhxcoshx\cosh x = \frac{\eu^x + \eu^{-x}}{2}, \qquad \sinh x = \frac{\eu^x - \eu^{-x}}{2}, \qquad \tanh x = \frac{\sinh x}{\cosh x}

(cosinus, sinus, tangente hyperboliques). cosh\cosh est paire, sinh\sinh et tanh\tanh sont impaires.

Proposition 4.18 (Propriétés fondamentales)

Pour tous x,yRx, y \in \R :

  1. cosh2xsinh2x=1\cosh^2 x - \sinh^2 x = 1 ;
  2. cosh=sinh\cosh' = \sinh,   sinh=cosh\;\sinh' = \cosh,   tanh=1tanh2=1cosh2\;\tanh' = 1 - \tanh^2 = \dfrac{1}{\cosh^2} ;
  3. cosh(x+y)=coshxcoshy+sinhxsinhy\cosh(x+y) = \cosh x\cosh y + \sinh x \sinh y et sinh(x+y)=sinhxcoshy+coshxsinhy\sinh(x+y) = \sinh x \cosh y + \cosh x \sinh y ;
  4. sinh\sinh est une bijection strictement croissante de R\R sur R\R ; cosh\cosh restreinte à R+\R_+ est une bijection strictement croissante sur [1,+)\intco{1}{+\infty} ; tanh\tanh est une bijection strictement croissante de R\R sur (1,1)\intoo{-1}{1}.

Démonstration. (1) (ex+ex2)2(exex2)2=(e2x+2+e2x)(e2x2+e2x)4=1\bigl(\frac{\eu^x + \eu^{-x}}{2}\bigr)^2 - \bigl(\frac{\eu^x - \eu^{-x}}{2}\bigr)^2 = \frac{(\eu^{2x} + 2 + \eu^{-2x}) - (\eu^{2x} - 2 + \eu^{-2x})}{4} = 1.

(2) Dériver les formules de définition ; pour tanh\tanh, la règle de dérivation d’un quotient donne cosh2sinh2cosh2\frac{\cosh^2 - \sinh^2}{\cosh^2}, qui vaut à la fois 1tanh21 - \tanh^2 et 1cosh2\frac{1}{\cosh^2} d’après (1).

(3) Développer les membres de droite à l’aide des définitions. En détail pour la première formule :

coshxcoshy+sinhxsinhy=(ex+ex)(ey+ey)+(exex)(eyey)4;\cosh x\cosh y + \sinh x\sinh y = \frac{(\eu^x + \eu^{-x})(\eu^y + \eu^{-y}) + (\eu^x - \eu^{-x})(\eu^y - \eu^{-y})}{4} ;

des huit produits, les quatre termes « croisés » (exy\eu^{x-y}, eyx\eu^{y-x}) s’annulent deux à deux, tandis que ex+y\eu^{x+y} et e(x+y)\eu^{-(x+y)} apparaissent chacun deux fois : le total vaut 2ex+y+2e(x+y)4=cosh(x+y)\frac{2\eu^{x+y} + 2\eu^{-(x+y)}}{4} = \cosh(x+y). La formule du sinus est identique, ce sont cette fois les termes croisés qui survivent.

(4) sinh=cosh1>0\sinh' = \cosh \geq 1 > 0, donc sinh\sinh est strictement croissante, de limites ±\pm\infty (terme dominant ±ex2\pm\frac{\eu^{\abs x}}{2}) ; le caractère bijectif résulte alors du théorème des valeurs intermédiaires (utilisé au niveau du lycée ; traitement systématique au Chapitre 13). Sur R+\R_+, cosh=sinh0\cosh' = \sinh \geq 0 ne s’annule qu’en 00 : strictement croissante de cosh0=1\cosh 0 = 1 à ++\infty. Et tanh>0\tanh' > 0, de limites ±1\pm 1 en ±\pm\infty : en détail,

tanhx=exexex+ex=1e2x1+e2xx+1,\tanh x = \frac{\eu^x - \eu^{-x}}{\eu^x + \eu^{-x}} = \frac{1 - \eu^{-2x}}{1 + \eu^{-2x}} \xrightarrow[x \to +\infty]{} 1 ,

après division du numérateur et du dénominateur par ex\eu^x, et l’imparité donne la limite 1-1 en -\infty ; la fonction strictement croissante tanh\tanh envoie donc R\R sur (1,1)\intoo{-1}1.

À gauche :  et , asymptotiquement collées à x/2 (en pointillés). À droite : , croissante de -1 à 1.
À gauche : cosh\cosh et sinh\sinh, asymptotiquement collées à ex2\frac{\eu^x}{2} (en pointillés). À droite : tanh\tanh, croissante de 1-1 à 11.

Remarque 4.19 (Pourquoi « hyperbolique » ?)

Le point (cosht,sinht)(\cosh t, \sinh t) parcourt la branche x>0x > 0 de l’hyperbole x2y2=1x^2 - y^2 = 1 (d’après la Proposition 4.18 (1)), exactement comme (cost,sint)(\cos t, \sin t) parcourt le cercle x2+y2=1x^2 + y^2 = 1. Toute identité circulaire a une sœur hyperbolique, les changements de signe étant régis par sinh2sin2\sinh^2 \leftrightarrow -\sin^2.

Exemple 4.20 (La formule d’addition pour tanh\tanh)

En divisant les deux formules d’addition de la Proposition 4.18 (3) par coshxcoshy\cosh x\cosh y :

tanh(x+y)=sinhxcoshy+coshxsinhycoshxcoshy+sinhxsinhy=tanhx+tanhy1+tanhxtanhy,\tanh(x + y) = \frac{\sinh x\cosh y + \cosh x\sinh y} {\cosh x\cosh y + \sinh x\sinh y} = \frac{\tanh x + \tanh y}{1 + \tanh x\,\tanh y} ,

sœur hyperbolique de la formule d’addition de la tangente — avec un ++ là où la trigonométrie a un -. Un dividende : comme tanh<1\abs{\tanh} < 1, le membre de droite est une règle d’« addition des vitesses » qui ne quitte jamais (1,1)\intoo{-1}1 : si u,v(1,1)u, v \in \intoo{-1}1, alors u+v1+uv(1,1)\frac{u + v}{1 + uv} \in \intoo{-1}1 également (écrire u=tanhau = \tanh a, v=tanhbv = \tanh b, ce qui est possible par bijectivité, et lire la formule à l’envers). Le vérifier algébriquement, sans les fonctions hyperboliques, est un exercice un peu pénible ; le paramétrage par tanh\tanh le réduit à une ligne — la stratégie même que les fonctions circulaires offrent pour le cercle unité.

Proposition 4.21 (Fonctions hyperboliques réciproques)

Les réciproques fournies par la Proposition 4.18 (4) admettent des expressions explicites :

arsinhx=ln(x+x2+1) (xR),arcoshx=ln(x+x21) (x1),\operatorname{arsinh} x = \ln\bigl(x + \sqrt{x^2 + 1}\bigr) \ (x \in \R), \qquad \operatorname{arcosh} x = \ln\bigl(x + \sqrt{x^2 - 1}\bigr) \ (x \geq 1),
artanhx=12ln1+x1x (x<1),\operatorname{artanh} x = \frac 12 \ln\frac{1 + x}{1 - x} \ (\abs x < 1),

de dérivées respectives 1x2+1\frac{1}{\sqrt{x^2+1}}, 1x21\frac{1}{\sqrt{x^2-1}} (x>1x > 1) et 11x2\frac{1}{1 - x^2}.

Démonstration. Pour arsinh\operatorname{arsinh} : résolvons x=sinhy=eyey2x = \sinh y = \frac{\eu^y - \eu^{-y}}{2}. En posant u=ey>0u = \eu^y > 0 : u22xu1=0u^2 - 2xu - 1 = 0, donc u=x+x2+1u = x + \sqrt{x^2 + 1} (la racine xx2+1x - \sqrt{x^2+1} est négative), et y=ln(x+x2+1)y = \ln(x + \sqrt{x^2+1}). Les deux autres sont des calculs identiques (u22xu+1=0u^2 - 2xu + 1 = 0 pour arcosh\operatorname{arcosh}, en gardant la racine 1\geq 1 ; une réorganisation en deux lignes pour artanh\operatorname{artanh}). Dérivées : dériver les expressions logarithmiques, par exemple

(ln(x+x2+1))=1+xx2+1x+x2+1=1x2+1.\bigl(\ln(x + \sqrt{x^2+1})\bigr)' = \frac{1 + \frac{x}{\sqrt{x^2+1}}}{x + \sqrt{x^2+1}} = \frac{1}{\sqrt{x^2 + 1}} . \qedhere

Exemple 4.22 (Les expressions explicites à l’œuvre)

La solution de cosht=2\cosh t = 2 avec t0t \geq 0 est, d’après l’expression explicite, t=arcosh2=ln(2+3)1.317t = \operatorname{arcosh} 2 = \ln(2 + \sqrt3) \approx 1.317 ; l’autre solution est t-t, par parité — et en effet ln(23)=ln12+3=ln(2+3)\ln(2 - \sqrt3) = \ln\frac1{2 + \sqrt3} = -\ln(2 + \sqrt3) : les deux racines u=etu = \eu^t du trinôme u24u+1=0u^2 - 4u + 1 = 0 sont inverses l’une de l’autre, comme l’exige leur produit égal à 11 (relations de Viète). Ce minuscule calcul exhibe le schéma général : les équations hyperboliques se ramènent à des équations du second degré en et\eu^t, et la symétrie ttt \mapsto -t apparaît comme la symétrie u1/uu \mapsto 1/u du trinôme — à retenir pour résoudre l’Exercice 4.7.

Méthode 4.23 (Choisir la bonne forme de primitive)

Les trois schémas de dérivée à mémoriser pour l’intégration (Chapitre 15) :

 ⁣dx1+x2=arctanx+C, ⁣dx1x2=arcsinx+C, ⁣dxx2+1=arsinhx+C,\int \frac{\dd x}{1 + x^2} = \arctan x + C, \qquad \int \frac{\dd x}{\sqrt{1 - x^2}} = \arcsin x + C, \qquad \int \frac{\dd x}{\sqrt{x^2 + 1}} = \operatorname{arsinh} x + C,

et pour un trinôme du second degré quelconque, on s’y ramène en le mettant sous forme canonique puis en changeant d’échelle.

Remarque 4.24 (Où ce chapitre est utilisé)

Ce chapitre est le vocabulaire de travail de toute l’analyse à venir. L’échelle de croissance de la Proposition 4.6 tranche des questions de convergence tout au long des Chapitres 11 et 17 ; les formules de dérivée de la Proposition 4.10 et de la Proposition 4.21 sont les primitives dont on a le plus souvent besoin au Chapitre 15, via la Méthode 4.23 ; les fonctions hyperboliques paramètrent les solutions de l’équation y=yy'' = y au Chapitre 5 exactement comme les fonctions circulaires paramètrent celles de y=yy'' = -y. La caractérisation de exp\exp par f=ff' = f, f(0)=1f(0) = 1 (Proposition 4.1) est la graine, en dimension un, de la théorie des équations différentielles linéaires, et la chaînette y=coshxy = \cosh x reviendra parmi les courbes planes du Chapitre 24.

Remarque 4.25 (Interlude : le programme des fonctions réciproques)

Ce chapitre a déroulé quatre fois le même programme : restreindre une fonction jusqu’à ce qu’elle devienne une bijection strictement monotone, nommer sa réciproque, transporter à travers elle toutes les formules. Ce qui a été utilisé à chaque étape — qu’une fonction continue strictement monotone sur un intervalle est une bijection sur un intervalle, que sa réciproque est continue, puis dérivable hors des points critiques — l’a été à crédit sur le lycée. La dette est remboursée dans ce volume : le Chapitre 13 démontre l’énoncé de bijectivité (le théorème de la bijection monotone, qui repose sur le théorème des valeurs intermédiaires), et le Chapitre 14 démontre la règle de dérivation (f1)=1/(ff1)(f^{-1})' = 1/(f' \circ f^{-1}) qui a silencieusement produit toutes les formules de la Proposition 4.10 et de la Proposition 4.21. Lire ces chapitres en gardant arcsin\arcsin et arsinh\operatorname{arsinh} en tête — comme les exemples travaillés que la théorie a été bâtie pour justifier — est la façon prévue de contourner la circularité apparente.

4.4 Exercices

Exercice 4.1

Calculer sans calculatrice : arcsin32\arcsin\frac{\sqrt 3}{2} ;   arccos(12)\;\arccos\bigl(-\frac 12\bigr) ;   arctan(1)\;\arctan(-1) ;   arcsin(sin5π6)\;\arcsin\bigl(\sin\frac{5\pi}{6}\bigr) ;   arccos(cos7π4)\;\arccos\bigl(\cos\frac{7\pi}{4}\bigr).

Solution

Solution de Exercice 4.1.

arcsin32=π3\arcsin\frac{\sqrt 3}{2} = \frac\pi3 ;   arccos(12)=2π3\;\arccos\bigl(-\frac12\bigr) = \frac{2\pi}{3} ;   arctan(1)=π4\;\arctan(-1) = -\frac\pi4.

arcsin(sin5π6)\arcsin\bigl(\sin\frac{5\pi}{6}\bigr) : sin5π6=12\sin\frac{5\pi}{6} = \frac12, et l’angle de [π2,π2]\intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2} dont le sinus vaut 12\frac12 est π6\frac\pi6 (et non 5π6\frac{5\pi}{6}).

arccos(cos7π4)\arccos\bigl(\cos\frac{7\pi}{4}\bigr) : cos7π4=22\cos\frac{7\pi}{4} = \frac{\sqrt 2}{2}, et l’angle de [0,π]\intcc{0}{\pi} ayant ce cosinus est π4\frac\pi4.

Exercice 4.2

Donner l’ensemble de définition de f(x)=arcsin(2x1)f(x) = \arcsin(2x - 1) et calculer ff' là où elle est définie. Mêmes questions pour g(x)=arctanxg(x) = \arctan\sqrt{x}.

Solution

Solution de Exercice 4.2.

f(x)=arcsin(2x1)f(x) = \arcsin(2x - 1) exige 12x11-1 \leq 2x - 1 \leq 1, c’est-à-dire x[0,1]x \in \intcc{0}{1}. Sur (0,1)\intoo{0}{1}, la dérivation des fonctions composées et la Proposition 4.10 donnent

f(x)=21(2x1)2=24x4x2=1x(1x).f'(x) = \frac{2}{\sqrt{1 - (2x-1)^2}} = \frac{2}{\sqrt{4x - 4x^2}} = \frac{1}{\sqrt{x(1 - x)}} .

g(x)=arctanxg(x) = \arctan\sqrt x est définie pour x0x \geq 0, et pour x>0x > 0 :

g(x)=11+x12x=12x(1+x).g'(x) = \frac{1}{1 + x} \cdot \frac{1}{2\sqrt x} = \frac{1}{2\sqrt x\,(1 + x)} .

Exercice 4.3

Démontrer que, pour tout xRx \in \R : coshx+sinhx=ex\cosh x + \sinh x = \eu^x et (coshx+sinhx)n=coshnx+sinhnx(\cosh x + \sinh x)^n = \cosh nx + \sinh nx pour tout nZn \in \Z (une formule de Moivre hyperbolique).

Solution

Solution de Exercice 4.3.

coshx+sinhx=ex+ex2+exex2=ex\cosh x + \sinh x = \frac{\eu^x + \eu^{-x}}{2} + \frac{\eu^x - \eu^{-x}}{2} = \eu^x. Donc, pour nZn \in \Z :

(coshx+sinhx)n=(ex)n=enx=coshnx+sinhnx.(\cosh x + \sinh x)^n = (\eu^x)^n = \eu^{nx} = \cosh nx + \sinh nx .

Exercice 4.4

Simplifier cos(2arcsinx)\cos(2\arcsin x) et sin(2arctanx)\sin(2\arctan x) en expressions algébriques de xx.

Solution

Solution de Exercice 4.4.

Avec y=arcsinxy = \arcsin x : cos2y=12sin2y=12x2\cos 2y = 1 - 2\sin^2 y = 1 - 2x^2, donc cos(2arcsinx)=12x2\cos(2\arcsin x) = 1 - 2x^2.

Avec y=arctanxy = \arctan x : sin2y=2sinycosy=2tanycos2y=2tany1+tan2y\sin 2y = 2 \sin y \cos y = 2 \tan y \cos^2 y = \frac{2\tan y}{1 + \tan^2 y}, donc sin(2arctanx)=2x1+x2\sin(2\arctan x) = \dfrac{2x}{1 + x^2}.

Exercice 4.5

Ordonner, pour xx grand, les fonctions x100x^{100},   ex\;\eu^{\sqrt x},   (lnx)1000\;(\ln x)^{1000},   ex/100\;\eu^{x/100},   xlnx\;x^{\ln x}, de la croissance la plus lente à la plus rapide, avec des justifications fondées sur la Proposition 4.6.

Solution

Solution de Exercice 4.5.

De la plus lente à la plus rapide :

(lnx)1000    x100    xlnx    ex    ex/100.(\ln x)^{1000} \;\ll\; x^{100} \;\ll\; x^{\ln x} \;\ll\; \eu^{\sqrt x} \;\ll\; \eu^{x/100} .

Justifications : (lnx)1000/x1000(\ln x)^{1000}/x^{100} \to 0 d’après la Proposition 4.6 (les logarithmes perdent contre les puissances). x100=e100lnxx^{100} = \eu^{100\ln x} et xlnx=e(lnx)2x^{\ln x} = \eu^{(\ln x)^2} : comme (lnx)2100lnx+(\ln x)^2 - 100\ln x \to +\infty, c’est la seconde qui l’emporte. xlnx=e(lnx)2exx^{\ln x} = \eu^{(\ln x)^2} \ll \eu^{\sqrt x} car (lnx)2/x0(\ln x)^2/\sqrt x \to 0 (les logarithmes perdent contre la puissance x1/4x^{1/4}, le tout élevé au carré). Enfin xx/100\sqrt x - x/100 \to -\infty, donc exex/100\eu^{\sqrt x} \ll \eu^{x/100}.

Exercice 4.6 ★★

Étudier la fonction f(x)=arctan2x1x2f(x) = \arctan\dfrac{2x}{1 - x^2} sur son ensemble de définition : calculer ff', comparer avec (2arctanx)(2\arctan x)', et exprimer f(x)f(x) à l’aide de arctanx\arctan x sur chacun des trois intervalles du domaine.

Solution

Solution de Exercice 4.6.

Ensemble de définition : x±1x \neq \pm 1, soit trois intervalles. Sur chacun,

f(x)=(2x1x2)1+4x2(1x2)2=2(1x2)+4x2(1x2)2(1x2)2+4x2(1x2)2=2(1+x2)(1+x2)2=21+x2=(2arctanx).f'(x) = \frac{\bigl(\frac{2x}{1-x^2}\bigr)'}{1 + \frac{4x^2}{(1-x^2)^2}} = \frac{\frac{2(1-x^2) + 4x^2}{(1-x^2)^2}} {\frac{(1-x^2)^2 + 4x^2}{(1-x^2)^2}} = \frac{2(1 + x^2)}{(1 + x^2)^2} = \frac{2}{1 + x^2} = (2\arctan x)' .

Donc f(x)2arctanxf(x) - 2\arctan x est constante sur chaque intervalle. Valeurs : en x=0x = 0, f(0)=0f(0) = 0 : la constante vaut 00 sur (1,1)\intoo{-1}{1}. Quand x+x \to +\infty, 2x1x20\frac{2x}{1-x^2} \to 0^- donc f0f \to 0, tandis que 2arctanxπ2\arctan x \to \pi : la constante vaut π-\pi sur (1,+)\intoo{1}{+\infty}. Par imparité, elle vaut +π+\pi sur (,1)\intoo{-\infty}{-1}. En résumé : f=2arctanxf = 2\arctan x sur (1,1)\intoo{-1}{1}, f=2arctanxπf = 2\arctan x - \pi pour x>1x > 1, f=2arctanx+πf = 2\arctan x + \pi pour x<1x < -1. (C’est la formule de duplication de la tangente, lue à travers arctan\arctan.)

Exercice 4.7 ★★

Résoudre dans R\R :   coshx=2\;\cosh x = 2 ; puis 5coshx4sinhx=35\cosh x - 4 \sinh x = 3 (exprimer les solutions à l’aide de logarithmes). Indication pour la deuxième : tout écrire avec u=exu = \eu^x.

Solution

Solution de Exercice 4.7.

coshx=2\cosh x = 2 : avec u=ex>0u = \eu^x > 0, u+u1=4u + u^{-1} = 4, donc u24u+1=0u^2 - 4u + 1 = 0, u=2±3u = 2 \pm \sqrt 3 : x=ln(2+3)x = \ln(2 + \sqrt 3) ou x=ln(23)=ln(2+3)x = \ln(2 - \sqrt 3) = -\ln(2 + \sqrt 3) (les deux solutions sont opposées, puisque cosh\cosh est paire ; toutes deux conviennent). De façon équivalente, x=±arcosh2x = \pm \operatorname{arcosh} 2.

5coshx4sinhx=35\cosh x - 4\sinh x = 3 : en substituant les définitions exponentielles, 5(u+u1)4(uu1)2=3\frac{5(u + u^{-1}) - 4(u - u^{-1})}{2} = 3, c’est-à-dire u+9u1=6u + 9u^{-1} = 6, c’est-à-dire u26u+9=(u3)2=0u^2 - 6u + 9 = (u - 3)^2 = 0 : u=3u = 3, une unique solution x=ln3x = \ln 3.

Exercice 4.8 ★★

Démontrer l’identité arctan12+arctan13=π4\arctan\frac{1}{2} + \arctan\frac{1}{3} = \frac{\pi}{4}, puis la formule de Machin

4arctan15arctan1239=π4.4\arctan\frac 15 - \arctan\frac{1}{239} = \frac{\pi}{4}.

Indication : calculer la tangente des deux membres à l’aide de la formule d’addition, et contrôler dans quel intervalle se situe chaque membre.

Solution

Solution de Exercice 4.8.

Posons α=arctan12+arctan13\alpha = \arctan\frac12 + \arctan\frac13. Formule d’addition :

tanα=12+1311213=5/65/6=1.\tan\alpha = \frac{\frac12 + \frac13}{1 - \frac12\cdot\frac13} = \frac{5/6}{5/6} = 1 .

Les deux arctangentes appartiennent à (0,π4)\intoo{0}{\frac\pi4} (leurs arguments sont dans (0,1)\intoo{0}{1}), donc α(0,π2)\alpha \in \intoo{0}{\frac\pi2} ; le seul angle de cet intervalle dont la tangente vaut 11 est π4\frac\pi4.

Machin : posons β=arctan15\beta = \arctan\frac15. Duplication, deux fois :

tan2β=2/511/25=512,tan4β=25/12125/144=120119.\tan 2\beta = \frac{2/5}{1 - 1/25} = \frac{5}{12}, \qquad \tan 4\beta = \frac{2 \cdot 5/12}{1 - 25/144} = \frac{120}{119}.

Puis

tan(4βπ4)=12011911+120119=1/119239/119=1239.\tan\Bigl(4\beta - \frac\pi4\Bigr) = \frac{\frac{120}{119} - 1}{1 + \frac{120}{119}} = \frac{1/119}{239/119} = \frac{1}{239}.

Localisation : β<arctan1=π4\beta < \arctan 1 = \frac\pi4, et en fait tan4β=120119\tan 4\beta = \frac{120}{119} est proche de 11 avec 4β(0,π2)4\beta \in \intoo{0}{\frac\pi2} (car β<π8\beta < \frac\pi8, puisque tanπ8=21>15\tan\frac\pi8 = \sqrt 2 - 1 > \frac15) ; donc 4βπ4(π4,π4)4\beta - \frac\pi4 \in \intoo{-\frac\pi4}{\frac\pi4}, intervalle sur lequel arctan\arctan inverse tan\tan : 4βπ4=arctan12394\beta - \frac\pi4 = \arctan\frac{1}{239}, ce qui est la formule de Machin.

Exercice 4.9 ★★

Démontrer que, pour tout x0x \geq 0 :   xx36sinxx\;x - \dfrac{x^3}{6} \leq \sin x \leq x (étudier les dérivées successives des différences), et en déduire que limx0+xsinxx3=16\lim_{x \to 0^+} \frac{x - \sin x}{x^3} = \frac 16 est plausible — la limite elle-même est établie au Chapitre 16.

Solution

Solution de Exercice 4.9.

Posons f(x)=xsinxf(x) = x - \sin x : f(0)=0f(0) = 0 et f(x)=1cosx0f'(x) = 1 - \cos x \geq 0, donc f0f \geq 0 sur R+\R_+ : sinxx\sin x \leq x.

Posons g(x)=sinxx+x36g(x) = \sin x - x + \frac{x^3}{6} : g(0)=0g(0) = 0, g(x)=cosx1+x22g'(x) = \cos x - 1 + \frac{x^2}{2}, g(0)=0g'(0) = 0, g(x)=sinx+x=f(x)0g''(x) = -\sin x + x = f(x) \geq 0 sur R+\R_+. Donc gg' est croissante avec g(0)=0g'(0) = 0, d’où g0g' \geq 0, d’où gg croissante avec g(0)=0g(0) = 0 : g0g \geq 0, c’est-à-dire xx36sinxx - \frac{x^3}{6} \leq \sin x sur R+\R_+.

Par conséquent 0xsinxx3160 \leq \frac{x - \sin x}{x^3} \leq \frac 16 pour x>0x > 0 : le rapport est piégé à l’échelle de 16\frac16, et le Chapitre 16 montre que sa limite vaut exactement 16\frac 16.

Exercice 4.10 ★★★

Pour x[1,1]x \in \intcc{-1}{1}, posons h(x)=arcsin(2x1x2)2arcsinxh(x) = \arcsin\bigl(2x\sqrt{1 - x^2}\,\bigr) - 2\arcsin x. On pourrait s’attendre à h=0h = 0 d’après l’identité sin2y=2sinycosy\sin 2y = 2\sin y\cos y — mais hh n’est pas identiquement nulle. Calculer hh' sur les intervalles ouverts où elle existe, évaluer hh en des points bien choisis, et donner la description complète, constante par morceaux, de hh sur [1,1]\intcc{-1}{1}.

Solution

Solution de Exercice 4.10.

Écrivons y=arcsinxy = \arcsin x, de sorte que 2x1x2=2sinycosy=sin2y2x\sqrt{1 - x^2} = 2\sin y\cos y = \sin 2y et h(x)=arcsin(sin2y)2yh(x) = \arcsin(\sin 2y) - 2y.

Pour x22\abs x \leq \frac{\sqrt 2}{2} : 2y[π2,π2]2y \in \intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2}, donc arcsin(sin2y)=2y\arcsin(\sin 2y) = 2y et h=0h = 0.

Pour x(22,1]x \in \intoc{\frac{\sqrt 2}{2}}{1} : 2y(π2,π]2y \in \intoc{\frac\pi2}{\pi}, et l’angle de [π2,π2]\intcc{-\frac\pi2}{\frac\pi2} dont le sinus vaut sin2y\sin 2y est π2y\pi - 2y : donc h(x)=π4arcsinxh(x) = \pi - 4\arcsin x. (Vérification par la dérivée : on y a h(x)=2(12x2)12x21x221x2=41x2h'(x) = \frac{2(1 - 2x^2)}{\abs{1 - 2x^2}\sqrt{1 - x^2}} - \frac{2}{\sqrt{1-x^2}} = \frac{-4}{\sqrt{1 - x^2}}, la dérivée de 4arcsinx-4\arcsin x ; et en x=1x = 1, h(1)=arcsin02π2=π=π4π2h(1) = \arcsin 0 - 2\cdot\frac\pi2 = -\pi = \pi - 4\cdot\frac\pi2.)

Pour x[1,22)x \in \intco{-1}{-\frac{\sqrt 2}{2}}, par imparité de hh : h(x)=π4arcsinxh(x) = -\pi - 4\arcsin x.

Exercice 4.11 ★★★

(Fonction de Gudermann) Soit g(x)=arctan(sinhx)g(x) = \arctan(\sinh x) pour xRx \in \R. Démontrer que gg est une bijection impaire, strictement croissante, de R\R sur (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2}, que g(x)=1coshxg'(x) = \frac{1}{\cosh x}, et que tang(x)=sinhx\tan g(x) = \sinh x,   sing(x)=tanhx\;\sin g(x) = \tanh x,   cosg(x)=1coshx\;\cos g(x) = \frac{1}{\cosh x} : la fonction gg relie trigonométrie circulaire et trigonométrie hyperbolique sans passer par les nombres complexes.

Solution

Solution de Exercice 4.11.

g=arctansinhg = \arctan \circ \sinh est une composée de fonctions impaires strictement croissantes : elle est donc impaire et strictement croissante ; quand x+x \to +\infty, sinhx+\sinh x \to +\infty donc g(x)π2g(x) \to \frac\pi2, et gg est une bijection sur (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2} (continuité et théorème des valeurs intermédiaires). Dérivation des fonctions composées, avec la Proposition 4.18 (1) :

g(x)=coshx1+sinh2x=coshxcosh2x=1coshx.g'(x) = \frac{\cosh x}{1 + \sinh^2 x} = \frac{\cosh x}{\cosh^2 x} = \frac{1}{\cosh x} .

Par construction, tang(x)=sinhx\tan g(x) = \sinh x. Ensuite, comme g(x)(π2,π2)g(x) \in \intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2} a un cosinus positif,

cosg(x)=11+tan2g(x)=11+sinh2x=1coshx,sing(x)=tang(x)cosg(x)=sinhxcoshx=tanhx.\begin{align*} \cos g(x) &= \frac{1}{\sqrt{1 + \tan^2 g(x)}} = \frac{1}{\sqrt{1 + \sinh^2 x}} = \frac{1}{\cosh x},\\ \sin g(x) &= \tan g(x) \cos g(x) = \frac{\sinh x}{\cosh x} = \tanh x . \end{align*}

Exercice 4.12 ★★

Démontrer que

arctan1+arctan2+arctan3=π.\arctan 1 + \arctan 2 + \arctan 3 = \pi .

Indication : calculer d’abord arctan2+arctan3\arctan 2 + \arctan 3, en localisant la somme comme dans l’Exemple 4.15 ; attention, le dénominateur de la formule d’addition est ici négatif.

Solution

Solution de Exercice 4.12.

Posons u=arctan2u = \arctan 2 et v=arctan3v = \arctan 3 ; tous deux appartiennent à (π4,π2)\intoo{\frac\pi4}{\frac\pi2} (leurs arguments dépassent 11), donc u+v(π2,π)u + v \in \intoo{\frac\pi2}{\pi}. La formule d’addition donne

tan(u+v)=2+316=1,\tan(u + v) = \frac{2 + 3}{1 - 6} = -1 ,

et l’unique angle de (π2,π)\intoo{\frac\pi2}{\pi} dont la tangente vaut 1-1 est 3π4\frac{3\pi}4 : donc arctan2+arctan3=3π4\arctan 2 + \arctan 3 = \frac{3\pi}4. (Appliquer aveuglément arctan\arctan à la tangente donnerait π4-\frac\pi4, faux de π\pi — c’est la localisation qui sauve le calcul, et le dénominateur négatif 161 - 6 est précisément le signal que la somme a quitté (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2}.) En ajoutant arctan1=π4\arctan 1 = \frac\pi4 :

arctan1+arctan2+arctan3=π4+3π4=π.\arctan 1 + \arctan 2 + \arctan 3 = \frac\pi4 + \frac{3\pi}4 = \pi .

4.5 Problème : l’équation xy=yxx^y = y^x

Problème 4.1

Quels couples de nombres positifs vérifient xy=yxx^y = y^x ? Tout le monde en connaît un exemple d’apparence accidentelle, 24=42=162^4 = 4^2 = 16 ; ce problème montre que rien n’y est accidentel. L’équation tout entière est gouvernée par les variations d’une seule fonction,

f(t)=lntt(t>0),f(t) = \frac{\ln t}{t} \qquad (t > 0),

dont l’étude livre : l’ensemble complet des solutions (une diagonale et une branche courbe passant par (e,e)(\eu, \eu)), un paramétrage rationnel de la branche, le fait que (2,4)(2, 4) en est l’unique point entier et la classification de tous ses points rationnels — plus, en dividendes, la comparaison de eπ\eu^\pi et πe\pi^\eu et la convergence monotone de (1+1n)n\bigl(1 + \frac1n\bigr)^n vers e\eu.

Partie I — La fonction f(t)=lnt/tf(t) = \ln t / t.

  1. Justifier que ff est dérivable sur (0,+)\intoo0{+\infty}, calculer ff' et dresser le tableau de variations : ff croît strictement sur (0,e]\intoc0\eu, décroît strictement sur [e,+)\intco\eu{+\infty}, avec pour maximum f(e)=1ef(\eu) = \frac1\eu.
  2. Déterminer les limites de ff en 0+0^+ et en ++\infty (Proposition 4.6), le signe de ff (négatif sur (0,1)\intoo01, nul en 11, positif au-delà), et tracer l’allure du graphe.
  3. Vérifier par un calcul direct que f(2)=f(4)f(2) = f(4). (Garder cette égalité en tête : tout le problème en découle.)
  4. Soit cRc \in \R. Discuter, selon la valeur de cc, le nombre de solutions de f(t)=cf(t) = c : exactement une pour c0c \leq 0 ; exactement deux (une dans (1,e)\intoo1\eu, une dans (e,+)\intoo\eu{+\infty}) pour 0<c<1e0 < c < \frac1\eu ; exactement une pour c=1ec = \frac1\eu ; aucune pour c>1ec > \frac1\eu.
  5. En déduire que ex>xe\eu^x > x^\eu pour tout x>0x > 0 tel que xex \neq \eu, et trancher en particulier lequel de eπ\eu^\pi et πe\pi^\eu est le plus grand.

Partie II — L’équation et sa courbe. Dans cette partie, x,y>0x, y > 0.

  1. Montrer que xy=yx    f(x)=f(y)x^y = y^x \iff f(x) = f(y).
  2. En déduire la structure de l’ensemble des solutions : tous les couples diagonaux (x,x)(x, x) ; et les couples non triviaux (xyx \neq y), qui vérifient : les deux coordonnées sont >1> 1, et l’une appartient à (1,e)\intoo1\eu tandis que l’autre appartient à (e,+)\intoo\eu{+\infty}.
  3. Paramétrer les couples non triviaux : en écrivant y=txy = tx avec t>0t > 0, t1t \neq 1, montrer que xy=yxx^y = y^x impose

    x(t)=t1t1,y(t)=tx(t)=ttt1,x(t) = t^{\frac1{t-1}}, \qquad y(t) = t\,x(t) = t^{\frac{t}{t-1}},

    et que, réciproquement, tout couple de cette forme est solution.

  4. Vérifier que t=2t = 2 donne (2,4)(2, 4), et démontrer la symétrie x(1/t)=y(t)x(1/t) = y(t), y(1/t)=x(t)y(1/t) = x(t) : inverser le paramètre échange les deux coordonnées.
  5. Déterminer les limites de x(t)x(t) et y(t)y(t) quand t1t \to 1 (toutes deux tendent vers e\eu), quand t+t \to +\infty (x1x \to 1, y+y \to +\infty) et quand t0+t \to 0^+ (x+x \to +\infty, y1y \to 1). Décrire la branche obtenue : une courbe asymptote aux droites x=1x = 1 et y=1y = 1, coupant la diagonale en (e,e)(\eu, \eu).
  6. Montrer que tx(t)t \mapsto x(t) est strictement décroissante sur (1,+)\intoo1{+\infty}. (Étudier h(t)=11tlnth(t) = 1 - \frac1t - \ln t, dont le signe contrôle la dérivée de lnx(t)=lntt1\ln x(t) = \frac{\ln t}{t - 1}.)
  7. Conclure que les solutions non triviales définissent une bijection strictement décroissante φ ⁣:(1,e)(e,+)\varphi \colon \intoo1\eu \to \intoo\eu{+\infty} vérifiant xφ(x)=φ(x)xx^{\varphi(x)} = \varphi(x)^x, et que φ\varphi est une involution de la branche : φ(φ(x))=x\varphi(\varphi(x)) = x partout où les deux membres sont définis.

Partie III — Points entiers et points rationnels.

  1. Démontrer que (2,4)(2, 4) et (4,2)(4, 2) sont les seules solutions entières non triviales de xy=yxx^y = y^x.
  2. Pour nNn \in \N^*, appliquer le paramétrage avec t=1+1nt = 1 + \frac1n et montrer que

    xn=(1+1n)n,yn=(1+1n)n+1x_n = \Bigl(1 + \frac1n\Bigr)^{n}, \qquad y_n = \Bigl(1 + \frac1n\Bigr)^{n+1}

    est une solution rationnelle non triviale pour tout nn, avec (x1,y1)=(2,4)(x_1, y_1) = (2, 4).

  3. Réciproquement, soit (x,y)(x, y) une solution rationnelle non triviale avec y>xy > x, et écrivons t=y/x=1+rst = y/x = 1 + \frac rs sous forme irréductible (r,sNr, s \in \N^*). En utilisant x=ts/rx = t^{s/r} et en admettant l’unicité de la décomposition en facteurs premiers (familière depuis le lycée ; démontrée au Chapitre 6), montrer que la rationalité de xx impose que ss et s+rs + r soient tous deux des puissances rr-ièmes d’entiers.
  4. Montrer, à l’aide de la formule du binôme, que arbr=ra^r - b^r = r n’a pas de solution entière a>b1a > b \geq 1 lorsque r2r \geq 2, et conclure : les solutions rationnelles de xy=yxx^y = y^x sont exactement les couples (xn,yn)(x_n, y_n) de la question 14 (et leurs échangés).
  5. Vérifier numériquement le cas n=2n = 2 : calculer f(9/4)f(9/4) et f(27/8)f(27/8) à quatre décimales et constater qu’ils coïncident.

Partie IV — Dividendes.

  1. Utiliser les questions 7 et 11 pour démontrer, sans aucun calcul supplémentaire, que la suite xn=(1+1n)nx_n = \bigl(1 + \frac1n\bigr)^n est strictement croissante avec xn<ex_n < \eu, que yn=(1+1n)n+1y_n = \bigl(1 + \frac1n\bigr)^{n+1} est strictement décroissante avec yn>ey_n > \eu, et que toutes deux convergent vers e\eu. (Le paramètre tn=1+1nt_n = 1 + \frac1n décroît vers 11.)
  2. Établir la règle de comparaison générale pour 1<a<b1 < a < b : si ea\eu \leq a, alors ab>baa^b > b^a ; si beb \leq \eu, alors ab<baa^b < b^a ; et montrer, sur les deux exemples (2,3)(2, 3) et (2,5)(2, 5), que dans le cas mixte a<e<ba < \eu < b les deux issues se produisent effectivement.
  3. Supposons l’involution φ\varphi de la question 12 dérivable en e\eu (elle l’est). Dériver l’identité φ(φ(x))=x\varphi(\varphi(x)) = x en x=ex = \eu et en déduire φ(e)=1\varphi'(\eu) = -1 : la branche coupe la diagonale perpendiculairement.
  4. Trouver l’unique couple solution vérifiant y=3xy = 3x, sous forme explicite, et le vérifier numériquement à quatre décimales à l’aide de ff.
  5. Parmi les nombres 2\sqrt2, 33\sqrt[3]3, 44\sqrt[4]4, 55\sqrt[5]5, déterminer le plus grand et identifier les deux qui sont égaux. (Comparer n1/n=ef(n)n^{1/n} = \eu^{f(n)}.)

Partie V — Synthèse.

  1. Décrire l’ensemble complet des solutions de xy=yxx^y = y^x dans le quart de plan x,y>0x, y > 0 — diagonale et branche, leur intersection (e,e)(\eu, \eu), les asymptotes, le point entier (2,4)(2, 4), les points rationnels s’accumulant en (e,e)(\eu, \eu) — sous une forme que l’on pourrait esquisser de mémoire.
  2. Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) les croissances comparées de la Proposition 4.6 ; (ii) le théorème des valeurs intermédiaires (à travers les énoncés de bijectivité) ; (iii) l’unicité admise de la décomposition en facteurs premiers ? Une phrase pour chacun.
  3. Morale, en un court paragraphe : un unique tableau de variations a résolu une équation à deux inconnues, classifié ses points rationnels et démontré la convergence monotone de (1+1n)n\bigl(1 + \frac1n\bigr)^n — commenter cette économie de moyens, et dire où chaque fil est industrialisé plus loin dans le volume (Chapitre 11 pour la suite, Chapitre 14 pour les tableaux de variations, Chapitre 16 pour la précision qui manque au tableau).
Solution

Solution de Problème 4.1.

1. ff est un quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur ne s’annule pas sur (0,+)\intoo0{+\infty}, et

f(t)=1ttlntt2=1lntt2,f'(t) = \frac{\frac1t \cdot t - \ln t}{t^2} = \frac{1 - \ln t}{t^2} ,

positive pour t<et < \eu, nulle en t=et = \eu, négative pour t>et > \eu : ff croît strictement sur (0,e]\intoc0\eu, décroît strictement sur [e,+)\intco\eu{+\infty}, avec pour maximum f(e)=1ef(\eu) = \frac1\eu.

2. Quand t0+t \to 0^+ : lnt\ln t \to -\infty et 1t+\frac1t \to +\infty, donc f(t)f(t) \to -\infty. Quand t+t \to +\infty : f(t)0f(t) \to 0 par les croissances comparées de la Proposition 4.6 (β=α=1\beta = \alpha = 1). Signe : celui de lnt\ln t, donc f<0f < 0 sur (0,1)\intoo01, f(1)=0f(1) = 0, f>0f > 0 sur (1,+)\intoo1{+\infty}. Le graphe monte depuis -\infty, traverse zéro en 11, culmine en (e,1e)(\eu, \frac1\eu), puis décroît vers 0+0^+.

3. f(4)=ln44=2ln24=ln22=f(2)f(4) = \frac{\ln 4}4 = \frac{2\ln 2}4 = \frac{\ln 2}2 = f(2).

4. Par le tableau de variations et le théorème des valeurs intermédiaires (utilisé au niveau du lycée ; formalisé au Chapitre 13). Pour c<0c < 0 : les solutions n’existent que là où f<0f < 0, c’est-à-dire dans (0,1)\intoo01, où ff est une bijection strictement croissante sur (,0)\intoo{-\infty}0 : exactement une. Pour c=0c = 0 : seulement t=1t = 1. Pour 0<c<1e0 < c < \frac1\eu : sur (1,e)\intoo1\eu, ff croît de 00 à 1e\frac1\eu : une solution ; sur (e,+)\intoo\eu{+\infty}, ff décroît de 1e\frac1\eu à 00 : une de plus ; en tout, deux. Pour c=1ec = \frac1\eu : seulement le point maximum t=et = \eu. Pour c>1ec > \frac1\eu : aucune.

5. Pour xex \neq \eu, la stricte maximalité donne f(x)<f(e)f(x) < f(\eu), c’est-à-dire lnxx<1e\frac{\ln x}x < \frac1\eu, c’est-à-dire elnx<x\eu\ln x < x, c’est-à-dire ln(xe)<ln(ex)\ln(x^\eu) < \ln(\eu^x) : xe<exx^\eu < \eu^x. Avec x=πx = \pi : eπ>πe\eu^\pi > \pi^\eu (numériquement, 23.14>22.4623.14 > 22.46).

6. Pour x,y>0x, y > 0, les deux membres sont positifs, donc

xy=yx    ylnx=xlny    lnxx=lnyy    f(x)=f(y),x^y = y^x \iff y\ln x = x\ln y \iff \frac{\ln x}x = \frac{\ln y}y \iff f(x) = f(y) ,

en divisant par xy>0xy > 0.

7. Soit f(x)=f(y)=cf(x) = f(y) = c avec xyx \neq y. Si c0c \leq 0 ou c=1ec = \frac1\eu, la question 4 dit que l’équation f=cf = c a une unique solution : impossible. Donc 0<c<1e0 < c < \frac1\eu, et, toujours par la question 4, les deux solutions sont un point de (1,e)\intoo1\eu et un point de (e,+)\intoo\eu{+\infty} : les deux coordonnées dépassent 11 et elles encadrent e\eu.

8. En substituant y=txy = tx dans ylnx=xlnyy\ln x = x\ln y :

txlnx=x(lnt+lnx)    (t1)lnx=lnt    lnx=lntt1,tx\ln x = x(\ln t + \ln x) \iff (t - 1)\ln x = \ln t \iff \ln x = \frac{\ln t}{t - 1} ,

donc x=t1/(t1)x = t^{1/(t-1)} et y=tx=t1+1t1=tt/(t1)y = tx = t^{1 + \frac1{t-1}} = t^{t/(t-1)}. Réciproquement, pour ces valeurs, lny=tlntt1=tlnx\ln y = \frac{t\ln t}{t-1} = t\ln x et y=txy = tx, donc lnyy=tlnxtx=lnxx\frac{\ln y}y = \frac{t\ln x}{tx} = \frac{\ln x}x : c’est une solution. Toute solution non triviale a un rapport t=y/x(0,+){1}t = y/x \in \intoo0{+\infty} \setminus \{1\}, donc le paramétrage est complet.

9. t=2t = 2 : x=21/1=2x = 2^{1/1} = 2, y=22/1=4y = 2^{2/1} = 4. Et

x(1/t)=(1/t)11t1=(t1)t1t=ttt1=y(t),x(1/t) = (1/t)^{\frac1{\frac1t - 1}} = (t^{-1})^{\frac{t}{1 - t}} = t^{\frac{t}{t - 1}} = y(t) ,

puis y(1/t)=1tx(1/t)=y(t)t=x(t)y(1/t) = \frac1t\,x(1/t) = \frac{y(t)}t = x(t) : le changement de paramètre t1/tt \mapsto 1/t échange les coordonnées, comme l’exige la symétrie de l’équation.

10. Quand t1t \to 1 : lntt11\frac{\ln t}{t-1} \to 1 (c’est le taux d’accroissement de ln\ln en 11), donc xe1=ex \to \eu^1 = \eu et y=txey = tx \to \eu. Quand t+t \to +\infty : lnx=lntt10\ln x = \frac{\ln t}{t-1} \to 0 donc x1x \to 1, tandis que lny=tlntt1+\ln y = \frac{t\ln t}{t-1} \to +\infty donc y+y \to +\infty. Quand t0+t \to 0^+ : lnx=lntt11=+\ln x = \frac{\ln t}{t-1} \to \frac{-\infty}{-1} = +\infty donc x+x \to +\infty, tandis que lny=tlntt101=0\ln y = \frac{t\ln t}{t-1} \to \frac{0}{-1} = 0 donc y1y \to 1 (en utilisant tlnt0t\ln t \to 0, Exemple 4.7). La branche court donc depuis l’asymptote y=1y = 1 (tout à droite), monte en traversant (e,e)(\eu, \eu) sur la diagonale, et s’échappe le long de l’asymptote x=1x = 1 (tout en haut) — symétrique par rapport à la diagonale d’après la question 9.

11. lnx(t)=g(t)=lntt1\ln x(t) = g(t) = \frac{\ln t}{t-1}, et

g(t)=t1tlnt(t1)2=h(t)(t1)2,h(t)=11tlnt.g'(t) = \frac{\frac{t-1}t - \ln t}{(t-1)^2} = \frac{h(t)}{(t-1)^2}, \qquad h(t) = 1 - \frac1t - \ln t .

h(1)=0h(1) = 0 et h(t)=1t21t=1tt2<0h'(t) = \frac1{t^2} - \frac1t = \frac{1 - t}{t^2} < 0 pour t>1t > 1 : h<0h < 0 sur (1,+)\intoo1{+\infty}, donc g<0g' < 0 et x=egx = \eu^g y est strictement décroissante (de e\eu à 11, d’après la question 10).

12. D’après la question 11, tx(t)t \mapsto x(t) est une bijection strictement décroissante de (1,+)\intoo1{+\infty} sur (1,e)\intoo1\eu ; notons t(x)t(x) sa réciproque (également strictement décroissante) et posons φ(x)=y(t(x))\varphi(x) = y(t(x)). Remarquons que h<0h < 0 également sur (0,1)\intoo01 (on y a h>0h' > 0 et h(1)=0h(1) = 0), donc x()x(\cdot) est aussi décroissante sur (0,1)\intoo01 ; par conséquent y(t)=x(1/t)y(t) = x(1/t) (question 9) est croissante en tt sur (1,+)\intoo1{+\infty}, de e\eu à ++\infty. Par composition, φ=yt()\varphi = y \circ t(\cdot) est strictement décroissante de (1,e)\intoo1\eu sur (e,+)\intoo\eu{+\infty}, et xφ(x)=φ(x)xx^{\varphi(x)} = \varphi(x)^x d’après la question 8. Enfin, pour une valeur commune c=f(x)(0,1e)c = f(x) \in \intoo0{\frac1\eu}, la paire {x,φ(x)}\{x, \varphi(x)\} est l’ensemble des deux solutions de f=cf = c (question 4) ; en prolongeant φ\varphi à (e,+)\intoo\eu{+\infty} par l’application réciproque, φ(φ(x))\varphi(\varphi(x)) redonne l’autre élément (c’est-à-dire l’élément initial) : φφ=id\varphi \circ \varphi = \mathrm{id}.

13. Si (x,y)(x, y) est une solution entière non triviale avec x<yx < y, la question 7 place x(1,e)x \in \intoo1\eu : le seul entier de cet intervalle est x=2x = 2. Alors f(y)=f(2)=ln22f(y) = f(2) = \frac{\ln2}2 avec y>ey > \eu ; d’après la question 4, l’équation f=ln22f = \frac{\ln2}2 a exactement une solution au-delà de e\eu, et la question 3 l’exhibe : y=4y = 4. Donc (2,4)(2, 4), et son échangé, sont les seules.

14. t=1+1n=n+1nt = 1 + \frac1n = \frac{n+1}n donne 1t1=n\frac1{t - 1} = n et tt1=n+1\frac t{t-1} = n + 1, donc

xn=(n+1n)n,yn=(n+1n)n+1,x_n = \Bigl(\frac{n+1}n\Bigr)^{n}, \qquad y_n = \Bigl(\frac{n+1}n\Bigr)^{n+1},

manifestement rationnels, distincts (yn=txnxny_n = t\,x_n \neq x_n), et n=1n = 1 donne x1=2x_1 = 2, y1=4y_1 = 4.

15. t=y/xt = y/x est rationnel et >1> 1 ; écrivons t1=rst - 1 = \frac rs sous forme irréductible, de sorte que t=s+rst = \frac{s + r}s avec gcd(s+r,s)=gcd(r,s)=1\gcd(s + r, s) = \gcd(r, s) = 1. La question 8 donne x=ts/rx = t^{s/r}, d’où

xr=ts=(s+r)sss,x^r = t^s = \frac{(s+r)^s}{s^s} ,

fraction irréductible (aucun nombre premier ne divise à la fois s+rs + r et ss). En écrivant x=pqx = \frac pq sous forme irréductible, xr=prqrx^r = \frac{p^r}{q^r} l’est aussi, et, par unicité de la représentation irréductible : pr=(s+r)sp^r = (s+r)^s et qr=ssq^r = s^s. Comparons l’exposant d’un nombre premier \ell quelconque dans qr=ssq^r = s^s : rv(q)=sv(s)r \cdot v_\ell(q) = s \cdot v_\ell(s), donc rr divise sv(s)s\,v_\ell(s) ; comme gcd(r,s)=1\gcd(r, s) = 1, rr divise v(s)v_\ell(s) pour tout nombre premier \ell (décomposition en facteurs premiers unique, admise ; démontrée au Chapitre 6), donc s=brs = b^r pour un entier bb. Le même argument sur pr=(s+r)sp^r = (s+r)^s donne s+r=ars + r = a^r.

16. Supposons arbr=ra^r - b^r = r avec des entiers a>b1a > b \geq 1 et r2r \geq 2. Alors ab+1a \geq b + 1, donc, par la formule du binôme,

arbr(b+1)rbr=k=0r1(rk)bk(r0)+(rr1)br11+r>r,a^r - b^r \geq (b+1)^r - b^r = \sum_{k=0}^{r-1}\binom rk b^k \geq \binom r0 + \binom r{r-1} b^{r-1} \geq 1 + r > r ,

ce qui est contradictoire. D’après la question 15, arbr=(s+r)s=ra^r - b^r = (s + r) - s = r impose r=1r = 1 : t=1+1st = 1 + \frac1s, et la solution est (xs,ys)(x_s, y_s) de la question 14. Avec les couples échangés, la classification est complète.

17. f(94)=ln2.252.25=0.810932.25=0.3604f\bigl(\tfrac94\bigr) = \frac{\ln 2.25}{2.25} = \frac{0.81093}{2.25} = 0.3604 et f(278)=ln3.3753.375=1.216403.375=0.3604f\bigl(\tfrac{27}8\bigr) = \frac{\ln 3.375}{3.375} = \frac{1.21640}{3.375} = 0.3604 (à quatre décimales) : égaux, comme la construction le promettait — donc (94)27/8=(278)9/4\bigl(\tfrac94\bigr)^{27/8} = \bigl(\tfrac{27}8\bigr)^{9/4}.

18. Les paramètres tn=1+1nt_n = 1 + \frac1n décroissent strictement vers 11. Comme x()x(\cdot) est strictement décroissante sur (1,+)\intoo1{+\infty} (question 11), xn=x(tn)x_n = x(t_n) est strictement croissante ; comme y()y(\cdot) y est strictement croissante (question 12), yn=y(tn)y_n = y(t_n) est strictement décroissante. D’après la question 7, xn(1,e)x_n \in \intoo1\eu et yn(e,+)y_n \in \intoo\eu{+\infty} : donc xn<e<ynx_n < \eu < y_n pour tout nn. Enfin, tn1t_n \to 1 et la question 10 donnent xnex_n \to \eu et yney_n \to \eu. La convergence monotone classique de (1+1n)n\bigl(1 + \frac1n\bigr)^n tombe de la géométrie de la branche, sans aucune inégalité nouvelle.

19. Si ea<b\eu \leq a < b : ff strictement décroissante sur [e,+)\intco\eu{+\infty} donne f(a)>f(b)f(a) > f(b), c’est-à-dire blna>alnbb\ln a > a\ln b, c’est-à-dire ab>baa^b > b^a. Si 1<a<be1 < a < b \leq \eu : ff strictement croissante donne f(a)<f(b)f(a) < f(b), d’où ab<baa^b < b^a. Cas mixte : 2<e<32 < \eu < 3 et 23=8<9=322^3 = 8 < 9 = 3^2 ; mais 2<e<52 < \eu < 5 et 25=32>25=522^5 = 32 > 25 = 5^2 : les deux issues se produisent, selon le côté de la branche où tombe le point (a,b)(a, b).

20. La branche rencontre la diagonale en e\eu et φ\varphi s’y prolonge continûment avec φ(e)=e\varphi(\eu) = \eu. En dérivant φ(φ(x))=x\varphi(\varphi(x)) = x en x=ex = \eu par la règle de dérivation des fonctions composées : φ(φ(e))φ(e)=φ(e)2=1\varphi'(\varphi(\eu))\,\varphi'(\eu) = \varphi'(\eu)^2 = 1, donc φ(e)=±1\varphi'(\eu) = \pm1 ; φ\varphi est décroissante, donc φ(e)=1\varphi'(\eu) = -1. La branche coupe la diagonale avec la pente 1-1 : perpendiculairement.

21. y=3xy = 3x est le cas t=3t = 3 : x=31/2=3x = 3^{1/2} = \sqrt3 et y=33/2=33y = 3^{3/2} = 3\sqrt3. Vérification : f(3)=0.549311.73205=0.3171f(\sqrt3) = \frac{0.54931}{1.73205} = 0.3171 et f(33)=ln5.196155.19615=1.647925.19615=0.3171f(3\sqrt3) = \frac{\ln 5.19615}{5.19615} = \frac{1.64792}{5.19615} = 0.3171 : égaux à quatre décimales, donc (3)33=(33)3(\sqrt3)^{3\sqrt3} = (3\sqrt3)^{\sqrt3}.

22. n1/n=ef(n)n^{1/n} = \eu^{f(n)}, et exp\exp est croissante, donc l’ordre est celui des f(n)f(n) : f(3)=ln330.3662f(3) = \frac{\ln3}3 \approx 0.3662 l’emporte sur f(2)=f(4)=ln220.3466f(2) = f(4) = \frac{\ln2}2 \approx 0.3466 (question 3) et sur f(5)0.3219f(5) \approx 0.3219. Le plus grand est 33\sqrt[3]3, et le couple égal est 2=44\sqrt2 = \sqrt[4]4 — le couple entier (2,4)(2, 4) sous un déguisement de plus.

23. L’ensemble des solutions est la réunion de la diagonale {(x,x):x>0}\{(x, x) : x > 0\} et d’une unique branche, symétrique par rapport à la diagonale, strictement décroissante depuis l’asymptote x=1x = 1 (quand y+y \to +\infty) jusqu’à l’asymptote y=1y = 1 (quand x+x \to +\infty), coupant la diagonale exactement une fois, en (e,e)(\eu, \eu), avec la pente 1-1 en ce point. Sur la branche se trouvent les points entiers (2,4)(2, 4) et (4,2)(4, 2) — les seuls — et les points rationnels (xn,yn)(x_n, y_n), qui progressent monotonement le long de la branche vers (e,e)(\eu, \eu) sans jamais l’atteindre (e\eu est irrationnel ; les points rationnels de la branche s’accumulent en un coin irrationnel).

24. (i) Les croissances comparées ont donné les limites de ff en ++\infty (question 2) et tlnt0t\ln t \to 0 (question 10), façonnant à la fois le tableau de variations et les asymptotes. (ii) Le théorème des valeurs intermédiaires, à travers les énoncés de bijectivité, a converti le tableau de variations en comptages exacts de solutions (question 4) et en existence de l’application réciproque t(x)t(x) (question 12). (iii) L’unicité de la décomposition en facteurs premiers a alimenté les deux identifications de fractions irréductibles de la question 15, cœur arithmétique de la classification des points rationnels.

25. Un seul calcul de dérivée — le signe de 1lnt1 - \ln t — a tout engendré : le nombre de solutions pour chaque niveau cc, la forme et les asymptotes de la branche, l’inégalité extrémale exxe\eu^x \geq x^\eu, la classification des solutions entières et rationnelles, et la convergence monotone de (1+1n)n\bigl(1 + \frac1n\bigr)^n. Telle est l’économie de la pensée par tableaux de variations : une étude en dimension un résout une équation à deux variables, parce que l’équation se factorise à travers une unique fonction. Le Chapitre 11 refera la convergence de (xn)(x_n) avec la théorie générale des suites monotones ; le Chapitre 14 fonde rigoureusement les tableaux de variations sur le théorème des accroissements finis ; et le Chapitre 16 fournit ce que le tableau ne peut donner — la vitesse de la convergence xnex_n \to \eu (elle est d’ordre 1/n1/n).