Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « famille libre » ?

Aussi appelé : base

Définition 18.14 Mathématiques universitaires — Licence 1 · Chapitre 18 — Espaces vectoriels

Une famille (x1,,xp)(x_1, \dots, x_p) de vecteurs de EE est :

  • génératrice (de EE) lorsque Vect(x1,,xp)=E\operatorname{Vect}(x_1,\dots,x_p) = E ;
  • libre (ses vecteurs sont alors linéairement indépendants) lorsque

    λ1x1++λpxp=0    λ1==λp=0;\lambda_1 x_1 + \dots + \lambda_p x_p = 0 \implies \lambda_1 = \dots = \lambda_p = 0 ;

    sinon liée ;

  • une base lorsqu’elle est libre et génératrice.

Exemples

Exemple 18.16

La base canonique de KnK^n : ei=(0,,1,,0)e_i = (0, \dots, 1, \dots, 0) (11 en position ii). Les monômes (1,X,X2,,Xn)(1, X, X^2, \dots, X^n) : une base de Kn[X]K_n[X] (liberté : une combinaison nulle est le polynôme nul, donc tous les coefficients sont nuls, Définition 8.1). Dans C\C vu sur R\R : la base (1,i)(1, \iu).

Exemple 18.18 (Tester une base candidate, de bout en bout)

La famille F=(1+X, 1+X2, X+X2)\mathcal{F} = (1 + X,\ 1 + X^2,\ X + X^2) est-elle une base de R2[X]\R_2[X] ? Notons u1,u2,u3u_1, u_2, u_3 les trois polynômes. Liberté : une combinaison nulle au1+bu2+cu3=0a\,u_1 + b\,u_2 + c\,u_3 = 0 donne, coefficient par coefficient,

a+b=0,a+c=0,b+c=0;a + b = 0, \qquad a + c = 0, \qquad b + c = 0 ;

en soustrayant les deux premières, b=cb = c, puis la troisième donne 2b=02b = 0 : a=b=c=0a = b = c = 0, la famille est libre. Génératrice : plutôt que de résoudre trois systèmes, remarquons la combinaison symétrique

u1+u2u3=(1+X)+(1+X2)(X+X2)=2,u_1 + u_2 - u_3 = (1 + X) + (1 + X^2) - (X + X^2) = 2 ,

d’où 1=12(u1+u2u3)1 = \frac12(u_1 + u_2 - u_3) ; puis

X=u11=12(u1u2+u3),X2=u21=12(u1+u2+u3).X = u_1 - 1 = \tfrac12\bigl(u_1 - u_2 + u_3\bigr), \qquad X^2 = u_2 - 1 = \tfrac12\bigl(-u_1 + u_2 + u_3\bigr).

Les monômes sont dans le sous-espace engendré, donc tout y est : F\mathcal{F} est une base. En prime, en assemblant les trois formules on obtient les coordonnées de tout P=α+βX+γX2P = \alpha + \beta X + \gamma X^2 :

P=α+βγ2u1+αβ+γ2u2+α+β+γ2u3.P = \frac{\alpha + \beta - \gamma}{2}\,u_1 + \frac{\alpha - \beta + \gamma}{2}\,u_2 + \frac{-\alpha + \beta + \gamma}{2}\,u_3 .

(Vérification avec P=XP = X : coordonnées (12,12,12)\bigl(\frac12, -\frac12, \frac12\bigr), comme trouvé plus haut.) Deux leçons : une symétrie dans la famille cache d’ordinaire une combinaison raccourci ; et une fois la dimension disponible (Chapitre 19), toute la moitié « génératrice » de ce travail sera gratuite — trois vecteurs libres d’un espace de dimension 33 forment toujours une base.

Exemple 18.20 (Le principe de l’escalier)

Soient P0,P1,,PnKn[X]P_0, P_1, \dots, P_n \in K_n[X] avec degPk=k\deg P_k = k pour chaque kk (un « escalier » de degrés). Alors (P0,,Pn)(P_0, \dots, P_n) est une base de Kn[X]K_n[X]. La liberté résulte de la Proposition 18.19 (1). Pour le caractère générateur, raisonnons par descente finie sur le degré : soit QKn[X]Q \in K_n[X], Q0Q \neq 0, de degré dd, de coefficient dominant aa, et soit b0b \neq 0 le coefficient dominant de PdP_d. Alors QabPdQ - \frac ab P_d est de degré <d< d (les termes de tête s’annulent) ; en remplaçant QQ par cette différence et en itérant, on atteint après au plus n+1n + 1 étapes le polynôme nul, et en remontant les soustractions on exprime QQ comme combinaison des PkP_k. Deux escaliers déjà rencontrés : les puissances translatées ((Xa)k)0kn\bigl((X-a)^k\bigr)_{0 \leq k \leq n} (Exercice 18.4), et les produits de Newton ((Xx0)(Xx1)(Xxk1))0kn\bigl((X - x_0)(X - x_1)\cdots(X - x_{k-1})\bigr)_{0 \leq k \leq n}, mis à profit dans le devoir maison.

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