Exemple 18.18 (Tester une base candidate, de bout en bout)
La famille F=(1+X, 1+X2, X+X2) est-elle une base de R2[X] ? Notons u1,u2,u3 les trois polynômes. Liberté : une combinaison nulle au1+bu2+cu3=0 donne, coefficient par coefficient,
a+b=0,a+c=0,b+c=0;
en soustrayant les deux premières, b=c, puis la troisième donne 2b=0 : a=b=c=0, la famille est libre. Génératrice : plutôt que de résoudre trois systèmes, remarquons la combinaison symétrique
u1+u2−u3=(1+X)+(1+X2)−(X+X2)=2,
d’où 1=21(u1+u2−u3) ; puis
X=u1−1=21(u1−u2+u3),X2=u2−1=21(−u1+u2+u3).
Les monômes sont dans le sous-espace engendré, donc tout y est : F est une base. En prime, en assemblant les trois formules on obtient les coordonnées de tout P=α+βX+γX2 :
P=2α+β−γu1+2α−β+γu2+2−α+β+γu3.
(Vérification avec P=X : coordonnées (21,−21,21), comme trouvé plus haut.) Deux leçons : une symétrie dans la famille cache d’ordinaire une combinaison raccourci ; et une fois la dimension disponible (Chapitre 19), toute la moitié « génératrice » de ce travail sera gratuite — trois vecteurs libres d’un espace de dimension 3 forment toujours une base.
Exemple 18.22 (Une relation cachée rétrécit un sous-espace engendré)
Dans F(R,R), que vaut Vect(1, cos2, sin2) ? L’identité cos2+sin2=1 est une combinaison nulle non triviale
1⋅1+(−1)cos2+(−1)sin2=0:
la famille est liée, et le sous-espace engendré est déjà engendré par la seule famille (1,cos2) (sin2=1−cos2). Cette famille plus petite est libre : a+bcos2x=0 pour tout x donne, en x=0 et x=2π : a+b=0 et a=0. Le sous-espace engendré est donc un plan à l’intérieur de l’espace des fonctions — et il contient aussi cos2x=2cos2x−1 : les familles de fonctions trigonométriques d’allure linéaire s’effondrent régulièrement sous l’effet d’identités, et c’est pourquoi la liberté doit être démontrée, jamais déduite de la longueur de la liste.