Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1

19Dimension finie

Un espace engendré par un nombre fini de vecteurs possède une dimension bien définie — la taille commune de toutes ses bases. Les démonstrations qui suivent découlent toutes d’un même moteur combinatoire, le lemme d’échange : une famille libre ne peut jamais être plus nombreuse qu’une famille génératrice. Avec la dimension viennent les outils utilisés partout ensuite : le théorème de la base incomplète, le rang d’une famille, la formule de Grassmann.

19.1 Existence de bases

Définition 19.1

EE est de dimension finie lorsqu’il possède une famille génératrice finie. (Sinon il est de dimension infinie : c’est le cas de K[X]K[X], dont les familles finies n’engendrent que des polynômes de degré borné.)

Théorème 19.2 (Lemme d’échange)

Soit (g1,,gn)(g_1, \dots, g_n) une famille génératrice de EE et (f1,,fp)(f_1, \dots, f_p) une famille libre de EE. Alors pnp \leq n.

Démonstration. Montrons par récurrence sur kpk \leq p : quitte à renuméroter les gjg_j, la famille

(f1,,fk,gk+1,,gn)(f_1, \dots, f_k, g_{k+1}, \dots, g_n)

engendre EE — ce qui force knk \leq n à chaque étape, et pnp \leq n à l’arrivée.

k=0k = 0 : c’est l’hypothèse. Étape : supposons le résultat pour k1k - 1 ; alors fkf_k est combinaison de (f1,,fk1,(f_1, \dots, f_{k-1}, gk,,gn)g_k, \dots, g_n). Dans cette combinaison, un certain gjg_j (jkj \geq k) a un coefficient non nul — sinon fkf_k serait combinaison de f1,,fk1f_1, \dots, f_{k-1}, contredisant la liberté. Renumérotons de sorte que j=kj = k, et résolvons en gkg_k : gkg_k est combinaison de (f1,,fk,gk+1,,gn)(f_1, \dots, f_k, g_{k+1}, \dots, g_n). Tout vecteur de EE, exprimé au moyen de la famille à k1k-1 termes, se réexprime alors au moyen de celle à kk termes : elle engendre. (Si k1=nk - 1 = n, il ne reste plus aucun gg et fkf_k serait combinaison des seuls fif_i : impossible ; donc knk \leq n.)

Exemple 19.3 (L’échange, vu une fois en action)

Dans R2\R^2, prenons la famille génératrice (g1,g2)=((1,0),(0,1))\bigl(g_1, g_2\bigr) = \bigl((1,0), (0,1)\bigr) et la famille libre (f1,f2)=((1,2),(3,4))\bigl(f_1, f_2\bigr) = \bigl((1,2), (3,4)\bigr). Étape 11 : f1=1g1+2g2f_1 = 1\cdot g_1 + 2\cdot g_2 ; le coefficient de g2g_2 est non nul, donc on échange g2g_2 contre f1f_1 : la famille (f1,g1)\bigl(f_1, g_1\bigr) engendre encore (g2=12(f1g1)g_2 = \frac12(f_1 - g_1)). Étape 22 : f2=(3,4)=2f1+1g1f_2 = (3,4) = 2\,f_1 + 1\cdot g_1 ; le coefficient du g1g_1 restant est non nul (il doit l’être : f2f_2 n’est pas multiple de f1f_1), donc on échange à nouveau : (f1,f2)\bigl(f_1, f_2\bigr) engendre R2\R^2. S’il y avait eu un troisième vecteur libre f3f_3, aucun gg n’aurait subsisté pour l’absorber — et c’est exactement ainsi que le lemme interdit 33 vecteurs libres dans R2\R^2. La démonstration ci-dessus n’est que cette comptabilité menée en général.

Théorème 19.4 (Bases en dimension finie)

Soit E{0}E \neq \{0\} de dimension finie.

  1. De toute famille génératrice finie on peut extraire une base.
  2. (Théorème de la base incomplète) Toute famille libre se complète en une base, à l’aide de vecteurs d’une famille génératrice choisie à l’avance.
  3. Toutes les bases de EE sont finies et ont le même nombre d’éléments : la dimension dimE\dim E. (Convention : dim{0}=0\dim\{0\} = 0.)

Démonstration. (1) Éliminons, un à un, tout vecteur qui est combinaison des autres ; la famille reste génératrice, puisque dans toute expression utilisant le vecteur éliminé on peut substituer sa combinaison des survivants. Le procédé s’arrête — chaque étape fait décroître d’une unité une famille finie — et il s’arrête exactement quand aucun vecteur restant n’est combinaison des autres. La famille finale est encore génératrice, et elle est libre : une combinaison nulle non triviale porterait un coefficient non nul, et en divisant par lui on résoudrait en le vecteur correspondant à l’aide des autres, qui serait donc encore éliminable — contredisant l’arrêt du procédé.

(2) Soient (f1,,fp)(f_1, \dots, f_p) libre et (g1,,gn)(g_1, \dots, g_n) génératrice. Parcourons g1,,gng_1, \dots, g_n en adjoignant gjg_j à la famille courante chaque fois qu’il n’appartient pas déjà à son sous-espace engendré (la Proposition 18.19 (2) garde la famille libre). La famille finale est libre, et génératrice : chaque gjg_j appartient à son sous-espace engendré — soit il a été adjoint, soit il en était déjà une combinaison.

(3) Deux bases sont chacune libre et chacune génératrice : le lemme d’échange donne les deux inégalités entre leurs cardinaux. (Finitude : une base est libre, donc, par échange, pas plus grande qu’une famille génératrice finie.)

Exemple 19.5

dimKn=n\dim K^n = n (base canonique) ; dimKn[X]=n+1\dim K_n[X] = n + 1 (les monômes) ; dimRC=2\dim_\R \C = 2 ; l’espace des solutions de y+ay+by=0y'' + ay' + by = 0 est de dimension 22 (Théorème 5.10 : les solutions sont paramétrées bijectivement et linéairement par (λ,μ)K2(\lambda, \mu) \in K^2).

Exemple 19.6 (Le même ensemble, deux dimensions)

L’ensemble C2\C^2 des couples de nombres complexes est un C\C-espace vectoriel de dimension 22 (base canonique e1,e2e_1, e_2) — et un R\R-espace vectoriel de dimension 44, de base

(1,0),(i,0),(0,1),(0,i):(1, 0),\quad (\iu, 0),\quad (0, 1),\quad (0, \iu):

tout (z,w)=(a+ib, c+id)(z, w) = (a + \iu b,\ c + \iu d) a pour coordonnées réelles (a,b,c,d)(a, b, c, d), de façon unique. La dimension n’est pas une propriété du seul ensemble des vecteurs : elle compte les degrés de liberté relativement aux scalaires autorisés, et diviser par deux la réserve de scalaires en passant de C\C à R\R double le compte. (Le devoir maison exploite le cas extrême de cette sensibilité, avec des scalaires réduits jusqu’à Q\Q.)

Exemple 19.7 (L’algorithme de complétion en action)

Complétons la famille libre ((1,1,1))\bigl((1,1,1)\bigr) en une base de R3\R^3 à l’aide des vecteurs canoniques. Déroulons la démonstration du Théorème 19.4 (2) sur la famille génératrice (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) : a-t-on e1Vect(1,1,1)e_1 \in \operatorname{Vect}(1,1,1) ? Non (les multiples de (1,1,1)(1,1,1) ont des coordonnées égales) — on l’adjoint. A-t-on e2Vect((1,1,1),e1)e_2 \in \operatorname{Vect}\bigl((1,1,1), e_1\bigr) ? Une combinaison α(1,1,1)+βe1\alpha(1,1,1) + \beta e_1 a ses deuxième et troisième coordonnées égales, ce qui n’est pas le cas de e2e_2 — on l’adjoint. La famille ((1,1,1),e1,e2)\bigl((1,1,1), e_1, e_2\bigr) est libre à 33 vecteurs : on s’arrête, c’est une base (la Proposition 19.8 officialisera ce réflexe). Remarquons que le résultat dépend de l’ordre dans lequel les gjg_j sont parcourus : la complétion est un algorithme, pas une formule.

Proposition 19.8 (La règle « deux sur trois »)

Soient dimE=n\dim E = n et F\mathcal{F} une famille de nn vecteurs exactement de EE. Alors

F libre    F geˊneˊratrice    F base.\mathcal{F} \text{ libre} \iff \mathcal{F} \text{ génératrice} \iff \mathcal{F} \text{ base}.

De plus toute famille libre a n\leq n vecteurs, toute famille génératrice n\geq n.

Démonstration. Les bornes de cardinal sont le lemme d’échange confronté à une base. Si F\mathcal{F} (de taille nn) est libre sans être génératrice, un certain xx est hors de son sous-espace engendré ; en l’adjoignant on obtient une famille libre de n+1n + 1 vecteurs : impossible. Si F\mathcal{F} est génératrice sans être libre, en extraire une base (Théorème 19.4 (1)) fournit une base de <n< n vecteurs : impossible.

Exemple 19.9 (« Deux sur trois », ou la moitié du travail économisée)

La famille

((1,1,0),(0,1,1),(1,0,1))\bigl((1,1,0), (0,1,1), (1,0,1)\bigr)

est-elle une base de R3\R^3 ? Comptons : trois vecteurs, dimension trois — la seule liberté décide donc. Une combinaison nulle donne a+c=0a + c = 0, a+b=0a + b = 0, b+c=0b + c = 0 ; en additionnant les trois, 2(a+b+c)=02(a + b + c) = 0, et en retranchant chaque équation initiale de a+b+c=0a + b + c = 0 il reste b=c=a=0b = c = a = 0 : libre, donc base, la moitié « génératrice » de la vérification étant offerte par le théorème. À comparer avec l’Exemple 18.18, où la même double vérification devait être menée à la main — un chapitre de théorie se convertit exactement en cette économie, sur chaque vérification de base jusqu’à la fin du livre.

Méthode 19.10 (Calculer une dimension)

Trois voies standard, par ordre de fréquence décroissante.

  1. Paramétrer, puis lire une base. Résoudre les contraintes de définition, exprimer l’élément général linéairement en fonction des paramètres survivants, et vérifier que les vecteurs multipliant les paramètres sont libres : la dimension est le nombre de paramètres. (Déroulée ci-dessous sur un sous-espace concret de R4\R^4.)
  2. Exhiber un paramétrage linéaire bijectif. Lorsque les éléments sont déterminés par un nombre fini de valeurs — conditions initiales d’une récurrence (Exercice 19.10), coefficients d’une formule de solution (Exemple 19.5) — la dimension est le nombre de ces valeurs.
  3. Utiliser les formules. Grassmann pour les intersections et les sommes, le rang pour les sous-espaces engendrés, et plus tard le théorème du rang pour les noyaux et les images : les dimensions se calculent d’ordinaire, elles ne se devinent pas.

Dans les trois voies, la règle « deux sur trois » donne le coup de grâce : dès que le compte est bon, la liberté ou le caractère générateur suffit à conclure.

Exemple 19.11 (Voie 1, en entier)

Dimension de H={(x,y,z,t)R4:x+y+z+t=0 et x=t}H = \{(x, y, z, t) \in \R^4 : x + y + z + t = 0 \text{ et } x = t\}. Résolvons : t=xt = x et y+z=2xy + z = -2x, donc z=2xyz = -2x - y avec x,yx, y libres :

(x, y, 2xy, x)=x(1,0,2,1)+y(0,1,1,0).(x,\ y,\ -2x - y,\ x) = x\,(1, 0, -2, 1) + y\,(0, 1, -1, 0) .

Les deux vecteurs sont libres (regarder les deux premières coordonnées : (x,y)=(0,0)(x, y) = (0,0)), donc ils forment une base de HH et dimH=2\dim H = 2. Le compte était prévisible — deux contraintes linéaires indépendantes dans R4\R^4 devraient manger chacune une dimension — mais le paramétrage le démontre et livre une base, ce que la prévision seule ne fait jamais ; l’Exercice 19.9 transforme le slogan « chaque équation mange au plus une dimension » en théorème.

Exemple 19.12 (Voie 2, en entier)

Dimension de W={PRn[X]:P(1)=P(2)=0}W = \{P \in \R_n[X] : P(1) = P(2) = 0\} (pour n2n \geq 2). Par le théorème du facteur appliqué deux fois (Théorème 8.7 ; les racines 11 et 22 sont distinctes), PWP \in W exactement lorsque P=(X1)(X2)QP = (X - 1)(X - 2)\,Q avec degQn2\deg Q \leq n - 2. La correspondance Q(X1)(X2)QQ \mapsto (X-1)(X-2)Q est linéaire, atteint tout WW, et est injective (un produit n’est nul que si Q=0Q = 0) : WW est paramétré bijectivement et linéairement par Rn2[X]\R_{n-2}[X], donc

dimW=dimRn2[X]=n1.\dim W = \dim \R_{n-2}[X] = n - 1 .

Une base vient avec le paramétrage : les images des monômes, ((X1)(X2), (X1)(X2)X, , (X1)(X2)Xn2)\bigl((X-1)(X-2),\ (X-1)(X-2)X,\ \dots,\ (X-1)(X-2)X^{n-2}\bigr). Chaque nouvelle contrainte d’évaluation en un point neuf coûte exactement une dimension — c’est l’ossature comptable de l’interpolation de Lagrange (Théorème 8.23).

Exemple 19.13 (Une contrainte intégrale coûte elle aussi une dimension)

Dimension de H={PR2[X]:01P=0}H = \{P \in \R_2[X] : \int_0^1 P = 0\}. En écrivant P=a+bX+cX2P = a + bX + cX^2, la contrainte s’écrit a+b2+c3=0a + \frac b2 + \frac c3 = 0 ; résolvons en aa et paramétrons :

P=b(X12)+c(X213),P = b\Bigl(X - \frac12\Bigr) + c\Bigl(X^2 - \frac13\Bigr),

donc H=Vect(X12, X213)H = \operatorname{Vect}\bigl(X - \frac12,\ X^2 - \frac13\bigr), de dimension 22 (les deux polynômes ont des degrés distincts : libres). Une condition linéaire — que ce soit une évaluation, une intégrale, ou toute autre recette linéaire — retire au plus une dimension, et exactement une dès que la condition n’est pas identiquement nulle. Le Chapitre 20 nommera de telles recettes formes linéaires et leurs ensembles de solutions hyperplans ; les vecteurs de base trouvés ici réapparaissent au Chapitre 23 comme le début de la famille de Legendre.

19.2 Sous-espaces, rang, formule de Grassmann

Théorème 19.14 (Sous-espaces)

Soient EE de dimension finie et FF un sous-espace vectoriel. Alors FF est de dimension finie, dimFdimE\dim F \leq \dim E, avec égalité si et seulement si F=EF = E. De plus tout sous-espace vectoriel admet un supplémentaire.

Démonstration. Les familles libres de FF ont au plus dimE\dim E vecteurs (lemme d’échange dans EE : une famille libre de FF est en particulier libre dans EE, et EE a une famille génératrice finie). Parmi les familles libres de FF, choisissons-en une de taille maximale pp — c’est possible, les tailles étant des entiers majorés par dimE\dim E. Elle engendre FF : sinon un certain xFx \in F serait hors de son sous-espace engendré, et en adjoignant xx on obtiendrait une famille libre de FF de taille p+1p + 1 (Proposition 18.19 (2)), contredisant la maximalité. Libre et génératrice, c’est une base de FF, et dimF=pdimE\dim F = p \leq \dim E. Si p=dimE=np = \dim E = n : une famille libre de nn vecteurs de EE est une base de EE (Proposition 19.8), donc FF contient le sous-espace engendré par cette famille, qui vaut EE. Supplémentaire : complétons une base (f1,,fp)(f_1, \dots, f_p) de FF en une base (f1,,fp,gp+1,,gn)(f_1, \dots, f_p, g_{p+1}, \dots, g_n) de EE (théorème de la base incomplète) ; alors G=Vect(gp+1,,gn)G = \operatorname{Vect}(g_{p+1}, \dots, g_n) vérifie E=FGE = F \oplus G (existence et unicité des décompositions = coordonnées dans la grande base).

Définition 19.15 (Rang d’une famille)

Le rang d’une famille finie de vecteurs est la dimension du sous-espace qu’elle engendre : rk(x1,,xp)=dimVect(x1,,xp)min(p,dimE)\operatorname{rk}(x_1, \dots, x_p) = \dim \operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_p) \leq \min(p, \dim E), avec égalité à pp si et seulement si la famille est libre.

Exemple 19.16 (Calcul d’un rang par élimination)

Rang de ((1,2,3),(2,3,4),(3,4,5),(1,1,1))\bigl((1,2,3), (2,3,4), (3,4,5), (1,1,1)\bigr) dans R3\R^3. Le sous-espace engendré ne change pas quand on retranche à un vecteur une combinaison des autres (les deux familles engendrent les mêmes combinaisons) : remplaçons (2,3,4)(2,3,4) par (2,3,4)(1,2,3)=(1,1,1)(2,3,4) - (1,2,3) = (1,1,1) et (3,4,5)(3,4,5) par (3,4,5)(1,2,3)=(2,2,2)(3,4,5) - (1,2,3) = (2,2,2). Le sous-espace engendré est désormais Vect((1,2,3),(1,1,1),(2,2,2),(1,1,1))=Vect((1,2,3),(1,1,1))\operatorname{Vect}\bigl((1,2,3), (1,1,1), (2,2,2), (1,1,1)\bigr) = \operatorname{Vect}\bigl((1,2,3), (1,1,1)\bigr), et ces deux vecteurs ne sont pas proportionnels : le rang vaut 22. Cette procédure de soustraction-élimination est systématisée sous le nom de méthode du pivot de Gauss au Chapitre 22.

Exemple 19.17 (Sommer par concaténation)

Prenons, dans R3\R^3,

F=Vect((1,2,3), (1,1,1)),G=Vect((2,3,4)).F = \operatorname{Vect}\bigl((1,2,3),\ (1,1,1)\bigr), \qquad G = \operatorname{Vect}\bigl((2,3,4)\bigr) .

La somme F+GF + G est engendrée par la famille concaténée des trois générateurs, et

(2,3,4)=(1,2,3)+(1,1,1)(2, 3, 4) = (1, 2, 3) + (1, 1, 1)

montre que le troisième est redondant : F+G=FF + G = F, de dimension 22 — autrement dit GFG \subseteq F, ce que la relation affiche. Grassmann confirme : dim(FG)=2+12=1=dimG\dim(F \cap G) = 2 + 1 - 2 = 1 = \dim G. Les sommes se calculent en concaténant les générateurs puis en réduisant le tas par l’algorithme du rang ; aucune technique nouvelle n’est jamais nécessaire.

Théorème 19.18 (Formule de Grassmann)

Pour des sous-espaces vectoriels F,GF, G de dimension finie de EE :

dim(F+G)=dimF+dimGdim(FG).\dim(F + G) = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G) .

En particulier la somme F+GF + G est directe si et seulement si dim(F+G)=dimF+dimG\dim(F + G) = \dim F + \dim G.

Démonstration. Partons d’une base (e1,,er)(e_1, \dots, e_r) de FGF \cap G ; complétons-la en une base

(e1,,er,f1,,fs) de Fet(e1,,er,g1,,gt) de G(e_1, \dots, e_r, f_1, \dots, f_s) \text{ de } F \quad\text{et}\quad (e_1, \dots, e_r, g_1, \dots, g_t) \text{ de } G

(Théorème 19.4 (2)). Montrons que

B=(e1,,er,f1,,fs,g1,,gt)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_r, f_1, \dots, f_s, g_1, \dots, g_t)

est une base de F+GF + G ; la formule suit par comptage : (r+s)+(r+t)r=r+s+t(r + s) + (r + t) - r = r + s + t.

B\mathcal{B} engendre F+GF + G : tout u+vu + v (uFu \in F, vGv \in G) s’y décompose. Liberté : supposons αiei+βjfj+γkgk=0\sum \alpha_i e_i + \sum \beta_j f_j + \sum \gamma_k g_k = 0. Le vecteur w=γkgk=αieiβjfjw = \sum \gamma_k g_k = -\sum\alpha_i e_i - \sum\beta_j f_j appartient à GFG \cap F, donc il se décompose sur les seuls (ei)(e_i) ; mais ww se décompose aussi sur les (gk)(g_k), et dans la base de GG ces deux expressions doivent coïncider : tous les γk=0\gamma_k = 0 (et les coordonnées en ee se correspondent). La relation se réduit à αiei+βjfj=0\sum\alpha_i e_i + \sum\beta_j f_j = 0, une relation dans la base de FF : tous les coefficients restants sont nuls.

Exemple 19.19

Deux plans distincts F,GF, G (de dimension 22) de R3\R^3 vérifient F+G=R3F + G = \R^3 (leur somme contient strictement un plan), donc dim(FG)=2+23=1\dim(F \cap G) = 2 + 2 - 3 = 1 : ils se coupent toujours suivant une droite — pas de « plans parallèles » passant par l’origine.

Exemple 19.20 (Grassmann à l’œuvre, dans R4\R^4)

Soient F=Vect(e1, e2, (1,1,1,0))F = \operatorname{Vect}\bigl(e_1,\ e_2,\ (1,1,1,0)\bigr) et G=Vect(e3,e4)G = \operatorname{Vect}(e_3, e_4) dans R4\R^4. Dimensions : dimF=3\dim F = 3 (le troisième générateur a une troisième coordonnée non nulle, il est hors de Vect(e1,e2)\operatorname{Vect}(e_1, e_2)) et dimG=2\dim G = 2. Somme : F+GF + G contient e1,e2,e4e_1, e_2, e_4 et e3=(1,1,1,0)e1e2e_3 = (1,1,1,0) - e_1 - e_2 : c’est R4\R^4 tout entier. Grassmann calcule alors la taille de l’intersection sans la moindre élimination :

dim(FG)=3+24=1.\dim(F \cap G) = 3 + 2 - 4 = 1 .

Pour identifier la droite, regardons dans GG : un vecteur (0,0,c,d)(0, 0, c, d) appartient à FF exactement quand il vaut ae1+be2+λ(1,1,1,0)a e_1 + b e_2 + \lambda(1,1,1,0), ce qui force λ=a=b\lambda = -a = -b et d=0d = 0 : l’intersection est Vect(e3)\operatorname{Vect}(e_3) — cohérent, puisque e3e_3 a été exhibé dans FF ci-dessus et appartient à GG par définition. Division du travail typique : Grassmann prédit combien il faut chercher, le système linéaire trouve ensuite quoi.

Exemple 19.21 (Intersecter par les équations)

Quand les deux sous-espaces sont donnés comme ensembles de solutions, intersecter revient simplement à empiler les équations. Dans R3\R^3 : F={x+y+z=0}F = \{x + y + z = 0\} et G={x=y}G = \{x = y\} donnent

FG={x=y, 2x+z=0}={(x, x, 2x)}=Vect(1,1,2),F \cap G = \{x = y,\ 2x + z = 0\} = \{(x,\ x,\ -2x)\} = \operatorname{Vect}(1, 1, -2),

une droite. Contre-vérification par Grassmann : F+G=R3F + G = \R^3 (les plans sont distincts, donc leur somme contient strictement un plan), d’où dim(FG)=2+23=1\dim(F\cap G) = 2 + 2 - 3 = 1. Les deux descriptions d’un sous-espace — par équations, par générateurs — rendent chacune une opération triviale : les équations s’intersectent en s’empilant, les générateurs se somment en se concaténant ; passer des unes aux autres est exactement ce que signifie résoudre un système linéaire (Chapitre 22).

Remarque 19.22 (Pièges courants)

Les dimensions ne s’ajoutent pas le long des sommes sauf si la somme est directe : deux plans de R3\R^3 vérifient dim(F+G)=3\dim(F + G) = 3, et non 44 ; toujours corriger par le terme d’intersection (Grassmann). Une inclusion demande la dimension et l’inclusion : dimF=dimG\dim F = \dim G seul ne donne jamais F=GF = G (deux droites distinctes de R2\R^2) ; le cas d’égalité du Théorème 19.14 exige d’abord FGF \subseteq G. Compter des paramètres n’est pas encore une démonstration : « deux équations dans R4\R^4, donc dimension 22 » est faux quand les équations sont dépendantes (x+y=0x + y = 0 et 2x+2y=02x + 2y = 0 laissent la dimension 33) ; seul un paramétrage effectif ou un calcul de rang décide. Ne pas parler de la dimension d’un ensemble qui n’est pas un sous-espace : les ensembles de solutions des systèmes non homogènes ne contiennent pas 00 ; leur « dimension » est celle de l’espace des solutions du système homogène associé (le Chapitre 22 rendra cela précis). La dimension infinie existe : K[X]K[X] contient des familles libres de toutes les tailles (les monômes), donc aucune famille génératrice finie ne peut exister — des énoncés comme la règle « deux sur trois » sont strictement de dimension finie et échouent lourdement sur K[X]K[X] (le Corollaire 20.9 montrera la même chose pour l’injectivité et la surjectivité). Le rang porte sur le sous-espace engendré, pas sur la liste : répéter un vecteur, réordonner, ou multiplier par des constantes non nulles laisse le rang inchangé, et rk=p\operatorname{rk} = p (le nombre de vecteurs) est une propriété à démontrer — c’est exactement la liberté. Une famille de 55 vecteurs de rang 22 porte l’équivalent de trois vecteurs de redondance, que l’élimination (Exemple 19.16) localise explicitement.

Remarque 19.23 (Où la dimension se met au travail)

La dimension est désormais l’argument de comptage préféré du livre. Le Chapitre 20 démontre le théorème du rang, version fonctionnelle de la formule de Grassmann ; le Chapitre 21 calcule les rangs par opérations sur les lignes ; le Chapitre 22 transforme « nn vecteurs de KnK^n forment une base » en un seul nombre non nul. Le devoir maison ci-dessous montre la dimension faisant de l’arithmétique : compter des dimensions sur le corps Q\Q démontre des énoncés d’irrationalité qui paraissent inattaquables à la main. Dans le volume de Licence 3, les mêmes comptes de dimension, affinés par la théorie des groupes, décident quels problèmes classiques de construction sont solubles — cette histoire s’appelle la théorie de Galois.

Remarque 19.24 (Perspectives à l’intérieur du livre 3)

La dimension est la quantité conservée de tout le reste de ce volume, et il vaut la peine d’en nommer les lois de conservation à l’avance. Le Chapitre 20 démontre dimE=dimkeru+rku\dim E = \dim\ker u + \operatorname{rk} u : ce qu’une application linéaire écrase plus ce qu’elle conserve fait toujours l’espace de départ. Le Chapitre 22 raffine cela en la structure des ensembles de solutions : pp inconnues moins rkA\operatorname{rk} A pivots laissent la dimension de l’espace des solutions, que le pivot de Gauss exhibe comme paramètres libres. Le Chapitre 23 scinde dimE=dimF+dimF\dim E = \dim F + \dim F^\perp orthogonalement, et le devoir maison du Chapitre 25 dépense exactement ce budget : nn points de données, 22 paramètres ajustés, n2n - 2 dimensions de résidus. Chaque fois qu’un compte refuse de tomber juste dans un chapitre ultérieur, l’erreur est un noyau oublié ou une somme non directe — revenir d’abord à la formule de Grassmann.

19.3 Exercices

Exercice 19.1

Donner une base et la dimension de :

  1. F={(x,y,z)R3:x+y+z=0}F = \{(x,y,z) \in \R^3 : x + y + z = 0\} ;
  2. G={(x,y,z,t)R4:x=y, z=2t}G = \{(x,y,z,t) \in \R^4 : x = y,\ z = 2t\} ;
  3. H={PR3[X]:P(1)=P(1)=0}H = \{P \in \R_3[X] : P(1) = P'(1) = 0\}.
Solution

Solution de Exercice 19.1.

  1. z=xyz = -x - y : F={(x,y,xy)}=Vect((1,0,1),(0,1,1))F = \{(x, y, -x-y)\} = \operatorname{Vect}\bigl((1,0,-1), (0,1,-1)\bigr) ; les deux vecteurs sont libres (coordonnées) : dimF=2\dim F = 2.
  2. G={(x,x,2t,t)}=Vect((1,1,0,0),(0,0,2,1))G = \{(x, x, 2t, t)\} = \operatorname{Vect}\bigl((1,1,0,0), (0,0,2,1)\bigr) : libre, dimG=2\dim G = 2.
  3. P(1)=P(1)=0P(1) = P'(1) = 0 signifie (X1)2P(X-1)^2 \mid P (Proposition 8.11) : P=(X1)2(aX+b)P = (X-1)^2(aX + b). Base ((X1)2,X(X1)2)\bigl((X-1)^2, X(X-1)^2\bigr), dimension 22.

Exercice 19.2

Calculer le rang de la famille ((1,1,1),(1,2,3),(3,5,7),(0,1,2))\bigl((1,1,1), (1,2,3), (3,5,7), (0,1,2)\bigr) dans R3\R^3, et extraire une base du sous-espace qu’elle engendre.

Solution

Solution de Exercice 19.2.

(3,5,7)=(1,1,1)+2(1,2,3)(3,5,7) = (1,1,1) + 2(1,2,3) et (0,1,2)=(1,2,3)(1,1,1)(0,1,2) = (1,2,3) - (1,1,1) : les deux sont combinaisons des deux premiers, qui sont libres (non proportionnels). Rang 22 ; base du sous-espace engendré : ((1,1,1),(1,2,3))\bigl((1,1,1), (1,2,3)\bigr).

Exercice 19.3

Compléter la famille libre ((1,1,0,0),(0,0,1,1))\bigl((1,1,0,0), (0,0,1,1)\bigr) en une base de R4\R^4 à l’aide de vecteurs canoniques, et justifier.

Solution

Solution de Exercice 19.3.

Essayons d’adjoindre e1=(1,0,0,0)e_1 = (1,0,0,0) et e3=(0,0,1,0)e_3 = (0,0,1,0). La famille ((1,1,0,0),(0,0,1,1),e1,e3)\bigl((1,1,0,0), (0,0,1,1), e_1, e_3\bigr) est libre : une combinaison nulle α(1,1,0,0)+β(0,0,1,1)+γe1+δe3=0\alpha(1,1,0,0) + \beta(0,0,1,1) + \gamma e_1 + \delta e_3 = 0 s’écrit (α+γ,α,β+δ,β)=0(\alpha + \gamma, \alpha, \beta + \delta, \beta) = 0, d’où α=β=0\alpha = \beta = 0, puis γ=δ=0\gamma = \delta = 0. Quatre vecteurs libres en dimension 44 : une base (Proposition 19.8).

Exercice 19.4

Démontrer que (1,X,X(X1),X(X1)(X2))\bigl(1, X, X(X-1), X(X-1)(X-2)\bigr) est une base de R3[X]\R_3[X], et trouver les coordonnées de X3X^3 dans cette base.

Solution

Solution de Exercice 19.4.

Degrés 0,1,2,30, 1, 2, 3 deux à deux distincts : libre (Proposition 18.19), quatre vecteurs en dimension 44 : base. Pour X3X^3 : développons de proche en proche,

X(X1)(X2)=X33X2+2X,X(X1)=X2X,X(X-1)(X-2) = X^3 - 3X^2 + 2X, \qquad X(X-1) = X^2 - X,

donc X3X(X1)(X2)=3X22XX^3 - X(X-1)(X-2) = 3X^2 - 2X ; et 3X22X=3(X2X)+X=3X(X1)+X3X^2 - 2X = 3(X^2 - X) + X = 3\,X(X-1) + X. Ainsi

X3=X(X1)(X2)+3X(X1)+1X+01:X^3 = X(X-1)(X-2) + 3\,X(X-1) + 1\cdot X + 0\cdot 1 :

coordonnées (0,1,3,1)(0, 1, 3, 1) sur (1,X,X(X1),X(X1)(X2))\bigl(1, X, X(X-1), X(X-1)(X-2)\bigr). (Ce sont des nombres de Stirling déguisés.)

Exercice 19.5 ★★

Soient FF et GG des sous-espaces vectoriels de dimensions 44 et 55 d’un espace EE avec dimE=7\dim E = 7. Quelles sont les valeurs possibles de dim(FG)\dim(F \cap G) ? Donner un exemple réalisant chaque valeur avec E=R7E = \R^7.

Solution

Solution de Exercice 19.5.

Grassmann : dim(FG)=4+5dim(F+G)\dim(F \cap G) = 4 + 5 - \dim(F + G), et F+GF + G est un sous-espace de EE contenant GG : 5dim(F+G)75 \leq \dim(F+G) \leq 7. Donc dim(FG){2,3,4}\dim(F \cap G) \in \{2, 3, 4\}. Réalisations dans R7\R^7 muni de la base canonique (e1,,e7)(e_1, \dots, e_7), en prenant G=Vect(e1,,e5)G = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_5) :

  • F=Vect(e1,e2,e6,e7)F = \operatorname{Vect}(e_1, e_2, e_6, e_7) : F+G=R7F + G = \R^7, intersection Vect(e1,e2)\operatorname{Vect}(e_1, e_2), dimension 22 ;
  • F=Vect(e1,e2,e3,e6)F = \operatorname{Vect}(e_1, e_2, e_3, e_6) : intersection de dimension 33 ;
  • F=Vect(e1,e2,e3,e4)GF = \operatorname{Vect}(e_1, e_2, e_3, e_4) \subseteq G : dimension 44.

Exercice 19.6 ★★

Soit H={PRn[X]:P(1)=0}H = \{P \in \R_n[X] : P(1) = 0\}. Démontrer que HH est un hyperplan de Rn[X]\R_n[X] (un sous-espace de dimension nn), exhiber une base de HH (penser au théorème du facteur : P=(X1)QP = (X-1)Q), et donner une droite supplémentaire.

Solution

Solution de Exercice 19.6.

HH est un sous-espace (Exercice 18.1 (4) mot pour mot). Par le théorème du facteur (Théorème 8.7), PH    P=(X1)QP \in H \iff P = (X-1)Q avec degQn1\deg Q \leq n - 1 : l’application Q(X1)QQ \mapsto (X-1)Q est une bijection linéaire de Rn1[X]\R_{n-1}[X] sur HH, donc une base de HH est

((X1), (X1)X, (X1)X2, , (X1)Xn1),dimH=n.\bigl((X-1),\ (X-1)X,\ (X-1)X^2,\ \dots,\ (X-1)X^{n-1}\bigr), \qquad \dim H = n .

Une droite supplémentaire : Vect(1)\operatorname{Vect}(1) (les constantes). En effet HVect(1)={0}H \cap \operatorname{Vect}(1) = \{0\} (une constante non nulle ne s’annule pas en 11) et les dimensions totalisent n+1n + 1 : par Grassmann, HVect(1)=Rn[X]H \oplus \operatorname{Vect}(1) = \R_n[X].

Exercice 19.7 ★★

Soient u1,,upu_1, \dots, u_p des vecteurs de rang rr. Démontrer que retirer un vecteur donne une famille de rang rr ou r1r - 1, et qu’adjoindre un vecteur donne un rang rr ou r+1r + 1. En déduire que le rang varie d’au plus 11 sous toute insertion ou suppression isolée.

Solution

Solution de Exercice 19.7.

Suppression : en retirant upu_p, le sous-espace engendré ne peut que diminuer ; et il diminue d’au plus une dimension, car en rajoutant upu_p à une base du plus petit sous-espace on obtient une famille génératrice du plus grand avec au plus un vecteur de plus. Symétriquement, en adjoignant un vecteur vv : le nouveau sous-espace engendré contient l’ancien avec au plus un générateur de plus, donc sa dimension vaut rr (si vv était déjà dans le sous-espace engendré) ou r+1r + 1 (sinon, une base se prolonge par la Proposition 18.19 (2)). Les deux énoncés réunis donnent la conclusion « le rang est 11-lipschitzien ».

Exercice 19.8 ★★★

Soient F1F2FkF_1 \subseteq F_2 \subseteq \dots \subseteq F_k des sous-espaces de EE (dimE=n\dim E = n) avec FiFi+1F_i \neq F_{i+1} pour tout ii. Démontrer que kn+1k \leq n + 1. En déduire qu’une chaîne strictement croissante de sous-espaces de Rn\R^n a une longueur au plus n+1n + 1, et en exhiber une de longueur maximale.

Solution

Solution de Exercice 19.8.

Le long d’une chaîne strictement croissante, les dimensions croissent strictement (FiFi+1F_i \subseteq F_{i+1}, FiFi+1F_i \neq F_{i+1} et Théorème 19.14 : l’égalité des dimensions forcerait l’égalité des espaces). Donc dimF1<dimF2<<dimFk\dim F_1 < \dim F_2 < \dots < \dim F_k est une suite strictement croissante d’entiers de [ ⁣[0,n] ⁣]\intint{0}{n} : au plus n+1n + 1 valeurs, kn+1k \leq n + 1. Chaîne maximale dans Rn\R^n :

{0}Vect(e1)Vect(e1,e2)Rn,\{0\} \subsetneq \operatorname{Vect}(e_1) \subsetneq \operatorname{Vect}(e_1, e_2) \subsetneq \dots \subsetneq \R^n ,

de longueur exactement n+1n + 1.

Exercice 19.9 ★★★

Soient EE de dimension nn et FF, GG deux hyperplans (de dimension n1n - 1), FGF \neq G. Calculer dim(FG)\dim(F \cap G). Généraliser : l’intersection de kk hyperplans a une dimension nk\geq n - k.

Solution

Solution de Exercice 19.9.

F+GF + G contient strictement FF (car G⊈FG \not\subseteq F), donc dim(F+G)=n\dim(F + G) = n et Grassmann donne dim(FG)=(n1)+(n1)n=n2\dim(F \cap G) = (n-1) + (n-1) - n = n - 2.

Énoncé général, par récurrence sur kk : l’intersection IkI_k de kk hyperplans vérifie dimIknk\dim I_k \geq n - k. Vrai pour k=1k = 1. Étape : Ik+1=IkHk+1I_{k+1} = I_k \cap H_{k+1}, et Grassmann dans EE :

dim(IkHk+1)=dimIk+(n1)dim(Ik+Hk+1)dimIk+(n1)nnk1.\dim(I_k \cap H_{k+1}) = \dim I_k + (n - 1) - \dim(I_k + H_{k+1}) \geq \dim I_k + (n-1) - n \geq n - k - 1 . \qedhere

Exercice 19.10 ★★

Soit EE l’ensemble des suites réelles vérifiant un+2=3un+12unu_{n+2} = 3u_{n+1} - 2u_n pour tout nn.

  1. Montrer que EE est un sous-espace de l’espace des suites, et qu’une suite de EE est entièrement déterminée, linéairement, par le couple (u0,u1)(u_0, u_1) ; en déduire dimE=2\dim E = 2.
  2. Vérifier que la suite constante (1)(1) et la suite géométrique (2n)(2^n) appartiennent à EE et forment une base de EE.
  3. Trouver la suite de EE telle que u0=0u_0 = 0, u1=1u_1 = 1.
Solution

Solution de Exercice 19.10.

  1. La condition un+23un+1+2un=0u_{n+2} - 3u_{n+1} + 2u_n = 0 est linéaire et satisfaite par la suite nulle : EE est un sous-espace. Par récurrence, u0u_0 et u1u_1 déterminent tous les unu_n, et la dépendance est linéaire (chaque étape est une combinaison linéaire des deux valeurs précédentes) ; réciproquement tout couple (a,b)(a, b) provient d’exactement une suite de EE (définir unu_n par la récurrence). Comme dans l’Exemple 19.5, EE est paramétré bijectivement et linéairement par (u0,u1)R2(u_0, u_1) \in \R^2 : dimE=2\dim E = 2.
  2. Constantes : 3121=13\cdot1 - 2\cdot1 = 1. Géométrique : 32n+122n=(62)2n=2n+23\cdot 2^{n+1} - 2\cdot 2^n = (6 - 2)2^n = 2^{n+2}. Les deux appartiennent à EE. Liberté : a1+b2n=0a\cdot 1 + b\cdot 2^n = 0 pour tout nn donne, en n=0n = 0 et n=1n = 1 : a+b=0a + b = 0, a+2b=0a + 2b = 0, donc a=b=0a = b = 0. Deux vecteurs libres en dimension 22 : une base (Proposition 19.8).
  3. Résolvons a+b=0a + b = 0, a+2b=1a + 2b = 1 : b=1b = 1, a=1a = -1, donc un=2n1u_n = 2^n - 1 (la suite de Mersenne).

Exercice 19.11 ★★

Soit EE de dimension nn.

  1. Si F,GF, G sont des sous-espaces avec dimF+dimG>n\dim F + \dim G > n, démontrer que FG{0}F \cap G \neq \{0\}. Illustrer : deux sous-espaces de dimensions 5151 et 5050 de R100\R^{100} partagent toujours un vecteur non nul.
  2. Si HH est un hyperplan et FF un sous-espace avec FH={0}F \cap H = \{0\}, démontrer que dimF1\dim F \leq 1.
Solution

Solution de Exercice 19.11.

  1. Grassmann : dim(FG)=dimF+dimGdim(F+G)dimF+dimGn>0\dim(F \cap G) = \dim F + \dim G - \dim(F + G) \geq \dim F + \dim G - n > 0, donc FG{0}F \cap G \neq \{0\}. Avec n=100n = 100 : 51+50100=1>051 + 50 - 100 = 1 > 0, l’intersection contient une droite.
  2. Si FH={0}F \cap H = \{0\}, la somme est directe et dimF+(n1)=dim(FH)n\dim F + (n - 1) = \dim(F \oplus H) \leq n, donc dimF1\dim F \leq 1. (Réciproquement une droite non contenue dans HH vérifie bien cela : les hyperplans ne ratent presque rien.)

Exercice 19.12 ★★★

(Supplémentaire commun) Soient F,GF, G des sous-espaces de EE (de dimension finie) avec dimF=dimG\dim F = \dim G. Démontrer que FF et GG admettent un supplémentaire commun : il existe un sous-espace SS tel que E=FS=GSE = F \oplus S = G \oplus S. (Récurrence descendante sur dimF\dim F : si FGEF \neq G \neq E, choisir xFGx \notin F \cup G — l’Exercice 18.12 l’autorise — et considérer FVect(x)F \oplus \operatorname{Vect}(x) et GVect(x)G \oplus \operatorname{Vect}(x).)

Solution

Solution de Exercice 19.12.

Récurrence descendante sur d=dimF=dimGd = \dim F = \dim G, de d=nd = n à d=0d = 0. Si d=nd = n : F=G=EF = G = E et S={0}S = \{0\} convient. Supposons l’énoncé vrai pour les couples de sous-espaces de dimension d+1nd + 1 \leq n, et soit dimF=dimG=d<n\dim F = \dim G = d < n.

Si F=GF = G : prendre pour SS n’importe quel supplémentaire de FF (Théorème 19.14). Si FGF \neq G : tous deux sont propres, donc par l’Exercice 18.12 il existe xFGx \notin F \cup G. Les sommes F=FVect(x)F' = F \oplus \operatorname{Vect}(x) et G=GVect(x)G' = G \oplus \operatorname{Vect}(x) sont directes (xFx \notin F, xGx \notin G) et de dimension d+1d + 1 ; par hypothèse de récurrence elles admettent un supplémentaire commun SS' : E=FS=GSE = F' \oplus S' = G' \oplus S'. Posons S=Vect(x)SS = \operatorname{Vect}(x) \oplus S'somme directe, car SVect(x)SF={0}S' \cap \operatorname{Vect}(x) \subseteq S' \cap F' = \{0\}.

Alors F+S=F+Vect(x)+S=F+S=EF + S = F + \operatorname{Vect}(x) + S' = F' + S' = E, et FS={0}F \cap S = \{0\} : si f=λx+sf = \lambda x + s' avec fFf \in F, sSs' \in S', alors s=fλxFS={0}s' = f - \lambda x \in F' \cap S' = \{0\}, donc f=λxf = \lambda x, ce qui force λ=0\lambda = 0 (xFx \notin F) et f=0f = 0. Ainsi E=FSE = F \oplus S, et symétriquement E=GSE = G \oplus S.

19.4 Problème : la formule des degrés de Dedekind

Problème 19.1

Rien, dans les chapitres 18 et 19, n’a fait appel aux scalaires au-delà des axiomes de corps (Définition 7.22) : on peut donc prendre K=QK = \Q et mesurer des ensembles de nombres réels à l’aune de la Q\Q-dimension. Ce problème calcule la dimension de Q(2,3)\Q(\sqrt2, \sqrt3), démontre la formule des degrés de Dedekind dimQM=dimQKdimKM\dim_\Q M = \dim_\Q K \cdot \dim_K M, et récolte des théorèmes d’irrationalité par pur comptage de dimensions — pas de ε\varepsilon, pas de décimales, rien que des bases.

Partie I — Scalaires rationnels.

  1. Vérifier que Q\Q est un corps et que toutes les définitions et démonstrations des chapitres 18 et 19 n’utilisent que les axiomes de corps des scalaires ; en conclure que R\R est un Q\Q-espace vectoriel et que le lemme d’échange, les théorèmes sur les bases et la formule de Grassmann valent sur Q\Q. Repérer l’unique étape de la démonstration du Théorème 19.2 où l’on divise par un scalaire non nul.
  2. Montrer que (1,2)(1, \sqrt2) est libre sur Q\Q mais liée sur R\R. Poser Q(2)=VectQ(1,2)={a+b2:a,bQ}\Q(\sqrt2) = \operatorname{Vect}_\Q(1, \sqrt2) = \{a + b\sqrt2 : a, b \in \Q\} ; que vaut dimQQ(2)\dim_\Q \Q(\sqrt2) ?
  3. Montrer que Q(2)\Q(\sqrt2) est stable par multiplication. Pour u=a+b2u = a + b\sqrt2, poser σ(u)=ab2\sigma(u) = a - b\sqrt2 et N(u)=uσ(u)=a22b2N(u) = u\,\sigma(u) = a^2 - 2b^2. Montrer que σ(uv)=σ(u)σ(v)\sigma(uv) = \sigma(u)\sigma(v), en déduire N(uv)=N(u)N(v)N(uv) = N(u)N(v), et montrer que N(u)0N(u) \neq 0 dès que u0u \neq 0.
  4. En déduire que tout uQ(2)u \in \Q(\sqrt2) non nul a son inverse dans Q(2)\Q(\sqrt2), à savoir u1=σ(u)/N(u)u^{-1} = \sigma(u)/N(u) : Q(2)\Q(\sqrt2) est un sous-corps de R\R. Calculer 13+22\dfrac1{3 + 2\sqrt2} et 11+2\dfrac1{1 + \sqrt2}.

Partie II — Adjonction de 3\sqrt3.

  1. Démontrer que 6Q\sqrt6 \notin \Q (comparer l’exposant de 22 des deux côtés de 6q2=p26q^2 = p^2, comme dans l’Exercice 6.7), puis que 3Q(2)\sqrt3 \notin \Q(\sqrt2) (élever 3=a+b2\sqrt3 = a + b\sqrt2 au carré et discuter les cas ab0ab \neq 0, b=0b = 0, a=0a = 0).
  2. Soit M=VectQ(1,2,3,6)M = \operatorname{Vect}_\Q(1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6). Montrer que MM est stable par multiplication (une table des produits des vecteurs de base suffit).
  3. On pose K=Q(2)K = \Q(\sqrt2). Montrer que (1,3)(1, \sqrt3) est libre sur le corps KK, et en déduire que M=K+K3M = K + K\sqrt3 est un KK-espace vectoriel de dimension 22, de base (1,3)(1, \sqrt3).
  4. Démontrer que (1,2,3,6)(1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6) est libre sur Q\Q, donc dimQM=4\dim_\Q M = 4. (Regrouper une relation nulle sous la forme (a+b2)+(c+d2)3=0(a + b\sqrt2) + (c + d\sqrt2)\sqrt3 = 0 et appliquer les questions 7 puis 2.)

Partie III — La formule des degrés. Soient QKMR\Q \subseteq K \subseteq M \subseteq \RKK et MM sont des sous-corps, (e1,,em)(e_1, \dots, e_m) une base de KK comme Q\Q-espace vectoriel, et (f1,,fn)(f_1, \dots, f_n) une base de MM comme KK-espace vectoriel.

  1. Montrer que les mnmn produits (eifj)(e_i f_j) engendrent MM sur Q\Q.
  2. Montrer que la famille (eifj)(e_i f_j) est libre sur Q\Q. (Réorganiser une Q\Q-combinaison nulle sous la forme j(iλijei)fj\sum_j \bigl(\sum_i \lambda_{ij} e_i\bigr) f_j, dont les coefficients intérieurs vivent dans KK.)
  3. Conclure par la formule des degrés de Dedekind :

    dimQM  =  dimQKdimKM,\dim_\Q M \;=\; \dim_\Q K \,\cdot\, \dim_K M ,

    et la vérifier sur QQ(2)M\Q \subseteq \Q(\sqrt2) \subseteq M à l’aide des questions 7 et 8.

  4. (Des corps gratuitement) Soit ARA \subseteq \R un Q\Q-sous-espace de dimension finie contenant 11 et stable par multiplication, et soit uAu \in A, u0u \neq 0. Montrer que si (a1,,ad)(a_1, \dots, a_d) est une base de AA, alors (ua1,,uad)(u a_1, \dots, u a_d) en est encore une ; en déduire que uu a un inverse dans AA : AA est un sous-corps de R\R. Quelles questions antérieures ce résultat redémontre-t-il ?
  5. Montrer que pour tout xAx \in A (comme à la question 12, dimQA=d\dim_\Q A = d) la famille (1,x,x2,,xd)(1, x, x^2, \dots, x^{d}) est liée : tout élément de AA est racine d’un polynôme non nul à coefficients rationnels, de degré au plus dd.

Partie IV — Un seul nombre engendre tout. Posons s=2+3s = \sqrt2 + \sqrt3.

  1. Calculer les coordonnées de s2s^2, s3s^3 et s4s^4 dans la base (1,2,3,6)(1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6) de MM.
  2. Montrer que (1,s,s2,s3)(1, s, s^2, s^3) est libre sur Q\Q, et en déduire que VectQ(1,s,s2,s3)=M\operatorname{Vect}_\Q(1, s, s^2, s^3) = M : tout élément de MM est un polynôme à coefficients rationnels en ss. Exprimer 2\sqrt2 et 3\sqrt3 comme de tels polynômes.
  3. Vérifier que s410s2+1=0s^4 - 10s^2 + 1 = 0, et montrer que X410X2+1X^4 - 10X^2 + 1 est le polynôme unitaire de plus petit degré s’annulant en ss. Déterminer ses quatre racines réelles.
  4. En déduire : 1/s=10ss31/s = 10s - s^3 ; identifier ce nombre. Montrer que a+b2+c3+d6a + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 (a,b,c,dQa,b,c,d \in \Q) est rationnel si et seulement si b=c=d=0b = c = d = 0 ; en particulier 2+3+6\sqrt2 + \sqrt3 + \sqrt6 est irrationnel (ce qui renforce l’Exercice 10.7).

Partie V — La racine cubique reste dehors. Posons t=21/3t = 2^{1/3}.

  1. Montrer que X32X^3 - 2 n’a pas de racine rationnelle (le critère de racine rationnelle de l’Exercice 8.5, ou un comptage de valuations) ; en déduire que (1,t)(1, t) est libre sur Q\Q.
  2. Montrer que (1,t,t2)(1, t, t^2) est libre sur Q\Q. (Si un PQ[X]P \in \Q[X] non nul de degré 2\leq 2 annule tt, en prendre un de plus petit degré et diviser X32X^3 - 2 par lui, Théorème 8.3 ; conclure que X32X^3 - 2 aurait une racine rationnelle.) En déduire que A=VectQ(1,t,t2)A = \operatorname{Vect}_\Q(1, t, t^2) est de dimension 33, est stable par multiplication, et est un sous-corps de R\R.
  3. Démontrer que tMt \notin M : sinon MM serait un espace vectoriel sur le corps AA, et la formule des degrés forcerait 343 \mid 4. Donc 21/32^{1/3} n’est pas une combinaison rationnelle de 1,2,3,61, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6.
  4. En déduire que tQ(2)t \notin \Q(\sqrt2), que t+2t + \sqrt2 est irrationnel, et qu’aucun couple de rationnels a,ba, b ne vérifie 21/3=a+b32^{1/3} = a + b\sqrt3.

Partie VI — Tous les sous-corps, et synthèse.

  1. Démontrer la divisibilité des degrés : si QABR\Q \subseteq A \subseteq B \subseteq \R sont des sous-corps avec dimQB\dim_\Q B finie, alors dimQA\dim_\Q A divise dimQB\dim_\Q B. Quelles sont les dimensions possibles des sous-corps de MM ?
  2. Déterminer tous les sous-corps de MM de dimension 22 sur Q\Q. (Se ramener à trouver les w=a+b2+c3+d6MQw = a + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 \in M \setminus \Q tels que w2Qw^2 \in \Q : développer w2w^2 et annuler les trois coordonnées irrationnelles.)
  3. Exprimer 11+2+3\dfrac1{1 + \sqrt2 + \sqrt3} dans la base (1,2,3,6)(1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6) (multiplier par des conjugués bien choisis).
  4. Synthèse, en quatre phrases : pourquoi la Q\Q-dimension est un invariant arithmétique d’un ensemble de réels ; ce que la finitude de la dimension impose à chaque élément (question 13) ; comment la règle « deux sur trois » a produit des inverses à partir de rien (question 12) ; et ce que la formule des degrés interdit (question 20). Nommer le théorème démontré dans la partie III.
Solution

Solution de Problème 19.1.

1. Q\Q contient 010 \neq 1, est stable par addition, multiplication et passage à l’opposé, et tout rationnel non nul a un inverse rationnel : c’est un corps (Définition 7.22). Les définitions de sous-espace engendré, de liberté, de base et les démonstrations des chapitres 18 et 19 n’utilisent que l’addition vectorielle, la distributivité et l’arithmétique des scalaires dans un corps — jamais une valeur absolue, un ordre ou une limite. Donc R\R, muni de sa propre addition et de la multiplication Q×RR\Q \times \R \to \R, est un Q\Q-espace vectoriel, et tous les théorèmes s’appliquent. La division par un scalaire intervient une seule fois dans la démonstration du Théorème 19.2 : pour « résoudre en gkg_k », on divise par son coefficient non nul.

2. Si a+b2=0a + b\sqrt2 = 0 avec a,bQa, b \in \Q non tous deux nuls : b0b \neq 0 donnerait 2=a/bQ\sqrt2 = -a/b \in \Q, contredisant l’irrationalité de 2\sqrt2 (Exercice 6.7 avec p=2p = 2) ; donc b=0b = 0, puis a=0a = 0 : libre sur Q\Q. Sur R\R, la relation 21+(1)2=0\sqrt2\cdot 1 + (-1)\cdot\sqrt2 = 0 est non triviale : liée. Ainsi dimQQ(2)=2\dim_\Q \Q(\sqrt2) = 2, avec des coordonnées (a,b)(a, b) uniques.

3. (a+b2)(c+d2)=(ac+2bd)+(ad+bc)2Q(2)(a + b\sqrt2)(c + d\sqrt2) = (ac + 2bd) + (ad + bc)\sqrt2 \in \Q(\sqrt2). Alors

σ(uv)=(ac+2bd)(ad+bc)2=(ab2)(cd2)=σ(u)σ(v),\sigma(uv) = (ac + 2bd) - (ad + bc)\sqrt2 = (a - b\sqrt2)(c - d\sqrt2) = \sigma(u)\sigma(v),

donc N(uv)=uvσ(uv)=uσ(u)vσ(v)=N(u)N(v)N(uv) = uv\,\sigma(uv) = u\sigma(u)\,v\sigma(v) = N(u)N(v). Si N(u)=a22b2=0N(u) = a^2 - 2b^2 = 0 avec u0u \neq 0 : b0b \neq 0 donnerait (a/b)2=2(a/b)^2 = 2, une racine carrée rationnelle de 22 ; donc b=0b = 0, puis a=0a = 0 et u=0u = 0 : contradiction. Ainsi N(u)0N(u) \neq 0 dès que u0u \neq 0.

4. uσ(u)N(u)=N(u)N(u)=1u \cdot \dfrac{\sigma(u)}{N(u)} = \dfrac{N(u)}{N(u)} = 1, et σ(u)/N(u)Q(2)\sigma(u)/N(u) \in \Q(\sqrt2) : tout élément non nul est inversible dans Q(2)\Q(\sqrt2), qui est donc un sous-corps de R\R. Exemples : N(3+22)=98=1N(3 + 2\sqrt2) = 9 - 8 = 1, donc

13+22=322;N(1+2)=1,11+2=21.\frac1{3 + 2\sqrt2} = 3 - 2\sqrt2 ; \qquad N(1 + \sqrt2) = -1, \quad \frac1{1 + \sqrt2} = \sqrt2 - 1 .

5. Si 6=p/q\sqrt6 = p/q alors 6q2=p26q^2 = p^2 ; l’exposant de 22 vaut 1+2v2(q)1 + 2v_2(q), impair, à gauche, et 2v2(p)2v_2(p), pair, à droite : impossible. Supposons maintenant 3=a+b2\sqrt3 = a + b\sqrt2 avec a,bQa, b \in \Q. En élevant au carré : 3=a2+2b2+2ab23 = a^2 + 2b^2 + 2ab\sqrt2. Si ab0ab \neq 0, alors 2=(3a22b2)/(2ab)Q\sqrt2 = (3 - a^2 - 2b^2)/(2ab) \in \Q : impossible. Si b=0b = 0 : 3=aQ\sqrt3 = a \in \Q, contredisant l’Exercice 6.7 (p=3p = 3). Si a=0a = 0 : 3=b2\sqrt3 = b\sqrt2, et en multipliant par 2\sqrt2 : 6=2bQ\sqrt6 = 2b \in \Q : impossible. Donc 3Q(2)\sqrt3 \notin \Q(\sqrt2).

6. Les produits des vecteurs de base sont

23=6,26=23,36=32,(2)2=2, (3)2=3, (6)2=6,\sqrt2\,\sqrt3 = \sqrt6,\quad \sqrt2\,\sqrt6 = 2\sqrt3,\quad \sqrt3\,\sqrt6 = 3\sqrt2,\quad (\sqrt2)^2 = 2,\ (\sqrt3)^2 = 3,\ (\sqrt6)^2 = 6,

tous dans MM. Un produit de deux éléments de MM se développe par bilinéarité en combinaisons rationnelles de ceux-ci : MM est stable par multiplication.

7. Soit x+y3=0x + y\sqrt3 = 0 avec x,yK=Q(2)x, y \in K = \Q(\sqrt2). Si y0y \neq 0, alors 3=x/yK\sqrt3 = -x/y \in K (question 4 : KK est un corps), contredisant la question 5. Donc y=0y = 0, puis x=0x = 0 : (1,3)(1, \sqrt3) est libre sur KK. Elle engendre : K+K3={(a+b2)+(c+d2)3}=VectQ(1,2,3,6)=MK + K\sqrt3 = \{(a + b\sqrt2) + (c + d\sqrt2)\sqrt3\} = \operatorname{Vect}_\Q (1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6) = M. Ainsi dimKM=2\dim_K M = 2.

8. Une relation a+b2+c3+d6=0a + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 = 0 se regroupe en (a+b2)+(c+d2)3=0(a + b\sqrt2) + (c + d\sqrt2)\sqrt3 = 0, à coefficients dans KK ; par la question 7 les deux sont nuls, et par la question 2 a=b=0a = b = 0 et c=d=0c = d = 0. La famille est donc libre et dimQM=4\dim_\Q M = 4.

9. Tout xMx \in M s’écrit x=jyjfjx = \sum_j y_j f_j avec yjKy_j \in K (base de MM sur KK), et chaque yj=iλijeiy_j = \sum_i \lambda_{ij} e_i avec λijQ\lambda_{ij} \in \Q (base de KK sur Q\Q) ; en substituant, x=i,jλijeifjx = \sum_{i,j} \lambda_{ij}\, e_i f_j : les produits engendrent MM sur Q\Q.

10. Supposons i,jλijeifj=0\sum_{i,j} \lambda_{ij}\, e_i f_j = 0 avec λijQ\lambda_{ij} \in \Q. Regroupons : j(iλijei)fj=0\sum_j \bigl(\sum_i \lambda_{ij} e_i\bigr) f_j = 0, et les sommes intérieures appartiennent à KK. La liberté de (fj)(f_j) sur KK donne iλijei=0\sum_i \lambda_{ij} e_i = 0 pour chaque jj ; la liberté de (ei)(e_i) sur Q\Q donne ensuite λij=0\lambda_{ij} = 0 pour tous i,ji, j.

11. D’après les questions 9 et 10, (eifj)im,jn(e_i f_j)_{i \leq m,\, j \leq n} est une base de MM sur Q\Q, à mnmn éléments :

dimQM=mn=dimQKdimKM.\dim_\Q M = m\,n = \dim_\Q K \cdot \dim_K M .

Vérification : dimQK=2\dim_\Q K = 2 et dimKM=2\dim_K M = 2 (questions 2 et 7) donnent dimQM=4\dim_\Q M = 4, ce qui est la question 8.

12. Les vecteurs ua1,,uadu a_1, \dots, u a_d appartiennent à AA (stabilité). Ils sont libres : si iλiuai=0\sum_i \lambda_i\, u a_i = 0, alors uiλiai=0u \sum_i \lambda_i a_i = 0 dans R\R, et u0u \neq 0 force iλiai=0\sum_i \lambda_i a_i = 0, d’où λi=0\lambda_i = 0 (les aia_i forment une base). Donc (ua1,,uad)(u a_1, \dots, u a_d) est une famille libre de dd vecteurs de AA, avec dimQA=d\dim_\Q A = d : c’est une base (Proposition 19.8). En particulier 1A1 \in A se décompose en 1=iμiuai=uv1 = \sum_i \mu_i\, u a_i = u\,v avec v=iμiaiAv = \sum_i \mu_i a_i \in A : l’inverse de uu est dans AA. On retrouve ainsi la question 4 (A=Q(2)A = \Q(\sqrt2)) et l’on démontre d’un coup que MM est un sous-corps de R\R (avec la question 6).

13. Les d+1d + 1 vecteurs 1,x,x2,,xd1, x, x^2, \dots, x^{d} appartiennent tous à AA (stabilité par produit) ; une famille libre de AA a au plus dd vecteurs (Proposition 19.8), donc ils sont liés : il existe des rationnels λ0,,λd\lambda_0, \dots, \lambda_d, non tous nuls, tels que kλkxk=0\sum_k \lambda_k x^k = 0. Le polynôme P=kλkXkP = \sum_k \lambda_k X^k est non nul, à coefficients rationnels, de degré d\leq d, et P(x)=0P(x) = 0.

14. s2=2+26+3=5+26s^2 = 2 + 2\sqrt6 + 3 = 5 + 2\sqrt6 : coordonnées (5,0,0,2)(5, 0, 0, 2). Puis

s3=ss2=(2+3)(5+26)=52+212+53+218=112+93,s^3 = s\,s^2 = (\sqrt2 + \sqrt3)(5 + 2\sqrt6) = 5\sqrt2 + 2\sqrt{12} + 5\sqrt3 + 2\sqrt{18} = 11\sqrt2 + 9\sqrt3 ,

coordonnées (0,11,9,0)(0, 11, 9, 0) (en utilisant 12=23\sqrt{12} = 2\sqrt3, 18=32\sqrt{18} = 3\sqrt2). Enfin s4=(s2)2=25+206+24=49+206s^4 = (s^2)^2 = 25 + 20\sqrt6 + 24 = 49 + 20\sqrt6 : coordonnées (49,0,0,20)(49, 0, 0, 20).

15. Supposons a+bs+cs2+ds3=0a + bs + cs^2 + ds^3 = 0. En lisant les quatre coordonnées sur (1,2,3,6)(1, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6) :

a+5c=0,b+11d=0,b+9d=0,2c=0.a + 5c = 0,\qquad b + 11d = 0,\qquad b + 9d = 0,\qquad 2c = 0 .

Donc c=0c = 0, puis a=0a = 0 ; en soustrayant les deux équations médianes, 2d=02d = 0, puis b=0b = 0 : (1,s,s2,s3)(1, s, s^2, s^3) est libre. Quatre vecteurs libres dans MM, de dimension 44 : une base, donc VectQ(1,s,s2,s3)=M\operatorname{Vect}_\Q(1, s, s^2, s^3) = M. D’après la question 14, s39s=22s^3 - 9s = 2\sqrt2 et 11ss3=2311s - s^3 = 2\sqrt3 :

2=s39s2,3=11ss32.\sqrt2 = \frac{s^3 - 9s}{2}, \qquad \sqrt3 = \frac{11s - s^3}{2} .

16. s410s2+1=(49+206)10(5+26)+1=0s^4 - 10s^2 + 1 = (49 + 20\sqrt6) - 10(5 + 2\sqrt6) + 1 = 0. Un polynôme unitaire de degré 3\leq 3 s’annulant en ss produirait une combinaison nulle non triviale de (1,s,s2,s3)(1, s, s^2, s^3), contredisant la question 15 : X410X2+1X^4 - 10X^2 + 1 est de degré minimal. Ses racines : X2=5±26=(3±2)2X^2 = 5 \pm 2\sqrt6 = (\sqrt3 \pm \sqrt2)^2, donc les quatre racines réelles sont ±(3+2)\pm(\sqrt3 + \sqrt2) et ±(32)\pm(\sqrt3 - \sqrt2), c’est-à-dire ±2±3\pm\sqrt2 \pm \sqrt3.

17. De s410s2+1=0s^4 - 10s^2 + 1 = 0 on tire s(10ss3)=1s\,(10s - s^3) = 1, donc

1s=10ss3=10(2+3)(112+93)=32,\frac1s = 10s - s^3 = 10(\sqrt2 + \sqrt3) - (11\sqrt2 + 9\sqrt3) = \sqrt3 - \sqrt2 ,

en accord avec (3+2)(32)=1(\sqrt3 + \sqrt2)(\sqrt3 - \sqrt2) = 1. Si a+b2+c3+d6=rQa + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 = r \in \Q, alors (ar)+b2+c3+d6=0(a - r) + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 = 0, et la liberté (question 8) force b=c=d=0b = c = d = 0 (et a=ra = r). Pour 2+3+6\sqrt2 + \sqrt3 + \sqrt6, les coordonnées (0,1,1,1)(0, 1, 1, 1) ne sont pas de cette forme : irrationnel — énoncé plus fort que l’Exercice 10.7, obtenu sans aucune astuce d’élévation au carré.

18. Une racine rationnelle p/qp/q (sous forme irréductible) de X32X^3 - 2 vérifie p3=2q3p^3 = 2q^3, et le critère de l’Exercice 8.5 donne p2p \mid 2, q1q \mid 1 : les candidats sont ±1,±2\pm1, \pm2, dont les cubes valent ±1,±82\pm1, \pm8 \neq 2. Pas de racine rationnelle ; en particulier t=21/3Qt = 2^{1/3} \notin \Q, donc (1,t)(1, t) est libre sur Q\Q (comme à la question 2).

19. Supposons (1,t,t2)(1, t, t^2) liée : un certain PQ[X]P \in \Q[X] non nul avec degP2\deg P \leq 2 vérifie P(t)=0P(t) = 0 ; choisissons un tel PP de degré d1d \geq 1 minimal. Par la question 18, d1d \neq 1, donc d=2d = 2. Division euclidienne (Théorème 8.3) : X32=PQ+RX^3 - 2 = PQ + R avec Q,RQ[X]Q, R \in \Q[X], degR<2\deg R < 2. En évaluant en tt : 0=P(t)Q(t)+R(t)=R(t)0 = P(t)Q(t) + R(t) = R(t), donc RR s’annule en tt ; la minimalité de dd force R=0R = 0. Alors X32=PQX^3 - 2 = PQ avec degQ=1\deg Q = 1 : la racine rationnelle de QQ est une racine rationnelle de X32X^3 - 2, contredisant la question 18. Ainsi (1,t,t2)(1, t, t^2) est libre et dimQA=3\dim_\Q A = 3. Stabilité : t3=2t^3 = 2 réduit tout produit de 1,t,t21, t, t^2 à une combinaison de ceux-ci (tt2=2t\cdot t^2 = 2, t2t2=2tt^2\cdot t^2 = 2t) ; AA contient 11 : par la question 12, AA est un sous-corps de R\R.

20. Supposons tMt \in M. Alors t2Mt^2 \in M (stabilité), donc AMA \subseteq M, et MM est un espace vectoriel sur le corps AA : les axiomes sont ceux de l’arithmétique de R\R, restreinte. Il est de dimension finie sur AA (une famille Q\Q-génératrice finie engendre a fortiori sur AQA \supseteq \Q). La formule des degrés pour QAM\Q \subseteq A \subseteq M donne

4=dimQM=dimQAdimAM=3dimAM,4 = \dim_\Q M = \dim_\Q A \cdot \dim_A M = 3\,\dim_A M ,

impossible : 33 ne divise pas 44. Donc 21/3M2^{1/3} \notin M : aucune combinaison rationnelle de 1,2,3,61, \sqrt2, \sqrt3, \sqrt6 ne vaut 21/32^{1/3}.

21. Q(2)M\Q(\sqrt2) \subseteq M, donc tQ(2)t \notin \Q(\sqrt2). Si t+2=rQt + \sqrt2 = r \in \Q, alors t=r2Q(2)t = r - \sqrt2 \in \Q(\sqrt2) : contradiction — 21/3+22^{1/3} + \sqrt2 est irrationnel. Si t=a+b3t = a + b\sqrt3, alors tVectQ(1,3)Mt \in \operatorname{Vect}_\Q(1, \sqrt3) \subseteq M : contradiction à nouveau.

22. BB est un espace vectoriel sur le corps AA (restriction des scalaires), de dimension finie puisque dimQB\dim_\Q B l’est. La formule des degrés pour QAB\Q \subseteq A \subseteq B donne dimQB=dimQAdimAB\dim_\Q B = \dim_\Q A \cdot \dim_A B : le facteur de gauche divise. Les sous-corps de MM ont donc pour Q\Q-dimension 11, 22 ou 44 : la dimension 11 est Q\Q lui-même, la dimension 44 est MM.

23. Soit FMF \subseteq M un sous-corps avec dimQF=2\dim_\Q F = 2, et wFQw \in F \setminus \Q : (1,w)(1, w) est libre, donc c’est une base de FF. Par la question 13 (d=2d = 2), w2=α+βww^2 = \alpha + \beta w pour des rationnels α,β\alpha, \beta. En posant v=wβ/2FQv = w - \beta/2 \in F \setminus \Q :

v2=w2βw+β24=α+β24    Q,v^2 = w^2 - \beta w + \frac{\beta^2}4 = \alpha + \frac{\beta^2}4 \;\in\; \Q,

et F=Vect(1,v)F = \operatorname{Vect}(1, v). Écrivons maintenant v=a+b2+c3+d6v = a + b\sqrt2 + c\sqrt3 + d\sqrt6 et développons :

v2=(a2+2b2+3c2+6d2)+(2ab+6cd)2+(2ac+4bd)3+(2ad+2bc)6.v^2 = (a^2 + 2b^2 + 3c^2 + 6d^2) + (2ab + 6cd)\sqrt2 + (2ac + 4bd)\sqrt3 + (2ad + 2bc)\sqrt6 .

Les trois coordonnées irrationnelles s’annulent : ab+3cd=ac+2bd=ad+bc=0ab + 3cd = ac + 2bd = ad + bc = 0. Si a0a \neq 0 : b=3cd/ab = -3cd/a, et la deuxième condition devient c(a26d2)=0c(a^2 - 6d^2) = 0 ; comme a2=6d2a^2 = 6d^2 avec d0d \neq 0 rendrait 6=a/d\sqrt6 = \abs{a/d} rationnel, on a c=0c = 0 ou d=0d = 0, et dans les deux cas les conditions restantes forcent b=c=d=0b = c = d = 0, c’est-à-dire vQv \in \Q : exclu. Donc a=0a = 0, et les conditions s’écrivent 3cd=2bd=bc=03cd = 2bd = bc = 0 : au plus un des b,c,db, c, d est non nul. Ainsi vv est un multiple rationnel de 2\sqrt2, 3\sqrt3 ou 6\sqrt6, et

F{Q(2), Q(3), Q(6)},F \in \bigl\{\Q(\sqrt2),\ \Q(\sqrt3),\ \Q(\sqrt6)\bigr\} ,

chacun étant effectivement un sous-corps de dimension 22 (stabilité comme à la question 6, inverses par la question 12) : exactement trois sous-corps quadratiques.

24. (1+2+3)(1+23)=(1+2)23=22(1 + \sqrt2 + \sqrt3)(1 + \sqrt2 - \sqrt3) = (1 + \sqrt2)^2 - 3 = 2\sqrt2, donc

11+2+3=1+2322=2+264=12+142+03146.\frac1{1 + \sqrt2 + \sqrt3} = \frac{1 + \sqrt2 - \sqrt3}{2\sqrt2} = \frac{\sqrt2 + 2 - \sqrt6}{4} = \frac12 + \frac14\sqrt2 + 0\cdot\sqrt3 - \frac14\sqrt6 .

(Vérification : (1+2+3)(2+26)=4(1 + \sqrt2 + \sqrt3)(2 + \sqrt2 - \sqrt6) = 4 après développement.)

25. (i) La Q\Q-dimension attache un entier à chaque sous-corps de R\R, et la formule des degrés fait multiplier ces entiers le long des inclusions : la dimension se comporte comme un invariant arithmétique, et les contraintes de divisibilité deviennent des démonstrations d’impossibilité. (ii) La dimension finie force tout élément à satisfaire une équation polynomiale rationnelle non nulle, de degré au plus la dimension : finitude signifie algébricité. (iii) La règle « deux sur trois » a transformé « la multiplication par uu envoie une base sur une famille libre de taille maximale » en surjectivité, produisant u1u^{-1} sans aucune formule : les inverses sont sortis d’un comptage. (iv) La formule des degrés interdit un corps de dimension 33 à l’intérieur d’un corps de dimension 44, et c’est pourquoi 21/32^{1/3} ne peut être atteint à partir de 2\sqrt2 et 3\sqrt3. Le théorème de la partie III est la formule des degrés de Dedekind, coup d’envoi de la théorie de Galois, développée dans le volume de Licence 3.