Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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18Espaces vectoriels

L’algèbre linéaire commence ici : les axiomes des espaces vectoriels isolent ce que R2\R^2, R3\R^3, les espaces de polynômes et les espaces de fonctions ont en commun — on peut additionner, et multiplier par un scalaire. Deux chapitres construisent la théorie (le Chapitre 19 y ajoute la dimension) ; le langage qu’ils installent — sous-espace engendré, famille libre, base, somme directe — est le pain quotidien de tous les chapitres qui suivent. Dans tout ce qui suit, KK désigne R\R ou C\C (les scalaires).

18.1 Définition et exemples

Définition 18.1 (Espace vectoriel)

Un KK-espace vectoriel est un ensemble EE muni d’une addition faisant de (E,+)(E, +) un groupe abélien (de neutre noté 0E0_E ou 00), et d’une multiplication externe K×EEK \times E \to E telle que, pour tous λ,μK\lambda, \mu \in K et x,yEx, y \in E :

λ(x+y)=λx+λy,(λ+μ)x=λx+μx,λ(μx)=(λμ)x,1x=x.\lambda(x + y) = \lambda x + \lambda y,\quad (\lambda + \mu) x = \lambda x + \mu x,\quad \lambda(\mu x) = (\lambda\mu) x,\quad 1\,x = x .

Conséquences : 0x=0E0\,x = 0_E, λ0E=0E\lambda\,0_E = 0_E, (1)x=x(-1)x = -x, et λx=0E    λ=0\lambda x = 0_E \implies \lambda = 0 ou x=0Ex = 0_E (multiplier par λ1\lambda^{-1}).

Démonstration des conséquences. Pour 0x=0E0\,x = 0_E : de (0+0)x=0x+0x(0 + 0)x = 0x + 0x et (0+0)x=0x(0+0)x = 0x, on simplifie 0x0x dans le groupe (E,+)(E, +). Pour λ0E\lambda\,0_E : même astuce sur λ(0E+0E)\lambda(0_E + 0_E). Pour (1)x(-1)x : ajoutons xx,

x+(1)x=1x+(1)x=(1+(1))x=0x=0E,x + (-1)x = 1\,x + (-1)x = \bigl(1 + (-1)\bigr)x = 0\,x = 0_E ,

donc (1)x(-1)x est l’opposé de xx. Enfin si λx=0E\lambda x = 0_E avec λ0\lambda \neq 0 : multiplions par λ1\lambda^{-1} (les scalaires forment un corps) et utilisons les deux axiomes λ1(λx)=(λ1λ)x=1x=x\lambda^{-1}(\lambda x) = (\lambda^{-1}\lambda)x = 1x = x ainsi que λ10E=0E\lambda^{-1}0_E = 0_E : x=0Ex = 0_E. Aussi modestes soient-elles, ces quatre règles servent en silence à chaque page qui suit — et la dernière est exactement l’endroit où l’on a besoin d’un corps : sur les scalaires Z\Z, l’« espace » Z/2Z\Z/2\Z la mettrait en défaut avec 2x=02\,x = 0.

Exemple 18.2

KnK^n (opérations coordonnée par coordonnée) ; les polynômes K[X]K[X] ; les fonctions F(A,K)\mathcal{F}(A, K) d’un ensemble quelconque AA dans KK (opérations point par point) — qui contient les fonctions continues, les suites F(N,R)\mathcal{F}(\N, \R), etc. ; C\C comme R\R-espace vectoriel. Dans chaque cas, les axiomes sont hérités de ceux de KK.

Définition 18.3 (Sous-espace vectoriel)

FEF \subseteq E est un sous-espace vectoriel lorsque 0EF0_E \in F et que FF est stable par addition et par multiplication externe — de façon équivalente :

Fetx,yF, λK,x+λyF.F \neq \emptyset \qquad\text{et}\qquad \forall x, y \in F,\ \forall \lambda \in K,\quad x + \lambda y \in F .

Un sous-espace vectoriel est lui-même un espace vectoriel. Toute intersection de sous-espaces est un sous-espace ; une réunion ne l’est presque jamais (même démonstration qu’à Exercice 7.6).

Exemple 18.4

Dans F(R,R)\mathcal{F}(\R, \R) : les fonctions continues, les fonctions dérivables, les polynômes de degré n\leq n (notés Kn[X]K_n[X] à l’intérieur de K[X]K[X]), les solutions d’une équation différentielle linéaire homogène (le Théorème 5.10 disait exactement cela). Contre-exemples : {f:f(0)=1}\{f : f(0) = 1\} (pas de vecteur nul), les polynômes de degré exactement nn (non stable par addition).

Exemple 18.5 (Sous-espace ou non : quatre verdicts, argumentés)

Dans l’espace des suites réelles :

  • {u:u borneˊe}\{u : u \text{ bornée}\} est un sous-espace : 00 est bornée, et si unM\abs{u_n} \leq M, vnM\abs{v_n} \leq M', alors un+λvnM+λM\abs{u_n + \lambda v_n} \leq M + \abs\lambda M'.
  • {u:un1}\{u : u_n \to 1\} n’en est pas un : la suite nulle manque (et la somme de deux membres tend vers 22).
  • {u:u monotone}\{u : u \text{ monotone}\} n’en est pas un : un=nu_n = n et vn=n+(1)nv_n = -n + (-1)^n sont monotones, leur somme (1)n(-1)^n ne l’est pas ; c’est la stabilité par addition qui tombe en défaut, alors même que l’ensemble contient 00 et tous les multiples scalaires de ses membres.
  • {u:un+1=un2}\{u : u_{n+1} = u_n^2\} n’en est pas un : il contient 00 mais 2u2u s’en échappe dès que uu en est un membre non nul (2un+1(2un)22u_{n+1} \neq (2u_n)^2 en général) — l’élévation au carré est la non-linéarité coupable.

L’ordre de travail est toujours le même : tester 00 d’abord (le moins cher), puis la stabilité — et pour réfuter, un seul contre-exemple explicite vaut mieux que n’importe quelle quantité de doute.

18.2 Sous-espaces engendrés, sommes, sommes directes

Définition 18.6 (Combinaisons linéaires, sous-espace engendré)

Une combinaison linéaire de la famille (x1,,xp)(x_1, \dots, x_p) de vecteurs de EE est un vecteur λ1x1++λpxp\lambda_1 x_1 + \dots + \lambda_p x_p (λiK\lambda_i \in K). L’ensemble de toutes ces combinaisons est le sous-espace engendré Vect(x1,,xp)\operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_p) : c’est un sous-espace, le plus petit contenant la famille.

Démonstration des deux assertions. Stabilité : une somme de deux combinaisons linéaires λixi+μixi=(λi+μi)xi\sum\lambda_i x_i + \sum\mu_i x_i = \sum(\lambda_i + \mu_i)x_i en est encore une, et un multiple scalaire μλixi=(μλi)xi\mu\sum\lambda_i x_i = \sum(\mu\lambda_i) x_i aussi ; la combinaison nulle montre que 00 y appartient : le sous-espace engendré est un sous-espace. Minimalité : soit HH un sous-espace contenant x1,,xpx_1, \dots, x_p. Par stabilité par multiplication externe, chaque λixiH\lambda_i x_i \in H, et par stabilité par addition leur somme est dans HH : toute combinaison linéaire appartient à HH, c’est-à-dire Vect(x1,,xp)H\operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_p) \subseteq H. Ainsi le sous-espace engendré est contenu dans tout sous-espace contenant la famille : c’est le plus petit.

Définition 18.7 (Somme, somme directe)

Pour des sous-espaces F,GF, G de EE :

F+G={u+v:uF, vG}F + G = \{\,u + v : u \in F,\ v \in G\,\}

est un sous-espace (le plus petit contenant FGF \cup G). La somme est directe, notée FGF \oplus G, lorsque tout élément de F+GF + G se décompose de façon unique en u+vu + v ; de façon équivalente (voir ci-dessous) lorsque FG={0}F \cap G = \{0\}. Quand E=FGE = F \oplus G, les sous-espaces sont supplémentaires dans EE.

Exemple 18.8 (Une somme de deux droites)

Dans R3\R^3, posons F=Vect((1,0,1))F = \operatorname{Vect}\bigl((1,0,1)\bigr) et G=Vect((0,1,1))G = \operatorname{Vect}\bigl((0,1,1)\bigr). Leur somme est

F+G={a(1,0,1)+b(0,1,1)}={(a, b, a+b)}={(x,y,z):z=x+y},F + G = \{\,a(1,0,1) + b(0,1,1)\,\} = \{(a,\ b,\ a + b)\} = \{(x, y, z) : z = x + y\},

le plan passant par l’origine et contenant les deux droites. Il est strictement plus gros que la réunion FGF \cup G (la simple croix formée des deux droites) : le vecteur (1,1,2)=(1,0,1)+(0,1,1)(1, 1, 2) = (1,0,1) + (0,1,1) est dans la somme mais sur aucune des deux droites. Et FG={0}F \cap G = \{0\} (un vecteur commun impose a(1,0,1)=b(0,1,1)a(1,0,1) = b(0,1,1), dont les deux premières coordonnées forcent a=b=0a = b = 0) : la somme est directe, et FGF \oplus G est exactement ce plan.

Proposition 18.9

F+GF + G est directe si et seulement si FG={0}F \cap G = \{0\}.

Démonstration. Si un w0w \neq 0 appartient à FGF \cap G : w=w+0=0+ww = w + 0 = 0 + w sont deux décompositions de ww. Réciproquement, si u+v=u+vu + v = u' + v' avec u,uFu, u' \in F, v,vGv, v' \in G, alors uu=vvu - u' = v' - v appartient à FG={0}F \cap G = \{0\} : les décompositions sont uniques.

Méthode 18.10 (Démontrer que E=FGE = F \oplus G)

Deux choses à vérifier, chacune avec son ouverture standard.

  1. Intersection triviale. Prendre xFGx \in F \cap G, écrire les deux conditions d’appartenance, et coincer x=0x = 0. (Ne jamais argumenter sur un dessin : cf. les pièges ci-dessous.)
  2. La somme est tout. Prendre xEx \in E quelconque et produire la décomposition x=f+gx = f + g — soit en devinant ff à partir de la cible (ff doit vérifier la propriété définissant FF, ce qui en dicte d’ordinaire la formule), soit en résolvant le système linéaire exprimant xx sur des générateurs de FF et de GG.

Quand la formule de décomposition est devinée, l’unicité est automatique par l’étape 1 ; quand seule l’existence pose problème, c’est à l’étape 2 que le travail se trouve. Les deux exemples ci-dessous font tourner la méthode : pour les fonctions paires et impaires, la formule de ff est forcée en évaluant l’identité voulue en xx et en x-x ; pour les polynômes s’annulant en un point, en évaluant en aa.

Exemple 18.11

Dans F(R,R)\mathcal{F}(\R, \R), les fonctions paires P\mathcal{P} et les fonctions impaires I\mathcal{I} sont supplémentaires : toute ff s’écrit

f(x)=f(x)+f(x)2paire+f(x)f(x)2impaire,f(x) = \underbrace{\frac{f(x) + f(-x)}{2}}_{\text{paire}} + \underbrace{\frac{f(x) - f(-x)}{2}}_{\text{impaire}},

et une fonction à la fois paire et impaire est nulle. (Appliqué à exp\exp, c’est le couple (cosh,sinh)(\cosh, \sinh) du Chapitre 4.)

Exemple 18.12 (Un couple de supplémentaires dans Kn[X]K_n[X])

Fixons aKa \in K et posons F={PKn[X]:P(a)=0}F = \{P \in K_n[X] : P(a) = 0\}, G=Vect(1)G = \operatorname{Vect}(1) (les constantes). Alors Kn[X]=FGK_n[X] = F \oplus G. En effet FGF \cap G est formé des constantes s’annulant en aa, c’est-à-dire {0}\{0\} ; et tout PP se décompose en

P=(PP(a))F+P(a)G.P = \underbrace{\bigl(P - P(a)\bigr)}_{\in F} + \underbrace{P(a)}_{\in G} .

La décomposition mérite d’être mémorisée : retrancher la valeur en un point est la façon standard de projeter sur les « fonctions s’annulant en aa ». Remarquons que FF est un gros sous-espace et GG un tout petit ; un couple de supplémentaires n’a aucune raison d’être équilibré.

Exemple 18.13 (Un supplémentaire n’est jamais unique)

Dans R2\R^2, soit F=Vect((1,0))F = \operatorname{Vect}\bigl((1,0)\bigr) (l’axe des xx). Les deux sous-espaces G=Vect((0,1))G = \operatorname{Vect}\bigl((0,1)\bigr) et G=Vect((1,1))G' = \operatorname{Vect}\bigl((1,1)\bigr) sont supplémentaires de FF : chacun ne rencontre FF qu’en 00, et chaque couple a pour somme R2\R^2. Les décompositions d’un même vecteur diffèrent :

(2, 1.5)=(2,0)F+(0,1.5)G=(0.5, 0)F+(1.5, 1.5)G.(2,\ 1.5) = \underbrace{(2, 0)}_{\in F} + \underbrace{(0, 1.5)}_{\in G} = \underbrace{(0.5,\ 0)}_{\in F} + \underbrace{(1.5,\ 1.5)}_{\in G'} .

En fait toute droite autre que FF elle-même est un supplémentaire de FF dans R2\R^2 : les supplémentaires foisonnent, et parler du « supplémentaire » n’a aucun sens tant qu’une structure additionnelle (un produit scalaire, Chapitre 23) n’en distingue pas un.

Deux décompositions d’un même point de ℝ2 selon F (l’axe des x) : avec le supplémentaire G (descente verticale) et avec le supplémentaire G' (descente oblique). Les composantes sur F diffèrent : une projection dépend de la direction de descente.
Deux décompositions d’un même point de R2\R^2 selon FF (l’axe des xx) : avec le supplémentaire GG (descente verticale) et avec le supplémentaire GG' (descente oblique). Les composantes sur FF diffèrent : une projection dépend de la direction de descente.

18.3 Familles libres, familles génératrices, bases

Définition 18.14

Une famille (x1,,xp)(x_1, \dots, x_p) de vecteurs de EE est :

  • génératrice (de EE) lorsque Vect(x1,,xp)=E\operatorname{Vect}(x_1,\dots,x_p) = E ;
  • libre (ses vecteurs sont alors linéairement indépendants) lorsque

    λ1x1++λpxp=0    λ1==λp=0;\lambda_1 x_1 + \dots + \lambda_p x_p = 0 \implies \lambda_1 = \dots = \lambda_p = 0 ;

    sinon liée ;

  • une base lorsqu’elle est libre et génératrice.

Proposition 18.15 (Coordonnées)

(e1,,en)(e_1, \dots, e_n) est une base de EE si et seulement si tout xEx \in E est de façon unique une combinaison x=λ1e1++λnenx = \lambda_1 e_1 + \dots + \lambda_n e_n ; les scalaires λi\lambda_i sont les coordonnées de xx dans la base.

Démonstration. Génératrice == existence de la décomposition. Unicité == liberté : deux décompositions d’un même xx diffèrent d’une combinaison égale à 00 ; la liberté force tous ses coefficients — les différences des coordonnées — à être nuls. Réciproquement, une combinaison nulle non triviale fournit les deux décompositions 0=λiei=0ei0 = \sum \lambda_i e_i = \sum 0\,e_i.

Exemple 18.16

La base canonique de KnK^n : ei=(0,,1,,0)e_i = (0, \dots, 1, \dots, 0) (11 en position ii). Les monômes (1,X,X2,,Xn)(1, X, X^2, \dots, X^n) : une base de Kn[X]K_n[X] (liberté : une combinaison nulle est le polynôme nul, donc tous les coefficients sont nuls, Définition 8.1). Dans C\C vu sur R\R : la base (1,i)(1, \iu).

Remarque 18.17 (Les coordonnées sont un travail d’équipe)

La première coordonnée de xx dans une base (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) dépend de tous les vecteurs de la base, pas seulement de e1e_1. Dans R2\R^2 : le vecteur (3,1)(3, 1) a pour première coordonnée 33 dans la base canonique, mais 22 dans la base ((1,0),(1,1))\bigl((1,0), (1,1)\bigr) — résolvons (3,1)=a(1,0)+b(1,1)(3,1) = a(1,0) + b(1,1) : b=1b = 1, a=2a = 2. Changer un seul vecteur de base rebat toutes les coordonnées ; le Chapitre 21 mettra ce brassage en boîte sous le nom de matrice de passage.

Exemple 18.18 (Tester une base candidate, de bout en bout)

La famille F=(1+X, 1+X2, X+X2)\mathcal{F} = (1 + X,\ 1 + X^2,\ X + X^2) est-elle une base de R2[X]\R_2[X] ? Notons u1,u2,u3u_1, u_2, u_3 les trois polynômes. Liberté : une combinaison nulle au1+bu2+cu3=0a\,u_1 + b\,u_2 + c\,u_3 = 0 donne, coefficient par coefficient,

a+b=0,a+c=0,b+c=0;a + b = 0, \qquad a + c = 0, \qquad b + c = 0 ;

en soustrayant les deux premières, b=cb = c, puis la troisième donne 2b=02b = 0 : a=b=c=0a = b = c = 0, la famille est libre. Génératrice : plutôt que de résoudre trois systèmes, remarquons la combinaison symétrique

u1+u2u3=(1+X)+(1+X2)(X+X2)=2,u_1 + u_2 - u_3 = (1 + X) + (1 + X^2) - (X + X^2) = 2 ,

d’où 1=12(u1+u2u3)1 = \frac12(u_1 + u_2 - u_3) ; puis

X=u11=12(u1u2+u3),X2=u21=12(u1+u2+u3).X = u_1 - 1 = \tfrac12\bigl(u_1 - u_2 + u_3\bigr), \qquad X^2 = u_2 - 1 = \tfrac12\bigl(-u_1 + u_2 + u_3\bigr).

Les monômes sont dans le sous-espace engendré, donc tout y est : F\mathcal{F} est une base. En prime, en assemblant les trois formules on obtient les coordonnées de tout P=α+βX+γX2P = \alpha + \beta X + \gamma X^2 :

P=α+βγ2u1+αβ+γ2u2+α+β+γ2u3.P = \frac{\alpha + \beta - \gamma}{2}\,u_1 + \frac{\alpha - \beta + \gamma}{2}\,u_2 + \frac{-\alpha + \beta + \gamma}{2}\,u_3 .

(Vérification avec P=XP = X : coordonnées (12,12,12)\bigl(\frac12, -\frac12, \frac12\bigr), comme trouvé plus haut.) Deux leçons : une symétrie dans la famille cache d’ordinaire une combinaison raccourci ; et une fois la dimension disponible (Chapitre 19), toute la moitié « génératrice » de ce travail sera gratuite — trois vecteurs libres d’un espace de dimension 33 forment toujours une base.

Proposition 18.19 (Critères de liberté utiles)

  1. Une famille de polynômes non nuls de degrés deux à deux distincts est libre.
  2. Ajouter un vecteur à une famille libre la laisse libre si et seulement si ce vecteur est hors du sous-espace engendré par la famille.
  3. Toute sous-famille d’une famille libre est libre ; toute famille contenant une famille génératrice est génératrice.

Démonstration. (1) Dans une combinaison nulle, regardons le plus haut degré présent : son coefficient doit être nul (rien ne peut annuler ce degré), puis on descend en cascade.

(2) Si xVect(x1,,xp)x \in \operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_p), la relation xλixi=0x - \sum\lambda_i x_i = 0 est non triviale. Réciproquement, une combinaison nulle non triviale de (x1,,xp,x)(x_1, \dots, x_p, x) doit faire intervenir xx avec un coefficient non nul (sinon elle contredirait la liberté de la petite famille), et résoudre en xx le place dans le sous-espace engendré.

(3) Sous-famille : une combinaison nulle de la sous-famille en est une de la famille entière, les coefficients manquants étant pris nuls ; la liberté de la grande famille les tue tous. Sur-famille : tout vecteur de EE est déjà combinaison de la partie génératrice ; donnons aux vecteurs supplémentaires le coefficient 00.

Exemple 18.20 (Le principe de l’escalier)

Soient P0,P1,,PnKn[X]P_0, P_1, \dots, P_n \in K_n[X] avec degPk=k\deg P_k = k pour chaque kk (un « escalier » de degrés). Alors (P0,,Pn)(P_0, \dots, P_n) est une base de Kn[X]K_n[X]. La liberté résulte de la Proposition 18.19 (1). Pour le caractère générateur, raisonnons par descente finie sur le degré : soit QKn[X]Q \in K_n[X], Q0Q \neq 0, de degré dd, de coefficient dominant aa, et soit b0b \neq 0 le coefficient dominant de PdP_d. Alors QabPdQ - \frac ab P_d est de degré <d< d (les termes de tête s’annulent) ; en remplaçant QQ par cette différence et en itérant, on atteint après au plus n+1n + 1 étapes le polynôme nul, et en remontant les soustractions on exprime QQ comme combinaison des PkP_k. Deux escaliers déjà rencontrés : les puissances translatées ((Xa)k)0kn\bigl((X-a)^k\bigr)_{0 \leq k \leq n} (Exercice 18.4), et les produits de Newton ((Xx0)(Xx1)(Xxk1))0kn\bigl((X - x_0)(X - x_1)\cdots(X - x_{k-1})\bigr)_{0 \leq k \leq n}, mis à profit dans le devoir maison.

Exemple 18.21 (Liberté dans les espaces de fonctions)

Dans F(R,R)\mathcal{F}(\R,\R), la famille (ea1x,,eapx)(\eu^{a_1 x}, \dots, \eu^{a_p x}) avec a1<<apa_1 < \dots < a_p est libre : divisons une combinaison nulle par eapx\eu^{a_p x} et faisons x+x \to +\infty ; le dernier coefficient meurt, et l’on descend en cascade (l’Exercice 18.8 détaille cela et ses variantes). La liberté de fonctions se démontre en évaluant : en des points bien choisis, à l’infini, ou après dérivation.

Exemple 18.22 (Une relation cachée rétrécit un sous-espace engendré)

Dans F(R,R)\mathcal{F}(\R, \R), que vaut Vect(1, cos2, sin2)\operatorname{Vect}(1,\ \cos^2,\ \sin^2) ? L’identité cos2+sin2=1\cos^2 + \sin^2 = 1 est une combinaison nulle non triviale

11+(1)cos2+(1)sin2=0:1\cdot\mathbf{1} + (-1)\cos^2 + (-1)\sin^2 = 0 :

la famille est liée, et le sous-espace engendré est déjà engendré par la seule famille (1,cos2)(1, \cos^2) (sin2=1cos2\sin^2 = 1 - \cos^2). Cette famille plus petite est libre : a+bcos2x=0a + b\cos^2 x = 0 pour tout xx donne, en x=0x = 0 et x=π2x = \frac\pi2 : a+b=0a + b = 0 et a=0a = 0. Le sous-espace engendré est donc un plan à l’intérieur de l’espace des fonctions — et il contient aussi cos2x=2cos2x1\cos 2x = 2\cos^2 x - 1 : les familles de fonctions trigonométriques d’allure linéaire s’effondrent régulièrement sous l’effet d’identités, et c’est pourquoi la liberté doit être démontrée, jamais déduite de la longueur de la liste.

Remarque 18.23 (Pièges classiques)

Quatre pièges classiques. Deux à deux ne suffit pas : dans R2\R^2, les vecteurs (1,0)(1,0), (0,1)(0,1), (1,1)(1,1) sont deux à deux non proportionnels, et pourtant liés — la liberté est une propriété de la famille entière, testée par une unique combinaison globale, jamais deux à deux. Le vecteur nul empoisonne tout : toute famille contenant 00 est liée (10=01\cdot 0 = 0 est une relation non triviale), si innocents que soient les autres vecteurs. Réunion n’est pas somme : FGF \cup G n’est presque jamais un sous-espace (Définition 18.3) ; le plus petit sous-espace contenant les deux est F+GF + G, en général bien plus gros que la réunion — dans R2\R^2, deux droites distinctes ont pour réunion une croix, et pour somme le plan tout entier. « Directe » exige une intersection triviale, pas la disjonction : deux sous-espaces ne sont jamais disjoints (tous deux contiennent 00) ; la bonne condition est FG={0}F \cap G = \{0\}, et elle doit être démontrée, pas lue sur un dessin — cf. Exemple 18.13, où bien des GG différents conviennent. La liberté dépend des scalaires : le couple (1,i)(1, \iu) est libre dans C\C vu comme R\R-espace vectoriel, mais lié dans C\C vu comme C\C-espace vectoriel (i1+(1)i=0\iu\cdot 1 + (-1)\cdot\iu = 0). Toujours savoir quel corps agit avant de déclarer une famille libre — le devoir maison du Chapitre 19 transforme exactement cette sensibilité en démonstrations d’irrationalité.

Remarque 18.24 (Où mène ce langage)

Tout ce qui suit ce chapitre parle le langage installé ici. Le Chapitre 19 compte les vecteurs d’une base et transforme « libre » et « génératrice » en inégalités sur un unique entier, la dimension. Le Chapitre 20 étudie les applications compatibles avec les deux opérations ; les sommes directes y deviennent des projecteurs. Le Chapitre 21 code les vecteurs par leurs coordonnées dans une base — la Proposition 18.15 est ce qui autorise ce codage — et le Chapitre 23 ajoute longueurs et angles par-dessus la structure linéaire. Dans le volume de Licence 2, les mêmes axiomes, mot pour mot, valent sur un corps quelconque et en dimension infinie ; rien dans ce chapitre n’a utilisé la finitude où que ce soit.

Remarque 18.25 (Trois fils à suivre dans le livre 3)

Regardez grandir trois idées précises de ce chapitre. Le principe de l’escalier (Exemple 18.20) réapparaît sous la forme de la base de Newton dans le devoir maison de ce chapitre, sous celle de la base binomiale (Bk)(B_k) au même endroit, et sous celle de l’astuce de l’alternant polynomial dans le devoir maison du Chapitre 22 : un lemme, trois dividendes sans le moindre déterminant. L’évaluation comme test de liberté (Exemple 18.21) devient l’isomorphisme d’interpolation du Chapitre 20, puis le critère de Vandermonde du Chapitre 22, puis le test de Gram du Chapitre 23 : un même réflexe, aiguisé trois fois. Les sommes directes (Définition 18.7) deviennent les projecteurs du Chapitre 20, les décompositions orthogonales E=FFE = F \oplus F^\perp du Chapitre 23, et la décomposition « expliqué plus résidu » des moindres carrés dans le devoir maison du Chapitre 25. Bien peu de choses, dans ce livre, ne sont pas, au fond, l’une de ces trois idées vêtue de neuf.

18.4 Exercices

Exercice 18.1

Lesquels des ensembles suivants sont des sous-espaces vectoriels ?

  1. {(x,y,z)R3:x+2yz=0}\{(x, y, z) \in \R^3 : x + 2y - z = 0\} ;
  2. {(x,y,z)R3:x+2yz=1}\{(x, y, z) \in \R^3 : x + 2y - z = 1\} ;
  3. {(x,y)R2:xy0}\{(x, y) \in \R^2 : xy \geq 0\} ;
  4. {PR[X]:P(1)=0}\{P \in \R[X] : P(1) = 0\} ;
  5. {fF(R,R):f borneˊe}\{f \in \mathcal{F}(\R,\R) : f \text{ bornée}\}.
Solution

Solution de Exercice 18.1.

  1. Oui : contient 00, et l’équation qui le définit est linéaire (stabilité par x+λyx + \lambda y).
  2. Non : ne contient pas (0,0,0)(0,0,0).
  3. Non : (1,0)(1, 0) et (0,1)(0, -1) y appartiennent (xy=0xy = 0), leur somme (1,1)(1, -1) non (xy=1<0xy = -1 < 0).
  4. Oui : 00 s’annule en 11 ; (P+λQ)(1)=P(1)+λQ(1)=0(P + \lambda Q)(1) = P(1) + \lambda Q(1) = 0.
  5. Oui : la fonction nulle est bornée ; si fM\abs f \leq M et gM\abs g \leq M', alors f+λgM+λM\abs{f + \lambda g} \leq M + \abs\lambda M'.

Exercice 18.2

Dans R3\R^3, le vecteur (1,2,1)(1, 2, 1) est-il dans Vect((1,0,1),(1,1,0))\operatorname{Vect}\bigl((1,0,1),\, (1,1,0)\bigr) ? Et (2,1,1)(2, 1, 1) ? Décrivez Vect((1,0,1),(1,1,0))\operatorname{Vect}\bigl((1,0,1),(1,1,0)\bigr) par une équation.

Solution

Solution de Exercice 18.2.

(1,2,1)=a(1,0,1)+b(1,1,0)(1,2,1) = a(1,0,1) + b(1,1,0) impose a+b=1a + b = 1, b=2b = 2, a=1a = 1 : incompatible (a+b=31a + b = 3 \neq 1) : le vecteur n’est pas dans le sous-espace engendré. (2,1,1)=a(1,0,1)+b(1,1,0)(2,1,1) = a(1,0,1) + b(1,1,0) : b=1b = 1, a=1a = 1, a+b=2a + b = 2 : compatible, donc (2,1,1)=(1,0,1)+(1,1,0)(2,1,1) = (1,0,1) + (1,1,0), il y est.

Équation : (x,y,z)=(a+b,b,a)(x, y, z) = (a + b, b, a) signifie x=y+zx = y + z : le sous-espace engendré est le plan {xyz=0}\{x - y - z = 0\}.

Exercice 18.3

Décidez de la liberté dans R3\R^3 :   ((1,1,0),(1,0,1),(0,1,1))\;\bigl((1,1,0), (1,0,1), (0,1,1)\bigr) ;   ((1,2,3),(2,4,6))\;\bigl((1,2,3), (2,4,6)\bigr) ;   ((1,0,0),(1,1,0),(1,1,1),(0,1,1))\;\bigl((1,0,0), (1,1,0), (1,1,1), (0,1,1)\bigr).

Solution

Solution de Exercice 18.3.

Première famille : λ(1,1,0)+μ(1,0,1)+ν(0,1,1)=0\lambda(1,1,0) + \mu(1,0,1) + \nu(0,1,1) = 0 donne λ+μ=0\lambda + \mu = 0, λ+ν=0\lambda + \nu = 0, μ+ν=0\mu + \nu = 0 : en additionnant, 2(λ+μ+ν)=02(\lambda + \mu + \nu) = 0, puis en soustrayant chaque équation, λ=μ=ν=0\lambda = \mu = \nu = 0 : libre.

Deuxième : (2,4,6)=2(1,2,3)(2,4,6) = 2(1,2,3) : liée.

Troisième : quatre vecteurs dans R3\R^3 — nécessairement liés une fois la dimension disponible (Chapitre 19) ; directement : (0,1,1)=(1,0,0)+0(1,1,0)+(1,1,1)(0,1,1) = -(1,0,0) + 0\cdot(1,1,0) + (1,1,1), en effet (1,0,0)+(1,1,1)=(0,1,1)(-1,0,0) + (1,1,1) = (0,1,1) : une relation non triviale.

Exercice 18.4

Démontrez que (1,X1,(X1)2,(X1)3)(1, X - 1, (X-1)^2, (X-1)^3) est une base de R3[X]\R_3[X], et donnez les coordonnées de X3X^3 dans cette base. (Taylor en 11 !)

Solution

Solution de Exercice 18.4.

Les polynômes 1,(X1),(X1)2,(X1)31, (X-1), (X-1)^2, (X-1)^3 ont des degrés distincts 0,1,2,30, 1, 2, 3 : la famille est libre (Proposition 18.19 (1)) ; elle est génératrice (tout PR3[X]P \in \R_3[X] se développe suivant les puissances de X1X - 1, par exemple par la formule de Taylor pour les polynômes, cf. la démonstration de la Proposition 8.11) : c’est une base. Pour X3X^3, Taylor en 11 : P=X3P = X^3, P(1)=1P(1) = 1, P(1)=3P'(1) = 3, P(1)=6P''(1) = 6, P(1)=6P'''(1) = 6 :

X3=1+3(X1)+3(X1)2+(X1)3,X^3 = 1 + 3(X - 1) + 3(X-1)^2 + (X-1)^3 ,

coordonnées (1,3,3,1)(1, 3, 3, 1) (une ligne du triangle de Pascal, comme le laissait attendre X3=((X1)+1)3X^3 = ((X-1)+1)^3).

Exercice 18.5 ★★

Dans R4\R^4, soient F={(x,y,z,t):x=y=z}F = \{(x,y,z,t) : x = y = z\} et G={(x,y,z,t):x=t=0}G = \{(x,y,z,t) : x = t = 0\}. Démontrez que FG=R4F \oplus G = \R^4, et décomposez (1,2,3,4)(1,2,3,4) en conséquence.

Solution

Solution de Exercice 18.5.

FGF \cap G : les conditions x=y=zx = y = z et x=t=0x = t = 0 donnent ensemble x=0x = 0, donc y=z=0y = z = 0, et t=0t = 0 : l’intersection est {0}\{0\}. Somme : étant donné (x,y,z,t)(x,y,z,t), cherchons (a,a,a,b)F(a,a,a,b) \in F et (0,c,d,0)G(0,c,d,0) \in G de somme ce vecteur : a=xa = x, b=tb = t, c=yxc = y - x, d=zxd = z - x : toujours possible. Donc R4=FG\R^4 = F \oplus G, et

(1,2,3,4)=(1,1,1,4)+(0,1,2,0).(1,2,3,4) = (1,1,1,4) + (0,1,2,0) .

Exercice 18.6 ★★

Dans l’espace des suites, soit FF l’ensemble des suites convergentes et G=Vect(u)G = \operatorname{Vect}(u)un=(1)nu_n = (-1)^n. Démontrez que FG={0}F \cap G = \{0\}. La somme F+GF + G est-elle l’espace des suites tout entier ?

Solution

Solution de Exercice 18.6.

Un élément de GG s’écrit λu\lambda u ; s’il converge, alors (puisque λun=λ(1)n\lambda u_n = \lambda(-1)^n a les deux valeurs d’adhérence ±λ\pm \lambda) nécessairement λ=0\lambda = 0 : FG={0}F \cap G = \{0\}.

F+GF + G n’est pas l’espace tout entier : il est formé des suites de la forme cn+λ(1)nc_n + \lambda(-1)^n avec (cn)(c_n) convergente. La suite vn=nv_n = n n’est pas de cette forme (vnλ(1)nv_n - \lambda(-1)^n n’est pas bornée, donc jamais convergente). Ainsi FGF \oplus G \subsetneq (espace de toutes les suites).

Exercice 18.7 ★★

Soient F,G,HF, G, H des sous-espaces de EE. Démontrez que

F(G+(FH))=(FG)+(FH),F \cap (G + (F \cap H)) = (F \cap G) + (F \cap H),

et montrez sur un exemple dans R2\R^2 que la distributivité sans restriction F(G+H)=(FG)+(FH)F \cap (G + H) = (F\cap G) + (F \cap H) est fausse.

Solution

Solution de Exercice 18.7.

(\supseteq) FGF \cap G et FHF \cap H sont tous deux dans FF, et leur somme est dans G+(FH)G + (F \cap H) : l’inclusion suit, le membre de gauche étant un sous-espace contenant les deux morceaux — concrètement, un élément g+hg + h avec gFGg \in F\cap G, hFHh \in F \cap H est dans FF (somme de deux éléments de FF) et dans G+(FH)G + (F \cap H).

(\subseteq) Soit xFx \in F avec x=g+hx = g + h, gGg \in G, hFHh \in F \cap H. Alors g=xhFg = x - h \in F (différence d’éléments de FF), donc gFGg \in F \cap G, et x=g+h(FG)+(FH)x = g + h \in (F \cap G) + (F \cap H).

Contre-exemple à la distributivité complète dans R2\R^2 : F=Vect(1,1)F = \operatorname{Vect}(1,1), G=Vect(1,0)G = \operatorname{Vect}(1,0), H=Vect(0,1)H = \operatorname{Vect}(0,1). Alors G+H=R2G + H = \R^2, donc F(G+H)=FF \cap (G+H) = F, tandis que FG=FH={0}F \cap G = F \cap H = \{0\} : le membre de droite vaut {0}F\{0\} \neq F.

Exercice 18.8 ★★★

Démontrez que les familles suivantes de F(R,R)\mathcal{F}(\R, \R) sont libres :

  1. (ea1x,,eapx)(\eu^{a_1 x}, \dots, \eu^{a_p x}) pour a1<<apa_1 < \dots < a_p ;
  2. (cosx,sinx,cos2x,sin2x)(\cos x, \sin x, \cos 2x, \sin 2x) ;
  3. (xxa1,,xxap)(x \mapsto \abs{x - a_1}, \dots, x \mapsto \abs{x - a_p}) pour des aia_i distincts (la dérivabilité tombe en défaut en exactement un point par fonction).
Solution

Solution de Exercice 18.8.

  1. Supposons iλieaix=0\sum_{i} \lambda_i \eu^{a_i x} = 0 pour tout xx. Multiplions par eapx\eu^{-a_p x} : λp+i<pλie(aiap)xλp\lambda_p + \sum_{i < p} \lambda_i \eu^{(a_i - a_p)x} \to \lambda_p quand x+x \to +\infty (chaque exposant aiap<0a_i - a_p < 0). Le membre de gauche est identiquement nul, donc λp=0\lambda_p = 0 ; on itère en descendant.
  2. Soit acosx+bsinx+ccos2x+dsin2x=0a\cos x + b \sin x + c \cos 2x + d\sin 2x = 0 pour tout xx. Évaluons en x=0x = 0 : a+c=0a + c = 0 ; en x=πx = \pi : a+c=0-a + c = 0 ; d’où a=c=0a = c = 0, et la relation se réduit à bsinx+dsin2x=0b\sin x + d \sin 2x = 0. Évaluons en x=π2x = \frac\pi2 : b=0b = 0 ; puis en x=π4x = \frac\pi4 : d=0d = 0.
  3. Supposons λixai=0\sum \lambda_i \abs{x - a_i} = 0 pour tout xx. La fonction ijλixai\sum_{i \neq j} \lambda_i\abs{x - a_i} est dérivable en aja_j (chaque terme l’est, loin de son propre point anguleux), donc λjxaj-\lambda_j \abs{x - a_j}, leur différence, doit l’être aussi en aja_j — ce qui force λj=0\lambda_j = 0 (\abs{\,\cdot\,} a un point anguleux). Cela vaut pour tout jj.

Exercice 18.9 ★★★

Soient EE un KK-espace vectoriel et F,G,HF, G, H des sous-espaces avec F+G=F+HF + G = F + H, FG=FHF \cap G = F \cap H et GHG \subseteq H. Démontrez que G=HG = H. Donnez un contre-exemple sans l’hypothèse GHG \subseteq H.

Solution

Solution de Exercice 18.9.

Soit hHh \in H. Comme hHF+H=F+Gh \in H \subseteq F + H = F + G, écrivons h=f+gh = f + g avec fFf \in F, gGg \in G. Alors f=hgHf = h - g \in H (les deux termes sont dans HH, grâce à GHG \subseteq H), donc fFH=FGGf \in F \cap H = F \cap G \subseteq G, et h=f+gGh = f + g \in G. Ainsi HGH \subseteq G, et avec l’hypothèse GHG \subseteq H : égalité.

Contre-exemple sans GHG \subseteq H : dans R2\R^2, prenons F=Vect(1,0)F = \operatorname{Vect}(1,0), G=Vect(0,1)G = \operatorname{Vect}(0,1), H=Vect(1,1)H = \operatorname{Vect}(1,1) : alors F+G=F+H=R2F + G = F + H = \R^2 et FG=FH={0}F \cap G = F \cap H = \{0\}, et pourtant GHG \neq H.

Exercice 18.10 ★★

Dans R[X]\R[X], soit P\mathcal P l’ensemble des polynômes pairs (P(X)=P(X)P(-X) = P(X)) et I\mathcal I celui des polynômes impairs (P(X)=P(X)P(-X) = -P(X)). Démontrez que R[X]=PI\R[X] = \mathcal P \oplus \mathcal I, et montrez que P=Vect(1,X2,X4,)\mathcal P = \operatorname{Vect}(1, X^2, X^4, \dots), c’est-à-dire que les polynômes pairs sont exactement les polynômes en X2X^2.

Solution

Solution de Exercice 18.10.

Les deux ensembles sont des sous-espaces (les conditions qui les définissent sont linéaires et valent pour 00). Décomposition : pour PR[X]P \in \R[X],

P(X)=P(X)+P(X)2P+P(X)P(X)2I,P(X) = \underbrace{\frac{P(X) + P(-X)}{2}}_{\in\,\mathcal P} + \underbrace{\frac{P(X) - P(-X)}{2}}_{\in\,\mathcal I},

et un polynôme à la fois pair et impair vérifie P=PP = -P, donc P=0P = 0 : la somme est directe et vaut R[X]\R[X].

Soit maintenant P=kakXkP = \sum_k a_k X^k pair. Alors P(X)P(X)=2k impairakXkP(X) - P(-X) = 2 \sum_{k \text{ impair}} a_k X^k est le polynôme nul, donc tous les coefficients de degré impair sont nuls (Définition 8.1) : PVect(1,X2,X4,)P \in \operatorname{Vect}(1, X^2, X^4, \dots), c’est-à-dire P=Q(X2)P = Q(X^2) pour un certain polynôme QQ. Réciproquement, tout polynôme en X2X^2 est pair.

Exercice 18.11 ★★

Soit (x1,x2,x3)(x_1, x_2, x_3) une famille libre d’un espace vectoriel réel EE. Démontrez que (x1+x2, x2+x3, x3+x1)(x_1 + x_2,\ x_2 + x_3,\ x_3 + x_1) est libre. La famille analogue de quatre vecteurs (x1+x2, x2+x3, x3+x4, x4+x1)(x_1 + x_2,\ x_2 + x_3,\ x_3 + x_4,\ x_4 + x_1) est-elle libre lorsque (x1,x2,x3,x4)(x_1, x_2, x_3, x_4) l’est ?

Solution

Solution de Exercice 18.11.

Supposons a(x1+x2)+b(x2+x3)+c(x3+x1)=0a(x_1 + x_2) + b(x_2 + x_3) + c(x_3 + x_1) = 0. En regroupant sur la famille libre (x1,x2,x3)(x_1, x_2, x_3) :

(a+c)x1+(a+b)x2+(b+c)x3=0    a+c=a+b=b+c=0.(a + c)\,x_1 + (a + b)\,x_2 + (b + c)\,x_3 = 0 \implies a + c = a + b = b + c = 0 .

Soustraire les deux premières équations donne c=bc = b ; la troisième donne alors 2b=02b = 0, donc b=c=0b = c = 0, puis a=0a = 0 : la famille est libre.

Pour quatre vecteurs, la famille analogue est toujours liée :

(x1+x2)(x2+x3)+(x3+x4)(x4+x1)=0(x_1 + x_2) - (x_2 + x_3) + (x_3 + x_4) - (x_4 + x_1) = 0

est une combinaison nulle non triviale (coefficients 1,1,1,11, -1, 1, -1), quels que soient (x1,x2,x3,x4)(x_1, x_2, x_3, x_4). C’est la parité de la longueur du cycle qui décide.

Exercice 18.12 ★★★

Soient EE un espace vectoriel sur R\R (ou C\C) et F1,,FkF_1, \dots, F_k des sous-espaces propres de EE (chaque FiEF_i \neq E).

  1. Traitez directement le cas k=2k = 2 : si F1⊈F2F_1 \not\subseteq F_2 et F2⊈F1F_2 \not\subseteq F_1, prenez xF1F2x \in F_1 \setminus F_2 et yF2F1y \in F_2 \setminus F_1 et localisez x+yx + y.
  2. Démontrez en général que EF1FkE \neq F_1 \cup \dots \cup F_k : un espace vectoriel sur un corps infini n’est jamais réunion finie de sous-espaces propres. (Prenez kk minimal, choisissez xF1x \in F_1 hors des autres FiF_i, choisissez yF1y \notin F_1, et suivez la droite ty+txt \mapsto y + tx.)
Solution

Solution de Exercice 18.12.

  1. Si F1F2F_1 \subseteq F_2 ou F2F1F_2 \subseteq F_1, la réunion est l’un des deux, donc propre. Sinon, prenons xF1F2x \in F_1 \setminus F_2 et yF2F1y \in F_2 \setminus F_1, et considérons x+yx + y. Si x+yF1x + y \in F_1, alors y=(x+y)xF1y = (x + y) - x \in F_1 : contradiction. Si x+yF2x + y \in F_2, alors xF2x \in F_2 : contradiction. Donc x+yF1F2x + y \notin F_1 \cup F_2, et EF1F2E \neq F_1 \cup F_2.
  2. Supposons par l’absurde que E=F1FkE = F_1 \cup \dots \cup F_k, avec kk choisi minimal parmi tous les recouvrements de ce type. La minimalité interdit F1F2FkF_1 \subseteq F_2 \cup \dots \cup F_k (sinon on supprimerait F1F_1), donc il existe xF1x \in F_1 avec xFix \notin F_i pour tout i2i \geq 2. Comme F1F_1 est propre, choisissons yF1y \notin F_1. Pour chaque scalaire tt, le vecteur y+txy + t x appartient à un certain FiF_i. Il n’est jamais dans F1F_1 : sinon y=(y+tx)txF1y = (y + tx) - tx \in F_1 (car xF1x \in F_1). Le corps est infini, choisissons donc kk scalaires distincts t1,,tkt_1, \dots, t_k : les kk vecteurs y+tjxy + t_j x tombent dans les k1k - 1 sous-espaces F2,,FkF_2, \dots, F_k, et deux d’entre eux, disons y+txy + t x et y+txy + t' x avec ttt \neq t', sont dans le même FiF_i (i2i \geq 2). Alors leur différence (tt)xFi(t - t')x \in F_i, donc xFix \in F_i : contradiction. Il n’existe donc aucun recouvrement fini par des sous-espaces propres.

18.5 Problème : interpolation, trois bases pour un même espace

Problème 18.1

Fixons n+1n + 1 points distincts x0,x1,,xnx_0, x_1, \dots, x_n de R\R. Ce problème revisite l’interpolation de Lagrange (Théorème 8.23) avec les yeux de ce chapitre : l’espace Rn[X]\R_n[X] porte trois bases naturelles — celle de Lagrange, celle de Newton, et (pour des points équidistants) la base binomiale — et chacune rend une question facile. La route s’achève sur un véritable théorème d’arithmétique : la caractérisation, due à Pólya, des polynômes envoyant Z\Z dans Z\Z.

Partie I — La base de Lagrange. Pour 0in0 \leq i \leq n, posons

Li  =  jiXxjxixj    Rn[X].L_i \;=\; \prod_{j \neq i} \frac{X - x_j}{x_i - x_j} \;\in\; \R_n[X].
  1. Vérifiez que degLi=n\deg L_i = n et que Li(xj)=1L_i(x_j) = 1 si j=ij = i, et 00 si jij \neq i.
  2. Démontrez que la famille (L0,,Ln)(L_0, \dots, L_n) est libre.
  3. Démontrez que pour tout PRn[X]P \in \R_n[X],

    P  =  i=0nP(xi)Li,P \;=\; \sum_{i=0}^{n} P(x_i)\, L_i ,

    et concluez que (L0,,Ln)(L_0, \dots, L_n) est une base de Rn[X]\R_n[X]. (Considérez la différence des deux membres et comptez ses racines, Corollaire 8.8.)

  4. Déduisez-en le théorème d’interpolation : pour toutes valeurs y0,,ynRy_0, \dots, y_n \in \R, il existe un unique PRn[X]P \in \R_n[X] tel que P(xi)=yiP(x_i) = y_i pour tout ii. Dans la base de Lagrange, quelles sont les coordonnées d’un polynôme PP ?
  5. Démontrez les identités

    i=0nLi=1et, pour 0kn,i=0nxikLi=Xk.\sum_{i=0}^{n} L_i = 1 \qquad\text{et, pour } 0 \leq k \leq n,\qquad \sum_{i=0}^{n} x_i^{k}\, L_i = X^{k} .

Partie II — La base de Newton et les différences divisées. Posons N0=1N_0 = 1 et Nk=(Xx0)(Xx1)(Xxk1)N_k = (X - x_0)(X - x_1) \cdots (X - x_{k-1}) pour 1kn1 \leq k \leq n. Pour une fonction ff définie aux nœuds, définissons les différences divisées par f[xi]=f(xi)f[x_i] = f(x_i) et

f[xi,,xi+k]  =  f[xi+1,,xi+k]f[xi,,xi+k1]xi+kxi.f[x_i, \dots, x_{i+k}] \;=\; \frac{f[x_{i+1}, \dots, x_{i+k}] - f[x_i, \dots, x_{i+k-1}]} {x_{i+k} - x_i} .
  1. Démontrez que (N0,N1,,Nn)(N_0, N_1, \dots, N_n) est une base de Rn[X]\R_n[X].
  2. Calculez f[x0,x1]f[x_0, x_1] et f[x0,x1,x2]f[x_0, x_1, x_2] en fonction des valeurs de ff, puis calculez toutes les différences divisées de f(x)=x2f(x) = x^2 en trois nœuds quelconques.
  3. (Lemme d’Aitken) Soient RR interpolant ff en x0,,xn1x_0, \dots, x_{n-1} et QQ interpolant ff en x1,,xnx_1, \dots, x_n, tous deux de degré n1\leq n - 1. Démontrez que

    S  =  (Xx0)Q(Xxn)Rxnx0S \;=\; \frac{(X - x_0)\,Q - (X - x_n)\,R}{x_n - x_0}

    interpole ff en x0,x1,,xnx_0, x_1, \dots, x_n.

  4. Déduisez-en, par récurrence sur le nombre de nœuds, que le coefficient de XkX^{k} dans l’interpolant de ff en x0,,xkx_0, \dots, x_k vaut exactement f[x0,,xk]f[x_0, \dots, x_k].
  5. Démontrez la formule d’interpolation de Newton : l’interpolant de ff en x0,,xnx_0, \dots, x_n est

    P  =  k=0nf[x0,,xk]Nk,P \;=\; \sum_{k=0}^{n} f[x_0, \dots, x_k]\, N_k ,

    et déduisez-en la formule close

    f[x0,,xk]  =  i=0kf(xi)ji,jk(xixj),f[x_0, \dots, x_k] \;=\; \sum_{i=0}^{k} \frac{f(x_i)}{\prod_{j \neq i,\, j \leq k} (x_i - x_j)} ,

    qui montre que f[x0,,xk]f[x_0, \dots, x_k] ne dépend pas de l’ordre des nœuds.

Partie III — Nœuds équidistants : l’opérateur de différence. Désormais les nœuds sont 0,1,2,0, 1, 2, \dots et, pour un polynôme PP, on pose

ΔP(X)=P(X+1)P(X),Bk=X(X1)(Xk+1)k!(B0=1).\Delta P(X) = P(X + 1) - P(X), \qquad B_k = \frac{X(X-1)\cdots(X-k+1)}{k!} \quad (B_0 = 1).
  1. Montrez que si degP=m1\deg P = m \geq 1 de coefficient dominant aa, alors degΔP=m1\deg \Delta P = m - 1 de coefficient dominant mam\,a, et que Δ\Delta tue les constantes.
  2. Montrez que (B0,B1,,Bn)(B_0, B_1, \dots, B_n) est une base de Rn[X]\R_n[X] et que ΔBk=Bk1\Delta B_k = B_{k-1} pour k1k \geq 1.
  3. (Formule des différences progressives de Newton) Démontrez que tout PRn[X]P \in \R_n[X] vérifie

    P  =  k=0n(ΔkP)(0)Bk.P \;=\; \sum_{k=0}^{n} \bigl(\Delta^{k} P\bigr)(0)\, B_k .
  4. Démontrez que pour tout k0k \geq 0,

    (ΔkP)(0)  =  j=0k(1)kj(kj)P(j).\bigl(\Delta^{k} P\bigr)(0) \;=\; \sum_{j=0}^{k} (-1)^{k-j} \binom{k}{j} P(j) .
  5. Montrez que si degP=n\deg P = n de coefficient dominant ana_n, alors ΔnP\Delta^{n} P est la constante n!ann!\,a_n et Δn+1P=0\Delta^{n+1} P = 0.

Partie IV — Polynômes à valeurs entières. Un polynôme PR[X]P \in \R[X] est à valeurs entières lorsque P(m)ZP(m) \in \Z pour tout mZm \in \Z.

  1. Démontrez que chaque BkB_k est à valeurs entières. (Traitez séparément mkm \geq k, 0m<k0 \leq m < k et m<0m < 0 ; pour m=q<0m = -q < 0, montrez que Bk(q)=(1)k(q+k1k)B_k(-q) = (-1)^k \binom{q + k - 1}{k}.)
  2. Démontrez la caractérisation de Pólya : PRn[X]P \in \R_n[X] est à valeurs entières si et seulement si ses coordonnées dans la base (B0,,Bn)(B_0, \dots, B_n) sont des entiers.
  3. Déduisez-en : si PRn[X]P \in \R_n[X] prend des valeurs entières en n+1n + 1 entiers consécutifs a,a+1,,a+na, a+1, \dots, a+n, alors PP est à valeurs entières. (Translation : appliquez l’étude à Q(X)=P(X+a)Q(X) = P(X + a).)
  4. Déduisez de la question 16 qu’un produit de kk entiers consécutifs est toujours divisible par k!k!.
  5. Soit P=X(X+1)(2X+1)6P = \dfrac{X(X+1)(2X+1)}{6}. Calculez sa table de Newton en 0,1,2,30, 1, 2, 3, écrivez PP dans la base (Bk)(B_k), et concluez que PP est à valeurs entières bien qu’aucun de ses coefficients monomiaux ne soit entier. Vérifiez que ΔP=(X+1)2\Delta P = (X+1)^2 et déduisez-en que P(m)=12+22++m2P(m) = 1^2 + 2^2 + \dots + m^2 pour mNm \in \N.

Partie V — Dividendes.

  1. Soit PRn[X]P \in \R_n[X] interpolant les valeurs 2i2^i en i=0,1,,ni = 0, 1, \dots, n. Montrez que P=B0+B1++BnP = B_0 + B_1 + \dots + B_n et que P(n+1)=2n+11P(n + 1) = 2^{n+1} - 1 : le « schéma de doublement » se brise toujours au point suivant.
  2. (Primitive discrète) Démontrez que pour tous entiers m1m \geq 1 et k0k \geq 0,

    j=0m1Bk(j)  =  Bk+1(m),\sum_{j=0}^{m-1} B_k(j) \;=\; B_{k+1}(m),

    c’est-à-dire l’identité de la crosse de hockey j=km1(jk)=(mk+1)\sum_{j=k}^{m-1} \binom{j}{k} = \binom{m}{k+1}.

  3. Développez X2X^2 et X3X^3 dans la base (Bk)(B_k) et déduisez-en des formules closes pour j=0m1j2\sum_{j=0}^{m-1} j^2 et j=0m1j3\sum_{j=0}^{m-1} j^3 ; retrouvez l’identité de Nicomaque 13++m3=(1++m)21^3 + \dots + m^3 = (1 + \dots + m)^2.
  4. Prenez n=2n = 2 et les nœuds 0,1,20, 1, 2. Écrivez les coordonnées de X2X^2 dans les trois bases de ce problème : la base monomiale, la base de Lagrange, la base de Newton. Confrontez les trois réponses aux questions 4 et 9.
  5. Synthèse. En quatre phrases : quel concept d’espace vectoriel rend la question 4 automatique ; pourquoi la base de Newton calcule les coordonnées de proche en proche alors que la base de Lagrange les lit instantanément ; quel critère de liberté les deux bases partagent ; et en quel sens précis le théorème de Pólya dit que le fait qu’un polynôme soit à valeurs entières est une propriété de ses coordonnées dans la bonne base.
Solution

Solution de Problème 18.1.

1. LiL_i est un produit de nn facteurs du premier degré divisé par une constante non nulle (les xix_i sont distincts), donc degLi=n\deg L_i = n. En évaluant en xjx_j avec jij \neq i : le facteur XxjX - x_j du numérateur s’annule, donc Li(xj)=0L_i(x_j) = 0. En xix_i, numérateur et dénominateur coïncident : Li(xi)=1L_i(x_i) = 1.

2. Supposons iλiLi=0\sum_i \lambda_i L_i = 0. Évaluons en xjx_j : tous les termes meurent sauf λjLj(xj)=λj\lambda_j L_j(x_j) = \lambda_j, donc λj=0\lambda_j = 0 pour tout jj : la famille est libre.

3. Posons D=PiP(xi)LiD = P - \sum_i P(x_i) L_i. Alors degDn\deg D \leq n et, par la question 1, D(xj)=P(xj)P(xj)=0D(x_j) = P(x_j) - P(x_j) = 0 aux n+1n + 1 points distincts x0,,xnx_0, \dots, x_n. Un polynôme non nul de degré n\leq n a au plus nn racines (Corollaire 8.8), donc D=0D = 0. Ainsi tout PRn[X]P \in \R_n[X] est combinaison des LiL_i : la famille est génératrice, et avec la question 2, c’est une base.

4. Étant donné y0,,yny_0, \dots, y_n, le polynôme P=iyiLiP = \sum_i y_i L_i est de degré n\leq n et interpole. Unicité : un tel PP a, par la question 3, pour coordonnées (P(x0),,P(xn))=(y0,,yn)(P(x_0), \dots, P(x_n)) = (y_0, \dots, y_n) dans la base (Li)(L_i), et les coordonnées dans une base sont uniques (Proposition 18.15). Les coordonnées de PP dans la base de Lagrange sont ses valeurs aux nœuds — c’est tout l’intérêt de cette base.

5. Appliquons la question 3 à P=XkP = X^k (0kn0 \leq k \leq n) :

Xk=i=0nxikLi,X^k = \sum_{i=0}^{n} x_i^{k} L_i ,

et k=0k = 0 donne iLi=1\sum_i L_i = 1.

6. degNk=k\deg N_k = k exactement : la famille (N0,,Nn)(N_0, \dots, N_n) est un escalier de degrés dans Rn[X]\R_n[X], donc une base d’après l’Exemple 18.20 (liberté par la Proposition 18.19 (1), caractère générateur par descente finie sur le degré).

7. D’après la récurrence,

f[x0,x1]=f(x1)f(x0)x1x0,f[x0,x1,x2]=f[x1,x2]f[x0,x1]x2x0.f[x_0, x_1] = \frac{f(x_1) - f(x_0)}{x_1 - x_0}, \qquad f[x_0, x_1, x_2] = \frac{f[x_1, x_2] - f[x_0, x_1]}{x_2 - x_0}.

Pour f(x)=x2f(x) = x^2 :

f[x0,x1]=x12x02x1x0=x0+x1,f[x_0, x_1] = \frac{x_1^2 - x_0^2}{x_1 - x_0} = x_0 + x_1,

puis

f[x0,x1,x2]=(x1+x2)(x0+x1)x2x0=x2x0x2x0=1.f[x_0, x_1, x_2] = \frac{(x_1 + x_2) - (x_0 + x_1)}{x_2 - x_0} = \frac{x_2 - x_0}{x_2 - x_0} = 1 .

8. degSn\deg S \leq n puisque Q,RQ, R sont de degré n1\leq n - 1. En x0x_0 : S(x0)=(x0xn)R(x0)xnx0=R(x0)=f(x0)S(x_0) = \frac{-(x_0 - x_n) R(x_0)}{x_n - x_0} = R(x_0) = f(x_0). En xnx_n : S(xn)=(xnx0)Q(xn)xnx0=Q(xn)=f(xn)S(x_n) = \frac{(x_n - x_0) Q(x_n)}{x_n - x_0} = Q(x_n) = f(x_n). En un nœud intérieur xix_i (1in11 \leq i \leq n-1), QQ et RR prennent tous deux la valeur f(xi)f(x_i), donc

S(xi)=(xix0)(xixn)xnx0f(xi)=f(xi).S(x_i) = \frac{(x_i - x_0) - (x_i - x_n)}{x_n - x_0}\, f(x_i) = f(x_i) .

9. Par récurrence sur le nombre de nœuds. Un nœud : l’interpolant est la constante f(x0)=f[x0]f(x_0) = f[x_0]. Supposons l’assertion vraie pour kk nœuds et soit SS interpolant en x0,,xkx_0, \dots, x_k ; par unicité (question 4), SS est donné par le lemme d’Aitken à partir de RR (nœuds x0,,xk1x_0, \dots, x_{k-1}) et de QQ (nœuds x1,,xkx_1, \dots, x_k). Le coefficient de XkX^{k} dans SS vaut

[Xk1]Q[Xk1]Rxkx0=f[x1,,xk]f[x0,,xk1]xkx0=f[x0,,xk]\frac{[X^{k-1}]\,Q - [X^{k-1}]\,R}{x_k - x_0} = \frac{f[x_1, \dots, x_k] - f[x_0, \dots, x_{k-1}]}{x_k - x_0} = f[x_0, \dots, x_k]

par l’hypothèse de récurrence et la relation de récurrence de définition.

10. Soit PkP_k l’interpolant de ff en x0,,xkx_0, \dots, x_k. La différence PkPk1P_k - P_{k-1} est de degré k\leq k et s’annule en x0,,xk1x_0, \dots, x_{k-1}, donc, par le théorème de factorisation appliqué kk fois (Théorème 8.7), elle vaut cNkc\,N_k pour une constante cc ; en comparant les coefficients de XkX^{k} et en utilisant la question 9, c=f[x0,,xk]c = f[x_0, \dots, x_k]. Le télescopage à partir de P0=f(x0)N0P_0 = f(x_0) N_0 donne la formule de Newton. Pour la formule close, écrivons Pk=ikf(xi)LiP_k = \sum_{i \leq k} f(x_i) L_i (Lagrange, sur les nœuds x0,,xkx_0, \dots, x_k) et lisons le coefficient de XkX^{k} : chaque LiL_i contribue 1ji(xixj)\frac{1}{\prod_{j \neq i}(x_i - x_j)}, d’où

f[x0,,xk]=i=0kf(xi)ji,jk(xixj).f[x_0, \dots, x_k] = \sum_{i=0}^{k} \frac{f(x_i)}{\prod_{j \neq i,\, j \leq k}(x_i - x_j)} .

Le membre de droite est invariant par toute permutation des nœuds, donc la différence divisée ne dépend pas de leur ordre.

11. Si P=aXm+(degreˊs infeˊrieurs)P = a X^m + (\text{degrés inférieurs}), la formule du binôme donne

ΔP=a((X+1)mXm)+=amXm1+(degreˊs infeˊrieurs),\Delta P = a\bigl((X+1)^m - X^m\bigr) + \dots = a\,m\,X^{m-1} + (\text{degrés inférieurs}),

car (X+1)mXm=mXm1+(X+1)^m - X^m = m X^{m-1} + \dots et la partie de degré inférieur de PP ne contribue, après Δ\Delta, qu’en degré m2\leq m - 2 (ou en termes de degré m2\leq m-2). Donc degΔP=m1\deg \Delta P = m - 1 de coefficient dominant mam a. Une constante cc donne Δc=cc=0\Delta c = c - c = 0.

12. degBk=k\deg B_k = k : escalier, donc une base de Rn[X]\R_n[X] (Exemple 18.20). Pour ΔBk\Delta B_k (k1k \geq 1), factorisons le produit commun :

k!ΔBk=(X+1)X(Xk+2)X(X1)(Xk+1)=X(X1)(Xk+2)[(X+1)(Xk+1)]=kX(X1)(Xk+2),\begin{align*} k!\,\Delta B_k &= (X+1)X\cdots(X-k+2) - X(X-1)\cdots(X-k+1) \\ &= X(X-1)\cdots(X-k+2)\,\bigl[(X+1) - (X-k+1)\bigr] \\ &= k\,X(X-1)\cdots(X-k+2), \end{align*}

donc ΔBk=X(X1)(Xk+2)(k1)!=Bk1\Delta B_k = \frac{X(X-1)\cdots(X-k+2)}{(k-1)!} = B_{k-1}.

13. Écrivons P=k=0nckBkP = \sum_{k=0}^{n} c_k B_k (base, question 12). Appliquons Δj\Delta^{j} : d’après la question 12, ΔjP=kjckBkj\Delta^{j} P = \sum_{k \geq j} c_k B_{k-j}. Évaluons en 00 : B0(0)=1B_0(0) = 1 et Bm(0)=0B_m(0) = 0 pour m1m \geq 1 (le facteur XX s’annule), donc (ΔjP)(0)=cj\bigl(\Delta^{j}P\bigr)(0) = c_j. C’est la formule des différences progressives.

14. Par récurrence sur kk. Pour k=0k = 0, l’identité s’écrit P(0)=P(0)P(0) = P(0). Supposons-la vraie au rang kk et appliquons-la à ΔP\Delta P :

(Δk+1P)(0)=j=0k(1)kj(kj)(P(j+1)P(j)).\bigl(\Delta^{k+1} P\bigr)(0) = \sum_{j=0}^{k} (-1)^{k-j}\binom kj \bigl(P(j+1) - P(j)\bigr).

Collectons le coefficient de P(i)P(i) : il vaut (1)ki+1(ki1)(1)0(-1)^{k-i+1}\binom k{i-1}\cdot(-1)^{0} venant de la première somme (décalée) et (1)ki(ki)-(-1)^{k-i}\binom ki venant de la seconde — au total

(1)k+1i((ki1)+(ki))=(1)k+1i(k+1i)(-1)^{k+1-i}\Bigl(\binom k{i-1} + \binom ki\Bigr) = (-1)^{k+1-i}\binom{k+1}i

par la règle de Pascal, ce qui est l’identité au rang k+1k + 1.

15. En itérant la question 11 depuis le degré nn, de coefficient dominant ana_n : après un Δ\Delta, degré n1n-1 et coefficient dominant nann a_n ; après deux, n(n1)ann(n-1)a_n ; après nn étapes, degré 00 et valeur n(n1)1an=n!ann(n-1)\cdots 1\, a_n = n!\,a_n, une constante. Un Δ\Delta de plus la tue : Δn+1P=0\Delta^{n+1}P = 0.

16. Si mkm \geq k : Bk(m)=(mk)NB_k(m) = \binom mk \in \N. Si 0m<k0 \leq m < k : l’un des facteurs de m(m1)(mk+1)m(m-1)\cdots(m-k+1) est nul, donc Bk(m)=0B_k(m) = 0. Si m=qm = -q avec q1q \geq 1 :

Bk(q)=(q)(q1)(qk+1)k!=(1)kq(q+1)(q+k1)k!=(1)k(q+k1k),B_k(-q) = \frac{(-q)(-q-1)\cdots(-q-k+1)}{k!} = (-1)^k\,\frac{q(q+1)\cdots(q+k-1)}{k!} = (-1)^k \binom{q+k-1}{k},

un entier. Donc chaque BkB_k envoie Z\Z dans Z\Z.

17. (\Leftarrow) Si P=kckBkP = \sum_k c_k B_k avec ckZc_k \in \Z, alors pour mZm \in \Z, P(m)=kckBk(m)ZP(m) = \sum_k c_k B_k(m) \in \Z par la question 16. (\Rightarrow) Si PP est à valeurs entières, ses coordonnées sont ck=(ΔkP)(0)=j=0k(1)kj(kj)P(j)c_k = \bigl(\Delta^k P\bigr)(0) = \sum_{j=0}^k (-1)^{k-j}\binom kj P(j) (questions 13 et 14), combinaison à coefficients entiers des entiers P(0),,P(k)P(0), \dots, P(k). C’est la caractérisation de Pólya des polynômes à valeurs entières.

18. Posons Q(X)=P(X+a)Q(X) = P(X + a), polynôme de degré n\leq n avec Q(0),Q(1),,Q(n)ZQ(0), Q(1), \dots, Q(n) \in \Z. Ses coordonnées dans (Bk)kn(B_k)_{k \leq n} sont ck=jk(1)kj(kj)Q(j)Zc_k = \sum_{j \leq k}(-1)^{k-j}\binom kj Q(j) \in \Z (la question 14 n’utilise que les valeurs en 0,,kn0, \dots, k \leq n). Par la question 17 (\Leftarrow), QQ est à valeurs entières sur Z\Z tout entier, et donc P(X)=Q(Xa)P(X) = Q(X - a) aussi.

19. Un produit de kk entiers consécutifs s’écrit m(m1)(mk+1)=k!Bk(m)m(m-1) \cdots(m-k+1) = k!\,B_k(m) pour un certain mZm \in \Z, et Bk(m)ZB_k(m) \in \Z par la question 16 : le produit est divisible par k!k!.

20. Valeurs de P=X(X+1)(2X+1)6P = \frac{X(X+1)(2X+1)}{6} en 0,1,2,30,1,2,3 : 0,1,5,140, 1, 5, 14. Table des différences : ligne Δ\Delta : 1,4,91, 4, 9 ; ligne Δ2\Delta^2 : 3,53, 5 ; ligne Δ3\Delta^3 : 22. Donc, par la question 13,

P=0B0+1B1+3B2+2B3,P = 0\cdot B_0 + 1\cdot B_1 + 3\,B_2 + 2\,B_3 ,

à coordonnées entières : PP est à valeurs entières (question 17), alors que ses coefficients monomiaux 13,12,16\frac13, \frac12, \frac16 ne sont pas entiers. Calcul direct :

ΔP=(X+1)(X+2)(2X+3)X(X+1)(2X+1)6=(X+1)[(X+2)(2X+3)X(2X+1)]6=(X+1)(6X+6)6=(X+1)2.\begin{align*} \Delta P &= \frac{(X+1)(X+2)(2X+3) - X(X+1)(2X+1)}{6} \\ &= \frac{(X+1)\bigl[(X+2)(2X+3) - X(2X+1)\bigr]}{6} = \frac{(X+1)(6X+6)}{6} = (X+1)^2 . \end{align*}

Par télescopage P(m)=j=0m1ΔP(j)=j=1mj2P(m) = \sum_{j=0}^{m-1}\Delta P(j) = \sum_{j=1}^{m} j^2 (avec P(0)=0P(0) = 0) : la formule de la somme des carrés.

21. Les valeurs 2i2^i en i=0,,ni = 0, \dots, n ont une table des différences constamment égale à 11 sur le bord gauche : Δk\Delta^k de la suite (2i)(2^i) redonne (2i)(2^i) (puisque 2i+12i=2i2^{i+1} - 2^i = 2^i), donc (ΔkP)(0)=20=1\bigl(\Delta^k P\bigr)(0) = 2^0 = 1 pour tout knk \leq n, et P=B0+B1++BnP = B_0 + B_1 + \dots + B_n par la question 13. Alors

P(n+1)=k=0n(n+1k)=2n+1(n+1n+1)=2n+112n+1:P(n+1) = \sum_{k=0}^{n}\binom{n+1}{k} = 2^{n+1} - \binom{n+1}{n+1} = 2^{n+1} - 1 \neq 2^{n+1}:

le schéma se brise au premier point non contrôlé.

22. Par la question 12, Bk=ΔBk+1B_k = \Delta B_{k+1}, donc

j=0m1Bk(j)=j=0m1(Bk+1(j+1)Bk+1(j))=Bk+1(m)Bk+1(0)=Bk+1(m).\sum_{j=0}^{m-1} B_k(j) = \sum_{j=0}^{m-1}\bigl(B_{k+1}(j+1) - B_{k+1}(j)\bigr) = B_{k+1}(m) - B_{k+1}(0) = B_{k+1}(m).

Pour j<kj < k, les termes Bk(j)B_k(j) sont nuls, donc la somme commence en réalité à j=kj = k : j=km1(jk)=(mk+1)\sum_{j=k}^{m-1}\binom jk = \binom m{k+1}, l’identité de la crosse de hockey.

23. Les tables des différences (ou un développement direct) donnent

X2=B1+2B2,X3=B1+6B2+6B3X^2 = B_1 + 2 B_2, \qquad X^3 = B_1 + 6 B_2 + 6 B_3

(vérification : B1+2B2=X+X(X1)=X2B_1 + 2B_2 = X + X(X-1) = X^2 ; en X=1,2,3X = 1, 2, 3 la seconde donne 1,8,271, 8, 27). La question 22 fournit alors

j=0m1j2=B2(m)+2B3(m)=(m2)+2(m3)=m(m1)(2m1)6,\sum_{j=0}^{m-1} j^2 = B_2(m) + 2B_3(m) = \binom m2 + 2\binom m3 = \frac{m(m-1)(2m-1)}{6},
j=0m1j3=B2(m)+6B3(m)+6B4(m)=(m2)+6(m3)+6(m4).\sum_{j=0}^{m-1} j^3 = B_2(m) + 6B_3(m) + 6B_4(m) = \binom m2 + 6\binom m3 + 6\binom m4 .

En développant la dernière expression : (m2)+6(m3)+6(m4)=m(m1)2[1+2(m2)+(m2)(m3)2]=m2(m1)24=(m2)2\binom m2 + 6\binom m3 + 6\binom m4 = \frac{m(m-1)}{2}\bigl[1 + 2(m-2) + \frac{(m-2)(m-3)}{2}\bigr] = \frac{m^2(m-1)^2}{4} = \binom m2^2. En remplaçant mm par m+1m + 1 : 13++m3=(m(m+1)2)2=(1++m)21^3 + \dots + m^3 = \bigl(\frac{m(m+1)}2\bigr)^2 = (1 + \dots + m)^2, l’identité de Nicomaque.

24. Nœuds 0,1,20, 1, 2, polynôme X2X^2. Base monomiale (1,X,X2)(1, X, X^2) : coordonnées (0,0,1)(0, 0, 1). Base de Lagrange : les coordonnées sont les valeurs (0,1,4)(0, 1, 4) (question 4). Base de Newton (1,X,X(X1))(1, X, X(X-1)) : différences divisées f[0]=0f[0] = 0, f[0,1]=1f[0,1] = 1, f[0,1,2]=312=1f[0,1,2] = \frac{3 - 1}{2} = 1 (question 9), d’où les coordonnées (0,1,1)(0, 1, 1) — et en effet X+X(X1)=X2X + X(X-1) = X^2. Trois bases, trois vecteurs de coordonnées, un seul polynôme.

25. (i) La question 4 est automatique parce que (Li)(L_i) est une base : existence et unicité de l’interpolation sont exactement existence et unicité des coordonnées. (ii) La base de Newton est un escalier, donc les coordonnées se calculent par divisions successives — chaque nouveau nœud ajoute un terme sans perturber les précédents — alors que les coordonnées de PP dans la base de Lagrange sont les valeurs P(xi)P(x_i), disponibles sans le moindre calcul. (iii) Les deux bases sont libres par les deux mêmes critères de la Proposition 18.19 : degrés distincts pour Newton, évaluation aux nœuds pour Lagrange. (iv) Le théorème de Pólya dit que « P(Z)ZP(\Z) \subseteq \Z », propriété des valeurs, équivaut au fait que les coordonnées dans la base (Bk)(B_k) soient entières — l’arithmétique d’un polynôme ne devient visible que dans la base adaptée à la question.