Soit fcontinue par morceaux sur [a,b) (b∈R ou +∞). L’intégrale converge lorsque limx→b−∫axf existe ; on écrit alors ∫abf pour la limite. (De même sur (a,b], et sur (a,b) en coupant en un point intérieur — le choix n’importe pas, par la relation de Chasles.) L’intégrale converge absolument lorsque ∫ab∣f∣ converge ; la convergence absolue implique la convergence, par le critère de Cauchy :
∫xyf≤∫xy∣f∣
et la complétude de R (la primitive possède la propriété de Cauchy). En détail : posons F(x)=∫axf et G(x)=∫ax∣f∣. Si ∫b∣f∣ converge, G admet une limite en b−, donc pour tout ε>0 il existe c<b tel que G(y)−G(x)≤ε dès que c≤x≤y<b ; la formule ci-dessus transfère cette propriété de Cauchy à F. Pour toute suite xn→b− les valeurs F(xn) forment alors une suite de Cauchy de réels, convergente par complétude, et entrelacer deux telles suites montre que la limite est la même pour toutes : F admet une limite en b−.
Exemples
Exemple 9.3(Deux échauffements, menés jusqu’au bout)
(a)∫01lntdt : l’intégrande explose en 0+, mais ∣lnt∣=o(t−1/2) au voisinage de 0 (les logarithmes perdent face aux puissances), et ∫0t−1/2converge : convergence absolue. La valeur, par parties sur [ε,1] :
∫ε1lntdt=[tlnt−t]ε1=−1−εlnε+εε→0+−1.
(b)∫0∞1+t2lntdt : problème aux deux bornes, donc on coupe en 1. Au voisinage de 0 : ∣lnt∣ intégrable comme en (a) ; au voisinage de ∞ : 1+t2lnt=o(t−3/2) : absolument convergente. Le changement de variable t=u1 envoie (0,1) sur (1,∞) et
les deux moitiés se compensent, et l’intégrale vaut 0. Éclairage final : la symétrie sous t↦t1 vaut une page de calcul — le même tour alimentait déjà l’Exercice 9.3.
Exemple 9.4(Une valeur, trois intégrales)
Étudions I=∫0∞t21−costdt. En 0 : 1−cost∼2t2, donc l’intégrande se prolonge par continuité par la valeur 21 — aucune singularité. En ∞ : 0≤t21−cost≤t22 : convergence absolue (Théorème 9.2). Valeur : intégrons par parties sur [ε,M] avec u=1−cost, v′=t−2 :
∫εMt21−costdt=[−t1−cost]εM+∫εMtsintdt.
Le crochet s’annule aux deux bornes (ε1−cosε∼2ε ; numérateur borné en M), et l’intégrale tend vers la valeur de Dirichlet 2π (Exercice 9.10) : I=2π. Éclairage final : avec 1−cost=2sin22t et u=2t,
I=∫0∞(2u)22sin2u2du=∫0∞(usinu)2du:
les trois classiques ∫0∞tsintdt, ∫0∞(tsint)2dt (Exercice 9.11) et I partagent tous la valeur 2π, transmise de l’une à l’autre par parties et par changement de variable — et seule la première est semi-convergente : l’intégration par parties a échangé la convergence absolue contre un intégrande plus simple.
où la dernière intégrale converge par la même intégration par parties que ci-dessus (avec sin2t dans le crochet) : une partie divergente moins une partie convergente diverge. Ainsi ∫1∞tsintdtconverge sans converger absolument — l’analogue intégral des séries alternées, l’intégration par parties jouant le rôle du critère spécial des séries alternées.