Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

9Intégration

Le volume de première année a construit l’intégrale sur un segment. Ce chapitre l’étend à des intervalles quelconques (intégrales impropres, avec toute la boîte à outils de comparaison), puis étudie les intégrales dépendant d’un paramètre — continuité et dérivation sous le signe intégral — portées par le théorème de convergence dominée, le seul résultat de ce chapitre admis. La fonction Γ\Gamma sert d’exemple fil rouge, et de porte d’entrée vers la moitié des fonctions spéciales des mathématiques.

9.1 Intégrales sur un intervalle quelconque

Définition 9.1

Soit ff continue par morceaux sur [a,b)\intco{a}{b} (bRb \in \R ou ++\infty). L’intégrale converge lorsque limxbaxf\lim_{x \to b^-} \int_a^x f existe ; on écrit alors abf\int_a^b f pour la limite. (De même sur (a,b]\intoc{a}{b}, et sur (a,b)\intoo{a}{b} en coupant en un point intérieur — le choix n’importe pas, par la relation de Chasles.) L’intégrale converge absolument lorsque abf\int_a^b \abs f converge ; la convergence absolue implique la convergence, par le critère de Cauchy :

xyfxyf\Bigl| \int_x^{y} f \Bigr| \leq \int_x^{y} \abs f

et la complétude de R\R (la primitive possède la propriété de Cauchy). En détail : posons F(x)=axfF(x) = \int_a^x f et G(x)=axfG(x) = \int_a^x \abs f. Si bf\int^b\abs f converge, GG admet une limite en bb^-, donc pour tout ε>0\varepsilon > 0 il existe c<bc < b tel que G(y)G(x)εG(y) - G(x) \leq \varepsilon dès que cxy<bc \leq x \leq y < b ; la formule ci-dessus transfère cette propriété de Cauchy à FF. Pour toute suite xnbx_n \to b^- les valeurs F(xn)F(x_n) forment alors une suite de Cauchy de réels, convergente par complétude, et entrelacer deux telles suites montre que la limite est la même pour toutes : FF admet une limite en bb^-.

Théorème 9.2 (Boîte à outils de comparaison, cas positif)

Pour f,g0f, g \geq 0 continues par morceaux sur [a,b)\intco{a}{b} :

  1. abf\int_a^b f converge si et seulement si la primitive xaxfx \mapsto \int_a^x f est bornée ;
  2. fgf \leq g : la convergence de g\int g entraîne celle de f\int f ; la divergence se transmet en sens inverse ;
  3. fgf \sim g en bb : les deux intégrales sont de même nature ;
  4. les échelles de référence : en ++\infty,  ⁣dttα\int^{\infty} \frac{\dd t}{t^\alpha} converge si et seulement si α>1\alpha > 1, et  ⁣dtt(lnt)β\int^\infty \frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta} si et seulement si β>1\beta > 1 ; en une borne finie bb, b ⁣dt(bt)α\int^b \frac{\dd t}{(b - t)^\alpha} converge si et seulement si α<1\alpha < 1.

Démonstration. (1) La primitive F(x)=axfF(x) = \int_a^x f est croissante (f0f \geq 0). Si elle est bornée, =supx<bF\ell = \sup_{x < b}F est fini et F(x)F(x) \to \ell : étant donné ε>0\varepsilon > 0, un certain F(x0)>εF(x_0) > \ell - \varepsilon, et la monotonie piège F(x)(ε,]F(x) \in \intoc{\ell - \varepsilon}{\ell} pour x0x<bx_0 \leq x < b. Si elle est non bornée, F+F \to +\infty : divergence.

(2) De fgf \leq g : axfaxg\int_a^x f \leq \int_a^x g pour tout xx ; si bg\int^b g converge, le membre de droite est borné, donc le membre de gauche aussi, et (1) conclut. La contraposée transmet la divergence en sens inverse.

(3) fgf \sim g en bb fournit c<bc < b tel que

12g(t)    f(t)    2g(t)(ct<b):\tfrac12\,g(t) \;\leq\; f(t) \;\leq\; 2\,g(t) \qquad (c \leq t < b) :

par (2) appliqué dans les deux sens sur [c,b)\intco{c}{b}, les deux intégrales sont de même nature ; le morceau initial [a,c]\intcc{a}{c} est une intégrale propre et ne change rien.

(4) Primitives explicites : pour α1\alpha \neq 1 et β1\beta \neq 1,

cx ⁣dttα=x1αc1α1α,cx ⁣dtt(lnt)β=(lnx)1β(lnc)1β1β,\int_c^x \frac{\dd t}{t^\alpha} = \frac{x^{1-\alpha} - c^{1-\alpha}}{1 - \alpha}, \qquad \int_c^x \frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta} = \frac{(\ln x)^{1-\beta} - (\ln c)^{1-\beta}}{1 - \beta},

avec des logarithmes dans les cas exclus : bornées quand x+x \to +\infty exactement lorsque α>1\alpha > 1, resp. β>1\beta > 1. En une borne finie, le changement de variable u=btu = b - t ramène à l’échelle 0uα ⁣du\int_0 u^{-\alpha}\,\dd u, bornée si et seulement si α<1\alpha < 1. Appliquer (1) à chaque fois.

Exemple 9.3 (Deux échauffements, menés jusqu’au bout)

(a) 01lnt ⁣dt\displaystyle\int_0^1 \ln t\,\dd t : l’intégrande explose en 0+0^+, mais lnt=o(t1/2)\abs{\ln t} = o\bigl(t^{-1/2}\bigr) au voisinage de 00 (les logarithmes perdent face aux puissances), et 0t1/2\int_0 t^{-1/2} converge : convergence absolue. La valeur, par parties sur [ε,1]\intcc{\varepsilon}{1} :

ε1lnt ⁣dt=[tlntt]ε1=1εlnε+εε0+1.\int_\varepsilon^1 \ln t\,\dd t = \bigl[t\ln t - t\bigr]_\varepsilon^1 = -1 - \varepsilon\ln\varepsilon + \varepsilon \xrightarrow[\varepsilon\to0^+]{} -1 .

(b) 0lnt1+t2 ⁣dt\displaystyle\int_0^\infty \frac{\ln t}{1 + t^2}\,\dd t : problème aux deux bornes, donc on coupe en 11. Au voisinage de 00 : lnt\abs{\ln t} intégrable comme en (a) ; au voisinage de \infty : lnt1+t2=o(t3/2)\frac{\ln t}{1+t^2} = o(t^{-3/2}) : absolument convergente. Le changement de variable t=1ut = \frac1u envoie (0,1)\intoo{0}{1} sur (1,)\intoo{1}{\infty} et

01lnt1+t2 ⁣dt=1lnu1+u2 ⁣duu2=1lnu1+u2 ⁣du:\int_0^1 \frac{\ln t}{1+t^2}\,\dd t = \int_1^{\infty} \frac{-\ln u}{1 + u^{-2}}\cdot \frac{\dd u}{u^2} = -\int_1^\infty \frac{\ln u}{1+u^2}\,\dd u :

les deux moitiés se compensent, et l’intégrale vaut 00. Éclairage final : la symétrie sous t1tt \mapsto \frac1t vaut une page de calcul — le même tour alimentait déjà l’Exercice 9.3.

Exemple 9.4 (Une valeur, trois intégrales)

Étudions I=01costt2 ⁣dtI = \displaystyle\int_0^{\infty} \frac{1 - \cos t}{t^2}\,\dd t. En 00 : 1costt221 - \cos t \sim \frac{t^2}2, donc l’intégrande se prolonge par continuité par la valeur 12\frac12 — aucune singularité. En \infty : 01costt22t20 \leq \frac{1 - \cos t}{t^2} \leq \frac{2}{t^2} : convergence absolue (Théorème 9.2). Valeur : intégrons par parties sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M} avec u=1costu = 1 - \cos t, v=t2v' = t^{-2} :

εM1costt2 ⁣dt=[1costt]εM+εMsintt ⁣dt.\int_\varepsilon^M \frac{1 - \cos t}{t^2}\,\dd t = \Bigl[-\frac{1 - \cos t}{t}\Bigr]_\varepsilon^M + \int_\varepsilon^M \frac{\sin t}{t}\,\dd t .

Le crochet s’annule aux deux bornes (1cosεεε2\frac{1 - \cos\varepsilon}{\varepsilon} \sim \frac\varepsilon2 ; numérateur borné en MM), et l’intégrale tend vers la valeur de Dirichlet π2\frac\pi2 (Exercice 9.10) : I=π2I = \frac\pi2. Éclairage final : avec 1cost=2sin2t21 - \cos t = 2\sin^2\frac t2 et u=t2u = \frac t2,

I=02sin2u(2u)2  2 ⁣du=0(sinuu) ⁣2 ⁣du:I = \int_0^\infty \frac{2\sin^2 u}{(2u)^2}\;2\,\dd u = \int_0^\infty \Bigl(\frac{\sin u}{u}\Bigr)^{\!2}\dd u :

les trois classiques 0sintt ⁣dt\int_0^\infty\frac{\sin t}{t}\dd t, 0(sintt)2 ⁣dt\int_0^\infty\bigl(\frac{\sin t}{t}\bigr)^2\dd t (Exercice 9.11) et II partagent tous la valeur π2\frac\pi2, transmise de l’une à l’autre par parties et par changement de variable — et seule la première est semi-convergente : l’intégration par parties a échangé la convergence absolue contre un intégrande plus simple.

Exemple 9.5 (Une intégrale semi-convergente)

1sintt ⁣dt\displaystyle\int_1^{\infty} \frac{\sin t}{t}\,\dd t converge : intégrons par parties,

1xsintt ⁣dt=[costt]1x1xcostt2 ⁣dt,\int_1^x \frac{\sin t}{t}\dd t = \Bigl[\frac{-\cos t}{t}\Bigr]_1^x - \int_1^x \frac{\cos t}{t^2}\dd t ,

où le crochet a une limite et la dernière intégrale converge absolument (cost/t2t2\abs{\cos t}/t^2 \leq t^{-2}). Mais pas absolument : de sintsin2t\abs{\sin t} \geq \sin^2 t,

1xsintt ⁣dt    1xsin2tt ⁣dt=1x ⁣dt2t= 12lnx      1xcos2t2t ⁣dtconvergente,\int_1^x \frac{\abs{\sin t}}{t}\,\dd t \;\geq\; \int_1^x \frac{\sin^2t}{t}\,\dd t = \underbrace{\int_1^x \frac{\dd t}{2t}}_{=\ \frac12\ln x \ \to\ \infty} \;-\; \underbrace{\int_1^x \frac{\cos 2t}{2t}\,\dd t}_{\text{convergente}} ,

où la dernière intégrale converge par la même intégration par parties que ci-dessus (avec sin2t\sin 2t dans le crochet) : une partie divergente moins une partie convergente diverge. Ainsi 1sintt ⁣dt\int_1^\infty\frac{\sin t}{t}\dd t converge sans converger absolument — l’analogue intégral des séries alternées, l’intégration par parties jouant le rôle du critère spécial des séries alternées.

9.2 Le théorème de convergence

Théorème 9.6 (Convergence dominée)

Soit (fn)(f_n) continues par morceaux sur un intervalle II, convergeant simplement vers une fonction ff continue par morceaux, et supposons qu’il existe une fonction intégrable fixe φ0\varphi \geq 0 (Iφ<\int_I \varphi < \infty) telle que

fn(t)φ(t)(tI, nN).\abs{f_n(t)} \leq \varphi(t) \qquad (t \in I,\ n \in \N).

Alors toutes les Ifn\int_I f_n et If\int_I f convergent absolument, et

IfnnIf.\int_I f_n \xrightarrow[n \to \infty]{} \int_I f .

Démonstration. Admis à ce niveau.

Remarque 9.7

La preuve honnête relève de la théorie de l’intégration de Lebesgue de la troisième année ; l’énoncé, lui, sert constamment désormais. L’hypothèse de domination est tout l’enjeu : la convergence simple seule ne suffit pas (fn=n1(0,1/n)f_n = n\,\mathbf{1}_{\intoo{0}{1/n}}, des bosses glissantes : fn=1↛0=f\int f_n = 1 \not\to 0 = \int f). Le théorème vaut aussi pour un paramètre continu (fλf_\lambda, λλ0\lambda \to \lambda_0), par la caractérisation séquentielle des limites.

Exemple 9.8 (Une limite gaussienne, par domination)

Calculer limnIn\displaystyle\lim_{n\to\infty} I_nIn=0(1+t2n) ⁣n ⁣dtI_n = \int_0^\infty \Bigl(1 + \frac{t^2}{n}\Bigr)^{\!-n}\dd t. Simplement, (1+t2/n)net2(1 + t^2/n)^n \to \eu^{t^2} (limite des intérêts composés), donc les intégrandes tendent vers et2\eu^{-t^2}. Domination : la suite n(1+u/n)nn \mapsto (1 + u/n)^n est croissante pour u0u \geq 0 (l’inégalité arithmético-géométrique sur les n+1n + 1 facteurs 1,1+un,,1+un1, 1 + \frac un, \dots, 1 + \frac un donne (1+un+1)n+1(1+un)n(1 + \frac u{n+1})^{n+1} \geq (1 + \frac un)^n), donc pour n2n \geq 2 :

(1+t2n) ⁣n(1+t22) ⁣2,\Bigl(1 + \frac{t^2}{n}\Bigr)^{\!-n} \leq \Bigl(1 + \frac{t^2}{2}\Bigr)^{\!-2},

un dominant intégrable (4t4\sim 4t^{-4} à l’infini). Convergence dominée :

Inn0et2 ⁣dt=π2I_n \xrightarrow[n\to\infty]{} \int_0^\infty \eu^{-t^2}\dd t = \frac{\sqrt\pi}{2}

(l’intégrale de Gauss de l’Exercice 9.8). Vérification finale : le changement de variable t=ntanθt = \sqrt n\tan\theta calcule InI_n exactement, In=n0π/2cos2n2θ ⁣dθ=nW2n2I_n = \sqrt n\int_0^{\pi/2}\cos^{2n-2}\theta\,\dd\theta = \sqrt n\,W_{2n-2}, et l’équivalent de Wallis Wmπ/(2m)W_m \sim \sqrt{\pi/(2m)} (Lemme 6.11) donne de nouveau nW2n2π2\sqrt n\,W_{2n-2} \to \frac{\sqrt\pi}2 : les deux piliers de ce chapitre et du précédent concordent.

Exemple 9.9 (Convergence dominée, paramètre continu)

Calculer

limx+0arctan(xt)1+t2 ⁣dt.\lim_{x\to+\infty}\int_0^\infty \frac{\arctan(xt)}{1+t^2}\,\dd t .

Pour chaque t>0t > 0, arctan(xt)π2\arctan(xt) \to \frac\pi2 quand xx \to \infty ; et la domination

arctan(xt)1+t2π/21+t2,inteˊgrable, indeˊpendante de x,\Bigl|\frac{\arctan(xt)}{1+t^2}\Bigr| \leq \frac{\pi/2}{1+t^2}, \qquad\text{intégrable, indépendante de } x,

vaut pour tout xx. Par la forme à paramètre continu du Théorème 9.6 (caractérisation séquentielle : tester le long de tout xnx_n \to \infty),

0arctan(xt)1+t2 ⁣dtx+π20 ⁣dt1+t2=π24.\int_0^\infty\frac{\arctan(xt)}{1+t^2}\,\dd t \xrightarrow[x\to+\infty]{} \frac\pi2\int_0^\infty\frac{\dd t}{1+t^2} = \frac{\pi^2}{4} .

Éclairage final : le point isolé t=0t = 0, où la limite simple est 00 plutôt que π2\frac\pi2, ne change rien — la fonction limite n’intervient que par son intégrale, l’une des faveurs discrètes du théorème.

9.3 Intégrales à paramètre

Théorème 9.10 (Continuité sous le signe intégral)

Soit f ⁣:A×IRf \colon A \times I \to \R (AA un espace métrique, II un intervalle) vérifiant : tf(x,t)t \mapsto f(x, t) continue par morceaux pour chaque xx ; xf(x,t)x \mapsto f(x, t) continue pour chaque tt ; et une domination f(x,t)φ(t)\abs{f(x,t)} \leq \varphi(t) (φ\varphi intégrable sur II, indépendante de xx). Alors

F(x)=If(x,t) ⁣dtF(x) = \int_I f(x, t)\,\dd t

est définie et continue sur AA.

Démonstration. Bonne définition : la domination donne la convergence absolue. Continuité en x0x_0 : pour toute suite xnx0x_n \to x_0, les fonctions gn(t)=f(xn,t)g_n(t) = f(x_n, t) convergent simplement vers f(x0,t)f(x_0, t) (continuité en xx) sous la domination fixe φ\varphi : la convergence dominée donne F(xn)F(x0)F(x_n) \to F(x_0) ; on conclut par la caractérisation séquentielle de la continuité (Définition 4.5).

Théorème 9.11 (Dérivation sous le signe intégral)

Soit f ⁣:J×IRf \colon J \times I \to \R (JJ un intervalle de paramètres) vérifiant : tf(x,t)t \mapsto f(x,t) intégrable sur II pour chaque xx ; xf(x,t)x \mapsto f(x,t) de classe C1C^1 pour chaque tt, la dérivée partielle fx\frac{\partial f}{\partial x} étant continue par morceaux en tt et dominée : fx(x,t)ψ(t)\bigl|\frac{\partial f}{\partial x}(x,t)\bigr| \leq \psi(t) avec ψ\psi intégrable. Alors F(x)=If(x,t) ⁣dtF(x) = \int_I f(x,t)\dd t est de classe C1C^1 sur JJ et

F(x)=Ifx(x,t) ⁣dt.F'(x) = \int_I \frac{\partial f}{\partial x}(x, t)\,\dd t .

Démonstration. Fixons xx et hn0h_n \to 0. Les taux d’accroissement

F(x+hn)F(x)hn=If(x+hn,t)f(x,t)hn ⁣dt\frac{F(x + h_n) - F(x)}{h_n} = \int_I \frac{f(x + h_n, t) - f(x, t)}{h_n}\,\dd t

ont des intégrandes convergeant simplement vers fx(x,t)\frac{\partial f}{\partial x}(x, t), et dominés par ψ(t)\psi(t) : par l’inégalité des accroissements finis appliquée en xx à tt fixé,

f(x+hn,t)f(x,t)hnsupξfx(ξ,t)ψ(t).\Bigl|\frac{f(x + h_n, t) - f(x,t)}{h_n}\Bigr| \leq \sup_{\xi} \Bigl|\frac{\partial f}{\partial x}(\xi, t)\Bigr| \leq \psi(t) .

La convergence dominée donne la limite Ifx(x,t) ⁣dt\int_I \frac{\partial f}{\partial x}(x,t)\dd t des taux : FF est dérivable, de dérivée annoncée, continue d’après le Théorème 9.10 appliqué à fx\frac{\partial f}{\partial x}.

Exemple 9.12 (Une intégrale à paramètre confrontée à une formule)

Soit F(x)=0 ⁣dtt2+xF(x) = \displaystyle\int_0^\infty \frac{\dd t}{t^2 + x} pour x>0x > 0. Sur tout [a,b](0,)\intcc{a}{b} \subset \intoo{0}{\infty}, l’intégrande est dominé par 1t2+a\frac{1}{t^2 + a}, intégrable et indépendant de xx : FF est continue (Théorème 9.10). Ici le théorème peut se confronter à une valeur explicite :

F(x)=[1xarctantx]0=π2x,F(x) = \Bigl[\frac{1}{\sqrt x}\arctan\frac{t}{\sqrt x}\Bigr]_0^\infty = \frac{\pi}{2\sqrt x} ,

visiblement continue. Dérivons maintenant sous l’intégrale : la dérivée en xx, 1(t2+x)2-\frac{1}{(t^2+x)^2}, est dominée sur [a,b]\intcc ab par 1(t2+a)2\frac{1}{(t^2+a)^2}, intégrable : le Théorème 9.11 donne

F(x)=0 ⁣dt(t2+x)2tandis queF(x)=π4x3/2,F'(x) = -\int_0^\infty \frac{\dd t}{(t^2 + x)^2} \qquad\text{tandis que}\qquad F'(x) = -\frac{\pi}{4}\,x^{-3/2} ,

de sorte que nous avons calculé une nouvelle intégrale gratuitement : 0 ⁣dt(t2+x)2=π4x3/2\int_0^\infty\frac{\dd t}{(t^2+x)^2} = \frac{\pi}{4x^{3/2}}. Éclairage final : dériver une intégrale à paramètre connue est une fabrique de nouvelles formules — en itérant, on obtient 0 ⁣dt(t2+1)n\int_0^\infty\frac{\dd t}{(t^2+1)^n} pour tout nn, sans aucun changement de variable trigonométrique.

Méthode 9.13 (Étudier une intégrale impropre)

Étant donné abf\int_a^b f :

  1. Localiser le problème : recenser les bornes (ou points intérieurs) où ff est non bornée ou l’intervalle infini, et découper pour que chaque morceau ait exactement une borne problématique.
  2. Si ff est de signe constant près de cette borne, trouver un équivalent et comparer avec les échelles de référence du Théorème 9.2.
  3. Si ff oscille, tester d’abord f\abs f (convergence absolue). Si f\int\abs f diverge, essayer une intégration par parties pour échanger l’oscillation contre une décroissance, comme à l’Exemple 9.5 ; des minorations comme sintsin2t\abs{\sin t} \geq \sin^2t détectent une véritable semi-convergence.
  4. Pour une valeur, et pas seulement la nature : parties, changement de variable, ou un paramètre (dériver une intégrale plus simple, comme à l’Exemple 9.12 et à l’Exemple 9.21).
  5. Vérifications de bon sens sur toute valeur calculée : signe et ordre de grandeur face à une borne grossière (0et2 ⁣dt(0,1+1et)\int_0^\infty \eu^{-t^2}\dd t \in \intoo{0}{1 + \int_1^\infty \eu^{-t}}, donc π20.886\frac{\sqrt\pi}{2} \approx 0.886 est plausible) ; et cohérence dimensionnelle par changement d’échelle (tλtt \mapsto \lambda t doit remettre les deux membres à la même échelle — le détecteur le plus rapide d’un facteur perdu).

Remarque 9.14 (Pièges fréquents)

Trois erreurs récurrentes. (i) Dominants dépendant du paramètre : la domination f(x,t)φ(t)\abs{f(x,t)} \leq \varphi(t) doit être uniforme en xx sur l’ensemble considéré ; elle vaut d’ordinaire sur les segments [a,b]\intcc ab mais pas globalement — pour 0ext ⁣dt\int_0^\infty\eu^{-xt}\dd t il n’existe aucun dominant intégrable valable pour tout x>0x > 0, mais dominer sur xa>0x \geq a > 0 suffit pour travailler sur toute la demi-droite ouverte, puisque la continuité et les dérivées sont des notions locales. (ii) Comparer des intégrandes de signe quelconque : la boîte à outils de comparaison est faite pour les fonctions positives ; de fg\abs f \leq g avec g\int g divergente on ne peut rien conclure — 1sintt ⁣dt\int_1^\infty\frac{\sin t}t\,\dd t converge bien que toute comparaison avec 1t\frac1t échoue. (iii) Oublier la moitié du problème : sur (0,)\intoo{0}{\infty} toujours étudier les deux bornes séparément ; 0 ⁣dtt\int_0^\infty\frac{\dd t}{t} diverge aux deux, et un découpage d’apparence convergente peut compenser silencieusement deux infinis. Le réflexe sûr est la liste de contrôle du Méthode 9.13.

Exemple 9.15 (Un cas limite de Bertrand, au chiffre près)

L’échelle  ⁣dtt(lnt)β\int^\infty\frac{\dd t}{t(\ln t)^\beta} du Théorème 9.2 se situe exactement à la frontière des échelles de puissances ; ses cas limites méritent un calcul complet. Pour β=2\beta = 2 :

e ⁣dtt(lnt)2=[1lnt]e=0(1)=1,\int_\eu^{\infty}\frac{\dd t}{t(\ln t)^2} = \Bigl[-\frac{1}{\ln t}\Bigr]_\eu^{\infty} = 0 - (-1) = 1 ,

une intégrale convergente à la valeur agréablement exacte ; tandis que pour β=1\beta = 1,

ex ⁣dttlnt=[lnlnt]ex=lnlnx,\int_\eu^{x}\frac{\dd t}{t\ln t} = \bigl[\ln\ln t\bigr]_\eu^{x} = \ln\ln x \longrightarrow \infty ,

divergente — mais si lentement qu’atteindre lnlnx=10\ln\ln x = 10 requiert x=ee10109566x = \eu^{\eu^{10}} \approx 10^{9566}. Éclairage final : entre « toute puissance t1εt^{-1-\varepsilon} converge » et « t1t^{-1} diverge » vit une échelle infinie de niveaux logarithmiques, chacun raffinant le précédent ; le changement de variable u=lntu = \ln t ramène chaque barreau sur le précédent, ce qui explique pourquoi les critères de Bertrand font écho à ceux de Riemann, un cran plus haut.

Remarque 9.16 (Perspectives à l’intérieur de ce volume)

Les outils de ce chapitre vont être partout. La convergence dominée est le moteur des approximations de l’unité du chapitre suivant (noyaux glissants, Bernstein comme Fejér) ; la continuité et la dérivation sous le signe intégral produisent le calcul des coefficients de Fourier au chapitre de Fourier, où chaque cn(f)c_n(f) est une intégrale à paramètre déguisée. La fonction Γ\Gamma revient deux fois : au chapitre sur les intégrales multiples, où une intégrale double démontre enfin la formule bêta–gamma d’Euler dans toute sa généralité, et dans les chapitres de probabilités, où les intégrales de type Γ\Gamma normalisent les densités usuelles et calculent leurs moments. Et l’intégrale semi-convergente sintt\int\frac{\sin t}{t} resurgit comme la constante de Gibbs du chapitre de Fourier — la même intégrale, mesurant le dépassement des sommes partielles en un saut.

Définition 9.17 (La fonction Γ\Gamma)

Pour x>0x > 0 :

Γ(x)=0tx1et ⁣dt,\Gamma(x) = \int_0^{\infty} t^{x-1}\,\eu^{-t}\,\dd t ,

convergente aux deux bornes (tx1t^{x-1} intégrable en 0+0^+ pour x>0x > 0 ; décroissance exponentielle en \infty).

Théorème 9.18

Γ\Gamma est continue sur (0,+)\intoo{0}{+\infty}, vérifie l’équation fonctionnelle

Γ(x+1)=xΓ(x),Γ(1)=1,doncΓ(n+1)=n!,\Gamma(x + 1) = x\,\Gamma(x), \qquad \Gamma(1) = 1, \qquad\text{donc}\qquad \Gamma(n + 1) = n! ,

et est de classe C1C^1 (et même CC^\infty) avec Γ(x)=0tx1etlnt ⁣dt\Gamma'(x) = \int_0^\infty t^{x-1}\eu^{-t}\ln t\,\dd t.

Démonstration. Équation fonctionnelle : intégrons par parties sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M} et faisons tendre les bornes : txet=[txet]+xtx1et\int t^{x}\eu^{-t} = [-t^x\eu^{-t}] + x\int t^{x-1}\eu^{-t}, les termes de bord s’annulant — en effet εxeε0\varepsilon^x\eu^{-\varepsilon} \to 0 quand ε0+\varepsilon \to 0^+ car x>0x > 0, et MxeM0M^x\eu^{-M} \to 0 quand MM \to \infty car l’exponentielle l’emporte sur toute puissance ; les deux intégrales tronquées convergent vers leurs valeurs impropres par la convergence établie dans la Définition 9.17. Γ(1)=et=1\Gamma(1) = \int \eu^{-t} = 1 ; la récurrence donne la factorielle.

Continuité sur [a,b](0,)\intcc{a}{b} \subset \intoo{0}{\infty} : dominer tx1ett^{x-1}\eu^{-t} par φ(t)=(ta1+tb1)et\varphi(t) = (t^{a-1} + t^{b-1})\eu^{-t}, intégrable et indépendante de x[a,b]x \in \intcc{a}{b} : le Théorème 9.10 s’applique sur tout segment de ce type, donc sur toute la demi-droite. Dérivabilité : la dérivée en xx, tx1etlntt^{x-1}\eu^{-t}\ln t, est dominée sur [a,b]\intcc{a}{b} par (ta1+tb1)etlnt(t^{a-1} + t^{b-1})\eu^{-t}\,\abs{\ln t}, toujours intégrable : le Théorème 9.11 ; en itérant on obtient toutes les dérivées (chacune ajoute une puissance de lnt\ln t, sans dommage).

Exemple 9.19 (Factorielles demi-entières)

L’équation fonctionnelle et Γ(12)=π\Gamma\bigl(\frac12\bigr) = \sqrt\pi (à un changement de variable de l’Exercice 9.8 : poser t=u2t = u^2 dans l’intégrale de définition) engendrent toutes les valeurs demi-entières :

Γ(32)=12Γ(12)=π2,Γ(52)=32π2=3π4,Γ(72)=15π8.\Gamma\Bigl(\frac32\Bigr) = \frac12\,\Gamma\Bigl(\frac12\Bigr) = \frac{\sqrt\pi}{2}, \qquad \Gamma\Bigl(\frac52\Bigr) = \frac32\cdot\frac{\sqrt\pi}{2} = \frac{3\sqrt\pi}{4}, \qquad \Gamma\Bigl(\frac72\Bigr) = \frac{15\sqrt\pi}{8} .

Puisque Γ(n+1)=n!\Gamma(n+1) = n!, il est légitime d’écrire « 12!=π20.886\frac12! = \frac{\sqrt\pi}{2} \approx 0.886 » : la factorielle a été interpolée, et la courbe interpolante passe sous 11 entre 0!=10! = 1 et 1!=11! = 1 (son minimum 0.8856\approx 0.8856 en x1.4616x \approx 1.4616 correspond au tableau de convexité de la partie I du problème du week-end). Éclairage final : rien dans l’intégrale 0tx1et ⁣dt\int_0^\infty t^{x-1}\eu^{-t}\dd t ne privilégie les entiers — le caractère discret de la factorielle était un accident du dénombrement, et π\sqrt\pi est ce qui vit entre 11 et 11.

Remarque 9.20 (Où va Γ\Gamma à partir d’ici)

Le problème du week-end de ce chapitre construit tout le calcul d’Euler autour de Γ\Gamma : la fonction bêta, ses récurrences par intégration par parties, les intégrales de Wallis comme valeurs de la fonction bêta, et la formule limite de Gauss. Le chapitre sur les intégrales multiples démontre la formule bêta–gamma d’Euler pour tous les arguments par une intégrale double ; les chapitres de probabilités retrouvent Γ\Gamma dans la normalisation des densités les plus courantes et dans les moments des temps d’attente. Le volume de troisième année reconstruit Γ\Gamma sur des fondations de Lebesgue, démontre le théorème d’unicité de Bohr–Mollerup, et étend la formule de Stirling des entiers à la demi-droite réelle par convergence dominée.

Exemple 9.21 (Un calcul classique par dérivation)

Pour xRx \in \R, posons F(x)=0et2cos(xt) ⁣dtF(x) = \int_0^{\infty} \eu^{-t^2}\cos(xt)\,\dd t (absolument convergente, dominée par et2\eu^{-t^2}). D’après le Théorème 9.11 (domination de la dérivée en xx par tet2t\,\eu^{-t^2}, intégrable) :

F(x)=0tet2sin(xt) ⁣dt=[et22sin(xt)]0x20et2cos(xt) ⁣dt=x2F(x),F'(x) = -\int_0^\infty t\,\eu^{-t^2}\sin(xt)\,\dd t = \Bigl[\frac{\eu^{-t^2}}{2}\sin(xt)\Bigr]_0^\infty - \frac x2\int_0^\infty \eu^{-t^2}\cos(xt)\,\dd t = -\frac x2\,F(x),

(parties avec u=tet2u' = t\eu^{-t^2}). L’équation différentielle F=x2FF' = -\frac x2 F s’intègre en F(x)=F(0)ex2/4F(x) = F(0)\,\eu^{-x^2/4} : l’intégrale de type gaussien se reproduit elle-même. La constante F(0)=0et2 ⁣dt=π2F(0) = \int_0^\infty \eu^{-t^2}\dd t = \frac{\sqrt\pi}{2} est calculée à l’Exercice 9.8 — et de nouveau, par double intégration, au Chapitre 20.

9.4 Exercices

Exercice 9.1

Nature de : 01 ⁣dtt(1t)\displaystyle\int_0^1 \frac{\dd t}{\sqrt{t(1-t)}} ;   1lntt2 ⁣dt\;\displaystyle\int_1^\infty \frac{\ln t}{t^2}\dd t ;   0 ⁣dt1+t2sin2t\;\displaystyle\int_0^\infty \frac{\dd t}{1 + t^2\sin^2 t} (comparer avec le comportement de type harmonique divergent près de t=nπt = n\pi).

Solution

Solution de Exercice 9.1.

01 ⁣dtt(1t)\int_0^1 \frac{\dd t}{\sqrt{t(1-t)}} : au voisinage de 00, t1/2\sim t^{-1/2} (α=12<1\alpha = \frac12 < 1 : converge) ; au voisinage de 11, (1t)1/2\sim (1-t)^{-1/2} : converge. Convergente (sa valeur est π\pi, par le changement de variable t=sin2θt = \sin^2\theta).

1lntt2\int_1^\infty \frac{\ln t}{t^2} : lntt2=o(t3/2)\frac{\ln t}{t^2} = o(t^{-3/2}) : convergente (valeur 11 par parties).

0 ⁣dt1+t2sin2t\int_0^\infty \frac{\dd t}{1 + t^2\sin^2 t} : divergente. Au voisinage de t=nπt = n\pi, écrivons t=nπ+ut = n\pi + u : sin2t=sin2uu2\sin^2 t = \sin^2 u \leq u^2, donc sur u1n\abs u \leq \frac{1}{n}, 1+t2sin2t1+(nπ+1)2u2Cn2u2+11 + t^2\sin^2 t \leq 1 + (n\pi + 1)^2u^2 \leq C n^2 u^2 + 1 ; d’où

nπ1/nnπ+1/n ⁣dt1+t2sin2t1/n1/n ⁣du1+Cn2u2=2arctanCC1n,\int_{n\pi - 1/n}^{n\pi + 1/n} \frac{\dd t}{1 + t^2\sin^2 t} \geq \int_{-1/n}^{1/n} \frac{\dd u}{1 + Cn^2u^2} = \frac{2\arctan\sqrt C}{\sqrt C}\cdot\frac{1}{n} ,

un terme d’une série divergente de type harmonique : en sommant sur nn, la primitive est non bornée.

Exercice 9.2

Calculer 0tneλt ⁣dt\displaystyle\int_0^\infty t^n \eu^{-\lambda t}\,\dd t (λ>0\lambda > 0) à l’aide de Γ\Gamma, et 01(lnt)n ⁣dt\displaystyle\int_0^1 (\ln t)^n \dd t par le changement de variable t=eut = \eu^{-u}.

Solution

Solution de Exercice 9.2.

Substituons u=λtu = \lambda t :

0tneλt ⁣dt=1λn+10uneu ⁣du=Γ(n+1)λn+1=n!λn+1.\int_0^\infty t^n \eu^{-\lambda t}\dd t = \frac{1}{\lambda^{n+1}}\int_0^\infty u^n\eu^{-u}\dd u = \frac{\Gamma(n+1)}{\lambda^{n+1}} = \frac{n!}{\lambda^{n+1}} .

Avec t=eut = \eu^{-u} ( ⁣dt=eu ⁣du\dd t = -\eu^{-u}\dd u) :

01(lnt)n ⁣dt=0(u)neu ⁣du=(1)nn!.\int_0^1 (\ln t)^n \dd t = \int_0^{\infty} (-u)^n \eu^{-u}\,\dd u = (-1)^n\, n! .

Exercice 9.3

Montrer que 0 ⁣dt(1+t2)(1+tx)\displaystyle\int_0^{\infty} \frac{\dd t}{(1 + t^2)(1 + t^x)} est bien définie pour tout xRx \in \R et indépendante de xx. (Substituer t1tt \mapsto \frac1t et faire la moyenne des deux expressions.) Quelle est sa valeur ?

Solution

Solution de Exercice 9.3.

Convergence : l’intégrande est 11+t2\leq \frac{1}{1+t^2} au voisinage de \infty et borné au voisinage de 00 (les deux facteurs minorés loin de 00) : absolument convergente, pour tout xx. En substituant t=1ut = \frac1u ( ⁣dt= ⁣duu2\dd t = -\frac{\dd u}{u^2}) :

I(x)=01(1+1u2)(1+ux) ⁣duu2=0ux(1+u2)(1+ux) ⁣du.I(x) = \int_0^\infty \frac{1}{\bigl(1 + \frac1{u^2}\bigr)\bigl(1 + u^{-x}\bigr)}\cdot\frac{\dd u}{u^2} = \int_0^\infty \frac{u^x}{(1 + u^2)(1 + u^x)}\,\dd u .

En additionnant les deux expressions de I(x)I(x) :

2I(x)=01+tx(1+t2)(1+tx) ⁣dt=0 ⁣dt1+t2=π2:2I(x) = \int_0^\infty \frac{1 + t^x}{(1+t^2)(1+t^x)}\dd t = \int_0^\infty \frac{\dd t}{1 + t^2} = \frac{\pi}{2} :

I(x)=π4I(x) = \frac\pi4, indépendant de xx.

Exercice 9.4 ★★

(Intégrales de Bertrand en une borne finie) Pour quels (α,β)(\alpha, \beta) l’intégrale 01/2 ⁣dttαlntβ\displaystyle\int_0^{1/2} \frac{\dd t}{t^\alpha\,\abs{\ln t}^\beta} converge-t-elle ?

Solution

Solution de Exercice 9.4.

Au voisinage de 0+0^+, avec u=lntu = \abs{\ln t} \to \infty. Si α<1\alpha < 1 : convergence quel que soit β\beta (comparer avec tαt^{-\alpha'} pour α<α<1\alpha < \alpha' < 1 : le facteur logarithmique est battu). Si α>1\alpha > 1 : divergence quel que soit β\beta (comparer avec tαt^{-\alpha''}, 1<α<α1 < \alpha'' < \alpha). Si α=1\alpha = 1 : substituer t=eut = \eu^{-u} :

01/2 ⁣dttlntβ=ln2 ⁣duuβ,\int_0^{1/2} \frac{\dd t}{t\,\abs{\ln t}^\beta} = \int_{\ln 2}^{\infty} \frac{\dd u}{u^\beta},

convergente si et seulement si β>1\beta > 1. Récapitulatif : convergence si et seulement si α<1\alpha < 1, ou (α=1\alpha = 1 et β>1\beta > 1) — le miroir de la série de Bertrand.

Exercice 9.5 ★★

Soit F(x)=0ext1+t2 ⁣dtF(x) = \displaystyle\int_0^{\infty} \frac{\eu^{-xt}}{1 + t^2}\,\dd t pour x0x \geq 0. Montrer que FF est continue sur [0,)\intco{0}{\infty}, de classe C2C^2 sur (0,)\intoo{0}{\infty}, y vérifie F+F=1xF'' + F = \frac1x, et que F(x)0F(x) \to 0 quand x+x \to +\infty.

Solution

Solution de Exercice 9.5.

Continuité sur [0,)\intco{0}{\infty} : domination ext1+t211+t2\bigl|\frac{\eu^{-xt}}{1+t^2}\bigr| \leq \frac{1}{1+t^2}, intégrable, uniforme en x0x \geq 0 : le Théorème 9.10.

C2C^2 sur (0,)\intoo{0}{\infty} : sur xa>0x \geq a > 0, les deux premières dérivées en xx, text1+t2\frac{-t\,\eu^{-xt}}{1+t^2} et t2ext1+t2\frac{t^2\eu^{-xt}}{1+t^2}, sont dominées par teatt\,\eu^{-at} et eat\eu^{-at} : deux applications du Théorème 9.11. Puis

F(x)+F(x)=0t2+11+t2ext ⁣dt=0ext ⁣dt=1x.F''(x) + F(x) = \int_0^\infty \frac{t^2 + 1}{1 + t^2}\,\eu^{-xt}\dd t = \int_0^\infty \eu^{-xt}\dd t = \frac1x .

Limite : 0F(x)0ext ⁣dt=1x00 \leq F(x) \leq \int_0^\infty \eu^{-xt}\dd t = \frac1x \to 0.

Exercice 9.6 ★★

(Frullani) Soit ff continue sur [0,+)\intco{0}{+\infty} admettant une limite finie f()f(\infty) en ++\infty. Montrer que pour a,b>0a, b > 0 :

0f(at)f(bt)t ⁣dt=(f(0)f())lnba.\int_0^{\infty} \frac{f(at) - f(bt)}{t}\,\dd t = \bigl(f(0) - f(\infty)\bigr)\,\ln\frac ba .

(Sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M}, substituer dans chaque morceau et regrouper en aεbεaMbM\int_{a\varepsilon}^{b\varepsilon} - \int_{aM}^{bM} de f(u)u ⁣du\frac{f(u)}u\,\dd u ; encadrer en utilisant la continuité en 00 et la limite en \infty.) Calculer 0ete2tt ⁣dt\int_0^\infty \frac{\eu^{-t} - \eu^{-2t}}{t}\dd t.

Solution

Solution de Exercice 9.6.

Sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M}, substituons u=atu = at et u=btu = bt dans les deux moitiés :

εMf(at)f(bt)t ⁣dt=aεaMf(u)u ⁣dubεbMf(u)u ⁣du=aεbεf(u)u ⁣duaMbMf(u)u ⁣du.\int_\varepsilon^M \frac{f(at) - f(bt)}{t}\dd t = \int_{a\varepsilon}^{aM}\frac{f(u)}{u}\dd u - \int_{b\varepsilon}^{bM}\frac{f(u)}{u}\dd u = \int_{a\varepsilon}^{b\varepsilon} \frac{f(u)}{u}\dd u - \int_{aM}^{bM} \frac{f(u)}{u}\dd u .

Premier morceau : f(u)=f(0)+o(1)f(u) = f(0) + o(1) au voisinage de 00, et aεbε ⁣duu=lnba\int_{a\varepsilon} ^{b\varepsilon} \frac{\dd u}{u} = \ln\frac ba : le morceau tend vers f(0)lnbaf(0)\ln\frac ba. Second morceau : f(u)f()f(u) \to f(\infty), même calcul : tend vers f()lnbaf(\infty)\ln\frac ba. D’où l’intégrale impropre converge vers (f(0)f())lnba\bigl(f(0) - f(\infty)\bigr)\ln\frac ba.

Avec f(t)=etf(t) = \eu^{-t} (f(0)=1f(0) = 1, f()=0f(\infty) = 0), a=1a = 1, b=2b = 2 :

0ete2tt ⁣dt=ln2.\int_0^\infty \frac{\eu^{-t} - \eu^{-2t}}{t}\dd t = \ln 2 .

Exercice 9.7 ★★

Justifier et calculer limn0n(1tn) ⁣ntx1 ⁣dt\lim_{n\to\infty} \displaystyle\int_0^n \Bigl(1 - \frac tn\Bigr)^{\!n} t^{x-1}\,\dd t pour x>0x > 0 (convergence dominée avec φ(t)=ettx1\varphi(t) = \eu^{-t}t^{x-1}, en utilisant (1t/n)net(1 - t/n)^n \leq \eu^{-t} ; la limite est Γ(x)\Gamma(x)).

Solution

Solution de Exercice 9.7.

Prolongeons l’intégrande par 00 au-delà de t=nt = n : gn(t)=(1tn)ntx11tng_n(t) = (1 - \frac tn)^n t^{x-1}\mathbf{1}_{t \leq n}. Simplement, gn(t)ettx1g_n(t) \to \eu^{-t}t^{x-1} (la limite des intérêts composés, volume de première année). Domination : ln(1u)u\ln(1 - u) \leq -u donne (1tn)net(1 - \frac tn)^n \leq \eu^{-t} sur [0,n]\intcc{0}{n}, donc gn(t)ettx1=φ(t)\abs{g_n(t)} \leq \eu^{-t}t^{x-1} = \varphi(t), intégrable. Convergence dominée :

0n(1tn)ntx1 ⁣dtn0ettx1 ⁣dt=Γ(x).\int_0^n \Bigl(1 - \frac tn\Bigr)^n t^{x-1}\dd t \xrightarrow[n\to\infty]{} \int_0^\infty \eu^{-t}t^{x-1}\dd t = \Gamma(x) .

(Le calcul du membre de gauche par parties répétées donne la forme produit d’Euler Γ(x)=limn!nxx(x+1)(x+n)\Gamma(x) = \lim \frac{n!\,n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)}.)

Exercice 9.8 ★★★

(L’intégrale de Gauss par une astuce de paramètre) Pour x0x \geq 0, posons

G(x)=(0xet2 ⁣dt) ⁣2,H(x)=01ex2(1+t2)1+t2 ⁣dt.G(x) = \Bigl(\int_0^x \eu^{-t^2}\dd t\Bigr)^{\!2}, \qquad H(x) = \int_0^1 \frac{\eu^{-x^2(1+t^2)}}{1 + t^2}\,\dd t .

Montrer que G+H=0G' + H' = 0 (dériver HH sous l’intégrale et substituer u=xtu = xt dans l’intégrale obtenue), en déduire G(x)+H(x)=π4G(x) + H(x) = \frac\pi4 pour tout xx, et conclure

0et2 ⁣dt=π2.\int_0^{\infty} \eu^{-t^2}\,\dd t = \frac{\sqrt\pi}{2} .
Solution

Solution de Exercice 9.8.

HH est dérivable en xx (intégrande C1C^1 en xx, dérivée 2x(1+t2)ex2(1+t2)1+t2=2xex2ex2t2-2x(1+t^2)\cdot\frac{\eu^{-x^2(1+t^2)}}{1+t^2} = -2x\,\eu^{-x^2}\eu^{-x^2t^2}, continue et bornée sur les compacts de xx, domination sur t[0,1]t \in \intcc{0}{1} triviale) :

H(x)=2xex201ex2t2 ⁣dt=u=xt2ex20xeu2 ⁣du=G(x),H'(x) = -2x\,\eu^{-x^2}\int_0^1 \eu^{-x^2t^2}\,\dd t \overset{u = xt}{=} -2\,\eu^{-x^2}\int_0^x \eu^{-u^2}\,\dd u = -G'(x),

puisque G(x)=2ex20xet2 ⁣dtG'(x) = 2\eu^{-x^2}\int_0^x \eu^{-t^2}\dd t (règle de la chaîne sur le carré, théorème fondamental de l’analyse). Donc G+HG + H est constante, égale à G(0)+H(0)=0+01 ⁣dt1+t2=π4G(0) + H(0) = 0 + \int_0^1 \frac{\dd t}{1+t^2} = \frac\pi4.

Quand xx \to \infty : 0H(x)ex201 ⁣dt00 \leq H(x) \leq \eu^{-x^2}\int_0^1 \dd t \to 0, donc G(x)π4G(x) \to \frac\pi4 :

0et2 ⁣dt=π4=π2.\int_0^\infty \eu^{-t^2}\dd t = \sqrt{\frac\pi4} = \frac{\sqrt\pi}{2} .

(Par conséquent Γ(12)=20et2 ⁣dt=π\Gamma\bigl(\frac12\bigr) = 2\int_0^\infty \eu^{-t^2}\dd t = \sqrt\pi, par le changement de variable t=ut = \sqrt u.)

Exercice 9.9 ★★★

Montrer que Γ\Gamma est log-convexe : lnΓ\ln\Gamma est convexe sur (0,)\intoo{0}{\infty}. (l’inégalité de Cauchy–Schwarz pour les intégrales appliquée à t(x+y)/21et=(tx1et)1/2(ty1et)1/2t^{(x+y)/2 - 1}\eu^{-t} = \bigl(t^{x-1}\eu^{-t}\bigr)^{1/2} \bigl(t^{y-1}\eu^{-t}\bigr)^{1/2} donne Γ(x+y2)2Γ(x)Γ(y)\Gamma\bigl(\frac{x+y}{2}\bigr)^2 \leq \Gamma(x)\Gamma(y) ; combiner avec la continuité et l’Exercice 8.8.)

Solution

Solution de Exercice 9.9.

Cauchy–Schwarz (volume de première année, valable sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M} et passée à la limite) appliquée à la factorisation tx+y21et=(tx1et)1/2(ty1et)1/2t^{\frac{x+y}{2}-1}\eu^{-t} = \bigl(t^{x-1}\eu^{-t}\bigr)^{1/2} \bigl(t^{y-1}\eu^{-t}\bigr)^{1/2} :

Γ(x+y2)Γ(x)1/2Γ(y)1/2lnΓ(x+y2)lnΓ(x)+lnΓ(y)2:\Gamma\Bigl(\frac{x+y}{2}\Bigr) \leq \Gamma(x)^{1/2}\,\Gamma(y)^{1/2} \quad\Longrightarrow\quad \ln\Gamma\Bigl(\frac{x+y}{2}\Bigr) \leq \frac{\ln\Gamma(x) + \ln\Gamma(y)}{2} :

lnΓ\ln\Gamma est convexe au milieu ; étant continue (Théorème 9.18), elle est convexe (Exercice 8.8). (La log-convexité caractérise Γ\Gamma de manière unique parmi les interpolations de la factorielle — le théorème de Bohr–Mollerup, une perle de troisième année.)

Exercice 9.10 ★★★

(Intégrale de Dirichlet) Posons F(x)=0sinttext ⁣dtF(x) = \displaystyle\int_0^{\infty} \frac{\sin t}{t}\,\eu^{-xt}\,\dd t pour x>0x > 0.

  1. Justifier F(x)=11+x2F'(x) = -\frac{1}{1 + x^2} (dériver sous l’intégrale ; calculer 0extsint ⁣dt\int_0^\infty \eu^{-xt}\sin t\,\dd t par deux intégrations par parties).
  2. Montrer que F(x)0F(x) \to 0 quand x+x \to +\infty et en déduire F(x)=π2arctanxF(x) = \frac\pi2 - \arctan x.
  3. En admettant la continuité de FF en 0+0^+ (un théorème de type Abel), conclure la valeur de l’intégrale semi-convergente :

    0sintt ⁣dt=π2.\int_0^{\infty} \frac{\sin t}{t}\,\dd t = \frac{\pi}{2}.
Solution

Solution de Exercice 9.10.

  1. Sur xa>0x \geq a > 0 : la dérivée en xx de l’intégrande est sintext-\sin t\,\eu^{-xt}, dominée par eat\eu^{-at} : le Théorème 9.11 donne F(x)=0extsint ⁣dtF'(x) = -\int_0^\infty \eu^{-xt}\sin t\,\dd t. Deux intégrations par parties (ou l’exponentielle complexe) :

    0extsint ⁣dt=0e(x+i)t ⁣dt=1xi=11+x2.\int_0^\infty \eu^{-xt}\sin t\,\dd t = \Im \int_0^\infty \eu^{(-x+\iu)t}\dd t = \Im\frac{1}{x - \iu} = \frac{1}{1 + x^2} .
  2. F(x)0ext ⁣dt=1x0\abs{F(x)} \leq \int_0^\infty \eu^{-xt}\dd t = \frac1x \to 0. En intégrant F=11+x2F' = -\frac{1}{1+x^2} de xx à \infty : 0F(x)=(π2arctanx)0 - F(x) = -\bigl(\frac\pi2 - \arctan x\bigr), donc F(x)=π2arctanxF(x) = \frac\pi2 - \arctan x.
  3. En faisant x0+x \to 0^+ avec la continuité admise : F(0+)=π2F(0^+) = \frac\pi2, et F(0)=0sintt ⁣dtF(0) = \int_0^\infty \frac{\sin t}{t}\dd t (l’intégrale de Dirichlet semi-convergente, Exemple 9.5) : sa valeur est π2\frac\pi2.

Exercice 9.11 ★★

Justifier la convergence de 0(sintt) ⁣2 ⁣dt\displaystyle\int_0^\infty \Bigl(\frac{\sin t}{t}\Bigr)^{\!2}\dd t, puis la calculer par une intégration par parties et l’Exercice 9.10 :

0(sintt) ⁣2 ⁣dt=π2.\int_0^\infty \Bigl(\frac{\sin t}{t}\Bigr)^{\!2}\dd t = \frac{\pi}{2} .

(La même valeur que 0sintt ⁣dt\int_0^\infty \frac{\sin t}{t}\dd t — mais cette fois la convergence est absolue.)

Solution

Solution de Exercice 9.11.

Convergence : au voisinage de 00 l’intégrande se prolonge par continuité par la valeur 11 (sintt\sin t \sim t) ; à l’infini il est t2\leq t^{-2} : convergence absolue. Sur [ε,M]\intcc{\varepsilon}{M}, intégrons par parties avec u=sin2tu = \sin^2 t, v=t2v' = t^{-2} :

εMsin2tt2 ⁣dt=[sin2tt]εM+εM2sintcostt ⁣dt=[sin2tt]εM+2ε2Msinuu ⁣du\int_\varepsilon^M \frac{\sin^2 t}{t^2}\dd t = \Bigl[-\frac{\sin^2 t}{t}\Bigr]_\varepsilon^M + \int_\varepsilon^M \frac{2\sin t\cos t}{t}\dd t = \Bigl[-\frac{\sin^2 t}{t}\Bigr]_\varepsilon^M + \int_{2\varepsilon}^{2M} \frac{\sin u}{u}\dd u

(u=2tu = 2t dans la dernière intégrale). Le crochet tend vers 00 aux deux bornes (sin2ε/εε\sin^2\varepsilon/\varepsilon \leq \varepsilon ; sin2M/M1/M\sin^2 M/M \leq 1/M), et la dernière intégrale tend vers 0sinuu ⁣du=π2\int_0^\infty \frac{\sin u}{u}\dd u = \frac\pi2 (Exercice 9.10). D’où

0(sintt) ⁣2 ⁣dt=π2.\int_0^\infty \Bigl(\frac{\sin t}{t}\Bigr)^{\!2}\dd t = \frac\pi2 .

Exercice 9.12 ★★★

(La queue gaussienne) Pour x>0x > 0, posons T(x)=xet2 ⁣dtT(x) = \displaystyle \int_x^\infty \eu^{-t^2}\dd t.

  1. En écrivant et2=12t(2tet2)\eu^{-t^2} = \frac{1}{-2t}\cdot(-2t\,\eu^{-t^2}), intégrer deux fois par parties pour obtenir

    T(x)=ex2(12x14x3)+34xet2t4 ⁣dt.T(x) = \eu^{-x^2}\Bigl(\frac{1}{2x} - \frac{1}{4x^3}\Bigr) + \frac34\int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{t^4}\,\dd t .
  2. Majorer le reste : 034xt4et2 ⁣dt38x5ex20 \leq \frac34\int_x^\infty t^{-4}\eu^{-t^2}\dd t \leq \frac{3}{8x^5}\,\eu^{-x^2}, et en déduire l’encadrement

    ex2(12x14x3)T(x)ex22x,d’ouˋT(x)ex22x(x+).\eu^{-x^2}\Bigl(\frac{1}{2x} - \frac{1}{4x^3}\Bigr) \leq T(x) \leq \frac{\eu^{-x^2}}{2x}, \qquad\text{d'où}\qquad T(x) \sim \frac{\eu^{-x^2}}{2x} \quad (x \to +\infty).
  3. Pourquoi la série alternée complète obtenue en itérant les parties ne peut-elle jamais converger pour xx fixé ? (Comparer la croissance des coefficients 13(2k1)1\cdot3\cdots(2k-1) avec les puissances (2x2)k(2x^2)^k.)
Solution

Solution de Exercice 9.12.

  1. Parties avec u=12tu = \frac{-1}{2t}, v=2tet2v' = -2t\,\eu^{-t^2} (donc v=et2v = \eu^{-t^2}) :

    T(x)=[et22t]xxet22t2 ⁣dt=ex22xxet22t2 ⁣dt.T(x) = \Bigl[\frac{-\eu^{-t^2}}{2t}\Bigr]_x^\infty - \int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{2t^2}\dd t = \frac{\eu^{-x^2}}{2x} - \int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{2t^2}\dd t .

    Même procédé sur la nouvelle intégrale (u=14t3u = \frac{-1}{4t^3}, v=2tet2v' = -2t\,\eu^{-t^2}) :

    xet22t2 ⁣dt=ex24x334xet2t4 ⁣dt,\int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{2t^2}\dd t = \frac{\eu^{-x^2}}{4x^3} - \frac34\int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{t^4}\dd t ,

    d’où l’identité annoncée.

  2. Une intégration par parties de plus majore le reste :

    xet2t4 ⁣dt=ex22x552xet2t6 ⁣dtex22x5,\int_x^\infty \frac{\eu^{-t^2}}{t^4}\dd t = \frac{\eu^{-x^2}}{2x^5} - \frac52\int_x^\infty\frac{\eu^{-t^2}}{t^6}\dd t \leq \frac{\eu^{-x^2}}{2x^5},

    donc 034xt4et2 ⁣dt38x5ex20 \leq \frac34\int_x^\infty t^{-4}\eu^{-t^2}\dd t \leq \frac{3}{8x^5}\eu^{-x^2}. En laissant tomber le reste (positif) dans l’identité de la question 1 on obtient la borne inférieure ; en laissant tomber le deuxième terme (négatif) des premières parties on obtient T(x)ex22xT(x) \leq \frac{\eu^{-x^2}}{2x}. En divisant l’encadrement par ex22x\frac{\eu^{-x^2}}{2x} : le rapport est coincé entre 112x21 - \frac{1}{2x^2} et 11, donc T(x)ex22xT(x) \sim \frac{\eu^{-x^2}}{2x}.

  3. En itérant les parties on produit la série formelle

    T(x)ex22x(112x2+13(2x2)2135(2x2)3+),T(x) \approx \frac{\eu^{-x^2}}{2x}\Bigl(1 - \frac{1}{2x^2} + \frac{1\cdot3}{(2x^2)^2} - \frac{1\cdot3\cdot5}{(2x^2)^3} + \cdots\Bigr),

    dont le coefficient d’ordre kk, 13(2k1)=(2k)!2kk!1\cdot3\cdots(2k-1) = \frac{(2k)!}{2^k k!}, croît plus vite que toute suite géométrique : pour xx fixé les termes 13(2k1)(2x2)k\frac{1\cdot3\cdots(2k-1)}{(2x^2)^k} tendent vers l’infini (leur rapport est 2k+12x2\frac{2k+1}{2x^2} \to \infty), donc la série diverge pour tout xx. C’est un développement asymptotique : tronqué à un ordre fixé quelconque, l’erreur est de l’ordre du premier terme omis quand xx \to \infty — mais jamais une série convergente. (Cette estimation de queue est la borne de queue gaussienne standard des chapitres de probabilités.)

9.5 Problème : les intégrales d’Euler — bêta, gamma et la formule limite de Gauss

Problème 9.1

La fonction Γ\Gamma de la Définition 9.17 est une moitié du calcul des intégrales d’Euler ; l’autre moitié est la fonction bêta

B(x,y)=01tx1(1t)y1 ⁣dt.B(x, y) = \int_0^1 t^{x-1}(1 - t)^{y-1}\,\dd t .

Ce problème développe le couple (Γ,B)(\Gamma, B) avec les seuls outils de ce chapitre — intégration par parties, changement de variable, convergence dominée — et culmine dans la formule bêta–gamma d’Euler B(x,y)=Γ(x)Γ(y)Γ(x+y)B(x,y) = \frac{\Gamma(x)\Gamma(y)} {\Gamma(x+y)} sur les demi-entiers et dans la formule limite de Gauss pour Γ\Gamma. En chemin, les intégrales de Wallis du Lemme 6.11 réapparaissent comme valeurs de la fonction bêta, et la formule de duplication de Legendre en découle.

Partie I — Structure fine de Γ\Gamma.

  1. Rappeler pourquoi Γ(x)=0tx1et ⁣dt\Gamma(x) = \int_0^\infty t^{x-1}\eu^{-t}\dd t converge exactement pour x>0x > 0, et montrer

    Γ(x)1x(x0+)\Gamma(x) \sim \frac1x \qquad (x \to 0^+)

    (équation fonctionnelle et continuité de Γ\Gamma en 11).

  2. Montrer que Γ(12)=π\Gamma\bigl(\tfrac12\bigr) = \sqrt\pi (substituer t=u2t = u^2 et invoquer l’Exercice 9.8), et en déduire Reu2/2 ⁣du=2π\int_\R \eu^{-u^2/2}\dd u = \sqrt{2\pi}.
  3. Montrer par récurrence, pour nNn \in \N :

    Γ(n+12)=(2n)!4nn!π.\Gamma\Bigl(n + \frac12\Bigr) = \frac{(2n)!}{4^n\,n!}\,\sqrt\pi .
  4. Justifier Γ(x)=0tx1et(lnt)2 ⁣dt>0\Gamma''(x) = \int_0^\infty t^{x-1}\eu^{-t}(\ln t)^2\dd t > 0, et en déduire que Γ\Gamma est strictement convexe, atteint un unique minimum en un certain x0(1,2)x_0 \in \intoo{1}{2} (Γ(1)=Γ(2)=1\Gamma(1) = \Gamma(2) = 1 et Rolle), décroît sur (0,x0)\intoo{0}{x_0} et croît sur (x0,)\intoo{x_0}{\infty}.
  5. Montrer que Γ\Gamma l’emporte sur toute puissance : pour tout kNk \in \N, xk=o(Γ(x))x^k = o\bigl(\Gamma(x)\bigr) quand x+x \to +\infty (encadrer xx entre deux entiers et utiliser Γ(n+1)=n!\Gamma(n+1) = n! avec la monotonie de la question 4).

Partie II — La fonction bêta, par parties.

  1. Montrer que B(x,y)B(x,y) converge exactement pour x>0x > 0 et y>0y > 0, et que B(x,y)=B(y,x)B(x,y) = B(y,x).
  2. Calculer B(x,1)=1xB(x, 1) = \frac1x, et montrer par intégration par parties, pour x,y>0x, y > 0 :

    B(x,y+1)=yxB(x+1,y).B(x, y+1) = \frac{y}{x}\,B(x+1, y) .
  3. À partir de la décomposition tx1(1t)y1=tx(1t)y1+tx1(1t)yt^{x-1}(1-t)^{y-1} = t^{x}(1-t)^{y-1} + t^{x-1}(1-t)^{y} déduire B(x,y)=B(x+1,y)+B(x,y+1)B(x,y) = B(x+1,y) + B(x,y+1), et combiner avec la question 7 pour obtenir les relations de descente

    B(x,y+1)=yx+yB(x,y),B(x+1,y)=xx+yB(x,y).B(x, y+1) = \frac{y}{x+y}\,B(x,y), \qquad B(x+1, y) = \frac{x}{x+y}\,B(x,y) .
  4. En déduire, pour m,n1m, n \geq 1 entiers :

    B(m,n)=(m1)!(n1)!(m+n1)!=1(m+n1)(m+n2m1).B(m, n) = \frac{(m-1)!\,(n-1)!}{(m+n-1)!} = \frac{1}{(m+n-1)\binom{m+n-2}{m-1}} .
  5. Montrer la formule d’Euler pour un argument entier : pour tout x>0x > 0 et nNn \in \N^*,

    B(x,n)=Γ(x)Γ(n)Γ(x+n)B(x, n) = \frac{\Gamma(x)\,\Gamma(n)}{\Gamma(x + n)}

    (récurrence sur nn : les deux membres valent 1x\frac1x en n=1n = 1 et vérifient la même relation de descente).

Partie III — Les intégrales de Wallis comme valeurs de la fonction bêta.

  1. Substituer t=sin2θt = \sin^2\theta pour obtenir la forme trigonométrique

    B(x,y)=20π/2sin2x1θcos2y1θ ⁣dθ.B(x, y) = 2\int_0^{\pi/2} \sin^{2x-1}\theta\,\cos^{2y-1}\theta\,\dd\theta .
  2. En déduire Wn=12B(n+12,12)W_n = \frac12\,B\bigl(\frac{n+1}2, \frac12\bigr) pour l’intégrale de Wallis Wn=0π/2sinnθ ⁣dθW_n = \int_0^{\pi/2}\sin^n \theta\,\dd\theta, et retrouver la récurrence Wn=n1nWn2W_n = \frac{n-1}{n}W_{n-2} du Lemme 6.11 à partir des seules relations de descente de la question 8.
  3. Calculer B(12,12)=2W0=πB\bigl(\frac12, \frac12\bigr) = 2W_0 = \pi et le confronter à Γ(12)2/Γ(1)\Gamma\bigl(\frac12\bigr)^2/\Gamma(1) : la formule d’Euler est vérifiée en (12,12)\bigl(\frac12, \frac12\bigr).
  4. Établir la forme close W2n=π2(2n)!4n(n!)2W_{2n} = \frac\pi2\, \frac{(2n)!}{4^n(n!)^2} à partir de la récurrence, et vérifier

    B(n+12,12)=Γ(n+12)Γ(12)Γ(n+1).B\Bigl(n + \frac12, \frac12\Bigr) = \frac{\Gamma\bigl(n + \frac12\bigr)\Gamma\bigl( \frac12\bigr)}{\Gamma(n+1)} .

    Conclure, par récurrence avec les relations de descente, que la formule d’Euler B(x,y)=Γ(x)Γ(y)Γ(x+y)B(x,y) = \frac{\Gamma(x)\Gamma(y)}{\Gamma(x+y)} est vérifiée dès que 2x2x et 2y2y sont des entiers positifs.

  5. Substituer u=t1tu = \frac{t}{1-t} pour obtenir la troisième forme classique

    B(x,y)=0ux1(1+u)x+y ⁣du,B(x,y) = \int_0^\infty \frac{u^{x-1}}{(1+u)^{x+y}}\,\dd u ,

    et vérifier directement le cas x=y=12x = y = \frac12 (u=v2u = v^2 le ramène à 02 ⁣dv1+v2\int_0^\infty\frac{2\,\dd v}{1+v^2}).

Partie IV — La formule limite de Gauss.

  1. Pour x>0x > 0 et nNn \in \N^*, montrer par nn intégrations par parties successives :

    0n(1tn) ⁣ntx1 ⁣dt=n!  nxx(x+1)(x+n).\int_0^n \Bigl(1 - \frac tn\Bigr)^{\!n} t^{x-1}\,\dd t = \frac{n!\;n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)} .
  2. Conclure à l’aide de l’Exercice 9.7 (convergence dominée) la formule limite de Gauss :

    Γ(x)=limnn!  nxx(x+1)(x+n)(x>0).\Gamma(x) = \lim_{n\to\infty} \frac{n!\;n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)} \qquad (x > 0).
  3. En prenant les logarithmes, montrer que pour x>0x > 0 :

    lnΓ(x)=lnxγx+k=1(xkln(1+xk)),\ln\Gamma(x) = -\ln x - \gamma x + \sum_{k=1}^{\infty}\Bigl(\frac xk - \ln\Bigl(1 + \frac xk\Bigr)\Bigr),

    γ\gamma est la constante d’Euler (Exemple 6.7) ; justifier la convergence de la série (le terme général est x22k2\sim \frac{x^2}{2k^2}).

  4. Utiliser la formule de Gauss en x=12x = \frac12 et l’équivalent du coefficient binomial central (2nn)4nπn\binom{2n}{n} \sim \frac{4^n}{\sqrt{\pi n}} (Exemple 6.14) pour recalculer Γ(12)=π\Gamma\bigl(\frac12\bigr) = \sqrt\pi : la constante de Stirling et l’intégrale de Gauss sont le même nombre sous deux déguisements.
  5. Vérifier que la formule de Gauss redémontre l’équation fonctionnelle : à partir de l’identité exacte

    n!nx+1(x+1)(x+n+1)=n!nxx(x+1)(x+n)nxx+n+1,\frac{n!\,n^{x+1}}{(x+1)\cdots(x+n+1)} = \frac{n!\,n^{x}}{x(x+1)\cdots(x+n)}\cdot \frac{n\,x}{x+n+1},

    conclure de nouveau Γ(x+1)=xΓ(x)\Gamma(x+1) = x\,\Gamma(x). (La formule de Gauss détermine Γ\Gamma à elle seule ; le volume de troisième année démontre le théorème plus fin de Bohr–Mollerup : l’équation fonctionnelle et la log-convexité suffisent déjà à caractériser Γ\Gamma.)

Partie V — Dividendes.

  1. Pour a>0a > 0, montrer 0eta ⁣dt=Γ(1+1a)\int_0^\infty \eu^{-t^a}\dd t = \Gamma\bigl(1 + \frac1a\bigr), et calculer la limite quand a+a \to +\infty par convergence dominée (limite simple 1t<1\mathbf 1_{t < 1} ; dominer par 11 sur (0,1]\intoc{0}{1} et par et2\eu^{-t^2} au-delà, pour a2a \geq 2). Confronter la réponse à la continuité de Γ\Gamma.
  2. Pour n1n \geq 1, montrer

    01 ⁣dt1tn=1nB(1n,12),\int_0^1 \frac{\dd t}{\sqrt{1 - t^n}} = \frac1n\,B\Bigl(\frac1n, \frac12\Bigr),

    et retrouver les valeurs 22 (n=1n = 1) et π2\frac\pi2 (n=2n = 2). (Pour n=4n = 4 c’est la constante de la lemniscate, qui n’a pas de forme close élémentaire ; son histoire relève de la théorie des intégrales elliptiques.)

  3. (Moments) Pour x>0x > 0 et kNk \in \N, montrer

    1Γ(x)0tktx1et ⁣dt=Γ(x+k)Γ(x)=x(x+1)(x+k1),\frac{1}{\Gamma(x)}\int_0^\infty t^{k}\,t^{x-1}\eu^{-t}\,\dd t = \frac{\Gamma(x+k)}{\Gamma(x)} = x(x+1)\cdots(x+k-1),

    la factorielle croissante ; vérifier que x=1x = 1 donne k!k!. (Dans les chapitres de probabilités, c’est le moment d’ordre kk d’une densité de temps d’attente standard.)

  4. Montrer l’identité de la fonction bêta, valable pour tout x>0x > 0 :

    B(x,x)=212xB(x,12)B(x, x) = 2^{1-2x}\,B\Bigl(x, \frac12\Bigr)

    (substituer t=1+s2t = \frac{1+s}2, exploiter la symétrie en ss, puis poser s=vs = \sqrt v). En déduire, pour 2xN2x \in \N^*, la formule de duplication de Legendre

    Γ(x)Γ(x+12)=212xπ  Γ(2x),\Gamma(x)\,\Gamma\Bigl(x + \frac12\Bigr) = 2^{1-2x}\,\sqrt\pi\;\Gamma(2x),

    et la vérifier directement en x=nx = n via la question 3. (Pour xx général elle découle de la même identité une fois la formule d’Euler connue pour tous les arguments — la preuve par intégrale double du chapitre sur les intégrales multiples.)

  5. Synthèse. En une phrase chacune : (i) où l’intégration par parties a porté toute la partie II ; (ii) où la convergence dominée est intervenue dans les parties IV et V ; (iii) quels ingrédients asymptotiques ont été importés du chapitre de comparaison ; (iv) ce qui est désormais démontré de la formule d’Euler B(x,y)=Γ(x)Γ(y)/Γ(x+y)B(x,y) = \Gamma(x)\Gamma(y)/\Gamma(x+y), et ce qu’il reste à établir par le calcul de l’intégrale double.
Solution

Solution de Problème 9.1.

1. En 0+0^+ l’intégrande est tx1\sim t^{x-1} : l’échelle en une borne finie converge si et seulement si 1x<11 - x < 1, c.-à-d. x>0x > 0 (et pour x0x \leq 0, tx1t1t^{x-1} \geq t^{-1} diverge) ; en ++\infty, tx1et=o(t2)t^{x-1}\eu^{-t} = o(t^{-2}) converge pour tout xx. Puis Γ(x)=Γ(x+1)x\Gamma(x) = \frac{\Gamma(x+1)}{x} et Γ(x+1)Γ(1)=1\Gamma(x+1) \to \Gamma(1) = 1 quand x0+x \to 0^+ (continuité, Théorème 9.18) : Γ(x)1x\Gamma(x) \sim \frac1x.

2. Avec t=u2t = u^2,  ⁣dt=2u ⁣du\dd t = 2u\,\dd u :

Γ(12)=0t1/2et ⁣dt=0eu2u2u ⁣du=20eu2 ⁣du=π\Gamma\Bigl(\frac12\Bigr) = \int_0^\infty t^{-1/2}\eu^{-t}\dd t = \int_0^\infty \frac{\eu^{-u^2}}{u}\,2u\,\dd u = 2\int_0^\infty \eu^{-u^2}\dd u = \sqrt\pi

d’après l’Exercice 9.8. Avec u=v/2u = v/\sqrt2 :

Rev2/2 ⁣dv=220eu2 ⁣du=2π=2π.\int_\R \eu^{-v^2/2}\dd v = 2\sqrt2\int_0^\infty \eu^{-u^2}\dd u = \sqrt2\,\sqrt\pi = \sqrt{2\pi} .

3. Vrai pour n=0n = 0 (les deux membres valent π\sqrt\pi). Si Γ(n+12)=(2n)!4nn!π\Gamma(n + \frac12) = \frac{(2n)!}{4^n n!}\sqrt\pi, l’équation fonctionnelle donne

Γ(n+1+12)=(n+12)Γ(n+12)=2n+12(2n)!4nn!π=(2n+2)!4n+1(n+1)!π,\Gamma\Bigl(n + 1 + \frac12\Bigr) = \Bigl(n + \frac12\Bigr)\Gamma\Bigl(n + \frac12\Bigr) = \frac{2n+1}{2}\cdot\frac{(2n)!}{4^n n!}\sqrt\pi = \frac{(2n+2)!}{4^{n+1}(n+1)!}\sqrt\pi ,

la dernière étape car (2n+2)!(2n)!=(2n+2)(2n+1)\frac{(2n+2)!}{(2n)!} = (2n+2)(2n+1) et 2n+12=(2n+2)(2n+1)4(n+1)\frac{2n+1}{2} = \frac{(2n+2)(2n+1)}{4(n+1)}.

4. Le Théorème 9.18 donne Γ(x)=0tx1et(lnt)2 ⁣dt\Gamma''(x) = \int_0^\infty t^{x-1}\eu^{-t}(\ln t)^2\dd t (deux applications de la règle de Leibniz, dominations comme dans la preuve du théorème) ; l’intégrande est 0\geq 0 et non identiquement nul, donc Γ>0\Gamma'' > 0 : Γ\Gamma est strictement convexe et Γ\Gamma' strictement croissante. Puisque Γ(1)=Γ(2)=1\Gamma(1) = \Gamma(2) = 1, Rolle fournit x0(1,2)x_0 \in \intoo12 tel que Γ(x0)=0\Gamma'(x_0) = 0 ; la stricte monotonie de Γ\Gamma' fait de x0x_0 son unique zéro, avec Γ<0\Gamma' < 0 avant et Γ>0\Gamma' > 0 après : Γ\Gamma décroît sur (0,x0)\intoo0{x_0}, croît sur (x0,)\intoo{x_0}\infty, et x0x_0 est l’unique minimum.

5. Soit kNk \in \N et x3x \geq 3 ; choisissons l’entier nn tel que n+1x<n+2n + 1 \leq x < n + 2 (donc n1n \geq 1). Par la monotonie de la question 4 (valable à partir de x0<2x_0 < 2) : Γ(x)Γ(n+1)=n!\Gamma(x) \geq \Gamma(n + 1) = n!, tandis que xk(n+2)kx^k \leq (n+2)^k. Puisque n!(n+2)k\frac{n!}{(n+2)^k} \to \infty (les factorielles l’emportent sur les puissances, volume de première année), Γ(x)xkn!(n+2)k\frac{\Gamma(x)}{x^k} \geq \frac{n!}{(n+2)^k} \to \infty quand xx \to \infty : xk=o(Γ(x))x^k = o(\Gamma(x)).

6. Au voisinage de 00 l’intégrande est tx1\sim t^{x-1} (convergent si et seulement si x>0x > 0), au voisinage de 11 il est (1t)y1\sim (1-t)^{y-1} (si et seulement si y>0y > 0) ; les deux comparaisons sont entre fonctions positives, donc B(x,y)B(x,y) converge exactement pour x,y>0x, y > 0. Le changement de variable t1tt \mapsto 1 - t échange les deux facteurs : B(x,y)=B(y,x)B(x,y) = B(y,x).

7. B(x,1)=01tx1 ⁣dt=1xB(x,1) = \int_0^1 t^{x-1}\dd t = \frac1x. Parties sur [ε,1ε]\intcc\varepsilon{1-\varepsilon} avec u=(1t)yu = (1-t)^y, v=txxv = \frac{t^x}{x} :

tx1(1t)y ⁣dt=[tx(1t)yx]+yxtx(1t)y1 ⁣dt;\int t^{x-1}(1-t)^{y}\dd t = \Bigl[\frac{t^x(1-t)^y}{x}\Bigr] + \frac{y}{x}\int t^{x}(1-t)^{y-1}\dd t ;

le crochet s’annule aux deux bornes quand ε0\varepsilon \to 0 (x>0x > 0 en 00, y>0y > 0 en 11), laissant B(x,y+1)=yxB(x+1,y)B(x, y+1) = \frac yx\,B(x+1, y).

8. Puisque t+(1t)=1t + (1-t) = 1 :

tx1(1t)y1=tx(1t)y1+tx1(1t)y,t^{x-1}(1-t)^{y-1} = t^{x}(1-t)^{y-1} + t^{x-1}(1-t)^{y},

donc B(x,y)=B(x+1,y)+B(x,y+1)B(x,y) = B(x+1,y) + B(x,y+1). La question 7 s’écrit B(x+1,y)=xyB(x,y+1)B(x+1,y) = \frac xy B(x,y+1) ; en substituant,

B(x,y)=(xy+1)B(x,y+1)=x+yyB(x,y+1),B(x,y) = \Bigl(\frac xy + 1\Bigr)B(x,y+1) = \frac{x+y}{y}\,B(x,y+1),

c.-à-d. B(x,y+1)=yx+yB(x,y)B(x,y+1) = \frac{y}{x+y}B(x,y) ; la relation jumelle découle de la symétrie de la question 6.

9. Récurrence sur nn à mm fixé : B(m,1)=1m=(m1)!0!m!B(m,1) = \frac1m = \frac{(m-1)!\,0!}{m!}, et si la formule vaut au rang nn,

B(m,n+1)=nm+nB(m,n)=nm+n(m1)!(n1)!(m+n1)!=(m1)!n!(m+n)!.B(m, n+1) = \frac{n}{m+n}\,B(m,n) = \frac{n}{m+n}\cdot\frac{(m-1)!(n-1)!}{(m+n-1)!} = \frac{(m-1)!\,n!}{(m+n)!} .

En réécrivant : B(m,n)=(m1)!(n1)!(m+n1)!=[(m+n1)(m+n2m1)]1B(m,n) = \frac{(m-1)!(n-1)!}{(m+n-1)!} = \bigl[(m+n-1)\binom{m+n-2}{m-1}\bigr]^{-1}.

10. Les deux membres de B(x,n)=Γ(x)Γ(n)Γ(x+n)B(x,n) = \frac{\Gamma(x)\Gamma(n)}{\Gamma(x+n)} valent 1x\frac1x en n=1n = 1 (Γ(1)=1\Gamma(1) = 1, Γ(x+1)=xΓ(x)\Gamma(x+1) = x\Gamma(x)). S’ils coïncident au rang nn, alors par la relation de descente et l’équation fonctionnelle :

B(x,n+1)=nx+nB(x,n),Γ(x)Γ(n+1)Γ(x+n+1)=nx+nΓ(x)Γ(n)Γ(x+n):B(x, n+1) = \frac{n}{x+n}\,B(x,n), \qquad \frac{\Gamma(x)\Gamma(n+1)}{\Gamma(x+n+1)} = \frac{n}{x+n}\cdot \frac{\Gamma(x)\Gamma(n)}{\Gamma(x+n)} :

les deux suites vérifient la même récurrence à partir de la même donnée initiale, donc coïncident pour tout nNn \in \N^* et tout x>0x > 0.

11. Avec t=sin2θt = \sin^2\theta (θ(0,π/2)\theta \in \intoo0{\pi/2},  ⁣dt=2sinθcosθ ⁣dθ\dd t = 2\sin\theta\cos\theta\,\dd\theta), tx1=sin2x2θt^{x-1} = \sin^{2x-2}\theta et (1t)y1=cos2y2θ(1-t)^{y-1} = \cos^{2y-2}\theta :

B(x,y)=0π/2sin2x2θcos2y2θ2sinθcosθ ⁣dθ=20π/2sin2x1θcos2y1θ ⁣dθ.B(x,y) = \int_0^{\pi/2}\sin^{2x-2}\theta\,\cos^{2y-2}\theta \cdot 2\sin\theta\cos\theta\,\dd\theta = 2\int_0^{\pi/2}\sin^{2x-1}\theta\,\cos^{2y-1}\theta\, \dd\theta .

12. Prenons y=12y = \frac12 (annulant le facteur cosinus) et 2x1=n2x - 1 = n : B(n+12,12)=2WnB\bigl(\frac{n+1}2, \frac12\bigr) = 2W_n, c.-à-d. Wn=12B(n+12,12)W_n = \frac12 B\bigl(\frac{n+1}2,\frac12\bigr). La relation de descente dans la première variable donne

WnWn2=B(n12+1,12)B(n12,12)=n12n12+12=n1n:\frac{W_n}{W_{n-2}} = \frac{B\bigl(\frac{n-1}2 + 1, \frac12\bigr)} {B\bigl(\frac{n-1}2, \frac12\bigr)} = \frac{\frac{n-1}2}{\frac{n-1}2 + \frac12} = \frac{n-1}{n} :

la récurrence de Wallis, cette fois sans aucune intégration par parties sur les sinus — la partie II a fait le travail une fois pour toutes.

13. B(12,12)=2W0=2π2=πB\bigl(\frac12,\frac12\bigr) = 2W_0 = 2\cdot\frac\pi2 = \pi, tandis que Γ(12)2/Γ(1)=(π)2=π\Gamma\bigl(\frac12\bigr)^2/\Gamma(1) = (\sqrt\pi)^2 = \pi : la formule d’Euler est vérifiée en (12,12)\bigl(\frac12,\frac12\bigr).

14. En itérant W2n=2n12nW2n2W_{2n} = \frac{2n-1}{2n}W_{2n-2} à partir de W0=π2W_0 = \frac\pi2 :

W2n=π2k=1n2k12k=π2(2n)!4n(n!)2,W_{2n} = \frac\pi2\prod_{k=1}^{n}\frac{2k-1}{2k} = \frac\pi2\cdot\frac{(2n)!}{4^n(n!)^2},

puisque (2k1)=(2n)!2nn!\prod(2k-1) = \frac{(2n)!}{2^n n!} et 2k=2nn!\prod 2k = 2^n n!. D’où, en utilisant la question 3 :

B(n+12,12)=2W2n=π(2n)!4n(n!)2=(2n)!π4nn!πn!=Γ(n+12)Γ(12)Γ(n+1).B\Bigl(n+\frac12, \frac12\Bigr) = 2W_{2n} = \pi\,\frac{(2n)!}{4^n(n!)^2} = \frac{(2n)!\sqrt\pi}{4^n n!}\cdot\frac{\sqrt\pi}{n!} = \frac{\Gamma\bigl(n+\frac12\bigr)\Gamma\bigl(\frac12\bigr)} {\Gamma(n+1)} .

Fixons maintenant x12Nx \in \frac12\N^*. La formule d’Euler est vérifiée en (x,12)(x, \frac12) : pour xx entier c’est la question 10 (avec la symétrie), pour x=n+12x = n + \frac12 c’est la formule ci-dessus. Les deux membres de la formule d’Euler vérifient la récurrence de descente yy+1y \mapsto y + 1 (question 8 à gauche, l’équation fonctionnelle à droite, comme à la question 10) : la récurrence propage la formule de y=12y = \frac12 et y=1y = 1 à tout y12Ny \in \frac12\N^*. La formule d’Euler vaut donc dès que 2x,2yN2x, 2y \in \N^*.

15. Avec u=t1tu = \frac{t}{1-t}, c.-à-d. t=u1+ut = \frac{u}{1+u}, 1t=11+u1 - t = \frac{1}{1+u},  ⁣dt= ⁣du(1+u)2\dd t = \frac{\dd u}{(1+u)^2} :

B(x,y)=0(u1+u)x1(11+u)y1 ⁣du(1+u)2=0ux1(1+u)x+y ⁣du.B(x,y) = \int_0^\infty \Bigl(\frac{u}{1+u}\Bigr)^{x-1} \Bigl(\frac{1}{1+u}\Bigr)^{y-1} \frac{\dd u}{(1+u)^2} = \int_0^\infty \frac{u^{x-1}}{(1+u)^{x+y}}\,\dd u .

En x=y=12x = y = \frac12, avec u=v2u = v^2 :

0u1/21+u ⁣du=02 ⁣dv1+v2=π=B(12,12).\int_0^\infty \frac{u^{-1/2}}{1+u}\dd u = \int_0^\infty \frac{2\,\dd v}{1+v^2} = \pi = B\Bigl(\frac12,\frac12\Bigr) . \checkmark

16. Une intégration par parties, pour 1kn1 \leq k \leq n et s>0s > 0 (u=(1t/n)ku = (1 - t/n)^k, v=ts/sv = t^s/s ; les termes de bord s’annulent) :

0n(1tn) ⁣kts1 ⁣dt=kns0n(1tn) ⁣k1ts ⁣dt.\int_0^n \Bigl(1-\frac tn\Bigr)^{\!k} t^{s-1}\dd t = \frac{k}{ns}\int_0^n \Bigl(1-\frac tn\Bigr)^{\!k-1} t^{s}\dd t .

À partir de k=nk = n, s=xs = x et en itérant nn fois :

0n(1tn) ⁣ntx1 ⁣dt=n(n1)1nnx(x+1)(x+n1)0ntx+n1 ⁣dt=n!nnnx+nx(x+1)(x+n),\int_0^n \Bigl(1-\frac tn\Bigr)^{\!n} t^{x-1}\dd t = \frac{n(n-1)\cdots1}{n^n\,x(x+1)\cdots(x+n-1)} \int_0^n t^{x+n-1}\dd t = \frac{n!}{n^n}\cdot \frac{n^{x+n}}{x(x+1)\cdots(x+n)} ,

soit n!nxx(x+1)(x+n)\dfrac{n!\,n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)}.

17. D’après l’Exercice 9.7 le membre de gauche tend vers Γ(x)\Gamma(x) (convergence dominée avec dominant tx1ett^{x-1}\eu^{-t}) ; le membre de droite est le quotient de Gauss :

Γ(x)=limnn!nxx(x+1)(x+n).\Gamma(x) = \lim_{n\to\infty} \frac{n!\,n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)} .

18. En prenant les logarithmes dans le quotient Gn(x)G_n(x) de la question 16 et en découpant ln(x+k)=lnk+ln(1+x/k)\ln(x+k) = \ln k + \ln(1 + x/k) pour k1k \geq 1 :

lnGn(x)=xlnnlnxk=1nln(1+xk)=lnx+x(lnnHn)+k=1n(xkln(1+xk)).\ln G_n(x) = x\ln n - \ln x - \sum_{k=1}^n \ln\Bigl(1+\frac xk\Bigr) = -\ln x + x(\ln n - H_n) + \sum_{k=1}^n\Bigl(\frac xk - \ln\Bigl(1+\frac xk\Bigr)\Bigr).

Pour u0u \geq 0, uu22ln(1+u)uu - \frac{u^2}2 \leq \ln(1+u) \leq u, donc le terme général appartient à [0,x2/(2k2)]\intcc{0}{x^2/(2k^2)} : la série converge (comparaison avec k2\sum k^{-2}). Puisque lnnHnγ\ln n - H_n \to -\gamma (Exemple 6.7) et lnGn(x)lnΓ(x)\ln G_n(x) \to \ln\Gamma(x) (question 17 et continuité de ln\ln) :

lnΓ(x)=lnxγx+k=1(xkln(1+xk)).\ln\Gamma(x) = -\ln x - \gamma x + \sum_{k=1}^\infty\Bigl(\frac xk - \ln\Bigl(1+\frac xk\Bigr)\Bigr) .

19. En x=12x = \frac12, le dénominateur est k=0n(k+12)=(2n+1)!22n+1n!\prod_{k=0}^n\bigl(k+\frac12\bigr) = \frac{(2n+1)!}{2^{2n+1}n!} (en développant les moitiés), donc

Gn(12)=n!n  22n+1n!(2n+1)!=2n  4n(2n+1)(2nn).G_n\Bigl(\frac12\Bigr) = \frac{n!\,\sqrt n\;2^{2n+1}n!}{(2n+1)!} = \frac{2\sqrt n\;4^n}{(2n+1)\binom{2n}{n}} .

Avec (2nn)4nπn\binom{2n}{n} \sim \frac{4^n}{\sqrt{\pi n}} (Exemple 6.14) :

Gn(12)2nπn2n+1π=Γ(12).G_n\Bigl(\frac12\Bigr) \sim \frac{2\sqrt n\,\sqrt{\pi n}}{2n+1} \longrightarrow \sqrt\pi = \Gamma\Bigl(\frac12\Bigr) .

Le π\sqrt\pi du coefficient binomial central (qui vient de Wallis, donc de la constante de Stirling) et l’intégrale de Gauss avec son π\sqrt\pi sont le même nombre.

20. L’identité relève d’un calcul algébrique direct : multiplier n!nxx(x+1)(x+n)\frac{n!\,n^x}{x(x+1)\cdots(x+n)} par nxx+n+1\frac{nx}{x+n+1} et absorber xx dans le produit, nn dans nxn^x. En faisant nn \to \infty : le membre de gauche tend vers Γ(x+1)\Gamma(x+1) (Gauss en x+1x+1), le membre de droite vers Γ(x)x1\Gamma(x)\cdot x\cdot 1 puisque nx+n+11\frac{n}{x+n+1} \to 1 : Γ(x+1)=xΓ(x)\Gamma(x+1) = x\Gamma(x) — retrouvé sans une seule intégration par parties.

21. Avec u=tau = t^a, t=u1/at = u^{1/a},  ⁣dt=1au1/a1 ⁣du\dd t = \frac1a u^{1/a - 1}\dd u :

0eta ⁣dt=1a0u1a1eu ⁣du=1aΓ(1a)=Γ(1+1a).\int_0^\infty \eu^{-t^a}\dd t = \frac1a\int_0^\infty u^{\frac1a - 1}\eu^{-u}\dd u = \frac1a\,\Gamma\Bigl(\frac1a\Bigr) = \Gamma\Bigl(1 + \frac1a\Bigr) .

Quand a+a \to +\infty (le long d’une suite quelconque) : eta1\eu^{-t^a} \to 1 pour 0<t<10 < t < 1, e1\to \eu^{-1} en t=1t = 1, 0\to 0 pour t>1t > 1 ; pour a2a \geq 2 dominer par 1t1+et21t>1\mathbf 1_{t \leq 1} + \eu^{-t^2}\mathbf 1_{t > 1} (tat2t^a \geq t^2 pour t1t \geq 1), intégrable. Convergence dominée : l’intégrale tend vers 011 ⁣dt=1\int_0^1 1\,\dd t = 1 — comme il se doit, puisque Γ(1+1a)Γ(1)=1\Gamma(1 + \frac1a) \to \Gamma(1) = 1 par continuité.

22. Avec u=tnu = t^n,  ⁣dt=1nu1/n1 ⁣du\dd t = \frac1n u^{1/n - 1}\dd u :

01 ⁣dt1tn=1n01u1n1(1u)1/2 ⁣du=1nB(1n,12).\int_0^1 \frac{\dd t}{\sqrt{1-t^n}} = \frac1n\int_0^1 u^{\frac1n-1}(1-u)^{-1/2}\dd u = \frac1n\,B\Bigl(\frac1n, \frac12\Bigr) .

n=1n = 1 : B(1,12)=B(12,1)=2B\bigl(1,\frac12\bigr) = B\bigl(\frac12,1\bigr) = 2, correspondant à 01 ⁣dt1t=2\int_0^1\frac{\dd t}{\sqrt{1-t}} = 2. n=2n = 2 : 12B(12,12)=π2=arcsin1\frac12 B\bigl(\frac12,\frac12\bigr) = \frac\pi2 = \arcsin 1. Pour n=4n = 4 la valeur 14B(14,12)\frac14 B\bigl(\frac14,\frac12\bigr) est la constante de la lemniscate : pas de forme close élémentaire.

23. En itérant l’équation fonctionnelle :

1Γ(x)0tx+k1et ⁣dt=Γ(x+k)Γ(x)=(x+k1)(x+k2)x,\frac{1}{\Gamma(x)}\int_0^\infty t^{x+k-1}\eu^{-t}\dd t = \frac{\Gamma(x+k)}{\Gamma(x)} = (x+k-1)(x+k-2)\cdots x ,

la factorielle croissante à kk facteurs. En x=1x = 1 : Γ(1+k)/Γ(1)=k!\Gamma(1+k)/\Gamma(1) = k!, les moments de et\eu^{-t} de l’Exercice 9.2.

24. Substituons t=1+s2t = \frac{1+s}2 (s(1,1)s \in \intoo{-1}1,  ⁣dt= ⁣ds2\dd t = \frac{\dd s}2, t(1t)=1s24t(1-t) = \frac{1-s^2}4) :

B(x,x)=11(1s24)x1 ⁣ds2=41x01(1s2)x1 ⁣dsB(x,x) = \int_{-1}^{1}\Bigl(\frac{1-s^2}{4}\Bigr)^{x-1} \frac{\dd s}{2} = 4^{1-x}\int_0^1 (1-s^2)^{x-1}\dd s

(l’intégrande est pair). Puis s=vs = \sqrt v ( ⁣ds= ⁣dv2v\dd s = \frac{\dd v}{2\sqrt v}) :

B(x,x)=41x201v1/2(1v)x1 ⁣dv=212xB(12,x).B(x,x) = \frac{4^{1-x}}{2}\int_0^1 v^{-1/2}(1-v)^{x-1}\dd v = 2^{1-2x}\,B\Bigl(\frac12, x\Bigr) .

Pour 2xN2x \in \N^* tout argument en vue appartient à 12N\frac12\N^*, donc la formule d’Euler (question 14) s’applique aux deux membres :

Γ(x)2Γ(2x)=212xΓ(12)Γ(x)Γ(x+12)Γ(x)Γ(x+12)=212xπ  Γ(2x).\frac{\Gamma(x)^2}{\Gamma(2x)} = 2^{1-2x}\, \frac{\Gamma\bigl(\frac12\bigr)\Gamma(x)} {\Gamma\bigl(x+\frac12\bigr)} \quad\Longleftrightarrow\quad \Gamma(x)\,\Gamma\Bigl(x+\frac12\Bigr) = 2^{1-2x}\sqrt\pi\;\Gamma(2x) .

Vérification directe en x=nx = n : le membre de gauche est (n1)!(2n)!π4nn!=(2n)!π4nn(n-1)!\cdot \frac{(2n)!\sqrt\pi}{4^n n!} = \frac{(2n)!\sqrt\pi}{4^n n}, le membre de droite 24nπ(2n1)!=(2n)!π4nn2\cdot4^{-n}\sqrt\pi\,(2n-1)! = \frac{(2n)!\sqrt\pi}{4^n n} : égaux.

25. (i) L’intégration par parties a produit B(x,y+1)=yxB(x+1,y)B(x,y+1) = \frac yx B(x+1,y), l’unique identité d’où découlent toute relation de descente, les valeurs entières et demi-entières, et la récurrence de Wallis. (ii) La convergence dominée a transformé les intégrales élémentaires 0n(1t/n)ntx1\int_0^n(1-t/n)^n t^{x-1} en Γ(x)\Gamma(x) (formule de Gauss, question 17) et calculé la limite aa \to \infty à la question 21. (iii) Du chapitre de comparaison nous avons importé la constante d’Euler (lnnHnγ\ln n - H_n \to -\gamma, question 18) et l’équivalent du coefficient binomial central (question 19) — c.-à-d. la formule de Stirling déguisée. (iv) La formule d’Euler B(x,y)=Γ(x)Γ(y)/Γ(x+y)B(x,y) = \Gamma(x)\Gamma(y)/\Gamma(x+y) est maintenant démontrée pour yNy \in \N^* avec x>0x > 0 arbitraire (question 10) et pour tous les couples demi-entiers (question 14) ; le cas général x,y>0x, y > 0 attend le calcul par intégrale double du chapitre sur les intégrales multiples, qui factorise Γ(x)Γ(y)\Gamma(x)\Gamma(y) sur un quart de plan.