Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « Moments, variance » ?

Aussi appelé : variance · écart-type · covariance

Définition 22.13 Mathématiques universitaires — Licence 2 · Chapitre 22 — Variables aléatoires discrètes

XX admet un moment d’ordre 2 si X2X^2 admet une espérance (alors XX aussi, par domination : X1+X22\abs X \leq \frac{1 + X^2}{2}). Sa variance et son écart-type sont alors

V(X)=E((XE(X))2)=E(X2)E(X)2,σ(X)=V(X),V(X) = \E\bigl((X - \E(X))^2\bigr) = \E(X^2) - \E(X)^2 , \qquad \sigma(X) = \sqrt{V(X)} ,

(la seconde forme — la formule de König–Huygens — en développant le carré et en utilisant la linéarité :

E((XEX)2)=E(X22XEX+E(X)2)=E(X2)2E(X)2+E(X)2,\E\bigl((X - \E X)^2\bigr) = \E\bigl(X^2 - 2X\,\E X + \E(X)^2\bigr) = \E(X^2) - 2\,\E(X)^2 + \E(X)^2 ,

le terme central utilisant que EX\E X est une constante). Pour X,YX, Y admettant des moments d’ordre deux, la covariance est

Cov(X,Y)=E((XEX)(YEY))=E(XY)E(X)E(Y).\operatorname{Cov}(X, Y) = \E\bigl((X - \E X)(Y - \E Y)\bigr) = \E(XY) - \E(X)\E(Y) .

Exemples

Exemple 22.16 (Non corrélées mais soudées ensemble)

On lance deux dés équilibrés, XX et YY indépendants, et on pose S=X+YS = X + Y, D=XYD = X - Y. Par bilinéarité de la covariance,

Cov(S,D)=V(X)V(Y)+Cov(Y,X)Cov(X,Y)=V(X)V(Y)=0:\operatorname{Cov}(S, D) = V(X) - V(Y) + \operatorname{Cov}(Y, X) - \operatorname{Cov}(X, Y) = V(X) - V(Y) = 0 :

somme et différence sont non corrélées. Indépendantes ? Certainement pas : S=12S = 12 force D=0D = 0, tandis que P(D=0)=16\P(D = 0) = \frac16 sans conditionnement. La corrélation ne teste que la partie linéaire d’une dépendance ; ici la dépendance est portée par la contrainte que SS et DD ont la même parité, invisible à la covariance. (Pour ce couple, une covariance nulle a nécessité V(X)=V(Y)V(X) = V(Y) : des lois identiques, non l’indépendance, ont fait le travail.)

Exemple 22.17 (Quand Markov est exacte)

L’inégalité de Markov est une égalité précisément lorsque rien n’est gaspillé dans la borne a1XaXa\,\mathbf 1_{X\geq a} \leq X : la variable doit ne prendre que les valeurs 00 et aa. Concrètement, si P(X=a)=π\P(X = a) = \pi et P(X=0)=1π\P(X = 0) = 1 - \pi, alors E(X)=aπ\E(X) = a\pi et

P(Xa)=π=E(X)a.\P(X \geq a) = \pi = \frac{\E(X)}{a} .

Une lecture réaliste : dans une population où la richesse moyenne est 100100 et la richesse vaut soit 00 soit 10610^6, la proportion de millionnaires est exactement 10410^{-4} — la borne de Markov, atteinte exactement par une inégalité maximale. Chaque fois que XX s’étale sur des valeurs intermédiaires, la borne est stricte, souvent démesurément ; mais comme le montre le cas extrême, aucune meilleure inégalité ne peut être extraite de la seule moyenne.

Exemple 22.18 (Tchebychev est optimale — sans hypothèses supplémentaires)

Fixons ε>0\varepsilon > 0, q(0,1]q \in \intoc01, et soit XX prenant les valeurs ±ε\pm\varepsilon avec probabilité q2\frac q2 chacune et 00 avec probabilité 1q1 - q. Alors E(X)=0\E(X) = 0, V(X)=qε2V(X) = q\varepsilon^2, et

P(XEXε)=q=V(X)ε2:\P\bigl(\abs{X - \E X} \geq \varepsilon\bigr) = q = \frac{V(X)}{\varepsilon^2} :

égalité dans Tchebychev. Ainsi l’inégalité ne peut être améliorée en utilisant seulement la variance — la décroissance en 1/ε21/\varepsilon^2 est le prix exact de l’information d’ordre deux. Une décroissance plus rapide requiert des hypothèses plus fortes : le caractère borné de la variable achète une concentration exponentielle, comme l’Exercice 22.7 le laisse entrevoir et comme le problème du week-end de ce chapitre le développe systématiquement.

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