Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « Noyau et image » ?

Définition 20.3 Mathématiques universitaires — Licence 1 · Chapitre 20 — Applications linéaires

Pour uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) :

keru={xE:u(x)=0}E,imu=u(E)F,\ker u = \{x \in E : u(x) = 0\} \subseteq E, \qquad \operatorname{im} u = u(E) \subseteq F ,

tous deux sous-espaces vectoriels (vérification directe avec le critère).

Exemples

Exemple 20.8 (Construire une application sur cahier des charges)

Construisons uL(R3)u \in \mathcal{L}(\R^3) avec keru=Vect(1,1,1)\ker u = \operatorname{Vect}(1,1,1) et imu={z=0}\operatorname{im} u = \{z = 0\}. Vérification d’abord : le théorème du rang exige 1+2=31 + 2 = 3 — c’est cohérent, donc une solution peut exister. Choisissons une base adaptée au noyau, disons ((1,1,1), e1, e2)\bigl((1,1,1),\ e_1,\ e_2\bigr) (Exemple 19.7), et prescrivons les images (Proposition 20.2) :

u(1,1,1)=0,u(e1)=e1,u(e2)=e2.u(1,1,1) = 0, \qquad u(e_1) = e_1, \qquad u(e_2) = e_2 .

Alors keruVect(1,1,1)\ker u \supseteq \operatorname{Vect}(1,1,1) et imu=Vect(e1,e2)={z=0}\operatorname{im} u = \operatorname{Vect}(e_1, e_2) = \{z = 0\} ; le théorème du rang force dimkeru=1\dim\ker u = 1, donc le noyau est exactement la droite prescrite. Explicitement, en décomposant (x,y,z)=z(1,1,1)+(xz)e1+(yz)e2(x, y, z) = z(1,1,1) + (x - z)e_1 + (y - z)e_2 :

u(x,y,z)=(xz, yz, 0).u(x, y, z) = (x - z,\ y - z,\ 0).

La recette se généralise : une application linéaire de noyau prescrit NN et d’image prescrite II existe exactement lorsque dimN+dimI=dimE\dim N + \dim I = \dim E — la nécessité est le théorème du rang, la suffisance est cette construction.

Exemple 20.10 (L’interpolation, structurellement)

Fixons x0,,xnx_0, \dots, x_n distincts et soit u ⁣:Rn[X]Rn+1u \colon \R_n[X] \to \R^{n+1}, P(P(x0),,P(xn))P \mapsto (P(x_0), \dots, P(x_n)) : elle est linéaire. Son noyau est {P:degPn, n+1 racines}={0}\{P : \deg P \leq n,\ n+1 \text{ racines}\} = \{0\} (Corollaire 8.8). Dimensions égales n+1n + 1 : uu est un isomorphisme — existence et unicité du polynôme d’interpolation de Lagrange (Théorème 8.23) en une ligne.

Le même schéma en une ligne traite des données mêlant valeurs et dérivées : v ⁣:R3[X]R4v \colon \R_3[X] \to \R^4, P(P(0),P(0),P(1),P(1))P \mapsto \bigl(P(0), P'(0), P(1), P'(1)\bigr) est linéaire, et son noyau est formé des polynômes de degré 3\leq 3 ayant une racine double en 00 et en 11, c’est-à-dire divisibles par X2(X1)2X^2(X-1)^2, de degré 44 : seul P=0P = 0 convient. Dimensions égales à nouveau : tout quadruplet de données (P(0),P(0),P(1),P(1))(P(0), P'(0), P(1), P'(1)) est réalisé par exactement une cubique — l’interpolation d’Hermite, acquise par un calcul de noyau avant qu’aucune formule ne soit écrite (le devoir maison du Chapitre 22 y rencontre son déterminant).

Exemple 20.11 (Le théorème du rang à l’œuvre : l’opérateur de différence)

Soit Δ ⁣:Rn[X]Rn[X]\Delta \colon \R_n[X] \to \R_n[X], PP(X+1)P(X)P \mapsto P(X+1) - P(X) : elle est linéaire. Noyau : si ΔP=0\Delta P = 0, alors P(0)=P(1)=P(2)=P(0) = P(1) = P(2) = \dots, donc PP(0)P - P(0) a une infinité de racines et est nul (Corollaire 8.8) : kerΔ\ker\Delta est la droite des constantes. Théorème du rang : rkΔ=(n+1)1=n\operatorname{rk}\Delta = (n + 1) - 1 = n. Comme degΔP<degP\deg \Delta P < \deg P pour PP non constant (les termes de plus haut degré s’annulent), imΔRn1[X]\operatorname{im}\Delta \subseteq \R_{n-1}[X], qui est de dimension exactement nn : l’inclusion est une égalité. Conclusion, sans aucun calcul d’images réciproques : tout polynôme QQ de degré n1\leq n - 1 est une différence Q=P(X+1)P(X)Q = P(X+1) - P(X) — la primitive discrète existe. (Comparer avec le devoir maison du Chapitre 18, où Δ\Delta était inversé explicitement dans la base binomiale.)

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