Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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20Applications linéaires

Entre espaces vectoriels, les applications qui méritent d’être étudiées sont celles qui respectent la structure : les applications linéaires. Leurs deux sous-espaces fondamentaux — noyau et image — mesurent l’injectivité et la surjectivité, et en dimension finie le théorème du rang relie leurs tailles par une loi de conservation. Projections et symétries, puis formes linéaires et hyperplans, achèvent le chapitre.

20.1 Définitions et premières propriétés

Définition 20.1

Soient E,FE, F des KK-espaces vectoriels. Une application u ⁣:EFu \colon E \to F est linéaire lorsque

x,yE, λK,u(x+λy)=u(x)+λu(y).\forall x, y \in E,\ \forall \lambda \in K, \qquad u(x + \lambda y) = u(x) + \lambda u(y).

On a alors u(0)=0u(0) = 0 et u(λixi)=λiu(xi)u(\sum \lambda_i x_i) = \sum \lambda_i u(x_i). L’ensemble L(E,F)\mathcal{L}(E, F) des applications linéaires est lui-même un espace vectoriel ; la composée d’applications linéaires est linéaire, et bilinéaire en le couple. Un endomorphisme est une application linéaire EEE \to E ; un isomorphisme est une application linéaire bijective (sa réciproque est alors automatiquement linéaire) ; l’application u1u^{-1} d’un isomorphisme, les composées d’isomorphismes, sont des isomorphismes.

Démonstration du fait que la réciproque est linéaire. Soient uu linéaire bijective, y,yFy, y' \in F et λK\lambda \in K. Posons x=u1(y)x = u^{-1}(y) et x=u1(y)x' = u^{-1}(y'). Alors

u(x+λx)=u(x)+λu(x)=y+λy,u\bigl(x + \lambda x'\bigr) = u(x) + \lambda u(x') = y + \lambda y' ,

et en appliquant u1u^{-1} aux deux extrémités : u1(y+λy)=x+λx=u1(y)+λu1(y)u^{-1}(y + \lambda y') = x + \lambda x' = u^{-1}(y) + \lambda\,u^{-1}(y'). Rien de u1u^{-1} n’a été calculé : la linéarité se transporte par la seule propriété caractéristique de uu — un schéma à retenir, car la structure voyage souvent gratuitement le long des bijections.

Proposition 20.2 (Une application linéaire est connue sur une base)

Soient (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) une base de EE et (v1,,vn)(v_1, \dots, v_n) des vecteurs quelconques de FF. Il existe exactement une application linéaire u ⁣:EFu \colon E \to F telle que u(ei)=viu(e_i) = v_i pour tout ii. De plus :

u injective    (vi) libre;u surjective    (vi) engendre F.u \text{ injective} \iff (v_i) \text{ libre}; \qquad u \text{ surjective} \iff (v_i) \text{ engendre } F .

Démonstration. Existence et unicité : tout xx a des coordonnées uniques x=λieix = \sum \lambda_i e_i (Proposition 18.15) ; la linéarité impose u(x)=λiviu(x) = \sum \lambda_i v_i, et cette formule définit bien une application linéaire.

Injectivité : d’après la Proposition 20.5 ci-dessous, uu est injective si et seulement si son noyau est réduit à {0}\{0\}. Or u(λiei)=0u\bigl(\sum\lambda_i e_i\bigr) = 0 signifie exactement λivi=0\sum\lambda_i v_i = 0. Si (vi)(v_i) est libre, cela force tous les λi=0\lambda_i = 0, c’est-à-dire que le noyau se réduit à 00 : uu est injective. Si (vi)(v_i) est liée, une relation non triviale λivi=0\sum\lambda_i v_i = 0 produit le vecteur non nul λiei\sum\lambda_i e_i dans le noyau ((ei)(e_i) est libre) : uu n’est pas injective. Les deux conditions se correspondent terme à terme.

Surjectivité : l’image de uu est l’ensemble des λivi\sum\lambda_i v_i, c’est-à-dire exactement Vect(v1,,vn)\operatorname{Vect}(v_1, \dots, v_n), qui vaut FF si et seulement si la famille est génératrice.

Définition 20.3 (Noyau et image)

Pour uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) :

keru={xE:u(x)=0}E,imu=u(E)F,\ker u = \{x \in E : u(x) = 0\} \subseteq E, \qquad \operatorname{im} u = u(E) \subseteq F ,

tous deux sous-espaces vectoriels (vérification directe avec le critère).

Méthode 20.4 (Noyau et image, en pratique)

Noyau : écrire u(x)=0u(x) = 0 comme un système portant sur les coordonnées (ou les coefficients) de xx, le résoudre et le paramétrer — le noyau sort avec une base attachée (Méthode 19.10). Image : c’est le sous-espace engendré par les images de n’importe quelle famille génératrice de EE — en général une base, donc imu=Vect(u(e1),,u(en))\operatorname{im} u = \operatorname{Vect}\bigl(u(e_1), \dots, u(e_n)\bigr) ; on élimine ensuite les images redondantes pour en extraire une base. Raccourci : calculer celui des deux qui est le plus facile et obtenir gratuitement la dimension de l’autre par le théorème du rang (Théorème 20.7) ; lorsqu’on connaît un sous-espace candidat plausible pour l’image, la comparaison des dimensions transforme l’inclusion facile en égalité (Théorème 19.14). Les deux raccourcis sont utilisés dans l’Exemple 20.11 ci-dessous.

Proposition 20.5

uu est injective     \iff keru={0}\ker u = \{0\} ; uu est surjective     \iff imu=F\operatorname{im} u = F.

Démonstration. Comme pour les groupes (Proposition 7.11) : u(x)=u(y)    u(xy)=0    xykeruu(x) = u(y) \iff u(x - y) = 0 \iff x - y \in \ker u. Le second point est la définition.

20.2 Le théorème du rang

Définition 20.6

Le rang de uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) (avec EE de dimension finie) est rku=dimimu\operatorname{rk} u = \dim \operatorname{im} u — c’est aussi le rang de la famille (u(e1),,u(en))\bigl(u(e_1), \dots, u(e_n)\bigr) pour n’importe quelle base (ei)(e_i) de EE.

Théorème 20.7 (Théorème du rang)

Soient EE de dimension finie et uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F). Alors

dimE=dimkeru+rku.\dim E = \dim \ker u + \operatorname{rk} u .

Plus précisément, si SS est un supplémentaire quelconque de keru\ker u dans EE, alors uu induit par restriction un isomorphisme de SS sur imu\operatorname{im} u.

Démonstration. Soit SS tel que E=keruSE = \ker u \oplus S (Théorème 19.14), et soit v ⁣:Simuv \colon S \to \operatorname{im} u la restriction de uu.

vv est injective : kerv=Skeru={0}\ker v = S \cap \ker u = \{0\}.

vv est surjective : tout u(x)u(x) avec x=k+sx = k + s (kkeruk \in \ker u, sSs \in S) vaut u(s)=v(s)u(s) = v(s).

Donc vv est un isomorphisme ; un isomorphisme envoie une base sur une base (Proposition 20.2), donc dimS=dimimu\dim S = \dim\operatorname{im} u, et dimE=dimkeru+dimS\dim E = \dim\ker u + \dim S conclut.

Exemple 20.8 (Construire une application sur cahier des charges)

Construisons uL(R3)u \in \mathcal{L}(\R^3) avec keru=Vect(1,1,1)\ker u = \operatorname{Vect}(1,1,1) et imu={z=0}\operatorname{im} u = \{z = 0\}. Vérification d’abord : le théorème du rang exige 1+2=31 + 2 = 3 — c’est cohérent, donc une solution peut exister. Choisissons une base adaptée au noyau, disons ((1,1,1), e1, e2)\bigl((1,1,1),\ e_1,\ e_2\bigr) (Exemple 19.7), et prescrivons les images (Proposition 20.2) :

u(1,1,1)=0,u(e1)=e1,u(e2)=e2.u(1,1,1) = 0, \qquad u(e_1) = e_1, \qquad u(e_2) = e_2 .

Alors keruVect(1,1,1)\ker u \supseteq \operatorname{Vect}(1,1,1) et imu=Vect(e1,e2)={z=0}\operatorname{im} u = \operatorname{Vect}(e_1, e_2) = \{z = 0\} ; le théorème du rang force dimkeru=1\dim\ker u = 1, donc le noyau est exactement la droite prescrite. Explicitement, en décomposant (x,y,z)=z(1,1,1)+(xz)e1+(yz)e2(x, y, z) = z(1,1,1) + (x - z)e_1 + (y - z)e_2 :

u(x,y,z)=(xz, yz, 0).u(x, y, z) = (x - z,\ y - z,\ 0).

La recette se généralise : une application linéaire de noyau prescrit NN et d’image prescrite II existe exactement lorsque dimN+dimI=dimE\dim N + \dim I = \dim E — la nécessité est le théorème du rang, la suffisance est cette construction.

Corollaire 20.9

Si dimE=dimF\dim E = \dim F (finie), alors pour uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) :

u injective    u surjective    u bijective.u \text{ injective} \iff u \text{ surjective} \iff u \text{ bijective}.

En particulier cela vaut pour les endomorphismes en dimension finie. (C’est faux en dimension infinie : sur K[X]K[X], la dérivation est surjective mais non injective, et PXPP \mapsto XP est injective mais non surjective.)

Démonstration. Injective     dimkeru=0    rku=dimE=dimF    imu=F\iff \dim\ker u = 0 \iff \operatorname{rk} u = \dim E = \dim F \iff \operatorname{im} u = F (un sous-espace de dimension égale à celle de l’espace est l’espace tout entier, Théorème 19.14)     \iff surjective.

Exemple 20.10 (L’interpolation, structurellement)

Fixons x0,,xnx_0, \dots, x_n distincts et soit u ⁣:Rn[X]Rn+1u \colon \R_n[X] \to \R^{n+1}, P(P(x0),,P(xn))P \mapsto (P(x_0), \dots, P(x_n)) : elle est linéaire. Son noyau est {P:degPn, n+1 racines}={0}\{P : \deg P \leq n,\ n+1 \text{ racines}\} = \{0\} (Corollaire 8.8). Dimensions égales n+1n + 1 : uu est un isomorphisme — existence et unicité du polynôme d’interpolation de Lagrange (Théorème 8.23) en une ligne.

Le même schéma en une ligne traite des données mêlant valeurs et dérivées : v ⁣:R3[X]R4v \colon \R_3[X] \to \R^4, P(P(0),P(0),P(1),P(1))P \mapsto \bigl(P(0), P'(0), P(1), P'(1)\bigr) est linéaire, et son noyau est formé des polynômes de degré 3\leq 3 ayant une racine double en 00 et en 11, c’est-à-dire divisibles par X2(X1)2X^2(X-1)^2, de degré 44 : seul P=0P = 0 convient. Dimensions égales à nouveau : tout quadruplet de données (P(0),P(0),P(1),P(1))(P(0), P'(0), P(1), P'(1)) est réalisé par exactement une cubique — l’interpolation d’Hermite, acquise par un calcul de noyau avant qu’aucune formule ne soit écrite (le devoir maison du Chapitre 22 y rencontre son déterminant).

Exemple 20.11 (Le théorème du rang à l’œuvre : l’opérateur de différence)

Soit Δ ⁣:Rn[X]Rn[X]\Delta \colon \R_n[X] \to \R_n[X], PP(X+1)P(X)P \mapsto P(X+1) - P(X) : elle est linéaire. Noyau : si ΔP=0\Delta P = 0, alors P(0)=P(1)=P(2)=P(0) = P(1) = P(2) = \dots, donc PP(0)P - P(0) a une infinité de racines et est nul (Corollaire 8.8) : kerΔ\ker\Delta est la droite des constantes. Théorème du rang : rkΔ=(n+1)1=n\operatorname{rk}\Delta = (n + 1) - 1 = n. Comme degΔP<degP\deg \Delta P < \deg P pour PP non constant (les termes de plus haut degré s’annulent), imΔRn1[X]\operatorname{im}\Delta \subseteq \R_{n-1}[X], qui est de dimension exactement nn : l’inclusion est une égalité. Conclusion, sans aucun calcul d’images réciproques : tout polynôme QQ de degré n1\leq n - 1 est une différence Q=P(X+1)P(X)Q = P(X+1) - P(X) — la primitive discrète existe. (Comparer avec le devoir maison du Chapitre 18, où Δ\Delta était inversé explicitement dans la base binomiale.)

Exemple 20.12 (Comptabilité du rang le long d’une composée)

Sur R2[X]\R_2[X], composons la dérivation D(P)=PD(P) = P' (de rang 22 : image R1[X]\R_1[X], noyau les constantes) avec elle-même. Alors DD=D2D \circ D = D^2 envoie PPP \mapsto P'', d’image R0[X]\R_0[X] : de rang 11. Comparons avec les bornes générales : la borne grossière donne rkD2min(2,2)=2\operatorname{rk} D^2 \leq \min(2, 2) = 2 ; la formule exacte de l’Exercice 20.12 rend compte de la perte avec précision,

rkD2=rkDdim(kerDimD)=21=1,\operatorname{rk} D^2 = \operatorname{rk} D - \dim\bigl(\ker D \cap \operatorname{im} D\bigr) = 2 - 1 = 1 ,

puisque les constantes (noyau du DD extérieur) sont contenues dans R1[X]\R_1[X] (image du DD intérieur) avec la dimension 11. Le rang se perd exactement là où le noyau extérieur tend une embuscade à l’image intérieure — la phrase à retenir quand les rangs des composées se comportent mal.

Exemple 20.13 (Noyau et image de l’opérateur d’Euler)

Sur Rn[X]\R_n[X], soit u(P)=XPu(P) = X\,P' (linéaire : la dérivation et la multiplication par XX le sont). Noyau : XP=0XP' = 0 force P=0P' = 0 (un produit de polynômes est nul seulement si l’un des facteurs l’est), donc keru\ker u est la droite des constantes. Image : sur la base monomiale,

u(Xk)=kXk(k=0,1,,n),u(X^k) = k\,X^{k} \qquad (k = 0, 1, \dots, n),

donc imu=Vect(X,2X2,,nXn)=Vect(X,X2,,Xn)\operatorname{im} u = \operatorname{Vect}(X, 2X^2, \dots, nX^n) = \operatorname{Vect}(X, X^2, \dots, X^n) : les polynômes de terme constant nul. Vérification avec le théorème du rang : rku=(n+1)1=n\operatorname{rk} u = (n + 1) - 1 = n, ce qui est bien la dimension trouvée. Deux remarques méritent d’être retenues. D’abord, ici imukeru=Rn[X]\operatorname{im} u \oplus \ker u = \R_n[X] — mais c’est un heureux hasard propre à cet opérateur, pas un théorème : pour v(P)=Pv(P) = P' sur R1[X]\R_1[X], qui ressemble à un décalage, kerv=imv=R0[X]\ker v = \operatorname{im} v = \R_0[X] et la somme n’est pas directe. Ensuite, la relation u(Xk)=kXku(X^k) = kX^k dit que chaque monôme est simplement multiplié par un scalaire sous uu — une base adaptée à l’application, germe de l’idée de valeur propre développée dans le volume de Licence 2.

20.3 Projections et symétries

Définition 20.14

Soit E=FGE = F \oplus G. La projection sur FF parallèlement à GG envoie x=f+gx = f + g (décomposition unique) sur p(x)=fp(x) = f ; la symétrie associée est s(x)=fgs(x) = f - g. Toutes deux sont linéaires, et s=2pids = 2p - \mathrm{id}.

Théorème 20.15 (Caractérisation algébrique)

  1. Un endomorphisme pp est une projection (sur un certain FF parallèlement à un certain GG) si et seulement si pp=pp \circ p = p ; alors F=imp=ker(pid)F = \operatorname{im} p = \ker(p - \mathrm{id}) et G=kerpG = \ker p.
  2. Un endomorphisme ss est une symétrie si et seulement si ss=ids \circ s = \mathrm{id} ; alors E=ker(sid)ker(s+id)E = \ker(s - \mathrm{id}) \oplus \ker(s + \mathrm{id}).

Démonstration. (1) Une projection vérifie p(f+g)=fp(f + g) = f et p(f)=fp(f) = f : p2=pp^2 = p. Réciproquement, soit p2=pp^2 = p ; posons F=impF = \operatorname{im} p, G=kerpG = \ker p. Tout xx s’écrit x=p(x)+(xp(x))x = p(x) + (x - p(x)) avec p(x)Fp(x) \in F et p(xp(x))=p(x)p2(x)=0p\bigl(x - p(x)\bigr) = p(x) - p^2(x) = 0 : E=F+GE = F + G. Si yFGy \in F \cap G : y=p(z)y = p(z) et p(y)=0p(y) = 0, donc y=p(z)=p2(z)=p(y)=0y = p(z) = p^2(z) = p(y) = 0 : la somme est directe, et pp est la projection sur FF parallèlement à GG. Enfin sur FF : y=p(z)y = p(z) donne p(y)=yp(y) = y, donc Fker(pid)F \subseteq \ker(p - \mathrm{id}), et réciproquement p(y)=yp(y) = y place yy dans l’image.

(2) La correspondance s=2pids = 2p - \mathrm{id}, p=s+id2p = \frac{s + \mathrm{id}}2 est une bijection entre endomorphismes, et par elle

s2=4p24p+id=id    4p2=4p    p2=p:s^2 = 4p^2 - 4p + \mathrm{id} = \mathrm{id} \iff 4p^2 = 4p \iff p^2 = p :

les symétries correspondent exactement aux projections. Traduisons les sous-espaces : s(x)=x    p(x)=xs(x) = x \iff p(x) = x, donc ker(sid)=imp=F\ker(s - \mathrm{id}) = \operatorname{im} p = F ; et s(x)=x    2p(x)=0    xkerp=Gs(x) = -x \iff 2p(x) = 0 \iff x \in \ker p = G, donc ker(s+id)=G\ker(s + \mathrm{id}) = G. La somme directe E=FGE = F \oplus G du point (1) devient la décomposition annoncée en vecteurs fixes et vecteurs retournés de ss.

Exemple 20.16 (Une projection et sa symétrie, explicitement)

Dans R2\R^2, projetons sur F=Vect(1,1)F = \operatorname{Vect}(1,1) parallèlement à G=Vect(0,1)G = \operatorname{Vect}(0,1). Décomposons (x,y)=a(1,1)+b(0,1)(x, y) = a(1,1) + b(0,1) : la première coordonnée donne a=xa = x, la seconde b=yxb = y - x. D’où

p(x,y)=(x,x),s(x,y)=2p(x,y)(x,y)=(x, 2xy).p(x, y) = (x, x), \qquad s(x, y) = 2p(x,y) - (x,y) = (x,\ 2x - y).

Vérifions l’algèbre : p(p(x,y))=p(x,x)=(x,x)p(p(x,y)) = p(x,x) = (x,x), et s(s(x,y))=s(x,2xy)=(x,2x(2xy))=(x,y)s(s(x,y)) = s(x, 2x - y) = (x, 2x - (2x - y)) = (x, y). Géométriquement, ss est la « réflexion oblique » par rapport à la droite y=xy = x dans la direction verticale : elle fixe FF point par point et retourne GG. Si nous avions projeté sur le même FF parallèlement à G=Vect(1,1)G' = \operatorname{Vect}(1,-1), la formule deviendrait p(x,y)=(x+y2,x+y2)p'(x,y) = \bigl(\frac{x+y}2, \frac{x+y}2\bigr) : une projection est déterminée par son image et par son noyau, jamais par la seule image.

La projection sur F = Vect(1,1) parallèlement à G = Vect(0,1) et sa symétrie, sur le point M = (2,\ 0.5) : en glissant verticalement, M atteint F en p(M) = (2,2) et arrive en s(M) = 2p(M) - M = (2,\ 3.5), aussi loin au-dessus de F (mesuré le long de G) que M était en dessous.
La projection sur F=Vect(1,1)F = \operatorname{Vect}(1,1) parallèlement à G=Vect(0,1)G = \operatorname{Vect}(0,1) et sa symétrie, sur le point M=(2, 0.5)M = (2,\ 0.5) : en glissant verticalement, MM atteint FF en p(M)=(2,2)p(M) = (2,2) et arrive en s(M)=2p(M)M=(2, 3.5)s(M) = 2p(M) - M = (2,\ 3.5), aussi loin au-dessus de FF (mesuré le long de GG) que MM était en dessous.

20.4 Formes linéaires et hyperplans

Définition 20.17

Une forme linéaire sur EE est une application linéaire φ ⁣:EK\varphi \colon E \to K. Un hyperplan de EE (dimE=n\dim E = n) est un sous-espace de dimension n1n - 1.

Exemple 20.18 (Une forme d’évaluation et son hyperplan)

Sur R2[X]\R_2[X], l’évaluation φ(P)=P(2)\varphi(P) = P(2) est une forme linéaire, non nulle (φ(1)=1\varphi(1) = 1). Son noyau est l’hyperplan des polynômes s’annulant en 22, c’est-à-dire (théorème de factorisation, Théorème 8.7) les multiples de X2X - 2 à l’intérieur de R2[X]\R_2[X] :

kerφ=Vect(X2, X(X2)),dim=2.\ker\varphi = \operatorname{Vect}\bigl(X - 2,\ X(X - 2)\bigr), \qquad \dim = 2 .

En coordonnées dans la base (1,X,X2)(1, X, X^2), φ(a+bX+cX2)=a+2b+4c\varphi(a + bX + cX^2) = a + 2b + 4c : toute forme linéaire sur un espace de dimension finie est, une fois une base fixée, une expression linéaire fixe en les coordonnées — les formes sont des « vecteurs lignes », ce que le Chapitre 21 rendra littéral, et la ligne de coefficients obtenue ici, (1,2,4)(1, 2, 4), est une ligne de Vandermonde : les formes d’évaluation sont la porte par laquelle la théorie de l’interpolation du devoir maison du Chapitre 22 entre en algèbre linéaire.

Théorème 20.19

Les hyperplans de EE sont exactement les noyaux des formes linéaires non nulles. Deux formes non nulles ont le même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles.

Démonstration. Si φ0\varphi \neq 0 : rkφ=1\operatorname{rk}\varphi = 1 (l’image est un sous-espace non nul de KK), donc dimkerφ=n1\dim\ker\varphi = n - 1 : c’est un hyperplan. Réciproquement, soient HH un hyperplan, (e1,,en1)(e_1, \dots, e_{n-1}) une base de HH complétée par ene_n : la forme « dernière coordonnée » a pour noyau HH.

Deux formes proportionnelles ont le même noyau. Réciproquement, supposons kerφ=kerψ=H\ker\varphi = \ker\psi = H et choisissons aHa \notin H : tout xx s’écrit x=h+λax = h + \lambda a (car E=HKaE = H \oplus Ka), et

φ(x)=λφ(a),ψ(x)=λψ(a):\varphi(x) = \lambda \varphi(a), \qquad \psi(x) = \lambda\psi(a):

donc φ=φ(a)ψ(a)ψ\varphi = \frac{\varphi(a)}{\psi(a)}\,\psi.

Exemple 20.20

Dans KnK^n, un hyperplan est un ensemble de solutions {a1x1++anxn=0}\{a_1 x_1 + \dots + a_n x_n = 0\} avec les aia_i non tous nuls — l’équation familière d’un plan passant par l’origine dans R3\R^3. Dans les espaces de fonctions, les formes d’évaluation PP(1)P \mapsto P(1) ou f01ff \mapsto \int_0^1 f définissent des hyperplans de Rn[X]\R_n[X], de C([0,1])C(\intcc{0}{1}) (cf. Exercice 19.6).

Exemple 20.21 (Un hyperplan, traité de trois façons)

Prenons φ(x,y,z)=x2y+3z\varphi(x, y, z) = x - 2y + 3z sur R3\R^3 et H=kerφH = \ker\varphi. Base : résolvons x=2y3zx = 2y - 3z :

(2y3z, y, z)=y(2,1,0)+z(3,0,1),(2y - 3z,\ y,\ z) = y\,(2, 1, 0) + z\,(-3, 0, 1),

deux vecteurs libres : dimH=2\dim H = 2, un hyperplan, comme le Théorème 20.19 le prédit à partir de φ0\varphi \neq 0. Droite supplémentaire : tout vecteur hors de HH en engendre une, par exemple a=(1,0,0)a = (1, 0, 0) (φ(a)=10\varphi(a) = 1 \neq 0) ; la décomposition d’un vv arbitraire est explicite :

v=(vφ(v)a)H+φ(v)aVect(a),v = \underbrace{\bigl(v - \varphi(v)\,a\bigr)}_{\in\,H} + \underbrace{\varphi(v)\,a}_{\in\,\operatorname{Vect}(a)},

puisque φ(vφ(v)a)=φ(v)φ(v)φ(a)=0\varphi\bigl(v - \varphi(v)a\bigr) = \varphi(v) - \varphi(v)\varphi(a) = 0. Proportionnalité : si ψ(x,y,z)=2x+4y6z\psi(x,y,z) = -2x + 4y - 6z, alors ψ=2φ\psi = -2\varphi et toutes deux ont pour noyau HH ; réciproquement, toute forme s’annulant sur HH est un multiple de φ\varphi (Exercice 20.8) — l’équation d’un hyperplan est unique à un scalaire près, fait utilisé constamment pour les plans en géométrie.

Remarque 20.22 (Pièges classiques)

Le noyau et l’image vivent dans des espaces différents : keruE\ker u \subseteq E, imuF\operatorname{im} u \subseteq F ; la somme keru+imu\ker u + \operatorname{im} u n’a de sens que pour les endomorphismes, et même alors elle n’est pas nécessairement directe (u(x,y)=(y,0)u(x, y) = (y, 0) vérifie keru=imu\ker u = \operatorname{im} u ; l’Exercice 20.7 caractérise les cas où elle l’est). u2=0u^2 = 0 ne signifie pas u=0u = 0 : le même u(x,y)=(y,0)u(x,y) = (y, 0) a un carré nul sans être nul — ce que u2=0u^2 = 0 dit vraiment, c’est imukeru\operatorname{im} u \subseteq \ker u (Exercice 20.5). L’équivalence injective     \iff surjective exige des dimensions finies égales : sur K[X]K[X], la dérivation est surjective et non injective, PXPP \mapsto XP injective et non surjective (Corollaire 20.9) ; et entre espaces de dimensions différentes, l’une des implications est tout simplement impossible (rkumin(dimE,dimF)\operatorname{rk} u \leq \min(\dim E, \dim F)). Prescrire des images marche sur une base, pas sur une famille quelconque : exiger u(1,0)=au(1, 0) = a, u(0,1)=bu(0, 1) = b, u(1,1)=cu(1, 1) = c surdétermine uu sauf si c=a+bc = a + b ; une application linéaire est libre sur une base, asservie partout ailleurs. Le rang n’est pas préservé par composition : il ne peut que chuter, rk(vu)min(rku,rkv)\operatorname{rk}(vu) \leq \min(\operatorname{rk} u, \operatorname{rk} v) (Exercice 20.4), la perte exacte étant mesurée dans l’Exercice 20.12.

Remarque 20.23 (Où ces applications mènent)

Les applications linéaires sont sur le point de devenir des matrices : une fois des bases fixées, le Chapitre 21 code tout uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) par un tableau rectangulaire, et la composition devient le produit matriciel — le théorème du rang gouverne alors la théorie des systèmes linéaires du Chapitre 22. Les projections reviennent au Chapitre 23 dans leur cas particulier le plus utile, la projection orthogonale, où le noyau est choisi perpendiculaire à l’image. Le devoir maison ci-dessous pousse l’algèbre des projecteurs aussi loin que les outils de première année le permettent, jusqu’au lemme de Fitting ; le volume de Licence 2 va plus loin avec la trace et la théorie des valeurs propres, pour laquelle les projecteurs sur des sous-espaces stables sont les briques de base.

Remarque 20.24 (Perspectives à l’intérieur du livre 3 : le théorème du rang trois fois de plus)

La loi de conservation dimE=dimkeru+rku\dim E = \dim\ker u + \operatorname{rk} u sera relue trois fois avant la fin du volume. Au Chapitre 22 elle devient la forme des ensembles de solutions : un système compatible à pp inconnues et de rang rr a un ensemble de solutions de dimension prp - r — une dimension de noyau déguisée. Au Chapitre 23 elle se scinde orthogonalement, dimF+dimF=dimE\dim F + \dim F^\perp = \dim E, et alimente tout calcul de distance. Dans le devoir maison du Chapitre 25, elle est la comptable des moindres carrés : nn observations, 22 paramètres ajustés, n2n - 2 dimensions de résidus, et l’identité de Pythagore b2=p2+bp2\norm b^2 = \norm p^2 + \norm{b - p}^2 est l’ombre euclidienne du théorème du rang. Un théorème, quatre costumes.

20.5 Exercices

Exercice 20.1

Quelles applications sont linéaires ?

  1. R2R2\R^2 \to \R^2, (x,y)(x+y,x2y)(x, y) \mapsto (x + y, x - 2y) ;
  2. R2R\R^2 \to \R, (x,y)xy(x, y) \mapsto xy ;
  3. R[X]R[X]\R[X] \to \R[X], PP+XPP \mapsto P' + XP ;
  4. F(R,R)R\mathcal{F}(\R,\R) \to \R, ff(3)f \mapsto f(3).
Solution

Solution de Exercice 20.1.

(1) Linéaire : les coordonnées sont des expressions linéaires. (2) Non linéaire : u(2(1,1))=42=2u(1,1)u(2(1,1)) = 4 \neq 2 = 2u(1,1). (3) Linéaire : la dérivation et la multiplication par XX le sont, et les sommes d’applications linéaires le sont. (4) Linéaire : l’évaluation respecte les opérations ponctuelles.

Exercice 20.2

Soit u ⁣:R3R3u \colon \R^3 \to \R^3, (x,y,z)(x+yz,  2x+y+z,  3x+2y)(x,y,z) \mapsto (x + y - z,\; 2x + y + z,\; 3x + 2y). Déterminer keru\ker u (base, dimension), rku\operatorname{rk} u, et une base de imu\operatorname{im} u. L’application uu est-elle injective ? surjective ?

Solution

Solution de Exercice 20.2.

Noyau : résolvons x+yz=0x + y - z = 0, 2x+y+z=02x + y + z = 0, 3x+2y=03x + 2y = 0. La troisième donne y=3x2y = -\frac{3x}{2} ; la première donne z=x+y=x2z = x + y = -\frac x2 ; vérifions dans la deuxième : 2x3x2x2=02x - \frac{3x}{2} - \frac x2 = 0 : c’est satisfait. Donc keru=Vect((2,3,1))\ker u = \operatorname{Vect}\bigl((2, -3, -1)\bigr) (en prenant x=2x = 2), de dimension 11.

Théorème du rang : rku=31=2\operatorname{rk} u = 3 - 1 = 2. Image : engendrée par les images de la base canonique, u(e1)=(1,2,3)u(e_1) = (1,2,3), u(e2)=(1,1,2)u(e_2) = (1,1,2), u(e3)=(1,1,0)u(e_3) = (-1,1,0) ; les deux premières sont libres, et le rang vaut 22 : base ((1,2,3),(1,1,2))\bigl((1,2,3), (1,1,2)\bigr).

Non injective (ker{0}\ker \neq \{0\}), non surjective (rang 2<32 < 3) : cohérent avec le Corollaire 20.9.

Exercice 20.3

Soit u ⁣:Rn[X]Rn[X]u \colon \R_n[X] \to \R_n[X], PPPP \mapsto P - P'. Démontrer que uu est un isomorphisme : une fois via keru\ker u, une fois en exhibant la réciproque (considérer P+P+P+P + P' + P'' + \dots).

Solution

Solution de Exercice 20.3.

Noyau : P=PP = P' force degP=degP\deg P = \deg P' sauf si P=0P = 0 ; or degP<degP\deg P' < \deg P pour P0P \neq 0 : donc keru={0}\ker u = \{0\}, et uu, endomorphisme injectif de Rn[X]\R_n[X] qui est de dimension finie, est un isomorphisme (Corollaire 20.9).

Réciproque : posons v(P)=P+P+P++P(n)v(P) = P + P' + P'' + \dots + P^{(n)} (somme finie sur Rn[X]\R_n[X]). Alors

v(u(P))=k=0n(PP)(k)=k=0nP(k)k=0nP(k+1)=PP(n+1)=P,v\bigl(u(P)\bigr) = \sum_{k=0}^{n} (P - P')^{(k)} = \sum_{k=0}^{n} P^{(k)} - \sum_{k=0}^{n} P^{(k+1)} = P - P^{(n+1)} = P ,

par télescopage, puisque P(n+1)=0P^{(n+1)} = 0. Donc v=u1v = u^{-1}.

Exercice 20.4

Soient uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) et vL(F,G)v \in \mathcal{L}(F, G), les espaces étant de dimension finie. Démontrer :

rk(vu)min(rku, rkv).\operatorname{rk}(v \circ u) \leq \min\bigl(\operatorname{rk} u,\ \operatorname{rk} v\bigr).
Solution

Solution de Exercice 20.4.

im(vu)=v(imu)imv\operatorname{im}(v \circ u) = v(\operatorname{im} u) \subseteq \operatorname{im} v : le rang est rkv\leq \operatorname{rk} v. Et vv restreinte à imu\operatorname{im} u a pour image im(vu)\operatorname{im}(vu) ; le théorème du rang appliqué dans imu\operatorname{im} u donne : rk(vu)dimimu=rku\operatorname{rk}(vu) \leq \dim\operatorname{im} u = \operatorname{rk} u.

Exercice 20.5 ★★

Soit uu un endomorphisme de EE (de dimension finie) avec u2=0u^2 = 0. Démontrer que imukeru\operatorname{im} u \subseteq \ker u, d’où rkudimE2\operatorname{rk} u \leq \frac{\dim E}{2}. Pour E=R2E = \R^2, donner un exemple où il y a égalité.

Solution

Solution de Exercice 20.5.

u2=0u^2 = 0 signifie u(u(x))=0u(u(x)) = 0 pour tout xx : tout u(x)u(x) est dans keru\ker u, c’est-à-dire imukeru\operatorname{im} u \subseteq \ker u. Puis le théorème du rang :

dimE=dimkeru+rku2rku.\dim E = \dim\ker u + \operatorname{rk} u \geq 2\operatorname{rk} u .

Exemple d’égalité dans R2\R^2 : u(x,y)=(y,0)u(x, y) = (y, 0) : u2=0u^2 = 0, rku=1=dimE2\operatorname{rk} u = 1 = \frac{\dim E}{2}.

Exercice 20.6 ★★

Soient p,qp, q des projections de EE avec pq=qpp \circ q = q \circ p. Démontrer que pqp \circ q est une projection, avec

im(pq)=impimq,ker(pq)=kerp+kerq.\operatorname{im}(pq) = \operatorname{im} p \cap \operatorname{im} q , \qquad \ker (pq) = \ker p + \ker q .
Solution

Solution de Exercice 20.6.

(pq)2=pqpq=ppqq=pq(pq)^2 = pqpq = ppqq = pq (commutation) : c’est une projection (Théorème 20.15).

Image : im(pq)imp\operatorname{im}(pq) \subseteq \operatorname{im} p, et =im(qp)imq= \operatorname{im}(qp) \subseteq \operatorname{im} q : elle est contenue dans l’intersection. Réciproquement, si ximpimqx \in \operatorname{im} p \cap \operatorname{im} q, alors p(x)=xp(x) = x et q(x)=xq(x) = x (les points fixes caractérisent l’image d’une projection), donc pq(x)=xpq(x) = x : xim(pq)x \in \operatorname{im}(pq).

Noyau : kerpker(qp)=ker(pq)\ker p \subseteq \ker(qp) = \ker(pq) et de même kerqker(pq)\ker q \subseteq \ker(pq) : la somme est contenue. Réciproquement, soit pq(x)=0pq(x) = 0, et écrivons

x=q(x)kerp+(xq(x))kerq:x = \underbrace{q(x)}_{\in\, \ker p} + \underbrace{(x - q(x))}_{\in\, \ker q} :

le premier terme vérifie p(q(x))=0p(q(x)) = 0, donc il est dans kerp\ker p ; le second est dans kerq\ker q puisque q(xq(x))=q(x)q2(x)=0q(x - q(x)) = q(x) - q^2(x) = 0. D’où xkerp+kerqx \in \ker p + \ker q.

Exercice 20.7 ★★

Soit uL(E)u \in \mathcal{L}(E), EE de dimension finie. Démontrer l’équivalence de :

  1. E=keruimuE = \ker u \oplus \operatorname{im} u ;
  2. keru=keru2\ker u = \ker u^2 ;
  3. imu=imu2\operatorname{im} u = \operatorname{im} u^2.
Solution

Solution de Exercice 20.7.

Remarquons d’abord les inclusions générales kerukeru2\ker u \subseteq \ker u^2 et imu2imu\operatorname{im} u^2 \subseteq \operatorname{im} u, et, par le théorème du rang, (2)     \iff (3) (noyaux égaux     \iff rangs égaux     \iff images égales, compte tenu des inclusions).

(1 \Rightarrow 2) : soit u2(x)=0u^2(x) = 0 ; alors u(x)keruimu={0}u(x) \in \ker u \cap \operatorname{im} u = \{0\}, donc xkerux \in \ker u.

(2 \Rightarrow 1) : par Grassmann et le théorème du rang, dim(keru+imu)=dimkeru+rkudim(keruimu)=dimEdim(keruimu)\dim(\ker u + \operatorname{im} u) = \dim\ker u + \operatorname{rk} u - \dim(\ker u \cap \operatorname{im} u) = \dim E - \dim(\ker u \cap \operatorname{im} u) : la somme vaut EE si et seulement si l’intersection est {0}\{0\}. Soit ykeruimuy \in \ker u \cap \operatorname{im} u : y=u(x)y = u(x) et u(y)=0u(y) = 0, donc u2(x)=0u^2(x) = 0, donc (par (2)) u(x)=0u(x) = 0 : y=0y = 0. D’où E=keruimuE = \ker u \oplus \operatorname{im} u.

Exercice 20.8 ★★

Soient φ,ψ\varphi, \psi des formes linéaires sur EE avec kerφkerψ\ker\varphi \subseteq \ker\psi. Démontrer que ψ=λφ\psi = \lambda\varphi pour un certain λK\lambda \in K (y compris dans les cas dégénérés).

Solution

Solution de Exercice 20.8.

Si φ=0\varphi = 0 : alors kerφ=Ekerψ\ker\varphi = E \subseteq \ker\psi force ψ=0=0φ\psi = 0 = 0\cdot\varphi. Si φ0\varphi \neq 0 : kerφ\ker\varphi est un hyperplan ; choisissons akerφa \notin \ker\varphi. Posons λ=ψ(a)φ(a)\lambda = \frac{\psi(a)}{\varphi(a)}. La forme ψλφ\psi - \lambda\varphi s’annule sur kerφ\ker\varphi (les deux formes s’y annulent, par l’inclusion) et en aa : elle s’annule sur kerφKa=E\ker\varphi \oplus Ka = E. Donc ψ=λφ\psi = \lambda\varphi.

Exercice 20.9 ★★★

Soit uL(E)u \in \mathcal{L}(E) avec dimE=n\dim E = n, et supposons un=0u^n = 0 mais un10u^{n-1} \neq 0 (un endomorphisme nilpotent maximal). Choisissons xx tel que un1(x)0u^{n-1}(x) \neq 0 ; démontrer que (x,u(x),,un1(x))\bigl(x, u(x), \dots, u^{n-1}(x)\bigr) est une base de EE. (Appliquer des puissances de uu à une combinaison nulle, en commençant par un1u^{n-1}.)

Solution

Solution de Exercice 20.9.

Supposons λ0x+λ1u(x)++λn1un1(x)=0\lambda_0 x + \lambda_1 u(x) + \dots + \lambda_{n-1} u^{n-1}(x) = 0. Appliquons un1u^{n-1} : tous les termes portant un facteur unu^{\geq n} meurent, ne laissant que λ0un1(x)=0\lambda_0 u^{n-1}(x) = 0, donc λ0=0\lambda_0 = 0. Appliquons un2u^{n-2} à la relation restante : λ1un1(x)=0\lambda_1 u^{n-1}(x) = 0, donc λ1=0\lambda_1 = 0 ; et ainsi de suite. La famille est libre ; étant de cardinal n=dimEn = \dim E, c’est une base (Proposition 19.8). (Dans cette base, uu agit comme un décalage — le modèle de la nilpotence maximale.)

Exercice 20.10 ★★★

Soit fL(Rn)f \in \mathcal{L}(\R^n) avec ff=idf \circ f = -\mathrm{id}.

  1. Démontrer que ff est un isomorphisme et qu’aucun x0x \neq 0 ne vérifie f(x)=λxf(x) = \lambda x avec λR\lambda \in \R.
  2. Démontrer que nn est pair. Indication : choisir x10x_1 \neq 0 ; montrer que Vect(x1,f(x1))\operatorname{Vect}(x_1, f(x_1)) est un plan stable par ff ; choisir x2x_2 hors de ce plan et itérer, en démontrant que (x1,f(x1),x2,f(x2),)\bigl(x_1, f(x_1), x_2, f(x_2), \dots\bigr) reste libre.
Solution

Solution de Exercice 20.10.

  1. ff=idf \circ f = -\mathrm{id} est bijective, donc ff l’est (Proposition 1.26 adaptée : ff admet l’inverse à droite et à gauche f-f). Si f(x)=λxf(x) = \lambda x avec x0x \neq 0 : en appliquant ff, x=λ2x-x = \lambda^2 x, donc λ2=1\lambda^2 = -1 : impossible dans R\R.
  2. Construisons la famille de proche en proche. Prenons x10x_1 \neq 0 : (x1,f(x1))(x_1, f(x_1)) est libre d’après (1). Si Vect\operatorname{Vect} de la famille courante (x1,f(x1),,xk,f(xk))\bigl(x_1, f(x_1), \dots, x_k, f(x_k)\bigr), notons-le VkV_k — un sous-espace stable par ff (chaque générateur est envoyé sur un autre générateur ou son opposé : f(f(xi))=xif(f(x_i)) = -x_i) — n’est pas EE tout entier, choisissons xk+1Vkx_{k+1} \notin V_k. Affirmation : la famille agrandie est libre. Supposons αxk+1+βf(xk+1)+v=0\alpha x_{k+1} + \beta f(x_{k+1}) + v = 0 avec vVkv \in V_k et (α,β)(0,0)(\alpha, \beta) \neq (0,0). Appliquons ff : αf(xk+1)βxk+1+f(v)=0\alpha f(x_{k+1}) - \beta x_{k+1} + f(v) = 0 avec f(v)Vkf(v) \in V_k. Éliminons f(xk+1)f(x_{k+1}) entre les deux relations (multiplions la première par α\alpha, la seconde par β-\beta, et ajoutons) :

    (α2+β2)xk+1Vk,(\alpha^2 + \beta^2)\, x_{k+1} \in V_k ,

    et α2+β20\alpha^2 + \beta^2 \neq 0 force xk+1Vkx_{k+1} \in V_k : contradiction. La construction se poursuit donc, en ajoutant des vecteurs deux par deux, jusqu’à ce que Vk=EV_k = E : la famille finale est une base de cardinal pair, et nn est pair.

Exercice 20.11 ★★

Soient u,vL(E,F)u, v \in \mathcal{L}(E, F), les espaces étant de dimension finie. Démontrer l’encadrement

rkurkv    rk(u+v)    rku+rkv.\abs{\operatorname{rk} u - \operatorname{rk} v} \;\leq\; \operatorname{rk}(u + v) \;\leq\; \operatorname{rk} u + \operatorname{rk} v .

(Pour la majoration, comparer im(u+v)\operatorname{im}(u+v) avec imu+imv\operatorname{im} u + \operatorname{im} v ; pour la minoration, appliquer astucieusement la majoration.)

Solution

Solution de Exercice 20.11.

Majoration : pour tout xx, (u+v)(x)=u(x)+v(x)imu+imv(u + v)(x) = u(x) + v(x) \in \operatorname{im} u + \operatorname{im} v, donc

rk(u+v)dim(imu+imv)rku+rkv\operatorname{rk}(u + v) \leq \dim(\operatorname{im} u + \operatorname{im} v) \leq \operatorname{rk} u + \operatorname{rk} v

(Grassmann, Théorème 19.18). Minoration : appliquons la majoration au couple (u+v,v)(u + v, -v), dont la somme est uu :

rkurk(u+v)+rk(v)=rk(u+v)+rkv,\operatorname{rk} u \leq \operatorname{rk}(u + v) + \operatorname{rk}(-v) = \operatorname{rk}(u + v) + \operatorname{rk} v,

donc rkurkvrk(u+v)\operatorname{rk} u - \operatorname{rk} v \leq \operatorname{rk}(u+v) ; en échangeant uu et vv on obtient la valeur absolue.

Exercice 20.12 ★★★

(Inégalité de Frobenius) Soient uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F), wL(F,G)w \in \mathcal{L}(F, G) et vL(G,H)v \in \mathcal{L}(G, H), tous les espaces étant de dimension finie. Démontrer la formule exacte

rk(vw)=rkwdim(kervimw),\operatorname{rk}(v \circ w) = \operatorname{rk} w - \dim\bigl(\ker v \cap \operatorname{im} w\bigr),

et en déduire l’inégalité de Frobenius

rk(vw)+rk(wu)    rkw+rk(vwu).\operatorname{rk}(v \circ w) + \operatorname{rk}(w \circ u) \;\leq\; \operatorname{rk} w + \operatorname{rk}(v \circ w \circ u) .

Vérifier que le cas w=idFw = \mathrm{id}_F est l’inégalité de Sylvester, démontrée sous forme matricielle dans l’Exercice 21.10.

Solution

Solution de Exercice 20.12.

Formule exacte. Soit vv' la restriction de vv au sous-espace imw\operatorname{im} w. Son image est v(w(F))=im(vw)v(w(F)) = \operatorname{im}(v \circ w), et son noyau est kervimw\ker v \cap \operatorname{im} w. Le théorème du rang pour vv' sur l’espace imw\operatorname{im} w :

rkw=dimimw=rk(vw)+dim(kervimw).\operatorname{rk} w = \dim\operatorname{im} w = \operatorname{rk}(v \circ w) + \dim(\ker v \cap \operatorname{im} w) .

Frobenius. Appliquons la formule exacte deux fois, à ww et à wuw \circ u :

rkwrk(vw)=dim(kervimw),rk(wu)rk(vwu)=dim(kervim(wu)).\operatorname{rk} w - \operatorname{rk}(vw) = \dim\bigl(\ker v \cap \operatorname{im} w\bigr), \qquad \operatorname{rk}(wu) - \operatorname{rk}(vwu) = \dim\bigl(\ker v \cap \operatorname{im}(wu)\bigr) .

Comme im(wu)imw\operatorname{im}(w \circ u) \subseteq \operatorname{im} w, la seconde intersection est contenue dans la première, et sa dimension n’est pas plus grande :

rk(wu)rk(vwu)    rkwrk(vw),\operatorname{rk}(wu) - \operatorname{rk}(vwu) \;\leq\; \operatorname{rk} w - \operatorname{rk}(vw) ,

ce qui se réarrange en l’inégalité de Frobenius. Avec w=idFw = \mathrm{id}_F (de rang dimF\dim F, et imidF=F\operatorname{im}\, \mathrm{id}_F = F) : rkv+rkudimF+rk(vu)\operatorname{rk} v + \operatorname{rk} u \leq \dim F + \operatorname{rk}(vu), l’inégalité de Sylvester — démontrée à nouveau, sous forme matricielle, dans l’Exercice 21.10.

20.6 Problème : calcul sur les projecteurs et lemme de Fitting

Problème 20.1

Les projections sont les endomorphismes que les sommes directes produisent, et réciproquement : toute identité E=F1FkE = F_1 \oplus \dots \oplus F_k est secrètement une famille de projecteurs de somme l’identité. Ce problème développe ce dictionnaire — l’algèbre d’un projecteur, de deux, de kk — puis applique les mêmes idées de stabilisation à un endomorphisme quelconque et démontre le lemme de Fitting : tout endomorphisme d’un espace de dimension finie se scinde en une partie nilpotente et une partie inversible. Dans tout ce qui suit, EE est un KK-espace vectoriel de dimension nn, et projecteur signifie pL(E)p \in \mathcal{L}(E) avec p2=pp^2 = p (Théorème 20.15).

Partie I — L’algèbre autour d’un projecteur. Soit pp un projecteur, p0p \neq 0, pidp \neq \mathrm{id}.

  1. Montrer que idp\mathrm{id} - p est un projecteur et identifier im(idp)\operatorname{im}(\mathrm{id} - p) et ker(idp)\ker(\mathrm{id} - p).
  2. Calculer (λid+μp)2(\lambda\,\mathrm{id} + \mu\,p)^2 et déterminer tous les couples (λ,μ)K2(\lambda, \mu) \in K^2 pour lesquels λid+μp\lambda\,\mathrm{id} + \mu\,p est un projecteur.
  3. Montrer que le plan Vect(id,p)\operatorname{Vect}(\mathrm{id}, p) de L(E)\mathcal{L}(E) est stable par composition, et que pour tout polynôme QK[X]Q \in K[X],

    Q(p)=Q(0)id+(Q(1)Q(0))p.Q(p) = Q(0)\,\mathrm{id} + \bigl(Q(1) - Q(0)\bigr)\,p .
  4. Déterminer pour quels (λ,μ)(\lambda, \mu) l’application λid+μp\lambda\,\mathrm{id} + \mu\,p est inversible, et donner son inverse sous la forme αid+βp\alpha\,\mathrm{id} + \beta\,p. Interpréter la réponse par l’action de λid+μp\lambda\,\mathrm{id} + \mu\,p sur imp\operatorname{im} p et sur kerp\ker p.
  5. Soit pp' un autre projecteur ayant la même image imp=imp\operatorname{im} p' = \operatorname{im} p. Montrer que pp=pp\,p' = p' et pp=pp'\,p = p. Que disent ces identités sur la composition de projections sur le même sous-espace parallèlement à des noyaux différents ?

Partie II — Deux projecteurs. Soient p,qp, q des projecteurs de EE ; on suppose la caractéristique différente de 22 (vrai pour K=R,CK = \R, \C).

  1. Supposons que p+qp + q soit un projecteur. En développant (p+q)2(p + q)^2, montrer que pq+qp=0pq + qp = 0 ; en composant avec pp à gauche, puis à droite, en déduire que pq=qppq = qp, et conclure que pq=qp=0pq = qp = 0.
  2. Réciproquement, supposons pq=qp=0pq = qp = 0. Montrer que p+qp + q est un projecteur, avec

    im(p+q)=impimq,ker(p+q)=kerpkerq.\operatorname{im}(p + q) = \operatorname{im} p \oplus \operatorname{im} q, \qquad \ker(p + q) = \ker p \cap \ker q .
  3. Montrer que pqp - q est un projecteur si et seulement si pq=qp=qpq = qp = q. (Appliquer les questions 6 et 7 à idp\mathrm{id} - p et qq.)
  4. Montrer la signification géométrique de pq=qp=qpq = qp = q : elle a lieu si et seulement si imqimp\operatorname{im} q \subseteq \operatorname{im} p et kerpkerq\ker p \subseteq \ker q. (On écrit alors qpq \leq p : « qq projette sur moins, parallèlement à plus ».)
  5. Supposons maintenant que pp et qq commutent. Rappelons, d’après l’Exercice 20.6, que pqpq est le projecteur sur impimq\operatorname{im} p \cap \operatorname{im} q parallèlement à kerp+kerq\ker p + \ker q. Montrer que r=p+qpqr = p + q - pq est un projecteur avec

    imr=imp+imq,kerr=kerpkerq.\operatorname{im} r = \operatorname{im} p + \operatorname{im} q, \qquad \ker r = \ker p \cap \ker q .

    (Considérer idr=(idp)(idq)\mathrm{id} - r = (\mathrm{id} - p)(\mathrm{id} - q).)

Partie III — Décompositions de l’identité.

  1. Soit E=F1FkE = F_1 \oplus \dots \oplus F_k et, pour x=x1++xkx = x_1 + \dots + x_k (décomposition unique, xiFix_i \in F_i), posons pi(x)=xip_i(x) = x_i. Montrer que chaque pip_i est un projecteur, que pipj=0p_i p_j = 0 pour iji \neq j, et que p1++pk=idp_1 + \dots + p_k = \mathrm{id} ; identifier impi\operatorname{im} p_i et kerpi\ker p_i.
  2. Réciproquement, soient p1,,pkL(E)p_1, \dots, p_k \in \mathcal{L}(E) vérifiant p1++pk=idp_1 + \dots + p_k = \mathrm{id} et pipj=0p_i p_j = 0 pour tous iji \neq j. Montrer que chaque pip_i est un projecteur et que E=imp1impkE = \operatorname{im} p_1 \oplus \dots \oplus \operatorname{im} p_k.
  3. Deux projecteurs avec p+q=idp + q = \mathrm{id} : montrer que pq=qp=0pq = qp = 0 est automatique.
  4. Trois projecteurs avec p+q+r=idp + q + r = \mathrm{id} : montrer que p+qp + q est un projecteur, et déduire de la question 6 que tous les produits deux à deux sont nuls — d’où E=impimqimrE = \operatorname{im} p \oplus \operatorname{im} q \oplus \operatorname{im} r, sans aucune hypothèse sur les produits.
  5. Pour kk projecteurs avec p1++pk=idp_1 + \dots + p_k = \mathrm{id} : montrer d’abord que, pour des sous-espaces quelconques, dim(F1++Fk)dimF1++dimFk\dim (F_1 + \dots + F_k) \leq \dim F_1 + \dots + \dim F_k, avec égalité si et seulement si la somme est directe ; montrer ensuite que E=imp1++impkE = \operatorname{im} p_1 + \dots + \operatorname{im} p_k, et démontrer que si de plus irkpin\sum_i \operatorname{rk} p_i \leq n, la somme est directe et pipj=0p_i p_j = 0 pour iji \neq j.

Partie IV — Noyaux itérés : le lemme de Fitting. Soit uL(E)u \in \mathcal{L}(E), dimE=n\dim E = n.

  1. Montrer les deux chaînes, valables pour tout k0k \geq 0 :

    kerukkeruk+1,imuk+1imuk.\ker u^k \subseteq \ker u^{k+1}, \qquad \operatorname{im} u^{k+1} \subseteq \operatorname{im} u^k .
  2. Montrer que si kerur=kerur+1\ker u^{r} = \ker u^{r+1} pour un certain rr, alors keruk=kerur\ker u^{k} = \ker u^{r} pour tout krk \geq r ; énoncer et démontrer la stabilisation analogue pour les images.
  3. En déduire qu’il existe un plus petit entier rr tel que kerur=kerur+1\ker u^{r} = \ker u^{r+1}, que rnr \leq n, et que les images se stabilisent au même rr.
  4. (Lemme de Fitting) Démontrer que

    E  =  kerurimur.E \;=\; \ker u^{r} \,\oplus\, \operatorname{im} u^{r} .
  5. Montrer que les deux sous-espaces sont stables par uu, que la restriction de uu à kerur\ker u^{r} est nilpotente, et que la restriction de uu à imur\operatorname{im} u^{r} est un isomorphisme de imur\operatorname{im} u^{r} : tout endomorphisme est, sur une somme directe canonique, « nilpotent plus inversible ».
  6. Soit π\pi le projecteur sur kerur\ker u^{r} parallèlement à imur\operatorname{im} u^{r}. Montrer que πu=uπ\pi \circ u = u \circ \pi.

Partie V — Un cas traité, et synthèse.

  1. Soit u(x,y,z)=(y,0,z)u(x, y, z) = (y, 0, z) sur R3\R^3. Calculer u2u^2 et u3u^3, déterminer l’indice de stabilisation rr, les sous-espaces kerur\ker u^{r} et imur\operatorname{im} u^{r}, le projecteur de Fitting π\pi, et vérifier sur les formules que πu=uπ\pi u = u\pi et que uu est nilpotente sur un facteur, bijective sur l’autre.
  2. Montrer les équivalences : uu nilpotente     \iff kerur=E\ker u^{r} = E     \iff π=id\pi = \mathrm{id} ; et en déduire qu’un endomorphisme nilpotent d’un espace de dimension nn vérifie toujours un=0u^{n} = 0 (l’indice de nilpotence ne dépasse jamais la dimension).
  3. (Unicité) Supposons E=ABE = A \oplus B avec A,BA, B stables par uu, la restriction uAu|_A nilpotente et uBu|_B bijective. Démontrer que A=kerurA = \ker u^{r} et B=imurB = \operatorname{im} u^{r} : la décomposition de Fitting est unique.
  4. Synthèse, en quatre phrases : quel dictionnaire la partie III établit entre sommes directes et familles de projecteurs ; pourquoi la question 14 n’a eu besoin d’aucune hypothèse sur les produits alors que la question 15 a eu besoin d’une hypothèse de rang (et quel outil de Licence 2, la trace, la supprime) ; en quel sens le lemme de Fitting est la version stabilisée de l’Exercice 20.7 ; et ce que deviennent les deux facteurs de Fitting dans la théorie des valeurs propres du volume de Licence 2. Nommer le théorème démontré dans la partie IV.
Solution

Solution de Problème 20.1.

1. (idp)2=id2p+p2=idp(\mathrm{id} - p)^2 = \mathrm{id} - 2p + p^2 = \mathrm{id} - p : c’est un projecteur. Si y=xp(x)y = x - p(x), alors p(y)=p(x)p2(x)=0p(y) = p(x) - p^2(x) = 0, et réciproquement xkerpx \in \ker p donne x=(idp)(x)x = (\mathrm{id} - p)(x) : im(idp)=kerp\operatorname{im}(\mathrm{id} - p) = \ker p. Et (idp)(x)=0    p(x)=x    ximp(\mathrm{id} - p)(x) = 0 \iff p(x) = x \iff x \in \operatorname{im} p (points fixes, Théorème 20.15) : ker(idp)=imp\ker(\mathrm{id} - p) = \operatorname{im} p.

2. (λid+μp)2=λ2id+(2λμ+μ2)p(\lambda\,\mathrm{id} + \mu p)^2 = \lambda^2\,\mathrm{id} + (2\lambda\mu + \mu^2)\,p. Le couple (id,p)(\mathrm{id}, p) est libre dans L(E)\mathcal{L}(E) : p=cidp = c\, \mathrm{id} donnerait c2=cc^2 = c, donc p=0p = 0 ou id\mathrm{id}, ce qui est exclu. En identifiant les coefficients, l’application est un projecteur si et seulement si λ2=λ\lambda^2 = \lambda et 2λμ+μ2=μ2\lambda\mu + \mu^2 = \mu. Pour λ=0\lambda = 0 : μ{0,1}\mu \in \{0, 1\}. Pour λ=1\lambda = 1 : μ2+μ=0\mu^2 + \mu = 0, μ{0,1}\mu \in \{0, -1\}. Exactement quatre projecteurs dans le plan : 00, pp, id\mathrm{id}, idp\mathrm{id} - p.

3. (λid+μp)(λid+μp)=λλid+(λμ+μλ+μμ)p(\lambda\,\mathrm{id} + \mu p)(\lambda'\,\mathrm{id} + \mu' p) = \lambda\lambda'\,\mathrm{id} + (\lambda\mu' + \mu\lambda' + \mu\mu')\,p : le plan est stable par composition. Puisque pk=pp^k = p pour tout k1k \geq 1, pour Q=kakXkQ = \sum_k a_k X^k :

Q(p)=a0id+(k1ak)p=Q(0)id+(Q(1)Q(0))p.Q(p) = a_0\,\mathrm{id} + \Bigl(\sum_{k \geq 1} a_k\Bigr) p = Q(0)\,\mathrm{id} + \bigl(Q(1) - Q(0)\bigr)\,p .

4. Sur imp\operatorname{im} p (où pp agit comme l’identité), λid+μp\lambda\,\mathrm{id} + \mu p multiplie par λ+μ\lambda + \mu ; sur kerp\ker p, par λ\lambda. Comme E=impkerpE = \operatorname{im} p \oplus \ker p, l’application est bijective si et seulement si λ0\lambda \neq 0 et λ+μ0\lambda + \mu \neq 0. En résolvant λα=1\lambda\alpha = 1, λβ+μα+μβ=0\lambda\beta + \mu\alpha + \mu\beta = 0 dans la règle de composition de la question 3 :

(λid+μp)1=1λidμλ(λ+μ)p,(\lambda\,\mathrm{id} + \mu p)^{-1} = \frac1\lambda\,\mathrm{id} - \frac{\mu}{\lambda(\lambda + \mu)}\,p ,

dont l’action est la multiplication par 1/λ1/\lambda sur kerp\ker p et par 1/(λ+μ)1/(\lambda + \mu) sur imp\operatorname{im} p, comme il se doit.

5. Écrivons F=imp=impF = \operatorname{im} p = \operatorname{im} p'. Pour tout xx, p(x)Fp'(x) \in F et pp fixe FF point par point : p(p(x))=p(x)p(p'(x)) = p'(x), c’est-à-dire pp=pp\,p' = p' ; symétriquement pp=pp'\,p = p. Lorsque deux projections partagent leur image, c’est celle qui est appliquée en premier qui décide : son résultat est déjà dans FF, où la projection extérieure agit comme l’identité et ne change rien.

6. (p+q)2=p2+pq+qp+q2=(p+q)+pq+qp(p + q)^2 = p^2 + pq + qp + q^2 = (p + q) + pq + qp, donc p+qp + q projecteur force pq+qp=0pq + qp = 0. Composons à gauche avec pp : pq+pqp=0pq + pqp = 0 ; à droite avec pp : pqp+qp=0pqp + qp = 0. Par soustraction, pq=qppq = qp ; alors pq+qp=2pq=0pq + qp = 2pq = 0 et la caractéristique n’est pas 22 : pq=qp=0pq = qp = 0.

7. Avec pq=qp=0pq = qp = 0, le même développement donne (p+q)2=p+q(p + q)^2 = p + q. Image : im(p+q)imp+imq\operatorname{im}(p + q) \subseteq \operatorname{im} p + \operatorname{im} q toujours. Réciproquement, pour ximpx \in \operatorname{im} p : q(x)=q(p(x))=0q(x) = q(p(x)) = 0, donc (p+q)(x)=p(x)=x(p + q)(x) = p(x) = x et xim(p+q)x \in \operatorname{im}(p+q) ; de même pour imq\operatorname{im} q. Somme directe : ximpimqx \in \operatorname{im} p \cap \operatorname{im} q donne x=p(x)=p(q(x))=0x = p(x) = p(q(x)) = 0. Noyau : si p(x)+q(x)=0p(x) + q(x) = 0, en appliquant pp on obtient p(x)+p(q(x))=p(x)=0p(x) + p(q(x)) = p(x) = 0, et en appliquant qq on obtient q(x)=0q(x) = 0 : ker(p+q)=kerpkerq\ker(p + q) = \ker p \cap \ker q (l’inclusion réciproque est claire).

8. pqp - q est un projecteur si et seulement si id(pq)=(idp)+q\mathrm{id} - (p - q) = (\mathrm{id} - p) + q en est un (question 1, deux fois). D’après les questions 6 et 7 appliquées aux projecteurs idp\mathrm{id} - p et qq, cela a lieu si et seulement si (idp)q=q(idp)=0(\mathrm{id} - p)q = q(\mathrm{id} - p) = 0, c’est-à-dire si et seulement si pq=qpq = q et qp=qqp = q.

9. pq=qpq = q signifie que pp fixe tout q(x)q(x), c’est-à-dire imqker(pid)=imp\operatorname{im} q \subseteq \ker(p - \mathrm{id}) = \operatorname{im} p. Et qp=qqp = q signifie q((idp)(x))=0q\bigl((\mathrm{id} - p)(x)\bigr) = 0 pour tout xx, c’est-à-dire que qq s’annule sur im(idp)=kerp\operatorname{im}(\mathrm{id} - p) = \ker p : kerpkerq\ker p \subseteq \ker q. Les deux étapes sont des équivalences : l’ordre qpq \leq p dit que qq projette sur une image plus petite, parallèlement à un noyau plus grand.

10. En développant, (idp)(idq)=idpq+pq=idr(\mathrm{id} - p)(\mathrm{id} - q) = \mathrm{id} - p - q + pq = \mathrm{id} - r. Les projecteurs idp\mathrm{id} - p et idq\mathrm{id} - q commutent, donc d’après l’Exercice 20.6 leur produit idr\mathrm{id} - r est le projecteur sur im(idp)im(idq)=kerpkerq\operatorname{im}(\mathrm{id} - p) \cap \operatorname{im}(\mathrm{id} - q) = \ker p \cap \ker q parallèlement à ker(idp)+ker(idq)=imp+imq\ker(\mathrm{id} - p) + \ker(\mathrm{id} - q) = \operatorname{im} p + \operatorname{im} q. D’après la question 1, r=id(idr)r = \mathrm{id} - (\mathrm{id} - r) est alors le projecteur avec imr=imp+imq\operatorname{im} r = \operatorname{im} p + \operatorname{im} q et kerr=kerpkerq\ker r = \ker p \cap \ker q.

11. pip_i est bien définie (unicité de la décomposition) et linéaire (la décomposition de x+λyx + \lambda y est la somme des décompositions, encore par unicité). Pour xiFix_i \in F_i la décomposition est xix_i lui-même, donc pi(xi)=xip_i(x_i) = x_i : pi2=pip_i^2 = p_i, et pj(xi)=0p_j(x_i) = 0 pour jij \neq i : pipj=0p_i p_j = 0 (pj(x)Fjp_j(x) \in F_j). En sommant les composantes, ipi=id\sum_i p_i = \mathrm{id}. Enfin impi=Fi\operatorname{im} p_i = F_i et kerpi=jiFj\ker p_i = \bigoplus_{j \neq i} F_j.

12. pi=piid=pijpj=pi2+jipipj=pi2p_i = p_i \circ \mathrm{id} = p_i\sum_j p_j = p_i^2 + \sum_{j \neq i} p_i p_j = p_i^2 : chaque pip_i est un projecteur. Tout x=id(x)=ipi(x)x = \mathrm{id}(x) = \sum_i p_i(x) est dans iimpi\sum_i \operatorname{im} p_i : les images somment à EE. Somme directe : supposons y1++yk=0y_1 + \dots + y_k = 0 avec yiimpiy_i \in \operatorname{im} p_i, donc pi(yi)=yip_i(y_i) = y_i. Appliquons pjp_j : pj(yi)=pjpi(yi)=0p_j (y_i) = p_j p_i (y_i) = 0 pour iji \neq j, donc 0=pj(yi)=yj0 = p_j\bigl(\sum y_i\bigr) = y_j, pour tout jj. D’où E=iimpiE = \bigoplus_i \operatorname{im} p_i.

13. q=idpq = \mathrm{id} - p, et la question 1 donne pq=pp2=0=qppq = p - p^2 = 0 = qp directement : pour deux projecteurs, sommer à l’identité force déjà l’orthogonalité du couple.

14. p+q=idrp + q = \mathrm{id} - r avec rr projecteur, et (idr)(\mathrm{id} - r) est un projecteur (question 1) : donc p+qp + q est un projecteur, et la question 6 donne pq=qp=0pq = qp = 0. Par symétrie (q+r=idpq + r = \mathrm{id} - p et p+r=idqp + r = \mathrm{id} - q), tous les produits deux à deux sont nuls, et la question 12 conclut : E=impimqimrE = \operatorname{im} p \oplus \operatorname{im} q \oplus \operatorname{im} r, automatiquement.

15. Lemme. Par récurrence avec Grassmann (Théorème 19.18) :

dim(F1++Fk)dim(F1++Fk1)+dimFkidimFi.\dim(F_1 + \dots + F_k) \leq \dim(F_1 + \dots + F_{k-1}) + \dim F_k \leq \dots \leq \sum_i \dim F_i .

Si le total est une égalité, chaque étape en est une : (F1++Fj1)Fj={0}(F_1 + \dots + F_{j-1}) \cap F_j = \{0\} pour tout jj, et une relation y1++yk=0y_1 + \dots + y_k = 0 (yiFiy_i \in F_i) s’effondre par la droite : yk(F1++Fk1)Fk={0}y_k \in (F_1 + \dots + F_{k-1}) \cap F_k = \{0\}, puis yk1=0y_{k-1} = 0, etc. : la somme est directe. Réciproquement, une somme directe a des dimensions additives (concaténer les bases). Application : x=ipi(x)x = \sum_i p_i(x) montre que E=iimpiE = \sum_i \operatorname{im} p_i, donc nirkpin \leq \sum_i \operatorname{rk} p_i ; l’hypothèse donne l’égalité, d’où le caractère direct. Produits : fixons jj et yimpjy \in \operatorname{im} p_j. Alors y=ipi(y)y = \sum_i p_i(y) avec pi(y)impip_i(y) \in \operatorname{im} p_i, tandis que y=yy = y est aussi une décomposition (la composante jj seule) ; l’unicité force pi(y)=0p_i(y) = 0 pour iji \neq j. Appliqué à y=pj(x)y = p_j(x) : pipj=0p_i p_j = 0.

16. Si uk(x)=0u^k(x) = 0 alors uk+1(x)=u(0)=0u^{k+1}(x) = u(0) = 0. Et imuk+1=uk(u(E))uk(E)=imuk\operatorname{im} u^{k+1} = u^k\bigl(u(E)\bigr) \subseteq u^k(E) = \operatorname{im} u^k.

17. Supposons kerur=kerur+1\ker u^{r} = \ker u^{r+1} et soit xkerur+2x \in \ker u^{r+2} : alors u(x)kerur+1=keruru(x) \in \ker u^{r+1} = \ker u^{r}, donc ur+1(x)=0u^{r+1}(x) = 0 : xkerur+1x \in \ker u^{r+1}. Avec la question 16, kerur+1=kerur+2\ker u^{r+1} = \ker u^{r+2}, et par récurrence tous les noyaux ultérieurs coïncident avec kerur\ker u^{r}. Pour les images : le théorème du rang donne dimimuk=ndimkeruk\dim\operatorname{im} u^k = n - \dim\ker u^k, donc les dimensions des images se figent exactement quand celles des noyaux le font, et, avec les inclusions de la question 16, des dimensions égales signifient des sous-espaces égaux (Théorème 19.14).

18. La suite (dimkeruk)k\bigl(\dim\ker u^k\bigr)_k est croissante à valeurs dans [ ⁣[0,n] ⁣]\intint{0}{n} ; elle ne peut pas croître strictement n+1n + 1 fois, donc dimkerur=dimkerur+1\dim\ker u^{r} = \dim\ker u^{r+1} pour un certain rnr \leq n, d’où kerur=kerur+1\ker u^{r} = \ker u^{r+1} (inclusion et dimensions égales). Prenons rr minimal ; la question 17 fige tout à partir de rr, images comprises.

19. Intersection : soit xkerurimurx \in \ker u^{r} \cap \operatorname{im} u^{r}, disons x=ur(y)x = u^{r}(y) avec ur(x)=0u^{r}(x) = 0. Alors u2r(y)=0u^{2r}(y) = 0, et keru2r=kerur\ker u^{2r} = \ker u^{r} (question 17), donc x=ur(y)=0x = u^{r}(y) = 0. Dimensions : le théorème du rang pour uru^{r} donne dimkerur+dimimur=n\dim\ker u^{r} + \dim\operatorname{im} u^{r} = n ; avec l’intersection triviale, Grassmann fait de la somme un sous-espace de dimension nn : E=kerurimurE = \ker u^{r} \oplus \operatorname{im} u^{r}.

20. Stabilité : ur(u(x))=u(ur(x))=0u^{r}(u(x)) = u(u^{r}(x)) = 0 pour xkerurx \in \ker u^{r} ; et u(ur(y))=ur(u(y))imuru(u^{r}(y)) = u^{r}(u(y)) \in \operatorname{im} u^{r}. Sur N=kerurN = \ker u^{r} : (uN)r=0(u|_N)^{r} = 0 par définition de NN : nilpotente. Sur I=imurI = \operatorname{im} u^{r} : ker(uI)=keruIkerurI={0}\ker(u|_I) = \ker u \cap I \subseteq \ker u^{r} \cap I = \{0\}, donc uIu|_I est un endomorphisme injectif de II qui est de dimension finie, donc bijectif (Corollaire 20.9).

21. Soit x=a+bx = a + b avec aNa \in N, bIb \in I. Alors u(x)=u(a)+u(b)u(x) = u(a) + u(b) avec u(a)Nu(a) \in N et u(b)Iu(b) \in I (question 20) : c’est là la décomposition de u(x)u(x), donc π(u(x))=u(a)=u(π(x))\pi(u(x)) = u(a) = u(\pi(x)) : πu=uπ\pi u = u\pi.

22. u2(x,y,z)=u(y,0,z)=(0,0,z)u^2(x,y,z) = u(y, 0, z) = (0, 0, z) et u3(x,y,z)=u(0,0,z)=(0,0,z)=u2(x,y,z)u^3(x,y,z) = u(0,0,z) = (0,0,z) = u^2(x,y,z). Noyaux : keru={y=z=0}=Vect(e1)\ker u = \{y = z = 0\} = \operatorname{Vect}(e_1), keru2={z=0}=Vect(e1,e2)\ker u^2 = \{z = 0\} = \operatorname{Vect}(e_1, e_2), keru3=keru2\ker u^3 = \ker u^2 : stabilisation à r=2r = 2. Images : imu=Vect(e1,e3)\operatorname{im} u = \operatorname{Vect}(e_1, e_3), imu2=Vect(e3)\operatorname{im} u^2 = \operatorname{Vect}(e_3). Fitting : R3=Vect(e1,e2)Vect(e3)\R^3 = \operatorname{Vect}(e_1, e_2) \oplus \operatorname{Vect}(e_3), et π(x,y,z)=(x,y,0)\pi(x, y, z) = (x, y, 0). Vérification : πu(x,y,z)=π(y,0,z)=(y,0,0)\pi u(x,y,z) = \pi(y, 0, z) = (y, 0, 0) et uπ(x,y,z)=u(x,y,0)=(y,0,0)u\pi(x,y,z) = u(x, y, 0) = (y, 0, 0) : égaux. Sur le premier facteur u(x,y,0)=(y,0,0)u(x, y, 0) = (y, 0, 0), dont le carré est 00 : nilpotente ; sur le second u(0,0,z)=(0,0,z)u(0,0,z) = (0,0,z) : l’identité, bijective.

23. Si um=0u^m = 0 alors kerum=E\ker u^m = E ; comme les noyaux sont figés à partir de rr, kerur=kerumax(m,r)=E\ker u^{r} = \ker u^{\max(m, r)} = E. Réciproquement kerur=E\ker u^{r} = E signifie ur=0u^{r} = 0. Et kerur=E    \ker u^{r} = E \iff le projecteur de Fitting est la projection sur EE parallèlement à {0}\{0\}, c’est-à-dire π=id\pi = \mathrm{id}. Enfin rnr \leq n (question 18) donne : tout endomorphisme nilpotent vérifie un=0u^{n} = 0 — l’indice de nilpotence ne dépasse jamais la dimension.

24. Soit mm un indice de nilpotence de uAu|_A : Akerumkerumax(m,r)=kerurA \subseteq \ker u^{m} \subseteq \ker u^{\max(m,r)} = \ker u^{r}. Comme uBu|_B est bijective, B=u(B)=uk(B)imukB = u(B) = u^{k}(B) \subseteq \operatorname{im} u^{k} pour tout kk, en particulier BimurB \subseteq \operatorname{im} u^{r}. Alors

n=dimA+dimBdimkerur+dimimur=n:n = \dim A + \dim B \leq \dim\ker u^{r} + \dim\operatorname{im} u^{r} = n :

les deux inclusions sont des égalités de dimensions, donc de sous-espaces : A=kerurA = \ker u^{r}, B=imurB = \operatorname{im} u^{r}.

25. (i) La partie III est un dictionnaire : les décompositions E=F1FkE = F_1 \oplus \dots \oplus F_k correspondent exactement aux familles de projecteurs avec pi=id\sum p_i = \mathrm{id} et pipj=0p_i p_j = 0, les FiF_i étant les images. (ii) Pour k=3k = 3 les compléments idpi\mathrm{id} - p_i sont eux-mêmes des projecteurs, ce qui a bouclé l’argument sans hypothèse supplémentaire ; pour un kk quelconque il faut irkpin\sum_i \operatorname{rk} p_i \leq n, inégalité que la trace de Licence 2 donne gratuitement (trp=rkp\operatorname{tr} p = \operatorname{rk} p pour un projecteur, et les traces s’additionnent pour donner trid=n\operatorname{tr} \mathrm{id} = n). (iii) L’Exercice 20.7 est le lemme de Fitting dans le cas déjà stabilisé r1r \leq 1 ; en général on laisse les chaînes de noyaux et d’images se figer, ce qui prend au plus nn étapes. (iv) Dans le volume de Licence 2, appliqué à uλidu - \lambda\, \mathrm{id}, le facteur nilpotent devient le sous-espace caractéristique associé à λ\lambda et les projecteurs de la partie III deviennent les projecteurs spectraux de la théorie de la réduction. Le théorème de la partie IV est le lemme de Fitting.