Pour P=∑akXk∈K[X], on pose P(u)=∑akuk∈L(E). L’application P↦P(u) est un morphisme d’algèbresK[X]→L(E) (Définition 1.33) ; son noyau {P:P(u)=0} est un idéal de K[X], non nul (la famille (id,u,…,un2) est liée dans L(E), de dimension n2), donc engendré par un unique polynôme unitaire μu : le polynôme minimal (Théorème 1.26).
Exemples
Exemple 3.13(Polynômes minimaux trouvés à la main)
Le polynôme minimal se calcule en testant les degrés successifs. Pour la matrice remplie de 1J∈M3(R) : J=λI (le degré 1 est exclu), et J2=3J, donc
μJ=X2−3X=X(X−3):
degré 2, scindé, racines simples — J est diagonalisable de spectre{0,3} (Corollaire 3.17 ci-dessous), ce qui confirme l’Exemple 2.19 sans un seul déterminant. Pour la matrice d’échange A de l’Exemple 3.15 : A=±I et A2=I donnent μA=X2−1. Dans les deux cas le schéma est le même : on devine une identité de bas degré à partir de la structure (le rang un force J2=(trJ)J ; une involution force A2=I), puis on vérifie qu’aucun diviseur propre n’annule. Les polynômes minimaux sont d’ordinaire trouvés, non calculés à partir de χ.
Exemple 3.15(Le lemme des noyaux avec projecteurs explicites)
Soit A=(010100001) (échange des deux premières coordonnées). Alors A2=I : le polynôme X2−1=(X−1)(X+1) annule A, ses facteurs sont premiers entre eux, et Bézout est explicite :
21(X+1)−21(X−1)=1.
En suivant la preuve du Théorème 3.14, les projections sur ker(A−I) et ker(A+I) sont les polynômes en A
Vérification : π++π−=I, π+π−=0, π±2=π±, et les images sont le plan {x=y} (vecteurs symétriques, valeur propre1) et la droite R(1,−1,0) (antisymétriques, valeur propre−1). Le lemme des noyaux n’est pas un énoncé d’existence : les coefficients de Bézout sont les formules des projecteurs.
Exemple 3.20(Minimal contre caractéristique)
Pour D=diag(2,2,3) : χD=(X−2)2(X−3) mais μD=(X−2)(X−3), puisque (D−2I)(D−3I)=0 (vérifier sur la base canonique) tandis qu’aucun facteur seul n’annule D. Pour le bloc de décalage N=(0010)⊕(3), c’est-à-dire N′=(000100003) : χN′=X2(X−3)etμN′=X2(X−3) — la racine double est véritablement nécessaire parce que N′ n’est pas diagonalisable du côté du noyau (N′e2=e1=0). Règle empirique : μ et χ partagent leurs racines (Proposition 3.12) ; la multiplicité dans μ mesure la taille du plus grand bloc nilpotent, celle dans χ la dimension totale du sous-espace caractéristique.