Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

1Ensembles et structures

Ce chapitre d’ouverture affûte les fondations posées dans le volume de première année pour en faire des outils de travail courants : le calcul des ensembles et des quotients, la comparaison des ensembles infinis (dénombrabilité, Cantor–Bernstein), et la théorie structurelle des groupes et des anneaux — le théorème de Lagrange, le groupe symétrique et sa signature, les idéaux et le théorème des restes chinois. Tout ici sert sans relâche dans la suite du livre : la signature construit le déterminant (Chapitre 2), les anneaux quotients font marcher l’arithmétique, et la dénombrabilité sous-tend à la fois la topologie et les probabilités.

1.1 Ensembles, applications, quotients

Nous utilisons librement le langage des ensembles, des applications et des relations d’équivalence et d’ordre mis en place dans le volume de première année. Deux améliorations méritent un énoncé en bonne et due forme.

Proposition 1.1 (Images et images réciproques de familles)

Soient f ⁣:EFf \colon E \to F et (Ai)iI(A_i)_{i \in I}, (Bj)jJ(B_j)_{j \in J} des familles de parties de EE, resp. FF. Alors

f1(jBj)=jf1(Bj),f1(jBj)=jf1(Bj),f1(FB)=Ef1(B),f^{-1}\Bigl(\bigcup_j B_j\Bigr) = \bigcup_j f^{-1}(B_j), \qquad f^{-1}\Bigl(\bigcap_j B_j\Bigr) = \bigcap_j f^{-1}(B_j), \qquad f^{-1}(F \setminus B) = E \setminus f^{-1}(B),
f(iAi)=if(Ai),f(iAi)if(Ai)(eˊgaliteˊ pour f injective).f\Bigl(\bigcup_i A_i\Bigr) = \bigcup_i f(A_i), \qquad f\Bigl(\bigcap_i A_i\Bigr) \subseteq \bigcap_i f(A_i) \quad (\text{égalité pour } f \text{ injective}).

Démonstration. Chaque identité s’obtient en déroulant les définitions ; par exemple xf1(Bj)    f(x)Bjx \in f^{-1}(\bigcap B_j) \iff f(x) \in B_j pour tout jj     xf1(Bj)\iff x \in f^{-1}(B_j) pour tout jj. Les identités sur les images et l’échec de l’égalité dans le cas de l’intersection (avec la correction par injectivité) ont été démontrés dans le volume de première année pour deux ensembles ; les arguments sont identiques pour des familles.

Exemple 1.2 (Où l’inclusion des images est stricte)

Prenons f ⁣:RRf \colon \R \to \R, f(x)=x2f(x) = x^2, avec A1=[1,0]A_1 = \intcc{-1}{0} et A2=[0,1]A_2 = \intcc{0}{1}. Alors

f(A1A2)=f({0})={0},f(A1)f(A2)=[0,1][0,1]=[0,1]:f(A_1 \cap A_2) = f(\{0\}) = \{0\}, \qquad f(A_1) \cap f(A_2) = \intcc{0}{1} \cap \intcc{0}{1} = \intcc{0}{1} :

l’inclusion de la Proposition 1.1 est aussi stricte que possible — les deux antécédents ±x\pm x d’une valeur commune vivent dans des AiA_i différents. L’injectivité est précisément ce qui interdit cette séparation, et c’est pourquoi les images réciproques (qui ne fusionnent jamais de points) vérifient les quatre identités sans condition, tandis que les images perdent celle sur les intersections. Règle empirique pour tout le livre : faites passer les images réciproques à travers les opérations ensemblistes librement ; maniez les images avec précaution.

Définition 1.3 (Ensemble quotient)

Soit R\mathcal{R} une relation d’équivalence sur EE. L’ensemble quotient E/RE/\mathcal{R} est l’ensemble des classes d’équivalence ; la surjection π ⁣:EE/R\pi \colon E \to E/\mathcal{R}, xcl(x)x \mapsto \mathrm{cl}(x), est la projection canonique.

Propriété universelle (factorisation) : si f ⁣:EFf \colon E \to F est compatible avec R\mathcal{R} (c.-à-d. xRy    f(x)=f(y)x \mathbin{\mathcal{R}} y \implies f(x) = f(y)), il existe une unique application f ⁣:E/RF\overline f \colon E/\mathcal{R} \to F telle que f=fπf = \overline f \circ \pi.

Démonstration de la propriété universelle. Unicité : la condition f=fπf = \overline f \circ \pi s’écrit

f(cl(x))=f(x)(xE),\overline f\bigl(\mathrm{cl}(x)\bigr) = f(x) \qquad (x \in E),

et comme π\pi est surjective, tout élément de E/RE/\mathcal{R} est un certain cl(x)\mathrm{cl}(x) : les valeurs de f\overline f sont toutes imposées. Existence : on prend la formule affichée comme définition de f\overline f ; elle est sans ambiguïté précisément grâce à la compatibilité — si cl(x)=cl(y)\mathrm{cl}(x) = \mathrm{cl}(y), alors xRyx \mathbin{\mathcal{R}} y, donc f(x)=f(y)f(x) = f(y) et les deux valeurs candidates coïncident — et elle factorise ff par construction. Noter le partage des tâches : la surjectivité de π\pi donne l’unicité, la compatibilité donne l’existence.

Exemple 1.4

Z/nZ\Z/n\Z est le quotient de Z\Z par la congruence modulo nn ; les vérifications de bonne définition du volume de première année étaient des cas particuliers de la propriété universelle. Les quotients transforment les « constructions compatibles sur les représentants » en applications véritables — nous nous en servons constamment ci-dessous.

1.2 Dénombrabilité et cardinalité

Définition 1.5 (Équipotence, dénombrabilité)

Deux ensembles sont équipotents lorsqu’une bijection les relie. Un ensemble est dénombrable lorsqu’il est équipotent à N\N (certains auteurs incluent les ensembles finis ; nous disons au plus dénombrable pour « fini ou dénombrable »).

Proposition 1.6 (Propriétés de stabilité)

  1. Toute partie infinie de N\N est dénombrable ; un ensemble est au plus dénombrable si et seulement s’il s’injecte dans N\N si et seulement s’il est vide ou image surjective de N\N.
  2. N×N\N \times \N est dénombrable ; un produit de deux ensembles au plus dénombrables est au plus dénombrable.
  3. Une union au plus dénombrable d’ensembles au plus dénombrables est au plus dénombrable.
  4. Z\Z et Q\Q sont dénombrables.

Démonstration. (1) Énumérons une partie infinie ANA \subseteq \N par minima successifs : a0=minAa_0 = \min A, ak+1=min(A{a0,,ak})a_{k+1} = \min\,(A \setminus \{a_0, \dots, a_k\}) (non vide car AA est infini) ; l’application kakk \mapsto a_k est strictement croissante, injective, et surjective sur AA (tout aAa \in A ne dépasse qu’un nombre fini d’éléments de AA, donc il est atteint). Si EE s’injecte dans N\N via φ\varphi, alors EE est équipotent à φ(E)N\varphi(E) \subseteq \N : fini ou dénombrable. Si s ⁣:NEs \colon \N \to E est surjective, alors xmins1({x})x \mapsto \min s^{-1}(\{x\}) injecte EE dans N\N.

(2) L’application (p,q)2p(2q+1)1(p, q) \mapsto 2^p(2q + 1) - 1 est une bijection N2N\N^2 \to \N (tout entier strictement positif possède une unique décomposition pair–impair 2pm2^p m avec mm impair, par unicité de la factorisation). Produits : composer les injections.

(3) Étant donné des ensembles EnE_n munis de surjections sn ⁣:NEns_n \colon \N \to E_n (sans dommage lorsque l’un des EnE_n est fini : on répète des valeurs), l’application (n,k)sn(k)(n, k) \mapsto s_n(k) est une surjection du dénombrable N2\N^2 sur En\bigcup E_n.

(4) Z=N(N)\Z = \N \cup (-\N^*) : union dénombrable. Q\Q est image surjective de Z×N\Z \times \N^* (l’application fraction), donc au plus dénombrable, et infini.

Exemple 1.7 (Une fonction de couplage, calculée)

La bijection (p,q)2p(2q+1)1(p, q) \mapsto 2^p(2q + 1) - 1 de la démonstration mérite d’être vue à l’œuvre. Ses premières valeurs :

q=0q=1q=2q=3q=4p=002468p=11591317p=2311192735p=3723395571\begin{array}{c|ccccc} & q = 0 & q = 1 & q = 2 & q = 3 & q = 4\\ \hline p = 0 & 0 & 2 & 4 & 6 & 8\\ p = 1 & 1 & 5 & 9 & 13 & 17\\ p = 2 & 3 & 11 & 19 & 27 & 35\\ p = 3 & 7 & 23 & 39 & 55 & 71 \end{array}

La ligne pp regroupe les entiers nn pour lesquels n+1n + 1 est exactement divisible par 2p2^p : tout entier naturel apparaît exactement une fois. Le décodage est aussi explicite que le codage : pour n=43n = 43, on factorise n+1=44=2211=22(25+1)n + 1 = 44 = 2^2\cdot 11 = 2^2(2\cdot5 + 1), d’où (p,q)=(2,5)(p, q) = (2, 5). L’idée à retenir : les démonstrations de dénombrabilité sont souvent des algorithmes déguisés — ici, « mettre les puissances de deux en facteur ».

Exemple 1.8 (Les nombres algébriques sont dénombrables)

Un nombre complexe est algébrique lorsqu’il annule un polynôme non nul à coefficients rationnels. L’ensemble Q\overline\Q des nombres algébriques est dénombrable : les polynômes de degré d\leq d sur Q\Q s’injectent dans Qd+1\Q^{d+1}, un produit fini d’ensembles dénombrables (Proposition 1.6 (2)) ; l’union sur dd énumère les polynômes rationnels non nuls en P0,P1,P2,P_0, P_1, P_2, \dots ; chaque PkP_k a un nombre fini de racines ; et

Q=kN {racines de Pk}\overline\Q = \bigcup_{k \in \N}\ \{\text{racines de } P_k\}

est une union dénombrable d’ensembles finis (Proposition 1.6 (3)), infinie car elle contient Q\Q. Combiné avec la non-dénombrabilité de R\R (Théorème 1.9 ci-dessous), cela prouve — sans en exhiber un seul — que les nombres transcendants existent et forment une majorité non dénombrable : l’argument de comptage de Cantor de 1874, l’existence par la seule cardinalité.

Théorème 1.9 (Cantor ; non-dénombrabilité de R\R)

  1. Pour tout ensemble EE, il n’existe pas de surjection EP(E)E \to \mathcal{P}(E).
  2. R\R n’est pas dénombrable.

Démonstration. (1) a été démontré dans le volume de première année (l’ensemble diagonal D={x:xf(x)}D = \{x : x \notin f(x)\}).

(2) Supposons que (xn)nN(x_n)_{n \in \N} énumère R\R. Construisons des segments emboîtés I0I1I_0 \supseteq I_1 \supseteq \dots avec In=3n\abs{I_n} = 3^{-n} et xnInx_n \notin I_n : on découpe le segment courant en trois tiers fermés ; au moins un tiers évite xnx_n (un point rencontre au plus deux des trois). Le théorème des segments emboîtés (bornes adjacentes) fournit nIn\ell \in \bigcap_n I_n ; mais =xN\ell = x_N pour un certain NN, et xNINx_N \notin I_N : contradiction.

Théorème 1.10 (Cantor–Bernstein)

Si EE s’injecte dans FF et FF s’injecte dans EE, alors EE et FF sont équipotents.

Démonstration. Soient f ⁣:EFf \colon E \to F et g ⁣:FEg \colon F \to E des injections. Pour chaque point (de EE ou de FF), suivons sa chaîne d’ancêtres d’images réciproques successives, xg1(x)f1(g1(x))x \mapsto g^{-1}(x) \mapsto f^{-1}(g^{-1}(x)) \mapsto \dots — chaque étape est définie tant que le point courant appartient à l’image de l’injection concernée, et est alors unique par injectivité. Trois sorts mutuellement exclusifs : la chaîne s’arrête en un point de Eg(F)E \setminus g(F) (origine dans EE), s’arrête en un point de Ff(E)F \setminus f(E) (origine dans FF), ou ne s’arrête jamais. Cela partitionne E=EEEFEE = E_E \cup E_F \cup E_\infty et F=FEFFFF = F_E \cup F_F \cup F_\infty selon l’origine.

Observons maintenant : ff envoie EEE_E sur FEF_E — la chaîne de f(x)f(x) est la chaîne de xx précédée d’une étape, donc les origines coïncident ; et tout yFEy \in F_E possède une chaîne d’au moins une étape (son origine est dans EE), donc y=f(x)y = f(x) avec xEEx \in E_E. Le même argument donne des bijections f ⁣:EFf \colon E_\infty \to F_\infty et g ⁣:FFEFg \colon F_F \to E_F. En recollant,

h(x)={f(x)si xEEE,g1(x)si xEF,h(x) = \begin{cases} f(x) & \text{si } x \in E_E \cup E_\infty,\\ g^{-1}(x) & \text{si } x \in E_F, \end{cases}

est une bijection de EE sur F=FEFFFF = F_E \cup F_\infty \cup F_F : elle est bijective par morceaux, et les trois morceaux d’arrivée sont disjoints.

Exemple 1.11

(0,1)\intoo{0}{1} et [0,1]\intcc{0}{1} sont équipotents : l’identité injecte dans un sens, xx+13x \mapsto \frac{x + 1}{3} dans l’autre ; le théorème fabrique la bijection (nécessairement discontinue). De même R\R, (0,1)\intoo{0}{1} (via des bijections de type tanh\tanh) et P(N)\mathcal{P}(\N) (développements binaires, Exercice 1.3) sont tous équipotents : « la puissance du continu ».

Exemple 1.12 (Le segment et le carré)

[0,1]\intcc{0}{1} et [0,1]2\intcc{0}{1}^2 sont équipotents — la dimension est invisible à la cardinalité. Une injection est triviale : x(x,0)x \mapsto (x, 0). Pour l’autre, on envoie (x,y)(x, y) sur le réel dont les chiffres décimaux entrelacent ceux de xx et yy,

(0.x1x2x3, 0.y1y2y3)    0.x1y1x2y2x3y3,(0.x_1x_2x_3\dots,\ 0.y_1y_2y_3\dots) \;\longmapsto\; 0.x_1y_1x_2y_2x_3y_3\dots,

en choisissant pour chaque coordonnée le développement qui ne se termine pas par une suite infinie de 99 : avec cette convention, les chiffres de l’image déterminent ceux de xx et de yy, donc l’application est injective (elle n’a pas besoin d’être surjective — les images n’ont, par exemple, jamais leurs chiffres de position impaire égaux à 99 à partir d’un certain rang — et cela ne pose pas de problème). Le théorème de Cantor–Bernstein (Théorème 1.10) assemble une véritable bijection. La continuité, bien sûr, est sans espoir : une bijection continue entre les deux est impossible — les chapitres de topologie métrique expliquent pourquoi (la connexité distingue la droite du plan, Chapitre 4).

1.3 Groupes

Définition 1.13 (Sous-groupe engendré ; ordre)

Soit GG un groupe et AGA \subseteq G. Le sous-groupe engendré par AA, noté A\langle A \rangle, est le plus petit sous-groupe contenant AA — concrètement, tous les produits finis d’éléments de AA et de leurs inverses. Un groupe est cyclique lorsqu’il est engendré par un seul élément : a={ak:kZ}\langle a\rangle = \{a^k : k \in \Z\}. L’ordre de aGa \in G est ord(a)=a\operatorname{ord}(a) = \abs{\langle a \rangle} (éventuellement infini) ; lorsqu’il est fini, c’est le plus petit n1n \geq 1 tel que an=ea^n = e, et ak=e    ord(a)ka^k = e \iff \operatorname{ord}(a) \mid k.

Démonstration de la caractérisation de l’ordre. S’il existe am=ea^m = e avec m1m \geq 1, soit n1n \geq 1 le plus petit tel que an=ea^n = e. Les éléments e,a,,an1e, a, \dots, a^{n-1} sont deux à deux distincts (ai=aja^{i} = a^{j} avec 0i<j<n0 \leq i < j < n donne aji=ea^{j-i} = e, contredisant la minimalité), et tout aka^k se ramène à l’un d’eux par division euclidienne k=nq+rk = nq + r : a\langle a\rangle a exactement nn éléments, et ak=ar=e    r=0    nka^k = a^r = e \iff r = 0 \iff n \mid k. Si aucune puissance n’est triviale, tous les aka^k (kZk \in \Z) sont distincts (même argument de division) et l’ordre est infini.

Théorème 1.14 (Lagrange)

Soit GG un groupe fini et HH un sous-groupe. Alors H\abs H divise G\abs G. En particulier, l’ordre de tout élément divise G\abs G, et aG=ea^{\abs G} = e pour tout aGa \in G.

Démonstration. La relation xy    x1yHx \sim y \iff x^{-1}y \in H est une équivalence (réflexive : eHe \in H ; symétrique : par les inverses ; transitive : par les produits). La classe de xx est la classe à gauche xH={xh:hH}xH = \{xh : h \in H\}, et hxhh \mapsto xh est une bijection HxHH \to xH (inverse yx1yy \mapsto x^{-1}y) : toutes les classes ont H\abs H éléments. Les classes partitionnent GG (le théorème général de partition du volume de première année), donc G=H×(nombre de classes)\abs G = \abs H \times (\text{nombre de classes}). Pour un élément : on applique ceci à H=aH = \langle a\rangle ; alors aG=(aorda)G/orda=ea^{\abs G} = (a^{\operatorname{ord} a})^{\abs G / \operatorname{ord} a} = e.

Exemple 1.15 (Les classes à l’œuvre : A3A_3 dans S3\mathfrak{S}_3)

Prenons G=S3G = \mathfrak{S}_3 (ordre 66) et H=A3={id, (123), (132)}H = A_3 = \{\mathrm{id},\ (1\,2\,3),\ (1\,3\,2)\}. Les classes à gauche sont

H={id, (123), (132)},(12)H={(12), (23), (13)}:H = \{\mathrm{id},\ (1\,2\,3),\ (1\,3\,2)\}, \qquad (1\,2)H = \{(1\,2),\ (2\,3),\ (1\,3)\} :

deux classes de trois éléments partitionnant GG, exactement comme l’exige le décompte G=H×(nombre de classes)\abs G = \abs H \times (\text{nombre de classes}) — et visiblement la partition en permutations paires et impaires. Noter que (13)H=(12)H(1\,3)H = (1\,2)H bien que (13)(12)(1\,3) \neq (1\,2) : les classes sont des classes, non repérées par leurs représentants, et x1yHx^{-1}y \in H est la seule comparaison légitime. Cette image à deux classes est celle qui vaut en général pour la signature : AnA_n et son unique classe compagne coupent Sn\mathfrak{S}_n en deux, ce qui est la façon dont le problème du week-end compte les positions du puzzle atteignables.

Exemple 1.16

Deux dividendes immédiats. Les groupes d’ordre premier sont cycliques : si G=p\abs G = p est premier et aea \neq e, alors ord(a)\operatorname{ord}(a) divise pp et n’est pas 11, donc vaut pp : a=G\langle a\rangle = G. Le treillis des sous-groupes de Z/12Z\Z/12\Z : d’après la Proposition 1.17 ci-dessous, il y a exactement un sous-groupe par diviseur de 1212 — d’ordres 1,2,3,4,6,121, 2, 3, 4, 6, 12, engendrés respectivement par 0\overline 0, 6\overline 6, 4\overline 4, 3\overline 3, 2\overline 2, 1\overline 1. La mise en garde finale : la réciproque de Lagrange est fausse en général — A4A_4 est d’ordre 1212 mais n’a pas de sous-groupe d’ordre 66, comme nous le démontrons dans le problème du week-end de ce chapitre (Problème 1.1, question 14). Lagrange restreint les ordres possibles ; il ne les garantit pas.

Le treillis des sous-groupes de ℤ/12ℤ : un sous-groupe par diviseur de 12 (), avec une arête lorsque l’un contient l’autre avec un indice premier. Les inclusions vont à rebours de la divisibilité du générateur : 4 ⊂eq 2 car 4 est un multiple de 2.
Le treillis des sous-groupes de Z/12Z\Z/12\Z : un sous-groupe par diviseur de 1212 (Proposition 1.17), avec une arête lorsque l’un contient l’autre avec un indice premier. Les inclusions vont à rebours de la divisibilité du générateur : 42\langle\overline 4\rangle \subseteq \langle\overline2\rangle car 44 est un multiple de 22.

Proposition 1.17 (Groupes cycliques)

Soit G=aG = \langle a \rangle cyclique d’ordre nn.

  1. GG est isomorphe à (Z/nZ,+)(\Z/n\Z, +), via kak\overline k \mapsto a^k.
  2. Tout sous-groupe de GG est cyclique ; pour chaque diviseur dnd \mid n il existe exactement un sous-groupe d’ordre dd, à savoir an/d\langle a^{n/d}\rangle.
  3. aka^k engendre GG si et seulement si gcd(k,n)=1\gcd(k, n) = 1 : GG a φ(n)\varphi(n) générateurs (indicatrice d’Euler).

Démonstration. (1) L’application kakk \mapsto a^k de Z\Z sur GG est compatible avec la congruence modulo nn (ak=ak    nkka^{k} = a^{k'} \iff n \mid k - k', par la caractérisation de l’ordre) ; la propriété universelle (Définition 1.3) fournit un morphisme bijectif bien défini depuis Z/nZ\Z/n\Z.

(2) Soit HGH \leq G non trivial et mm le plus petit 1\geq 1 tel que amHa^m \in H. La division euclidienne montre H=amH = \langle a^m\rangle (pour akHa^k \in H : k=mq+rk = mq + r force arHa^r \in H, donc r=0r = 0), et mnm \mid n (on divise nn par mm : anmodmHa^{n \bmod m} \in H). Alors H=n/m\abs H = n/m ; prendre m=n/dm = n/d réalise chaque diviseur dd. Unicité : tout sous-groupe d’ordre dd est, d’après ce qui précède, de la forme am\langle a^m \rangle avec n/m=dn/m = d — donc m=n/dm = n/d est imposé et le sous-groupe est déterminé.

(3) Nous affirmons que ord(ak)=ngcd(k,n)\operatorname{ord}(a^k) = \frac{n}{\gcd(k, n)}. Posons d=gcd(k,n)d = \gcd(k, n). Pour tout m1m \geq 1, la caractérisation de l’ordre de la Définition 1.13 donne la chaîne d’équivalences

(ak)m=e    nkm    ndkdm    ndm,(a^k)^m = e \iff n \mid km \iff \frac{n}{d} \,\Big|\, \frac{k}{d}\,m \iff \frac{n}{d} \,\Big|\, m ,

la dernière étape par le lemme de Gauss, puisque nd\frac nd et kd\frac kd sont premiers entre eux. Le plus petit tel mm est nd\frac nd : ord(ak)=ngcd(k,n)\operatorname{ord}(a^k) = \frac n{\gcd(k,n)}, qui vaut nn si et seulement si gcd(k,n)=1\gcd(k, n) = 1. Il y a φ(n)\varphi(n) telles classes kk modulo nn.

1.4 Le groupe symétrique

Définition 1.18

Sn\mathfrak{S}_n est le groupe des permutations de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint{1}{n} (d’ordre n!n!). Un cycle (a1a2ak)(a_1\,a_2\,\cdots\,a_k) envoie a1a2aka1a_1 \mapsto a_2 \mapsto \dots \mapsto a_k \mapsto a_1 et fixe tout le reste ; kk est sa longueur, un 22-cycle est une transposition. Deux cycles sont disjoints lorsque leurs supports (points non fixes) le sont.

Théorème 1.19 (Décomposition en cycles)

Toute permutation σid\sigma \neq \mathrm{id} est un produit de cycles deux à deux disjoints, de manière unique à l’ordre des facteurs près. Des cycles disjoints commutent, et ord(σ)\operatorname{ord}(\sigma) est le ppcm des longueurs.

Démonstration. Considérons la relation d’« orbite » sur le support de σ\sigma : xyx \sim y si et seulement si y=σk(x)y = \sigma^k(x) pour un certain kZk \in \Z — une relation d’équivalence. Chaque classe {x,σ(x),,σk1(x)}\{x, \sigma(x), \dots, \sigma^{k-1}(x)\} (finie, donc les itérées bouclent — la première répétition doit revenir à xx par injectivité) porte le cycle (x σ(x)  σk1(x))(x\ \sigma(x)\ \cdots\ \sigma^{k-1}(x)), et σ\sigma est le produit de ces cycles : sur chaque orbite, seul le cycle correspondant agit. Unicité : toute factorisation en cycles disjoints reproduit exactement les orbites (le cycle passant par xx doit être (x σ(x) )(x\ \sigma(x)\ \cdots)). Des cycles disjoints commutent puisqu’ils déplacent des points disjoints ; l’énoncé sur l’ordre s’ensuit car σm=id\sigma^m = \mathrm{id} si et seulement si la puissance mm-ième de chaque cycle l’est (disjonction), si et seulement si chaque longueur divise mm.

Exemple 1.20 (Le type de cycle comme recensement)

Combien de permutations de S9\mathfrak{S}_9 ont le type de cycle (4,3,2)(4, 3, 2) — un 44-cycle, un 33-cycle, une transposition ? On choisit les supports et les ordres cycliques :

9!432=36288024=15120:\frac{9!}{4\cdot 3\cdot 2} = \frac{362\,880}{24} = 15\,120 :

on aligne les neuf symboles en ligne (9!9! façons), on regroupe les quatre premiers, les trois suivants, les deux derniers en cycles, et on divise par les rotations à l’intérieur de chaque groupe (44, 33 et 22 respectivement) qui donnent la même permutation. (Ici les longueurs des cycles sont distinctes, donc pas d’autre division ; des longueurs égales exigeraient aussi de diviser par les permutations des groupes de même taille.) Toute telle permutation est d’ordre lcm(4,3,2)=12\operatorname{lcm}(4,3,2) = 12 et de signature (1)3(1)2(1)1=+1(-1)^3(-1)^2(-1)^1 = +1 (Théorème 1.19 et le théorème de la signature ci-dessous). Une partition de 99, une classe de conjugaison, un recensement — la combinatoire de Sn\mathfrak{S}_n est l’arithmétique des partitions.

Théorème 1.21 (Signature)

Il existe exactement un morphisme de groupes ε ⁣:Sn{±1}\varepsilon \colon \mathfrak{S}_n \to \{\pm 1\} (pour n2n \geq 2) prenant la valeur 1-1 sur les transpositions : la signature. De plus ε(σ)=(1)I(σ)\varepsilon(\sigma) = (-1)^{I(\sigma)}I(σ)I(\sigma) est le nombre d’inversions (paires i<ji < j avec σ(i)>σ(j)\sigma(i) > \sigma(j)), un kk-cycle a pour signature (1)k1(-1)^{k-1}, et le groupe alterné An=kerεA_n = \ker\varepsilon est d’ordre n!2\frac{n!}{2}.

Démonstration. Existence. Pour σSn\sigma \in \mathfrak{S}_n posons

ε(σ)=1i<jnσ(j)σ(i)ji.\varepsilon(\sigma) = \prod_{1 \leq i < j \leq n} \frac{\sigma(j) - \sigma(i)}{j - i} .

Les valeurs absolues des facteurs se multiplient en 11 (les paires non ordonnées {σ(i),σ(j)}\{\sigma(i), \sigma(j)\} parcourent toutes les paires), donc ε(σ)=(1)I(σ){±1}\varepsilon(\sigma) = (-1)^{I(\sigma)} \in \{\pm1\}. Morphisme : pour σ,τ\sigma, \tau,

ε(στ)=i<jσ(τ(j))σ(τ(i))ji=i<jσ(τ(j))σ(τ(i))τ(j)τ(i)i<jτ(j)τ(i)ji=ε(σ)ε(τ),\varepsilon(\sigma\tau) = \prod_{i<j} \frac{\sigma(\tau(j)) - \sigma(\tau(i))}{j - i} = \prod_{i<j} \frac{\sigma(\tau(j)) - \sigma(\tau(i))}{\tau(j) - \tau(i)} \cdot \prod_{i<j} \frac{\tau(j) - \tau(i)}{j - i} = \varepsilon(\sigma)\,\varepsilon(\tau),

le produit du milieu valant ε(σ)\varepsilon(\sigma) après réindexation par les paires {τ(i),τ(j)}\{\tau(i), \tau(j)\} (chaque paire non ordonnée apparaît une fois, et numérateur et dénominateur changent de signe ensemble). Une transposition τ=(ab)\tau = (a\,b) avec a<ba < b a un nombre impair d’inversions ; comptées exactement : les paires inversées (i,j)(i, j), i<ji < j, avec τ(i)>τ(j)\tau(i) > \tau(j) sont

(a,j) pour a<j<b,(i,b) pour a<i<b,(a,b) elle-meˆme,(a, j) \ \text{pour } a < j < b, \qquad (i, b) \ \text{pour } a < i < b, \qquad (a, b) \ \text{elle-même},

soit (ba1)+(ba1)+1=2(ba)1(b - a - 1) + (b - a - 1) + 1 = 2(b - a) - 1 d’entre elles, un nombre impair. (Autrement : vérifier (12)(1\,2) directement, avec une inversion, et conjuguer — les conjugués ont même signature puisque ε\varepsilon est un morphisme vers un groupe abélien.) Donc ε((ab))=(1)2(ba)1=1\varepsilon((a\,b)) = (-1)^{2(b-a)-1} = -1.

Unicité. Les transpositions engendrent Sn\mathfrak{S}_n (tout cycle (a1ak)=(a1ak)(a1ak1)(a1a2)(a_1\cdots a_k) = (a_1\,a_k)(a_1\,a_{k-1})\cdots(a_1\,a_2), et le Théorème 1.19 conclut) ; un morphisme vers {±1}\{\pm1\} est déterminé par ses valeurs sur des générateurs.

Conséquences. L’identité sur les cycles ci-dessus écrit un kk-cycle comme k1k - 1 transpositions : signature (1)k1(-1)^{k-1}. AnA_n : le morphisme ε\varepsilon est surjectif (des transpositions existent pour n2n \geq 2), et les deux « classes » AnA_n et (12)An(1\,2)A_n sont équipotentes et partitionnent Sn\mathfrak{S}_n (argument de Lagrange) : An=n!2\abs{A_n} = \frac{n!}{2}.

Exemple 1.22

σ=(123456365412)=(135)(26)\sigma = \begin{pmatrix} 1&2&3&4&5&6\\ 3&6&5&4&1&2 \end{pmatrix} = (1\,3\,5)(2\,6) : ordre lcm(3,2)=6\operatorname{lcm}(3,2) = 6, signature (1)2(1)1=1(-1)^{2}\cdot(-1)^{1} = -1. La signature est le test de parité le plus rapide sur les battages — et le moteur du déterminant au Chapitre 2.

Exemple 1.23 (Trois chemins vers un même signe)

Soit σS5\sigma \in \mathfrak{S}_5 envoyant 1,2,3,4,51, 2, 3, 4, 5 sur 3,5,4,1,23, 5, 4, 1, 2. Par les cycles : 13411 \mapsto 3 \mapsto 4 \mapsto 1 et 2522 \mapsto 5 \mapsto 2, donc σ=(134)(25)\sigma = (1\,3\,4)(2\,5) et ε(σ)=(1)2(1)1=1\varepsilon(\sigma) = (-1)^{2}(-1)^{1} = -1. Par les inversions : dans la liste de valeurs 3,5,4,1,23, 5, 4, 1, 2 les paires en désordre sont (3,1)(3,1), (3,2)(3,2), (5,4)(5,4), (5,1)(5,1), (5,2)(5,2), (4,1)(4,1), (4,2)(4,2) : sept d’entre elles, et (1)7=1(-1)^7 = -1. Par les transpositions : σ=(14)(13)(25)\sigma = (1\,4)(1\,3)(2\,5), trois facteurs, (1)3=1(-1)^3 = -1. Trois calculs, une parité : l’unicité dans le Théorème 1.21 garantit qu’aucun schéma de comptabilité ne peut jamais les faire diverger — ce qui est exactement ce qui rend ε\varepsilon utilisable comme invariant (voir le problème du week-end).

Remarque 1.24 (Ce que devient la signature par la suite)

La signature est la graine de trois récoltes ultérieures : elle construit le déterminant et sa règle de produit au Chapitre 2 ; elle alimente des invariants de parité pour des casse-têtes combinatoires (le problème du week-end de ce chapitre résout le taquin grâce à elle) ; et les groupes alternés AnA_n qu’elle définit deviennent centraux dans le volume de troisième année, où leur simplicité pour n5n \geq 5 explique pourquoi les équations de degré 55 n’ont pas de solution par radicaux.

1.5 Anneaux, idéaux, quotients

Définition 1.25 (Idéal)

Soit AA un anneau commutatif. Un idéal IAI \subseteq A est un sous-groupe additif tel que axIa x \in I pour tout aAa \in A, xIx \in I. Les noyaux de morphismes d’anneaux sont des idéaux ; I=AI = A si et seulement si 1I1 \in I si et seulement si II contient un inversible. L’idéal engendré par xx est xA={xa}xA = \{xa\} (un idéal principal).

Théorème 1.26 (Idéaux de Z\Z et de K[X]K[X])

Tout idéal de Z\Z est nZn\Z pour un unique nNn \in \N ; tout idéal de K[X]K[X] (KK un corps) est PK[X]P\,K[X] pour un unique PP unitaire (ou nul). Par conséquent, les pgcd existent dans les deux anneaux avec des relations de Bézout : xZ+yZ=gcd(x,y)Zx\Z + y\Z = \gcd(x,y)\Z, et de même pour les polynômes.

Démonstration. Pour Z\Z c’était le théorème des sous-groupes du volume de première année (un idéal est en particulier un sous-groupe, et nZn\Z est un idéal). Pour K[X]K[X] : soit I{0}I \neq \{0\} un idéal et PIP \in I non nul de degré minimal, normalisé unitaire. Pour FIF \in I, la division euclidienne F=PQ+RF = PQ + R donne R=FPQIR = F - PQ \in I avec degR<degP\deg R < \deg P : la minimalité force R=0R = 0, donc I=PK[X]I = P\,K[X]. Unicité : deux générateurs unitaires se divisent mutuellement. Les énoncés de Bézout sont l’égalité de l’idéal xZ+yZx\Z + y\Z (resp. son analogue polynomial) avec l’idéal principal du pgcd — la définition même du pgcd utilisée en première année, reconnue maintenant comme un énoncé sur les idéaux.

Exemple 1.27 (Un pgcd de polynômes, de deux façons)

Calculons gcd(X31, X21)\gcd(X^3 - 1,\ X^2 - 1) dans Q[X]\Q[X]. Par Euclide :

X31=X(X21)+(X1),X21=(X+1)(X1)+0,X^3 - 1 = X\,(X^2 - 1) + (X - 1), \qquad X^2 - 1 = (X + 1)(X - 1) + 0 ,

donc le pgcd est X1X - 1, et la remontée donne la relation de Bézout

X1=1(X31)X(X21).X - 1 = 1\cdot(X^3 - 1) - X\cdot(X^2 - 1).

Par les idéaux : l’idéal (X31)Q[X]+(X21)Q[X](X^3 - 1)\Q[X] + (X^2 - 1)\Q[X] est principal (Théorème 1.26) ; il contient X1X - 1 (la formule affichée) et est contenu dans (X1)Q[X](X - 1)\Q[X] (les deux générateurs s’annulent en 11, donc sont multiples de X1X - 1) : le générateur unitaire est X1X - 1. L’idée à retenir : le point de vue des idéaux identifie le pgcd sans diviser — les racines communes localisent l’idéal, et Euclide ne fait que le certifier.

Définition 1.28 (Anneau quotient Z/nZ\Z/n\Z, revisité)

Pour un idéal II de AA, la relation xy    xyIx \sim y \iff x - y \in I est une équivalence compatible avec ++ et ×\times ; l’ensemble quotient A/IA/I hérite d’une structure d’anneau — l’anneau quotient — faisant de π ⁣:AA/I\pi \colon A \to A/I un morphisme de noyau II. Pour A=ZA = \Z, I=nZI = n\Z c’est le Z/nZ\Z/n\Z du volume de première année, désormais muni de sa propriété universelle : tout morphisme annulant II se factorise à travers A/IA/I.

Théorème 1.29 (Théorème des restes chinois, forme anneau)

Si gcd(m,n)=1\gcd(m, n) = 1, l’application

Z/mnZZ/mZ×Z/nZ,x(xmodm,  xmodn)\Z/mn\Z \longrightarrow \Z/m\Z \times \Z/n\Z, \qquad \overline{x} \longmapsto (x \bmod m,\; x \bmod n)

est un isomorphisme d’anneaux. Par conséquent φ(mn)=φ(m)φ(n)\varphi(mn) = \varphi(m)\varphi(n) pour m,nm, n premiers entre eux, et

φ(n)=npn(11p)(p premier).\varphi(n) = n \prod_{p \mid n} \Bigl(1 - \frac 1p\Bigr) \quad (p \text{ premier}).

Démonstration. L’application est un morphisme d’anneaux bien défini (les compatibilités sont immédiates). Injectivité : x0x \equiv 0 modulo mm et modulo nn avec gcd(m,n)=1\gcd(m,n) = 1 force mnxmn \mid x (Gauss). Surjectivité : les deux membres ont mnmn éléments, donc l’injectivité suffit (cardinaux finis égaux) — ou explicitement : à partir d’une relation de Bézout um+vn=1um + vn = 1, la classe de

x=bum+avnx = b\,um + a\,vn

s’envoie sur (amodm, bmodn)(a \bmod m,\ b \bmod n), puisque vn=1um1(modm)vn = 1 - um \equiv 1 \pmod m fait que xa(modm)x \equiv a \pmod m, et symétriquement modulo nn — la recette utilisée numériquement dans l’Exemple 1.30. Les inversibles correspondent aux couples d’inversibles (les inversibles d’un anneau produit sont les couples d’inversibles), donc φ(mn)=φ(m)φ(n)\varphi(mn) = \varphi(m)\varphi(n). Pour une puissance de premier, φ(pk)=pkpk1\varphi(p^k) = p^k - p^{k-1} (les non-inversibles modulo pkp^k sont les multiples de pp) ; la multiplicativité assemble la formule du produit.

Exemple 1.30 (Inverser l’isomorphisme chinois)

Prenons m=8m = 8, n=9n = 9. L’inverse de l’isomorphisme est rendu explicite par les deux idempotents : on cherche u1(mod8)u \equiv 1 \pmod 8, u0(mod9)u \equiv 0 \pmod 9 et v0(mod8)v \equiv 0 \pmod 8, v1(mod9)v \equiv 1 \pmod 9. De u=9k1(mod8)u = 9k \equiv 1 \pmod 8 : k1k \equiv 1, donc u=9u = 9 ; de v=8k1(mod9)v = 8k \equiv 1 \pmod 9 : k1-k \equiv 1, k8k \equiv 8, donc v=64v = 64. Alors la classe de x=9a+64bx = 9a + 64b modulo 7272 est l’unique solution de xa(mod8)x \equiv a \pmod 8, xb(mod9)x \equiv b \pmod 9 : pour a=3a = 3, b=5b = 5 on obtient 27+320=34759(mod72)27 + 320 = 347 \equiv 59 \pmod{72} — exactement la valeur intermédiaire trouvée par substitution dans l’Exercice 1.8. L’idée à retenir : uu et vv vérifient u+v1u + v \equiv 1, uv0uv \equiv 0, u2uu^2 \equiv u, v2vv^2 \equiv v modulo 7272 ; ce sont les images de (1,0)(1, 0) et (0,1)(0, 1), et toute décomposition chinoise est au fond une décomposition de 11 en idempotents orthogonaux.

Théorème 1.31 (Euler ; Fermat revisité)

Les inversibles de Z/nZ\Z/n\Z forment un groupe d’ordre φ(n)\varphi(n) ; d’où pour gcd(a,n)=1\gcd(a, n) = 1 :

aφ(n)1(modn)(theˊoreˋme d’Euler),a^{\varphi(n)} \equiv 1 \pmod n \qquad (\text{théorème d'Euler}),

et le petit théorème de Fermat est le cas n=pn = p premier, désormais à une ligne de Lagrange.

Démonstration. Les classes inversibles sont exactement celles des entiers premiers à nn (volume de première année) : au nombre de φ(n)\varphi(n), formant un groupe pour la multiplication. Lagrange (Théorème 1.14) : tout élément à la puissance de l’ordre du groupe est l’identité.

Exemple 1.32 (Un groupe d’inversibles sans générateur)

Le groupe (Z/15Z)(\Z/15\Z)^* a φ(15)=φ(3)φ(5)=8\varphi(15) = \varphi(3)\varphi(5) = 8 éléments. Est-il cyclique ? Calculons les ordres à l’aide de l’isomorphisme chinois (Z/15Z)(Z/3Z)×(Z/5Z)(\Z/15\Z)^* \simeq (\Z/3\Z)^* \times (\Z/5\Z)^* (un inversible modulo 1515 est un couple d’inversibles) : les facteurs ont pour ordres 22 et 44, donc l’ordre de tout élément divise lcm(2,4)=4<8\operatorname{lcm}(2, 4) = 4 < 8 — aucun élément n’engendre. Concrètement :

24=161,42=161,741,112=1211,1421(mod15):2^4 = 16 \equiv 1, \qquad 4^2 = 16 \equiv 1, \qquad 7^4 \equiv 1, \qquad 11^2 = 121 \equiv 1, \qquad 14^2 \equiv 1 \pmod{15} :

des ordres 4,2,4,2,24, 2, 4, 2, 2 et jamais 88. À comparer avec l’Exercice 1.10 : (Z/pZ)(\Z/p\Z)^* est cyclique pour pp premier, car là le groupe des inversibles siège dans un corps. Le théorème d’Euler s’applique toujours avec l’exposant φ(15)=8\varphi(15) = 8, mais le véritable exposant universel ici est 44 — Euler est une borne supérieure, pas toujours la plus fine.

Définition 1.33 (Algèbre)

Une KK-algèbre est un KK-espace vectoriel AA muni d’une structure d’anneau dont la multiplication est KK-bilinéaire. Exemples : K[X]K[X], Mn(K)\mathcal{M}_n(K), L(E)\mathcal{L}(E), les espaces de fonctions F(X,K)\mathcal{F}(X, K), C\C comme R\R-algèbre. Les morphismes d’algèbres sont les morphismes d’anneaux linéaires ; l’évaluation PP(u)P \mapsto P(u) de K[X]K[X] vers L(E)\mathcal{L}(E) (ou Mn(K)\mathcal{M}_n(K)) est l’exemple central, moteur du Chapitre 3.

Exemple 1.34 (Un morphisme d’évaluation et son noyau)

Prenons A=(0100)A = \begin{pmatrix}0 & 1\\ 0 & 0\end{pmatrix} et l’évaluation εA ⁣:R[X]M2(R)\varepsilon_A \colon \R[X] \to \mathcal{M}_2(\R), PP(A)P \mapsto P(A). Puisque A2=0A^2 = 0,

P(A)=P(0)I+P(0)A=(P(0)P(0)0P(0)),P(A) = P(0)\,I + P'(0)\,A = \begin{pmatrix} P(0) & P'(0)\\ 0 & P(0)\end{pmatrix},

(seuls les termes constant et linéaire de PP subsistent). Donc kerεA={P:P(0)=P(0)=0}=X2R[X]\ker\varepsilon_A = \{P : P(0) = P'(0) = 0\} = X^2\,\R[X] : un idéal principal, exactement comme le prévoit le Théorème 1.26, engendré par le polynôme unitaire X2X^2 de plus petit degré dans le noyau — le polynôme minimal de AA, vedette du Chapitre 3. L’image est l’algèbre commutative de dimension deux {aI+bA}\{aI + bA\} : les morphismes d’évaluation réduisent le R[X]\R[X] de dimension infinie à de petites algèbres calculables.

Remarque 1.35 (Perspectives : trois mélodies à écouter)

Trois idées structurelles de ce chapitre reviennent tout au long du volume, chaque fois dans une orchestration plus fournie. Factorisation par un quotient (Définition 1.3) : elle construit Z/nZ\Z/n\Z ici, définit des applications sur les ensembles de solutions de systèmes linéaires au Chapitre 2, et sous-tend en silence tout argument de « bonne définition sur les classes ». Invariants : la signature est un morphisme vers {±1}\{\pm1\} qu’aucun coup légal ne peut esquiver — la même logique donne la règle de produit du déterminant (Chapitre 2), l’invariance de la trace par similitude, et les quantités conservées du Chapitre 16. Compter contre une structure : Lagrange compte à travers les classes, la dimension compte à travers les bases (Chapitre 2), la multiplicité compte à travers les degrés des polynômes (Chapitre 3) ; chaque fois qu’une borne paraît miraculeuse, une partition ou une graduation fait le comptage.

Remarque 1.36 (Pièges classiques)

Quatre classiques. (i) Une application sur un quotient doit être vérifiée bien définie : « x\overline x \mapsto (formule sur xx) » n’est légitime que si la formule est constante sur les classes — la compatibilité de la Définition 1.3, pas une formalité. (ii) ord(ab)=lcm(orda,ordb)\operatorname{ord}(ab) = \operatorname{lcm}(\operatorname{ord}a, \operatorname{ord}b) est faux en général, même pour des éléments qui commutent (aa et a1a^{-1}) ; l’Exercice 1.4 donne l’énoncé correct (premiers entre eux et commutant), et les cycles disjoints la version correcte pour les permutations. (iii) La dénombrabilité survit aux unions dénombrables et aux produits finis, mais pas aux produits dénombrables : {0,1}N\{0,1\}^{\N} est non dénombrable (Exercice 1.3) bien que chaque facteur ait deux éléments. (iv) Cantor–Bernstein ne réclame que des injections dans les deux sens, mais la bijection qu’il construit est en général discontinue et non explicite — ne pas attendre de formule (Exemple 1.11).

Remarque 1.37 (Où ce chapitre est utilisé)

Presque partout. La signature construit les déterminants (Chapitre 2) ; le morphisme d’évaluation PP(u)P \mapsto P(u) et les idéaux principaux de K[X]K[X] produisent les polynômes minimaux et les décompositions en noyaux du Chapitre 3 ; la dénombrabilité est la scène sur laquelle se joue le Chapitre 21 (les probabilités sur les espaces dénombrables) et la raison pour laquelle la topologie ne cesse de produire des ensembles denses dénombrables (Chapitre 4). La construction quotient A/IA/I est redéployée dans le volume de troisième année pour construire les corps K[X]/(P)K[X]/(P) et, à partir d’eux, la théorie de Galois : la propriété universelle démontrée ici y est utilisée mot pour mot.

1.6 Exercices

Exercice 1.1

Lesquels des ensembles suivants sont dénombrables ? L’ensemble des parties finies de N\N ; l’ensemble de toutes les parties de N\N ; RQ\R \setminus \Q ; l’ensemble des polynômes à coefficients rationnels ; l’ensemble des suites de 00 et de 11 nulles à partir d’un certain rang.

Solution

Solution de Exercice 1.1.

Parties finies de N\N : dénombrable — l’ensemble des parties de [ ⁣[0,n] ⁣]\intint{0}{n} est fini, et les parties finies forment l’union dénombrable sur nn de celles-ci (Proposition 1.6 (3)) ; infini car il contient tous les singletons.

Toutes les parties de N\N : non dénombrable, par le théorème de Cantor (Théorème 1.9 (1) avec E=NE = \N).

RQ\R \setminus \Q : non dénombrable — sinon R=Q(RQ)\R = \Q \cup (\R\setminus\Q) serait une union de deux ensembles dénombrables, contredisant le Théorème 1.9 (2).

Polynômes sur Q\Q : dénombrable — les polynômes de degré n\leq n s’injectent dans Qn+1\Q^{n+1} (produits finis d’ensembles dénombrables), et prendre l’union sur nn.

Suites binaires nulles à partir d’un certain rang : dénombrable — elles sont en bijection avec les parties finies de N\N (le support).

Exercice 1.2

Dans S7\mathfrak{S}_7, soient σ=(1426)(35)\sigma = (1\,4\,2\,6)(3\,5) et τ=(237)\tau = (2\,3\,7). Calculer στ\sigma\tau et τσ\tau\sigma sous forme de cycles disjoints, les ordres et signatures des quatre permutations, et σ2026\sigma^{2026}.

Solution

Solution de Exercice 1.2.

Calculer élément par élément, en appliquant d’abord le facteur de droite. στ\sigma\tau envoie 1σ(1)=41 \mapsto \sigma(1) = 4,   2σ(3)=5\;2 \mapsto \sigma(3) = 5,   3σ(7)=7\;3 \mapsto \sigma(7) = 7,   4σ(4)=2\;4 \mapsto \sigma(4) = 2,   5σ(5)=3\;5 \mapsto \sigma(5) = 3,   6σ(6)=1\;6 \mapsto \sigma(6) = 1,   7σ(2)=6\;7 \mapsto \sigma(2) = 6 :

στ=(1425376),\sigma\tau = (1\,4\,2\,5\,3\,7\,6),

un 77-cycle. De même τσ\tau\sigma envoie 1τ(4)=41 \mapsto \tau(4) = 4,   2τ(6)=6\;2 \mapsto \tau(6) = 6,   3τ(5)=5\;3 \mapsto \tau(5) = 5,   4τ(2)=3\;4 \mapsto \tau(2) = 3,   5τ(3)=7\;5 \mapsto \tau(3) = 7,   6τ(1)=1\;6 \mapsto \tau(1) = 1,   7τ(7)=2\;7 \mapsto \tau(7) = 2 :

τσ=(1435726),\tau\sigma = (1\,4\,3\,5\,7\,2\,6),

également un 77-cycle (comme prévu : στ\sigma\tau et τσ\tau\sigma sont conjugués, donc partagent leur type de cycle).

Ordres et signatures : σ\sigma a le type de cycle (4,2)(4,2) : ordre lcm(4,2)=4\operatorname{lcm}(4,2) = 4, signature (1)3(1)1=+1(-1)^3(-1)^1 = +1 ; τ\tau est un 33-cycle : ordre 33, signature +1+1 ; les deux produits sont des 77-cycles : ordre 77, signature (1)6=+1(-1)^6 = +1.

σ2026\sigma^{2026} : 2026=4×506+22026 = 4 \times 506 + 2, donc σ2026=σ2=(12)(46)\sigma^{2026} = \sigma^2 = (1\,2)(4\,6) (élever le 44-cycle au carré ; la transposition disparaît en s’élevant au carré).

Exercice 1.3

Construire des injections explicites montrant que P(N)\mathcal{P}(\N), [0,1]\intcc{0}{1} et l’ensemble {0,1}N\{0,1\}^{\N} des suites binaires sont deux à deux équipotents (développements binaires dans les deux sens ; Cantor–Bernstein absorbe le désagrément de la double représentation).

Solution

Solution de Exercice 1.3.

{0,1}NP(N)\{0,1\}^{\N} \to \mathcal{P}(\N) : une suite s’envoie sur son support — une bijection (fonctions indicatrices), aucun théorème requis.

{0,1}N[0,1]\{0,1\}^{\N} \to \intcc{0}{1} : l’application en base 33 (an)2an3n1(a_n) \mapsto \sum 2a_n 3^{-n-1} est injective (deux suites distinctes diffèrent d’abord au rang NN ; les queues ne peuvent compenser un écart de 23N12\cdot 3^{-N-1}, puisque n>N23n1=3N1<23N1\sum_{n > N} 2\cdot 3^{-n-1} = 3^{-N-1} < 2\cdot3^{-N-1}).

[0,1]{0,1}N\intcc{0}{1} \to \{0,1\}^{\N} : développement binaire, en choisissant (disons) le développement qui ne se termine pas par une suite infinie de 11 : injective.

Par Cantor–Bernstein (Théorème 1.10) appliqué aux deux dernières injections, [0,1]\intcc{0}{1} et {0,1}N\{0,1\}^{\N} sont équipotents, donc les trois ensembles le sont.

Exercice 1.4

Soit GG un groupe et a,bGa, b \in G des éléments commutant, d’ordres finis mm et nn premiers entre eux. Démontrer que ord(ab)=mn\operatorname{ord}(ab) = mn. Montrer par un exemple dans S3\mathfrak{S}_3 que la commutation est essentielle.

Solution

Solution de Exercice 1.4.

Soit c=ab=bac = ab = ba et d=ord(c)d = \operatorname{ord}(c). D’abord cmn=amnbmn=ec^{mn} = a^{mn} b^{mn} = e (la commutation permet de scinder la puissance), donc dmnd \mid mn. Réciproquement cd=ec^d = e donne ad=bda^d = b^{-d} ; cet élément appartient à ab\langle a\rangle \cap \langle b\rangle, un sous-groupe dont l’ordre divise à la fois mm et nn (Lagrange dans chaque groupe cyclique), donc est trivial : ad=bd=ea^d = b^d = e, donc mdm \mid d et ndn \mid d, et par la coprimalité mndmn \mid d. Donc d=mnd = mn.

Dans S3\mathfrak{S}_3 : prendre a=(12)a = (1\,2) (ordre 22) et b=(123)b = (1\,2\,3) (ordre 33), d’ordres premiers entre eux, qui ne commutent pas : ab=(23)ab = (2\,3) est d’ordre 262 \neq 6 — en effet S3\mathfrak{S}_3 n’a pas d’élément d’ordre 66. La commutation est essentielle.

Exercice 1.5 ★★

Soit GG un groupe fini d’ordre pair. Démontrer que GG contient un élément d’ordre 22. (Apparier chaque élément avec son inverse ; compter ceux qui sont appariés à eux-mêmes.)

Solution

Solution de Exercice 1.5.

Apparier tout xGx \in G avec x1x^{-1}. Les paires {x,x1}\{x, x^{-1}\} avec xx1x \neq x^{-1} ont deux éléments et partitionnent leur union ; les éléments restants sont exactement ceux avec x=x1x = x^{-1}, c.-à-d. x2=ex^2 = e. Comme G\abs G est pair et que les paires à deux éléments couvrent un nombre pair d’éléments, l’ensemble {x:x2=e}\{x : x^2 = e\} est de cardinal pair ; il contient ee, donc il contient au moins un autre élément xex \neq e — un élément d’ordre 22.

Exercice 1.6 ★★

Démontrer que AnA_n (n3n \geq 3) est engendré par les 33-cycles. (Un produit de deux transpositions est un 33-cycle ou un produit de deux 33-cycles.)

Solution

Solution de Exercice 1.6.

Tout élément de AnA_n est un produit d’un nombre pair de transpositions (Théorème 1.21 : décomposer en transpositions ; le compte est pair puisque la signature est +1+1). Il suffit d’écrire chaque produit de deux transpositions à l’aide de 33-cycles :

(ab)(ac)=(acb),(ab)(cd)=(acb)(acd)(a,b,c,d distincts),(a\,b)(a\,c) = (a\,c\,b), \qquad (a\,b)(c\,d) = (a\,c\,b)(a\,c\,d) \quad (a,b,c,d \text{ distincts}),

(vérifier par évaluation), et (ab)(ab)=id(a\,b)(a\,b) = \mathrm{id}. Donc les 33-cycles engendrent AnA_n.

Exercice 1.7 ★★

Déterminer tous les morphismes de groupes : de (Q,+)(\Q, +) vers (Z,+)(\Z, +) ; de (Z/nZ,+)(\Z/n\Z, +) vers (Z/mZ,+)(\Z/m\Z, +) (les compter : gcd(m,n)\gcd(m,n)) ; de (Q,+)(\Q, +) vers (Q+,×)(\Q_+^*, \times).

Solution

Solution de Exercice 1.7.

(Q,+)(Z,+)(\Q,+) \to (\Z,+) : seul le morphisme nul. Pour tout xx et tout n1n \geq 1, f(x)=nf(xn)f(x) = n f\bigl(\frac xn\bigr) est divisible par nn dans Z\Z ; le seul entier divisible par tout nn est 00, donc f(x)=0f(x) = 0 pour tout xx.

(Z/nZ,+)(Z/mZ,+)(\Z/n\Z, +) \to (\Z/m\Z, +) : un morphisme est déterminé par c=f(1)c = f(\overline 1), qui doit vérifier nc0(modm)n c \equiv 0 \pmod m, c.-à-d. cc est un multiple de mgcd(m,n)\frac{m}{\gcd(m,n)} ; il y a gcd(m,n)\gcd(m,n) telles classes, et chaque choix définit bien un morphisme (factoriser kkck \mapsto kc par Z/nZ\Z/n\Z grâce à la propriété universelle).

(Q,+)(Q+,×)(\Q, +) \to (\Q_+^*, \times) : seul le morphisme trivial. Si f(x)=yf(x) = y, alors pour tout nn, y=f(nxn)=f(xn)ny = f(n \cdot \frac xn) = f(\frac xn)^n est une puissance nn-ième dans Q+\Q_+^*. Mais un rationnel y1y \neq 1 ne peut être une puissance nn-ième pour tout nn : un certain nombre premier apparaît dans yy avec un exposant non nul vv, et nvn \nmid v pour n>vn > \abs v (les exposants des puissances nn-ièmes sont des multiples de nn, par unicité de la factorisation). Donc f1f \equiv 1.

Exercice 1.8 ★★

À l’aide du théorème des restes chinois, calculer φ(360)\varphi(360), trouver tous les xx tels que x3(mod8)x \equiv 3 \pmod 8, x5(mod9)x \equiv 5 \pmod 9 et x2(mod5)x \equiv 2 \pmod 5, et calculer les deux derniers chiffres de 320263^{2026} (Euler modulo 100100 ; attention : travailler modulo 44 et modulo 2525).

Solution

Solution de Exercice 1.8.

360=23325360 = 2^3 \cdot 3^2 \cdot 5 : φ(360)=360(112)(113)(115)=360122345=96\varphi(360) = 360\bigl(1 - \tfrac12\bigr)\bigl(1 - \tfrac13\bigr)\bigl(1 - \tfrac15\bigr) = 360 \cdot \tfrac12 \cdot \tfrac23 \cdot \tfrac45 = 96.

Système : modules 8,9,58, 9, 5 deux à deux premiers entre eux, total 360360. De x3(mod8)x \equiv 3 \pmod 8 et x5(mod9)x \equiv 5 \pmod 9 : x=3+8kx = 3 + 8k avec 3+8k5(mod9)3 + 8k \equiv 5 \pmod 9, c.-à-d. k2-k \equiv 2, k27(mod9)k \equiv -2 \equiv 7 \pmod 9 : x3+56=59(mod72)x \equiv 3 + 56 = 59 \pmod{72}. Puis 59+722(mod5)59 + 72\ell \equiv 2 \pmod 5 : 4+224 + 2\ell \equiv 2, 2382\ell \equiv 3 \equiv 8, 4(mod5)\ell \equiv 4 \pmod 5 : x59+288=347(mod360)x \equiv 59 + 288 = 347 \pmod{360}.

Deux derniers chiffres de 320263^{2026} : modulo 44, 32026=9101313^{2026} = 9^{1013} \equiv 1. Modulo 2525 : φ(25)=20\varphi(25) = 20 et 2026=20101+62026 = 20\cdot101 + 6, donc 3202636=7294(mod25)3^{2026} \equiv 3^6 = 729 \equiv 4 \pmod{25}. Résoudre x1(mod4)x \equiv 1 \pmod 4, x4(mod25)x \equiv 4 \pmod{25} : x=4+25k1(mod4)x = 4 + 25k \equiv 1 \pmod 4 donne k1(mod4)k \equiv 1 \pmod 4 : x29(mod100)x \equiv 29 \pmod{100}. Les deux derniers chiffres sont 2929.

Exercice 1.9 ★★★

Démontrer qu’un anneau intègre fini est un corps. En déduire que Z/nZ\Z/n\Z est un corps si et seulement si nn est premier (à nouveau).

Solution

Solution de Exercice 1.9.

Soit AA un anneau intègre fini et aAa \in A, a0a \neq 0. L’application xaxx \mapsto ax est injective (ax=ay    a(xy)=0    x=yax = ay \implies a(x - y) = 0 \implies x = y, pas de diviseurs de zéro) ; une application injective d’un ensemble fini dans lui-même est surjective (volume de première année, l’équivalence des tiroirs). Donc 1=ab1 = ab pour un certain bb : tout élément non nul est inversible, AA est un corps.

Z/nZ\Z/n\Z : si nn est premier c’est un anneau intègre (nab    nan \mid ab \implies n \mid a ou nbn \mid b, lemme d’Euclide), fini, donc un corps ; si n=rsn = rs est composé, rs=0\overline r\,\overline s = \overline 0 exhibe des diviseurs de zéro.

Exercice 1.10 ★★★

(Un classique) Soit KK un corps et GG un sous-groupe fini de (K,×)(K^*, \times). Démontrer que GG est cyclique. Indication : soit mm l’ordre maximal parmi les éléments de GG ; montrer que l’ordre de tout élément divise mm (en utilisant l’Exercice 1.4 sur des parties premières entre elles bien choisies), de sorte que tout GG vérifie xm=1x^m = 1 ; compter les racines de Xm1X^m - 1. En particulier (Z/pZ)(\Z/p\Z)^* est cyclique.

Solution

Solution de Exercice 1.10.

Soit m=max{ord(x):xG}m = \max\{\operatorname{ord}(x) : x \in G\}, atteint en aa.

Affirmation : tout xGx \in G a un ordre divisant mm. Supposons qu’un certain xx ait un ordre qq avec qmq \nmid m : alors une certaine puissance de premier pkp^k divise qq mais pas mm. Écrire m=pjmm = p^j m' avec pmp \nmid m' et j<kj < k. L’élément apja^{p^j} est d’ordre mm' ; l’élément xq/pkx^{q/p^k} est d’ordre pkp^k ; ces ordres sont premiers entre eux et les deux éléments commutent (GKG \subseteq K^* est abélien), donc par l’Exercice 1.4 leur produit est d’ordre pkm>pjm=mp^k m' > p^j m' = m : contredisant la maximalité.

Donc tout xGx \in G vérifie xm=1x^m = 1 : le polynôme Xm1X^m - 1 a au moins G\abs G racines dans le corps KK, d’où Gm\abs G \leq m (un polynôme non nul de degré mm a au plus mm racines, volume de première année). Mais m=ord(a)Gm = \operatorname{ord}(a) \leq \abs G par Lagrange. Donc m=Gm = \abs G et a\langle a \rangle, de cardinal m=Gm = \abs G, est tout GG : cyclique.

Pour K=Z/pZK = \Z/p\Z : (Z/pZ)(\Z/p\Z)^* est un sous-groupe fini de KK^*, donc cyclique (d’ordre p1p - 1).

Exercice 1.11 ★★★

Démontrer que le groupe (Q,+)(\Q, +) n’est pas cyclique, et pire : il n’est même pas de type fini. Démontrer en revanche que tout sous-groupe de type fini de (Q,+)(\Q, +) est cyclique.

Solution

Solution de Exercice 1.11.

Non cyclique : le sous-groupe pq\langle \frac pq\rangle est constitué des multiples entiers de pq\frac pq, qui ont tous un dénominateur divisant qq (sous forme irréductible) ; il rate donc 12q\frac{1}{2q}. Aucun générateur unique ne peut atteindre les dénominateurs non bornés de Q\Q.

Non de type fini : le sous-groupe engendré par p1q1,,pkqk\frac{p_1}{q_1}, \dots, \frac{p_k}{q_k} est constitué de rationnels dont les dénominateurs divisent Q=q1qkQ = q_1 \cdots q_k (les combinaisons entières ont un dénominateur divisant QQ) : il rate 12Q\frac{1}{2Q}.

Les sous-groupes de type fini sont cycliques : avec QQ comme ci-dessus, le sous-groupe H=p1q1,,pkqkH = \langle \frac{p_1}{q_1}, \dots, \frac{p_k}{q_k}\rangle est contenu dans 1QZ\frac{1}{Q}\Z. L’application xQxx \mapsto Qx est un isomorphisme de 1QZ\frac1Q\Z sur Z\Z portant HH sur un sous-groupe de Z\Z, qui est nZn\Z pour un certain nn (volume de première année) : donc H=nQZH = \frac{n}{Q}\Z est cyclique, engendré par nQ\frac nQ.

Exercice 1.12 ★★

(Critère de Dedekind) Démontrer que tout ensemble infini contient une partie dénombrable, et en déduire qu’un ensemble EE est infini si et seulement s’il est équipotent à une partie propre de lui-même. (Pour l’implication directe, décaler une partie dénombrable d’un cran ; pour la réciproque, se rappeler le principe des tiroirs.)

Solution

Solution de Exercice 1.12.

Une partie dénombrable. Soit EE infini. Construire a0,a1,a2,a_0, a_1, a_2, \dots par récurrence : EE est non vide, choisir a0Ea_0 \in E ; si a0,,ana_0, \dots, a_n sont choisis, E{a0,,an}E \setminus \{a_0, \dots, a_n\} est non vide (EE n’est pas fini), y choisir an+1a_{n+1}. Les ana_n sont deux à deux distincts par construction, donc A={an:nN}A = \{a_n : n \in \N\} est une partie dénombrable de EE.

Infini     \implies équipotent à une partie propre. Définir f ⁣:EE{a0}f \colon E \to E \setminus \{a_0\} par f(an)=an+1f(a_n) = a_{n+1} et f(x)=xf(x) = x pour xAx \notin A. Elle est injective (les deux morceaux sont injectifs et d’images disjointes) et surjective sur E{a0}E \setminus \{a_0\} : tout an+1a_{n+1} est atteint, tout xAx \notin A est atteint. Donc EE est équipotent à la partie propre E{a0}E \setminus \{a_0\}.

Réciproque. Si EE est fini et g ⁣:EFg \colon E \to F est une bijection sur FEF \subseteq E avec FEF \neq E, alors gg est une injection de EE dans lui-même qui n’est pas surjective, contredisant le principe des tiroirs (volume de première année : une auto-application injective d’un ensemble fini est bijective). Donc un ensemble équipotent à une partie propre est infini.

1.7 Problème : le taquin

Le taquin est un plateau 4×44 \times 4 contenant quinze tuiles coulissantes numérotées de 11 à 1515 et une case vide ; un coup fait glisser dans la case vide l’une des tuiles qui lui sont adjacentes. Dans les années 1890, Sam Loyd popularisa le casse-tête en offrant 1000$ à quiconque parviendrait à échanger les tuiles 1414 et 1515 en ramenant toutes les autres tuiles à leur place. Personne ne les a jamais empochés, et ce problème du week-end démontre les deux moitiés de la raison : la signature du Théorème 1.21 interdit l’échange de Loyd, et — moitié plus difficile, constructive — tout ce que la signature autorise est véritablement résoluble. L’énoncé complet est le théorème de Johnson–Story (1879).

La configuration résolue et la configuration 14–15 de Sam Loyd. La question à 1000$ : des glissements légaux peuvent-ils transformer le plateau de droite en celui de gauche ? La configuration résolue et la configuration 14–15 de Sam Loyd. La question à 1000$ : des glissements légaux peuvent-ils transformer le plateau de droite en celui de gauche ?
La configuration résolue et la configuration 14141515 de Sam Loyd. La question à 1000$ : des glissements légaux peuvent-ils transformer le plateau de droite en celui de gauche ?

Problème 1.1

Problème du week-end — le théorème de résolubilité de Johnson–Story

Numérotons les cases de 11 à 1616 dans l’ordre de lecture (de gauche à droite, de haut en bas), de sorte que la case kk occupe la ligne ii et la colonne jj avec k=4(i1)+jk = 4(i - 1) + j. La case 1616 (en bas à droite) est le domicile de la case vide ; nous traitons la case vide comme une seizième tuile, notée bb et identifiée au nombre 1616. Une configuration est une bijection σ ⁣:[ ⁣[1,16] ⁣][ ⁣[1,16] ⁣]\sigma \colon \intint1{16} \to \intint1{16}, case \mapsto contenu ; la configuration résolue est σ=id\sigma = \mathrm{id}. Partout, ε\varepsilon est la signature du Théorème 1.21 et deux cases sont adjacentes lorsqu’elles partagent une arête du plateau.

Partie I — Configurations, coups, signatures.

  1. Justifier que les configurations sont exactement les éléments de S16\mathfrak{S}_{16}, donc qu’il y en a 16!=2092278988800016! = 20\,922\,789\,888\,000, et que le nombre de coups légaux depuis une configuration donnée est 22, 33 ou 44, selon que la case vide se trouve dans un coin, sur un bord, ou à l’intérieur.
  2. Soit σ\sigma une configuration, p=σ1(16)p = \sigma^{-1}(16) la case de la case vide, et cc une case adjacente à pp. Montrer que faire glisser la tuile de cc dans pp produit la configuration σ=στ\sigma' = \sigma \circ \tau avec τ=(p c)\tau = (p\ c), et en déduire que tout coup change la signature de signe : ε(σ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma') = -\varepsilon(\sigma).
  3. Colorions le plateau en damier : χ(k)=(1)i+j\chi(k) = (-1)^{i+j} pour la case kk en ligne ii, colonne jj. Montrer que tout coup change χ(case de la case vide)\chi(\text{case de la case vide}) de signe, et en déduire qu’une suite de coups ramenant la case vide à sa case de départ est de longueur paire.
  4. Montrer que

    I(σ)=ε(σ)χ(σ1(16))I(\sigma) = \varepsilon(\sigma)\, \chi\bigl(\sigma^{-1}(16)\bigr)

    est invariant sous tout coup légal, et calculer I(id)I(\mathrm{id}).

Partie II — La prime de Loyd : l’invariant à l’œuvre.

  1. La configuration de Loyd σL\sigma_L coïncide avec la configuration résolue sauf que les cases 1414 et 1515 portent les tuiles 1515 et 1414. Calculer I(σL)I(\sigma_L) et conclure qu’aucune suite de coups ne relie σL\sigma_L à la configuration résolue : les 1000$ de Loyd n’ont jamais couru le moindre risque.
  2. Montrer qu’exactement la moitié des configurations vérifient I=+1I = +1 : {σ:I(σ)=+1}=16!/2\abs{\{\sigma : I(\sigma) = +1\}} = 16!/2. (Pour une case vide fixée, apparier les configurations en composant avec une transposition fixée de deux autres cases.)
  3. Montrer que tout coup est annulé par un coup légal, que « σ\sigma' est atteignable depuis σ\sigma par des coups légaux » est une relation d’équivalence, et que la classe RR de la configuration résolue vérifie R{I=+1}R \subseteq \{I = +1\}. Conclure qu’il y a au moins deux classes.
  4. Supposons la case vide au domicile : σ(16)=16\sigma(16) = 16. Montrer que I(σ)=ε(ρ)I(\sigma) = \varepsilon(\rho)ρS15\rho \in \mathfrak{S}_{15} est la restriction de σ\sigma aux cases 1,,151, \dots, 15, et que toute configuration peut être amenée par des coups légaux à une configuration à case vide au domicile. Conclure : pour prouver R={I=+1}R = \{I = +1\} il suffit de réaliser toute permutation paire des quinze cases hors domicile par une suite de coups commençant et finissant avec la case vide au domicile.

Partie III — Tours de la case vide et groupe des programmes. Un programme est une suite finie de coups légaux, partant d’une configuration à case vide au domicile, dont la configuration finale a de nouveau la case vide au domicile. Son effet est la permutation π\pi des cases définie par : le contenu de la case xx finit dans la case π(x)\pi(x).

  1. Montrer qu’un programme exécuté depuis σ\sigma aboutit à σπ1\sigma \circ \pi^{-1} ; qu’exécuter deux programmes l’un après l’autre compose leurs effets ; et que l’ensemble HH de tous les effets est un sous-groupe de S15\mathfrak{S}_{15} (permutations des cases 1,,151, \dots, 15) contenu dans le groupe alterné A15A_{15}.
  2. (Le tour élémentaire) Depuis la case vide au domicile, faire tourner la case vide autour du bloc 2×22 \times 2 en bas à droite : cases 161211151616 \to 12 \to 11 \to 15 \to 16. Montrer que l’effet est le 33-cycle (11 12 15)(11\ 12\ 15), et que le tour inverse donne (11 15 12)(11\ 15\ 12). Les deux sont dans HH.
  3. (Le grand tour) Vérifier que

    161514139512348761011121616 \to 15 \to 14 \to 13 \to 9 \to 5 \to 1 \to 2 \to 3 \to 4 \to 8 \to 7 \to 6 \to 10 \to 11 \to 12 \to 16

    est un chemin fermé parcourant les seize cases (à pas adjacents seulement), et que son effet est le 1515-cycle

    ζ=(15 12 11 10 6 7 8 4 3 2 1 5 9 13 14).\zeta = (15\ 12\ 11\ 10\ 6\ 7\ 8\ 4\ 3\ 2\ 1\ 5\ 9\ 13\ 14) .

    En écrivant x0=15x_0 = 15, x1=12x_1 = 12, x2=11x_2 = 11, …, x14=14x_{14} = 14 pour son ordre cyclique, vérifier que le tour élémentaire inverse de la question 10 est exactement (x0 x1 x2)(x_0\ x_1\ x_2).

  4. Démontrer la formule de conjugaison dans tout Sn\mathfrak{S}_n : pour une permutation gg et un 33-cycle,

    g(a b c)g1=(g(a) g(b) g(c)),g\,(a\ b\ c)\,g^{-1} = \bigl(g(a)\ g(b)\ g(c)\bigr),

    et noter que HH, étant un groupe, est stable par conjugaison par ses propres éléments.

  5. En déduire que HH contient les quinze 33-cycles consécutifs du grand tour :

    st=(xt xt+1 xt+2)(tZ/15Z, indices modulo 15).s_t = (x_t\ x_{t+1}\ x_{t+2}) \qquad (t \in \Z/15\Z, \text{ indices modulo } 15).

Partie IV — Engendrer le groupe alterné.

  1. (Lemme A) Soient ss et tt des 33-cycles dont les supports partagent exactement deux points, disons de supports {a,b,c}\{a, b, c\} et {b,c,d}\{b, c, d\}. Montrer que, quitte à remplacer ss ou tt par son inverse (ce qui ne change rien au sous-groupe engendré), le produit stst est une double transposition ; montrer que A4A_4 ne contient aucun sous-groupe d’ordre 66 (un sous-groupe d’indice 22 contient tous les carrés ; compter les 33-cycles parmi les carrés) ; et conclure que s,t\langle s, t\rangle est le groupe alterné tout entier des quatre lettres {a,b,c,d}\{a, b, c, d\}.
  2. (Lemme B) Soit XX un ensemble de k4k \geq 4 lettres, wXw \notin X, et soit GG un sous-groupe d’un certain Sn\mathfrak{S}_n contenant toute permutation paire de XX et un 33-cycle (u v w)(u\ v\ w) avec u,vXu, v \in X. Montrer que pour tous a,bXa, b \in X distincts il existe une permutation paire gg de XX avec g(u)=ag(u) = a, g(v)=bg(v) = b, et en déduire (a b w)G(a\ b\ w) \in G.
  3. En déduire que le groupe GG du lemme B contient toute permutation paire de X{w}X \cup \{w\} (utiliser l’Exercice 1.6 : les 33-cycles engendrent). Puis, en enchaînant les lemmes A et B le long des 33-cycles consécutifs s0,s1,,s12s_0, s_1, \dots, s_{12} de la question 13, démontrer que s0,,s12=A15\langle s_0, \dots, s_{12}\rangle = A_{15}.
  4. Conclure que H=A15H = A_{15} : tout réarrangement pair des quinze tuiles est réalisable par un programme, et HH a 15!/2=65383718400015!/2 = 653\,837\,184\,000 éléments.
  5. (Le théorème de Johnson–Story, 1879) Assembler les questions 6, 7, 8 et 17 : les configurations atteignables depuis la configuration résolue sont exactement les 16!/2=1046139494400016!/2 = 10\,461\,394\,944\,000 configurations vérifiant I=+1I = +1 ; et l’atteignabilité a exactement deux classes, la classe de la configuration résolue et la classe du σL\sigma_L de Loyd. (Pour le second point, renuméroter les tuiles 1414 et 1515 : montrer que σ(14 15)σ\sigma \mapsto (14\ 15) \circ \sigma envoie les suites de coups sur des suites de coups et échange {I=+1}\{I = +1\} avec {I=1}\{I = -1\}.)

Partie V — Critères, variantes, et la vue d’en haut.

  1. (Le critère pratique) Lire les quinze tuiles dans l’ordre de lecture de leurs cases, en sautant la case vide, et soit NN le nombre d’inversions de cette liste ; soit rr la ligne de la case vide comptée depuis le bas. Montrer que I(σ)=(1)N+r+1I(\sigma) = (-1)^{N + r + 1}, de sorte que σ\sigma est résoluble si et seulement si N+rN + r est impair.
  2. (Actions de groupe) Une action d’un groupe GG sur un ensemble XX est une application G×XXG \times X \to X, (g,x)gx(g, x) \mapsto g \cdot x, avec ex=xe \cdot x = x et g(hx)=(gh)xg \cdot (h \cdot x) = (gh) \cdot x ; l’orbite de xx est GxG \cdot x, et l’action est libre lorsque gx=xg \cdot x = x force g=eg = e. Montrer que hσ=σh1h \cdot \sigma = \sigma \circ h^{-1} définit une action libre de HH sur l’ensemble des configurations à case vide au domicile, que ses orbites sont exactement les classes d’atteignabilité mutuelle par programmes, et retrouver, à partir du décompte des orbites, que ces configurations se répartissent en exactement 15!/H=215!\,/\,\abs H = 2 classes.
  3. (L’obstruction 3×33 \times 3) Montrer que le plateau 3×33 \times 3 n’admet aucun chemin fermé visitant chaque case exactement une fois : la stratégie du grand tour de la partie III échoue pour le taquin à huit. (Colorier en damier les neuf cases.)
  4. (La réparation) Sur le plateau 3×33 \times 3 avec les cases 11 à 99 dans l’ordre de lecture et le domicile 99 : calculer les effets du tour périmétrique 9874123699 \to 8 \to 7 \to 4 \to 1 \to 2 \to 3 \to 6 \to 9 (un 77-cycle ζ\zeta' fixant le centre 55) et du tour de coin 965899 \to 6 \to 5 \to 8 \to 9 (un 33-cycle passant par le centre). En conjuguant le second par les puissances de ζ\zeta' et en enchaînant les lemmes A et B, démontrer que le groupe des programmes du taquin à huit est A8A_8 tout entier, donc qu’exactement 9!/2=1814409!/2 = 181\,440 des 9!=3628809! = 362\,880 configurations sont résolubles.
  5. (Un plateau pauvre) Soit maintenant le plateau un unique cycle de n4n \geq 4 cases portant n1n - 1 tuiles. Montrer que l’ordre cyclique des tuiles est invariant, que chaque classe d’atteignabilité a exactement n(n1)n(n - 1) configurations (les classes sont les orbites d’un groupe cyclique d’ordre lcm(n,n1)=n(n1)\operatorname{lcm}(n, n-1) = n(n-1)), et qu’il y a (n2)!(n - 2)! classes — pour n5n \geq 5 bien plus que 22 : sur un plateau étroit l’invariant de parité ne capture presque rien, et la géométrie décide.
  6. Deux verdicts par le critère de la question 19 : le plateau entièrement inversé (tuiles 15,14,,115, 14, \dots, 1 dans les cases 11 à 1515, case vide au domicile) et le plateau avec la case vide dans la case 11 suivie des tuiles 15,14,,115, 14, \dots, 1 dans les cases 22 à 1616. Lequel est résoluble ?
  7. (Synthèse) La démonstration a deux piliers indépendants : un invariant (II, construit à partir du morphisme signature) montrant qu’au plus la moitié des configurations sont atteignables, et un théorème de génération explicite (H=A15H = A_{15}) montrant qu’au moins la moitié le sont. En une phrase chacun, dire où sont intervenus : la propriété de morphisme de ε\varepsilon ; le théorème de Lagrange ; la génération de AnA_n par les 33-cycles ; la conjugaison. Énoncer le méta-principe en une ligne.
Solution

Solution de Problème 1.1.

1. Une configuration attribue à chacune des 1616 cases l’un des 1616 contenus (tuiles 111515 ou la case vide b=16b = 16), chacun exactement une fois : précisément une bijection [ ⁣[1,16] ⁣][ ⁣[1,16] ⁣]\intint1{16} \to \intint1{16}, un élément de S16\mathfrak{S}_{16} ; il y en a 16!=2092278988800016! = 20\,922\,789\,888\,000. Un coup légal fait glisser une tuile adjacente à la case vide, donc le nombre de coups est le nombre de voisines de la case de la case vide : 22 pour les quatre cases de coin, 33 pour les huit cases de bord, 44 pour les quatre cases intérieures.

2. Après le glissement, la case pp porte l’ancien contenu de cc et la case cc porte la case vide ; toutes les autres cases sont inchangées : σ(p)=σ(c)\sigma'(p) = \sigma(c), σ(c)=σ(p)=16\sigma'(c) = \sigma(p) = 16, σ=σ\sigma' = \sigma ailleurs. C’est exactement σ=σ(p c)\sigma' = \sigma \circ (p\ c). Comme ε\varepsilon est un morphisme et ε((p c))=1\varepsilon\bigl((p\ c)\bigr) = -1 : ε(σ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma') = -\varepsilon(\sigma).

3. Des cases adjacentes diffèrent d’un pas dans exactement l’une des deux coordonnées, donc i+ji + j change de parité : χ\chi prend des valeurs opposées sur des cases adjacentes. Un coup transfère la case vide de pp à la case adjacente cc, changeant χ(case de la case vide)\chi(\text{case de la case vide}) de signe. Le long d’un chemin fermé de la case vide, χ\chi change de signe une fois par coup et revient à sa valeur initiale : le nombre de coups est pair.

4. Par les questions 2 et 3, un coup change de signe les deux facteurs de I(σ)=ε(σ)χ(σ1(16))I(\sigma) = \varepsilon(\sigma)\chi(\sigma^{-1}(16)) ; leur produit est inchangé. Pour la configuration résolue : ε(id)=+1\varepsilon(\mathrm{id}) = +1 et la case vide est à la case 1616, ligne 44, colonne 44 : χ(16)=(1)8=+1\chi(16) = (-1)^{8} = +1, donc I(id)=+1I(\mathrm{id}) = +1.

5. σL\sigma_L est la transposition (14 15)(14\ 15) des cases : ε(σL)=1\varepsilon(\sigma_L) = -1 ; sa case vide est au domicile, χ(16)=+1\chi(16) = +1 : I(σL)=1+1=I(id)I(\sigma_L) = -1 \neq +1 = I(\mathrm{id}). Comme II est préservé par tout coup, aucune suite de coups ne relie σL\sigma_L et id\mathrm{id}. Le prix était structurellement à l’abri.

6. Fixer une case pp et deux autres cases cdc \neq d distinctes de pp, et poser τ0=(c d)\tau_0 = (c\ d). Sur l’ensemble des configurations à case vide en pp, l’application σστ0\sigma \mapsto \sigma \circ \tau_0 est une involution (elle préserve σ(p)=16\sigma(p) = 16 puisque τ0\tau_0 fixe pp) et change ε\varepsilon de signe, donc change II de signe : elle apparie les configurations avec I=+1I = +1 bijectivement avec celles avec I=1I = -1. Donc chacune des 1616 positions de la case vide contribue 15!/215!/2 configurations avec I=+1I = +1, et

{I=+1}=1615!2=16!2.\abs{\{I = +1\}} = 16 \cdot \frac{15!}{2} = \frac{16!}{2}.

7. Le coup faisant glisser la tuile de cc dans pp est annulé en faisant glisser cette même tuile (maintenant en pp) de retour dans cc : composer deux fois avec (p c)(p\ c) est l’identité. D’où : réflexivité (suite vide), symétrie (renverser la suite, en annulant chaque coup), transitivité (concaténer) : une relation d’équivalence. Tout σR\sigma \in R a I(σ)=I(id)=+1I(\sigma) = I(\mathrm{id}) = +1 par la question 4, donc R{I=+1}R \subseteq \{I = +1\} ; et σLR\sigma_L \notin R donne une seconde classe.

8. Si σ(16)=16\sigma(16) = 16, alors σ\sigma permute les cases 1,,151, \dots, 15 ; appelons ρ\rho cette restriction. Ajouter un point fixe ne change ni le type de cycle ni la signature (décomposer ρ\rho en transpositions ; le même produit convient dans S16\mathfrak{S}_{16}), donc ε(σ)=ε(ρ)\varepsilon(\sigma) = \varepsilon(\rho), et χ(16)=+1\chi(16) = +1 donne I(σ)=ε(ρ)I(\sigma) = \varepsilon(\rho). Toute configuration peut être amenée à une configuration à case vide au domicile : la grille est connexe, donc on promène la case vide le long d’un chemin de cases adjacentes jusqu’à la case 1616 (chaque pas est un coup légal). Supposons maintenant que tout ρS15\rho \in \mathfrak{S}_{15} pair est réalisé par un programme. Étant donné σ\sigma avec I(σ)=+1I(\sigma) = +1 : promener la case vide au domicile pour atteindre σ~\widetilde\sigma (équivalent à σ\sigma), avec I(σ~)=+1I(\widetilde\sigma) = +1, c.-à-d. sa restriction ρ\rho est paire ; le programme réalisant ρ\rho amène σ~\widetilde\sigma à σ~ρ1=id\widetilde\sigma \circ \rho^{-1} = \mathrm{id} (voir la question 9). Par transitivité σR\sigma \in R, d’où {I=+1}R\{I = +1\} \subseteq R et l’égalité.

9. Coup isolé : le contenu de cc finit en pp et la case vide en cc : l’effet est π=(p c)\pi = (p\ c), et en effet σ=σ(p c)=σπ1\sigma' = \sigma \circ (p\ c) = \sigma \circ \pi^{-1}. Récurrence : si une suite a pour effet π1\pi_1 et amène σ\sigma à σπ11\sigma \circ \pi_1^{-1}, la faire suivre d’un coup d’effet π2=(p c)\pi_2 = (p'\ c') donne (σπ11)π21=σ(π2π1)1(\sigma \circ \pi_1^{-1}) \circ \pi_2^{-1} = \sigma \circ (\pi_2\pi_1)^{-1}, et les contenus se déplacent par π2π1\pi_2 \circ \pi_1 (d’abord π1\pi_1, puis π2\pi_2). Donc les effets se composent, et un programme exécuté depuis σ\sigma aboutit à σπ1\sigma \circ \pi^{-1}. Sous-groupe : le programme vide a pour effet id\mathrm{id} ; la concaténation donne les produits ; renverser un programme (question 7) donne les inverses. L’effet d’un programme fixe la case 1616 (la case vide part et revient au domicile), donc HS15H \leq \mathfrak{S}_{15}. Parité : un programme de kk coups a kk pair (question 3), et ε(σπ1)=(1)kε(σ)\varepsilon(\sigma \circ \pi^{-1}) = (-1)^k\varepsilon(\sigma) force ε(π)=+1\varepsilon(\pi) = +1 : HA15H \subseteq A_{15}.

10. Suivre les quatre glissements depuis la case vide en 1616 : le coup 161216 \to 12 envoie le contenu de 1212 en 1616 ; le coup 121112 \to 11 envoie le contenu de 1111 en 1212 ; le coup 111511 \to 15 envoie le contenu de 1515 en 1111 ; le coup 151615 \to 16 envoie le contenu garé en 1616 (venant à l’origine de 1212) en 1515. Bilan : 111211 \mapsto 12, 121512 \mapsto 15, 151115 \mapsto 11, case vide au domicile : l’effet est (11 12 15)(11\ 12\ 15). Le tour inverse l’annule : effet (11 12 15)1=(11 15 12)(11\ 12\ 15)^{-1} = (11\ 15\ 12). Les deux sont des effets de programmes, donc dans HH.

11. Adjacence des cases consécutives : dans chaque paire listée les cases diffèrent de 11 dans la même ligne (161516{-}15, 151415{-}14, 141314{-}13 ; 121{-}2, 232{-}3, 343{-}4 ; 878{-}7, 767{-}6 ; 101110{-}11, 111211{-}12) ou de 44 dans une colonne (13913{-}9, 959{-}5, 515{-}1 ; 484{-}8 ; 6106{-}10 ; 121612{-}16) : un chemin fermé passant par les 1616 cases, de longueur 1616. Effet : comme à la question 10, en écrivant les cases visitées c0=16,c1=15,,c15=12c_0 = 16, c_1 = 15, \dots, c_{15} = 12 : le contenu de cic_i se déplace en ci1c_{i-1} pour i=2,,15i = 2, \dots, 15, et le contenu de c1c_1, garé en 1616 après le premier coup, est amené en c15c_{15} par le dernier coup. Donc l’effet envoie 151215 \mapsto 12, et 141514 \mapsto 15, 131413 \mapsto 14, 9139 \mapsto 13, 595 \mapsto 9, 151 \mapsto 5, 212 \mapsto 1, 323 \mapsto 2, 434 \mapsto 3, 848 \mapsto 4, 787 \mapsto 8, 676 \mapsto 7, 10610 \mapsto 6, 111011 \mapsto 10, 121112 \mapsto 11 : exactement le 1515-cycle ζ\zeta. Son ordre cyclique commence par x0=15x_0 = 15, x1=12x_1 = 12, x2=11x_2 = 11, et (x0 x1 x2)=(15 12 11)(x_0\ x_1\ x_2) = (15\ 12\ 11) envoie 1512111515 \mapsto 12 \mapsto 11 \mapsto 15 — ce qui est précisément (11 15 12)(11\ 15\ 12), le tour élémentaire inverse.

12. Soit γ=(a b c)\gamma = (a\ b\ c) et x[ ⁣[1,n] ⁣]x \in \intint1n. Si x=g(a)x = g(a) : gγg1(x)=g(γ(a))=g(b)g\gamma g^{-1}(x) = g(\gamma(a)) = g(b) ; de même g(b)g(c)g(b) \mapsto g(c) et g(c)g(a)g(c) \mapsto g(a). Si x{g(a),g(b),g(c)}x \notin \{g(a), g(b), g(c)\}, alors g1(x){a,b,c}g^{-1}(x) \notin \{a,b,c\} est fixé par γ\gamma, donc xx est fixé. Donc gγg1=(g(a) g(b) g(c))g\gamma g^{-1} = (g(a)\ g(b)\ g(c)). Et pour g,hHg, h \in H, ghg1Hghg^{-1} \in H par les axiomes de sous-groupe.

13. ζH\zeta \in H (question 11) et s0=(x0 x1 x2)Hs_0 = (x_0\ x_1\ x_2) \in H (questions 10–11). Comme ζ(xi)=xi+1\zeta(x_i) = x_{i+1} (indices modulo 1515), la question 12 donne

ζts0ζt=(ζt(x0) ζt(x1) ζt(x2))=(xt xt+1 xt+2)=stH(t=0,1,,14).\zeta^{t}\,s_0\,\zeta^{-t} = \bigl(\zeta^t(x_0)\ \zeta^t(x_1)\ \zeta^t(x_2)\bigr) = (x_t\ x_{t+1}\ x_{t+2}) = s_t \in H \qquad (t = 0, 1, \dots, 14).

14. Quitte à inverser, supposer s=(a b c)s = (a\ b\ c) et t=(b c d)t = (b\ c\ d) (un 33-cycle sur {a,b,c}\{a,b,c\} est (a b c)(a\ b\ c) ou son inverse ; de même sur {b,c,d}\{b,c,d\} ; remplacer un générateur par son inverse laisse s,t\langle s, t\rangle inchangé). Alors, en appliquant tt d’abord,

st ⁣:ab,ba,cd,dc,c.-aˋ-d.st=(a b)(c d),st \colon a \mapsto b,\quad b \mapsto a,\quad c \mapsto d,\quad d \mapsto c, \qquad\text{c.-à-d.}\quad st = (a\ b)(c\ d),

une double transposition. Le sous-groupe G=s,tG = \langle s, t\rangle est constitué de permutations paires des quatre lettres, donc GA4G \leq A_4 et G12\abs G \mid 12 ; il contient un élément d’ordre 33 et un d’ordre 22, donc 6G6 \mid \abs G (Lagrange, Théorème 1.14, appliqué aux deux sous-groupes cycliques). Si A4A_4 avait un sous-groupe KK d’ordre 66, il serait d’indice 22, et alors g2Kg^2 \in K pour tout gA4g \in A_4 : pour gKg \in K c’est clair ; pour gKg \notin K les seules classes sont KK et gKgK, donc la classe g2Kg^2K est KK ou gKgK, et g2K=gKg^2K = gK forcerait gKg \in K. Donc tout carré est dans KK. Mais tout 33-cycle γ\gamma est un carré, γ=(γ2)2\gamma = (\gamma^2)^2, et A4A_4 contient huit 33-cycles : 8>68 > 6, contradiction. Donc G=12\abs G = 12 : G=A4G = A_4.

15. Prolonger uau \mapsto a, vbv \mapsto b en une bijection g0g_0 de XX (envoyer les k2k - 2 lettres restantes bijectivement n’importe où sur le complémentaire de {a,b}\{a, b\}). Si g0g_0 est impaire, choisir deux lettres distinctes s1,t1X{u,v}s_1, t_1 \in X \setminus \{u, v\} (possible : k4k \geq 4) et remplacer g0g_0 par g0(s1 t1)g_0 \circ (s_1\ t_1), qui est paire et envoie toujours uau \mapsto a, vbv \mapsto b. Prolonger par l’identité hors de XX : une permutation paire gGg \in G (c’est une permutation paire de XX). Alors la question 12 :

g(u v w)g1=(g(u) g(v) g(w))=(a b w)G,g\,(u\ v\ w)\,g^{-1} = (g(u)\ g(v)\ g(w)) = (a\ b\ w) \in G,

en utilisant g(w)=wg(w) = w.

16. Tout 33-cycle de X{w}X \cup \{w\} est dans GG : ceux à support dans XX sont des permutations paires de XX ; un à support {a,b,w}\{a, b, w\} est (a b w)(a\ b\ w) ou (b a w)(b\ a\ w), tous deux livrés par la question 15. Par l’Exercice 1.6, les 33-cycles de l’ensemble à (k+1)(k+1) éléments X{w}X \cup \{w\} engendrent son groupe alterné, donc GG contient toute permutation paire de X{w}X \cup \{w\}. Enchaînement : soit G=s0,,s12G = \langle s_0, \dots, s_{12}\rangle. Le lemme A appliqué à s0=(x0 x1 x2)s_0 = (x_0\ x_1\ x_2) et s1=(x1 x2 x3)s_1 = (x_1\ x_2\ x_3) (supports partageant {x1,x2}\{x_1, x_2\}) donne toutes les permutations paires de X4={x0,x1,x2,x3}X_4 = \{x_0, x_1, x_2, x_3\}. Si GG contient toutes les permutations paires de Xm={x0,,xm1}X_m = \{x_0, \dots, x_{m-1}\} (4m144 \leq m \leq 14), alors sm2=(xm2 xm1 xm)s_{m-2} = (x_{m-2}\ x_{m-1}\ x_m) a u=xm2,v=xm1Xmu = x_{m-2}, v = x_{m-1} \in X_m et nouvelle lettre w=xmw = x_m : le lemme B et la première partie donnent toutes les permutations paires de Xm+1X_{m+1}. Récurrence jusqu’à m=14m = 14 : GA15G \supseteq A_{15} (permutations paires des quinze cases), et GA15G \subseteq A_{15} puisque chaque sts_t est pair : s0,,s12=A15\langle s_0, \dots, s_{12}\rangle = A_{15}.

17. Questions 13 et 16 : A15=s0,,s12HA_{15} = \langle s_0, \dots, s_{12}\rangle \subseteq H ; question 9 : HA15H \subseteq A_{15}. Donc H=A15H = A_{15}, d’ordre 15!/2=65383718400015!/2 = 653\,837\,184\,000 : tout réarrangement pair des quinze tuiles est l’effet d’un programme.

18. La question 8 a réduit R={I=+1}R = \{I = +1\} à la réalisation de tout ρS15\rho \in \mathfrak{S}_{15} pair par un programme : fait par la question 17. Avec la question 6, R=16!/2=10461394944000\abs R = 16!/2 = 10\,461\,394\,944\,000. Deux classes : soit t0=(14 15)t_0 = (14\ 15) agissant sur les contenus : φ(σ)=t0σ\varphi(\sigma) = t_0 \circ \sigma. Un coup légal depuis σ\sigma est un coup légal depuis φ(σ)\varphi(\sigma) (la case de la case vide est inchangée : (t0σ)1(16)=σ1(t0(16))=σ1(16)(t_0\sigma)^{-1}(16) = \sigma^{-1}(t_0(16)) = \sigma^{-1}(16), et la case déplacée est la même), et φ(στ)=φ(σ)τ\varphi(\sigma \circ \tau) = \varphi(\sigma) \circ \tau : φ\varphi envoie les suites de coups sur des suites de coups, bijectivement (c’est une involution). Elle change II de signe : ε(t0σ)=ε(σ)\varepsilon(t_0\sigma) = -\varepsilon(\sigma), même case de la case vide. Donc φ\varphi envoie la classe R={I=+1}R = \{I = +1\} de id\mathrm{id} bijectivement sur la classe de φ(id)=σL\varphi(\mathrm{id}) = \sigma_L, qui est donc tout {I=1}\{I = -1\} : exactement deux classes. C’est le théorème de Johnson–Story.

19. Indexer les cases dans l’ordre de lecture et soit k=4(i1)+jk = 4(i - 1) + j la case de la case vide. Compter les inversions de σ\sigma (paires de cases x<yx < y avec σ(x)>σ(y)\sigma(x) > \sigma(y)) : les paires de deux cases de tuiles contribuent NN ; les paires impliquant la case vide : les cases après la case vide portent toutes des tuiles <16< 16, chacune inversée (16k16 - k paires), les cases avant elle ne sont jamais inversées. Donc ε(σ)=(1)N+16k=(1)N+k\varepsilon(\sigma) = (-1)^{N + 16 - k} = (-1)^{N + k}. Comme k=4(i1)+jj(mod2)k = 4(i-1) + j \equiv j \pmod 2,

I(σ)=(1)N+j(1)i+j=(1)N+i=(1)N+r+1I(\sigma) = (-1)^{N + j}\,(-1)^{i + j} = (-1)^{N + i} = (-1)^{N + r + 1}

en utilisant i=5ri = 5 - r. Par la question 18, σ\sigma est résoluble si et seulement si I(σ)=+1I(\sigma) = +1 si et seulement si N+rN + r est impair. Vérification : résolu, N=0N = 0, r=1r = 1 : impair, résoluble ; Loyd, N=1N = 1, r=1r = 1 : pair, non résoluble.

20. Action : eσ=σid=σe \cdot \sigma = \sigma \circ \mathrm{id} = \sigma et g(hσ)=σh1g1=σ(gh)1=(gh)σg \cdot (h \cdot \sigma) = \sigma \circ h^{-1} \circ g^{-1} = \sigma \circ (gh)^{-1} = (gh) \cdot \sigma ; et σh1\sigma \circ h^{-1} est encore une configuration à case vide au domicile (hh fixe la case 1616). Libre : σh1=σ\sigma \circ h^{-1} = \sigma donne h1=idh^{-1} = \mathrm{id} (composer avec σ1\sigma^{-1}). Orbites = classes de programmes : la question 9 dit que les configurations atteignables depuis σ\sigma par programmes sont exactement les σπ1\sigma \circ \pi^{-1}, πH\pi \in H : l’orbite HσH \cdot \sigma. Décompte : la liberté rend hhσh \mapsto h \cdot \sigma injective, donc toute orbite a H=15!/2\abs H = 15!/2 éléments ; les 15!15! configurations à case vide au domicile se répartissent donc en 15!/(15!/2)=215!\,/\,(15!/2) = 2 orbites — l’ombre à case vide au domicile des deux classes de Johnson–Story.

21. La grille 3×33 \times 3 est bipartie pour le coloriage en damier : chaque pas d’un chemin change de couleur, donc tout chemin fermé est de longueur paire. Un chemin fermé visitant chacune des 99 cases exactement une fois serait de longueur 99, impaire : impossible. La construction du grand tour de la partie III est donc indisponible sur le taquin à huit.

22. Tour périmétrique 9874123699 \to 8 \to 7 \to 4 \to 1 \to 2 \to 3 \to 6 \to 9 (tous les pas adjacents ; longueur 88, paire) : par la comptabilité de la question 11 avec c1=8,c2=7,c3=4,c4=1,c5=2,c6=3,c7=6c_1 = 8, c_2 = 7, c_3 = 4, c_4 = 1, c_5 = 2, c_6 = 3, c_7 = 6, l’effet est

ζ=(8 6 3 2 1 4 7),\zeta' = (8\ 6\ 3\ 2\ 1\ 4\ 7),

un 77-cycle fixant le centre 55 (le contenu de 77 se déplace en 88, de 44 en 77, de 11 en 44, de 22 en 11, de 33 en 22, de 66 en 33, et de 88 en 66). Tour de coin 965899 \to 6 \to 5 \to 8 \to 9 : effet (6 8 5)(6\ 8\ 5) (le contenu de 55 se déplace en 66, de 88 en 55, de 66 — garé en 99 — en 88). Poser yt=ζt(8)y_t = \zeta'^{\,t}(8) : y0=8,y1=6,y2=3,y3=2,y4=1,y5=4,y6=7y_0 = 8, y_1 = 6, y_2 = 3, y_3 = 2, y_4 = 1, y_5 = 4, y_6 = 7. Conjugaison (question 12) :

ζt(6 8 5)ζt=(yt+1 yt 5)=:TtH3×3,\zeta'^{\,t}\,(6\ 8\ 5)\,\zeta'^{-t} = (y_{t+1}\ y_t\ 5) =: T_t \in H_{3\times3},

puisque ζ\zeta' fixe 55. Les supports de T0=(y1 y0 5)T_0 = (y_1\ y_0\ 5) et T1=(y2 y1 5)T_1 = (y_2\ y_1\ 5) partagent exactement {y1,5}\{y_1, 5\} : le lemme A donne toutes les permutations paires de {y0,y1,y2,5}\{y_0, y_1, y_2, 5\}. Puis T2=(y3 y2 5)T_2 = (y_3\ y_2\ 5) adjoint y3y_3 par le lemme B (ses lettres y2,5y_2, 5 sont dans l’ensemble courant, k=4k = 4), et T3,T4,T5T_3, T_4, T_5 adjoignent y4,y5,y6y_4, y_5, y_6 à leur tour : toutes les permutations paires des huit cases hors domicile sont dans le groupe des programmes, qui est aussi constitué de permutations paires (l’argument de la question 9 est indépendant du plateau). Donc H3×3=A8H_{3\times3} = A_8, et le raisonnement des questions 6, 8, 18 — lui aussi indépendant du plateau — montre que les configurations atteignables sont exactement celles avec I=+1I = +1 : la moitié de 9!9!, soit 181440181\,440.

23. Étiqueter les cases 0,,n10, \dots, n-1 autour du cycle. Un coup échange la case vide avec l’une de ses deux voisines. Lire les tuiles dans l’ordre cyclique en partant juste après la case vide : un mot ww listant les n1n - 1 tuiles. Déplacer la case vide d’un pas en avant remplace (p,w)(p, w) par (p+1,ρw)(p + 1, \rho w), où pp est la case de la case vide et ρ\rho fait tourner cycliquement le mot d’un cran ; le coup en arrière est l’inverse. L’ordre cyclique des tuiles (le mot à rotation près) est donc invariant. La classe atteignable de (p,w)(p, w) est l’orbite de l’application g ⁣:(p,w)(p+1,ρw)g \colon (p, w) \mapsto (p+1, \rho w), un élément d’ordre lcm(n,n1)=n(n1)\operatorname{lcm}(n, n-1) = n(n-1) dans le produit des deux groupes cycliques (translations de Z/nZ\Z/n\Z et rotations des n1n-1 positions du mot), le ppcm valant n(n1)n(n-1) car gcd(n,n1)=1\gcd(n, n-1) = 1 : chaque classe a exactement n(n1)n(n-1) configurations, toutes avec le même collier. Classes : n!/(n(n1))=(n2)!n!\,/\,\bigl(n(n-1)\bigr) = (n-2)!. Pour n5n \geq 5, (n2)!>2(n-2)! > 2 : l’invariant de parité (deux classes au mieux) est aveugle à presque toute l’obstruction ; la richesse du plateau 4×44 \times 4 — où la parité est la seule obstruction — est un fait véritablement géométrique, pas formel.

24. Les deux plateaux ont les tuiles en ordre entièrement inversé, donc N=(152)=105N = \binom{15}{2} = 105 dans les deux cas (toute paire de tuiles est inversée). Case vide au domicile : r=1r = 1, N+r=106N + r = 106 pair : non résoluble. Case vide dans la case 11 : la case vide est dans la ligne du haut, r=4r = 4, N+r=109N + r = 109 impair : résoluble. Deux plateaux qui ne diffèrent que par l’emplacement du trou tombent de part et d’autre du mur.

25. Propriété de morphisme : elle convertit « un coup = une transposition » en « un coup = un changement de signe » (questions 2, 4), rendant II calculable coup par coup. Lagrange : il a forcé 6s,t6 \mid \abs{\langle s, t\rangle} dans le lemme A et a dimensionné les classes dans l’exclusion de l’ordre 66 (question 14). Génération par les 33-cycles : elle a converti « HH contient assez de 33-cycles » en « HH contient tout A15A_{15} » (question 16). Conjugaison : elle a fabriqué les quinze 33-cycles consécutifs à partir d’un seul tour 2×22 \times 2 transporté par le grand tour (questions 12–13), et les 33-cycles (a b w)(a\ b\ w) du lemme B. Méta-principe : un invariant démontre l’impossibilité, une construction explicite démontre la possibilité, et un problème est entièrement résolu exactement lorsque les deux bornes se rejoignent — ici, à une moitié.