Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

2Algèbre linéaire

L’algèbre linéaire du volume de première année travaillait sur R\R ou C\C en dimension finie, et admettait le déterminant général. Ce chapitre lève ces trois restrictions : la théorie est énoncée sur un corps quelconque KK, l’interaction entre un espace et son dual est développée systématiquement (bases duales, annulateurs, transposées), et le déterminant est enfin construit à partir des formes multilinéaires alternées et de la signature du Chapitre 1 — soldant chaque admission de première année.

Partout, KK est un corps (Q\Q, R\R, C\C, ou Z/pZ\Z/p\Z — la théorie ne s’en soucie pas) et, sauf mention contraire, les espaces sont de dimension finie sur KK. Les résultats de première année (bases, dimension, théorème du rang, matrices) se transposent mot pour mot : leurs démonstrations n’utilisaient rien d’autre que les axiomes de corps.

2.1 Espace dual

Définition 2.1 (Espace dual, base duale)

Le dual de EE est E=L(E,K)E^* = \mathcal{L}(E, K), l’espace des formes linéaires. Si B=(e1,,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) est une base de EE, les formes coordonnées e1,,ene_1^*, \dots, e_n^* définies par ei(ej)=δije_i^*(e_j) = \delta_{ij} (Kronecker : 11 si i=ji = j, sinon 00) forment la base duale B\mathcal{B}^* de EE^* ; en particulier dimE=dimE\dim E^* = \dim E, et

x=i=1nei(x)ei(xE),φ=i=1nφ(ei)ei(φE).x = \sum_{i=1}^{n} e_i^*(x)\, e_i \quad (x \in E), \qquad \varphi = \sum_{i=1}^{n} \varphi(e_i)\, e_i^* \quad (\varphi \in E^*).

Démonstration que B\mathcal{B}^* est une base. Libre : appliquer une combinaison nulle λiei=0\sum \lambda_i e_i^* = 0 à eje_j donne λj=0\lambda_j = 0. Génératrice : pour φE\varphi \in E^*, la forme φiφ(ei)ei\varphi - \sum_i \varphi(e_i) e_i^* annule tout eje_j, donc est nulle (une application linéaire s’annulant sur une base est nulle). Les deux formules encadrées sont les mêmes calculs lus à l’endroit.

Exemple 2.2

Sur Kn[X]K_n[X] avec la base (1,X,,Xn)(1, X, \dots, X^n) : la base duale est PP(k)(0)k!P \mapsto \frac{P^{(k)}(0)}{k!} (coefficients de Taylor). Une autre base du dual : les évaluations PP(xi)P \mapsto P(x_i) en n+1n + 1 points distincts — sa base « préduale » dans Kn[X]K_n[X] est exactement la famille des polynômes de Lagrange LiL_i (volume de première année), puisque Li(xj)=δijL_i(x_j) = \delta_{ij}. L’interpolation est la dualité.

Méthode 2.3 (Bases duale et antéduale en pratique)

Pour décomposer une forme φ\varphi sur une base (ei)(e_i) de EE : les coordonnées sont les valeurs φ(ei)\varphi(e_i) — aucun système à résoudre. Pour trouver la base (uj)(u_j) de EE dont la duale est une base donnée (φ1,,φn)(\varphi_1, \dots, \varphi_n) de EE^* (l’antéduale) : résoudre les nn systèmes linéaires

φi(uj)=δij(1in),\varphi_i(u_j) = \delta_{ij} \qquad (1 \leq i \leq n),

une colonne uju_j à la fois ; en termes matriciels, si les lignes de MM listent les coefficients des φi\varphi_i dans une base connue de EE^*, les colonnes de M1M^{-1} sont les uju_j. L’existence et l’unicité de l’antéduale sont démontrées dans le problème du week-end de ce chapitre ; le calcul est toujours cette inversion.

Exemple 2.4 (Une base duale de R2\R^2, entièrement calculée)

Pour la base b1=(1,1)b_1 = (1, 1), b2=(1,1)b_2 = (1, -1) de R2\R^2 : la base duale (b1,b2)(b_1^*, b_2^*) doit vérifier bi(bj)=δijb_i^*(b_j) = \delta_{ij}. En écrivant b1(x,y)=αx+βyb_1^*(x, y) = \alpha x + \beta y, les conditions α+β=1\alpha + \beta = 1 et αβ=0\alpha - \beta = 0 donnent

b1(x,y)=x+y2,et de meˆmeb2(x,y)=xy2.b_1^*(x, y) = \frac{x + y}{2}, \qquad\text{et de même}\qquad b_2^*(x, y) = \frac{x - y}{2} .

Vérifications de bon sens : b1b_1^* n’est pas e1+e2e_1^* + e_2^* évalué naïvement — la base duale dépend de la base entière, pas de chaque vecteur séparément (remplacer b2b_2 par (0,1)(0, 1) change b1b_1^* en xxx \mapsto x). Et la formule de décomposition marche : (x,y)=x+y2b1+xy2b2(x, y) = \frac{x+y}2\,b_1 + \frac{x-y}2\,b_2, la décomposition paire/impaire d’un couple — les bases duales sont des extracteurs de coordonnées, et celle-ci extrait les parties symétrique et antisymétrique.

Définition 2.5 (Annulateur)

Pour un sous-espace FEF \subseteq E, l’annulateur est

F={φE:φF=0},F^{\circ} = \{\varphi \in E^* : \varphi|_F = 0\},

un sous-espace de EE^*.

Théorème 2.6 (Dimension de l’annulateur)

dimF=dimEdimF\dim F^{\circ} = \dim E - \dim F. De plus FFF \mapsto F^\circ renverse les inclusions, et FF se retrouve à partir de son annulateur :

F={xE:φF, φ(x)=0}.F = \{x \in E : \forall\varphi \in F^\circ,\ \varphi(x) = 0\}.

Par conséquent tout sous-espace de dimension pp en dimension nn est l’ensemble des solutions de npn - p équations linéaires indépendantes — et réciproquement.

Démonstration. Choisir une base (e1,,ep)(e_1, \dots, e_p) de FF complétée en une base de EE. Une forme φ=φ(ei)ei\varphi = \sum \varphi(e_i) e_i^* annule FF ssi ses pp premiers coefficients s’annulent : F=Vect(ep+1,,en)F^\circ = \operatorname{Vect}(e_{p+1}^*, \dots, e_n^*), de dimension npn - p. Le renversement des inclusions est immédiat. Pour la reconstitution : le membre de droite contient FF ; réciproquement, si xFx \notin F, compléter une base de FF par xx et d’autres vecteurs ; la forme coordonnée de xx dans cette base annule FF mais pas xx. La lecture « équations » prend une base (φ1,,φnp)(\varphi_1, \dots, \varphi_{n-p}) de FF^\circ : alors F=kerφjF = \bigcap \ker\varphi_j, une intersection de npn - p hyperplans indépendants.

Exemple 2.7 (Un annulateur, dans les deux sens)

Soit F=Vect((1,2,1), (1,0,1))R3F = \operatorname{Vect}\bigl((1, 2, 1),\ (1, 0, -1)\bigr) \subseteq \R^3. Une forme φ=ae1+be2+ce3\varphi = a\,e_1^* + b\,e_2^* + c\,e_3^* annule FF ssi

a+2b+c=0etac=0,a + 2b + c = 0 \qquad\text{et}\qquad a - c = 0 ,

c’est-à-dire c=ac = a et b=ab = -a : F=R(e1e2+e3)F^\circ = \R\,(e_1^* - e_2^* + e_3^*), de dimension 32=13 - 2 = 1 comme le Théorème 2.6 l’exige. Lu à l’envers : F={(x,y,z):xy+z=0}F = \{(x, y, z) : x - y + z = 0\} — le plan retrouvé comme noyau de l’unique forme engendrant FF^\circ. Passer d’une famille génératrice à des équations est calculer un annulateur ; passer des équations à un paramétrage est calculer un préannulateur. (Vérification : les deux vecteurs générateurs vérifient xy+z=0x - y + z = 0.)

Définition 2.8 (Application transposée)

Pour uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F), la transposée uTL(F,E)u^{\mathsf T} \in \mathcal{L}(F^*, E^*) est

uT(ψ)=ψu.u^{\mathsf T}(\psi) = \psi \circ u .

Elle vérifie (vu)T=uTvT(v \circ u)^{\mathsf T} = u^{\mathsf T} \circ v^{\mathsf T}, et dans les bases duales, la matrice de uTu^{\mathsf T} est la matrice transposée de uu — ce qui explique enfin la transposée de première année.

Exemple 2.9 (La transposée, coefficient par coefficient)

Soit u ⁣:R2R3u \colon \R^2 \to \R^3 de matrice A=(120130)A = \left(\begin{smallmatrix} 1 & 2\\ 0 & 1\\ 3 & 0\end{smallmatrix}\right) dans les bases canoniques. Pour ψ=b1f1+b2f2+b3f3(R3)\psi = b_1f_1^* + b_2f_2^* + b_3f_3^* \in (\R^3)^*, calculons uT(ψ)=ψuu^{\mathsf T}(\psi) = \psi \circ u sur la base de R2\R^2 :

(ψu)(e1)=ψ(1,0,3)=b1+3b3,(ψu)(e2)=ψ(2,1,0)=2b1+b2.(\psi \circ u)(e_1) = \psi(1, 0, 3) = b_1 + 3b_3, \qquad (\psi \circ u)(e_2) = \psi(2, 1, 0) = 2b_1 + b_2 .

Ainsi uT(ψ)=(b1+3b3)e1+(2b1+b2)e2u^{\mathsf T}(\psi) = (b_1 + 3b_3)\,e_1^* + (2b_1 + b_2)\,e_2^*, et dans les bases duales la matrice de uTu^{\mathsf T} est

(103210)=AT:\begin{pmatrix} 1 & 0 & 3\\ 2 & 1 & 0\end{pmatrix} = A^{\mathsf T} :

la transposée abstraite est la matrice retournée, sans aucun calcul à croire sur parole. Notons le mécanisme : la jj-ème colonne de AA est devenue la jj-ème ligne de la nouvelle matrice parce que ψu\psi \circ u lit les sorties de uu à travers les coefficients de ψ\psi.

Proposition 2.10

keruT=(imu)\ker u^{\mathsf T} = (\operatorname{im} u)^{\circ} et imuT=(keru)\operatorname{im} u^{\mathsf T} = (\ker u)^{\circ}. Par conséquent rk(uT)=rk(u)\operatorname{rk}(u^{\mathsf T}) = \operatorname{rk}(u) : le rang par lignes égale le rang par colonnes, démontré structurellement.

Démonstration. ψkeruT    ψu=0    ψ\psi \in \ker u^{\mathsf T} \iff \psi \circ u = 0 \iff \psi annule imu\operatorname{im} u : la première identité. Pour la seconde : uT(ψ)=ψuu^{\mathsf T}(\psi) = \psi \circ u annule toujours keru\ker u, donc imuT(keru)\operatorname{im} u^{\mathsf T} \subseteq (\ker u)^\circ ; les dimensions coïncident par le théorème du rang et le Théorème 2.6 :

rkuT=dimFdimkeruT=dimF(dimFrku)=rku=dim(keru).\operatorname{rk} u^{\mathsf T} = \dim F^* - \dim\ker u^{\mathsf T} = \dim F - \bigl(\dim F - \operatorname{rk} u\bigr) = \operatorname{rk} u = \dim (\ker u)^{\circ} . \qedhere

Exemple 2.11 (Le rang lu des deux côtés)

Soit

A=(120101111312).A = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 0 & 1\\ 0 & 1 & 1 & 1\\ 1 & 3 & 1 & 2 \end{pmatrix} .

Rang par colonnes : la troisième ligne est la somme des deux premières, donc rkA2\operatorname{rk} A \leq 2 ; les colonnes 11 et 22 sont libres : rkA=2\operatorname{rk} A = 2. Le noyau de la transposée : résoudre ATy=0A^{\mathsf T}y = 0 donne yR(1,1,1)y \in \R\,(1, 1, -1), donc kerAT\ker A^{\mathsf T} est de dimension 1=321 = 3 - 2 : exactement (imA)(\operatorname{im} A)^\circ sous l’identification de (R3)(\R^3)^* avec les vecteurs lignes, comme la Proposition 2.10 l’affirme — l’unique relation « ligne3_3 = ligne1_1 + ligne2_2 » est l’annulateur de l’espace des colonnes. Le rang par lignes (22 lignes libres) et le rang par colonnes coïncident non par hasard mais parce que les deux égalent rkA=rkAT\operatorname{rk} A = \operatorname{rk} A^{\mathsf T}.

Exemple 2.12 (La dualité lit une règle de quadrature)

Pourquoi une règle comme celle de Simpson (Exercice 2.4) existe-t-elle et pourquoi est-elle unique ? La dualité répond avant tout calcul. Sur E=R2[X]E = \R_2[X], l’intégrale P01PP \mapsto \int_0^1 P est un vecteur bien précis du dual EE^* de dimension trois ; les évaluations en 00, 12\frac12, 11 forment une base de EE^* ; donc l’intégrale se décompose de manière unique sur elles — cette décomposition est la règle de Simpson, coefficients inclus. Un décompte de dimensions calibre aussi les attentes : sur R3[X]\R_3[X], quatre dimensions de formes ne peuvent en général être engendrées par trois évaluations, donc l’exactitude sur les cubiques n’est pas due par la dualité ; que Simpson intègre malgré tout les cubiques exactement est une symétrie en prime (annulation de degré impair autour de 12\frac12), à vérifier à la main. Les règles à n+1n + 1 nœuds sont les décompositions de la forme d’intégration dans une base d’évaluation de Rn[X]\R_n[X]^* : existence et unicité coûtent un théorème de base duale ; seuls les degrés en prime coûtent du travail.

2.2 Formes multilinéaires alternées

Définition 2.13

Une application f ⁣:EnKf \colon E^n \to K est nn-linéaire quand elle est linéaire en chaque variable, et alternée quand elle s’annule dès que deux arguments sont égaux. Le caractère alterné implique le caractère antisymétrique : échanger deux arguments change le signe (développer f(,x+y,,x+y,)=0f(\dots, x + y, \dots, x + y, \dots) = 0) ; plus généralement, pour σSn\sigma \in \mathfrak{S}_n,

f(xσ(1),,xσ(n))=ε(σ)f(x1,,xn),f(x_{\sigma(1)}, \dots, x_{\sigma(n)}) = \varepsilon(\sigma)\, f(x_1, \dots, x_n),

en décomposant σ\sigma en transpositions (Théorème 1.21).

Théorème 2.14 (Le théorème fondamental des déterminants)

Soit dimE=n\dim E = n et B=(e1,,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) une base. L’espace des formes nn-linéaires alternées sur EE est de dimension 11 : toute telle forme est un multiple de

detB(x1,,xn)=σSnε(σ)i=1naσ(i),i,xj=iaijei,\det{}_{\mathcal{B}}(x_1, \dots, x_n) = \sum_{\sigma \in \mathfrak{S}_n} \varepsilon(\sigma) \prod_{i=1}^{n} a_{\sigma(i),\,i}, \qquad x_j = \sum_{i} a_{ij} e_i ,

et detB\det_{\mathcal{B}} est l’unique prenant la valeur 11 sur B\mathcal{B}.

Démonstration. Soit ff une forme nn-linéaire alternée. En développant chaque argument sur B\mathcal{B} par multilinéarité,

f(x1,,xn)=i1,,inai1,1ain,nf(ei1,,ein).f(x_1, \dots, x_n) = \sum_{i_1, \dots, i_n} a_{i_1,1}\cdots a_{i_n,n}\, f(e_{i_1}, \dots, e_{i_n}).

Les termes avec un indice répété s’annulent (caractère alterné) ; les tuples (i1,,in)(i_1, \dots, i_n) survivants sont les injectifs, c’est-à-dire ik=σ(k)i_k = \sigma(k) pour une permutation σ\sigma, et l’antisymétrie réordonne f(eσ(1),,eσ(n))=ε(σ)f(e1,,en)f(e_{\sigma(1)}, \dots, e_{\sigma(n)}) = \varepsilon(\sigma) f(e_1, \dots, e_n). Donc

f=f(e1,,en)detB:f = f(e_1, \dots, e_n) \cdot \det{}_{\mathcal{B}} :

toute forme alternée est ce multiple, pourvu que detB\det_{\mathcal{B}} lui-même (la somme encadrée) soit nn-linéaire alterné et prenne la valeur 11 sur B\mathcal B. La multilinéarité est claire (chaque terme est linéaire en chaque colonne). Valeur sur B\mathcal B : le seul terme non nul est σ=id\sigma = \mathrm{id}. Caractère alterné : supposons xj=xkx_j = x_k (jkj \neq k), de sorte que les colonnes de coordonnées vérifient aij=aika_{i j} = a_{i k} pour tout ii. Apparions chaque σ\sigma avec σ=σ(jk)\sigma' = \sigma\circ(j\,k) — une involution sans point fixe sur Sn\mathfrak{S}_n. Les produits appariés coïncident :

iaσ(i),i=aσ(k),j  aσ(j),kij,kaσ(i),i=aσ(k),k  aσ(j),jij,kaσ(i),i=iaσ(i),i,\prod_i a_{\sigma'(i),\,i} = a_{\sigma(k),\,j}\; a_{\sigma(j),\,k} \prod_{i \neq j,k} a_{\sigma(i),\,i} = a_{\sigma(k),\,k}\; a_{\sigma(j),\,j} \prod_{i \neq j,k} a_{\sigma(i),\,i} = \prod_i a_{\sigma(i),\,i},

en utilisant l’égalité des colonnes jj et kk ; tandis que ε(σ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma') = -\varepsilon(\sigma). Chaque paire contribue pour zéro : la somme s’annule.

Exemple 2.15 (Sarrus, dérivé et démoli)

Pour n=3n = 3 la formule des permutations a exactement 3!=63! = 6 termes. Lister S3\mathfrak{S}_3 par signature — id\mathrm{id}, (123)(1\,2\,3), (132)(1\,3\,2) paires ; (12)(1\,2), (13)(1\,3), (23)(2\,3) impaires — donne

detA=a11a22a33+a21a32a13+a31a12a23a21a12a33a31a22a13a11a32a23:\det A = a_{11}a_{22}a_{33} + a_{21}a_{32}a_{13} + a_{31}a_{12}a_{23} - a_{21}a_{12}a_{33} - a_{31}a_{22}a_{13} - a_{11}a_{32}a_{23} :

précisément la règle des « diagonales » de Sarrus enseignée à l’école — désormais un théorème, avec les signes mystérieux identifiés comme des signatures. La démolition : pour n=4n = 4 il y a 2424 permutations, dont seulement 88 sont ramassées par un quelconque schéma de tracé de diagonales ; Sarrus n’a pas de version de degré 44, et le développement par cofacteurs (Théorème 2.17 (4)) prend le relais. Compter les termes est aussi un avertissement : la formule des permutations a n!n! sommands, c’est donc une définition, pas un algorithme — le pivot de Gauss calcule det\det en O(n3)O(n^3) opérations à la place.

Définition 2.16 (Déterminants)

Le déterminant d’une famille dans une base est detB(x1,,xn)\det_{\mathcal{B}}(x_1, \dots, x_n) ; le déterminant d’une matrice AA est le déterminant de ses colonnes dans la base canonique — la formule des permutations ci-dessus ; le déterminant d’un endomorphisme uu est le scalaire detu\det u tel que

detB(u(x1),,u(xn))=detudetB(x1,,xn)pour tous xi\det{}_{\mathcal{B}}\bigl(u(x_1), \dots, u(x_n)\bigr) = \det u \cdot \det{}_{\mathcal{B}}(x_1, \dots, x_n) \quad \text{pour tous } x_i

(le membre de gauche est nn-linéaire alterné, donc un multiple de detB\det_\mathcal{B} par le Théorème 2.14 ; le facteur ne dépend pas de B\mathcal{B}).

Théorème 2.17 (Le calcul des déterminants, démontré)

  1. det(uv)=detudetv\det(uv) = \det u\,\det v ;   det(AB)=detAdetB\;\det(AB) = \det A \det B.
  2. uu est inversible     detu0\iff \det u \neq 0 ; une famille est une base     \iff son déterminant dans une base est non nul.
  3. det(AT)=detA\det(A^{\mathsf T}) = \det A.
  4. Le développement par cofacteurs suivant toute ligne ou colonne, tel qu’énoncé dans le volume de première année, est valide ; des matrices semblables partagent leur déterminant.

Démonstration. (1) Appliquer deux fois la relation de définition : detB(uv(xi))=detudetB(v(xi))=detudetvdetB(xi)\det_{\mathcal B}(uv(x_i)) = \det u \cdot \det_{\mathcal B}(v(x_i)) = \det u \det v \cdot \det_{\mathcal B}(x_i).

(2) Si uu est inversible, detudetu1=detid=10\det u \det u^{-1} = \det \mathrm{id} = 1 \neq 0. Sinon, les images u(ei)u(e_i) sont liées ; en exprimant l’une par les autres et en développant, detB(u(ei))=0\det_{\mathcal B}(u(e_i)) = 0 (le caractère alterné tue les directions répétées), donc detu=0\det u = 0. Le critère de base est le même énoncé pour les familles.

(3) Dans la formule des permutations, réindexer chaque produit par j=σ(i)j = \sigma(i), c’est-à-dire i=τ(j)i = \tau(j) avec τ=σ1\tau = \sigma^{-1} : les facteurs sont les mêmes nombres dans un ordre différent, donc

i=1naσ(i),i=j=1naj,τ(j),\prod_{i=1}^{n} a_{\sigma(i),\,i} = \prod_{j=1}^{n} a_{j,\,\tau(j)} ,

et ε(τ)=ε(σ)1=ε(σ)\varepsilon(\tau) = \varepsilon(\sigma)^{-1} = \varepsilon(\sigma) (les valeurs sont ±1\pm1 ; ε\varepsilon est un morphisme). Sommer sur σ\sigma revient à sommer sur τ\tau (l’inversion est une bijection de Sn\mathfrak{S}_n) :

detA=τε(τ)jaj,τ(j)=det(AT),\det A = \sum_{\tau}\varepsilon(\tau)\prod_j a_{j,\tau(j)} = \det(A^{\mathsf T}),

la dernière somme étant la formule des permutations appliquée aux coefficients transposés (AT)ij=aji(A^{\mathsf T})_{ij} = a_{ji}.

(4) Fixer la colonne jj et scinder xj=iaijeix_j = \sum_i a_{ij} e_i par linéarité : detA=iaijdet(,ei,)\det A = \sum_i a_{ij}\, \det(\dots, e_i, \dots), et déplacer eie_i en dernière position (nin - i transpositions de lignes, njn - j de colonnes, via (3)) identifie det(,ei,)=(1)i+jΔij\det(\dots, e_i, \dots) = (-1)^{i+j}\Delta_{ij} au mineur : exactement la règle des cofacteurs de première année. Similitude : det(P1AP)=detP1detAdetP=detA\det(P^{-1}AP) = \det P^{-1}\det A \det P = \det A par (1).

Exemple 2.18 (Développement par cofacteurs, exécuté)

Calculons

det(213041120)\det\begin{pmatrix} 2 & 1 & 3\\ 0 & 4 & 1\\ 1 & 2 & 0 \end{pmatrix}

suivant la première colonne (deux zéros de paresse : un seul). Les signes suivent le damier (1)i+j(-1)^{i+j} :

2det(4120)0+1det(1341)=2(02)+(112)=15.2\,\det\begin{pmatrix}4 & 1\\ 2 & 0\end{pmatrix} - 0 + 1\cdot\det\begin{pmatrix}1 & 3\\ 4 & 1\end{pmatrix} = 2(0 - 2) + (1 - 12) = -15 .

Contre-vérification par Sarrus (Exemple 2.15) : 0+1+01204=150 + 1 + 0 - 12 - 0 - 4 = -15. Stratégie, pas doctrine : développer suivant la ligne comptant le plus de zéros, et quand aucune n’en a, en fabriquer d’abord par opérations sur les lignes — une passe d’élimination coûte moins que deux couches de cofacteurs.

Exemple 2.19 (Un déterminant par les règles)

Soit JMn(K)J \in \mathcal{M}_n(K) la matrice de uns et aKa \in K ; calculons det(aIn+J)\det(aI_n + J) avec les outils qui viennent d’être démontrés. Chaque colonne de aIn+JaI_n + J se somme de la même façon : ajouter toutes les lignes à la première (le déterminant est inchangé — ajouter à une ligne un multiple d’une autre ajoute un terme à direction répétée, tué par le caractère alterné). La première ligne devient (a+n,a+n,,a+n)(a + n, a + n, \dots, a + n) ; factoriser a+na + n par linéarité dans cette ligne, puis soustraire la première colonne à toute autre colonne : il reste une matrice triangulaire de diagonale (1,a,,a)(1, a, \dots, a). Donc

det(aIn+J)=(a+n)an1.\det(aI_n + J) = (a + n)\,a^{\,n-1}.

L’éclairage final : les racines a=0a = 0 (multiplicité n1n - 1) et a=na = -n disent que JJ a la valeur propre 00 avec multiplicité n1n - 1 et la valeur propre nn une fois — le spectre de la matrice de rang un JJ, un chapitre en avance (le Chapitre 3 rendra ceci systématique).

Exemple 2.20 (Un déterminant par la formule des permutations)

Pour une matrice avec beaucoup de zéros la formule est praticable par elle-même : dans

A=(0a0000b0000cd000),A = \begin{pmatrix} 0 & a & 0 & 0\\ 0 & 0 & b & 0\\ 0 & 0 & 0 & c\\ d & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix},

la seule permutation ramassant des coefficients non nuls est le 44-cycle σ=(1234)\sigma = (1\,2\,3\,4) envoyant la colonne 11 \to ligne 44, etc. ; ε(σ)=(1)3=1\varepsilon(\sigma) = (-1)^3 = -1, donc detA=abcd\det A = -abcd. (Vérification via trois échanges de colonnes pour atteindre une matrice diagonale.)

Exemple 2.21 (Un Vandermonde par la formule du produit)

Pour les nœuds 0,1,20, 1, 2 (utilisés par des règles de quadrature comme celle de l’Exercice 2.4), le déterminant de Vandermonde de l’Exercice 2.11 s’évalue d’un coup d’œil :

det(111012014)=(10)(20)(21)=2,\det\begin{pmatrix} 1 & 1 & 1\\ 0 & 1 & 2\\ 0 & 1 & 4 \end{pmatrix} = (1 - 0)(2 - 0)(2 - 1) = 2 ,

et par développement direct suivant la première colonne : 1(42)=21\cdot(4 - 2) = 2 : accord. La non-annulation pour des nœuds distincts est toute la théorie de l’interpolation dans un déterminant : les formes d’évaluation PP(ai)P \mapsto P(a_i) sont une base du dual exactement quand ce déterminant est non nul, c’est-à-dire toujours pour des aia_i distincts — l’Exemple 2.2 quantifié.

2.3 La trace, revisitée

Proposition 2.22

La trace tr ⁣:Mn(K)K\operatorname{tr} \colon \mathcal{M}_n(K) \to K est l’unique forme linéaire avec tr(AB)=tr(BA)\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA) et tr(In)=n\operatorname{tr}(I_n) = n (pour charK=0\operatorname{char} K = 0) ; la trace d’un endomorphisme est bien définie via toute représentation matricielle, et

tr(u)=iei(u(ei))\operatorname{tr}(u) = \sum_{i} e_i^*\bigl(u(e_i)\bigr)

dans toute base — la dualité écrit la trace sans référence à une base.

Démonstration. tr(AB)=tr(BA)\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA) et l’invariance par changement de base ont été démontrées en première année. Unicité : une forme linéaire tt avec t(AB)=t(BA)t(AB) = t(BA) annule tout commutateur ABBAAB - BA. Nous affirmons que les commutateurs engendrent l’hyperplan de trace nulle, de dimension n21n^2 - 1. Deux familles de commutateurs suffisent. La règle de multiplication des matrices élémentaires est EabEcd=δbcEadE_{ab}E_{cd} = \delta_{bc}E_{ad}. Pour iji \neq j elle donne

EiiEijEijEii=Eij0=EijE_{ii}E_{ij} - E_{ij}E_{ii} = E_{ij} - 0 = E_{ij}

(le second produit est EijEii=δjiEii=0E_{ij}E_{ii} = \delta_{ji}E_{ii} = 0 puisque jij \neq i) : tout EijE_{ij} hors diagonale est un commutateur. Et

EijEjiEjiEij=EiiEjj.E_{ij}E_{ji} - E_{ji}E_{ij} = E_{ii} - E_{jj} .

Les EijE_{ij} (iji \neq j, au nombre de n2nn^2 - n) avec les E11EjjE_{11} - E_{jj} (j2j \geq 2, au nombre de n1n - 1) forment n21n^2 - 1 matrices de trace nulle linéairement indépendantes : elles engendrent l’hyperplan kertr\ker\operatorname{tr}. Donc tt s’annule là où tr\operatorname{tr} s’annule et se factorise à travers elle : t=ctrt = c\operatorname{tr} ; puis t(I)=nt(I) = n force c=1c = 1. La formule encadrée : le ii-ème coefficient diagonal de la matrice de uu est précisément ei(u(ei))e_i^*(u(e_i)).

Remarque 2.23 (Pièges courants)

(i) Le déterminant est nn-linéaire en les colonnes, pas linéaire en la matrice : det(A+B)detA+detB\det(A + B) \neq \det A + \det B en général, et det(λA)=λndetA\det(\lambda A) = \lambda^n\det A, pas λdetA\lambda\det A. (ii) La transposition renverse les produits : (vu)T=uTvT(vu)^{\mathsf T} = u^{\mathsf T}v^{\mathsf T} ; oublier le renversement ruine tout calcul impliquant des inverses. (iii) L’annulateur FF^\circ vit dans EE^*, pas dans EE : il devient le familier « complément orthogonal » seulement après qu’un produit scalaire identifie EE à EE^* (Chapitre 12) ; aucune telle identification n’est canonique. (iv) « Le rang par lignes égale le rang par colonnes » ne signifie pas que l’espace des lignes égale l’espace des colonnes — les deux vivent dans des espaces différents (KnK^n et KmK^m) et sont reliés par la Proposition 2.10, pas égaux. (v) La formule des permutations est un instrument de démonstration : pour des nombres, utiliser les opérations sur les lignes et les cofacteurs (Exemple 2.15).

Exemple 2.24 (L’accouplement de trace scinde l’espace des matrices)

Sur M2(R)\mathcal{M}_2(\R) avec l’accouplement A,B=tr(AB)\langle A, B\rangle = \operatorname{tr}(AB) de l’Exercice 2.9 : décomposons M=(1423)M = \left(\begin{smallmatrix}1 & 4\\ 2 & 3\end{smallmatrix}\right) en parties symétrique et antisymétrique,

M=S+A,S=12(M+MT)=(1333),A=12(MMT)=(0110).M = S + A, \qquad S = \tfrac12(M + M^{\mathsf T}) = \begin{pmatrix}1 & 3\\ 3 & 3\end{pmatrix}, \qquad A = \tfrac12(M - M^{\mathsf T}) = \begin{pmatrix}0 & 1\\ -1 & 0\end{pmatrix}.

Alors tr(SA)=tr(3133)=0\operatorname{tr}(SA) = \operatorname{tr} \left(\begin{smallmatrix}-3 & 1\\ -3 & 3\end{smallmatrix}\right) = 0 : les deux parties sont « orthogonales » pour l’accouplement de trace — une instance du fait général (démontré dans le problème du week-end de ce chapitre) que les matrices antisymétriques forment exactement l’annulateur des symétriques. La dualité voit la décomposition Mn=SnAn\mathcal{M}_n = \mathcal{S}_n \oplus \mathcal{A}_n avant tout choix de produit scalaire.

Remarque 2.25 (Perspectives au sein de ce volume)

Regardez les trois constructions de ce chapitre changer de costume plus loin. La transposée revient dans le Chapitre 3 : uu et uTu^{\mathsf T} partagent leurs valeurs propres avec des multiplicités géométriques égales (le problème du week-end de ce chapitre, question 15), ce qui explique pourquoi les analyses par lignes et par colonnes d’une matrice ne se contredisent jamais. Le déterminant devient une fonction d’un paramètre dans le Chapitre 3 (χu(X)=det(Xidu)\chi_u(X) = \det(X\,\mathrm{id} - u)) et un jacobien dans le Chapitre 20, où sa multilinéarité se transforme en le facteur de changement de variables. La trace sème les invariants de similitude : c’est le deuxième coefficient de χu\chi_u, la somme des valeurs propres, et à terme l’intégrale de la diagonale dans des identités à la manière du Chapitre 14. Un chapitre d’algèbre linéaire, trois longues ombres.

Remarque 2.26 (Où ce chapitre est utilisé)

L’espace dual n’est pas une abstraction pour elle-même : annulateurs et transposées font tourner la théorie de la résolubilité des systèmes linéaires (le problème du week-end de ce chapitre démontre l’alternative de Fredholm en dimension finie à partir d’eux), des accouplements non dégénérés réapparaissent comme la forme polaire dans le Chapitre 12 et l’adjoint dans le Chapitre 13, et le déterminant construit ici alimente tout le Chapitre 3. Dans le volume de troisième année la même dualité, transportée en dimension infinie, devient le théorème de représentation de Riesz et la théorie de Fredholm sur les espaces de Hilbert — avec la compacité remplaçant les décomptes de dimension utilisés ici.

2.4 Exercices

Exercice 2.1

Dans R3\R^3, soient φ1(x,y,z)=x+y\varphi_1(x,y,z) = x + y, φ2=y+z\varphi_2 = y + z, φ3=x+z\varphi_3 = x + z. Montrer que (φ1,φ2,φ3)(\varphi_1, \varphi_2, \varphi_3) est une base de (R3)(\R^3)^* et trouver la base de R3\R^3 dont elle est la duale.

Solution

Solution de Exercice 2.1.

Trois formes dans un dual de dimension 33 : la liberté suffit. Une relation αφ1+βφ2+γφ3=0\alpha\varphi_1 + \beta\varphi_2 + \gamma\varphi_3 = 0 évaluée en (1,0,0),(0,1,0),(0,0,1)(1,0,0), (0,1,0), (0,0,1) donne α+γ=0\alpha + \gamma = 0, α+β=0\alpha + \beta = 0, β+γ=0\beta + \gamma = 0, d’où α=β=γ=0\alpha = \beta = \gamma = 0.

Base préduale (u1,u2,u3)(u_1, u_2, u_3) : résoudre φi(uj)=δij\varphi_i(u_j) = \delta_{ij}. En écrivant uj=(x,y,z)u_j = (x, y, z) : pour u1u_1 : x+y=1x + y = 1, y+z=0y + z = 0, x+z=0x + z = 0 donne u1=(12,12,12)u_1 = \bigl(\tfrac12, \tfrac12, -\tfrac12\bigr) ; symétriquement u2=(12,12,12)u_2 = \bigl(-\tfrac12, \tfrac12, \tfrac12\bigr), u3=(12,12,12)u_3 = \bigl(\tfrac12, -\tfrac12, \tfrac12\bigr).

Exercice 2.2

Calculer par la formule des permutations les déterminants de

(00a0b0c00),(ab00cd0000ef00gh),\begin{pmatrix} 0 & 0 & a\\ 0 & b & 0\\ c & 0 & 0 \end{pmatrix}, \qquad \begin{pmatrix} a & b & 0 & 0\\ c & d & 0 & 0\\ 0 & 0 & e & f\\ 0 & 0 & g & h \end{pmatrix},

et énoncer la règle diagonale par blocs que le second suggère.

Solution

Solution de Exercice 2.2.

Première matrice : la seule permutation à produit non nul envoie 131 \mapsto 3, 222 \mapsto 2, 313 \mapsto 1 — la transposition (13)(1\,3), signature 1-1 : déterminant abc-abc.

Seconde : une permutation à produit non nul ne peut mélanger les deux blocs (un coefficient les reliant est 00), donc elle se scinde en une permutation de {1,2}\{1,2\} fois une de {3,4}\{3,4\}, et la signature est le produit des deux signatures : la somme se factorise en

(adbc)(ehfg).(ad - bc)(eh - fg) .

Règle générale suggérée (et vraie, même démonstration) : le déterminant d’une matrice diagonale par blocs est le produit des déterminants des blocs.

Exercice 2.3

Soit F={(x,y,z,t)R4:x+y=z+t et x=2y}F = \{(x,y,z,t) \in \R^4 : x + y = z + t \text{ et } x = 2y\}. Donner une base de FF^\circ et vérifier le Théorème 2.6 sur les dimensions.

Solution

Solution de Exercice 2.3.

FF est défini par les deux équations indépendantes φ1(x,y,z,t)=x+yzt=0\varphi_1(x,y,z,t) = x + y - z - t = 0 et φ2=x2y=0\varphi_2 = x - 2y = 0 : par le Théorème 2.6 lu à l’envers, F=Vect(φ1,φ2)F^\circ = \operatorname{Vect}(\varphi_1, \varphi_2) — elles sont dans FF^\circ par construction, elles sont libres (non proportionnelles), et dimF=4dimF=42=2\dim F^\circ = 4 - \dim F = 4 - 2 = 2 puisque dimF=2\dim F = 2 (deux équations indépendantes dans R4\R^4). Base : (φ1,φ2)(\varphi_1, \varphi_2) ; dimensions : 2+2=42 + 2 = 4, comme le théorème l’exige.

Exercice 2.4 ★★

Soient a0,,ana_0, \dots, a_n des points distincts de KK et φi ⁣:PP(ai)\varphi_i \colon P \mapsto P(a_i) sur Kn[X]K_n[X]. Montrer que (φ0,,φn)(\varphi_0, \dots, \varphi_n) est une base de Kn[X]K_n[X]^*, identifier sa base préduale, et décomposer la forme P01P(t) ⁣dtP \mapsto \int_0^1 P(t)\,\dd t (pour K=RK = \R, n=2n = 2, ai=0,12,1a_i = 0, \frac12, 1) dans cette base — en reconnaissant la règle de Simpson.

Solution

Solution de Exercice 2.4.

Les φi\varphi_i sont n+1n + 1 formes sur un espace de dimension n+1n+1 : la liberté suffit. Si iλiφi=0\sum_i \lambda_i \varphi_i = 0, évaluer sur le polynôme de Lagrange LjL_j des nœuds : λj=0\lambda_j = 0. La base préduale est (L0,,Ln)(L_0, \dots, L_n), puisque φi(Lj)=Lj(ai)=δij\varphi_i(L_j) = L_j(a_i) = \delta_{ij}.

Pour la forme intégrale avec les nœuds 0,12,10, \frac12, 1 sur R2[X]\R_2[X] : 01P=iciP(ai)\int_0^1 P = \sum_i c_i P(a_i) avec ci=01Lic_i = \int_0^1 L_i. Calculons : L0=2(X12)(X1)L_0 = 2(X - \tfrac12)(X - 1), 01L0=16\int_0^1 L_0 = \frac16 ; L1=4X(X1)L_1 = -4X(X-1), 01L1=46\int_0^1 L_1 = \frac46 ; L2=2X(X12)L_2 = 2X(X - \tfrac12), 01L2=16\int_0^1 L_2 = \frac16. Donc

01P=16(P(0)+4P(12)+P(1))(PR2[X]):\int_0^1 P = \frac{1}{6}\Bigl(P(0) + 4P\bigl(\tfrac12\bigr) + P(1)\Bigr) \quad (P \in \R_2[X]) :

la règle de Simpson, exacte sur les polynômes de degré 2\leq 2 — un énoncé sur les bases duales.

Exercice 2.5 ★★

Soit uL(E)u \in \mathcal{L}(E) avec dimE=n\dim E = n et rku=1\operatorname{rk} u = 1. Montrer que u=φ()au = \varphi(\cdot)\, a pour un vecteur aa et une forme φ\varphi ; que tru=φ(a)\operatorname{tr} u = \varphi(a) ; et que u2=(tru)uu^2 = (\operatorname{tr} u)\, u. En déduire det(I+u)=1+tru\det(I + u) = 1 + \operatorname{tr} u.

Solution

Solution de Exercice 2.5.

imu=Ka\operatorname{im} u = Ka pour un certain a0a \neq 0 ; alors u(x)=φ(x)au(x) = \varphi(x)\,aφ(x)\varphi(x) est la coordonnée de u(x)u(x) sur aa — linéaire en xx. Trace : compléter a=e1a = e_1 en une base ; la matrice de uu a pour colonnes φ(ej)e1\varphi(e_j)\,e_1, donc son seul coefficient diagonal est φ(e1)=φ(a)\varphi(e_1) = \varphi(a) : tru=φ(a)\operatorname{tr} u = \varphi(a). Puis

u2(x)=φ(x)u(a)=φ(x)φ(a)a=(tru)u(x).u^2(x) = \varphi(x)\, u(a) = \varphi(x)\varphi(a)\, a = (\operatorname{tr} u)\, u(x).

Déterminant, en deux cas. Si φ(a)0\varphi(a) \neq 0 : prendre une base quelconque de l’hyperplan kerφ\ker\varphi et ajouter aa. Alors uu annule kerφ\ker\varphi (là u(x)=φ(x)a=0u(x) = \varphi(x)a = 0) et u(a)=φ(a)au(a) = \varphi(a)\,a : la matrice de I+uI + u est diagonale, (1,,1,1+φ(a))(1, \dots, 1,\, 1 + \varphi(a)), donc det(I+u)=1+φ(a)=1+tru\det(I + u) = 1 + \varphi(a) = 1 + \operatorname{tr} u. Si φ(a)=0\varphi(a) = 0 : alors akerφa \in \ker\varphi ; prendre une base de kerφ\ker\varphi dont le premier vecteur est aa, et ajouter un vecteur bb avec φ(b)=1\varphi(b) = 1. Alors I+uI + u fixe la base de kerφ\ker\varphi et envoie bb+ab \mapsto b + a : triangulaire de diagonale unité, det(I+u)=1=1+tru\det(I + u) = 1 = 1 + \operatorname{tr} u. Les deux cas s’accordent avec la formule.

Exercice 2.6 ★★

Montrer que tout hyperplan de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) (n2n \geq 2) contient une matrice inversible. Indication : un hyperplan est {M:tr(AM)=0}\{M : \operatorname{tr}(AM) = 0\} pour un certain A0A \neq 0 (Exercice 2.9). Si AA est scalaire, exhiber une matrice inversible de trace nulle ; sinon, trouver un MM inversible rendant AMAM de diagonale nulle — une matrice de type permutation y suffit.

Solution

Solution de Exercice 2.6.

Par l’Exercice 2.9, l’hyperplan est HA={M:tr(AM)=0}H_A = \{M : \operatorname{tr}(AM) = 0\} avec A0A \neq 0.

Si A=λIA = \lambda I : HAH_A est l’hyperplan de trace nulle ; la matrice de la permutation en nn-cycle (des uns en positions (i,i+1)(i, i+1) et (n,1)(n, 1)) est inversible (son déterminant est ±1\pm 1 par le calcul de l’Exemple 2.20) et est de trace nulle.

Si AA n’est pas scalaire : trouver d’abord un PP inversible tel que B=P1APB = P^{-1}AP ait un coefficient hors diagonale non nul bjib_{ji} (jij \neq i). En effet, si AA en a déjà un, prendre P=IP = I ; si AA est diagonale avec deux coefficients distincts d1d2d_1 \neq d_2, conjuguer par la transvection P=I+E12P = I + E_{12} produit le coefficient hors diagonale d1d20d_1 - d_2 \neq 0 (calcul : P1AP=A+(d1d2)E12P^{-1}AP = A + (d_1 - d_2)E_{12}) ; et une matrice diagonale dont tous les coefficients sont égaux est scalaire, exclue. Poser maintenant M=I+tEijM' = I + tE_{ij} avec t=tr(B)/bjit = -\operatorname{tr}(B)/b_{ji} : alors

tr(BM)=trB+tbji=0,\operatorname{tr}(BM') = \operatorname{tr} B + t\,b_{ji} = 0,

et MM' est inversible (triangulaire de diagonale unité). En défaisant la conjugaison, M=PMP1M = PM'P^{-1} est inversible et tr(AM)=tr(BM)=0\operatorname{tr}(AM) = \operatorname{tr}(BM') = 0 : MHAM \in H_A.

Exercice 2.7 ★★

(Dérivée du déterminant) Pour AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\R), montrer à partir de la multilinéarité que

 ⁣d ⁣dtt=0det(In+tA)=trA,\frac{\dd}{\dd t}\Big|_{t=0} \det(I_n + tA) = \operatorname{tr} A ,

et en déduire det(etA)=ettrA\det(\eu^{tA}) = \eu^{t\operatorname{tr} A} en supposant la dérivabilité de tdet(etA)t \mapsto \det(\eu^{tA}) et la propriété de groupe e(s+t)A=esAetA\eu^{(s+t)A} = \eu^{sA}\eu^{tA} (établie dans le Chapitre 16).

Solution

Solution de Exercice 2.7.

det(I+tA)\det(I + tA) est, par la formule des permutations, un polynôme en tt ; son terme constant est 11 (t=0t = 0). Son coefficient en tt : développer det\det comme une forme alternée des colonnes ej+tcj(A)e_j + t\,c_j(A) ; par multilinéarité, les termes linéaires en tt remplacent exactement un eje_j par cj(A)c_j(A) :

jdet(e1,,cj(A),,en)=jajj=trA,\sum_{j} \det(e_1, \dots, c_j(A), \dots, e_n) = \sum_j a_{jj} = \operatorname{tr} A ,

(le déterminant avec toutes les colonnes canoniques sauf cj(A)c_j(A) à la place jj ramasse le jj-ème coefficient diagonal). Donc la dérivée en 00 est trA\operatorname{tr} A.

Soit g(t)=det(etA)g(t) = \det(\eu^{tA}). La propriété de groupe donne g(s+t)=g(s)g(t)g(s + t) = g(s)g(t) (multiplicativité de det\det), gg est dérivable, et g(0)=trAg'(0) = \operatorname{tr} A par ce qui précède (etA=I+tA+O(t2)\eu^{tA} = I + tA + O(t^2)). Un morphisme dérivable (R,+)(R,×)(\R, +) \to (\R^*, \times) vérifie g=g(0)gg' = g'(0)\,g (dériver g(s+t)g(s+t) en ss en 00), donc g(t)=ettrAg(t) = \eu^{t\operatorname{tr} A} par l’unicité des solutions de y=cyy' = cy avec y(0)=1y(0) = 1 (volume de première année).

Exercice 2.8 ★★

(Circulante, 3×33 \times 3) Soient j=e2iπ/3j = \eu^{2\iu\pi/3} et

C=(abccabbca)M3(C).C = \begin{pmatrix} a & b & c\\ c & a & b\\ b & c & a \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_3(\C).

Vérifier que les colonnes de la matrice de Vandermonde de 1,j,j21, j, j^2 sont des vecteurs propres de CC, et en déduire

detC=(a+b+c)(a+bj+cj2)(a+bj2+cj).\det C = (a + b + c)(a + bj + cj^2)(a + bj^2 + cj).
Solution

Solution de Exercice 2.8.

Soit vk=(1,jk,j2k)Tv_k = (1, j^k, j^{2k})^{\mathsf T} pour k=0,1,2k = 0, 1, 2. En utilisant 1+j+j2=01 + j + j^2 = 0 et j3=1j^3 = 1 :

Cvk=(a+bjk+cj2kc+ajk+bj2kb+cjk+aj2k)=(a+bjk+cj2k)(1jkj2k),C v_k = \begin{pmatrix} a + b j^k + c j^{2k}\\ c + a j^k + b j^{2k}\\ b + c j^k + a j^{2k} \end{pmatrix} = (a + b j^k + c j^{2k}) \begin{pmatrix} 1\\ j^k\\ j^{2k}\end{pmatrix},

(vérifier la deuxième ligne : jk(a+bjk+cj2k)=ajk+bj2k+cj3k=c+ajk+bj2kj^k(a + bj^k + cj^{2k}) = aj^k + bj^{2k} + cj^{3k} = c + aj^k + bj^{2k}). Donc vkv_k est un vecteur propre de valeur propre λk=a+bjk+cj2k\lambda_k = a + bj^k + cj^{2k}. Les vkv_k forment une base (Vandermonde des 1,j,j21, j, j^2 distincts), donc CC est diagonalisable avec ces valeurs propres et

detC=λ0λ1λ2=(a+b+c)(a+bj+cj2)(a+bj2+cj).\det C = \lambda_0\lambda_1\lambda_2 = (a+b+c)(a + bj + cj^2)(a + bj^2 + cj).

Exercice 2.9 ★★★

Montrer que toute forme linéaire tt sur Mn(K)\mathcal{M}_n(K) est Mtr(AM)M \mapsto \operatorname{tr}(AM) pour un unique AA : l’application Atr(A)A \mapsto \operatorname{tr}(A\,\cdot) est un isomorphisme de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) sur son dual. En déduire à nouveau l’énoncé d’unicité de la Proposition 2.22.

Solution

Solution de Exercice 2.9.

L’application Θ ⁣:Atr(A)\Theta \colon A \mapsto \operatorname{tr}(A\,\cdot) est linéaire de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) dans son dual, entre espaces de même dimension n2n^2 : l’injectivité suffit. Si tr(AM)=0\operatorname{tr}(AM) = 0 pour tout MM, prendre M=EjiM = E_{ji} : tr(AEji)=aij=0\operatorname{tr}(A E_{ji}) = a_{ij} = 0 pour tous i,ji, j : A=0A = 0. Donc Θ\Theta est un isomorphisme.

Unicité de la trace (Proposition 2.22) : une forme tt annulant tous les commutateurs est tr(A)\operatorname{tr}(A\,\cdot) pour un certain AA avec tr(A(MNNM))=0\operatorname{tr}(A(MN - NM)) = 0 pour tous M,NM, N, c’est-à-dire tr((AMMA)N)=0\operatorname{tr}((AM - MA)N) = 0 pour tout NN (cyclicité), c’est-à-dire AM=MAAM = MA pour tout MM (injectivité de Θ\Theta) : AA commute avec tout, donc est scalaire (AA commute avec tous les EijE_{ij} force les coefficients hors diagonale à 00 et les coefficients diagonaux à être égaux), donc t=ctrt = c \operatorname{tr}.

Exercice 2.10 ★★★

Soient u,vL(E)u, v \in \mathcal{L}(E) avec uvvu=uu \circ v - v \circ u = u. Montrer que uu est nilpotent. Indication : montrer que tr(uk)=0\operatorname{tr}(u^k) = 0 pour tout k1k \geq 1 (calculer ukvvuku^k v - v u^k par récurrence), puis utiliser le fait suivant, à démontrer via les identités de Newton ou par récurrence sur la dimension : un endomorphisme d’un C\C-espace vectoriel dont toutes les puissances ont une trace nulle est nilpotent. Travailler sur C\C.

Solution

Solution de Exercice 2.10.

Travailler sur C\C (une matrice réelle est nilpotente ssi elle l’est en tant que matrice complexe : la nilpotence est un=0u^n = 0).

Étape 1 : tr(uk)=0\operatorname{tr}(u^k) = 0 pour k1k \geq 1. Par récurrence, ukvvuk=kuku^k v - v u^k = k\, u^k : pour k=1k = 1 c’est l’hypothèse ; pour le passage,

uk+1vvuk+1=uk(uvvu)+(ukvvuk)u=uk+1+kuk+1.u^{k+1}v - vu^{k+1} = u^k(uv - vu) + (u^k v - v u^k)u = u^{k+1} + k\,u^{k+1} .

En prenant les traces : 0=tr(ukv)tr(vuk)=ktr(uk)0 = \operatorname{tr}(u^k v) - \operatorname{tr}(vu^k) = k \operatorname{tr}(u^k), donc tr(uk)=0\operatorname{tr}(u^k) = 0.

Étape 2 : des traces de puissances nulles impliquent la nilpotence (sur C\C). Soient λ1,,λr\lambda_1, \dots, \lambda_r les valeurs propres non nulles distinctes de uu de multiplicités m1,,mrm_1, \dots, m_r (dans le polynôme caractéristique, qui est scindé sur C\CChapitre 3). Les traces de puissances sont tr(uk)=imiλik\operatorname{tr}(u^k) = \sum_i m_i \lambda_i^k (trigonaliser : la diagonale de la kk-ème puissance d’une matrice triangulaire est faite des kk-èmes puissances). Le système imiλik=0\sum_i m_i \lambda_i^k = 0 pour k=1,,rk = 1, \dots, r est inversible au sens de Vandermonde dans les inconnues miλim_i\lambda_i (matrice (λik1)(\lambda_i^{k-1}) fois la diagonale λi\lambda_i, tous les λi0\lambda_i \neq 0 distincts) : tout miλi=0m_i \lambda_i = 0, impossible avec mi1m_i \geq 1 sauf si r=0r = 0. Donc uu n’a aucune valeur propre non nulle : son polynôme caractéristique est (X)n(-X)^n, et Cayley–Hamilton (Chapitre 3) donne un=0u^n = 0 : nilpotent.

Exercice 2.11 ★★

(Vandermonde) Pour a0,,anKa_0, \dots, a_n \in K, montrer

det(111a0a1ana0na1nann)=0i<jn(ajai).\det\begin{pmatrix} 1 & 1 & \cdots & 1\\ a_0 & a_1 & \cdots & a_n\\ \vdots & \vdots & & \vdots\\ a_0^n & a_1^n & \cdots & a_n^n \end{pmatrix} = \prod_{0 \leq i < j \leq n} (a_j - a_i).

(Voir le déterminant comme un polynôme en ana_n : identifier son degré, ses racines et son coefficient dominant ; récurrence.)

Solution

Solution de Exercice 2.11.

Notons V(a0,,an)V(a_0, \dots, a_n) le déterminant et raisonnons par récurrence sur nn ; V(a0)=1V(a_0) = 1 amorce. Fixer a0,,an1a_0, \dots, a_{n-1} et considérer D(T)=V(a0,,an1,T)D(T) = V(a_0, \dots, a_{n-1}, T), le déterminant de dernière colonne (1,T,,Tn)(1, T, \dots, T^n) : en développant suivant cette colonne, DD est un polynôme de degré n\leq n en TT dont le coefficient de TnT^n est le mineur V(a0,,an1)V(a_0, \dots, a_{n-1}). Supposons d’abord que a0,,an1a_0, \dots, a_{n-1} sont distincts. Pour chaque T=aiT = a_i (i<ni < n) deux colonnes coïncident, donc D(ai)=0D(a_i) = 0 : avec nn racines distinctes et degré n\leq n,

D(T)=V(a0,,an1)i=0n1(Tai),D(T) = V(a_0, \dots, a_{n-1}) \prod_{i=0}^{n-1}(T - a_i),

et T=anT = a_n plus l’hypothèse de récurrence donnent la formule du produit. Si deux des a0,,an1a_0, \dots, a_{n-1} coïncident, les deux membres sont 00 (colonnes répétées ; facteur répété), et la formule est vraie trivialement.

Exercice 2.12 ★★★

Soient A,B,C,DMn(K)A, B, C, D \in \mathcal{M}_n(K) avec KK infini, et supposons CD=DCCD = DC. Montrer que

det(ABCD)=det(ADBC).\det\begin{pmatrix} A & B\\ C & D\end{pmatrix} = \det(AD - BC).

(Traiter d’abord DD inversible, en multipliant à droite par (I0D1CI)\left(\begin{smallmatrix} I & 0\\ -D^{-1}C & I\end{smallmatrix}\right) ; puis remplacer DD par D+tID + tI et comparer deux polynômes en tt.)

Solution

Solution de Exercice 2.12.

DD inversible. Multiplier à droite par la matrice par blocs T=(I0D1CI)T = \left(\begin{smallmatrix} I & 0\\ -D^{-1}C & I\end{smallmatrix}\right), qui est triangulaire par blocs de diagonale unité, detT=1\det T = 1 (son déterminant, par la formule des permutations, ne ramasse que les blocs diagonaux — la règle par blocs de l’Exercice 2.2) :

(ABCD)T=(ABD1CBCDD1CD)=(ABD1CB0D),\begin{pmatrix} A & B\\ C & D\end{pmatrix} T = \begin{pmatrix} A - BD^{-1}C & B\\ C - DD^{-1}C & D\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A - BD^{-1}C & B\\ 0 & D\end{pmatrix},

dont le déterminant est det(ABD1C)detD=det((ABD1C)D)=det(ADBD1CD)\det(A - BD^{-1}C)\det D = \det\bigl((A - BD^{-1}C)D\bigr) = \det(AD - BD^{-1}CD). Puisque CD=DCCD = DC, BD1CD=BCBD^{-1}CD = BC : le déterminant est det(ADBC)\det(AD - BC).

DD général. Soit Dt=D+tID_t = D + tI ; alors CDt=DtCCD_t = D_tC encore. Les deux fonctions

f(t)=det(ABCDt)etg(t)=det(ADtBC)f(t) = \det\begin{pmatrix} A & B\\ C & D_t\end{pmatrix} \qquad\text{et}\qquad g(t) = \det(AD_t - BC)

sont des fonctions polynomiales de tt. Le polynôme det(D+tI)\det(D + tI) est unitaire de degré nn, donc a au plus nn racines : pour tous les tt sauf un nombre fini, DtD_t est inversible et f(t)=g(t)f(t) = g(t) par le premier cas. Deux polynômes sur un corps infini coïncidant en une infinité de points sont égaux : f=gf = g, et t=0t = 0 conclut.

2.5 Problème : l’alternative de Fredholm

Quand le système linéaire u(x)=bu(x) = b a-t-il une solution ? La réponse complète est un énoncé de dualité : exactement quand bb est annulé par toute forme linéaire qui annule l’image de uu — et ces formes sont calculables, étant le noyau de la transposée. Ce problème du week-end construit le dictionnaire complet de la dualité en dimension finie (factorisation des formes, bidualité, calcul des annulateurs, la transposée), démontre l’alternative de Fredholm en dimension finie, et se clôt avec la forme trace et une caractérisation : la trace est le seul invariant linéaire de similitude. Partout, EE et FF sont des KK-espaces vectoriels de dimension finie, n=dimEn = \dim E.

Problème 2.1

Problème du week-end — dualité en dimension finie et alternative de Fredholm

Notation : pour SES \subseteq E^*, le préannulateur est S={xE:φ(x)=0 pour tout φS}S_\circ = \{x \in E : \varphi(x) = 0 \text{ pour tout } \varphi \in S\} ; les annulateurs FF^\circ et les transposées uTu^{\mathsf T} sont ceux de la Définition 2.5 et de la Définition 2.8.

Partie I — Le lemme de factorisation. Soient φ1,,φp,φE\varphi_1, \dots, \varphi_p, \varphi \in E^*.

  1. Soit Φ ⁣:EKp\Phi \colon E \to K^p, x(φ1(x),,φp(x))x \mapsto (\varphi_1(x), \dots, \varphi_p(x)). Identifier kerΦ\ker\Phi, montrer que ΦT\Phi^{\mathsf T} envoie les formes coordonnées de KpK^p sur les φi\varphi_i, et en déduire

    dim(kerφ1kerφp)=ndimVect(φ1,,φp).\dim \bigl(\ker\varphi_1 \cap \dots \cap \ker\varphi_p\bigr) = n - \dim \operatorname{Vect}(\varphi_1, \dots, \varphi_p).
  2. (Lemme de factorisation) Démontrer l’équivalence :

    φVect(φ1,,φp)    kerφ1kerφpkerφ.\varphi \in \operatorname{Vect}(\varphi_1, \dots, \varphi_p) \iff \ker\varphi_1 \cap \dots \cap \ker\varphi_p \subseteq \ker\varphi .
  3. En déduire : (φ1,,φp)(\varphi_1, \dots, \varphi_p) est libre ssi ikerφi\bigcap_i \ker\varphi_i est de dimension npn - p ; et un sous-espace de codimension pp est une intersection de pp hyperplans, jamais moins.
  4. Dans R4\R^4, soient φ1=x+yz\varphi_1 = x + y - z, φ2=y+zt\varphi_2 = y + z - t, ψ=x+2yt\psi = x + 2y - t et ψ=x+y+t\psi' = x + y + t. Décider, par le lemme de factorisation, si ψ\psi et ψ\psi' appartiennent à Vect(φ1,φ2)\operatorname{Vect}(\varphi_1, \varphi_2).
  5. Sur E=R2[X]E = \R_2[X], montrer que ψ0 ⁣:PP(0)\psi_0 \colon P \mapsto P(0), ψ1 ⁣:PP(1)\psi_1 \colon P \mapsto P(1), ψ2 ⁣:P01P(t) ⁣dt\psi_2 \colon P \mapsto \int_0^1 P(t)\dd t forment une base de EE^*, calculer la base (P0,P1,P2)(P_0, P_1, P_2) de EE dont elle est la duale, et trouver l’unique PR2[X]P \in \R_2[X] avec P(0)=1P(0) = 1, P(1)=2P(1) = 2, 01P=32\int_0^1 P = \frac32.

Partie II — Bidualité et calcul des annulateurs.

  1. Montrer que l’application d’évaluation J ⁣:EEJ \colon E \to E^{**}, J(x)(φ)=φ(x)J(x)(\varphi) = \varphi(x), est linéaire et injective, donc un isomorphisme en dimension finie.
  2. (Double annulateur) Montrer J(F)=F:=(F)J(F) = F^{\circ\circ} := (F^\circ)^\circ pour tout sous-espace FEF \subseteq E : sous l’identification JJ, l’annulateur de l’annulateur est le sous-espace lui-même.
  3. Démontrer le calcul des annulateurs : (F+G)=FG(F + G)^\circ = F^\circ \cap G^\circ et (FG)=F+G(F \cap G)^\circ = F^\circ + G^\circ.
  4. En déduire (et redémontrer directement) : deux formes non nulles de même noyau sont proportionnelles.
  5. (Base antéduale) Montrer que pour toute base (φ1,,φn)(\varphi_1, \dots, \varphi_n) de EE^* il existe une unique base (u1,,un)(u_1, \dots, u_n) de EE avec φi(uj)=δij\varphi_i(u_j) = \delta_{ij}.

Partie III — Le calcul de la transposée.

  1. Montrer que uuTu \mapsto u^{\mathsf T} est une bijection linéaire de L(E,F)\mathcal{L}(E, F) sur L(F,E)\mathcal{L}(F^*, E^*), et que (u1)T=(uT)1(u^{-1})^{\mathsf T} = (u^{\mathsf T})^{-1} quand uu est inversible.
  2. (Naturalité) Montrer que uTTJE=JFuu^{\mathsf T\mathsf T} \circ J_E = J_F \circ u : sous les isomorphismes d’évaluation, la double transposée est uu.
  3. Montrer : uu est surjective ssi uTu^{\mathsf T} est injective ; uu est injective ssi uTu^{\mathsf T} est surjective.
  4. Pour uL(E)u \in \mathcal{L}(E) : un sous-espace FF est stable sous uu si et seulement si FF^\circ est stable sous uTu^{\mathsf T}.
  5. Montrer que ker(uTλidE)=(im(uλidE))\ker(u^{\mathsf T} - \lambda\, \mathrm{id}_{E^*}) = \bigl(\operatorname{im}(u - \lambda\, \mathrm{id}_E)\bigr)^\circ, et en déduire que uu et uTu^{\mathsf T} ont les mêmes valeurs propres avec les mêmes multiplicités géométriques.

Partie IV — L’alternative de Fredholm.

  1. Démontrer que imu=(keruT)\operatorname{im} u = (\ker u^{\mathsf T})_\circ pour uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F), et en déduire l’alternative de Fredholm en dimension finie : l’équation u(x)=bu(x) = b a une solution si et seulement si tout ψF\psi \in F^* avec uTψ=0u^{\mathsf T}\psi = 0 vérifie ψ(b)=0\psi(b) = 0.
  2. Forme matricielle : pour AMm,n(K)A \in \mathcal{M}_{m,n}(K) et bKmb \in K^m, exactement l’une des propositions suivantes est vraie : (i) Ax=bAx = b a une solution ; (ii) il existe yKmy \in K^m avec ATy=0A^{\mathsf T}y = 0 et yTb=1y^{\mathsf T}b = 1. Démontrer à la fois le « au plus une » et le « au moins une ».
  3. Trouver tous les bR3b \in \R^3 pour lesquels le système

    x+y=b1,y+z=b2,x+2y+z=b3x + y = b_1, \qquad y + z = b_2, \qquad x + 2y + z = b_3

    a une solution, en calculant le noyau de la matrice transposée.

  4. (Un problème de Neumann discret) Sur E=RnE = \R^n (n3n \geq 3), définir LL par (Lx)k=xk12(xk1+xk+1)(Lx)_k = x_k - \frac12(x_{k-1} + x_{k+1}), indices modulo nn. Montrer LT=LL^{\mathsf T} = L (identifications canoniques), montrer que kerL\ker L est la droite des vecteurs constants (regarder une coordonnée maximale), et conclure : Lx=bLx = b est résoluble ssi kbk=0\sum_k b_k = 0.

Partie V — La forme trace et le théorème d’invariance. Rappelons de l’Exercice 2.9 que Atr(A)A \mapsto \operatorname{tr}(A\,\cdot) identifie Mn(K)\mathcal{M}_n(K) à son dual. On suppose charK=0\operatorname{char} K = 0 (par exemple K=Q,R,CK = \Q, \R, \C).

  1. Sous cette identification, montrer que l’annulateur du sous-espace Sn\mathcal{S}_n des matrices symétriques est le sous-espace An\mathcal{A}_n des matrices antisymétriques, et réciproquement.
  2. Montrer que l’annulateur de l’hyperplan sln={M:trM=0}\mathfrak{sl}_n = \{M : \operatorname{tr} M = 0\} est la droite KInK I_n ; de manière équivalente, une forme linéaire s’annulant sur toutes les matrices de trace nulle est un multiple de la trace.
  3. Montrer que toute matrice de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) est la somme de deux matrices inversibles.
  4. (La trace est le seul invariant linéaire de similitude) Soit tt une forme linéaire sur Mn(K)\mathcal{M}_n(K) avec t(PMP1)=t(M)t(PMP^{-1}) = t(M) pour tout MM et tout PP inversible. Montrer d’abord t(PX)=t(XP)t(PX) = t(XP) pour PP inversible, puis t(BX)=t(XB)t(BX) = t(XB) pour tout BB, et conclure t=ctrt = c \operatorname{tr} pour un certain cKc \in K.
  5. Montrer que rkur\operatorname{rk} u \leq r si et seulement si uu est une somme de rr applications de rang 1\leq 1, c’est-à-dire u=i=1rψi()fiu = \sum_{i=1}^{r} \psi_i(\cdot)\,f_i avec ψiE\psi_i \in E^*, fiFf_i \in F ; en déduire rk(u+v)rku+rkv\operatorname{rk}(u + v) \leq \operatorname{rk} u + \operatorname{rk} v.
  6. (Synthèse) Dresser le dictionnaire démontré dans ce problème : sous-espaces contre annulateurs, sommes contre intersections, applications contre transposées, résolubilité contre orthogonalité au noyau transposé, trace contre similitude. Pour chaque entrée, citer la question qui l’a démontrée, et énoncer en une phrase ce qui remplace les décomptes de dimension quand la dimension devient infinie (le volume de troisième année le rend précis sur les espaces de Hilbert).
Solution

Solution de Problème 2.1.

1. Φ\Phi est linéaire avec kerΦ=ikerφi\ker\Phi = \bigcap_i \ker\varphi_i (un pp-uplet s’annule ssi chaque entrée s’annule). Pour les formes coordonnées εi\varepsilon_i de KpK^p : ΦT(εi)=εiΦ=φi\Phi^{\mathsf T}(\varepsilon_i) = \varepsilon_i \circ \Phi = \varphi_i, donc imΦTVect(φi)\operatorname{im}\Phi^{\mathsf T} \supseteq \operatorname{Vect}(\varphi_i) ; réciproquement imΦT\operatorname{im}\Phi^{\mathsf T} est engendré par les ΦT(εi)\Phi^{\mathsf T}(\varepsilon_i) (les εi\varepsilon_i engendrent (Kp)(K^p)^*). Donc rkΦ=rkΦT=dimVect(φ1,,φp)=:r\operatorname{rk}\Phi = \operatorname{rk} \Phi^{\mathsf T} = \dim\operatorname{Vect}(\varphi_1, \dots, \varphi_p) =: r (Proposition 2.10), et le théorème du rang donne dimikerφi=nr\dim\bigcap_i\ker\varphi_i = n - r.

2. (\Leftarrow) Garder une sous-famille libre maximale, disons φ1,,φr\varphi_1, \dots, \varphi_r, engendrant le même espace (de sorte que l’hypothèse se lit encore irkerφikerφ\bigcap_{i \leq r}\ker\varphi_i \subseteq \ker\varphi : l’intersection sur tous les ii égale celle sur iri \leq r, chaque forme écartée étant une combinaison). L’application Ψ=(φ1,,φr) ⁣:EKr\Psi = (\varphi_1, \dots, \varphi_r) \colon E \to K^r est surjective (question 1 : son rang est rr). Si Ψ(x)=Ψ(y)\Psi(x) = \Psi(y) alors xykerΨkerφx - y \in \ker\Psi \subseteq \ker\varphi, donc φ(x)=φ(y)\varphi(x) = \varphi(y) : φ\varphi se factorise en φ=λΨ\varphi = \lambda \circ \Psi avec λ ⁣:KrK\lambda \colon K^r \to K bien défini ; λ\lambda est linéaire parce que Ψ\Psi est linéaire et surjective (pour t=Ψ(x)t = \Psi(x), t=Ψ(x)t' = \Psi(x') : λ(t+αt)=φ(x+αx)=λ(t)+αλ(t)\lambda(t + \alpha t') = \varphi(x + \alpha x') = \lambda(t) + \alpha\lambda(t')). En écrivant λ=ciεi\lambda = \sum c_i \varepsilon_i : φ=irciφi\varphi = \sum_{i \leq r} c_i\varphi_i. (\Rightarrow) Si φ=ciφi\varphi = \sum c_i \varphi_i, tout xx annulant chaque φi\varphi_i annule φ\varphi.

3. Par la question 1, dimkerφi=nr\dim\bigcap\ker\varphi_i = n - r avec r=dimVect(φi)pr = \dim\operatorname{Vect}(\varphi_i) \leq p, et r=pr = p ssi la famille est libre. Un sous-espace FF de codimension pp : son annulateur est de dimension pp (Théorème 2.6) ; une base (φ1,,φp)(\varphi_1, \dots, \varphi_p) de FF^\circ donne F=ikerφiF = \bigcap_i\ker\varphi_i (la formule de reconstitution). Moins : une intersection de qq hyperplans a une dimension nq>np\geq n - q > n - p par la question 1.

4. Calculons kerφ1kerφ2\ker\varphi_1 \cap \ker\varphi_2 : de x+yz=0x + y - z = 0 et y+zt=0y + z - t = 0, paramétrer par (y,z)(y, z) : x=zyx = z - y, t=y+zt = y + z, donnant le plan des vecteurs (zy,  y,  z,  y+z)(z - y,\; y,\; z,\; y + z). Sur lui, ψ=x+2yt=(zy)+2y(y+z)=0\psi = x + 2y - t = (z - y) + 2y - (y + z) = 0 : par le lemme de factorisation ψVect(φ1,φ2)\psi \in \operatorname{Vect}(\varphi_1, \varphi_2) — en effet ψ=φ1+φ2\psi = \varphi_1 + \varphi_2. Mais ψ=x+y+t=(zy)+y+(y+z)=y+2z\psi' = x + y + t = (z - y) + y + (y + z) = y + 2z n’y est pas identiquement nul (y=1,z=0y = 1, z = 0 donne 11) : ψVect(φ1,φ2)\psi' \notin \operatorname{Vect}(\varphi_1, \varphi_2).

5. Trois formes sur un espace de dimension 33 : la liberté suffit. Si aψ0+bψ1+cψ2=0a\psi_0 + b\psi_1 + c\psi_2 = 0, tester sur 1,X,X21, X, X^2 : a+b+c=0a + b + c = 0, b+c2=0b + \frac c2 = 0, b+c3=0b + \frac c3 = 0 ; soustraire les deux dernières donne c=0c = 0, puis b=0b = 0, a=0a = 0. Base antéduale : en écrivant P=α+βX+γX2P = \alpha + \beta X + \gamma X^2 et en résolvant ψi(Pj)=δij\psi_i(P_j) = \delta_{ij} (P(0)=αP(0) = \alpha, P(1)=α+β+γP(1) = \alpha + \beta + \gamma, 01P=α+β2+γ3\int_0^1 P = \alpha + \frac\beta2 + \frac\gamma3) :

P0=14X+3X2,P1=2X+3X2,P2=6X6X2.P_0 = 1 - 4X + 3X^2, \qquad P_1 = -2X + 3X^2, \qquad P_2 = 6X - 6X^2 .

(Vérification, p. ex. : 01P2=32=1\int_0^1 P_2 = 3 - 2 = 1, P2(0)=P2(1)=0P_2(0) = P_2(1) = 0.) Le problème d’interpolation est résolu par les coordonnées dans la base antéduale :

P=1P0+2P1+32P2=1+XP = 1\cdot P_0 + 2\cdot P_1 + \tfrac32\, P_2 = 1 + X

(coefficient de XX 44+9=1-4 - 4 + 9 = 1, coefficient de X2X^2 3+69=03 + 6 - 9 = 0) ; en effet P(0)=1P(0) = 1, P(1)=2P(1) = 2, 01P=32\int_0^1 P = \frac32.

6. Linéarité : pour tout φ\varphi, J(x+αy)(φ)=φ(x+αy)=J(x)(φ)+αJ(y)(φ)J(x + \alpha y)(\varphi) = \varphi(x + \alpha y) = J(x)(\varphi) + \alpha J(y)(\varphi), c’est-à-dire J(x+αy)=J(x)+αJ(y)J(x + \alpha y) = J(x) + \alpha J(y). Injectivité : si x0x \neq 0, compléter x=e1x = e_1 en une base ; la forme coordonnée e1e_1^* vérifie J(x)(e1)=10J(x)(e_1^*) = 1 \neq 0. Puisque dimE=dimE=dimE\dim E^{**} = \dim E^* = \dim E, injective implique bijective.

7. Inclusion : pour xFx \in F et φF\varphi \in F^\circ, J(x)(φ)=φ(x)=0J(x)(\varphi) = \varphi(x) = 0, donc J(F)FJ(F) \subseteq F^{\circ\circ}. Dimensions (Théorème 2.6 deux fois) :

dimF=dimEdimF=n(ndimF)=dimF=dimJ(F),\dim F^{\circ\circ} = \dim E^* - \dim F^\circ = n - (n - \dim F) = \dim F = \dim J(F),

JJ étant injective. Donc J(F)=FJ(F) = F^{\circ\circ}.

8. Première identité : φ\varphi annule F+GF + G ssi elle annule à la fois FF et GG (elle annule les sommes ssi elle annule les morceaux) : (F+G)=FG(F+G)^\circ = F^\circ \cap G^\circ. Seconde : l’inclusion F+G(FG)F^\circ + G^\circ \subseteq (F \cap G)^\circ est claire (chaque terme annule FGF \cap G). Dimensions, en utilisant la première identité et Grassmann :

dim(F+G)=dimF+dimGdim(FG)=(ndimF)+(ndimG)(ndim(F+G)),\dim(F^\circ + G^\circ) = \dim F^\circ + \dim G^\circ - \dim(F^\circ \cap G^\circ) = (n - \dim F) + (n - \dim G) - \bigl(n - \dim(F + G)\bigr),

ce qui par Grassmann dans EE égale ndim(FG)=dim(FG)n - \dim(F \cap G) = \dim(F \cap G)^\circ : égalité.

9. Via le lemme : kerψkerφ\ker\psi \subseteq \ker\varphi avec p=1p = 1 donne φVect(ψ)\varphi \in \operatorname{Vect}(\psi), et φ0\varphi \neq 0 rend le scalaire non nul. Directement : choisir x0x_0 avec ψ(x0)0\psi(x_0) \neq 0 ; tout xx s’écrit x=(xψ(x)ψ(x0)x0)+ψ(x)ψ(x0)x0x = \bigl(x - \frac{\psi(x)}{\psi(x_0)}x_0\bigr) + \frac{\psi(x)}{\psi(x_0)} x_0 avec le premier terme dans kerψ=kerφ\ker\psi = \ker\varphi ; en appliquant φ\varphi : φ(x)=φ(x0)ψ(x0)ψ(x)\varphi(x) = \frac{\varphi(x_0)}{\psi(x_0)}\psi(x).

10. Prendre la base duale (φ1,,φn)(\varphi_1^*, \dots, \varphi_n^*) de (φ1,,φn)(\varphi_1, \dots, \varphi_n) dans EE^{**} (Définition 2.1 appliquée à EE^*) et poser uj=J1(φj)u_j = J^{-1}(\varphi_j^*) : une base de EE (JJ est un isomorphisme, question 6), avec φi(uj)=J(uj)(φi)=φj(φi)=δij\varphi_i(u_j) = J(u_j)(\varphi_i) = \varphi_j^*(\varphi_i) = \delta_{ij}. Unicité : les conditions φi(uj)=δij\varphi_i(u_j) = \delta_{ij} déterminent J(uj)J(u_j) sur la base (φi)(\varphi_i), donc déterminent uju_j.

11. Linéarité : (u+αv)Tψ=ψ(u+αv)=uTψ+αvTψ(u + \alpha v)^{\mathsf T}\psi = \psi \circ (u + \alpha v) = u^{\mathsf T}\psi + \alpha\, v^{\mathsf T}\psi. Injectivité : si u0u \neq 0, choisir xx avec u(x)0u(x) \neq 0 et ψ\psi avec ψ(u(x))0\psi(u(x)) \neq 0 (l’astuce de la forme coordonnée de la question 6) : uTψ0u^{\mathsf T}\psi \neq 0. Les espaces L(E,F)\mathcal{L}(E,F) et L(F,E)\mathcal{L}(F^*, E^*) ont tous deux la dimension dimEdimF\dim E \dim F : bijective. Si uu est inversible, la règle de renversement (vu)T=uTvT(vu)^{\mathsf T} = u^{\mathsf T}v^{\mathsf T} donne uT(u1)T=(u1u)T=idEu^{\mathsf T}(u^{-1})^{\mathsf T} = (u^{-1}u)^{\mathsf T} = \mathrm{id}_{E^*} et (u1)TuT=(uu1)T=idF(u^{-1})^{\mathsf T}u^{\mathsf T} = (uu^{-1})^{\mathsf T} = \mathrm{id}_{F^*}, donc (uT)1=(u1)T(u^{\mathsf T})^{-1} = (u^{-1})^{\mathsf T}.

12. Pour xEx \in E et ψF\psi \in F^* :

(uTT(JEx))(ψ)=(JEx)(uTψ)=(uTψ)(x)=ψ(u(x))=(JF(u(x)))(ψ).\bigl(u^{\mathsf T\mathsf T}(J_E x)\bigr)(\psi) = (J_E x)\bigl(u^{\mathsf T}\psi\bigr) = (u^{\mathsf T}\psi)(x) = \psi\bigl(u(x)\bigr) = \bigl(J_F(u(x))\bigr)(\psi).

Comme ψ\psi est arbitraire, uTTJE=JFuu^{\mathsf T\mathsf T} \circ J_E = J_F \circ u.

13. Par la Proposition 2.10 : keruT=(imu)\ker u^{\mathsf T} = (\operatorname{im} u)^\circ, donc uu surjective     imu=F    (imu)={0}\iff \operatorname{im} u = F \iff (\operatorname{im}u)^\circ = \{0\} (Théorème 2.6)     uT\iff u^{\mathsf T} injective. Et imuT=(keru)\operatorname{im} u^{\mathsf T} = (\ker u)^\circ, donc uu injective     keru={0}    (keru)=E\iff \ker u = \{0\} \iff (\ker u)^\circ = E^*     uT\iff u^{\mathsf T} surjective.

14. Si u(F)Fu(F) \subseteq F et φF\varphi \in F^\circ : (uTφ)(x)=φ(u(x))=0(u^{\mathsf T}\varphi)(x) = \varphi(u(x)) = 0 pour xFx \in F, donc uTφFu^{\mathsf T}\varphi \in F^\circ. Réciproquement, si u(F)⊈Fu(F) \not\subseteq F, choisir xFx \in F avec u(x)Fu(x) \notin F ; par la formule de reconstitution du Théorème 2.6 il existe φF\varphi \in F^\circ avec φ(u(x))0\varphi(u(x)) \neq 0 : alors (uTφ)(x)0(u^{\mathsf T}\varphi)(x) \neq 0 bien que xFx \in F, donc uTφFu^{\mathsf T}\varphi \notin F^\circ : FF^\circ n’est pas stable.

15. uTλidE=(uλidE)Tu^{\mathsf T} - \lambda\,\mathrm{id}_{E^*} = (u - \lambda\,\mathrm{id}_E)^{\mathsf T} (la transposition est linéaire et idT=id\mathrm{id}^{\mathsf T} = \mathrm{id}), donc son noyau est (im(uλid))(\operatorname{im}(u - \lambda\,\mathrm{id}))^\circ (Proposition 2.10), de dimension

nrk(uλid)=dimker(uλid)n - \operatorname{rk}(u - \lambda\,\mathrm{id}) = \dim\ker(u - \lambda\,\mathrm{id})

par le théorème du rang. En particulier un noyau est non nul ssi l’autre l’est : mêmes valeurs propres, mêmes multiplicités géométriques.

16. Inclusion : si b=u(x)b = u(x) et uTψ=0u^{\mathsf T}\psi = 0, alors ψ(b)=ψ(u(x))=(uTψ)(x)=0\psi(b) = \psi(u(x)) = (u^{\mathsf T}\psi)(x) = 0 : donc imu(keruT)\operatorname{im} u \subseteq (\ker u^{\mathsf T})_\circ. Dimensions : pour un sous-espace SFS \subseteq F^*, S=JF1(S)S_\circ = J_F^{-1}(S^\circ) (dérouler : ySy \in S_\circ ssi tout ψS\psi \in S annule yy ssi JF(y)SJ_F(y) \in S^\circ), donc dimS=dimFdimS\dim S_\circ = \dim F - \dim S. Avec S=keruTS = \ker u^{\mathsf T} :

dim(keruT)=dimFdimkeruT=rkuT=rku:\dim(\ker u^{\mathsf T})_\circ = \dim F - \dim\ker u^{\mathsf T} = \operatorname{rk} u^{\mathsf T} = \operatorname{rk} u :

égalité des dimensions, donc imu=(keruT)\operatorname{im} u = (\ker u^{\mathsf T})_\circ. Reformulé : bimub \in \operatorname{im} u ssi ψ(b)=0\psi(b) = 0 pour tout ψ\psi avec uTψ=0u^{\mathsf T}\psi = 0 — l’alternative de Fredholm.

17. Identifier (Km)(K^m)^* avec KmK^m par yψyy \mapsto \psi_y, ψy(v)=yTv\psi_y(v) = y^{\mathsf T}v ; alors (uTψy)(x)=yTAx=(ATy)Tx(u^{\mathsf T}\psi_y)(x) = y^{\mathsf T}Ax = (A^{\mathsf T}y)^{\mathsf T}x, donc uTψy=ψATyu^{\mathsf T}\psi_y = \psi_{A^{\mathsf T}y} : la transposée est la matrice transposée. Au plus une : si Ax=bAx = b et ATy=0A^{\mathsf T}y = 0, alors yTb=yTAx=(ATy)Tx=01y^{\mathsf T}b = y^{\mathsf T}Ax = (A^{\mathsf T}y)^{\mathsf T}x = 0 \neq 1. Au moins une : si (i) échoue, la question 16 fournit ψy\psi_y avec ATy=0A^{\mathsf T}y = 0 et yTb0y^{\mathsf T}b \neq 0 ; réajuster yy pour le rendre égal à 11.

18. A=(110011121)A = \left(\begin{smallmatrix} 1 & 1 & 0\\ 0 & 1 & 1\\ 1 & 2 & 1\end{smallmatrix}\right) (troisième ligne = première + deuxième, donc AA est singulière). Résoudre ATy=0A^{\mathsf T}y = 0 : y1+y3=0y_1 + y_3 = 0, y1+y2+2y3=0y_1 + y_2 + 2y_3 = 0, y2+y3=0y_2 + y_3 = 0 donnent y1=y2=y3y_1 = y_2 = -y_3 : la droite engendrée par y=(1,1,1)y = (1, 1, -1). Fredholm : résoluble ssi yTb=b1+b2b3=0y^{\mathsf T}b = b_1 + b_2 - b_3 = 0, c’est-à-dire b3=b1+b2b_3 = b_1 + b_2 — visiblement la bonne condition, puisque la troisième équation est la somme des deux premières.

19. La matrice de LL a 11 sur la diagonale et 12-\frac12 en positions (k,k±1)(k, k\pm1) (mod nn) : symétrique, donc LT=LL^{\mathsf T} = L sous l’identification de la question 17. Noyau : si Lx=0Lx = 0 alors chaque xk=12(xk1+xk+1)x_k = \frac12(x_{k-1} + x_{k+1}). Soit k0k_0 maximisant xkx_k ; la moyenne des deux voisins, tous deux xk0\leq x_{k_0}, égale xk0x_{k_0} seulement si les deux égalent xk0x_{k_0} ; en se propageant autour du cycle, xx est constant. Réciproquement les constantes sont annulées. Donc kerLT=kerL=R(1,,1)\ker L^{\mathsf T} = \ker L = \R(1, \dots, 1), et l’alternative de Fredholm se lit : Lx=bLx = b résoluble ssi (1,,1)Tb=kbk=0(1,\dots,1)^{\mathsf T} b = \sum_k b_k = 0 — la condition de compatibilité discrète : une « distribution de chaleur » sur un anneau peut être réalisée par un potentiel ssi son flux total s’annule.

20. Si AA est antisymétrique et SS symétrique :

tr(AS)=tr((AS)T)=tr(STAT)=tr(SA)=tr(AS),\operatorname{tr}(AS) = \operatorname{tr}\bigl((AS)^{\mathsf T}\bigr) = \operatorname{tr}(S^{\mathsf T}A^{\mathsf T}) = -\operatorname{tr}(SA) = -\operatorname{tr}(AS),

donc 2tr(AS)=02\operatorname{tr}(AS) = 0 et (charK2\operatorname{char} K \neq 2) tr(AS)=0\operatorname{tr}(AS) = 0 : AnSn\mathcal{A}_n \subseteq \mathcal{S}_n^\circ (en identifiant le dual avec les matrices). Dimensions : dimSn=n2n(n+1)2=n(n1)2=dimAn\dim\mathcal{S}_n^\circ = n^2 - \frac{n(n+1)}2 = \frac{n(n-1)}2 = \dim\mathcal{A}_n : égalité. En échangeant les rôles (même calcul), An=Sn\mathcal{A}_n^\circ = \mathcal{S}_n.

21. tr(InM)=trM=0\operatorname{tr}(I_nM) = \operatorname{tr} M = 0 pour MslnM \in \mathfrak{sl}_n : la droite KInKI_n est dans l’annulateur, dont la dimension est n2(n21)=1n^2 - (n^2 - 1) = 1 : égalité. Traduit par l’isomorphisme Atr(A)A \mapsto \operatorname{tr}(A\,\cdot) : une forme s’annulant sur sln\mathfrak{sl}_n est tr(λIn)=λtr\operatorname{tr}(\lambda I_n\,\cdot) = \lambda\operatorname{tr}.

22. Soit MMn(K)M \in \mathcal{M}_n(K). Le polynôme tdet(MtI)t \mapsto \det(M - tI) est non nul de degré nn, donc a au plus nn racines ; KK est de caractéristique 00, donc infini : choisir λ0\lambda \neq 0 qui n’est pas une racine. Alors M=(MλI)+λIM = (M - \lambda I) + \lambda I écrit MM comme somme de deux matrices inversibles.

23. Étape 1 : pour PP inversible et XX arbitraire, appliquer l’invariance à M=XPM = XP : t(P(XP)P1)=t(XP)t(P(XP)P^{-1}) = t(XP), c’est-à-dire t(PX)=t(XP)t(PX) = t(XP). Étape 2 : fixer XX ; les deux membres de t(BX)=t(XB)t(BX) = t(XB) sont linéaires en BB et coïncident sur les BB inversibles ; par la question 22 tout BB est une somme de deux inversibles, donc ils coïncident partout. Étape 3 : tt annule tout commutateur XBBXXB - BX ; les commutateurs engendrent sln\mathfrak{sl}_n (montré dans la démonstration de la Proposition 2.22), donc tt s’annule sur sln\mathfrak{sl}_n et la question 21 donne t=ctrt = c\operatorname{tr}. (Réciproquement tout ctrc\operatorname{tr} est invariant par similitude : la trace est l’invariant linéaire de similitude.)

24. Si rku=rr\operatorname{rk} u = r' \leq r : prendre une base (f1,,fr)(f_1, \dots, f_{r'}) de imu\operatorname{im} u et écrire u(x)=i=1rψi(x)fiu(x) = \sum_{i=1}^{r'} \psi_i(x) f_i ; chaque coordonnée ψi(x)\psi_i(x) de u(x)u(x) est linéaire en xx (composition de uu avec une forme coordonnée), donc uu est une somme de rrr' \leq r applications de rang 1\leq1 (compléter par des zéros). Réciproquement, si u=i=1rψi()fiu = \sum_{i=1}^r \psi_i(\cdot)f_i, alors imuVect(f1,,fr)\operatorname{im} u \subseteq \operatorname{Vect}(f_1, \dots, f_r) : rkur\operatorname{rk} u \leq r. Sous-additivité : écrire uu avec rku\operatorname{rk} u termes et vv avec rkv\operatorname{rk} v termes ; la somme a rku+rkv\operatorname{rk} u + \operatorname{rk} v termes, donc rk(u+v)rku+rkv\operatorname{rk}(u + v) \leq \operatorname{rk} u + \operatorname{rk} v.

25. Le dictionnaire : un sous-espace FF correspond à FF^\circ de dimension complémentaire (Théorème 2.6), et retour par la bidualité (questions 6–7) ; les sommes s’échangent avec les intersections (question 8) ; une application uu correspond à uTu^{\mathsf T} avec keruT=(imu)\ker u^{\mathsf T} = (\operatorname{im}u)^\circ, imuT=(keru)\operatorname{im}u^{\mathsf T} = (\ker u)^\circ, rangs égaux, injectivité/surjectivité échangées, sous-espaces stables et valeurs propres appariés (questions 11–15) ; l’équation u(x)=bu(x) = b est résoluble ssi bb est orthogonal à keruT\ker u^{\mathsf T} (questions 16–19) ; et sur Mn\mathcal{M}_n l’accouplement de trace réalise tout le dictionnaire concrètement, avec la trace comme unique invariant linéaire de similitude (questions 20–23) et le rang comme longueur minimale d’une décomposition en tenseurs élémentaires (question 24). En dimension infinie les décomptes de dimension échouent et sont remplacés par des hypothèses de fermeture sur les images et par la complétude — sur les espaces de Hilbert ceci devient le théorème de représentation de Riesz et la théorie de Fredholm des opérateurs compacts, démontrée honnêtement dans le volume de troisième année.