Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « Première forme fondamentale » ?

Définition 19.12 Mathématiques universitaires — Licence 2 · Chapitre 19 — Surfaces

Soit σ ⁣:UR3\sigma \colon U \to \R^3 une surface C1\mathcal{C}^1 régulière. Sa première forme fondamentale en (u,v)(u,v) est la forme quadratique définie positive sur R2\R^2

I(h,k)=hσu+kσv2=Eh2+2Fhk+Gk2,I(h, k) = \norm{h\,\sigma_u + k\,\sigma_v}^2 = E\,h^2 + 2F\,hk + G\,k^2,

E=σu2,F=σu,σv,G=σv2.E = \norm{\sigma_u}^2, \qquad F = \langle \sigma_u, \sigma_v\rangle, \qquad G = \norm{\sigma_v}^2 .

Exemples

Exemple 19.14 (Angles entre courbes coordonnées)

La première forme fondamentale mesure aussi les angles : les courbes coordonnées uσ(u,v0)u \mapsto \sigma(u, v_0) et vσ(u0,v)v \mapsto \sigma(u_0, v) se rencontrent selon l’angle θ\theta avec

cosθ=σu,σvσuσv=FEG:\cos\theta = \frac{\langle\sigma_u, \sigma_v\rangle}{\norm{\sigma_u}\,\norm{\sigma_v}} = \frac{F}{\sqrt{EG}} :

le seul coefficient FF décide de l’orthogonalité du réseau de paramètres. Pour la carte sphérique et l’hélicoïde, F=0F = 0 : les méridiens coupent les parallèles, et les hélices coupent les génératrices horizontales, à angle droit — ce qui explique pourquoi leurs intégrandes d’aire se réduisaient à EG\sqrt{EG}. Pour une carte-graphe, F=fxfyF = f_xf_y ne s’annule que là où une dérivée partielle s’annule : le réseau de coordonnées d’un graphe incliné n’est pas orthogonal, même si le réseau (x,y)(x, y) en dessous l’est. Quand les calculs sur une surface paraissent lourds, le premier réflexe est de chercher une carte avec F=0F = 0.

Exemple 19.17 (Pourquoi les avions de ligne survolent le pôle)

Deux aéroports sont à la latitude φ0\varphi_0 et à des longitudes opposées : A=σ(0,φ0)A = \sigma(0, \varphi_0) et B=σ(π,φ0)B = \sigma(\pi, \varphi_0) sur la sphère de rayon RR. Le long du parallèle (φφ0\varphi \equiv \varphi_0), la longueur est 0πRcosφ0 ⁣dθ=πRcosφ0\int_0^\pi R\cos\varphi_0\,\dd\theta = \pi R\cos\varphi_0. Le long de la route par le pôle (en montant le méridien θ=0\theta = 0, en descendant le méridien θ=π\theta = \pi), elle vaut 2R(π2φ0)2R(\frac\pi2 - \varphi_0). À la latitude φ0=π3\varphi_0 = \frac\pi3 (soixante degrés) : route par le parallèle πR/21.571R\pi R/2 \approx 1.571\,R, route polaire πR/31.047R\pi R/3 \approx 1.047\,R — un tiers plus courte. En fait πcosφ0π2φ0\pi\cos\varphi_0 \geq \pi - 2\varphi_0 sur [0,π/2]\intcc0{\pi/2} (la fonction πcosφπ+2φ\pi\cos\varphi - \pi + 2\varphi s’annule aux deux bornes et sa dérivée 2πsinφ2 - \pi\sin\varphi change de signe une fois, donc elle est d’abord croissante puis décroissante, donc positive) : la route polaire ne perd jamais. La première forme fondamentale a transformé une question de navigation en deux intégrales d’une ligne ; l’Exercice 19.6 pousse l’idée jusqu’à une véritable preuve de minimalité pour les méridiens.

Exemple 19.22 (Deux graphes différents, une même aire)

Sur le disque unité, comparons le bol z=12(x2+y2)z = \frac12(x^2 + y^2) et la selle z=xyz = xy. Leurs intégrandes d’aire (Exercice 19.5) sont

1+x2+y2et1+y2+x2:\sqrt{1 + x^2 + y^2} \qquad\text{et}\qquad \sqrt{1 + y^2 + x^2} :

identiques. Les deux surfaces — l’une se courbant de la même façon dans toutes les directions, l’autre en forme de selle — ont des aires exactement égales sur tout domaine, 2π3(221)\frac{2\pi}3(2\sqrt2 - 1) sur le disque unité. L’élément d’aire ne voit que la longueur du gradient, pas la disposition de la courbure ; distinguer le bol de la selle exige des données du second ordre (la structure de signe exhibée dans la Figure 19.1), qu’aucune mesure d’aire ne détecte. Première forme fondamentale : métrique, aveugle à la forme ; la seconde forme, qui voit la forme, appartient à la troisième année.

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