Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

19Surfaces

Après les courbes, les surfaces : des objets à deux paramètres dans R3\R^3. Le calcul différentiel du Chapitre 15 fournit tout ce dont nous avons besoin — les dérivées partielles donnent les vecteurs tangents, le produit vectoriel donne la normale, les déterminants donnent les aires. Nous définissons les surfaces paramétrées régulières, leurs plans tangents et la première forme fondamentale, qui encode toutes les mesures de longueur et d’aire sur la surface. Les surfaces apparaissent aussi comme ensembles de niveau f(x,y,z)=cf(x, y, z) = c ; le gradient dirige alors la normale.

19.1 Surfaces paramétrées

Définition 19.1 (Surface paramétrée régulière)

Soit UR2U \subseteq \R^2 un ouvert. Une surface paramétrée de classe Ck\mathcal{C}^k (k1k \geq 1) est une application σ ⁣:UR3\sigma \colon U \to \R^3, (u,v)σ(u,v)(u, v) \mapsto \sigma(u, v), de classe Ck\mathcal{C}^k. Un point est régulier si les vecteurs dérivées partielles

σu(u,v)=σu(u,v),σv(u,v)=σv(u,v)\sigma_u(u, v) = \frac{\partial\sigma}{\partial u}(u,v), \qquad \sigma_v(u, v) = \frac{\partial\sigma}{\partial v}(u,v)

sont linéairement indépendants, c.-à-d. σuσv0\sigma_u \wedge \sigma_v \neq 0 ; la surface est régulière si tout point l’est.

Exemple 19.2 (Les trois descriptions standard)

  1. Graphe : σ(u,v)=(u, v, f(u,v))\sigma(u, v) = (u,\ v,\ f(u, v)) pour fC1(U)f \in \mathcal{C}^1(U). Toujours régulière : σu=(1,0,fu)\sigma_u = (1, 0, f_u) et σv=(0,1,fv)\sigma_v = (0, 1, f_v) sont indépendants.
  2. Sphère (coordonnées sphériques) : pour la sphère de rayon RR,

    σ(θ,φ)=(Rcosθcosφ, Rsinθcosφ, Rsinφ),(θ,φ)R×(π2,π2),\sigma(\theta, \varphi) = (R\cos\theta\cos\varphi,\ R\sin\theta\cos\varphi,\ R\sin\varphi), \qquad (\theta, \varphi) \in \R \times \bigl(-\tfrac\pi2, \tfrac\pi2\bigr),

    avec θ\theta la longitude et φ\varphi la latitude. On vérifie σθσφ=R2cosφ>0\norm{\sigma_\theta \wedge \sigma_\varphi} = R^2\cos\varphi > 0 : régulière hors des pôles (que cette carte omet).

  3. Ensemble de niveau : S={(x,y,z):f(x,y,z)=c}S = \{(x,y,z) : f(x, y, z) = c\}ff est C1\mathcal{C}^1 et f0\nabla f \neq 0 sur SS. Au voisinage de chaque point, une coordonnée peut s’exprimer en fonction des deux autres par le théorème des fonctions implicites (Chapitre 15), donc SS est localement un graphe.

Exemple 19.3 (De l’ensemble de niveau au graphe)

Le théorème des fonctions implicites du point 3 mérite une mise en œuvre explicite. Prenons la sphère x2+y2+z2=R2x^2 + y^2 + z^2 = R^2 au voisinage de son pôle nord (0,0,R)(0, 0, R) : là fz=2z=2R0\frac{\partial f}{\partial z} = 2z = 2R \neq 0, et la résolution en zz donne la carte-graphe

z=R2x2y2,x2+y2<R2,z = \sqrt{R^2 - x^2 - y^2}, \qquad x^2 + y^2 < R^2 ,

régulière partout sur son domaine (ouvert) — y compris le pôle que la carte sphérique manquait. Au voisinage d’un point de l’équateur comme (R,0,0)(R, 0, 0), le même théorème résout en xx à la place (fx=2R0\frac{\partial f}{\partial x} = 2R \neq 0). La règle empirique : une surface de niveau est un graphe au-dessus du plan de coordonnées orthogonal à la plus grande composante du gradient, et en recouvrant la sphère par six telles cartes-graphes on vérifie sa régularité partout sans aucune trigonométrie.

19.2 Plan tangent et normale

Définition 19.4 (Plan tangent)

Soit σ\sigma régulière en (u0,v0)(u_0, v_0), M0=σ(u0,v0)M_0 = \sigma(u_0, v_0). Le plan tangent TM0ST_{M_0}S est le plan passant par M0M_0 dirigé par Vect(σu,σv)\operatorname{Vect}(\sigma_u, \sigma_v) (dérivées partielles en (u0,v0)(u_0, v_0)). La normale unitaire est

n(u0,v0)=σuσvσuσv.n(u_0, v_0) = \frac{\sigma_u \wedge \sigma_v} {\norm{\sigma_u \wedge \sigma_v}} .

Proposition 19.5 (Les vecteurs tangents sont des vecteurs vitesse)

La direction de TM0ST_{M_0}S est exactement l’ensemble des vecteurs γ(0)\gamma'(0), où γ=σc\gamma = \sigma \circ c parcourt les courbes C1\mathcal{C}^1 tracées sur la surface passant par M0M_0 (c.-à-d. c ⁣:(ε,ε)Uc \colon (-\varepsilon, \varepsilon) \to U est C1\mathcal{C}^1 avec c(0)=(u0,v0)c(0) = (u_0, v_0)).

Démonstration. Si c(t)=(u(t),v(t))c(t) = (u(t), v(t)), la règle de dérivation en chaîne (Chapitre 15) donne

γ(0)=u(0)σu+v(0)σvVect(σu,σv).\gamma'(0) = u'(0)\,\sigma_u + v'(0)\,\sigma_v \in \operatorname{Vect}(\sigma_u, \sigma_v).

Réciproquement, le vecteur aσu+bσva\sigma_u + b\sigma_v est atteint par la courbe c(t)=(u0+at, v0+bt)c(t) = (u_0 + at,\ v_0 + bt), qui reste dans l’ouvert UU pour t\abs t petit.

Exemple 19.6 (Le plan tangent de l’hélicoïde)

Pour l’hélicoïde σ(u,v)=(vcosu, vsinu, au)\sigma(u, v) = (v\cos u,\ v\sin u,\ au), au point σ(0,1)=(1,0,0)\sigma(0, 1) = (1, 0, 0) :

σu=(0, 1, a),σv=(1, 0, 0),σuσv=(0, a, 1),\sigma_u = (0,\ 1,\ a), \qquad \sigma_v = (1,\ 0,\ 0), \qquad \sigma_u \wedge \sigma_v = (0,\ a,\ -1),

donc le plan tangent est ay=za\,y = z. Il contient toute la génératrice horizontale {(t,0,0)}\{(t, 0, 0)\} (direction σv\sigma_v) : comme pour le cône de l’Exercice 19.1, une surface réglée par des droites a chacune de ses génératrices contenue dans le plan tangent le long de celle-ci. L’autre direction tangente σu\sigma_u est la vitesse de l’hélice uσ(u,1)u \mapsto \sigma(u, 1) : une carte, deux courbes tracées, et tout le plan tangent est engendré — la Proposition 19.5 en action.

Proposition 19.7 (Normale d’une surface de niveau)

Soit S={f=c}S = \{f = c\} avec ff de classe C1\mathcal{C}^1 et f(M0)0\nabla f(M_0) \neq 0. Alors le plan tangent de SS en M0M_0 est le plan passant par M0M_0 orthogonal à f(M0)\nabla f(M_0) :

TM0S:f(M0), MM0=0.T_{M_0}S :\quad \langle \nabla f(M_0),\ M - M_0\rangle = 0 .

Démonstration. Pour toute courbe γ\gamma tracée sur SS passant par M0M_0, f(γ(t))=cf(\gamma(t)) = c identiquement, donc la règle de dérivation en chaîne donne f(M0),γ(0)=0\langle \nabla f(M_0), \gamma'(0)\rangle = 0 : tous les vecteurs vitesse sont orthogonaux au gradient, donc la direction tangente est contenue dans le plan f(M0)\nabla f(M_0)^\perp. Les deux sont des sous-espaces de dimension 22 — la direction tangente parce que SS est localement un graphe régulier (Exemple 19.2), l’orthogonal parce que f(M0)0\nabla f(M_0) \neq 0 — donc ils sont égaux.

Exemple 19.8

Pour la sphère x2+y2+z2=R2x^2 + y^2 + z^2 = R^2 : f=2(x,y,z)\nabla f = 2(x, y, z), donc le plan tangent en M0M_0 est orthogonal au rayon OM0\vect{OM_0} — le fait classique que rayon et plan tangent sont perpendiculaires, d’équation M0,M=R2\langle M_0, M\rangle = R^2.

Exemple 19.9 (Plan tangent d’un graphe)

Pour z=f(x,y)z = f(x, y) en (x0,y0)(x_0, y_0) : en appliquant la Proposition 19.7 à F(x,y,z)=f(x,y)zF(x,y,z) = f(x,y) - z,

z=f(x0,y0)+fx(x0,y0)(xx0)+fy(x0,y0)(yy0),z = f(x_0, y_0) + f_x(x_0, y_0)(x - x_0) + f_y(x_0, y_0)(y - y_0) ,

la partie affine du développement de Taylor à l’ordre un — le plan tangent est le graphe de la différentielle, comme il se doit.

Exemple 19.10 (Le point le plus proche d’une surface)

Quel point du paraboloïde z=x2+y2z = x^2 + y^2 est le plus proche de P=(0,0,1)P = (0, 0, 1) ? Minimisons le carré de la distance le long de la surface : avec ρ2=x2+y2\rho^2 = x^2 + y^2,

g(ρ2)=ρ2+(ρ21)2,g(ρ2)=1+2(ρ21)=0    ρ2=12,g(\rho^2) = \rho^2 + (\rho^2 - 1)^2, \qquad g'(\rho^2) = 1 + 2(\rho^2 - 1) = 0 \iff \rho^2 = \tfrac12 ,

donnant le cercle des points à hauteur z=12z = \frac12 et distance 12+14=32\sqrt{\tfrac12 + \tfrac14} = \frac{\sqrt3}2. La signature géométrique de la minimalité : en un tel point MM, le vecteur MP\vect{MP} doit être normal à la surface — sinon glisser le long d’une courbe tracée avec une vitesse ayant une composante vers PP diminuerait la distance. Vérification : (zx2y2)=(2x,2y,1)\nabla(z - x^2 - y^2) = (-2x, -2y, 1) en M=(x,y,12)M = (x, y, \tfrac12), tandis que MP=(x,y,12)=12(2x,2y,1)\vect{MP} = (-x, -y, \tfrac12) = \tfrac12(-2x, -2y, 1) : parallèles, comme prédit. La condition du premier ordre « pied de la perpendiculaire » est la même qui pilotera les extrema sur les ensembles de niveau dans l’Exercice 19.12.

Exemple 19.11 (Plans tangents des quadriques : la règle de polarisation)

Soit S:xy+yz+zx=1S : xy + yz + zx = 1 et M0=(1,1,0)SM_0 = (1, 1, 0) \in S. Ici f=(y+z, x+z, x+y)\nabla f = (y + z,\ x + z,\ x + y), donc f(M0)=(1,1,2)\nabla f(M_0) = (1, 1, 2) et le plan tangent est

(x1)+(y1)+2z=0,c.-aˋ-d.x+y+2z=2.(x - 1) + (y - 1) + 2z = 0, \qquad\text{c.-à-d.}\qquad x + y + 2z = 2 .

La même réponse provient de la règle de polarisation qui généralise l’Exemple 19.8 et l’Exercice 19.2 : dans l’équation de la quadrique, remplacer x2x^2 par x0xx_0x, et chaque produit xyxy par x0y+y0x2\frac{x_0y + y_0x}2 (et cycliquement) :

x0y+y0x2+y0z+z0y2+z0x+x0z2=1   M0=(1,1,0)   x+y2+z2+z2=1,\frac{x_0y + y_0x}2 + \frac{y_0z + z_0y}2 + \frac{z_0x + x_0z}2 = 1 \;\xrightarrow{\ M_0 = (1,1,0)\ }\; \frac{x + y}2 + \frac z2 + \frac z2 = 1 ,

soit x+y+2z=2x + y + 2z = 2 à nouveau. La règle fonctionne parce que \nabla d’une forme quadratique est la forme bilinéaire associée évaluée contre le point de base — la tangence à une quadrique est la polarisation, une facette de plus du Chapitre 12.

19.3 La première forme fondamentale

Définition 19.12 (Première forme fondamentale)

Soit σ ⁣:UR3\sigma \colon U \to \R^3 une surface C1\mathcal{C}^1 régulière. Sa première forme fondamentale en (u,v)(u,v) est la forme quadratique définie positive sur R2\R^2

I(h,k)=hσu+kσv2=Eh2+2Fhk+Gk2,I(h, k) = \norm{h\,\sigma_u + k\,\sigma_v}^2 = E\,h^2 + 2F\,hk + G\,k^2,

E=σu2,F=σu,σv,G=σv2.E = \norm{\sigma_u}^2, \qquad F = \langle \sigma_u, \sigma_v\rangle, \qquad G = \norm{\sigma_v}^2 .

Remarque 19.13

II est la restriction du produit scalaire euclidien ambiant au plan tangent, lue dans la base (σu,σv)(\sigma_u, \sigma_v) : elle est définie positive précisément parce que σu,σv\sigma_u, \sigma_v sont indépendants (Chapitre 12). Toute quantité métrique sur la surface — longueurs des courbes tracées, angles entre elles, aires — se calcule à partir de E,F,GE, F, G seuls. Deux surfaces ayant les mêmes E,F,GE, F, G dans des paramètres convenables sont isométriques même si elles sont placées différemment dans l’espace : c’est le point de départ de la géométrie intrinsèque.

Exemple 19.14 (Angles entre courbes coordonnées)

La première forme fondamentale mesure aussi les angles : les courbes coordonnées uσ(u,v0)u \mapsto \sigma(u, v_0) et vσ(u0,v)v \mapsto \sigma(u_0, v) se rencontrent selon l’angle θ\theta avec

cosθ=σu,σvσuσv=FEG:\cos\theta = \frac{\langle\sigma_u, \sigma_v\rangle}{\norm{\sigma_u}\,\norm{\sigma_v}} = \frac{F}{\sqrt{EG}} :

le seul coefficient FF décide de l’orthogonalité du réseau de paramètres. Pour la carte sphérique et l’hélicoïde, F=0F = 0 : les méridiens coupent les parallèles, et les hélices coupent les génératrices horizontales, à angle droit — ce qui explique pourquoi leurs intégrandes d’aire se réduisaient à EG\sqrt{EG}. Pour une carte-graphe, F=fxfyF = f_xf_y ne s’annule que là où une dérivée partielle s’annule : le réseau de coordonnées d’un graphe incliné n’est pas orthogonal, même si le réseau (x,y)(x, y) en dessous l’est. Quand les calculs sur une surface paraissent lourds, le premier réflexe est de chercher une carte avec F=0F = 0.

Exemple 19.15 (La carte de la selle)

Pour la selle z=xyz = xy avec la carte σ(u,v)=(u,v,uv)\sigma(u, v) = (u, v, uv) :

σu=(1,0,v),σv=(0,1,u),E=1+v2,F=uv,G=1+u2,\sigma_u = (1, 0, v), \qquad \sigma_v = (0, 1, u), \qquad E = 1 + v^2, \quad F = uv, \quad G = 1 + u^2 ,

et EGF2=1+u2+v2>0EG - F^2 = 1 + u^2 + v^2 > 0 : régulière partout. Les deux courbes coordonnées passant par un point sont des droites de R3\R^3 (fixer uu ou fixer vv : les génératrices de la selle doublement réglée), pourtant F0F \neq 0 hors des axes : les génératrices passant par un point générique ne sont pas orthogonales. Les deux génératrices sont dans le plan tangent, qu’elles engendrent — donc le plan tangent coupe la surface le long de deux droites entières, l’exact opposé de la sphère, dont les plans tangents touchent en un seul point. Le signe du « contact d’ordre deux » entre une surface et ses plans tangents est une histoire de courbure, reprise dans le volume de troisième année.

Proposition 19.16 (Longueur d’une courbe tracée sur une surface)

Si γ(t)=σ(u(t),v(t))\gamma(t) = \sigma(u(t), v(t)), t[a,b]t \in [a, b], est C1\mathcal{C}^1, alors

L(γ)=abEu2+2Fuv+Gv2   ⁣dt,L(\gamma) = \int_a^b \sqrt{E\,u'^2 + 2F\,u'v' + G\,v'^2}\;\dd t ,

avec E,F,GE, F, G évalués en (u(t),v(t))(u(t), v(t)).

Démonstration. γ=uσu+vσv\gamma' = u'\sigma_u + v'\sigma_v par la règle de dérivation en chaîne, donc γ2=I(u,v)=Eu2+2Fuv+Gv2\norm{\gamma'}^2 = I(u', v') = Eu'^2 + 2Fu'v' + Gv'^2 ; intégrer γ\norm{\gamma'} (Définition 18.6).

Exemple 19.17 (Pourquoi les avions de ligne survolent le pôle)

Deux aéroports sont à la latitude φ0\varphi_0 et à des longitudes opposées : A=σ(0,φ0)A = \sigma(0, \varphi_0) et B=σ(π,φ0)B = \sigma(\pi, \varphi_0) sur la sphère de rayon RR. Le long du parallèle (φφ0\varphi \equiv \varphi_0), la longueur est 0πRcosφ0 ⁣dθ=πRcosφ0\int_0^\pi R\cos\varphi_0\,\dd\theta = \pi R\cos\varphi_0. Le long de la route par le pôle (en montant le méridien θ=0\theta = 0, en descendant le méridien θ=π\theta = \pi), elle vaut 2R(π2φ0)2R(\frac\pi2 - \varphi_0). À la latitude φ0=π3\varphi_0 = \frac\pi3 (soixante degrés) : route par le parallèle πR/21.571R\pi R/2 \approx 1.571\,R, route polaire πR/31.047R\pi R/3 \approx 1.047\,R — un tiers plus courte. En fait πcosφ0π2φ0\pi\cos\varphi_0 \geq \pi - 2\varphi_0 sur [0,π/2]\intcc0{\pi/2} (la fonction πcosφπ+2φ\pi\cos\varphi - \pi + 2\varphi s’annule aux deux bornes et sa dérivée 2πsinφ2 - \pi\sin\varphi change de signe une fois, donc elle est d’abord croissante puis décroissante, donc positive) : la route polaire ne perd jamais. La première forme fondamentale a transformé une question de navigation en deux intégrales d’une ligne ; l’Exercice 19.6 pousse l’idée jusqu’à une véritable preuve de minimalité pour les méridiens.

Lemme 19.18 (Identité de Lagrange)

Pour tous a,bR3a, b \in \R^3 : ab2=a2b2a,b2\norm{a \wedge b}^2 = \norm a^2 \norm b^2 - \langle a, b\rangle^2. En particulier

σuσv=EGF2.\norm{\sigma_u \wedge \sigma_v} = \sqrt{EG - F^2}.

Démonstration. Les deux membres sont inchangés si l’on remplace bb par sa composante b=ba,ba2ab_\perp = b - \frac{\langle a, b\rangle}{\norm a^2}a orthogonale à aa (pour a0a \neq 0 ; le cas a=0a = 0 est trivial) : le membre de gauche parce que aa=0a \wedge a = 0, celui de droite en développant b2=b2a,b2a2\norm {b_\perp}^2 = \norm b^2 - \frac{\langle a,b\rangle^2}{\norm a^2} et a,b=0\langle a, b_\perp\rangle = 0. Il suffit donc de prouver l’identité pour a,ba, b orthogonaux, où elle s’écrit ab=ab\norm{a \wedge b} = \norm a \norm b : vrai, puisque pour des vecteurs orthogonaux le produit vectoriel a pour norme absinπ2\norm a\norm b\,\abs{\sin\frac\pi2}. La formule affichée est le cas a=σua = \sigma_u, b=σvb = \sigma_v.

Remarque 19.19

L’identité de Lagrange dit que EGF2=det(EFFG)EG - F^2 = \det\left(\begin{smallmatrix} E & F\\ F & G\end{smallmatrix}\right) est le déterminant de Gram de (σu,σv)(\sigma_u, \sigma_v) : le carré de l’aire du parallélogramme qu’ils engendrent. La régularité, la définie-positivité de la première forme fondamentale et la positivité du déterminant de Gram sont trois formulations d’une même condition — ce qui explique pourquoi l’intégrande d’aire ci-dessous ne s’annule jamais sur une carte régulière.

Définition 19.20 (Aire)

Soit σ ⁣:UR3\sigma \colon U \to \R^3 une surface C1\mathcal{C}^1 régulière injective et KUK \subseteq U un domaine compact sur lequel les intégrales doubles ont un sens (Chapitre 20). L’aire du morceau σ(K)\sigma(K) est

A=Kσuσv ⁣du ⁣dv=KEGF2   ⁣du ⁣dv.\mathcal{A} = \iint_K \norm{\sigma_u \wedge \sigma_v}\,\dd u\,\dd v = \iint_K \sqrt{EG - F^2}\;\dd u\,\dd v .

Remarque 19.21 (Pourquoi cette formule)

Le rectangle [u,u+ ⁣du]×[v,v+ ⁣dv][u, u + \dd u] \times [v, v + \dd v] est envoyé, au premier ordre, sur le parallélogramme engendré par σu ⁣du\sigma_u\,\dd u et σv ⁣dv\sigma_v\,\dd v, dont l’aire est σuσv ⁣du ⁣dv\norm{\sigma_u \wedge \sigma_v}\,\dd u\,\dd v : la définition intègre le facteur local de distorsion d’aire, exactement comme la longueur d’arc intègre la vitesse locale. La cohérence avec le changement de paramètres est l’Exercice 19.8 ; la cohérence avec la formule de changement de variables pour les intégrales doubles est discutée dans le Chapitre 20.

Exemple 19.22 (Deux graphes différents, une même aire)

Sur le disque unité, comparons le bol z=12(x2+y2)z = \frac12(x^2 + y^2) et la selle z=xyz = xy. Leurs intégrandes d’aire (Exercice 19.5) sont

1+x2+y2et1+y2+x2:\sqrt{1 + x^2 + y^2} \qquad\text{et}\qquad \sqrt{1 + y^2 + x^2} :

identiques. Les deux surfaces — l’une se courbant de la même façon dans toutes les directions, l’autre en forme de selle — ont des aires exactement égales sur tout domaine, 2π3(221)\frac{2\pi}3(2\sqrt2 - 1) sur le disque unité. L’élément d’aire ne voit que la longueur du gradient, pas la disposition de la courbure ; distinguer le bol de la selle exige des données du second ordre (la structure de signe exhibée dans la Figure 19.1), qu’aucune mesure d’aire ne détecte. Première forme fondamentale : métrique, aveugle à la forme ; la seconde forme, qui voit la forme, appartient à la troisième année.

Exemple 19.23 (Aire de la sphère)

Pour la carte sphérique de l’Exemple 19.2 :

σθ=R(sinθcosφ, cosθcosφ, 0),σφ=R(cosθsinφ, sinθsinφ, cosφ),\sigma_\theta = R(-\sin\theta\cos\varphi,\ \cos\theta\cos\varphi,\ 0), \qquad \sigma_\varphi = R(-\cos\theta\sin\varphi,\ -\sin\theta\sin\varphi,\ \cos\varphi),

donc E=R2cos2φE = R^2\cos^2\varphi, F=0F = 0, G=R2G = R^2 et EGF2=R2cosφ\sqrt{EG - F^2} = R^2\cos\varphi. D’où

A=π/2π/2 ⁣ ⁣02πR2cosφ   ⁣dθ ⁣dφ=2πR2[sinφ]π/2π/2=4πR2.\mathcal{A} = \int_{-\pi/2}^{\pi/2}\!\!\int_0^{2\pi} R^2\cos\varphi\;\dd\theta\,\dd\varphi = 2\pi R^2\,\bigl[\sin\varphi\bigr]_{-\pi/2}^{\pi/2} = \boxed{4\pi R^2} .

Exemple 19.24 (Le cône, confronté à la formule du lycée)

Pour le cône z=x2+y2z = \sqrt{x^2 + y^2} au-dessus de l’anneau aρba \leq \rho \leq b, la formule du graphe de l’Exercice 19.5 donne 1+fx2+fy2=21 + f_x^2 + f_y^2 = 2 (calculer fx=x/ρf_x = x/\rho, fy=y/ρf_y = y/\rho), donc

A=2π(b2a2).\mathcal A = \sqrt2\,\pi\,(b^2 - a^2) .

Vérification de cohérence avec la formule de l’aire latérale πρ\pi\rho\ell de l’Exemple 19.26 : les cônes pleins de rayons de base bb et aa ont des aires latérales πbb2\pi b\cdot b\sqrt2 et πaa2\pi a\cdot a\sqrt2, dont la différence est exactement 2π(b2a2)\sqrt2\pi(b^2 - a^2). Deux cartes, deux formules, une même aire — l’invariance prouvée dans l’Exercice 19.8, vue en action.

Remarque 19.25 (Vérifications rapides pour les aires)

Trois vérifications instantanées attrapent la plupart des erreurs dans un calcul d’aire. Homogénéité : dilater une surface d’un facteur λ\lambda multiplie E,F,GE, F, G par λ2\lambda^2 et l’aire par λ2\lambda^2 — une réponse dont la dépendance en RR n’est pas quadratique (comme 4πR24\pi R^2) est fausse. Positivité de l’élément : EGF2\sqrt{EG - F^2} doit être strictement positif à l’intérieur de la carte ; une valeur nulle signale une dégénérescence de la carte, à exciser comme aux pôles de la sphère. Symétrie : un calcul sur un morceau symétrique doit être cohérent avec la somme de ses parties congruentes — l’hémisphère a intérêt à donner 2πR22\pi R^2.

Exemple 19.26 (Surface de révolution)

Faire tourner la courbe z(r(z),0,z)z \mapsto (r(z), 0, z), r>0r > 0 de classe C1\mathcal{C}^1, autour de l’axe zz :

σ(θ,z)=(r(z)cosθ, r(z)sinθ, z).\sigma(\theta, z) = (r(z)\cos\theta,\ r(z)\sin\theta,\ z).

Alors E=r(z)2E = r(z)^2, F=0F = 0, G=1+r(z)2G = 1 + r'(z)^2, donc

A=ab ⁣ ⁣02πr(z)1+r(z)2   ⁣dθ ⁣dz=2πabr(z)1+r(z)2 ⁣dz,\mathcal{A} = \int_a^b\!\!\int_0^{2\pi} r(z)\sqrt{1 + r'(z)^2}\;\dd\theta\,\dd z = 2\pi\int_a^b r(z)\sqrt{1 + r'(z)^2}\,\dd z ,

la formule classique (circonférence 2πr2\pi r fois l’élément de longueur oblique). Pour le cône r(z)=kzr(z) = kz, z[0,h]z \in [0, h] : A=2πk1+k2h22=πρ\mathcal A = 2\pi k\sqrt{1 + k^2}\,\frac{h^2}{2} = \pi \rho \ell avec ρ=kh\rho = kh le rayon de base et =h1+k2\ell = h\sqrt{1 + k^2} la génératrice — la formule du lycée, désormais démontrée plutôt qu’admise.

Exemple 19.27 (Le caténoïde)

Faire tourner la chaînette r(z)=coshzr(z) = \cosh z, z[1,1]z \in \intcc{-1}{1}, autour de son axe : le caténoïde résultant a, par la formule de révolution et 1+sinh2z=cosh2z1 + \sinh^2 z = \cosh^2 z,

A=2π11coshz1+sinh2z ⁣dz=2π11cosh2z ⁣dz=π[z+sinhzcoshz]11,\mathcal A = 2\pi\int_{-1}^1\cosh z\,\sqrt{1 + \sinh^2z}\, \dd z = 2\pi\int_{-1}^1\cosh^2z\,\dd z = \pi\bigl[z + \sinh z\cosh z\bigr]_{-1}^{1},

soit

A=2π+πsinh217.68.\mathcal A = 2\pi + \pi\sinh 2 \approx 17.68 .

Le facteur oblique 1+r2\sqrt{1 + r'^2} s’est fondu avec le rayon en un carré parfait — la même identité qui rendait élémentaire la longueur d’arc de la chaînette dans le chapitre sur les courbes. Ce n’est pas un hasard algébrique : parmi toutes les surfaces de révolution s’appuyant sur les deux cercles de bord, le caténoïde minimise l’aire (c’est la forme d’un film de savon entre deux anneaux), et cette propriété variationnelle est précisément ce qui distingue cosh\cosh ; le volume de troisième année le prouve avec le calcul des variations.

La selle z = x2 - y2 près de l’origine, avec ses courbes coordonnées (u-courbes en bleu, v-courbes en vert), le plan tangent en M_0 = (0,0,0) (en pointillés) et la normale unitaire n. La surface traverse son plan tangent — l’analogue en dimension deux d’un point d’inflexion.
Figure 19.1. La selle z=x2y2z = x^2 - y^2 près de l’origine, avec ses courbes coordonnées (uu-courbes en bleu, vv-courbes en vert), le plan tangent en M0=(0,0,0)M_0 = (0,0,0) (en pointillés) et la normale unitaire nn. La surface traverse son plan tangent — l’analogue en dimension deux d’un point d’inflexion.

Remarque 19.28 (Pièges courants)

(i) Les singularités de carte ne sont pas des singularités de surface : la carte sphérique dégénère aux pôles (cosφ=0\cos\varphi = 0), mais la sphère y est parfaitement régulière — une autre carte (échanger les rôles des axes) est régulière aux pôles. Avant de déclarer un point singulier, essayer un second paramétrage. (ii) La régularité de σ\sigma concerne le paramétrage, pas l’image : σ(u,v)=(u3,v,0)\sigma(u, v) = (u^3, v, 0) est non régulière le long de u=0u = 0 bien que son image soit un plan. (iii) La formule de l’aire requiert σ\sigma injective sur KK : une carte couvrant un morceau deux fois le compte deux fois (θ\theta parcourant [0,4π]\intcc0{4\pi} double l’aire de la sphère). (iv) La normale unitaire est définie au signe près par la surface mais est choisie par la carte (ordre de u,vu, v) ; les énoncés faisant intervenir l’orientation doivent fixer ce choix. (v) Enfin, EGF2>0EG - F^2 > 0 n’est pas une hypothèse supplémentaire : c’est exactement la régularité, par l’identité de Lagrange — si elle s’annule quelque part, le problème est la carte, et aucune formule d’aire ou de plan tangent ne s’y applique.

Remarque 19.29 (Perspectives dans ce volume)

Liens vers l’avant à partir d’ici. L’élément d’aire EGF2 ⁣du ⁣dv\sqrt{EG - F^2}\,\dd u\,\dd v est un jacobien bidimensionnel déguisé, et le Chapitre 20 rend l’analogie exacte avec le théorème de changement de variables — les intégrales de surface là-bas sont les aires de ce chapitre munies d’un intégrande. La première forme fondamentale est un champ de formes quadratiques définies positives, traité point par point par les outils du Chapitre 12, dont le théorème spectral alimente aussi la classification des quadriques du week-end de ce chapitre. Et la droite normale pilote les problèmes d’extremum sur les ensembles de contraintes (Exemple 19.10), le germe géométrique de la méthode des multiplicateurs de Lagrange esquissée avec le Théorème 15.11.

Quatre des neuf surfaces quadriques classées dans le problème du week-end, esquissées par leurs silhouettes et une courbe de niveau (en rouge) : l’ellipsoïde borné, l’hyperboloïde à une nappe doublement réglé avec son col, le bol du paraboloïde elliptique, et la selle, dont les deux sections paraboliques se courbent en sens opposés. Quatre des neuf surfaces quadriques classées dans le problème du week-end, esquissées par leurs silhouettes et une courbe de niveau (en rouge) : l’ellipsoïde borné, l’hyperboloïde à une nappe doublement réglé avec son col, le bol du paraboloïde elliptique, et la selle, dont les deux sections paraboliques se courbent en sens opposés. Quatre des neuf surfaces quadriques classées dans le problème du week-end, esquissées par leurs silhouettes et une courbe de niveau (en rouge) : l’ellipsoïde borné, l’hyperboloïde à une nappe doublement réglé avec son col, le bol du paraboloïde elliptique, et la selle, dont les deux sections paraboliques se courbent en sens opposés. Quatre des neuf surfaces quadriques classées dans le problème du week-end, esquissées par leurs silhouettes et une courbe de niveau (en rouge) : l’ellipsoïde borné, l’hyperboloïde à une nappe doublement réglé avec son col, le bol du paraboloïde elliptique, et la selle, dont les deux sections paraboliques se courbent en sens opposés.
Quatre des neuf surfaces quadriques classées dans le problème du week-end, esquissées par leurs silhouettes et une courbe de niveau (en rouge) : l’ellipsoïde borné, l’hyperboloïde à une nappe doublement réglé avec son col, le bol du paraboloïde elliptique, et la selle, dont les deux sections paraboliques se courbent en sens opposés.

Remarque 19.30 (Où cela est utilisé)

L’élément d’aire σuσv ⁣du ⁣dv\norm{\sigma_u\wedge\sigma_v}\,\dd u\,\dd v est la mesure d’intégration de surface du Chapitre 20, où il rencontre la formule de Green ; la première forme fondamentale est le prototype d’un champ de formes quadratiques, étudié point par point avec les outils du Chapitre 12 ; et le problème du week-end de ce chapitre classe toutes les surfaces quadriques avec le théorème spectral. Le volume de troisième année revient aux surfaces avec les formes différentielles et le théorème de la divergence, et la courbure intrinsèque — ce que E,F,GE, F, G savent de la courbure — est la porte d’entrée de la géométrie différentielle proprement dite.

19.4 Exercices

Exercice 19.1

Montrer que les plans tangents du cône z=x2+y2z = \sqrt{x^2 + y^2} (privé de son sommet) passent tous par le sommet. (Paramétrer par σ(θ,r)=(rcosθ,rsinθ,r)\sigma(\theta, r) = (r\cos\theta, r\sin\theta, r), r>0r > 0.)

Solution

Solution de Exercice 19.1.

Avec σ(θ,r)=(rcosθ, rsinθ, r)\sigma(\theta, r) = (r\cos\theta,\ r\sin\theta,\ r) :

σθ=(rsinθ, rcosθ, 0),σr=(cosθ, sinθ, 1),\sigma_\theta = (-r\sin\theta,\ r\cos\theta,\ 0), \qquad \sigma_r = (\cos\theta,\ \sin\theta,\ 1),

indépendants pour r>0r > 0. Le plan tangent en M0=σ(θ0,r0)M_0 = \sigma(\theta_0, r_0) passe par M0M_0 avec les directions σθ,σr\sigma_\theta, \sigma_r. Or M0O=r0(cosθ0,sinθ0,1)=r0σr(θ0,r0)M_0 - O = r_0(\cos\theta_0, \sin\theta_0, 1) = r_0\,\sigma_r(\theta_0, r_0) est lui-même une direction tangente : le sommet OO est sur le plan tangent. (C’est le comportement général des cônes : ils sont réglés par des droites passant par le sommet, et un plan tangent contient la génératrice passant par le point de tangence.)

Exercice 19.2

Trouver le plan tangent de l’ellipsoïde x2a2+y2b2+z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} + \frac{z^2}{c^2} = 1 en un point (x0,y0,z0)(x_0, y_0, z_0) de la surface.

Solution

Solution de Exercice 19.2.

Appliquer la Proposition 19.7 à f(x,y,z)=x2a2+y2b2+z2c2f(x,y,z) = \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} + \frac{z^2}{c^2} : f(x0,y0,z0)=2(x0a2,y0b2,z0c2)0\nabla f(x_0,y_0,z_0) = 2\bigl(\frac{x_0}{a^2}, \frac{y_0}{b^2}, \frac{z_0}{c^2}\bigr) \neq 0 sur la surface. Le plan tangent est

x0a2(xx0)+y0b2(yy0)+z0c2(zz0)=0,c.-aˋ-d.x0xa2+y0yb2+z0zc2=1,\frac{x_0}{a^2}(x - x_0) + \frac{y_0}{b^2}(y - y_0) + \frac{z_0}{c^2}(z - z_0) = 0, \qquad\text{c.-à-d.}\qquad \frac{x_0\,x}{a^2} + \frac{y_0\,y}{b^2} + \frac{z_0\,z}{c^2} = 1,

en utilisant que (x0,y0,z0)(x_0, y_0, z_0) vérifie l’équation de l’ellipsoïde — la règle « dédoubler les carrés » qui généralise M0,M=R2\langle M_0, M \rangle = R^2 de la sphère.

Exercice 19.3

Calculer E,F,GE, F, G pour l’hélicoïde σ(u,v)=(vcosu, vsinu, au)\sigma(u, v) = (v\cos u,\ v\sin u,\ au), a>0a > 0, et l’aire du morceau 0u2π0 \leq u \leq 2\pi, 0v10 \leq v \leq 1, comme intégrale (l’évaluer en utilisant v2+a2 ⁣dv=12(vv2+a2+a2ln(v+v2+a2))+C\int\sqrt{v^2 + a^2}\,\dd v = \frac12\bigl(v\sqrt{v^2+a^2} + a^2\ln(v + \sqrt{v^2 + a^2})\bigr) + C).

Solution

Solution de Exercice 19.3.

σu=(vsinu, vcosu, a)\sigma_u = (-v\sin u,\ v\cos u,\ a) et σv=(cosu, sinu, 0)\sigma_v = (\cos u,\ \sin u,\ 0), donc

E=v2+a2,F=0,G=1,EGF2=v2+a2>0E = v^2 + a^2, \qquad F = 0, \qquad G = 1, \qquad \sqrt{EG - F^2} = \sqrt{v^2 + a^2} > 0

(l’hélicoïde est régulier partout, y compris sur son axe v=0v = 0). Aire du morceau :

A=02π ⁣ ⁣01v2+a2   ⁣dv ⁣du=2π12[vv2+a2+a2ln(v+v2+a2)]01,\mathcal{A} = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^1 \sqrt{v^2 + a^2}\;\dd v\,\dd u = 2\pi\cdot\frac12\Bigl[v\sqrt{v^2 + a^2} + a^2\ln\bigl(v + \sqrt{v^2 + a^2}\bigr)\Bigr]_0^1 ,

soit A=π(1+a2+a2ln1+1+a2a)\mathcal{A} = \pi\Bigl(\sqrt{1 + a^2} + a^2\ln\frac{1 + \sqrt{1 + a^2}}{a}\Bigr).

Exercice 19.4 ★★

(Tore) Paramétrer le tore obtenu en faisant tourner le cercle de centre (R,0,0)(R, 0, 0) et de rayon r<Rr < R dans le plan xzxz autour de l’axe zz :

σ(θ,ψ)=((R+rcosψ)cosθ, (R+rcosψ)sinθ, rsinψ).\sigma(\theta, \psi) = \bigl((R + r\cos\psi)\cos\theta,\ (R + r\cos\psi)\sin\theta,\ r\sin\psi\bigr).

Calculer E,F,GE, F, G, vérifier la régularité, et montrer que l’aire est 4π2Rr4\pi^2 R r (Pappus : circonférence moyenne 2πR2\pi R fois la longueur du cercle 2πr2\pi r).

Solution

Solution de Exercice 19.4.

Dérivées :

σθ=((R+rcosψ)sinθ, (R+rcosψ)cosθ, 0),σψ=(rsinψcosθ, rsinψsinθ, rcosψ).\sigma_\theta = \bigl(-(R + r\cos\psi)\sin\theta,\ (R + r\cos\psi)\cos\theta,\ 0\bigr), \qquad \sigma_\psi = \bigl(-r\sin\psi\cos\theta,\ -r\sin\psi\sin\theta,\ r\cos\psi\bigr).

Alors

E=(R+rcosψ)2,F=rsinψcosψ(R+rcosψ)(sinθcosθsinθcosθ)=0,G=r2,E = (R + r\cos\psi)^2, \qquad F = r\sin\psi\cos\psi\,(R + r\cos\psi) \bigl(\sin\theta\cos\theta - \sin\theta\cos\theta\bigr) = 0, \qquad G = r^2 ,

donc EGF2=r(R+rcosψ)r(Rr)>0\sqrt{EG - F^2} = r(R + r\cos\psi) \geq r(R - r) > 0 : régulier partout. Aire :

A=02π ⁣ ⁣02πr(R+rcosψ) ⁣dθ ⁣dψ=2πr(2πR+r02πcosψ ⁣dψ)=4π2Rr,\mathcal{A} = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^{2\pi} r(R + r\cos\psi) \,\dd\theta\,\dd\psi = 2\pi r \Bigl(2\pi R + r\int_0^{2\pi}\cos\psi\,\dd\psi\Bigr) = 4\pi^2 R r ,

le terme en cosψ\cos\psi s’intégrant à zéro — théorème de Pappus : aire == (longueur du cercle en rotation) ×\times (distance parcourue par son centre).

Exercice 19.5 ★★

Montrer que l’aire du graphe de fC1(K)f \in \mathcal{C}^1(K) est K1+fx2+fy2 ⁣dx ⁣dy\iint_K \sqrt{1 + f_x^2 + f_y^2}\,\dd x\,\dd y, et la calculer pour le morceau de paraboloïde z=12(x2+y2)z = \frac12(x^2 + y^2) au-dessus du disque x2+y21x^2 + y^2 \leq 1 (coordonnées polaires, Chapitre 20).

Solution

Solution de Exercice 19.5.

Pour σ(x,y)=(x,y,f(x,y))\sigma(x, y) = (x, y, f(x,y)) : σx=(1,0,fx)\sigma_x = (1, 0, f_x), σy=(0,1,fy)\sigma_y = (0, 1, f_y), donc E=1+fx2E = 1 + f_x^2, F=fxfyF = f_xf_y, G=1+fy2G = 1 + f_y^2 et

EGF2=(1+fx2)(1+fy2)fx2fy2=1+fx2+fy2,EG - F^2 = (1 + f_x^2)(1 + f_y^2) - f_x^2f_y^2 = 1 + f_x^2 + f_y^2 ,

donnant la formule d’aire annoncée. Pour f=12(x2+y2)f = \frac12(x^2 + y^2) sur le disque unité : 1+fx2+fy2=1+x2+y21 + f_x^2 + f_y^2 = 1 + x^2 + y^2, et en coordonnées polaires (x=ρcosαx = \rho\cos\alpha, y=ρsinαy = \rho\sin\alpha, jacobien ρ\rho, Chapitre 20) :

A=02π ⁣ ⁣011+ρ2  ρ ⁣dρ ⁣dα=2π[13(1+ρ2)3/2]01=2π3(221).\mathcal{A} = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^1 \sqrt{1 + \rho^2}\;\rho \,\dd\rho\,\dd\alpha = 2\pi\Bigl[\tfrac13(1 + \rho^2)^{3/2}\Bigr]_0^1 = \frac{2\pi}{3}\bigl(2\sqrt2 - 1\bigr).

Exercice 19.6 ★★

Une courbe tracée γ(t)=σ(u(t),v(t))\gamma(t) = \sigma(u(t), v(t)) sur la sphère de rayon RR (carte sphérique) a u=θ(t)u = \theta(t), v=φ(t)v = \varphi(t). Écrire sa longueur comme intégrale en θ,φ\theta, \varphi et prouver que parmi les courbes joignant deux points d’un même méridien θ=θ0\theta = \theta_0, l’arc de méridien est le plus court. (Minorer l’intégrande par RφR\abs{\varphi'}.)

Solution

Solution de Exercice 19.6.

D’après le calcul de l’Exemple 19.23, E=R2cos2φE = R^2\cos^2\varphi, F=0F = 0, G=R2G = R^2, donc par la Proposition 19.16

L=abRcos2φ(t)θ(t)2+φ(t)2   ⁣dt.L = \int_a^b R\sqrt{\cos^2\varphi(t)\,\theta'(t)^2 + \varphi'(t)^2}\;\dd t .

Soit les extrémités (θ0,φ1)(\theta_0, \varphi_1) et (θ0,φ2)(\theta_0, \varphi_2), φ1<φ2\varphi_1 < \varphi_2. Pour toute courbe joignante,

LabRφ(t) ⁣dtRabφ(t) ⁣dt=R(φ2φ1),L \geq \int_a^b R\,\abs{\varphi'(t)}\,\dd t \geq R\,\Bigl|\int_a^b \varphi'(t)\,\dd t\Bigr| = R\,(\varphi_2 - \varphi_1),

en laissant tomber le terme positif cos2φθ2\cos^2\varphi\,\theta'^2 et en utilisant l’inégalité triangulaire pour les intégrales. L’arc de méridien θθ0\theta \equiv \theta_0, φ\varphi croissant de φ1\varphi_1 à φ2\varphi_2, a pour longueur exactement R(φ2φ1)R(\varphi_2 - \varphi_1) : il est le plus court. (Les méridiens sont des grands cercles ; c’est le premier, élémentaire cas du fait que les géodésiques de la sphère sont les grands cercles.)

Exercice 19.7 ★★★

(Droites normales d’une sphère) Soit SS une surface de niveau régulière {f=c}\{f = c\}, connexe, dont toutes les droites normales passent par un point fixe Ω\Omega. Montrer que SS est contenue dans une sphère centrée en Ω\Omega. (Montrer que MΩ2\norm{M - \Omega}^2 a une dérivée nulle le long de toute courbe tracée sur SS.)

Solution

Solution de Exercice 19.7.

Fixons une courbe γ\gamma tracée sur SS et posons g(t)=γ(t)Ω2g(t) = \norm{\gamma(t) - \Omega}^2. Alors g(t)=2γ(t), γ(t)Ωg'(t) = 2\langle \gamma'(t),\ \gamma(t) - \Omega\rangle. La droite normale en M=γ(t)M = \gamma(t) passe par Ω\Omega par hypothèse, donc γ(t)Ω\gamma(t) - \Omega est un vecteur normal, orthogonal au plan tangent, en particulier à la vitesse γ(t)\gamma'(t) (Proposition 19.5) : g=0g' = 0, et gg est constante le long de toute courbe tracée.

Maintenant l’ensemble Sc={MS:MΩ2=c}S_c = \{M \in S : \norm{M - \Omega}^2 = c\} est fermé dans SS ; il est aussi ouvert dans SS : au voisinage de chacun de ses points, SS est un graphe régulier, donc tout point voisin de SS lui est joint par une courbe tracée (un segment relevé), le long de laquelle gg est constante. Comme SS est connexe et ScS_c non vide pour le bon cc, S=ScS = S_c \subseteq la sphère de centre Ω\Omega et de rayon c\sqrt c (Chapitre 4 : argument de connexité).

Exercice 19.8 ★★★

(L’aire est géométrique) Soit Φ ⁣:UU\Phi \colon U' \to U un C1\mathcal{C}^1-difféomorphisme entre ouverts de R2\R^2 et σ~=σΦ\tilde\sigma = \sigma \circ \Phi. Montrer que

σ~uσ~v=detJΦ(σuσv)Φ,\norm{\tilde\sigma_{u'} \wedge \tilde\sigma_{v'}} = \abs{\det J_\Phi}\, \norm{(\sigma_u \wedge \sigma_v)\circ\Phi} ,

et en déduire, en utilisant la formule de changement de variables du Chapitre 20, que l’aire de la Définition 19.20 ne dépend pas du paramétrage régulier choisi.

Solution

Solution de Exercice 19.8.

Écrivons Φ(u,v)=(u,v)\Phi(u', v') = (u, v). Par la règle de dérivation en chaîne,

σ~u=uuσu+vuσv,σ~v=uvσu+vvσv,\tilde\sigma_{u'} = \frac{\partial u}{\partial u'}\sigma_u + \frac{\partial v}{\partial u'}\sigma_v, \qquad \tilde\sigma_{v'} = \frac{\partial u}{\partial v'}\sigma_u + \frac{\partial v}{\partial v'}\sigma_v ,

dérivées partielles de σ\sigma évaluées en Φ(u,v)\Phi(u',v'). En développant le produit vectoriel par bilinéarité et en utilisant σuσu=σvσv=0\sigma_u \wedge \sigma_u = \sigma_v \wedge \sigma_v = 0, σvσu=σuσv\sigma_v \wedge \sigma_u = -\sigma_u \wedge \sigma_v :

σ~uσ~v=(uuvvvuuv)σuσv=detJΦ(σuσv)Φ.\tilde\sigma_{u'} \wedge \tilde\sigma_{v'} = \Bigl(\frac{\partial u}{\partial u'} \frac{\partial v}{\partial v'} - \frac{\partial v}{\partial u'} \frac{\partial u}{\partial v'}\Bigr)\, \sigma_u \wedge \sigma_v = \det J_\Phi \cdot (\sigma_u \wedge \sigma_v)\circ\Phi .

En prenant les normes on obtient l’identité. Puis, par la formule de changement de variables (Chapitre 20) appliquée à l’application Φ\Phi sur K=Φ1(K)K' = \Phi^{-1}(K) :

Kσ~uσ~v ⁣du ⁣dv=KσuσvΦ  detJΦ ⁣du ⁣dv=Kσuσv ⁣du ⁣dv:\iint_{K'} \norm{\tilde\sigma_{u'} \wedge \tilde\sigma_{v'}} \,\dd u'\dd v' = \iint_{K'} \norm{\sigma_u \wedge \sigma_v}\circ\Phi\; \abs{\det J_\Phi}\,\dd u'\dd v' = \iint_K \norm{\sigma_u \wedge \sigma_v}\,\dd u\,\dd v :

les deux paramétrages attribuent la même aire au même morceau de surface.

Exercice 19.9

(Théorème de la boîte à chapeau d’Archimède) Sur la sphère de rayon RR, la zone entre les latitudes avec z1zz2z_1 \leq z \leq z_2 (Rz1<z2R-R \leq z_1 < z_2 \leq R) a pour aire 2πR(z2z1)2\pi R\,(z_2 - z_1) : le prouver avec la carte sphérique, et conclure que l’aire d’une zone ne dépend que de sa hauteur — découper une orange en tranches d’épaisseur égale donne des quantités de peau égales.

Solution

Solution de Exercice 19.9.

Dans la carte sphérique, z=Rsinφz = R\sin\varphi, et la zone correspond à φ1φφ2\varphi_1 \leq \varphi \leq \varphi_2 avec zi=Rsinφiz_i = R\sin\varphi_i. Avec l’élément d’aire R2cosφ ⁣dθ ⁣dφR^2\cos\varphi\,\dd\theta\,\dd\varphi (Exemple 19.23) :

A=φ1φ2 ⁣ ⁣02πR2cosφ ⁣dθ ⁣dφ=2πR2(sinφ2sinφ1)=2πR(z2z1).\mathcal A = \int_{\varphi_1}^{\varphi_2}\!\!\int_0^{2\pi} R^2\cos\varphi\,\dd\theta\,\dd\varphi = 2\pi R^2(\sin\varphi_2 - \sin\varphi_1) = 2\pi R\,(z_2 - z_1) .

Le résultat ne dépend que de la hauteur z2z1z_2 - z_1 : des tranches d’épaisseur égale portent des aires égales, qu’elles soient coupées à l’équateur ou au pôle — le théorème de la boîte à chapeau d’Archimède, et la raison pour laquelle l’aire latérale du cylindre circonscrit (2πR2R=4πR22\pi R \cdot 2R = 4\pi R^2) égale l’aire de la sphère.

Exercice 19.10 ★★

Montrer que toute droite normale d’une surface de révolution σ(θ,z)=(r(z)cosθ, r(z)sinθ, z)\sigma(\theta, z) = (r(z)\cos\theta,\ r(z)\sin\theta,\ z) (r>0r > 0 de classe C1\mathcal C^1) rencontre l’axe de révolution, et localiser le point d’intersection.

Solution

Solution de Exercice 19.10.

σθ=(rsinθ, rcosθ, 0)\sigma_\theta = (-r\sin\theta,\ r\cos\theta,\ 0) et σz=(rcosθ, rsinθ, 1)\sigma_z = (r'\cos\theta,\ r'\sin\theta,\ 1), donc

σθσz=(rcosθ, rsinθ, rr),\sigma_\theta \wedge \sigma_z = (r\cos\theta,\ r\sin\theta,\ -r\,r') ,

un vecteur normal en M=(rcosθ,rsinθ,z)M = (r\cos\theta, r\sin\theta, z). La droite normale est

t(r(1+t)cosθ, r(1+t)sinθ, ztrr),t \mapsto \bigl(r(1 + t)\cos\theta,\ r(1 + t)\sin\theta,\ z - t\,r\,r'\bigr),

qui en t=1t = -1 atteint (0, 0, z+r(z)r(z))(0,\ 0,\ z + r(z)\,r'(z)) : toute droite normale rencontre l’axe, à la hauteur z+rrz + rr'. (C’est la raison tridimensionnelle pour laquelle la symétrie de rotation survit dans le champ normal.)

Exercice 19.11 ★★

(Déroulement du cylindre) La carte σ(u,v)=(cosu, sinu, v)\sigma(u, v) = (\cos u,\ \sin u,\ v) du cylindre unité a E=G=1E = G = 1, F=0F = 0 : le vérifier, et expliquer pourquoi toute courbe tracée tσ(u(t),v(t))t \mapsto \sigma(u(t), v(t)) a la même longueur que la courbe plane t(u(t),v(t))t \mapsto (u(t), v(t)). En déduire que l’hélice de (1,0,0)(1, 0, 0) à (1,0,2πc)(1, 0, 2\pi c) faisant un tour a pour longueur 2π1+c22\pi\sqrt{1 + c^2}, et qu’aucune courbe tracée de mêmes extrémités et faisant un tour complet n’est plus courte.

Solution

Solution de Exercice 19.11.

σu=(sinu,cosu,0)\sigma_u = (-\sin u, \cos u, 0), σv=(0,0,1)\sigma_v = (0, 0, 1) : E=1E = 1, F=0F = 0, G=1G = 1. Par la Proposition 19.16 la longueur d’une courbe tracée est u2+v2 ⁣dt\int\sqrt{u'^2 + v'^2}\,\dd t — la longueur de son ombre paramétrique (u(t),v(t))(u(t), v(t)) dans le plan : la carte est une isométrie locale (le déroulement du cylindre). L’hélice t(cost,sint,ct)t \mapsto (\cos t, \sin t, ct), t[0,2π]t \in \intcc0{2\pi}, a pour ombre le segment de (0,0)(0,0) à (2π,2πc)(2\pi, 2\pi c), de longueur 2π1+c22\pi\sqrt{1 + c^2}. Toute courbe tracée de (1,0,0)(1,0,0) à (1,0,2πc)(1, 0, 2\pi c) faisant un tour complet a une ombre continue joignant (0,0)(0, 0) à (2π,2πc)(2\pi, 2\pi c), de longueur plane \geq le segment droit ; puisque les longueurs coïncident, l’hélice est la plus courte.

Exercice 19.12 ★★★

Soit S={f=c}S = \{f = c\} une surface de niveau régulière compacte et M0SM_0 \in S un point à distance maximale de l’origine. Montrer que f(M0)\nabla f(M_0) est colinéaire à OM0\vect{OM_0} — la normale au point le plus éloigné est radiale. Appliquer à l’ellipsoïde x2a2+y2b2+z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} + \frac{z^2}{c^2} = 1 (a>b>c>0a > b > c > 0) : trouver tous les points où la normale est radiale, et identifier les plus éloignés.

Solution

Solution de Exercice 19.12.

La fonction g(M)=M2g(M) = \norm{M}^2 est continue sur le compact SS, donc elle atteint son maximum en un certain M0M_0. Pour toute courbe γ\gamma tracée sur SS avec γ(0)=M0\gamma(0) = M_0, la fonction tγ(t)2t \mapsto \norm{\gamma(t)}^2 a un maximum en t=0t = 0, donc sa dérivée 2γ(0),M02\langle\gamma'(0), M_0\rangle s’annule : M0M_0 est orthogonal à tout vecteur tangent, c.-à-d. normal à SS en M0M_0. Comme f(M0)0\nabla f(M_0) \neq 0 dirige aussi la droite normale (Proposition 19.7), f(M0)\nabla f(M_0) et OM0\vect{OM_0} sont colinéaires. Pour l’ellipsoïde, la radialité signifie

(x0a2,y0b2,z0c2)=μ(x0,y0,z0):\Bigl(\frac{x_0}{a^2}, \frac{y_0}{b^2}, \frac{z_0}{c^2}\Bigr) = \mu\,(x_0, y_0, z_0) :

chaque coordonnée vérifie x0(1a2μ)=0x_0(\frac1{a^2} - \mu) = 0, etc. ; puisque a2,b2,c2a^{-2}, b^{-2}, c^{-2} sont distincts, au plus une coordonnée est non nulle, et les solutions sur la surface sont les six extrémités des axes (±a,0,0)(\pm a, 0, 0), (0,±b,0)(0, \pm b, 0), (0,0,±c)(0, 0, \pm c). Les points les plus éloignés sont (±a,0,0)(\pm a, 0, 0), à distance a=max(a,b,c)a = \max(a,b,c).

19.5 Problème : la classification des quadriques de R3\R^3

Problème 19.1

Problème du week-end — toutes les surfaces quadriques, classées par le théorème spectral

Une quadrique est l’ensemble des zéros dans R3\R^3 d’un polynôme de degré deux

q(X)=XT ⁣AX+2b,X+c,AS3(R), A0, bR3, cR.q(X) = X^{\mathsf T}\!AX + 2\,\langle b, X\rangle + c, \qquad A \in \mathcal S_3(\R),\ A \neq 0,\ b \in \R^3,\ c \in \R .

Les surfaces des figures de ce chapitre — sphères, ellipsoïdes, selles, cônes, cylindres — sont toutes des quadriques. Ce problème les classe toutes : le théorème spectral (Théorème 12.13) redresse la partie quadratique, les translations affines (Chapitre 17) absorbent la partie linéaire, et ce qui reste est une liste courte et complète de formes normales.

Partie I — La machine de réduction.

  1. Soit X=PY+tX = PY + t avec PO(3)P \in O(3) et tR3t \in \R^3 (un changement rigide de coordonnées). Montrer que q(PY+t)=YT ⁣AY+2b,Y+cq(PY + t) = Y^{\mathsf T}\!A'Y + 2\langle b', Y\rangle + c' avec

    A=PT ⁣AP,b=PT(At+b),c=q(t).A' = P^{\mathsf T}\!AP, \qquad b' = P^{\mathsf T}(At + b), \qquad c' = q(t) .

    En déduire que le spectre de AA (donc son rang et sa signature) est un invariant rigide de l’équation, et expliquer pourquoi l’équation d’une quadrique donnée n’est déterminée qu’à un facteur scalaire non nul près.

  2. En utilisant le théorème spectral, montrer qu’après une rotation l’équation devient iλiyi2+2iβiyi+c=0\sum_i \lambda_i y_i^2 + 2\sum_i\beta_iy_i + c = 0 avec λ1,λ2,λ3\lambda_1, \lambda_2, \lambda_3 les valeurs propres de AA.
  3. Pour tout ii avec λi0\lambda_i \neq 0, absorber βiyi\beta_iy_i par une translation (yiyiβi/λiy_i \mapsto y_i - \beta_i/\lambda_i). Écrire l’équation réduite lorsque rankA=r\operatorname{rank} A = r : irλizi2+2i>rβizi+c=0\sum_{i\leq r}\lambda_i z_i^2 + 2\sum_{i > r}\beta_iz_i + c'' = 0.
  4. Un centre de la quadrique d’équation q=0q = 0 est un point Ω\Omega avec q(2ΩX)=q(X)q(2\Omega - X) = q(X) pour tout XX : la symétrie centrale en Ω\Omega préserve l’équation, donc la surface. Montrer que q(2ΩX)q(X)=4AΩ+b,X+4AΩ+b,Ωq(2\Omega - X) - q(X) = -4\langle A\Omega + b, X\rangle + 4\langle A\Omega + b, \Omega\rangle, et en déduire : les centres sont exactement les solutions de AΩ=bA\Omega = -b ; ils existent ssi bimAb \in \operatorname{im}A, et le centre est unique ssi AA est inversible.

Partie II — Quadriques à centre (rankA=3\operatorname{rank}A = 3). Ici l’équation réduite est λ1z12+λ2z22+λ3z32=δ\lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + \lambda_3z_3^2 = \delta.

  1. Quitte à multiplier par 1-1, supposer qu’au moins deux λi>0\lambda_i > 0. Énumérer les possibilités : signature (3,0)(3, 0) avec δ>0\delta > 0, =0= 0, <0< 0, et signature (2,1)(2, 1) avec δ>0\delta > 0, =0= 0, <0< 0 ; nommer les six ensembles résultants (ellipsoïde, point, ensemble vide, hyperboloïde à une nappe, cône, hyperboloïde à deux nappes) et mettre chacun sous sa forme normale euclidienne (x2a2+y2b2+z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} + \frac{z^2}{c^2} = 1, etc.).
  2. Classer x2+y2+z2+4xy+4yz+4zx=1x^2 + y^2 + z^2 + 4xy + 4yz + 4zx = 1 : montrer que A=2JIA = 2J - I avec JJ la matrice remplie de 11, calculer le spectre {5,1,1}\{5, -1, -1\}, et identifier un hyperboloïde à deux nappes de révolution autour de l’axe R(1,1,1)\R(1,1,1).
  3. (Génératrices) Pour l’hyperboloïde à une nappe x2a2+y2b2z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} - \frac{z^2}{c^2} = 1, factoriser

    (xazc)(xa+zc)=(1yb)(1+yb)\Bigl(\frac xa - \frac zc\Bigr) \Bigl(\frac xa + \frac zc\Bigr) = \Bigl(1 - \frac yb\Bigr)\Bigl(1 + \frac yb\Bigr)

    et produire deux familles à un paramètre de droites tracées sur la surface.

  4. Montrer que par chaque point de l’hyperboloïde à une nappe passe exactement une droite de chaque famille : la surface est doublement réglée.
  5. Le cône asymptote de l’hyperboloïde à une nappe est C:x2a2+y2b2z2c2=0C : \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} - \frac{z^2}{c^2} = 0. Avec ρ2=x2a2+y2b2\rho^2 = \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2}, montrer que tout point de l’hyperboloïde est à distance au plus c(ρρ21)=cρ+ρ21c\bigl(\rho - \sqrt{\rho^2 - 1}\bigr) = \frac{c}{\rho + \sqrt{\rho^2 - 1}} de CC, donc la surface épouse son cône à l’infini. Quelles sont les sections de l’hyperboloïde par les plans x=±ax = \pm a ?

Partie III — Rang 22 et rang 11 : paraboloïdes, cylindres, plans.

  1. Supposons rankA=2\operatorname{rank}A = 2, disons λ1,λ20=λ3\lambda_1, \lambda_2 \neq 0 = \lambda_3. En partant de la question 3, séparer en deux cas selon β30\beta_3 \neq 0 (pas de centre, par la question 4) ou β3=0\beta_3 = 0 (une droite de centres), et réduire à

    λ1z12+λ2z22+2β3z3=0ouλ1z12+λ2z22+c=0:\lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + 2\beta_3z_3 = 0 \qquad\text{ou}\qquad \lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + c'' = 0 :

    paraboloïdes elliptiques/hyperboliques dans le premier cas, cylindres sur des coniques à centre (ou paires de plans sécants, une droite, l’ensemble vide) dans le second.

  2. Montrer que la selle z=xyz = xy est un paraboloïde hyperbolique : tourner de π/4\pi/4 dans le plan xyxy pour atteindre z=12(u2v2)z = \tfrac12(u^2 - v^2), la surface de la Figure 19.1 à l’échelle près.
  3. Montrer que la selle z=xyz = xy porte les deux familles de droites {x=x0, z=x0y}\{x = x_0,\ z = x_0y\} et {y=y0, z=xy0}\{y = y_0,\ z = xy_0\}, avec exactement une droite de chaque passant par chaque point : la seconde quadrique doublement réglée.
  4. Classer x2+y22x+4y+3=0x^2 + y^2 - 2x + 4y + 3 = 0 dans R3\R^3 (compléter les carrés ; identifier un cylindre circulaire droit, et donner son axe et son rayon).
  5. Maintenant soit rankA=1\operatorname{rank}A = 1, disons λ10=λ2=λ3\lambda_1 \neq 0 = \lambda_2 = \lambda_3. En tournant dans le plan noyau et en translatant, réduire à

    λ1z12+2βz2=0(β0)ouλ1z12+c=0:\lambda_1z_1^2 + 2\beta z_2 = 0 \quad (\beta \neq 0) \qquad\text{ou}\qquad \lambda_1z_1^2 + c'' = 0 :

    un cylindre parabolique, ou une paire de plans parallèles, un plan double, ou l’ensemble vide. Classer (x+y)2=z(x + y)^2 = z complètement (forme normale, axe d’invariance par translation).

Partie IV — Le théorème de classification.

  1. Assembler les Parties I–III en un théorème : toute quadrique de R3\R^3 est envoyée par un déplacement sur exactement une forme normale. Lister les dix-sept types affines (compter les variantes vides et les ensembles dégénérés), et distinguer les neuf surfaces quadriques : ellipsoïde, hyperboloïdes à une et deux nappes, cône, paraboloïdes elliptique et hyperbolique, cylindres elliptique, hyperbolique et parabolique.
  2. Écrire l’algorithme de classification : étant donné (A,b,c)(A, b, c), quelles quantités calcule-t-on, dans quel ordre, et quelle branche décide de quel type ? Justifier que chaque étape est effective (valeurs propres d’une matrice symétrique 3×33\times3, rang, résolubilité de AΩ=bA\Omega = -b).
  3. Exécuter l’algorithme sur x2+y2+z22xy2yz2zx=1x^2 + y^2 + z^2 - 2xy - 2yz - 2zx = 1 : montrer que A=2IJA = 2I - J a pour spectre {2,2,1}\{2, 2, -1\} et conclure : un hyperboloïde à une nappe de révolution autour de R(1,1,1)\R(1,1,1).
  4. L’exécuter sur x2+y2z22x+4y+2z+4=0x^2 + y^2 - z^2 - 2x + 4y + 2z + 4 = 0 : trouver le centre et identifier la quadrique.
  5. L’exécuter sur x2+4xy+y2=2zx^2 + 4xy + y^2 = 2z : diagonaliser le bloc xyxy (u=x+y2u = \frac{x+y}{\sqrt2}, v=xy2v = \frac{x-y}{\sqrt2}) et identifier la quadrique.
  6. Euclidien contre affine. Montrer que deux quadriques à centre en forme normale sont rigidement équivalentes ssi elles ont les mêmes listes de coefficients (à permutation et à un scalaire positif commun sur l’équation près), tandis qu’affinement, seules les données de signature survivent : tout ellipsoïde est une image affine de la sphère ronde. Quel théorème garantit que la signature ne peut pas changer en chemin (Théorème 12.6) ?

Partie V — Dividendes.

  1. Montrer que toute section d’une quadrique par un plan affine est une conique (éventuellement dégénérée) de ce plan. Identifier les sections de la selle z=xyz = xy par les plans z=cz = c (c0c \neq 0 et c=0c = 0).
  2. Quelles surfaces quadriques contiennent des droites ? Montrer que l’ellipsoïde, l’hyperboloïde à deux nappes et le paraboloïde elliptique n’en contiennent aucune (restreindre qq à une droite et utiliser l’inégalité de Cauchy–Schwarz pour le cas à deux nappes) ; que le cône et les cylindres sont réglés par une famille ; et conclure que les surfaces quadriques doublement réglées sont exactement l’hyperboloïde à une nappe et le paraboloïde hyperbolique.
  3. Quand seul le type affine est recherché, la réduction de Gauss (Théorème 12.5) est moins coûteuse que la diagonalisation. Refaire la question 17 avec l’algorithme de Gauss et vérifier la signature (2,1)(2, 1) ; quelle information euclidienne Gauss perd-il ?
  4. Toutes les valeurs propres d’une matrice symétrique sont réelles ; montrer qu’en conséquence les signes des valeurs propres de AA peuvent se lire sur le polynôme caractéristique par la règle des signes de Descartes, et le vérifier sur la question 6 : χA(λ)=λ33λ29λ5\chi_A(\lambda) = \lambda^3 - 3\lambda^2 - 9\lambda - 5 a exactement un changement de signe, donc signature (1,2)(1, 2).
  5. Synthèse. Résumer l’algorithme en quelques lignes ; énoncer le rôle exact joué par (i) le théorème spectral, (ii) l’équation du centre AΩ=bA\Omega = -b, (iii) le théorème d’inertie de Sylvester, (iv) la réduction de Gauss. Que donne la même machine dans R2\R^2, et qu’est-ce qui change dans Rn\R^n ?
Solution

Solution de Problème 19.1.

1. En développant, et en utilisant la symétrie de AA (tT ⁣APY=(At)TPYt^{\mathsf T}\!APY = (At)^{\mathsf T}PY) :

q(PY+t)=YTPT ⁣APY+2(At+b)TPY+(tT ⁣At+2bTt+c),q(PY + t) = Y^{\mathsf T}P^{\mathsf T}\!APY + 2\,(At + b)^{\mathsf T}PY + \bigl(t^{\mathsf T}\!At + 2b^{\mathsf T}t + c\bigr),

qui est le triplet affiché. A=PT ⁣AP=P1APA' = P^{\mathsf T}\!AP = P^{-1}AP est semblable à AA : même polynôme caractéristique, même spectre, même rang, même signature. Enfin {q=0}={sq=0}\{q = 0\} = \{sq = 0\} pour s0s \neq 0, donc seule l’équation à un scalaire près est attachée à l’ensemble ; multiplier par ss multiplie toutes les valeurs propres par ss.

2. Le théorème spectral fournit PO(3)P \in O(3) avec PT ⁣AP=diag(λ1,λ2,λ3)P^{\mathsf T}\!AP = \operatorname{diag}(\lambda_1, \lambda_2, \lambda_3) ; la question 1 avec t=0t = 0 transforme l’équation en λiyi2+2βiyi+c=0\sum\lambda_iy_i^2 + 2\sum\beta_iy_i + c = 0, où β=PTb\beta = P^{\mathsf T}b.

3. Pour λi0\lambda_i \neq 0 : λiyi2+2βiyi=λi(yi+βiλi)2βi2λi\lambda_iy_i^2 + 2\beta_iy_i = \lambda_i\bigl(y_i + \frac{\beta_i}{\lambda_i}\bigr)^2 - \frac{\beta_i^2}{\lambda_i} ; la translation zi=yi+βi/λiz_i = y_i + \beta_i/\lambda_i (et zi=yiz_i = y_i pour i>ri > r) donne

irλizi2+2i>rβizi+c=0,c=cirβi2λi.\sum_{i \leq r}\lambda_iz_i^2 + 2\sum_{i > r}\beta_iz_i + c'' = 0, \qquad c'' = c - \sum_{i\leq r}\frac{\beta_i^2}{\lambda_i}.

4. q(2ΩX)=(2ΩX)TA(2ΩX)+2bT(2ΩX)+cq(2\Omega - X) = (2\Omega - X)^{\mathsf T} A(2\Omega - X) + 2b^{\mathsf T}(2\Omega - X) + c ; en développant et en soustrayant q(X)q(X), les termes quadratiques s’annulent et

q(2ΩX)q(X)=4AΩ+b, X+4AΩ+b, Ω.q(2\Omega - X) - q(X) = -4\,\langle A\Omega + b,\ X\rangle + 4\,\langle A\Omega + b,\ \Omega\rangle .

Si AΩ+b=0A\Omega + b = 0 ceci s’annule identiquement : la symétrie centrale préserve qq, donc la quadrique. Réciproquement, « q(2ΩX)=q(X)q(2\Omega - X) = q(X) pour tout XX » dit que la fonction affine ci-dessus s’annule sur tout R3\R^3, ce qui force sa partie linéaire AΩ+bA\Omega + b à être nulle. Donc centres == solutions de AΩ=bA\Omega = -b : un ensemble non vide ssi bimAb \in \operatorname{im}A (un sous-espace affine dirigé par kerA\ker A), et un point unique ssi AA est inversible.

5. Signature (3,0)(3,0) (tous les λi>0\lambda_i > 0) : δ>0\delta > 0 donne x2a2+y2b2+z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} + \frac{z^2}{c^2} = 1 avec a=δ/λ1a = \sqrt{\delta/\lambda_1}, etc. — un ellipsoïde ; δ=0\delta = 0 : le point unique OO ; δ<0\delta < 0 : vide. Signature (2,1)(2,1) (λ1,λ2>0>λ3\lambda_1, \lambda_2 > 0 > \lambda_3) : δ>0\delta > 0 : x2a2+y2b2z2c2=1\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} - \frac{z^2}{c^2} = 1, l’hyperboloïde à une nappe ; δ=0\delta = 0 : le cône x2a2+y2b2=z2c2\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} = \frac{z^2}{c^2} ; δ<0\delta < 0 : z2c2x2a2y2b2=1\frac{z^2}{c^2} - \frac{x^2}{a^2} - \frac{y^2}{b^2} = 1, l’hyperboloïde à deux nappes (zc\abs z \geq c : deux composantes).

6. La partie quadratique a pour matrice AA avec diagonale 11 et hors-diagonale 22 : A=2JIA = 2J - I. Puisque JJ a pour spectre {3,0,0}\{3, 0, 0\} (vecteur propre (1,1,1)(1,1,1) pour 33), AA a pour spectre {5,1,1}\{5, -1, -1\}, la valeur propre 55 portée par R(1,1,1)\R(1,1,1). Dans les coordonnées tournées : 5u2v2w2=15u^2 - v^2 - w^2 = 1, c.-à-d. u21/5v2w2=1\frac{u^2}{1/5} - v^2 - w^2 = 1 : un hyperboloïde à deux nappes, de révolution (valeurs propres égales 1-1) autour de l’axe R(1,1,1)\R(1,1,1).

7. La surface est (xazc)(xa+zc)=(1yb)(1+yb)\bigl(\frac xa - \frac zc\bigr)\bigl(\frac xa + \frac zc\bigr) = \bigl(1 - \frac yb\bigr)\bigl(1 + \frac yb\bigr). Pour (λ:μ)(0:0)(\lambda : \mu) \neq (0:0) définir la droite

Dλ:μ:λ(xazc)=μ(1yb),μ(xa+zc)=λ(1+yb)D_{\lambda:\mu} :\quad \lambda\Bigl(\frac xa - \frac zc\Bigr) = \mu\Bigl(1 - \frac yb\Bigr), \qquad \mu\Bigl(\frac xa + \frac zc\Bigr) = \lambda\Bigl(1 + \frac yb\Bigr)

(deux équations affines indépendantes : une droite). En multipliant les deux équations on voit que tout point de Dλ:μD_{\lambda:\mu} est sur la surface lorsque λμ0\lambda\mu \neq 0 ; les cas λ=0\lambda = 0 ou μ=0\mu = 0 se vérifient directement (par exemple λ=0\lambda = 0 : y=by = b, xa=zc\frac xa = -\frac zc, ce qui satisfait l’équation). La seconde famille Dλ:μD'_{\lambda:\mu} échange les deux facteurs de droite.

8. Fixons MM sur la surface. Les conditions pour MDλ:μM \in D_{\lambda:\mu} forment un système linéaire homogène 2×22\times2 en (λ,μ)(\lambda, \mu) dont le déterminant est

(x2a2z2c2)(1y2b2)=0\Bigl(\frac{x^2}{a^2} - \frac{z^2}{c^2}\Bigr) - \Bigl(1 - \frac{y^2}{b^2}\Bigr) = 0

précisément parce que MM est sur la quadrique : une solution non triviale (λ:μ)(\lambda : \mu) existe. La matrice des coefficients n’est jamais nulle (cela forcerait 1yb=1+yb=01 - \frac yb = 1 + \frac yb = 0), donc son rang est 11 et la solution est unique à un facteur près : exactement une droite de la famille passe par MM. Il en va de même pour la seconde famille, et les deux droites sont distinctes (en (a,0,0)(a, 0, 0) ce sont {x=a, zc=yb}\{x = a,\ \frac zc = \frac yb\} et {x=a, zc=yb}\{x = a,\ \frac zc = -\frac yb\}) : l’hyperboloïde à une nappe est doublement réglé.

9. Soit M=(x,y,z)M = (x, y, z) sur l’hyperboloïde, ρ2=x2a2+y2b2=1+z2c21\rho^2 = \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} = 1 + \frac{z^2}{c^2} \geq 1. Le point N=(x, y, εcρ)N = (x,\ y,\ \varepsilon c\rho) avec ε\varepsilon le signe de zz vérifie x2a2+y2b2(cρ)2c2=0\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} - \frac{(c\rho)^2}{c^2} = 0 : NCN \in C, et

d(M,C)zεcρ=c(ρρ21)=cρ+ρ21.d(M, C) \leq \abs{z - \varepsilon c\rho} = c\bigl(\rho - \sqrt{\rho^2 - 1}\bigr) = \frac{c}{\rho + \sqrt{\rho^2 - 1}} .

Si M\norm M \to \infty alors ρ\rho \to \infty (les trois coordonnées sont majorées par des multiples de ρ\rho), donc d(M,C)0d(M, C) \to 0. La section x=ax = a : y2b2z2c2=0\frac{y^2}{b^2} - \frac{z^2}{c^2} = 0, la paire de droites sécantes de la question 8 — et de même en x=ax = -a.

10. Avec λ3=0\lambda_3 = 0, la question 3 laisse λ1z12+λ2z22+2β3z3+c=0\lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + 2\beta_3z_3 + c'' = 0. Dans la base propre, imA=Vect(e1,e2)\operatorname{im}A = \operatorname{Vect}(e_1, e_2), donc par la question 4 les centres existent ssi β3=0\beta_3 = 0. Si β30\beta_3 \neq 0 : la translation z3z3c/(2β3)z_3 \mapsto z_3 - c''/(2\beta_3) supprime la constante, laissant λ1z12+λ2z22+2β3z3=0\lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + 2\beta_3z_3 = 0, c.-à-d. z3=px2+qy2z_3 = px^2 + qy^2 après renommage : un paraboloïde elliptique si λ1λ2>0\lambda_1\lambda_2 > 0, un paraboloïde hyperbolique si λ1λ2<0\lambda_1\lambda_2 < 0 — et effectivement pas de centre. Si β3=0\beta_3 = 0 : l’équation λ1z12+λ2z22+c=0\lambda_1z_1^2 + \lambda_2z_2^2 + c'' = 0 ne fait pas intervenir z3z_3 : la quadrique est un cylindre sur la conique plane correspondante — cylindre elliptique, droite, ou ensemble vide lorsque λ1λ2>0\lambda_1\lambda_2 > 0 ; cylindre hyperbolique ou paire de plans sécants lorsque λ1λ2<0\lambda_1\lambda_2 < 0 — avec toute une droite de centres {(z1,z2)}×R\{(z_1^*, z_2^*)\} \times \R.

11. xyz=0xy - z = 0. En substituant x=u+v2x = \frac{u + v}{\sqrt2}, y=uv2y = \frac{u - v}{\sqrt2} (rotation de π/4\pi/4) : xy=u2v22xy = \frac{u^2 - v^2}2, donc l’équation devient z=12(u2v2)z = \frac12(u^2 - v^2) : un paraboloïde hyperbolique — la selle de la figure, au facteur 12\frac12 près.

12. La droite {x=x0, z=x0y}\{x = x_0,\ z = x_0y\} (paramétrée par yy) est clairement sur z=xyz = xy, tout comme {y=y0, z=xy0}\{y = y_0,\ z = xy_0\} ; par (x0,y0,x0y0)(x_0, y_0, x_0y_0) passent les deux. Unicité : si t(x0+tv1,y0+tv2,z0+tv3)t \mapsto (x_0 + tv_1, y_0 + tv_2, z_0 + tv_3) reste sur la surface, le coefficient de t2t^2 dans (x0+tv1)(y0+tv2)z0tv3(x_0 + tv_1)(y_0 + tv_2) - z_0 - tv_3 donne v1v2=0v_1v_2 = 0, donc v1=0v_1 = 0 ou v2=0v_2 = 0, tombant dans l’une des deux familles : une droite de chaque par chaque point — la seconde quadrique doublement réglée.

13. En complétant les carrés : (x1)2+(y+2)2=2(x - 1)^2 + (y + 2)^2 = 2, sans condition sur zz : un cylindre circulaire droit de rayon 2\sqrt2 et d’axe la droite verticale {(1,2,z):zR}\{(1, -2, z) : z \in \R\} — une droite de centres, comme le prédit la question 10.

14. Avec λ2=λ3=0\lambda_2 = \lambda_3 = 0 l’équation réduite est λ1z12+2β2z2+2β3z3+c=0\lambda_1z_1^2 + 2\beta_2z_2 + 2\beta_3z_3 + c'' = 0. Une rotation du plan noyau (z2,z3)(z_2, z_3) aligne la forme linéaire : 2β2z2+2β3z3=2βw2\beta_2z_2 + 2\beta_3z_3 = 2\beta w avec β=β22+β32\beta = \sqrt{\beta_2^2 + \beta_3^2}. Si β0\beta \neq 0, translater ww pour absorber cc'' : λ1z12+2βw=0\lambda_1z_1^2 + 2\beta w = 0, un cylindre parabolique ; si β=0\beta = 0 : λ1z12=c\lambda_1z_1^2 = -c'' donne deux plans parallèles (cλ1<0c'' \lambda_1 < 0), un plan double (c=0c'' = 0), ou l’ensemble vide. Pour (x+y)2=z(x + y)^2 = z : avec u=x+y2u = \frac{x + y}{\sqrt2} l’équation s’écrit z=2u2z = 2u^2 : un cylindre parabolique, invariant par les translations le long de (1,1,0)(1, -1, 0).

15. Toute quadrique est envoyée par une rotation plus des translations sur l’une de : (rang 3) ellipsoïde, point, ensemble vide, hyperboloïde à une nappe, cône, hyperboloïde à deux nappes ; (rang 2) paraboloïde elliptique, paraboloïde hyperbolique, cylindre elliptique, droite, ensemble vide, cylindre hyperbolique, paire de plans sécants ; (rang 1) cylindre parabolique, paire de plans parallèles, plan double, ensemble vide. En identifiant les trois variantes vides comme des types affines distincts d’équations, le compte est dix-sept ; parmi elles neuf sont d’honnêtes surfaces : ellipsoïde, les deux hyperboloïdes, le cône, les deux paraboloïdes et les trois cylindres.

16. Algorithme. (i) Lire (A,b,c)(A, b, c) ; calculer le polynôme caractéristique de AA, ses valeurs propres (réelles, par le théorème spectral) et r=rankAr = \operatorname{rank}A. (ii) Résoudre AΩ=bA\Omega = -b (élimination de Gauss) : résoluble ou non — centres ou non. (iii) Si résoluble, translater vers un centre : l’équation devient λizi2+c=0\sum\lambda_iz_i^2 + c'' = 0 avec c=c+b,Ωc'' = c + \langle b, \Omega\rangle ; classer selon rr, la signature et le signe de cc'' en utilisant les questions 5, 10, 14. (iv) Si non résoluble (r2r \leq 2), tourner et réduire comme aux questions 10 et 14 : paraboloïde (r=2r = 2) ou cylindre parabolique (r=1r = 1), elliptique/hyperbolique selon le signe de λ1λ2\lambda_1\lambda_2. Chaque étape est un calcul fini : racines d’un cubique à racines réelles, rangs, systèmes linéaires.

17. AA a diagonale 11, hors-diagonale 1-1 : A=2IJA = 2I - J, spectre {23, 2, 2}={1,2,2}\{2 - 3,\ 2,\ 2\} = \{-1, 2, 2\} avec 1-1 sur R(1,1,1)\R(1,1,1). Signature (2,1)(2,1), b=0b = 0, membre de droite δ=1>0\delta = 1 > 0 : 2u2+2v2w2=12u^2 + 2v^2 - w^2 = 1, un hyperboloïde à une nappe de révolution autour de l’axe R(1,1,1)\R(1,1,1).

18. Compléter les carrés : (x1)2+(y+2)2(z1)2+(14+1+4)=0(x-1)^2 + (y+2)^2 - (z-1)^2 + (-1 - 4 + 1 + 4) = 0, c.-à-d.

(x1)2+(y+2)2=(z1)2:(x-1)^2 + (y+2)^2 = (z-1)^2 :

la constante s’est annulée — un cône circulaire droit avec sommet (et unique centre) (1,2,1)(1, -2, 1) et axe parallèle à OzOz.

19. La partie quadratique x2+4xy+y2x^2 + 4xy + y^2 a pour matrice (1221)\left(\begin{smallmatrix}1 & 2\\ 2 & 1\end{smallmatrix}\right) (dans le plan xyxy), valeurs propres 33 (sur (1,1)(1,1)) et 1-1 (sur (1,1)(1,-1)) : avec u=x+y2u = \frac{x+y}{\sqrt2}, v=xy2v = \frac{x-y}{\sqrt2} elle vaut 3u2v23u^2 - v^2, et la quadrique est

z=32u212v2:z = \tfrac32u^2 - \tfrac12v^2 :

un paraboloïde hyperbolique (AA a rang 22 et bb a une composante le long de kerA=Rez\ker A = \R e_z : pas de centre).

20. Un déplacement transforme les données de l’équation par APT ⁣APA \mapsto P^{\mathsf T}\!AP (mêmes valeurs propres) et les formes normales n’ont aucune liberté résiduelle sauf permuter les coordonnées et multiplier toute l’équation par un scalaire (>0> 0 pour préserver l’écriture) : deux formes normales à centre coïncident à isométrie près ssi les listes de coefficients concordent à permutation et à un facteur positif commun près — pour l’ellipsoïde, ssi les demi-axes (a,b,c)(a, b, c) concordent. Affinement, on peut aussi mettre à l’échelle chaque coordonnée séparément (ziziλiz_i \mapsto z_i\sqrt{\abs {\lambda_i}}), ce qui efface les valeurs propres et ne laisse que leurs signes : tout ellipsoïde devient u2+v2+w2=1u^2 + v^2 + w^2 = 1, la sphère. Le théorème d’inertie de Sylvester (Théorème 12.6) garantit que la signature survit à tout changement linéaire inversible : les types affines de la question 15 sont véritablement distincts.

21. Paramétrer le plan affinement : M=P+su+tvM = P + su + tv. Alors q(P+su+tv)q(P + su + tv) est un polynôme de degré 2\leq 2 en (s,t)(s, t) (développer la forme quadratique par bilinéarité), donc la section {q=0}\{q = 0\} est une conique du plan, éventuellement dégénérée. Pour z=xyz = xy et le plan z=cz = c : xy=cxy = c, une hyperbole pour c0c \neq 0, et pour c=0c = 0 les deux droites coordonnées — la paire de génératrices passant par l’origine.

22. Ellipsoïde : borné, ne contient aucune droite. Hyperboloïde à deux nappes z2c2x2a2y2b2=1\frac{z^2}{c^2} - \frac{x^2}{a^2} - \frac{y^2}{b^2} = 1 : restreindre à p+tvp + tv ; le coefficient de t2t^2 v32c2v12a2v22b2\frac{v_3^2}{c^2} - \frac{v_1^2}{a^2} - \frac{v_2^2}{b^2} doit s’annuler, donc v30v_3 \neq 0 (sinon v=0v = 0) ; le coefficient de tt donne p3v3c2=p1v1a2+p2v2b2\frac{p_3v_3}{c^2} = \frac{p_1v_1}{a^2} + \frac{p_2v_2}{b^2}, et Cauchy–Schwarz donne

p32c2=c2v32(p1v1a2+p2v2b2)2c2v32(p12a2+p22b2)v32c2=p12a2+p22b2,\frac{p_3^2}{c^2} = \frac{c^2}{v_3^2}\Bigl(\frac{p_1v_1}{a^2} + \frac{p_2v_2}{b^2}\Bigr)^2 \leq \frac{c^2}{v_3^2}\Bigl(\frac{p_1^2}{a^2} + \frac{p_2^2}{b^2}\Bigr)\frac{v_3^2}{c^2} = \frac{p_1^2}{a^2} + \frac{p_2^2}{b^2},

donc le terme constant est 01\leq 0 \neq 1 : aucune droite. Paraboloïde elliptique z=x2a2+y2b2z = \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} : le coefficient de t2t^2 force v1=v2=0v_1 = v_2 = 0, alors l’équation est linéaire non constante en tt : aucune droite. Cône x2+y2=z2x^2 + y^2 = z^2 : une droite dessus vérifie q(p)=q(v)=B(p,v)=0q(p) = q(v) = B(p, v) = 0 pour la forme de Lorentz ; l’égalité dans le Cauchy–Schwarz plan p1v1+p2v2=p3v3=(p12+p22)(v12+v22)\abs{p_1v_1 + p_2v_2} = \abs{p_3v_3} = \sqrt{(p_1^2 + p_2^2)(v_1^2 + v_2^2)} force (p1,p2)(v1,v2)(p_1, p_2) \parallel (v_1, v_2) et alors p=kvp = kv : toutes les droites passent par le sommet — une famille. Cylindres : pour les cylindres elliptique et parabolique le coefficient de t2t^2 force v1=v2=0v_1 = v_2 = 0 (seulement les génératrices) ; pour le cylindre hyperbolique x2a2y2b2=1\frac{x^2}{a^2} - \frac{y^2}{b^2} = 1, v1a=±v2b\frac{v_1}a = \pm \frac{v_2}b avec v20v_2 \neq 0 mène via le coefficient de tt à p12a2=p22b2\frac{p_1^2}{a^2} = \frac{p_2^2}{b^2}, contredisant le terme constant 11 : à nouveau seulement les génératrices verticales. Donc les surfaces quadriques doublement réglées sont exactement l’hyperboloïde à une nappe et le paraboloïde hyperbolique.

23. Gauss : x22xy2zx=(xyz)2y2z22yzx^2 - 2xy - 2zx = (x - y - z)^2 - y^2 - z^2 - 2yz, donc

q=(xyz)24yz=(xyz)2+(yz)2(y+z)2:q = (x - y - z)^2 - 4yz = (x - y - z)^2 + (y - z)^2 - (y + z)^2 :

trois carrés indépendants de signes (+,+,)(+, +, -) — signature (2,1)(2, 1), en accord avec la question 17, sans aucun calcul de valeur propre. Gauss perd les données métriques : les nouvelles coordonnées ne sont pas orthonormées, donc les valeurs propres (la forme de l’hyperboloïde, ses axes et leurs longueurs) sont perdues ; seul le type affine subsiste.

24. Soient pp, nn, zz les nombres de valeurs propres positives, négatives et nulles, p+n+z=3p + n + z = 3. La règle de Descartes majore pp par le nombre VV de changements de signe de χA\chi_A, et nn par le nombre VV' de changements de signe de χA(λ)\chi_A(-\lambda) ; de plus chaque paire de coefficients consécutifs non nuls produit un changement dans exactement l’un des deux polynômes, donc V+V3zV + V' \leq 3 - z (les racines nulles sont visibles comme des coefficients de queue nuls). Alors p+n=3zV+Vp+np + n = 3 - z \geq V + V' \geq p + n : égalité, donc p=Vp = V exactement — les signes des valeurs propres se lisent. Pour χA(λ)=λ33λ29λ5\chi_A(\lambda) = \lambda^3 - 3\lambda^2 - 9\lambda - 5 : signes +,,,+,-,-,- donnent V=1V = 1, et χA(λ)=λ33λ2+9λ5\chi_A(-\lambda) = -\lambda^3 - 3\lambda^2 + 9\lambda - 5 a pour signes ,,+,-,-,+,- : V=2V' = 2. Signature (1,2)(1, 2) — cohérent avec la factorisation exacte χA=(λ5)(λ+1)2\chi_A = (\lambda - 5)(\lambda + 1)^2 de la question 6.

25. Algorithme : diagonaliser la partie quadratique de manière orthonormée (théorème spectral : c’est la seule étape analytiquement profonde, et c’est ce qui rend la classification euclidienne) ; résoudre AΩ=bA\Omega = -b pour décider entre types à centre et paraboliques et pour translater la partie linéaire là où c’est possible (géométrie affine) ; lire le type à partir du rang, de la signature et de la constante (Sylvester garantit que ce sont des invariants) ; quand seul le type affine importe, la réduction de Gauss remplace le théorème spectral au prix de l’information métrique. Dans R2\R^2 la même machine classe les coniques : ellipse, hyperbole, parabole, plus des paires de droites, une droite, un point et des ensembles vides. Dans Rn\R^n rien ne change sinon la comptabilité : les types sont indexés par la signature de AA, la position de bb relativement à imA\operatorname{im}A, et une constante — avec la matrice bordée de dimension (n+2)(n{+}2) de (A,b,c)(A, b, c) fournissant un invariant compact.