Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « espace métrique complet » ?

Définition 4.7 Mathématiques universitaires — Licence 2 · Chapitre 4 — Topologie des espaces métriques

Une suite (xn)(x_n) est de Cauchy lorsque supp,qNd(xp,xq)0\sup_{p, q \geq N} d(x_p, x_q) \to 0 quand NN \to \infty. Un espace métrique est complet lorsque toute suite de Cauchy converge. Convergente \Rightarrow de Cauchy toujours ; les parties fermées d’espaces complets sont complètes, et les parties complètes d’un espace quelconque sont fermées (mêmes démonstrations que sur R\R : volume de première année).

Exemples

Exemple 4.8 (Cauchy sans limite)

Dans X=QX = \Q avec la distance usuelle, les troncatures décimales de 2\sqrt2,

x0=1,x1=1.4,x2=1.41,x3=1.414,x_0 = 1,\quad x_1 = 1.4,\quad x_2 = 1.41,\quad x_3 = 1.414, \quad\dots

vérifient xpxq10min(p,q)\abs{x_p - x_q} \leq 10^{-\min(p,q)} : de Cauchy dans Q\Q. Une limite dans Q\Q serait aussi la limite dans R\R, à savoir 2Q\sqrt2 \notin \Q : aucune limite n’existe dans XX. L’incomplétude est la présence de telles « limites fantômes » ; la complétude de R\R a été construite dans le volume de première année précisément pour donner un foyer à toute suite de Cauchy.

Exemple 4.13 (Une équation intégrale)

Sur X=C([0,1])X = C(\intcc{0}{1}) (complet, Théorème 4.9), considérons T(f)(x)=1+120xf(t) ⁣dtT(f)(x) = 1 + \frac12 \int_0^x f(t)\,\dd t. Pour f,gXf, g \in X :

T(f)(x)T(g)(x)120xfg12d(f,g),\abs{T(f)(x) - T(g)(x)} \leq \frac12 \int_0^x \abs{f - g} \leq \frac12\, d_\infty(f, g),

donc TT est une 12\frac12-contraction : elle a un unique point fixe continu — la solution de f=f2f' = \frac f2, f(0)=1f(0) = 1, à savoir ex/2\eu^{x/2}. Ce schéma, industrialisé, devient le théorème de Cauchy–Lipschitz du Chapitre 16.

Exemple 4.14 (Un point fixe numérique : x=cosxx = \cos x)

Sur le complet X=[0,1]X = \intcc{0}{1}, l’application f=cosf = \cos envoie XX dans [cos1,1]X\intcc{\cos 1}{1} \subseteq X et est une contraction : par l’inégalité des accroissements finis,

cosxcosy(sup[0,1]sin)xy=(sin1)xy,sin10.841<1.\abs{\cos x - \cos y} \leq \bigl(\sup_{\intcc01}\abs{\sin}\bigr) \abs{x - y} = (\sin 1)\abs{x - y}, \qquad \sin 1 \approx 0.841 < 1 .

Banach : une unique solution de x=cosxx = \cos x dans [0,1]\intcc01 (donc dans R\R : tout point fixe réel est dans [1,1]\intcc{-1}{1}, puis dans [cos1,1]\intcc{\cos 1}{1} après une application), et l’itération xn+1=cosxnx_{n+1} = \cos x_n converge vers elle depuis tout point de départ : x0.739085x_\infty \approx 0.739085, le fameux nombre obtenu en martelant la touche cosinus d’une calculatrice. La majoration de l’erreur prédit une décroissance en (sin1)n/(1sin1)(\sin1)^n/(1 - \sin1) — environ un chiffre tous les 1313 appuis ; la majoration a posteriori du problème de fin de semaine de ce chapitre (question 14) certifie chaque étape à la volée.

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Définition 7.1 Mathématiques universitaires — Licence 3 · Chapitre 7 — Espaces complets : Baire, Ascoli, Stone–Weierstrass

Un espace métrique est complet si toute suite de Cauchy converge (deuxième année : Rn\R^n est complet ; C([0,1])\mathcal C(\intcc01) muni de \norm\cdot_\infty est complet). Une partie fermée d’un espace complet est complète ; une partie complète d’un espace métrique quelconque est fermée.

Exemples

Exemple 7.5 (Perturber l’identité)

Soit g ⁣:RdRdg \colon \R^d \to \R^d kk-lipschitzienne avec k<1k < 1. Alors φ=id+g\varphi = \mathrm{id} + g est un homéomorphisme de Rd\R^d sur Rd\R^d. Injectivité, avec un module quantitatif :

φ(x)φ(y)xyg(x)g(y)(1k)xy.\norm{\varphi(x) - \varphi(y)} \geq \norm{x - y} - \norm{g(x) - g(y)} \geq (1 - k)\norm{x - y} .

La surjectivité est le théorème du point fixe : résoudre φ(x)=y\varphi(x) = y signifie x=yg(x)x = y - g(x), et xyg(x)x \mapsto y - g(x) est une kk-contraction du complet Rd\R^d — une solution unique x=ψ(y)x = \psi(y) existe pour tout yy. L’inégalité affichée rend l’inverse ψ\psi lipschitzien de constante 11k\frac1{1-k} : un homéomorphisme, avec bornes explicites sur les deux modules. Cet énoncé d’apparence innocente est le moteur du théorème d’inversion locale (Chapitre 20) : près d’un point où DfDf est inversible, ff est une application linéaire inversible plus une petite perturbation lipschitzienne, et l’exemple d’aujourd’hui fait le reste. Il quantifie aussi la robustesse numérique : un système perturbé de moins que la marge de l’inverse reste solvable, la solution se déplaçant d’au plus 11k\frac{1}{1-k} fois la perturbation.

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