Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

4Topologie des espaces métriques

La topologie de la droite réelle (volume de première année) se généralise, presque sans changer un mot, à tout ensemble muni d’une distance. Le gain est énorme : suites de fonctions, matrices, courbes — toutes deviennent des points d’espaces métriques, et les trois piliers démontrés ici — la complétude avec le théorème du point fixe de Banach, la compacité, la connexité — s’appliquent à elles uniformément. Ce chapitre est la colonne vertébrale de toute la moitié analytique du livre.

4.1 Espaces métriques

Définition 4.1

Un espace métrique est un ensemble XX muni d’une application d ⁣:X×XR+d \colon X \times X \to \R_+ telle que, pour tous x,y,zx, y, z :

d(x,y)=0    x=y,d(x,y)=d(y,x),d(x,z)d(x,y)+d(y,z).d(x,y) = 0 \iff x = y, \qquad d(x,y) = d(y,x), \qquad d(x,z) \leq d(x,y) + d(y,z).

Boules : B(a,r)={x:d(a,x)<r}B(a, r) = \{x : d(a,x) < r\} (ouverte), B(a,r)={x:d(a,x)r}\overline B(a,r) = \{x : d(a,x) \leq r\} (fermée). Une partie AXA \subseteq X devient un espace métrique pour la distance induite.

Exemple 4.2

R\R avec xy\abs{x - y} ; Rn\R^n avec l’une des distances

d1(x,y)=ixiyi,d2(x,y)=(i(xiyi)2)1/2,d(x,y)=maxixiyi;d_1(x,y) = \sum_i \abs{x_i - y_i}, \quad d_2(x,y) = \Bigl(\sum_i (x_i - y_i)^2\Bigr)^{1/2}, \quad d_\infty(x,y) = \max_i \abs{x_i - y_i};

l’ensemble C([a,b])C(\intcc{a}{b}) des fonctions continues avec la distance sup d(f,g)=sup[a,b]fgd_\infty(f, g) = \sup_{\intcc{a}{b}} \abs{f - g} (finie : fgf - g est bornée) ; tout ensemble muni de la distance discrète (d(x,y)=1d(x,y) = 1 pour xyx \neq y). Les distances issues de normes font l’objet du Chapitre 5.

Définition 4.3 (Topologie d’un espace métrique)

UXU \subseteq X est ouvert lorsque chaque point de UU est le centre d’une boule contenue dans UU ; FF est fermé lorsque son complémentaire est ouvert. Les voisinages, l’intérieur, l’adhérence, la densité, la frontière se définissent exactement comme sur la droite réelle (volume de première année), les boules remplaçant les intervalles, et les énoncés qui y sont démontrés — réunions/intersections d’ouverts, caractérisations de l’intérieur et de l’adhérence, l’adhérence comme plus petit fermé contenant — se transposent avec les mêmes démonstrations. Les boules ouvertes sont ouvertes, les boules fermées sont fermées (inégalité triangulaire).

Exemple 4.4 (Intérieur, adhérence, frontière sur un ensemble)

Dans R\R, soit A=(0,1]{2}A = \intoc{0}{1} \cup \{2\}. Intérieur : (0,1)\intoo{0}{1} — autour de tout x(0,1)x \in \intoo01 une petite boule reste dans AA ; autour de 11, toute boule (1r,1+r)\intoo{1-r}{1+r} fuit de AA vers la droite, donc 11 n’est pas intérieur ; et le point isolé 22 ne l’est pas non plus. Adhérence : [0,1]{2}\intcc{0}{1} \cup \{2\} (le point 00 est une limite de AA, rien d’autre n’est ajouté). Frontière (adhérence privée de l’intérieur) : {0,1,2}\{0, 1, 2\}. Notez les asymétries à retenir : une extrémité peut appartenir à un ensemble sans être intérieure (11), peut être adhérente sans y appartenir (00), et un point isolé est sa propre frontière (22). La même comptabilité s’applique mot pour mot dans tout espace métrique, avec des boules à la place des intervalles.

Définition 4.5 (Limites, continuité)

xnxx_n \to x dans XX lorsque d(xn,x)0d(x_n, x) \to 0. Une application f ⁣:XYf \colon X \to Y entre espaces métriques est continue en aa lorsque

ε>0, δ>0,dX(x,a)δ    dY(f(x),f(a))ε;\forall \varepsilon > 0,\ \exists\delta > 0,\quad d_X(x, a) \leq \delta \implies d_Y\bigl(f(x), f(a)\bigr) \leq \varepsilon ;

de façon équivalente (même démonstration que sur R\R), f(xn)f(a)f(x_n) \to f(a) pour toute suite xnax_n \to a. ff est lipschitzienne de constante kk lorsque dY(f(x),f(y))kdX(x,y)d_Y(f(x), f(y)) \leq k\, d_X(x, y) toujours — alors uniformément continue, donc continue.

Théorème 4.6 (Caractérisation globale de la continuité)

f ⁣:XYf \colon X \to Y est continue (en tout point) si et seulement si l’image réciproque de tout ouvert est ouverte — si et seulement si l’image réciproque de tout fermé est fermée.

Démonstration. (\Rightarrow) Soit VYV \subseteq Y ouvert et af1(V)a \in f^{-1}(V) : une certaine boule B(f(a),ε)VB(f(a), \varepsilon) \subseteq V ; la continuité en aa fournit δ\delta tel que f(B(a,δ))B(f(a),ε)f(B(a, \delta)) \subseteq B(f(a), \varepsilon), donc B(a,δ)f1(V)B(a, \delta) \subseteq f^{-1}(V).

(\Leftarrow) Étant donné aa et ε\varepsilon : f1(B(f(a),ε))f^{-1}\bigl(B(f(a), \varepsilon)\bigr) est ouvert et contient aa, donc contient une boule B(a,δ)B(a, \delta) : c’est la définition de la continuité en aa. Fermés : complémentaires (Proposition 1.1).

4.2 Espaces complets

Définition 4.7

Une suite (xn)(x_n) est de Cauchy lorsque supp,qNd(xp,xq)0\sup_{p, q \geq N} d(x_p, x_q) \to 0 quand NN \to \infty. Un espace métrique est complet lorsque toute suite de Cauchy converge. Convergente \Rightarrow de Cauchy toujours ; les parties fermées d’espaces complets sont complètes, et les parties complètes d’un espace quelconque sont fermées (mêmes démonstrations que sur R\R : volume de première année).

Exemple 4.8 (Cauchy sans limite)

Dans X=QX = \Q avec la distance usuelle, les troncatures décimales de 2\sqrt2,

x0=1,x1=1.4,x2=1.41,x3=1.414,x_0 = 1,\quad x_1 = 1.4,\quad x_2 = 1.41,\quad x_3 = 1.414, \quad\dots

vérifient xpxq10min(p,q)\abs{x_p - x_q} \leq 10^{-\min(p,q)} : de Cauchy dans Q\Q. Une limite dans Q\Q serait aussi la limite dans R\R, à savoir 2Q\sqrt2 \notin \Q : aucune limite n’existe dans XX. L’incomplétude est la présence de telles « limites fantômes » ; la complétude de R\R a été construite dans le volume de première année précisément pour donner un foyer à toute suite de Cauchy.

Théorème 4.9

Rn\R^n (l’une quelconque des trois distances du Exemple 4.2) et (C([a,b]),d)\bigl(C(\intcc{a}{b}), d_\infty\bigr) sont complets.

Démonstration. Rn\R^n : une suite de Cauchy est de Cauchy dans chaque coordonnée (chaque xiyid(x,y)\abs{x_i - y_i} \leq d(x,y) pour les trois distances), donc chaque coordonnée converge (complétude de R\R, volume de première année), et la convergence coordonnée par coordonnée entraîne la convergence pour dd_\infty (nombre fini de coordonnées), donc pour les trois (les trois distances se dominent mutuellement à des facteurs constants près : dd2d1ndd_\infty \leq d_2 \leq d_1 \leq n\,d_\infty).

C([a,b])C(\intcc{a}{b}) : soit (fn)(f_n) de Cauchy pour dd_\infty. Pour chaque xx, (fn(x))(f_n(x)) est de Cauchy dans R\R (fp(x)fq(x)d(fp,fq)\abs{f_p(x) - f_q(x)} \leq d_\infty(f_p, f_q)) : converge vers un f(x)f(x). En passant à la limite dans fp(x)fq(x)ε\abs{f_p(x) - f_q(x)} \leq \varepsilon (valable pour p,qNεp, q \geq N_\varepsilon, tout xx) quand qq \to \infty : fp(x)f(x)ε\abs{f_p(x) - f(x)} \leq \varepsilon pour tout xx, c’est-à-dire d(fp,f)εd_\infty(f_p, f) \leq \varepsilon : convergence uniforme. La limite est continue : étant donné ε\varepsilon, choisir pp avec supfpfε\sup\abs{f_p - f} \leq \varepsilon, puis utiliser la continuité de fpf_p en aa et le découpage en trois termes

f(x)f(a)f(x)fp(x)+fp(x)fp(a)+fp(a)f(a)3ε\abs{f(x) - f(a)} \leq \abs{f(x) - f_p(x)} + \abs{f_p(x) - f_p(a)} + \abs{f_p(a) - f(a)} \leq 3\varepsilon

pour xx proche de aa. (Cet « argument des 3ε3\varepsilon » revient comme théorème de la limite uniforme du Chapitre 10.)

Exemple 4.10 (Ouverts et fermés reconnus par la continuité)

La caractérisation globale (Théorème 4.6) est l’outil quotidien de la comptabilité topologique. Dans R2\R^2 : l’ensemble {(x,y):x2+y2<1, y>x3}\{(x, y) : x^2 + y^2 < 1,\ y > x^3\} est ouvert — c’est g1((,1))h1((0,+))g^{-1}(\intoo{-\infty}{1}) \cap h^{-1}(\intoo{0}{+\infty}) pour les fonctions continues g(x,y)=x2+y2g(x,y) = x^2 + y^2 et h(x,y)=yx3h(x, y) = y - x^3, une intersection de deux images réciproques d’ouverts. Dans (C([0,1]),d)\bigl(C(\intcc01), d_\infty\bigr) : l’ensemble des fonctions avec f(0)=f(1)f(0) = f(1) et 01f=0\int_0^1 f = 0 est fermé — l’image réciproque de {(0,0)}\{(0,0)\} par l’application continue f(f(0)f(1), 01f)f \mapsto \bigl(f(0) - f(1),\ \int_0^1 f\bigr) à valeurs dans R2\R^2 (chaque coordonnée est 11-lipschitzienne, comme dans le Exercice 4.3). La méthode ne dessine jamais : exhiber une application continue, lire l’ensemble comme une image réciproque, invoquer le théorème.

Exemple 4.11 (Un fermé défini par une infinité de conditions)

Dans (C([0,1]),d)\bigl(C(\intcc01), d_\infty\bigr), l’ensemble

L={f:f(x)f(y)xy pour tous x,y}L = \{f : \abs{f(x) - f(y)} \leq \abs{x - y} \ \text{pour tous } x, y\}

des fonctions 11-lipschitziennes est fermé, bien qu’il soit découpé par une infinité non dénombrable de conditions : pour chaque couple fixé (x,y)(x, y), l’application ff(x)f(y)xyf \mapsto \abs{f(x) - f(y)} - \abs{x - y} est continue (les évaluations sont 11-lipschitziennes), donc chaque condition prise seule définit un fermé, et LL est l’intersection de cette famille — une intersection quelconque de fermés est fermée. Le même modèle certifie la fermeture pour les fonctions monotones, les fonctions convexes, les fonctions majorées par une gg fixée : les limites uniformes héritent de toute propriété exprimable comme une famille de contraintes ponctuelles fermées. Ce dont les limites uniformes n’héritent pas automatiquement — la dérivabilité, par exemple — est exactement ce pour quoi le Chapitre 10 devra peiner.

Théorème 4.12 (Théorème du point fixe de Banach)

Soit XX un espace métrique complet non vide et f ⁣:XXf \colon X \to X une contraction : lipschitzienne de constante k<1k < 1. Alors ff a un unique point fixe \ell, et toute orbite xn+1=f(xn)x_{n+1} = f(x_n) converge vers \ell, avec

d(xn,)kn1kd(x1,x0).d(x_n, \ell) \leq \frac{k^n}{1 - k}\, d(x_1, x_0) .

Démonstration. Unicité : deux points fixes sont à distance k\leq k fois elle-même. Existence : d(xn+1,xn)knd(x1,x0)d(x_{n+1}, x_n) \leq k^n d(x_1, x_0) par récurrence, donc pour q>pq > p,

d(xq,xp)j=pq1d(xj+1,xj)d(x1,x0)jpkj=kp1kd(x1,x0)p0:d(x_q, x_p) \leq \sum_{j=p}^{q-1} d(x_{j+1}, x_j) \leq d(x_1, x_0) \sum_{j \geq p} k^j = \frac{k^p}{1-k}\, d(x_1, x_0) \xrightarrow[p\to\infty]{} 0 :

de Cauchy, donc convergente vers un \ell ; la continuité de ff passe xn+1=f(xn)x_{n+1} = f(x_n) à la limite : =f()\ell = f(\ell). La majoration de l’erreur est l’estimation affichée avec qq \to \infty.

Exemple 4.13 (Une équation intégrale)

Sur X=C([0,1])X = C(\intcc{0}{1}) (complet, Théorème 4.9), considérons T(f)(x)=1+120xf(t) ⁣dtT(f)(x) = 1 + \frac12 \int_0^x f(t)\,\dd t. Pour f,gXf, g \in X :

T(f)(x)T(g)(x)120xfg12d(f,g),\abs{T(f)(x) - T(g)(x)} \leq \frac12 \int_0^x \abs{f - g} \leq \frac12\, d_\infty(f, g),

donc TT est une 12\frac12-contraction : elle a un unique point fixe continu — la solution de f=f2f' = \frac f2, f(0)=1f(0) = 1, à savoir ex/2\eu^{x/2}. Ce schéma, industrialisé, devient le théorème de Cauchy–Lipschitz du Chapitre 16.

Exemple 4.14 (Un point fixe numérique : x=cosxx = \cos x)

Sur le complet X=[0,1]X = \intcc{0}{1}, l’application f=cosf = \cos envoie XX dans [cos1,1]X\intcc{\cos 1}{1} \subseteq X et est une contraction : par l’inégalité des accroissements finis,

cosxcosy(sup[0,1]sin)xy=(sin1)xy,sin10.841<1.\abs{\cos x - \cos y} \leq \bigl(\sup_{\intcc01}\abs{\sin}\bigr) \abs{x - y} = (\sin 1)\abs{x - y}, \qquad \sin 1 \approx 0.841 < 1 .

Banach : une unique solution de x=cosxx = \cos x dans [0,1]\intcc01 (donc dans R\R : tout point fixe réel est dans [1,1]\intcc{-1}{1}, puis dans [cos1,1]\intcc{\cos 1}{1} après une application), et l’itération xn+1=cosxnx_{n+1} = \cos x_n converge vers elle depuis tout point de départ : x0.739085x_\infty \approx 0.739085, le fameux nombre obtenu en martelant la touche cosinus d’une calculatrice. La majoration de l’erreur prédit une décroissance en (sin1)n/(1sin1)(\sin1)^n/(1 - \sin1) — environ un chiffre tous les 1313 appuis ; la majoration a posteriori du problème de fin de semaine de ce chapitre (question 14) certifie chaque étape à la volée.

4.3 Compacité

Définition 4.15

Un espace métrique XX est compact lorsque toute suite de XX admet une sous-suite convergeant dans XX (la propriété de Bolzano–Weierstrass). Une partie est compacte lorsqu’elle l’est pour la distance induite.

Théorème 4.16 (Premières propriétés)

  1. Une partie compacte est fermée et bornée ; une partie fermée d’un espace compact est compacte.
  2. Dans Rn\R^n, la réciproque est vraie : compact     \iff fermé et borné.
  3. Une image continue d’un espace compact est compacte ; une fonction réelle continue sur un espace compact non vide est bornée et atteint ses bornes.
  4. (Heine) Une application continue sur un espace compact est uniformément continue.
  5. Produits : si X,YX, Y sont compacts, alors X×YX \times Y l’est (avec d((x,y),(x,y))=d(x,x)+d(y,y)d\bigl((x,y),(x',y')\bigr) = d(x,x') + d(y,y')).

Démonstration. (1) Mêmes arguments que sur la droite (volume de première année) : une suite s’échappant à l’infini ou convergeant à l’extérieur n’a aucune sous-suite convergeant à l’intérieur ; pour la seconde assertion, extraire dans le compact ambiant et utiliser la fermeture.

(2) Les suites bornées de Rn\R^n ont des sous-suites convergentes composante par composante : extraire sur la première coordonnée (Bolzano–Weierstrass sur R\R), puis, de cette sous-suite, sur la deuxième, et ainsi de suite (nn extractions successives) ; la fermeture garde la limite à l’intérieur.

(3) Étant donné (f(xn))(f(x_n)), extraire xφ(n)xXx_{\varphi(n)} \to x \in X ; la continuité donne f(xφ(n))f(x)f(X)f(x_{\varphi(n)}) \to f(x) \in f(X). Cas réel : la compacité de f(X)Rf(X) \subseteq \R la rend fermée et bornée, et supf(X)f(X)\sup f(X) \in f(X) (le sup d’un ensemble lui est adhérent, et f(X)f(X) est fermé).

(4) La démonstration de première année se transfère mot pour mot ; la voici, en habit métrique. Supposons f ⁣:XYf \colon X \to Y continue sur le compact XX mais non uniformément continue : un certain ε>0\varepsilon > 0 admet, pour tout nn, des points avec

dX(xn,yn)1n+1etdY(f(xn),f(yn))>ε.d_X(x_n, y_n) \leq \frac{1}{n+1} \qquad\text{et}\qquad d_Y\bigl(f(x_n), f(y_n)\bigr) > \varepsilon .

Extraire xφ(n)aXx_{\varphi(n)} \to a \in X ; alors yφ(n)ay_{\varphi(n)} \to a aussi (les distances mutuelles tendent vers 00). La continuité en aa envoie les deux suites images vers f(a)f(a), donc dY(f(xφ(n)),f(yφ(n)))0d_Y\bigl(f(x_{\varphi(n)}), f(y_{\varphi(n)})\bigr) \to 0 — contredisant l’écart uniforme >ε> \varepsilon. La compacité a fourni exactement une chose : le point d’accumulation aa où appliquer la continuité ordinaire.

(5) Extraire sur les coordonnées de XX, puis à nouveau sur les coordonnées de YY.

Exemple 4.17 (Le théorème de Heine, avec et sans compacité)

Sur [0,1]\intcc{0}{1}, la fonction xx2x \mapsto x^2 est uniformément continue — Heine le dit sans aucun calcul, mais l’estimation directe est instructive :

x2y2=x+yxy2xy,\abs{x^2 - y^2} = \abs{x + y}\,\abs{x - y} \leq 2\abs{x - y},

donc δ=ε/2\delta = \varepsilon/2 convient pour tous les points à la fois. Sur R\R la même fonction n’est pas uniformément continue : avec xn=nx_n = n et yn=n+1ny_n = n + \frac1n, l’écart xnyn=1n0\abs{x_n - y_n} = \frac1n \to 0 tandis que xn2yn2=2+1n22\abs{x_n^2 - y_n^2} = 2 + \frac1{n^2} \geq 2 : aucun δ\delta unique ne sert ε=1\varepsilon = 1. Le mécanisme est visible : la constante de Lipschitz locale x+y\abs{x + y} est bornée sur un compact et non bornée sur R\R — le théorème de Heine est exactement l’énoncé que la compacité plafonne uniformément de telles constantes locales.

Méthode 4.18 (Prouver qu’un ensemble est compact)

Trois voies, par ordre de fréquence. (1) Reconnaissance ambiante : dans Rn\R^n (ou tout espace normé de dimension finie, Chapitre 5), vérifier fermé — typiquement comme image réciproque, Exemple 4.10 — et borné. (2) Hérédité : une partie fermée d’un compact connu est compacte ; une réunion finie ou un produit de compacts est compact ; une image continue d’un compact est compacte. (3) À mains nues : extraire une sous-suite convergente d’une suite quelconque — généralement par extractions successives coordonnée par coordonnée. Pour prouver la non-compacité, un seul témoin suffit : une suite sans sous-suite convergente, le plus souvent des points à distance mutuelle ε\geq \varepsilon.

Exemple 4.19 (Distances entre ensembles : la compacité gagne son pain)

Soit KK compact, FF fermé, KF=K \cap F = \emptyset dans un espace métrique. Alors

d(K,F)=inf{d(x,y):xK, yF}>0:d(K, F) = \inf\,\{d(x, y) : x \in K,\ y \in F\} > 0 :

la fonction xd(x,F)x \mapsto d(x, F) est continue (Exercice 4.11) et positive sur KK (d(x,F)=0d(x, F) = 0 mettrait xF=Fx \in \overline F = F), donc elle atteint un minimum positif sur le compact KK (Théorème 4.16 (3)). La compacité n’est pas décorative : pour deux ensembles fermés l’infimum peut s’annuler sans être atteint — dans R2\R^2, l’hyperbole F1={xy=1}F_1 = \{xy = 1\} et l’axe F2={y=0}F_2 = \{y = 0\} sont deux fermés disjoints avec d(F1,F2)=0d(F_1, F_2) = 0 (les points (n,1n)(n, \frac1n) approchent l’axe). La fuite à l’infini est exactement ce que la compacité interdit.

Théorème 4.20 (Borel–Lebesgue)

Un espace métrique XX est compact si et seulement si tout recouvrement de XX par des ouverts admet un sous-recouvrement fini.

Démonstration. (\Leftarrow) Supposons que (xn)(x_n) n’a aucune sous-suite convergente. Nous affirmons que tout xXx \in X a une boule B(x,rx)B(x, r_x) contenant xnx_n pour un nombre fini d’indices nn seulement : sinon, toute boule B(x,1k+1)B(x, \frac1{k+1}) contiendrait une infinité de termes, et en choisissant des indices

φ(0)<φ(1)<φ(2)<avecxφ(k)B(x,1k+1)\varphi(0) < \varphi(1) < \varphi(2) < \cdots \quad\text{avec}\quad x_{\varphi(k)} \in B\Bigl(x, \frac{1}{k+1}\Bigr)

(possible à chaque étape précisément parce qu’il reste une infinité de candidats) on construirait une sous-suite convergeant vers xx. Les boules B(x,rx)B(x, r_x) recouvrent XX ; si un nombre fini d’entre elles recouvrait XX, l’ensemble d’indices N\N serait une réunion finie d’ensembles finis : absurde.

(\Rightarrow) Deux étapes. Nombre de Lebesgue : pour un recouvrement ouvert (Ui)(U_i) d’un compact XX, il existe ρ>0\rho > 0 tel que toute boule de rayon ρ\rho est contenue dans un UiU_i. Sinon, pour chaque nn choisir xnx_n avec B(xn,1n+1)B(x_n, \frac{1}{n+1}) dans aucun UiU_i ; extraire xφ(n)xUi0B(x,r)x_{\varphi(n)} \to x \in U_{i_0} \supseteq B(x, r) ; pour nn grand, B(xφ(n),1φ(n)+1)B(x,r)Ui0B(x_{\varphi(n)}, \frac{1}{\varphi(n)+1}) \subseteq B(x, r) \subseteq U_{i_0} : contradiction. Précompacité : pour tout ρ>0\rho > 0, un nombre fini de boules de rayon ρ\rho recouvre XX. Sinon choisir par récurrence xn+1x_{n+1} hors de B(x0,ρ)B(xn,ρ)B(x_0, \rho) \cup \dots \cup B(x_n, \rho) : la suite a des distances deux à deux ρ\geq \rho, donc aucune sous-suite de Cauchy — donc aucune convergente : contradiction. En combinant : recouvrir XX par un nombre fini de boules de rayon ρ\rho (le nombre de Lebesgue), chacune dans un certain UiU_i : un sous-recouvrement fini.

Exemple 4.21 (Un ε\varepsilon-réseau, compté)

La précompacité (issue de la démonstration du Théorème 4.20) est très concrète sur [0,1]\intcc{0}{1} : pour ε>0\varepsilon > 0, les 12ε\lceil \frac{1}{2\varepsilon}\rceil boules centrées en ε,3ε,5ε,\varepsilon, 3\varepsilon, 5\varepsilon, \dots de rayon ε\varepsilon le recouvrent — environ 12ε\frac1{2\varepsilon} boules, et aucun recouvrement ne peut se contenter de moins de 12ε\frac{1}{2\varepsilon} d’entre elles (chaque boule couvre une longueur au plus 2ε2\varepsilon). Dans [0,1]2\intcc01^2 le compte s’élève au carré, à l’ordre ε2\varepsilon^{-2} : les nombres de recouvrement croissent comme εd\varepsilon^{-d} en dimension dd — une face quantitative de la compacité, et la raison pour laquelle les boules unités de dimension infinie du Chapitre 5 (où aucun 13\frac13-réseau fini n’existe) ne peuvent être compactes.

Exemple 4.22 (Lire la compacité sur les recouvrements)

L’intervalle semi-ouvert (0,1]\intoc{0}{1} est recouvert par les ouverts Un=(1n,2)U_n = \intoo{\frac1n}{2}, n1n \geq 1 ; toute sous-famille finie a un plus grand indice NN et manque (0,1N]\intoc{0}{\frac1N} : aucun sous-recouvrement fini, donc (0,1]\intoc{0}{1} n’est pas compact — ce que la définition séquentielle voit à travers xn=1nx_n = \frac1n, dont la limite 00 s’échappe. En revanche, ajouter le seul point 00 répare les deux diagnostics d’un coup : sur [0,1]\intcc{0}{1} tout tel recouvrement doit contenir un ensemble contenant 00, qui avale un segment initial entier, et un nombre fini d’ensembles finit le reste. Les deux langages du Théorème 4.20 échouent ou réussissent toujours de concert — les recouvrements détectent la fuite exactement là où les suites la détectent.

Remarque 4.23 (Perspectives dans ce volume)

Ce chapitre est le mur porteur du volume ; observez où chaque pilier porte du poids. Complétude : le critère de Cauchy devient le test de convergence des séries dans les espaces de Banach (Chapitre 7), la convergence uniforme du Chapitre 10 est exactement la convergence dans le complet (C,d)\bigl(C, d_\infty\bigr), et Cauchy–Lipschitz (Chapitre 16) est le théorème du point fixe de Banach déguisé en équation intégrale. Compacité : elle prouve l’équivalence des normes (Chapitre 5), l’atteinte des extrema pour l’optimisation du Chapitre 15, et l’existence des meilleures approximations (le problème de fin de semaine du Chapitre 5). Connexité : elle globalise les énoncés locaux — l’unicité des solutions d’équations différentielles, le théorème des valeurs intermédiaires sur les courbes (Chapitre 18), et les deux composantes de GLn(R)GL_n(\R) que la théorie de l’orientation (Chapitre 20) gardera séparées.

Remarque 4.24 (Pièges classiques)

(i) « Fermé et borné implique compact » est un théorème sur Rn\R^n, non sur les espaces métriques : un ensemble infini muni de la distance discrète est fermé et borné en lui-même mais non compact (Exercice 4.4), et la boule unité fermée de C([0,1])C(\intcc01) échoue elle aussi (Chapitre 5). (ii) La complétude est une propriété de la distance, non de la topologie : R\R avec d(x,y)=arctanxarctanyd(x,y) = \abs{\arctan x - \arctan y} a les mêmes suites convergentes usuelles mais est incomplet (Exercice 4.1). (iii) Une bijection continue n’est pas nécessairement un homéomorphisme — la paramétrisation du cercle du Exercice 4.7 ; la compacité de la source y remédie. (iv) Le théorème de Banach a besoin de k<1k < 1 uniformément : la condition d(f(x),f(y))<d(x,y)d(f(x), f(y)) < d(x,y) à elle seule ne garantit rien sur un espace non compact (Exercice 4.5). (v) Connexe n’implique pas connexe par arcs en général — mais pour les parties ouvertes des espaces normés rencontrées dans ce livre, les deux coïncident (Chapitre 5).

Remarque 4.25 (Où ce chapitre est utilisé)

Partout dans la moitié analytique. La complétude de C([a,b])C(\intcc{a}{b}) alimente les théorèmes de convergence du Chapitre 10 et la théorie de Cauchy–Lipschitz du Chapitre 16 (le problème de fin de semaine de ce chapitre prouve déjà le théorème local de Picard–Lindelöf) ; la compacité donne l’équivalence des normes en dimension finie (Chapitre 5) et l’existence des extrema dans le Chapitre 15 ; la connexité sous-tend les arguments de valeurs intermédiaires du Chapitre 8 et la globalisation de l’unicité pour les équations différentielles. Dans le volume de troisième année, la compacité dans les espaces de fonctions (le théorème d’Arzelà–Ascoli) et le théorème de Baire (Exercice 4.12 ici) deviennent des outils d’usage quotidien.

Les premières étapes de l’ensemble de Cantor () : chaque niveau supprime le tiers central ouvert de chaque segment. L’intersection C = _n C_n est compacte, d’intérieur vide et de longueur nulle, et pourtant équipotente à ℝ — et elle revient comme point fixe d’une contraction sur les ensembles dans le problème de fin de semaine de ce chapitre (question 22).
Les premières étapes de l’ensemble de Cantor (Exercice 4.8) : chaque niveau supprime le tiers central ouvert de chaque segment. L’intersection C=nCnC = \bigcap_n C_n est compacte, d’intérieur vide et de longueur nulle, et pourtant équipotente à R\R — et elle revient comme point fixe d’une contraction sur les ensembles dans le problème de fin de semaine de ce chapitre (question 22).

4.4 Connexité

Définition 4.26

XX est connexe lorsqu’il n’admet aucune partition en deux parties ouvertes non vides — de façon équivalente, lorsque ses seules parties à la fois ouvertes et fermées sont \emptyset et XX. XX est connexe par arcs lorsque deux points quelconques sont joints par une application continue γ ⁣:[0,1]X\gamma \colon \intcc{0}{1} \to X.

Théorème 4.27

  1. Les parties connexes de R\R sont exactement les intervalles.
  2. Une image continue d’un espace connexe est connexe — d’où le théorème des valeurs intermédiaires général : une fonction réelle continue sur un espace connexe prend toute valeur comprise entre deux de ses valeurs.
  3. Connexe par arcs \Rightarrow connexe. (La réciproque est fausse en général ; elle est vraie pour les parties ouvertes des espaces normés, Chapitre 5.)

Démonstration. (1) Un AA non intervalle manque un zz entre deux de ses points : A=(A(,z))(A(z,+))A = (A \cap \intoo{-\infty}{z}) \cup (A \cap \intoo{z}{+\infty}) le scinde en deux morceaux non vides ouverts (dans AA). Réciproquement, soit II un intervalle et I=UVI = U \cup V une partition en parties non vides relativement ouvertes ; choisir aUa \in U, bVb \in V, disons a<ba < b, et poser s=sup(U[a,b])s = \sup\,(U \cap \intcc{a}{b}), un point de [a,b]I\intcc{a}{b} \subseteq I. Si sUs \in U : alors sbs \neq b, et l’ouverture relative de UU met tout un intervalle autour de ss (intersecté avec II) dans UU — donc des points de U[a,b]U \cap \intcc{a}{b} dépassent ss, contredisant le supremum. Si sVs \in V : l’ouverture relative de VV met un intervalle (sr,s+r)I\intoo{s - r}{s + r} \cap I dans VV ; mais le supremum est adhérent à U[a,b]U \cap \intcc{a}{b}, qui doit rencontrer cet intervalle — contradiction avec UV=U \cap V = \emptyset. (C’est l’argument des ouverts-fermés de première année pour R\R, mené à l’intérieur de II.)

(2) Si f(X)=UVf(X) = U' \cup V' se scinde en parties non vides relativement ouvertes, alors X=f1(U)f1(V)X = f^{-1}(U') \cup f^{-1}(V') scinde XX (Théorème 4.6). TVI : f(X)Rf(X) \subseteq \R est connexe, donc un intervalle par (1).

(3) Supposons X=UVX = U \cup V, tous deux non vides ouverts, et joignons aUa \in U à bVb \in V par un chemin γ\gamma : alors γ1(U),γ1(V)\gamma^{-1}(U), \gamma^{-1}(V) scindent [0,1]\intcc{0}{1}, contredisant (1).

Exemple 4.28

GLn(R)GL_n(\R) n’est pas connexe : det\det est continu (un polynôme en les coefficients) sur R\R^*, qui n’est pas connexe ; les images réciproques de R+\R_+^* et R\R_-^* scindent GLn(R)GL_n(\R). (Chaque morceau est en fait connexe par arcs — un exercice agréable au-delà de nos besoins.) Par contraste GLn(C)GL_n(\C) est connexe par arcs : Exercice 4.10.

Exemple 4.29 (Un point fixe par la connexité seule)

Toute application continue f ⁣:[0,1][0,1]f \colon \intcc01 \to \intcc01 a un point fixe — pas d’hypothèse de contraction, pas d’itération. Considérer g(x)=f(x)xg(x) = f(x) - x, continue sur le connexe [0,1]\intcc01 :

g(0)=f(0)0,g(1)=f(1)10,g(0) = f(0) \geq 0, \qquad g(1) = f(1) - 1 \leq 0 ,

et le théorème des valeurs intermédiaires (Théorème 4.27 (2)) livre un zéro de gg, c’est-à-dire un point fixe de ff. À comparer avec Banach (Théorème 4.12) : ici l’existence est topologique et gratuite, mais l’unicité et l’algorithme sont perdus — f=idf = \mathrm{id} a tout point fixe, et l’itération d’un ff non contractant peut boucler à jamais. Les deux théorèmes de point fixe de ce chapitre répondent à des questions différentes avec des monnaies différentes.

Exemple 4.30 (R\R et R2\R^2 ne sont pas homéomorphes)

La connexité est une empreinte topologique. Supposons que h ⁣:R2Rh \colon \R^2 \to \R soit un homéomorphisme (une bijection continue de réciproque continue). Retirer un point aR2a \in \R^2 : la restriction h ⁣:R2{a}R{h(a)}h \colon \R^2\setminus\{a\} \to \R\setminus\{h(a)\} est encore un homéomorphisme. Mais R2\R^2 privé d’un point est connexe par arcs — joindre deux points quelconques par un segment, en faisant un détour par un second segment via un point auxiliaire si aa bloque le chemin direct — donc connexe (Théorème 4.27 (3)) ; tandis que R\R privé d’un point se scinde en deux demi-droites ouvertes non vides : non connexe. La connexité est préservée par les applications continues : contradiction. Le plan et la droite sont véritablement différents en tant qu’espaces topologiques — un fait que la cardinalité seule (des bijections de type Exercice 1.3 existent bien !) est trop grossière pour voir.

4.5 Exercices

Exercice 4.1

Sur R\R, vérifier que δ(x,y)=min(1,xy)\delta(x, y) = \min(1, \abs{x - y}) et d(x,y)=arctanxarctanyd(x,y) = \abs{\arctan x - \arctan y} sont des distances. Quelles suites convergent pour chacune ? (R,d)(\R, d) est-il complet ?

Solution

Solution de Exercice 4.1.

δ\delta : la symétrie et la séparation sont claires ; inégalité triangulaire : min(1,u+v)min(1,u)+min(1,v)\min(1, u + v) \leq \min(1,u) + \min(1,v) pour u,v0u, v \geq 0 (si l’un des min vaut 11, le membre de droite est 1\geq 1 ; sinon il vaut u+vu + v). dd : c’est le tiré en arrière de \abs{\cdot} par l’injective arctan\arctan : les trois axiomes se transfèrent.

Convergence : pour δ\delta, δ(xn,x)0    xnx0\delta(x_n, x) \to 0 \iff \abs{x_n - x} \to 0 (pour les petites valeurs les deux distances coïncident) : mêmes suites convergentes que d’habitude. Pour dd : d(xn,x)0    arctanxnarctanx    xnxd(x_n, x) \to 0 \iff \arctan x_n \to \arctan x \iff x_n \to x (continuité et stricte monotonie de arctan\arctan et de sa réciproque sur les plages concernées) : à nouveau la convergence usuelle.

(R,d)(\R, d) n’est pas complet : xn=nx_n = n vérifie d(xp,xq)=arctanparctanq0d(x_p, x_q) = \abs{\arctan p - \arctan q} \to 0 (les deux tendent vers π2\frac\pi2) : de Cauchy ; mais (xn)(x_n) ne converge pas pour dd (sa dd-limite serait une limite ordinaire). La complétude est une propriété de la distance, non seulement des suites convergentes.

Exercice 4.2

Dans un espace métrique, prouver qu’une suite convergente est de Cauchy et bornée, et qu’une suite de Cauchy ayant une sous-suite convergente converge. En déduire à nouveau que les espaces métriques compacts sont complets.

Solution

Solution de Exercice 4.2.

Convergente \Rightarrow de Cauchy : d(xp,xq)d(xp,)+d(,xq)d(x_p, x_q) \leq d(x_p, \ell) + d(\ell, x_q). Bornée : au-delà de NN, d(xn,)1d(x_n, \ell) \leq 1 ; les quelques premiers termes sont eux aussi dans un certain rayon.

De Cauchy ++ sous-suite convergente xφ(n)x_{\varphi(n)} \to \ell : étant donné ε\varepsilon, pour nn grand, d(xn,)d(xn,xφ(n))+d(xφ(n),)2εd(x_n, \ell) \leq d(x_n, x_{\varphi(n)}) + d(x_{\varphi(n)}, \ell) \leq 2\varepsilon (le premier terme par Cauchy, puisque φ(n)n\varphi(n) \geq n).

Compact \Rightarrow complet : une suite de Cauchy a une sous-suite convergente (compacité), donc converge.

Exercice 4.3

Dans (C([0,1]),d)\bigl(C(\intcc{0}{1}), d_\infty\bigr), calculer la distance entre f(x)=xf(x) = x et g(x)=x2g(x) = x^2 ; décrire la boule fermée B(0,1)\overline B(0, 1) ; et prouver que l’ensemble {f:f(0)=0}\{f : f(0) = 0\} est fermé tandis que {f:f(0)>0}\{f : f(0) > 0\} est ouvert.

Solution

Solution de Exercice 4.3.

d(f,g)=sup[0,1]xx2=14d_\infty(f, g) = \sup_{\intcc{0}{1}} \abs{x - x^2} = \frac14 (maximum de xx2x - x^2 en x=12x = \frac12).

B(0,1)={f:supf1}\overline B(0, 1) = \{f : \sup\abs f \leq 1\} : les fonctions continues à valeurs dans [1,1]\intcc{-1}{1}.

{f:f(0)=0}\{f : f(0) = 0\} est l’image réciproque de {0}\{0\} par l’évaluation ff(0)f \mapsto f(0), qui est 11-lipschitzienne (f(0)g(0)d(f,g)\abs{f(0) - g(0)} \leq d_\infty(f,g)), donc continue : l’ensemble est fermé (Théorème 4.6). De même {f:f(0)>0}\{f : f(0) > 0\} est l’image réciproque de l’ouvert (0,+)\intoo{0}{+\infty} : ouvert.

Exercice 4.4 ★★

Prouver que l’espace métrique discret XX (un ensemble quelconque) est complet, et qu’il est compact si et seulement si XX est fini. Quelles parties sont connexes ?

Solution

Solution de Exercice 4.4.

Complet : une suite de Cauchy avec ε=12\varepsilon = \frac12 est constante à partir d’un certain rang, donc convergente.

Compact ssi fini : si XX est fini, toute suite prend une certaine valeur une infinité de fois (sous-suite constante). Si XX est infini, une suite de points deux à deux distincts a toutes ses distances mutuelles égales à 11 : aucune sous-suite de Cauchy, donc aucune convergente.

Parties connexes : les singletons (et \emptyset). Tout AA ayant deux points xyx \neq y se scinde en {x}(A{x})\{x\} \cup (A \setminus\{x\}), tous deux ouverts dans AA (toute partie d’un espace discret est ouverte — les boules de rayon 12\frac12 sont des singletons).

Exercice 4.5 ★★

Soit XX compact et f ⁣:XXf \colon X \to X avec

d(f(x),f(y))<d(x,y)pour tous xy.d\bigl(f(x), f(y)\bigr) < d(x, y) \quad \text{pour tous } x \neq y .

Prouver que ff a un unique point fixe (minimiser xd(x,f(x))x \mapsto d(x, f(x))), et donner un exemple sur X=[1,+)X = \intco{1}{+\infty} (non compact) sans point fixe.

Solution

Solution de Exercice 4.5.

La fonction g(x)=d(x,f(x))g(x) = d(x, f(x)) est continue sur le compact XX (g(x)g(y)2d(x,y)\abs{g(x) - g(y)} \leq 2d(x,y) par deux inégalités triangulaires), donc elle atteint son minimum en un certain aa (Théorème 4.16). Si f(a)af(a) \neq a :

g(f(a))=d(f(a),f(f(a)))<d(a,f(a))=g(a),g\bigl(f(a)\bigr) = d\bigl(f(a), f(f(a))\bigr) < d(a, f(a)) = g(a),

contredisant la minimalité. Donc f(a)=af(a) = a ; unicité comme d’habitude (deux points fixes aba \neq b donnent d(a,b)=d(f(a),f(b))<d(a,b)d(a,b) = d(f(a), f(b)) < d(a,b)).

Exemple non compact : f(x)=x+1xf(x) = x + \frac1x sur [1,+)\intco{1}{+\infty} : f(x)f(y)=xy11xy<xy\abs{f(x) - f(y)} = \abs{x - y}\,\abs{1 - \frac{1}{xy}} < \abs{x - y} pour xyx \neq y (car xy>1xy > 1), et pourtant f(x)>xf(x) > x partout.

Exercice 4.6 ★★

(Compacts emboîtés) Soit (Kn)(K_n) une suite décroissante de parties compactes non vides d’un espace métrique. Prouver que nKn\bigcap_n K_n \neq \emptyset (choisir xnKnx_n \in K_n et extraire). Montrer par un exemple que des fermés emboîtés non vides dans R\R peuvent avoir une intersection vide.

Solution

Solution de Exercice 4.6.

Choisir xnKnx_n \in K_n. Tous les termes à partir du rang nn sont dans KnK_n ; en particulier toute la suite est dans le compact K0K_0 : extraire xφ(k)x_{\varphi(k)} \to \ell. Pour chaque nn fixé, les termes xφ(k)x_{\varphi(k)} avec φ(k)n\varphi(k) \geq n sont dans le fermé KnK_n, donc la limite Kn\ell \in K_n. Donc Kn\ell \in \bigcap K_n.

Contre-exemple fermé : Fn=[n,+)F_n = \intco{n}{+\infty} dans R\R : emboîtés, fermés, non vides, intersection vide.

Exercice 4.7 ★★

Soit KK compact et f ⁣:KYf \colon K \to Y continue et bijective. Prouver que f1f^{-1} est continue (utiliser les fermés : Théorème 4.6 et Théorème 4.16). Donner un contre-exemple sans compacité (γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t) sur [0,2π)\intco{0}{2\pi}).

Solution

Solution de Exercice 4.7.

La continuité de f1f^{-1} signifie : les images f(F)f(F) des fermés FKF \subseteq K sont fermées (les images réciproques par f1f^{-1} sont les images par ff). Un fermé FF dans le compact KK est compact (Théorème 4.16 (1)) ; son image continue f(F)f(F) est compacte, donc fermée. Donc f1f^{-1} est continue : ff est un homéomorphisme.

Contre-exemple : γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t) de [0,2π)\intco{0}{2\pi} (non compact) sur le cercle unité est une bijection continue, mais γ1\gamma^{-1} est discontinue en (1,0)(1,0) : les points du cercle juste en dessous de l’axe ont des paramètres proches de 2π2\pi, non de 00.

Exercice 4.8 ★★

L’ensemble de Cantor CC s’obtient à partir de [0,1]\intcc{0}{1} en supprimant répétitivement les tiers centraux ouverts. Prouver que CC est compact, d’intérieur vide, et infini — en fait équipotent à {0,1}N\{0,1\}^{\N} (développements en base trois avec chiffres 0,20,2 ; Exercice 1.3).

Solution

Solution de Exercice 4.8.

C=nCnC = \bigcap_n C_n où chaque CnC_n (réunion de 2n2^n intervalles fermés de longueur 3n3^{-n}) est fermé : CC est fermé et borné dans R\R, donc compact (Théorème 4.16 (2)).

Intérieur vide : CC ne contient aucun intervalle de longueur >3n> 3^{-n} (il est dans CnC_n, dont les composantes ont cette longueur), pour tout nn.

Cardinalité : les points de CC sont exactement les réels n1an3n\sum_{n\geq1} a_n 3^{-n} avec chiffres an{0,2}a_n \in \{0, 2\} (à chaque étape, le tiers central supprimé retire le chiffre 11) ; l’application (an)an3n(a_n) \mapsto \sum a_n 3^{-n} est une bijection de {0,2}N\{0,2\}^{\N^*} sur CC (injectivité comme dans le Exercice 1.3). Donc CC est équipotent à {0,1}N\{0,1\}^{\N} : non dénombrable, bien que de « longueur nulle ».

Exercice 4.9 ★★★

Soit XX un espace métrique compact et f ⁣:XXf \colon X \to X une isométrie : d(f(x),f(y))=d(x,y)d(f(x), f(y)) = d(x, y). Prouver que ff est surjective. Indication : si af(X)a \notin f(X), alors ε=d(a,f(X))>0\varepsilon = d(a, f(X)) > 0 (pourquoi ?) ; étudier l’orbite a,f(a),f2(a),a, f(a), f^2(a), \dots et montrer que ses points sont deux à deux distants de ε\geq \varepsilon — contradiction avec la compacité.

Solution

Solution de Exercice 4.9.

Supposons af(X)a \notin f(X). L’image f(X)f(X) est compacte (image continue), donc fermée ; ainsi

ε=d(a,f(X))=infyf(X)d(a,y)>0\varepsilon = d\bigl(a, f(X)\bigr) = \inf_{y \in f(X)} d(a, y) > 0

(l’infimum d’une fonction continue sur un compact est atteint ; s’il valait 00, aa serait adhérent au fermé f(X)f(X), donc dedans).

Considérer l’orbite xn=fn(a)x_n = f^n(a) (x0=ax_0 = a). Pour p<qp < q :

d(xp,xq)=d(fp(a),fp(fqp(a)))=d(a,fqp(a))ε,d(x_p, x_q) = d\bigl(f^p(a), f^p(f^{q-p}(a))\bigr) = d\bigl(a, f^{q-p}(a)\bigr) \geq \varepsilon,

(isométrie itérée pp fois ; et fqp(a)f(X)f^{q-p}(a) \in f(X) puisque qp1q - p \geq 1). Une suite à distances mutuelles ε\geq \varepsilon n’a aucune sous-suite convergente — contredisant la compacité. Donc f(X)=Xf(X) = X.

Exercice 4.10 ★★★

Prouver que GLn(C)GL_n(\C) est connexe par arcs. Indication : étant donné A,BA, B inversibles, considérer p(z)=det((1z)A+zB)p(z) = \det\bigl((1 - z)A + zB\bigr) pour zCz \in \C : un polynôme en zz, non identiquement nul, donc à racines en nombre fini ; joindre 00 à 11 dans C\C par un chemin les évitant.

Solution

Solution de Exercice 4.10.

Soit A,BGLn(C)A, B \in GL_n(\C) et p(z)=det((1z)A+zB)p(z) = \det\bigl((1-z)A + zB\bigr) : un polynôme en zz (chaque coefficient est affine en zz ; le déterminant est un polynôme en les coefficients). p(0)=detA0p(0) = \det A \neq 0 : pp n’est pas identiquement nul, donc il a un nombre fini de racines z1,,zmz_1, \dots, z_m (aucune égale à 00 ni à 11 : p(1)=detB0p(1) = \det B \neq 0). Le plan C\C privé d’un nombre fini de points est connexe par arcs : un chemin de 00 à 11 évitant les ziz_i existe (prendre une ligne brisée passant par un point loin de toutes les racines, ou un arc de cercle ; un nombre fini d’obstacles seulement). Le long d’un tel chemin γ\gamma, t(1γ(t))A+γ(t)Bt \mapsto (1 - \gamma(t))A + \gamma(t)B est un chemin continu à l’intérieur de GLn(C)GL_n(\C) de AA à BB (le déterminant ne s’y annule jamais). Donc GLn(C)GL_n(\C) est connexe par arcs — contrairement à son cousin réel (Exemple 4.28) : le plan complexe a la place de contourner les obstacles.

Exercice 4.11 ★★

Pour AX\emptyset \neq A \subseteq X, poser d(x,A)=infaAd(x,a)d(x, A) = \inf_{a \in A} d(x, a). Prouver que xd(x,A)x \mapsto d(x, A) est 11-lipschitzienne, que d(x,A)=0d(x, A) = 0 si et seulement si xAx \in \overline A, et que pour des fermés disjoints non vides A,BA, B la fonction

φ(x)=d(x,A)d(x,A)+d(x,B)\varphi(x) = \frac{d(x, A)}{d(x, A) + d(x, B)}

est bien définie, continue, égale à 00 exactement sur AA et à 11 exactement sur BB — un « interrupteur » continu séparant deux fermés disjoints quelconques.

Solution

Solution de Exercice 4.11.

Lipschitz : pour aAa \in A, d(x,a)d(x,y)+d(y,a)d(x, a) \leq d(x, y) + d(y, a) ; prendre l’infimum sur aa : d(x,A)d(x,y)+d(y,A)d(x, A) \leq d(x, y) + d(y, A), et échanger x,yx, y : d(x,A)d(y,A)d(x,y)\abs{d(x,A) - d(y,A)} \leq d(x,y).

Annulation : d(x,A)=0d(x, A) = 0 ssi il existe anAa_n \in A avec d(x,an)0d(x, a_n) \to 0 ssi xx est limite de points de AA ssi xAx \in \overline A.

L’interrupteur : pour des fermés disjoints A,BA, B : le dénominateur d(x,A)+d(x,B)d(x,A) + d(x,B) ne s’annule jamais (cela forcerait xAB=AB=x \in \overline A \cap \overline B = A \cap B = \emptyset), donc φ\varphi est bien définie, et continue comme quotient de fonctions continues de dénominateur ne s’annulant pas. φ(x)=0\varphi(x) = 0 ssi d(x,A)=0d(x, A) = 0 ssi xAx \in A ; φ(x)=1\varphi(x) = 1 ssi d(x,B)=0d(x, B) = 0 ssi xBx \in B ; et 0φ10 \leq \varphi \leq 1 partout.

Exercice 4.12 ★★★

(Baire) Soit XX un espace métrique complet et (Un)n1(U_n)_{n\geq1} une suite de parties ouvertes denses. Prouver que nUn\bigcap_n U_n est dense dans XX (à l’intérieur d’une boule quelconque, construire des boules fermées emboîtées B(xn,rn)Un\overline B(x_n, r_n) \subseteq U_n avec rn0r_n \to 0 et utiliser la complétude). En déduire que R\R n’est pas une réunion dénombrable de fermés d’intérieur vide, et retrouver — encore — que R\R est non dénombrable.

Solution

Solution de Exercice 4.12.

Soit B(x0,r0)B(x_0, r_0) une boule quelconque ; nous y trouvons un point de Un\bigcap U_n. Comme U1U_1 est dense et ouvert, U1B(x0,r0)U_1 \cap B(x_0, r_0) est non vide et ouvert : il contient une boule fermée B(x1,r1)\overline B(x_1, r_1) avec 0<r1r020 < r_1 \leq \frac{r_0}2 (rétrécir le rayon). Par récurrence, Un+1B(xn,rn)U_{n+1} \cap B(x_n, r_n) est non vide ouvert : choisir B(xn+1,rn+1)Un+1B(xn,rn)\overline B(x_{n+1}, r_{n+1}) \subseteq U_{n+1} \cap B(x_n, r_n) avec rn+1rn2r_{n+1} \leq \frac{r_n}2. Pour p,qnp, q \geq n, xpx_p et xqx_q sont dans B(xn,rn)B(x_n, r_n) avec rn2nr0r_n \leq 2^{-n}r_0 : la suite est de Cauchy, et converge vers un \ell par complétude. Pour chaque nn, la queue de la suite est dans la boule fermée B(xn+1,rn+1)Un+1B(x0,r0)\overline B(x_{n+1}, r_{n+1}) \subseteq U_{n+1} \cap B(x_0, r_0), donc Un+1\ell \in U_{n+1} pour tout nn et B(x1,r1)B(x0,r0)\ell \in \overline B(x_1, r_1) \subseteq B(x_0, r_0). Donc nUn\bigcap_n U_n rencontre toute boule : dense.

Application : si R=nFn\R = \bigcup_n F_n avec FnF_n fermés d’intérieur vide, alors Un=RFnU_n = \R \setminus F_n sont denses (Un=R\overline{U_n} = \R ssi FnF_n est d’intérieur vide) et ouverts, et Baire donne un point dans Un=RFn\bigcap U_n = \R \setminus \bigcup F_n : contradiction. En particulier RxD{x}\R \neq \bigcup_{x \in D} \{x\} pour un DD dénombrable (les singletons sont fermés d’intérieur vide) : R\R est non dénombrableThéorème 1.9 par une autre voie.

4.6 Problème : itération de Picard

Complétude plus contraction est une machine à résoudre : donnez-lui une équation écrite comme un problème de point fixe, et elle renvoie existence, unicité, un algorithme, et des barres d’erreur. Ce problème de fin de semaine fait tourner la machine à pleine puissance sur l’équation y=f(t,y)y' = f(t, y) : nous prouvons le théorème local de Picard–Lindelöf (le cœur non linéaire de la théorie de Cauchy–Lipschitz du Chapitre 16), observons chaque hypothèse gagner son pain à travers des contre-exemples, et récoltons des dividendes purement métriques — dépendance continue par rapport aux données, équation de Kepler, et auto-similarité de l’ensemble de Cantor.

Itérés de Picard pour y' = y, y(0) = 1 : chaque passage par T(y)(t) = 1 + ∈t_0t y ajoute un terme de Taylor, et la contraction resserre toute la suite uniformément sur \,t.
Itérés de Picard pour y=yy' = y, y(0)=1y(0) = 1 : chaque passage par T(y)(t)=1+0tyT(y)(t) = 1 + \int_0^t y ajoute un terme de Taylor, et la contraction resserre toute la suite uniformément sur et\eu^{\,t}.

Problème 4.1

Problème de fin de semaine — le théorème de Picard–Lindelöf

Tout au long, t0Rt_0 \in \R, y0Ry_0 \in \R, a,b>0a, b > 0, et ff est une fonction continue sur le rectangle R=[t0a,t0+a]×[y0b,y0+b]R = \intcc{t_0 - a}{t_0 + a} \times \intcc{y_0 - b}{y_0 + b}, bornée par M=supRfM = \sup_R\,\abs f, et LL-lipschitzienne en sa seconde variable : f(t,y)f(t,z)Lyz\abs{f(t, y) - f(t, z)} \leq L\abs{y - z} dès que les deux points sont dans RR. Poser

h=min(a,bM)(avec h=a si M=0),I=[t0h,t0+h].h = \min\Bigl(a, \frac bM\Bigr) \quad (\text{avec } h = a \text{ si } M = 0), \qquad I = \intcc{t_0 - h}{t_0 + h}.

Partie I — L’étage complet.

  1. Prouver les deux assertions citées dans la Définition 4.7 : une partie fermée d’un espace métrique complet est complète, et une partie complète d’un espace métrique quelconque est fermée. En déduire que toute partie fermée de (C(I),d)\bigl(C(I), d_\infty\bigr) est un espace métrique complet.
  2. Montrer que l’application C(I)C(I)C(I) \to C(I), y(tt0ty(s) ⁣ds)y \mapsto \bigl(t \mapsto \int_{t_0}^{t}y(s)\,\dd s\bigr), est hh-lipschitzienne pour dd_\infty.
  3. (Les points fixes bougent moins que les applications) Soit g ⁣:XXg \colon X \to X une kk-contraction d’un espace métrique de point fixe g\ell_g, et g~ ⁣:XX\widetilde g \colon X \to X une application quelconque ayant un point fixe g~\ell_{\widetilde g}. Prouver

    d(g,g~)d(g(g~),g~(g~))1ksupxXd(g(x),g~(x))1k.d(\ell_g, \ell_{\widetilde g}) \leq \frac{d\bigl(g(\ell_{\widetilde g}), \widetilde g(\ell_{\widetilde g})\bigr)}{1 - k} \leq \frac{\sup_{x \in X} d\bigl(g(x), \widetilde g(x)\bigr)}{1 - k}.
  4. (L’astuce de l’itéré) Soit XX complet non vide et g ⁣:XXg \colon X \to X une application — non supposée continue — telle qu’un certain itéré gmg^m soit une kk-contraction. Prouver que gg a un unique point fixe \ell et que toute orbite xn+1=g(xn)x_{n+1} = g(x_n) converge vers \ell. (Les points fixes de gg sont des points fixes de gmg^m ; réciproquement g()g(\ell) est un point fixe de gmg^m ; découper l’orbite selon les résidus mod mm.)

Partie II — Le théorème de Picard–Lindelöf.

  1. Montrer qu’une fonction y ⁣:I[y0b,y0+b]y \colon I \to \intcc{y_0 - b}{y_0 + b} est C1C^1 avec y(t0)=y0y(t_0) = y_0 et y=f(t,y)y' = f(t, y) sur II si et seulement si elle est continue et satisfait l’équation intégrale

    y(t)=y0+t0tf(s,y(s)) ⁣ds(tI).y(t) = y_0 + \int_{t_0}^{t} f\bigl(s, y(s)\bigr)\dd s \qquad (t \in I).
  2. Soit Xh={yC(I):y(t)y0b sur I}X_h = \{y \in C(I) : \abs{y(t) - y_0} \leq b \text{ sur } I\} et soit TT défini par T(y)(t)=y0+t0tf(s,y(s)) ⁣dsT(y)(t) = y_0 + \int_{t_0}^{t}f(s, y(s))\dd s. Montrer que XhX_h est une partie fermée non vide de C(I)C(I), donc complète, et que TT envoie XhX_h dans XhX_h — c’est ici que hb/Mh \leq b/M opère.
  3. Montrer que d(T(y),T(z))Lhd(y,z)d_\infty\bigl(T(y), T(z)\bigr) \leq Lh\,d_\infty(y, z) sur XhX_h : si Lh<1Lh < 1, le théorème de Banach conclut déjà. Nous supprimons cette condition de petitesse ensuite.
  4. Prouver par récurrence sur nn :

    Tn(y)(t)Tn(z)(t)(Ltt0)nn!d(y,z)(y,zXh, tI),\abs{T^n(y)(t) - T^n(z)(t)} \leq \frac{\bigl(L\abs{t - t_0}\bigr)^n}{n!}\, d_\infty(y, z) \qquad (y, z \in X_h,\ t \in I),

    de sorte qu’un certain itéré de TT est une contraction. Conclure avec la question 4 (le théorème de Picard–Lindelöf) : le problème de Cauchy y=f(t,y)y' = f(t,y), y(t0)=y0y(t_0) = y_0 a exactement une solution sur I=[t0h,t0+h]I = \intcc{t_0 - h}{t_0 + h} à valeurs dans [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b}.

  5. Montrer que la restriction « à valeurs dans [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b} » est automatique : toute solution du problème de Cauchy définie sur II dont le graphe part dans RR reste dans [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b} (considérer le premier instant de sortie et majorer y(t)y0\abs{y(t) - y_0} par Mtt0M\abs{t - t_0}). Donc l’unicité vaut parmi toutes les solutions sur II.
  6. Faire tourner la machine sur y=yy' = y, y(0)=1y(0) = 1, en partant de la constante y(0)1y^{(0)} \equiv 1 : calculer les itérés de Picard y(n)y^{(n)}, les identifier, et décrire la convergence.

Partie III — Chaque hypothèse gagne son pain.

  1. (Lipschitz échoue, l’unicité échoue) Pour y=2yy' = 2\sqrt{\abs y}, y(0)=0y(0) = 0 : vérifier que y0y \equiv 0 et, pour tout c0c \geq 0, la fonction yc(t)=0y_c(t) = 0 pour tct \leq c, yc(t)=(tc)2y_c(t) = (t - c)^2 pour t>ct > c, sont toutes des solutions C1C^1 sur R\R. Où exactement y2yy \mapsto 2\sqrt{\abs y} cesse-t-il d’être lipschitzien ?
  2. (La localité est réelle) Pour y=y2y' = y^2, y(0)=1y(0) = 1 : résoudre explicitement, donner l’intervalle maximal d’existence, et calculer le meilleur hh que le théorème peut certifier sur tous les choix du rectangle (aa grand, bb libre) : montrer hmax=supb>0b(1+b)2=14h_{\max} = \sup_{b>0} \frac{b}{(1+b)^2} = \frac14, tandis que la vraie solution vit sur (,1)\intoo{-\infty}{1}.
  3. (La complétude n’est pas du décor) Sur X=Q[1,2]X = \Q \cap \intcc{1}{2} avec la distance usuelle, soit g(x)=x2+1xg(x) = \frac x2 + \frac1x. Montrer que g(X)Xg(X) \subseteq X, que gg est une 12\frac12-contraction (inégalité des accroissements finis), et que gg n’a aucun point fixe dans XX. Quelle hypothèse du théorème de Banach échoue, et quel est le point fixe dans le complété ?
  4. (Barres d’erreur) Pour une kk-contraction gg sur un espace complet, prouver l’estimation a posteriori d(xn,)k1kd(xn,xn1)d(x_n, \ell) \leq \frac{k}{1-k}\,d(x_n, x_{n-1}). Pour l’application de Héron g(x)=x2+1xg(x) = \frac x2 + \frac 1x sur [1,2]\intcc{1}{2} (point fixe 2\sqrt2), en partant de x0=32x_0 = \frac32 : combien d’étapes la majoration a priori kn1kd(x1,x0)\frac{k^n}{1-k}d(x_1, x_0) exige-t-elle pour une précision 10610^{-6}, et combien d’étapes suffisent en réalité ? (Calculer x1,x2,x3x_1, x_2, x_3 et leurs erreurs ; la majoration par contraction est honnête mais pessimiste — Héron converge quadratiquement.)

Partie IV — Dépendance continue. Dans cette partie Lh<1Lh < 1, donc TT lui-même est une contraction sur XhX_h (question 7) ; on note y[y0]y[\,y_0\,] la solution de valeur initiale y0y_0.

  1. (Dépendance en la valeur initiale) Soit z0z_0 une autre valeur initiale avec z0y0\abs{z_0 - y_0} assez petit pour que les deux problèmes tiennent dans le rectangle. En utilisant la question 3, prouver

    d(y[y0],y[z0])y0z01Lh.d_\infty\bigl(y[y_0], y[z_0]\bigr) \leq \frac{\abs{y_0 - z_0}}{1 - Lh}.
  2. (Longs intervalles par chaînage) Supposons que les solutions existent sur un long segment découpé en mm morceaux consécutifs sur chacun desquels la majoration précédente s’applique avec Lh12Lh \leq \frac12. Montrer que l’écart croît d’un facteur au plus 22 par morceau, donc d2my0z0d_\infty \leq 2^m\abs{y_0 - z_0} au total — une majoration exponentielle en la longueur, l’ombre discrète du eLtt0\eu^{L\abs{t - t_0}} du lemme de Gronwall (Chapitre 16).
  3. (Dépendance en le champ) Soit gg un autre champ sur RR, également LL-lipschitzien en yy, avec supRfgε\sup_R \abs{f - g} \leq \varepsilon. Prouver que les solutions correspondantes satisfont dεh1Lhd_\infty \leq \frac{\varepsilon h}{1 - Lh} : l’erreur de modélisation se propage linéairement.
  4. (Paramètres) Si une famille fλf_\lambda de champs est LL-lipschitzienne en yy uniformément et supRfλfμCλμ\sup_R\abs{f_\lambda - f_\mu} \leq C\abs{\lambda - \mu}, en déduire que λyλ\lambda \mapsto y_\lambda est lipschitzienne de l’espace des paramètres vers (C(I),d)\bigl(C(I), d_\infty\bigr).
  5. (Les systèmes ne coûtent rien) Expliquer pourquoi les parties I, II et IV valent mot pour mot pour yy à valeurs dans Rn\R^n (distances sup bâties sur l’une des distances du Exemple 4.2), puis calculer tous les itérés de Picard pour le système y=Ayy' = Ay, y(0)=(c1,c2)y(0) = (c_1, c_2), A=(0100)A = \left(\begin{smallmatrix} 0 & 1\\ 0 & 0\end{smallmatrix}\right) : montrer que l’itération devient stationnaire à la solution exacte après une étape.

Partie V — Dividendes métriques et synthèse.

  1. (Perturbation de l’identité) Soit XX un étage complet de type espace normé : prendre X=C(I)X = C(I) ou Rn\R^n. Si η ⁣:XX\eta \colon X \to X est kk-lipschitzienne avec k<1k < 1, prouver que xx+η(x)x \mapsto x + \eta(x) est une bijection de XX dont la réciproque est 11k\frac1{1-k}-lipschitzienne (pour chaque yy, appliquer Banach à xyη(x)x \mapsto y - \eta(x)). C’est le cœur métrique du théorème d’inversion locale (Chapitre 15).
  2. (Équation de Kepler) Pour 0e<10 \leq e < 1 et mRm \in \R, prouver que x=m+esinxx = m + e\sin x a exactement une solution, que l’itération xn+1=m+esinxnx_{n+1} = m + e\sin x_n converge vers elle depuis tout point de départ, et estimer : pour e=12e = \frac12, m=1m = 1, combien d’itérations garantissent une erreur 103\leq 10^{-3} par la majoration a priori ? (La solution est x1.4987x \approx 1.4987.)
  3. (L’ensemble de Cantor est un point fixe) Soit S1(x)=x3S_1(x) = \frac x3 et S2(x)=x3+23S_2(x) = \frac x3 + \frac23 sur R\R, et soit CC l’ensemble de Cantor du Exercice 4.8. Prouver C=S1(C)S2(C)C = S_1(C) \cup S_2(C), et expliquer en une phrase pourquoi aucun autre ensemble compact non vide ne satisfait cette équation (l’application AS1(A)S2(A)A \mapsto S_1(A) \cup S_2(A) est une contraction pour une distance entre compacts — la distance de Hausdorff, rendue rigoureuse dans le volume de troisième année).
  4. (La connexité globalise l’unicité) Soit ff localement lipschitzienne en yy sur un ouvert, et soient y,zy, z deux solutions de y=f(t,y)y' = f(t, y) sur un intervalle commun JJ avec y(t0)=z(t0)y(t_0) = z(t_0). Prouver y=zy = z sur JJ : montrer que {tJ:y(t)=z(t)}\{t \in J : y(t) = z(t)\} est non vide, fermé dans JJ, et ouvert dans JJ (par unicité locale), et utiliser la connexité des intervalles (Théorème 4.27).
  5. (Pas de petitesse pour les équations linéaires) Pour y=α(t)y+β(t)y' = \alpha(t)y + \beta(t) avec α,β\alpha, \beta continues sur un segment [A,B]\intcc{A}{B}, adapter la question 8 pour montrer que la majoration factorielle vaut sur le segment entier, donc existence et unicité sont globales là-dessus — le cas scalaire du théorème de Cauchy–Lipschitz du Chapitre 16, sans restriction sur la longueur BAB - A.
  6. (Synthèse) Une phrase pour chacun : ce qu’a apporté la complétude ; ce qu’a apporté la contraction ; ce qu’a acheté l’astuce de l’itéré par rapport au Banach ordinaire ; où la connexité est entrée ; et quel contre-exemple de la partie III garde quelle hypothèse. Nommer le théorème sommet, et dire ce qui remplace la contraction lorsque ff est seulement continue (le théorème de Peano, via la compacité dans les espaces de fonctions — l’Arzelà–Ascoli du volume de troisième année).
Solution

Solution de Problème 4.1.

1. Soit FF fermé dans le complet XX et (xn)F(x_n) \subseteq F de Cauchy : elle converge dans XX vers un \ell, et F\ell \in F car FF est fermé (les limites de suites de FF restent dans F=F\overline F = F) : FF est complet. Réciproquement soit AXA \subseteq X complet et xAx \in \overline A : une certaine suite de AA converge vers xx ; elle est de Cauchy, donc elle converge dans AA ; les limites sont uniques, donc xAx \in A : AA fermé. Comme (C(I),d)\bigl(C(I), d_\infty\bigr) est complet (Théorème 4.9), ses parties fermées sont complètes.

2. Pour y,zC(I)y, z \in C(I) et tIt \in I :

t0tyt0tztt0supIyzhd(y,z),\Bigl|\int_{t_0}^{t}y - \int_{t_0}^{t}z\Bigr| \leq \abs{t - t_0}\,\sup_I\abs{y - z} \leq h\,d_\infty(y, z),

et prendre le sup sur tt.

3. En utilisant les deux équations de point fixe et l’inégalité triangulaire :

d(g,g~)=d(g(g),g~(g~))d(g(g),g(g~))+d(g(g~),g~(g~))kd(g,g~)+d(g(g~),g~(g~)),d(\ell_g, \ell_{\widetilde g}) = d\bigl(g(\ell_g), \widetilde g(\ell_{\widetilde g})\bigr) \leq d\bigl(g(\ell_g), g(\ell_{\widetilde g})\bigr) + d\bigl(g(\ell_{\widetilde g}), \widetilde g(\ell_{\widetilde g})\bigr) \leq k\,d(\ell_g, \ell_{\widetilde g}) + d\bigl(g(\ell_{\widetilde g}), \widetilde g(\ell_{\widetilde g})\bigr),

et résoudre en d(g,g~)d(\ell_g, \ell_{\widetilde g}) (le coefficient 1k1 - k est positif). La seconde inégalité majore l’écart évalué par l’écart uniforme.

4. gmg^m est une contraction sur un espace complet non vide : elle a un unique point fixe \ell (Théorème 4.12). Alors gm(g())=g(gm())=g()g^m(g(\ell)) = g(g^m(\ell)) = g(\ell) : g()g(\ell) est un point fixe de gmg^m, donc g()=g(\ell) = \ell par unicité. Tout point fixe de gg en est un de gmg^m : unicité pour gg. Orbites : fixer r{0,,m1}r \in \{0, \dots, m-1\} ; la sous-suite (xqm+r)q(x_{qm + r})_q est la gmg^m-orbite partant de xrx_r, donc elle converge vers \ell quand qq \to \infty (Banach à nouveau). Les mm sous-suites convergent vers le même \ell, donc xnx_n \to \ell : étant donné ε\varepsilon, chaque classe de résidus est à terme à moins de ε\varepsilon, et il y a un nombre fini de classes.

5. Si yy est continue à valeurs dans [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b}, l’intégrande sf(s,y(s))s \mapsto f(s, y(s)) est continu sur II (composition), donc le membre de droite est C1C^1 de dérivée f(t,y(t))f(t, y(t)) (théorème fondamental de l’analyse, volume de première année). Si yy satisfait l’équation intégrale, elle est cette fonction C1C^1, y(t0)=y0y(t_0) = y_0, et y=f(t,y)y' = f(t, y). Réciproquement, en intégrant y=f(s,y(s))y' = f(s, y(s)) de t0t_0 à tt on obtient l’équation intégrale.

6. XhX_h contient la constante y0y_0 ; il est fermé comme image réciproque de [0,b]\intcc{0}{b} par l’application continue yd(y,y0)y \mapsto d_\infty(y, y_0) (les distances sont 11-lipschitziennes), donc complet par la question 1. Stabilité : pour yXhy \in X_h et tIt \in I,

T(y)(t)y0=t0tf(s,y(s)) ⁣dsMtt0Mhb,\abs{T(y)(t) - y_0} = \Bigl|\int_{t_0}^{t}f(s, y(s))\dd s\Bigr| \leq M\abs{t - t_0} \leq Mh \leq b ,

la dernière étape par hb/Mh \leq b/M (ou M=0M = 0, trivial). Et T(y)T(y) est continue (C1C^1 même, question 5) : T(y)XhT(y) \in X_h.

7. Pour tIt \in I :

T(y)(t)T(z)(t)t0tf(s,y(s))f(s,z(s)) ⁣dsLtt0d(y,z)Lhd(y,z).\abs{T(y)(t) - T(z)(t)} \leq \int_{t_0}^{t}\abs{f(s, y(s)) - f(s, z(s))}\,\abs{\dd s} \leq L\abs{t - t_0}\,d_\infty(y,z) \leq Lh\,d_\infty(y,z).

Si Lh<1Lh < 1 : TT est une contraction du complet non vide XhX_h, et Banach donne un unique point fixe — par la question 5, l’unique solution.

8. Récurrence ; le cas n=1n = 1 est l’inégalité médiane de la question 7. En supposant la majoration pour nn, pour tt0t \geq t_0 (le cas tt0t \leq t_0 est symétrique) :

Tn+1(y)(t)Tn+1(z)(t)Lt0tTn(y)(s)Tn(z)(s) ⁣dsLt0tLn(st0)nn! ⁣ds  d(y,z),\abs{T^{n+1}(y)(t) - T^{n+1}(z)(t)} \leq L\int_{t_0}^{t}\abs{T^n(y)(s) - T^n(z)(s)}\dd s \leq L\int_{t_0}^{t}\frac{L^n(s - t_0)^n}{n!}\dd s\; d_\infty(y,z),

et l’intégrale vaut Ln(tt0)n+1(n+1)!\frac{L^n(t - t_0)^{n+1}}{(n+1)!} : la majoration avec n+1n + 1. Donc d(Tny,Tnz)(Lh)nn!d(y,z)d_\infty(T^n y, T^n z) \leq \frac{(Lh)^n}{n!}d_\infty(y, z), et (Lh)nn!0\frac{(Lh)^n}{n!} \to 0 (la série exponentielle converge) : un certain TmT^m est une contraction. La question 4 s’applique sur le complet XhX_h : TT a un unique point fixe, c’est-à-dire le problème de Cauchy a exactement une solution sur II à valeurs dans [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b}.

9. Soit yy une solution du problème sur II et supposons l’ensemble E={tI,t>t0:y(t)y0>b}E = \{t \in I, t > t_0 : \abs{y(t) - y_0} > b\} non vide (le côté t<t0t < t_0 est symétrique) ; soit τ=infE\tau = \inf E. Par continuité, y(s)y0b\abs{y(s) - y_0} \leq b pour s[t0,τ]s \in \intcc{t_0}{\tau}, donc le graphe y est dans RR, l’équation intégrale vaut jusqu’à τ\tau, et

y(τ)y0=t0τf(s,y(s)) ⁣dsM(τt0)Mhb.\abs{y(\tau) - y_0} = \Bigl|\int_{t_0}^{\tau}f\bigl(s, y(s)\bigr)\dd s\Bigr| \leq M(\tau - t_0) \leq Mh \leq b .

Si τ<t0+h\tau < t_0 + h, des points de EE arbitrairement proches de τ\tau par la droite donnent, par continuité, y(τ)y0b\abs{y(\tau) - y_0} \geq b, donc =b= b ; mais alors l’affichage force M(τt0)=MhM(\tau - t_0) = Mh, c’est-à-dire τ=t0+h\tau = t_0 + h : contradiction. Donc τ=t0+h\tau = t_0 + h, E{t0+h}E \subseteq \{t_0 + h\}, et l’affichage (en τ=t0+h\tau = t_0 + h) donne y(t0+h)y0b\abs{y(t_0 + h) - y_0} \leq b, contredisant l’appartenance à EE. Donc E=E = \emptyset : toute solution sur II reste dans la bande, est un point fixe de TT dans XhX_h, et l’unicité est inconditionnelle.

10. T(y)(t)=1+0tyT(y)(t) = 1 + \int_0^t y. En partant de y(0)1y^{(0)} \equiv 1 :

y(1)(t)=1+t,y(2)(t)=1+t+t22,y(n)(t)=k=0ntkk!y^{(1)}(t) = 1 + t,\quad y^{(2)}(t) = 1 + t + \frac{t^2}2,\quad\dots\quad y^{(n)}(t) = \sum_{k=0}^{n}\frac{t^k}{k!}

(récurrence : intégrer la somme partielle ajoute le terme suivant). Ce sont les sommes partielles de Taylor de et\eu^{\,t} ; sur tout II borné elles convergent uniformément vers et\eu^{\,t} (la queue est dominée par la série numérique convergente hk/k!\sum h^k/k!), qui est bien l’unique solution.

11. y0y \equiv 0 est une solution. Pour ycy_c : elle est C1C^1 (les deux morceaux le sont, et en t=ct = c les dérivées coïncident : 00 et 2(tc)02(t - c) \to 0), et pour t>ct > c : yc=2(tc)=2(tc)2=2ycy_c' = 2(t - c) = 2\sqrt{(t-c)^2} = 2\sqrt{\abs{y_c}} ; pour tct \leq c les deux membres s’annulent. Donc le problème de Cauchy y(0)=0y(0) = 0 a une infinité de solutions (c0c \geq 0 arbitraire, et y0y \equiv 0). Le champ φ(y)=2y\varphi(y) = 2\sqrt{\abs y} n’est pas lipschitzien près de 00 : φ(y)φ(0)y0=2y+\frac{\varphi(y) - \varphi(0)}{y - 0} = \frac{2}{\sqrt y} \to +\infty quand y0+y \to 0^+ : aucune constante LL ne convient sur un voisinage de 00 — exactement là où toutes les solutions bifurquent.

12. En séparant les variables (ou en vérifiant directement), l’unique solution locale est y(t)=11ty(t) = \frac1{1 - t}, définie sur (,1)\intoo{-\infty}{1} et explosant en t=1t = 1. Pour le rectangle [a,a]×[1b,1+b]\intcc{-a}{a} \times \intcc{1 - b}{1 + b} : M=supy2=(1+b)2M = \sup y^2 = (1 + b)^2, donc la demi-largeur certifiée est h=min(a,b(1+b)2)h = \min\bigl(a, \frac{b}{(1+b)^2}\bigr). En maximisant b(1+b)2\frac{b}{(1+b)^2} : dérivée nulle en b=1b = 1, valeur 14\frac14. Donc le théorème ne garantit la vie que sur [14,14]\intcc{-\frac14}{\frac14} — correctement moins que la vraie durée de vie 11 vers l’avant, et infiniment moins vers l’arrière : le théorème est local par nature, et l’explosion montre qu’il ne peut en être autrement.

13. gg envoie [1,2]\intcc12 dans lui-même : gg décroît sur [1,2]\intcc{1}{\sqrt2} et croît après (étudier g(x)=121x2g'(x) = \frac12 - \frac1{x^2}), avec g(1)=g(2)=32g(1) = g(2) = \frac32 et minimum g(2)=2>1g(\sqrt2) = \sqrt2 > 1 : g([1,2])[2,32][1,2]g(\intcc12) \subseteq \intcc{\sqrt2}{\frac32} \subseteq \intcc12 ; et gg envoie les rationnels sur des rationnels. Contraction : g(x)=121x212\abs{g'(x)} = \abs{\frac12 - \frac1{x^2}} \leq \frac12 sur [1,2]\intcc12 (1x2[14,1]\frac1{x^2} \in \intcc{\frac14}{1}), donc l’inégalité des accroissements finis donne g(x)g(y)12xy\abs{g(x) - g(y)} \leq \frac12\abs{x - y}. Un point fixe vérifie x2=1x\frac x2 = \frac1x, c’est-à-dire x2=2x^2 = 2 : impossible dans Q\Q. L’hypothèse en défaut est la complétude de XX (Q[1,2]\Q \cap \intcc12 n’est pas complet) ; dans le complété [1,2]\intcc12 le point fixe est 2\sqrt2 — le théorème de Banach mené sur les rationnels crée l’irrationnel.

14. A posteriori : d(xn,)d(xn,xn+1)+d(xn+1,)kd(xn1,xn)+kd(xn,)d(x_n, \ell) \leq d(x_n, x_{n+1}) + d(x_{n+1}, \ell) \leq k\,d(x_{n-1}, x_n) + k\,d(x_n, \ell), d’où d(xn,)k1kd(xn,xn1)d(x_n, \ell) \leq \frac{k}{1-k}d(x_n, x_{n-1}). Héron à partir de x0=32x_0 = \frac32 : x1=1712x_1 = \frac{17}{12}, d(x1,x0)=112d(x_1, x_0) = \frac1{12}, k=12k = \frac12 : la majoration a priori kn1kd(x1,x0)=2n+112\frac{k^n}{1-k}d(x_1,x_0) = \frac{2^{-n+1}}{12} passe sous 10610^{-6} pour la première fois en n=18n = 18. En réalité x1=17121.41667x_1 = \frac{17}{12} \approx 1.41667 (erreur 2.51032.5\cdot10^{-3}), x2=5774081.4142157x_2 = \frac{577}{408} \approx 1.4142157 (erreur 2.11062.1\cdot10^{-6}), x31.41421356237469x_3 \approx 1.41421356237469 (erreur 1.610121.6\cdot10^{-12}) : trois étapes suffisent. Chaque pas de Héron élève au carré l’erreur, grosso modo (convergence quadratique, un phénomène de Newton : Chapitre 8) ; l’estimation par contraction, qui ne fait que la diviser par deux, est honnête pour le pire cas mais pessimiste ici.

15. Appliquer la question 3 avec g=Ty0g = T_{y_0} (une LhLh-contraction, Lh<1Lh < 1) et g~=Tz0\widetilde g = T_{z_0}, dont le point fixe est y[z0]y[z_0]. Pour tout yy,

Ty0(y)(t)Tz0(y)(t)=y0z0,\abs{T_{y_0}(y)(t) - T_{z_0}(y)(t)} = \abs{y_0 - z_0},

(les intégrales sont identiques), donc supyd(Ty0(y),Tz0(y))=y0z0\sup_y d_\infty(T_{y_0}(y), T_{z_0}(y)) = \abs{y_0 - z_0}, et la question 3 donne

d(y[y0],y[z0])y0z01Lh.d_\infty(y[y_0], y[z_0]) \leq \frac{\abs{y_0 - z_0}}{1 - Lh} .

16. Sur chaque morceau, la question 15 appliquée avec les valeurs à l’extrémité gauche comme données initiales majore l’écart à l’extrémité droite :

d111/2(eˊcart aˋ gauche)=2(eˊcart aˋ gauche).d_\infty \leq \frac{1}{1 - 1/2}\,(\text{écart à gauche}) = 2\,(\text{écart à gauche}) .

Par récurrence sur les mm morceaux, l’écart final est au plus 2my0z02^m\abs{y_0 - z_0}, et l’écart uniforme sur tout le segment obéit à la même majoration (le sup de chaque morceau est contrôlé à son stade). Avec des morceaux de longueur h12Lh \asymp \frac1{2L}, le facteur est 2m=2longueur2L2^m = 2^{\,\text{longueur}\cdot 2L} : exponentiel en la longueur de l’intervalle, exactement comme le prédit la majoration de Gronwall eLtt0\eu^{L\abs{t-t_0}}, avec de meilleures constantes.

17. Même schéma : pour yXhy \in X_h,

Tf(y)(t)Tg(y)(t)t0tf(s,y(s))g(s,y(s)) ⁣dsεh,\abs{T_f(y)(t) - T_g(y)(t)} \leq \int_{t_0}^t \abs{f(s,y(s)) - g(s,y(s))}\,\abs{\dd s} \leq \varepsilon h ,

donc la question 3 (avec TfT_f la contraction, TgT_g l’application perturbée) donne dεh1Lhd_\infty \leq \frac{\varepsilon h}{1 - Lh}.

18. Par la question 17 appliquée à f=fλf = f_\lambda, g=fμg = f_\mu : d(yλ,yμ)Ch1Lhλμd_\infty(y_\lambda, y_\mu) \leq \frac{Ch}{1 - Lh}\abs{\lambda - \mu} : l’application solution est lipschitzienne de constante Ch1Lh\frac{Ch}{1-Lh}.

19. Chaque argument n’a utilisé que : les axiomes métriques, la complétude de l’étage, la majoration \abs{\int} \leq \int\abs{\cdot}, et la propriété de Lipschitz de ff — toutes disponibles pour les fonctions à valeurs dans Rn\R^n avec dd_\infty bâtie sur l’une des distances équivalentes du Exemple 4.2 (complètes par Théorème 4.9). Pour y=Ayy' = Ay avec AA nilpotente : y(0)(c1,c2)y^{(0)} \equiv (c_1, c_2),

y(1)(t)=(c1,c2)+0t(c2,0) ⁣ds=(c1+tc2,  c2),y^{(1)}(t) = (c_1, c_2) + \int_0^t (c_2, 0)\,\dd s = (c_1 + tc_2,\; c_2),

et Ay(1)(s)=(c2,0)Ay^{(1)}(s) = (c_2, 0) à nouveau : y(2)=y(1)y^{(2)} = y^{(1)}. L’itération est stationnaire à partir de n=1n = 1, à la solution exacte y(t)=(c1+tc2,c2)=etAy(0)y(t) = (c_1 + tc_2, c_2) = \eu^{tA}y(0) — la nilpotence tronque la série exponentielle, et Picard le remarque.

20. Fixer yXy \in X et poser gy(x)=yη(x)g_y(x) = y - \eta(x) : une kk-contraction du complet XX, donc il existe exactement un xx avec x+η(x)=yx + \eta(x) = y : l’application Φ=id+η\Phi = \mathrm{id} + \eta est bijective. Réciproque lipschitzienne : si Φ(x)=y\Phi(x) = y et Φ(x)=y\Phi(x') = y',

d(x,x)d(y,y)+d(η(x),η(x))d(y,y)+kd(x,x),d(x, x') \leq d(y, y') + d\bigl(\eta(x), \eta(x')\bigr) \leq d(y, y') + k\,d(x, x'),

donc d(x,x)11kd(y,y)d(x, x') \leq \frac{1}{1-k}d(y, y'). (Les distances ici proviennent de la structure de norme, donc d(ac,bc)=d(a,b)d(a - c, b - c) = d(a, b), ce qu’a utilisé la première inégalité.)

21. g(x)=m+esinxg(x) = m + e\sin x est ee-lipschitzienne sur le complet R\R (inégalité des accroissements finis, g=ecosxe<1\abs{g'} = \abs{e\cos x} \leq e < 1) : Banach donne une unique solution et la convergence globale de l’itération. Pour e=12e = \frac12, m=1m = 1, x0=1x_0 = 1 : x1=1+12sin11.42074x_1 = 1 + \frac12\sin 1 \approx 1.42074, d(x1,x0)0.4207d(x_1, x_0) \approx 0.4207, et la majoration a priori (1/2)n1/20.4207103\frac{(1/2)^n}{1/2}\cdot 0.4207 \leq 10^{-3} vaut pour la première fois en n=10n = 10 : dix itérations certifiées (la vraie valeur x1.4987x \approx 1.4987 est en fait atteinte à 10310^{-3} près déjà vers n=5n = 5).

22. Utiliser la description par chiffres (Exercice 4.8) : CC est l’ensemble des sommes n1an3n\sum_{n\geq1}a_n3^{-n}, an{0,2}a_n \in \{0, 2\}. Alors S1(C)={x/3:xC}S_1(C) = \{x/3 : x \in C\} est le sous-ensemble avec a1=0a_1 = 0, et S2(C)={x/3+2/3}S_2(C) = \{x/3 + 2/3\} le sous-ensemble avec a1=2a_1 = 2 : leur réunion, sur le choix libre de a1a_1, est exactement CC. Unicité en une phrase : sur l’espace des parties compactes non vides de [0,1]\intcc01 métrisé par la distance de Hausdorff, AS1(A)S2(A)A \mapsto S_1(A) \cup S_2(A) est une 13\frac13-contraction d’un espace complet, donc Banach n’autorise qu’un seul ensemble fixe — le volume de troisième année rend la métrique de Hausdorff et cet argument rigoureux.

23. Soit Z={tJ:y(t)=z(t)}Z = \{t \in J : y(t) = z(t)\} : non vide (t0Zt_0 \in Z), fermé dans JJ (égaliseur de deux applications continues : image réciproque de {0}\{0\} par yzy - z). Ouvert : si t1Zt_1 \in Z, appliquer le théorème local (question 8) au point (t1,y(t1))(t_1, y(t_1)), dans un rectangle où ff est lipschitzienne : sur un petit intervalle autour de t1t_1, yy et zz résolvent le même problème de Cauchy, donc coïncident là (l’unicité inconditionnelle de la question 9) : un voisinage de t1t_1 est dans ZZ. Une partie non vide de l’intervalle JJ à la fois ouverte et fermée dans JJ est JJ tout entier (les intervalles sont connexes, Théorème 4.27) : y=zy = z sur JJ.

24. Ici f(t,y)=α(t)y+β(t)f(t, y) = \alpha(t)y + \beta(t) est LL-lipschitzienne en yy sur tout [A,B]×R\intcc AB \times \R avec L=supαL = \sup\abs\alpha (finie : α\alpha continue sur un segment), et aucune bande [y0b,y0+b]\intcc{y_0 - b}{y_0 + b} n’est nécessaire : prendre X=C([A,B])X = C(\intcc AB) entier, sur lequel TT est bien défini. La récurrence de la question 8 tourne mot pour mot et donne d(Tny,Tnz)(L(BA))nn!d(y,z)d_\infty(T^ny, T^nz) \leq \frac{(L(B - A))^n}{n!}d_\infty(y, z) : un itéré est une contraction quelle que soit la longueur BAB - A, et la question 4 conclut : une et une seule solution sur le segment entier. La linéarité entre exactement une fois : elle rend la majoration de Lipschitz globale en yy, supprimant le rectangle et son hb/Mh \leq b/M.

25. La complétude a transformé la suite de Cauchy des itérés en une solution effective (questions 1, 6, 8), et son absence a laissé 2\sqrt2 s’échapper de Q\Q (question 13). La contraction a donné l’unicité, l’algorithme, et les barres d’erreur (questions 7, 14). L’astuce de l’itéré a supprimé la condition de petitesse Lh<1Lh < 1, de sorte que l’intervalle certifié ne dépend que de MM, non de LL — et a rendu les équations linéaires globales (questions 8, 24). La connexité a promu l’unicité locale en unicité globale (question 23). Les contre-exemples : 2y2\sqrt{\abs y} garde Lipschitz (question 11), y2y^2 garde la localité (question 12), Q\Q garde la complétude (question 13). Le sommet est le théorème de Picard–Lindelöf (question 8) ; lorsque ff est seulement continue, l’existence survit mais l’unicité meurt, et la démonstration échange la contraction contre la compacité d’ensembles de fonctions — le théorème de Peano via Arzelà–Ascoli, dans le volume de troisième année.