Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
20Sous-variétés de ℝn
Sphères, tores, groupes de rotations : les habitats naturels de la géométrie et de la mécanique ne sont pas des espaces vectoriels mais des ensembles courbes qui paraissent plats de près. Ce chapitre donne un sens précis à cette phrase — les sous-variétés de — et le calcul pour travailler dessus. Le fondement est le théorème d’inversion locale, prouvé ici par le point fixe de Banach ; tout le reste est un changement de coordonnées : les quatre descriptions équivalentes d’une sous-variété (redressement local, ensembles de niveau, graphes, paramétrisations), les espaces tangents, et l’optimisation sous contrainte par les multiplicateurs de Lagrange — qui, en démonstration d’adieu, reprouve le théorème spectral pour les matrices symétriques en trois lignes de géométrie. Le problème de week-end construit le groupe de rotations et son double revêtement quaternionique : l’algèbre ( du Chapitre 1 devenu adulte) rencontrant la géométrie.
20.1 Le théorème d’inversion locale
Théorème 20.1 (Théorème d’inversion locale)
Soit ouvert, de classe , et avec inversible. Alors il existe des ouverts , tels que est une bijection d’inverse , et
Si est , il en va de même de .
Démonstration. Normalisons : en remplaçant par , on peut supposer , , (l’énoncé général suit en composant avec les bijections affines). Écrivons : , et par continuité de choisissons avec sur ; l’inégalité des accroissements finis donne là.
Bijectivité sur un voisinage. Pour , résoudre revient à trouver un point fixe de ; envoie dans elle-même () et est -lipschitzienne : Banach (Théorème 7.4) fournit une unique solution . De plus est injective sur :
Posons et : ouvert (continuité), avec bijective.
Continuité et différentiabilité de l’inverse. dit que est -lipschitzienne. Fixons ; l’inversibilité de (sa distance à est : Neumann, Proposition 8.4) et la différentiabilité de donnent, pour près de :
en utilisant pour convertir : est différentiable en avec la différentielle inverse. Continuité de : composition d’applications continues (l’inversion est continue, Proposition 8.4) : ; le bootstrap de la même formule donne . ∎
Théorème 20.2 (Théorème des fonctions implicites)
Soit de classe près de , , et supposons la différentielle partielle inversible. Alors il existe des voisinages , et une application avec
et .
Démonstration. Appliquer le Théorème 20.1 à : sa différentielle en , triangulaire par blocs avec blocs diagonaux inversibles et , est inversible. L’inverse local est de la forme ; posons : alors ssi ssi , localement. La formule : dériver par la règle de la chaîne. ∎
20.2 Sous-variétés : quatre définitions
Théorème 20.3 (Caractérisations équivalentes)
Soit , , et . Les assertions suivantes sont équivalentes, pour chaque point (et est une sous-variété de dimension de classe si elles valent en tout ) :
(Redressement) Il existe un difféomorphisme d’un ouvert sur un ouvert avec
- (Ensemble de niveau) Il existe une submersion (c’est-à-dire surjective) sur un ouvert avec .
- (Graphe) À permutation des coordonnées près, est localement le graphe d’une application .
- (Paramétrisation) Il existe une immersion ( injective) avec ouvert, un homéomorphisme de sur pour un ouvert .
Démonstration. (1)(2) : (dernières coordonnées de ) : une submersion ( inversible). (2)(3) : surjective : un mineur de la jacobienne est inversible () ; après permutation des coordonnées, est inversible, et le théorème des fonctions implicites (Théorème 20.2) exprime localement comme un graphe . (3)(4) : : une immersion (différentielle injective), un homéomorphisme sur le graphe (inverse : la projection, continue). (4)(1) : soit ; compléter par un supplémentaire () et définir sur : est bijective (l’image contient et ), donc est un difféomorphisme local (Théorème 20.1) ; son inverse redresse : près de , les points de sont exactement les — pour cela, l’hypothèse d’homéomorphisme dans (4) garantit que , pour petit, ne contient pas d’autres feuilles ( proche de avec petit doit être exclu : pour un près de par la propriété d’homéomorphisme, et l’injectivité locale de force ). Alors quitte à rétrécir. ∎
Exemple 20.4
La sphère : ensemble de niveau de la submersion sur () : une sous-variété de dimension . Le tore dans : ensemble de niveau de (). Le cône n’est pas une sous-variété en (Exercice 20.1). Groupes de matrices : et sont des sous-variétés de (Exercices 20.5 et 20.6) — le point de départ de la théorie de Lie.
20.3 Espaces tangents
Définition 20.5
Soit une -sous-variété et . L’espace tangent est l’ensemble des vecteurs vitesse des courbes avec .
Proposition 20.6
est un sous-espace vectoriel de dimension de , et :
- si localement avec une submersion : ;
- si est paramétrée par l’immersion () : .
Démonstration. Les courbes dans vérifient ; la règle de la chaîne en donne : . Réciproquement, le redressement (Théorème 20.3(1)) transporte les droites de en courbes de : tout vecteur d’un sous-espace de dimension est réalisé ; en comparant les dimensions () on force l’égalité dans (1), et le même argument de transport donne (2) ( appliqué aux droites de ; dimensions encore). ∎
Théorème 20.7 (Multiplicateurs de Lagrange)
Soit avec une submersion , et de classe . Si la restriction a un extremum local en , alors il existe d’uniques réels (multiplicateurs de Lagrange) avec
Démonstration. Pour toute courbe dans passant par : a un extremum local en , donc : (Proposition 20.6). Or (l’identité rang/orthogonalité de l’année 2, ou Exercice 13.8 en dimension finie : ), qui est engendré par les gradients — indépendants, car est surjective : les multiplicateurs existent et sont uniques. ∎
Exemple 20.8 (Le théorème spectral, géométriquement)
Soit une matrice réelle symétrique et maximisons sur la sphère (compacte : le maximum est atteint, en un certain ). Lagrange avec : et donnent — un vecteur propre, avec . Restreignons à (invariant : ) et itérons : une base orthonormée de vecteurs propres. Le théorème spectral de l’année 2, reprouvé par pure optimisation — et l’ombre de dimension infinie du même argument a prouvé le Lemme 15.6.
Méthode 20.9
Pour prouver qu’un ensemble est une sous-variété : l’exhiber localement comme avec surjective sur l’ensemble (la voie la plus courante), ou comme un graphe. Pour calculer sa dimension et son espace tangent : et . Pour optimiser dessus : Lagrange — toujours vérifier d’abord la compacité (ou la coercivité), pour qu’un extremum existe auquel le théorème puisse s’appliquer, et se souvenir que l’équation des multiplicateurs n’est que nécessaire : collecter tous les points critiques, puis comparer les valeurs. Pour les groupes de matrices, dériver les courbes en l’identité pour identifier les espaces tangents.
20.4 Exercices
Exercice 20.1 ★
(a) Vérifier que les suivants sont des sous-variétés et donner leurs dimensions : ; l’hyperboloïde ; le tore de l’Exemple 20.4. (b) Montrer que le cône n’est pas une -sous-variété en : déterminer le nombre de composantes connexes de , et comparer avec le nombre qu’un redressement (Théorème 20.3(1)) forcerait pour un plan privé d’un point.
Solution
Solution de Exercice 20.1.
(a) Chacun est pour une submersion : sur (gradient ) : dimension ; (gradient sur l’hyperboloïde, où ) : dimension ; la fonction de tore , , est près du tore ( là) avec (sa composante en est , et où la composante radiale est car ) : dimension .
(b) Pour petit, a exactement composantes connexes (nappes supérieure et inférieure épointées, chacune connexe par arcs : relier via cercles et rayons). Si était une -sous-variété en , un redressement donnerait un homéomorphisme de sur un morceau ouvert d’un plan envoyant sur un point ; les petits voisinages épointés de dans le plan ont une composante, et les homéomorphismes préservent le nombre de composantes des voisinages épointés : contradiction.
Exercice 20.2 ★
Calculer les espaces tangents : (a) pour tout (réponse : ) ; (b) le plan tangent au tore de l’Exemple 20.4 en un point arbitraire de l’équateur extérieur ; (c) la droite tangente à l’hélice en , en vérifiant le Proposition 20.6(2).
Solution
Solution de Exercice 20.2.
(a) . (b) En : , donc le plan tangent est : le plan vertical tangent à l’équateur extérieur. (c) L’hélice est une courbe plongée avec : la droite tangente en est , comme le prescrit le Proposition 20.6(2).
Exercice 20.3 ★★
Soit (c’est-à-dire ). (a) En quels points le Théorème 20.1 s’applique-t-il ? (b) Montrer que est localement mais non globalement inversible sur , et exhiber explicitement les deux inverses locaux définis sur un voisinage de (les deux branches de racine carrée). (c) Même discussion pour l’application des coordonnées polaires .
Solution
Solution de Exercice 20.3.
(a) , : le théorème s’applique en tout point sauf l’origine. (b) : jamais injective sur un ensemble symétrique par rapport à ; sur c’est un difféomorphisme local partout mais -vers- globalement. Près de , les deux inverses sont les deux branches de racine carrée : en notation complexe (branche principale), c’est-à-dire
(c) Jacobien : difféomorphisme local sur , mais donne le même point : localement inversible (angle déterminé à près sur un demi-plan), jamais globalement.
Exercice 20.4 ★★
(Folium) Soit et . (a) Montrer que près de tout point de autre que l’origine, est une -sous-variété, localement un graphe en ou en (lequel, où ?). (b) Calculer la droite tangente en . (c) Que se passe-t-il à l’origine ? (Deux branches se croisent : exhiber deux courbes dans passant par à vitesses indépendantes, et conclure qu’aucun redressement n’existe.)
Solution
Solution de Exercice 20.4.
(a) s’annule ssi et , c’est-à-dire : en et ; seul est sur (). Donc sur , est une submersion : une -sous-variété, localement un graphe où et où (au moins l’un des deux hors de l’origine).
(b) En : : droite tangente .
(c) La paramétrisation rationnelle , passe par en avec vitesse ; l’échange (la courbe est symétrique, ou reparamétrer par ) donne une seconde courbe passant par de vitesse . Deux directions tangentes indépendantes sont impossibles pour une -sous-variété (son espace tangent est une droite, Proposition 20.6) : n’est pas une sous-variété à l’origine — un auto-croisement transverse.
Exercice 20.5 ★★
Soit de vers l’espace des matrices symétriques. (a) Montrer et que est surjective sur en tout (étant donné , essayer ). (b) Conclure que est une sous-variété compacte de dimension , avec , les matrices antisymétriques. (c) Montrer que pour tout antisymétrique : les directions tangentes s’intègrent en courbes dans le groupe.
Solution
Solution de Exercice 20.5.
(a) : . Pour et symétrique, donne : surjective sur .
(b) avec une submersion (sur , de dimension ) en chacun de ses points : une sous-variété de dimension . Compacte : fermée ( continue) et bornée (les colonnes sont des vecteurs unitaires). Tangent en : .
(c) (la transposition passe à travers la série ; les exponentielles de matrices qui commutent se multiplient, Théorème 19.8).
Exercice 20.6 ★★
(a) Montrer que a pour différentielle , non nulle en tout . (b) Conclure que est une sous-variété de dimension avec . (c) est-il une sous-variété ? De quelle dimension ?
Solution
Solution de Exercice 20.6.
(a) pour inversible (développement de près de : le terme linéaire de ) ; avec : , et la formule s’étend à tout par densité et continuité. Sur , : (sa valeur sur est ).
(b) avec une submersion là (valeurs dans ) : dimension ; .
(c) est un sous-ensemble ouvert de (Exercice 6.8) : une sous-variété de dimension pleine (redressement : la carte identité).
Exercice 20.7 ★★
Par les multiplicateurs de Lagrange : (a) trouver les extrema de sur le cercle ; (b) montrer que parmi tous les vecteurs de probabilité (positifs, de somme ), l’entropie est maximisée exactement en la distribution uniforme ; (c) trouver le point de l’ellipse le plus proche de , et vérifier l’équation des multiplicateurs géométriquement (alignement des normales).
Solution
Solution de Exercice 20.7.
(a) et : , donnent . Valeurs de : : maximum en , minimum en (l’ensemble de contrainte est compact : les extrema existent).
(b) Sur l’intérieur du simplexe (), Lagrange pour avec contrainte : pour tout : tous les égaux, , avec . Le maximum sur le simplexe compact est atteint ; s’il l’était sur le bord (quelque ), la distribution vit sur points et par récurrence : le point critique intérieur est le maximum global — l’ignorance uniforme maximise l’entropie.
(c) Minimiser sur l’ellipse compacte : . Si : , alors donne , : distance . Si : , distances et . Points les plus proches : , à distance . L’équation des multiplicateurs dit que le segment de au point le plus proche est parallèle à (ellipse) : il rencontre l’ellipse orthogonalement, comme la géométrie l’exige.
Exercice 20.8 ★★★
Rédiger pleinement l’Exemple 20.8 : prouver par récurrence qu’une matrice réelle symétrique admet une base orthonormée de vecteurs propres, avec les maxima contraints successifs du quotient de Rayleigh. Puis déduire les formules de Courant–Fischer de l’Exercice 15.8 en dimension finie directement de cette construction.
Solution
Solution de Exercice 20.8.
Récurrence sur ; trivial. La fonction de Rayleigh atteint son maximum sur le compact en un certain ; Lagrange (Théorème 20.7, sphère comme ensemble de niveau) donne , et . L’hyperplan est -invariant (symétrie : ) ; la restriction est symétrique, et la récurrence fournit une base propre orthonormée de avec valeurs propres , chacune le maximum de sur la sphère de l’orthocomplément restant. Courant–Fischer suit exactement comme dans l’Exercice 15.8 : développer ; sur un espace-test de dimension intersecter avec (comptage de dimensions dans ) pour obtenir , et réalise .
Exercice 20.9 ★★★
(Inégalité de Hadamard) Pour de colonnes :
avec égalité ssi les colonnes sont orthogonales. (Se ramener à des colonnes de norme par homothétie ; maximiser sur le produit compact de sphères ; en un maximiseur, Lagrange dans chaque colonne séparément donne , et est la -ème colonne de : en déduire que est diagonale, donc , donc .) Lecture géométrique : le volume d’un parallélépipède est au plus le produit des longueurs de ses arêtes.
Solution
Solution de Exercice 20.9.
Homothétier chaque colonne en norme divise par : il suffit de prouver quand toutes les colonnes sont unitaires, avec égalité ssi . La fonction est continue sur le compact : elle atteint un maximum en un certain . En fixant toutes les colonnes sauf la -ème, est linéaire en de gradient la -ème colonne de ; Lagrange sur la -ème sphère : . L’identité se lit , c’est-à-dire ; en prenant : , puis donne : les colonnes sont orthonormales, , . Donc toujours, avec égalité exactement pour des colonnes orthogonales (remettre à l’échelle) : le volume d’un parallélépipède est maximal, pour des longueurs d’arêtes données, quand les arêtes sont perpendiculaires.
Exercice 20.10 ★★
Près de lesquels de ses points le cercle est-il un graphe ? Un graphe ? Vérifier la caractérisation par graphe (Théorème 20.3(3)) explicitement en , et expliquer en une phrase pourquoi une certaine permutation de coordonnées suffit toujours mais aucune n’est toujours adaptée.
Solution
Solution de Exercice 20.10.
fonctionne près de tout point avec ; près de tout point avec ; en : le graphe sur , qui est le Théorème 20.3(3) avec les coordonnées échangées. Une certaine permutation fonctionne toujours car la droite tangente, étant unidimensionnelle, ne peut être simultanément verticale et horizontale — mais elle peut être l’une ou l’autre, donc aucun choix fixe de coordonnée « dépendante » ne sert en tout point.
Exercice 20.11 ★★
(Le groupe orthogonal comme sous-variété, quantitativement) (a) Montrer que est compact : borné (chaque colonne est un vecteur unitaire, donc pour la norme euclidienne de matrice) et fermé. (b) Montrer que son espace tangent en est l’espace des matrices antisymétriques, de dimension , et en un général : . (c) En déduire que l’application est, pour chaque antisymétrique, une courbe dans passant par de vitesse (vérifier via et ) : tout vecteur tangent est réalisé par une courbe explicite, sans théorème des fonctions implicites.
Solution
Solution de Exercice 20.11.
(a) L’application définissante est continue : est fermé ; les colonnes d’une matrice orthogonale sont des vecteurs unitaires, donc la norme euclidienne (Frobenius) vaut exactement : borné. Compact par Heine–Borel dans .
(b) est l’ensemble de niveau étudié dans le chapitre : , surjective sur les matrices symétriques en chaque (étant donné symétrique, prendre ), donc est une sous-variété de dimension avec
en ce sont les matrices antisymétriques.
(c) (les deux matrices commutent, donc le produit des exponentielles est l’exponentielle de la somme) : , et est une courbe dans avec , . Comme parcourt les matrices antisymétriques, balaye : l’exponentielle réalise tout l’espace tangent par des courbes explicites — le raccourci de groupe de Lie que le Problème 20.1 exploite pour .
Exercice 20.12 ★★
(Points critiques de la distance) Soit une sous-variété et . Montrer que si minimise la distance à (un tel point existe quand est fermée et non vide — pourquoi ?), alors
(dériver le long des courbes dans ). En déduire : le point le plus proche sur une sphère se trouve sur le rayon passant par le centre ; et utiliser la condition pour calculer la distance de à la parabole (se ramener à une cubique et la résoudre numériquement à trois chiffres).
Solution
Solution de Exercice 20.12.
Existence : intersecter avec une grande boule fermée autour de pour obtenir un compact non vide ; la distance continue y atteint son minimum, et les points hors de la boule sont plus loin. Condition du premier ordre : pour une courbe dans avec , la fonction est différentiable avec un minimum en :
et balaye : . Sphère : l’espace tangent en est , donc : se trouve sur la droite passant par et , à distance de — le point sur le rayon, comme la géométrie l’exige. Parabole : en la tangente est engendrée par ; l’orthogonalité à se lit
avec une unique racine réelle ( est strictement croissante) ; alors et .
20.5 Problème : et les quaternions
Problème 20.1
Problème de week-end — rotations, le groupe , et le double revêtement
Les quaternions — l’algèbre dont le groupe des unités contient le du Problème 1.1 — paramétrisent les rotations tridimensionnelles en double : l’application « conjuguer par un quaternion unitaire » est un morphisme surjectif de noyau . Nous construisons tout. Rappel/définition : la multiplication est -bilinéaire avec ; le conjugué de est ; .
Partie I — L’algèbre et le groupe .
- Vérifier que est une -algèbre associative de centre , que , et que (une voie propre : représenter comme la matrice complexe , , et utiliser ).
- En déduire que tout est inversible () : est un corps (non commutatif), et est un groupe — et une -sous-variété compacte de (Exemple 20.4).
Partie II — Le morphisme de rotation. Identifier aux quaternions purs , et pour définir .
- Montrer que envoie dans (les quaternions purs sont ceux avec ), est -linéaire, préserve la norme, et que est un morphisme de groupes .
- Calculer le noyau : ssi commute avec ssi .
- Écrire avec , (pourquoi est-ce toujours possible pour ?). Montrer que fixe et, sur le plan , agit comme la rotation d’angle (calculer pour en utilisant pour des unités pures orthogonales — prouver cette identité depuis la table de multiplication, ou depuis ).
Conclure : (chaque est une rotation d’axe et d’angle comme calculés — déterminant par continuité de sur le connexe, ou directement), et est sur : toute rotation de a un axe (prouver : une matrice orthogonale réelle de a la valeur propre — considérer le polynôme caractéristique) et est donc un certain . Résumé :
Partie III — comme sous-variété ; Rodrigues.
- Montrer que est une sous-variété compacte de dimension de avec les matrices antisymétriques (Exercice 20.5 ; la condition de déterminant sélectionne une union de composantes).
Pour la matrice antisymétrique associée à (, le produit vectoriel), prouver la formule de Rodrigues :
(depuis : scinder la série exponentielle le long des puissances de ), et l’identifier comme la rotation d’axe et d’angle . En déduire que envoie les matrices antisymétriques sur .
- Relier les deux paramétrisations : montrer que avec est un groupe à un paramètre de rotations dont la dérivée en est — les exponentielles quaternionique et matricielle racontent la même histoire à demi-vitesse et pleine vitesse respectivement.
Partie IV — Le double revêtement, ressenti.
- Montrer que le chemin , , est une boucle dans (son image revient à l’identité) dont le relèvement quaternionique n’est pas une boucle : . En continuant jusqu’à on ferme le relèvement. Expliquer en un court paragraphe ce que cela dit : une rotation de n’est pas continûment défaisable tandis qu’une rotation de l’est (le tour de ceinture), car les boucles de sont détectées dans son double revêtement .
- En déduire aussi le dividende pratique : composition des rotations = multiplication des quaternions ( multiplications de données au lieu de , aucune dérive hors orthogonalité) — vérifier sur la composition de deux quarts de tour autour de et : calculer l’axe et l’angle du produit.
Partie V — La matrice explicite : Euler–Rodrigues. Écrire , de sorte que .
Calculer en entier depuis la table de multiplication ; puis obtenir et par la substitution cyclique , (la justifier : cycler s’étend en un automorphisme de , car les relations définissantes sont cycliquement symétriques). Conclure que la matrice de dans la base est la matrice d’Euler–Rodrigues
(Lire une rotation à rebours) Montrer que
dans les notations des questions 5 et 8. En déduire un algorithme récupérant d’une matrice de rotation : l’angle depuis la trace ; l’axe depuis la partie antisymétrique quand ; et, quand , prouver et utiliser l’identité .
- Évaluer pour le produit de la question 11 : une matrice de permutation apparaît. Identifier la rotation et réconcilier avec l’axe et l’angle trouvés à la question 11.
Partie VI — À l’intérieur de : , classes de conjugaison, exponentielles.
Montrer que la représentation matricielle de la question 1 (notée ) se restreint en un isomorphisme de groupes de sur le groupe unitaire spécial
(pour la surjectivité, écrire les équations et pour une matrice complexe générale).
- Montrer que la partie réelle est un invariant de conjugaison sur — pour tout — et, réciproquement, que deux quaternions unitaires de même partie réelle sont conjugués dans (se ramener à déplacer un axe pur unitaire sur un autre, ce que la Partie II fournit). Décrire les classes de conjugaison de géométriquement ; traduire dans (ensembles de niveau de la trace) ; et projeter par : deux rotations sont conjuguées dans si et seulement si elles ont le même angle .
Définir sur par la série exponentielle ; vérifier la convergence absolue, via pour . Montrer, pour un pur unitaire et ,
en déduire que envoie l’hyperplan sur , et vérifier que : le phénomène de demi-angle de la question 9 encore.
- Pour des quaternions purs prouver la règle de produit , d’où l’identité de commutateur ; prouver aussi pour les matrices de la question 8. Conclure que la dérivée de en le long des courbes est l’isomorphisme linéaire de sur les matrices antisymétriques, et qu’il transporte le commutateur quaternionique vers le commutateur matriciel.
Partie VII — Structure globale.
- (Pas de section continue) Supposer continue avec . Pour la boucle de la question 10, poser pour . Montrer que est continue à valeurs dans , et en dériver une contradiction : il n’y a pas de choix global continu d’un quaternion unitaire représentant chaque rotation.
- (Le modèle de la boule) Soit la boule fermée de rayon et , avec . Montrer que envoie sur , est injective sur la boule ouverte, et sur la sphère frontière identifie exactement les antipodes : , sans autres coïncidences. Ainsi est la boule avec points antipodaux du bord collés — l’espace projectif — et un diamètre devient la boucle non contractile de la question 10.
- Montrer que ; que les involutions de (les avec ) sont exactement les demi-tours avec un quaternion pur unitaire ; et que le centre de est trivial.
- Montrer que toute rotation est un produit de deux demi-tours : pour , choisir un pur unitaire , vérifier que est encore un quaternion pur unitaire, et vérifier . Où se situent les deux axes, et quel angle font-ils ?
- Conclure le résumé topologique : est compact et connexe par arcs (donner deux preuves : image continue de sous ; image de ), tandis que a exactement deux composantes connexes, chacune homéomorphe à .
- (Une composition, trois façons) Soient la rotation d’angle autour de l’axe des et la rotation d’angle autour de l’axe des . Calculer l’axe et l’angle de : (i) en multipliant les deux matrices et en utilisant trace/partie antisymétrique (Partie V) ; (ii) en multipliant les quaternions unitaires correspondants . Vérifier que les deux réponses coïncident : angle , axe .
(La transformée de Cayley) Pour antisymétrique, montrer que est inversible et
avec jamais valeur propre de ; montrer que est une bijection des matrices antisymétriques sur , d’inverse . (Une carte rationnelle de , compagne de l’ transcendant de l’Exercice 20.11.)
Solution
Solution de Problème 20.1.
1. L’application avec , : on vérifie que vont vers , , , , dont les produits reproduisent la table des quaternions : l’application est un morphisme d’algèbres injectif, donc hérite de l’associativité ; est multiplicative, et la conjugaison correspond à l’adjointe-transposée, donnant . Centre : commuter avec force , avec force : .
2. : pour , : une algèbre à division. Sur : et : un groupe ; et est la sphère unité : une -sous-variété compacte.
3. est pur ssi ; alors : préserve . La linéarité est claire ; : une isométrie de : . Et : un morphisme.
4. ssi pour tout pur , ssi commute avec , ssi est central (question 1) : .
5. Écrire (, pur) : , donc et avec pour un certain (si , agit trivialement). Comme , et commutent, et : l’axe. Pour des unités pures : la règle de produit (développer en coordonnées depuis la table) donne . Alors
en utilisant et les formules de double-angle : la rotation d’angle dans le plan orienté .
6. Chaque est une rotation autour de d’angle : dans la base orthonormée sa matrice a pour déterminant : . Surjectivité : une matrice a comme valeur propre, car
donc . Prendre un vecteur propre unitaire ; préserve et s’y restreint en une rotation d’un certain angle (orthogonal plan, déterminant ) : pour . Avec la question 4 et le premier théorème d’isomorphisme (Théorème 1.3) : .
7. est une sous-variété compacte de dimension (Exercice 20.5) ; est continue dessus à valeurs dans , donc est ouvert et fermé dans : une union de composantes connexes, donc elle-même une -sous-variété compacte, avec le même espace tangent en : les matrices antisymétriques.
8. ( unitaire), donc : . En scindant la série exponentielle par les résidus des puissances modulo la relation :
Sur : : fixe. Sur : : la rotation d’axe , angle — Rodrigues. Toute rotation a cette forme (question 6) : est surjective de l’espace des matrices antisymétriques sur .
9. Avec : la question 5 montre que est la rotation d’axe et d’angle , c’est-à-dire , dont la dérivée en est . Le quaternion court à demi-angle — la trace analytique du double revêtement.
10. est la rotation autour de d’angle : en elle revient à l’identité — une boucle dans . Son relèvement vérifie : le chemin relevé n’est pas fermé ; seulement en revient à . Interprétation : la boucle des rotations complètes n’est pas contractile dans — son relèvement se termine sur l’autre feuille du revêtement — tandis que la double boucle l’est ; un corps attaché à son environnement par des sangles (le tour de ceinture) revient à un état non tordu après mais pas après . Les groupes de rotations se souviennent de la parité des tours complets ; , simplement connexe, est là où cette mémoire vit.
11. Quarts de tour : , . Produit (en appliquant d’abord le tour en ) :
de norme , avec : , et axe (partie pure normalisée). Deux quarts de tour successifs autour d’axes orthogonaux font une rotation de autour de la grande diagonale du cube — le coût de quatre multiplications réelles, l’orthogonalité préservée exactement : pourquoi les logiciels de vol et les moteurs graphiques composent les rotations via les quaternions.
12. Depuis la table, et , donc
En multipliant par avec la règle scalaire–vecteur , où et : la partie scalaire est (pur, comme il se doit), et la partie vectorielle est
la première colonne de . L’application cyclique , , préserve les relations (le mot est cycliquement invariant à la relation près, qui vaut dans tout anneau : conjuguer par l’inversible ), donc s’étend en un automorphisme de -algèbre, et . En déroulant, l’image de est la formule de la première colonne après la substitution avec la base renommée , qui est exactement la seconde colonne affichée ; un tour de plus donne la troisième.
13. En sommant la diagonale, (norme unitaire), et avec : . Partie antisymétrique : les trois entrées indépendantes de sont (aux positions ), donc avec . Algorithme : ; si , lire sur et poser ; si , . Pour : , et Rodrigues (question 8) donne , c’est-à-dire ; toute colonne non nulle de , normalisée, est , et .
14. Avec : toutes les entrées diagonales s’annulent, , , , , , :
la permutation cyclique . Sa trace est , donc , et elle fixe : la rotation de autour de la grande diagonale — précisément la réponse de la question 11, maintenant visible comme la matrice qui cycle les axes de coordonnées.
15. Sur la base on vérifie (la matrice de a , , qui est la conjuguée transposée de ). D’où et : pour , , et est un morphisme injectif (question 1). Surjectivité : soit avec ; alors , et force , , puis : pour le quaternion unitaire de coordonnées , . Donc .
16. Les scalaires réels sont centraux et donne , donc : la partie réelle est invariante. Réciproquement soient ; alors les parties pures ont la même norme . Si , . Si , écrire , avec purs unitaires ; la question 6 fournit une rotation portant sur , c’est-à-dire avec , puis . Les classes de sont donc , , et pour chaque la -sphère de rayon . Sous , : les classes de sont les ensembles de niveau de la trace. En projetant : si alors ; réciproquement force (noyau), donc , c’est-à-dire pour les angles dans : des rotations conjuguées ont des angles égaux. Réciproquement, des angles égaux permettent des représentants de même partie réelle non négative, conjugués par ce qui précède : dans , la classe de conjugaison d’une rotation est exactement son angle.
17. est multiplicative, donc est une norme multiplicative sur et : la série converge absolument dans l’espace de dimension finie (donc complet), dominée par . Pour un pur unitaire : , donc et ; en scindant la série,
Tout est avec (question 5) : , donc . Enfin dans la notation de la question 9, et là : .
18. En développant coordonnée par coordonnée avec la table : les produits , … donnent le scalaire , et les produits mixtes (, , …) donnent le vecteur : . En soustrayant le produit inversé : (les parties scalaires s’annulent, les produits vectoriels s’additionnent). Pour les matrices, avec :
Dérivée : (la conjugaison est continue et nie les quaternions purs), donc
la différentielle est , une bijection linéaire de sur les matrices antisymétriques, et montre qu’elle transporte le commutateur quaternionique vers le commutateur matriciel.
19. En appliquant : , donc (question 4). Comme produit des applications continues et , est continue sur l’intervalle connexe à valeurs dans la paire discrète : elle est constante, disons . Mais , donc , tandis que et : contradiction. Aucune section continue n’existe : l’ambiguïté de signe est globale, non un défaut d’une formule particulière.
20. Surjectivité : tout est pour un certain unitaire et (questions 6 et 8) ; si , Rodrigues donne (tous deux valent , et avec , ), donc avec . Injectivité à l’intérieur : si avec , la question 13 récupère le même angle depuis la trace et, comme , le même axe depuis la partie antisymétrique : ; et force sur la boule ouverte. Bord : ne dépend de qu’à travers , d’où ; réciproquement appliqué à donne , donc . Intérieur et bord ne se rencontrent jamais (trace contre ). Donc induit une bijection continue de la boule-avec-collage-antipodale — compacte — sur : un homéomorphisme, et . Un diamètre de à a des extrémités collées : c’est une boucle dans , et sa description par correspond à la famille de rotations autour de de la question 10 balayant un tour complet.
21. est un morphisme et , donc ; par la question 16, conjuguer une rotation préserve son angle et fait tourner son axe par . Involutions : ssi . Si alors (scalaires centraux, donc cette factorisation est valide) et dans l’anneau à division , donnant , exclu ; avec donne , donc , : est un pur unitaire , et est le demi-tour autour de (angle , question 5). Centre : si commute avec tout , alors , donc avec ; est continue sur le connexe et vaut en , d’où : commute avec tout , donc avec tout (remettre à l’échelle), donc (question 1) et : le centre est trivial.
22. Comme sont des purs unitaires, est pur (question 18), donc
est pur, de norme . Alors , et
Les deux axes et se trouvent dans le plan orthogonal à l’axe de rotation, et : ils font le demi-angle . C’est la génération classique : deux demi-tours autour d’axes se rencontrant à l’angle se composent en la rotation d’angle autour de leur perpendiculaire commune.
23. La compacité est la question 7. Connexité par arcs : est l’image continue de la sphère connexe par arcs ; alternativement, pour avec antisymétrique (question 8), est un chemin dans de à (orthogonal car , déterminant par continuité depuis ). Pour : est continue sur , donc est disconnexe, pour tout fixe avec (p.ex. ), et la multiplication à gauche par est un homéomorphisme : exactement deux composantes, chacune une copie de . Le deux-vers-un, sans section par la question 19, est ainsi un double revêtement honnête d’un groupe compact connexe par le simplement connexe — la géométrie derrière le tour de ceinture.
24. (i) Matrices :
Trace donne : . Partie antisymétrique a des entrées encodant -wise l’axe : ici , qui se lit (dictionnaire de la Partie V ) ; avec : . (ii) Quaternions : , , et
(). Donc : , et la partie vectorielle a pour direction — la même réponse, la voie quaternionique ne demandant qu’une ligne de multiplication au lieu d’un produit matriciel : la raison pratique pour laquelle les logiciels de vol composent les attitudes dans .
25. inversible : donne (l’antisymétrie tue le second terme) : . Orthogonalité de : en utilisant et le fait que les quatre matrices , commutent (expressions polynomiales en , plus limites) :
Déterminant : , donc : . Pas de valeur propre : signifie pour , c’est-à-dire : . Inversion : depuis , résoudre ; comme , est inversible et , qui est antisymétrique dès que est orthogonale sans valeur propre (transposer l’expression et utiliser : ). Les deux applications sont mutuellement inverses par construction : une paramétrisation rationnelle globale du morceau ouvert dense de évitant la valeur propre — pas de série, pas de trigonométrie, et en dimension c’est la substitution de demi-angle en déguisement.