Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
7Espaces complets : Baire, Ascoli, Stone–Weierstrass
La complétude — toute suite de Cauchy converge — est la propriété qui permet à l’analyse de produire des objets : points fixes de contractions, sommes de séries, solutions d’équations obtenues comme limites. Ce chapitre assemble les trois grandes machines d’existence de la théorie métrique. Le théorème de Baire montre qu’un espace complet ne peut être réunion dénombrable de morceaux négligeables, et fait apparaître des objets (fonctions continues nulle part dérivables !) par un pur raisonnement de cardinalité. Arzelà–Ascoli identifie les parties compactes de et est le cheval de bataille de la compacité en analyse — le problème de fin de semaine s’en sert pour prouver le théorème d’existence de Peano pour les équations différentielles. Stone–Weierstrass montre que les polynômes, et bien d’autres, sont denses dans : l’approximation devient une vérification algébrique. En chemin on construit les complétés et on prouve le théorème d’extension des applications uniformément continues, le pain quotidien des Chapitres 12, 13 et 14.
7.1 Espaces complets, complétés, extensions
Définition 7.1
Un espace métrique est complet si toute suite de Cauchy converge (deuxième année : est complet ; muni de est complet). Une partie fermée d’un espace complet est complète ; une partie complète d’un espace métrique quelconque est fermée.
Démonstration. Pour les deux énoncés : une suite de Cauchy du fermé converge dans , et sa limite, adhérente à , est dans ; une suite convergente-dans- d’une partie complète est de Cauchy, donc converge dans , et les limites sont uniques. ∎
Théorème 7.2 (Extension des applications uniformément continues)
Soit dense, complet, et uniformément continue. Alors s’étend uniquement en une continue, et est uniformément continue.
Démonstration. Unicité : deux extensions continues coïncident sur le dense , donc partout (l’ensemble d’accord est fermé : image réciproque de la diagonale fermée sous ). Existence : pour choisir , . La suite est de Cauchy : étant donné , la continuité uniforme fournit avec , et est de Cauchy. Définir ; la limite ne dépend pas de la suite choisie (entrelacer deux d’entre elles). prolonge (suites constantes) et hérite du module de continuité : si , en approximant les deux par des points de à distance on obtient à la limite — est uniformément continue. ∎
Théorème 7.3 (Complété)
Tout espace métrique s’immerge isométriquement comme partie dense d’un espace métrique complet , unique à isométrie près fixant point par point : son complété.
Démonstration. Existence. Soit l’ensemble des suites de Cauchy de , muni de la pseudo-distance
la limite existant car rend la suite réelle de Cauchy. Soit , en identifiant les suites à -distance ; descend en une distance. Immerger par les suites constantes : une isométrie, d’image dense (une suite de Cauchy est -approximée par les constantes construites sur ses propres termes : quand par Cauchy). Complétude de : soit de Cauchy dans ; par densité choisir avec ; alors est de Cauchy dans (inégalité triangulaire via les ), définit un point , et (la distance de la constante à la classe de est , petite pour grand).
Unicité : deux complétés contiennent densément ; l’identité de , une isométrie, est uniformément continue, donc s’étend en (Théorème 7.2), encore une isométrie sur un ensemble dense donc partout ; symétriquement dans l’autre sens, et les composées fixent le dense : ce sont les identités. ∎
Théorème 7.4 (Point fixe de Banach)
Soit complet, non vide, et une contraction : avec . Alors a un unique point fixe , et toute orbite converge vers lui, avec le taux explicite .
Démonstration. (La deuxième année l’a prouvé ; on réenregistre l’argument en deux lignes pour l’autonomie.) L’orbite vérifie , donc est de Cauchy (série géométrique) ; sa limite est fixe (continuité de ), unique car deux points fixes satisfont . Le taux : sommer la queue géométrique. ∎
Exemple 7.5 (Perturber l’identité)
Soit -lipschitzienne avec . Alors est un homéomorphisme de sur . Injectivité, avec un module quantitatif :
La surjectivité est le théorème du point fixe : résoudre signifie , et est une -contraction du complet — une solution unique existe pour tout . L’inégalité affichée rend l’inverse lipschitzien de constante : un homéomorphisme, avec bornes explicites sur les deux modules. Cet énoncé d’apparence innocente est le moteur du théorème d’inversion locale (Chapitre 20) : près d’un point où est inversible, est une application linéaire inversible plus une petite perturbation lipschitzienne, et l’exemple d’aujourd’hui fait le reste. Il quantifie aussi la robustesse numérique : un système perturbé de moins que la marge de l’inverse reste solvable, la solution se déplaçant d’au plus fois la perturbation.
7.2 Le théorème de Baire
Théorème 7.6 (Baire)
Dans un espace métrique complet, une intersection dénombrable d’ouverts denses est dense. De façon équivalente : si avec chaque fermé, alors quelque a un intérieur non vide.
Démonstration. Soit des ouverts denses et une boule ouverte quelconque ; on trouve un point de dans . Inductivement : étant dense et ouvert, il rencontre la boule ouverte en un ouvert, qui contient une boule fermée avec et . Les centres forment une suite de Cauchy ( pour , rayons ) ; la limite est dans chaque (fermeture), donc dans chaque et dans . Pour la seconde forme : si aucun n’a d’intérieur, les sont ouverts et denses, et un point de échappe à : absurde. ∎
Remarque 7.7
Vocabulaire : un ensemble est nulle part dense si son adhérence a un intérieur vide, maigre (première catégorie) s’il est réunion dénombrable d’ensembles nulle part denses. Baire : un espace métrique complet n’est pas maigre en lui-même, et le complémentaire d’un ensemble maigre est dense. « Maigre » est une notion de petitesse orthogonale à la mesure (le Chapitre 9 produira des ensembles maigres de mesure pleine), et les arguments de Baire prouvent l’existence par abondance : pour exhiber un objet sans la propriété P, montrer que les objets-P forment un ensemble maigre.
Corollaire 7.8
(a) est non dénombrable. (b) n’est pas une intersection dénombrable d’ouverts de , et un espace métrique complet non vide sans points isolés est non dénombrable.
Démonstration. (a) sur un ensemble dénombrable rendrait quelque singleton d’intérieur non vide. (b) Si avec ouverts (nécessairement denses, car ), alors les et les complémentaires , , forment une famille dénombrable d’ouverts denses d’intersection vide — contredisant Baire. Si est complet sans points isolés et dénombrable, l’exhibe comme réunion dénombrable de fermés d’intérieur vide (pas de points isolés) : Baire encore. ∎
Théorème 7.9 (Les monstres de Weierstrass existent)
Il existe des fonctions continues sur dérivables en aucun point. Mieux : l’ensemble des ayant une dérivée (finie) en au moins un point est maigre dans .
Démonstration. Pour soit
Si est dérivable en , alors pour quelque : le quotient est borné pour (dérivabilité : il tend vers ) et borné par pour . Donc contient toutes les fonctions quelque part dérivables, et il suffit de montrer chaque fermé d’intérieur vide.
Fermé : soit uniformément, avec témoins (compacité, après extraction). Pour avec : choisir avec (p. ex. tronqué) ; alors , en utilisant la convergence uniforme et la continuité de aux points pertinents : .
Intérieur vide : étant donné et , on trouve avec et . D’abord approximer à près par une affine par morceaux (continuité uniforme : interpoler sur une grille fine), de pentes bornées par quelque . Ajouter une petite dent de scie : , où est le zigzag -périodique d’amplitude et de pente . En tout , d’un côté il y a arbitrairement petit avec la dent de scie contribuant une pente sur : le quotient différentiel de dépasse pour grand. Donc , à toute distance uniforme de . Conclusion : est maigre ; par Baire son complémentaire — formé de fonctions nulle part dérivables — est dense dans : de telles fonctions existent en abondance. ∎
7.3 Arzelà–Ascoli
Tout au long, est un espace métrique compact et , avec : un espace complet (les limites uniformes de continues sont continues — deuxième année).
Définition 7.10
Une famille est équicontinue si pour tout il existe tel que
(un seul pour toute la famille — p. ex. toute famille avec une constante de Lipschitz commune, ou un module de Hölder commun), et bornée ponctuellement si pour chaque .
Théorème 7.11 (Arzelà–Ascoli)
Une partie est relativement compacte (d’adhérence compacte) ssi elle est équicontinue et bornée ponctuellement. En particulier, toute suite équicontinue et bornée ponctuellement a une sous-suite uniformément convergente.
Démonstration. () Soit une suite de . métrique compact est séparable : pour chaque , un nombre fini de boules de rayon recouvrent (Théorème 6.16) ; leurs centres forment un ensemble dense dénombrable . Par bornitude ponctuelle et Bolzano–Weierstrass, extraire successivement des sous-suites convergeant en , puis aussi en , etc., et prendre la sous-suite diagonale : elle converge en tout point de . L’équicontinuité promouvoit cela en Cauchy uniforme : étant donné , prendre comme dans la définition, recouvrir par un nombre fini de boules avec (), et choisir assez grand pour que pour , . Pour arbitraire :
Donc est uniformément de Cauchy, et converge dans le complet . Ainsi toute suite de a une sous-suite convergente : est (séquentiellement, donc par Théorème 6.16) compacte.
() Si est compacte : la bornitude ponctuelle est claire (l’évaluation est continue). Pour l’équicontinuité, recouvrir par un nombre fini de boules de ; chaque est uniformément continue (Heine, Corollaire 6.17), donnant un commun pour ; alors pour et : . ∎
Exemple 7.12
La boule unité fermée de n’est pas compacte ( n’a pas de sous-suite uniformément convergente : la limite ponctuelle est discontinue), et en effet n’est pas équicontinue en . En revanche est compacte : bornée et -lipschitz-équicontinue, et fermée. Ascoli explique pourquoi la compacité échoue en dimension infinie (Riesz, deuxième année) et quoi ajouter pour la restaurer : un module de continuité uniforme.
7.4 Stone–Weierstrass
Lemme 7.13 (Dini)
Soit compact et une suite monotone de fonctions réelles continues convergeant ponctuellement vers une continue. Alors la convergence est uniforme.
Démonstration. Disons ; soit , continues. Étant donné , les ouverts croissent et recouvrent (convergence ponctuelle) ; extraire un sous-recouvrement fini : pour quelque (famille croissante), c’est-à-dire partout pour . ∎
Lemme 7.14
Il existe une suite de polynômes avec uniformément sur .
Démonstration. Définir , : des polynômes. Par induction sur : en l’accordant pour ,
puisque ; et . Donc est croissante, bornée par : elle converge ponctuellement, et la limite satisfait : , continue. Dini (Lemme 7.13) promeut en uniforme. ∎
Théorème 7.15 (Stone–Weierstrass, version réelle)
Soit un espace compact (séparé) et une sous-algèbre (stable par sommes, produits, multiplications scalaires) qui contient les constantes et sépare les points (pour , quelque a ). Alors est dense dans .
Démonstration. Soit l’adhérence, encore une algèbre (les produits de limites uniformes sur des ensembles bornés convergent).
Étape 1 : est un treillis, c’est-à-dire stable par et . Comme et de même, il suffit que : avec , , et Lemme 7.14 donne des polynômes avec uniformément ; les polynômes en des membres de l’algèbre (avec terme constant : les constantes y sont) restent dans .
Étape 2 : interpolation en deux points. Pour et , quelque a , : prendre séparant et poser .
Étape 3. Soit , . Pour chaque paire choisir avec , (étape 2 ; pour prendre la constante ). Fixer : pour chaque , l’ouvert contient ; la compacité extrait avec , et (étape 1) vérifie partout, . Faire varier : est ouvert, contient ; extraire recouvrant , et vérifie : . Donc . ∎
Corollaire 7.16
(a) (Weierstrass) Les polynômes sont denses dans ; les polynômes en variables sont denses dans pour compact. (b) (Version complexe) Si est une sous-algèbre contenant les constantes, séparant les points, et stable par conjugaison, elle est dense. (c) (Version trigonométrique) Les polynômes trigonométriques sont denses dans l’espace des fonctions continues -périodiques muni de .
Démonstration. (a) Les polynômes forment une algèbre avec constantes ; les fonctions coordonnées séparent les points de . (b) Les parties réelle et imaginaire , des membres de forment une algèbre réelle avec constantes ; elle sépare les points ( force ou à séparer). Appliquer le théorème réel et recombiner. (c) Voir les fonctions -périodiques comme (, compact : Exercice 6.5) ; l’algèbre engendrée par et les constantes est stable par conjugaison et sépare les points du cercle ( est injective dessus). Appliquer (b). ∎
Remarque 7.17
La version trigonométrique répare, et généralise largement, le trou laissé dans le chapitre Fourier de deuxième année : la densité des polynômes trigonométriques dans suit a fortiori ( à la constante de normalisation près), ce qui fera du système de Fourier une base orthonormée dans le Chapitre 13, prouvant enfin Parseval en toute généralité.
7.5 Exercices
Exercice 7.1 ★
(a) Montrer que muni de n’est pas complet : les fonctions égales à sur , sur , affines entre, sont -Cauchy sans limite continue. (b) Montrer qu’un espace normé dans lequel toute série absolument convergente converge est complet. (Extraire d’une suite de Cauchy une sous-suite avec .)
Solution
Solution de Exercice 7.1.
(a) Pour , s’annule hors d’un intervalle de longueur et est bornée par : : de Cauchy. Si en avec continue : pour fixé, ( là pour grand), donc sur (continuité) ; de même sur : aucune fonction continue ne fait les deux. Donc l’espace est incomplet — le complété est , construit dans le Chapitre 12.
(b) Soit de Cauchy ; choisir avec . La série converge absolument, donc converge ; ses sommes partielles sont , donc converge, et une suite de Cauchy admettant une sous-suite convergente converge.
Exercice 7.2 ★
En utilisant Baire : (a) montrer qu’un espace normé complet n’a pas de base (algébrique) dénombrable — en déduire que l’espace des polynômes n’est complet pour aucune norme ; (b) montrer que si une suite de continues converge ponctuellement vers , l’ensemble des points de continuité de est dense. (Pour (b) : admettre ou prouver que est ouvert, et montrer qu’il est dense en utilisant , fermés recouvrant ; travailler dans une boule fermée arbitraire pour appliquer Baire.)
Solution
Solution de Exercice 7.2.
(a) Supposer complet avec base algébrique et soit : fermé (les sous-espaces de dimension finie sont complets, donc fermés — deuxième année), d’intérieur vide : si , prendre ; alors , absurde. Or (tout vecteur est combinaison finie) : contredit Baire (Théorème 7.6). L’espace a la base dénombrable , donc aucune norme ne le rend complet.
(b) Fixer et une boule ouverte non vide ; on trouve dans un point de , où . ( est ouvert : si pour un ouvert , tout a une oscillation .) Les ensembles
sont fermés (intersections d’images réciproques de fermés) et recouvrent (la convergence ponctuelle rend de Cauchy). Appliquer Baire dans le complet : quelque contient une boule . En faisant : sur . Par continuité de en , rétrécir en où ; alors pour ,
, donc . Ainsi chaque est ouvert et dense ; — l’ensemble des points de continuité — est dense par Baire.
Exercice 7.3 ★★
(a) Montrer que () est une contraction de et identifier son point fixe — méthode d’Héron. Estimer le nombre d’itérations pour une précision partant de , pour . (b) (Équation de Kepler) Pour et , montrer que a une unique solution, dépendant continûment de .
Solution
Solution de Exercice 7.3.
(a) envoie dans lui-même (AM–GM : ), et là : une -contraction lipschitzienne d’un ensemble fermé (complet). Point fixe : : . Taux (Théorème 7.4) : . Pour , : , donc garantit . (En réalité la méthode de Newton converge quadratiquement : une poignée d’itérations suffisent ; l’estimation de contraction est pessimiste mais gratuite.)
(b) est -lipschitzienne avec sur le complet : unique point fixe . Pour deux paramètres :
donc : même lipschitzienne en .
Exercice 7.4 ★★
(a) Soit complet et telle qu’une itérée est une contraction. Montrer que a un unique point fixe. Application : l’opérateur intégral sur , , satisfait — en déduire que est solvable pour tout . (b) (Edelstein) Soit compact et avec pour . Montrer que a un unique point fixe, mais que le taux de contraction peut se perdre : sur (complet, non compact), n’a pas de point fixe malgré des distances strictement décroissantes.
Solution
Solution de Exercice 7.4.
(a) Soit l’unique point fixe de . Alors : est un point fixe de , donc . Un point fixe de en est un de : l’unicité se transfère. Pour : par induction (chaque intégration ajoute un facteur ), donc . L’application satisfait , de norme : quelque est une contraction, et a un unique point fixe : l’équation de Volterra est uniquement solvable pour tout .
(b) est continue sur le compact : elle atteint son minimum en quelque . Si , alors : absurde. Unicité : deux points fixes donneraient . Sans compacité : sur satisfait, pour , , pourtant toujours : pas de point fixe — la décroissance stricte des distances est plus faible qu’un facteur de contraction uniforme.
Exercice 7.5 ★★
(a) Deux applications continues vers un espace séparé coïncidant sur une partie dense coïncident partout ; où cela a-t-il été utilisé dans le chapitre (b) Soit dense et une bijection isométrique sur une partie dense d’un complet, avec complet. Montrer que s’étend en une bijection isométrique . En déduire à nouveau l’unicité des complétés.
Solution
Solution de Exercice 7.5.
(a) L’ensemble est l’image réciproque de la diagonale sous , continue ; est fermée car est séparé (pour , des voisinages ouverts disjoints donnent un pavé ouvert autour de disjoint de la diagonale, donc le complémentaire de est ouvert) : donc est fermé, contient un dense, égale . Utilisé : unicité dans Théorème 7.2, donc dans l’unicité des complétés.
(b) , une isométrie, est uniformément continue : elle s’étend en (Théorème 7.2), encore isométrique (la relation tient sur un dense de paires et les deux côtés sont continus). De même s’étend en . Le composé est continu et fixe le dense : c’est (partie (a)) ; symétriquement . Donc est une bijection isométrique. Unicité des complétés : appliquer ceci à densément assis dans deux complétés.
Exercice 7.6 ★★
Lesquelles des familles suivantes sont équicontinues, bornées ponctuellement, relativement compactes dans
Justifier chaque réponse par Ascoli ou une suite contre-exemple.
Solution
Solution de Exercice 7.6.
: bornée ponctuellement par ; pas équicontinue : en , avec , violant tout commun pour . Pas relativement compacte (nécessité d’Ascoli, Théorème 7.11).
: bornée ; pas équicontinue en : quand pour fixé. Pas relativement compacte — cohérent, sa limite ponctuelle est discontinue, donc aucune sous-suite ne converge uniformément.
: l’inégalité des accroissements finis rend la famille -lipschitzienne, donc équicontinue ; bornée : relativement compacte par Ascoli. (Pas compacte : elle n’est pas fermée — les limites uniformes n’ont pas besoin d’être ; son adhérence est les fonctions -lipschitziennes de norme .)
: équicontinue ; bornée ponctuellement () ; et fermée sous les limites uniformes (l’inégalité de Lipschitz et la valeur en passent aux limites) : compacte.
Exercice 7.7 ★★★
(Opérateurs intégraux compacts) Soit et, pour , . (a) Montrer que envoie la boule unité de sur un ensemble équicontinu et uniformément borné ; conclure que est un opérateur compact : les images d’ensembles bornés sont relativement compactes. (b) En déduire que si est bornée, a une sous-suite uniformément convergente, et que ne peut être une bijection d’inverse continue. (L’image de la boule unité serait un voisinage compact de dans : interdit par le théorème de Riesz de deuxième année.)
Solution
Solution de Exercice 7.7.
(a) Pour : , et
où est un module de continuité uniforme de sur le carré compact (Heine) : l’image de la boule unité est uniformément bornée et équicontinue, donc relativement compacte (Ascoli). Par linéarité tout ensemble borné a une image relativement compacte : est un opérateur compact.
(b) L’énoncé de sous-suite est la définition de compacité relative appliquée à . Si était bijective d’inverse continue, alors pour quelque ( continue en ) ; la boule fermée , partie fermée du compact , serait compacte — impossible dans le de dimension infinie par le théorème de Riesz (deuxième année).
Exercice 7.8 ★★
Prouver ou infirmer, pour continues : (a) ponctuellement uniformément (Dini — le reprouver) ; (b) même chose sans monotonie ; (c) même chose avec monotonie mais discontinue ; (d) même chose avec monotonie, limite continue, mais sur .
Solution
Solution de Exercice 7.8.
(a) Dini : voir Lemme 7.13 — l’argument de recouvrement. (b) Faux : la bosse mobile tend vers ponctuellement (pour , dès que ; ) mais . (c) Faux : décroît vers la discontinue ; . (d) Faux : ponctuellement sur le non-compact , avec . Chaque hypothèse de Dini est nécessaire.
Exercice 7.9 ★★
(a) (Les moments déterminent) Soit avec pour tout . Montrer . (Approximer uniformément par des polynômes et calculer .) (b) Montrer que les polynômes pairs sont denses dans mais pas dans ; où l’hypothèse de Stone–Weierstrass échoue-t-elle (c) L’algèbre engendrée par seule (sans ) est-elle dense dans (Considérer .)
Solution
Solution de Exercice 7.9.
(a) Par linéarité pour tout polynôme . Choisir uniformément (Corollaire 7.16) : , et la continue d’intégrale nulle s’annule identiquement.
(b) Sur : les polynômes en forment une algèbre avec constantes, séparant les points ( est injective sur ) : dense par Stone–Weierstrass. Sur : prend des valeurs égales en , et de même tout polynôme en : une limite uniforme d’une telle suite est une fonction paire. Si des fonctions paires convergeaient uniformément vers l’identité, alors pour tout : absurde — pas dense. L’hypothèse de séparation échoue sur les paires .
(c) Non. Pour dans l’algèbre engendrée par les constantes et — combinaisons linéaires de , — on a (chaque ). est continue pour (), donc s’annule sur ; mais : . (Stone–Weierstrass ne s’applique pas : n’est pas stable par conjugaison — et l’obstruction est précisément celle que la théorie des fonctions holomorphes systématisera dans le Chapitre 16.)
Exercice 7.10 ★★★
(Bornitude uniforme, version métrique) Soit un espace métrique complet et une famille ponctuellement bornée : pour chaque . Montrer qu’il existe un ouvert non vide sur lequel est uniformément bornée : . (Considérer .) C’est le moteur de Banach–Steinhaus dans le Chapitre 8.
Solution
Solution de Exercice 7.10.
est une intersection de fermés : fermé. La bornitude ponctuelle donne . Baire (Théorème 7.6) fournit avec : sur , pour toute simultanément.
Exercice 7.11 ★★
( a besoin de sa propre norme) Sur considérer . (a) Montrer que est complet (une suite -Cauchy a et uniformément ; identifier en passant à la limite dans ). (b) Montrer que n’est pas complet : exhiber une limite uniforme de fonctions qui n’est pas dérivable (p. ex. des approximations lisses de ). (c) Déduire de (a), (b) et du cercle d’idées de l’application ouverte — ou directement — qu’aucune constante ne satisfait sur : exhiber une suite le prouvant. La dérivation est non bornée ; c’est la falaise derrière Théorème 7.9.
Solution
Solution de Exercice 7.11.
(a) Une suite de Cauchy pour est uniformément de Cauchy avec ses dérivées : et uniformément, avec continues. En passant à la limite (la convergence uniforme le permet sous l’intégrale) dans on obtient : est avec , et . Complet.
(b) est une limite uniforme de fonctions , p. ex. ( par la borne de quantité conjuguée), pourtant : la norme sup sur n’est pas complète — son complété est .
(c) a et : aucun n’existe. (Conceptuellement : si la dérivation était bornée pour la norme sup, les deux normes de (a)–(b) seraient équivalentes, rendant complet — contredisant (b). Cette non-bornitude est exactement pourquoi les fonctions continues génériques peuvent n’être dérivables nulle part, Théorème 7.9.)
Exercice 7.12 ★★★
(Lemme de Croft) Soit continue et supposons que pour tout , quand l’entier . Montrer que quand . (Fixer ; les ensembles sont fermés et recouvrent ; Baire dans quelque intervalle donne et un sous-intervalle ; alors les dilatés , , recouvrent tout un voisinage de une fois .) Où l’hypothèse « pour tout » (pas seulement rationnel) est-elle utilisée
Solution
Solution de Exercice 7.12.
Fixer . Chaque est une intersection sur d’images réciproques du fermé sous la continue : fermé. L’hypothèse dit que tout est dans quelque . Par Baire appliqué dans le complet (n’importe quels ), quelque est dense dans un sous-intervalle ; étant fermé, il contient un intervalle avec . Alors pour tout , les intervalles et se chevauchent (), donc
et tout s’écrit avec , : . Donc pour tout : . L’hypothèse complète est nécessaire car doit recouvrir une valeur d’intervalle de — avec seulement les rationnels la réunion des est dénombrable et Baire ne donne rien ; il existe d’ailleurs des contre-exemples continus s’annulant le long de tous les rayons rationnels mais pas à l’infini.
7.6 Problème : le théorème d’existence de Peano
Problème 7.1
Problème de fin de semaine — existence de solutions de sans Lipschitz
Cauchy–Lipschitz (deuxième année ; reprouvé dans le Chapitre 19) exige lipschitzienne en . Peano (1890) : la continuité de suffit déjà pour l’existence — mais pas l’unicité. On le prouve avec les polygones d’Euler et Ascoli. Cadre : continue sur le rectangle , , et
Partie I — Polygones d’Euler. Pour , subdiviser par () et définir affine par morceaux : et, sur ,
- Montrer par induction que est bien définie, avec sur — donc les points d’évaluation restent dans . (C’est là qu’entre .)
- Montrer que chaque est -lipschitzienne.
- Déduire d’Arzelà–Ascoli (Théorème 7.11) qu’une sous-suite converge uniformément sur vers quelque , elle-même -lipschitzienne avec .
Partie II — La limite résout l’équation. Définir le défaut hors des nœuds de grille.
- Montrer que est uniformément continue sur , et en déduire : pour tout il existe tel que pour et tout non nœud, . (Sur , , et est à distance de .)
Établir la forme intégrale : pour tout ,
l’intégrande du milieu étant continue par morceaux.
Passer à la limite le long de : montrer uniformément (continuité uniforme de encore), et conclure
- En déduire que est sur et résout , ; étendre la construction à (renversement du temps). C’est le théorème de Peano.
Partie III — L’unicité échoue vraiment. Considérer , , sur .
- Vérifier que est continue mais pas lipschitzienne sur aucun voisinage de .
Vérifier que et, pour tout ,
sont toutes solutions passant par : un continuum de solutions distinctes.
- Où l’argument d’itération de Picard (point fixe de Banach) casse-t-il pour cette
Partie IV — Limites de la méthode.
- Montrer que le théorème de Peano échoue en dimension infinie : on admet (ou on peut prendre sur foi) l’exemple classique de Dieudonné dans l’espace des suites nulles ; à la place, prouver l’ingrédient de dimension finie qui y échoue : la boule unité fermée de (norme sup) n’est pas compacte — exhiber une suite bornée sans sous-suite convergente, et expliquer quelle étape de la partie I casse.
- Résumer : quelles hypothèses donnent l’existence l’existence et l’unicité ? Énoncer précisément les deux théorèmes (Peano ; Cauchy–Lipschitz) côte à côte.
Partie V — Osgood : unicité au-delà de Lipschitz. Soit continue, croissante, avec
et supposons que satisfait sur .
- Vérifier que qualifie (Lipschitz), que (étendue par continuité, pour petit) qualifie bien qu’elle ne soit pas , et que ne qualifie pas. Calculer l’intégrale dans chaque cas.
Soient solutions de l’équation sur avec , et . Montrer, à partir des formes intégrales seules, que pour :
(Théorème d’Osgood) Supposer pour quelque , et soit . Pour , poser . Montrer , , et en déduire
Faire et dériver une contradiction avec la divergence de l’intégrale. Conclure : les solutions passant par une condition initiale commune coïncident — unicité sous la condition d’Osgood.
- Tirer les conséquences : l’unicité Cauchy–Lipschitz est le cas ; l’équation (étendue par en ) a des solutions uniques bien que son second membre ne soit pas lipschitzien en ; et pour la convergence de est exactement ce qui laisse une solution quitter en temps fini — apparier la valeur de l’intégrale avec le comportement d’échappement de .
Partie VI — Taux, schémas, entonnoirs.
(Lemme de Grönwall intégral) Soient continues sur avec pour tout . Montrer
(poser , noter , et dériver ).
(Euler converge avec un taux) Supposer maintenant -lipschitzienne en et -lipschitzienne en sur . Combinant la borne de défaut de la question 4 (rendue quantitative : ) avec la question 17, prouver
où est la solution : avec des données lipschitziennes toute la suite converge, avec un taux explicite — pas besoin de sous-suites. Pourquoi l’unicité promeut-elle la convergence sous-séquentielle en convergence pleine même sans ce calcul
- (Le schéma choisit) Pour , : montrer que tout polygone d’Euler est identiquement zéro, donc le schéma converge vers la solution ; mais démarré en il converge (quand , puis ) vers , une solution différente passant par l’origine. La non-unicité resurgit comme sensibilité du schéma numérique aux perturbations.
- Montrer que l’ensemble de toutes les solutions de , sur (valeurs dans ) est non vide (partie II), uniformément -lipschitzien, et fermé dans ; conclure par Ascoli que est compact. (Le théorème de Kneser ajoute que est connexe ; on ne le prouvera pas.)
- Vérifier le phénomène de Kneser sur l’exemple : pour , , sur , montrer avec (pour toute solution, poser et intégrer sur ), que est continue de (compactification d’Alexandroff, c’est-à-dire collé comme limite) vers , et conclure que est bien compact et connexe — un entonnoir en forme de segment.
- (Ensembles atteignables) Déduire de la question 20 que pour chaque fixé, l’ensemble atteignable est compact ; le calculer pour l’exemple de la question 21 et vérifier qu’il est aussi connexe : — tout état intermédiaire est atteint par quelque solution.
Partie VII — Compléments : dépendance, optimalité, et un schéma calculé à la main.
(Dépendance continue) Supposer -lipschitzienne en sur , et soient deux solutions de valeurs initiales en . En adaptant la preuve de la question 17 à l’inégalité , montrer
et vérifier sur que la borne est atteinte : Grönwall est optimal. En déduire à nouveau l’unicité (), et que le flot est lipschitzien, de constante , là où il est défini.
(Osgood est optimal) Réciproquement, soit continue, croissante, positive sur , avec quand mais
et étendre par . Montrer que est une bijection croissante de sur , que son inverse résout avec , et que , étendue par pour , est une solution de passant par distincte de (pour , borner par ). Conclure : l’hypothèse de divergence de la question 15 n’est pas une commodité mais la frontière exacte de l’unicité ; retrouver la partie III depuis , .
(Euler calculé à la main) Pour , sur : montrer que le polygone d’Euler satisfait . Prouver le développement
donc l’erreur en est : le taux de la question 18, avec la constante exacte. Vérifier numériquement pour : contre , une erreur à comparer avec .
Solution
Solution de Problème 7.1.
1. Induction sur : si , le point est dans , donc la pente est définie, de norme ; alors pour , .
2. Chaque morceau affine a une pente de norme ; une fonction affine par morceaux à pentes bornées par est -lipschitzienne (chaîner via les nœuds).
3. La famille est bornée ponctuellement (valeurs dans ) et équicontinue (constante de Lipschitz commune ) : Ascoli (Théorème 7.11) extrait uniformément sur . Les bornes passent à la limite : est -lipschitzienne, .
4. est compact et continue : uniformément continue (Heine, Corollaire 6.17) ; soit un module. Pour non nœud : , et les deux points d’évaluation de diffèrent de en temps et en espace. Pour avec : .
5. Sur chaque , est affine, donc , la dérivée étant la pente constante ; en sommant sur les morceaux (et en coupant le dernier en ) : . En écrivant (intégrandes continues par morceaux, un nombre fini de sauts) on obtient l’affichage.
6. Étant donné : pour grand, , donc pour tout : convergence uniforme des intégrandes, et uniformément en . Aussi (question 4). En passant à la limite dans l’identité de la question 5 : .
7. L’intégrande est continue, donc le second membre est en de dérivée : résout le problème de Cauchy sur . Pour la moitié gauche, poser , continue sur le rectangle réfléchi avec la même borne ; une solution de , sur donne résolvant l’équation originale sur ; les deux moitiés se recollent en une solution (les deux dérivées unilatérales en valent ). — Théorème de Peano : une continue admet une solution locale par toute condition initiale.
8. La continuité est claire. Lipschitz près de échoue : , et est faux pour .
9. Pour : résout. Pour : . En les dérivées unilatérales valent toutes deux : est et résout globalement, avec pour tout — avec , un continuum de solutions par l’origine.
10. L’itération de Picard pose et a besoin de avec sur une boule convenable — ce qui suit d’une borne de Lipschitz sur , transférée sous l’intégrale. Ici n’admet aucune borne de Lipschitz près de , et aucun choix d’intervalle ou de boule ne le répare. Et en effet aucune preuve d’unicité ne pourrait réussir : l’unicité est fausse (question 9).
11. Dans , les vecteurs unitaires satisfont pour : aucune sous-suite n’est de Cauchy, donc la boule unité fermée n’est pas compacte. L’étape qui casse est l’extraction (question 3) : Ascoli pour exige que les valeurs vivent dans un espace où les ensembles bornés sont relativement compacts — vrai dans (Bolzano–Weierstrass), faux dans .
12. Peano : continue au voisinage de dans il existe une solution de , , sur quelque . Cauchy–Lipschitz (Chapitre 19) : si de plus est localement lipschitzienne en la variable , la solution est unique. La paire sépare les deux théorèmes.
13. : : qualifie. : : qualifie — pourtant : pas lipschitzien. : : échoue.
14. Soustraire les deux formes intégrales et prendre les normes avec le module d’Osgood : .
15. est bien défini () avec et sur . Fixer . Alors est , , sur , et . Diviser et intégrer :
Le second membre est borné, tandis que le premier quand (divergence en ) : contradiction. Donc : unicité.
16. Lipschitz est : unicité retrouvée. Pour : le second membre satisfait le module d’Osgood près de : solutions uniques. Pour : — le « budget d’Osgood » pour grimper de à la hauteur est exactement le temps , et en effet .
17. vérifie . Alors : .
18. Défaut quantitatif : . Soustraire les identités intégrales et utiliser la borne de Lipschitz avec la question 17 : la borne énoncée. Même sans taux : toute sous-suite de a une sous-sous-suite convergeant (Ascoli + partie II) vers une solution, que l’unicité force à être : une suite dont toutes les sous-suites ont des sous-sous-suites de même limite converge.
19. Depuis : la pente donne . Depuis : sur la fonction est lipschitzienne, donc Euler converge vers ; faire atterrit sur , pas sur .
20. Non vide : partie II. Toute solution satisfait : est uniformément -lipschitzienne et bornée. Fermée : passer à la limite dans la forme intégrale. Ascoli : est compacte.
21. Toute solution est croissante avec . Soit ; pour , , donc . La famille se réduit à (avec ), image continue du compact connexe : compacte et connexe.
22. L’évaluation est continue, donc est compacte et connexe. Pour l’exemple : balaye .
23. Soustraire les formes intégrales : ; Grönwall donne . Optimalité sur . Unicité pour . Le flot est -lipschitzien en la condition initiale.
24. est une bijection croissante ; son inverse résout avec . Étendue par pour , est une solution distincte de : quand l’intégrale converge, l’unicité échoue. Pour : , et les translations donnent la famille .
25. Avec pas : . Le développement donne : erreur . Numériquement : contre , erreur vs .
En détail pour Osgood et les taux (questions 13–18) : le module donne l’intégrale divergente , tandis que donne , ce qui explique exactement pourquoi peut quitter en temps fini pour atteindre la hauteur . La preuve d’Osgood construit une majorante d’équation différentielle ; diviser par et intégrer produit une borne inférieure de l’intégrale de par , qui explose quand le bord inférieur tend vers . Grönwall intégral suit en dérivant : le facteur exponentiel est optimal, atteint par . Avec des données lipschitziennes, le défaut d’Euler est , et Grönwall le convertit en erreur sur la solution ; l’unicité promeut en outre la convergence sous-séquentielle (Ascoli) en convergence de toute la suite.
Pour l’entonnoir de solutions (questions 19–22) : le schéma d’Euler, démarré exactement en , reste en (pente nulle) ; démarré en , il converge vers , qui tend vers quand — sensibilité numérique de la non-unicité. L’ensemble de toutes les solutions est fermé (passage à la limite dans la forme intégrale), borné et équicontinu (borne ), donc compact par Ascoli. Pour , est l’image continue d’un segment, donc compacte et connexe ; la section montre que tout état intermédiaire est réalisé.
Pour l’optimalité et le calcul explicite (questions 23–25) : la dépendance lipschitzienne en la condition initiale suit de Grönwall avec terme constant . Quand converge, l’inverse de fournit une solution non nulle partant de : la divergence est la frontière exacte. Enfin confirme le taux avec constante exacte , vérifiée numériquement pour .