Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

16Équations différentielles

L’année 1 a résolu les équations linéaires qui admettent des formules. Ce chapitre fournit ce que les formules ne peuvent donner : le théorème de Cauchy–Lipschitz — existence et unicité pour y=f(t,y)y' = f(t, y) — démontré à l’aide du théorème du point fixe de Banach, exactement comme promis au Chapitre 4 ; puis la théorie complète des systèmes linéaires X=A(t)X+B(t)X' = A(t)X + B(t), avec l’exponentielle de matrice et le wronskien comme moteurs de calcul.

16.1 Le théorème de Cauchy–Lipschitz

Théorème 16.1 (Cauchy–Lipschitz, version lipschitzienne globale)

Soient II un segment et f ⁣:I×RnRnf \colon I \times \R^n \to \R^n continue et lipschitzienne en la seconde variable, uniformément en la première : f(t,y)f(t,z)kyz\norm{f(t, y) - f(t, z)} \leq k\,\norm{y - z} pour tout tIt \in I. Alors pour tout (t0,y0)I×Rn(t_0, y_0) \in I \times \R^n, le problème de Cauchy

y=f(t,y),y(t0)=y0y' = f(t, y), \qquad y(t_0) = y_0

admet exactement une solution y ⁣:IRny \colon I \to \R^n de classe C1C^1.

Démonstration. Reformulation. Une fonction continue yy résout le problème si et seulement si elle satisfait l’équation intégrale

y(t)=y0+t0tf(s,y(s)) ⁣ds=:T(y)(t)y(t) = y_0 + \int_{t_0}^{t} f\bigl(s, y(s)\bigr)\,\dd s =: T(y)(t)

(théorème fondamental de l’analyse dans les deux sens ; une solution continue de l’équation intégrale est automatiquement C1C^1).

Une contraction, après renormalisation. Sur l’espace de Banach E=C(I,Rn)E = C(I, \R^n) muni de la norme pondérée

N(y)=suptI  e2ktt0y(t),N(y) = \sup_{t \in I}\; \eu^{-2k\abs{t - t_0}}\,\norm{y(t)} ,

(équivalente à la norme sup : le poids est borné supérieurement et inférieurement sur le segment II, donc EE reste complet), estimons pour y,zEy, z \in E et, disons, tt0t \geq t_0 :

T(y)(t)T(z)(t)t0tky(s)z(s) ⁣dskN(yz)t0te2k(st0) ⁣dsN(yz)2e2k(tt0).\norm{T(y)(t) - T(z)(t)} \leq \int_{t_0}^{t} k\,\norm{y(s) - z(s)}\,\dd s \leq k\,N(y - z)\int_{t_0}^{t} \eu^{2k(s - t_0)}\dd s \leq \frac{N(y-z)}{2}\,\eu^{2k(t - t_0)} .

En multipliant par e2k(tt0)\eu^{-2k(t - t_0)} et en prenant le sup (le cas t<t0t < t_0 est symétrique) : N(T(y)T(z))12N(yz)N\bigl(T(y) - T(z)\bigr) \leq \frac12 N(y - z) : TT est une 12\frac12-contraction de l’espace complet (E,N)(E, N). Le théorème du point fixe de Banach (Théorème 4.12) fournit un unique point fixe : l’unique solution.

Remarque 16.2

Pour ff seulement C1C^1 (localement lipschitzienne), le théorème vaut localement, avec une solution maximale sur un intervalle ouvert maximal ; les solutions peuvent exploser en temps fini (y=y2y' = y^2, y(0)=1y(0) = 1 : y(t)=11ty(t) = \frac{1}{1-t}, disparue en t=1t = 1). C’est l’hypothèse lipschitzienne globale qui garantit le segment tout entier. Deux conséquences à graver dans la mémoire : les courbes intégrales d’une EDO à champ lipschitzien ne se croisent jamais ; et la fonction nulle est la seule solution d’une équation linéaire homogène qui s’annule quelque part.

Exemple 16.3 (L’unicité est un théorème : un champ qui fuit)

Considérons y=2yy' = 2\sqrt{\abs y} avec y(0)=0y(0) = 0. La fonction nulle en est solution ; il en va de même de

y(t)={0t0,t2t0,y(t) = \begin{cases} 0 & t \leq 0,\\ t^2 & t \geq 0, \end{cases}

qui est C1C^1 (les deux morceaux ont une dérivée nulle au point de raccord) et vérifie y(t)=2t=2t2y'(t) = 2t = 2\sqrt{t^2} pour t>0t > 0 — en effet, retarder le décollage fournit une solution pour chaque instant de départ c0c \geq 0 : une infinité de solutions issues des mêmes données initiales. Aucune contradiction avec le Théorème 16.1 : au voisinage de y=0y = 0,

2y2zyz=2y+z+,\frac{\abs{2\sqrt y - 2\sqrt z}}{\abs{y - z}} = \frac{2}{\sqrt y + \sqrt z} \longrightarrow +\infty ,

le champ n’est pas lipschitzien en yy, et le théorème reste muet. Éclairage final : la lecture physique est celle d’un seau qui se vide sous l’effet de la gravité, le temps remonté — depuis l’état vide, on ne peut dire quand il a commencé à se remplir ; le déterminisme des EDO est exactement la condition de Lipschitz, non une loi de la nature.

16.2 Systèmes linéaires

Théorème 16.4 (Structure des systèmes linéaires)

Soient A ⁣:IMn(R)A \colon I \to \mathcal{M}_n(\R) et B ⁣:IRnB \colon I \to \R^n continues sur un intervalle II. Pour tout (t0,X0)(t_0, X_0), le problème

X=A(t)X+B(t),X(t0)=X0X' = A(t)X + B(t), \qquad X(t_0) = X_0

admet exactement une solution sur II tout entier. Les solutions du système homogène (B=0B = 0) forment un espace vectoriel SH\mathcal{S}_H de dimension exactement nn, et l’évaluation XX(t0)X \mapsto X(t_0) est un isomorphisme SHRn\mathcal{S}_H \to \R^n ; solution générale == particulière ++ homogène.

Démonstration. Sur tout segment JIJ \subseteq I contenant t0t_0 : f(t,X)=A(t)X+B(t)f(t, X) = A(t)X + B(t) est continue, et lipschitzienne en XX de constante k=supJA(t)k = \sup_J \vertiii{A(t)} (finie : continue sur un segment) : le Théorème 16.1 s’applique sur JJ ; en faisant croître JJ jusqu’à épuiser II, l’unicité recolle les solutions en une seule sur II. La linéarité de l’ensemble des solutions et de l’application d’évaluation est claire ; l’évaluation est bijective par existence (surjective) et unicité (injective) : dimSH=n\dim \mathcal{S}_H = n. La structure affine est l’argument de l’année 1, mot pour mot.

Exemple 16.5 (L’isomorphisme d’évaluation, concrètement)

Pour y+y=0y'' + y = 0, vue comme le système X=(0110)XX' = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -1 & 0\end{pmatrix}X avec X=(y,y)X = (y, y') : le théorème dit que l’espace des solutions est un plan, et que XX(0)=(y(0),y(0))X \mapsto X(0) = (y(0), y'(0)) est un isomorphisme sur R2\R^2. Les solutions cos\cos et sin\sin s’évaluent en (1,0)(1, 0) et (0,1)(0, 1) — la base canonique de R2\R^2 — elles forment donc une base de l’espace des solutions, et toute solution s’écrit

y(t)=y(0)cost+y(0)sint,y(t) = y(0)\cos t + y'(0)\sin t ,

avec les coefficients lus directement sur les données initiales, sans aucun système linéaire à résoudre. Éclairage final : choisir le système fondamental dont les valeurs initiales forment la base canonique (ici cos,sin\cos, \sin) revient exactement à choisir les colonnes de etA\eu^{tA} ; l’isomorphisme d’évaluation explique pourquoi les conditions initiales paramètrent les trajectoires — le contenu géométrique de la « dynamique déterministe » pour les équations linéaires.

Définition 16.6 (Wronskien)

Pour des solutions X1,,XnX_1, \dots, X_n du système homogène, le wronskien est W(t)=det(X1(t),,Xn(t))W(t) = \det\bigl(X_1(t), \dots, X_n(t)\bigr). D’après l’isomorphisme ci-dessus, ou bien WW s’annule identiquement (la famille est liée), ou bien ne s’annule jamais (un système fondamental) ; quantitativement, W=tr(A(t))WW' = \operatorname{tr}\bigl(A(t)\bigr) W, donc

W(t)=W(t0)exp(t0ttrA(s) ⁣ds)(formule de Liouville).W(t) = W(t_0)\,\exp\Bigl(\int_{t_0}^{t} \operatorname{tr} A(s)\,\dd s\Bigr) \quad \text{(formule de Liouville)}.

Exemple 16.7 (Liouville vérifiée sur une équation d’Euler)

Sur (0,)\intoo{0}{\infty}, l’équation t2y+tyy=0t^2y'' + ty' - y = 0 a pour solutions y1(t)=ty_1(t) = t et y2(t)=1ty_2(t) = \frac1t (par substitution). Leur wronskien :

W(t)=det(t1t11t2)=1t1t=2t,W(t) = \det\begin{pmatrix} t & \tfrac1t\\[2pt] 1 & -\tfrac{1}{t^2}\end{pmatrix} = -\frac1t - \frac1t = -\frac2t ,

jamais nul : un système fondamental. Vérifions maintenant Liouville : sous forme normalisée y+1ty1t2y=0y'' + \frac1t\,y' - \frac{1}{t^2}\,y = 0, la matrice compagnon A(t)=(011t21t)A(t) = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ \frac{1}{t^2} & -\frac1t\end{pmatrix} a pour trace 1t-\frac1t, donc

W(t)=W(1)exp(1t ⁣dss)=2elnt=2t.W(t) = W(1)\exp\Bigl(-\int_1^t\frac{\dd s}{s}\Bigr) = -2\,\eu^{-\ln t} = -\frac2t . \checkmark

Éclairage final : Liouville prédit la forme du wronskien avant même de connaître aucune solution — ici, que WW doit valoir ct\frac{c}{t} ; c’est ce qui alimente la méthode d’abaissement de l’ordre (Proposition 16.15), où la connaissance de y1y_1 et de la forme du wronskien détermine y2y_2 par une seule quadrature.

Démonstration de la formule de Liouville. W(t)=detM(t)W(t) = \det M(t) avec M=AMM' = AM. En dérivant le déterminant comme fonction multilinéaire des colonnes,

W(t)=jdet(X1,,Xj,,Xn)=jdet(X1,,AXj,,Xn).W'(t) = \sum_j \det(X_1, \dots, X_j', \dots, X_n) = \sum_j \det(X_1, \dots, AX_j, \dots, X_n) .

Or l’application (C1,,Cn)jdet(C1,,ACj,,Cn)(C_1, \dots, C_n) \mapsto \sum_j \det(C_1, \dots, AC_j, \dots, C_n) est nn-linéaire et alternée (avec deux colonnes égales Ci=CkC_i = C_k, les termes j{i,k}j \notin \{i, k\} s’annulent d’emblée, et les termes j=ij = i et j=kj = k se compensent deux à deux après un échange de colonnes) : d’après le théorème d’unicité (Théorème 2.14), elle vaut cdetc \cdot \det, avec cc lu sur les colonnes canoniques : c=jdet(e1,,Aej,,en)=jajj=trAc = \sum_j \det(e_1, \dots, Ae_j, \dots, e_n) = \sum_j a_{jj} = \operatorname{tr} A. Ainsi W=tr(A(t))WW' = \operatorname{tr}\bigl(A(t)\bigr)W : une EDO linéaire scalaire, résolue par la formule de l’année 1.

16.3 Coefficients constants : l’exponentielle de matrice

Théorème 16.8

Pour AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\R) (ou C\C), l’exponentielle etA=k(tA)kk!\eu^{tA} = \sum_k \frac{(tA)^k}{k!} (Exemple 5.22) vérifie : tetAt \mapsto \eu^{tA} est C1C^1 (et même CC^\infty), avec

 ⁣d ⁣dtetA=AetA=etAA,e(s+t)A=esAetA,(eA)1=eA;\frac{\dd}{\dd t}\,\eu^{tA} = A\,\eu^{tA} = \eu^{tA}A , \qquad \eu^{(s+t)A} = \eu^{sA}\,\eu^{tA}, \qquad (\eu^{A})^{-1} = \eu^{-A} ;

et eA+B=eAeB\eu^{A + B} = \eu^A\eu^B lorsque AB=BAAB = BA. Le problème de Cauchy X=AXX' = AX, X(0)=X0X(0) = X_0 a pour unique solution X(t)=etAX0X(t) = \eu^{tA}X_0 ; avec un second membre, la formule de variation des constantes vaut :

X(t)=e(tt0)AX0+t0te(ts)AB(s) ⁣ds.X(t) = \eu^{(t - t_0)A}X_0 + \int_{t_0}^{t} \eu^{(t-s)A}B(s)\,\dd s .

Démonstration. Différentiabilité : la série tkAkk!\sum \frac{t^kA^k}{k!} et sa série dérivée terme à terme tk1Ak(k1)!=A(tA)k1(k1)!\sum \frac{t^{k-1}A^k}{(k-1)!} = A\sum \frac{(tA)^{k-1}}{(k-1)!} convergent normalement sur tout segment (normes (tA)kk!\leq \frac{(\abs t\,\vertiii A)^k}{k!}) : on dérive terme à terme (Théorème 10.11, à valeurs vectorielles). Les deux ordres AetAA\eu^{tA} et etAA\eu^{tA}A coïncident, puisque toute somme partielle commute avec AA.

Loi de groupe : pour A,BA, B qui commutent, le produit de Cauchy des deux séries exponentielles se réorganise par la formule du binôme exactement comme dans l’Exemple 7.15 (la convergence absolue dans l’algèbre de Banach le justifie) : eA+B=eAeB\eu^{A+B} = \eu^A\eu^B ; avec B=sAB = sA on obtient la loi de groupe à un paramètre, et avec B=AB = -A l’inverse.

Problème de Cauchy : X(t)=etAX0X(t) = \eu^{tA}X_0 en est solution (dériver) ; unicité par le Théorème 16.4. Variation des constantes : posons Y(t)=etAX(t)Y(t) = \eu^{-tA}X(t) ; en dérivant, Y=etA(XAX)=etAB(t)Y' = \eu^{-tA}(X' - AX) = \eu^{-tA}B(t) ; intégrer de t0t_0 à tt et multiplier à nouveau par etA\eu^{tA}.

Méthode 16.9 (Calcul de etA\eu^{tA})

Réduire AA (Chapitre 3) : si A=PDP1A = PDP^{-1} est diagonale, etA=PetDP1\eu^{tA} = P\,\eu^{tD}P^{-1} avec etD\eu^{tD} diagonale formée des etλi\eu^{t\lambda_i} ; en général, utiliser Dunford A=D+NA = D + N (qui commutent) : etA=etDetN\eu^{tA} = \eu^{tD}\,\eu^{tN} avec etN\eu^{tN} un polynôme en tt (la nilpotence tronque la série). Les valeurs propres complexes s’apparient en blocs rotation-fois-exponentielle (Exercice 16.5).

Remarque 16.10 (Pièges classiques)

(i) eA+BeAeB\eu^{A+B} \neq \eu^A\eu^B sans commutation : prenons A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 0 & 0\end{pmatrix}, B=(0010)B = \begin{pmatrix} 0 & 0\\ 1 & 0\end{pmatrix}. Alors eA=I+A\eu^A = I + A, eB=I+B\eu^B = I + B (nilpotence), donc

eAeB=(2111),tandis queeA+B=cosh(1)I+sinh(1)(A+B)=(cosh1sinh1sinh1cosh1),\eu^A\eu^B = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 1\end{pmatrix}, \qquad\text{tandis que}\qquad \eu^{A+B} = \cosh(1)\,I + \sinh(1)\,(A + B) = \begin{pmatrix} \cosh 1 & \sinh 1\\ \sinh 1 & \cosh 1 \end{pmatrix},

en utilisant (A+B)2=I(A+B)^2 = I ; et cosh11.542\cosh 1 \approx 1.54 \neq 2. La loi de groupe du Théorème 16.8 porte une véritable hypothèse. (ii) Intuition non linéaire en terrain linéaire : les solutions d’un système linéaire à coefficients continus vivent sur l’intervalle tout entier (Théorème 16.4) — si une solution candidate explose à l’intérieur de II, l’équation n’était pas linéaire ou le calcul est faux ; réciproquement, pour les équations non linéaires, ne jamais promettre la globalité sans argument (y=y2y' = y^2). (iii) Diviser par l’inconnue : séparer les variables dans y=y(1y)y' = y(1-y) écarte silencieusement les solutions constantes 00 et 11 — précisément celles qui organisent la droite des phases (Exercice 16.3) ; lister d’abord les solutions constantes. (iv) Les données initiales fixent des vecteurs, non des scalaires : une équation scalaire d’ordre nn nécessite nn conditions (y,y,y, y', \dots en t0t_0) ; n’imposer que y(t0)y(t_0) laisse une famille à (n1)(n-1) paramètres, source classique de constantes « perdues ».

Exemple 16.11 (Une exponentielle 3×33\times3 par Dunford)

Résolvons X=AXX' = AX pour A=(210020003)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0\\ 0 & 2 & 0\\ 0 & 0 & 3\end{pmatrix}. Dunford par blocs : A=D+NA = D + N avec D=diag(2,2,3)D = \operatorname{diag}(2, 2, 3) et N=E12N = E_{12}, qui commutent (NN vit à l’intérieur du bloc associé à la valeur propre 22), et N2=0N^2 = 0 :

etA=etDetN=(e2tte2t00e2t000e3t).\eu^{tA} = \eu^{tD}\,\eu^{tN} = \begin{pmatrix} \eu^{2t} & t\,\eu^{2t} & 0\\ 0 & \eu^{2t} & 0\\ 0 & 0 & \eu^{3t} \end{pmatrix} .

La solution générale se lit colonne par colonne : X(t)=(e2t(x0+ty0), e2ty0, e3tz0)X(t) = \bigl(\eu^{2t}(x_0 + ty_0),\ \eu^{2t}y_0,\ \eu^{3t}z_0\bigr). Vérifications : en t=0t = 0 la matrice vaut II ; son déterminant est e7t=ettrA\eu^{7t} = \eu^{t\operatorname{tr}A}, comme l’exige Liouville ; et le facteur tt apparaît exactement là où la valeur propre 22 est défectueuse. Éclairage final : les polynômes fois exponentielles ne sont pas une supposition à mémoriser — ce sont les séries tronquées etN\eu^{tN}, et leur degré est borné par l’indice de nilpotence, jamais plus.

Méthode 16.12 (Résoudre X=AX+B(t)X' = AX + B(t), de bout en bout)

  1. Spectre de AA ; puis etA\eu^{tA} par la Méthode 16.9 (diagonaliser ; ou Dunford comme dans l’Exemple 16.11 ; ou une astuce polynomiale du type A2=IA^2 = -I).
  2. Une solution particulière : la variation des constantes t0te(ts)AB(s) ⁣ds\int_{t_0}^t\eu^{(t-s)A}B(s)\dd s marche toujours ; pour BB exponentielle-polynôme, un ansatz de même forme (degré relevé en cas de résonance, Exercice 16.10) est plus rapide.
  3. Solution générale =e(tt0)AX0+= \eu^{(t-t_0)A}X_0 + particulière ; ajuster les données initiales en dernier, sur la formule complète.
  4. Vérifications : X(t0)X(t_0) correct ; la croissance de la partie homogène correspond aux parties réelles des valeurs propres (Exercice 16.8) ; et le det\det d’une matrice fondamentale obéit à Liouville.

Exemple 16.13 (Un portrait de phase)

X=AXX' = AX avec A=(0110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -1 & 0\end{pmatrix} : A2=IA^2 = -I, donc la série se scinde en

etA=(cost)I+(sint)A=(costsintsintcost):\eu^{tA} = (\cos t)\,I + (\sin t)\,A = \begin{pmatrix} \cos t & \sin t\\ -\sin t & \cos t \end{pmatrix} :

les trajectoires sont des cercles parcourus dans le sens horaire — l’oscillateur harmonique x+x=0x'' + x = 0 en habit du premier ordre. Valeurs propres ±i\pm\iu sur l’axe imaginaire : un centre. Plus généralement, les parties réelles des valeurs propres de AA décident de la croissance ou de la décroissance de X(t)\norm{X(t)} (Exercice 16.8).

Deux portraits de phase linéaires. À gauche : un centre (valeurs propres ±) — orbites circulaires fermées de l’oscillateur harmonique. À droite : un nœud stable (valeurs propres -1, -2) — toutes les trajectoires tombent vers l’origine tangentiellement à la direction propre lente. Deux portraits de phase linéaires. À gauche : un centre (valeurs propres ±) — orbites circulaires fermées de l’oscillateur harmonique. À droite : un nœud stable (valeurs propres -1, -2) — toutes les trajectoires tombent vers l’origine tangentiellement à la direction propre lente.
Deux portraits de phase linéaires. À gauche : un centre (valeurs propres ±i\pm\iu) — orbites circulaires fermées de l’oscillateur harmonique. À droite : un nœud stable (valeurs propres 1,2-1, -2) — toutes les trajectoires tombent vers l’origine tangentiellement à la direction propre lente.
Le plan trace–déterminant pour X' = AX en dimension 2 : sous l’axe horizontal, les selles ; entre l’axe et la parabole = 2/4, les nœuds ; à l’intérieur de la parabole, les foyers ; sur le demi-axe  positif, les centres. Le problème du week-end démontre cette classification et en suit une droite verticale — l’oscillateur amorti — jusqu’à la résonance.
Le plan trace–déterminant pour X=AXX' = AX en dimension 22 : sous l’axe horizontal, les selles ; entre l’axe et la parabole δ=τ2/4\delta = \tau^2/4, les nœuds ; à l’intérieur de la parabole, les foyers ; sur le demi-axe δ\delta positif, les centres. Le problème du week-end démontre cette classification et en suit une droite verticale — l’oscillateur amorti — jusqu’à la résonance.

Remarque 16.14 (Où cela sert)

Les systèmes linéaires sont le modèle local de tout ce qui est non linéaire : au voisinage d’un équilibre, un champ de vecteurs régulier se comporte (dans les cas hyperboliques) comme sa linéarisation, dont le plan trace–déterminant classe le portrait. Le problème du week-end développe entièrement l’histoire de l’oscillateur — amortissement, forçage, résonance, et théorèmes de comparaison de Sturm pour les coefficients variables — les mathématiques derrière les amortisseurs, les circuits à courant alternatif et les trous spectraux. Le volume de l’année 3 y revient avec la théorie qualitative (flots, stabilité, intégrales premières) sur les variétés.

16.4 Second ordre à coefficients variables

Proposition 16.15

L’équation y+a(t)y+b(t)y=c(t)y'' + a(t)y' + b(t)y = c(t) (a,b,ca, b, c continues sur II) est le système X=A(t)X+B(t)X' = A(t)X + B(t) pour X=(y,y)X = (y, y') : les solutions existent et sont uniques sur II tout entier pour toute donnée initiale (y(t0),y(t0))(y(t_0), y'(t_0)) ; les solutions homogènes forment un plan. Si l’on connaît une solution homogène y1y_1 ne s’annulant pas, on en trouve une seconde, indépendante, par abaissement de l’ordre : poser y=y1zy = y_1 z transforme l’équation homogène en une équation du premier ordre en zz', résolue par quadratures.

Démonstration. La mise sous forme de système et le Théorème 16.4 donnent tout ce qui est structurel. Abaissement : en substituant y=y1zy = y_1z,

y1z+(2y1+ay1)z+(y1+ay1+by1)=0z=0:y_1 z'' + (2y_1' + a y_1)z' + \underbrace{(y_1'' + ay_1' + by_1)}_{=\,0}\,z = 0 :

une équation linéaire du premier ordre en u=zu = z', résoluble par la formule de l’année 1 ; intégrer uu donne zz, d’où y2=y1zy_2 = y_1 z, indépendante de y1y_1 dès que zz n’est pas constante.

Exemple 16.16

t2y2y=0t^2y'' - 2y = 0 sur (0,)\intoo{0}{\infty} : y1=t2y_1 = t^2 est solution. Substituons y=t2zy = t^2z : de y=t2z+2tzy' = t^2z' + 2tz et y=t2z+4tz+2zy'' = t^2z'' + 4tz' + 2z,

t2y2y=t4z+4t3z=0,c.-aˋ-d.zz=4t:t^2y'' - 2y = t^4 z'' + 4t^3z' = 0, \qquad\text{c.-à-d.}\qquad \frac{z''}{z'} = -\frac4t :

z=t4z' = t^{-4} (à une constante près), z=13t3z = -\frac{1}{3t^3}, et y2=t2z=13ty_2 = t^2z = -\frac{1}{3t}. Solution générale : y=αt2+βty = \alpha t^2 + \frac{\beta}{t}.

16.5 Exercices

Exercice 16.1

Résoudre X=AXX' = AX, X(0)=(1,0)TX(0) = (1, 0)^{\mathsf T}, pour A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 0 & 2\end{pmatrix} (diagonaliser) et A=(2102)A = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 0 & 2 \end{pmatrix} (Dunford).

Solution

Solution de Exercice 16.1.

Première matrice : valeurs propres 1,21, 2, vecteurs propres (1,0)(1,0) et (1,1)(1,1). Décomposons X0=(1,0)=1(1,0)+0(1,1)X_0 = (1,0) = 1\cdot(1,0) + 0\cdot(1,1) : la solution est

X(t)=et(10).X(t) = \eu^{t}\begin{pmatrix}1\\ 0\end{pmatrix} .

(Le vecteur initial est lui-même un vecteur propre.)

Seconde : A=2I+NA = 2I + N, N=E12N = E_{12}, N2=0N^2 = 0 : etA=e2t(I+tN)\eu^{tA} = \eu^{2t}(I + tN), donc

X(t)=e2t(1t01)(10)=e2t(10).X(t) = \eu^{2t}\begin{pmatrix} 1 & t\\ 0 & 1\end{pmatrix} \begin{pmatrix}1\\ 0\end{pmatrix} = \eu^{2t}\begin{pmatrix}1\\ 0\end{pmatrix}.

Exercice 16.2

Quels problèmes de Cauchy ont des solutions globales uniques sur R\R d’après le Théorème 16.1 ? y=sin(ty)y' = \sin(ty) ;   y=y2\;y' = y^2 ;   y=y\;y' = \abs y. Pour le dernier, résoudre explicitement avec y(0)=0y(0) = 0 et y(0)=1y(0) = 1.

Solution

Solution de Exercice 16.2.

y=sin(ty)y' = \sin(ty) : sin(ty)sin(tz)tyz\abs{\sin(ty) - \sin(tz)} \leq \abs t\,\abs{y - z}lipschitzienne en yy uniformément sur tout segment de temps : solutions globales uniques sur R\R (appliquer le théorème sur chaque segment).

y=y2y' = y^2 : seulement localement lipschitzienne ; pas de théorème global, et en effet y(0)=1y(0) = 1 explose en t=1t = 1.

y=yy' = \abs y : \abs\cdot est 11-lipschitzienne : existence et unicité globales. Avec y(0)=0y(0) = 0 : y0y \equiv 0 (unicité !). Avec y(0)=1y(0) = 1 : yy reste positive (ne peut traverser la solution nulle), donc y=yy' = y : y=ety = \eu^t.

Exercice 16.3

Montrer que deux solutions maximales distinctes de y=f(t,y)y' = f(t,y) (ff lipschitzienne en yy) ne prennent jamais la même valeur au même instant, et en déduire que les solutions de y=y(1y)y' = y(1 - y) partant dans (0,1)\intoo{0}{1} y restent pour toujours.

Solution

Solution de Exercice 16.3.

Si y(t1)=z(t1)y(t_1) = z(t_1) à un certain instant, alors yy et zz résolvent le même problème de Cauchy en t1t_1 : l’unicité impose y=zy = z sur leur intervalle commun — des solutions distinctes ne se rencontrent jamais.

Pour y=y(1y)y' = y(1-y) : les constantes 00 et 11 sont solutions. Une solution partant dans (0,1)\intoo{0}{1} ne peut jamais atteindre 00 ni 11 (elle heurterait une solution constante) : elle reste dans (0,1)\intoo{0}{1}, donc est globale (bornée : pas d’explosion — par exemple par le critère de l’Exercice 16.9, ou parce que le champ de vecteurs est borné sur la bande piège).

Exercice 16.4 ★★

Calculer etA\eu^{tA} pour A=(3111)A = \begin{pmatrix} 3 & 1\\ -1 & 1\end{pmatrix} (Dunford : (A2I)2=0(A - 2I)^2 = 0), et résoudre X=AX+(e2t0)X' = AX + \begin{pmatrix} \eu^{2t}\\ 0\end{pmatrix}, X(0)=0X(0) = 0, par variation des constantes.

Solution

Solution de Exercice 16.4.

(A2I)2=(1111)2=0(A - 2I)^2 = \begin{pmatrix}1 & 1\\ -1 & -1\end{pmatrix}^2 = 0 : Dunford avec D=2ID = 2I, N=A2IN = A - 2I :

etA=e2t(I+tN)=e2t(1+ttt1t).\eu^{tA} = \eu^{2t}\,(I + tN) = \eu^{2t}\begin{pmatrix} 1 + t & t\\ -t & 1 - t\end{pmatrix}.

Variation des constantes avec B(s)=(e2s,0)TB(s) = (\eu^{2s}, 0)^{\mathsf T} :

X(t)=0te(ts)AB(s) ⁣ds=e2t0t(1+(ts)(ts)) ⁣ds=e2t(t+t22t22),X(t) = \int_0^t \eu^{(t-s)A}B(s)\,\dd s = \eu^{2t}\int_0^t \begin{pmatrix} 1 + (t-s)\\ -(t-s) \end{pmatrix}\dd s = \eu^{2t}\begin{pmatrix} t + \frac{t^2}{2}\\[2pt] -\frac{t^2}{2} \end{pmatrix},

en utilisant e(ts)AB(s)=e2(ts)(I+(ts)N)(e2s,0)T=e2t(1+(ts),(ts))T\eu^{(t-s)A}B(s) = \eu^{2(t-s)}(I + (t-s)N)\,(\eu^{2s}, 0)^{\mathsf T} = \eu^{2t}\bigl(1 + (t-s),\, -(t-s)\bigr)^{\mathsf T}. (Vérification : X(0)=0X(0) = 0 ; XAX=(e2t,0)TX' - AX = (\eu^{2t}, 0)^{\mathsf T} par dérivation.)

Exercice 16.5 ★★

Pour A=(αββα)A = \begin{pmatrix} \alpha & -\beta\\ \beta & \alpha\end{pmatrix}, montrer que etA=eαt(cosβtsinβtsinβtcosβt)\eu^{tA} = \eu^{\alpha t}\begin{pmatrix} \cos\beta t & -\sin\beta t\\ \sin\beta t & \cos\beta t\end{pmatrix} — trajectoires en spirale — de deux façons : par la série (écrire A=αI+βJA = \alpha I + \beta J, J2=IJ^2 = -I), et par l’identification complexe z=(α+iβ)zz' = (\alpha + \iu\beta)z.

Solution

Solution de Exercice 16.5.

Série : A=αI+βJA = \alpha I + \beta J avec J=(0110)J = \begin{pmatrix}0 & -1\\ 1 & 0\end{pmatrix}, J2=IJ^2 = -I ; les deux termes commutent, donc etA=eαteβtJ\eu^{tA} = \eu^{\alpha t}\,\eu^{\beta tJ}, et la série de eβtJ\eu^{\beta t J} se scinde selon les puissances paires/impaires en cos(βt)I+sin(βt)J\cos(\beta t)I + \sin(\beta t)J : la matrice de rotation-homothétie annoncée.

Complexe : identifions (x,y)R2(x, y) \in \R^2 avec z=x+iyz = x + \iu y ; le système X=AXX' = AX s’écrit z=(α+iβ)zz' = (\alpha + \iu\beta)z, dont la solution z(t)=eαteiβtz0z(t) = \eu^{\alpha t}\eu^{\iu\beta t}z_0 est exactement la spirale : module eαt\eu^{\alpha t}, argument avançant à la vitesse β\beta.

Exercice 16.6 ★★

(Lemme de Gronwall) Soit uu continue positive vérifiant u(t)C+kt0tu(s) ⁣dsu(t) \leq C + k\int_{t_0}^{t} u(s)\,\dd s sur [t0,T)\intco{t_0}{T}. Montrer que u(t)Cek(tt0)u(t) \leq C\,\eu^{k(t - t_0)} (dériver v(t)=ektt0tuv(t) = \eu^{-kt}\int_{t_0}^t u). En déduire de nouveau l’unicité dans Cauchy–Lipschitz et la dépendance continue y(t)z(t)y0z0ektt0\norm{y(t) - z(t)} \leq \norm{y_0 - z_0}\,\eu^{k\abs{t - t_0}} pour deux solutions de données initiales différentes.

Solution

Solution de Exercice 16.6.

Posons v(t)=ek(tt0)t0tuv(t) = \eu^{-k(t - t_0)}\int_{t_0}^t u. Alors

v(t)=ek(tt0)(u(t)kt0tu)Cek(tt0),v'(t) = \eu^{-k(t-t_0)}\Bigl(u(t) - k\int_{t_0}^t u\Bigr) \leq C\,\eu^{-k(t-t_0)},

par l’hypothèse. En intégrant de t0t_0 à tt (v(t0)=0v(t_0) = 0) : v(t)Ck(1ek(tt0))v(t) \leq \frac{C}{k}\bigl(1 - \eu^{-k(t - t_0)}\bigr), c’est-à-dire kt0tuC(ek(tt0)1)k\int_{t_0}^t u \leq C\bigl(\eu^{k(t-t_0)} - 1\bigr) ; en réinjectant dans l’hypothèse : u(t)Cek(tt0)u(t) \leq C\eu^{k(t-t_0)}.

Unicité/dépendance : deux solutions y,zy, z de l’équation intégrale vérifient

y(t)z(t)y0z0+kt0tyz,\norm{y(t) - z(t)} \leq \norm{y_0 - z_0} + k\int_{t_0}^{t}\norm{y - z},

et Gronwall avec C=y0z0C = \norm{y_0 - z_0} donne la borne exponentielle ; C=0C = 0 donne l’unicité.

Exercice 16.7 ★★

Sachant que y1(t)=sintty_1(t) = \frac{\sin t}{t} résout ty+2y+ty=0ty'' + 2y' + ty = 0 sur (0,π)\intoo{0}{\pi}, trouver une seconde solution indépendante par abaissement de l’ordre, et donner la solution générale.

Solution

Solution de Exercice 16.7.

Substituons y=y1zy = y_1 z avec y1=sintty_1 = \frac{\sin t}{t} : la formule générale d’abaissement (Proposition 16.15) donne, pour u=zu = z',

y1u+(2y1+2ty1)u=0y_1 u' + \Bigl(2y_1' + \frac{2}{t}\,y_1\Bigr)u = 0

(l’équation normalisée en y+2ty+y=0y'' + \frac2t y' + y = 0). Calculons 2y1+2ty1=2tcostsintt2+2sintt2=2costt2y_1' + \frac2t y_1 = 2\,\frac{t\cos t - \sin t}{t^2} + \frac{2\sin t}{t^2} = \frac{2\cos t}{t} : ainsi

uu=2costttsint=2cottu=1sin2t(aˋ une constante preˋs),\frac{u'}{u} = -\frac{2\cos t}{t}\cdot\frac{t}{\sin t} = -2\cot t \quad\Longrightarrow\quad u = \frac{1}{\sin^2 t} \quad (\text{à une constante près}),

et z=cottz = -\cot t, d’où y2=y1z=costty_2 = y_1 z = -\frac{\cos t}{t}. Solution générale sur (0,π)\intoo{0}{\pi} :

y(t)=αsintt+βcostt.y(t) = \alpha\,\frac{\sin t}{t} + \beta\,\frac{\cos t}{t} .

(Ce sont les fonctions de Bessel sphériques d’ordre zéro.)

Exercice 16.8 ★★★

Soit AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\C) dont toutes les valeurs propres sont de partie réelle (strictement) négative. Montrer que toute solution de X=AXX' = AX tend vers 00 lorsque t+t \to +\infty, à un taux exponentiel : X(t)Ceαt\norm{X(t)} \leq C\,\eu^{-\alpha t} pour un certain α>0\alpha > 0. (Trigonaliser ; traiter le système triangulaire à partir de la dernière ligne en remontant, ou utiliser Dunford : etA=etDetN\eu^{tA} = \eu^{tD}\eu^{tN} avec etDeαt\norm{\eu^{tD}} \leq \eu^{-\alpha' t} et etN\eu^{tN} polynomial en tt.)

Solution

Solution de Exercice 16.8.

Dunford : A=D+NA = D + N qui commutent, DD diagonalisable de mêmes valeurs propres, NN nilpotent, donc

etA=etDetN,etN=k<ntkNkk! (un polynoˆme matriciel en t).\eu^{tA} = \eu^{tD}\,\eu^{tN}, \qquad \eu^{tN} = \sum_{k < n} \frac{t^kN^k}{k!} \ \text{(un polynôme matriciel en } t).

Posons 2α=maxiλi<0-2\alpha = \max_i \Re\lambda_i < 0. Dans une base diagonalisant DD, etDe2αt\vertiii{\eu^{tD}} \leq \eu^{-2\alpha t} (coefficients etλi\eu^{t\lambda_i} de module etλi\eu^{t\Re\lambda_i}) ; les normes dans des bases différentes diffèrent d’une constante. D’où

X(t)etAX0Ce2αt(1+t)n1X0CeαtX0,\norm{X(t)} \leq \vertiii{\eu^{tA}}\,\norm{X_0} \leq C'\,\eu^{-2\alpha t}\,(1 + t)^{n-1}\,\norm{X_0} \leq C\,\eu^{-\alpha t}\norm{X_0} ,

en absorbant le polynôme dans un unique facteur exponentiel (eαt(1+t)n10\eu^{-\alpha t}(1+t)^{n-1} \to 0, donc borné).

Exercice 16.9 ★★★

(Pas d’échappement en temps fini pour une croissance linéaire) Supposons ff continue avec f(t,y)ay+b\norm{f(t, y)} \leq a\norm y + b sur [0,)×Rn\intco{0}{\infty} \times \R^n, localement lipschitzienne en yy. À l’aide de Gronwall (Exercice 16.6) sur la forme intégrale, montrer que les solutions maximales sont globales (définies sur [0,)\intco{0}{\infty} tout entier).

Solution

Solution de Exercice 16.9.

Soit yy une solution maximale sur [0,T)\intco{0}{T}, TT \leq \infty, et supposons T<T < \infty. La forme intégrale donne, pour t<Tt < T,

y(t)y0+0t(ay(s)+b) ⁣ds(y0+bT)+a0ty(s) ⁣ds,\norm{y(t)} \leq \norm{y_0} + \int_0^t \bigl(a\norm{y(s)} + b\bigr)\dd s \leq \bigl(\norm{y_0} + bT\bigr) + a\int_0^t\norm{y(s)}\,\dd s ,

et Gronwall borne y(t)(y0+bT)eaT=:M\norm{y(t)} \leq (\norm{y_0} + bT)\,\eu^{aT} =: M sur [0,T)\intco{0}{T} : la solution reste dans une boule compacte. Alors y=f(t,y)y' = f(t, y) est bornée au voisinage de TT, donc yy est lipschitzienne au voisinage de TT et se prolonge continûment en TT (critère de Cauchy) ; résoudre le problème de Cauchy en (T,y(T))(T, y(T)) prolonge yy au-delà de TT, contredisant la maximalité. Donc T=T = \infty : pas d’échappement en temps fini sous croissance linéaire.

Exercice 16.10

Résoudre y3y+2y=ety'' - 3y' + 2y = \eu^{t} : solutions homogènes, puis une solution particulière de la forme αtet\alpha t\,\eu^{t} (pourquoi la supposition naïve αet\alpha\eu^t échoue-t-elle ?) ; solution générale et la solution vérifiant y(0)=y(0)=0y(0) = y'(0) = 0.

Solution

Solution de Exercice 16.10.

Racines caractéristiques de r23r+2r^2 - 3r + 2 : 11 et 22, donc les solutions homogènes sont aet+be2ta\eu^t + b\eu^{2t}. La supposition αet\alpha\eu^t échoue car et\eu^t résout déjà l’équation homogène (la racine r=1r = 1 « entre en résonance » avec le second membre). Avec y=αtety = \alpha t\,\eu^t : y=α(1+t)ety' = \alpha(1 + t)\eu^t, y=α(2+t)ety'' = \alpha(2 + t)\eu^t, et

y3y+2y=αet(2+t33t+2t)=αet:y'' - 3y' + 2y = \alpha\eu^t\bigl(2 + t - 3 - 3t + 2t\bigr) = -\alpha\,\eu^t :

α=1\alpha = -1, yp=tety_p = -t\,\eu^t. Solution générale : y=aet+be2ttety = a\eu^t + b\eu^{2t} - t\eu^t. Données initiales y(0)=y(0)=0y(0) = y'(0) = 0 : a+b=0a + b = 0 et a+2b1=0a + 2b - 1 = 0 : b=1b = 1, a=1a = -1 :

y(t)=e2t(1+t)et.y(t) = \eu^{2t} - (1 + t)\,\eu^{t} .

Exercice 16.11 ★★

Calculer etA\eu^{tA} pour le bloc de Jordan

A=(λ100λ100λ),A = \begin{pmatrix} \lambda & 1 & 0\\ 0 & \lambda & 1\\ 0 & 0 & \lambda\end{pmatrix},

et décrire toutes les solutions de X=AXX' = AX : des exponentielles fois des vecteurs polynomiaux, de degrés allant jusqu’à 22. D’où vient le degré du polynôme ?

Solution

Solution de Exercice 16.11.

A=λI+NA = \lambda I + N avec N=E12+E23N = E_{12} + E_{23} : N2=E13N^2 = E_{13}, N3=0N^3 = 0, et λI\lambda I commute avec NN :

etA=eλt(I+tN+t22N2)=eλt(1tt2201t001).\eu^{tA} = \eu^{\lambda t}\Bigl(I + tN + \frac{t^2}{2}N^2\Bigr) = \eu^{\lambda t}\begin{pmatrix} 1 & t & \frac{t^2}{2}\\ 0 & 1 & t\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Solutions : X(t)=eλt(X0+tNX0+t22N2X0)X(t) = \eu^{\lambda t}\bigl(X_0 + tNX_0 + \frac{t^2}2N^2X_0\bigr) — chaque composante est eλt\eu^{\lambda t} fois un polynôme de degré 2\leq 2. La borne sur le degré est l’indice de nilpotence moins un : la série de etN\eu^{tN} se tronque à N2N^2.

Exercice 16.12 ★★★

(Forçage périodique, réponse périodique) Soient AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\R) et B ⁣:RRnB \colon \R \to \R^n continue et TT-périodique.

  1. Montrer qu’une solution de X=AX+B(t)X' = AX + B(t) est TT-périodique si et seulement si X(T)=X(0)X(T) = X(0) (comparer X(+T)X(\cdot + T) et XX).
  2. Montrer que les valeurs propres de eTA\eu^{TA} sont les eTλ\eu^{T\lambda}, λSpA\lambda \in \operatorname{Sp}A (trigonaliser sur C\C). En déduire : si aucune valeur propre de AA n’appartient à 2iπTZ\frac{2\iu\pi}{T}\Z, alors IeTAI - \eu^{TA} est inversible.
  3. Sous cette hypothèse, montrer que le système a exactement une solution TT-périodique, avec

    X(0)=(IeTA)10Te(Ts)AB(s) ⁣ds.X(0) = \bigl(I - \eu^{TA}\bigr)^{-1} \int_0^{T}\eu^{(T-s)A}B(s)\,\dd s .

    À quoi correspond le cas exclu, pour l’oscillateur harmonique ? (Le problème du week-end répond : la résonance.)

Solution

Solution de Exercice 16.12.

  1. Si X(T)=X(0)X(T) = X(0), alors Y(t)=X(t+T)Y(t) = X(t + T) résout Y=AY+B(t+T)=AY+B(t)Y' = AY + B(t + T) = AY + B(t) avec Y(0)=X(0)Y(0) = X(0) : l’unicité (Théorème 16.4) donne Y=XY = X, c’est-à-dire XX est TT-périodique. La réciproque est triviale.
  2. Trigonaliser sur C\C : A=PTP1A = PT'P^{-1} avec TT' triangulaire supérieure, de diagonale (λi)(\lambda_i). Toute puissance d’une matrice triangulaire est triangulaire de diagonale (λik)(\lambda_i^k), donc eTA=PeTTP1\eu^{TA} = P\eu^{TT'}P^{-1} est triangulaire dans la même base, de diagonale (eTλi)(\eu^{T\lambda_i}) : ce sont les valeurs propres. Alors IeTAI - \eu^{TA} est inversible ssi eTλ1\eu^{T\lambda} \neq 1 pour toute valeur propre, c’est-à-dire ssi Tλ2iπZT\lambda \notin 2\iu\pi\Z, ce qui est l’hypothèse énoncée.
  3. Variation des constantes : X(T)=eTAX(0)+0Te(Ts)AB(s) ⁣dsX(T) = \eu^{TA}X(0) + \int_0^T\eu^{(T-s)A}B(s)\dd s, donc X(T)=X(0)X(T) = X(0) s’écrit

    (IeTA)X(0)=0Te(Ts)AB(s) ⁣ds,\bigl(I - \eu^{TA}\bigr)X(0) = \int_0^{T}\eu^{(T-s)A}B(s)\,\dd s ,

    qui a une unique solution X(0)X(0) sous l’hypothèse d’inversibilité : exactement une solution TT-périodique. Pour l’oscillateur harmonique (λ=±iω\lambda = \pm\iu\omega), le cas exclu est ωT2πZ\omega T \in 2\pi\Z : un forçage dont la période est un multiple de la période propre — la résonance, comme le quantifie le problème du week-end.

16.6 Problème : oscillations, résonance et théorèmes de comparaison de Sturm

Problème 16.1

Une seule équation régit le monde mécanique et électrique :

x+2ζωx+ω2x=F(t),ω>0, ζ0.x'' + 2\zeta\omega\,x' + \omega^2 x = F(t), \qquad \omega > 0,\ \zeta \geq 0 .

Ce problème l’étudie complètement — via la classification trace–déterminant des systèmes linéaires plans, les trois régimes d’amortissement, la réponse en régime permanent à un forçage périodique avec son pic de résonance et la catastrophe de résonance — puis quitte les coefficients constants pour les théorèmes de séparation et de comparaison de Sturm, qui contrôlent les zéros des solutions de y+q(t)y=0y'' + q(t)y = 0 sans aucune formule.

Partie I — Le plan trace–déterminant. Soient AM2(R)A \in \mathcal M_2(\R), τ=trA\tau = \operatorname{tr}A, δ=detA\delta = \det A, Δ=τ24δ\Delta = \tau^2 - 4\delta.

  1. Montrer que les valeurs propres de AA sont τ±Δ2\frac{\tau\pm\sqrt\Delta}{2} et classer : deux valeurs propres réelles de signes opposés ssi δ<0\delta < 0 ; valeurs propres réelles de même signe ssi δ>0\delta > 0, Δ0\Delta \geq 0 (signe de τ\tau) ; paire conjuguée non réelle ssi Δ<0\Delta < 0 (partie réelle τ2\frac\tau2).
  2. (Selle, δ<0\delta < 0) Avec les valeurs propres μ<0<λ\mu < 0 < \lambda et les vecteurs propres v±v_\pm, écrire la solution générale et décrire les trajectoires : deux demi-droites stables et deux instables, toutes les autres orbites asymptotes aux deux. Pourquoi aucune solution autre que 00 ne peut-elle rester bornée sur R\R tout entier ?
  3. (Nœuds, δ>0\delta > 0, Δ>0\Delta > 0) Pour μ<λ<0\mu < \lambda < 0 : montrer que toute solution non nulle tend vers 00 et que toutes les orbites, sauf celles sur l’axe rapide, arrivent tangentiellement à la direction propre lente (comparer eμt\eu^{\mu t} et eλt\eu^{\lambda t}).
  4. (Foyers et centres, Δ<0\Delta < 0) En écrivant les valeurs propres α±iβ\alpha \pm \iu\beta, utiliser l’Exercice 16.5 (après un changement de base réel, admis dans cette généralité ou démontré pour les systèmes de la partie II, qui sont ceux utilisés ci-dessous) pour décrire les orbites : des spirales convergeant pour α=τ2<0\alpha = \frac\tau2 < 0, divergeant pour τ>0\tau > 0, des courbes fermées (centre) pour τ=0\tau = 0.
  5. (Cas limites) Pour une valeur propre double (Δ=0\Delta = 0) : montrer que etA=eλt(I+tN)\eu^{tA} = \eu^{\lambda t}(I + tN) avec N=AλIN = A - \lambda I nilpotent, et distinguer l’étoile (N=0N = 0) du nœud impropre (N0N \neq 0). Résumer la partie I dans le dessin trace–déterminant de la figure de ce chapitre.

Partie II — L’oscillateur amorti. Maintenant F=0F = 0 : x+2ζωx+ω2x=0x'' + 2\zeta\omega x' + \omega^2x = 0, c’est-à-dire X=AXX' = AX avec A=(01ω22ζω)A = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -\omega^2 & -2\zeta\omega\end{pmatrix}.

  1. Calculer τ,δ,Δ\tau, \delta, \Delta et placer les trois régimes dans le plan trace–déterminant : sous-amorti 0<ζ<10 < \zeta < 1 (foyer stable), amortissement critique ζ=1\zeta = 1 (valeur propre double), sur-amorti ζ>1\zeta > 1 (nœud stable) ; ζ=0\zeta = 0 est le centre.
  2. Résoudre explicitement les trois régimes :

    ζ<1: eζωt(acosωdt+bsinωdt), ωd=ω1ζ2;ζ=1: (a+bt)eωt;\zeta < 1:\ \eu^{-\zeta\omega t}\bigl(a\cos\omega_d t + b\sin\omega_dt\bigr),\ \omega_d = \omega\sqrt{1-\zeta^2}; \qquad \zeta = 1:\ (a + bt)\,\eu^{-\omega t};

    ζ>1\zeta > 1 : deux exponentielles réelles. Définir la pseudo-période 2πωd\frac{2\pi}{\omega_d} et montrer que le rapport des maxima successifs de x\abs x est la constante e2πζ/1ζ2\eu^{-2\pi\zeta/\sqrt{1-\zeta^2}} (le décrément logarithmique).

  3. (Le principe du ferme-porte) Pour ζ1\zeta \geq 1, le taux de décroissance est régi par la plus lente des valeurs propres λslow=ω(ζζ21)\lambda_{\mathrm{slow}} = -\omega\bigl(\zeta - \sqrt{\zeta^2-1}\bigr). Montrer que λslow=ωζ+ζ21\abs{\lambda_{\mathrm{slow}}} = \frac{\omega}{\zeta + \sqrt{\zeta^2 - 1}} est une fonction décroissante de ζ1\zeta \geq 1 : l’amortissement critique ζ=1\zeta = 1 donne le retour au repos non oscillant le plus rapide.
  4. (Énergie) Posons E(t)=12x2+12ω2x2E(t) = \frac12x'^2 + \frac12\omega^2x^2. Montrer que E=2ζωx20E' = -2\zeta\omega\,x'^2 \leq 0, et en déduire que pour ζ>0\zeta > 0 l’équation n’a aucune solution périodique non nulle (une période forcerait EE à être constante, donc x0x' \equiv 0).
  5. Expliquer en deux phrases pourquoi le centre ζ=0\zeta = 0 est structurellement fragile : tout ζ>0\zeta > 0, aussi petit soit-il, détruit la périodicité — et où cela se voit dans le plan trace–déterminant (la droite des centres est d’intérieur vide).

Partie III — Oscillations forcées et résonance. Maintenant F(t)=Fcos(γt)F(t) = F\cos(\gamma t) avec F,γ>0F, \gamma > 0.

  1. (ζ>0\zeta > 0 : le régime permanent) Chercher xp=(zeiγt)x_p = \Re\bigl(z\,\eu^{\iu\gamma t}\bigr) : montrer que

    z=Fω2γ2+2iζωγ,A(γ):=z=F(ω2γ2)2+4ζ2ω2γ2,z = \frac{F}{\omega^2 - \gamma^2 + 2\iu\zeta\omega\gamma}, \qquad A(\gamma) := \abs z = \frac{F}{\sqrt{(\omega^2 - \gamma^2)^2 + 4\zeta^2\omega^2\gamma^2}} ,

    et écrire xp=A(γ)cos(γtφ)x_p = A(\gamma)\cos(\gamma t - \varphi) avec tanφ=2ζωγω2γ2\tan\varphi = \frac{2\zeta\omega\gamma}{\omega^2-\gamma^2}.

  2. Montrer que toute solution est xpx_p plus un transitoire issu de la partie II, qui tend vers 00 : quelles que soient les données initiales, le système se cale sur le régime permanent — amplitude A(γ)A(\gamma), déphasage φ\varphi.
  3. (La courbe de résonance) Maximiser AA : montrer que A(γ)A(\gamma) a un maximum intérieur ssi ζ<12\zeta < \frac{1}{\sqrt2}, en

    γ=ω12ζ2,A(γ)=F2ζω21ζ2,\gamma_* = \omega\sqrt{1 - 2\zeta^2}, \qquad A(\gamma_*) = \frac{F}{2\zeta\omega^2\sqrt{1-\zeta^2}} ,

    et que pour ζ\zeta petit le pic amplifie la réponse statique A(0)=Fω2A(0) = \frac F{\omega^2} du facteur 12ζ\approx \frac{1}{2\zeta}.

  4. (ζ=0\zeta = 0, hors résonance) Pour γω\gamma \neq \omega, montrer que la solution vérifiant x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0 est

    x(t)=Fω2γ2(cosγtcosωt)=2Fω2γ2sin(ωγ)t2sin(ω+γ)t2:x(t) = \frac{F}{\omega^2 - \gamma^2}\bigl(\cos\gamma t - \cos\omega t\bigr) = \frac{2F}{\omega^2-\gamma^2} \sin\frac{(\omega-\gamma)t}{2} \sin\frac{(\omega+\gamma)t}{2} :

    bornée, avec des battements — une oscillation rapide sous une enveloppe lente — lorsque γ\gamma est proche de ω\omega.

  5. (ζ=0\zeta = 0, résonance) Pour γ=ω\gamma = \omega, montrer que xp(t)=F2ωtsin(ωt)x_p(t) = \frac{F}{2\omega}\,t\sin(\omega t) est une solution, et la retrouver comme limite de la question 14 quand γω\gamma \to \omega : l’amplitude croît linéairement sans fin — la catastrophe de résonance.
  6. (Lien avec Fourier) Un forçage périodique général se décompose en harmoniques (le chapitre de Fourier) ; par linéarité, le régime permanent est la somme des réponses harmoniques. Pour un oscillateur non amorti de fréquence ω=3\omega = 3 forcé par le signal carré du type de l’Exercice 14.1 (harmoniques à tous les entiers impairs), quelle harmonique entre en résonance ? Une phrase sur les raisons pour lesquelles les ingénieurs craignent les signaux carrés.

Partie IV — Les théorèmes de Sturm. Considérons y+q(t)y=0y'' + q(t)\,y = 0 sur un intervalle II, qq continue. (Toute équation y+ay+by=0y'' + ay' + by = 0 se ramène à cette forme normale par la substitution y=uexp(12a)y = u\exp\bigl(-\frac12\int a\bigr) ; la question 21 montre une variante de l’astuce à l’œuvre.)

  1. Pour deux solutions y1,y2y_1, y_2, montrer que le wronskien W=y1y2y1y2W = y_1y_2' - y_1'y_2 est constant, nul ssi les solutions sont proportionnelles ; et qu’une solution non nulle n’a que des zéros simples et isolés.
  2. (Séparation de Sturm) Soient y1,y2y_1, y_2 deux solutions indépendantes et a<ba < b deux zéros consécutifs de y1y_1. Montrer que y2y_2 s’annule exactement une fois dans (a,b)\intoo{a}{b} (évaluer la constante WW en aa et bb : W=y1y2W = y_1'y_2 en ces points, et y1(a)y_1'(a), y1(b)y_1'(b) sont de signes opposés) : les zéros de solutions indépendantes s’entrelacent.
  3. (Comparaison de Sturm) Soient q1q2q_1 \leq q_2 sur II, y0y \neq 0 avec y+q1y=0y'' + q_1y = 0, z0z \neq 0 avec z+q2z=0z'' + q_2z = 0, et a<ba < b deux zéros consécutifs de yy. Montrer que zz s’annule dans [a,b]\intcc{a}{b} — strictement à l’intérieur si q1<q2q_1 < q_2 quelque part sur (a,b)\intoo ab (si z0z \neq 0 sur (a,b)\intoo ab, étudier (yzyz)=(q1q2)yz(yz' - y'z)' = (q_1 - q_2)yz avec des signes fixes pour y,zy, z et comparer les valeurs aux bords).
  4. En déduire les bornes d’espacement : si 0<m2q(t)M20 < m^2 \leq q(t) \leq M^2 sur II, alors deux zéros consécutifs a<ba < b d’une solution non nulle de y+qy=0y'' + qy = 0 vérifient

    πM    ba    πm\frac{\pi}{M} \;\leq\; b - a \;\leq\; \frac{\pi}{m}

    (comparer avec u+M2u=0u'' + M^2u = 0 et u+m2u=0u'' + m^2u = 0, dont les zéros sont espacés de πM\frac\pi M et πm\frac\pi m). Vérifier sur l’oscillateur harmonique.

  5. Transformer ty+2y+ty=0ty'' + 2y' + ty = 0 (Exercice 16.7) par u=tyu = ty en u+u=0u'' + u = 0, retrouver aussitôt ses solutions sintt\frac{\sin t}t, costt\frac{\cos t}{t}, et conclure que les zéros de toute solution non nulle sont espacés exactement de π\pi : la vision du monde de Sturm — les zéros sont contrôlés par le coefficient qq, formules ou pas.

Partie V — Duhamel et la frontière de bornitude.

  1. (Duhamel pour l’oscillateur) Montrer que pour FF continue, la solution de x+ω2x=F(t)x'' + \omega^2x = F(t) vérifiant x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0 est

    x(t)=1ω0tsin(ω(ts))F(s) ⁣ds,x(t) = \frac1\omega\int_0^t\sin\bigl(\omega(t - s)\bigr)F(s)\,\dd s ,

    et en redériver la solution résonante de la question 15 avec F(s)=Fcos(ωs)F(s) = F\cos(\omega s) (produit en somme).

  2. (ζ>0\zeta > 0 : entrée bornée, sortie bornée) Montrer que pour ζ>0\zeta > 0 et toute fonction continue bornée FF, toute solution de l’équation amortie est bornée sur [0,)\intco{0}{\infty} (variation des constantes plus la décroissance exponentielle etACeαt\vertiii{\eu^{tA}} \leq C\eu^{-\alpha t} de l’Exercice 16.8).
  3. (ζ=0\zeta = 0) Montrer que sans amortissement, un forçage périodique borné maintient toutes les solutions bornées sauf exactement à la résonance (γ=ω\gamma = \omega, question 15 contre question 14) : c’est l’amortissement qui transforme la frontière de bornitude en stabilité uniforme.
  4. Synthèse. En une phrase chacune : (i) comment le plan trace–déterminant organise les parties I–II et où le forçage (partie III) le quitte ; (ii) le sens physique de γ\gamma_*, A(γ)A(\gamma_*) et du facteur 12ζ\frac1{2\zeta} ; (iii) ce que les théorèmes de Sturm disent que les formules explicites ne peuvent dire ; (iv) lesquels des deux résultats de ce problème le reste du livre réutilisera discrètement (wronskiens constants par Liouville ; stabilité entrée bornée).
Solution

Solution de Problème 16.1.

1. Le polynôme caractéristique est λ2τλ+δ\lambda^2 - \tau\lambda + \delta, de racines τ±Δ2\frac{\tau\pm\sqrt\Delta}{2}. Si δ<0\delta < 0 alors Δ=τ24δ>0\Delta = \tau^2 - 4\delta > 0 et les deux racines réelles ont pour produit δ<0\delta < 0 : signes opposés. Si δ>0\delta > 0 et Δ0\Delta \geq 0 : racines réelles de produit >0> 0 et de somme τ\tau : toutes deux du signe de τ\tau. Si Δ<0\Delta < 0 : paire conjuguée α±iβ\alpha \pm \iu\beta avec α=τ2\alpha = \frac\tau2, β=Δ2\beta = \frac{\sqrt{-\Delta}}2.

2. X(t)=aeμtv+beλtv+X(t) = a\,\eu^{\mu t}v_- + b\,\eu^{\lambda t}v_+. Les orbites avec a=0a = 0 (resp. b=0b = 0) courent le long de la droite propre instable (resp. stable) ; toutes les autres ont X\norm X \to \infty dans les deux sens du temps, asymptotes à Rv+\R v_+ quand t+t \to +\infty et à Rv\R v_- quand tt \to -\infty : l’image de la selle. La bornitude sur R\R tout entier force b=0b = 0 (sinon explosion en ++\infty) et a=0a = 0 (en -\infty) : seulement l’origine.

3. Avec μ<λ<0\mu < \lambda < 0, les deux exponentielles décroissent : X(t)0X(t) \to 0. Si b0b \neq 0, factorisons eλt\eu^{\lambda t} :

X(t)=eλt(bvλ+ae(μλ)tvμ),e(μλ)t0:X(t) = \eu^{\lambda t}\bigl(b\,v_\lambda + a\,\eu^{(\mu - \lambda)t}v_\mu\bigr), \qquad \eu^{(\mu-\lambda)t} \to 0 :

la direction de X(t)X(t) tend vers Rvλ\R v_\lambda, la direction propre lente — toutes les orbites sauf l’axe rapide y arrivent tangentiellement (le panneau de droite des portraits de phase du chapitre).

4. Dans la base où A=(αββα)A = \begin{pmatrix} \alpha & -\beta\\ \beta & \alpha\end{pmatrix} (Exercice 16.5 ; pour les systèmes de l’oscillateur de la partie II, cette forme est atteinte par un changement de base réel explicite), la solution est eαt\eu^{\alpha t} fois une rotation d’angle βt\beta t : des spirales logarithmiques, contractantes lorsque α=τ2<0\alpha = \frac\tau2 < 0, dilatantes lorsque τ>0\tau > 0, et des courbes fermées (des ellipses dans les coordonnées d’origine) lorsque τ=0\tau = 0 : le centre.

5. Δ=0\Delta = 0 donne la valeur propre double λ=τ2\lambda = \frac\tau2 ; par Cayley–Hamilton (Théorème 3.21), (AλI)2=0(A - \lambda I)^2 = 0, donc N=AλIN = A - \lambda I est nilpotent, commute avec λI\lambda I, et etA=eλt(I+tN)\eu^{tA} = \eu^{\lambda t}(I + tN). Si N=0N = 0 : A=λIA = \lambda I, toutes les demi-droites sont des orbites (nœud en étoile). Si N0N \neq 0 : X(t)=eλt(X0+tNX0)X(t) = \eu^{\lambda t}(X_0 + tNX_0), et pour NX00NX_0 \neq 0 la direction converge vers l’unique direction propre imN\operatorname{im}N : nœud impropre. Ceci complète l’image trace–déterminant.

6. τ=2ζω\tau = -2\zeta\omega, δ=ω2>0\delta = \omega^2 > 0, Δ=4ω2(ζ21)\Delta = 4\omega^2(\zeta^2 - 1). Donc : 0<ζ<10 < \zeta < 1 donne Δ<0\Delta < 0, τ<0\tau < 0 : foyer stable ; ζ=1\zeta = 1 : Δ=0\Delta = 0 : nœud stable dégénéré ; ζ>1\zeta > 1 : Δ>0\Delta > 0, τ<0\tau < 0, δ>0\delta > 0 : nœud stable ; ζ=0\zeta = 0 : τ=0\tau = 0, δ>0\delta > 0 : centre. Un trajet vertical dans le plan à δ=ω2\delta = \omega^2.

7. Racines r=ζω±ωζ21r = -\zeta\omega \pm \omega\sqrt{\zeta^2-1}. Pour ζ<1\zeta < 1 : r=ζω±iωdr = -\zeta\omega \pm \iu\omega_d, ωd=ω1ζ2\omega_d = \omega\sqrt{1-\zeta^2} :

x(t)=eζωt(acosωdt+bsinωdt)=Reζωtcos(ωdtφ).x(t) = \eu^{-\zeta\omega t}\bigl(a\cos\omega_dt + b\sin\omega_dt\bigr) = R\,\eu^{-\zeta\omega t}\cos(\omega_dt - \varphi) .

Pour ζ=1\zeta = 1 : x=(a+bt)eωtx = (a + bt)\eu^{-\omega t}. Pour ζ>1\zeta > 1 : x=aert+ber+tx = a\eu^{r_-t} + b\eu^{r_+t}, les deux taux négatifs. Les maxima successifs de x\abs x dans le cas sous-amorti se produisent à des instants séparés de la pseudo-période 2πωd\frac{2\pi}{\omega_d} (même phase du cosinus), et leur rapport est eζω2π/ωd=e2πζ/1ζ2\eu^{-\zeta\omega\cdot2\pi/\omega_d} = \eu^{-2\pi\zeta/\sqrt{1-\zeta^2}} : le décrément logarithmique, un indicateur d’amortissement lisible sur un oscilloscope.

8. En rationalisant,

λslow=ω(ζζ21)=ωζ+ζ21,\abs{\lambda_{\mathrm{slow}}} = \omega\bigl(\zeta - \sqrt{\zeta^2-1}\bigr) = \frac{\omega}{\zeta + \sqrt{\zeta^2 - 1}} ,

dont le dénominateur croît avec ζ1\zeta \geq 1 : le taux de décroissance est maximal en ζ=1\zeta = 1, où il vaut ω\omega. Une porte sur-amortie se ferme sans claquer mais lentement ; l’amortissement critique est l’optimum de l’ingénieur.

9. E=xx+ω2xx=x(2ζωxω2x)+ω2xx=2ζωx20E' = x'x'' + \omega^2xx' = x'\bigl(-2\zeta\omega x' - \omega^2x\bigr) + \omega^2xx' = -2\zeta\omega\,x'^2 \leq 0. Si xx était périodique et non constante, EE serait périodique et décroissante, donc constante, forçant x0x' \equiv 0 : xx constante, et alors ω2x=0\omega^2x = 0 : x0x \equiv 0. Donc pour ζ>0\zeta > 0 la seule solution périodique est le repos : l’amortissement tue tout cycle.

10. Le centre ζ=0\zeta = 0 vit sur la droite τ=0\tau = 0 du plan trace–déterminant — un ensemble d’intérieur vide : une perturbation arbitrairement petite de la matrice (tout amortissement physique) déplace τ\tau hors de zéro et transforme les orbites fermées en spirales. La périodicité de l’oscillateur non amorti est donc un phénomène sur le fil du rasoir, non un phénomène robuste.

11. En substituant xp=(zeiγt)x_p = \Re(z\eu^{\iu\gamma t}) dans l’équation :

(γ2+2iζωγ+ω2)z=Fz=Fω2γ2+2iζωγ,\bigl(-\gamma^2 + 2\iu\zeta\omega\gamma + \omega^2\bigr)z = F \quad\Longrightarrow\quad z = \frac{F}{\omega^2 - \gamma^2 + 2\iu\zeta\omega\gamma},

donc xp=zcos(γtφ)x_p = \abs z\cos(\gamma t - \varphi) avec φ=arg(ω2γ2+2iζωγ)\varphi = \arg(\omega^2 - \gamma^2 + 2\iu\zeta\omega\gamma), c’est-à-dire tanφ=2ζωγω2γ2\tan\varphi = \frac{2\zeta\omega\gamma}{\omega^2 - \gamma^2}, et le A(γ)=zA(\gamma) = \abs z annoncé.

12. La différence de deux solutions résout l’équation homogène, qui pour ζ>0\zeta > 0 décroît vers 00 (question 7) : toute solution est égale à xpx_p plus un transitoire s’évanouissant à l’infini. Le régime permanent est un attracteur global : les conditions initiales sont oubliées, seuls subsistent A(γ)A(\gamma) et le déphasage φ\varphi.

13. Minimisons g(u)=(ω2u)2+4ζ2ω2ug(u) = (\omega^2 - u)^2 + 4\zeta^2\omega^2u sur u=γ20u = \gamma^2 \geq 0 : g(u)=2(ω2u)+4ζ2ω2=0g'(u) = -2(\omega^2 - u) + 4\zeta^2\omega^2 = 0 en u=ω2(12ζ2)u = \omega^2(1 - 2\zeta^2), intérieur ssi ζ<12\zeta < \frac{1}{\sqrt2}. Là,

g(u)=4ζ4ω4+4ζ2ω4(12ζ2)=4ζ2ω4(1ζ2),A(γ)=F2ζω21ζ2.g(u_*) = 4\zeta^4\omega^4 + 4\zeta^2\omega^4(1 - 2\zeta^2) = 4\zeta^2\omega^4(1 - \zeta^2), \qquad A(\gamma_*) = \frac{F}{2\zeta\omega^2\sqrt{1 - \zeta^2}} .

Face à la réponse statique A(0)=Fω2A(0) = \frac{F}{\omega^2} : amplification 12ζ1ζ212ζ\frac{1}{2\zeta\sqrt{1-\zeta^2}} \approx \frac{1}{2\zeta} pour ζ\zeta petit — un système faiblement amorti proche de γω\gamma_* \approx \omega multiplie l’entrée au centuple lorsque ζ=0.005\zeta = 0.005.

14. Le xx annoncé vérifie x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0 et

x+ω2x=F(ω2γ2)cosγtω2γ2=Fcosγtx'' + \omega^2 x = \frac{F(\omega^2 - \gamma^2)\cos\gamma t}{\omega^2 - \gamma^2} = F\cos\gamma t

(les parties en cosωt\cos\omega t se compensent). La forme produit découle de cospcosq=2sinq+p2sinqp2\cos p - \cos q = 2\sin\frac{q+p}{2}\sin\frac{q-p}2 avec p=γtp = \gamma t, q=ωtq = \omega t. Pour γ\gamma proche de ω\omega, le facteur sin(ωγ)t2\sin\frac{(\omega-\gamma)t}2 est une enveloppe lente modulant l’oscillation rapide sin(ω+γ)t2\sin\frac{(\omega+\gamma)t}2 : des battements, d’amplitude 2Fω2γ2\frac{2F}{\abs{\omega^2-\gamma^2}} — grande, mais bornée.

15. Pour xp=F2ωtsinωtx_p = \frac{F}{2\omega}t\sin\omega t :

xp=F2ω(2ωcosωtω2tsinωt)=Fcosωtω2xp:x_p'' = \frac{F}{2\omega}\bigl(2\omega\cos\omega t - \omega^2t\sin\omega t\bigr) = F\cos\omega t - \omega^2x_p :

une solution. Et à tt fixé, en faisant γω\gamma \to \omega dans la question 14 :

2Fsin(ωγ)t2sin(ω+γ)t2(ωγ)(ω+γ)2F(ωγ)t2/(ωγ)sinωt2ω=Ftsinωt2ω.\frac{2F\sin\frac{(\omega-\gamma)t}2 \sin\frac{(\omega+\gamma)t}{2}} {(\omega-\gamma)(\omega+\gamma)} \longrightarrow \frac{2F\cdot\frac{(\omega-\gamma)t}2\big/(\omega-\gamma) \cdot\sin\omega t}{2\omega} = \frac{F\,t\sin\omega t}{2\omega} .

L’amplitude croît linéairement sans borne : la catastrophe de résonance — la raison pour laquelle les soldats rompent le pas sur les ponts.

16. Le signal carré porte des harmoniques à toute fréquence impaire n=1,3,5,n = 1, 3, 5, \dots ; par linéarité, chaque harmonique nn est amplifiée par la réponse de l’oscillateur en γ=n\gamma = n. Pour ω=3\omega = 3, la troisième harmonique atteint exactement la résonance. Les ingénieurs craignent les entrées carrées (et en dents de scie) parce qu’elles excitent toutes les harmoniques impaires à la fois : quelle que soit la fréquence propre de la structure, une harmonique l’attend.

17. W=y1y2y1y2=qy1y2+qy1y2=0W' = y_1y_2'' - y_1''y_2 = -qy_1y_2 + qy_1y_2 = 0 : WW est constant (Liouville avec une matrice compagnon de trace nulle). W=0W = 0 en un point rend les données initiales de y2y_2 proportionnelles à celles de y1y_1, donc y2y_2 proportionnelle à y1y_1 (unicité) ; W0W \neq 0 ssi indépendantes. Si y(t0)=y(t0)=0y(t_0) = y'(t_0) = 0 alors y0y \equiv 0 (unicité) : une solution non nulle a des zéros simples, et un zéro simple est isolé (yy' de signe fixe au voisinage).

18. Entre deux zéros consécutifs a<ba < b, y1y_1 garde un signe constant, disons y1>0y_1 > 0 sur (a,b)\intoo ab : alors y1(a)>0y_1'(a) > 0 et y1(b)<0y_1'(b) < 0 (zéros simples). En évaluant la constante W=y1y2y1y2W = y_1y_2' - y_1'y_2 en aa et bb :

W=y1(a)y2(a)=y1(b)y2(b),W = -y_1'(a)\,y_2(a) = -y_1'(b)\,y_2(b) ,

donc y2(a)y_2(a) et y2(b)y_2(b) sont de signes opposés (W0W \neq 0 interdit à l’un ou l’autre de s’annuler) : y2y_2 s’annule dans (a,b)\intoo ab (valeurs intermédiaires). Il ne peut s’y annuler deux fois : deux zéros de y2y_2 encadreraient un zéro de y1y_1 par le même argument avec les rôles échangés, contredisant la consécutivité : exactement un zéro — l’entrelacement.

19. Supposons que zz n’a aucun zéro dans (a,b)\intoo ab ; en remplaçant y,zy, z par leurs opposés, supposons y>0y > 0 et z>0z > 0 sur (a,b)\intoo ab. Posons φ=yzyz\varphi = yz' - y'z : φ=yzyz=(q1q2)yz0\varphi' = yz'' - y''z = (q_1 - q_2)\,yz \leq 0 sur (a,b)\intoo ab : φ\varphi est décroissante. Mais φ(a)=y(a)z(a)0\varphi(a) = -y'(a)z(a) \leq 0 (car y(a)>0y'(a) > 0, z(a)0z(a) \geq 0) et φ(b)=y(b)z(b)0\varphi(b) = -y'(b)z(b) \geq 0 (car y(b)<0y'(b) < 0, z(b)0z(b) \geq 0) : une fonction décroissante allant de 0\leq 0 à 0\geq 0 s’annule identiquement, donc (q1q2)yz0(q_1 - q_2)yz \equiv 0 sur (a,b)\intoo ab. Si q1<q2q_1 < q_2 quelque part dans (a,b)\intoo ab, c’est absurde (y,z>0y, z > 0 en ce point) : zz doit s’annuler strictement à l’intérieur. En général (q1q2q_1 \leq q_2), ou bien zz s’annule dans (a,b)\intoo ab, ou bien φ0\varphi \equiv 0 force zz proportionnelle à yy, qui s’annule en aa et bb : dans tous les cas zz a un zéro dans [a,b]\intcc ab.

20. Borne supérieure : comparons yy (coefficient qm2q \geq m^2) avec u(t)=sin(m(ta))u(t) = \sin(m(t - a)) (coefficient m2qm^2 \leq q, donc yy joue le rôle de zz dans la question 19) : si yy n’avait aucun zéro dans (a,a+π/m]\intoc{a}{a + \pi/m}, les zéros aa et a+πma + \frac\pi m de uu seraient consécutifs avec y0y \neq 0 entre eux, contredisant la question 19 : deux zéros consécutifs de yy sont à distance πm\leq \frac\pi m. Borne inférieure : si deux zéros consécutifs a<ba < b de yy vérifiaient ba<πMb - a < \frac\pi M, alors z(t)=sin(M(ta))z(t) = \sin(M(t-a)) (coefficient M2qM^2 \geq q) devrait s’annuler dans [a,b](a,a+π/M){a}\intcc ab \subset \intoo{a}{a + \pi/M} \cup\{a\}, où son unique zéro est aa lui-même — mais la question 19 appliquée sur (a,b)\intoo{a}{b} avec stricte inégalité aux extrémités donne un zéro dans [a,b]\intcc ab, et z>0z > 0 sur (a,b]\intoc ab : contradiction. Donc πMbaπm\frac\pi M \leq b - a \leq \frac\pi m ; pour qω2q \equiv \omega^2 les deux bornes se rejoignent à l’espacement exact πω\frac\pi\omega de l’oscillateur harmonique.

21. Avec u=tyu = ty : u=ty+2yu'' = ty'' + 2y', donc ty+2y+ty=u+u=0ty'' + 2y' + ty = u'' + u = 0 : u=Asint+Bcost=Rsin(t+φ)u = A\sin t + B\cos t = R\sin(t + \varphi), et y=uty = \frac{u}{t} retrouve sintt\frac{\sin t}t et costt\frac{\cos t}t (Exercice 16.7) sans aucun abaissement de l’ordre. Les zéros de toute solution non nulle sont ceux de Rsin(t+φ)R\sin(t + \varphi) : espacés exactement de π\pi — la philosophie de Sturm à l’œuvre : le coefficient q1q \equiv 1 dicte les zéros, avec ou sans formule.

22. Posons x(t)=1ω0tsin(ω(ts))F(s) ⁣dsx(t) = \frac1\omega\int_0^t\sin(\omega(t-s))F(s)\dd s. Alors x(0)=0x(0) = 0 ;

x(t)=1ωsin(0)F(t)+0tcos(ω(ts))F(s) ⁣ds=0tcos(ω(ts))F(s) ⁣ds,x'(t) = \frac1\omega\sin(0)F(t) + \int_0^t\cos(\omega(t-s))F(s)\dd s = \int_0^t\cos(\omega(t-s))F(s)\dd s ,

donc x(0)=0x'(0) = 0 ; et x(t)=F(t)ω0tsin(ω(ts))F(s) ⁣ds=F(t)ω2x(t)x''(t) = F(t) - \omega\int_0^t\sin(\omega(t-s))F(s)\dd s = F(t) - \omega^2x(t) (dérivation d’une intégrale à paramètre à borne variable, comme dans le chapitre d’intégration). Avec F(s)=FcosωsF(s) = F\cos\omega s, la transformation produit en somme donne

0tsin(ω(ts))cos(ωs) ⁣ds=120t(sinωt+sin(ωt2ωs)) ⁣ds=t2sinωt,\int_0^t\sin(\omega(t-s))\cos(\omega s)\dd s = \frac12\int_0^t\bigl(\sin\omega t + \sin(\omega t - 2\omega s)\bigr)\dd s = \frac{t}{2}\sin\omega t ,

(le second morceau s’intègre en zéro), donc x=F2ωtsinωtx = \frac{F}{2\omega}t\sin\omega t : de nouveau la question 15, à partir de Duhamel.

23. Sous forme de système X=AX+(0,F(t))TX' = AX + (0, F(t))^{\mathsf T} avec SpA\operatorname{Sp}A de parties réelles négatives (ζ>0\zeta > 0) : la variation des constantes et l’Exercice 16.8 (etACeαt\vertiii{\eu^{tA}} \leq C\eu^{-\alpha t}) donnent

X(t)CeαtX0+0tCeα(ts)F ⁣dsCX0+CFα:\norm{X(t)} \leq C\eu^{-\alpha t}\norm{X_0} + \int_0^t C\eu^{-\alpha(t-s)}\norm{F}_\infty\dd s \leq C\norm{X_0} + \frac{C\norm F_\infty}{\alpha} :

entrée bornée, sortie bornée — uniformément en les données initiales après le transitoire.

24. Pour ζ=0\zeta = 0 et γω\gamma \neq \omega, la solution de la question 14 est bornée, et ajouter une solution homogène quelconque (bornée : les orbites du centre sont des cercles) la maintient bornée ; en γ=ω\gamma = \omega, la question 15 croît linéairement. Ainsi, pour l’oscillateur non amorti, la bornitude sous forçage périodique échoue à exactement une fréquence — la résonance — tandis que la question 23 montre que tout amortissement positif restaure la bornitude pour toutes les entrées bornées.

25. (i) Le plan trace–déterminant classe toute la dynamique linéaire plane autonome, et l’oscillateur de la partie II en parcourt une droite verticale ; le forçage quitte le plan (non autonome), et Duhamel prend le relais. (ii) γ\gamma_* est la fréquence que le système préfère, A(γ)A(\gamma_*) le prix à payer pour l’exciter, et 12ζ\frac{1}{2\zeta} le facteur d’amplification — l’acuité de la résonance que les ingénieurs appellent le facteur de qualité. (iii) Les théorèmes de Sturm lisent l’oscillation sur le seul signe et la seule taille de qq : ils gouvernent des équations (Bessel, Schrödinger) dont les solutions n’ont pas de formule élémentaire. (iv) Les wronskiens constants (question 17, via Liouville) et la stabilité entrée bornée (question 23) sont réutilisés discrètement chaque fois que le livre rencontre des équations à coefficients variables ou des systèmes perturbés.