পৃথিবী ও মহাকাশ বিজ্ঞান · বই 5 · স্নাতক তৃতীয় বর্ষ

Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 3e année

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Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 3e année · স্নাতক তৃতীয় বর্ষ

3Pesanteur et forme de la Terre

Deux satellites se suivent autour de la Terre, l’un derrière l’autre, à une altitude supérieure à 500 km500\,\mathrm{km} et distants d’environ 220 km220\,\mathrm{km}, et mesurent en permanence la distance qui les sépare, à mieux qu’un micromètre près.

Lorsqu’ils survolent une région où la masse est concentrée, le satellite de tête est attiré en premier et l’écart s’accroît ; le satellite qui suit est ensuite attiré à son tour et l’écart se réduit. À partir de ces variations infimes, mois après mois depuis 2002, on a cartographié le champ de pesanteur terrestre et son évolution : l’eau stockée dans les bassins fluviaux monte et descend au rythme des saisons, tandis que les grandes calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique perdent de la masse d’année en année. La pesanteur pèse ce que l’œil ne voit pas. Ce chapitre construit le champ de pesanteur d’une planète en rotation à partir de son potentiel, en déduit l’aplatissement et le moment d’inertie, suit ses anomalies jusqu’en orbite, puis s’intéresse à l’un des phénomènes que la pesanteur révèle en surface : la flexion de la lithosphère sous le poids d’un volcan.

Tu sais déjà

La loi de la gravitation de Newton, l’énergie potentielle de gravitation et la force centrifuge dans un référentiel tournant sont traitées dans les volumes de physique ; les moments d’inertie d’un solide et les polynômes de Legendre P2(x)=(3x2−1)/2P_2(x) = (3x^2 - 1)/2 figurent dans les volumes universitaires de physique et de mathématiques, le module d’Young EE et le coefficient de Poisson ν\nu dans le volume de physique de troisième année. La géodésie et l’aplatissement f=(a−b)/af = (a - b)/a d’un ellipsoïde de demi-axes a>ba > b ont été rencontrés en année 10. L’isostasie, la compensation d’Airy, la pesanteur normale, le géoïde, la hauteur du géoïde et les anomalies de pesanteur ont été définis dans le volume de première année, dans son chapitre sur l’isostasie et les anomalies de pesanteur.

3.1 Le géopotentiel

Sur une planète en rotation, un corps au repos subit l’attraction de la masse de la planète et, dans le référentiel qui tourne avec elle, la force centrifuge. Ces deux forces dérivent d’un potentiel.

Définition 3.1 (Géopotentiel)

Le géopotentiel est l’énergie potentielle par unité de masse, dans le référentiel lié à la Terre qui tourne à la vitesse angulaire ω\omega, de la gravitation et de la force centrifuge réunies :

W(r)=V(r)+Φ(r),V(r)=−G∫Terredm′∣r−r′∣,Φ(r)=−12ω2s2,W(\mathbf r) = V(\mathbf r) + \Phi(\mathbf r),\qquad V(\mathbf r) = -G\int_{\text{Terre}}\frac{\mathrm dm'}{|\mathbf r - \mathbf r'|},\qquad \Phi(\mathbf r) = -\tfrac12\omega^2 s^2,

où ss désigne la distance à l’axe de rotation. La pesanteur vaut g=−∇W\mathbf g = -\nabla W, et les surfaces W=csteW = \text{cste} en sont les surfaces d’égal potentiel : la pesanteur leur est partout normale.

Un fil à plomb s’aligne sur −∇W-\nabla W, et l’eau tranquille prend la forme d’une surface d’égal potentiel. Une planète fluide en rotation adopte donc la forme de l’une de ses propres surfaces d’égal potentiel : le potentiel centrifuge, maximal à l’équateur, gonfle l’équateur et aplatit les pôles.

Une surface d’égal potentiel d’une planète en rotation (schéma, aplatissement fortement exagéré). En chaque point, la pesanteur, somme de l’attraction et de la force centrifuge, est normale à cette surface ; elle ne pointe vers le centre qu’aux pôles et à l’équateur.
Une surface d’égal potentiel d’une planète en rotation (schéma, aplatissement fortement exagéré). En chaque point, la pesanteur, somme de l’attraction et de la force centrifuge, est normale à cette surface ; elle ne pointe vers le centre qu’aux pôles et à l’équateur.

À l’extérieur de la planète, le potentiel gravitationnel vérifie l’équation de Laplace, et ses solutions régulières à l’infini sont les harmoniques sphériques solides.

Proposition 3.2 (Développement en harmoniques sphériques du géopotentiel)

À l’extérieur d’un corps de masse MM et de rayon équatorial aa, l’origine étant placée en son centre de masse et l’axe zz suivant son axe de rotation, le potentiel gravitationnel à la distance rr, à la colatitude θ\theta et à la longitude λ\lambda vaut

V=−GMr[1−∑n=2∞(ar)nJnPn(cos⁡θ)+∑n=2∞∑m=1n(ar)nPnm(cos⁡θ)(Cnmcos⁡mλ+Snmsin⁡mλ)],\begin{gather*} V = -\frac{GM}{r}\Biggl[1 - \sum_{n=2}^{\infty}\left(\frac ar\right)^nJ_nP_n(\cos\theta)\\ + \sum_{n=2}^{\infty}\sum_{m=1}^{n}\left(\frac ar\right)^nP_{nm}(\cos\theta) (C_{nm}\cos m\lambda + S_{nm}\sin m\lambda)\Biggr], \end{gather*}

avec les polynômes de Legendre PnP_n et les fonctions associées PnmP_{nm} ; les coefficients JnJ_n, CnmC_{nm}, SnmS_{nm} sont des nombres, ajustés sur les observations. Pour un corps à symétrie de révolution autour de son axe, seuls les termes zonaux JnJ_n subsistent. Aucun terme de degré 1 n’apparaît.

Démonstration. La séparation des variables de l’équation de Laplace en coordonnées sphériques donne les solutions régulières à l’infini r−(n+1)Pnm(cos⁡θ)e±imλr^{-(n+1)}P_{nm}(\cos\theta)e^{\pm im\lambda} (volumes universitaires de mathématiques) ; tout potentiel à l’extérieur des masses en est une somme. Le terme de degré 0 vaut −GM/r-GM/r, potentiel de la masse totale. Les termes de degré 1 sont proportionnels aux moments premiers ∫r′ dm′\int\mathbf r'\,\mathrm dm', qui s’annulent lorsque l’origine est le centre de masse. La symétrie axiale supprime tout terme dépendant de λ\lambda. ∎

Définition 3.3 (Facteur de forme dynamique)

Le facteur de forme dynamique J2J_2 d’une planète est le coefficient de son harmonique zonale de degré 2 : l’écart maximal de son potentiel extérieur par rapport à celui d’une sphère, causé par son aplatissement. Pour la Terre, J2=1.082 63×10−3J_2 = 1.082\,63 \times 10^{-3}.

Théorème 3.4 (Formule de MacCullagh)

Soient AA, BB, CC les moments d’inertie principaux d’un corps de masse MM par rapport à des axes passant par son centre de masse, et II son moment d’inertie par rapport à la droite joignant le centre de masse à un point extérieur situé à la distance rr. À l’ordre r−3r^{-3}, le potentiel gravitationnel en ce point est donné par la formule de MacCullagh

V=−GMr−G(A+B+C−3I)2r3.V = -\frac{GM}{r} - \frac{G(A + B + C - 3I)}{2r^3} .

Pour un corps symétrique par rapport à l’axe zz (A=BA = B), V=−GMr+G(C−A)r3P2(cos⁡θ)V = -\dfrac{GM}{r} + \dfrac{G(C - A)}{r^3}P_2(\cos\theta), d’où

J2=C−AMa2.J_2 = \frac{C - A}{Ma^2} .

Démonstration. Avec r^\hat{\mathbf r} le vecteur unitaire dirigé vers le point et r′≪rr' \ll r,

1∣r−r′∣=1r+r^⋅r′r2+3(r^⋅r′)2−r′22r3+O(r−4).\frac{1}{|\mathbf r - \mathbf r'|} = \frac1r + \frac{\hat{\mathbf r}\cdot\mathbf r'}{r^2} + \frac{3(\hat{\mathbf r}\cdot\mathbf r')^2 - r'^2}{2r^3} + O(r^{-4}).

Intégré sur la masse, le premier terme donne M/rM/r et le second s’annule (centre de masse). Pour le troisième, ∫r′2 dm′=(A+B+C)/2\int r'^2\,\mathrm dm' = (A + B + C)/2, puisque A+B+C=∫2r′2 dm′A + B + C = \int 2r'^2\,\mathrm dm', et ∫(r^⋅r′)2 dm′=∫r′2 dm′−I\int(\hat{\mathbf r}\cdot\mathbf r')^2\,\mathrm dm' = \int r'^2\,\mathrm dm' - I, le carré de la distance à la droite étant r′2−(r^⋅r′)2r'^2 - (\hat{\mathbf r}\cdot\mathbf r')^2. Le crochet s’intègre en 3(A+B+C)/2−3I−(A+B+C)/2=A+B+C−3I3(A + B + C)/2 - 3I - (A + B + C)/2 = A + B + C - 3I. Pour A=BA = B, le moment par rapport à une droite de colatitude θ\theta vaut I=Asin⁡2θ+Ccos⁡2θI = A\sin^2\theta + C\cos^2\theta, et 2A+C−3I=(C−A)(1−3cos⁡2θ)=−2(C−A)P2(cos⁡θ)2A + C - 3I = (C - A)(1 - 3\cos^2\theta) = -2(C - A)P_2(\cos\theta). En comparant avec la Proposition 3.2, on obtient J2Ma2=C−AJ_2Ma^2 = C - A. ∎

Le terme de degré 2 du potentiel mesure donc la différence des moments d’inertie, et non les moments eux-mêmes. La précession de l’axe de la Terre, provoquée par les couples exercés par le Soleil et la Lune sur le renflement équatorial, mesure l’ellipticité dynamique H=(C−A)/CH = (C - A)/C ; ensemble, J2J_2 et HH donnent C/(Ma2)C/(Ma^2), le facteur de moment d’inertie, 0.33080.3308 pour la Terre,

bien en dessous des 0.40.4 d’une sphère homogène : la masse est concentrée vers le centre.

3.2 L’ellipsoïde en rotation

Définition 3.5 (Ellipsoïde de référence)

Un ellipsoïde de référence est un ellipsoïde de révolution, de demi-axe équatorial aa et d’aplatissement ff, choisi de sorte qu’il soit lui-même une surface équipotentielle d’un potentiel modèle : le potentiel d’un corps en rotation de masse MM, de vitesse angulaire ω\omega et de facteur de forme dynamique J2J_2 de la Terre. Quatre constantes le définissent ; le Geodetic Reference System 1980 retient

a=6 378 137 m,GM=3.986 005×1014 m3 s−2,J2=1.082 63×10−3,ω=7.292 115×10−5 rad s−1,\begin{gather*} a = 6\,378\,137\,\mathrm{m},\qquad GM = 3.986\,005 \times 10^{14}\,\mathrm{m}^{3}\,\mathrm{s}^{-2},\\ J_2 = 1.082\,63 \times 10^{-3},\qquad \omega = 7.292\,115 \times 10^{-5}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1}, \end{gather*}

et en déduit l’aplatissement f=0.003 352 810 68f = 0.003\,352\,810\,68 (1/f=298.257 2221/f = 298.257\,222) ainsi que le demi-petit axe b=6 356 752.3141 mb = 6\,356\,752.3141\,\mathrm{m}.

Le potentiel du modèle, le potentiel normal, est connu sous forme fermée, et il en va de même de sa pesanteur sur l’ellipsoïde, la pesanteur normale du volume de première année.

Proposition 3.6 (Formule de Somigliana)

Sur un ellipsoïde de référence de demi-axes aa, bb et de pesanteur normale γe\gamma_e à l’équateur et γp\gamma_p aux pôles, la pesanteur normale à la latitude géodésique φ\varphi est donnée par la formule de Somigliana

γ(φ)=aγecos⁡2φ+bγpsin⁡2φa2cos⁡2φ+b2sin⁡2φ.\gamma(\varphi) = \frac{a\gamma_e\cos^2\varphi + b\gamma_p\sin^2\varphi} {\sqrt{a^2\cos^2\varphi + b^2\sin^2\varphi}} .

Pour le Geodetic Reference System 1980, γe=9.780 326 771 5 m s−2\gamma_e = 9.780\,326\,771\,5\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2} et γp=9.832 186 368 5 m s−2\gamma_p = 9.832\,186\,368\,5\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}, et la série γ=9.780327(1+0.0053024sin⁡2φ−0.0000058sin⁡22φ)\gamma = 9.780327(1 + 0.0053024\sin^2\varphi - 0.0000058\sin^22\varphi) m s−2\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2} reproduit la formule à 0.1 mGal0.1\,\mathrm{m}\mathrm{Gal} près.

Démonstration. Admis à ce niveau. ∎

Quelle doit être l’aplatissement d’une planète en rotation ? Si c’est un fluide en équilibre hydrostatique, son aplatissement est fixé par sa rotation et par la façon dont sa masse est répartie en profondeur.

Proposition 3.7 (Relations de Clairaut et de Darwin–Radau)

Pour une planète en équilibre hydrostatique, avec m=ω2a2b/(GM)m = \omega^2a^2b/(GM) le rapport de l’accélération centrifuge à l’accélération gravitationnelle à l’équateur, au premier ordre en ff et mm :

J2=2f−m3(Clairaut),CMa2=23[1−2552mf−1](Darwin–Radau).J_2 = \frac{2f - m}{3}\qquad\text{(Clairaut)},\qquad \frac{C}{Ma^2} = \frac23\left[1 - \frac25\sqrt{\frac52\frac mf - 1}\right] \qquad\text{(Darwin--Radau)} .

Une planète homogène (C/Ma2=0.4C/Ma^2 = 0.4) a f=5m/4f = 5m/4 ; une planète dont la masse est concentrée vers le centre est moins aplatie.

Démonstration. Admis à ce niveau. ∎

La relation de Clairaut, avec le m=0.003 449 79m = 0.003\,449\,79 de la Terre, transforme son J2J_2 mesuré en f=0.003 348 8f = 0.003\,348\,8, soit 1/298.61/298.6 : à 0.12 %0.12\,\% près de l’aplatissement de l’ellipsoïde. La relation de Darwin–Radau, avec le facteur de moment d’inertie, donne l’aplatissement que la Terre aurait si c’était un fluide en équilibre : 1/299.91/299.9, contre 1/298.261/298.26 mesuré. La Terre est un peu plus aplatie qu’une planète fluide ayant sa rotation et une répartition de masse donnée : son renflement équatorial dépasse d’environ 116 m116\,\mathrm{m} de plus que ce que prévoit l’équilibre hydrostatique. La Terre n’est pas exactement un fluide en équilibre, et l’écart est lui-même une mesure des contraintes que supporte son intérieur.

L’aplatissement d’une planète fluide dotée de la rotation terrestre, en fonction de son facteur de moment d’inertie, d’après la relation de Darwin–Radau (calculé à partir du Geodetic Reference System 1980). Plus la masse est concentrée vers le centre, plus la planète est ronde. Pour la valeur terrestre de 0.3308 l’aplatissement hydrostatique vaut 1/299.9, un peu moins que la valeur observée 1/298.26.
L’aplatissement d’une planète fluide dotée de la rotation terrestre, en fonction de son facteur de moment d’inertie, d’après la relation de Darwin–Radau (calculé à partir du Geodetic Reference System 1980). Plus la masse est concentrée vers le centre, plus la planète est ronde. Pour la valeur terrestre de 0.33080.3308 l’aplatissement hydrostatique vaut 1/299.91/299.9, un peu moins que la valeur observée 1/298.261/298.26.

3.3 Le géoïde et le potentiel perturbateur

Le géoïde est la surface de niveau du géopotentiel réel qui coïncide avec le niveau moyen de la mer ; l’ellipsoïde de référence est une surface de niveau du potentiel normal UU de même valeur, U0=W0U_0 = W_0. Leur écart, la hauteur du géoïde NN, est fixé par la différence des deux potentiels.

Proposition 3.8 (Formule de Bruns)

Soit T=W−UT = W - U le potentiel perturbateur. La hauteur du géoïde en un point est donnée par la formule de Bruns

N=−Tγ,N = -\frac{T}{\gamma},

où TT est évalué sur le géoïde et γ\gamma est la pesanteur normale en ce point. Un excès de masse, qui creuse le potentiel (T<0T < 0), élève le géoïde.

Démonstration. Soit P sur le géoïde et Q le point de l’ellipsoïde situé sous lui, à la distance NN. Comme UU croît vers l’extérieur au taux γ\gamma, U(P)=U(Q)+γN=U0+γNU(\mathrm P) = U(\mathrm Q) + \gamma N = U_0 + \gamma N. Alors W0=W(P)=U(P)+T(P)=U0+γN+TW_0 = W(\mathrm P) = U(\mathrm P) + T(\mathrm P) = U_0 + \gamma N + T, et W0=U0W_0 = U_0 donne N=−T/γN = -T/\gamma. ∎

Une hauteur de géoïde de 50 m50\,\mathrm{m} correspond à une différence de potentiel de seulement 490 J kg−1490\,\mathrm{J}\,\mathrm{kg}^{-1}, soit une partie sur 10510^{5} du géopotentiel. Les hauteurs du géoïde terrestre vont d’environ +85 m+85\,\mathrm{m} en Islande à −106 m-106\,\mathrm{m} dans le sud de l’Inde,

soit un écart de moins de 200 m200\,\mathrm{m} pour une planète dont les rayons équatorial et polaire diffèrent de 21 km21\,\mathrm{km}.

3.4 Gravimétrie satellitaire

Définition 3.9 (Gravimétrie satellitaire)

La gravimétrie satellitaire détermine le champ de pesanteur terrestre à partir du mouvement des satellites : perturbations à long terme de leurs orbites, de la variation de distance entre deux satellites sur une même orbite, ou à l’aide de gradiomètres qui mesurent les différences de pesanteur d’un bout à l’autre de l’engin spatial.

La plus grande perturbation d’une orbite proche de la Terre provient de J2J_2. Le renflement équatorial exerce un couple sur l’orbite inclinée, qui tourne lentement autour de l’axe terrestre.

Proposition 3.10 (Précession nodale)

Au premier ordre en J2J_2, la ligne des nœuds d’une orbite circulaire de rayon rr et d’inclinaison ii tourne au taux

Ω˙=−32 nJ2(ar)2cos⁡i,n=GM/r3,\dot\Omega = -\frac32\,nJ_2\left(\frac ar\right)^2\cos i,\qquad n = \sqrt{GM/r^3} ,

vers l’ouest pour une orbite directe (i<90∘i < 90{}^{\circ}), vers l’est pour une orbite rétrograde.

Démonstration. Sur de nombreuses révolutions, le satellite se comporte comme un anneau de masse msm_s répartie le long de son orbite. La partie de degré 2 du potentiel, (GMJ2a2/r3)P2(cos⁡θ)(GMJ_2a^2/r^3)P_2(\cos\theta) par unité de masse, moyennée sur un cercle incliné à ii, fait intervenir ⟨cos⁡2θ⟩=12sin⁡2i\langle\cos^2\theta\rangle = \tfrac12\sin^2i, d’où ⟨P2⟩=34sin⁡2i−12\langle P_2\rangle = \tfrac34\sin^2i - \tfrac12, et l’énergie de l’anneau vaut E(i)=ms(GMJ2a2/r3)(34sin⁡2i−12)E(i) = m_s(GMJ_2a^2/r^3)(\tfrac34\sin^2i - \tfrac12). Le couple par rapport à la ligne des nœuds vaut τ=−dE/di=−32ms(GMJ2a2/r3)sin⁡icos⁡i\tau = -\mathrm dE/\mathrm di = -\tfrac32m_s(GMJ_2a^2/r^3)\sin i\cos i. Il est perpendiculaire au moment cinétique de l’anneau L=msnr2L = m_snr^2 : il fait tourner L\mathbf L autour de l’axe polaire sans modifier sa norme : Lsin⁡i Ω˙=τL\sin i\,\dot\Omega = \tau. Avec GM=n2r3GM = n^2r^3, Ω˙=−32nJ2(a/r)2cos⁡i\dot\Omega = -\tfrac32nJ_2(a/r)^2\cos i. ∎

Le taux atteint plusieurs degrés par jour pour une orbite basse proche de l’équateur ; pour une inclinaison un peu supérieure à 90∘90{}^{\circ}, il égale le mouvement annuel du Soleil, et l’orbite garde la même orientation par rapport au Soleil toute l’année (exercice 12). Mesurées sur de nombreux satellites d’inclinaisons différentes, ces précessions donnent J2J_2 et les harmoniques zonales d’ordre supérieur.

Une paire de satellites fait mieux : la variation de distance entre eux mesure la différence de pesanteur ressentie le long de l’orbite. Le couple GRACE a fonctionné de 2002 à 2017, et son successeur, GRACE Follow-On, depuis son lancement le 2222 mai 2018, sa liaison micro-onde mesurant la distance à mieux d’un micromètre près, et une liaison laser en test visant une précision jusqu’à vingt fois meilleure.

Le champ varie d’un mois à l’autre parce que l’eau se déplace : neige et humidité des sols, eaux souterraines, lacs, océans, calottes glaciaires.

Le principe de la paire de satellites (schématique, non à l’échelle). À l’approche d’un excès de masse, le satellite de tête en ressent d’abord l’attraction et est accéléré vers l’avant, si bien que la distance entre les deux augmente ; lorsque le satellite de queue passe au-dessus de la masse, la distance diminue à nouveau. La vitesse relative, mesurée en continu, est inversée pour obtenir le champ de pesanteur.
Le principe de la paire de satellites (schématique, non à l’échelle). À l’approche d’un excès de masse, le satellite de tête en ressent d’abord l’attraction et est accéléré vers l’avant, si bien que la distance entre les deux augmente ; lorsque le satellite de queue passe au-dessus de la masse, la distance diminue à nouveau. La vitesse relative, mesurée en continu, est inversée pour obtenir le champ de pesanteur.
Les deux satellites GRACE Follow-On, vue d’artiste (la distance entre eux est fortement réduite). Le faisceau rouge représente la liaison laser de mesure de distance. NASA/JPL-Caltech, domaine public.
Les deux satellites GRACE Follow-On, vue d’artiste (la distance entre eux est fortement réduite). Le faisceau rouge représente la liaison laser de mesure de distance. NASA/JPL-Caltech, domaine public.

Définition 3.11 (Hauteur d’eau équivalente)

Une variation du champ de pesanteur qui varie lentement sur des distances bien supérieures à l’épaisseur de la couche où la masse s’est déplacée peut être représentée par une variation de densité surfacique σ\sigma (kg m−2\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-2}) sur une coque mince à la surface de la Terre. La hauteur d’eau équivalente est l’épaisseur d’eau douce ayant la même densité surfacique :

hw=σρw.h_w = \frac{\sigma}{\rho_w} .

Un mètre d’eau sur un bassin de 1×106 km21 \times 10^{6}\,\mathrm{km}^{2} représente 1×1015 kg1 \times 10^{15}\,\mathrm{kg}, soit 1000 Gt1000\,\mathrm{Gt}. Le niveau de la mer est l’autre face du bilan : 360 Gt360\,\mathrm{Gt} de glace ajoutée à l’océan le relève d’environ un millimètre.

La gravimétrie satellitaire, l’altimétrie satellitaire et le bilan entre chutes de neige et débit de glace mesurent chacun le bilan de masse des calottes glaciaires ; réconciliés, ils donnent la série ci-dessous.

Variation de masse cumulée des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique depuis 1992, avec des bandes d’un écart type (estimations réconciliées IMBIE 2021 issues de l’altimétrie, de la gravimétrie et de la méthode entrée–sortie). À la fin de 2020, le Groenland avait perdu 4890 ± 460\, Gt et l’Antarctique 2670 ± 530\, Gt ; les ajustements linéaires donnent -176\, Gt\, an-1 et -91\, Gt\, an-1 sur 1992–2020, et -246\, Gt\, an-1 et -127\, Gt\, an-1 sur les années GRACE.
Variation de masse cumulée des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique depuis 1992, avec des bandes d’un écart type (estimations réconciliées IMBIE 2021 issues de l’altimétrie, de la gravimétrie et de la méthode entrée–sortie). À la fin de 2020, le Groenland avait perdu 4890±460 Gt4890 \pm 460\,\mathrm{Gt} et l’Antarctique 2670±530 Gt2670 \pm 530\,\mathrm{Gt} ; les ajustements linéaires donnent −176 Gt an−1-176\,\mathrm{Gt}\,\mathrm{an}^{-1} et −91 Gt an−1-91\,\mathrm{Gt}\,\mathrm{an}^{-1} sur 1992–2020, et −246 Gt an−1-246\,\mathrm{Gt}\,\mathrm{an}^{-1} et −127 Gt an−1-127\,\mathrm{Gt}\,\mathrm{an}^{-1} sur les années GRACE.

Une anomalie de pesanteur mesurée à la surface est une somme d’harmoniques ; à la hauteur d’un satellite, chacune est affaiblie par un facteur qui dépend de sa longueur d’onde.

Proposition 3.12 (Prolongement vers le haut)

Au-dessus des masses qui la causent, une anomalie de pesanteur qui varie le long de la surface comme Δg0cos⁡kx\Delta g_0\cos kx, avec k=2π/λk = 2\pi/\lambda, vaut à la hauteur zz (son prolongement vers le haut)

Δg(x,z)=Δg0 e−kzcos⁡kx.\Delta g(x, z) = \Delta g_0\,e^{-kz}\cos kx .

Démonstration. Au-dessus des masses, le potentiel anormal, et avec lui l’anomalie, vérifie l’équation de Laplace ∂x2Δg+∂z2Δg=0\partial_x^2\Delta g + \partial_z^2\Delta g = 0. En séparant les variables, Δg=Z(z)cos⁡kx\Delta g = Z(z)\cos kx avec Z′′=k2ZZ'' = k^2Z, dont la solution bornée lorsque z→∞z \to \infty est Z=Δg0e−kzZ = \Delta g_0e^{-kz}. ∎

À une hauteur de 400 km400\,\mathrm{km}, une anomalie longue de 1000 km1000\,\mathrm{km} conserve 8 %8\,\% de son amplitude, une anomalie de 100 km100\,\mathrm{km} n’en conserve qu’environ 1×10−111 \times 10^{-11} : les satellites voient les grandes longueurs d’onde, et les mesures en surface les courtes.

3.5 Flexure lithosphérique

Le volume de première année compensait une charge localement, chaque colonne flottant pour son propre compte. Un volcan posé sur une plaque océanique n’est pas compensé sous lui seul : la plaque fléchit sous lui sur une largeur de plusieurs centaines de kilomètres, et le fond marin autour du volcan s’enfonce dans une fosse, au-delà de laquelle il remonte en un arc bas.

Définition 3.13 (Flexure lithosphérique, rigidité flexurale, épaisseur élastique effective)

flexure lithosphérique est le fléchissement de la lithosphère sous une charge, modélisé comme le fléchissement d’une plaque élastique mince. La résistance de la plaque au fléchissement est sa rigidité flexurale

D=ETe312(1−ν2),D = \frac{ET_e^3}{12(1 - \nu^2)},

et l’épaisseur TeT_e de la plaque élastique uniforme qui fléchit comme la lithosphère réelle est son épaisseur élastique effective.

Théorème 3.14 (Flexure d’une plaque mince)

Une plaque élastique mince de rigidité DD, fléchie dans une direction par une charge q(x)q(x) par unité de surface, fléchie vers le bas d’une quantité w(x)w(x) et flottant sur un manteau de masse volumique ρm\rho_m, le creux étant comblé par un matériau de masse volumique ρi\rho_i, obéit à l’équation de la flexure

Dd4wdx4+(ρm−ρi)g w=q(x).D\frac{\mathrm d^4w}{\mathrm dx^4} + (\rho_m - \rho_i)g\,w = q(x) .

Démonstration. Dans une plaque fléchie, les fibres situées au-dessus du plan médian sont raccourcies et celles au-dessous allongées, proportionnellement à la courbure w′′w'' ; en intégrant la contrainte de flexion sur l’épaisseur donne le moment fléchissant M=−Dw′′M = -Dw'', avec la rigidité de la définition (la plaque ne peut pas se dilater latéralement, d’où le facteur 1−ν21 - \nu^2 ; le volume de troisième année des volumes de physique). Une tranche dx\mathrm dx de la plaque porte l’effort tranchant VV sur ses faces et le moment MM. Équilibre vertical : la charge q dxq\,\mathrm dx vers le bas et la poussée d’Archimède du manteau déplacé (ρm−ρi)gw dx(\rho_m - \rho_i)gw\,\mathrm dx vers le haut donnent dV/dx=−q+(ρm−ρi)gw\mathrm dV/\mathrm dx = -q + (\rho_m - \rho_i)gw. L’équilibre des moments donne dM/dx=V\mathrm dM/\mathrm dx = V. Alors −Dw′′′′=M′′=V′=−q+(ρm−ρi)gw-Dw'''' = M'' = V' = -q + (\rho_m - \rho_i)gw. ∎

Définition 3.15 (Paramètre flexural, bombement périphérique)

Le paramètre flexural d’une plaque est la longueur

α=(4D(ρm−ρi)g)1/4,\alpha = \left(\frac{4D}{(\rho_m - \rho_i)g}\right)^{1/4},

qui fixe l’échelle horizontale de sa flexure. Le bombement périphérique est le faible arc de flexure vers le haut que soulève une plaque fléchie au-delà de la fosse ou bassin voisin de sa charge.

Proposition 3.16 (Charge linéique sur une plaque continue)

Une charge linéique V0V_0 par unité de longueur le long de x=0x = 0 fléchit la plaque de

w(x)=w0e−∣x∣/α(cos⁡∣x∣α+sin⁡∣x∣α),w0=V0α38D.w(x) = w_0e^{-|x|/\alpha}\left(\cos\frac{|x|}{\alpha} + \sin\frac{|x|}{\alpha}\right), \qquad w_0 = \frac{V_0\alpha^3}{8D} .

La flèche s’annule en ∣x∣=3πα/4|x| = 3\pi\alpha/4, au bord de la fosse ; la crête du bombement périphérique est en ∣x∣=πα|x| = \pi\alpha, avec la hauteur w0e−π=0.0432 w0w_0e^{-\pi} = 0.0432\,w_0. La poussée d’Archimède de l’ensemble de la flèche équilibre la charge : ∫(ρm−ρi)gw dx=V0\int(\rho_m - \rho_i)gw\,\mathrm dx = V_0.

Démonstration. Pour x>0x > 0 l’équation s’écrit w′′′′+4w/α4=0w'''' + 4w/\alpha^4 = 0 ; les racines de r4=−4/α4r^4 = -4/\alpha^4 sont (±1±i)/α(\pm1 \pm i)/\alpha, et les solutions qui s’annulent à l’infini sont e−x/α(Acos⁡(x/α)+Bsin⁡(x/α))e^{-x/\alpha}(A\cos(x/\alpha) + B\sin(x/\alpha)). La symétrie impose w′(0)=0w'(0) = 0, ce qui donne A=B=w0A = B = w_0. En intégrant l’équilibre vertical à travers la charge, l’effort tranchant V=−Dw′′′V = -Dw''' subit un saut de −V0-V_0 ; par symétrie w′′′(0−)=−w′′′(0+)w'''(0^-) = -w'''(0^+), et w′′′(0+)=4w0/α3w'''(0^+) = 4w_0/\alpha^3, donc 8Dw0/α3=V08Dw_0/\alpha^3 = V_0. La flèche s’annule là où tan⁡(x/α)=−1\tan(x/\alpha) = -1, d’abord en x=3πα/4x = 3\pi\alpha/4 ; sa dérivée, −(2w0/α)e−x/αsin⁡(x/α)-(2w_0/\alpha)e^{-x/\alpha}\sin(x/\alpha), s’annule ensuite en x=παx = \pi\alpha. Enfin ∫0∞e−u(cos⁡u+sin⁡u) du=1\int_0^\infty e^{-u}(\cos u + \sin u)\,\mathrm du = 1, donc ∫w dx=2w0α=V0α4/(4D)=V0/((ρm−ρi)g)\int w\,\mathrm dx = 2w_0\alpha = V_0\alpha^4/(4D) = V_0/((\rho_m - \rho_i)g). ∎

Proposition 3.17 (Plaque brisée)

Une plaque brisée en x=0x = 0 et enfoncée à son extrémité libre, comme au niveau d’une fosse océanique, la plaque fléchit selon w=w0e−x/αcos⁡(x/α)w = w_0e^{-x/\alpha}\cos(x/\alpha) pour x≥0x \ge 0 : la flèche s’annule en x=πα/2x = \pi\alpha/2, et la crête du bombement périphérique, la remontée externe, se trouve en x=3πα/4x = 3\pi\alpha/4, avec une hauteur w0e−3π/4/2=0.067 w0w_0e^{-3\pi/4}/\sqrt2 = 0.067\,w_0.

Démonstration. Les mêmes solutions décroissantes, avec cette fois une extrémité libre ne portant aucun moment, w′′(0)=0w''(0) = 0, ce qui donne B=0B = 0. Le zéro est en cos⁡(x/α)=0\cos(x/\alpha) = 0 ; la dérivée −(w0/α)e−x/α(cos⁡+sin⁡)(x/α)-(w_0/\alpha)e^{-x/\alpha}(\cos + \sin)(x/\alpha) s’annule en x=3πα/4x = 3\pi\alpha/4, où w=w0e−3π/4cos⁡(3π/4)w = w_0e^{-3\pi/4}\cos(3\pi/4). ∎

Les distances sont donc la clé de la résistance de la plaque : mesurer là où la fosse se termine ou là où le bombement culmine, et α\alpha en découle, puis DD, puis TeT_e. Comme TeT_e intervient par α4/3\alpha^{4/3}, une estimation correcte d’une distance donne une bonne estimation de l’épaisseur.

Flexion d’une plaque élastique (calculée ; E = 100\, GPa, = 0.25, manteau 3300\, kg\, m-3, eau dans la fosse périphérique ; échelle verticale fortement exagérée). (a) Sous la charge d’une crête volcanique (4.17 × 1012\, N\, m-1), une plaque mince s’enfonce profondément et étroitement, une plaque épaisse peu et largement ; le bombement périphérique s’écarte de 112\, km à 316\, km. (b) Une plaque brisée au niveau d’une fosse et enfoncée de 1\, km : la remontée externe mesure 67\, m de haut, à 167\, km de la fosse.
Flexion d’une plaque élastique (calculée ; E=100 GPaE = 100\,\mathrm{GPa}, ν=0.25\nu = 0.25, manteau 3300 kg m−33300\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3}, eau dans la fosse périphérique ; échelle verticale fortement exagérée). (a) Sous la charge d’une crête volcanique (4.17×1012 N m−14.17 \times 10^{12}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}^{-1}), une plaque mince s’enfonce profondément et étroitement, une plaque épaisse peu et largement ; le bombement périphérique s’écarte de 112 km112\,\mathrm{km} à 316 km316\,\mathrm{km}. (b) Une plaque brisée au niveau d’une fosse et enfoncée de 1 km1\,\mathrm{km} : la remontée externe mesure 67 m67\,\mathrm{m} de haut, à 167 km167\,\mathrm{km} de la fosse.

Définition 3.18 (Compensation isostatique régionale)

compensation isostatique régionale est le soutien d’une charge par la poussée exercée par une flexion répartie sur une région plus vaste que la charge, grâce à la résistance de la lithosphère en flexion ; en revanche, dans les compensations d’Airy ou de Pratt, chaque colonne est compensée sous elle-même.

Les compensations locale et régionale équilibrent la même masse totale, mais la répartissent différemment : sous une charge étroite sur une plaque rigide, la racine est peu profonde et large, et l’anomalie de pesanteur au-dessus de la charge est fortement positive, bordée d’anomalies négatives au-dessus de la fosse périphérique. Autour des îles de la ride hawaïenne, les profils gravimétriques et sismiques donnent des épaisseurs élastiques effectives de 17 à 37 km37\,\mathrm{km}, et de 10 à 20 km20\,\mathrm{km} le long des monts sous-marins plus anciens de la chaîne d’Empereur, un écart attendu d’après les âges des volcans et de la plaque qu’ils chargent ; les valeurs suivent la profondeur d’une isotherme voisine de 350∘C350{}^{\circ}\mathrm{C} dans la plaque océanique en refroidissement.

La même flexion, sous le poids d’une chaîne de montagnes, ouvre les bassins d’avant-pays du volume de deuxième année, dans son chapitre consacré à l’orogène alpin.

Île volcanique sur une plaque océanique (coupe schématique, échelle verticale exagérée). La plaque fléchit sous le volcan ; la dépression qui l’entoure, la fosse périphérique, se remplit de débris volcaniques et de sédiments, et au-delà, la plaque se soulève en un faible bombement périphérique.
Île volcanique sur une plaque océanique (coupe schématique, échelle verticale exagérée). La plaque fléchit sous le volcan ; la dépression qui l’entoure, la fosse périphérique, se remplit de débris volcaniques et de sédiments, et au-delà, la plaque se soulève en un faible bombement périphérique.

Sur le terrain — Un levé gravimétrique relatif

Un gravimètre de terrain sur son socle de mise à niveau, avec une antenne satellite en arrière-plan (Illustration générée par IA.)

Un gravimètre absolu laisse tomber un miroir à coin de cube dans une chambre à vide, à plusieurs reprises, et chronomètre sa chute à l’aide d’un interféromètre laser et d’une horloge atomique ; il donne la pesanteur en une station, mais il est lourd et lent à installer. Le levé se fait avec un gravimètre relatif, une petite balance à ressort qui mesure les écarts de pesanteur. Le géophysicien le met à niveau sur une plaque de base à chaque station d’un profil, le lit, note l’heure et la hauteur, puis passe à la suivante ; toutes les quelques heures, la boucle revient à une station de base, afin de mesurer et d’éliminer la lente dérive du ressort et les marées terrestres. Un récepteur satellitaire posé sur un mât voisin fournit la position et la hauteur, car la pesanteur varie d’environ 0.3 mGal0.3\,\mathrm{m}\mathrm{Gal} pour chaque mètre de hauteur.

3.6 Exercices

Exercice 3.1 ★

À partir des valeurs du Geodetic Reference System 1980, a=6 378 137 ma = 6\,378\,137\,\mathrm{m} et f=0.003 352 810 68f = 0.003\,352\,810\,68, calculer le demi-petit axe bb et a−ba - b. Avec J2=1.082 63×10−3J_2 = 1.082\,63 \times 10^{-3} et m=0.003 449 79m = 0.003\,449\,79, calculer l’aplatissement que prédit la relation de Clairaut, et comparer.

Solution

Solution de Exercice 3.1.

b=a(1−f)=6378137×0.99664719=6 356 752.3 mb = a(1 - f) = 6378137\times0.99664719 = 6\,356\,752.3\,\mathrm{m}, et a−b=21 384.7 ma - b = 21\,384.7\,\mathrm{m}, environ 21.4 km21.4\,\mathrm{km}. Clairaut : f=(3J2+m)/2=(0.00324789+0.00344979)/2=0.003 348 8f = (3J_2 + m)/2 = (0.00324789 + 0.00344979)/2 = 0.003\,348\,8, ou 1/298.611/298.61, contre 1/298.261/298.26 : 0.12 %0.12\,\% de moins, soit la taille des termes du second ordre négligés par la relation.

Exercice 3.2 ★

Une année sèche, un bassin fluvial de 5.0×105 km25.0 \times 10^{5}\,\mathrm{km}^{2} perd 60 Gt60\,\mathrm{Gt} de eau. Calculer la variation de hauteur d’eau équivalente. De combien la même masse élèverait le niveau de la mer, sachant que 360 Gt360\,\mathrm{Gt} correspondent à un millimètre ?

Solution

Solution de Exercice 3.2.

σ=6.0×1013 kg/5.0×1011 m2=120 kg m−2\sigma = 6.0 \times 10^{13}\,\mathrm{kg}/5.0 \times 10^{11}\,\mathrm{m}^{2} = 120\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-2}, donc hw=120/1000=0.12 mh_w = 120/1000 = 0.12\,\mathrm{m} : 12 cm12\,\mathrm{cm} d’eau. Répartie sur l’océan, 60/360=0.17 mm60/360 = 0.17\,\mathrm{mm} du niveau de la mer.

Exercice 3.3 ★

Avec la série γ=9.780327(1+0.0053024sin⁡2φ−0.0000058sin⁡22φ)\gamma = 9.780327(1 + 0.0053024\sin^2\varphi - 0.0000058\sin^22\varphi) m s−2\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}, calculer la pesanteur normale à l’équateur, à 45∘45{}^{\circ} et aux pôles. Exprimer la différence entre le pôle et l’équateur en milligals.

Solution

Solution de Exercice 3.3.

À l’équateur γ=9.780 327 m s−2\gamma = 9.780\,327\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}. À 45∘45{}^{\circ}, sin⁡2φ=0.5\sin^2\varphi = 0.5 et sin⁡22φ=1\sin^22\varphi = 1 : γ=9.780327×1.0026454=9.806 200 m s−2\gamma = 9.780327\times1.0026454 = 9.806\,200\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}. Aux pôles, 9.780327×1.0053024=9.832 186 m s−29.780327\times1.0053024 = 9.832\,186\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}. La différence vaut 0.051 859 m s−20.051\,859\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}, soit 5186 mGal5186\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}.

Exercice 3.4 ★

Calculer la rigidité flexurale et le paramètre flexural de plaques océaniques avec Te=10 kmT_e = 10\,\mathrm{km} et Te=30 kmT_e = 30\,\mathrm{km} (E=100 GPaE = 100\,\mathrm{GPa}, ν=0.25\nu = 0.25, ρm−ρw=2270 kg m−3\rho_m - \rho_w = 2270\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3}, g=9.81 m s−2g = 9.81\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}). Où se situent le bord de la fosse périphérique et le bombement périphérique sous une charge linéique ?

Solution

Solution de Exercice 3.4.

D=ETe3/(12(1−ν2))=1011Te3/11.25D = ET_e^3/(12(1 - \nu^2)) = 10^{11}T_e^3/11.25 : 8.89×1021 N m8.89 \times 10^{21}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m} pour 10 km10\,\mathrm{km}, 2.40×1023 N m2.40 \times 10^{23}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m} pour 30 km30\,\mathrm{km}. Avec (ρm−ρw)g=22 269 N m−3(\rho_m - \rho_w)g = 22\,269\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}^{-3}, α=(4D/22269)1/4\alpha = (4D/22269)^{1/4} : 35.5 km35.5\,\mathrm{km} et 81.0 km81.0\,\mathrm{km}. La fosse flexurale s’achève à 3πα/43\pi\alpha/4, 84 km84\,\mathrm{km} et 191 km191\,\mathrm{km} ; le bombement périphérique culmine à πα\pi\alpha, 112 km112\,\mathrm{km} et 255 km255\,\mathrm{km}.

Exercice 3.5 ★★

(a) Pour une hauteur de géoïde de +50 m+50\,\mathrm{m} : calculer le potentiel perturbateur en ce point, en prenant γ=9.80 m s−2\gamma = 9.80\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}. (b) Sur 100 km100\,\mathrm{km}, le géoïde s’élève de 10 m10\,\mathrm{m}. De quel angle la verticale en ce point diffère-t-elle de la normale à l’ellipsoïde ? Donner cet angle en secondes d’arc.

Solution

Solution de Exercice 3.5.

(a) T=−γN=−9.80×50=−490 J kg−1T = -\gamma N = -9.80\times50 = -490\,\mathrm{J}\,\mathrm{kg}^{-1}. (b) Le géoïde s’incline de 10/100 000=1.0×10−410/100\,000 = 1.0 \times 10^{-4} rad par rapport à l’ellipsoïde, et la verticale (fil à plomb), normale au géoïde, s’incline du même angle par rapport à la normale de l’ellipsoïde : 1.0×10−4×206 265=20.6′′1.0 \times 10^{-4}\times206\,265 = 20.6''.

Exercice 3.6 ★★

À partir de J2=1.082 63×10−3J_2 = 1.082\,63 \times 10^{-3} et du facteur de moment d’inertie C/(Ma2)=0.3308C/(Ma^2) = 0.3308, calculer l’ellipticité dynamique H=(C−A)/CH = (C - A)/C et 1/H1/H. Lequel des deux nombres changerait pour une Terre homogène de même J2J_2 ?

Solution

Solution de Exercice 3.6.

H=J2/(C/Ma2)=1.082 63×10−3/0.3308=0.003 272 8H = J_2/(C/Ma^2) = 1.082\,63 \times 10^{-3}/0.3308 = 0.003\,272\,8, et 1/H=305.551/H = 305.55. J2J_2 est identique par hypothèse ; une Terre homogène aurait C/(Ma2)=0.4C/(Ma^2) = 0.4 et donc H=J2/0.4=0.002 706 6H = J_2/0.4 = 0.002\,706\,6 : la précession serait plus lente. Mesurer à la fois J2J_2 et HH permet de mettre en évidence la concentration de la masse vers le centre.

Exercice 3.7 ★★

Un satellite décrit une orbite circulaire à 500 km500\,\mathrm{km} au-dessus du rayon équatorial (a=6378.137 kma = 6378.137\,\mathrm{km}, GM=3.986 005×1014 m3 s−2GM = 3.986\,005 \times 10^{14}\,\mathrm{m}^{3}\,\mathrm{s}^{-2}), d’inclinaison 89∘89{}^{\circ}. Calculer sa période et la vitesse de précession nodale, en degrés par jour. Pourquoi les missions de gravimétrie choisissent-elles des orbites quasi polaires ?

Solution

Solution de Exercice 3.7.

r=6878.137 kmr = 6878.137\,\mathrm{km} ; n=GM/r3=1.106 78×10−3 rad s−1n = \sqrt{GM/r^3} = 1.106\,78 \times 10^{-3}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1}, une période de 2π/n=94.6 min2\pi/n = 94.6\,\mathrm{min}. Ω˙=−1.5×1.106 78×10−3×1.082 63×10−3×(6378.137/6878.137)2×cos⁡89∘=−2.70×10−8 rad s−1\dot\Omega = -1.5\times1.106\,78 \times 10^{-3} \times1.082\,63 \times 10^{-3}\times(6378.137/6878.137)^2\times\cos89{}^{\circ} = -2.70 \times 10^{-8}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1}, soit −0.134∘-0.134{}^{\circ} par jour, vers l’ouest. Une orbite presque polaire survole toutes les latitudes, de sorte que la Terre entière est cartographiée ; elle précesse aussi lentement, de sorte que les traces au sol se complètent régulièrement.

Exercice 3.8 ★★

Deux anomalies de 10 mGal10\,\mathrm{m}\mathrm{Gal} en surface ont des longueurs d’onde de 100 km100\,\mathrm{km} et 1000 km1000\,\mathrm{km}. Calculer leurs amplitudes à 500 km500\,\mathrm{km} d’altitude.

Solution

Solution de Exercice 3.8.

e−2π×500/100=e−31.4=2.3×10−14e^{-2\pi\times500/100} = e^{-31.4} = 2.3 \times 10^{-14} : 2×10−13 mGal2 \times 10^{-13}\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}, rien. e−2π×500/1000=e−3.14=0.0432e^{-2\pi\times500/1000} = e^{-3.14} = 0.0432 : 0.43 mGal0.43\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}.

Exercice 3.9 ★★

Du côté océanique d’une fosse, la crête du bourrelet externe se trouve à 120 km120\,\mathrm{km} de l’axe de la fosse. En adoptant le modèle de plaque brisée avec de l’eau au-dessus de la plaque, calculer α\alpha, DD et TeT_e, et la distance où la plaque croise son niveau non fléchi.

Solution

Solution de Exercice 3.9.

3πα/4=120 km3\pi\alpha/4 = 120\,\mathrm{km} donne α=50.9 km\alpha = 50.9\,\mathrm{km}. D=(ρm−ρw)gα4/4=22269×(50 930)4/4=3.75×1022 N mD = (\rho_m - \rho_w)g\alpha^4/4 = 22269\times(50\,930)^4/4 = 3.75 \times 10^{22}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}, et Te=(11.25D/E)1/3=16.2 kmT_e = (11.25D/E)^{1/3} = 16.2\,\mathrm{km}. La plaque franchit son niveau non fléchi à πα/2=80 km\pi\alpha/2 = 80\,\mathrm{km} de la fosse océanique.

Exercice 3.10 ★★★

(a) Vérifier que w=w0e−u(cos⁡u+sin⁡u)w = w_0e^{-u}(\cos u + \sin u), u=x/αu = x/\alpha, satisfait Dw′′′′+(ρm−ρi)gw=0Dw'''' + (\rho_m - \rho_i)gw = 0 pour x>0x > 0, avec α\alpha défini comme précédemment. (b) Montrer que le moment de fléchissement −Dw′′-Dw'' est maximal sous la charge et change de signe en x=πα/4x = \pi\alpha/4. (c) Où la plaque a-t-elle le plus de chances de se fissurer à sa surface supérieure, et pourquoi ?

Solution

Solution de Exercice 3.10.

(a) Avec u=x/αu = x/\alpha, d4/dx4=α−4 d4/du4\mathrm d^4/\mathrm dx^4 = \alpha^{-4}\,\mathrm d^4/\mathrm du^4. En écrivant cos⁡u+sin⁡u=2cos⁡(u−π/4)\cos u + \sin u = \sqrt2\cos(u - \pi/4), la fonction vaut 2w0 Re e(−1+i)u−iπ/4\sqrt2w_0\,\mathrm{Re}\,e^{(-1 + i)u - i\pi/4}, et (−1+i)4=−4(-1 + i)^4 = -4 : donc w′′′′=−4w/α4w'''' = -4w/\alpha^4. Puis Dw′′′′+(ρm−ρi)gw=(−4D/α4+(ρm−ρi)g)w=0Dw'''' + (\rho_m - \rho_i)gw = (-4D/\alpha^4 + (\rho_m - \rho_i)g)w = 0, puisque α4=4D/((ρm−ρi)g)\alpha^4 = 4D/((\rho_m - \rho_i)g). (b) w′′=−(2w0/α2)e−u(cos⁡u−sin⁡u)w'' = -(2w_0/\alpha^2)e^{-u}(\cos u - \sin u), donc M=−Dw′′=(2Dw0/α2)e−u(cos⁡u−sin⁡u)M = -Dw'' = (2Dw_0/\alpha^2)e^{-u}(\cos u - \sin u) : maximal en valeur absolue en u=0u = 0, nul là où tan⁡u=1\tan u = 1, soit x=πα/4x = \pi\alpha/4. (c) Sous la charge, la plaque est concave vers le haut, sa surface supérieure en compression ; au-delà de πα/4\pi\alpha/4 elle est convexe vers le haut, sa surface supérieure étirée. Là, M′∝−e−ucos⁡uM' \propto -e^{-u}\cos u s’annule en u=π/2u = \pi/2 : l’étirement est maximal en x=πα/2x = \pi\alpha/2, sur le flanc externe de la fosse flexurale du côté du bombement périphérique, où ∣M∣|M| vaut e−π/2=21 %e^{-\pi/2} = 21\,\% de sa valeur sous la charge. C’est là que des failles normales et des fissures s’ouvriraient au sommet de la plaque.

Exercice 3.11 ★★★

Avec m=0.003 449 79m = 0.003\,449\,79 et C/(Ma2)=0.3308C/(Ma^2) = 0.3308, inverser la relation de Darwin–Radau pour l’aplatissement hydrostatique. Comparer à f=0.003 352 81f = 0.003\,352\,81 : calculer l’écart et l’excès de hauteur de l’équateur au-dessus de la forme hydrostatique. Qu’est-ce que cela apprend sur le manteau ?

Solution

Solution de Exercice 3.11.

1+η=2.5(1−1.5×0.3308)=1.2595\sqrt{1 + \eta} = 2.5(1 - 1.5\times0.3308) = 1.2595, donc 1+η=1.58631 + \eta = 1.5863 et 52m/f=2.5863\tfrac52m/f = 2.5863 : fh=2.5×0.00344979/2.5863=0.003 334 6f_h = 2.5\times0.00344979/2.5863 = 0.003\,334\,6, 1/fh=299.91/f_h = 299.9. La différence f−fh=1.82×10−5f - f_h = 1.82 \times 10^{-5} ; multipliée par aa, l’équateur se situe à 116 m116\,\mathrm{m} au-dessus de la figure hydrostatique. La Terre n’est pas tout à fait un fluide en équilibre : son intérieur supporte des contraintes, dues à la résistance de la lithosphère ou aux écoulements et aux contrastes de densité du manteau, qui maintiennent cette forme un peu à l’écart de cet équilibre.

Exercice 3.12 ★★★

Un satellite sur une orbite circulaire à 700 km700\,\mathrm{km} d’altitude doit conserver la même orientation par rapport au Soleil toute l’année : son nœud doit avancer de 360∘360{}^{\circ} en une année tropique de 365.242365.242 jours. Calculer l’inclinaison requise.

Solution

Solution de Exercice 3.12.

Le nœud doit avancer de 2π/(365.242×86 400)=1.991×10−7 rad s−12\pi/(365.242\times86\,400) = 1.991 \times 10^{-7}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1}. Pour r=7078.137 kmr = 7078.137\,\mathrm{km}, n=1.0602×10−3 rad s−1n = 1.0602 \times 10^{-3}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1} et 32nJ2(a/r)2=1.398×10−6\tfrac32nJ_2(a/r)^2 = 1.398 \times 10^{-6}, donc cos⁡i=−1.991×10−7/1.398×10−6=−0.1424\cos i = -1.991 \times 10^{-7}/1.398 \times 10^{-6} = -0.1424 et i=98.2∘i = 98.2{}^{\circ} : une orbite légèrement rétrograde et héliosynchrone.

3.7 Problème : la fosse périphérique de la ride d’Oru

Problème 3.1

Problème du week-end — la figure de la Terre, une charge volcanique, sa fosse périphérique flexurale et ce que les satellites en voient

Oru est une ride volcanique fictive située dans un océan : une chaîne rectiligne de volcans coalescents longue de 400 km400\,\mathrm{km}, édifiée sur une lithosphère océanique ancienne. Sa section transversale est supposée triangulaire, large de 80 km80\,\mathrm{km} à sa base et haute de 6 km6\,\mathrm{km}, de masse volumique 2800 kg m−32800\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3}, reposant sur un plancher océanique profond de 5 km5\,\mathrm{km}. Masses volumiques : manteau 3300 kg m−33300\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3}, eau de mer 1030 kg m−31030\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3}, E=100 GPaE = 100\,\mathrm{GPa}, ν=0.25\nu = 0.25, g=9.81 m s−2g = 9.81\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2}, G=6.674×10−11 m3 kg−1 s−2G = 6.674 \times 10^{-11}\,\mathrm{m}^{3}\,\mathrm{kg}^{-1}\,\mathrm{s}^{-2}.

Partie I — La figure de la Terre. Utiliser le Geodetic Reference System 1980 : a=6 378 137 ma = 6\,378\,137\,\mathrm{m}, b=6 356 752.3 mb = 6\,356\,752.3\,\mathrm{m}, GM=3.986 005×1014 m3 s−2GM = 3.986\,005 \times 10^{14}\,\mathrm{m}^{3}\,\mathrm{s}^{-2}, J2=1.082 63×10−3J_2 = 1.082\,63 \times 10^{-3}, ω=7.292 115×10−5 rad s−1\omega = 7.292\,115 \times 10^{-5}\,\mathrm{rad}\,\mathrm{s}^{-1}, f=0.003 352 81f = 0.003\,352\,81 ; et C/(Ma2)=0.3308C/(Ma^2) = 0.3308.

  1. Calculer m=ω2a2b/(GM)m = \omega^2a^2b/(GM).
  2. Calculer l’aplatissement donné par la relation de Clairaut à partir de J2J_2 et mm, ainsi que son inverse.
  3. Calculer l’aplatissement hydrostatique à partir de la relation de Darwin–Radau, et son inverse.
  4. Comparer les deux valeurs à l’aplatissement observé. De combien de mètres l’équateur s’élève-t-il au-dessus de la figure hydrostatique ?
  5. Calculer l’ellipticité dynamique H=(C−A)/CH = (C - A)/C.

Partie II — La charge.

  1. Calculer l’aire de la section transversale de la ride.
  2. Calculer la charge linéique V0V_0, en considérant la ride entière comme immergée, de sorte qu’elle pèse (ρv−ρw)g(\rho_v - \rho_w)g par unité de volume.
  3. Si la ride était compensée localement, à la manière d’Airy, par une racine de sa propre roche dans le manteau, à quelle profondeur se trouverait la racine sous la crête ?
  4. Sous compensation locale, la racine se terminerait au pied de la ride, à 40 km40\,\mathrm{km} de son axe. La bathymétrie révèle une fosse qui s’étend jusqu’à 165 km165\,\mathrm{km}. Qu’est-ce que cela révèle ?

Partie III — La fosse périphérique flexurale. La fosse est remplie d’eau (ρi=ρw\rho_i = \rho_w). Un profil sismique transversal à la ride retrouve le sommet de la croûte océanique à sa profondeur régionale, à 165 km165\,\mathrm{km} de l’axe, et la crête du bombement périphérique à 220 km220\,\mathrm{km} de l’axe.

  1. Calculer le paramètre flexural à partir du bord de la fosse.
  2. Le recalculer à partir du bombement périphérique. Les deux valeurs sont-elles cohérentes ?
  3. En prenant α=70.0 km\alpha = 70.0\,\mathrm{km}, calculer la rigidité flexurale.
  4. Calculer l’épaisseur élastique effective.
  5. En prenant V0=4.17×1012 N m−1V_0 = 4.17 \times 10^{12}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}^{-1} et DD arrondi à trois chiffres significatifs, calculer la flèche sous l’axe.
  6. Calculer la hauteur du bombement périphérique.
  7. Vérifier que la poussée d’Archimède de l’ensemble de la flèche, 2w0α(ρm−ρw)g2w_0\alpha(\rho_m - \rho_w)g, équilibre V0V_0.
  8. Comparer TeT_e aux valeurs trouvées le long de la ride d’Hawaï, de 17 à 37 km37\,\mathrm{km}. Comparer la flèche sous l’axe à la racine d’Airy de la question 8.

Partie IV — La pesanteur au-dessus de la fosse. Prendre un harmonique de la flexure, de longueur d’onde 2πα2\pi\alpha et d’amplitude W=500 mW = 500\,\mathrm{m}, déformant à la fois le plancher océanique (croûte de 2900 kg m−32900\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-3} sous l’eau, à 5 km5\,\mathrm{km} sous le niveau de la mer) et le Moho (manteau sous la croûte, à 12 km12\,\mathrm{km} sous le niveau de la mer). Une fine feuille de densité surfacique σ\sigma produit l’anomalie 2πGσ2\pi G\sigma juste au-dessus d’elle.

  1. Calculer la longueur d’onde et le nombre d’onde kk de l’harmonique.
  2. Calculer l’amplitude de l’anomalie au niveau de la mer due au plancher océanique déformé, prolongée vers le haut depuis 5 km5\,\mathrm{km} de profondeur.
  3. Calculer celle du Moho déformé, puis la valeur totale.
  4. Calculer la valeur totale à l’altitude d’un satellite, à 400 km400\,\mathrm{km} au-dessus du niveau de la mer.
  5. De quel facteur un harmonique de longueur d’onde 80 km80\,\mathrm{km}, soit la largeur de la ride, est-il affaibli à cette altitude ? Que peut résoudre le satellite ?
  6. À quel degré d’harmonique sphérique n≈2πR/λn \approx 2\pi R/\lambda correspond l’harmonique de la question 18 (R=6371 kmR = 6371\,\mathrm{km}) ?
  7. Donner l’épaisseur élastique effective de la plaque sous la ride d’Oru.
Solution

Solution de Problème 3.1.

1. m=(7.292 115×10−5)2×63781372×6356752.3/3.986 005×1014=0.003 449 79m = (7.292\,115 \times 10^{-5})^2\times6378137^2\times6356752.3/ 3.986\,005 \times 10^{14} = 0.003\,449\,79.

2. f=(3J2+m)/2=0.003 348 8f = (3J_2 + m)/2 = 0.003\,348\,8, 1/f=298.611/f = 298.61.

3. 1+η=2.5(1−1.5×0.3308)=1.2595\sqrt{1 + \eta} = 2.5(1 - 1.5\times0.3308) = 1.2595, 52m/fh=2+0.5863\tfrac52m/f_h = 2 + 0.5863, donc fh=0.003 334 6f_h = 0.003\,334\,6 et 1/fh=299.881/f_h = 299.88.

4. La valeur de Clairaut, 1/298.611/298.61, se situe à moins de 0.12 %0.12\,\% de la valeur observée 1/298.261/298.26 ; la valeur hydrostatique, 1/299.881/299.88, est plus petite de Δf=1.82×10−5\Delta f = 1.82 \times 10^{-5}, et a Δf=116 ma\,\Delta f = 116\,\mathrm{m} : l’équateur se situe 116 m116\,\mathrm{m} au-dessus de la figure hydrostatique.

5. H=1.082 63×10−3/0.3308=0.003 272 8H = 1.082\,63 \times 10^{-3}/0.3308 = 0.003\,272\,8 (1/305.61/305.6).

6. 12×80 km×6 km=240 km2=2.40×108 m2\tfrac12\times80\,\mathrm{km}\times6\,\mathrm{km} = 240\,\mathrm{km}^{2} = 2.40 \times 10^{8}\,\mathrm{m}^{2}.

7. V0=(2800−1030)×9.81×2.40×108=4.17×1012 N m−1V_0 = (2800 - 1030)\times9.81\times2.40 \times 10^{8} = 4.17 \times 10^{12}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}^{-1}.

8. Airy : (ρm−ρv)r=(ρv−ρw)h(\rho_m - \rho_v)r = (\rho_v - \rho_w)h, donc r=6×1770/500=21.2 kmr = 6\times1770/500 = 21.2\,\mathrm{km} sous la crête.

9. Le plancher océanique est fléchi bien au-delà du pied de la dorsale : la charge n’est pas compensée colonne par colonne mais par la flexion de la plaque sur une région quatre fois plus large. La plaque possède une résistance : compensation régionale.

10. α=165/(3π/4)=70.0 km\alpha = 165/(3\pi/4) = 70.0\,\mathrm{km}.

11. α=220/π=70.0 km\alpha = 220/\pi = 70.0\,\mathrm{km} : la même valeur, comme l’exige une plaque élastique unique.

12. D=(ρm−ρw)gα4/4=2270×9.81×(7.00×104)4/4=1.34×1023 N mD = (\rho_m - \rho_w)g\alpha^4/4 = 2270\times9.81\times(7.00 \times 10^{4})^4/4 = 1.34 \times 10^{23}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}.

13. Te=(12(1−ν2)D/E)1/3=(11.25×1.34×1023/1×1011)1/3=24.7 kmT_e = (12(1 - \nu^2)D/E)^{1/3} = (11.25\times1.34 \times 10^{23}/ 1 \times 10^{11})^{1/3} = 24.7\,\mathrm{km}.

14. w0=V0α3/(8D)=4.17×1012×(7.00×104)3/(8×1.34×1023)=1334 mw_0 = V_0\alpha^3/(8D) = 4.17 \times 10^{12}\times(7.00 \times 10^{4})^3/ (8\times1.34 \times 10^{23}) = 1334\,\mathrm{m}.

15. w0e−π=1334×0.0432=58 mw_0e^{-\pi} = 1334\times0.0432 = 58\,\mathrm{m}.

16. 2×1334×7.00×104×2270×9.81=4.16×1012 N m−12\times1334\times7.00 \times 10^{4}\times2270\times9.81 = 4.16 \times 10^{12}\,\mathrm{N}\,\mathrm{m}^{-1}, égal à V0V_0 à l’arrondi de DD près.

17. 24.7 km24.7\,\mathrm{km} se situe dans la gamme de la dorsale hawaïenne. La plaque s’enfonce de 1.3 km1.3\,\mathrm{km} sous l’axe au lieu de former une racine de 21 km21\,\mathrm{km} : la même poussée d’Archimède est répartie sur les 330 km330\,\mathrm{km} de la fosse.

18. λ=2π×70.0 km=440 km\lambda = 2\pi\times70.0\,\mathrm{km} = 440\,\mathrm{km}, k=1/α=1.43×10−5 m−1k = 1/\alpha = 1.43 \times 10^{-5}\,\mathrm{m}^{-1}.

19. σ=(2900−1030)×500=9.35×105 kg m−2\sigma = (2900 - 1030)\times500 = 9.35 \times 10^{5}\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-2}, donc 2πGσ=3.92×10−4 m s−2=39.2 mGal2\pi G\sigma = 3.92 \times 10^{-4}\,\mathrm{m}\,\mathrm{s}^{-2} = 39.2\,\mathrm{m}\mathrm{Gal} au fond de la mer ; multiplié par e−k×5 km=0.931e^{-k\times5\,\mathrm{km}} = 0.931, 36.5 mGal36.5\,\mathrm{m}\mathrm{Gal} au niveau de la mer (négatif là où la plaque est enfoncée).

20. σ=(3300−2900)×500=2.0×105 kg m−2\sigma = (3300 - 2900)\times500 = 2.0 \times 10^{5}\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{-2} : 8.39 mGal8.39\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}, multiplié par e−k×12 km=0.843e^{-k\times12\,\mathrm{km}} = 0.843, 7.07 mGal7.07\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}. Le total vaut 43.6 mGal43.6\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}.

21. e−k×400 km=e−5.71=0.0033e^{-k\times400\,\mathrm{km}} = e^{-5.71} = 0.0033 : 0.14 mGal0.14\,\mathrm{m}\mathrm{Gal}.

22. e−2π×400/80=e−31.4=2.3×10−14e^{-2\pi\times400/80} = e^{-31.4} = 2.3 \times 10^{-14} : le satellite ne voit rien de la dorsale elle-même, seulement la flexion large, et encore affaiblie trois cents fois ; l’anomalie propre de la dorsale doit être mesurée en mer.

23. n≈2π×6371/440=91n \approx 2\pi\times6371/440 = 91.

24. D’après les questions 10 à 13, l’épaisseur élastique effective de la plaque sous la dorsale d’Oru est 24.7 km24.7\,\mathrm{km}.

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