地球与空间科学 · 第 5 册 · 本科三年级

Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 3e année

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Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 3e année · 本科三年级

8Analyse structurale

Un géologue a mesuré deux cents plans de stratification sur les flancs d’un pli trop vaste pour être vu d’un seul tenant : sa charnière se trouve sous une forêt, ses flancs s’étendent sur des kilomètres. Chaque mesure est un couple de nombres. Reportées sous forme de points sur un abaque circulaire, les pôles des plans s’alignent sur une seule courbe, un grand cercle, et le pôle de ce grand cercle est l’axe du pli, une droite que personne n’a jamais vue. Ce chapitre construit l’abaque, la projection stéréographique, et l’utilise, avec les outils vectoriels qui le sous-tendent, pour trouver les axes de pli, mesurer la déformation enregistrée par des objets déformés, retrouver la contrainte à l’origine d’un jeu de failles, et restaurer une coupe déformée dans son état antérieur à la déformation.

Tu sais déjà

Les grands et petits cercles d’une sphère figurent dans le volume de première année, dans son chapitre sur l’astronomie sphérique ; direction, pendage, sens du pendage, azimut et plongement dans ses chapitres sur les cartes géologiques et les coupes ; la normale unitaire ascendante d’un plan de sens de pendage α\alpha et de pendage δ\delta, n⃗=(sin⁡δsin⁡α,sin⁡δcos⁡α,cos⁡δ)\vec n = (\sin\delta \sin\alpha, \sin\delta\cos\alpha, \cos\delta) en composantes est, nord et haut et la moyenne vectorielle d’un ensemble de mesures dans son premier chapitre sur les méthodes de terrain et de laboratoire. Les éléments et les classes de plis, la ligne de charnière d’un pli, parallèle à n⃗1×n⃗2\vec n_1\times\vec n_2 et l’angle entre flancs 180∘−arccos⁡(n⃗1⋅n⃗2)180{}^{\circ} - \arccos(\vec n_1\cdot\vec n_2), ainsi que la théorie d’Anderson sur la rupture en faille, se trouvent dans son chapitre sur les failles, les plis et les fabriques ; la contrainte, les contraintes principales, l’ellipse de déformation et le cisaillement simple, dans son chapitre sur la contrainte, la déformation et la rhéologie ; le pitch d’un vecteur glissement (à partir de la direction, −90∘-90{}^{\circ} pour une faille normale, 90∘90{}^{\circ} pour une faille inverse, 0 pour un jeu senestre et 180∘180{}^{\circ} pour un jeu dextre) et les axes P et T d’un mécanisme au foyer, dans son chapitre sur la source sismique. La coupe équilibrée et le décollement figurent dans le volume de deuxième année, dans son chapitre sur les Alpes. Les moindres carrés se trouvent dans la Section 1.4 ; les valeurs propres et les vecteurs propres d’une matrice symétrique figurent dans les volumes de mathématiques.

8.1 La projection stéréographique

Les données du géologue sont des orientations : l’attitude d’un plan de stratification, d’une faille, d’une foliation ; l’azimut et le plongement d’une linéation, d’une charnière de pli et d’une direction de glissement. Chacune est une direction passant par un point, sans position. Pour comparer des centaines d’entre elles, imaginons-les toutes ramenées au centre d’une sphère : une droite rencontre la moitié inférieure de la sphère en un point, un plan la coupe selon un demi-grand cercle. Une carte de l’hémisphère inférieur montre alors les droites comme points et les plans comme des courbes.

Définition 8.1 (Projection stéréographique, canevas équiangle, projection équivalente, pôle)

Soit une droite passant par le centre OO d’une sphère de rayon RR et coupant l’hémisphère inférieur en PP, sous l’angle θ=90∘−p\theta = 90{}^{\circ} - p à partir du nadir, où pp est le plongement de la droite et tt son azimut. La projection stéréographique associe PP au point où la droite menée du zénith à PP coupe le plan horizontal passant par OO ; ce point se trouve à la distance rr de OO, dans l’azimut tt. La carte de l’hémisphère inférieur ainsi tracée, avec son quadrillage de grands et petits cercles, est le canevas équiangle (ou canevas de Wulff). La projection équivalente envoie PP sur le point situé à la distance r=R2sin⁡(θ/2)r = R\sqrt2\sin(\theta/2) dans l’azimut tt ; son canevas est le canevas de Schmidt. Le pôle d’un plan est sa droite normale, représentée comme un point : pour un plan de sens de pendage α\alpha et de pendage δ\delta, le pôle a pour azimut α+180∘\alpha + 180{}^{\circ} et pour plongement 90∘−δ90{}^{\circ} - \delta.

Les deux projections placent une verticale au centre et une horizontale sur le cercle de rayon RR, la primitive. Elles diffèrent par ce qu’elles conservent.

Théorème 8.2 (Les deux projections)

  1. La projection stéréographique place PP en r=Rtan⁡(θ/2)r = R\tan(\theta/2). Elle est conforme : en chaque point, elle dilate toutes les directions du même facteur, 1/(2cos⁡2(θ/2))1/(2\cos^2(\theta/2)), de sorte qu’elle conserve les angles entre courbes.
  2. La projection équivalente multiplie toute aire par le même facteur, 1/21/2 : l’aire d’une région du canevas vaut la moitié de l’aire de la région de l’hémisphère qu’elle représente.

Démonstration. (a) Dans le plan vertical passant par le zénith ZZ, le nadir et PP (première figure ci-dessous), l’arc du nadir à PP sous-tend l’angle θ\theta au centre, donc l’angle inscrit θ/2\theta/2 en ZZ, situé à la distance RR au-dessus de OO : r=Rtan⁡(θ/2)r = R\tan(\theta/2). Un petit pas R dθR\,\mathrm d\theta sur la sphère vers le nadir devient dr=R dθ/(2cos⁡2(θ/2))\mathrm dr = R\,\mathrm d\theta/(2\cos^2(\theta/2)) sur le canevas. Le cercle des points situés à l’angle θ\theta du nadir a pour circonférence 2πRsin⁡θ2\pi R\sin\theta et devient un cercle de circonférence 2πr2\pi r ; le rapport vaut tan⁡(θ/2)/sin⁡θ=1/(2cos⁡2(θ/2))\tan(\theta/2)/\sin\theta = 1/(2\cos^2(\theta/2)), le même que le long du rayon. Une carte qui dilate également selon deux directions perpendiculaires dilate de la même façon dans toutes les directions et conserve les angles.

(b) La calotte de la sphère comprise dans l’angle θ\theta du nadir a pour aire 2πR2(1−cos⁡θ)=4πR2sin⁡2(θ/2)2\pi R^2(1 - \cos\theta) = 4\pi R^2\sin^2(\theta/2) ; son image est le disque d’aire πr2=2πR2sin⁡2(θ/2)\pi r^2 = 2\pi R^2\sin^2(\theta/2), moitié de celle-ci. Les deux aires sont réparties uniformément en azimut, si bien que le secteur de la calotte compris entre deux azimuts et son image gardent le rapport 1/21/2, et il en va de même pour l’anneau compris entre deux valeurs de θ\theta, différence de deux calottes. Toute région est une réunion de tels petits secteurs annulaires. ∎

La projection stéréographique transforme aussi tout cercle de la sphère, grand ou petit, en un cercle ou une droite du canevas ; nous l’admettons. Elle rend le canevas équiangle facile à tracer au compas, et un petit cercle, le cône des droites faisant un angle fixe avec un axe, conserve sa forme. La projection équivalente déforme les formes : un petit cercle devient un ovale étiré autour de la primitive. C’est la projection sur laquelle un nuage de pôles peut être dénombré, puisque des aires égales du canevas contiennent une part égale des directions de l’hémisphère ; les géologues structuraux, et les sismologues pour leurs mécanismes au foyer, l’utilisent pour leurs données.

Les deux projections, dans le plan vertical passant par la droite OP. (a) La projection stéréographique envoie P en P', où la droite issue du zénith coupe le plan horizontal : l’angle en Z vaut /2, donc r = R ( /2). (b) La projection équivalente porte P, autour du nadir, sur le plan tangent à la distance 2R ( /2) de la corde ; le canevas est ensuite réduit d’un facteur 1/√2 afin que les droites horizontales tombent sur une primitive de rayon R.
Les deux projections, dans le plan vertical passant par la droite OPOP. (a) La projection stéréographique envoie PP en P′P', où la droite issue du zénith coupe le plan horizontal : l’angle en ZZ vaut θ/2\theta/2, donc r=Rtan⁡(θ/2)r = R\tan(\theta/2). (b) La projection équivalente porte PP, autour du nadir, sur le plan tangent à la distance 2Rsin⁡(θ/2)2R\sin(\theta/2) de la corde ; le canevas est ensuite réduit d’un facteur 1/21/\sqrt2 afin que les droites horizontales tombent sur une primitive de rayon RR.
Les deux canevas, construits à partir des formules du théorème ci-dessus : grands cercles des plans de direction nord–sud et de pendage 10 vers l’est et vers l’ouest, et petits cercles tous les 10 autour de l’axe nord–sud. Sur le canevas équiangle les petits cercles sont des cercles ; sur le canevas équivalent ce sont des ovales, mais des aires égales contiennent des parts égales de directions.
Les deux canevas, construits à partir des formules du théorème ci-dessus : grands cercles des plans de direction nord–sud et de pendage 10∘10{}^{\circ} vers l’est et vers l’ouest, et petits cercles tous les 10∘10{}^{\circ} autour de l’axe nord–sud. Sur le canevas équiangle les petits cercles sont des cercles ; sur le canevas équivalent ce sont des ovales, mais des aires égales contiennent des parts égales de directions.

Plans, droites et angles. Un plan de sens du pendage α\alpha et de pendage δ\delta coupe l’hémisphère inférieur selon un demi-grand cercle. Ses extrémités se trouvent sur la primitive aux deux bouts de la direction ; son milieu est la ligne de plus grande pente, qui plonge de δ\delta vers α\alpha ; et son pôle est situé à 90∘90{}^{\circ} de chacun de ses points, dans l’azimut α+180∘\alpha + 180{}^{\circ}. Une droite du plan est un point du grand cercle. Pour reporter des données, on pose sur le canevas une feuille transparente que l’on fait tourner autour du centre jusqu’à ce que la direction des données se place le long du diamètre nord–sud du canevas ; on trace alors le grand cercle du bon pendage, puis on remet la feuille en place. L’angle entre deux droites se mesure le long du grand cercle qui passe par les deux points, en comptant les divisions des petits cercles qu’il traverse, après avoir fait tourner la feuille jusqu’à ce que les deux points se trouvent sur un même grand cercle du canevas. L’angle entre deux plans est l’angle entre leurs pôles, ou son supplémentaire. Un ordinateur fait de même avec des vecteurs : l’angle entre deux droites de vecteurs unitaires u⃗\vec u et v⃗\vec v vaut arccos⁡∣u⃗⋅v⃗∣\arccos|\vec u\cdot\vec v|.

Méthode 8.3 (Rotation des données autour d’un axe)

Pour défaire un basculement, par exemple pour ramener une couche à l’horizontale avec les linéations qu’elle porte, ou pour restaurer une direction paléomagnétique mesurée dans des strates basculées (Chapitre 4) :

  1. Choisir l’axe de rotation : pour une couche basculée, sa ligne de direction, horizontale ; l’angle est le pendage, dans le sens qui relève la couche.
  2. Sur le canevas, faire tourner la feuille jusqu’à ce que l’axe se place le long du diamètre nord–sud, où les petits cercles sont les cônes qui l’entourent.
  3. Déplacer chaque point le long de son petit cercle de l’angle de rotation, compté sur les grands cercles. Un point qui sortirait de l’hémisphère inférieur réapparaît à l’autre extrémité de son petit cercle, dans l’azimut opposé.
  4. Remettre la feuille en place. Avec des vecteurs, la rotation de v⃗\vec v d’un angle ω\omega autour du vecteur unitaire k⃗\vec k vaut v⃗′=v⃗cos⁡ω+(k⃗×v⃗)sin⁡ω+k⃗(k⃗⋅v⃗)(1−cos⁡ω)\vec v' = \vec v \cos\omega + (\vec k\times\vec v)\sin\omega + \vec k(\vec k\cdot\vec v)(1 - \cos\omega).

8.2 Analyse des plis

Un pli cylindrique est engendré par une droite, l’axe du pli, déplacée parallèlement à elle-même. Tout plan tangent à la surface plissée contient l’axe, donc toute normale à la surface est perpendiculaire à cet axe : tous les pôles se situent sur le grand cercle du plan perpendiculaire à l’axe.

Définition 8.4 (Diagramme pi, axe bêta)

Le diagramme pi d’un pli est le tracé des pôles des plans mesurés sur sa surface plissée. Pour un pli cylindrique, ils se situent sur un grand cercle, la π\pi-ceinture ; le pôle de la ceinture est le axe bêta, l’estimation de l’axe du pli donnée par les mesures.

Avec deux flancs seulement, l’axe bêta est le produit vectoriel de leurs normales, comme le volume de première année l’a montré pour la ligne de charnière. Avec deux cents mesures dispersées, un ajustement optimal est nécessaire. Le vecteur moyen, qui a servi pour les mesures d’un seul plan, ne convient pas : les pôles d’une ceinture se répartissent dans toutes les directions le long de celle-ci, et leur moyenne dit peu de chose du cercle sur lequel ils se trouvent.

Définition 8.5 (Tenseur d’orientation)

Le tenseur d’orientation de NN vecteurs unitaires p⃗1,…,p⃗N\vec p_1, \dots, \vec p_N est la matrice symétrique

T=1N∑i=1Np⃗i p⃗iT,Tjk=1N∑ipij pik.T = \frac1N\sum_{i=1}^N \vec p_i\,\vec p_i^{\mathsf T}, \qquad T_{jk} = \frac1N\sum_i p_{ij}\,p_{ik} .

Il ne change pas lorsqu’un vecteur est remplacé par son opposé, il convient donc aux axes et aux pôles, qui n’ont pas de sens. Ses valeurs propres λ1≥λ2≥λ3≥0\lambda_1 \ge \lambda_2 \ge \lambda_3 \ge 0 ont pour somme sa trace, 11.

Théorème 8.6 (Amas et ceinture à partir du tenseur d’orientation)

Pour tout vecteur unitaire u⃗\vec u,

1N∑i=1N(p⃗i⋅u⃗)2=u⃗TT u⃗,\frac1N\sum_{i=1}^N (\vec p_i\cdot\vec u)^2 = \vec u^{\mathsf T}T\,\vec u ,

qui atteint sa plus petite valeur, λ3\lambda_3, lorsque u⃗\vec u est le vecteur propre e⃗3\vec e_3 associé à la plus petite valeur propre, et sa plus grande, λ1\lambda_1, le long du vecteur propre e⃗1\vec e_1. Comme p⃗i⋅u⃗\vec p_i\cdot\vec u est le sinus de l’angle entre p⃗i\vec p_i et le plan perpendiculaire à u⃗\vec u, le grand cercle perpendiculaire à e⃗3\vec e_3 est la ceinture qui minimise la somme des carrés des sinus des distances des pôles à ce cercle, et λ3\sqrt{\lambda_3} est leur sinus quadratique moyen. L’axe e⃗1\vec e_1 est la droite la plus proche des vecteurs, l’axe moyen d’un amas.

Démonstration. (p⃗i⋅u⃗)2=u⃗Tp⃗i p⃗iTu⃗(\vec p_i\cdot\vec u)^2 = \vec u^{\mathsf T}\vec p_i\,\vec p_i^{\mathsf T}\vec u ; on moyenne sur ii. La matrice TT est symétrique, donc elle admet une base orthonormée de vecteurs propres, dans laquelle u⃗=∑kuke⃗k\vec u = \sum_k u_k\vec e_k avec ∑kuk2=1\sum_k u_k^2 = 1 et u⃗TTu⃗=∑kλkuk2\vec u^{\mathsf T}T\vec u = \sum_k\lambda_k u_k^2. Il s’agit d’une moyenne pondérée des valeurs propres, de poids uk2u_k^2 dont la somme vaut 1 : elle se situe entre λ3\lambda_3 et λ1\lambda_1 et les atteint pour u⃗=e⃗3\vec u = \vec e_3 et e⃗1\vec e_1. ∎

Les valeurs propres décrivent la forme des données. Un amas a λ1\lambda_1 proche de 1 et les deux autres petites ; une ceinture a λ3\lambda_3 proche de 0, les pôles étant répartis le long du cercle de sorte que λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 se partagent le reste ; des vecteurs dispersés uniformément donnent trois valeurs propres proches de 1/31/3. Un pli est cylindrique, à la précision des mesures près, lorsque λ3\sqrt{\lambda_3} est non supérieur à la dispersion des mesures répétées d’un même plan. Un pli conique, ou deux générations de plis, écartent les pôles de tout grand cercle et augmentent λ3\lambda_3.

La figure ci-dessous représente douze mesures prises sur les deux flancs de l’anticlinal de Varden, pli fictif de la série (Problème 8.1 calcule son axe). Les pôles des flancs peu inclinés se regroupent près du centre du canevas en deux groupes, qui définissent ensemble une ceinture orientée presque est-ouest ; l’axe bêta se situe sur la primitive, presque plein nord. Les plans moyens des deux flancs, tracés comme grands cercles, se coupent au même point : l’axe bêta est la droite commune à tous les flancs.

Diagramme pi de l’anticlinal de Varden sur le canevas équivalent, hémisphère inférieur : les pôles des douze mesures de stratification (points), la ceinture de meilleur ajustement issue du tenseur d’orientation (en bleu), les grands cercles des deux flancs moyens (tiretés) et l’axe bêta (triangle), où se rejoignent les trois grands cercles. Un banc à pendage est a son pôle à l’ouest du centre.
Diagramme pi de l’anticlinal de Varden sur le canevas équivalent, hémisphère inférieur : les pôles des douze mesures de stratification (points), la ceinture de meilleur ajustement issue du tenseur d’orientation (en bleu), les grands cercles des deux flancs moyens (tiretés) et l’axe bêta (triangle), où se rejoignent les trois grands cercles. Un banc à pendage est a son pôle à l’ouest du centre.

8.3 Analyse de la déformation finie

Une roche déformée enregistre sa déformation lorsqu’elle contient des objets dont la forme initiale, ou la disposition initiale, est connue : ooïdes arrondis et taches de réduction, fossiles de symétrie connue, galets, ou simplement les centres de grains qui étaient autrefois régulièrement espacés.

Définition 8.7 (Analyse de la déformation finie, méthode de Fry)

L’analyse de la déformation finie est la mesure de l’ellipse de déformation, ou de l’ellipsoïde, qu’a subie une roche, à partir des formes, des orientations ou des espacements d’objets dont l’état avant la déformation est connu. Dans la méthode de Fry, on trace le vecteur qui joint le centre de chaque objet au centre de chacun des autres, depuis une origine commune ; lorsque les centres étaient répartis avec un espacement minimal et sans direction privilégiée, la région vide autour de l’origine est une ellipse de la forme et de l’orientation de l’ellipse de déformation.

Proposition 8.8 (Le vide de Fry)

Si une déformation homogène transforme tout vecteur d⃗\vec d en Fd⃗F\vec d, et si aucun couple de centres n’était plus proche que d0d_0 avant la déformation, alors, après celle-ci, la région autour de l’origine du diagramme de Fry, qui est vide de points, contient l’ellipse {Fd⃗:∣d⃗∣<d0}\{F\vec d : |\vec d| < d_0\}, de demi-axes S1d0S_1d_0 et S2d0S_2d_0 selon les directions principales de la déformation.

Démonstration. Une déformation homogène déplace chaque point par la même application linéaire, plus une translation, de sorte que la différence de deux centres devient Fd⃗F\vec d. Avant la déformation, aucune différence ne se trouvait dans le disque de rayon d0d_0 ; après, aucune ne se trouve dans son image, qui est l’ellipse de déformation du volume de première année, dilatée d’un facteur d0d_0. ∎

En pratique, les centres ne sont pas tous à l’espacement minimal, et le vide se lit comme le bord intérieur de l’anneau le plus dense de points ; son rapport donne une estimation légèrement faible du rapport de déformation Rs=S1/S2R_s = S_1/S_2. La figure ci-dessous réalise le test sur une lame mince inventée, déformée jusqu’à Rs=2R_s = 2, avec le grand axe à 30∘30{}^{\circ} de l’horizontale : l’ellipse ajustée au bord du vide donne Rs=1.9R_s = 1.9 et 30∘30{}^{\circ}. Lorsque les objets eux-mêmes sont mesurés, les objets initialement ronds deviennent exactement des ellipses de rapport d’axes RsR_s ; les objets initialement elliptiques, d’orientations quelconques, finissent avec des rapports RfR_f dispersés autour de RsR_s, les plus grands lorsque leurs grands axes étaient initialement parallèles à la direction d’étirement, et leurs orientations finales φ\varphi se regroupent autour de celle-ci. Le graphe de RfR_f en fonction de φ\varphi, lu à l’aide de tables ou d’un ordinateur, sépare la déformation des formes initiales.

La méthode de Fry sur une population inventée de centres de grains disposés avec un espacement minimal de 1, puis déformés jusqu’à R_s = 2, grand axe à 30 dans le sens antihoraire de l’horizontale, surface conservée. (a) Les centres, dans lesquels l’œil distingue à peine la déformation. (b) Les vecteurs entre toutes les paires de centres plus proches que 2.6 : le centre vide est l’ellipse de déformation. L’ellipse rouge est ajustée au point le plus proche dans chacun des 36 secteurs : rapport 1.9, grand axe à 30.
La méthode de Fry sur une population inventée de centres de grains disposés avec un espacement minimal de 1, puis déformés jusqu’à Rs=2R_s = 2, grand axe à 30∘30{}^{\circ} dans le sens antihoraire de l’horizontale, surface conservée. (a) Les centres, dans lesquels l’œil distingue à peine la déformation. (b) Les vecteurs entre toutes les paires de centres plus proches que 2.6 : le centre vide est l’ellipse de déformation. L’ellipse rouge est ajustée au point le plus proche dans chacun des 36 secteurs : rapport 1.9, grand axe à 30∘30{}^{\circ}.

En trois dimensions, l’ellipsoïde de déformation possède les étirements principaux X≥Y≥ZX \ge Y \ge Z. Sa forme se place sur le diagramme de Flinn, avec a=X/Ya = X/Y en fonction de b=Y/Zb = Y/Z et le paramètre

k=a−1b−1.k = \frac{a - 1}{b - 1} .

Sur la droite k=1k = 1, qui correspond à la déformation plane à volume constant (Y=1Y = 1, X=1/ZX = 1/Z, donc a=ba = b), l’ellipsoïde n’est ni en cigare ni en crêpe. Au-dessus, k>1k > 1, l’ellipsoïde est allongé, étiré dans une direction par une constriction : les roches déformées de cette façon développent une forte linéation. En dessous, k<1k < 1, il est aplati, et la roche développe une forte foliation.

Diagramme de Flinn des ellipsoïdes de déformation. L’état non déformé est à l’origine, a = b = 1 ; les ellipsoïdes en cigare de constriction se rangent vers l’axe vertical, les crêpes d’aplatissement vers l’axe horizontal.
Diagramme de Flinn des ellipsoïdes de déformation. L’état non déformé est à l’origine, a=b=1a = b = 1 ; les ellipsoïdes en cigare de constriction se rangent vers l’axe vertical, les crêpes d’aplatissement vers l’axe horizontal.

8.4 Paléocontrainte

La théorie d’Anderson indique sur quels plans se forment de nouvelles failles, et qu’elles glissent perpendiculairement à σ2\sigma_2. La plupart des failles, cependant, sont d’anciennes zones de faiblesse réactivées dans un champ de contrainte qu’elles n’ont pas choisi, et elles glissent de façon oblique. Leurs directions de glissement, lues sur les stries des surfaces de faille, enregistrent encore la contrainte, à condition que chaque faille glisse dans le sens où la contrainte la pousse.

Définition 8.9 (Paléocontrainte, hypothèse de Wallace–Bott, rapport de contraintes, inversion des stries de faille)

La paléocontrainte est l’état de contrainte qui a agi dans une roche par le passé, dans la mesure où l’on peut le déduire des structures qu’elle a laissées : en pratique, les directions des contraintes principales et le rapport de contraintes

Φ=σ2−σ3σ1−σ3,0≤Φ≤1.\Phi = \frac{\sigma_2 - \sigma_3}{\sigma_1 - \sigma_3}, \qquad 0 \le \Phi \le 1 .

L’hypothèse de Wallace–Bott postule qu’une faille glisse parallèlement à la contrainte de cisaillement projetée sur son plan par une contrainte uniforme, chaque faille indépendamment. L’inversion des stries de faille est la recherche des directions principales et du rapport de contraintes dont les directions de glissement prédites ajustent au mieux un ensemble de failles et de stries mesurées.

Théorème 8.10 (Direction de glissement sur un plan)

Soit SS le tenseur des contraintes, les compressions étant comptées positivement, et n⃗\vec n la normale unitaire ascendante d’une faille. On pose

τ⃗=Sn⃗−(n⃗⋅Sn⃗) n⃗.\vec\tau = S\vec n - (\vec n\cdot S\vec n)\,\vec n .

Sous l’hypothèse de Wallace–Bott, le toit glisse par rapport au mur le long de −τ⃗-\vec\tau, la traction de cisaillement qu’il exerce sur le mur. De plus :

  1. la direction de τ⃗\vec\tau est inchangée lorsque SS est remplacé par aS+bIaS + bI avec a>0a > 0 ; elle ne dépend donc que des directions principales et de Φ\Phi, et le tenseur réduit S′=diag(1,Φ,0)S' = \mathrm{diag}(1, \Phi, 0) dans le repère principal (e⃗1,e⃗2,e⃗3)(\vec e_1, \vec e_2, \vec e_3) prédit le même glissement que SS ;
  2. si n⃗\vec n est perpendiculaire à une direction principale, le glissement l’est aussi ;
  3. avec nk=n⃗⋅e⃗kn_k = \vec n\cdot\vec e_k, la direction est celle de τ⃗′=τ⃗0+Φ τ⃗1\vec\tau' = \vec\tau_0 + \Phi\,\vec\tau_1, linéaire en Φ\Phi, où τ⃗0=n1(e⃗1−n1n⃗)\vec\tau_0 = n_1(\vec e_1 - n_1\vec n) et τ⃗1=n2(e⃗2−n2n⃗)\vec\tau_1 = n_2(\vec e_2 - n_2\vec n).

Démonstration. Les compressions étant comptées positivement, le toit pousse sur le mur, à travers le plan de normale n⃗\vec n pointant vers le toit, avec la traction −Sn⃗-S\vec n ; sa composante le long du plan est −τ⃗-\vec\tau. Lorsque la faille glisse, le toit se déplace dans le sens où il entraîne le mur, le long de −τ⃗-\vec\tau. (Vérification : avec σ1\sigma_1 vertical, S=σ1e⃗ze⃗zTS = \sigma_1\vec e_z\vec e_z^{\mathsf T} et −τ⃗=−σ1cos⁡δ (e⃗z−cos⁡δ n⃗)-\vec\tau = -\sigma_1\cos\delta\,(\vec e_z - \cos\delta\,\vec n) pointe vers le bas du pendage : il s’agit d’une faille normale.) (a) : (aS+bI)n⃗−(n⃗⋅(aS+bI)n⃗)n⃗=aτ⃗+b(n⃗−n⃗)=aτ⃗(aS + bI)\vec n - (\vec n\cdot(aS + bI)\vec n)\vec n = a\vec\tau + b(\vec n - \vec n) = a\vec\tau. En écrivant σk=σ3+(σ1−σ3)sk\sigma_k = \sigma_3 + (\sigma_1 - \sigma_3)s_k avec s=(1,Φ,0)s = (1, \Phi, 0), on obtient S=σ3I+(σ1−σ3)S′S = \sigma_3 I + (\sigma_1 - \sigma_3)S'. (b) Sn⃗=∑kσknke⃗kS\vec n = \sum_k\sigma_kn_k\vec e_k ; si nj=0n_j = 0, ni Sn⃗S\vec n ni n⃗\vec n n’ont de composante selon e⃗j\vec e_j, et il en va de même pour τ⃗\vec\tau. (c) S′n⃗=n1e⃗1+Φn2e⃗2S'\vec n = n_1\vec e_1 + \Phi n_2\vec e_2 et n⃗⋅S′n⃗=n12+Φn22\vec n\cdot S'\vec n = n_1^2 + \Phi n_2^2 ; on regroupe les termes avec et sans Φ\Phi. ∎

La partie (b) est le cas d’Anderson : une faille qui contient σ2\sigma_2 glisse perpendiculairement à lui, quel que soit Φ\Phi, de sorte qu’elle ne dit rien du rapport de contraintes. La partie (c) transforme un glissement mesuré en Φ\Phi. Soit u⃗\vec u le vecteur glissement unitaire du toit, déduit du pitch, et w⃗=n⃗×u⃗\vec w = \vec n\times\vec u la direction du plan perpendiculaire à celui-ci. Le glissement prédit est parallèle à u⃗\vec u lorsque (τ⃗0+Φτ⃗1)⋅w⃗=0(\vec\tau_0 + \Phi\vec\tau_1)\cdot\vec w = 0, et comme n⃗⋅w⃗=0\vec n\cdot\vec w = 0,

Φ=−n1 (e⃗1⋅w⃗)n2 (e⃗2⋅w⃗),\Phi = -\frac{n_1\,(\vec e_1\cdot\vec w)}{n_2\,(\vec e_2\cdot\vec w)} ,

à condition que le glissement prédit pointe alors selon +u⃗+\vec u et non −u⃗-\vec u.

Lorsque les directions principales ne sont pas connues, chaque faille fournit une équation, l’angle de son glissement dans son plan, pour quatre inconnues : trois angles qui orientent les axes principaux, et Φ\Phi. Quatre failles d’attitudes différentes constituent le minimum, et quelques dizaines sont courantes. L’inversion minimise la somme des carrés des écarts angulaires entre les glissements mesurés et prédits, par moindres carrés sur une grille ou par itération comme dans la Section 1.4. Les failles qui ne s’ajustent pas forment une seconde population, peut-être d’un autre âge.

La figure ci-dessous présente cinq failles des monts Varden : la faille normale principale et quatre plus petites, toutes à glissement normal. Une recherche sur grille portant sur Φ\Phi et l’azimut de σ3\sigma_3, avec σ1\sigma_1 vertical, ajuste les cinq failles à moins d’un quart de degré près, avec σ3\sigma_3 horizontal vers 120∘120{}^{\circ}.

Données de stries des monts Varden sur le canevas équivalent, hémisphère inférieur : cinq plans de faille (grands cercles) avec la direction de glissement de chaque toit (points), et les contraintes principales de la meilleure contrainte ajustée : _1 vertical (carré), _2 et _3 horizontaux (losanges et triangles, aux deux extrémités de chaque axe). La faille principale, à 60 de pendage vers 120, contient _2 et glisse droit selon son pendage ; les autres glissent obliquement.
Données de stries des monts Varden sur le canevas équivalent, hémisphère inférieur : cinq plans de faille (grands cercles) avec la direction de glissement de chaque toit (points), et les contraintes principales de la meilleure contrainte ajustée : σ1\sigma_1 vertical (carré), σ2\sigma_2 et σ3\sigma_3 horizontaux (losanges et triangles, aux deux extrémités de chaque axe). La faille principale, à 60∘60{}^{\circ} de pendage vers 120∘120{}^{\circ}, contient σ2\sigma_2 et glisse droit selon son pendage ; les autres glissent obliquement.

Les axes P et T du volume de première année ne sont pas les contraintes principales. Ils sont construits à partir du plan de faille et du seul glissement, à 45∘45{}^{\circ} du plan, dans le plan qui contient le glissement et la normale ; une faille nouvelle, dans une roche d’angle de frottement voisin de 30∘30{}^{\circ}, fait environ 30∘30{}^{\circ} avec σ1\sigma_1, et une faille réactivée fait un angle quelconque. Un seul mécanisme donne les axes P et T ; seules de nombreuses failles d’attitudes différentes, inversées ensemble, donnent la contrainte. L’hypothèse elle-même a des limites : la contrainte peut varier d’une faille à l’autre, des blocs peuvent tourner, et des failles qui se rencontrent se gênent dans leur glissement.

8.5 Restauration d’une coupe

Une coupe est une interprétation : entre la surface et les forages, le géologue dessine ce qui est vraisemblable. Le volume de deuxième année, dans son chapitre sur les Alpes, appelle coupe équilibrée une coupe qui peut être ramenée à un état non déformé en conservant les longueurs des couches et les aires des unités, les plis et les chevauchements s’enracinant sur un décollement. La restauration en est le test.

Définition 8.11 (Restauration de coupe, ligne de référence, méthode des kink-bands)

restauration de coupe défait, sur une coupe dessinée parallèlement à la direction du transport tectonique, la déformation qu’elle montre, événement par événement et dans l’ordre inverse, en conservant les longueurs des couches et les aires des unités dans le plan de la coupe. Une ligne de référence est une ligne traversant les couches, placée là où elles n’ont pas glissé l’une sur l’autre (dans l’avant-pays non déformé, ou sur la surface axiale d’un pli symétrique), que l’on prend perpendiculaire aux couches dans la coupe restaurée ; les longueurs sont mesurées à partir d’elle. Dans la méthode des kink-bands les plis sont dessinés en flancs droits d’épaisseur de couche constante, reliés par des charnières vives, dont les surfaces axiales bissectent l’angle entre les flancs ; chaque couche est alors une ligne brisée, dont la longueur est la somme de ses segments droits.

Une couche pliée en flancs droits, de pendage δ\delta dans un sens ou dans l’autre, sur la distance horizontale LL, a pour longueur L/cos⁡δL/\cos\delta : son raccourcissement est S=L(1/cos⁡δ−1)S = L(1/\cos\delta - 1), la variation relative de longueur étant cos⁡δ−1\cos\delta - 1. Les aires fournissent l’autre moitié de l’équilibre.

Proposition 8.12 (Profondeur du décollement)

Soit une couche située à la hauteur hh au-dessus d’un décollement horizontal, raccourcie de SS dans le plan d’une coupe, et que la roche comprise entre elle et le décollement conserve son aire, sans matière franchissant les extrémités de la coupe. Alors l’aire AA dont la couche plissée dépasse son niveau initial vérifie

A=S h,d’ouˋh=AS.A = S\,h , \qquad\text{d'où}\qquad h = \frac AS .

Démonstration. Avant la déformation, la roche située sous la couche occupait L0hL_0 h sur la longueur L0L_0. Après elle, la même roche s’étend sur la longueur L0−SL_0 - S, sous la couche, qui se trouve au niveau initial augmenté du soulèvement : son aire vaut (L0−S)h+A(L_0 - S)h + A. En égalant les deux aires, on obtient A=ShA = Sh. ∎

Deux couches donnent les deux inconnues : leurs aires en excès diffèrent de SS fois leur écart vertical. La figure ci-dessous présente la construction.

Restauration d’un pli à kink-bands, dessiné en équilibre avec des flancs à 50. (a) Deux couches compétentes plissées en flancs droits d’épaisseur constante sur une couche faible qui s’épaissit dans le cœur du pli, entre deux lignes de référence placées sur les surfaces axiales des synclinaux, qui sont restées au niveau initial. (b) La coupe restaurée : chaque couche est redressée, sa longueur mesurée le long des flancs, L_0, plus grande que la coupe déformée de la raccourcissement S. L’aire hachurée A, dont la couche supérieure dépasse son niveau initial, vaut S fois sa hauteur h au-dessus du décollement ; la couche faible a la même aire dans les deux panneaux.
Restauration d’un pli à kink-bands, dessiné en équilibre avec des flancs à 50∘50{}^{\circ}. (a) Deux couches compétentes plissées en flancs droits d’épaisseur constante sur une couche faible qui s’épaissit dans le cœur du pli, entre deux lignes de référence placées sur les surfaces axiales des synclinaux, qui sont restées au niveau initial. (b) La coupe restaurée : chaque couche est redressée, sa longueur mesurée le long des flancs, L0L_0, plus grande que la coupe déformée de la raccourcissement SS. L’aire hachurée AA, dont la couche supérieure dépasse son niveau initial, vaut SS fois sa hauteur hh au-dessus du décollement ; la couche faible a la même aire dans les deux panneaux.

Une coupe traversée par une faille se restaure dans l’ordre inverse des événements : la structure la plus jeune en premier. Une faille normale de rejet vertical tht_h et de pendage δ\delta a un rejet horizontal th/tan⁡δt_h/\tan\delta et un glissement th/sin⁡δt_h/\sin\delta sur une coupe parallèle à son pendage ; le toit est ramené vers le haut de la faille d’une valeur égale au glissement. Sur une coupe oblique au glissement, le pendage de la faille et son déplacement sont apparents, et une coupe qui semble équilibrée peut ne pas l’être : c’est pourquoi les coupes sont tracées parallèlement à la direction de transport.

Sur le terrain — Mesurer une attitude

Une boussole-clinomètre posée contre une surface rocheuse inclinée, avec un carnet de terrain. Illustration générée par IA.

Pour mesurer un plan de stratification, le géologue pose le couvercle ouvert d’une boussole-clinomètre à plat contre la surface, choisie lisse et représentative, et tourne l’instrument jusqu’à ce que sa bulle indique l’horizontale : l’aiguille donne alors le sens du pendage, et le clinomètre, l’instrument tourné sur sa tranche, selon la ligne de plus grande pente, le pendage. La mesure se note sous la forme sens du pendage et pendage, par exemple 075/13075/13, avec le lieu et la nature de la surface. Les azimuts lus à l’aiguille aimantée sont corrigés de la déclinaison locale. Un téléphone intelligent équipé d’une application de géologie fournit la même information en une seule étape : posé à plat contre le plan, ses accéléromètres donnent la direction de la pesanteur et donc le pendage, et son magnétomètre l’azimut. Les géologues de terrain le comparent régulièrement à une boussole, car le fer proche et les circuits propres du téléphone peuvent perturber le magnétomètre ; ils répètent chaque mesure et moyennent les normales par la moyenne vectorielle.

8.6 Exercices

Exercice 8.1 ★

Donner l’azimut et le plongement du pôle du plan 040/30040/30 (sens du pendage, pendage). Donner l’attitude du plan dont le pôle a pour azimut 315∘315{}^{\circ} et plonge de 20∘20{}^{\circ}.

Solution

Solution de Exercice 8.1.

Le pôle a un azimut 40+180=220∘40 + 180 = 220{}^{\circ} et un plongement 90−30=60∘90 - 30 = 60{}^{\circ}. Le plan a un pendage de 90−20=70∘90 - 20 = 70{}^{\circ} vers 315−180=135∘315 - 180 = 135{}^{\circ} : 135/70135/70.

Exercice 8.2 ★

Une droite plonge de 30∘30{}^{\circ}. À quelle distance du centre se place-t-elle sur un canevas équiangle et sur un canevas équivalent, tous deux de rayon 10 cm10\,\mathrm{cm} ?

Solution

Solution de Exercice 8.2.

θ=60∘\theta = 60{}^{\circ}. Canevas équiangle : 10tan⁡30∘=5.77 cm10\tan30{}^{\circ} = 5.77\,\mathrm{cm} ; projection équivalente : 102sin⁡30∘=7.07 cm10\sqrt2\sin30{}^{\circ} = 7.07\,\mathrm{cm}.

Exercice 8.3 ★

Les flancs d’un pli ont pour attitudes 090/30090/30 et 270/30270/30. Calculer l’angle entre leurs pôles par le produit scalaire des normales, l’angle entre flancs, et la classe du pli.

Solution

Solution de Exercice 8.3.

n⃗1=(sin⁡30∘,0,cos⁡30∘)\vec n_1 = (\sin30{}^{\circ}, 0, \cos30{}^{\circ}), n⃗2=(−sin⁡30∘,0,cos⁡30∘)\vec n_2 = (-\sin30{}^{\circ}, 0, \cos30{}^{\circ}), n⃗1⋅n⃗2=−0.25+0.75=0.5\vec n_1\cdot\vec n_2 = -0.25 + 0.75 = 0.5 : les pôles sont distants de 60∘60{}^{\circ}, l’angle entre flancs vaut 120∘120{}^{\circ}, un pli ouvert.

Exercice 8.4 ★

Une faille 090/60090/60 porte des stries de pitch −45∘-45{}^{\circ}. Avec le vecteur direction s⃗=(0,1,0)\vec s = (0, 1, 0) et le vecteur de plus grande pente d⃗\vec d du plan, le glissement du toit est u⃗=cos⁡r s⃗−sin⁡r d⃗\vec u = \cos r\,\vec s - \sin r\,\vec d. Calculer d⃗\vec d, u⃗\vec u, ainsi que l’azimut et le plongement du glissement. Nommer la faille.

Solution

Solution de Exercice 8.4.

d⃗=(cos⁡60∘,0,−sin⁡60∘)=(0.5,0,−0.866)\vec d = (\cos60{}^{\circ}, 0, -\sin60{}^{\circ}) = (0.5, 0, -0.866) et u⃗=0.707 s⃗+0.707 d⃗=(0.354,0.707,−0.612)\vec u = 0.707\,\vec s + 0.707\,\vec d = (0.354, 0.707, -0.612) : azimut atan2⁡(0.354,0.707)=26.6∘\operatorname{atan2}(0.354, 0.707) = 26.6{}^{\circ}, plongement arcsin⁡0.612=37.8∘\arcsin0.612 = 37.8{}^{\circ}. Le pitch se situe entre −90∘-90{}^{\circ} (normal) et 0 (senestre) : une faille normale oblique à composante senestre.

Exercice 8.5 ★★

Les flancs d’un pli ont pour attitudes 060/40060/40 et 250/30250/30. Calculer l’azimut et le plongement de son axe, ainsi que son angle entre flancs.

Solution

Solution de Exercice 8.5.

n⃗1=(0.5567,0.3214,0.7660),n⃗2=(−0.4698,−0.1710,0.8660),n⃗1×n⃗2=(0.4093,−0.8420,0.0558),\begin{gather*} \vec n_1 = (0.5567, 0.3214, 0.7660),\qquad \vec n_2 = (-0.4698, -0.1710, 0.8660),\\ \vec n_1\times\vec n_2 = (0.4093, -0.8420, 0.0558), \end{gather*}

de longueur 0.93790.9379. Son opposé, −n⃗1×n⃗2-\vec n_1\times\vec n_2, pointe vers le bas : azimut 334.1∘334.1{}^{\circ}, plongement arcsin⁡(0.0558/0.9379)=3.4∘\arcsin(0.0558/0.9379) = 3.4{}^{\circ}. n⃗1⋅n⃗2=0.3469\vec n_1\cdot\vec n_2 = 0.3469, 69.7∘69.7{}^{\circ} entre les normales, angle entre flancs 110.3∘110.3{}^{\circ} : un pli ouvert.

Exercice 8.6 ★★

Calculer la fraction de la surface du canevas située à l’intérieur du cercle des droites plongeant de plus de 60∘60{}^{\circ}, sur le canevas équivalent et sur le canevas équiangle, ainsi que la fraction des directions de l’hémisphère inférieur qui plongent de plus de 60∘60{}^{\circ}. Quel canevas faut-il utiliser pour compter les pôles ?

Solution

Solution de Exercice 8.6.

Un plongement supérieur à 60∘60{}^{\circ} signifie θ<30∘\theta < 30{}^{\circ}. Projection équivalente : r2=2sin⁡215∘=0.134r^2 = 2\sin^215{}^{\circ} = 0.134, 13.4 %13.4\,\% du canevas ; avec le canevas équiangle : tan⁡215∘=0.072\tan^215{}^{\circ} = 0.072, 7.2 %7.2\,\%. Sur la sphère, la calotte représente 1−cos⁡30∘=0.1341 - \cos30{}^{\circ} = 0.134 de l’hémisphère : seule la projection équivalente la restitue fidèlement, donc c’est sur elle que l’on compte les pôles.

Exercice 8.7 ★★

Trois pôles se trouvent dans le plan vertical est–ouest, à −20∘-20{}^{\circ}, 00 et 20∘20{}^{\circ} de la verticale : p⃗=(sin⁡a,0,−cos⁡a)\vec p = (\sin a, 0, -\cos a). Calculer leur tenseur d’orientation, ses valeurs propres et vecteurs propres, et l’axe bêta. Pourquoi la plus petite valeur propre est-elle exactement nulle ?

Solution

Solution de Exercice 8.7.

Txx=2sin⁡220∘3=0.078,Tzz=2cos⁡220∘+13=0.922,Txz=−sin⁡20∘cos⁡20∘−sin⁡20∘cos⁡20∘3=0,\begin{gather*} T_{xx} = \frac{2\sin^220{}^{\circ}}3 = 0.078,\qquad T_{zz} = \frac{2\cos^220{}^{\circ} + 1}3 = 0.922,\\ T_{xz} = -\frac{\sin20{}^{\circ}\cos20{}^{\circ} - \sin20{}^{\circ}\cos20{}^{\circ}}3 = 0, \end{gather*}

et tous les termes en yy sont nuls. Les valeurs propres sont 0.9220.922 (verticale), 0.0780.078 (est) et 00 (nord) : l’axe bêta est horizontal, nord–sud. Les trois pôles sont dans un même plan, donc aucun n’a de composante selon sa normale, et u⃗TTu⃗=0\vec u^{\mathsf T}T\vec u = 0 pour u⃗\vec u dirigé selon ce plan.

Exercice 8.8 ★★

Placer sur le diagramme de Flinn l’ellipsoïde X:Y:Z=3:1.5:1X : Y : Z = 3 : 1.5 : 1, puis l’ellipsoïde à volume constant avec X=1.8X = 1.8 et Y=1.1Y = 1.1. Calculer kk pour chacun et nommer la déformation.

Solution

Solution de Exercice 8.8.

a=2a = 2, b=1.5b = 1.5, k=1/0.5=2k = 1/0.5 = 2 : constriction. Z=1/(1.8×1.1)=0.505Z = 1/(1.8\times1.1) = 0.505, a=1.636a = 1.636, b=2.178b = 2.178, k=0.636/1.178=0.54k = 0.636/1.178 = 0.54 : aplatissement.

Exercice 8.9 ★★

Dans une coupe parallèle à l’étirement, des ooïdes initialement circulaires sont des ellipses de rapport d’axes 2.252.25, toutes parallèles, et l’aire de chacune est inchangée. Calculer les étirements principaux et l’extension selon le grand axe. Avant la déformation, les centres des ooïdes n’étaient jamais plus proches que 0.4 mm0.4\,\mathrm{mm} : donner les demi-axes du vide du diagramme de Fry.

Solution

Solution de Exercice 8.9.

S1/S2=2.25S_1/S_2 = 2.25 et S1S2=1S_1S_2 = 1 : S1=1.5S_1 = 1.5, S2=0.667S_2 = 0.667 ; le grand axe a été allongé de 50 %50\,\%. Le vide a pour demi-axes 1.5×0.4=0.60 mm1.5\times0.4 = 0.60\,\mathrm{mm} et 0.667×0.4=0.27 mm0.667\times0.4 = 0.27\,\mathrm{mm}.

Exercice 8.10 ★★★

À θ=60∘\theta = 60{}^{\circ} du nadir, calculer l’étirement selon le rayon, dr/(R dθ)\mathrm dr/(R\,\mathrm d\theta), et autour du cercle, r/(Rsin⁡θ)r/(R\sin\theta), pour les deux projections. Vérifier le théorème sur les projections, et donner le rapport des axes de l’ovale dans lequel le canevas équivalent transforme un très petit cercle à cet endroit.

Solution

Solution de Exercice 8.10.

Canevas équiangle : 1/(2cos⁡230∘)=0.6671/(2\cos^230{}^{\circ}) = 0.667 selon la direction radiale et tan⁡30∘/sin⁡60∘=0.577/0.866=0.667\tan30{}^{\circ}/\sin60{}^{\circ} = 0.577/0.866 = 0.667 en direction orthoradiale : ils sont égaux et la projection est conforme. Projection équivalente : dr/(R dθ)=(2/2)cos⁡30∘=0.612\mathrm dr/(R\,\mathrm d\theta) = (\sqrt2/2)\cos30{}^{\circ} = 0.612 et 2sin⁡30∘/sin⁡60∘=0.707/0.866=0.816\sqrt2\sin30{}^{\circ}/\sin60{}^{\circ} = 0.707/0.866 = 0.816 ; le produit vaut 0.5000.500, soit le facteur d’aire du théorème. Un petit cercle devient un ovale d’axes dans le rapport 0.816/0.612=1.330.816/0.612 = 1.33, dont le grand axe est orienté autour du centre.

Exercice 8.11 ★★★

Dans un régime décrochant, σ1\sigma_1 est horizontale vers 000∘000{}^{\circ}, σ3\sigma_3 horizontale vers 090∘090{}^{\circ} et σ2\sigma_2 verticale. Une faille verticale de direction 020∘020{}^{\circ}. Sans calculer τ⃗\vec\tau, montrer que son glissement est horizontal pour tout Φ\Phi. Calculer ensuite −τ⃗-\vec\tau pour Φ=0.4\Phi = 0.4 avec la normale au plan n⃗=(cos⁡20∘,−sin⁡20∘,0)\vec n = (\cos20{}^{\circ}, -\sin20{}^{\circ}, 0) et donner le sens du glissement.

Solution

Solution de Exercice 8.11.

La faille est verticale, donc sa normale est horizontale et perpendiculaire à la verticale σ2\sigma_2 ; d’après la partie (b) du théorème, le glissement est perpendiculaire à σ2\sigma_2, horizontal, pour tout Φ\Phi. Avec σ1=1\sigma_1 = 1 selon le nord, σ3=0\sigma_3 = 0 selon l’est : Sn⃗=(0,−0.342,0)S\vec n = (0, -0.342, 0), n⃗⋅Sn⃗=0.117\vec n\cdot S\vec n = 0.117, τ⃗=(0,−0.342,0)−0.117 (0.940,−0.342,0)=(−0.110,−0.302,0)\vec\tau = (0, -0.342, 0) - 0.117\,(0.940, -0.342, 0) = (-0.110, -0.302, 0) et −τ⃗=(0.110,0.302,0)-\vec\tau = (0.110, 0.302, 0), vers 020∘020{}^{\circ}. Le bloc du côté de n⃗\vec n, le côté est, se déplace vers le nord-nord-est le long de la direction : vu depuis le côté ouest, il se déplace vers la gauche, une faille senestre (pitch 0). σ2\sigma_2 n’est pas intervenu dans le calcul.

Exercice 8.12 ★★★

Une coupe de 20 km20\,\mathrm{km} de long traverse un train de plis de décollement. Deux horizons distants de 1.0 km1.0\,\mathrm{km}, se trouvent au-dessus de leur niveau initial d’une aire de 6.0 km26.0\,\mathrm{km}^{2} (inférieur) et 7.5 km27.5\,\mathrm{km}^{2} (supérieur). Calculer le raccourcissement, la profondeur du décollement sous l’horizon inférieur, la longueur initiale de la coupe et sa variation relative de longueur.

Solution

Solution de Exercice 8.12.

S=(7.5−6.0)/1.0=1.5 kmS = (7.5 - 6.0)/1.0 = 1.5\,\mathrm{km} ; h=6.0/1.5=4.0 kmh = 6.0/1.5 = 4.0\,\mathrm{km} sous l’horizon inférieur. La coupe mesurait 20+1.5=21.5 km20 + 1.5 = 21.5\,\mathrm{km} de long, et a varié de −1.5/21.5=−7.0 %-1.5/21.5 = -7.0\,\%.

8.7 Problème : plis et failles des collines de Varden

Problème 8.1

Problème du week-end — l’axe d’un pli, la contrainte d’un système de failles et la restauration d’une coupe, dans une région fictive

Dans les collines de Varden, région fictive de la série, une couverture mésozoïque repose sur un socle de schistes et de granite. La couverture est plissée en un anticlinal droit et un synclinal droit à flancs rectilignes, puis recoupée par une faille normale. Un géologue a mesuré douze plans de stratification sur les deux flancs de l’anticlinal (sens du pendage/pendage, en degrés) :

flanc est075/13084/11089/13079/14086/12072/11
flanc ouest283/11272/13281/14288/10276/13274/12

Les sommes des normales unitaires ascendantes des six mesures de chaque flanc sont S⃗E=(1.2583,0.2017,5.8604)\vec S_E = (1.2583, 0.2017, 5.8604) et S⃗W=(−1.2445,0.1886,5.8636)\vec S_W = (-1.2445, 0.1886, 5.8636) (est, nord, haut). Cinq failles portent des stries (sens du pendage/pendage, pitch du glissement du toit) : 120/60/−90120/60/{-90} (la faille principale), 150/55/−76150/55/{-76}, 090/65/−108090/65/{-108}, 200/70/−78200/70/{-78} et 060/50/−105060/50/{-105}. La faille principale présente un rejet vertical de 200 m200\,\mathrm{m}. Les axes de l’anticlinal et du synclinal sont distants de 4 km4\,\mathrm{km}, de sorte que les plis se répètent tous les 8 km8\,\mathrm{km} d’est en ouest.

Partie I — Pôles et axe bêta.

  1. Donner l’azimut et le plongement du pôle de la mesure 075/13075/13, ainsi que sa distance au centre d’un canevas équivalent de rayon 10 cm10\,\mathrm{cm}.
  2. Calculer la normale unitaire ascendante de la mesure 075/13075/13 ; la comparer à S⃗E\vec S_E en module.
  3. Calculer l’attitude moyenne de chaque flanc à partir de S⃗E\vec S_E et S⃗W\vec S_W, les longueurs des résultantes moyennes, et l’écart quadratique moyen des mesures autour de leurs moyennes.
  4. Calculer S⃗E×S⃗W\vec S_E\times\vec S_W, ainsi que l’azimut et le plongement de l’axe bêta.
  5. Calculer l’angle entre les deux normales moyennes, l’angle entre flancs, et la classe du pli.
  6. Le plan axial de ce pli symétrique contient l’axe bêta et est perpendiculaire à m⃗E−m⃗W\vec m_E - \vec m_W, la différence des normales unitaires moyennes. Donner son attitude ; le pli est-il droit ?
  7. Donner l’attitude de la ceinture π\pi, et expliquer pourquoi les pôles se trouvent sur elle.

Partie II — Le tenseur d’orientation. Le tenseur d’orientation des douze pôles est

T=(0.044000.000350.001090.000350.001440.031790.001090.031790.95456),T = \begin{pmatrix} 0.04400 & 0.00035 & 0.00109\\ 0.00035 & 0.00144 & 0.03179\\ 0.00109 & 0.03179 & 0.95456 \end{pmatrix},

avec les valeurs propres 0.955620.95562, 0.044000.04400 et 0.000380.00038.

  1. Vérifier que la trace de TT vaut 1. Avec b⃗=(0.0053,−0.9994,0.0333)\vec b = (0.0053, -0.9994, 0.0333), le vecteur unitaire selon S⃗E×S⃗W\vec S_E\times\vec S_W, calculer b⃗TTb⃗\vec b^{\mathsf T}T\vec b. Que dit le résultat de b⃗\vec b ?
  2. Calculer l’écart angulaire quadratique moyen entre les pôles et la ceinture.
  3. Expliquer la valeur de λ2\lambda_2 à partir des pendages des flancs.
  4. Le pli est-il cylindrique à la précision des mesures près ?
  5. Le plongement de l’axe bêta est fixé par l’inclinaison nord–sud de la ceinture, à laquelle chaque pôle contribue avec la dispersion trouvée à la question 9. Estimer l’erreur type du plongement.

Partie III — La paléocontrainte.

  1. De quel type est la faille principale ? Selon Anderson, donner les directions de σ1\sigma_1, σ2\sigma_2 et σ3\sigma_3.
  2. Montrer, à l’aide du théorème sur la direction de glissement, que la faille principale glisse droit selon son pendage pour toute valeur de Φ\Phi. Que nous apprend-elle sur Φ\Phi ?
  3. Pour la faille 150/55150/55, calculer n⃗\vec n et ses composantes n1=n⃗⋅e⃗1n_1 = \vec n\cdot\vec e_1 et n2=n⃗⋅e⃗2n_2 = \vec n\cdot\vec e_2, avec e⃗1\vec e_1 vertical et e⃗2\vec e_2 horizontal, dirigé vers 030∘030{}^{\circ}.
  4. Son glissement donne w⃗=n⃗×u⃗=(0.771,0.605,0.198)\vec w = \vec n\times\vec u = (0.771, 0.605, 0.198). Calculer Φ\Phi.
  5. Les trois autres petites failles donnent Φ=0.294\Phi = 0.294, 0.3010.301 et 0.3060.306. Donner la moyenne, et dire d’où provient la dispersion.
  6. Que dit Φ=0.3\Phi = 0.3 de σ2\sigma_2 ?
  7. Calculer les axes P et T de la faille principale (à 45∘45{}^{\circ} du plan, dans son plan de pendage), et les comparer à σ1\sigma_1 et σ3\sigma_3.

Partie IV — Restauration d’une coupe est–ouest.

  1. Calculer le pendage apparent du flanc est, 080.9/12.3080.9/12.3, sur une coupe est–ouest.
  2. En prenant les flancs à 12∘12{}^{\circ} sur la coupe, calculer la longueur restaurée d’une longueur d’onde de pli, le raccourcissement et la variation relative de longueur.
  3. Calculer la hauteur de la crête de l’anticlinal au-dessus des synclinaux et l’aire en excès d’une longueur d’onde, en supposant que les synclinaux sont restés à leur niveau initial.
  4. Calculer la profondeur du décollement sous l’horizon plissé. Les plis peuvent-ils être décollés à la base de la couverture, à quelques centaines de mètres de profondeur ?
  5. Calculer le rejet horizontal et le glissement de la faille principale sur une coupe orientée à 120∘120{}^{\circ}.
  6. Sur la coupe est–ouest, calculer le pendage apparent de la faille et son rejet horizontal apparent. Quelle coupe doit être restaurée ?
  7. Dans quel ordre la faille et les plis sont-ils restaurés, et où sont placées les lignes de référence ?
  8. Quel est le plongement de l’axe du pli de Varden, déduit des douze mesures ?
Solution

Solution de Problème 8.1.

1. Le pôle a pour azimut 255∘255{}^{\circ} et pour plongement 77∘77{}^{\circ} ; θ=13∘\theta = 13{}^{\circ} et r=102sin⁡6.5∘=1.60 cmr = 10\sqrt2\sin6.5{}^{\circ} = 1.60\,\mathrm{cm} du centre, vers 255∘255{}^{\circ}.

2. n⃗=(sin⁡13∘sin⁡75∘,sin⁡13∘cos⁡75∘,cos⁡13∘)=(0.2173,0.0582,0.9744)\vec n = (\sin13{}^{\circ}\sin75{}^{\circ}, \sin13{}^{\circ}\cos75{}^{\circ}, \cos13{}^{\circ}) = (0.2173, 0.0582, 0.9744). Six vecteurs unitaires presque parallèles s’additionnent presque à 6 : ∣S⃗E∣=5.9974|\vec S_E| = 5.9974.

3. Flanc est : αˉ=atan2⁡(1.2583,0.2017)=80.9∘\bar\alpha = \operatorname{atan2}(1.2583, 0.2017) = 80.9{}^{\circ} et δˉ=arccos⁡(5.8604/5.9974)=12.3∘\bar\delta = \arccos(5.8604/5.9974) = 12.3{}^{\circ} ; Rˉ=5.9974/6=0.99956\bar R = 5.9974/6 = 0.99956 et la dispersion vaut 2×0.00044=0.0297 rad\sqrt{2\times0.00044} = 0.0297\,\mathrm{rad}, soit 1.7∘1.7{}^{\circ}. Flanc ouest : αˉ=atan2⁡(−1.2445,0.1886)=278.6∘\bar\alpha = \operatorname{atan2}(-1.2445, 0.1886) = 278.6{}^{\circ} et δˉ=arccos⁡(5.8636/5.9972)=12.1∘\bar\delta = \arccos(5.8636/5.9972) = 12.1{}^{\circ} ; Rˉ=0.99953\bar R = 0.99953, dispersion 1.8∘1.8{}^{\circ}.

4.

S⃗E×S⃗W=(0.0774,−14.6714,0.4883),\vec S_E\times\vec S_W = (0.0774, -14.6714, 0.4883),

de longueur 14.68014.680. Son opposé pointe vers le bas : l’azimut vaut atan2⁡(−0.0774,14.6714)=359.7∘\operatorname{atan2}(-0.0774, 14.6714) = 359.7{}^{\circ} et le plongement arcsin⁡(0.4883/14.680)=1.9∘\arcsin(0.4883/14.680) = 1.9{}^{\circ}.

5. Le cosinus de l’angle entre les normales moyennes vaut 32.835/35.968=0.912932.835/35.968 = 0.9129, le produit scalaire des sommes divisé par leurs longueurs : 24.1∘24.1{}^{\circ} entre les normales, soit un angle entre flancs de 155.9∘155.9{}^{\circ} : un pli ouvert, voisin d’un pli doux.

6.

m⃗E=(0.2098,0.0336,0.9772),m⃗W=(−0.2075,0.0314,0.9777),m⃗E−m⃗W=(0.4173,0.0022,−0.0005):\begin{gather*} \vec m_E = (0.2098, 0.0336, 0.9772),\qquad \vec m_W = (-0.2075, 0.0314, 0.9777),\\ \vec m_E - \vec m_W = (0.4173, 0.0022, -0.0005): \end{gather*}

une normale horizontale vers 089.7∘089.7{}^{\circ}. Le plan axial est vertical, de direction 359.7∘359.7{}^{\circ}, pratiquement nord–sud : le pli est droit.

7. La ceinture est le plan dont le pôle est l’axe bêta : sens du pendage 179.7∘179.7{}^{\circ}, pendage 90−1.9=88.1∘90 - 1.9 = 88.1{}^{\circ}, presque vertical, dans le plan est–ouest. Chaque flanc contient l’axe de pli, donc chaque normale est perpendiculaire à lui et se situe dans le plan qui lui est perpendiculaire.

8. 0.04400+0.00144+0.95456=1.000000.04400 + 0.00144 + 0.95456 = 1.00000. b⃗TTb⃗=0.00038\vec b^{\mathsf T}T\vec b = 0.00038, la plus petite valeur propre : b⃗\vec b est, à l’arrondi près, le vecteur propre e⃗3\vec e_3, et la ceinture passant par les deux pôles moyens est la meilleure ceinture d’ajustement parmi les douze.

9. arcsin⁡0.00038=arcsin⁡0.0195=1.1∘\arcsin\sqrt{0.00038} = \arcsin0.0195 = 1.1{}^{\circ}.

10. Le long de la ceinture, les pôles se situent à environ 12.2∘12.2{}^{\circ} de la verticale, de part et d’autre ; sin⁡212.2∘=0.045\sin^212.2{}^{\circ} = 0.045, le carré moyen de leurs composantes est–ouest, soit λ2\lambda_2.

11. Oui : les pôles s’écartent de la ceinture de 1.1∘1.1{}^{\circ} en moyenne, pas plus que la dispersion de 1.7∘1.7{}^{\circ} des mesures d’un seul flanc autour de leur moyenne.

12. 1.1∘/12=0.3∘1.1{}^{\circ}/\sqrt{12} = 0.3{}^{\circ} : le plongement vaut 1.9∘1.9{}^{\circ} ±\pm 0.3∘0.3{}^{\circ}.

13. Un pitch de −90∘-90{}^{\circ} : une faille normale pure, à glissement de pendage. Anderson : σ1\sigma_1 verticale, σ3\sigma_3 horizontale selon le sens du pendage, 120∘120{}^{\circ}–300∘300{}^{\circ}, σ2\sigma_2 horizontale selon la direction, 030∘030{}^{\circ}–210∘210{}^{\circ}.

14. La normale de 120/60120/60 se situe dans le plan vertical d’azimut 120∘120{}^{\circ}, qui contient e⃗1\vec e_1 et e⃗3\vec e_3 : n2=0n_2 = 0. D’après la question (b), le glissement est perpendiculaire à σ2\sigma_2, qui suit la direction, quel que soit Φ\Phi : il est à glissement de pendage. La faille ne dit rien de Φ\Phi ; dans la formule, n2n_2 et e⃗2⋅w⃗\vec e_2\cdot\vec w, donc numérateur et dénominateur s’annulent.

15. n⃗=(sin⁡55∘sin⁡150∘,sin⁡55∘cos⁡150∘,cos⁡55∘)=(0.4096,−0.7094,0.5736)\vec n = (\sin55{}^{\circ}\sin150{}^{\circ}, \sin55{}^{\circ}\cos150{}^{\circ}, \cos55{}^{\circ}) = (0.4096, -0.7094, 0.5736); n1=0.574n_1 = 0.574; n2=0.5×0.4096+0.866×(−0.7094)=−0.410n_2 = 0.5\times 0.4096 + 0.866\times(-0.7094) = -0.410.

16. e⃗1⋅w⃗=0.198\vec e_1\cdot\vec w = 0.198 et e⃗2⋅w⃗=0.5×0.771+0.866×0.605=0.909\vec e_2\cdot\vec w = 0.5\times 0.771 + 0.866\times0.605 = 0.909, donc Φ=−(0.574×0.198)/(−0.410×0.909)=0.1137/0.3727=0.305\Phi = -(0.574\times0.198)/(-0.410\times 0.909) = 0.1137/0.3727 = 0.305.

17. (0.305+0.294+0.301+0.306)/4=0.30(0.305 + 0.294 + 0.301 + 0.306)/4 = 0.30. Les pitchs ont été arrondis au degré près ; un degré de pitch déplace Φ\Phi d’environ 0.02 sur ces failles, si bien que l’arrondi au demi-degré explique la dispersion.

18. σ2−σ3=0.3(σ1−σ3)\sigma_2 - \sigma_3 = 0.3(\sigma_1 - \sigma_3) : σ2\sigma_2 est plus proche de σ3\sigma_3 que de σ1\sigma_1. Les deux contraintes horizontales sont nettement inférieures à la verticale ; la région a été étirée surtout vers 120∘120{}^{\circ}, un peu selon 030∘030{}^{\circ}.

19. Avec n⃗=(0.750,−0.433,0.500)\vec n = (0.750, -0.433, 0.500) et le glissement u⃗=(0.433,−0.250,−0.866)\vec u = (0.433, -0.250, -0.866), (n⃗−u⃗)/2(\vec n - \vec u)/\sqrt2 plonge de 75∘75{}^{\circ} vers 300∘300{}^{\circ} : P ; (n⃗+u⃗)/2(\vec n + \vec u)/\sqrt2 plonge de 15∘15{}^{\circ} vers 120∘120{}^{\circ} : T. Ils sont dans le même plan vertical que σ1\sigma_1 et σ3\sigma_3, mais décalés de 15∘15{}^{\circ} par rapport à eux, car la faille fait 30∘30{}^{\circ}, et non 45∘45{}^{\circ}, avec σ1\sigma_1.

20. tan⁡a=tan⁡12.3∘×cos⁡(90∘−80.9∘)=0.2180×0.9874=0.2153\tan a = \tan12.3{}^{\circ}\times\cos(90{}^{\circ} - 80.9{}^{\circ}) = 0.2180\times0.9874 = 0.2153: a=12.1∘a = 12.1{}^{\circ}.

21. L0=8000/cos⁡12∘=8178.7 mL_0 = 8000/\cos12{}^{\circ} = 8178.7\,\mathrm{m}, S=178.7 mS = 178.7\,\mathrm{m}, une variation relative de cos⁡12∘−1=−2.2 %\cos12{}^{\circ} - 1 = -2.2\,\%.

22. 4000tan⁡12∘=850.2 m4000\tan12{}^{\circ} = 850.2\,\mathrm{m}; A=12×8000×850.2=3.40×106 m2A = \tfrac12\times8000\times 850.2 = 3.40 \times 10^{6}\,\mathrm{m}^{2}.

23. h=3.40×106/178.7=19.0 kmh = 3.40 \times 10^{6}/178.7 = 19.0\,\mathrm{km}. Un décollement à la base de la couverture donnerait hh de quelques centaines de mètres et une aire excédentaire environ cinquante fois plus petite : les plis ne sont pas décollés à cet endroit. Soit le socle s’est plissé avec la couverture, soit les synclinaux se sont enfoncés sous le niveau initial, ce qui réduit AA ; la coupe seule ne permet pas de trancher.

24. Rejet horizontal 200/tan⁡60∘=115.5 m200/\tan60{}^{\circ} = 115.5\,\mathrm{m}, glissement 200/sin⁡60∘=230.9 m200/\sin60{}^{\circ} = 230.9\,\mathrm{m}.

25. tan⁡a=tan⁡60∘cos⁡30∘=1.500\tan a = \tan60{}^{\circ}\cos30{}^{\circ} = 1.500 : a=56.3∘a = 56.3{}^{\circ}, et le rejet horizontal apparent vaut 200/1.5=133.3 m200/1.5 = 133.3\,\mathrm{m}. Le glissement de la faille est selon le pendage, vers 120∘120{}^{\circ} : la coupe selon 120∘120{}^{\circ} montre les vraies longueurs et c’est celle qu’il faut restaurer.

26. La faille recoupe les plis, elle est donc plus jeune et on la restaure en premier, en faisant remonter le toit le long de la faille de 230.9 m230.9\,\mathrm{m} ; les plis sont alors dépliés. Les lignes de référence se placent sur les surfaces axiales des synclinaux, dans le mur, là où les plis symétriques ne présentaient aucun glissement entre les couches.

27. L’axe du pli de Varden plonge 1.9∘1.9{}^{\circ} vers le nord (azimut 359.7∘359.7{}^{\circ}) : le 2∘2{}^{\circ} imposé à la région, retrouvé à la précision de 0.3∘0.3{}^{\circ} qu’autorisent les douze mesures.

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