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Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 3e année · স্নাতক তৃতীয় বর্ষ
19Dynamique des fluides géophysiques
Si l’on remue une tasse de thé, le tourbillon s’éteint en une minute ; les feuilles se rassemblent au milieu du fond, et rien d’autre ne se passe. L’océan et l’atmosphère sont brassés eux aussi, par le Soleil et le vent, mais sur une planète en rotation et dans des couches de densités différentes. La rotation et la stratification les soumettent à des règles qu’une tasse de thé ne laisse jamais voir : les vents soufflent le long des isobares plutôt qu’à travers, les colonnes de fluide refusent de s’incliner, et le vent de la haute troposphère s’inscrit dans les températures situées en dessous. Ce chapitre pose les équations de ces écoulements vastes, lents et minces, ainsi que les quelques nombres qui déterminent quels termes comptent.
Tu sais déjà
Les forces de Coriolis et centrifuge dans un référentiel tournant, les équations de Navier–Stokes et de continuité, la viscosité, le nombre de Reynolds et la relation hydrostatique sont dans les volumes de physique. Le paramètre de Coriolis , la force de gradient de pression, l’équilibre géostrophique, le vent géostrophique et le vent du gradient, ainsi que les courants-jets, figurent dans le volume de première année, dans son chapitre sur la circulation générale de l’atmosphère ; la couche d’Ekman dans son chapitre sur la circulation de l’océan ; la température potentielle, la stabilité statique et l’oscillation d’une parcelle d’air soulevée dans son chapitre sur la structure de l’atmosphère et de l’océan.
19.1 Équations dans un référentiel tournant
Dans un référentiel qui tourne avec la Terre à la vitesse angulaire , une parcelle de fluide de vitesse obéit à
où est la dérivée suivant la parcelle et la viscosité cinématique. La force centrifuge a été ajoutée à la gravitation : leur somme est la pesanteur effective, normale aux surfaces de niveau du géopotentiel, et la verticale est définie par elle. Seul le terme de Coriolis, , subsiste de la rotation, et il ne travaille pas : il fait tourner une parcelle sans en modifier la vitesse. La Terre tourne à , soit une période sidérale de .
Pour un mouvement sur des distances très inférieures au rayon terrestre , un repère cartésien local suffit : vers l’est, vers le nord, vers le haut, à la latitude , le plan tangent de la figure ci-dessous. Dans ce repère, , et les trois composantes de l’équation de la quantité de mouvement sont :
où désigne le frottement. Pour les écoulements minces et presque horizontaux de l’océan et de l’atmosphère, les termes en sont négligés : est petit devant car , et représente un dix-millième de (Exercice 19.5). La force de Coriolis n’agit alors que dans le plan horizontal, par la composante verticale locale de la rotation, .
Définition 19.1 (Plan et plan )
Au voisinage d’une latitude de référence , l’approximation du plan consiste à prendre le paramètre de Coriolis constant, . L’approximation du plan conserve sa variation au premier ordre avec la distance vers le nord : , avec .
À , avec le rayon moyen , et : sur de latitude, varie de . Le plan convient aux mouvements bien plus petits que cela ; le plan est nécessaire pour les courants à l’échelle des bassins et les ondes planétaires.
Deux autres approximations simplifient les équations sans perdre ce qui compte. La première concerne la masse volumique.
Définition 19.2 (Approximation de Boussinesq)
L’approximation de Boussinesq écrit la masse volumique comme , avec une constante et , et ne conserve que là où elle est multipliée par . L’équation de continuité devient , et l’équation de quantité de mouvement
où est l’écart de la pression à la pression hydrostatique de la masse volumique , le vecteur unitaire orienté vers le haut et la flottabilité.
Dans l’océan, vaut quelques sur , soit une fraction d’un pour cent, et l’approximation est excellente. Dans l’atmosphère, la masse volumique décroît d’un facteur sur environ ; l’approximation reste valable pour des couches bien plus minces que cela, et les écoulements plus profonds remplacent par un profil moyen , avec la même physique.
La seconde concerne la verticale. Un fluide au repos est en équilibre hydrostatique ; un fluide en mouvement le conserve à très bonne approximation lorsque le mouvement est bien plus large que profond.
Définition 19.3 (Approximation hydrostatique)
L’approximation hydrostatique remplace l’équation verticale de quantité de mouvement d’un fluide en mouvement par la relation hydrostatique, .
Proposition 19.4 (Quand l’approximation hydrostatique est valable)
Pour un mouvement d’échelle horizontale , de profondeur et de vitesse , avec un nombre de Rossby d’ordre un au plus, l’accélération verticale est inférieure au gradient vertical de la perturbation de pression d’un facteur d’ordre .
Démonstration. Lorsque la force de Coriolis est au moins aussi grande que l’accélération, l’équation horizontale de quantité de mouvement équilibre le gradient horizontal de pression qui lui fait face : , donc , et le gradient vertical vaut . La continuité, , borne la vitesse verticale par , et l’accélération verticale par . Le rapport vaut . ∎
Un système météorologique large de dans une troposphère profonde de présente et un nombre de Rossby d’environ 0.1 : l’erreur de l’approximation hydrostatique est d’ordre . Elle ne tient que pour des mouvements étroits et profonds : un courant ascendant d’orage, un panache convectif dans l’océan.
19.2 Échelles de l’écoulement en rotation
Les termes de l’équation de quantité de mouvement qui comptent sont fixés par deux rapports.
Définition 19.5 (Nombres de Rossby et d’Ekman)
Pour un écoulement de vitesse , d’échelle horizontale et de profondeur sur une planète de paramètre de Coriolis , le nombre de Rossby est , le rapport de l’accélération, d’ordre , à la force de Coriolis, d’ordre . Le nombre d’Ekman est , le rapport de la force visqueuse, d’ordre , à la force de Coriolis ; dans un écoulement turbulent, est remplacé par une viscosité turbulente.
Une baignoire qui se vide à sur a un nombre de Rossby de quelques milliers : la rotation de la Terre ne décide pas du sens de son tourbillonnement. Une dépression large de , avec des vents de , présente , et un gyre océanique . La viscosité est plus faible encore : la viscosité moléculaire de l’eau est , et les viscosités turbulentes qui représentent la turbulence de l’océan, selon la verticale, donnent sur de profondeur. Les deux nombres sont liés au nombre de Reynolds par .
Lorsque les deux nombres sont petits, l’équation stationnaire de quantité de mouvement horizontale ne conserve que la force de Coriolis et le gradient de pression : l’écoulement est en équilibre géostrophique, , ce que le volume de première année a déchiffré sur des cartes météorologiques. La géostrophie est la limite ; ses corrections sont d’ordre , et le frottement n’agit que dans de minces couches d’épaisseur relative , les couches d’Ekman au fond de l’atmosphère et le sommet et le fond de l’océan. Sur un plan , la vitesse géostrophique n’a pas de divergence horizontale : pour uniforme.
La limite opposée, la rotation sans gradient de pression, est le plus simple mouvement qu’un fluide en rotation peut effectuer.
Définition 19.6 (Oscillation d’inertie)
Une oscillation d’inertie est le mouvement horizontal d’un fluide sur lequel aucune force horizontale n’agit, hormis la force de Coriolis.
Théorème 19.7 (Cercles d’inertie)
Sur un plan , une parcelle lancée à la vitesse , sans force horizontale autre que la force de Coriolis, conserve sa vitesse et décrit un cercle de rayon , dans le sens horaire dans l’hémisphère Nord et antihoraire dans l’hémisphère Sud, avec une période d’inertie , soit une demi-journée sidérale divisée par .
Démonstration. Les équations s’écrivent , . Avec , elles s’écrivent , donc pour un départ vers l’est : la vitesse est constante et le vecteur vitesse tourne au rythme , dans le sens horaire lorsque . En intégrant, la position tourne autour du point à la distance . La période vaut , et est le jour sidéral. ∎
À , la période d’inertie vaut , et un courant de tourne sur un cercle de ; à la période vaut exactement un jour sidéral, et à l’équateur il n’existe aucun cercle d’inertie. Après qu’une tempête a mis en mouvement la couche superficielle de l’océan puis s’est apaisée, l’eau fait exactement cela. Des bouées dérivantes munies d’une ancre flottante, à dans le Pacifique Nord ont décrit des boucles pendant des jours après une tempête d’octobre 1987, entraînées par le courant moyen : la troisième trajectoire de la figure ci-dessous, après le cercle et la spirale.
Entre géostrophie et cercle d’inertie se situe l’écoulement autour d’un centre de haute ou basse pression, où les isobares sont courbes et où l’accélération vers le centre n’est plus négligeable.
Définition 19.8 (Vent du gradient)
Le vent du gradient est l’écoulement permanent et sans frottement le long d’isobares courbes dans lequel la force du gradient de pression, la force de Coriolis et l’accélération centripète se compensent.
Proposition 19.9 (La correction de courbure)
Soient les isobares des cercles de rayon dans l’hémisphère Nord, et la vitesse géostrophique que donnerait leur gradient de pression, avec . Autour d’une dépression, le vent du gradient vaut , plus lent que ; autour d’un anticyclone, , plus rapide, et il n’existe que si . Au premier ordre, .
Démonstration. Autour d’une dépression, le vent tourne dans le sens antihoraire ; la force du gradient de pression pointe vers le centre, la force de Coriolis vers l’extérieur, et leur différence fournit l’accélération centripète : . La racine positive de est ; en multipliant par on obtient la formule. Autour d’un anticyclone, le vent tourne dans le sens horaire et la force de Coriolis pointe vers l’intérieur : , donc , qui n’a de racines réelles que si ; la racine qui tend vers lorsque est . En développant les racines carrées, . ∎
Le nombre de Rossby des isobares mesure la correction : un dixième pour une dépression de taille modérée. La condition explique pourquoi le centre d’un anticyclone présente de faibles gradients et des vents légers, alors que celui d’une dépression peut présenter de forts gradients et des coups de vent.
19.3 Rotation sans stratification
Un fluide en rotation de masse volumique uniforme, en mouvement lent, se comporte comme s’il était constitué de colonnes rigides parallèles à l’axe de rotation.
Théorème 19.10 (Taylor–Proudman)
Dans un écoulement permanent d’un fluide parfait de masse volumique uniforme, en rotation à , avec un petit nombre de Rossby, la vitesse ne varie pas le long de la direction de l’axe de rotation : .
Démonstration. Pour , stationnaire et non visqueux, l’équation de quantité de mouvement se réduit à , avec le géopotentiel. Le rotationnel d’un gradient est nul, donc . Pour constant, ce rotationnel vaut , et pour une masse volumique uniforme. ∎
Avec selon , : les trois composantes de la vitesse sont les mêmes à toute hauteur. Si un fond rigide interdit à cet endroit, partout, et l’écoulement horizontal est le même à chaque niveau. Un obstacle posé sur le fond d’une cuve en rotation est donc ressenti jusqu’à la surface : le fluide situé au-dessus ne peut pas le franchir, car cela étirerait ou comprimerait une colonne, et il le contourne à chaque hauteur. La colonne de fluide qui reste au-dessus de l’obstacle est une colonne de Taylor.
L’atmosphère et l’océan sont stratifiés, et la stratification relâche la contrainte : un fluide stratifié peut varier avec la hauteur, comme le prescrit le théorème du vent thermique.
19.4 Stratification et vent thermique
Le volume de première année a soulevé une parcelle d’air dans une atmosphère stable et a constaté qu’elle oscille autour de son niveau. Il en va de même dans tout fluide stratifié, et la fréquence de l’oscillation mesure la stratification.
Définition 19.11 (Fréquence de flottabilité)
La fréquence de flottabilité d’un fluide au repos est définie par
où est la température potentielle de l’air et la masse volumique potentielle de l’eau, c’est-à-dire la masse volumique qu’elle aurait si on l’amenait de façon adiabatique à une pression de référence.
Théorème 19.12 (Oscillation d’une parcelle déplacée)
Une parcelle déplacée verticalement d’une petite distance depuis son niveau dans un fluide au repos, de façon adiabatique et sans mélange, obéit à . Si , elle oscille à la pulsation ; si , le déplacement croît et le fluide est instable.
Démonstration. Déplacée de façon adiabatique et sans mélange, la parcelle conserve sa masse volumique potentielle . Au niveau , elle se trouve à la pression de son environnement, dont la masse volumique potentielle vaut ; deux parcelles à la même pression diffèrent en masse volumique de la différence de leurs masses volumiques potentielles, à l’ordre un. La force de flottabilité par unité de masse vaut . Pour l’air à une pression donnée, la masse volumique varie comme , donc et les deux formes de coïncident. ∎
Dans la troposphère de l’atmosphère standard, qui se refroidit de contre les du gradient adiabatique sec (, avec , et ), vaut en moyenne , soit une période de ; dans la basse stratosphère isotherme, il vaut . Dans l’océan, la colonne d’eau de l’Atlantique Nord à N, O, en moyenne annuelle, présente sa stratification la plus forte dans la pycnocline saisonnière, vers , soit six cycles par heure, et des valeurs bien plus faibles en dessous : quelques cycles par heure au plus, comme on l’observe à travers la couche superficielle de l’océan.
La stratification permet à l’écoulement de varier avec la hauteur, et la façon dont il le fait dépend de la question de savoir si les surfaces de densité constante suivent celles de pression constante.
Définition 19.13 (Fluides barotropes et barocliniques)
Un fluide est barotrope si sa densité est une fonction de la pression seule, de sorte que les surfaces de densité constante coïncident avec les surfaces de pression constante ; il est barocline si elles se croisent.
Dans l’atmosphère, un gradient horizontal de température le long d’une surface de pression rend l’air barocline. L’équilibre hydrostatique rend alors les surfaces de pression plus inclinées avec la hauteur, et l’équilibre géostrophique transforme cette pente croissante en un vent croissant.
Théorème 19.14 (Vent thermique)
Dans une atmosphère en équilibre hydrostatique et géostrophique, le vent géostrophique varie avec la pression selon
Entre deux niveaux de pression , le vent thermique, soit la différence des vents géostrophiques, est
où est la température moyenne de la couche : il souffle le long des isothermes de la couche, l’air froid se trouvant à sa gauche dans l’hémisphère Nord.
Démonstration. Sur une surface de pression constante, , et avec l’altitude de la surface vérifie . En fonction de le géopotentiel de la surface, l’équilibre géostrophique s’écrit et , les dérivées étant prises le long de la surface. La relation hydrostatique et la loi des gaz parfaits donnent , soit . En dérivant par rapport à , on obtient , et de même pour . En intégrant de à , diminue de , donc , et : ce sont les composantes de la forme vectorielle, puisque . ∎
Corollaire 19.15 (Vent thermique en altitude)
En coordonnées d’altitude, pour l’atmosphère, ; pour l’océan dans l’approximation de Boussinesq, et .
Démonstration. Dans l’air, et . Puis
et en développant le membre de gauche on obtient la formule. Dans l’océan, et , donc ; de même pour . ∎
Le second terme de la forme atmosphérique, dû à la décroissance de la température avec l’altitude, est plus petit que le premier et s’annule dans une couche isotherme ; intégré sur une couche à sa température moyenne, le premier terme seul donne presque la forme en pression, puisque (Problème, partie IV). Dans l’océan, le même théorème transforme une coupe de densité à travers un courant en son cisaillement vertical : c’est la base de la méthode dynamique des océanographes.
Les courants-jets du volume de première année sont des vents thermiques. En janvier la moyenne zonale de 1991–2020, le vent d’ouest à N croît de à jusqu’à à ; avec à et , ce cisaillement est la signature d’une couche dont la température moyenne décroît vers le nord de par . À N, le cisaillement de donne par . La figure ci-dessous montre les profils et, pour chaque latitude, la baisse de température vers le pôle, lue sur le cisaillement : la plus forte dans les subtropiques de l’hémisphère d’hiver, là où passe le courant-jet subtropical, soit à et N en janvier et à S en juillet. Au-dessus de à N le vent faiblit de nouveau : le théorème du vent thermique lu à rebours indique que là, dans la basse stratosphère, la température croît vers le pôle.
19.5 Le rayon de déformation de Rossby
La rotation et la stratification imposent chacune une échelle ; ensemble, elles imposent une longueur.
Définition 19.16 (Rayon de déformation de Rossby)
Le rayon de déformation de Rossby d’une couche de profondeur et de fréquence de flottabilité est .
Proposition 19.17 (Énergie potentielle et cinétique d’un écoulement équilibré)
Dans un écoulement hydrostatique et géostrophique d’échelle horizontale dans une couche de profondeur et de fréquence de flottabilité , le rapport entre l’énergie potentielle stockée dans les surfaces de densité déplacées et l’énergie cinétique est de l’ordre de .
Démonstration. L’équilibre géostrophique donne la perturbation de pression ; la relation hydrostatique donne la flottabilité . Une flottabilité dans un fluide de fréquence de flottabilité signifie que les surfaces de densité sont déplacées verticalement de , ce qui stocke une énergie potentielle par unité de masse d’ordre . Rapportée à l’énergie cinétique, d’ordre , cela donne . ∎
Les mouvements beaucoup plus larges que concentrent l’essentiel de leur énergie dans des surfaces de densité inclinées, les mouvements plus étroits dans leur vitesse ; à les deux sont égales, et l’instabilité des écoulements baroclines, qui se nourrit de l’énergie potentielle des surfaces inclinées croît le plus vite près de cette échelle. Pour la troposphère, avec le moyen de l’atmosphère standard, et à , : l’échelle des dépressions et anticyclones sur une carte météo. Pour le kilomètre supérieur de la colonne de l’Atlantique Nord à N, , trente fois plus petit : l’océan a sa propre météo, avec des tourbillons de dizaines de kilomètres de large, et un modèle qui les résout demande une grille beaucoup plus fine. Aux échelles proches de , varie de , soit pour l’atmosphère et moins d’un pour cent pour l’océan : les tourbillons océaniques vivent sur un plan , tandis que les systèmes météorologiques ressentent le plan .
Au laboratoire — Une planète sur une platine tournante

Dans un laboratoire de dynamique des fluides géophysiques, une cuve d’eau repose sur une platine tournante ; une caméra tourne avec elle et voit l’eau comme le ferait un observateur placé sur une planète. Avant chaque essai, on laisse l’eau atteindre sa mise à l’équilibre, jusqu’à ce qu’elle tourne comme un solide, ce qui prend quelques minutes, soit de nombreux tours de la platine. Les expérimentateurs injectent ensuite du colorant, ou déplacent lentement un obstacle le long du fond : le colorant s’élève en une colonne verticale au-dessus de l’obstacle, et l’écoulement se sépare autour de lui à chaque niveau. Avec une couche d’eau douce posée sur de l’eau salée, ou un mur extérieur chauffé et un centre refroidi, la cuve devient barocline, et apparaissent des courants-jets, des tourbillons et des fronts en méandres, dont la taille est prédite par le rayon de déformation de Rossby de la cuve.
19.6 Exercices
Exercice 19.1 ★
Prendre . (a) Calculer le paramètre de Coriolis et la période d’inertie à , et N. (b) Calculer le rayon du cercle d’inertie d’un courant de à ces mêmes latitudes. (c) Comparer la période d’inertie à avec le jour sidéral, .
Solution
Solution de Exercice 19.1.
(a) : , et ; : 23.93, 16.92 et . (b) : 2.74, 1.94 et . (c) À , et : la période d’inertie est le jour sidéral, .
Exercice 19.2 ★
À N, calculer le nombre de Rossby d’un tourbillon de poussière (, ), d’une brise de mer (, ), d’une dépression (, ) et d’un gyre océanique (, ). Lesquels sont proches de l’équilibre géostrophique ?
Solution
Solution de Exercice 19.2.
Avec : tourbillon de poussière , brise de mer 2.4, dépression 0.15, gyre . La dépression et le gyre sont proches de l’équilibre géostrophique ; le tourbillon de poussière tourne dans un sens ou dans l’autre, sans tenir compte de la rotation terrestre, et la brise de mer ne la ressent qu’au bout d’une journée.
Exercice 19.3 ★
À N, la température moyenne de la troposphère, , décroît vers le nord de par . En utilisant le premier terme du vent thermique en altitude, calculer le cisaillement vertical du vent d’ouest et l’augmentation du vent sur .
Solution
Solution de Exercice 19.3.
; sur , le vent d’ouest augmente de .
Exercice 19.4 ★
La stabilité du kilomètre supérieur de l’océan se situe entre et ; dans les fosses profondes, elle vaut . Calculer , la période de l’oscillation de flottabilité et en cycles par heure pour ces trois valeurs.
Solution
Solution de Exercice 19.4.
: , une période de , cycles par heure. : , , 5.7 cycles par heure. : , , 0.18 cycles par heure.
Exercice 19.5 ★★
Un système météorologique a , , , à N. (a) Estimer sa vitesse verticale et son accélération verticale, et comparer cette dernière à et au gradient vertical de la perturbation de pression, . (b) Calculer le terme de Coriolis négligé et le comparer à .
Solution
Solution de Exercice 19.5.
(a) et , de . Le terme de pression, , est supérieur d’un facteur : le rapport, , est avec . (b) , de .
Exercice 19.6 ★★
Prendre et des isobares circulaires de rayon . (a) Le gradient de pression autour d’une dépression donne : calculer le vent du gradient. (b) Autour d’un anticyclone, : calculer le vent du gradient. (c) Quelle est la plus grande valeur possible de autour de l’anticyclone, et quel est alors le vent ?
Solution
Solution de Exercice 19.6.
. (a) , , un tiers plus lent que le vent géostrophique. (b) , . (c) , et alors , soit deux fois la vitesse géostrophique.
Exercice 19.7 ★★
Une cuve de de profondeur tourne une fois toutes les ; son eau a . (a) Calculer , puis le nombre de Rossby d’un écoulement de autour d’un cylindre de de large, et le nombre d’Ekman de la cuve. Une colonne de Taylor va-t-elle se former ? (b) La théorie donne un temps de mise à l’équilibre : le calculer en minutes et en tours de la platine.
Solution
Solution de Exercice 19.7.
(a) , . et : les deux sont petits, donc l’écoulement obéit au théorème de Taylor–Proudman, et une colonne de Taylor se forme. (b) , , soit 33 tours du plateau.
Exercice 19.8 ★★
Dans la moyenne zonale de janvier 1991–2020, le vent d’ouest vaut à et à , à N, et à N. Avec , calculer le gradient méridien de la température moyenne de la couche aux deux latitudes, et dire pourquoi le courant-jet est plus fort à N.
Solution
Solution de Exercice 19.8.
, avec . À N, par ; à N, par . Le cisaillement est proportionnel au gradient divisé par : le gradient est 1.5 fois plus grand à et 1.4 fois plus petit, donc le cisaillement est 2.1 fois plus grand.
Exercice 19.9 ★★
(a) Calculer le rayon de déformation de Rossby de la troposphère (, , N) et de la couche supérieure de l’océan (, , N). (b) Avec , calculer aux deux latitudes et la variation relative du paramètre de Coriolis sur chaque rayon.
Solution
Solution de Exercice 19.9.
(a) ; , 32 fois plus petit. (b) : et . pour l’atmosphère, 0.007 pour l’océan.
Exercice 19.10 ★★★
Une parcelle d’eau de surface animée d’une vitesse est ralentie par un frottement linéaire : , . (a) Résoudre avec et décrire la trajectoire. (b) La parcelle est aussi entraînée par un courant stationnaire vers l’est : donner sa position. (c) À N avec , et , donner sa vitesse par rapport au courant après quatre jours, ainsi que la distance parcourue par dérive.
Solution
Solution de Exercice 19.10.
(a) , donc : la vitesse tourne au taux tandis que son module décroît comme . La position s’enroule vers le point . (b) : la spirale s’étire en boucles. (c) ; le centre a dérivé de vers l’est.
Exercice 19.11 ★★★
À travers un front océanique à N, la masse volumique de l’eau augmente vers le nord de sur , dans la couche supérieure de ; en dessous, l’eau est uniforme et immobile. Avec , calculer le cisaillement vertical du courant et le courant en surface. Dans quel sens circule-t-il ?
Solution
Solution de Exercice 19.11.
; . Avec à , le courant de surface est , vers l’est : dans l’hémisphère Nord, le courant s’écoule avec l’eau légère à sa droite.
Exercice 19.12 ★★★
La colonne moyenne annuelle à N, O présente des densités potentielles de 26.029 à la surface, 26.697 à , 27.079 à et 27.628 à . (a) Calculer dans chacune des trois couches, en et en cycles par heure. (b) Quelle couche est la plus stable, et pourquoi ? (c) Comparer ces valeurs à la plage de l’océan supérieur dans l’Exercice 19.4.
Solution
Solution de Exercice 19.12.
(a) . 0– : , , 4.6 cycles par heure ; 100– : , 1.7 cycles par heure ; 500– : , 1.9 cycles par heure. (b) La tranche supérieure : elle contient l’eau chaude de surface au-dessus de la pycnocline saisonnier. Entre 100 et , l’eau est plus uniforme qu’en dessous. (c) vaut , et , toutes dans la plage de valeurs de l’océan supérieur.
19.7 Problème : Vents sur la steppe d’Orrin
Problème 19.1
Problème du week-end — la rotation, la stratification et les vents d’une plaine imaginaire à N
La steppe d’Orrin est une plaine plate à N, avec un lac, le lac Orrin, large de , et un petit laboratoire doté d’une cuve en rotation. Prendre , , et . Toutes les valeurs de la steppe, de son lac et de ses vents sont imaginaires.
Partie I — La rotation joue-t-elle un rôle ?
- Calculer le paramètre de Coriolis et la période d’inertie à Orrin.
- Calculer le nombre de Rossby de cinq écoulements : l’eau qui s’écoule d’une baignoire ( sur ) ; la cuve du laboratoire, qui tourne une fois toutes les (avec ; sur ) ; la brise du soir sur le lac (, ) ; une dépression (, ) ; le gyre d’un bassin océanique à la même latitude (, ).
- Lesquels de ces écoulements ressentent la rotation qui les entraîne, et lesquels sont proches de l’équilibre géostrophique ?
- Calculer le nombre d’Ekman de la cuve ( de profondeur, ), de la dépression (viscosité turbulente , de profondeur ) et du gyre (viscosité turbulente , de profondeur ).
- La couche d’Ekman a pour épaisseur . Montrer que et calculer pour la cuve et pour l’air de la steppe.
- Que nous disent ces nombres sur les endroits où le frottement joue un rôle ?
Partie II — Le vent au sol.
- Au sol, la pression vaut et la température . Calculer la masse volumique de l’air.
- La pression au niveau de la mer diminue vers le nord de par . Calculer le vent géostrophique et donner sa direction.
- Ce même gradient entoure une dépression dont les isobares ont un rayon de . Calculer le nombre de Rossby des isobares et le vent du gradient.
- Ce même gradient entoure un anticyclone de même rayon. Calculer le vent du gradient, ainsi que le plus fort gradient de pression, en par , que l’anticyclone peut supporter.
Partie III — Stratification.
- La température de la troposphère diminue de . Calculer le gradient adiabatique sec , ainsi que et la période de l’oscillation de flottabilité à , où la température vaut .
- Au-dessus de , l’air est isotherme à . Montrer que à cet endroit, et calculer ainsi que son rapport à la valeur de la question 11.
- Calculer le rayon de déformation de Rossby de la troposphère d’Orrin, avec le de la question 11 et , et le comparer à la taille de la dépression de la partie I.
- En été, les supérieurs du lac Orrin sont plus légers que l’eau profonde de (). Calculer la gravité réduite , la vitesse des ondes internes lentes de la couche supérieure, ainsi que le rayon de déformation de Rossby .
- La rotation de la Terre va-t-elle façonner les mouvements internes du lac ?
Partie IV — Le vent thermique.
- Deux stations de radiosondage sont distantes de sur un même méridien. La température moyenne de la couche comprise entre le sol, , et , soit environ , vaut à la station sud et à la station nord. Calculer le gradient méridien de température en par .
- L’épaisseur d’une couche entre deux pressions est . La calculer aux deux stations, ainsi que la pente de la surface à par rapport à celle du niveau du sol.
- En déduire l’augmentation du vent géostrophique entre le sol et , à partir de cette pente.
- Calculer la même augmentation à l’aide du théorème du vent thermique en pression.
- L’air de la steppe est-il barotrope ou barocline ? Quel serait le vent à s’il était barotrope ?
- Calculer l’augmentation à partir du premier terme du vent thermique en hauteur, avec la température moyenne de la troposphère standard entre 0 et , , et comparer.
- Calculer le vent à , soit environ , en supposant que le gradient de température est le même à chaque niveau.
- Le nombre de Richardson doit passer sous 0.25 pour que le cisaillement entretienne la turbulence. Le calculer pour la troposphère d’Orrin.
- En janvier, le vent d’ouest zonal moyen à vaut à N et à N. Comparer avec le vent d’Orrin, et expliquer pourquoi un vent local peut dépasser la moyenne zonale.
- Donner le vent géostrophique à au-dessus de la steppe d’Orrin.
Solution
Solution de Problème 19.1.
1. ; .
2. Baignoire ; cuve () 0.020 ; brise 2.3 ; dépression 0.14 ; gyre .
3. La baignoire ne ressent rien de la rotation terrestre ; la brise ne la ressent qu’après quelques heures. La cuve, la dépression et le gyre ont de petits nombres de Rossby et sont proches de l’équilibre géostrophique.
4. Cuve ; dépression ; gyre .
5. . Cuve ; air .
6. Le frottement agit dans des couches de quelques millièmes de la profondeur dans la cuve et dans l’océan, de quelques centièmes dans l’atmosphère ; au-dessus d’elles, l’écoulement est presque sans frottement.
7. .
8. , venant de l’ouest, la basse pression étant au nord, à gauche.
9. ; , plus lent.
10. . La plus grande est , un gradient , soit par .
11. . , , soit une période de .
12. Avec , , , soit 1.9 fois la valeur troposphérique.
13. , la taille de la dépression.
14. ; ; .
15. Oui : le lac, large de , fait plus du double de son rayon de Rossby, si bien que ses ondes internes et ses courants sont déviés par la force de Coriolis.
16. par .
17. . Sud : ; nord . La surface à est plus basse au nord, une pente de par rapport à la surface inférieure.
18. .
19. , la même : les deux calculs ne font qu’un.
20. Barocline : la température, donc la masse volumique, varie le long des surfaces de pression. Barotrope, le vent ne changerait pas avec l’altitude : .
21. , à près.
22. .
23. ; , bien au-dessus de 0.25 : le cisaillement ne rend pas turbulente la troposphère libre.
24. Le vent d’Orrin, , est plus fort que la moyenne zonale à N et plus faible qu’à N. Le courant-jet du front polaire oscille vers le nord et vers le sud ; à tout instant, son gradient et son vent sont concentrés sur une bande, et la moyenne sur un cercle de latitude l’étale.
25. : le vent géostrophique à au-dessus de la steppe est , venant de l’ouest ( par le calcul).