পৃথিবী ও মহাকাশ বিজ্ঞান · বই 4 · স্নাতক দ্বিতীয় বর্ষ

Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 2e année

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Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 2e année · স্নাতক দ্বিতীয় বর্ষ

24Archives climatiques et indicateurs

En 1955, un jeune géochimiste publie les rapports isotopiques de l’oxygène des minuscules coquilles de foraminifères prélevées dans des carottes du fond océanique, et il y trouve quinze cycles glaciaire–interglaciaire sur les 600 000600\,000 dernières années. Il les lit surtout comme des températures : il n’attribue qu’environ un cinquième des variations à la glace stockée sur les continents. Dix-huit ans plus tard, Shackleton et Opdyke concluent le contraire : l’effet principal est le stockage d’eau isotopiquement légère dans les inlandsis. Les mêmes coquilles, les mêmes nombres, deux lectures. Une coquille de calcite enregistre la température de l’eau dans laquelle elle s’est formée et la composition de cette eau, et la composition de l’eau de mer dépend de la quantité de glace présente sur les continents. Ce chapitre porte sur de tels enregistrements, sur les archives qui les conservent, sur les indicateurs lus dans ces archives, sur la manière dont ils sont calibrés face aux thermomètres et dont ils sont datés, et sur l’art de distinguer deux signaux portés par une même coquille.

Tu sais déjà

Des volumes scolaires : archive climatique et indicateur, carotte de glace, période glaciaire et interglaciaire, dernier maximum glaciaire (il y a environ 23 00023\,000 à 19 00019\,000 ans), analyse pollinique. Du volume de première année : datation radiométrique, âge radiocarbone et sa courbe de calibration ; boue calcaire, faite de coccolithes et de coquilles de foraminifères. Du Chapitre 4 : les étalons isotopiques de référence VSMOW et VPDB (Définition 4.11) et la droite des eaux météoriques, δD≈8 δ18O+10\delta\mathrm{D} \approx 8\,\delta^{18}\mathrm{O} + 10 (Proposition 4.12). Des volumes de chimie : la valeur δ\delta et le facteur de fractionnement. Des volumes de mathématiques : la droite des moindres carrés.

24.1 Archives et indicateurs

Les instruments n’ont mesuré le climat que récemment. Tout ce qui est antérieur se lit dans des matériaux qui se sont formés ou déposés couche après couche pendant que le climat agissait sur eux : neige devenue glace sur les inlandsis polaires, coquilles tombant sur le fond des océans, cernes des arbres, coraux, dépôts des grottes, boue des lacs. Les volumes scolaires appelaient ces matériaux des archives, et les grandeurs mesurées dans eux des indicateurs ; il nous faut des mots plus précis.

Définition 24.1 (Archive climatique ; indicateur climatique)

Une archive climatique est un matériau naturel qui s’accumule progressivement, couche sur couche ou anneau sur anneau, et conserve des caractères physiques, chimiques ou biologiques du milieu dans lequel chaque partie s’est formée. Un indicateur climatique est une grandeur mesurée dans une archive qui dépend d’une variable climatique, comme une température, une quantité de pluie ou un volume de glace, par une relation qui peut être calibrée, et qui tient ainsi lieu d’une mesure de cette variable, qui n’a jamais été faite.

Trois propriétés décident de ce qu’une archive peut dire : sa résolution (la durée couverte par un échantillon), sa portée (jusqu’où elle remonte) et la manière dont elle est datée. Une archive à couches annuelles peut être lue année après année et datée par comptage ; les autres demandent des âges radiométriques ou une comparaison avec un enregistrement daté. Le tableau ci-dessous compare les archives de ce chapitre.

archiveindicateurs de ce chapitrecouches annuellesdatation
sédiment océanique profondδ18\delta^{18}O et Mg/Ca des foraminifèresnonradiocarbone, comparaison avec des enregistrements datés
glace polaireδ\deltaD et δ18\delta^{18}O de la glace, air emprisonné dans les bullesdans la partie haute des carottes épaissescomptage des couches, couches volcaniques datées
cernes d’arbreslargeur des cernes, densité du bois, isotopesouicomptage et interdatation des cernes
spéléothèmesδ18\delta^{18}Odans certains casdatation radiométrique
sédiments lacustresvarves, pollenlà où il y a des varvescomptage des varves

Un indicateur n’est jamais la mesure pure d’une seule variable. La largeur d’un cerne d’arbre dépend de la chaleur de l’été et de la pluie ; le δ18\delta^{18}O d’une coquille, de la température de l’eau et de sa composition isotopique. Le travail du paléoclimatologue consiste à trouver un indicateur dont la dépendance à la variable recherchée est forte et connue, à mesurer indépendamment les autres influences, et à dater l’échantillon.

24.2 Isotopes de l’oxygène dans les coquilles carbonatées

Les foraminifères sont des protistes unicellulaires, dont beaucoup bâtissent une coquille de calcite ; les espèces planctoniques flottent dans les eaux de surface, les espèces benthiques vivent sur le fond ou dans le sédiment marin. Leurs coquilles s’accumulent dans les boues calcaires du volume de première année, et le δ18\delta^{18}O de la calcite se mesure sur quelques coquilles prélevées dans chaque centimètre d’une carotte.

Histoire des sciences — Deux lectures d’un même enregistrement

Urey calcule en 1947 comment le fractionnement de l’oxygène entre calcite et eau dépend de la température, et propose que les carbonates enregistrent la température à laquelle ils se forment. Cesare Emiliani, alors son étudiant, mesure le δ18\delta^{18}O de foraminifères prélevés dans des carottes à pistons des océans du monde et publie en 1955 un enregistrement de 15 cycles glaciaire–interglaciaire sur 600 000600\,000 ans, et attribue pour environ 20 %20\,\% la variation au volume de la glace. En 1973, Shackleton et Opdyke concluent que le stockage d’eau isotopiquement légère dans les inlandsis est l’effet principal. Les effets vitaux, c’est-à-dire les écarts d’une espèce à l’équilibre, et l’échange d’oxygène avec l’eau interstitielle après l’enfouissement ne sont en général pas très importants pour les coquilles des derniers millions d’années ; c’est la composition isotopique de l’eau qui compte.

Température

La calcite qui croît en équilibre avec l’eau est plus riche en 18O que l’eau, et plus l’eau est froide, plus cet enrichissement est grand, comme le montre le calcul d’Urey. Plusieurs calibrations empiriques relient la température à la différence entre le δ18\delta^{18}O de la calcite, sur l’échelle VPDB, et celui de l’eau, sur l’échelle VSMOW. Pour la mer profonde, on utilise une forme simplifiée pour les coquilles benthiques.

Proposition 24.2 (Une calibration benthique)

Pour les foraminifères benthiques aux températures profondes (inférieures à environ 13 ∘C13\,{}^{\circ}\mathrm{C}),

T=16.1−4.76 [δ18Ob−(δ18Osw−0.27)],T = 16.1 - 4.76\,\bigl[\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} - (\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} - 0.27)\bigr],

avec TT en ∘C{}^{\circ}\mathrm{C}, δ18Ob\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} la valeur de la coquille (pour mille, VPDB) et δ18Osw\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} celle de l’eau de mer (pour mille, VSMOW) ; le terme 0.27 convertit l’eau à l’échelle de la calcite. Un refroidissement de 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C} à composition d’eau constante élève δ18Ob\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} de 1/4.76=0.211/4.76 = 0.21 pour mille.

Démonstration. Admis à ce niveau. ∎

L’équation plus complète dont celle-ci est une simplification comporte un petit terme quadratique, T=16.1−4.64x+0.09x2T = 16.1 - 4.64x + 0.09x^2 avec xx la différence des deux valeurs δ\delta ; les coquilles planctoniques ont leurs propres calibrations, de même forme, par exemple T=14.9−4.8 [δ18O−(δ18Osw−0.27)]T = 14.9 - 4.8\,[\delta^{18}\mathrm{O} - (\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} - 0.27)]. Toutes partagent une même difficulté : la coquille donne un seul nombre, δ18Ob\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}}, et l’équation a deux inconnues, TT et δ18Osw\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}}. Un second indicateur, indépendant, est nécessaire pour les séparer.

L’effet de volume des glaces

L’eau qui s’évapore de la mer emporte moins de 18O que la mer ; la vapeur, en se déplaçant vers les pôles et en pleuvant ou en neigeant, s’appauvrit encore, et la neige qui bâtit les inlandsis compte parmi les eaux les plus légères de la planète : la glace du Groenland a un δ18\delta^{18}O de −30-30 à −35-35 pour mille, celle de l’Antarctique descend jusqu’à −50-50. Lorsque les inlandsis croissent, l’isotope léger est retenu sur les continents, et l’océan qui reste s’alourdit.

Définition 24.3 (Effet de volume des glaces)

L’effet de volume des glaces est la variation de la composition isotopique en oxygène de l’océan entier, causée par la croissance ou la fonte des inlandsis continentaux, qui stockent une eau appauvrie en 18O ; il déplace le δ18\delta^{18}O de chaque carbonate formé dans la mer de la même quantité, quelle que soit la température.

L’effet de volume des glaces (schéma, sans échelle) : la vapeur qui alimente les inlandsis est appauvrie en 18O ; stocker 130\, m de niveau de la mer sous forme de glace de 18 O = -40 pour mille rend l’océan plus lourd de 1.46 pour mille (). Valeurs en pour mille, VSMOW.
L’effet de volume des glaces (schéma, sans échelle) : la vapeur qui alimente les inlandsis est appauvrie en 18O ; stocker 130 m130\,\mathrm{m} de niveau de la mer sous forme de glace de δ18O=−40\delta^{18}\mathrm{O} = -40 pour mille rend l’océan plus lourd de 1.461.46 pour mille (Proposition 24.4). Valeurs en pour mille, VSMOW.

Quelle est l’ampleur du décalage ? Un bilan de masse y répond, si l’on connaît le volume de la glace et sa composition isotopique moyenne.

Proposition 24.4 (Effet de volume des glaces par bilan de masse)

Soit un océan actuel de profondeur moyenne HH et un δ18\delta^{18}O de 0 (VSMOW). Si une couche d’eau de mer d’épaisseur hh est retirée et stockée sur les continents sous forme de glace de composition moyenne, δice\delta_{\mathrm{ice}}, la surface de l’océan étant maintenue fixe, l’océan restant présente :

Δδ18Osw=−h δiceH−h.\Delta\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} = \frac{-h\,\delta_{\mathrm{ice}}}{H - h}.

Pour un hh petit, le décalage croît presque linéairement, de −δice/H-\delta_{\mathrm{ice}}/H par mètre de niveau de la mer.

Démonstration. Pour un isotope minoritaire, les valeurs δ\delta se combinent comme des concentrations : le δ\delta d’un mélange est la moyenne des valeurs δ\delta de ses parties, pondérée par leurs quantités d’oxygène, et toutes les parties sont ici de l’eau. Par unité de surface océanique, l’eau de l’océan actuel, une colonne HH à δ=0\delta = 0, se partage entre la glace, hh à δice\delta_{\mathrm{ice}}, et l’océan restant, H−hH - h à Δδ18Osw\Delta\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} : H×0=h δice+(H−h) Δδ18OswH \times 0 = h\,\delta_{\mathrm{ice}} + (H - h)\,\Delta\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}}, ce qui donne la formule. Pour h≪Hh \ll H, H−h≈HH - h \approx H. ∎

Exemple 24.5 (L’océan du dernier maximum glaciaire)

Au dernier maximum glaciaire, le niveau de la mer était de 125 à 134 m134\,\mathrm{m} sous le niveau actuel ; prenons 130 m130\,\mathrm{m}, avec H=3682.2 mH = 3682.2\,\mathrm{m} et une glace à −40-40 pour mille, valeur déduite du grand inlandsis nord-américain. Alors Δδ18Osw=130×40/(3682.2−130)=5200/3552.2=1.46\Delta\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} = 130 \times 40/(3682.2 - 130) = 5200/3552.2 = 1.46 pour mille, soit environ 40/3682.2=0.010940/3682.2 = 0.0109 pour mille par mètre de niveau de la mer. Les comparaisons de courbes du niveau marin issues de terrasses datées et de récifs coralliens donnent 0.0110.011 pour mille par mètre, en accord avec ce résultat ; un coefficient de 0.130.13 pour mille par 10 m10\,\mathrm{m}, utilisé dans certaines reconstitutions, correspond à une glace d’environ −50-50 pour mille. Une mesure directe de la variation, à partir du δ18\delta^{18}O de l’eau encore retenue dans les pores d’un sédiment glaciaire, donne 1.0±0.11.0 \pm 0.1 pour mille.

La figure ci-dessous montre à quel point la réponse dépend de la composition supposée de la glace. La différence entre 1.01.0 et 1.51.5 pour mille n’est pas petite : à 0.210.21 pour mille par degré, elle vaut plus de deux degrés de température de l’océan profond. La relation n’est pas non plus tout à fait linéaire : l’océan qui reste rétrécit à mesure que la glace croît, et le δ18\delta^{18}O moyen de la glace elle-même change lorsque des inlandsis de compositions différentes croissent et fondent. Les reconstitutions du niveau de la mer à partir du δ18\delta^{18}O utilisent donc souvent une relation linéaire calibrée sur la valeur de l’eau interstitielle, tout en reconnaissant que la vraie relation devrait être non linéaire.

L’effet de volume des glaces issu du bilan de masse de , pour trois compositions de la glace (pour mille, VSMOW) ; bande grise : la baisse du niveau de la mer au dernier maximum glaciaire, de 125 à 134\, m ; carré : la variation mesurée dans les eaux interstitielles des sédiments, 1.0 ± 0.1 pour mille, placée à 130\, m ; tirets : la variation de la compilation benthique entre aujourd’hui et le dernier maximum glaciaire.
L’effet de volume des glaces issu du bilan de masse de Proposition 24.4, pour trois compositions de la glace (pour mille, VSMOW) ; bande grise : la baisse du niveau de la mer au dernier maximum glaciaire, de 125 à 134 m134\,\mathrm{m} ; carré : la variation mesurée dans les eaux interstitielles des sédiments, 1.0±0.11.0 \pm 0.1 pour mille, placée à 130 m130\,\mathrm{m} ; tirets : la variation de la compilation benthique entre aujourd’hui et le dernier maximum glaciaire.

La compilation benthique

Les enregistrements du δ18\delta^{18}O benthique de nombreuses carottes, alignés et moyennés, forment une compilation dont le bruit est plus faible que celui de n’importe quelle carotte isolée. La compilation LR04 combine 57 enregistrements de sites répartis sur l’océan mondial et couvre 5.3 millions d’années. Entre aujourd’hui, 3.233.23 pour mille, et la moyenne de 1919 à 23 ka23\,\mathrm{ka}, 4.924.92 pour mille, elle varie de 1.691.69 pour mille, davantage que tout effet de volume des glaces plausible. Comme l’ont conclu Shackleton et Opdyke, l’essentiel de la variation tient à la glace ; mais il reste quelques dixièmes de pour mille, qui peuvent traduire un refroidissement de l’eau profonde. Le problème de ce chapitre mesure ce résidu.

Les 800\,000 dernières années dans trois archives : (a) la compilation benthique LR04 de 18O, tracée axe inversé pour que les époques glaciaires pointent vers le bas ; (b) l’anomalie de température à EPICA Dome C, par rapport à la moyenne des mille dernières années, déduite du D de la glace ; (c) le CO_2 de l’air emprisonné dans la glace antarctique, jusqu’à 1950. Données : NOAA NCEI Paleoclimatology (Lisiecki et Raymo 2005 ; Jouzel et al. 2007 ; Bereiter et al. 2015), telles qu’extraites le 22 octobre 2026.
Les 800 000800\,000 dernières années dans trois archives : (a) la compilation benthique LR04 de δ18\delta^{18}O, tracée axe inversé pour que les époques glaciaires pointent vers le bas ; (b) l’anomalie de température à EPICA Dome C, par rapport à la moyenne des mille dernières années, déduite du δ\deltaD de la glace ; (c) le CO2_2 de l’air emprisonné dans la glace antarctique, jusqu’à 1950. Données : NOAA NCEI Paleoclimatology (Lisiecki et Raymo 2005 ; Jouzel et al. 2007 ; Bereiter et al. 2015), telles qu’extraites le 22 octobre 2026.

24.3 Carottes de glace

La neige qui tombe sur un inlandsis garde la composition isotopique qu’elle avait en tombant, et plus le lieu et le moment sont froids, plus elle est légère. En Antarctique, la température moyenne annuelle de l’air et le δ18\delta^{18}O de la neige suivent une relation linéaire forte d’un site à l’autre, avec une pente d’environ 0.80.8 pour mille par degré, comme le prévoit la distillation de Rayleigh de la vapeur sur son trajet vers l’intérieur des terres. L’hydrogène sert autant que l’oxygène : sur la droite des eaux météoriques, δ\deltaD varie environ huit fois plus vite que δ18\delta^{18}O, et la série δ\deltaD de la glace antarctique a été retenue pour sa plus grande sensibilité à la température.

Une pente mesurée dans l’espace n’est pas forcément une pente dans le temps. Au Groenland, où la température de la glace elle-même a été reconstituée par d’autres méthodes, la variation de δ18\delta^{18}O par degré au fil du temps se révèle de 0.3 à 0.60.6 pour mille, contre une pente spatiale actuelle d’environ 0.70.7 : les saisons des chutes de neige, les origines de l’humidité et ses trajets ont changé avec le climat. Les premières températures antarctiques ont été calculées avec une relation spatiale mesurée dans la neige ; les plus récentes utilisent des modèles de circulation générale qui simulent les isotopes de l’eau.

La carotte d’EPICA Dome C, forée à travers 3260 m3260\,\mathrm{m} de glace, remonte à 800 000800\,000 ans. Son δ\deltaD a été mesuré sur des échantillons longs de 55 cm55\,\mathrm{cm}, avec une précision de 0.50.5 pour mille, et converti en une anomalie de température par rapport à la moyenne des mille dernières années, après correction de la composition changeante de l’eau de mer qui alimentait la neige et de l’altitude changeante de l’inlandsis. Entre les époques glaciaires et interglaciaires, la température a varié d’environ 15 ∘C15\,{}^{\circ}\mathrm{C}. Entre les deux derniers milliers d’années et le dernier maximum glaciaire (1919 à 23 ka23\,\mathrm{ka}), le δ\deltaD moyen tombe de −396.6-396.6 à −441.7-441.7 pour mille et l’anomalie de −0.09-0.09 à −9.39 ∘C-9.39\,{}^{\circ}\mathrm{C}.

La glace conserve aussi de l’air. Le névé, la neige tassée des dizaines de premiers mètres, est ouvert sur l’atmosphère jusqu’à ce que ses pores se referment à la transition vers la glace, entre 50 et 120 m120\,\mathrm{m} de profondeur ; l’air d’une bulle est donc plus jeune que la glace qui l’entoure. Mesuré dans les bulles, le CO2_2 de l’air valait en moyenne 189.7 ppm189.7\,\mathrm{ppm} entre 1919 et 23 ka23\,\mathrm{ka}, et 279.4 ppm279.4\,\mathrm{ppm} au cours des deux mille ans qui ont précédé l’industrie. Les panneaux (b) et (c) de la figure ci-dessus montent et descendent ensemble sur les 800 000800\,000 dernières années.

Les carottes du Groenland n’atteignent qu’environ 120 000120\,000 ans, mais la neige s’y accumule plus vite et l’enregistrement est plus fin ; il montre les brusques réchauffements de la dernière période glaciaire, connus sous le nom d’événements de Dansgaard–Oeschger. Près du sommet d’une carotte épaisse, on peut voir les saisons elles-mêmes.

Une section de la carotte de glace GISP2 du centre du Groenland, prélevée à 1855\, m de profondeur, éclairée par-dessous, avec des couches alternées d’été et d’hiver (les flèches sont celles de la diapositive originale). Pendant l’été nordique sec, la poussière venue du Nord canadien et des côtes du Groenland est transportée par le vent jusque sur l’inlandsis. (Anthony Gow, U.S. Army Corps of Engineers CRREL, NOAA Paleoclimatology slide set, domaine public, via Wikimedia Commons.)
Une section de la carotte de glace GISP2 du centre du Groenland, prélevée à 1855 m1855\,\mathrm{m} de profondeur, éclairée par-dessous, avec des couches alternées d’été et d’hiver (les flèches sont celles de la diapositive originale). Pendant l’été nordique sec, la poussière venue du Nord canadien et des côtes du Groenland est transportée par le vent jusque sur l’inlandsis. (Anthony Gow, U.S. Army Corps of Engineers CRREL, NOAA Paleoclimatology slide set, domaine public, via Wikimedia Commons.)

Au laboratoire — Découper une carotte de glace

Un tronçon de carotte de glace sur la paillasse d’un laboratoire froid, à côté d’une scie à ruban et de sachets d’échantillons (Illustration générée par IA.)

Dans un centre national de carottage glaciaire, les carottes sont conservées en tubes, un mètre par tube, dans un congélateur d’archives à −36 ∘C-36\,{}^{\circ}\mathrm{C} ; les scientifiques travaillent dans une salle d’examen à −24 ∘C-24\,{}^{\circ}\mathrm{C}. À l’arrivée d’une nouvelle carotte, une chaîne de traitement se met en place : scientifiques et techniciens mesurent, cataloguent et découpent chaque tronçon, à raison de 30 à 35 m35\,\mathrm{m} par jour en moyenne, si bien qu’une carotte de 1000 m1000\,\mathrm{m} demande six à huit semaines. Un chercheur rabote la carotte pour la rendre lisse et mesure sa conductivité électrique, clé pour définir et dater les couches ; un autre scie les morceaux dont l’air emprisonné sera analysé pour le dioxyde de carbone et le méthane ; les échantillons sont ensuite expédiés aux laboratoires qui les mesurent. À EPICA Dome C, chaque échantillon du profil de δ\deltaD représentait 55 cm55\,\mathrm{cm} de glace.

24.4 Autres indicateurs, autres archives

Le magnésium des coquilles

La calcite des foraminifères fixe un peu de magnésium à la place du calcium, et d’autant plus que l’eau est plus chaude. Le rapport ne dépend pas de la composition isotopique de l’eau : il donne donc la température dont l’équation du δ18\delta^{18}O a besoin.

Définition 24.6 (Rapport Mg/Ca (indicateur))

Le rapport Mg/Ca est le rapport du magnésium au calcium dans la calcite des coquilles de foraminifères, en mmol/mol\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}, utilisée comme mesure de la température de l’eau dans laquelle la coquille a poussé, au moyen d’une calibration exponentielle

Mg/Ca=B eAT,\text{Mg/Ca} = B\,\mathrm{e}^{A T},

avec AA voisin de 0.09 /∘C0.09\,/{}^{\circ}\mathrm{C} pour les espèces planctoniques et BB propre à chaque espèce.

Avec A=0.09A = 0.09, le rapport croît de e0.09−1=9.4 %\mathrm{e}^{0.09} - 1 = 9.4\,\% par degré, quelle que soit la température. Pour une espèce planctonique des eaux froides, la calibration prévue par la seule température est Mg/Ca=0.4 e0.09T\text{Mg/Ca} = 0.4\,\mathrm{e}^{0.09T} ; un ajustement sur 235 coquilles issues de filets à plancton et du sommet de carottes de l’Atlantique Nord donne 0.372 e0.0936T0.372\,\mathrm{e}^{0.0936T}, avec r2=0.90r^2 = 0.90. Aux basses températures, les rapports mesurés s’écartent de la courbe, et cet écart est attribué à la concentration en ion carbonate de l’eau de mer : un indicateur ne dépend presque jamais d’une seule variable. Les espèces benthiques sont moins sensibles, d’environ 0.1 mmol/mol0.1\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol} par degré pour les espèces à faible teneur en magnésium qui vivent dans le sédiment.

Deux calibrations. (a) La calibration benthique de la  : la calcite est plus lourde que l’eau (sur leurs échelles propres) de 0.21 pour mille de plus à chaque degré de refroidissement. (b) Le Mg/Ca d’une espèce planctonique, prévu par la seule température et ajusté sur 235 coquilles.
Deux calibrations. (a) La calibration benthique de la Proposition 24.2 : la calcite est plus lourde que l’eau (sur leurs échelles propres) de 0.210.21 pour mille de plus à chaque degré de refroidissement. (b) Le Mg/Ca d’une espèce planctonique, prévu par la seule température et ajusté sur 235 coquilles.

Mesurés sur les mêmes coquilles, le Mg/Ca et le δ18\delta^{18}O donnent deux équations à deux inconnues : le Mg/Ca donne TT, et la Proposition 24.2 donne ensuite δ18Osw\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}}, le signal de l’effet de volume des glaces. Appliquée aux coquilles benthiques de l’Atlantique Nord-Ouest profond, la méthode trouve que l’eau du dernier maximum glaciaire n’était que d’environ 2 ∘C2\,{}^{\circ}\mathrm{C} plus froide qu’aujourd’hui (−1.78±0.56 ∘C-1.78 \pm 0.56\,{}^{\circ}\mathrm{C}), alors que les estimations issues des eaux interstitielles placent les deux masses d’eau profondes près du point de congélation dans l’océan glaciaire, −1.1-1.1 et −1.9 ∘C-1.9\,{}^{\circ}\mathrm{C}, là où elles se trouvent aujourd’hui entre 2 et 4 ∘C4\,{}^{\circ}\mathrm{C} et entre 0 et 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C}.

Cernes des arbres

Définition 24.7 (Dendroclimatologie ; interdatation)

La dendroclimatologie est la reconstruction du climat passé à partir des cernes de croissance annuels des arbres : leur largeur, la densité du bois et leur composition isotopique. L’interdatation consiste à faire correspondre le motif des cernes larges et étroits d’un arbre à l’autre, ce qui attribue à chaque cerne son année calendaire absolue et révèle les cernes absents localement dans un seul arbre.

Un cerne est plus large lorsque les conditions favorisent la croissance. L’interdatation est fiable dans les sites climatiquement extrêmes, où un seul facteur climatique limite la croissance de tous les arbres, de sorte qu’ils partagent le même motif ; elle peut échouer là où aucun facteur ne domine et où de nombreux cernes sont localement absents. En superposant les motifs des arbres vivants, de vieux bois de charpente et de bois enfouis, on prolonge une chronologie année par année en remontant le temps ; une étude récente a daté une chronologie de 100 ifs subfossiles de l’est de l’Angleterre sur les 456 ans allant de 2668 à 2213 av. J.-C., en utilisant le δ18\delta^{18}O de plus de 15001500 de leurs cernes comparé à une chronologie de chênes datée de façon absolue. L’International Tree-Ring Data Bank conserve les largeurs et densités des cernes, les isotopes et les chronologies de plus de 50005000 sites répartis sur six continents.

Grottes et lacs

Définition 24.8 (Spéléothème ; varve)

Un spéléothème est un dépôt minéral formé à partir d’eau souterraine dans une grotte : stalagmites, stalactites et autres formes. Une varve est le dépôt d’une année dans un sédiment de lac ou de fond marin, généralement une paire de lamines de composition contrastée, l’une déposée en été et l’autre pendant le reste de l’année.

Les spéléothèmes croissent couche par couche à partir de l’eau souterraine qui atteint une grotte ; l’épaisseur de leurs couches et leurs enregistrements isotopiques donnent les conditions climatiques passées. Certains sont annuellement rubanés, et d’autres renferment des composés datables par radiométrie. L’échelle de temps des carottes du Groenland concorde avec celle des spéléothèmes de la grotte de Hulu à 800 ans près sur les 60 00060\,000 dernières années : deux archives, datées par des méthodes différentes, se contrôlent mutuellement.

Coupe polie d’un spéléothème de calcite provenant de Diamond Caverns, Kentucky, colorée par des impuretés d’oxydes de fer : chaque bande fut jadis la surface du dépôt. (James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.)
Coupe polie d’un spéléothème de calcite provenant de Diamond Caverns, Kentucky, colorée par des impuretés d’oxydes de fer : chaque bande fut jadis la surface du dépôt. (James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.)

Dans le bassin profond du lac Crawford, en Ontario, l’eau de fond, plus salée et plus alcaline que l’eau qui la surmonte, ne contient aucun animal assez gros pour remuer la vase ; bien qu’elle soit bien oxygénée, elle reçoit chaque année un couplet : une couche de matière organique, coiffée par la calcite qui précipite chaque été à partir de l’eau de surface alcaline. Les sédiments lacustres conservent aussi le pollen de la végétation environnante, lu par analyse pollinique ; varvés ou non, ils enregistrent le territoire.

24.5 Modèles d’âge

Un indicateur sans date n’est qu’une curiosité. Toute archive exige une relation entre la profondeur, ou le cerne, ou la bande, et l’âge.

Définition 24.9 (Modèle d’âge ; comptage des couches annuelles)

Un modèle d’âge est la fonction qui affecte un âge, avec son incertitude, à chaque profondeur d’une archive. Le comptage des couches annuelles construit un modèle d’âge en comptant, de haut en bas, les couches qui enregistrent chacune une année (couches de glace, varves, bandes), chaque couche dont le caractère annuel est douteux étant comptée comme une demi-année, plus ou moins une demi-année.

Méthode 24.10 (Construire un modèle d’âge)

  1. Lorsque l’archive possède des couches annuelles, les compter depuis un sommet connu, en notant à part les incertaines.
  2. Lorsqu’elle n’en a pas, ou qu’elles ne se laissent pas résoudre, fixer des points de calage : des profondeurs datées indépendamment, par radiocarbone ou une autre méthode radiométrique, par une cendre volcanique datée, ou en faisant correspondre un enregistrement bien daté.
  3. Entre les points de calage, interpoler, linéairement en profondeur si rien de mieux n’est connu, ou à l’aide d’un modèle de la manière dont l’archive s’est accumulée et amincie.
  4. Reporter l’incertitude de chaque étape sur toutes les profondeurs.

La Greenland Ice Core Chronology 2005, GICC05, compte les couches annuelles dans trois carottes du Groenland, et dans la partie glaciaire de la seule carotte NorthGRIP, sur les 60 00060\,000 dernières années ; ses âges sont donnés en années avant 2000 de notre ère, notées b2k. Les couches incertaines, comptées comme 12±12\frac12 \pm \frac12, s’additionnent pour donner l’erreur maximale de comptage, que les auteurs considèrent comme deux écarts types. Au début de l’Holocène, 11 703 ans b2k, elle vaut 50 ans ; au début de l’interstade groenlandais 17, 59 44059\,440 ans b2k, elle vaut 12871287 ans.

Proposition 24.11 (Croissance d’une erreur de comptage)

Soit un comptage contenant nn couches incertaines, chacune comptée comme 12\frac12 avec une erreur d’écart type 12\frac12. Si les erreurs des couches sont indépendantes, l’écart type du total est 12n\frac12\sqrt{n} ; si elles sont toutes de même signe, l’erreur du total est 12n\frac12 n.

Démonstration. La variance d’une somme d’erreurs indépendantes est la somme de leurs variances : n×(12)2n \times (\frac12)^2, dont la racine carrée vaut 12n\frac12\sqrt{n}. Si chaque couche se trompe de la même façon, les erreurs s’additionnent comme des nombres : n×12n \times \frac12. ∎

À GI-17, les 12871287 ans d’erreur maximale de comptage représentent 25742574 couches incertaines. Si leurs erreurs étaient indépendantes, le total ne serait incertain que de 122574=25\frac12\sqrt{2574} = 25 ans. La somme linéaire est le choix prudent : les couches douteuses d’un même intervalle de glace sont jugées par les mêmes compteurs selon les mêmes critères, et rien ne permet d’attendre que leurs erreurs se compensent. La partie ancienne de l’enregistrement a été comptée indépendamment par deux des auteurs ; leurs comptages diffèrent de moins que l’erreur absolue, mais localement de plus que l’erreur finale de comptage. L’erreur maximale de comptage vaut en moyenne environ 1 %1\,\% de la durée d’une section dans l’Holocène et 5 %5\,\% dans la partie glaciaire.

La chronologie GICC05 aux 18 événements climatiques, du début de l’Holocène à 59.44\, ka : (a) profondeur dans la carotte NorthGRIP en fonction de l’âge ; la courbe s’aplatit parce que les couches annuelles s’amincissent avec la profondeur, chaque millier d’années occupant de moins en moins de mètres de glace ; (b) l’erreur maximale de comptage, et l’erreur que donneraient les mêmes couches incertaines si leurs erreurs étaient indépendantes () ; échelle logarithmique. Données : Svensson et al. (2008), tableau 1.
La chronologie GICC05 aux 18 événements climatiques, du début de l’Holocène à 59.44 ka59.44\,\mathrm{ka} : (a) profondeur dans la carotte NorthGRIP en fonction de l’âge ; la courbe s’aplatit parce que les couches annuelles s’amincissent avec la profondeur, chaque millier d’années occupant de moins en moins de mètres de glace ; (b) l’erreur maximale de comptage, et l’erreur que donneraient les mêmes couches incertaines si leurs erreurs étaient indépendantes (Proposition 24.11) ; échelle logarithmique. Données : Svensson et al. (2008), tableau 1.

Les couches annuelles s’amincissent avec la profondeur, parce que la glace coule et s’étale en s’enfonçant : entre le début de l’Holocène et GI-1, la couche moyenne mesure 3.75 cm3.75\,\mathrm{cm} d’épaisseur dans NorthGRIP ; entre GI-16 et GI-17, 1.54 cm1.54\,\mathrm{cm} ; vers 100 ka100\,\mathrm{ka}, les modèles d’écoulement la placent près de 1 cm1\,\mathrm{cm}. Plus les couches sont minces, plus il est difficile de les distinguer les unes des autres.

24.6 Calibration

Tout nombre lu sur un indicateur passe par une calibration.

Définition 24.12 (Calibration d’un indicateur)

Une calibration d’un indicateur est la relation empirique ou théorique qui convertit la valeur d’un indicateur en la variable climatique qu’il représente, établie sur des échantillons pour lesquels les deux grandeurs sont connues, avec son incertitude et la plage de conditions dans laquelle elle est valable.

Les échantillons pour lesquels les deux grandeurs sont connues sont actuels : coquilles recueillies dans des filets à plancton, sommets de carottes de sédiment comparés à l’eau qui les surmonte, neige récente comparée à la température de son site, cernes externes des arbres comparés aux relevés d’une station météorologique. La relation est ensuite ajustée par moindres carrés ; pour une loi exponentielle comme la calibration du Mg/Ca, l’ajustement se fait sur le logarithme, ce qui transforme Mg/Ca=B eAT\text{Mg/Ca} = B\,\mathrm{e}^{AT} en la droite ln⁡(Mg/Ca)=ln⁡B+AT\ln(\text{Mg/Ca}) = \ln B + AT. Une calibration se valide sur des échantillons qui n’ont pas servi à l’ajuster : une part des données actuelles est mise de côté, puis prédite.

Trois limites subsistent. Une calibration mesurée dans l’espace, d’un lieu à l’autre aujourd’hui, peut ne pas tenir dans le temps, comme l’a montré la glace du Groenland. Une calibration mesurée sur l’étendue actuelle des conditions doit être extrapolée avec prudence : le Mg/Ca des coquilles s’écarte de sa loi aux basses températures, là où une autre variable, l’ion carbonate, prend le relais. Et une relation linéaire sur un petit intervalle peut ne pas l’être sur un grand, comme l’effet de volume des glaces ne l’est pas. La méthode de ce chapitre répond à ces limites de la même façon : mesurer deux indicateurs indépendants sur un même échantillon, et laisser chacun contrôler l’autre.

Exercices

Données des exercices, sauf indication contraire : profondeur moyenne de l’océan H=3682.2 mH = 3682.2\,\mathrm{m}, surface océanique 361.84×106 km2361.84 \times 10^{6}\,\mathrm{km}^{2} ; la calibration benthique de la Proposition 24.2 ; la calibration planctonique Mg/Ca=0.4 e0.09T\text{Mg/Ca} = 0.4\,\mathrm{e}^{0.09T} (mmol/mol\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}, ∘C{}^{\circ}\mathrm{C}) ; valeurs δ\delta des eaux et de la glace en pour mille VSMOW, et de la calcite en pour mille VPDB.

Exercice 24.1 ★

Aujourd’hui, la glace continentale renferme environ 27.5×106 km327.5 \times 10^{6}\,\mathrm{km}^{3} et l’océan 1350×106 km31350 \times 10^{6}\,\mathrm{km}^{3} d’eau (on prendra les volumes comme des quantités d’eau). (a) Si la glace a un δ18\delta^{18}O moyen de −30-30 pour mille et l’océan 0, quel est le δ18\delta^{18}O de l’hydrosphère entière, en négligeant l’eau douce ? (b) Si toute la glace fondait, quel serait le δ18\delta^{18}O de l’océan ? (c) Quelle fraction de l’eau est de la glace ?

Solution

Solution de Exercice 24.1.

(a) δ=(27.5×(−30)+1350×0)/(1350+27.5)=−825/1377.5=−0.60\delta = (27.5 \times (-30) + 1350 \times 0)/(1350 + 27.5) = -825/1377.5 = -0.60 pour mille. (b) L’océan contiendrait alors toute l’eau : −0.60-0.60 pour mille, 0.600.60 pour mille plus léger qu’aujourd’hui. (c) 27.5/1377.5=2.0 %27.5/1377.5 = 2.0\,\%.

Exercice 24.2 ★

Une coquille benthique a δ18Ob=2.50\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} = 2.50 pour mille. (a) Calculer sa température si l’eau de mer avait δ18Osw=0\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} = 0. (b) La calculer si l’eau de mer avait +1.0+1.0 pour mille. (c) Une autre coquille, issue de la même eau à 00 pour mille, a 2.712.71 pour mille : de combien son eau était-elle plus froide ?

Solution

Solution de Exercice 24.2.

(a) T=16.1−4.76 (2.50−(0−0.27))=16.1−4.76×2.77=16.1−13.19=2.9 ∘CT = 16.1 - 4.76\,(2.50 - (0 - 0.27)) = 16.1 - 4.76 \times 2.77 = 16.1 - 13.19 = 2.9\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (b) T=16.1−4.76 (2.50−0.73)=16.1−8.43=7.7 ∘CT = 16.1 - 4.76\,(2.50 - 0.73) = 16.1 - 8.43 = 7.7\,{}^{\circ}\mathrm{C} : la même coquille donne une température presque cinq degrés plus élevée si l’eau était plus lourde, ce qui montre qu’il faut connaître la composition de l’eau. (c) La coquille est plus lourde de 2.71−2.50=0.212.71 - 2.50 = 0.21 pour mille, donc son eau était plus froide de 4.76×0.21=1.0 ∘C4.76 \times 0.21 = 1.0\,{}^{\circ}\mathrm{C}, à 1.9 ∘C1.9\,{}^{\circ}\mathrm{C}.

Exercice 24.3 ★

(a) Calculer le rapport Mg/Ca de la calibration planctonique à 10 ∘C10\,{}^{\circ}\mathrm{C} et à 20 ∘C20\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (b) De quel facteur le rapport croît-il sur ces dix degrés, et de quel pourcentage par degré ? (c) Calculer la température de coquilles de Mg/Ca = 2.0 et 1.0 mmol/mol1.0\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}.

Solution

Solution de Exercice 24.3.

(a) 0.4 e0.9=0.98 mmol/mol0.4\,\mathrm{e}^{0.9} = 0.98\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol} et 0.4 e1.8=2.42 mmol/mol0.4\,\mathrm{e}^{1.8} = 2.42\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}. (b) Le facteur vaut e0.9=2.46\mathrm{e}^{0.9} = 2.46 ; par degré, e0.09=1.094\mathrm{e}^{0.09} = 1.094, soit une croissance de 9.4 %9.4\,\% par degré. (c) T=ln⁡(Mg/Ca/0.4)/0.09T = \ln(\text{Mg/Ca}/0.4)/0.09 : ln⁡5/0.09=17.9 ∘C\ln 5/0.09 = 17.9\,{}^{\circ}\mathrm{C} et ln⁡2.5/0.09=10.2 ∘C\ln 2.5/0.09 = 10.2\,{}^{\circ}\mathrm{C}.

Exercice 24.4 ★

Une chronologie d’ifs subfossiles s’étend de 2668 à 2213 av. J.-C. (a) Sur combien d’années s’étend-elle, en comptant les deux années extrêmes ? (b) Pourquoi une chronologie construite à partir de nombreux arbres mérite-t-elle plus de confiance que le comptage des cernes d’un seul arbre ? (c) Pourquoi attendre de l’interdatation qu’elle soit plus facile pour des arbres proches de la limite arborée, en climat froid, que pour des arbres d’une forêt de plaine douce et humide ?

Solution

Solution de Exercice 24.4.

(a) 2668−2213+1=4562668 - 2213 + 1 = 456 ans. (b) Un seul arbre peut présenter localement une absence de cerne, ou un cerne illisible ; la mise en correspondance des motifs de cernes larges et étroits entre plusieurs arbres révèle les cernes manquants et fixe l’année de chaque cerne, et l’accord entre arbres mesure la fiabilité de la datation. (c) À la limite arborée, un seul facteur, le froid de la saison de croissance, limite tous les arbres, qui partagent donc le même motif de bonnes et de mauvaises années ; dans une plaine douce et humide, aucun facteur unique ne domine, les motifs des arbres diffèrent, et l’interdatation peut échouer.

Exercice 24.5 ★★

(a) Avec la Proposition 24.4, calculer l’effet de volume des glaces pour une baisse du niveau de la mer de 125 m125\,\mathrm{m} et de 134 m134\,\mathrm{m}, avec une glace à −40-40 pour mille. (b) Le calculer pour 130 m130\,\mathrm{m} avec une glace à −30-30, −35-35 et −50-50 pour mille. (c) Quelle composition moyenne de la glace ferait que l’effet d’une baisse de 130 m130\,\mathrm{m} égale le 1.01.0 pour mille mesuré dans les eaux interstitielles ? Comparer avec les compositions des inlandsis actuels.

Solution

Solution de Exercice 24.5.

(a) 125×40/(3682.2−125)=5000/3557.2=1.41125 \times 40/(3682.2 - 125) = 5000/3557.2 = 1.41 pour mille ; 134×40/3548.2=5360/3548.2=1.51134 \times 40/3548.2 = 5360/3548.2 = 1.51 pour mille. (b) Avec H−h=3552.2H - h = 3552.2 : 3900/3552.2=1.103900/3552.2 = 1.10, 4550/3552.2=1.284550/3552.2 = 1.28 et 6500/3552.2=1.836500/3552.2 = 1.83 pour mille. (c) δice=−1.0×3552.2/130=−27.3\delta_{\mathrm{ice}} = -1.0 \times 3552.2/130 = -27.3 pour mille, plus lourd que tout inlandsis actuel (Groenland −30-30 à −35-35, inlandsis nord-américain −40-40, Antarctique jusqu’à −50-50). Le bilan de masse avec une glace réaliste et la mesure dans les eaux interstitielles ne concordent pas ; l’écart d’environ un demi pour mille est une incertitude réelle de la méthode.

Exercice 24.6 ★★

Comparer les deux calibrations du Mg/Ca de la même espèce planctonique : celle prévue par la seule température, 0.4 e0.09T0.4\,\mathrm{e}^{0.09T}, et l’ajustement 0.372 e0.0936T0.372\,\mathrm{e}^{0.0936T}. (a) À quelle température s’accordent-elles ? (b) À 2 ∘C2\,{}^{\circ}\mathrm{C}, de quel pourcentage le rapport ajusté est-il inférieur au rapport prévu ? (c) Une coquille formée à 2 ∘C2\,{}^{\circ}\mathrm{C} suit la loi ajustée ; quelle température la loi prévue lui donnerait-elle ?

Solution

Solution de Exercice 24.6.

(a) 0.372 e0.0936T=0.4 e0.09T0.372\,\mathrm{e}^{0.0936T} = 0.4\,\mathrm{e}^{0.09T} donne e0.0036T=0.4/0.372=1.0753\mathrm{e}^{0.0036T} = 0.4/0.372 = 1.0753, donc T=ln⁡1.0753/0.0036=20.2 ∘CT = \ln 1.0753/0.0036 = 20.2\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (b) À 2 ∘C2\,{}^{\circ}\mathrm{C} : 0.4 e0.18=0.4790.4\,\mathrm{e}^{0.18} = 0.479 et 0.372 e0.1872=0.4490.372\,\mathrm{e}^{0.1872} = 0.449, donc le rapport ajusté vaut 0.449/0.479=0.9370.449/0.479 = 0.937, soit 6.3 %6.3\,\% de moins. (c) T=ln⁡(0.449/0.4)/0.09=ln⁡1.1225/0.09=1.3 ∘CT = \ln(0.449/0.4)/0.09 = \ln 1.1225/0.09 = 1.3\,{}^{\circ}\mathrm{C} : la loi prévue lit la coquille environ 0.7 ∘C0.7\,{}^{\circ}\mathrm{C} trop froide. À basse température, le choix de la calibration compte au niveau d’un degré.

Exercice 24.7 ★★

Dans la carotte NorthGRIP, le début de l’Holocène se trouve à 1492.45 m1492.45\,\mathrm{m} et 11 70311\,703 ans b2k, le début de GI-1 à 1604.64 m1604.64\,\mathrm{m} et 14 69214\,692 ans ; le début de GI-16 à 2402.55 m2402.55\,\mathrm{m} et 58 28058\,280 ans, celui de GI-17 à 2420.44 m2420.44\,\mathrm{m} et 59 44059\,440 ans. (a) Calculer l’épaisseur moyenne des couches annuelles dans chaque intervalle. (b) Pourquoi sont-elles plus minces plus profondément ? (c) Pourquoi le comptage des couches annuelles devient-il impossible à partir d’une certaine profondeur ?

Solution

Solution de Exercice 24.7.

(a) De l’Holocène à GI-1, 112.19 m112.19\,\mathrm{m} de glace pour 2989 ans : 11 219/2989=3.75 cm11\,219/2989 = 3.75\,\mathrm{cm} par an ; de GI-16 à GI-17, 17.89 m17.89\,\mathrm{m} pour 1160 ans : 1789/1160=1.54 cm1789/1160 = 1.54\,\mathrm{cm} par an. (b) La glace s’écoule : à mesure qu’une couche est enfouie, elle s’étale latéralement et s’amincit, et les couches plus profondes et plus anciennes ont été amincies plus longtemps. (c) Lorsque les couches deviennent trop minces, un centimètre ou moins, les instruments ne peuvent plus distinguer une année de la suivante, et le modèle d’âge doit alors recourir à des points de calage ou à des modèles d’écoulement à la place.

Exercice 24.8 ★★

Utiliser les deux premiers points de calage de l’Exercice 24.7, avec des erreurs maximales de comptage de 50 et 93 ans. (a) Par interpolation linéaire en profondeur, donner l’âge de la glace à 1550 m1550\,\mathrm{m}. (b) L’exprimer en années avant 1950. (c) Interpoler l’incertitude de la même façon.

Solution

Solution de Exercice 24.8.

(a) La fraction de l’intervalle vaut (1550−1492.45)/(1604.64−1492.45)=57.55/112.19=0.513(1550 - 1492.45)/(1604.64 - 1492.45) = 57.55/112.19 = 0.513, donc l’âge vaut 11 703+0.513×2989=11 703+1533=13 23611\,703 + 0.513 \times 2989 = 11\,703 + 1533 = 13\,236 ans b2k. (b) 1950 est 50 ans avant 2000 : 13 18613\,186 ans avant 1950. (c) 50+0.513×(93−50)=7250 + 0.513 \times (93 - 50) = 72 ans.

Exercice 24.9 ★★

L’erreur maximale de comptage de GICC05 est de 93 ans à GI-1 et de 12871287 ans à GI-17. (a) Combien de couches incertaines représente chacune ? (b) Quelle serait l’incertitude si les erreurs de ces couches étaient indépendantes, chacune d’écart type une demi-année ? (c) De quel facteur la somme linéaire dépasse-t-elle l’estimation indépendante dans chaque cas, et pourquoi ce facteur croît-il avec la profondeur ?

Solution

Solution de Exercice 24.9.

(a) Chaque couche incertaine apporte une demi-année : 2×93=1862 \times 93 = 186 et 2×1287=25742 \times 1287 = 2574 couches incertaines. (b) 12186=6.8\frac12\sqrt{186} = 6.8 ans et 122574=25.4\frac12\sqrt{2574} = 25.4 ans. (c) 93/6.8=1493/6.8 = 14 et 1287/25.4=511287/25.4 = 51. Le rapport de 12n\frac12 n à 12n\frac12\sqrt{n} vaut n\sqrt{n} : il croît comme la racine carrée du nombre de couches incertaines, si bien que le choix entre les deux règles compte de plus en plus avec la profondeur.

Exercice 24.10 ★★★

À EPICA Dome C, le δ\deltaD moyen de la glace vaut −396.6-396.6 pour mille sur les deux derniers milliers d’années et −441.7-441.7 pour mille sur 19 à 23 ka23\,\mathrm{ka}. (a) La pente spatiale antarctique de δ18\delta^{18}O vaut 0.80.8 pour mille par degré. Avec la droite des eaux météoriques, la convertir en pente de δ\deltaD et estimer le refroidissement glaciaire. (b) L’océan glaciaire était de 1.01.0 pour mille plus lourd en δ18\delta^{18}O, de sorte que la neige qui s’y est formée était plus lourde elle aussi. En supposant que le δ\deltaD de l’océan a varié huit fois autant, corriger le δ\deltaD glaciaire et estimer de nouveau le refroidissement. (c) L’anomalie publiée vaut −0.09-0.09 et −9.39 ∘C-9.39\,{}^{\circ}\mathrm{C} pour les deux périodes ; quelle pente de δ\deltaD par degré cela implique-t-il, et quelle autre correction la série publiée contient-elle ?

Solution

Solution de Exercice 24.10.

(a) Sur la droite des eaux météoriques, δ\deltaD varie huit fois plus vite que δ18\delta^{18}O, donc la pente vaut 8×0.8=6.48 \times 0.8 = 6.4 pour mille de δ\deltaD par degré. La baisse vaut 441.7−396.6=45.1441.7 - 396.6 = 45.1 pour mille, d’où un refroidissement de 45.1/6.4=7.0 ∘C45.1/6.4 = 7.0\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (b) L’océan glaciaire était plus lourd d’environ 8×1.0=88 \times 1.0 = 8 pour mille en δ\deltaD ; la neige formée à partir de l’océan actuel aurait été plus légère d’autant, soit −441.7−8=−449.7-441.7 - 8 = -449.7 pour mille. La baisse devient 53.153.1 pour mille et le refroidissement 53.1/6.4=8.3 ∘C53.1/6.4 = 8.3\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (c) 9.39−0.09=9.30 ∘C9.39 - 0.09 = 9.30\,{}^{\circ}\mathrm{C}, donc 45.1/9.30=4.8545.1/9.30 = 4.85 pour mille par degré. La série publiée est aussi corrigée des changements d’altitude de l’inlandsis ; sa relation de température provient de modèles qui simulent les isotopes de l’eau, et non de la seule pente spatiale.

Exercice 24.11 ★★★

Une calibration du Mg/Ca d’une espèce planctonique utilise six échantillons de sommets de carottes (température de l’eau, Mg/Ca en mmol/mol\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}) : (4, 0.59), (8, 0.80), (12, 1.21), (16, 1.65), (20, 2.47), (24, 3.41). (a) Ajuster ln⁡(Mg/Ca)=ln⁡B+AT\ln(\text{Mg/Ca}) = \ln B + AT par moindres carrés, et donner AA et BB. (b) Calculer les résidus du logarithme, et comparer l’ajustement à la loi 0.4 e0.09T0.4\,\mathrm{e}^{0.09T}. (c) Donner la température d’une coquille glaciaire de Mg/Ca = 1.30. (d) Une coquille a un Mg/Ca = 0.45 : calculer sa température, et dire pourquoi cette valeur mérite moins confiance que la précédente.

Solution

Solution de Exercice 24.11.

(a) Les logarithmes des rapports valent −0.528-0.528, −0.223-0.223, 0.1910.191, 0.5010.501, 0.9040.904, 1.2271.227 ; leur moyenne vaut 0.3450.345, et la température moyenne vaut 14. Avec STT=∑(T−14)2=280S_{TT} = \sum (T - 14)^2 = 280 et STℓ=∑(T−14)(ℓ−0.345)=24.93S_{T\ell} = \sum (T - 14)(\ell - 0.345) = 24.93, A=24.93/280=0.0890 /∘CA = 24.93/280 = 0.0890\,/{}^{\circ}\mathrm{C} et ln⁡B=0.345−0.0890×14=−0.901\ln B = 0.345 - 0.0890 \times 14 = -0.901, donc B=0.406 mmol/molB = 0.406\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}. (b) Les résidus sont +0.017+0.017, −0.034-0.034, +0.023+0.023, −0.023-0.023, +0.025+0.025 et −0.009-0.009, soit quelques pour cent du rapport, sans tendance ; l’ajustement est proche de 0.4 e0.09T0.4\,\mathrm{e}^{0.09T}. (c) T=(ln⁡1.30+0.901)/0.0890=(0.262+0.901)/0.0890=13.1 ∘CT = (\ln 1.30 + 0.901)/0.0890 = (0.262 + 0.901)/0.0890 = 13.1\,{}^{\circ}\mathrm{C}. (d) T=(ln⁡0.45+0.901)/0.0890=(−0.799+0.901)/0.0890=1.2 ∘CT = (\ln 0.45 + 0.901)/0.0890 = (-0.799 + 0.901)/0.0890 = 1.2\,{}^{\circ}\mathrm{C}. Cette valeur se situe sous l’échantillon le plus froid de la calibration, 4 ∘C4\,{}^{\circ}\mathrm{C} : la loi est extrapolée, et, aux basses températures, le Mg/Ca des coquilles est connu pour s’écarter de la loi exponentielle sous l’influence de l’ion carbonate.

Exercice 24.12 ★★★

Un inlandsis croît en deux temps : d’abord 60 m60\,\mathrm{m} de niveau de la mer sont stockés sous forme de glace à −30-30 pour mille, puis 70 m70\,\mathrm{m} de plus sous forme de glace à −45-45 pour mille. (a) Montrer que le bilan de masse de la Proposition 24.4 devient (H−h) Δδ=−∑ihiδi(H - h)\,\Delta\delta = -\sum_i h_i\delta_i pour plusieurs réserves de glace, et calculer l’effet de volume des glaces après chaque étape. (b) Quelle est la composition moyenne de la glace à la fin ? (c) Une règle linéaire, calibrée sur l’état final, convertit Δδ\Delta\delta en niveau de la mer. Quelle baisse du niveau de la mer en déduirait-elle pour la première étape, et pourquoi se trompe-t-elle ?

Solution

Solution de Exercice 24.12.

(a) Par unité de surface océanique, l’eau de l’océan actuel, HH à 0, se partage entre les réserves hih_i à δi\delta_i et l’océan restant H−hH - h, avec h=∑hih = \sum h_i : 0=∑hiδi+(H−h) Δδ0 = \sum h_i\delta_i + (H - h)\,\Delta\delta. Après la première étape, Δδ=60×30/(3682.2−60)=1800/3622.2=0.50\Delta\delta = 60 \times 30/(3682.2 - 60) = 1800/3622.2 = 0.50 pour mille ; après la seconde, (1800+70×45)/(3682.2−130)=4950/3552.2=1.39(1800 + 70 \times 45)/(3682.2 - 130) = 4950/3552.2 = 1.39 pour mille. (b) −4950/130=−38.1-4950/130 = -38.1 pour mille. (c) La règle est 1.39/130=0.01071.39/130 = 0.0107 pour mille par mètre, et donne 0.50/0.0107=47 m0.50/0.0107 = 47\,\mathrm{m} pour la première étape au lieu de 60 m60\,\mathrm{m} : la première glace était plus lourde que la moyenne, si bien que chacun de ses mètres décalait l’océan moins. Une règle linéaire calibrée sur un seul état se trompe sur les autres lorsque la composition moyenne de la glace change.

Problème 24.1

Problème du week-end — Une coquille, deux signaux

De combien le fond de l’océan était-il plus froid au dernier maximum glaciaire ? Le δ18\delta^{18}O des coquilles benthiques mêle la réponse au volume de la glace ; ce problème sépare les deux. Utiliser les données des exercices ; le niveau de la mer était de 125 à 134 m134\,\mathrm{m} plus bas qu’aujourd’hui, et la glace de l’inlandsis nord-américain aurait eu un δ18\delta^{18}O d’environ −40-40 pour mille.

Partie I — La glace sur les continents.

  1. Calculer le volume d’eau retiré de l’océan par une baisse du niveau de la mer de 130 m130\,\mathrm{m}.
  2. Calculer l’effet de volume des glaces de cette baisse, avec une glace à −40-40 pour mille.
  3. Le calculer pour des baisses de 125 m125\,\mathrm{m} et de 134 m134\,\mathrm{m}.
  4. Le calculer pour 130 m130\,\mathrm{m} avec une glace à −35-35 et à −50-50 pour mille. Quelle incertitude pèse le plus, celle du niveau de la mer ou celle de la glace ?
  5. Les eaux interstitielles des sédiments glaciaires donnent 1.0±0.11.0 \pm 0.1 pour mille. Quelle composition moyenne de la glace une baisse de 130 m130\,\mathrm{m} exigerait-elle pour le produire ?
  6. Calculer le décalage par mètre de niveau de la mer pour de petites baisses avec une glace à −40-40 pour mille, et comparer avec la valeur de 0.0110.011 pour mille par mètre déduite des niveaux marins datés.

Partie II — Deux thermomètres.

  1. Montrer à partir de la Proposition 24.2 qu’un refroidissement de 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C} à composition d’eau constante élève δ18Ob\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} de 0.210.21 pour mille.
  2. Calculer δ18Ob\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} d’une coquille benthique formée aujourd’hui dans une eau à 2.0 ∘C2.0\,{}^{\circ}\mathrm{C} avec δ18Osw=0\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} = 0.
  3. Le calculer pour une coquille glaciaire formée dans une eau à −1.0 ∘C-1.0\,{}^{\circ}\mathrm{C} avec δ18Osw=+1.0\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} = +1.0 pour mille. Quelle est la variation entre les deux coquilles, et quelle part en revient à la composition de l’eau ?
  4. Une coquille planctonique a un Mg/Ca de 2.0 mmol/mol2.0\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol}. Calculer sa température.
  5. Les coquilles benthiques à faible teneur en magnésium gagnent environ 0.1 mmol/mol0.1\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol} par degré. Une coquille glaciaire a un Mg/Ca inférieur de 0.18 mmol/mol0.18\,\mathrm{mmol}/\mathrm{mol} à celui d’une coquille actuelle de la même espèce et du même lieu. Quel refroidissement cela indique-t-il ?
  6. Pourquoi le Mg/Ca donne-t-il une température qui ne dépend pas du volume de la glace ?

Partie III — Le résidu. La compilation LR04 vaut 3.233.23 pour mille aujourd’hui et 4.924.92 pour mille en moyenne sur 19 à 23 ka23\,\mathrm{ka}.

  1. Calculer la variation de la compilation entre aujourd’hui et le dernier maximum glaciaire.
  2. Si toute cette variation était due à l’effet de volume des glaces, avec une glace à −40-40 pour mille, quelle baisse du niveau de la mer en résulterait-elle (inverser la Proposition 24.4) ? Est-ce compatible avec les indices de niveau de la mer ?
  3. Prendre l’effet de volume des glaces de la question 2. Quel résidu reste pour la température, et quel refroidissement de l’eau profonde en résulte-t-il ?
  4. Prendre plutôt la valeur de l’eau interstitielle, 1.01.0 pour mille. Quel résidu et quel refroidissement ?
  5. Une autre reconstitution utilise 0.250.25 pour mille par degré. Refaire les deux estimations avec celle-ci.
  6. Aujourd’hui, l’eau profonde nord-atlantique est entre 2 et 4 ∘C4\,{}^{\circ}\mathrm{C} et l’eau de fond antarctique est entre 0 et 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C} ; les eaux interstitielles les placent à −1.1-1.1 et −1.9 ∘C-1.9\,{}^{\circ}\mathrm{C} dans l’océan glaciaire, et le Mg/Ca des coquilles benthiques ne trouve l’Atlantique Nord-Ouest profond que d’environ 1.8 ∘C1.8\,{}^{\circ}\mathrm{C} plus froid. Quelle plage de refroidissement ces valeurs donnent-elles, et laquelle des deux estimations des questions 15 et 16 favorisent-elles ?

Partie IV — La vue depuis la glace. À EPICA Dome C, le δ\deltaD moyen vaut −396.6-396.6 pour mille sur les deux derniers milliers d’années et −441.7-441.7 pour mille sur 19 à 23 ka23\,\mathrm{ka} ; l’anomalie de température publiée vaut −0.09-0.09 et −9.39 ∘C-9.39\,{}^{\circ}\mathrm{C}.

  1. Calculer la variation de δ\deltaD.
  2. Avec une pente de δ18\delta^{18}O de 0.80.8 pour mille par degré et la droite des eaux météoriques, estimer le refroidissement à Dome C.
  3. Calculer le refroidissement publié, et la pente de δ\deltaD par degré qu’il implique.
  4. La température moyenne de la surface du globe était inférieure de 5 à 7 ∘C7\,{}^{\circ}\mathrm{C} au dernier maximum glaciaire. Classer les refroidissements de Dome C, du globe et de l’océan profond.
  5. Pourquoi l’océan profond n’a-t-il pas pu se refroidir autant que la surface de l’Antarctique ?
  6. En résumé : avec la correction de l’eau interstitielle pour l’effet de volume des glaces, de combien l’océan profond était-il plus froid au dernier maximum glaciaire qu’aujourd’hui ?
Solution

Solution de Problème 24.1.

1. 361.84×106 km2×0.130 km=4.70×107 km3361.84 \times 10^6\ \mathrm{km}^{2} \times 0.130\,\mathrm{km} = 4.70 \times 10^{7}\,\mathrm{km}^{3}, soit environ 47 millions de kilomètres cubes. 2. 130×40/(3682.2−130)=5200/3552.2=1.46130 \times 40/(3682.2 - 130) = 5200/3552.2 = 1.46 pour mille. 3. 5000/3557.2=1.415000/3557.2 = 1.41 et 5360/3548.2=1.515360/3548.2 = 1.51 pour mille. 4. 4550/3552.2=1.284550/3552.2 = 1.28 et 6500/3552.2=1.836500/3552.2 = 1.83 pour mille. La composition de la glace modifie la réponse de 0.550.55 pour mille, le niveau de la mer de 0.100.10 : la glace compte davantage. 5. δice=−1.0×3552.2/130=−27.3\delta_{\mathrm{ice}} = -1.0 \times 3552.2/130 = -27.3 pour mille. 6. 40/3682.2=0.010940/3682.2 = 0.0109 pour mille par mètre, ce qui s’arrondit au 0.0110.011 des niveaux marins datés. 7. À δ18Osw\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} constant, dT=−4.76 dδ18Ob\mathrm{d}T = -4.76\,\mathrm{d}\delta^{18} \mathrm{O}_{\mathrm{b}}, donc dT=−1\mathrm{d}T = -1 donne dδ18Ob=1/4.76=0.21\mathrm{d}\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} = 1/4.76 = 0.21 pour mille. 8. δ18Ob=(16.1−T)/4.76+δ18Osw−0.27=14.1/4.76−0.27=2.96−0.27=2.69\delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{b}} = (16.1 - T)/4.76 + \delta^{18}\mathrm{O}_{\mathrm{sw}} - 0.27 = 14.1/4.76 - 0.27 = 2.96 - 0.27 = 2.69 pour mille. 9. 17.1/4.76+1.0−0.27=3.59+0.73=4.3217.1/4.76 + 1.0 - 0.27 = 3.59 + 0.73 = 4.32 pour mille. La variation vaut 4.32−2.69=1.634.32 - 2.69 = 1.63 pour mille : 1.001.00 dû à l’eau et 3.0×0.21=0.633.0 \times 0.21 = 0.63 dû au refroidissement de 3 ∘C3\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 10. T=ln⁡(2.0/0.4)/0.09=ln⁡5/0.09=17.9 ∘CT = \ln(2.0/0.4)/0.09 = \ln 5/0.09 = 17.9\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 11. 0.18/0.1=1.8 ∘C0.18/0.1 = 1.8\,{}^{\circ}\mathrm{C} de refroidissement. 12. Le Mg/Ca est un rapport de deux éléments dans la calcite, fixé par la température de la calcification ; il ne fait pas intervenir les isotopes de l’oxygène, et il ignore donc la composition de l’eau que la glace modifie. 13. 4.92−3.23=1.694.92 - 3.23 = 1.69 pour mille. 14. En résolvant Δ=h×40/(H−h)\Delta = h \times 40/(H - h) en hh : h=HΔ/(Δ+40)=3682.2×1.69/41.69=149 mh = H\Delta/(\Delta + 40) = 3682.2 \times 1.69/41.69 = 149\,\mathrm{m}, plus que les 125 à 134 m134\,\mathrm{m} de l’indice de niveau de la mer : une partie de la variation doit être due au refroidissement. 15. 1.69−1.46=0.231.69 - 1.46 = 0.23 pour mille, et 4.76×0.23=1.1 ∘C4.76 \times 0.23 = 1.1\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 16. 1.69−1.00=0.691.69 - 1.00 = 0.69 pour mille, et 4.76×0.69=3.3 ∘C4.76 \times 0.69 = 3.3\,{}^{\circ}\mathrm{C} (3.28). 17. 0.23/0.25=0.9 ∘C0.23/0.25 = 0.9\,{}^{\circ}\mathrm{C} et 0.69/0.25=2.8 ∘C0.69/0.25 = 2.8\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 18. L’eau profonde nord-atlantique est passée de 2 à 4 ∘C4\,{}^{\circ}\mathrm{C} à −1.1 ∘C-1.1\,{}^{\circ}\mathrm{C}, de 3.1 à 5.1 ∘C5.1\,{}^{\circ}\mathrm{C} ; l’eau de fond antarctique est passée de 0 à 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C} à −1.9 ∘C-1.9\,{}^{\circ}\mathrm{C}, de 1.9 à 2.9 ∘C2.9\,{}^{\circ}\mathrm{C} ; le Mg/Ca de l’Atlantique Nord-Ouest donne 1.8 ∘C1.8\,{}^{\circ}\mathrm{C}. Toutes se situent entre environ 2 et 5 ∘C5\,{}^{\circ}\mathrm{C}, autour des 2.8 à 3.3 ∘C3.3\,{}^{\circ}\mathrm{C} de la correction par les eaux interstitielles, et au-dessus du 1 ∘C1\,{}^{\circ}\mathrm{C} du bilan de masse avec une glace à −40-40 pour mille. 19. −396.6−(−441.7)=45.1-396.6 - (-441.7) = 45.1 pour mille. 20. 8×0.8=6.48 \times 0.8 = 6.4 pour mille par degré, donc 45.1/6.4=7.0 ∘C45.1/6.4 = 7.0\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 21. 9.39−0.09=9.30 ∘C9.39 - 0.09 = 9.30\,{}^{\circ}\mathrm{C}, et 45.1/9.30=4.8545.1/9.30 = 4.85 pour mille par degré. 22. Dome C, 9.3 ∘C9.3\,{}^{\circ}\mathrm{C}, plus que la surface du globe, de 5 à 7 ∘C7\,{}^{\circ}\mathrm{C}, plus que l’océan profond, d’environ 3 ∘C3\,{}^{\circ}\mathrm{C}. 23. L’eau profonde est déjà froide aujourd’hui, de 0 à 4 ∘C4\,{}^{\circ}\mathrm{C}, et l’eau de mer ne peut guère se refroidir au-dessous de son point de congélation, que l’eau de fond glaciaire a presque atteint à −1.9 ∘C-1.9\,{}^{\circ}\mathrm{C} : l’océan profond n’avait que quelques degrés à perdre, alors que l’air au-dessus de l’Antarctique n’a pas un tel plancher. 24. Avec la correction par les eaux interstitielles, l’océan profond était environ 3.3 ∘C3.3\,{}^{\circ}\mathrm{C} plus froid au dernier maximum glaciaire qu’aujourd’hui, proche des 2 à 5 ∘C5\,{}^{\circ}\mathrm{C} des estimations indépendantes pour l’eau profonde.

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