পৃথিবী ও মহাকাশ বিজ্ঞান · বই 3 · স্নাতক প্রথম বর্ষ

Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 1re année

বইগুলো এখনো বাংলা ভাষায় পাওয়া যায় না — Français সংস্করণ দেখানো হচ্ছে।

Sciences de la Terre et de l’Univers à l’université — 1re année · স্নাতক প্রথম বর্ষ

8Minéralogie optique

Entre polariseurs croisés, une lame mince de gabbro s’illumine comme un vitrail. De longues lattes grises et blanches, rayées comme un code-barres, traversent le champ ; entre elles, des grains brillent en bleu, en jaune et en magenta ; quelques-uns restent noirs quel que soit l’angle. Chacun de ces effets a une cause que l’on peut calculer, et chacun dit quel minéral est là. Ce chapitre explique comment la lumière traverse un cristal, pourquoi un minéral entre polariseurs croisés est coloré, comment la couleur mesure une propriété du minéral, et comment un pétrologue nomme les grains d’une lame mince avec pour seul instrument un microscope. Il se termine par une lame inconnue dont on trouve les minéraux, et l’épaisseur réelle, d’après ce qu’elle montre.

Tu sais déjà

Une lame mince est une tranche de roche d’environ 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur sur une lame de verre ; le microscope polarisant la regarde en lumière polarisée non analysée (un seul polariseur) et entre polariseurs croisés (Chapitre 6). L’indice de réfraction nn d’un milieu est le rapport de la vitesse de la lumière dans le vide à sa vitesse dans le milieu, et la réfraction à une interface obéit à la loi de Snell–Descartes n1sin⁡i1=n2sin⁡i2n_1\sin i_1 = n_2\sin i_2 (physique, volume de première année). La lumière est une onde transversale ; un polariseur ne laisse passer que la composante du champ électrique le long de sa direction, de sorte qu’un analyseur faisant l’angle α\alpha avec lui laisse passer la fraction cos⁡2α\cos^2\alpha de l’intensité (loi de Malus, physique).

8.1 La lumière dans les cristaux

Dans un verre, un liquide ou un cristal cubique, la lumière se propage à la même vitesse dans toutes les directions et quelle que soit sa direction de vibration. Dans la plupart des minéraux, il n’en est rien : l’arrangement des atomes diffère selon les directions, et la réponse des électrons au champ électrique de l’onde aussi.

Définition 8.1 (Minéraux isotropes et anisotropes)

Un minéral est un minéral isotrope lorsque son indice de réfraction est le même pour toute direction de propagation et de vibration de la lumière ; les minéraux cubiques (grenat, halite, spinelle) et les verres sont isotropes. Il est un minéral anisotrope lorsque son indice de réfraction dépend de la direction de vibration ; tous les minéraux des autres systèmes cristallins sont anisotropes.

Une lame taillée dans un cristal anisotrope ne laisse pas passer la lumière comme une onde unique. On admet le résultat suivant de l’optique cristalline (physique, volume de deuxième année) : pour une direction de propagation donnée, une lame d’un minéral anisotrope transmet deux ondes qui vibrent selon deux directions perpendiculaires fixées dans la lame, ses directions de vibration, et se propagent avec deux indices de réfraction différents n1n_1 et n2n_2. La lumière qui vibre selon l’une de ces directions traverse la lame sans changer de polarisation ; la lumière qui vibre selon toute autre direction est décomposée en ses deux composantes selon elles. Les deux indices dépendent de la direction de propagation, et il existe des directions particulières dans lesquelles ils sont égaux.

Définition 8.2 (Axe optique, minéraux uniaxes et biaxes)

Un axe optique d’un minéral anisotrope est une direction de propagation le long de laquelle la lumière se propage avec un seul indice de réfraction, quelle que soit sa direction de vibration, comme dans un milieu isotrope. Un minéral est uniaxe lorsqu’il a un axe optique (minéraux des systèmes trigonal, quadratique et hexagonal, comme le quartz et la calcite) et biaxe lorsqu’il en a deux (minéraux orthorhombiques, monocliniques et tricliniques, comme l’olivine, les pyroxènes, les amphiboles, les micas et les feldspaths).

La géométrie se résume par une surface, l’indicatrice : un ellipsoïde dont le rayon dans chaque direction est l’indice de réfraction pour la lumière vibrant dans cette direction. La section de l’ellipsoïde perpendiculaire à la direction de propagation est une ellipse dont les axes sont les deux directions de vibration et dont les demi-axes sont n1n_1 et n2n_2. Pour un minéral uniaxe, l’ellipsoïde est de révolution autour de l’axe optique, avec deux indices principaux nωn_\omega et nεn_\varepsilon : le quartz a nω=1.544n_\omega = 1.544 et nε=1.553n_\varepsilon = 1.553, la calcite 1.6581.658 et 1.4861.486.

Un minéral biaxe a trois indices principaux nα<nβ<nγn_\alpha < n_\beta < n_\gamma et deux sections circulaires, perpendiculaires à ses deux axes optiques : la forstérite a 1.6351.635, 1.6511.651 et 1.6701.670.

Définition 8.3 (Biréfringence (d’un minéral))

La biréfringence d’un minéral est la différence δ=nmax⁡−nmin⁡\delta = n_{\max} - n_{\min} entre son plus grand et son plus petit indice de réfraction principal : nε−nωn_\varepsilon - n_\omega en valeur absolue pour un minéral uniaxe, nγ−nαn_\gamma - n_\alpha pour un minéral biaxe. Dans un grain coupé selon toute autre direction, la différence ∣n1−n2∣|n_1 - n_2| est comprise entre 0 (une section perpendiculaire à un axe optique) et δ\delta (une section contenant les directions de nmax⁡n_{\max} et de nmin⁡n_{\min}).

La biréfringence est une propriété du minéral, comme sa masse volumique : quartz 0.0090.009, calcite 0.1720.172, forstérite 0.0350.035, fayalite 0.0520.052. Une lame mince coupe les grains d’un minéral selon toutes les orientations, de sorte que ses grains montrent toutes les valeurs de 0 à δ\delta ; seule la plus haute est caractéristique.

8.2 Observations en lumière polarisée non analysée

Avec le seul polariseur inférieur, le microscope montre la forme des grains, leur couleur, leurs clivages et leur relief.

Définition 8.4 (Pléochroïsme)

Un minéral est pléochroïque lorsque sa couleur, vue en lumière polarisée non analysée, change quand la platine tourne ; le pléochroïsme est ce changement. Il tient à ce que l’absorption de la lumière dépend de sa direction de vibration dans le cristal.

La biotite est le cas d’école : un grain coupé en travers de son clivage passe du jaune-brun pâle au brun foncé en tournant, le plus foncé lorsque les traces de clivage sont le long du polariseur. La hornblende passe du jaune au vert. La plupart des autres silicates des roches (quartz, feldspaths, olivine, diopside, muscovite) sont incolores en lame mince, et leurs grains incolores se distinguent par d’autres moyens.

Définition 8.5 (Relief, liseré de Becke)

Le relief d’un grain en lame mince est la netteté avec laquelle son contour, ses fissures et sa surface ressortent sur le milieu de montage ; il est fort lorsque les indices de réfraction du grain et du milieu diffèrent beaucoup, faible lorsqu’ils sont proches. Le liseré de Becke est la fine ligne brillante qui borde un grain dont l’indice diffère de celui de son environnement lorsque la mise au point du microscope est légèrement décalée.

Proposition 8.6 (Relief et indice de réfraction)

Un rayon qui traverse sous l’incidence ii une frontière entre un milieu de montage d’indice nmn_m et un grain d’indice nn voisin de nmn_m est dévié de

ε≈∣n−nm∣nm tan⁡i\varepsilon \approx \frac{|n - n_m|}{n_m}\,\tan i

(en radians), au premier ordre en (n−nm)/nm(n - n_m)/n_m. Les déviations aux bords inclinés d’un grain, et donc son relief, croissent proportionnellement à ∣n−nm∣|n - n_m|.

Démonstration. La loi de Snell–Descartes donne nmsin⁡i=nsin⁡rn_m \sin i = n \sin r. Écrivons n=nm(1+η)n = n_m(1 + \eta) avec η\eta petit et r=i−εr = i - \varepsilon avec ε\varepsilon petit. Alors sin⁡i=(1+η)(sin⁡i−εcos⁡i)+O(η2,ε2)\sin i = (1 + \eta)(\sin i - \varepsilon\cos i) + O(\eta^2, \varepsilon^2), donc ηsin⁡i=εcos⁡i\eta \sin i = \varepsilon\cos i au premier ordre, c’est-à-dire ε=ηtan⁡i\varepsilon = \eta\tan i, avec ∣η∣=∣n−nm∣/nm|\eta| = |n - n_m|/n_m. ∎

Une lame mince est montée dans une résine d’indice voisin de 1.541.54.

Le quartz (1.5441.544–1.5531.553) et les feldspaths (1.521.52–1.591.59) y sont presque invisibles : relief faible, limites de grains difficiles à voir. L’olivine (1.641.64–1.881.88), les pyroxènes et les amphiboles ressortent avec des bords sombres et une surface d’aspect rugueux : relief fort. Le grenat (1.831.83) paraît presque cerné de noir. La calcite, dont l’indice va de 1.4861.486 à 1.6581.658 avec la direction de vibration, change de relief quand la platine tourne, un effet appelé scintillement. Le relief dit seulement de combien nn est éloigné de nmn_m, non de quel côté ; le liseré de Becke dit le côté.

Méthode 8.7 (Le test du liseré de Becke)

Faire la mise au point sur le bord d’un grain en lumière polarisée non analysée, fermer un peu le diaphragme d’ouverture, et remonter légèrement la mise au point (éloigner l’objectif de la lame). Le liseré de Becke brillant se déplace dans le milieu d’indice de réfraction le plus élevé : s’il se déplace dans le grain, le grain a l’indice le plus élevé (relief positif) ; s’il en sort vers la résine ou le grain voisin, le grain a l’indice le plus faible (relief négatif).

La méthode fonctionne parce qu’une limite de grain n’est jamais exactement verticale : à une limite inclinée, la lumière est réfractée vers le côté d’indice le plus élevé, et au-delà de l’angle critique elle est totalement réfléchie de ce côté, si bien que la lumière qui traverse la limite se concentre au-dessus du milieu d’indice le plus élevé. Remonter la mise au point regarde un plan situé au-dessus de la lame, où cette lumière concentrée se trouve à l’intérieur du matériau d’indice le plus élevé.

8.3 Entre polariseurs croisés

Avec l’analyseur inséré, à angle droit du polariseur, un grain isotrope est noir dans toutes les positions : la lumière l’atteint en vibrant selon le polariseur et le quitte en vibrant de la même façon, et l’analyseur l’arrête entièrement. Un grain anisotrope est généralement brillant et coloré. La raison est la différence de marche entre ses deux ondes.

Définition 8.8 (Différence de marche (dans une lame cristalline))

La différence de marche Δ\Delta d’une lame d’un minéral anisotrope est la différence entre les chemins optiques de ses deux ondes à la sortie de la lame, l’onde la plus lente étant en retard sur la plus rapide.

Proposition 8.9 (Différence de marche et biréfringence)

Une lame d’épaisseur dd dont les deux ondes ont les indices n1>n2n_1 > n_2 a la différence de marche

Δ=d (n1−n2),\Delta = d\,(n_1 - n_2),

et ses deux ondes en sortent avec un déphasage φ=2πΔ/λ\varphi = 2\pi\Delta/\lambda pour une lumière de longueur d’onde λ\lambda dans le vide. Dans une lame mince, la plus grande différence de marche que montrent les grains d’un même minéral est d δd\,\delta.

Démonstration. Une onde qui traverse une épaisseur dd à la vitesse c/nc/n met le temps nd/cnd/c ; son chemin optique, la distance que la lumière parcourrait dans le vide pendant ce temps, est ndnd. Les deux ondes entrent ensemble ; à la sortie, la plus lente est en retard de n1d−n2d=d(n1−n2)n_1 d - n_2 d = d(n_1 - n_2), retard qui est la fraction Δ/λ\Delta/\lambda d’une période, c’est-à-dire un déphasage 2πΔ/λ2\pi\Delta/\lambda. La plus grande valeur de n1−n2n_1 - n_2 parmi toutes les orientations est δ\delta (Définition 8.3). ∎

Un grain de quartz de l’orientation la plus favorable dans une lame de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur a Δ=30 000 nm×0.009=270 nm\Delta = 30\,000\,\mathrm{nm}\times0.009 = 270\,\mathrm{nm} ; un grain de calcite 30 000 nm×0.172=5160 nm30\,000\,\mathrm{nm}\times0.172 = 5160\,\mathrm{nm}.

La lumière à travers une lame cristalline entre polariseurs croisés. Le polariseur laisse passer la vibration est–ouest (a) ; la lame la sépare en deux ondes selon ses directions de vibration, à  et + 90 du polariseur (b) ; l’analyseur, nord–sud, laisse passer la composante nord–sud de chacune (c). Les deux composantes ont des grandeurs égales et des signes opposés : sans le retard, elles s’annulent et la lame paraît sombre ; l’onde 2 est en retard sur l’onde 1 du déphasage = 2π /, et la somme ne s’annule plus.
La lumière à travers une lame cristalline entre polariseurs croisés. Le polariseur laisse passer la vibration est–ouest (a) ; la lame la sépare en deux ondes selon ses directions de vibration, à θ\theta et θ+90∘\theta + 90{}^{\circ} du polariseur (b) ; l’analyseur, nord–sud, laisse passer la composante nord–sud de chacune (c). Les deux composantes ont des grandeurs égales et des signes opposés : sans le retard, elles s’annulent et la lame paraît sombre ; l’onde 2 est en retard sur l’onde 1 du déphasage φ=2πΔ/λ\varphi = 2\pi\Delta/\lambda, et la somme ne s’annule plus.

Théorème 8.10 (Intensité entre polariseurs croisés)

Une lame de différence de marche Δ\Delta dont les directions de vibration font l’angle θ\theta avec le polariseur, entre polariseurs croisés, transmet à la longueur d’onde λ\lambda l’intensité

I=I0 sin⁡22θ sin⁡2πΔλ,I = I_0\,\sin^2 2\theta\,\sin^2\frac{\pi\Delta}{\lambda},

où I0I_0 est l’intensité qui sort du polariseur.

Démonstration. Prenons le polariseur selon xx et l’analyseur selon yy, et écrivons le champ sortant du polariseur comme la partie réelle de E0eiωtE_0 e^{i\omega t} selon xx, avec I0=E02I_0 = E_0^2 à une constante près. La direction de vibration 1 de la lame est le vecteur unitaire (cos⁡θ,sin⁡θ)(\cos\theta, \sin\theta), la direction 2 est (−sin⁡θ,cos⁡θ)(-\sin\theta, \cos\theta). Le champ incident a pour composantes E0cos⁡θE_0\cos\theta selon 1 et −E0sin⁡θ-E_0\sin\theta selon 2. La lame laisse l’onde 1 inchangée, à une phase commune près, et retarde l’onde 2 de φ=2πΔ/λ\varphi = 2\pi\Delta/\lambda (Proposition 8.9) ; en amplitudes complexes, les ondes qui sortent de la lame sont E0cos⁡θE_0\cos\theta selon 1 et −E0sin⁡θ e−iφ-E_0\sin\theta\,e^{-i\varphi} selon 2. Leurs composantes selon yy sont E0cos⁡θsin⁡θE_0\cos\theta\sin\theta et −E0sin⁡θcos⁡θ e−iφ-E_0\sin\theta\cos\theta\,e^{-i\varphi} ; l’analyseur laisse passer leur somme,

A=E0sin⁡θcos⁡θ (1−e−iφ).A = E_0\sin\theta\cos\theta\,(1 - e^{-i\varphi}) .

Comme ∣1−e−iφ∣2=2−2cos⁡φ=4sin⁡2(φ/2)|1 - e^{-i\varphi}|^2 = 2 - 2\cos\varphi = 4\sin^2(\varphi/2) et sin⁡θcos⁡θ=12sin⁡2θ\sin\theta\cos\theta = \frac12\sin2\theta, l’intensité est ∣A∣2=E02 sin⁡22θ sin⁡2(φ/2)|A|^2 = E_0^2\,\sin^2 2\theta\,\sin^2(\varphi/2), c’est-à-dire I=I0sin⁡22θsin⁡2(πΔ/λ)I = I_0\sin^2 2\theta\sin^2(\pi\Delta/\lambda). Si l’onde 1 est la plus lente, φ\varphi change de signe et II est inchangé. ∎

Le théorème contient tout ce que montre le microscope entre polariseurs croisés. Son premier facteur ne dépend que de l’orientation du grain sur la platine ; le second, seulement de la différence de marche du grain et de la couleur de la lumière.

Définition 8.11 (Position d’extinction, angle d’extinction)

Un grain anisotrope entre polariseurs croisés est en position d’extinction lorsqu’il est sombre parce que ses directions de vibration sont parallèles au polariseur et à l’analyseur. L’angle d’extinction d’un grain est l’angle entre une direction visible dans le grain (une trace de clivage, un allongement, un plan de macle) et la position d’extinction la plus proche, lu sur la platine graduée.

Le facteur sin⁡22θ\sin^2 2\theta s’annule pour θ=0\theta = 0, 90∘90{}^{\circ}, 180∘180{}^{\circ} et 270∘270{}^{\circ} : un grain devient sombre quatre fois par tour complet de la platine, et est le plus brillant à mi-chemin, à 45∘45{}^{\circ} de l’extinction (figure ci-dessous). Un grain avec Δ=0\Delta = 0 — un minéral isotrope, ou une section perpendiculaire à un axe optique — reste sombre en permanence. L’angle d’extinction dépend de la symétrie du cristal : un minéral dont les directions de vibration sont liées à ses clivages, comme les minéraux orthorhombiques, s’éteint parallèlement à eux (extinction droite) ; un minéral monoclinique ou triclinique ne le fait généralement pas (extinction oblique). Le plus grand angle d’extinction entre les traces de clivage et la direction de vibration lente est d’environ 38∘38{}^{\circ} dans le diopside et de 15∘15{}^{\circ}–19∘19{}^{\circ} dans la hornblende, dans des sections parallèles à (010)(010) : l’une des façons de distinguer un pyroxène d’une amphibole en lame mince.

L’intensité laissée passer par un grain quand la platine tourne, à la longueur d’onde 550\, nm, pour trois différences de marche (). Quatre extinctions par tour, quatre maxima à 45 d’elles ; la différence de marche fixe la hauteur des maxima, qui est presque nulle lorsque  est proche d’un nombre entier de longueurs d’onde.
L’intensité laissée passer par un grain quand la platine tourne, à la longueur d’onde 550 nm550\,\mathrm{nm}, pour trois différences de marche (Théorème 8.10). Quatre extinctions par tour, quatre maxima à 45∘45{}^{\circ} d’elles ; la différence de marche fixe la hauteur des maxima, qui est presque nulle lorsque Δ\Delta est proche d’un nombre entier de longueurs d’onde.

8.3.1 Teintes de polarisation

En lumière blanche, le second facteur sin⁡2(πΔ/λ)\sin^2(\pi\Delta/\lambda) agit comme un filtre qui dépend de la longueur d’onde. Un grain avec Δ=270 nm\Delta = 270\,\mathrm{nm} laisse passer presque tout le vert et le jaune (λ\lambda voisin de 2Δ=5402\Delta = 540 nm, où le facteur vaut 1) et un peu moins du violet et du rouge : il paraît blanc. Un grain avec Δ=550 nm\Delta = 550\,\mathrm{nm} supprime le jaune-vert (λ=Δ\lambda = \Delta) et laisse passer le rouge et le bleu : il paraît magenta. Quand Δ\Delta croît, les longueurs d’onde supprimées se déplacent sur le spectre et de nouvelles apparaissent, et la couleur parcourt une suite fixe.

Définition 8.12 (Teinte de polarisation, ordre, abaque de Michel-Lévy)

La teinte de polarisation d’un grain anisotrope est sa couleur entre polariseurs croisés en lumière blanche, à 45∘45{}^{\circ} de l’extinction ; elle ne dépend que de sa différence de marche Δ\Delta. Les couleurs se répètent par bandes d’environ 550 nm550\,\mathrm{nm} de différence de marche, chacune se terminant par une teinte rouge-violet ; chaque bande est un ordre (premier, deuxième, troisième…). L’abaque de Michel-Lévy montre les teintes de polarisation en fonction de la différence de marche, avec les droites Δ=d δ\Delta = d\,\delta qui relient l’épaisseur d’une section, la biréfringence d’un minéral et sa couleur.

Un abaque de Michel-Lévy calculé à partir des premiers principes : pour chaque différence de marche, la couleur de la lumière blanche (illuminant standard CIE D65) à travers des polariseurs croisés et une lame à 45 de l’extinction, d’après les fonctions colorimétriques CIE 1931 (données © CIE, CC BY-SA 4.0) et la transformation sRGB, normalisée à la lumière laissée passer par des polariseurs parallèles. Les droites noires donnent = d\, pour la biréfringence de chaque minéral ; la droite en tirets est l’épaisseur standard de 30\, µ m. Les teintes rouge-violet qui terminent les ordres tombent à 542, 1074 et 1605\, nm dans ce calcul.
Un abaque de Michel-Lévy calculé à partir des premiers principes : pour chaque différence de marche, la couleur de la lumière blanche (illuminant standard CIE D65) à travers des polariseurs croisés et une lame à 45∘45{}^{\circ} de l’extinction, d’après les fonctions colorimétriques CIE 1931 (données © CIE, CC BY-SA 4.0) et la transformation sRGB, normalisée à la lumière laissée passer par des polariseurs parallèles. Les droites noires donnent Δ=d δ\Delta = d\,\delta pour la biréfringence de chaque minéral ; la droite en tirets est l’épaisseur standard de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}. Les teintes rouge-violet qui terminent les ordres tombent à 542, 1074 et 1605 nm1605\,\mathrm{nm} dans ce calcul.

L’abaque est calculé exactement comme le dit le théorème. Pour chaque différence de marche, chaque longueur d’onde de la lumière est pondérée par sin⁡2(πΔ/λ)\sin^2(\pi\Delta/\lambda) ; le spectre transmis est ensuite converti en une couleur telle que l’œil la voit, par les fonctions colorimétriques standard de la colorimétrie, puis en rouge, vert et bleu d’un écran ou d’une imprimante par la transformation sRGB. Trois traits méritent d’être remarqués. Le premier ordre commence noir, passe par le gris et le blanc (le seul blanc de l’abaque est près de 270 nm270\,\mathrm{nm}, où le spectre est presque entièrement transmis), puis le jaune, l’orange et le rouge. Les deuxième et troisième ordres sont les plus brillants, avec des bleus, verts, jaunes et magentas vifs. Au-delà du quatrième ordre, les couleurs s’estompent : lorsque Δ\Delta vaut de nombreuses longueurs d’onde, le filtre sin⁡2(πΔ/λ)\sin^2(\pi\Delta/\lambda) oscille plusieurs fois sur le spectre visible, laisse passer chaque couleur tour à tour et, en moyenne, la moitié de la lumière : le grain paraît gris pâle rosé ou verdâtre, le blanc d’ordre élevé de la calcite.

Lire l’abaque est le cœur de la minéralogie optique. Dans une section d’épaisseur connue, la plus haute couleur que montre un minéral donne sa biréfringence : suivre l’épaisseur jusqu’à la couleur, puis la droite passant par ce point jusqu’à sa biréfringence. Inversement, un minéral de biréfringence connue donne l’épaisseur : dans une bonne section de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}, le quartz ne montre jamais plus qu’un blanc de premier ordre ou le jaune le plus pâle, et une section où le quartz montre du jaune ou de l’orange est trop épaisse.

Histoire des sciences — Auguste Michel-Lévy

Michel-Lévy étudiant, vers 1862. Domaine public.

Auguste Michel-Lévy (1844–1911), qui devint directeur du Service de la carte géologique de France, fut l’un des premiers à identifier systématiquement les minéraux des roches au microscope polarisant. Avant lui, les couleurs des minéraux entre polariseurs croisés étaient employées de façon empirique ; il montra que ce qui compte est la biréfringence maximale de chaque minéral, que l’on peut mesurer en comparant les couleurs de ses grains à un coin de quartz dont la différence de marche croît régulièrement sur sa longueur. Avec son élève Alfred Lacroix, il publia en 1888 Les minéraux des roches, un manuel des propriétés optiques des minéraux des roches. L’abaque qui porte son nom, des couleurs en fonction de la différence de marche avec des droites d’égale biréfringence, est toujours la façon de lire les teintes de polarisation.

Deux ondes qui sortent d’un grain peuvent recevoir une différence de marche supplémentaire connue grâce à une lame auxiliaire insérée au-dessus de la section à 45∘45{}^{\circ} des polariseurs. La plus courante est taillée pour montrer le rouge du premier ordre (lame de teinte sensible), une différence de marche d’environ 540 nm540\,\mathrm{nm}. Si la direction de vibration lente du grain est parallèle à la direction lente de la lame, les retards s’ajoutent et la couleur du grain monte d’environ un ordre ; si elle est parallèle à la direction rapide, ils se retranchent et la couleur descend. Un grain gris de premier ordre de 100 nm100\,\mathrm{nm} devient bleu de deuxième ordre (640 nm640\,\mathrm{nm}) dans une orientation et orange de premier ordre (440 nm440\,\mathrm{nm}) dans l’autre ; le test montre laquelle des deux directions de vibration du grain est la lente, propriété utilisée pour identifier les minéraux allongés.

8.4 Identifier les minéraux en lame mince

Définition 8.13 (Macle, macle polysynthétique)

Une macle est une association de deux cristaux ou plus du même minéral dont les réseaux sont reliés par une symétrie que le cristal n’a pas lui-même, comme une réflexion par rapport à un plan (le plan de macle). Une macle polysynthétique est une macle répétée sur des plans parallèles, qui divise un cristal en minces lamelles parallèles dont les orientations alternent.

Entre polariseurs croisés, les lamelles d’une macle polysynthétique s’éteignent alternativement : la moitié d’entre elles sont sombres lorsque l’autre moitié sont brillantes, et le cristal paraît rayé. Le plagioclase montre presque toujours ces rayures, qui le distinguent aussitôt du quartz et du feldspath alcalin ; son autre caractère, un relief faible et des couleurs allant du gris au blanc de premier ordre, il le partage avec eux. Les angles d’extinction des deux familles de lamelles, mesurés de part et d’autre du plan de macle, dépendent de la composition du plagioclase, et des abaques de ces angles donnent sa teneur en anorthite.

Méthode 8.14 (Identifier un minéral en lame mince)

  1. En lumière polarisée non analysée : noter si le grain est opaque ; sa couleur et son pléochroïsme (tourner la platine) ; son relief, et de quel côté de 1.541.54 se situe son indice (liseré de Becke) ; sa forme et ses clivages, et l’angle entre deux clivages.
  2. Entre polariseurs croisés : vérifier s’il reste sombre (isotrope, ou section perpendiculaire à un axe optique) ; parmi les grains d’un même minéral, trouver la plus haute teinte de polarisation et lire la biréfringence sur l’abaque de Michel-Lévy pour l’épaisseur de la section.
  3. Mesurer l’angle d’extinction sur les grains montrant un clivage ou un allongement ; chercher les macles (rayures polysynthétiques, macles simples).
  4. Comparer avec un tableau de propriétés optiques (Table 8.1) et avec les minéraux que la roche peut contenir (Chapitre 7).
minéralcouleur (LPNA)indicesbiréfringenceplus haute teinte à 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}autres caractères
quartzincolore1.544–1.5530.009blanc du premier ordrepas de clivage ; pas de macles visibles ; uniaxe
orthoseincolore, souvent trouble1.518–1.5250.005gris du premier ordrerelief négatif ; macles simples
plagioclaseincolore1.526–1.5900.008–0.013blanc à jaune pâle du premier ordremacle polysynthétique
muscoviteincolore1.552–1.6180.035–0.042teintes vives du deuxième au troisième ordreun clivage parfait ; extinction droite
biotitebrune, verte1.565–1.6960.04–0.07masquée par sa propre couleurfort pléochroïsme ; un clivage parfait
hornblendeverte, brune1.675–1.6950.020bleu du deuxième ordrepléochroïque ; clivages à 56∘56{}^{\circ}/124∘124{}^{\circ} ; extinction 15∘15{}^{\circ}–19∘19{}^{\circ}
diopsideincolore1.664–1.6940.030jaune du deuxième ordreclivages à environ 87∘87{}^{\circ}/93∘93{}^{\circ} ; extinction d’environ 38∘38{}^{\circ}
olivineincolore (Mg) à jaune pâle (Fe)1.635–1.8790.035–0.052fin du deuxième ordre au troisième ordrerelief fort ; fissures irrégulières, pas de bon clivage
grenatincolore à rose pâle1.830 (almandin)isotropenoirrelief très fort ; contours à six ou huit côtés
calciteincolore1.486–1.6580.172blanc d’ordre élevéle relief change à la rotation ; clivage rhomboédrique
magnétiteopaque———noire dans les deux modes d’éclairage
Table 8.1. Propriétés optiques des minéraux courants des roches en lame mince. LPNA : lumière polarisée non analysée. La plus haute teinte se lit sur l’abaque de Michel-Lévy à Δ=30 000 nm×δ\Delta = 30\,000\,\mathrm{nm}\times\delta.
Le même champ d’un gabbro en lame mince. En lumière polarisée non analysée (a), le plagioclase est incolore à relief faible, les grains de pyroxène et d’olivine sont gris-brun pâle à relief fort et fissures denses, et le minerai opaque est noir ; l’échelle est un micromètre oculaire. Entre polariseurs croisés (b), les lattes de plagioclase sont rayées par la macle polysynthétique, les grains de pyroxène et d’olivine brillent dans les teintes du deuxième ordre, et le minerai reste noir. Photographies Chmee2, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons).

Au laboratoire — Une séance au microscope

Un étudiant à un microscope polarisant dans un laboratoire d’enseignement (illustration générée par IA).

Une pétrologue qui décrit une nouvelle lame mince la parcourt d’abord à faible grossissement, pour voir la texture et les minéraux principaux, puis grain par grain. Pour chaque minéral, elle consigne les observations de la méthode ci-dessus, estime sa proportion dans le champ, et note comment les grains se touchent : lesquels ont cristallisé en premier, lesquels remplissent les espaces laissés, lesquels en remplacent d’autres. Les mesures optiques se font avec la platine graduée en degrés et une lame auxiliaire ; les compositions, lorsqu’elles comptent, sont mesurées plus tard à la microsonde sur la même lame. Un laboratoire d’enseignement fonctionne de la même façon, un microscope par étudiant et, à côté, une boîte de lames de référence de minéraux connus.

8.5 Exercices

Exercice 8.1 ★

Calculer la plus grande différence de marche du quartz (δ=0.009\delta = 0.009) et de la calcite (δ=0.172\delta = 0.172) dans une section de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur. À l’aide de l’abaque de Michel-Lévy, décrire la couleur de chacun.

Solution

Solution de Exercice 8.1.

Quartz : 30 000 nm×0.009=270 nm30\,000\,\mathrm{nm}\times0.009 = 270\,\mathrm{nm}, un blanc du premier ordre. Calcite : 30 000 nm×0.172=5160 nm30\,000\,\mathrm{nm}\times0.172 = 5160\,\mathrm{nm}, bien au-delà de l’abaque : un blanc pâle d’ordre élevé, faiblement rosé ou verdâtre.

Exercice 8.2 ★

Un grain est tourné sur la platine entre polariseurs croisés. Calculer I/I0I/I_0, en fraction de son maximum, pour θ=0\theta = 0, 22.5∘22.5{}^{\circ}, 45∘45{}^{\circ}, 67.5∘67.5{}^{\circ} et 90∘90{}^{\circ} depuis une position d’extinction.

Solution

Solution de Exercice 8.2.

I/Imax⁡=sin⁡22θI/I_{\max} = \sin^2 2\theta : 00 à 0∘0{}^{\circ} ; sin⁡245∘=0.5\sin^245{}^{\circ} = 0.5 à 22.5∘22.5{}^{\circ} ; 11 à 45∘45{}^{\circ} ; 0.50.5 à 67.5∘67.5{}^{\circ} ; 00 à 90∘90{}^{\circ}.

Exercice 8.3 ★

Expliquer pourquoi un grenat reste noir entre polariseurs croisés quelle que soit la position de la platine, et pourquoi un grain de quartz peut faire de même. Comment les distinguer en lumière polarisée non analysée ?

Solution

Solution de Exercice 8.3.

Le grenat est cubique, donc isotrope : la lumière le quitte en vibrant comme elle y est entrée, le long du polariseur, et l’analyseur l’arrête ; Δ=0\Delta = 0 dans toutes les positions. Un grain de quartz coupé perpendiculairement à son axe optique a lui aussi n1=n2n_1 = n_2 pour la lumière qui se propage le long de cet axe, donc Δ=0\Delta = 0 : il reste sombre lui aussi. En lumière polarisée non analysée, le grenat a un relief très fort (1.831.83 contre 1.541.54), le quartz presque nul.

Exercice 8.4 ★

Classer par relief, dans un milieu d’indice 1.541.54, l’orthose (nn voisin de 1.521.52), le quartz (1.551.55), la forstérite (1.651.65) et l’almandin (1.831.83). Lequel a un relief négatif ? Dans quelle direction son liseré de Becke se déplace-t-il quand la mise au point est remontée ?

Solution

Solution de Exercice 8.4.

∣n−1.54∣|n - 1.54| : almandin 0.290.29, forstérite 0.110.11, orthose 0.020.02, quartz 0.010.01 ; relief dans cet ordre, du plus fort au plus faible. L’orthose a l’indice le plus bas : relief négatif, et son liseré de Becke sort du grain, vers la résine, quand la mise au point est remontée.

Exercice 8.5 ★★

Dans une section de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}, les grains d’un minéral vert pléochroïque à deux clivages à 56∘56{}^{\circ} et 124∘124{}^{\circ} montrent au plus un bleu du deuxième ordre, lu sur l’abaque comme Δ=650 nm\Delta = 650\,\mathrm{nm}. Calculer sa biréfringence et nommer le minéral à l’aide du Table 8.1.

Solution

Solution de Exercice 8.5.

δ=650/30000=0.022\delta = 650/30000 = 0.022. Un minéral vert pléochroïque à clivages à 56∘56{}^{\circ} et 124∘124{}^{\circ} et de biréfringence voisine de 0.0200.020 : la hornblende.

Exercice 8.6 ★★

À l’aide de la Proposition 8.6 avec nm=1.54n_m = 1.54 et i=30∘i = 30{}^{\circ}, calculer la déviation au bord d’un grain de quartz (n=1.553n = 1.553) et d’un grain de forstérite (n=1.651n = 1.651), en degrés, et le rapport des deux. Vérifier la seconde avec la loi de Snell–Descartes exacte.

Solution

Solution de Exercice 8.6.

tan⁡30∘=0.5774\tan30{}^{\circ} = 0.5774. Quartz : (0.013/1.54)×0.5774=0.004 87 rad=0.28∘(0.013/1.54)\times0.5774 = 0.004\,87\,\mathrm{rad} = 0.28{}^{\circ}. Forstérite : (0.111/1.54)×0.5774=0.0416 rad=2.38∘(0.111/1.54)\times0.5774 = 0.0416\,\mathrm{rad} = 2.38{}^{\circ}. Rapport 0.111/0.013=8.50.111/0.013 = 8.5. Exactement : sin⁡r=1.54sin⁡30∘/1.651=0.4664\sin r = 1.54\sin30{}^{\circ}/1.651 = 0.4664, r=27.80∘r = 27.80{}^{\circ}, soit une déviation de 2.20∘2.20{}^{\circ} : la formule du premier ordre surestime de 8 %8\,\% pour une différence d’indice aussi grande.

Exercice 8.7 ★★

Une lame de teinte sensible rouge du premier ordre a Δ=540 nm\Delta = 540\,\mathrm{nm}. Un grain de quartz de Δ=270 nm\Delta = 270\,\mathrm{nm} est placé à 45∘45{}^{\circ} avec la lame insérée. Quelles sont les deux différences de marche totales possibles, et les couleurs qu’elles donnent sur l’abaque ? Quelle orientation rend parallèles les deux directions lentes ?

Solution

Solution de Exercice 8.7.

270+540=810 nm270 + 540 = 810\,\mathrm{nm}, un vert du deuxième ordre, lorsque les directions lentes du grain et de la lame sont parallèles (les retards s’ajoutent) ; ∣270−540∣=270 nm|270 - 540| = 270\,\mathrm{nm}, de nouveau un blanc du premier ordre, lorsque la direction lente du grain est parallèle à la direction rapide de la lame.

Exercice 8.8 ★★

À son bord aminci, un grain de fayalite (δ=0.052\delta = 0.052) passe de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} à zéro. Combien de teintes rouge-violet, qui terminent les ordres à 542, 1074 et 1605 nm1605\,\mathrm{nm}, apparaissent comme franges colorées entre le bord et la partie d’épaisseur pleine du grain ?

Solution

Solution de Exercice 8.8.

En pleine épaisseur, Δ=30 000 nm×0.052=1560 nm\Delta = 30\,000\,\mathrm{nm}\times0.052 = 1560\,\mathrm{nm}. Du bord (Δ=0\Delta = 0) vers l’intérieur, la différence de marche passe par 542 et 1074 nm1074\,\mathrm{nm} mais pas par 1605 nm1605\,\mathrm{nm} : deux franges rouge-violet.

Exercice 8.9 ★★

Sur plusieurs grains allongés à un bon clivage, un géologue mesure des angles d’extinction de 0∘0{}^{\circ}, 21∘21{}^{\circ}, 36∘36{}^{\circ} et 37∘37{}^{\circ} entre la trace du clivage et la direction de vibration lente. Pourquoi les valeurs diffèrent-elles ? Le minéral est-il plus probablement du diopside ou de la hornblende ?

Solution

Solution de Exercice 8.9.

L’angle d’extinction mesuré sur un grain dépend de la façon dont le grain est coupé : seules les sections d’une orientation particulière montrent le plus grand angle, et les autres en montrent moins, jusqu’à zéro. La plus grande valeur, environ 37∘37{}^{\circ}, est celle qu’il faut comparer : elle correspond au diopside (environ 38∘38{}^{\circ}), non à la hornblende (au plus 19∘19{}^{\circ}).

Exercice 8.10 ★★★

Refaire la démonstration du Théorème 8.10 avec l’analyseur parallèle au polariseur, et montrer que I∥=I0(1−sin⁡22θsin⁡2(πΔ/λ))I_\parallel = I_0\bigl(1 - \sin^2 2\theta\sin^2(\pi\Delta/\lambda)\bigr). Quelle couleur un grain de Δ=550 nm\Delta = 550\,\mathrm{nm} montre-t-il à 45∘45{}^{\circ} entre polariseurs parallèles ?

Solution

Solution de Exercice 8.10.

Avec l’analyseur selon xx, les composantes en xx des deux ondes sont E0cos⁡θ⋅cos⁡θE_0\cos\theta\cdot\cos\theta et −E0sin⁡θ e−iφ⋅(−sin⁡θ)-E_0\sin\theta\,e^{-i\varphi}\cdot(-\sin\theta), donc A=E0(cos⁡2θ+sin⁡2θ e−iφ)A = E_0(\cos^2\theta + \sin^2\theta\,e^{-i\varphi}) et

∣A∣2=E02(cos⁡4θ+sin⁡4θ+2sin⁡2θcos⁡2θcos⁡φ)=E02(1−2sin⁡2θcos⁡2θ (1−cos⁡φ)),|A|^2 = E_0^2\bigl(\cos^4\theta + \sin^4\theta + 2\sin^2\theta\cos^2\theta\cos\varphi\bigr) = E_0^2\bigl(1 - 2\sin^2\theta\cos^2\theta\,(1 - \cos\varphi)\bigr),

en utilisant cos⁡4θ+sin⁡4θ=1−2sin⁡2θcos⁡2θ\cos^4\theta + \sin^4\theta = 1 - 2\sin^2\theta\cos^2\theta. Comme 2sin⁡2θcos⁡2θ=12sin⁡22θ2\sin^2\theta\cos^2\theta = \frac12\sin^2 2\theta et 1−cos⁡φ=2sin⁡2(φ/2)1 - \cos\varphi = 2\sin^2(\varphi/2), I∥=I0(1−sin⁡22θsin⁡2(πΔ/λ))I_\parallel = I_0(1 - \sin^2 2\theta\sin^2(\pi\Delta/\lambda)). À chaque longueur d’onde, I∥+I⊥=I0I_\parallel + I_\perp = I_0 : les couleurs entre polariseurs parallèles sont les complémentaires de celles entre polariseurs croisés. Un grain de différence de marche 550 nm550\,\mathrm{nm}, magenta entre polariseurs croisés, est vert jaunâtre pâle entre polariseurs parallèles.

Exercice 8.11 ★★★

Pour un grain de calcite avec Δ=5000 nm\Delta = 5000\,\mathrm{nm}, le facteur sin⁡2(πΔ/λ)\sin^2(\pi\Delta/\lambda) s’annule chaque fois que Δ/λ\Delta/\lambda est un entier. (a) Combien de fois s’annule-t-il entre 400400 et 700 nm700\,\mathrm{nm} ? (b) Montrer qu’au voisinage de λ=550 nm\lambda = 550\,\mathrm{nm} deux zéros successifs sont distants d’environ λ2/Δ\lambda^2/\Delta, et le calculer. (c) Expliquer pourquoi le grain paraît presque blanc.

Solution

Solution de Exercice 8.11.

(a) Δ/λ\Delta/\lambda va de 5000/700=7.145000/700 = 7.14 à 5000/400=12.55000/400 = 12.5 ; il passe par les entiers 8 à 12 : cinq zéros. (b) Les zéros sont en λk=Δ/k\lambda_k = \Delta/k ; deux zéros successifs sont distants de Δ/k−Δ/(k+1)=Δ/(k(k+1))≈λ2/Δ\Delta/k - \Delta/(k + 1) = \Delta/(k(k + 1)) \approx \lambda^2/\Delta, soit 5502/5000=60.5 nm550^2/5000 = 60.5\,\mathrm{nm} près de 550 nm550\,\mathrm{nm}. (c) Cinq bandes sombres étroites réparties sur le spectre retirent un peu de chaque couleur, et le reste passe avec un poids moyen d’un demi : l’œil voit une teinte pâle, presque neutre.

Exercice 8.12 ★★★

Montrer que, en moyenne sur un tour complet de la platine, un grain entre polariseurs croisés laisse passer 12I0sin⁡2(πΔ/λ)\frac12 I_0\sin^2(\pi\Delta/\lambda). Une géologue estime les biréfringences à partir de la plus haute teinte de chaque minéral, en supposant 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}, dans une section qui est en fait de 25 µm25\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur. De quel facteur toutes ses valeurs sont-elles fausses, et dans quel sens ?

Solution

Solution de Exercice 8.12.

Sur un tour complet, la moyenne de sin⁡22θ\sin^2 2\theta est 12π∫02πsin⁡22θ dθ=12\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}\sin^2 2\theta\, \mathrm d\theta = \frac12, donc l’intensité moyenne est 12I0sin⁡2(πΔ/λ)\frac12 I_0\sin^2(\pi\Delta/\lambda). Elle calcule δ=Δ/30000\delta = \Delta/30000 au lieu de Δ/25000\Delta/25000 (en nm) : toutes ses valeurs valent 25/30=0.8325/30 = 0.83 des valeurs vraies, trop basses de 17 %17\,\%.

8.6 Problème : Identifier les minéraux d’une lame mince inconnue

Problème 8.1

Problème du week-end — observer le relief, le pléochroïsme et les teintes de polarisation, mesurer l’épaisseur d’une section avec du quartz, et nommer ses minéraux

Une lame mince d’une roche magmatique inconnue, montée dans une résine d’indice 1.5401.540, est dite avoir 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur. Elle contient cinq minéraux, notés de A à E. Utiliser le tableau des propriétés optiques du chapitre, l’abaque de Michel-Lévy et les valeurs suivantes : quartz nω=1.544n_\omega = 1.544, nε=1.553n_\varepsilon = 1.553 ; diopside nα=1.664n_\alpha = 1.664, nβ=1.672n_\beta = 1.672, nγ=1.694n_\gamma = 1.694.

Partie I — Lumière polarisée non analysée.

  1. Le minéral A est incolore, avec des limites de grains difficiles à voir. Le minéral B est incolore, avec de forts bords sombres et deux clivages se coupant à environ 87∘87{}^{\circ}. Lequel a le relief le plus fort ?
  2. Pour A, pris comme du quartz, et B, pris comme du diopside, calculer ∣n−nm∣|n - n_m| en utilisant la moyenne des indices principaux de chacun.
  3. À l’aide de la Proposition 8.6, calculer le rapport des déviations à leurs bords pour la même inclinaison de la limite.
  4. Quand on remonte la mise au point, le liseré de Becke de B se déplace dans le grain. Que montre-t-il ?
  5. Le minéral C passe du jaune pâle au brun foncé quand la platine tourne, le plus foncé lorsque son unique clivage est le long du polariseur. Nommer la propriété et le minéral.
  6. Le minéral D est incolore, à faible relief, en longues lattes ; E est vert à jaune et pléochroïque, avec deux clivages à 124∘124{}^{\circ}. Que suggère l’angle pour E ?

Partie II — L’épaisseur de la section.

  1. Quelle est la plus grande différence de marche du quartz dans une section d’exactement 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} ? Quelle couleur est-ce ?
  2. Pourquoi faut-il chercher la plus grande différence de marche parmi de nombreux grains de A, plutôt que la mesurer sur l’un d’eux ?
  3. La plus haute teinte que montrent les grains de A est un jaune pâle du premier ordre ; un comparateur à coin de quartz en donne la différence de marche, 342 nm342\,\mathrm{nm}. Calculer l’épaisseur réelle de la section.
  4. De combien pour cent la section est-elle plus épaisse qu’elle ne devrait ?
  5. À λ=550 nm\lambda = 550\,\mathrm{nm} et à 45∘45{}^{\circ} de l’extinction, calculer I/I0I/I_0 pour ce grain de quartz, et pour le même grain dans une section de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}.
  6. Calculer l’intervalle des différences de marche de D, pris comme plagioclase (δ=0.008\delta = 0.008 à 0.0130.013), dans cette section, et dire si ses couleurs restent dans le premier ordre.

Partie III — La biréfringence de B.

  1. La plus haute teinte de B est un bleu lu comme Δ=1140 nm\Delta = 1140\,\mathrm{nm}. De quel ordre est-elle ?
  2. Calculer la biréfringence de B avec l’épaisseur trouvée à la question 9.
  3. Quelle biréfringence aurait-on trouvée en supposant 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} ? Quel minéral incolore à relief fort cela aurait-il suggéré, et pourquoi est-il déplacé dans une roche contenant du quartz (considérer MgX2SiOX4+SiOX2→2 MgSiOX3\ce{Mg2SiO4 + SiO2 -> 2 MgSiO3}) ?
  4. Comparer le résultat de la question 14 au tableau, avec le relief et les clivages de B, et conclure.
  5. Quelle couleur B montrerait-il au plus dans une section correcte de 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m} ?
  6. La section est amincie jusqu’à 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}. De combien faut-il l’amincir, et quelle est alors la plus haute teinte du quartz ?

Partie IV — Extinction et macles.

  1. Les lattes de D sont divisées en bandes parallèles qui s’éteignent alternativement. Nommer ce caractère et le minéral.
  2. Les bandes d’une latte s’éteignent à 27∘27{}^{\circ} et 28∘28{}^{\circ} de part et d’autre du plan de macle. Que donnent de tels angles, mesurés sur de nombreuses lattes, une fois comparés à des abaques publiés ?
  3. Le plus grand angle d’extinction entre les clivages de E et sa direction lente est de 17∘17{}^{\circ}. Nommer E.
  4. Calculer la plus grande différence de marche de E dans cette section et la couleur qu’elle montre.
  5. Un grain de B reste sombre pendant une rotation complète. Expliquer comment il peut être le même minéral que les grains brillants de B.
  6. Lister les minéraux A à E, et dire quelle sorte de roche ils forment.
  7. Quelle est l’épaisseur réelle de la section, en micromètres ?
Solution

Solution de Problème 8.1.

1. B : les bords sombres signifient un relief fort ; les limites à peine visibles de A signifient un relief faible.

2. A : (1.544+1.553)/2=1.5485(1.544 + 1.553)/2 = 1.5485, ∣n−nm∣=0.0085|n - n_m| = 0.0085. B : (1.664+1.672+1.694)/3=1.6767(1.664 + 1.672 + 1.694)/3 = 1.6767, ∣n−nm∣=0.1367|n - n_m| = 0.1367.

3. Les déviations sont proportionnelles à ∣n−nm∣|n - n_m| : 0.1367/0.0085=16.10.1367/0.0085 = 16.1.

4. B a un indice plus élevé que la résine : relief positif.

5. Pléochroïsme ; biotite.

6. Deux clivages à 56∘56{}^{\circ} et 124∘124{}^{\circ} : une amphibole.

7. 30 000 nm×0.009=270 nm30\,000\,\mathrm{nm}\times0.009 = 270\,\mathrm{nm} : blanc du premier ordre.

8. Chaque grain est coupé selon sa propre orientation et montre une valeur de ∣n1−n2∣|n_1 - n_2| comprise entre 0 et δ\delta ; seuls les grains coupés parallèlement à l’axe optique montrent δ\delta lui-même. La plus haute teinte parmi de nombreux grains est celle à utiliser.

9. d=342/0.009=38 000 nm=38 µmd = 342/0.009 = 38\,000\,\mathrm{nm} = 38\,\text{µ}\mathrm{m}.

10. (38−30)/30=26.7 %(38 - 30)/30 = 26.7\,\%.

11. sin⁡2(π×342/550)=0.861\sin^2(\pi\times342/550) = 0.861; at 30 µm30\,\text{µ}\mathrm{m}, sin⁡2(π×270/550)=0.999\sin^2(\pi\times270/550) = 0.999.

12. 38 000 nm×0.008=304 nm38\,000\,\mathrm{nm}\times0.008 = 304\,\mathrm{nm} à 38 000 nm×0.013=494 nm38\,000\,\mathrm{nm}\times0.013 = 494\,\mathrm{nm} : du blanc à l’orange-rouge, tout en dessous de la fin du premier ordre à 542 nm542\,\mathrm{nm}.

13. Entre 1074 et 1605 nm1605\,\mathrm{nm} : troisième ordre.

14. δ=1140/38000=0.030\delta = 1140/38000 = 0.030.

15. 1140/30000=0.0381140/30000 = 0.038, ce qui aurait suggéré une olivine. Une olivine magnésienne et du quartz réagissent pour donner du pyroxène, MgX2SiOX4+SiOX2→2 MgSiOX3\ce{Mg2SiO4 + SiO2 -> 2 MgSiO3} ; une roche qui a cristallisé avec du quartz ne devrait pas garder les deux.

16. 0.0300.030 est la biréfringence du diopside ; son relief fort, son absence de couleur et ses deux clivages voisins de 87∘87{}^{\circ} concordent : B est un clinopyroxène, le diopside.

17. 30 000 nm×0.030=900 nm30\,000\,\mathrm{nm}\times0.030 = 900\,\mathrm{nm} : jaune du deuxième ordre.

18. De 8 µm8\,\text{µ}\mathrm{m} ; le quartz ne montre alors au plus que 270 nm270\,\mathrm{nm}, blanc du premier ordre.

19. Macle polysynthétique : D est du plagioclase.

20. La composition du plagioclase (sa teneur en anorthite).

21. Une amphibole d’angle d’extinction 17∘17{}^{\circ} : la hornblende (15∘15{}^{\circ}–19∘19{}^{\circ}), non un pyroxène (38∘38{}^{\circ} pour le diopside).

22. 38 000 nm×0.020=760 nm38\,000\,\mathrm{nm}\times0.020 = 760\,\mathrm{nm} : un vert du deuxième ordre.

23. Il est coupé perpendiculairement à un axe optique : ses deux indices sont égaux pour la lumière qui se propage le long de l’axe, Δ=0\Delta = 0, et il reste sombre comme un grain isotrope.

24. A quartz, B diopside, C biotite, D plagioclase, E hornblende : une roche magmatique intermédiaire avec un peu de quartz, comme une diorite quartzique.

25. La section a 38 µm38\,\text{µ}\mathrm{m} d’épaisseur.

এই অধ্যায়ে সংজ্ঞায়িত পরিভাষা-শব্দ

পরিভাষায় সব 957 টি শব্দ দেখো