Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

11Séries entières

Les séries entières sont les séries de fonctions les mieux élevées des mathématiques : à l’intérieur de leur disque de convergence, elles convergent normalement sur les compacts, peuvent être dérivées et intégrées terme à terme sans la moindre hésitation, et leurs sommes — les fonctions analytiques — sont déterminées par leurs coefficients. Ce chapitre démontre tout ce paquet et reprend, honnêtement cette fois, chaque série de Taylor du volume de première année ; les fonctions génératrices le referment avec des dividendes algébriques.

11.1 Rayon de convergence

Lemme 11.1 (Abel)

Si la suite (anz0n)(a_n z_0^n) est bornée pour un certain z00z_0 \neq 0, alors anzn\sum a_n z^n converge absolument pour tout z<z0\abs z < \abs {z_0}, et normalement sur tout disque zr<z0\abs z \leq r < \abs{z_0}.

Démonstration. Avec anz0nM\abs{a_n z_0^n} \leq M et zr\abs z \leq r :

anzn=anz0nzz0nM(rz0) ⁣n,\abs{a_n z^n} = \abs{a_n z_0^n}\,\Bigl|\frac{z}{z_0}\Bigr|^n \leq M\Bigl(\frac{r}{\abs{z_0}}\Bigr)^{\!n},

une majoration géométrique convergente, uniforme sur le disque.

Définition 11.2 (Rayon de convergence)

Le rayon de convergence de anzn\sum a_n z^n est

R=sup{r0:(anrn) borneˊe}[0,+].R = \sup\{r \geq 0 : (a_n r^n) \text{ bornée}\} \in \intcc{0}{+\infty} .

D’après le Lemme 11.1 : convergence absolue pour z<R\abs z < R (normale sur les sous-disques compacts), divergence — avec des termes non bornés, même — pour z>R\abs z > R. Sur le cercle bord, tout peut arriver (Exercice 11.2). En pratique, RR se calcule par la règle de d’Alembert appliquée à anzn\abs{a_n}\abs z^n ou par comparaison.

Exemple 11.3 (Un rayon sans règle du quotient)

Quel est le rayon de sin(n)zn\sum \sin(n)\,z^n ? Le quotient sin(n+1)/sinn\abs{\sin(n+1)/\sin n} n’a pas de limite, mais la définition fonctionne directement. R1R \geq 1 : sinn1\abs{\sin n} \leq 1, donc (sinnrn)(\sin n\cdot r^n) est bornée pour tout r<1r < 1 — et même pour r=1r = 1. R1R \leq 1 : il suffit que sinn↛0\sin n \not\to 0. Supposons sinn0\sin n \to 0 ; la formule d’addition

sin(n+1)=sinncos1+cosnsin1\sin(n+1) = \sin n\cos 1 + \cos n\sin 1

forcerait cosn0\cos n \to 0 (résoudre en cosn\cos n : sin10\sin 1 \neq 0), en contradiction avec sin2n+cos2n=1\sin^2 n + \cos^2 n = 1. Ainsi les termes sin(n)1n\sin(n)\,1^n ne tendent pas vers 00 : la série diverge en z=1z = 1, et R1R \leq 1. Conclusion : R=1R = 1. Idée à retenir : le rayon est une affirmation sur le caractère borné de anrn\abs{a_n}r^n — aucune limite de quotients n’est jamais requise, et les arguments de bornitude règlent des cas que la règle du quotient ne peut pas toucher (comparer avec les coefficients oscillants de l’Exercice 11.1).

Proposition 11.4 (Opérations)

Soient anzn\sum a_nz^n, bnzn\sum b_nz^n de rayons Ra,RbR_a, R_b. Alors, pour z<min(Ra,Rb)\abs z < \min(R_a, R_b) :

(an+bn)zn=anzn+bnzn,(anzn)(bnzn)=cnzn,cn=k=0nakbnk,\sum (a_n + b_n)z^n = \sum a_nz^n + \sum b_nz^n, \qquad \Bigl(\sum a_nz^n\Bigr)\Bigl(\sum b_nz^n\Bigr) = \sum c_n z^n, \quad c_n = \sum_{k=0}^{n} a_kb_{n-k},

les deux séries ayant un rayon min(Ra,Rb)\geq \min(R_a, R_b). (Le produit est le produit de Cauchy, légitime par convergence absolue et d’après le Théorème 7.14.)

Démonstration. La formule de la somme est la linéarité des séries convergentes, et (an+bn)rn(a_n + b_n)r^n est bornée dès que anrna_nr^n et bnrnb_nr^n le sont : rayon min(Ra,Rb)\geq \min(R_a, R_b). Pour le produit, fixons z<min(Ra,Rb)\abs z < \min(R_a, R_b) : les deux séries convergent absolument là (Lemme 11.1), donc la famille doublement indexée (akzkblzl)k,l(a_kz^k\,b_lz^l)_{k,l} est sommable, et le Théorème 7.14 autorise tout regroupement. En regroupant par k+l=nk + l = n :

(kakzk)(lblzl)=n0(k+l=nakbl)zn=n0cnzn,\Bigl(\sum_k a_kz^k\Bigr)\Bigl(\sum_l b_lz^l\Bigr) = \sum_{n\geq0}\Bigl(\sum_{k+l=n}a_kb_l\Bigr)z^n = \sum_{n\geq0}c_nz^n ,

absolument convergente pour tout tel zz : la série produit a elle aussi un rayon min(Ra,Rb)\geq \min(R_a, R_b).

Exemple 11.5 (Un carré de Cauchy, vérifié par recoupement)

Élevons au carré la série géométrique : pour x<1\abs x < 1, le coefficient de xnx^n dans (xk)2\bigl(\sum x^k\bigr)^2 est cn=k+l=n11=n+1c_n = \sum_{k+l=n} 1\cdot1 = n + 1, donc

1(1x)2=n0(n+1)xn.\frac{1}{(1-x)^2} = \sum_{n\geq0}(n+1)\,x^n .

Recoupement par dérivation terme à terme (Théorème 11.7 ci-dessous) : dériver 11x=xn\frac{1}{1-x} = \sum x^n donne 1(1x)2=nxn1=(n+1)xn\frac{1}{(1-x)^2} = \sum nx^{n-1} = \sum(n+1)x^n — la même série par deux mécanismes sans rapport. Idée à retenir : quand une identité entre coefficients semble mystérieuse, l’un de ces deux moteurs (convolution ou dérivation) la produit d’ordinaire en une ligne ; la question du problème du week-end sur (2kk)(2n2knk)=4n\sum\binom{2k}k\binom{2n-2k}{n-k} = 4^n fait tourner le moteur de convolution à plein régime.

Exemple 11.6 (Multiplier par 11x\frac{1}{1-x} somme les coefficients)

Un produit de Cauchy contre la série géométrique a un sens mémorable : pour toute anxn\sum a_nx^n de rayon R>0R > 0 et x<min(R,1)\abs x < \min(R, 1),

11xn0anxn=n0(k=0nak)xn:\frac{1}{1-x}\sum_{n\geq0}a_nx^n = \sum_{n\geq0}\Bigl(\sum_{k=0}^{n}a_k\Bigr)x^n :

la multiplication par 11x\frac{1}{1-x} remplace les coefficients par leurs sommes partielles (convolution avec la suite constante égale à un). Exemple : ex1x=nsnxn\dfrac{\eu^x}{1-x} = \sum_n s_n x^n avec sn=kn1k!s_n = \sum_{k\leq n}\frac{1}{k!}, les sommes partielles de e\eu — comparer avec l’Exercice 11.11, où le même produit avec ex\eu^{-x} encode les nombres de dérangements. Idée à retenir : les opérations sur les séries entières sont des opérations déguisées sur les suites de coefficients (multiplier par 11x\frac1{1-x} : sommer ; multiplier par xx : décaler ; dériver : multiplier par nn et décaler) — un dictionnaire que le chapitre sur les fonctions génératrices lira couramment.

11.2 Régularité de la somme

Théorème 11.7 (Calcul terme à terme)

Soit f(x)=n0anxnf(x) = \sum_{n\geq0} a_n x^n de rayon R>0R > 0 (variable réelle x(R,R)x \in \intoo{-R}{R}).

  1. La série dérivée nanxn1\sum n\,a_n x^{n-1} a le même rayon RR, et ff est C1C^1 avec f(x)=n1nanxn1f'(x) = \sum_{n \geq 1} n a_n x^{n-1}. En itérant, ff est CC^\infty et

    an=f(n)(0)n!:a_n = \frac{f^{(n)}(0)}{n!} :

    les coefficients d’une série entière sont uniques (deux séries de même somme près de 00 ont les mêmes coefficients).

  2. Primitive terme à terme : ann+1xn+1\sum \frac{a_n}{n+1}x^{n+1} a pour rayon RR et pour dérivée ff.

Démonstration. Même rayon : si (anrn)(a_nr^n) est bornée et r<rr' < r, alors nanrn1=nranrn(rr)nn\abs{a_n} r'^{\,n-1} = \frac{n}{r'}\abs{a_nr^n} \bigl(\frac{r'}{r}\bigr)^n est bornée (et même 0\to 0 : la géométrique bat nn), donc RRR' \geq R ; réciproquement anxnxnanxn1\abs{a_n x^n} \leq \abs x \cdot n\abs{a_n}\abs x^{n-1} donne RRR \geq R'.

Dérivation : sur [r,r]\intcc{-r}{r}, r<Rr < R, la série dérivée converge normalement (nanrn1n\abs{a_n}r^{n-1} sommable par le calcul du rayon) ; l’originale converge en x=0x = 0 : le théorème de dérivation des séries (Théorème 10.11) s’applique sur chaque tel segment, donc sur (R,R)\intoo{-R}{R}. En itérant kk fois et en évaluant en 00 : explicitement, la kk-ième série dérivée est

f(k)(x)=nkn(n1)(nk+1)anxnk,f^{(k)}(x) = \sum_{n\geq k} n(n-1)\cdots(n-k+1)\,a_n\,x^{n-k},

et en x=0x = 0 chaque terme avec n>kn > k s’annule, ne laissant que le terme constant k(k1)1akk(k-1)\cdots1\cdot a_k : f(k)(0)=k!akf^{(k)}(0) = k!\,a_k. L’unicité des coefficients en découle : deux séries entières de même somme près de 00 ont les mêmes dérivées en 00, donc les mêmes aka_k. Primitives : même rayon par le même calcul, et on dérive terme à terme pour revenir.

Exemple 11.8 (Évaluer une série en un point)

Que vaut n1n22n\sum_{n\geq1}\dfrac{n^2}{2^n} ? C’est la somme n2xn\sum n^2x^n de l’Exercice 11.3 évaluée à l’intérieur du disque, en x=12<1=Rx = \frac12 < 1 = R, où chaque manipulation utilisée pour dériver la forme close était légitime :

n1n2xn=x(1+x)(1x)3n1n22n=1232(12)3=3/41/8=6.\sum_{n\geq1} n^2x^n = \frac{x(1+x)}{(1-x)^3} \quad\Longrightarrow\quad \sum_{n\geq1}\frac{n^2}{2^n} = \frac{\frac12\cdot\frac32}{(\frac12)^3} = \frac{3/4}{1/8} = 6 .

Même moteur, autres réglages : x=13x = \frac13 donne n23n=1343(2/3)3=32\sum\frac{n^2}{3^n} = \frac{\frac13\cdot\frac43}{(2/3)^3} = \frac32. Idée à retenir : une identité entre séries entières est une machine, pas une seule formule — une dérivation évalue chaque série numérique n2qn\sum n^2q^n d’un coup, pour tout q<1\abs q < 1 ; c’est ainsi que le chapitre sur les fonctions génératrices calculera espérances et variances en gros.

Exemple 11.9 (Les classiques, cette fois honnêtement)

11x=xn\displaystyle\frac{1}{1 - x} = \sum x^n (R=1R = 1) ; en intégrant terme à terme (Théorème 11.7 (2)) :

ln(1x)=n1xnn,arctanx=n0(1)nx2n+12n+1(x<1),-\ln(1 - x) = \sum_{n\geq1} \frac{x^n}{n}, \qquad \arctan x = \sum_{n \geq 0} \frac{(-1)^n x^{2n+1}}{2n+1} \quad (\abs x < 1),

la seconde en deux étapes : substituer x2-x^2 dans la série géométrique donne 11+x2=(1)nx2n\frac{1}{1+x^2} = \sum(-1)^nx^{2n} (rayon 11, puisque x2<1    x<1\abs{x^2} < 1 \iff \abs x < 1), puis prendre la primitive terme à terme s’annulant en 00 ; les deux membres sont des primitives de la même fonction avec la même valeur en 00, donc égaux sur (1,1)\intoo{-1}{1}. Et exp\exp : la série E(x)=xnn!E(x) = \sum \frac{x^n}{n!} (R=R = \infty) vérifie E=EE' = E, E(0)=1E(0) = 1 par dérivation terme à terme, donc E=expE = \exp par l’unicité de première année. Chaque « développement usuel » du volume de première année est désormais un théorème sur sa série entière complète.

Exemple 11.10 (Un logarithme calculé depuis l’intérieur du disque)

En évaluant ln(1x)=xnn-\ln(1-x) = \sum\frac{x^n}{n} au point intérieur x=12x = \frac12 :

n11n2n=ln2,\sum_{n\geq1}\frac{1}{n\,2^n} = \ln 2 ,

une représentation de ln2\ln 2 à convergence rapide (dix termes donnent déjà 0,693060{,}69306\ldots contre ln2=0,69314\ln 2 = 0{,}69314\ldots), bien meilleure que la série alternée 112+131 - \frac12 + \frac13 - \dots disponible seulement au bord. Idée à retenir : chaque fois qu’une constante est atteignable à la fois sur le bord et strictement à l’intérieur du disque, l’intérieur l’emporte numériquement — décroissance géométrique contre décroissance harmonique.

Exemple 11.11 (La dérivation préserve le rayon, pas le bord)

La série n1xnn2\sum_{n\geq1}\frac{x^n}{n^2} a pour rayon 11 et converge aux deux extrémités (1n2\sum\frac1{n^2} et son jumeau alterné). Sa série dérivée,

n1xn1n,\sum_{n\geq1}\frac{x^{n-1}}{n} ,

a le même rayon 11 — comme le Théorème 11.7 le garantit — mais diverge désormais en x=1x = 1 (série harmonique) tout en convergeant encore en x=1x = -1 (alternée). Une dérivation de plus donne n2n1nxn2\sum_{n\geq2}\frac{n-1}{n}x^{n-2}, divergente aux deux extrémités (les termes ne tendent pas vers 00). Idée à retenir : chaque dérivation multiplie les coefficients par nn, ce qui ne déplace jamais le rayon (la géométrique bat le polynôme) mais mange un ordre de décroissance au bord ; le calcul terme à terme est un sport d’intérieur, et ce qui se passe sur le bord doit être réexaminé — la théorie d’Abel–Tauber du problème du week-end est exactement ce réexamen.

Exemple 11.12 (Découper une série par résidus — mené jusqu’au bout)

Calculer f(x)=n0x4n(4n)!f(x) = \sum_{n\geq0} \dfrac{x^{4n}}{(4n)!} sous forme close. coshx=x2m(2m)!\cosh x = \sum \frac{x^{2m}}{(2m)!} et cosx=(1)mx2m(2m)!\cos x = \sum \frac{(-1)^m x^{2m}}{(2m)!} ont tous deux un rayon \infty, donc leur moyenne peut se calculer terme à terme :

coshx+cosx2=m01+(1)m2x2m(2m)!=m pairx2m(2m)!=n0x4n(4n)!=f(x).\frac{\cosh x + \cos x}{2} = \sum_{m\geq0}\frac{1 + (-1)^m}{2}\,\frac{x^{2m}}{(2m)!} = \sum_{m \text{ pair}}\frac{x^{2m}}{(2m)!} = \sum_{n\geq0}\frac{x^{4n}}{(4n)!} = f(x) .

Le filtre 1+(1)m2\frac{1+(-1)^m}{2} garde exactement les mm pairs : c’est l’avatar réel du filtre par racines de l’unité (la version complexe, avec in\iu^n, extrait les résidus modulo 44 d’un seul coup). Vérification finale : ff résout f=ff'''' = f avec f(0)=1f(0) = 1, f(0)=f(0)=f(0)=0f'(0) = f''(0) = f'''(0) = 0 — dériver la série quatre fois (Théorème 11.7) et la regarder se reproduire ; cosh+cos2\frac{\cosh + \cos}{2} vérifie les mêmes données.

Définition 11.13 (Fonctions analytiques)

ff est analytique en x0x_0 quand elle est la somme d’une série entière en (xx0)(x - x_0) sur un voisinage ; sur un intervalle, quand elle l’est en tout point. Les sommes de séries entières sont analytiques à l’intérieur de leur disque (réarrangement du développement — admis à ce niveau pour le recentrage, le cas x0=0x_0 = 0 étant le Théorème 11.7). Analytique implique CC^\infty ; la réciproque est fausse : la fonction plate e1/x2\eu^{-1/x^2} (Exercice 11.7).

Exemple 11.14 (Recentrer, et le rayon comme distance)

Développons f(x)=11xf(x) = \frac{1}{1-x} autour de x0=12x_0 = \frac12 : en posant x=12+hx = \frac12 + h,

11x=112h=212h=n02n+1hn=n02n+1(x12) ⁣n,\frac{1}{1 - x} = \frac{1}{\frac12 - h} = \frac{2}{1 - 2h} = \sum_{n\geq0} 2^{n+1}\,h^n = \sum_{n\geq0} 2^{n+1}\Bigl(x - \frac12\Bigr)^{\!n},

valable pour 2h<1\abs{2h} < 1, c’est-à-dire x12<12\abs{x - \frac12} < \frac12. Le nouveau rayon est exactement la distance du nouveau centre à la singularité x=1x = 1 : recentrer rétrécit (ou agrandit) le disque pour l’ajuster à l’obstruction la plus proche. Idée à retenir : voilà l’image derrière la définition de l’analyticité — une seule fonction, plusieurs séries entières locales, chacune vivant sur le plus grand disque évitant l’ennui ; le volume de troisième année transforme l’heuristique « rayon == distance à la singularité complexe la plus proche » en théorème.

Remarque 11.15 (Pièges courants)

(i) La règle du quotient est suffisante, pas nécessaire : lorsque an+1/an\abs{a_{n+1}/a_n} n’a pas de limite (Exemple 11.3, Exercice 11.1), revenir à la définition : R=sup{r:(anrn)R = \sup\{r : (a_nr^n) bornée}\}. (ii) Rien ne franchit le bord gratuitement : la dérivation et l’intégration terme à terme sont des théorèmes à l’intérieur du disque ouvert ; en x=R\abs x = R chaque série doit être réexaminée (c’est tout le sujet du problème du week-end). (iii) Rayon d’une somme : min(Ra,Rb)\min(R_a, R_b) n’est qu’une minoration — des compensations peuvent l’agrandir (an=1a_n = 1, bn=1b_n = -1 : somme identiquement 00, rayon \infty). (iv) CC^\infty n’est pas analytique : une série de Taylor convergente peut converger vers la mauvaise fonction (Exercice 11.7) ; avant d’écrire f(x)=f(n)(0)n!xnf(x) = \sum \frac{f^{(n)}(0)}{n!}x^n, le prouver — via une équation différentielle (Méthode 11.17), une majoration du reste, ou une formule intégrale.

Remarque 11.16 (Où cela sert)

Les séries entières sont le cheval de bataille de trois chapitres ultérieurs : le chapitre sur les équations différentielles résout les équations différentielles linéaires en injectant anxn\sum a_nx^n (l’encadré méthode ci-dessous, industrialisé) ; le chapitre sur les fonctions génératrices convertit des identités sur des probabilités en identités sur des séries entières et réciproquement ; et le volume de troisième année officialise la variable complexe, où l’analyticité devient équivalente à la dérivabilité complexe et où le « recentrage admis » ci-dessus reçoit sa preuve honnête. Le problème du week-end explore le seul endroit où les théorèmes de ce chapitre restent muets : le bord x=R\abs x = R lui-même.

Méthode 11.17 (Développer via une équation différentielle)

Pour développer une fonction ff en série entière : trouver une équation différentielle linéaire à coefficients polynomiaux vérifiée par ff ; injecter anxn\sum a_nx^n ; identifier les coefficients pour obtenir une récurrence sur (an)(a_n) ; résoudre, et vérifier rayon et conditions initiales. Exemple — la série du binôme : f(x)=(1+x)αf(x) = (1+x)^\alpha vérifie (1+x)f=αf(1+x)f' = \alpha f, f(0)=1f(0) = 1 ; l’injection donne (n+1)an+1=(αn)an(n+1)a_{n+1} = (\alpha - n)a_n, donc an=(αn)a_n = \binom{\alpha}{n}, rayon 11 (règle du quotient), et la somme, vérifiant la même équation différentielle avec la même valeur initiale, égale (1+x)α(1 + x)^\alpha par le théorème d’unicité des équations différentielles linéaires (volume de première année).

Exemple 11.18 (La méthode sur une équation avec second membre)

Résoudre y=y+xy' = y + x, y(0)=0y(0) = 0, par séries entières. En injectant y=anxny = \sum a_nx^n :

n0(n+1)an+1xn=n0anxn+x,\sum_{n\geq0}(n+1)a_{n+1}x^n = \sum_{n\geq0}a_nx^n + x ,

et en identifiant les coefficients : a1=a0=0a_1 = a_0 = 0, 2a2=a1+1=12a_2 = a_1 + 1 = 1, et (n+1)an+1=an(n+1)a_{n+1} = a_n pour n2n \geq 2. Donc a2=12!a_2 = \frac{1}{2!} et, par récurrence, an=1n!a_n = \frac{1}{n!} pour tout n2n \geq 2 : rayon \infty, et

y(x)=n2xnn!=ex1x.y(x) = \sum_{n\geq2}\frac{x^n}{n!} = \eu^x - 1 - x .

Vérification : y=ex1=y+xy' = \eu^x - 1 = y + x et y(0)=0y(0) = 0. Idée à retenir : la récurrence est l’équation, coefficient par coefficient ; le second membre ne perturbe qu’un nombre fini de coefficients initiaux, après quoi le schéma homogène prend le relais — une ombre discrète de « solution particulière plus solution homogène ».

11.3 Fonctions génératrices

Exemple 11.19 (Fibonacci)

Soit F(x)=n0FnxnF(x) = \sum_{n\geq0} F_n x^n (nombres de Fibonacci, F0=0F_0 = 0, F1=1F_1 = 1). La récurrence Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2} = F_{n+1} + F_n se traduit, en multipliant par xn+2x^{n+2} et en sommant, par

F(x)x=xF(x)+x2F(x)F(x)=x1xx2,F(x) - x = x\,F(x) + x^2 F(x) \quad\Longrightarrow\quad F(x) = \frac{x}{1 - x - x^2} ,

valable là où la série converge. Le rayon est 1φ\frac{1}{\varphi} : à partir de Fnφn5F_n \sim \frac{\varphi^n}{\sqrt5} (Binet, exemple suivant — ou la récurrence grossière Fn2nF_n \leq 2^n jointe à la relation de récurrence), la règle du quotient donne

Fn+1xn+1Fnxnφx,convergence ssi x<1φ0,618.\frac{F_{n+1}\abs x^{n+1}}{F_n\abs x^n} \longrightarrow \varphi\abs x , \qquad\text{convergence ssi } \abs x < \frac1\varphi \approx 0{,}618 .

La décomposition en éléments simples de x1xx2\frac{x}{1 - x - x^2} et la série géométrique redonnent la formule de Binet — les fonctions génératrices industrialisent les récurrences linéaires.

Exemple 11.20 (La formule de Binet, menée à bien)

Soient φ=1+52\varphi = \frac{1+\sqrt5}{2} et ψ=152\psi = \frac{1-\sqrt5}{2}, les racines de X2=X+1X^2 = X + 1 ; comme φ+ψ=1\varphi + \psi = 1 et φψ=1\varphi\psi = -1,

1xx2=(1φx)(1ψx).1 - x - x^2 = (1 - \varphi x)(1 - \psi x) .

Éléments simples : en cherchant x(1φx)(1ψx)=A1φx+B1ψx\frac{x}{(1-\varphi x)(1-\psi x)} = \frac{A}{1 - \varphi x} + \frac{B}{1 - \psi x}, le terme constant donne A+B=0A + B = 0 et le coefficient de xx donne AψBφ=1-A\psi - B\varphi = 1, donc A(φψ)=1A(\varphi - \psi) = 1 : A=15=BA = \frac{1}{\sqrt5} = -B. Deux séries géométriques plus tard,

F(x)=15n0(φnψn)xnFn=φnψn5F(x) = \frac{1}{\sqrt5}\sum_{n\geq0} \bigl(\varphi^n - \psi^n\bigr)x^n \quad\Longrightarrow\quad F_n = \frac{\varphi^n - \psi^n}{\sqrt5}

par unicité des coefficients (Théorème 11.7). Comme ψ<1\abs\psi < 1, le terme ψn5\frac{\psi^n}{\sqrt5} a une valeur absolue <12< \frac12 : FnF_n est l’entier le plus proche de φn5\frac{\varphi^n}{\sqrt5}. Idée à retenir : le rayon 1φ\frac1\varphi de FF est l’inverse de la racine dominante — croissance des coefficients et rayon de convergence sont la même information lue en sens opposés.

Exemple 11.21 (Nombres de Catalan)

Les nombres de Catalan CnC_n (nombre de triangulations, de parenthésages, de chemins de Dyck, …) vérifient C0=1C_0 = 1 et Cn+1=k=0nCkCnkC_{n+1} = \sum_{k=0}^n C_kC_{n-k}. La fonction génératrice C(x)=CnxnC(x) = \sum C_nx^n vérifie alors (produit de Cauchy !)

C(x)=1+xC(x)2C(x)=114x2x,C(x) = 1 + x\,C(x)^2 \quad\Longrightarrow\quad C(x) = \frac{1 - \sqrt{1 - 4x}}{2x} ,

en choisissant la racine avec C(0)=1C(0) = 1 : résoudre l’équation du second degré xC2C+1=0xC^2 - C + 1 = 0 donne les deux candidats 1±14x2x\frac{1 \pm \sqrt{1-4x}}{2x}, et quand x0x \to 0 la racine « ++ » explose comme 1x\frac1x tandis que la racine « - » tend vers 11 (développer 14x=12x+O(x2)\sqrt{1-4x} = 1 - 2x + O(x^2)) — seul le signe moins peut porter une série entière avec C0=1C_0 = 1. Développer 14x\sqrt{1 - 4x} par la série du binôme donne la forme close

Cn=1n+1(2nn),C_n = \frac{1}{n+1}\binom{2n}{n} ,

menée à bien dans l’Exercice 11.8.

Remarque 11.22 (Séries formelles contre séries convergentes)

Chaque calcul par fonction génératrice ci-dessus se termine en invoquant l’unicité des coefficients, et ce théorème vit à l’intérieur d’un disque de rayon strictement positif : avant de « lire » FnF_n ou CnC_n, il faut savoir R>0R > 0. Une majoration a priori grossière suffit — Fn2nF_n \leq 2^n (récurrence immédiate) donne R12R \geq \frac12 pour Fibonacci ; Cn4nC_n \leq 4^n (chaque nombre de Catalan compte des ensembles de chemins) donne R14R \geq \frac14. Attention au bout dégénéré de l’échelle : n!xn\sum n!\,x^n a un rayon 00, et le manipuler comme une fonction n’a aucun sens — les identités faisant intervenir de telles séries relèvent du calcul formel des coefficients, un jeu purement algébrique avec ses propres règles (différentes). À ce niveau : toujours s’assurer d’un rayon strictement positif d’abord, puis calculer librement à l’intérieur.

Remarque 11.23 (Perspectives au sein de ce volume)

Les séries entières sont l’une des deux grandes machines de développement du livre ; l’autre est la série de Fourier des chapitres harmoniques, et les comparer est instructif. Une série entière est rigide : ses coefficients sont forcés (an=f(n)(0)/n!a_n = f^{(n)}(0)/n!), sa convergence est impitoyable (normale à l’intérieur, sans espoir à l’extérieur), et sa somme est analytique — infiniment rigide (Définition 11.13). Une série de Fourier est souple : elle représente de simples signaux continûment lisses par morceaux, au prix de délicates questions de convergence au bord de la régularité. Les deux théories se rencontrent dans le problème du week-end de ce chapitre : les sommations de Cesàro et d’Abel, développées ici pour le cercle bord, reviennent dans le chapitre de Fourier comme noyaux de Fejér et de Poisson. Pendant ce temps, le chapitre sur les équations différentielles consomme directement les séries entières (etA\eu^{tA}, solutions en série), et le chapitre sur les fonctions génératrices transforme l’astuce de l’Exemple 11.19 en un calcul systématique pour les probabilités.

11.4 Exercices

Exercice 11.1

Rayons de convergence : n22nzn\sum \dfrac{n^2}{2^n}z^n ;   zn(2nn)\;\sum \dfrac{z^n}{\binom{2n}{n}} ;   zn!\;\sum z^{n!} ;   (2+(1)n)nzn\;\sum \bigl(2 + (-1)^n\bigr)^n z^n.

Solution

Solution de Exercice 11.1.

n22nzn\sum \frac{n^2}{2^n}z^n : quotient (n+1)22n+12nn212\frac{(n+1)^2}{2^{n+1}}\cdot \frac{2^n}{n^2} \to \frac12 : R=2R = 2.

zn(2nn)\sum \frac{z^n}{\binom{2n}{n}} : (2nn)4nπn\binom{2n}{n} \sim \frac{4^n}{\sqrt{\pi n}} (Exemple 6.14), donc an14n\abs{a_n}^{-1} \approx 4^n à des facteurs polynomiaux près : R=4R = 4 (règle du quotient : (2nn)(2n+2n+1)=(n+1)2(2n+1)(2n+2)14\frac{\binom{2n}{n}}{\binom{2n+2}{n+1}} = \frac{(n+1)^2}{(2n+1)(2n+2)} \to \frac14).

zn!\sum z^{n!} : coefficients ak=1a_k = 1 si k=n!k = n!, sinon 00. Pour z<1\abs z < 1, zn!\sum \abs z^{n!} converge (dominée par une géométrique) ; pour z1\abs z \geq 1 les termes ne tendent pas vers 00 : R=1R = 1.

(2+(1)n)nzn\sum (2 + (-1)^n)^n z^n : coefficients 3n3^n (nn pair) et 11 (nn impair). La bornitude de anrna_nr^n requiert 3r13r \leq 1 ; et r<13r < \frac13 convient : R=13R = \frac13.

Exercice 11.2

Montrer que zn\sum z^n, znn\sum \frac{z^n}{n}, znn2\sum \frac{z^n}{n^2} ont toutes pour rayon 11 mais se comportent différemment en z=1z = 1 et z=1z = -1 : divergence/divergence, divergence/convergence, convergence/convergence.

Solution

Solution de Exercice 11.2.

Les trois ont pour rayon 11 (règle du quotient). En z=1z = 1 : 1\sum 1 diverge ; 1n\sum\frac1n diverge ; 1n2\sum\frac{1}{n^2} converge. En z=1z = -1 : (1)n\sum(-1)^n diverge ; (1)nn\sum\frac{(-1)^n}{n} converge (alternée) ; (1)nn2\sum\frac{(-1)^n}{n^2} converge (absolument). Le comportement au bord est invisible au rayon.

Exercice 11.3

Calculer les sommes, pour x<1\abs x < 1 :

n0nxn,n0n2xn,n0x2n+12n+1.\sum_{n\geq0} n x^n, \qquad \sum_{n\geq0} n^2 x^n, \qquad \sum_{n\geq0} \frac{x^{2n+1}}{2n+1} .
Solution

Solution de Exercice 11.3.

À partir de 11x=xn\frac{1}{1-x} = \sum x^n, dériver et multiplier par xx (Théorème 11.7) :

nxn=x(1x)2.\sum n x^n = \frac{x}{(1-x)^2} .

Dériver encore une fois, multiplier de nouveau par xx :

n2xn=x ⁣d ⁣dx(x(1x)2)=x(1+x)(1x)3.\sum n^2 x^n = x\,\frac{\dd}{\dd x}\Bigl(\frac{x}{(1-x)^2}\Bigr) = \frac{x(1 + x)}{(1-x)^3} .

Troisième somme : c’est la partie impaire de ln(1x)-\ln(1 - x) :

n0x2n+12n+1=ln(1x)+ln(1+x)2=12ln1+x1x=artanhx.\sum_{n\geq0} \frac{x^{2n+1}}{2n+1} = \frac{-\ln(1-x) + \ln(1+x)}{2} = \frac12 \ln\frac{1+x}{1-x} = \operatorname{artanh} x .

Exercice 11.4 ★★

Développer en série entière en 00, avec le rayon : 1(1x)(2x)\dfrac{1}{(1-x)(2-x)} (éléments simples) ;   ln(1+x+x2)\;\ln(1 + x + x^2) (écrire 1+x+x2=1x31x1 + x + x^2 = \frac{1 - x^3}{1 - x}).

Solution

Solution de Exercice 11.4.

Éléments simples : 1(1x)(2x)=11x12x=xn12(x2)n\frac{1}{(1-x)(2-x)} = \frac{1}{1-x} - \frac{1}{2 - x} = \sum x^n - \frac12\sum \bigl(\frac x2\bigr)^n :

1(1x)(2x)=n0(112n+1)xn,R=1.\frac{1}{(1-x)(2-x)} = \sum_{n\geq0} \Bigl(1 - \frac{1}{2^{n+1}}\Bigr)x^n, \qquad R = 1 .

ln(1+x+x2)=ln1x31x=ln(1x3)ln(1x)=n1xnnm1x3mm\ln(1 + x + x^2) = \ln\frac{1 - x^3}{1 - x} = \ln(1 - x^3) - \ln(1 - x) = \sum_{n\geq1}\frac{x^n}{n} - \sum_{m\geq1}\frac{x^{3m}}{m} : le coefficient de xnx^n est 1n\frac1n si 3n3 \nmid n, et 1n3n=2n\frac1n - \frac{3}{n} = -\frac2n si 3n3 \mid n. Rayon 11 (l’obstruction la plus proche : la série de ln(1x3)\ln(1-x^3)).

Exercice 11.5 ★★

Démontrer que f(x)=n1Hnxn=ln(1x)1xf(x) = \sum_{n\geq1} H_n x^n = -\dfrac{\ln(1 - x)}{1 - x} pour x<1\abs x < 1, où HnH_n est le nombre harmonique (produit de Cauchy de xn\sum x^n et xnn\sum \frac{x^n}{n}).

Solution

Solution de Exercice 11.5.

Produit de Cauchy de m0xm\sum_{m \geq 0} x^m (coefficients 11) et k1xkk\sum_{k\geq1} \frac{x^k}{k} (coefficients 1k\frac1k, k1k \geq 1), tous deux absolument convergents pour x<1\abs x < 1 : le coefficient de xnx^n dans le produit est k=1n1k1=Hn\sum_{k=1}^{n} \frac1k \cdot 1 = H_n. D’où

(xm)(xkk)=11x(ln(1x))=n1Hnxn.\Bigl(\sum x^m\Bigr)\Bigl(\sum \frac{x^k}{k}\Bigr) = \frac{1}{1-x}\cdot\bigl(-\ln(1-x)\bigr) = \sum_{n\geq1} H_n x^n .

Exercice 11.6 ★★

Résoudre par fonction génératrice la récurrence u0=1u_0 = 1, un+1=2un+nu_{n+1} = 2u_n + n : calculer U(x)=unxnU(x) = \sum u_nx^n sous forme close, décomposer, et lire un=2n+1n1u_n = 2^{n+1} - n - 1.

Solution

Solution de Exercice 11.6.

Multiplier la récurrence par xn+1x^{n+1} et sommer (x<12\abs x < \frac12) :

U(x)1=2xU(x)+n0nxn+1=2xU(x)+x2(1x)2,U(x) - 1 = 2x\,U(x) + \sum_{n\geq0} n\,x^{n+1} = 2x\,U(x) + \frac{x^2}{(1-x)^2} ,

en utilisant l’Exercice 11.3. D’où

U(x)=112x(1+x2(1x)2)=12x+2x2(12x)(1x)2.U(x) = \frac{1}{1 - 2x}\Bigl(1 + \frac{x^2}{(1-x)^2}\Bigr) = \frac{1 - 2x + 2x^2}{(1-2x)(1-x)^2} .

Éléments simples (par couverture en x=12x = \frac12, coefficient 22 ; au pôle double x=1x = 1, coefficient 1-1 ; le coefficient du milieu s’annule en évaluant en x=0x = 0) :

U(x)=212x1(1x)2.U(x) = \frac{2}{1-2x} - \frac{1}{(1 - x)^2} .

En développant les deux :

un=22n(n+1)=2n+1n1.u_n = 2\cdot 2^n - (n + 1) = 2^{n+1} - n - 1 .

(Vérification : u0=1u_0 = 1, u1=2u0+0=2=42u_1 = 2u_0 + 0 = 2 = 4 - 2.)

Exercice 11.7 ★★

Soit f(x)=e1/x2f(x) = \eu^{-1/x^2} pour x0x \neq 0, f(0)=0f(0) = 0. Démontrer que ff est CC^\infty sur R\R avec f(n)(0)=0f^{(n)}(0) = 0 pour tout nn (montrer par récurrence que f(n)(x)=Pn(1x)e1/x2f^{(n)}(x) = P_n\bigl(\frac1x\bigr) \eu^{-1/x^2} pour des polynômes PnP_n, et utiliser la comparaison de croissances). En conclure que ff n’est pas analytique en 00 : sa série de Taylor en 00 converge — vers la mauvaise fonction.

Solution

Solution de Exercice 11.7.

Récurrence : f(x)=2x3e1/x2f'(x) = \frac{2}{x^3}\eu^{-1/x^2}, et si f(n)(x)=Pn(1x)e1/x2f^{(n)}(x) = P_n(\tfrac1x)\eu^{-1/x^2} alors

f(n+1)(x)=(1x2Pn(1x)+2x3Pn(1x))e1/x2:f^{(n+1)}(x) = \Bigl(-\frac{1}{x^2}\,P_n'\Bigl(\frac1x\Bigr) + \frac{2}{x^3}\,P_n\Bigl(\frac1x\Bigr)\Bigr)\eu^{-1/x^2} :

de nouveau de la forme annoncée. En 00 : les taux d’accroissement f(n)(h)h=1hPn(1h)e1/h20\frac{f^{(n)}(h)}{h} = \frac1h P_n(\frac1h)\eu^{-1/h^2} \to 0 quand h0h \to 0, puisque Q(u)eu20Q(u)\,\eu^{-u^2} \to 0 quand u±u \to \pm\infty pour tout polynôme QQ (l’exponentielle bat les puissances) : par récurrence tous les f(n)(0)f^{(n)}(0) existent et sont nuls, et chaque f(n)f^{(n)} est continue en 00 par la même limite. Ainsi fCf \in C^\infty avec série de Taylor nulle en 00 ; la série de Taylor a pour somme 0f0 \neq f : non analytique en 00.

Exercice 11.8 ★★★

Compléter l’Exemple 11.21 : développer 14x\sqrt{1 - 4x} par la série du binôme, en montrant

(1/2n+1)(4)n+1=2n+1(2nn),\binom{1/2}{n+1}(-4)^{n+1} = -\frac{2}{n+1}\binom{2n}{n},

et en déduire Cn=1n+1(2nn)C_n = \frac{1}{n+1}\binom{2n}{n} ; déterminer le rayon de convergence de C(x)C(x) et l’asymptotique de CnC_n via Stirling.

Solution

Solution de Exercice 11.8.

Série du binôme : 14x=k0(1/2k)(4x)k\sqrt{1-4x} = \sum_{k\geq0} \binom{1/2}{k}(-4x)^k. Pour k=n+11k = n + 1 \geq 1 :

(1/2n+1)(4)n+1=12(121)(12n)(n+1)!(4)n+1=(1)n13(2n1)2n+1(n+1)!(4)n+1=2n+1(2n)!n!n!,\begin{align*} \binom{1/2}{n+1}(-4)^{n+1} &= \frac{\frac12\bigl(\frac12 - 1\bigr)\cdots\bigl(\frac12 - n\bigr)}{(n+1)!}\,(-4)^{n+1}\\ &= \frac{(-1)^n\,1\cdot3\cdots(2n-1)}{2^{n+1}(n+1)!}\,(-4)^{n+1} = -\frac{2}{n+1}\cdot\frac{(2n)!}{n!\,n!} , \end{align*}

en utilisant 13(2n1)=(2n)!2nn!1\cdot3\cdots(2n-1) = \frac{(2n)!}{2^n n!}. D’où

C(x)=114x2x=12xn02n+1(2nn)xn+1=n01n+1(2nn)xn:C(x) = \frac{1 - \sqrt{1-4x}}{2x} = \frac{1}{2x}\sum_{n\geq0}\frac{2}{n+1}\binom{2n}{n}x^{n+1} = \sum_{n\geq0} \frac{1}{n+1}\binom{2n}{n}\,x^n :

Cn=1n+1(2nn)C_n = \frac{1}{n+1}\binom{2n}{n}. Rayon : 14\frac14 (la série du binôme en 4x4x). Asymptotique via la Exemple 6.14 :

Cn4nπ  n3/2.C_n \sim \frac{4^n}{\sqrt{\pi}\; n^{3/2}} .

Exercice 11.9 ★★★

(Théorème de la limite radiale d’Abel, cas particulier) Supposons que an\sum a_n converge. Démontrer que limx1nanxn=nan\lim_{x \to 1^-} \sum_{n} a_n x^n = \sum_n a_n. (Transformation d’Abel : avec AnA_n les sommes partielles et A=limAnA = \lim A_n, écrire anxn=(1x)Anxn\sum a_nx^n = (1 - x)\sum A_n x^n ; puis anxnA=(1x)(AnA)xn\sum a_nx^n - A = (1-x)\sum (A_n - A)x^n, couper la somme à un grand NN.) Application : (1)n1n=ln2\sum \frac{(-1)^{n-1}}{n} = \ln 2 et (1)n2n+1=π4\sum \frac{(-1)^n}{2n+1} = \frac\pi4, redémontrées à partir de la série entière.

Solution

Solution de Exercice 11.9.

Avec An=knakAA_n = \sum_{k \leq n} a_k \to A : la transformation d’Abel donne, pour 0x<10 \leq x < 1,

n=0anxn=(1x)n=0Anxn\sum_{n=0}^{\infty} a_n x^n = (1 - x)\sum_{n=0}^{\infty} A_n x^n

(les deux membres convergent : (An)(A_n) est bornée ; et l’identité découle de an=AnAn1a_n = A_n - A_{n-1} et d’un réindexage). Comme (1x)xn=1(1 - x)\sum x^n = 1 :

nanxnA=(1x)n(AnA)xn.\sum_n a_nx^n - A = (1-x)\sum_{n} (A_n - A)x^n .

Étant donné ε\varepsilon, choisir NN avec AnAε\abs{A_n - A} \leq \varepsilon pour n>Nn > N ; alors

anxnA(1x)nNAnA+ε(1x)n>Nxn(1x)CN+ε,\Bigl|\sum a_nx^n - A\Bigr| \leq (1-x)\sum_{n \leq N}\abs{A_n - A} + \varepsilon(1 - x)\sum_{n > N}x^n \leq (1-x)\,C_N + \varepsilon ,

et en faisant x1x \to 1^- : limite supérieure ε\leq \varepsilon pour tout ε\varepsilon. D’où la limite radiale AA.

Applications : (1)n1n\sum \frac{(-1)^{n-1}}{n} converge (alternée), et pour x<1x < 1 sa série entière a pour somme ln(1+x)\ln(1 + x) : par Abel, la somme est ln2\ln 2. De même (1)n2n+1x2n+1=arctanx\sum\frac{(-1)^n}{2n+1}x^{2n+1} = \arctan x donne π4\frac\pi4 en x=1x = 1 — les preuves intégrales de première année, désormais structurelles.

Exercice 11.10

Montrer que n1xnn(n+1)=1+1xxln(1x)\displaystyle\sum_{n\geq1}\frac{x^n}{n(n+1)} = 1 + \frac{1-x}{x}\,\ln(1-x) pour 0<x<10 < \abs x < 1, déterminer le rayon, et vérifier que la convergence est normale sur [1,1]\intcc{-1}{1} ; vérifier que la valeur en x=1x = 1 prédite par la continuité concorde avec la somme télescopique 1n(n+1)=1\sum \frac{1}{n(n+1)} = 1.

Solution

Solution de Exercice 11.10.

xnn\sum\frac{x^n}{n} et xnn+1\sum\frac{x^n}{n+1} ont toutes deux pour rayon 11, et 1n(n+1)=1n1n+1\frac{1}{n(n+1)} = \frac1n - \frac1{n+1}, donc pour 0<x<10 < \abs x < 1 :

n1xnn(n+1)=ln(1x)1xn1xn+1n+1=ln(1x)ln(1x)xx=1+1xxln(1x).\sum_{n\geq1}\frac{x^n}{n(n+1)} = -\ln(1-x) - \frac1x\sum_{n\geq1}\frac{x^{n+1}}{n+1} = -\ln(1-x) - \frac{-\ln(1-x) - x}{x} = 1 + \frac{1-x}{x}\ln(1-x) .

Rayon 11 ; et xn/(n(n+1)),[1,1]=1n(n+1)\norm{x^n/(n(n+1))}_{\infty,\intcc{-1}1} = \frac{1}{n(n+1)} est sommable : convergence normale sur [1,1]\intcc{-1}{1}, donc la somme y est continue. Quand x1x \to 1^-, (1x)ln(1x)0(1-x)\ln(1-x) \to 0 et la forme close tend vers 11 — en accord avec la valeur télescopique 1n(n+1)=limN(11N+1)=1\sum\frac{1}{n(n+1)} = \lim_N\bigl(1 - \frac{1}{N+1}\bigr) = 1 en x=1x = 1.

Exercice 11.11 ★★

(Dérangements) Soit DnD_n le nombre de permutations de nn objets sans point fixe (D0=1D_0 = 1). En triant les permutations de {1,,n}\{1, \dots, n\} par leur ensemble de points fixes, on obtient n!=k=0n(nk)Dnkn! = \sum_{k=0}^{n}\binom nk D_{n-k}. Multiplier par xnn!\frac{x^n}{n!}, sommer, et reconnaître un produit de Cauchy pour obtenir la fonction génératrice exponentielle

n0Dnxnn!=ex1x(x<1),\sum_{n\geq0} D_n\,\frac{x^n}{n!} = \frac{\eu^{-x}}{1-x} \qquad (\abs x < 1),

puis lire la forme close Dnn!=k=0n(1)kk!\dfrac{D_n}{n!} = \sum_{k=0}^{n}\dfrac{(-1)^k}{k!} et la limite Dnn!e1\dfrac{D_n}{n!} \to \eu^{-1}.

Solution

Solution de Exercice 11.11.

En triant les n!n! permutations par leur ensemble de points fixes : choisir les kk points fixes ((nk)\binom nk façons) et déranger les autres nkn - k objets donne n!=k=0n(nk)Dnkn! = \sum_{k=0}^n\binom nk D_{n-k}. En divisant par n!n! :

1=k=0n1k!Dnk(nk)!,1 = \sum_{k=0}^{n}\frac{1}{k!}\cdot\frac{D_{n-k}}{(n-k)!} ,

ce qui dit exactement que le produit de Cauchy de ex=xkk!\eu^x = \sum\frac{x^k}{k!} et D(x)=Dnxnn!D(x) = \sum D_n\frac{x^n}{n!} est xn=11x\sum x^n = \frac{1}{1-x}. Les deux facteurs convergent absolument pour x<1\abs x < 1 (Dnn!D_n \leq n!, donc DD est dominée par la série géométrique) : l’identité du produit est légitime (Proposition 11.4), et

D(x)=ex1x.D(x) = \frac{\eu^{-x}}{1-x} .

Produit de Cauchy de ex=(1)kxkk!\eu^{-x} = \sum\frac{(-1)^kx^k}{k!} et xm\sum x^m : le coefficient de xnx^n est k=0n(1)kk!\sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^k}{k!}, et par unicité des coefficients d’une série entière (Théorème 11.7) :

Dnn!=k=0n(1)kk!ne1:\frac{D_n}{n!} = \sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^k}{k!} \xrightarrow[n\to\infty]{} \eu^{-1} :

environ 37%37\% de toutes les permutations sont des dérangements, quel que soit nn.

Exercice 11.12 ★★★

Démontrer, avec la série du binôme de la Méthode 11.17, que

114x=n0(2nn)xn(x<14),\frac{1}{\sqrt{1 - 4x}} = \sum_{n\geq0}\binom{2n}{n}x^n \qquad \Bigl(\abs x < \frac14\Bigr),

et en déduire, par élévation au carré (produit de Cauchy contre 114x=4nxn\frac{1}{1-4x} = \sum 4^nx^n), l’identité de convolution

k=0n(2kk)(2n2knk)=4n.\sum_{k=0}^{n}\binom{2k}{k}\binom{2n-2k}{n-k} = 4^n .
Solution

Solution de Exercice 11.12.

Série du binôme avec α=12\alpha = -\frac12 en 4x-4x :

(1/2n)(4)n=(12)(32)(2n12)n!(4)n=13(2n1)2nn!4n=(2n)!2nn!2nn!=(2nn),\binom{-1/2}{n}(-4)^n = \frac{\bigl(-\frac12\bigr)\bigl(-\frac32\bigr)\cdots \bigl(-\frac{2n-1}2\bigr)}{n!}(-4)^n = \frac{1\cdot3\cdots(2n-1)}{2^n\,n!}\,4^n = \frac{(2n)!}{2^n n!}\cdot\frac{2^n}{n!} = \binom{2n}{n},

en utilisant 13(2n1)=(2n)!2nn!1\cdot3\cdots(2n-1) = \frac{(2n)!}{2^nn!}. D’où (14x)1/2=(2nn)xn(1-4x)^{-1/2} = \sum\binom{2n}nx^n pour 4x<1\abs{4x} < 1. En élevant au carré (produit de Cauchy, légitime par convergence absolue) et en comparant avec 114x=4nxn\frac{1}{1-4x} = \sum 4^nx^n : le coefficient de xnx^n dans le carré est k=0n(2kk)(2n2knk)\sum_{k=0}^n\binom{2k}k\binom{2n-2k}{n-k}, et l’unicité des coefficients donne

k=0n(2kk)(2n2knk)=4n.\sum_{k=0}^{n}\binom{2k}{k}\binom{2n-2k}{n-k} = 4^n .

11.5 Problème : Abel, Tauber et le bord de convergence

Problème 11.1

À l’intérieur du disque de convergence tout est facile ; tout le drame des séries entières se joue sur le bord. Ce problème construit la théorie du bord dans la variable réelle : le théorème d’Abel sous sa forme uniforme, sa réciproque sous la condition de Tauber, la hiérarchie Cesàro–Abel des méthodes de sommation (avec le théorème de Frobenius), l’intégration terme à terme jusqu’au bord avec des constantes classiques en dividendes, et enfin la rigidité des fonctions analytiques — le théorème d’identité. Dans tout le problème, (an)(a_n) est une suite réelle, f(x)=n0anxnf(x) = \sum_{n\geq0} a_nx^n, et An=a0++anA_n = a_0 + \dots + a_n.

Partie I — Le théorème d’Abel, uniformément. On suppose dans cette partie que an\sum a_n converge, et on pose rn=knakr_n = \sum_{k\geq n} a_k (donc rn0r_n \to 0 et an=rnrn+1a_n = r_n - r_{n+1}).

  1. Démontrer, par sommation par parties, que pour tout 0x10 \leq x \leq 1 et NMN \leq M :

    n=NManxn2supnNrn.\Bigl|\sum_{n=N}^{M} a_n x^n\Bigr| \leq 2\sup_{n \geq N}\,\abs{r_n} .
  2. En déduire que anxn\sum a_nx^n converge uniformément sur [0,1]\intcc{0}{1}, que sa somme y est continue, et retrouver la limite radiale de l’Exercice 11.9 : f(x)anf(x) \to \sum a_n quand x1x \to 1^-.
  3. (Théorème d’Abel pour les produits de Cauchy) Soient an=A\sum a_n = A, bn=B\sum b_n = B et supposons que le produit de Cauchy cn\sum c_n, cn=kakbnkc_n = \sum_{k} a_kb_{n-k}, converge, de somme CC. Démontrer C=ABC = AB (à l’intérieur du disque l’identité du produit vaut d’après la Proposition 11.4 ; faire x1x \to 1^-).
  4. Montrer que l’hypothèse compte : pour an=bn=(1)nn+1a_n = b_n = \frac{(-1)^n}{\sqrt{n+1}}, les deux séries convergent, et pourtant cn2(n+1)n+21\abs{c_n} \geq \frac{2(n+1)}{n+2} \geq 1 (majorer chaque facteur (k+1)(nk+1)\sqrt{(k+1)(n-k+1)} par l’inégalité arithmético-géométrique) : le produit de Cauchy de deux séries convergentes peut diverger.
  5. (Un dividende de l’Exercice 11.5) Montrer que (ln(1x))2=2n1Hnn+1xn+1\bigl(\ln(1-x)\bigr)^2 = 2\sum_{n\geq1} \frac{H_n}{n+1}x^{n+1} sur (1,1)\intoo{-1}{1}, vérifier que (Hnn+1)n1\bigl(\frac{H_n}{n+1}\bigr)_{n\geq1} décroît vers 00, et conclure avec Abel :

    n1(1)n+1Hnn+1=(ln2)22.\sum_{n\geq1} (-1)^{n+1}\,\frac{H_n}{n+1} = \frac{(\ln 2)^2}{2} .

Partie II — La réciproque de Tauber. On dit que an\sum a_n est Abel-sommable vers LL quand f(x)Lf(x) \to L quand x1x \to 1^-.

  1. Montrer que (1)n\sum (-1)^n est Abel-sommable vers 12\frac12 tout en étant divergente : le théorème d’Abel n’a pas de réciproque inconditionnelle.
  2. (Lemme de Cesàro) Si un0u_n \to 0 alors u1++uNN0\frac{u_1 + \dots + u_N}{N} \to 0 (couper la somme à un mm fixé).
  3. Supposons maintenant nan0n\,a_n \to 0 et f(x)Lf(x) \to L. Avec xN=11Nx_N = 1 - \frac1N, démontrer les deux estimations

    n=0Nan(1xNn)1Nn=1Nnan,n>NanxNnsupn>N(nan)\Bigl|\sum_{n=0}^{N} a_n\bigl(1 - x_N^n\bigr)\Bigr| \leq \frac{1}{N}\sum_{n=1}^{N} n\,\abs{a_n}, \qquad \Bigl|\sum_{n>N} a_n x_N^n\Bigr| \leq \sup_{n>N}\bigl(n\abs{a_n}\bigr)

    (pour la première, 1xnn(1x)1 - x^n \leq n(1-x) ; pour la seconde, an1Nsupm>Nmam\abs{a_n} \leq \frac{1}{N}\sup_{m>N} m\abs{a_m} et xNnN\sum x_N^n \leq N).

  4. Conclure le théorème de Tauber : si nan0n\,a_n \to 0 et an\sum a_n est Abel-sommable vers LL, alors an\sum a_n converge vers LL.
  5. (Le théorème taubérien facile pour les coefficients positifs) Si an0a_n \geq 0 et ff est bornée sur [0,1)\intco{0}{1}, montrer que an\sum a_n converge et an=limx1f(x)\sum a_n = \lim_{x\to1^-} f(x) (majorer nNanxnf(x)\sum_{n\leq N}a_nx^n \leq f(x) et faire x1x \to 1^-, puis utiliser Abel).

Partie III — Moyennes de Cesàro et théorème de Frobenius. On dit que an\sum a_n est Cesàro-sommable vers LL quand σN=A0++AN1NL\sigma_N = \frac{A_0 + \dots + A_{N-1}}{N} \to L.

  1. Montrer qu’une série convergente est Cesàro-sommable vers sa somme (question 7 appliquée à AnLA_n - L).
  2. Calculer la valeur de Cesàro de (1)n\sum(-1)^n et vérifier qu’elle concorde avec la valeur d’Abel 12\frac12 de la question 6.
  3. Avec Sn=A0++An=(n+1)σn+1S_n = A_0 + \dots + A_n = (n+1)\,\sigma_{n+1}, démontrer les deux identités, pour 0x<10 \leq x < 1 :

    f(x)=(1x)2n0(n+1)σn+1xn,(1x)2n0(n+1)xn=1.f(x) = (1-x)^2\sum_{n\geq0}(n+1)\,\sigma_{n+1}x^n, \qquad (1-x)^2\sum_{n\geq0}(n+1)x^n = 1 .
  4. (Frobenius) En déduire : si σNL\sigma_N \to L alors f(x)Lf(x) \to L quand x1x \to 1^-Cesàro-sommable implique Abel-sommable, vers la même valeur (soustraire les deux identités et couper la somme à un grand NN, comme dans l’Exercice 11.9).
  5. Montrer que la hiérarchie

    convergente    Cesaˋro-sommable    Abel-sommable\text{convergente} \;\Longrightarrow\; \text{Cesàro-sommable} \;\Longrightarrow\; \text{Abel-sommable}

    est stricte aux deux flèches : question 6 pour la première ; pour la seconde, montrer que (1)n(n+1)\sum(-1)^n(n+1) est Abel-sommable vers 14\frac14 (calculer ff) mais non Cesàro-sommable (calculer σN\sigma_N séparément pour NN pair et NN impair).

Partie IV — Intégrer jusqu’au bord.

  1. Supposons que anxn\sum a_nx^n converge sur [0,1)\intco{0}{1} et que ann+1\sum \frac{a_n}{n+1} converge. Démontrer que l’intégrale impropre 01f\int_0^1 f existe et

    01(n0anxn) ⁣dx=n0ann+1\int_0^1 \Bigl(\sum_{n\geq0} a_nx^n\Bigr)\dd x = \sum_{n\geq0}\frac{a_n}{n+1}

    (la primitive F(x)=ann+1xn+1F(x) = \sum\frac{a_n}{n+1}x^{n+1} est continue en 11 par la partie I).

  2. Soit η=n1(1)n1n2\eta = \sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n-1}}{n^2}. Montrer 01ln(1+x)x ⁣dx=η\int_0^1 \frac{\ln(1+x)}{x}\dd x = \eta et, en séparant indices pairs et impairs dans la série absolument convergente 1n2\sum \frac1{n^2}, que η=12n11n2\eta = \frac12\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2}. (Le problème du week-end du chapitre de Fourier évalue 1n2=π26\sum\frac1{n^2} = \frac{\pi^2}{6}.)
  3. Démontrer

    n0(1)n3n+1=01 ⁣dx1+x3=13(ln2+π3)\sum_{n\geq0}\frac{(-1)^n}{3n+1} = \int_0^1\frac{\dd x}{1+x^3} = \frac13\Bigl(\ln 2 + \frac{\pi}{\sqrt3}\Bigr)

    (la série converge par Leibniz ; intégrer la série géométrique (1)nx3n\sum(-1)^nx^{3n} avec la question 16 ; puis éléments simples : 11+x3=1/31+x+(2x)/3x2x+1\frac{1}{1+x^3} = \frac{1/3}{1+x} + \frac{(2-x)/3}{x^2-x+1}).

  4. À partir de la série du binôme de (1t)1/2(1-t)^{-1/2} (Exercice 11.12) dériver

    arcsinx=n0(2nn)4n(2n+1)x2n+1(x<1),puisn0(2nn)4n(2n+1)=π2,\arcsin x = \sum_{n\geq0} \frac{\binom{2n}{n}}{4^n(2n+1)}\,x^{2n+1} \quad(\abs x < 1), \qquad\text{puis}\qquad \sum_{n\geq0}\frac{\binom{2n}{n}}{4^n(2n+1)} = \frac\pi2 ,

    en justifiant la valeur au bord par convergence normale sur [1,1]\intcc{-1}{1} (utiliser (2nn)4n1πn\binom{2n}n4^{-n} \sim \frac{1}{\sqrt{\pi n}}, Exemple 6.14) — ici même Abel n’est pas nécessaire.

  5. (Catalan au bord) Montrer que Cn4n=2\sum C_n 4^{-n} = 2 : la série de Catalan de l’Exemple 11.21 converge en son rayon 14\frac14 (asymptotique de l’Exercice 11.8), sa somme est continue sur [0,14]\intcc{0}{\frac14}, et la forme close y a pour limite 22.

Partie V — Rigidité : le théorème d’identité.

  1. (Zéros isolés) Soit f=anxnf = \sum a_nx^n de rayon R>0R > 0 et non tous les ana_n nuls ; soit mm le plus petit indice avec am0a_m \neq 0. Montrer f(x)=xmg(x)f(x) = x^m g(x) avec gg une série entière de rayon RR, g(0)=am0g(0) = a_m \neq 0, et en déduire que ff n’a aucun zéro dans un voisinage épointé de 00.
  2. (Théorème d’identité) Soient f,hf, h des sommes de séries entières près de 00 et (xk)(x_k) une suite de points non nuls avec xk0x_k \to 0 et f(xk)=h(xk)f(x_k) = h(x_k). Démontrer que ff et hh ont les mêmes coefficients, donc coïncident près de 00.
  3. Trouver toutes les fonctions ff analytiques près de 00 avec

    f(1k)=k2k2+1pour tout grand entier k.f\Bigl(\frac1k\Bigr) = \frac{k^2}{k^2+1} \qquad\text{pour tout grand entier } k .
  4. Montrer qu’une fonction analytique sur un intervalle ouvert II qui s’annule sur un sous-intervalle s’annule identiquement sur II (l’ensemble des points autour desquels ff s’annule identiquement est ouvert et, par le théorème d’identité appliqué aux points d’accumulation, fermé dans II). En conclure qu’aucune fonction analytique non nulle sur R\R n’a un support compact — alors que les fonctions plateau CC^\infty existent (Exercice 11.7 fournit la brique élémentaire) : l’analyticité est rigide, la régularité est molle.
  5. Synthèse. En une phrase chacune : (i) ce que le théorème d’Abel ajoute au paquet de convergence normale de la Lemme 11.1 ; (ii) les hypothèses exactes sous lesquelles la réciproque vaut (Tauber) et le barreau intermédiaire (Frobenius) ; (iii) une constante de bord de la partie IV que vous pourriez maintenant dériver pour un ami en deux lignes ; (iv) où les moyennes de Cesàro réapparaîtront dans ce livre, pour des séries d’un genre très différent.
Solution

Solution de Problème 11.1.

1. Avec an=rnrn+1a_n = r_n - r_{n+1}, sommation par parties :

n=NManxn=rNxN+n=N+1Mrn(xnxn1)rM+1xM.\sum_{n=N}^{M} a_nx^n = r_Nx^N + \sum_{n=N+1}^{M} r_n\bigl(x^n - x^{n-1}\bigr) - r_{M+1}x^M .

Pour 0x10 \leq x \leq 1 les accroissements xn1xnx^{n-1} - x^n sont positifs et se télescopent en xNxMx^N - x^M ; avec s=supnNrns = \sup_{n\geq N}\abs{r_n} :

n=NManxns(xN+(xNxM)+xM)=2sxN2s.\Bigl|\sum_{n=N}^{M}a_nx^n\Bigr| \leq s\bigl(x^N + (x^N - x^M) + x^M\bigr) = 2s\,x^N \leq 2s .

2. Comme rn0r_n \to 0, supnNrn0\sup_{n\geq N}\abs{r_n} \to 0 : la question 1 est exactement le critère de Cauchy uniforme sur [0,1]\intcc{0}{1}, donc anxn\sum a_nx^n y converge uniformément et sa somme y est continue (Théorème 10.11). La valeur en 11 étant an\sum a_n, la continuité en 11 est la limite radiale de l’Exercice 11.9.

3. Pour x<1\abs x < 1 les trois séries entières convergent absolument et (anxn)(bnxn)=cnxn\bigl(\sum a_nx^n\bigr)\bigl(\sum b_nx^n\bigr) = \sum c_nx^n (Proposition 11.4). Par la question 2 chaque facteur et le membre produit sont continus sur [0,1]\intcc{0}{1} (leurs séries de coefficients convergent par hypothèse) ; en faisant x1x \to 1^- dans l’identité : AB=CAB = C.

4. Ici

cn=k=0n1(k+1)(nk+1)k=0n2n+2=2(n+1)n+21,\abs{c_n} = \sum_{k=0}^{n} \frac{1}{\sqrt{(k+1)(n-k+1)}} \geq \sum_{k=0}^{n}\frac{2}{n+2} = \frac{2(n+1)}{n+2} \geq 1,

par l’inégalité arithmético-géométrique : (k+1)(nk+1)(k+1)+(nk+1)2=n+22\sqrt{(k+1)(n-k+1)} \leq \frac{(k+1) + (n-k+1)}{2} = \frac{n+2}{2}. Le terme général de cn\sum c_n ne tend pas vers 00 : le produit de Cauchy diverge, bien que les deux facteurs convergent (séries alternées).

5. L’Exercice 11.5 donne ln(1x)1x=Hnxn\frac{-\ln(1-x)}{1-x} = \sum H_nx^n (x<1\abs x < 1). Primitives terme à terme (Théorème 11.7 (2)), les deux membres s’annulant en 00 :

(ln(1x))22=n1Hnn+1xn+1.\frac{\bigl(\ln(1-x)\bigr)^2}{2} = \sum_{n\geq1}\frac{H_n}{n+1}\,x^{n+1} .

Décroissance : (n+2)Hn(n+1)Hn+1(n+2)H_n \geq (n+1)H_{n+1} revient à Hn1H_n \geq 1, vrai pour n1n \geq 1 ; et Hnn+1lnnn0\frac{H_n}{n+1} \sim \frac{\ln n}{n} \to 0 : en x=1x = -1 la série converge par le critère des séries alternées. En substituant xxx \mapsto -x et en appliquant la question 2 en x=1x = 1 :

(ln2)22=n1Hnn+1(1)n+1,\frac{(\ln 2)^2}{2} = \sum_{n\geq1}\frac{H_n}{n+1}(-1)^{n+1},

la valeur annoncée.

6. f(x)=(1)nxn=11+x12f(x) = \sum(-1)^nx^n = \frac{1}{1+x} \to \frac12 quand x1x \to 1^- : Abel-sommable vers 12\frac12. Mais les sommes partielles sont 1,0,1,0,1, 0, 1, 0, \dots : divergentes.

7. Étant donné ε>0\varepsilon > 0 choisir mm avec unε\abs{u_n} \leq \varepsilon pour n>mn > m ; pour NmN \geq m :

u1++uNNu1++umN+εNmNCmN+ε,\Bigl|\frac{u_1 + \dots + u_N}{N}\Bigr| \leq \frac{\abs{u_1} + \dots + \abs{u_m}}{N} + \varepsilon\,\frac{N - m}{N} \leq \frac{C_m}{N} + \varepsilon,

donc lim supε\limsup \leq \varepsilon pour tout ε\varepsilon : les moyennes tendent vers 00.

8. Pour 0x10 \leq x \leq 1 : 1xn=(1x)(1+x++xn1)n(1x)1 - x^n = (1-x)(1 + x + \dots + x^{n-1}) \leq n(1-x), donc

n=0Nan(1xNn)(1xN)n=1Nnan=1Nn=1Nnan.\Bigl|\sum_{n=0}^N a_n(1 - x_N^n)\Bigr| \leq (1 - x_N)\sum_{n=1}^N n\abs{a_n} = \frac1N\sum_{n=1}^{N}n\abs{a_n} .

Pour n>Nn > N : an=nann1Nsupm>Nmam\abs{a_n} = \frac{n\abs{a_n}}{n} \leq \frac{1}{N}\sup_{m>N}m\abs{a_m}, et n>NxNn11xN=N\sum_{n>N}x_N^n \leq \frac{1}{1 - x_N} = N :

n>NanxNnsupm>NmamNN=supm>Nmam.\Bigl|\sum_{n>N}a_nx_N^n\Bigr| \leq \frac{\sup_{m>N}m\abs{a_m}}{N}\cdot N = \sup_{m>N}\,m\abs{a_m} .

9. Décomposer

ANL=n=0Nan(1xNn)n>NanxNn+(f(xN)L).A_N - L = \sum_{n=0}^{N}a_n\bigl(1 - x_N^n\bigr) - \sum_{n>N}a_nx_N^n + \bigl(f(x_N) - L\bigr) .

Le premier terme tend vers 00 par la question 7 (les moyennes de nan0n\abs{a_n} \to 0), le deuxième par la question 8 (le sup tend vers 00), le troisième parce que xN1x_N \to 1^- et f(x)Lf(x) \to L. D’où ANLA_N \to L : le théorème de Tauber.

10. Pour x[0,1)x \in \intco{0}{1} et tout NN : nNanxnf(x)M\sum_{n\leq N}a_nx^n \leq f(x) \leq M (termes positifs). Faire x1x \to 1^- dans la somme finie : nNanM\sum_{n\leq N}a_n \leq M. Les sommes partielles sont croissantes et bornées : an\sum a_n converge, et alors la question 2 donne limx1f(x)=an\lim_{x\to1^-}f(x) = \sum a_n.

11. σNL\sigma_N - L est la moyenne des NN nombres AnLA_n - L (0n<N0 \leq n < N), qui tendent vers 00 : question 7.

12. An=1A_n = 1 pour nn pair, 00 pour nn impair : A0++AN1=N/2A_0 + \dots + A_{N-1} = \lceil N/2\rceil, donc σN=N/2N12\sigma_N = \frac{\lceil N/2\rceil}{N} \to \frac12, la valeur d’Abel de la question 6.

13. Sous σNL\sigma_N \to L on a Sn=O(n)S_n = O(n), donc An=SnSn1=O(n)A_n = S_n - S_{n-1} = O(n) et an=O(n)a_n = O(n) : toutes les séries ci-dessous ont un rayon 1\geq 1. Pour x<1\abs x < 1, à partir de an=AnAn1a_n = A_n - A_{n-1} et Anxn0A_nx^n \to 0 :

(1x)nAnxn=nAnxnnAnxn+1=nanxn=f(x),(1-x)\sum_n A_nx^n = \sum_n A_nx^n - \sum_n A_nx^{n+1} = \sum_n a_nx^n = f(x),

et identiquement (1x)Snxn=Anxn(1-x)\sum S_nx^n = \sum A_nx^n, donc f(x)=(1x)2nSnxn=(1x)2n(n+1)σn+1xnf(x) = (1-x)^2\sum_n S_nx^n = (1-x)^2\sum_n(n+1)\sigma_{n+1}x^n. Enfin (n+1)xn=1(1x)2\sum(n+1)x^n = \frac{1}{(1-x)^2} (Exercice 11.3), ce qui est la seconde identité.

14. En soustrayant LL fois la seconde identité de la première :

f(x)L=(1x)2n0(n+1)(σn+1L)xn.f(x) - L = (1-x)^2\sum_{n\geq0}(n+1) \bigl(\sigma_{n+1} - L\bigr)x^n .

Étant donné ε\varepsilon, choisir NN avec σn+1Lε\abs{\sigma_{n+1} - L} \leq \varepsilon pour nNn \geq N ; alors

f(x)L(1x)2CN+ε(1x)2n(n+1)xn=(1x)2CN+ε,\abs{f(x) - L} \leq (1-x)^2 C_N + \varepsilon(1-x)^2\sum_{n}(n+1)x^n = (1-x)^2C_N + \varepsilon ,

et en faisant x1x \to 1^- : lim supε\limsup \leq \varepsilon. D’où f(x)Lf(x) \to L : le théorème de Frobenius.

15. f(x)=(1)n(n+1)xn=1(1+x)2f(x) = \sum(-1)^n(n+1)x^n = \frac{1}{(1+x)^2} (dériver la série géométrique en x-x) : valeur d’Abel 14\frac14. Sommes partielles : A2k=k+1A_{2k} = k+1, A2k+1=(k+1)A_{2k+1} = -(k+1) (récurrence immédiate). Alors S2m1=0S_{2m-1} = 0 (les paires consécutives se compensent) et S2m=m+1S_{2m} = m + 1, donc

σ2m=S2m12m=0,σ2m+1=m+12m+112:\sigma_{2m} = \frac{S_{2m-1}}{2m} = 0, \qquad \sigma_{2m+1} = \frac{m+1}{2m+1} \to \frac12 :

(σN)(\sigma_N) a deux valeurs d’adhérence distinctes : non Cesàro-sommable. Avec les questions 6 et 11–14, la hiérarchie convergente \Rightarrow Cesàro \Rightarrow Abel est stricte aux deux flèches.

16. La série primitive F(x)=ann+1xn+1F(x) = \sum\frac{a_n}{n+1}x^{n+1} a le même rayon et F=fF' = f sur [0,1)\intco{0}{1} (Théorème 11.7) ; comme ann+1\sum\frac{a_n}{n+1} converge, la partie I (question 2) rend FF continue sur [0,1]\intcc{0}{1}. Comme 0xf=F(x)\int_0^x f = F(x) (dérivées égales, valeur 00 égale en 00),

0xfx1F(1)=n0ann+1:\int_0^x f \xrightarrow[x\to1^-]{} F(1) = \sum_{n\geq0}\frac{a_n}{n+1} :

l’intégrale impropre existe avec la valeur annoncée.

17. ln(1+x)x=n1(1)n1nxn1\frac{\ln(1+x)}{x} = \sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n-1}}{n}x^{n-1} (rayon 11 ; continue en 00). La série des amm+1\frac{a_m}{m+1} est n1(1)n1n2\sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n-1}}{n^2}, absolument convergente : la question 16 donne 01ln(1+x)x ⁣dx=η\int_0^1\frac{\ln(1+x)}{x}\dd x = \eta. Dans la série absolument convergente 1n2\sum\frac1{n^2}, regrouper pairs et impairs :

η=impairs1n2pairs1n2=n1n22k1(2k)2=(112)n1n2=12n11n2.\eta = \sum_{\text{impairs}}\frac1{n^2} - \sum_{\text{pairs}}\frac1{n^2} = \sum_{n}\frac1{n^2} - 2\sum_{k}\frac1{(2k)^2} = \Bigl(1 - \frac12\Bigr)\sum_n\frac1{n^2} = \frac12\sum_{n\geq1}\frac1{n^2} .

18. Leibniz : 13n+10\frac{1}{3n+1}\downarrow0, la série converge. Sur [0,1)\intco{0}{1}, (1)nx3n=11+x3\sum(-1)^nx^{3n} = \frac{1}{1+x^3}, et (1)n3n+1\sum\frac{(-1)^n}{3n+1} converge : la question 16 donne (1)n3n+1=01 ⁣dx1+x3\sum\frac{(-1)^n}{3n+1} = \int_0^1\frac{\dd x}{1+x^3}. Éléments simples (vérification : 13(x2x+1)+2x3(1+x)=1\frac13(x^2-x+1) + \frac{2-x}{3}(1+x) = 1) :

01 ⁣dx1+x3=13ln2+13012xx2x+1 ⁣dx.\int_0^1\frac{\dd x}{1+x^3} = \frac13\ln2 + \frac13\int_0^1\frac{2-x}{x^2-x+1}\dd x .

En écrivant 2x=12(2x1)+322 - x = -\frac12(2x-1) + \frac32 : la partie ln(x2x+1)\ln(x^2-x+1) s’annule aux deux extrémités, et

3201 ⁣dx(x12)2+34=3223[arctan2x13]01=3π3=π3.\frac32\int_0^1\frac{\dd x}{(x-\frac12)^2 + \frac34} = \frac32\cdot\frac{2}{\sqrt3} \Bigl[\arctan\frac{2x-1}{\sqrt3}\Bigr]_0^1 = \sqrt3\cdot\frac{\pi}{3} = \frac{\pi}{\sqrt3} .

Total : 13(ln2+π3)\frac13\bigl(\ln2 + \frac{\pi}{\sqrt3}\bigr).

19. En substituant t=x2t = x^2 dans la série de l’Exercice 11.12 et en intégrant terme à terme (la primitive de (1x2)1/2(1-x^2)^{-1/2} s’annulant en 00 est arcsin\arcsin) :

arcsinx=n0(2nn)4n(2n+1)x2n+1(x<1).\arcsin x = \sum_{n\geq0} \frac{\binom{2n}n}{4^n(2n+1)}x^{2n+1} \qquad(\abs x < 1) .

Les coefficients sont 12πn3/2\sim \frac{1}{2\sqrt\pi\,n^{3/2}} (Exemple 6.14), sommables : la série converge normalement sur [1,1]\intcc{-1}{1}, sa somme est continue là, et coïncide avec l’arcsin\arcsin continu sur (1,1)\intoo{-1}{1}, donc aussi en x=1x = 1 :

n0(2nn)4n(2n+1)=arcsin1=π2.\sum_{n\geq0}\frac{\binom{2n}n}{4^n(2n+1)} = \arcsin 1 = \frac\pi2 .

20. Cn4n1πn3/2C_n4^{-n} \sim \frac{1}{\sqrt\pi\,n^{3/2}} (Exercice 11.8) : convergence normale de Cnxn\sum C_nx^n sur [0,14]\intcc{0}{\frac14}, donc sa somme est continue là ; sur (0,14)\intoo{0}{\frac14} elle égale 114x2x\frac{1-\sqrt{1-4x}}{2x} (Exemple 11.21), dont la limite en 14\frac14^- est 101/2=2\frac{1-0}{1/2} = 2. D’où n0Cn4n=2\sum_{n\geq0} C_n4^{-n} = 2.

21. f(x)=nmanxn=xmg(x)f(x) = \sum_{n\geq m}a_nx^n = x^m g(x) avec g(x)=k0am+kxkg(x) = \sum_{k\geq0}a_{m+k}x^k ; si (anrn)(a_nr^n) est bornée alors (am+krk)(a_{m+k}r^k) l’est aussi (diviser par rmr^m) : gg a un rayon R\geq R. gg est continue avec g(0)=am0g(0) = a_m \neq 0, donc g0g \neq 0 sur un [δ,δ]\intcc{-\delta}{\delta}, et f(x)=xmg(x)0f(x) = x^mg(x) \neq 0 pour 0<xδ0 < \abs x \leq \delta.

22. d=fhd = f - h est la somme d’une série entière près de 00 s’annulant aux points non nuls xk0x_k \to 0. Si un coefficient de dd était non nul, la question 21 donnerait un voisinage épointé de 00 sans zéro de dd — en contradiction avec d(xk)=0d(x_k) = 0. Donc tous les coefficients de dd sont nuls : ff et hh ont les mêmes coefficients et coïncident près de 00.

23. La fonction h(x)=11+x2=(1)nx2nh(x) = \frac{1}{1+x^2} = \sum(-1)^nx^{2n} (rayon 11) vérifie h(1k)=11+1/k2=k2k2+1h(\frac1k) = \frac{1}{1 + 1/k^2} = \frac{k^2}{k^2+1}. Toute ff analytique avec les mêmes valeurs coïncide avec hh aux points 1k0\frac1k \to 0 : par le théorème d’identité (question 22), f=11+x2f = \frac{1}{1+x^2} près de 00 — l’unique solution.

24. Soit ZZ l’ensemble des points de II ayant un voisinage sur lequel ff s’annule identiquement : ouvert par définition, non vide (le sous-intervalle). Fermé dans II : si yIy \in I est limite de points de ZZ, alors yy est un point d’accumulation de zéros de ff ; en développant ff en série entière en yy (analyticité) et en appliquant les questions 21–22 recentrées en yy, tous les coefficients en yy sont nuls, donc f0f \equiv 0 près de yy : yZy \in Z. Un intervalle est connexe, donc Z=IZ = I : f0f \equiv 0 sur II. En particulier une fonction analytique sur R\R s’annulant en dehors d’un compact s’annule sur un intervalle, donc partout : pas de fonction plateau analytique non nulle. Le monde CC^\infty est différent : en recollant la fonction plate de l’Exercice 11.7 (par exemple xe1/x21x>0x \mapsto \eu^{-1/x^2}\mathbf 1_{x>0} et son miroir) on produit des fonctions plateau lisses à support compact.

25. (i) La convergence normale vit sur les sous-disques compacts strictement à l’intérieur du disque ; le théorème d’Abel étend la continuité à un point du bord, sous la seule hypothèse que la série des coefficients y converge. (ii) La réciproque vaut sous la condition de Tauber nan0na_n \to 0 (question 9), et la sommabilité de Cesàro se place strictement entre la convergence et la sommabilité d’Abel (Frobenius, questions 14–15). (iii) Pour un ami : (1)n3n+1=01 ⁣dx1+x3\sum\frac{(-1)^n}{3n+1} = \int_0^1\frac{\dd x}{1+x^3} en intégrant la série géométrique jusqu’au bord, puis éléments simples. (iv) Les moyennes de Cesàro reviennent dans le chapitre de Fourier comme théorème de Fejér, où moyenner les sommes partielles répare l’échec de la convergence simple — même remède, nouveau patient.