Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

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14Séries de Fourier

Tout signal périodique peut-il être reconstruit à partir de purs sinus et cosinus ? Le « oui » audacieux de Fourier a engendré un siècle d’analyse. Ce chapitre démontre les deux piliers à portée de la MP* : le théorème de Dirichlet (reconstruction ponctuelle des fonctions C1C^1 par morceaux, via le noyau de Dirichlet) et l’identité de Parseval (l’énergie d’un signal est la somme des énergies de ses harmoniques), et récolte les séries numériques classiques — la somme de Bâle 1/n2=π2/6\sum 1/n^2 = \pi^2/6 en tête.

Dans tout le chapitre, les fonctions sont 2π2\pi-périodiques, continues par morceaux, à valeurs complexes ; C\mathcal{C} désigne les fonctions continues.

14.1 Coefficients de Fourier

Définition 14.1

Les coefficients de Fourier de ff sont

cn(f)=12πππf(t)eint ⁣dt(nZ),c_n(f) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(t)\,\eu^{-\iu n t}\,\dd t \qquad (n \in \Z),

et les coefficients sous forme réelle an=cn+cna_n = c_n + c_{-n}, bn=i(cncn)b_n = \iu(c_n - c_{-n}), de sorte que les sommes partielles de Fourier sont

SN(f)(t)=n=NNcn(f)eint=a02+n=1N(ancosnt+bnsinnt).S_N(f)(t) = \sum_{n=-N}^{N} c_n(f)\,\eu^{\iu nt} = \frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{N}\bigl(a_n\cos nt + b_n \sin nt\bigr).

Sur C\mathcal{C}, on définit le produit scalaire hermitien f,g=12πππfg\langle f, g\rangle = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\conj f\,g : les exponentielles en(t)=einte_n(t) = \eu^{\iu nt} sont orthonormées (em,en=δmn\langle e_m, e_n\rangle = \delta_{mn}, calcul direct), et cn(f)=en,fc_n(f) = \langle e_n, f\rangle : l’analyse de Fourier est de la géométrie hermitienne (Chapitre 13) en dimension infinie.

Proposition 14.2 (Inégalité de Bessel)

SN(f)S_N(f) est la projection orthogonale de ff sur l’espace TN\mathcal{T}_N des polynômes trigonométriques de degré N\leq N, et

n=NNcn(f)2f22=12πππf2:\sum_{n=-N}^{N} \abs{c_n(f)}^2 \leq \norm f_2^2 = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} \abs f^2 :

la série cn2\sum \abs{c_n}^2 converge, et cn(f)0c_n(f) \to 0 quand n\abs n \to \infty (Riemann–Lebesgue pour les coefficients).

Démonstration. fSN(f)f - S_N(f) est orthogonal à chaque eke_k, kN\abs k \leq N (ek,fSNf=ckck=0\langle e_k, f - S_N f\rangle = c_k - c_k = 0) : SNfS_Nf est la projection orthogonale sur TN=Vect(eN,,eN)\mathcal{T}_N = \operatorname{Vect}(e_{-N}, \dots, e_N) (le théorème de projection du volume de Licence 1, mot pour mot dans le cadre hermitien). Pythagore : f22=SNf22+fSNf22SNf22=nNcn2\norm f_2^2 = \norm{S_Nf}_2^2 + \norm{f - S_Nf}_2^2 \geq \norm{S_Nf}_2^2 = \sum_{\abs n \leq N} \abs{c_n}^2 ; on fait NN \to \infty.

Exemple 14.3 (Meilleure approximation, mesurée)

Dans quelle mesure les polynômes trigonométriques de bas degré approchent-ils la dent de scie f(t)=tf(t) = t (sur (π,π)\intoo{-\pi}{\pi}) en moyenne quadratique ? D’après la Proposition 14.2, la meilleure approximation de degré NN est SN(f)S_N(f), avec pour erreur quadratique

fSNf22=f22nNcn2.\norm{f - S_Nf}_2^2 = \norm f_2^2 - \sum_{\abs n\leq N}\abs{c_n}^2 .

Ici f22=12πππt2 ⁣dt=π23\norm f_2^2 = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^\pi t^2\dd t = \frac{\pi^2}{3}, et à partir de bn=2(1)n+1nb_n = \frac{2(-1)^{n+1}}{n} (Exemple 14.12) : cn2+cn2=bn22=2n2\abs{c_n}^2 + \abs{c_{-n}}^2 = \frac{b_n^2}{2} = \frac{2}{n^2}. Donc

fSNf22=π23n=1N2n2 : numeˊriquement 1.29, 0.79, 0.57, 0.44\norm{f - S_Nf}_2^2 = \frac{\pi^2}{3} - \sum_{n=1}^{N}\frac{2}{n^2} \qquad\text{~: numériquement } 1.29,\ 0.79,\ 0.57,\ 0.44

pour N=1,2,3,4N = 1, 2, 3, 4 — décroissante, mais lentement : le reste n>N2n22N\sum_{n>N}\frac2{n^2} \sim \frac2N est gouverné par la lente décroissance en 1n\frac1n des coefficients, elle-même la signature du saut (Exercice 14.6 lu à l’envers). Éclairage final : Parseval transforme la qualité d’approximation en un reste de série numérique — et prédit, avant tout dessin, que les sauts font converger les séries de Fourier à contrecœur.

Méthode 14.4 (Calculer efficacement les coefficients de Fourier)

Avant d’intégrer quoi que ce soit :

  1. Parité : une fonction ff paire a bn=0b_n = 0, une fonction ff impaire a an=0a_n = 0, et les intégrales survivantes se ramènent à 2π0π\frac2\pi \int_0^\pi — moitié moins de travail, deux fois plus de fiabilité.
  2. Les polynômes trigonométriques sont déjà faits : linéariser les produits (cos3\cos^3, sin2cos\sin^2\cos, …) et lire directement les coefficients (Exercice 14.9) ; l’orthonormalité rend toute intégration supplémentaire redondante.
  3. Exponentielles complexes pour les exponentielles : pour des facteurs eat\eu^{at} ou des oscillations amorties, calculer cnc_n directement — une intégrale de e(ain)t\eu^{(a - \iu n)t} vaut mieux que deux intégrations par parties (Exercice 14.10).
  4. Dériver un développement connu : si ff' a des coefficients connus et ff est continue, cn(f)=cn(f)inc_n(f) = \frac{c_n(f')}{\iu n} (n0n \neq 0) récupère tout sauf c0c_0, qui est la moyenne — souvent la voie la plus rapide, et légitime exactement sous les hypothèses du Théorème 14.10 (1).

14.2 Théorème de Dirichlet

Lemme 14.5 (Noyau de Dirichlet)

SN(f)(x)=12πππf(x+u)DN(u) ⁣duS_N(f)(x) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(x + u)\,D_N(u)\,\dd u, où

DN(u)=n=NNeinu=sin((N+12)u)sinu2(u2πZ),12πππDN=1.D_N(u) = \sum_{n=-N}^{N} \eu^{\iu nu} = \frac{\sin\bigl((N + \frac12)u\bigr)}{\sin\frac u2} \quad (u \notin 2\pi\Z), \qquad \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} D_N = 1 .

Démonstration. On insère la définition de cnc_n dans SNS_N et on échange somme et intégrale (légitime : la somme est finie) :

SN(f)(x)=n=NN(12πππf(t)eint ⁣dt)einx=12πππf(t)n=NNein(xt) ⁣dt;S_N(f)(x) = \sum_{n=-N}^{N}\Bigl(\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(t)\,\eu^{-\iu nt}\dd t\Bigr)\eu^{\iu nx} = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(t) \sum_{n=-N}^{N}\eu^{\iu n(x-t)}\,\dd t ;

on substitue u=txu = t - x et on ramène le segment d’intégration à [π,π]\intcc{-\pi}{\pi} à l’aide de la 2π2\pi-périodicité de l’intégrande ; la symétrie de la plage d’indices donne neinu=DN(u)\sum_n\eu^{-\iu nu} = D_N(u). La forme fermée : somme géométrique de raison eiu\eu^{\iu u},

DN(u)=eiNuei(2N+1)u1eiu1=ei(N+12)uei(N+12)ueiu/2eiu/2,D_N(u) = \eu^{-\iu Nu}\,\frac{\eu^{\iu(2N+1)u} - 1}{\eu^{\iu u} - 1} = \frac{\eu^{\iu(N + \frac12)u} - \eu^{-\iu(N+\frac12)u}} {\eu^{\iu u/2} - \eu^{-\iu u/2}} ,

qui est le quotient de sinus. Sa moyenne vaut 11 : seul n=0n = 0 contribue.

Théorème 14.6 (Lemme de Riemann–Lebesgue)

Pour gg continue par morceaux sur un segment, abg(t)sin(λt+φ) ⁣dt0\int_a^b g(t)\sin(\lambda t + \varphi)\,\dd t \to 0 quand λ+\lambda \to +\infty.

Démonstration. On approche gg uniformément par des fonctions en escalier (Théorème 10.16 n’est pas nécessaire — l’approche élémentaire par fonctions en escalier des fonctions continues par morceaux suffit) et on intègre chaque marche explicitement : chaque morceau contribue pour O(1λ)O\bigl(\frac1\lambda\bigr), et l’erreur d’approximation contribue pour ε(ba)\varepsilon(b - a). Cet argument a été mené en détail dans le tout dernier exercice du chapitre d’intégration du volume de Licence 1 ; pour des morceaux C1C^1 on peut aussi intégrer par parties et majorer par Cλ\frac C\lambda.

Exemple 14.7 (À quelle vitesse les coefficients meurent-ils ?)

Riemann–Lebesgue dit que les coefficients tendent vers 00 ; leur vitesse est un instrument de mesure de la régularité. Trois spécimens de ce chapitre et de ses exercices :

signal carreˊ : bn=4πn (n impair),t:an=4πn2 (n impair),sint:a2k=4π(4k21).\text{signal carré~: } b_n = \frac{4}{\pi n}\ (n\ \text{impair}), \qquad \abs t : a_n = \frac{-4}{\pi n^2}\ (n\ \text{impair}), \qquad \abs{\sin t} : a_{2k} = \frac{-4}{\pi(4k^2-1)} .

Un saut de ff (signal carré, dent de scie) laisse des coefficients d’ordre 1n\frac1n : pas de convergence normale, dépassement de Gibbs aux sauts. La continuité avec un point anguleux — un saut de ff' seulement — améliore l’ordre à 1n2\frac{1}{n^2} : convergence normale, reconstruction uniforme. En général kk dérivées achètent cn=O(nk)c_n = O(n^{-k}) (Exercice 14.6), et réciproquement un spectre décroissant plus vite que toute puissance force ff à être CC^\infty (on dérive terme à terme, maintenant légitimement). Éclairage final : la régularité du signal et la décroissance du spectre sont la même information — un ingénieur lit l’une sur la pente de l’autre sans jamais tracer la fonction.

Théorème 14.8 (Dirichlet)

Soit ff une fonction 2π2\pi-périodique et C1C^1 par morceaux. Alors pour tout xx,

SN(f)(x)Nf(x+)+f(x)2S_N(f)(x) \xrightarrow[N \to \infty]{} \frac{f(x^+) + f(x^-)}{2}

(la moyenne des limites unilatérales) — en particulier SN(f)(x)f(x)S_N(f)(x) \to f(x) en tout point de continuité.

Démonstration. Par le lemme du noyau et sa moyenne unité, en scindant l’intégrale en les deux moitiés u>0u > 0 et u<0u < 0 (chacune de moyenne 12\frac12) :

SN(f)(x)f(x+)+f(x)2=12π0π(f(x+u)f(x+))DN(u) ⁣du+12ππ0(f(x+u)f(x))DN(u) ⁣du.\begin{align*} S_N(f)(x) - \frac{f(x^+) + f(x^-)}{2} &= \frac{1}{2\pi}\int_{0}^{\pi} \bigl(f(x+u) - f(x^+)\bigr)D_N(u)\,\dd u\\ &\quad+ \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{0}\bigl(f(x+u) - f(x^-)\bigr)D_N(u)\,\dd u . \end{align*}

Traitons la première (la seconde est symétrique). Écrivons

(f(x+u)f(x+))DN(u)=f(x+u)f(x+)sinu2g(u)sin((N+12)u).\bigl(f(x + u) - f(x^+)\bigr)\,D_N(u) = \underbrace{\frac{f(x+u) - f(x^+)}{\sin\frac u2}}_{g(u)}\, \sin\Bigl(\Bigl(N + \frac12\Bigr)u\Bigr) .

La fonction gg est continue par morceaux sur (0,π]\intoc{0}{\pi} et a une limite finie en 0+0^+ : en écrivant

g(u)=f(x+u)f(x+)uusinu2,g(u) = \frac{f(x+u) - f(x^+)}{u}\cdot\frac{u}{\sin\frac u2} ,

le premier facteur tend vers f(x+)f'(x^+) (dérivabilité à droite, conséquence du caractère C1C^1 par morceaux) et le second vers 22 (la limite classique sinvv1\frac{\sin v}{v} \to 1 en v=u2v = \frac u2) : g(0+)=2f(x+)g(0^+) = 2f'(x^+) existe. Donc gg se prolonge de manière continue par morceaux à [0,π]\intcc{0}{\pi}, et Riemann–Lebesgue (Théorème 14.6) envoie l’intégrale vers 00. C’est là tout l’enjeu de l’hypothèse : sans dérivées unilatérales, le facteur 1sin(u/2)\frac{1}{\sin(u/2)} explose en 00 plus vite que Riemann–Lebesgue ne peut compenser, et la convergence simple peut réellement échouer pour une fonction ff seulement continue — la brèche que le théorème de Fejér (devoir) comble par moyennisation.

Exemple 14.9 (Dirichlet en un saut)

Pour la dent de scie f(t)=tf(t) = t sur (π,π)\intoo{-\pi}{\pi} (Exemple 14.12 ci-dessous), le prolongement périodique saute en t=πt = \pi de f(π)=πf(\pi^-) = \pi à f(π+)=πf(\pi^+) = -\pi. Dirichlet promet la valeur π+(π)2=0\frac{\pi + (-\pi)}{2} = 0 là, et en effet chaque terme de 2(1)n+1nsinnt\sum \frac{2(-1)^{n+1}}{n}\sin nt s’annule en t=πt = \pi : la série converge poliment vers le milieu, ignorant les deux valeurs unilatérales. En déplaçant le point d’évaluation en t=π2t = \frac\pi2 (un point de continuité), la même série devient le π4\frac\pi4 de Leibniz. Une série, deux comportements — exactement les deux clauses du théorème.

Théorème 14.10 (Convergence normale pour C1C^1 ; Parseval)

  1. Si ff est continue, 2π2\pi-périodique et C1C^1 par morceaux, alors cn(f)=incn(f)c_n(f') = \iu n\,c_n(f), la série de Fourier de ff converge normalement sur R\R, et sa somme est ff.
  2. (Parseval) Pour toute fonction ff 2π2\pi-périodique continue par morceaux :

    12πππf2=n=cn(f)2=a024+12n1(an2+bn2).\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\abs{f}^2 = \sum_{n=-\infty}^{\infty} \abs{c_n(f)}^2 = \frac{\abs{a_0}^2}{4} + \frac12\sum_{n\geq1} \bigl(\abs{a_n}^2 + \abs{b_n}^2\bigr).

    (Démontré ici pour ff continue et C1C^1 par morceaux ; admis en général.)

Démonstration. (1) Intégration par parties sur chaque morceau C1C^1 (les termes de bord se compensent par continuité et périodicité) : cn(f)=incn(f)c_n(f') = \iu n c_n(f). Puis, par Cauchy–Schwarz sur les deux familles de carré sommable (Proposition 14.2 pour ff') :

n0cn(f)=n0cn(f)n(cn(f)2)1/2(n01n2)1/2<:\sum_{n \neq 0} \abs{c_n(f)} = \sum_{n\neq0} \frac{\abs{c_n(f')}}{\abs n} \leq \Bigl(\sum \abs{c_n(f')}^2\Bigr)^{1/2} \Bigl(\sum_{n\neq0}\frac{1}{n^2}\Bigr)^{1/2} < \infty :

convergence normale de la série de Fourier. Sa somme est continue et coïncide avec ff en tout point d’après Dirichlet (Théorème 14.8 : ff est continue) : la série converge vers ff, uniformément.

(2) Pour une telle ff : SNffS_N f \to f uniformément, donc fSNf2fSNf0\norm{f - S_Nf}_2 \leq \norm{f - S_Nf}_\infty \to 0, et Pythagore (f22=nNcn2+fSNf22\norm f_2^2 = \sum_{\abs n \leq N}\abs{c_n}^2 + \norm{f - S_Nf}_2^2) passe à la limite. La forme réelle est de la comptabilité avec an,bna_n, b_n.

Exemple 14.11 (La majoration du reste C1C^1, rendue quantitative)

La démonstration du Théorème 14.10 (1) cache une estimation utilisable. Pour ff continue et C1C^1 par morceaux, le même Cauchy–Schwarz appliqué au seul reste donne

n>Ncn(f)=n>Ncn(f)n(n>Ncn(f)2) ⁣1/2(n>N1n2) ⁣1/2f22N,\sum_{\abs n > N}\abs{c_n(f)} = \sum_{\abs n > N}\frac{\abs{c_n(f')}}{\abs n} \leq \Bigl(\sum_{\abs n > N}\abs{c_n(f')}^2\Bigr)^{\!1/2} \Bigl(\sum_{\abs n>N}\frac{1}{n^2}\Bigr)^{\!1/2} \leq \norm{f'}_2\,\sqrt{\frac{2}{N}} ,

en utilisant Bessel pour ff' et n>Nn21N\sum_{n>N}n^{-2} \leq \frac1N. Ainsi l’erreur uniforme des sommes partielles obéit à

fSNfn>Ncn(f)f22N.\norm{f - S_Nf}_\infty \leq \sum_{\abs n>N}\abs{c_n(f)} \leq \norm{f'}_2\,\sqrt{\frac2N} .

Pour f(t)=tf(t) = \abs t : f2=1\norm{f'}_2 = 1 (la dérivée est ±1\pm1), donc dix termes reconstruisent déjà t\abs t uniformément à 0.20.45\sqrt{0.2} \approx 0.45 près, et N=104N = 10^4 à 0.0150.015 près. Éclairage final : une dérivée achète la vitesse uniforme en 1N\frac{1}{\sqrt N} ; en comparant avec le monde en 1n\frac1n des coefficients du signal carré (aucune convergence uniforme), le dictionnaire de l’Exemple 14.7 se dote de nombres.

Exemple 14.12 (Bâle et compagnie)

Soit f(t)=tf(t) = t sur (π,π)\intoo{-\pi}{\pi}, prolongée de manière 2π2\pi-périodique (une dent de scie, C1C^1 par morceaux). En calculant, an=0a_n = 0 (imparité) et

bn=1πππtsinnt ⁣dt=2(1)n+1n.b_n = \frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi} t\sin nt\,\dd t = \frac{2(-1)^{n+1}}{n} .

Dirichlet en t=π2t = \frac\pi2 redonne le π4=113+15\frac\pi4 = 1 - \frac13 + \frac15 - \dots de Leibniz ; Parseval donne

12πππt2 ⁣dt=π23=12n14n2  n11n2=π26  \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} t^2\,\dd t = \frac{\pi^2}{3} = \frac12\sum_{n\geq1}\frac{4}{n^2} \quad\Longrightarrow\quad \boxed{\;\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2} = \frac{\pi^2}{6}\;}

— la somme de Bâle d’Euler, en deux lignes. La fonction f(t)=t2f(t) = t^2 donne de même 1n4=π490\sum \frac1{n^4} = \frac{\pi^4}{90} (Exercice 14.3).

Exemple 14.13 (Un développement complet avec vérification intégrée : sint\abs{\sin t})

La fonction f(t)=sintf(t) = \abs{\sin t} est continue, paire, π\pi-périodique (donc 2π2\pi-périodique), C1C^1 par morceaux. La parité tue les bnb_n ; a0=1πππsint ⁣dt=4πa_0 = \frac1\pi\int_{-\pi}^{\pi} \abs{\sin t}\dd t = \frac4\pi ; et pour n1n \geq 1, la transformation produit-somme donne

an=2π0πsintcosnt ⁣dt=1π0π(sin(1+n)t+sin(1n)t) ⁣dt=2π1+cosnπ1n2a_n = \frac2\pi\int_0^\pi \sin t\cos nt\,\dd t = \frac{1}{\pi}\int_0^\pi\bigl(\sin(1+n)t + \sin(1-n)t\bigr)\dd t = \frac2\pi\cdot\frac{1 + \cos n\pi}{1 - n^2}

pour n1n \neq 1 (et a1=0a_1 = 0 directement) : nul pour nn impair, et a2k=4π(4k21)a_{2k} = \frac{-4}{\pi(4k^2-1)}. D’après le Théorème 14.10 (1) la convergence est normale, et

sint=2π4πk1cos(2kt)4k21(tR).\abs{\sin t} = \frac{2}{\pi} - \frac{4}{\pi} \sum_{k\geq1}\frac{\cos(2kt)}{4k^2 - 1} \qquad (t \in \R) .

Vérification intégrée en t=0t = 0 : l’identité exige k114k21=12\sum_{k\geq1}\frac{1}{4k^2-1} = \frac12, ce que le télescopage confirme :

k114k21=12k1(12k112k+1)=12.\sum_{k\geq1}\frac{1}{4k^2-1} = \frac12\sum_{k\geq1}\Bigl(\frac{1}{2k-1} - \frac{1}{2k+1}\Bigr) = \frac12 . \checkmark

Éclairage final : le spectre de sin\abs{\sin} ne vit que sur les fréquences paires — redresser un sinus double son contenu fréquentiel, ce qui explique pourquoi les redresseurs pleine onde bourdonnent à 100100 ou 120120 hertz, le double de la fréquence du secteur.

Exemple 14.14 (Parseval comme machine à calculer)

Parseval transforme les développements en séries numériques en gros. Appliquons-le à f(t)=tf(t) = \abs t (Exercice 14.2 : a0=πa_0 = \pi, an=4πn2a_n = \frac{-4}{\pi n^2} pour nn impair, le reste nul) :

12πππt2 ⁣dt=π23=a024+12n impairan2=π24+8π2n impair1n4,\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}t^2\,\dd t = \frac{\pi^2}{3} = \frac{a_0^2}{4} + \frac12\sum_{n \text{ impair}} a_n^2 = \frac{\pi^2}{4} + \frac{8}{\pi^2}\sum_{n\text{ impair}}\frac{1}{n^4} ,

d’où

n impair1n4=π28(π23π24)=π496.\sum_{n\text{ impair}}\frac{1}{n^4} = \frac{\pi^2}{8}\Bigl(\frac{\pi^2}{3} - \frac{\pi^2}{4}\Bigr) = \frac{\pi^4}{96} .

Recoupement avec l’Exercice 14.3 : en scindant 1n4\sum\frac1{n^4} en parties impaire et paire on obtient la comptabilité à la ζ\zeta S=Simpair+S16S = S_{\mathrm{impair}} + \frac{S}{16}, donc S=1615π496=π490S = \frac{16}{15}\cdot\frac{\pi^4}{96} = \frac{\pi^4}{90} — exactement la valeur trouvée là-bas par une autre fonction. Deux développements, un nombre : la cohérence, c’est l’isométrie de Parseval à l’œuvre. Éclairage final : chaque nouveau développement de Fourier est une machine à engendrer des identités de séries ; la Partie II du devoir explique pourquoi la machine ne peut jamais se contredire.

Le signal carré (gris) et les sommes partielles de Fourier S_1 (bleu) et S_9 (rouge) : convergence en tout point de continuité, mais un dépassement persistant de 9\% près des sauts — le phénomène de Gibbs. La convergence uniforme échoue précisément parce que la limite est discontinue.
Le signal carré (gris) et les sommes partielles de Fourier S1S_1 (bleu) et S9S_9 (rouge) : convergence en tout point de continuité, mais un dépassement persistant de 9%\sim 9\% près des sauts — le phénomène de Gibbs. La convergence uniforme échoue précisément parce que la limite est discontinue.

Exemple 14.15 (Translation et modulation)

Deux règles d’une ligne engendrent de nombreux développements à partir d’un seul. Pour aRa \in \R, en substituant s=tas = t - a :

cn(f(a))=12πππf(ta)eint ⁣dt=einacn(f)(la translation module le spectre),c_n\bigl(f(\cdot - a)\bigr) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t - a)\eu^{-\iu nt}\dd t = \eu^{-\iu na}\,c_n(f) \qquad\text{(la translation module le spectre)},

et directement à partir de la définition,

cn(eiktf)=cnk(f)(la modulation translate le spectre).c_n\bigl(\eu^{\iu kt}f\bigr) = c_{n-k}(f) \qquad\text{(la modulation translate le spectre)}.

Instance travaillée : la dent de scie décalée de π\pi, g(t)=f(tπ)g(t) = f(t - \pi) avec f(t)=tf(t) = t, a pour coefficients bnb_n (1)n2(1)n+1n=2n(-1)^n\cdot\frac{2(-1)^{n+1}}{n} = -\frac2n : le développement g2sinntng \sim -2\sum\frac{\sin nt}{n} de la dent de scie qui saute en 00 au lieu de π\pi — aucune intégrale recalculée. Éclairage final : les décalages temporels ne font que tourner les phases, jamais les amplitudes (cn\abs{c_n} est invariant par décalage), ce qui explique pourquoi l’énergie (Parseval) et la classe de convergence sont des propriétés de la forme du signal, et non de l’endroit où l’horloge démarre.

Remarque 14.16 (Pièges classiques)

(i) Trois convergences, trois monnaies : simple (Dirichlet : demande C1C^1 par morceaux, paie le milieu à chaque saut — jamais la valeur unilatérale), uniforme (demande une limite continue ; impossible à travers un saut, Gibbs en est le symptôme visible), et en moyenne quadratique (Parseval : la plus robuste, aveugle aux points individuels). Toujours nommer celle qu’on revendique. (ii) Pas de dérivation terme à terme par défaut : dériver terme à terme la série de la dent de scie de l’Exemple 14.12 donne 2(1)n+1cosnt\sum 2(-1)^{n+1}\cos nt, dont les termes ne tendent même pas vers 00 — les théorèmes de transfert du chapitre sur les suites de fonctions demandent la convergence uniforme de la série dérivée, que le saut détruit. La régularité d’abord, la dérivation ensuite (Exercice 14.6 est le dictionnaire). (iii) Sommes partielles symétriques : le théorème de Dirichlet concerne SN=NNS_N = \sum_{-N}^{N} ; réarranger ou sommer un côté d’abord peut changer la divergence en convergence et inversement. (iv) Dérive de normalisation : les conventions diffèrent d’un ouvrage à l’autre (12π\frac{1}{2\pi} ou 1π\frac1\pi devant, période 2π2\pi ou 11) ; les invariants fiables sont les relations d’orthonormalité — recalculer em,en\langle e_m, e_n\rangle dans la convention en présence avant de se fier à une formule.

Remarque 14.17 (Où cela sert)

Parseval est le germe de la théorie L2L^2 des séries de Fourier : le volume de Licence 3 complète le tableau (les exponentielles forment une base hilbertienne de L2L^2, et l’application f(cn)f \mapsto (c_n) est une isométrie bijective). Au sein de ce volume, le devoir démontre le théorème de Fejér — les moyennes de Cesàro de la série de Fourier convergent uniformément pour toute fonction ff continue périodique — qui promeut le Parseval général admis en un théorème, fournit le théorème de Weierstrass trigonométrique, et rapporte deux dividendes spectaculaires : le théorème d’équirépartition de Weyl et l’inégalité isopérimétrique. Les mathématiques appliquées lisent ce chapitre au quotidien : spectres de signaux, harmoniques des systèmes vibrants, et la transformée de Fourier rapide (dont l’avatar fini était l’Exercice 13.10).

Remarque 14.18 (Perspectives dans ce volume)

Trois chapitres dialoguent avec celui-ci. En amont : le chapitre hermitien a fourni la géométrie (familles orthonormées, projections, Bessel), et le chapitre sur les suites de fonctions l’analyse (convergence uniforme, théorèmes de transfert, identités approchées — le noyau de Fejér est aux séries de Fourier ce que les polynômes de Bernstein étaient à Weierstrass). Latéralement : la théorie au bord du chapitre sur les séries entières revient via la sommation d’Abel, réalisée ici par le noyau de Poisson (Exercice 14.12) — le rayon rr du disque jouant le rôle du paramètre de sommation. En aval : le chapitre sur les équations différentielles décompose un forçage périodique en harmoniques et alimente chacune à la réponse en fréquence de l’oscillateur ; la résonance survient lorsqu’un mode de Fourier de l’entrée coïncide avec une fréquence propre, ce qui explique pourquoi son devoir et celui de ce chapitre sont deux moitiés d’une même histoire.

Le noyau de Dirichlet D_8 (bleu) oscille et prend des valeurs négatives ; le noyau de Fejér F_8 (rouge) est positif, se concentre en 0, et a pour moyenne 1 : une identité approchée. La positivité est exactement ce qui manque au noyau de Dirichlet, et ce qui rend le théorème de Fejér du devoir inconditionnel.
Le noyau de Dirichlet D8D_8 (bleu) oscille et prend des valeurs négatives ; le noyau de Fejér F8F_8 (rouge) est positif, se concentre en 00, et a pour moyenne 11 : une identité approchée. La positivité est exactement ce qui manque au noyau de Dirichlet, et ce qui rend le théorème de Fejér du devoir inconditionnel.

14.3 Exercices

Exercice 14.1

Calculer les coefficients de Fourier du signal carré (f=1f = -1 sur (π,0)\intoo{-\pi}{0}, +1+1 sur (0,π)\intoo{0}{\pi}), énoncer la conclusion de Dirichlet en t=π2t = \frac\pi2 et au saut t=0t = 0, et retrouver la série de Leibniz.

Solution

Solution de Exercice 14.1.

L’imparité tue les ana_n. Pour n1n \geq 1 :

bn=2π0πsinnt ⁣dt=2π1(1)nn={4πnn impair,0n pair.b_n = \frac{2}{\pi}\int_0^{\pi} \sin nt\,\dd t = \frac{2}{\pi}\cdot\frac{1 - (-1)^n}{n} = \begin{cases} \frac{4}{\pi n} & n \text{ impair},\\ 0 & n \text{ pair}. \end{cases}

Donc S(f)(t)=4πk0sin((2k+1)t)2k+1S(f)(t) = \frac{4}{\pi}\sum_{k\geq0} \frac{\sin\bigl((2k+1)t \bigr)}{2k+1}. Dirichlet en t=π2t = \frac\pi2 (un point de continuité, valeur 11) : sin((2k+1)π2)=(1)k\sin\bigl((2k+1)\frac\pi2\bigr) = (-1)^k, donnant

1=4πk0(1)k2k+1k0(1)k2k+1=π4(Leibniz).1 = \frac4\pi \sum_{k\geq0}\frac{(-1)^k}{2k+1} \quad\Longrightarrow\quad \sum_{k\geq0}\frac{(-1)^k}{2k+1} = \frac{\pi}{4} \quad\text{(Leibniz)}.

Au saut t=0t = 0 : la série somme vers 0=f(0+)+f(0)20 = \frac{f(0^+) + f(0^-)}{2}, comme Dirichlet le prescrit (chaque terme s’annule : cohérent).

Exercice 14.2

Développer f(t)=tf(t) = \abs t (tπ\abs t \leq \pi, 2π2\pi-périodique) en série de Fourier ; justifier la convergence normale ; évaluer en t=0t = 0 pour obtenir k01(2k+1)2=π28\sum_{k\geq0}\frac{1}{(2k+1)^2} = \frac{\pi^2}{8}, et en redéduire Bâle.

Solution

Solution de Exercice 14.2.

La parité tue les bnb_n ; a0=1πππt ⁣dt=πa_0 = \frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^\pi\abs t\,\dd t = \pi, et pour n1n \geq 1 :

an=2π0πtcosnt ⁣dt=2π(1)n1n2={4πn2n impair,0n pair,a_n = \frac{2}{\pi}\int_0^\pi t\cos nt\,\dd t = \frac{2}{\pi}\cdot\frac{(-1)^n - 1}{n^2} = \begin{cases} -\frac{4}{\pi n^2} & n \text{ impair},\\ 0 & n \text{ pair}, \end{cases}

(une intégration par parties). D’où

t=π24πk0cos((2k+1)t)(2k+1)2,\abs t = \frac{\pi}{2} - \frac{4}{\pi}\sum_{k\geq0} \frac{\cos\bigl((2k+1)t\bigr)}{(2k+1)^2} ,

avec convergence normale ((2k+1)2<\sum (2k+1)^{-2} < \infty) — comme le Théorème 14.10 (1) le prédit pour cette fonction continue et C1C^1 par morceaux. En t=0t = 0 :

0=π24πk01(2k+1)2k01(2k+1)2=π28.0 = \frac\pi2 - \frac4\pi\sum_{k\geq0}\frac{1}{(2k+1)^2} \quad\Longrightarrow\quad \sum_{k\geq0}\frac{1}{(2k+1)^2} = \frac{\pi^2}{8} .

En scindant 1n2\sum \frac{1}{n^2} en parties impaire et paire : S=π28+S4S = \frac{\pi^2}{8} + \frac S4, donc S=π26S = \frac{\pi^2}{6} : Bâle de nouveau.

Exercice 14.3

Développer f(t)=t2f(t) = t^2 (tπ\abs t \leq \pi) et en déduire

n1(1)n+1n2=π212,n11n4=π490(Parseval).\sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n+1}}{n^2} = \frac{\pi^2}{12}, \qquad \sum_{n\geq1}\frac{1}{n^4} = \frac{\pi^4}{90} \quad\text{(Parseval)}.
Solution

Solution de Exercice 14.3.

Parité : bn=0b_n = 0 ; a0=1πππt2=2π23a_0 = \frac{1}{\pi}\int_{-\pi}^{\pi} t^2 = \frac{2\pi^2}{3} ; deux intégrations par parties donnent an=4(1)nn2a_n = \frac{4(-1)^n}{n^2} (n1n \geq 1). D’où

t2=π23+4n1(1)nn2cosnt(tπ),t^2 = \frac{\pi^2}{3} + 4\sum_{n\geq1} \frac{(-1)^n}{n^2}\cos nt \qquad (\abs t \leq \pi),

normalement convergente. En t=0t = 0 : 0=π23+4(1)nn20 = \frac{\pi^2}{3} + 4\sum\frac{(-1)^n}{n^2}, c’est-à-dire n1(1)n+1n2=π212\sum_{n\geq1} \frac{(-1)^{n+1}}{n^2} = \frac{\pi^2}{12}. Parseval :

12πππt4 ⁣dt=π45=a024+12n1an2=π49+8n11n4,\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} t^4\,\dd t = \frac{\pi^4}{5} = \frac{a_0^2}{4} + \frac12\sum_{n\geq1} a_n^2 = \frac{\pi^4}{9} + 8\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^4} ,

donc 1n4=18(π45π49)=π490\sum \frac{1}{n^4} = \frac18\bigl(\frac{\pi^4}{5} - \frac{\pi^4}{9}\bigr) = \frac{\pi^4}{90}.

Exercice 14.4 ★★

Soit ff continue 2π2\pi-périodique avec cn(f)=0c_n(f) = 0 pour tout nn. Prouver f=0f = 0 (Parseval — pour quelle classe est-il démontré ici ? justifier que continuité plus C1C^1 par morceaux peut être abandonné en admettant le Parseval général, ou donner l’argument de densité en esquisse).

Solution

Solution de Exercice 14.4.

Si de plus ff est C1C^1 par morceaux : Parseval (démontré) donne f22=cn2=0\norm f_2^2 = \sum\abs{c_n}^2 = 0, et la stricte positivité de l’intégrale de la fonction continue f2\abs f^2 force f=0f = 0.

Pour ff seulement continue, admettons le Parseval général : même démonstration d’une ligne. (Esquisse de la voie par densité : l’approximation trigonométrique de type Fejér/Weierstrass montre que les polynômes trigonométriques sont 2\norm\cdot_2-denses parmi les fonctions continues périodiques ; puisque ff \perp tous, f22=f,fPf2fP2\norm f_2^2 = \langle f, f - P\rangle \leq \norm f_2\norm{f - P}_2 pour des approximants PP, forçant f2=0\norm f_2 = 0.)

Exercice 14.5 ★★

Pour αZ\alpha \notin \Z, développer f(t)=cos(αt)f(t) = \cos(\alpha t) (tπ\abs t \leq \pi) et en déduire le développement en éléments simples de la cotangente :

πcot(πα)=1α+n12αα2n2.\pi\cot(\pi\alpha) = \frac{1}{\alpha} + \sum_{n\geq1} \frac{2\alpha}{\alpha^2 - n^2} .
Solution

Solution de Exercice 14.5.

Parité : bn=0b_n = 0 ;

an=2π0πcos(αt)cos(nt) ⁣dt=2π(1)nαsin(πα)α2n2a_n = \frac{2}{\pi}\int_0^\pi \cos(\alpha t)\cos(nt)\,\dd t = \frac{2}{\pi}\cdot \frac{(-1)^n\,\alpha\sin(\pi\alpha)}{\alpha^2 - n^2}

(produit-somme, puis intégrer ; a0=2sin(πα)παa_0 = \frac{2\sin(\pi\alpha)}{\pi\alpha}). Dirichlet en t=πt = \pi (un point de continuité du prolongement périodique, dont les valeurs unilatérales coïncident par parité) :

cos(πα)=sin(πα)πα+n12αsin(πα)π(α2n2)(1)ncos(nπ)=sin(πα)π(1α+n12αα2n2),\cos(\pi\alpha) = \frac{\sin(\pi\alpha)}{\pi\alpha} + \sum_{n\geq1} \frac{2\alpha\sin(\pi\alpha)}{\pi(\alpha^2 - n^2)}\,(-1)^n\cos(n\pi) = \frac{\sin(\pi\alpha)}{\pi}\Bigl(\frac{1}{\alpha} + \sum_{n\geq1}\frac{2\alpha}{\alpha^2 - n^2}\Bigr),

en utilisant (1)ncosnπ=1(-1)^n\cos n\pi = 1. En divisant par sin(πα)/π\sin(\pi\alpha)/\pi on obtient le développement de la cotangente.

Exercice 14.6 ★★

Prouver que si ff est 2π2\pi-périodique et CkC^k avec f(k)f^{(k)} continue par morceaux, alors cn(f)=O(nk)c_n(f) = O\bigl(\abs n^{-k}\bigr) : régularité du signal == décroissance de son spectre.

Solution

Solution de Exercice 14.6.

En itérant cn(f)=incn(f)c_n(f') = \iu n\,c_n(f) (kk fois, intégration par parties à travers les morceaux CkC^{k} avec des valeurs de bord concordantes) : cn(f(k))=(in)kcn(f)c_n(f^{(k)}) = (\iu n)^k c_n(f). Les coefficients de f(k)f^{(k)}, continue par morceaux, sont bornés (et même 0\to 0, Bessel) :

cn(f)=cn(f(k))nk=O(nk).\abs{c_n(f)} = \frac{\abs{c_n(f^{(k)})}}{\abs n^k} = O\bigl(\abs n^{-k}\bigr) .

Exercice 14.7 ★★★

(Inégalité de Wirtinger) Soit ff de classe C1C^1, 2π2\pi-périodique, avec ππf=0\int_{-\pi}^{\pi} f = 0. Prouver

ππf2ππf2,\int_{-\pi}^{\pi} \abs{f}^2 \leq \int_{-\pi}^{\pi} \abs{f'}^2 ,

avec égalité si et seulement si f(t)=acost+bsintf(t) = a\cos t + b\sin t. (Parseval des deux côtés ; comparer cn2\abs{c_n}^2 et n2cn2n^2\abs{c_n}^2.)

Solution

Solution de Exercice 14.7.

Parseval pour ff et pour ff' (les deux légitimes : ff est C1C^1, ff' continue par morceaux — et même continue) :

12πf2=n0cn2(c0=0 par l’hypotheˋse de moyenne nulle),12πf2=n0n2cn2.\frac{1}{2\pi}\int \abs f^2 = \sum_{n\neq0} \abs{c_n}^2 \quad (c_0 = 0 \text{ par l'hypothèse de moyenne nulle}), \qquad \frac{1}{2\pi}\int \abs{f'}^2 = \sum_{n\neq0} n^2\abs{c_n}^2 .

Terme à terme, n2cn2cn2n^2\abs{c_n}^2 \geq \abs{c_n}^2 pour n1\abs n \geq 1 : l’inégalité s’ensuit. L’égalité force (n21)cn2=0(n^2 - 1)\abs{c_n}^2 = 0 pour tout nn, c’est-à-dire cn=0c_n = 0 pour n2\abs n \geq 2 : f(t)=c1eit+c1eit=acost+bsintf(t) = c_1\eu^{\iu t} + c_{-1}\eu^{-\iu t} = a\cos t + b\sin t (forme réelle) ; réciproquement de telles ff donnent l’égalité.

Exercice 14.8 ★★★

(La constante de Gibbs) Pour le signal carré de l’Exercice 14.1, évaluer la somme partielle en xN=π2Nx_N = \frac{\pi}{2N} : en posant uk=(2k+1)π2Nu_k = \frac{(2k+1)\pi}{2N} et Δu=πN\Delta u = \frac{\pi}{N}, montrer que

S2N1(π2N)=4πk=0N1sinuk2k+1=2πk=0N1sinukukΔuN2π0πsinuu ⁣du1.179:S_{2N-1}\Bigl(\frac{\pi}{2N}\Bigr) = \frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{N-1} \frac{\sin u_k}{2k+1} = \frac{2}{\pi}\sum_{k=0}^{N-1} \frac{\sin u_k}{u_k}\,\Delta u \xrightarrow[N\to\infty]{} \frac{2}{\pi}\int_0^{\pi}\frac{\sin u}{u}\,\dd u \approx 1.179 :

une somme de Riemann de 2πsinuu\frac{2}{\pi}\cdot\frac{\sin u}{u} sur [0,π]\intcc{0}{\pi} aux milieux. Conclure que le dépassement au-delà de la valeur de saut 11 ne s’annule pas quand NN \to \infty.

Solution

Solution de Exercice 14.8.

D’après l’Exercice 14.1, S2N1(x)=4πk=0N1sin((2k+1)x)2k+1S_{2N-1}(x) = \frac4\pi\sum_{k=0}^{N-1}\frac{\sin((2k+1)x)}{2k+1}. En xN=π2Nx_N = \frac{\pi}{2N}, avec uk=(2k+1)xN=(2k+1)π2Nu_k = (2k+1)x_N = \frac{(2k+1)\pi}{2N} :

S2N1(xN)=4πk=0N1sinuk2k+1=4πk=0N1sinukukuk2k+1=2πk=0N1sinukukπN,S_{2N-1}(x_N) = \frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{N-1}\frac{\sin u_k}{2k+1} = \frac{4}{\pi}\sum_{k=0}^{N-1}\frac{\sin u_k}{u_k}\cdot \frac{u_k}{2k+1} = \frac{2}{\pi}\sum_{k=0}^{N-1}\frac{\sin u_k}{u_k}\cdot \frac{\pi}{N},

puisque uk2k+1=π2N\frac{u_k}{2k+1} = \frac{\pi}{2N}. Les points uku_k sont les milieux des NN sous-intervalles de [0,π]\intcc{0}{\pi} de longueur πN\frac{\pi}{N} : la somme est une somme de Riemann aux milieux de la fonction continue usinuuu \mapsto \frac{\sin u}{u}, donc converge vers

2π0πsinuu ⁣du2π×1.85191.179.\frac{2}{\pi}\int_0^\pi \frac{\sin u}{u}\,\dd u \approx \frac{2}{\pi}\times 1.8519 \approx 1.179 .

Les sommes partielles près du saut dépassent la valeur 11 de 18%\approx 18\% du demi-saut à jamais : le phénomène de Gibbs, quantifié.

Exercice 14.9

Développer cos3t\cos^3 t et sin2tcost\sin^2 t\,\cos t en série de Fourier (linéariser ; un polynôme trigonométrique est sa propre série de Fourier, par unicité des coefficients). Quels sont cnc_n, ana_n, bnb_n pour chacun ?

Solution

Solution de Exercice 14.9.

À partir de cos3t=4cos3t3cost\cos 3t = 4\cos^3t - 3\cos t :

cos3t=3cost+cos3t4,sin2tcost=costcos3t=costcos3t4.\cos^3 t = \frac{3\cos t + \cos 3t}{4}, \qquad \sin^2t\,\cos t = \cos t - \cos^3 t = \frac{\cos t - \cos 3t}{4} .

Chacun est un polynôme trigonométrique, donc égal à sa propre série de Fourier (unicité des coefficients : deux développements différeraient d’un polynôme trigonométrique dont tous les coefficients sont nuls). Pour cos3t\cos^3t : a1=34a_1 = \frac34, a3=14a_3 = \frac14, tous les autres ana_n et tous les bnb_n nuls ; c±1=38c_{\pm1} = \frac38, c±3=18c_{\pm3} = \frac18. Pour sin2tcost\sin^2t\cos t : a1=14a_1 = \frac14, a3=14a_3 = -\frac14 ; c±1=18c_{\pm1} = \frac18, c±3=18c_{\pm3} = -\frac18.

Exercice 14.10 ★★

Soit a>0a > 0 et f(t)=eatf(t) = \eu^{at} sur (π,π]\intoc{-\pi}{\pi}, prolongée de manière 2π2\pi-périodique. Calculer

cn(f)=(1)nsinh(aπ)π(ain),c_n(f) = \frac{(-1)^n\sinh(a\pi)}{\pi(a - \iu n)} ,

appliquer le théorème de Dirichlet au saut t=πt = \pi, et en déduire le développement en éléments simples de la cotangente hyperbolique :

coth(πa)=1πa+n12aπ(a2+n2).\coth(\pi a) = \frac{1}{\pi a} + \sum_{n\geq1} \frac{2a}{\pi(a^2 + n^2)} .
Solution

Solution de Exercice 14.10.

Calcul direct :

cn=12πππe(ain)t ⁣dt=e(ain)πe(ain)π2π(ain)=(1)nsinh(aπ)π(ain),c_n = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\eu^{(a - \iu n)t}\dd t = \frac{\eu^{(a-\iu n)\pi} - \eu^{-(a - \iu n)\pi}} {2\pi(a - \iu n)} = \frac{(-1)^n\sinh(a\pi)}{\pi(a - \iu n)} ,

en utilisant e±inπ=(1)n\eu^{\pm\iu n\pi} = (-1)^n. En t=πt = \pi le prolongement périodique saute de eaπ\eu^{a\pi} à eaπ\eu^{-a\pi} ; Dirichlet (sommes partielles symétriques) donne

cosh(aπ)=nZ(1)ncn=sinh(aπ)π(1a+n1(1ain+1a+in))=sinh(aπ)π(1a+n12aa2+n2),\cosh(a\pi) = \sum_{n\in\Z}(-1)^n c_n\, = \frac{\sinh(a\pi)}{\pi}\Bigl(\frac1a + \sum_{n\geq1}\Bigl(\frac{1}{a - \iu n} + \frac{1}{a + \iu n}\Bigr)\Bigr) = \frac{\sinh(a\pi)}{\pi}\Bigl(\frac1a + \sum_{n\geq1}\frac{2a}{a^2 + n^2}\Bigr) ,

les parties imaginaires des termes appariés se compensant. En divisant par sinh(aπ)\sinh(a\pi) :

coth(πa)=1πa+n12aπ(a2+n2),\coth(\pi a) = \frac{1}{\pi a} + \sum_{n\geq1}\frac{2a}{\pi(a^2 + n^2)} ,

le jumeau hyperbolique de l’Exercice 14.5.

Exercice 14.11 ★★

(Convolution) Pour f,gf, g continues et 2π2\pi-périodiques on définit

(fg)(x)=12πππf(xt)g(t) ⁣dt.(f * g)(x) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(x - t)\,g(t)\, \dd t .

Montrer que fg=gff * g = g * f, que cn(fg)=cn(f)cn(g)c_n(f*g) = c_n(f)\,c_n(g) (pour échanger les deux intégrales d’un intégrande continu, comparer les deux fonctions de la borne supérieure : toutes deux s’annulent au bord gauche et ont la même dérivée, par continuité et dérivation sous le signe intégral), et que SN(f)=fDNS_N(f) = f * D_N pour le noyau de Dirichlet. (Les moyennes de Fejér du devoir sont de même des convolutions, σN(f)=fFN\sigma_N(f) = f * F_N.)

Solution

Solution de Exercice 14.11.

Commutativité : substituer s=xts = x - t et utiliser la périodicité de l’intégrande. Pour cn(fg)c_n(f * g), l’intégrande (x,t)f(xt)g(t)einx(x, t) \mapsto f(x-t)g(t)\eu^{-\iu nx} est continu ; les deux intégrales itérées coïncident (toutes deux, en tant que fonctions de la borne supérieure de la variable extérieure, s’annulent au bord gauche et ont la même dérivée — continuité plus Théorème 9.10 justifient la dérivation de l’intégrale itérée). D’où

cn(fg)=12πππg(t)eint(12πππf(xt)ein(xt) ⁣dx) ⁣dt=cn(f)cn(g),c_n(f*g) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} g(t)\,\eu^{-\iu nt} \Bigl(\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} f(x-t)\,\eu^{-\iu n(x-t)}\dd x\Bigr)\dd t = c_n(f)\,c_n(g),

l’intégrale interne valant cn(f)c_n(f) pour tout tt (substitution et périodicité). Enfin le Lemme 14.5 dit que SN(f)(x)=12πf(x+u)DN(u) ⁣duS_N(f)(x) = \frac{1}{2\pi}\int f(x+u)D_N(u)\dd u ; la substitution utu \mapsto -t et la parité de DND_N en font (fDN)(x)(f * D_N)(x).

Exercice 14.12 ★★★

(Noyau de Poisson : moyennes d’Abel des séries de Fourier) Pour 0r<10 \leq r < 1 on pose Pr(t)=nZrneintP_r(t) = \sum_{n\in\Z} r^{\abs n}\eu^{\iu nt}.

  1. Sommer les deux séries géométriques et montrer

    Pr(t)=1r212rcost+r2>0,12πππPr=1.P_r(t) = \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos t + r^2} > 0, \qquad \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}P_r = 1 .
  2. Montrer que pour δtπ\delta \leq \abs t \leq \pi : Pr(t)1r212rcosδ+r20P_r(t) \leq \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos\delta + r^2} \to 0 quand r1r \to 1^-, uniformément.
  3. En déduire que pour toute fonction ff continue 2π2\pi-périodique, les moyennes d’Abel (fPr)(x)=nrncn(f)einx(f * P_r)(x) = \sum_n r^{\abs n}c_n(f)\,\eu^{\iu nx} convergent vers ff uniformément quand r1r \to 1^- — la sœur à paramètre continu du théorème de Fejér, et l’incarnation de Fourier de la sommation d’Abel du chapitre sur les séries entières.
Solution

Solution de Exercice 14.12.

  1. Avec w=reitw = r\eu^{\iu t} :

    Pr(t)=1+2w1w=1+w1w=1w21w2=1r212rcost+r2>0.P_r(t) = 1 + 2\,\Re\frac{w}{1 - w} = \Re\frac{1 + w}{1 - w} = \frac{1 - \abs w^2}{\abs{1 - w}^2} = \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos t + r^2} > 0 .

    Moyenne 11 : l’intégration terme à terme de la série normalement convergente ne garde que n=0n = 0.

  2. Pour δtπ\delta \leq \abs t \leq \pi : costcosδ\cos t \leq \cos\delta, donc Pr(t)1r212rcosδ+r2P_r(t) \leq \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos\delta + r^2}, dont le dénominateur tend vers 22cosδ>02 - 2\cos\delta > 0 tandis que le numérateur tend vers 00 : convergence uniforme vers 00 en dehors de tout voisinage de 00.
  3. L’intégration terme à terme (convergence normale en tt) donne (fPr)(x)=nrncn(f)einx(f * P_r)(x) = \sum_n r^{\abs n}c_n(f)\eu^{\iu nx}. L’argument d’identité approchée : avec moyenne 11 et positivité,

    (fPr)(x)f(x)12πππf(xt)f(x)Pr(t) ⁣dt,\abs{(f*P_r)(x) - f(x)} \leq \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi} \abs{f(x-t) - f(x)}\,P_r(t)\,\dd t ,

    scinder en t=δ\abs t = \delta : au plus ε\varepsilon (Heine) plus 2fsupδtπPrε2\norm f_\infty\sup_{\delta\leq\abs t\leq\pi}P_r \to \varepsilon : convergence uniforme quand r1r \to 1^-. C’est la sommation d’Abel de la série de Fourier — le jumeau de Fourier de la théorie au bord du chapitre sur les séries entières.

14.4 Problème : le théorème de Fejér et ses dividendes

Problème 14.1

Le théorème de Dirichlet demande ff C1C^1 par morceaux ; pour ff seulement continue les sommes partielles SN(f)S_N(f) peuvent mal se comporter. La découverte de Fejér : leurs moyennes de Cesàro ne le font jamais. Le moteur est la positivité du noyau de Fejér, et la moisson est immense : approximation trigonométrique uniforme (Weierstrass), unicité des coefficients de Fourier, Parseval pour toute fonction de ce chapitre (levant l’« admis » du Théorème 14.10), le théorème d’équirépartition de Weyl, et — couronnant un siècle de géométrie — l’inégalité isopérimétrique. Dans tout le problème, ff est 2π2\pi-périodique et continue par morceaux, et

σN(f)=S0(f)+S1(f)++SN1(f)N.\sigma_N(f) = \frac{S_0(f) + S_1(f) + \dots + S_{N-1}(f)}{N} .

Partie I — Le noyau de Fejér.

  1. Montrer que σN(f)(x)=12πππf(x+u)FN(u) ⁣du\sigma_N(f)(x) = \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(x+u)\,F_N(u)\,\dd u avec FN=D0++DN1NF_N = \frac{D_0 + \dots + D_{N-1}}{N}, et que 12πππFN=1\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}F_N = 1.
  2. Prouver la forme fermée, pour u2πZu \notin 2\pi\Z :

    FN(u)=1Nsin2(Nu2)sin2(u2)    0F_N(u) = \frac{1}{N}\, \frac{\sin^2\bigl(\frac{Nu}{2}\bigr)} {\sin^2\bigl(\frac u2\bigr)} \;\geq\; 0

    (sommer sin((n+12)u)\sin\bigl((n+\frac12)u\bigr) comme la partie imaginaire d’une série géométrique).

  3. Montrer l’estimation de concentration : pour 0<δuπ0 < \delta \leq \abs u \leq \pi,

    FN(u)1Nsin2δ2N0uniformeˊment:F_N(u) \leq \frac{1}{N\sin^2\frac\delta2} \xrightarrow[N\to\infty]{} 0 \quad\text{uniformément} :

    (FN)(F_N) est une identité approchée positive.

  4. (Théorème de Fejér) Prouver : si ff est continue et 2π2\pi-périodique, alors σN(f)f\sigma_N(f) \to f uniformément sur R\R (scinder l’intégrale de (f(x+u)f(x))FN(u)\bigl(f(x+u) - f(x)\bigr)F_N(u) en u=δ\abs u = \delta ; utiliser Heine et les questions 1–3).
  5. Pour ff continue par morceaux, montrer la version ponctuelle σN(f)(x)f(x+)+f(x)2\sigma_N(f)(x) \to \frac{f(x^+) + f(x^-)}{2} en tout xx, et la majoration uniforme σN(f)f\norm{\sigma_N(f)}_\infty \leq \norm f_\infty (positivité !).

Partie II — Weierstrass, unicité, Parseval.

  1. (Weierstrass trigonométrique) En déduire : toute fonction continue 2π2\pi-périodique est limite uniforme de polynômes trigonométriques.
  2. (Unicité) En déduire : une fonction ff continue avec cn(f)=0c_n(f) = 0 pour tout nn est identiquement nulle — deux fonctions continues périodiques ayant les mêmes coefficients de Fourier coïncident (Exercice 14.4, maintenant sans admission).
  3. (Parseval, cas continu) En utilisant la propriété de projection de SNS_N (Proposition 14.2) et σNfTN1TN\sigma_Nf \in \mathcal T_{N-1} \subseteq \mathcal T_N, prouver

    fSNf2fσNf2fσNfN0,\norm{f - S_Nf}_2 \leq \norm{f - \sigma_Nf}_2 \leq \norm{f - \sigma_Nf}_\infty \xrightarrow[N\to\infty]{} 0 ,

    et conclure l’identité de Parseval pour toute fonction ff continue 2π2\pi-périodique.

  4. (Parseval, cas continu par morceaux) Étant donnée ff continue par morceaux et ε>0\varepsilon > 0, construire une fonction gg continue périodique avec fg2ε\norm{f - g}_2 \leq \varepsilon (remplacer ff par une interpolation affine sur de minuscules intervalles autour des sauts), et en déduire fSNf20\norm{f - S_Nf}_2 \to 0 (utiliser Bessel : SNh2h2\norm{S_Nh}_2 \leq \norm h_2) : Parseval vaut dans toute la généralité énoncée au Théorème 14.10 — l’« admis » a disparu.
  5. (Pas de Gibbs pour Fejér) Contraster avec l’Exercice 14.8 : montrer que pour le signal carré ff, σN(f)1\abs{\sigma_N(f)} \leq 1 partout, pour tout NN — la moyennisation de Cesàro efface le dépassement qui hante SNS_N. Expliquer en une phrase quelle propriété de FNF_N en est responsable.

Partie III — Vitesses.

  1. Prouver les deux majorations du noyau, pour 0<uπ0 < \abs u \leq \pi :

    FN(u)N,FN(u)π2Nu2F_N(u) \leq N, \qquad F_N(u) \leq \frac{\pi^2}{N u^2}

    (pour la première, sinNθNsinθ\abs{\sin N\theta} \leq N\abs{\sin\theta} par récurrence ; pour la seconde, sinu2uπ\sin\frac u2 \geq \frac{u}{\pi} sur [0,π]\intcc{0}{\pi}).

  2. En déduire l’estimation du premier moment

    12πππuFN(u) ⁣du    ClnNN(N2)\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\abs u\,F_N(u)\,\dd u \;\leq\; \frac{C\,\ln N}{N} \qquad (N \geq 2)

    pour une constante explicite (scinder en u=1N\abs u = \frac1N).

  3. Conclure : si ff est LL-lipschitzienne et 2π2\pi-périodique, alors

    σNffCLlnNN.\norm{\sigma_N f - f}_\infty \leq \frac{C\,L\ln N}{N} .
  4. (Saturation) Calculer σN(e1)\sigma_N(e_1) pour e1(t)=eite_1(t) = \eu^{\iu t} et montrer σNe1e1=1N\norm{\sigma_Ne_1 - e_1}_\infty = \frac1N : même pour les fonctions les plus régulières, Fejér ne converge pas plus vite que 1N\frac1N — l’exact analogue de la saturation de Bernstein dans le devoir du chapitre sur les suites de fonctions.
  5. (Localisation) Montrer : si ff (continue par morceaux) s’annule sur (xδ,x+δ)\intoo{x - \delta}{x + \delta}, alors σN(f)(x)0\sigma_N(f)(x) \to 0, aussi sauvage que soit ff ailleurs — la convergence des moyennes en xx ne voit que ff près de xx.

Partie IV — Le théorème d’équirépartition de Weyl. Une suite (xn)n1(x_n)_{n\geq1} de [0,1)\intco{0}{1} est équirépartie lorsque, pour tout intervalle [a,b][0,1]\intcc{a}{b} \subseteq \intcc{0}{1},

#{nN:xn[a,b]}NNba.\frac{\#\{n \leq N : x_n \in \intcc ab\}}{N} \xrightarrow[N\to\infty]{} b - a .
  1. Montrer que (xn)(x_n) est équirépartie dès que 1NnNf(xn)01f\frac1N\sum_{n\leq N}f(x_n) \to \int_0^1 f pour toute fonction ff continue 11-périodique (encadrer l’indicatrice de [a,b]\intcc ab entre deux fonctions continues affines par morceaux dont les intégrales diffèrent de ε\varepsilon).
  2. (Critère de Weyl, suffisance) Supposons

    1Nn=1Ne2iπkxnN0pour tout kZ{0}.\frac{1}{N}\sum_{n=1}^{N}\eu^{2\iu\pi kx_n} \xrightarrow[N\to\infty]{} 0 \qquad\text{pour tout } k \in \Z\setminus\{0\} .

    Montrer 1Nf(xn)01f\frac1N\sum f(x_n) \to \int_0^1f d’abord pour les polynômes trigonométriques, puis pour toute fonction ff continue 11-périodique par la question 6 (transportée à la période 11) : avec la question 16, (xn)(x_n) est équirépartie.

  3. Soit α\alpha irrationnel et xn={nα}x_n = \{n\alpha\} (partie fractionnaire). Majorer la somme géométrique

    n=1Ne2iπknα21e2iπkα(k0),\Bigl|\sum_{n=1}^{N}\eu^{2\iu\pi kn\alpha}\Bigr| \leq \frac{2}{\abs{1 - \eu^{2\iu\pi k\alpha}}} \qquad (k \neq 0),

    et conclure le théorème de Weyl : ({nα})(\{n\alpha\}) est équirépartie dans [0,1)\intco{0}{1}.

  4. En déduire que ({nα})(\{n\alpha\}) est dense dans [0,1]\intcc{0}{1} pour α\alpha irrationnel, et expliquer en une phrase pourquoi l’équirépartition est strictement plus forte que la densité.
  5. (Premiers chiffres) Prouver que la proportion d’entiers nNn \leq N tels que 2n2^n ait pour premier chiffre (décimal) 11 tend vers log1020.301\log_{10}2 \approx 0.301 (premier chiffre 11 signifie {nlog102}[0,log102)\{n\log_{10}2\} \in \intco{0}{\log_{10}2} ; montrer que log102\log_{10}2 est irrationnel).

Partie V — L’inégalité isopérimétrique. Soit Γ\Gamma une courbe fermée simple C1C^1 de longueur LL enfermant une aire algébrique AA, paramétrée par longueur d’arc mise à l’échelle : z(t)=x(t)+iy(t)z(t) = x(t) + \iu y(t), 2π2\pi-périodique, avec z(t)=L2π\abs{z'(t)} = \frac{L}{2\pi} constant ; l’aire enfermée est

A=1202π(xyyx) ⁣dt=1202πzz ⁣dtA = \frac12\int_0^{2\pi}\bigl(x\,y' - y\,x'\bigr)\dd t = \frac{1}{2}\,\Im\int_0^{2\pi}\conj{z}\,z'\,\dd t

(prise ici comme définition de l’aire algébrique ; le chapitre sur les intégrales multiples démontre qu’elle coïncide avec l’aire intuitive, via la formule de Green).

  1. Développer z(t)=nZcneintz(t) = \sum_{n\in\Z}c_n\eu^{\iu nt} (la série d’une fonction C1C^1, normalement convergente) et prouver, par Parseval appliqué à zz' :

    L22π=02πz2 ⁣dt=2πnZn2cn2.\frac{L^2}{2\pi} = \int_0^{2\pi}\abs{z'}^2\dd t = 2\pi\sum_{n\in\Z}n^2\abs{c_n}^2 .
  2. Prouver de même A=πnZncn2A = \pi\sum_{n\in\Z} n\,\abs{c_n}^2 (Parseval sous sa forme polarisée : 12πfg=cn(f)cn(g)\frac{1}{2\pi}\int\conj f g = \sum \conj{c_n(f)}c_n(g), appliqué à f=zf = z, g=zg = z').
  3. (Hurwitz) Conclure :

    L24πA=4π2nZ(n2n)cn2    0,L^2 - 4\pi A = 4\pi^2\sum_{n\in\Z} (n^2 - n)\abs{c_n}^2 \;\geq\; 0 ,

    avec égalité si et seulement si z(t)=c0+c1eitz(t) = c_0 + c_1\eu^{\iu t} — un cercle. L’inégalité isopérimétrique : parmi les courbes fermées de longueur LL, seul le cercle enferme l’aire L24π\frac{L^2}{4\pi}.

  4. Vérifications de cohérence : vérifier l’égalité pour le cercle de rayon RR et l’inégalité stricte pour le carré de côté aa ; expliquer pourquoi n2n0n^2 - n \geq 0 pour tout entier nn, y compris les négatifs, et où la vitesse constante du paramétrage a servi.
  5. Synthèse. En une phrase chacune : (i) l’unique propriété de FNF_N d’où découlent les Parties I–III, et qui manque à DND_N ; (ii) comment la sommation de Cesàro relie ici au devoir du chapitre sur les séries entières (Frobenius) ; (iii) quel dividende n’a utilisé que Weierstrass (question 6) et lequel a demandé Parseval complet ; (iv) une phrase sur ce qu’ajoute le volume de Licence 3 (complétude L2L^2 : les séries de Fourier comme base hilbertienne).
Solution

Solution de Problème 14.1.

1. En moyennant le Lemme 14.5 sur n=0,,N1n = 0, \dots, N-1 (linéarité de l’intégrale) on obtient σN(f)(x)=12πf(x+u)FN(u) ⁣du\sigma_N(f)(x) = \frac{1}{2\pi}\int f(x+u)F_N(u)\dd u ; chaque DnD_n a pour moyenne 11, donc FNF_N a pour moyenne 11.

2. Avec eiu1=2ieiu/2sinu2\eu^{\iu u} - 1 = 2\iu\,\eu^{\iu u/2}\sin\frac u2 :

n=0N1sin((n+12)u)=[eiu/2eiNu1eiu1]=1eiNu2sinu2=1cosNu2sinu2=sin2Nu2sinu2.\sum_{n=0}^{N-1}\sin\Bigl(\Bigl(n + \frac12\Bigr)u\Bigr) = \Im\Bigl[\eu^{\iu u/2}\,\frac{\eu^{\iu Nu} - 1}{\eu^{\iu u} - 1}\Bigr] = \Re\,\frac{1 - \eu^{\iu Nu}}{2\sin\frac u2} = \frac{1 - \cos Nu}{2\sin\frac u2} = \frac{\sin^2\frac{Nu}2}{\sin\frac u2} .

En divisant par Nsinu2N\sin\frac u2 :

FN(u)=1Nn=0N1sin((n+12)u)sinu2=1Nsin2Nu2sin2u20.F_N(u) = \frac1N\sum_{n=0}^{N-1} \frac{\sin\bigl((n+\frac12)u\bigr)}{\sin\frac u2} = \frac{1}{N}\, \frac{\sin^2\frac{Nu}{2}}{\sin^2\frac u2} \geq 0 .

3. Sur δuπ\delta \leq \abs u \leq \pi : sin2u2sin2δ2\sin^2\frac u2 \geq \sin^2\frac\delta2 et sin2Nu21\sin^2\frac{Nu}2 \leq 1 : FN1Nsin2(δ/2)0F_N \leq \frac{1}{N\sin^2(\delta/2)} \to 0, uniformément là.

4. Par la moyenne unité, σNf(x)f(x)=12π(f(x+u)f(x))FN(u) ⁣du\sigma_Nf(x) - f(x) = \frac{1}{2\pi}\int\bigl(f(x+u) - f(x)\bigr)F_N(u)\dd u. Étant donné ε\varepsilon, Heine fournit δ\delta avec f(x+u)f(x)ε\abs{f(x+u) - f(x)} \leq \varepsilon pour uδ\abs u \leq \delta, uniformément en xx. Alors, en utilisant FN0F_N \geq 0 et sa moyenne unité,

σNf(x)f(x)ε+2f12πδuπFNε+2fNsin2δ22ε\abs{\sigma_Nf(x) - f(x)} \leq \varepsilon + 2\norm f_\infty\cdot\frac{1}{2\pi} \int_{\delta\leq\abs u\leq\pi}F_N \leq \varepsilon + \frac{2\norm f_\infty}{N\sin^2\frac\delta2} \leq 2\varepsilon

pour NN grand, uniformément en xx : le théorème de Fejér.

5. FNF_N est paire de moyenne 11 : chaque moitié [0,π]\intcc{0}{\pi}, [π,0]\intcc{-\pi}{0} porte une moyenne 12\frac12. Alors

σNf(x)f(x+)+f(x)2=12π0π(f(x+u)f(x+))FN ⁣du+12ππ0(f(x+u)f(x))FN ⁣du;\sigma_Nf(x) - \frac{f(x^+)+f(x^-)}{2} = \frac{1}{2\pi}\int_0^\pi\bigl(f(x+u) - f(x^+)\bigr)F_N\,\dd u + \frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^0\bigl(f(x+u) - f(x^-)\bigr)F_N\,\dd u ;

sur chaque moitié, scinder en u=δ\abs u = \delta où la limite unilatérale est ε\varepsilon-proche, et laisser la question 3 tuer la partie lointaine : les deux intégrales tendent vers 00. La majoration : FN0F_N \geq 0 donne σNf(x)12πf(x+u)FNf\abs{\sigma_Nf(x)} \leq \frac{1}{2\pi}\int\abs{f(x+u)}F_N \leq \norm f_\infty.

6. Chaque σN(f)\sigma_N(f) est un polynôme trigonométrique (une moyenne des Sn(f)S_n(f), n<Nn < N), et σN(f)f\sigma_N(f) \to f uniformément : le théorème de Weierstrass trigonométrique.

7. cn(f)=0c_n(f) = 0 pour tout nn rend chaque Sn(f)=0S_n(f) = 0, donc chaque σN(f)=0\sigma_N(f) = 0 ; par Fejér, f=limσNf=0f = \lim\sigma_Nf = 0. En appliquant ceci à une différence : les fonctions continues périodiques sont déterminées par leurs coefficients de Fourier.

8. SNfS_Nf est la projection orthogonale de ff sur TN\mathcal T_N (Proposition 14.2), donc elle minimise fP2\norm{f - P}_2 sur PTNP \in \mathcal T_N ; puisque σNfTN1TN\sigma_Nf \in \mathcal T_{N-1} \subseteq \mathcal T_N :

fSNf2fσNf2fσNf0\norm{f - S_Nf}_2 \leq \norm{f - \sigma_Nf}_2 \leq \norm{f - \sigma_Nf}_\infty \to 0

(l’inégalité du milieu car la moyenne de 2\abs\cdot^2 est au plus le sup au carré). Pythagore f22=nNcn2+fSNf22\norm f_2^2 = \sum_{\abs n\leq N}\abs{c_n}^2 + \norm{f - S_Nf}_2^2 passe alors à la limite : Parseval pour toute fonction ff continue périodique.

9. Soit t1,,tpt_1, \dots, t_p les sauts de ff sur une période, M=fM = \norm f_\infty. Pour η\eta petit, on définit g=fg = f en dehors des intervalles (tjη,tj+η)\intoo{t_j - \eta}{t_j + \eta} et par la corde affine sur chacun de ces intervalles : gg est continue, périodique, gM\norm g_\infty \leq M, et

fg2212πp(2M)22ηε2\norm{f - g}_2^2 \leq \frac{1}{2\pi}\,p\cdot(2M)^2\cdot2\eta \leq \varepsilon^2

pour η\eta petit. Bessel fait de SNS_N une contraction pour 2\norm\cdot_2, donc

fSNf2fg2+gSNg2+SN(gf)22ε+gSNg2,\norm{f - S_Nf}_2 \leq \norm{f - g}_2 + \norm{g - S_Ng}_2 + \norm{S_N(g - f)}_2 \leq 2\varepsilon + \norm{g - S_Ng}_2 ,

et la question 8 donne lim supNfSNf22ε\limsup_N\norm{f - S_Nf}_2 \leq 2\varepsilon pour tout ε\varepsilon : fSNf20\norm{f - S_Nf}_2 \to 0, et Pythagore fournit Parseval pour toute fonction ff continue par morceaux : l’« admis » du Théorème 14.10 est maintenant un théorème.

10. Le signal carré a f=1\norm f_\infty = 1, donc la question 5 donne σN(f)1\abs{\sigma_N(f)} \leq 1 partout et pour tout NN — aucun dépassement, jamais — tandis que l’Exercice 14.8 montre supxS2N1(f)(x)1.179\sup_xS_{2N-1}(f)(x) \to \approx 1.179. La propriété responsable : FN0F_N \geq 0, donc σNf(x)\sigma_Nf(x) est une moyenne pondérée de valeurs de ff et ne peut jamais sortir de [minf,maxf]\intcc{\min f}{\max f} ; DND_N prend des valeurs négatives, donc SNS_N le peut.

11. sinNθNsinθ\abs{\sin N\theta} \leq N\abs{\sin\theta} par récurrence (sin(N+1)θsinNθcosθ+cosNθsinθ(N+1)sinθ\abs{\sin(N{+}1)\theta} \leq \abs{\sin N\theta}\abs{\cos\theta} + \abs{\cos N\theta}\abs{\sin\theta} \leq (N+1)\abs{\sin\theta}) : avec θ=u2\theta = \frac u2,

FN(u)=sin2Nu2Nsin2u2N2sin2u2Nsin2u2=N.F_N(u) = \frac{\sin^2\frac{Nu}2}{N\sin^2\frac u2} \leq \frac{N^2\sin^2\frac u2}{N\sin^2\frac u2} = N .

La concavité de sin\sin sur [0,π2]\intcc{0}{\frac\pi2} donne sinu2uπ\sin\frac u2 \geq \frac{u}{\pi} pour 0uπ0 \leq u \leq \pi, donc FN(u)1N(u/π)2=π2Nu2F_N(u) \leq \frac{1}{N(u/\pi)^2} = \frac{\pi^2}{Nu^2}.

12. Par parité et le scindage en 1N\frac1N :

12πππuFN=1π0πuFN1π(01/NuN ⁣du+1/Nππ2Nu ⁣du)=12πN+πln(πN)N.\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\abs uF_N = \frac1\pi\int_0^\pi uF_N \leq \frac1\pi\Bigl(\int_0^{1/N}uN\,\dd u + \int_{1/N}^{\pi}\frac{\pi^2}{Nu}\,\dd u\Bigr) = \frac{1}{2\pi N} + \frac{\pi\ln(\pi N)}{N} .

Pour N2N \geq 2 : ln(πN)(1+lnπln2)lnN2.66lnN\ln(\pi N) \leq \bigl(1 + \frac{\ln\pi}{\ln2}\bigr)\ln N \leq 2.66\ln N et 12πNlnNN\frac{1}{2\pi N} \leq \frac{\ln N}{N}, donc le moment est 9lnNN\leq \frac{9\ln N}{N}.

13. Pour ff LL-lipschitzienne :

σNf(x)f(x)12πf(x+u)f(x)FN(u) ⁣duL12πuFN9LlnNN,\abs{\sigma_Nf(x) - f(x)} \leq \frac{1}{2\pi}\int\abs{f(x+u) - f(x)}F_N(u)\dd u \leq L\cdot\frac{1}{2\pi}\int\abs uF_N \leq \frac{9L\ln N}{N},

uniformément en xx.

14. c0(e1)=0c_0(e_1) = 0 donne S0(e1)=0S_0(e_1) = 0, tandis que Sn(e1)=e1S_n(e_1) = e_1 pour n1n \geq 1 : σN(e1)=N1Ne1\sigma_N(e_1) = \frac{N-1}{N}e_1, donc σNe1e1=1N\norm{\sigma_Ne_1 - e_1}_\infty = \frac1N. Même pour ce signal entier, à bande limitée, la vitesse est 1N\frac1N : Fejér sature, exactement comme l’opérateur de Bernstein sature à 1n\frac1n (Voronovskaya, dans le devoir du chapitre sur les suites de fonctions).

15. Si ff s’annule sur (xδ,x+δ)\intoo{x-\delta}{x+\delta}, alors σNf(x)=12πδuπf(x+u)FN(u) ⁣du\sigma_Nf(x) = \frac{1}{2\pi}\int_{\delta \leq \abs u \leq \pi}f(x+u)F_N(u)\dd u, de valeur absolue au plus fNsin2(δ/2)0\frac{\norm f_\infty}{N\sin^2(\delta/2)} \to 0 : les moyennes de Cesàro en xx ne voient que ff près de xx.

16. Étant donnés [a,b]\intcc ab et ε\varepsilon, choisir des fonctions φ±\varphi^\pm continues 11-périodiques affines par morceaux avec φ1[a,b]φ+\varphi^- \leq \mathbf 1_{\intcc ab} \leq \varphi^+ et 01(φ+φ)ε\int_0^1(\varphi^+ - \varphi^-) \leq \varepsilon (trapèzes de pentes sur des intervalles de longueur totale ε\varepsilon). Alors

lim supN#{nN:xn[a,b]}NlimN1NnNφ+(xn)=01φ+ba+ε,\limsup_N\frac{\#\{n \leq N : x_n \in \intcc ab\}}{N} \leq \lim_N\frac1N\sum_{n\leq N}\varphi^+(x_n) = \int_0^1\varphi^+ \leq b - a + \varepsilon ,

et symétriquement lim infbaε\liminf \geq b - a - \varepsilon : la proportion tend vers bab - a.

17. Pour f=e2iπkf = \eu^{2\iu\pi k\cdot} avec k0k \neq 0 l’hypothèse donne la limite 0=01f0 = \int_0^1f ; pour k=0k = 0 les deux membres valent 11 ; la linéarité traite tout polynôme trigonométrique. Pour ff continue 11-périodique et ε>0\varepsilon > 0, la question 6 (transportée par t=2πxt = 2\pi x) fournit un polynôme trigonométrique PP avec fPε\norm{f - P}_\infty \leq \varepsilon :

1NnNf(xn)01f2ε+1NnNP(xn)01P2ε.\Bigl|\frac1N\sum_{n\leq N}f(x_n) - \int_0^1f\Bigr| \leq 2\varepsilon + \Bigl|\frac1N\sum_{n\leq N}P(x_n) - \int_0^1P\Bigr| \longrightarrow 2\varepsilon .

Avec la question 16 : (xn)(x_n) est équirépartie.

18. Pour k0k \neq 0 et α\alpha irrationnel, w=e2iπkα1w = \eu^{2\iu\pi k\alpha} \neq 1 :

n=1Nwn=w(wN1)w121w,\Bigl|\sum_{n=1}^{N}w^n\Bigr| = \Bigl|\frac{w(w^N - 1)}{w - 1}\Bigr| \leq \frac{2}{\abs{1 - w}} ,

une borne indépendante de NN ; en divisant par NN on obtient le critère de Weyl, et la question 17 conclut : ({nα})(\{n\alpha\}) est équirépartie.

19. Tout sous-intervalle reçoit une proportion asymptotique égale à sa longueur, en particulier une infinité de points : ({nα})(\{n\alpha\}) est dense. L’équirépartition est plus forte : une suite peut être dense tout en passant presque tout son temps dans un coin (la densité dit où la suite va, l’équirépartition dit combien de fois).

20. 2n2^n a pour premier chiffre 11 si et seulement si 10m2n<210m10^m \leq 2^n < 2\cdot10^m pour un certain mm, c’est-à-dire si et seulement si {nlog102}[0,log102)\{n\log_{10}2\} \in \intco{0}{\log_{10}2}. Irrationalité : log102=pq\log_{10}2 = \frac pq donnerait 2q=10p=2p5p2^q = 10^p = 2^p5^p, impossible pour p1p \geq 1 par unicité de la factorisation. Le théorème de Weyl (question 18 avec α=log102\alpha = \log_{10}2 ; l’intervalle semi-ouvert est encadré entre des intervalles fermés de longueurs voisines) donne la proportion log1020.301\log_{10}2 \approx 0.301 : les premiers chiffres de 2n2^n suivent la loi de Benford.

21. zz est C1C^1, donc sa série de Fourier converge normalement de somme zz (Théorème 14.10 (1)), et cn(z)=incnc_n(z') = \iu n\,c_n. Puisque z=L2π\abs{z'} = \frac{L}{2\pi} est constant,

02πz2 ⁣dt=2π(L2π) ⁣2=L22π,\int_0^{2\pi}\abs{z'}^2\dd t = 2\pi\Bigl(\frac{L}{2\pi}\Bigr)^{\!2} = \frac{L^2}{2\pi} ,

et Parseval appliqué à zz' continu donne 12π02πz2=nincn2\frac{1}{2\pi}\int_0^{2\pi}\abs{z'}^2 = \sum_n\abs{\iu nc_n}^2, c’est-à-dire L22π=2πnn2cn2\frac{L^2}{2\pi} = 2\pi\sum_n n^2\abs{c_n}^2.

22. Le Parseval polarisé 12πfg=cn(f)cn(g)\frac{1}{2\pi}\int\conj fg = \sum\conj{c_n(f)}c_n(g) découle de Parseval appliqué à f+gf + g et f+igf + \iu g (identité de polarisation), toutes deux continues. Avec f=zf = z, g=zg = z' :

A=1202πzz=πncn(incn)=πnncn2.A = \frac12\,\Im\int_0^{2\pi}\conj z\,z' = \pi\,\Im\sum_n\conj{c_n}(\iu n c_n) = \pi\sum_n n\abs{c_n}^2 .

23. En combinant les questions 21–22 :

L24πA=4π2nn2cn24π2nncn2=4π2nZ(n2n)cn20,L^2 - 4\pi A = 4\pi^2\sum_n n^2\abs{c_n}^2 - 4\pi^2\sum_n n\abs{c_n}^2 = 4\pi^2\sum_{n\in\Z}(n^2 - n)\abs{c_n}^2 \geq 0 ,

puisque n2n=n(n1)0n^2 - n = n(n-1) \geq 0 pour tout entier. L’égalité force cn=0c_n = 0 pour tout n{0,1}n \notin \{0, 1\} : z(t)=c0+c1eitz(t) = c_0 + c_1\eu^{\iu t}, un cercle de centre c0c_0 et de rayon c1=L2π\abs{c_1} = \frac{L}{2\pi} (vitesse constante). Démonstration par Hurwitz de l’inégalité isopérimétrique : AL24πA \leq \frac{L^2}{4\pi}, le cercle seul.

24. Cercle de rayon RR : L=2πRL = 2\pi R, A=πR2A = \pi R^2 : L2=4π2R2=4πAL^2 = 4\pi^2R^2 = 4\pi A : égalité. Carré de côté aa : L2=16a2>4πa2=4πAL^2 = 16a^2 > 4\pi a^2 = 4\pi A (car 16>4π12.5716 > 4\pi \approx 12.57). Pour nn négatif, n2n=n(n1)n^2 - n = n(n - 1) est un produit de deux entiers négatifs : positif — donc les modes tournant à l’envers coûtent de l’aire deux fois. La vitesse constante est entrée en question 21, convertissant z2\int\abs{z'}^2 en L22π\frac{L^2}{2\pi} ; pour une vitesse non constante, Cauchy–Schwarz donne z2(z)22π=L22π\int\abs{z'}^2 \geq \frac{(\int\abs{z'})^2}{2\pi} = \frac{L^2}{2\pi}, donc l’inégalité subsiste, le cercle restant le seul cas d’égalité.

25. (i) Tout découle de FN0F_N \geq 0 (avec moyenne unité et concentration) ; DND_N a moyenne unité et concentration d’oscillation mais pas la positivité, et Gibbs en est le prix. (ii) La sommabilité au sens de Cesàro de la série de Fourier implique sa sommabilité au sens d’Abel avec la même somme (Frobenius, démontré dans le devoir du chapitre sur les séries entières) — la voie du noyau de Poisson de l’Exercice 14.12 est exactement la méthode d’Abel. (iii) Le théorème de Weyl n’a demandé que l’approximation uniforme (question 6) ; l’inégalité isopérimétrique a demandé Parseval lui-même (questions 8, 21–22). (iv) Le volume de Licence 3 démontre la complétude : les exponentielles forment une base hilbertienne de L2L^2, Parseval devient une isométrie d’espaces de Hilbert, et le théorème de Fejér devient l’énoncé que cette isométrie est calculable par moyennes positives.