Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

17Espaces affines

Les espaces vectoriels possèdent un point privilégié — l’origine — dont la géométrie ne veut pas. Un espace affine est un espace vectoriel qui a oublié son origine : points et vecteurs deviennent des espèces différentes, reliées par translation. Ce court chapitre construit le dictionnaire (points, barycentres, sous-espaces et applications affines), le point de vue affine sur la convexité, et les outils de classification utilisés dans les chapitres de géométrie à venir.

17.1 Points et vecteurs

Définition 17.1

Un espace affine dirigé par un espace vectoriel réel EE est un ensemble non vide E\mathcal{E} muni d’une application (A,B)ABE(A, B) \mapsto \vect{AB} \in E vérifiant

AB+BC=AC(Chasles),pour chaque A, BAB est une bijection EE.\vect{AB} + \vect{BC} = \vect{AC} \quad \text{(Chasles)}, \qquad \text{pour chaque } A,\ B \mapsto \vect{AB} \text{ est une bijection } \mathcal{E} \to E .

On note B=A+uB = A + u l’unique point tel que AB=u\vect{AB} = u. La dimension de E\mathcal{E} est dimE\dim E. Tout espace vectoriel est un espace affine sur lui-même (AB=BA\vect{AB} = B - A) ; tout choix d’origine OEO \in \mathcal{E} identifie E\mathcal{E} à EE via MOMM \mapsto \vect{OM}.

Exemple 17.2 (Un espace affine sans origine naturelle)

Le plan solution E={(x,y,z)R3:x+y+z=1}\mathcal E = \{(x, y, z) \in \R^3 : x + y + z = 1\} n’est pas un sous-espace vectoriel (0E0 \notin \mathcal E), mais c’est un espace affine dirigé par E={x+y+z=0}E = \{x + y + z = 0\} : pour A,BEA, B \in \mathcal E la différence AB=BA\vect{AB} = B - A tombe dans EE (les sommes s’annulent), Chasles est hérité de R3\R^3, et BABB \mapsto \vect{AB} est bijective sur EE. Aucun point de E\mathcal E n’est distingué — tout choix d’« origine » OEO \in \mathcal E convient aussi bien, et toutes les identifications MOMM \mapsto \vect{OM} diffèrent par des translations. C’est la situation typique : les ensembles solutions de problèmes linéaires inhomogènes (systèmes linéaires, équations différentielles linéaires au Chapitre 16) sont affines, jamais linéaires, et le slogan « solution particulière plus noyau » est exactement l’énoncé F=A+F\mathcal F = A + F de la définition suivante.

Définition 17.3 (Barycentre)

Soit (Ai,λi)ik(A_i, \lambda_i)_{i \leq k} des points pondérés avec λi0\sum\lambda_i \neq 0. Le barycentre G=bar((Ai,λi))G = \operatorname{bar}\bigl((A_i, \lambda_i)\bigr) est l’unique point tel que

iλiGAi=0de manieˋre eˊquivalenteOG=1λiiλiOAi(pour tout O).\sum_i \lambda_i\, \vect{GA_i} = 0 \qquad\text{de manière équivalente}\qquad \vect{OG} = \frac{1}{\sum\lambda_i}\sum_i \lambda_i\,\vect{OA_i} \quad (\text{pour tout } O).

Les barycentres sont associatifs (des sous-groupes de points peuvent être remplacés par leur barycentre partiel affecté du poids total) et invariants par changement d’échelle de tous les poids.

Démonstration de l’existence et des formules. Fixons OO et posons s=iλi0s = \sum_i\lambda_i \neq 0. Par Chasles,

iλiGAi=0    iλi(GO+OAi)=0    sOG=iλiOAi,\sum_i\lambda_i\,\vect{GA_i} = 0 \iff \sum_i\lambda_i\bigl(\vect{GO} + \vect{OA_i}\bigr) = 0 \iff s\,\vect{OG} = \sum_i\lambda_i\,\vect{OA_i},

ce qui détermine G=O+1siλiOAiG = O + \frac1s\sum_i\lambda_i\vect{OA_i} de manière unique. Indépendance en OO : pour une autre origine OO',

1siλiOAi=1siλi(OO+OAi)=OO+1siλiOAi=OG:\frac1s\sum_i\lambda_i\,\vect{O'A_i} = \frac1s\sum_i\lambda_i\bigl(\vect{O'O} + \vect{OA_i}\bigr) = \vect{O'O} + \frac1s\sum_i\lambda_i\,\vect{OA_i} = \vect{O'G} :

le même point GG. Associativité : partitionnons l’ensemble d’indices en IJI \sqcup J avec sI=iIλi0s_I = \sum_{i\in I}\lambda_i \neq 0, et soit GIG_I le barycentre de (Ai,λi)iI(A_i, \lambda_i)_{i\in I}, de sorte que iIλiOAi=sIOGI\sum_{i\in I}\lambda_i\vect{OA_i} = s_I\,\vect{OG_I}. Alors

sOG=iIλiOAi+jJλjOAj=sIOGI+jJλjOAj:s\,\vect{OG} = \sum_{i\in I}\lambda_i\vect{OA_i} + \sum_{j\in J}\lambda_j\vect{OA_j} = s_I\,\vect{OG_I} + \sum_{j\in J}\lambda_j\vect{OA_j} :

GG est le barycentre de (GI,sI)(G_I, s_I) avec (Aj,λj)jJ(A_j, \lambda_j)_{j\in J}, comme annoncé. Changement d’échelle : remplacer chaque λi\lambda_i par tλit\lambda_i (t0t \neq 0) multiplie ss et la somme pondérée par tt, laissant OG\vect{OG} inchangé.

Remarque 17.4 (Pièges classiques)

Deux pièges entourent la définition. D’abord, si les poids sont de somme nulle, il n’y a pas de barycentre : l’application OλiOAiO \mapsto \sum\lambda_i\vect{OA_i} est alors indépendante de OO et définit un vecteur, non un point — par exemple (A,1; B,1)(A, -1;\ B, 1) encode AB\vect{AB}. Garder trace de celui des deux objets qu’un calcul produit est la moitié de l’hygiène barycentrique. Ensuite, les poids n’ont de sens qu’à un facteur commun non nul près ; des formules comme « les coordonnées de GG sont λ1,,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k » présupposent une normalisation (en général λi=1\sum\lambda_i = 1), et oublier de normaliser est la source classique de mauvais rapports sur une figure.

Définition 17.5 (Sous-espaces affines ; applications affines)

Un sous-espace affine est un ensemble F=A+F={A+u:uF}\mathcal{F} = A + F = \{A + u : u \in F\}FF est un sous-espace vectoriel (sa direction) ; de manière équivalente, un ensemble non vide stable par barycentres. Les sous-espaces affines de Rn\R^n sont exactement les ensembles solutions des systèmes linéaires MX=BMX = B (année 1 : solution particulière plus noyau). Une application f ⁣:EEf \colon \mathcal{E} \to \mathcal{E}' est affine lorsqu’elle conserve les barycentres — de manière équivalente lorsque

f(A+u)=f(A)+φ(u)f(A + u) = f(A) + \varphi(u)

pour une (unique) application linéaire φ=f\varphi = \vec f, la partie linéaire. Applications affines de Rn\R^n : XMX+CX \mapsto MX + C. Les composées sont affines, de parties linéaires composées ; ff est bijective si et seulement si f\vec f l’est.

Démonstration de l’équivalence pour les applications. Si f(A+u)=f(A)+φ(u)f(A + u) = f(A) + \varphi(u) : pour un barycentre GG de (Ai,λi)(A_i, \lambda_i), en développant chaque point à partir de AA, f(G)=f(A)+φ(AG)f(G) = f(A) + \varphi(\vect{AG}) et φ(AG)=λiφ(AAi)λi\varphi(\vect{AG}) = \frac{\sum\lambda_i\varphi(\vect{AA_i})}{\sum\lambda_i} : f(G)f(G) est le barycentre des images. Réciproquement, fixons AA et posons φ(u)=f(A)f(A+u)\varphi(u) = \vect{f(A)\,f(A + u)}. Homogénéité : A+tu=bar(A,1t; A+u,t)A + tu = \operatorname{bar}\bigl(A, 1-t;\ A + u, t\bigr) pour tout réel tt, donc la conservation des barycentres (avec des poids réels quelconques, comme supposé) donne directement φ(tu)=tφ(u)\varphi(tu) = t\,\varphi(u). Additivité : A+u+v=bar(A+2u,12; A+2v,12)A + u + v = \operatorname{bar}\bigl(A + 2u, \tfrac12;\ A + 2v, \tfrac12\bigr), donc φ(u+v)=12φ(2u)+12φ(2v)=φ(u)+φ(v)\varphi(u + v) = \tfrac12\varphi(2u) + \tfrac12\varphi(2v) = \varphi(u) + \varphi(v), en utilisant l’homogénéité. Donc φ\varphi est linéaire.

Remarque 17.6

La démonstration a utilisé des barycentres à poids réels quelconques : l’étape d’homogénéité prend tt hors de [0,1]\intcc01. Si l’on suppose seulement qu’une application conserve les barycentres à poids positifs — de manière équivalente, les milieux et les segments — la linéarité de l’application vectorielle n’est plus gratuite : on n’obtient que la Q\Q-linéarité, et une hypothèse de continuité est nécessaire pour conclure, exactement comme à l’Exercice 17.5. Distinguer « conserve tous les barycentres » de « conserve les combinaisons convexes » est une subtilité petite mais réelle du vocabulaire affine.

Exemple 17.7 (Géométrie barycentrique classique)

Le centre de gravité d’un triangle ABCABC est le barycentre G=bar(A,1;B,1;C,1)G = \operatorname{bar}(A,1; B,1; C,1). L’associativité avec le milieu A=bar(B,1;C,1)A' = \operatorname{bar}(B, 1; C, 1) montre

G=bar(A,1; A,2):G = \operatorname{bar}(A, 1;\ A', 2) :

GG est sur la médiane AAAA' aux deux tiers de celle-ci — et de même pour les deux autres médianes : les trois médianes sont concourantes, en une ligne de calcul barycentrique.

Exemple 17.8 (Les bimédianes d’un quadrilatère)

Soit ABCDABCD un quadrilatère quelconque (plan ou non !) et considérons ses bimédianes : les segments joignant les milieux des côtés opposés, MABMCDM_{AB}M_{CD} et MBCMDAM_{BC}M_{DA}. Introduisons le barycentre GG de (A,1;B,1;C,1;D,1)(A,1; B,1; C,1; D,1) et regroupons les poids de deux façons :

G=bar(MAB,2; MCD,2)=bar(MBC,2; MDA,2):G = \operatorname{bar}\bigl(M_{AB}, 2;\ M_{CD}, 2\bigr) = \operatorname{bar}\bigl(M_{BC}, 2;\ M_{DA}, 2\bigr) :

GG est le milieu des deux bimédianes — de sorte que les deux bimédianes se coupent toujours en leur milieu, et le quadrilatère des quatre milieux est un parallélogramme (ses diagonales sont les bimédianes). Pas d’analyse de cas, pas de coordonnées, et l’argument survit inchangé pour un quadrilatère gauche de R3\R^3, où une démonstration fondée sur une figure serait déjà délicate : l’associativité se moque de la dimension.

Exemple 17.9 (Classifier une application affine, de bout en bout)

Soit f(x,y)=(2x1, 3y4)f(x, y) = (2x - 1,\ 3y - 4) sur R2\R^2. Sa partie linéaire est φ=diag(2,3)\varphi = \operatorname{diag}(2, 3), dont le spectre {2,3}\{2, 3\} évite 11 : par le critère de point fixe démontré plus bas (Proposition 17.17), ff a exactement un point fixe, obtenu en résolvant

x=2x1,y=3y4Ω=(1,2).x = 2x - 1, \qquad y = 3y - 4 \qquad\Longrightarrow\qquad \Omega = (1, 2).

En recentrant en Ω\Omega (poser x=1+ux = 1 + u, y=2+vy = 2 + v) :

f(1+u, 2+v)=(1+2u, 2+3v):f(1 + u,\ 2 + v) = (1 + 2u,\ 2 + 3v) :

dans le repère en Ω\Omega, ff est sa partie linéaire, une dilatation anisotrope d’un facteur 22 horizontalement et 33 verticalement à partir du centre (1,2)(1, 2). La leçon générale : une application affine est « application linéaire plus donnée de position », et la donnée de position se réduit à une origine bien choisie dès que 11 n’est pas valeur propre. Réciproquement, translater mal l’origine crée les termes constants : la géométrie affine est l’art de choisir où placer 00.

Remarque 17.10 (Méthode : concours et alignement par barycentres)

L’Exemple 17.7 est un cas particulier d’une recette générale. Pour prouver que trois céviennes d’un triangle sont concourantes, exhibons un unique système pondéré (A,α;B,β;C,γ)(A, \alpha; B, \beta; C, \gamma) et utilisons l’associativité de trois façons : regrouper (B,C)(B, C) montre que le barycentre est sur la cévienne issue de AA, regrouper (C,A)(C, A) sur la cévienne issue de BB, regrouper (A,B)(A, B) sur la troisième. Pour les médianes, le système (A,1;B,1;C,1)(A, 1; B, 1; C, 1) fait tout le travail ; pour des céviennes coupant les côtés dans des rapports prescrits, les poids se lisent sur les rapports. Pour prouver que trois points sont alignés, en écrire un comme barycentre des deux autres (Exercice 17.2), ou utiliser le critère du déterminant de l’Exercice 17.11. Les deux recettes remplacent l’ingéniosité géométrique par une comptabilité de poids — c’est précisément à cela que sert le calcul barycentrique.

17.2 La convexité, du point de vue affine

Définition 17.11

Une partie CC d’un espace affine est convexe lorsqu’elle contient tout barycentre à poids positifs de ses points — de manière équivalente, tout segment [A,B]={bar(A,1t;B,t):t[0,1]}\intcc{A}{B} = \{\operatorname{bar}(A, 1-t; B, t) : t \in \intcc{0}{1}\} entre ses points. L’enveloppe convexe conv(S)\operatorname{conv}(S) est l’ensemble de tous les barycentres à poids positifs de points de SS — la plus petite partie convexe contenant SS.

Exemple 17.12 (Les épigraphes sont des ensembles convexes)

La région C={(x,y):yx2}C = \{(x, y) : y \geq x^2\} au-dessus de la parabole est convexe : pour (x1,y1),(x2,y2)C(x_1, y_1), (x_2, y_2) \in C et t[0,1]t \in \intcc01, l’inégalité de convexité de la fonction carré donne

((1t)x1+tx2)2(1t)x12+tx22(1t)y1+ty2,\bigl((1-t)x_1 + tx_2\bigr)^2 \leq (1-t)x_1^2 + tx_2^2 \leq (1-t)y_1 + ty_2 ,

donc le barycentre reste au-dessus de la parabole. Le calcul est général : {yf(x)}\{y \geq f(x)\} est convexe exactement lorsque ff est une fonction convexe — les ensembles convexes et les fonctions convexes (Chapitre 8) sont deux faces d’une même notion, les épigraphes en étant le dictionnaire. C’est la raison géométrique de l’existence des droites d’appui pour les fonctions convexes, le fait qui démontrera l’inégalité de Jensen au Chapitre 22.

Exemple 17.13 (Générateurs redondants d’un convexe)

Soit S={(0,0),(2,0),(2,2),(0,2),(1,1)}S = \{(0,0), (2,0), (2,2), (0,2), (1,1)\}. Le cinquième point est le barycentre

(1,1)=bar((0,0),12; (2,2),12),(1,1) = \operatorname{bar}\bigl((0,0), \tfrac12;\ (2,2), \tfrac12\bigr),

il est donc déjà dans l’enveloppe des quatre autres : conv(S)\operatorname{conv}(S) est le carré ayant les quatre coins pour sommets. En général, un point de SS qui est un barycentre à poids positifs des autres points de SS peut être supprimé sans changer l’enveloppe ; les points qui ne peuvent jamais être supprimés (ici les quatre coins) sont les points extrémaux de l’enveloppe. Les déterminer est un pur calcul de barycentre : (2,0)(2,0), par exemple, ne peut s’écrire comme bar\operatorname{bar} des points restants avec des poids positifs, car la première coordonnée forcerait tout le poids sur les points avec x=2x = 2, et la seconde coordonnée échoue alors. Les questions de convexité se ramènent, encore et encore, à résoudre de petits systèmes pondérés.

Théorème 17.14 (Carathéodory)

Dans un espace affine de dimension nn, tout point de conv(S)\operatorname{conv}(S) est un barycentre d’au plus n+1n + 1 points de SS.

Démonstration. Soit G=bar(A0,λ0;;Ak,λk)G = \operatorname{bar}(A_0, \lambda_0; \dots; A_k, \lambda_k) avec λi>0\lambda_i > 0, λi=1\sum\lambda_i = 1, et k+1>n+1k + 1 > n + 1 points. Les kk vecteurs A0Ai\vect{A_0A_i} (i1i \geq 1) sont liés (k>nk > n) : i1μiA0Ai=0\sum_{i\geq1}\mu_i \vect{A_0A_i} = 0 de façon non triviale ; en posant μ0=i1μi\mu_0 = -\sum_{i\geq1}\mu_i, on obtient des poids (μi)(\mu_i) avec μi=0\sum\mu_i = 0, μiOAi=0\sum \mu_i\,\vect{OA_i} = 0 (pour tout OO), non tous nuls. Alors pour tout réel tt les poids λitμi\lambda_i - t\mu_i sont encore de somme 11 et, puisque iμiOAi=0\sum_i\mu_i\vect{OA_i} = 0,

i(λitμi)OAi=iλiOAi:\sum_i(\lambda_i - t\mu_i)\,\vect{OA_i} = \sum_i\lambda_i\,\vect{OA_i} :

ils produisent le même point GG. Faisons maintenant glisser tt à partir de 00 : un certain μi\mu_i est positif (ils sont de somme nulle et non tous nuls), donc

t=min{λiμi:μi>0}t^* = \min\Bigl\{\frac{\lambda_i}{\mu_i} : \mu_i > 0\Bigr\}

est bien défini et positif. En t=tt = t^* : pour les indices avec μi>0\mu_i > 0, λitμi0\lambda_i - t^*\mu_i \geq 0 par minimalité, avec égalité en un indice minimisant ; pour les indices avec μi0\mu_i \leq 0, λitμiλi>0\lambda_i - t^*\mu_i \geq \lambda_i > 0. Tous les poids restent positifs et au moins un s’est annulé : GG se réécrit comme barycentre de moins de points. On itère tant qu’il reste plus de n+1n + 1 points.

Exemple 17.15

Dans le plan (n=2n = 2) : tout point de l’enveloppe convexe d’un ensemble fini est dans un triangle dont les sommets sont dans l’ensemble — le contenu géométrique de Carathéodory, utilisé aussi bien en optimisation qu’en probabilités (mélanges).

Exemple 17.16 (Exécution de l’algorithme de Carathéodory)

Écrivons le centre du carré de l’Exemple 17.13 avec ses quatre coins A1=(0,0)A_1 = (0,0), A2=(2,0)A_2 = (2,0), A3=(2,2)A_3 = (2,2), A4=(0,2)A_4 = (0,2) :

(1,1)=bar(A1,14; A2,14; A3,14; A4,14),(1,1) = \operatorname{bar}\bigl(A_1, \tfrac14;\ A_2, \tfrac14;\ A_3, \tfrac14;\ A_4, \tfrac14\bigr),

quatre points en dimension 22 — un de trop. La recette de la démonstration demande des poids (μi)(\mu_i) avec μi=0\sum\mu_i = 0 et μiOAi=0\sum\mu_i\vect{OA_i} = 0 : ici μ=(1,1,1,1)\mu = (1, -1, 1, -1) convient (les deux diagonales ont même milieu). Faire glisser λiλitμi\lambda_i \mapsto \lambda_i - t\mu_i laisse le barycentre fixe pour tout tt ; la valeur admissible extrémale t=14t = \frac14 rend les poids (0,12,0,12)(0, \tfrac12, 0, \tfrac12), annulant A1A_1 et A3A_3 simultanément :

(1,1)=bar(A2,12; A4,12),(1,1) = \operatorname{bar}\bigl(A_2, \tfrac12;\ A_4, \tfrac12\bigr),

une représentation par deux points — encore mieux que les trois que le théorème garantit, car le centre se trouve être sur un segment entre générateurs. L’algorithme est entièrement mécanique : trouver une dépendance, faire glisser jusqu’à ce qu’un poids s’annule, recommencer.

17.3 Outils de classification affine

Proposition 17.17 (Points fixes des applications affines)

Soit ff un endomorphisme affine d’un espace affine de dimension finie, de partie linéaire φ\varphi. Si 1Sp(φ)1 \notin \operatorname{Sp}(\varphi), alors ff a exactement un point fixe Ω\Omega, et dans la vectorialisation en Ω\Omega, ff est sa partie linéaire. (Les translations, avec φ=id\varphi = \mathrm{id} et sans point fixe, sont l’obstruction fondamentale.)

Démonstration. Fixons OO et écrivons f(O+x)=f(O)+φ(x)f(O + x) = f(O) + \varphi(x). Le point O+xO + x est fixe si et seulement si O+x=f(O)+φ(x)O + x = f(O) + \varphi(x), c’est-à-dire

(idφ)(x)=Of(O).(\mathrm{id} - \varphi)(x) = \vect{O f(O)} .

En dimension finie, idφ\mathrm{id} - \varphi est inversible si et seulement si 00 n’est pas valeur propre de idφ\mathrm{id} - \varphi, si et seulement si 1Spφ1 \notin \operatorname{Sp}\varphi — et dans ce cas l’équation affichée a exactement une solution xx^*, donnant l’unique point fixe Ω=O+x\Omega = O + x^*. Recentrons : pour tout vecteur uu,

f(Ω+u)=f(Ω)+φ(u)=Ω+φ(u),f(\Omega + u) = f(\Omega) + \varphi(u) = \Omega + \varphi(u),

donc dans le repère d’origine Ω\Omega l’application s’écrit uφ(u)u \mapsto \varphi(u) : purement linéaire. Lorsque 1Spφ1 \in \operatorname{Sp}\varphi, soit aucun point fixe n’existe (l’équation affichée peut être insoluble, comme pour une translation), soit tout un sous-espace affine de points fixes existe (ajouter à une solution n’importe quel vecteur propre de valeur propre 11) : l’unicité est exactement la condition spectrale.

Exemple 17.18 (Isométries du plan, complétées)

Une isométrie affine du plan euclidien a sa partie linéaire dans O(2)O(2) : une rotation RθR_\theta ou une réflexion (volume de l’année 1). Si θ0\theta \neq 0 : 1SpRθ1 \notin \operatorname{Sp} R_\theta, donc l’application est une rotation autour d’un unique centre (Proposition 17.17). Si la partie linéaire est une réflexion : soit une réflexion d’axe (des points fixes existent), soit une réflexion glissée (réflexion composée avec une translation le long de l’axe, sans point fixe). Avec les translations, c’est la classification complète des isométries du plan.

Remarque 17.19 (Les isométries du plan, en un coup d’œil)

Rassemblons les cas : l’identité ; les translations (f=id\vec f = \mathrm{id}, sans point fixe sauf trivialité) ; les rotations (partie linéaire RθR_\theta, θ0\theta \neq 0 : un centre) ; les réflexions (partie linéaire une réflexion, une droite de points fixes) ; les réflexions glissées (même partie linéaire, sans point fixe). Quatre familles plus l’identité, chacune reconnue par deux données seulement : la partie linéaire et l’ensemble des points fixes — le schéma de la Proposition 17.17 rendu exhaustif.

Exemple 17.20 (Une réflexion glissée, prise sur le fait)

Soit f(x,y)=(y+1, x+1)f(x, y) = (y + 1,\ x + 1). La partie linéaire (x,y)(y,x)(x, y) \mapsto (y, x) est la réflexion d’axe la diagonale y=xy = x, donc 1Spf1 \in \operatorname{Sp}\vec f et la Proposition 17.17 reste muette. Des points fixes exigeraient x=y+1x = y + 1 et y=x+1y = x + 1 simultanément : impossible — il n’y en a aucun, donc ff n’est pas une réflexion. Élever au carré règle la classification :

f(f(x,y))=f(y+1, x+1)=(x+2, y+2),f\bigl(f(x, y)\bigr) = f(y + 1,\ x + 1) = (x + 2,\ y + 2),

la translation de vecteur (2,2)(2, 2) : ff est la réflexion glissée d’axe la droite y=xy = x (décalée convenablement : le milieu de MM et f(M)f(M) est toujours sur y=x+y = x + {}constante, ici y=xy = x, comme on le vérifie sur M=(0,0)(1,1)M = (0, 0) \mapsto (1,1)) et de vecteur de glissement (1,1)(1, 1), moitié de fff \circ f. À comparer avec l’Exercice 17.6, où la même partie linéaire mais une constante différente produisait une véritable réflexion : en présence de la valeur propre 11, le terme constant décide de tout.

Exemple 17.21 (Les récurrences affines sont des dynamiques affines)

La récurrence classique un+1=aun+bu_{n+1} = au_n + b (a1a \neq 1) itère l’application affine f(x)=ax+bf(x) = ax + b de la droite, dont la partie linéaire aa évite la valeur propre 11 : il y a un unique point fixe ω=b1a\omega = \frac{b}{1-a}, et y recentrer (le cas unidimensionnel de la proposition ci-dessus) transforme ff en la multiplication par aa :

un+1ω=a(unω)un=ω+an(u0ω).u_{n+1} - \omega = a\,(u_n - \omega) \qquad\Longrightarrow\qquad u_n = \omega + a^n(u_0 - \omega) .

Pour un+1=un2+3u_{n+1} = \frac{u_n}2 + 3 : ω=6\omega = 6 et un=6+(u06)2n6u_n = 6 + (u_0 - 6)2^{-n} \to 6. La recette enseignée pour de telles récurrences au Chapitre 7 — « soustraire le point fixe » — est exactement la vectorialisation d’une application affine en son point fixe ; la convergence pour a<1\abs a < 1 est le phénomène de contraction que le Chapitre 4 a transformé en théorème du point fixe de Banach. Une idée, trois chapitres.

Exemple 17.22 (Trouver le centre d’une rotation)

Soit f(x,y)=(y+2, x)f(x, y) = (-y + 2,\ x). La partie linéaire est φ(x,y)=(y,x)\varphi(x, y) = (-y, x) : la rotation d’angle π2\frac\pi2, dont le spectre {i,i}\{\iu, -\iu\} évite 11. Par la Proposition 17.17 il y a exactement un point fixe : x=y+2x = -y + 2 et y=xy = x donnent x=1x = 1, y=1y = 1, donc Ω=(1,1)\Omega = (1, 1), et ff est la rotation de centre (1,1)(1, 1) et d’angle π2\frac\pi2. La leçon générale : lorsque 1Spf1 \notin \operatorname{Sp}\vec f, classifier ff coûte un système linéaire — la géométrie est entièrement dans la partie linéaire, l’arithmétique entièrement dans la localisation du centre.

Remarque 17.23 (Où le langage affine sert ensuite)

Les barycentres et les applications affines sont la grammaire des chapitres de géométrie à venir : les tangentes et les plans tangents sont des objets affines (Chapitres 18 et 19), un changement de variables affine multiplie les aires et les volumes par detf\abs{\det \vec f} (Chapitre 20), et l’espérance est un barycentre dont les poids sont donnés par une loi de probabilité, ce pourquoi la convexité gouverne l’inégalité de Jensen (Chapitre 22). Dans le volume de l’année 3, le même vocabulaire de convexité porte l’étude des normes LpL^p et des inégalités intégrales.

Remarque 17.24 (Perspectives dans ce volume)

Deux fils quittent ce chapitre. Le fil affine : les tangentes (Chapitre 18) et les plans tangents (Chapitre 19) sont des sous-espaces affines attachés à des objets non linéaires, et la classification des quadriques dans le chapitre sur les surfaces repose sur l’équation du centre AΩ=bA\Omega = -b de ce chapitre. Le fil convexe est plus long : la convexité des demi-plans et des disques alimente la théorie de Helly du problème du week-end ; la convexité des fonctions donne l’inégalité de Jensen (Chapitre 22) ; et le théorème final du livre — le critère d’extinction des processus de branchement (Chapitre 23) — se décide par la position d’une courbe convexe relativement à la diagonale, une image qui appartient autant à ce chapitre qu’aux probabilités. Les barycentres y reviennent aussi : une espérance est un barycentre à poids de probabilité.

17.4 Exercices

Exercice 17.1

Dans R3\R^3, les ensembles suivants sont-ils des sous-espaces affines ? Donner directions et dimensions. {x+y+z=1}\{x + y + z = 1\} ;   {x+y+z=1, xz=3}\;\{x + y + z = 1,\ x - z = 3\} ;   {x2+y2=1}\;\{x^2 + y^2 = 1\} ; l’ensemble solution de MX=BMX = B pour un système compatible donné.

Solution

Solution de Exercice 17.1.

{x+y+z=1}\{x + y + z = 1\} : plan affine, de direction le plan vectoriel {x+y+z=0}\{x + y + z = 0\}, dimension 22. En ajoutant xz=3x - z = 3 : une droite affine (deux équations indépendantes), de direction {x+y+z=0, x=z}=Vect((1,2,1))\{x + y + z = 0,\ x = z\} = \operatorname{Vect}\bigl((1, -2, 1)\bigr), dimension 11. {x2+y2=1}\{x^2 + y^2 = 1\} : un cylindre — non stable par barycentres (le milieu de (1,0,0)(1,0,0) et (1,0,0)(-1,0,0) est l’origine, hors du cylindre) : non affine. Un système compatible MX=BMX = B : sous-espace affine X0+kerMX_0 + \ker M de dimension dimkerM\dim\ker M, comme rappelé à la Définition 17.5.

Exercice 17.2

Montrer que trois points distincts A,B,CA, B, C d’un espace affine sont alignés si et seulement si CC est un barycentre de AA et BB, si et seulement si les vecteurs AB,AC\vect{AB}, \vect{AC} sont liés. En déduire une comptabilité de poids à la Ménélaüs : si C=bar(A,1t;B,t)C = \operatorname{bar}(A, 1 - t; B, t), situer CC pour t=12t = \frac12, t=2t = 2, t=1t = -1.

Solution

Solution de Exercice 17.2.

C=bar(A,1t;B,t)C = \operatorname{bar}(A, 1-t; B, t) signifie AC=tAB\vect{AC} = t\,\vect{AB} : l’existence d’un tel tt est exactement la liaison de AC\vect{AC} avec AB0\vect{AB} \neq 0, c’est-à-dire l’alignement. Positions : t=12t = \frac12 : milieu ; t=2t = 2 : au-delà de BB, à la distance de BB à celui-ci (AC=2AB\vect{AC} = 2\vect{AB}) ; t=1t = -1 : le symétrique de BB par rapport à AA.

Exercice 17.3

Soit ff l’application affine de R2\R^2 donnée par f(X)=MX+Cf(X) = MX + C avec M=12(1111)M = \frac12\begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & 1\end{pmatrix} et C=(1,0)TC = (1, 0)^{\mathsf T}. Déterminer l’image de ff, ses points fixes (s’il y en a), et fff \circ f.

Solution

Solution de Exercice 17.3.

MM est la matrice de projection sur Vect(1,1)\operatorname{Vect}(1,1) parallèlement à (1,1)(1,-1) (vérifier M2=MM^2 = M). Image de ff : {MX+C}=C+imM\{MX + C\} = C + \operatorname{im} M : la droite affine passant par (1,0)(1,0) dirigée par (1,1)(1,1). Points fixes : X=MX+CX = MX + C, c’est-à-dire (IM)X=C(I - M)X = C ; mais C=(1,0)TC = (1, 0)^{\mathsf T} et im(IM)=Vect(1,1)\operatorname{im}(I - M) = \operatorname{Vect}(1,-1) ; (1,0)(1,0) y est-il ? (1,0)=α(1,1)(1, 0) = \alpha(1,-1) force α=1\alpha = 1 et 0=10 = -1 : non. Pas de point fixe. Et

f(f(X))=M(MX+C)+C=MX+MC+C=f(X)+MC,MC=12(1,1)T:f(f(X)) = M(MX + C) + C = MX + MC + C = f(X) + MC, \qquad MC = \tfrac12(1,1)^{\mathsf T} :

fff\circ f est ff suivie d’une translation le long de la droite image — ff est une « projection glissée » : projection sur la droite composée avec un glissement.

Exercice 17.4 ★★

(L’associativité à l’œuvre) Dans un triangle ABCABC, soit I,J,KI, J, K divisant BCBC, CACA, ABAB dans les rapports BI=13BC\vect{BI} = \frac13\vect{BC}, CJ=13CA\vect{CJ} = \frac13\vect{CA}, AK=13AB\vect{AK} = \frac13\vect{AB}. Exprimer I,J,KI, J, K comme barycentres et calculer le barycentre de (I,1;J,1;K,1)(I,1;J,1;K,1) : que trouve-t-on, et pourquoi était-ce prévisible ?

Solution

Solution de Exercice 17.4.

I=bar(B,2;C,1)I = \operatorname{bar}(B, 2; C, 1) (car BI=13BC\vect{BI} = \frac13\vect{BC} place II plus près de BB : poids 22 sur BB, 11 sur CC — vérification : BI=13BC\vect{BI} = \frac{1}{3}\vect{BC}). De même J=bar(C,2;A,1)J = \operatorname{bar}(C, 2; A, 1), K=bar(A,2;B,1)K = \operatorname{bar}(A, 2; B, 1). En sommant les trois systèmes pondérés, le barycentre de (I,1;J,1;K,1)(I, 1; J, 1; K, 1) (chacun de poids total 33, donc remplacer II par son système, etc.) est

bar(A,1+2; B,2+1; C,1+2)=bar(A,1;B,1;C,1)=G,\operatorname{bar}\bigl(A, 1 + 2;\ B, 2 + 1;\ C, 1 + 2\bigr) = \operatorname{bar}(A, 1; B, 1; C, 1) = G ,

le centre de gravité de ABCABC : le triangle IJKIJK a le même centre de gravité — prévisible, car la construction traite A,B,CA, B, C cycliquement et le centre de gravité est l’unique point fixe de la symétrie cyclique des poids.

Exercice 17.5 ★★

Montrer qu’une application f ⁣:RnRnf \colon \R^n \to \R^n conservant les milieux (f(A+B2)=f(A)+f(B)2f\bigl(\frac{A+B}{2}\bigr) = \frac{f(A) + f(B)}{2}) et continue est affine. (Montrer que l’application vectorielle uf(O+u)f(O)u \mapsto f(O + u) - f(O) est additive via les milieux, puis Q\Q-homogène, puis R\R-homogène par continuité — la même stratégie de densité que pour l’équation fonctionnelle de Cauchy dans le volume de l’année 1 ; redémontrer ici les étapes nécessaires.)

Solution

Solution de Exercice 17.5.

Posons g(u)=f(O+u)f(O)g(u) = f(O + u) - f(O) (en travaillant dans Rn\R^n vectorialisé en OO), g(0)=0g(0) = 0.

Additivité : (O+u)+(O+v)2=O+u+v2\frac{(O + u) + (O + v)}{2} = O + \frac{u + v}{2}, donc la conservation des milieux donne g(u+v2)=g(u)+g(v)2g\bigl(\frac{u+v}{2}\bigr) = \frac{g(u) + g(v)}{2} ; avec v=0v = 0 : g(u/2)=g(u)/2g(u/2) = g(u)/2 ; en combinant, g(u+v)=2g(u+v2)=g(u)+g(v)g(u + v) = 2g\bigl(\frac{u+v}{2}\bigr) = g(u) + g(v).

Q\Q-homogénéité : l’additivité donne g(nu)=ng(u)g(nu) = ng(u) (nNn \in \N, par récurrence), puis g(u)=g(u)g(-u) = -g(u) (en ajoutant), puis g(pqu)=pqg(u)g(\frac pq u) = \frac pq g(u) (appliquer qq, utiliser l’injectivité de la mise à l’échelle).

R\R-homogénéité : pour tRt \in \R, prenons des rationnels tntt_n \to t : g(tnu)=tng(u)g(t_nu) = t_ng(u), et la continuité de gg (héritée de ff) passe à la limite : g(tu)=tg(u)g(tu) = tg(u). Donc gg est linéaire et f=f(O)+gf = f(O) + g : affine.

Exercice 17.6 ★★

Classifier l’application affine f(x,y)=(y+1,  x1)f(x, y) = (y + 1,\; x - 1) du plan euclidien : partie linéaire, points fixes, nature géométrique (réflexion ? réflexion glissée ?). Calculer fff \circ f et conclure.

Solution

Solution de Exercice 17.6.

Partie linéaire φ(x,y)=(y,x)\varphi(x,y) = (y, x) : la réflexion d’axe la diagonale y=xy = x (orthogonale, déterminant 1-1). Points fixes : (x,y)=(y+1,x1)(x, y) = (y + 1, x - 1) revient à l’unique équation y=x1y = x - 1 (les deux composantes sont équivalentes) : tout point de la droite y=x1y = x - 1 est fixe. Donc ff fixe cette droite point par point : ff est la réflexion d’axe cette droite (une isométrie ayant une droite de points fixes et une partie linéaire qui est une réflexion). De façon cohérente, ff(x,y)=f(y+1,x1)=(x1+1,y+11)=(x,y)f \circ f(x,y) = f(y+1, x-1) = (x - 1 + 1, y + 1 - 1) = (x, y) : une involution, comme une réflexion se doit de l’être.

Exercice 17.7 ★★★

(Radon) Soit A1,,An+2A_1, \dots, A_{n+2} des points d’un espace affine de dimension nn. Montrer qu’on peut les partager en deux groupes disjoints dont les enveloppes convexes se rencontrent. (Comme dans la démonstration de Carathéodory, trouver des poids μi\mu_i, non tous nuls, avec μi=0\sum\mu_i = 0 et μiOAi=0\sum\mu_i\vect{OA_i} = 0 ; séparer les poids positifs et négatifs et normaliser les deux membres.)

Solution

Solution de Exercice 17.7.

Les n+1n + 1 vecteurs A1Ai\vect{A_1A_i} (i2i \geq 2) sont liés en dimension nn : il existe des μi\mu_i, non tous nuls, avec i2μiA1Ai=0\sum_{i\geq2} \mu_i\vect{A_1A_i} = 0 ; posons μ1=i2μi\mu_1 = -\sum_{i \geq 2}\mu_i, de sorte que iμi=0\sum_{i}\mu_i = 0 et iμiOAi=0\sum_i \mu_i\,\vect{OA_i} = 0 pour tout OO, les μi\mu_i n’étant pas tous nuls. Séparons les indices : P={i:μi>0}P = \{i : \mu_i > 0\}, N={i:μi<0}N = \{i : \mu_i < 0\}, tous deux non vides (les μi\mu_i sont de somme nulle et non tous nuls). Avec s=iPμi=iNμi>0s = \sum_{i\in P}\mu_i = -\sum_{i \in N}\mu_i > 0 :

bar(Ai,μis)iP=bar(Ai,μis)iN,\operatorname{bar}\bigl(A_i, \tfrac{\mu_i}{s}\bigr)_{i \in P} = \operatorname{bar}\bigl(A_i, \tfrac{-\mu_i}{s}\bigr)_{i \in N},

(les deux membres sont égaux au point XX tel que OX=1siPμiOAi\vect{OX} = \frac1s\sum_{i\in P}\mu_i\vect{OA_i}, par la relation) : un point commun aux deux enveloppes convexes, avec des groupes d’indices disjoints.

Exercice 17.8 ★★★

Soit ff un endomorphisme affine de Rn\R^n avec ff=ff \circ f = f. Montrer que ff est la projection affine sur le sous-espace affine Fix(f)=imf\operatorname{Fix}(f) = \operatorname{im} f parallèlement à la direction kerf\ker\vec f, et que réciproquement toutes ces projections sont idempotentes. (Montrer d’abord que imf\operatorname{im} f est formé de points fixes.)

Solution

Solution de Exercice 17.8.

Image = points fixes : pour Y=f(X)Y = f(X), f(Y)=f(f(X))=f(X)=Yf(Y) = f(f(X)) = f(X) = Y : tout point image est fixe ; réciproquement les points fixes sont des images. Donc F=imf=Fix(f)\mathcal{F} = \operatorname{im} f = \operatorname{Fix}(f) est non vide, et c’est un sous-espace affine (image d’une application affine), de direction imf\operatorname{im}\vec f.

Structure de projection : f\vec f est idempotente (ff=f2=f\vec{f\circ f} = \vec f^{\,2} = \vec f), donc E=imfkerfE = \operatorname{im}\vec f \oplus \ker \vec f (Exemple 3.18). Pour tout point XX, considérons le vecteur f(X)X\vect{f(X)\,X} ; en appliquant f\vec f :

f(f(X)X)=f(f(X))f(X)=0(ff=f),\vec f\bigl(\vect{f(X)\,X}\bigr) = \vect{f(f(X))\,f(X)} = 0 \qquad (f \circ f = f),

donc f(X)Xkerf\vect{f(X)\,X} \in \ker\vec f. Ainsi X=f(X)+f(X)XX = f(X) + \vect{f(X)X} présente XX comme un point de F\mathcal{F} translaté par un vecteur de kerf\ker\vec f : ff est exactement la projection sur F\mathcal{F} parallèlement à kerf\ker\vec f. Réciproquement de telles projections vérifient clairement ff=ff \circ f = f.

Exercice 17.9

Soit G=bar(A,1; B,2; C,3)G = \operatorname{bar}(A, 1;\ B, 2;\ C, 3) dans un triangle ABCABC. À l’aide de l’associativité, montrer que la droite AGAG rencontre BCBC en M=bar(B,2; C,3)M = \operatorname{bar}(B, 2;\ C, 3), et situer GG sur le segment [A,M]\intcc AM ; situer de même l’intersection de BGBG avec CACA.

Solution

Solution de Exercice 17.9.

Soit M=bar(B,2; C,3)M = \operatorname{bar}(B, 2;\ C, 3), de poids total 55. L’associativité donne G=bar(A,1; M,5)G = \operatorname{bar}(A, 1;\ M, 5), donc AG=56AM\vect{AG} = \frac56\,\vect{AM} : GG est sur le segment [A,M]\intcc AM aux cinq sixièmes depuis AA. Comme A(BC)A \notin (BC), la droite (AG)=(AM)(AG) = (AM) rencontre (BC)(BC) au seul point MM, avec BM=35BC\vect{BM} = \frac35\,\vect{BC}. De même, avec N=bar(C,3; A,1)N = \operatorname{bar}(C, 3;\ A, 1) (poids total 44, CN=14CA\vect{CN} = \frac14\,\vect{CA}), l’associativité donne G=bar(B,2; N,4)G = \operatorname{bar}(B, 2;\ N, 4) : la droite (BG)(BG) rencontre (CA)(CA) en NN, et BG=46BN=23BN\vect{BG} = \frac46\,\vect{BN} = \frac23\,\vect{BN}.

Exercice 17.10 ★★

Pour λ0\lambda \neq 0, l’homothétie hΩ,λh_{\Omega, \lambda} est l’application affine fixant Ω\Omega de partie linéaire λid\lambda\,\mathrm{id}. Montrer que la composée hΩ,μhΩ,λh_{\Omega', \mu} \circ h_{\Omega, \lambda} est une homothétie de rapport λμ\lambda\mu lorsque λμ1\lambda\mu \neq 1, et une translation lorsque λμ=1\lambda\mu = 1 ; dans le cas λ=μ=1\lambda = \mu = -1 (deux symétries centrales), calculer le vecteur de translation.

Solution

Solution de Exercice 17.10.

Vectorialisons en une origine OO et écrivons les points comme des vecteurs : hΩ,λ(x)=ω+λ(xω)h_{\Omega, \lambda}(x) = \omega + \lambda(x - \omega) avec ω=OΩ\omega = \vect{O\Omega}. La composée g=hΩ,μhΩ,λg = h_{\Omega', \mu} \circ h_{\Omega, \lambda} est affine de partie linéaire μλid\mu\lambda\,\mathrm{id}. Si λμ1\lambda\mu \neq 1 : 1Sp(λμid)1 \notin \operatorname{Sp}(\lambda\mu\,\mathrm{id}), donc la Proposition 17.17 fournit un unique point fixe Ω\Omega'' et, vectorialisée là, g=λμidg = \lambda\mu\,\mathrm{id} : l’homothétie hΩ,λμh_{\Omega'', \lambda\mu}. Si λμ=1\lambda\mu = 1 la partie linéaire est l’identité, donc gg est une translation ; en développant,

g(x)=ω+μ(ω+λ(xω)ω)=x+(1μ)ω+μ(1λ)ω.g(x) = \omega' + \mu\bigl(\omega + \lambda(x - \omega) - \omega'\bigr) = x + (1 - \mu)\,\omega' + \mu(1 - \lambda)\,\omega .

Pour λ=μ=1\lambda = \mu = -1 (symétries centrales) le vecteur est 2ω2ω=2ΩΩ2\omega' - 2\omega = 2\,\vect{\Omega\Omega'} : la composée des symétries centrales de centre Ω\Omega puis Ω\Omega' est la translation de vecteur 2ΩΩ2\,\vect{\Omega\Omega'}.

Exercice 17.11 ★★

(Ménélaüs) Dans un triangle ABCABC, soit A(BC)A' \in (BC), B(CA)B' \in (CA), C(AB)C' \in (AB), tous distincts des sommets, et définissons α,β,γ\alpha, \beta, \gamma par AB=αAC\vect{A'B} = \alpha\,\vect{A'C}, BC=βBA\vect{B'C} = \beta\,\vect{B'A}, CA=γCB\vect{C'A} = \gamma\,\vect{C'B}. Montrer que A,B,CA', B', C' sont alignés si et seulement si αβγ=1\alpha\beta\gamma = 1. (Écrire chaque point comme barycentre de deux sommets ; montrer que trois points sont alignés si et seulement si leurs lignes de coordonnées barycentriques relativement à (A,B,C)(A, B, C) forment une matrice 3×33 \times 3 singulière.)

Solution

Solution de Exercice 17.11.

AB=αAC\vect{A'B} = \alpha\,\vect{A'C} dit exactement 1ABαAC=01\cdot \vect{A'B} - \alpha\,\vect{A'C} = 0, c’est-à-dire A=bar(B,1; C,α)A' = \operatorname{bar}(B, 1;\ C, -\alpha) (poids total 1α01 - \alpha \neq 0 car BCB \neq C) ; de même B=bar(C,1; A,β)B' = \operatorname{bar}(C, 1;\ A, -\beta) et C=bar(A,1; B,γ)C' = \operatorname{bar}(A, 1;\ B, -\gamma).

Le critère d’alignement. Donnons à chaque point PP sa ligne barycentrique normalisée p=(pA,pB,pC)p = (p_A, p_B, p_C), pA+pB+pC=1p_A + p_B + p_C = 1, relativement à (A,B,C)(A, B, C). Si icipi=0\sum_i c_i p_i = 0 avec (c1,c2,c3)0(c_1, c_2, c_3) \neq 0 pour trois points P1,P2,P3P_1, P_2, P_3, alors la somme des entrées donne ci=0\sum c_i = 0, et iciOPi=j(icipij)OVj=0\sum_i c_i \vect{OP_i} = \sum_j \bigl(\sum_i c_ip_{ij}\bigr)\vect{OV_j} = 0 : les PiP_i sont affinement dépendants, c’est-à-dire alignés. Réciproquement une dépendance affine (ti)(t_i) donne w=tipiw = \sum t_ip_i dont les entrées sont de somme 00 et jwjOVj=0\sum_j w_j\vect{OV_j} = 0 ; en développant à partir de AA, wBAB+wCAC=0w_B \vect{AB} + w_C\vect{AC} = 0, donc w=0w = 0 par indépendance affine de (A,B,C)(A, B, C) : les lignes sont linéairement dépendantes. Ainsi l’alignement équivaut à l’annulation d’un déterminant 3×33 \times 3, et multiplier les lignes par les facteurs non nuls 1α1 - \alpha, 1β1 - \beta, 1γ1 - \gamma ne change rien :

det(01αβ011γ0)=1αβγ.\det\begin{pmatrix} 0 & 1 & -\alpha\\ -\beta & 0 & 1\\ 1 & -\gamma & 0\end{pmatrix} = 1 - \alpha\beta\gamma .

Donc A,B,CA', B', C' sont alignés si et seulement si αβγ=1\alpha\beta\gamma = 1 : le théorème de Ménélaüs.

Exercice 17.12 ★★★

Montrer que l’enveloppe convexe d’une partie compacte KK de Rn\R^n est compacte. (D’après le Théorème 17.14, conv(K)\operatorname{conv}(K) est l’image d’un compact par une application continue.) Montrer sur un exemple dans R2\R^2 que l’enveloppe convexe d’un ensemble fermé n’est pas nécessairement fermée.

Solution

Solution de Exercice 17.12.

Soit Δ={λRn+1:λi0, λi=1}\Delta = \{\lambda \in \R^{n+1} : \lambda_i \geq 0,\ \sum\lambda_i = 1\} : fermé et borné dans Rn+1\R^{n+1}, donc compact, et Kn+1K^{n+1} est compact comme produit fini. L’application

Φ ⁣:Δ×Kn+1Rn,Φ(λ,x0,,xn)=i=0nλixi\Phi \colon \Delta \times K^{n+1} \to \R^n, \qquad \Phi(\lambda, x_0, \dots, x_n) = \sum_{i=0}^n \lambda_i x_i

est continue, et le Théorème 17.14 dit précisément que conv(K)=Φ(Δ×Kn+1)\operatorname{conv}(K) = \Phi(\Delta \times K^{n+1}) : image continue d’un compact (Théorème 4.16), donc compacte.

Pour un fermé : prenons S=(R×{0}){(0,1)}S = (\R \times \{0\}) \cup \{(0, 1)\}, fermé dans R2\R^2. Une combinaison convexe mettant le poids tt sur (0,1)(0,1) et 1t1 - t sur des points de l’axe a pour seconde coordonnée tt, donc

conv(S)=(R×[0,1)){(0,1)}\operatorname{conv}(S) = \bigl(\R \times \intco01\bigr) \cup \{(0,1)\}

(pour 0t<10 \leq t < 1, (x,t)=t(0,1)+(1t)(x1t,0)(x, t) = t\,(0,1) + (1-t)\,\bigl(\tfrac x{1-t}, 0\bigr)). Le point (1,1)=limt1(1,t)(1, 1) = \lim_{t \to 1}(1, t) est adhérent mais pas dans l’enveloppe : non fermée.

17.5 Problème : de Radon à Helly, points centraux et théorème de Jung

Les deux types de Radon pour quatre points du plan en position générale : un point à l’intérieur du triangle des autres (partition \A_4\ \A_1, A_2, A_3\), ou position convexe, où le point de Radon (orange) est l’intersection des deux diagonales. Les deux types de Radon pour quatre points du plan en position générale : un point à l’intérieur du triangle des autres (partition \A_4\ \A_1, A_2, A_3\), ou position convexe, où le point de Radon (orange) est l’intersection des deux diagonales.
Les deux types de Radon pour quatre points du plan en position générale : un point à l’intérieur du triangle des autres (partition {A4}{A1,A2,A3}\{A_4\} \mid \{A_1, A_2, A_3\}), ou position convexe, où le point de Radon (orange) est l’intersection des deux diagonales.

Problème 17.1

Problème du week-end — le théorème de Helly et deux de ses dividendes

Le lemme de Radon (Exercice 17.7) dit que n+2n + 2 points d’un espace affine de dimension nn se partagent toujours en deux groupes aux enveloppes convexes qui se rencontrent. Ce problème transforme ce seul fait d’algèbre linéaire en une chaîne de théorèmes de géométrie combinatoire : le théorème d’intersection de Helly, le théorème du point central (une médiane bidimensionnelle) et le théorème de recouvrement de Jung. Partout, le plan est R2\R^2 muni de sa structure euclidienne usuelle, et det\det est le déterminant dans la base canonique.

Partie I — Coordonnées barycentriques. Les points A0,,AkA_0, \dots, A_k sont affinement indépendants lorsque les vecteurs A0A1,,A0Ak\vect{A_0A_1}, \dots, \vect{A_0A_k} sont linéairement indépendants.

  1. Montrer que l’indépendance affine ne dépend pas du choix du point de base A0A_0, et qu’elle équivaut à : dès que deux familles de poids, chacune de somme 11, définissent le même barycentre de (A0,,Ak)(A_0, \dots, A_k), les poids coïncident.
  2. Soit (A,B,C)(A, B, C) affinement indépendants dans le plan. Montrer que tout point MM admet un unique triplet (α,β,γ)(\alpha, \beta, \gamma) avec α+β+γ=1\alpha + \beta + \gamma = 1 et M=bar(A,α;B,β;C,γ)M = \operatorname{bar}(A, \alpha; B, \beta; C, \gamma) — ses coordonnées barycentriques.
  3. Démontrer les formules déterminantales

    α=det(MB,MC)det(AB,AC),β=det(MC,MA)det(AB,AC),γ=det(MA,MB)det(AB,AC):\alpha = \frac{\det(\vect{MB}, \vect{MC})}{\det(\vect{AB}, \vect{AC})}, \qquad \beta = \frac{\det(\vect{MC}, \vect{MA})}{\det(\vect{AB}, \vect{AC})}, \qquad \gamma = \frac{\det(\vect{MA}, \vect{MB})}{\det(\vect{AB}, \vect{AC})} :

    les coordonnées barycentriques sont des rapports d’aires signées.

  4. Les droites BCBC, CACA, ABAB sont les droites de coordonnées {α=0}\{\alpha = 0\}, {β=0}\{\beta = 0\}, {γ=0}\{\gamma = 0\}. Montrer que MM est dans le triangle fermé conv{A,B,C}\operatorname{conv}\{A, B, C\} si et seulement si α,β,γ0\alpha, \beta, \gamma \geq 0, et que les trois droites découpent le plan en exactement sept régions, classées par les signes de (α,β,γ)(\alpha, \beta, \gamma) (la configuration de signes (,,)(-, -, -) étant impossible).
  5. Soit u ⁣:R2Ru \colon \R^2 \to \R une application affine (une forme affine). Montrer que u(M)=αu(A)+βu(B)+γu(C)u(M) = \alpha\,u(A) + \beta\,u(B) + \gamma\,u(C), que les lignes de niveau d’une forme affine non constante sont des droites, que toute droite s’obtient ainsi, et que les demi-plans fermés {uc}\{u \geq c\} sont convexes.

Partie II — Partitions de Radon, précisées. Une famille de n+2n + 2 points de Rn\R^n est en position générale lorsque tout sous-ensemble de n+1n + 1 d’entre eux est affinement indépendant. Une dépendance affine de (A1,,An+2)(A_1, \dots, A_{n+2}) est une famille (μi)(\mu_i) avec iμi=0\sum_i \mu_i = 0 et iμiOAi=0\sum_i \mu_i\,\vect{OA_i} = 0 pour une (donc toute) origine OO.

  1. Calculer une dépendance affine non nulle des quatre points A1=(0,0)A_1 = (0,0), A2=(3,0)A_2 = (3,0), A3=(0,3)A_3 = (0,3), A4=(1,1)A_4 = (1,1) ; donner la partition de Radon et le point de Radon.
  2. Montrer que pour des points en position générale l’espace vectoriel des dépendances affines est de dimension exactement 11, et qu’une dépendance non nulle n’a aucun coefficient nul.
  3. En déduire que la partition de Radon de n+2n + 2 points en position générale est unique (à l’échange des deux blocs près), chaque bloc étant l’ensemble des indices où μi\mu_i a un signe fixé.
  4. Pour quatre points du plan en position générale, montrer la dichotomie : soit la partition est de type (1,3)(1, 3) — un point intérieur au triangle des trois autres — soit de type (2,2)(2, 2) : les quatre points sont en position convexe et les segments joignant les deux paires (les diagonales) se coupent, au point de Radon.
  5. Reprendre la question 6 pour le carré unité (0,0)(0,0), (1,0)(1,0), (1,1)(1,1), (0,1)(0,1) : dépendance, partition, point de Radon.

Partie III — Le théorème de Helly dans le plan.

  1. Soit C1,C2,C3,C4C_1, C_2, C_3, C_4 des parties convexes de R2\R^2, trois quelconques d’entre elles ayant un point commun. Choisir xijiCjx_i \in \bigcap_{j \neq i} C_j et appliquer le lemme de Radon à x1,,x4x_1, \dots, x_4 : montrer que le point de Radon appartient aux quatre ensembles. (Pour chaque kk, le bloc ne contenant pas xkx_k est formé de points de CkC_k.)
  2. (Helly) Soit C1,,CmC_1, \dots, C_m (m3m \geq 3) des parties convexes de R2\R^2, trois quelconques d’entre elles s’intersectant. Montrer i=1mCi\bigcap_{i=1}^m C_i \neq \emptyset, par récurrence sur mm : remplacer Cm1C_{m-1} et CmC_m par Cm1CmC_{m-1} \cap C_m et vérifier l’hypothèse pour la nouvelle famille à l’aide de la question 11.
  3. Trois contre-exemples, un par hypothèse : (a) les trois côtés fermés d’un triangle s’intersectent deux à deux mais n’ont aucun point commun (33 ne peut être abaissé à 22) ; (b) les quatre ensembles Si={x1,,x4}{xi}S_i = \{x_1, \dots, x_4\} \setminus \{x_i\}, pour quatre points en position générale, vérifient l’hypothèse d’intersection triple mais pas la conclusion (la convexité importe) ; (c) les demi-plans fermés Hk=[k,+)×RH_k = \intco{k}{+\infty} \times \R, kNk \in \N, s’intersectent deux à deux et trois à trois mais kHk=\bigcap_k H_k = \emptyset (les familles infinies exigent la compacité).
  4. (Helly compact) Soit (Ki)iI(K_i)_{i \in I} une famille quelconque de parties compactes convexes de R2\R^2, trois quelconques d’entre elles s’intersectant. À l’aide de la question 12 et de la propriété de Borel–Lebesgue (Théorème 4.20), montrer iIKi\bigcap_{i \in I} K_i \neq \emptyset.
  5. (Premier dividende) Soit SS un ensemble fini de points du plan et r>0r > 0. Montrer : si trois points quelconques de SS sont dans un disque fermé de rayon rr, alors SS est dans un disque fermé de rayon rr. (Appliquer Helly aux disques D(p,r)\overline D(p, r), pSp \in S.)

Partie IV — Le théorème du point central. Un point central d’un ensemble fini SS de nn points du plan est un point cc (pas nécessairement dans SS) tel que tout demi-plan fermé contenant cc contient au moins n/3n/3 points de SS.

  1. (Dimension 11) Pour des réels x1xnx_1 \leq \dots \leq x_n, montrer que la médiane c=xn/2c = x_{\lceil n/2 \rceil} vérifie : toute demi-droite fermée contenant cc contient au moins n/2n/2 des xix_i.
  2. (Lemme de dénombrement) Si A,B,CA, B, C sont des parties de SS avec A,B,C>2n3\abs A, \abs B, \abs C > \tfrac{2n}3, montrer ABCA \cap B \cap C \neq \emptyset.
  3. Soit m=2n/3+1m = \floor{2n/3} + 1 et soit F\mathcal F la famille (finie) des enveloppes convexes conv(T)\operatorname{conv}(T), TST \subseteq S, T=m\abs T = m. Montrer que trois membres quelconques de F\mathcal F ont un point commun, et déduire de Helly un point cc commun à tous.
  4. Montrer que ce cc est un point central de SS : le théorème du point central. (Si un demi-plan fermé passant par cc contenait moins de n/3n/3 points, son complémentaire ouvert contiendrait un ensemble TT de mm points, et conv(T)\operatorname{conv}(T) éviterait cc.)
  5. Optimalité : soit n=3kn = 3k et plaçons kk points dans chacun de trois disques de petit rayon ε\varepsilon centrés aux sommets d’un grand triangle. Montrer que pour tout point cc du plan un certain demi-plan fermé contenant cc contient au plus n/3n/3 points de SS, de sorte que la constante 1/31/3 ne peut être améliorée. (Parmi les trois directions de cc vers les centres des disques, deux font un angle au plus 2π/32\pi/3.)

Partie V — Le théorème de Jung et synthèse.

  1. (Lemme du triangle) Soit P,Q,RP, Q, R trois points de distances mutuelles 1\leq 1. Montrer qu’ils sont dans un disque fermé de rayon 1/31/\sqrt3. (Si un angle est π/2\geq \pi/2, prendre le disque de diamètre le plus long côté, à l’aide de la formule de la médiane RM2=12RP2+12RQ214PQ2\norm{RM}^2 = \tfrac12\norm{RP}^2 + \tfrac12\norm{RQ}^2 - \tfrac14\norm{PQ}^2 ; si le triangle est acutangle, majorer le rayon du cercle circonscrit a/(2sinA^)a/(2\sin \widehat A) à l’aide de son plus grand angle, qui est dans [π/3,π/2)\intco{\pi/3}{\pi/2}.)
  2. (Jung) En déduire : toute partie compacte du plan de diamètre 1\leq 1 est contenue dans un disque fermé de rayon 1/31/\sqrt3.
  3. Optimalité : pour le triangle équilatéral A1A2A3A_1A_2A_3 de côté 11 de centre de gravité GG, démontrer l’identité de Leibniz iOAi2=3OG2+iGAi2\sum_i \norm{\vect{OA_i}}^2 = 3\norm{\vect{OG}}^2 + \sum_i \norm{\vect{GA_i}}^2 pour tout point OO, et conclure que tout disque contenant les trois sommets a un rayon 1/3\geq 1/\sqrt3, avec égalité seulement pour le disque circonscrit.
  4. (Helly dans Rn\R^n) Énoncer et démontrer le théorème de Helly dans Rn\R^n : si un nombre fini d’ensembles convexes sont tels que n+1n + 1 quelconques d’entre eux s’intersectent, alors tous s’intersectent. (Le lemme de Radon Exercice 17.7 traite n+2n + 2 ensembles ; puis récurrence comme à la question 12.)
  5. Synthèse. Assembler la chaîne

    deˊpendance affineRadonHellypoint central et Jung,\text{dépendance affine} \Rightarrow \text{Radon} \Rightarrow \text{Helly} \Rightarrow \text{point central et Jung},

    en indiquant en une phrase chacun : où entre l’algèbre linéaire, où entrent les signes des poids, où entre la convexité, et quelle unique étape a utilisé la dimension du plan. Que deviennent les constantes 33 (dans Helly), 1/31/3 (point central) et 1/31/\sqrt3 (Jung) dans Rn\R^n ? (Énoncer sans démonstration.)

Solution

Solution de Problème 17.1.

1. Rebasons en AjA_j : pour iji \neq j, AjAi=A0AiA0Aj\vect{A_jA_i} = \vect{A_0A_i} - \vect{A_0A_j}. Si ijciAjAi=0\sum_{i \neq j} c_i\vect{A_jA_i} = 0, le développement donne i{0,j}ciA0Ai(ijci)A0Aj=0\sum_{i \notin \{0, j\}} c_i\,\vect{A_0A_i} - \bigl(\sum_{i\neq j} c_i\bigr)\vect{A_0A_j} = 0 ; l’indépendance des A0Ai\vect{A_0A_i} force ci=0c_i = 0 pour i{0,j}i \notin \{0, j\}, puis c0=0c_0 = 0 : indépendance en AjA_j. Pour l’équivalence : deux familles de poids (λi)(\lambda_i), (λi)(\lambda_i') de somme 11 ayant le même barycentre donnent, avec ν=λλ\nu = \lambda - \lambda' : νi=0\sum\nu_i = 0 et (origine A0A_0) i1νiA0Ai=0\sum_{i \geq 1}\nu_i\,\vect{A_0A_i} = 0, donc ν=0\nu = 0 sous l’hypothèse d’indépendance. Réciproquement une relation non triviale i1μiA0Ai=0\sum_{i\geq1}\mu_i \vect{A_0A_i} = 0, complétée par μ0=i1μi\mu_0 = -\sum_{i\geq1} \mu_i, permet d’ajouter t(μi)t(\mu_i) à toute famille de poids sans déplacer le barycentre : non-unicité.

2. (AB,AC)(\vect{AB}, \vect{AC}) est une base de R2\R^2 : écrivons AM=βAB+γAC\vect{AM} = \beta\,\vect{AB} + \gamma\,\vect{AC} (de manière unique) et posons α=1βγ\alpha = 1 - \beta - \gamma ; la condition de barycentre à l’origine AA s’écrit exactement AM=βAB+γAC\vect{AM} = \beta\,\vect{AB} + \gamma\,\vect{AC}. L’unicité est la question 1.

3. De αMA+βMB+γMC=0\alpha\vect{MA} + \beta\vect{MB} + \gamma\vect{MC} = 0 et Chasles, MA=βABγAC\vect{MA} = -\beta\,\vect{AB} - \gamma\,\vect{AC}. Avec D=det(AB,AC)D = \det(\vect{AB}, \vect{AC}) :

det(MB,MC)=det(MA+AB, MA+AC)=det(MA,AC)+det(AB,MA)+D=βDγD+D=αD,\begin{align*} \det(\vect{MB}, \vect{MC}) &= \det(\vect{MA} + \vect{AB},\ \vect{MA} + \vect{AC})\\ &= \det(\vect{MA}, \vect{AC}) + \det(\vect{AB}, \vect{MA}) + D = -\beta D - \gamma D + D = \alpha D, \end{align*}

en utilisant la bilinéarité et det(MA,AC)=βD\det(\vect{MA}, \vect{AC}) = -\beta D, det(AB,MA)=γD\det(\vect{AB}, \vect{MA}) = -\gamma D. Les deux autres formules s’obtiennent par le même calcul en permutant cycliquement les rôles.

4. Par définition conv{A,B,C}\operatorname{conv}\{A, B, C\} est l’ensemble des barycentres à poids positifs ; en normalisant les poids à somme 11 et en invoquant l’unicité (question 2), Mconv{A,B,C}M \in \operatorname{conv}\{A,B,C\} si et seulement si α,β,γ0\alpha, \beta, \gamma \geq 0. Chaque coordonnée est une fonction affine de MM (question 3 : un déterminant 2×22\times2 avec une colonne affine en MM), donc chaque condition de signe ouverte définit un demi-plan ouvert. La configuration (,,)(-,-,-) contredit α+β+γ=1\alpha + \beta + \gamma = 1 ; chacune des sept configurations restantes est réalisée : mettre à l’échelle un triplet respectant les signes avec au moins une entrée ++ de sorte que la somme (positive) soit 11 — par exemple (1,1,1)(-1, 1, 1), (3,1,1)(3, -1, -1), (13,13,13)(\frac13, \frac13, \frac13), et permutations.

5. Une application affine conserve les barycentres (Définition 17.5), donc u(M)=αu(A)+βu(B)+γu(C)u(M) = \alpha u(A) + \beta u(B) + \gamma u(C). En écrivant u(x,y)=ax+by+cu(x, y) = ax + by + c avec (a,b)(0,0)(a, b) \neq (0,0) : {u=c}\{u = c'\} est une droite, et toute droite ax+by=cax + by = c' est une telle ligne de niveau. Si u(M),u(N)cu(M), u(N) \geq c et t[0,1]t \in \intcc01, alors u(bar(M,1t;N,t))=(1t)u(M)+tu(N)cu\bigl(\operatorname{bar}(M, 1-t; N, t)\bigr) = (1-t)u(M) + tu(N) \geq c : les demi-plans sont convexes.

6. Les conditions μi=0\sum\mu_i = 0, 3μ2+μ4=03\mu_2 + \mu_4 = 0, 3μ3+μ4=03\mu_3 + \mu_4 = 0 donnent (en prenant μ4=3\mu_4 = 3) la dépendance (μ1,μ2,μ3,μ4)=(1,1,1,3)(\mu_1, \mu_2, \mu_3, \mu_4) = (-1, -1, -1, 3). Les signes se répartissent en {A4}{A1,A2,A3}\{A_4\} \mid \{A_1, A_2, A_3\}, et en normalisant chaque membre par 33 :

A4=bar(A1,13; A2,13; A3,13)=(1,1),A_4 = \operatorname{bar}\bigl(A_1, \tfrac13;\ A_2, \tfrac13;\ A_3, \tfrac13\bigr) = (1,1),

le centre de gravité du triangle : le point de Radon est A4A_4 lui-même, qui est bien à l’intérieur du triangle A1A2A3A_1A_2A_3.

7. L’application linéaire Φ ⁣:Rn+2R×Rn\Phi \colon \R^{n+2} \to \R \times \R^n, μ(μi, μiOAi)\mu \mapsto (\sum\mu_i,\ \sum\mu_i\vect{OA_i}), est de rang n+1\leq n + 1, donc dimkerΦ1\dim\ker \Phi \geq 1. Si deux dépendances indépendantes μ,μ\mu, \mu' existaient, une combinaison convenable ν=μn+2μμn+2μ\nu = \mu'_{n+2}\mu - \mu_{n+2}\mu' (ou μ\mu elle-même si les deux derniers coefficients s’annulent) serait une dépendance non nulle avec νn+2=0\nu_{n+2} = 0 ; en restreignant à A1,,An+1A_1, \dots, A_{n+1} et en rebasant en A1A_1, un certain νi0\nu_i \neq 0 avec i2i \geq 2 (un unique poids non nul ne peut être de somme nulle), donnant une relation non triviale i2νiA1Ai=0\sum_{i\geq2}\nu_i\vect{A_1A_i} = 0 : les n+1n+1 points seraient affinement dépendants, contre la position générale. Donc dimkerΦ=1\dim\ker \Phi = 1. Le même argument de restriction montre qu’une dépendance non nulle n’a aucun coefficient nul.

8. Soit μ0\mu \neq 0 une dépendance, P={i:μi>0}P = \{i : \mu_i > 0\} et N={i:μi<0}N = \{i : \mu_i < 0\} : tous deux non vides (μi=0\sum\mu_i = 0, μ0\mu \neq 0) et exhaustifs (aucun coefficient nul). La construction de Radon (Exercice 17.7) produit le point commun des enveloppes à partir exactement de cette partition. Comme la dépendance est unique à un scalaire non nul près (question 7), la paire non ordonnée {P,N}\{P, N\} — donc la partition de Radon — est unique.

9. Les blocs sont non vides, donc le type est (1,3)(1,3) ou (2,2)(2,2). Type (1,3)(1,3), bloc {j}\{j\} : le point de Radon est dans conv{Aj}={Aj}\operatorname{conv}\{A_j\} = \{A_j\}, donc AjconvA_j \in \operatorname{conv} des trois autres ; il ne peut être sur un côté (trois des points seraient alignés, contre la position générale), donc AjA_j est intérieur au triangle. Type (2,2)(2,2), blocs {i,j}{k,l}\{i,j\} \mid \{k,l\} : le point de Radon zz est sur [Ai,Aj][Ak,Al]\intcc{A_i}{A_j} \cap \intcc{A_k}{A_l}, et zz n’est pas une extrémité (cela alignerait trois points) : les deux segments se croisent en un point intérieur. De plus aucun point n’est dans l’enveloppe des autres : une telle appartenance Al=bar(Ai,λi)ilA_l = \operatorname{bar}(A_i, \lambda_i)_{i \neq l} avec λi0\lambda_i \geq 0 est une dépendance affine de configuration de signes (+,+,+,)(+,+,+,-), qui par unicité (question 8) rendrait la partition (1,3)(1,3). Donc dans le cas (2,2)(2,2) les quatre points sont en position convexe et les segments qui se croisent sont les diagonales.

10. Les équations μ2+μ3=0\mu_2 + \mu_3 = 0, μ3+μ4=0\mu_3 + \mu_4 = 0, μi=0\sum\mu_i = 0 donnent la dépendance (1,1,1,1)(1, -1, 1, -1) : partition {(0,0),(1,1)}{(1,0),(0,1)}\{(0,0), (1,1)\} \mid \{(1,0), (0,1)\}, et

bar((0,0),12; (1,1),12)=(12,12)=bar((1,0),12; (0,1),12):\operatorname{bar}\bigl((0,0), \tfrac12;\ (1,1), \tfrac12\bigr) = \bigl(\tfrac12, \tfrac12\bigr) = \operatorname{bar}\bigl((1,0), \tfrac12;\ (0,1), \tfrac12\bigr) :

le point de Radon est le centre du carré, où les deux diagonales se croisent — type (2,2)(2,2), comme la figure le prédit.

11. Radon appliqué à x1,,x4x_1, \dots, x_4 donne des blocs IJI \mid J et un point zconv{xi:iI}conv{xj:jJ}z \in \operatorname{conv}\{x_i : i \in I\} \cap \operatorname{conv}\{x_j : j \in J\}. Fixons k{1,,4}k \in \{1, \dots, 4\}, disons kIk \in I. Tout jJj \in J vérifie jkj \neq k, donc xjCkx_j \in C_k par le choix xjljClx_j \in \bigcap_{l \neq j}C_l ; comme CkC_k est convexe, zconv{xj:jJ}Ckz \in \operatorname{conv}\{x_j : j \in J\} \subseteq C_k. Comme kk était quelconque, zC1C2C3C4z \in C_1 \cap C_2 \cap C_3 \cap C_4.

12. Récurrence sur mm. Pour m=3m = 3 l’hypothèse est la conclusion ; m=4m = 4 est la question 11. Soit m4m \geq 4, supposons l’énoncé pour mm ensembles, et prenons C1,,Cm+1C_1, \dots, C_{m+1} avec la propriété d’intersection triple. Posons Cm=CmCm+1C_m' = C_m \cap C_{m+1}, convexe. La famille C1,,Cm1,CmC_1, \dots, C_{m-1}, C_m' a mm membres ; un triplet évitant CmC_m' s’intersecte par hypothèse, et un triplet {Ci,Cj,Cm}\{C_i, C_j, C_m'\} a pour intersection CiCjCmCm+1C_i \cap C_j \cap C_m \cap C_{m+1}, non vide par la question 11 appliquée à Ci,Cj,Cm,Cm+1C_i, C_j, C_m, C_{m+1} (trois quelconques d’entre eux se rencontrent, par hypothèse). L’hypothèse de récurrence fournit alors un point commun à la nouvelle famille, c’est-à-dire à tous les m+1m+1 ensembles.

13. (a) Les côtés fermés [P,Q]\intcc PQ, [Q,R]\intcc QR, [R,P]\intcc RP d’un triangle non dégénéré : deux quelconques partagent un sommet, mais un point commun aux trois serait dans [P,Q][R,P]={P}\intcc PQ \cap \intcc RP = \{P\} et dans [Q,R]\intcc QR, qui exclut PP. (b) Trois quelconques des ensembles Si={x1,,x4}{xi}S_i = \{x_1, \dots, x_4\} \setminus \{x_i\} omettent trois des quatre points, laissant exactement un point commun ; l’intersection totale omet tout point. Les SiS_i sont finis, non convexes : la convexité est essentielle. (c) Un nombre fini de Hk=[k,+)×RH_k = \intco{k}{+\infty} \times \R s’intersectent en [kmax,+)×R\intco{k_{\max}}{+\infty} \times \R \neq \emptyset, pourtant aucun point n’a xkx \geq k pour tout kNk \in \N : pour les familles infinies, la compacité est essentielle.

14. Supposons iIKi=\bigcap_{i \in I}K_i = \emptyset et fixons i0i_0. Tout xKi0x \in K_{i_0} échappe à un certain KiK_i, donc Ki0iI(R2Ki)K_{i_0} \subseteq \bigcup_{i \in I}(\R^2 \setminus K_i), un recouvrement par des ouverts (KiK_i est compact, donc fermé). Par Borel–Lebesgue (Théorème 4.20) un nombre fini suffit : Ki0Ki1KiN=K_{i_0} \cap K_{i_1} \cap \dots \cap K_{i_N} = \emptyset. Mais trois membres quelconques de cette famille finie de convexes s’intersectent, donc la question 12 rend l’intersection non vide : contradiction.

15. Posons Dp=D(p,r)D_p = \overline D(p, r) pour pSp \in S : des convexes compacts. Pour p,q,sSp, q, s \in S, l’hypothèse donne un disque fermé D(z,r)\overline D(z, r) contenant p,q,sp, q, s ; alors zp,zq,zsr\norm{\vect{zp}}, \norm{\vect{zq}}, \norm{\vect{zs}} \leq r, c’est-à-dire zDpDqDsz \in D_p \cap D_q \cap D_s. Par Helly (question 12 ; la famille est finie) il existe cpSDpc \in \bigcap_{p \in S}D_p : tout pSp \in S vérifie cpr\norm{\vect{cp}} \leq r, donc SD(c,r)S \subseteq \overline D(c, r).

16. Soit c=xn/2c = x_{\lceil n/2\rceil}. Une demi-droite fermée contenant cc est (,t]\intoc{-\infty}{t} avec tct \geq c ou [t,+)\intco{t}{+\infty} avec tct \leq c. La première contient x1,,xn/2x_1, \dots, x_{\lceil n/2\rceil} : au moins n/2n/2\lceil n/2\rceil \geq n/2 points. La seconde contient xn/2,,xnx_{\lceil n/2\rceil}, \dots, x_n : exactement nn/2+1=n/2+1>n/2n - \lceil n/2\rceil + 1 = \floor{n/2} + 1 > n/2 points.

17. AB=A+BABA+Bn>4n3n=n3\abs{A \cap B} = \abs A + \abs B - \abs{A \cup B} \geq \abs A + \abs B - n > \tfrac{4n}3 - n = \tfrac n3, puis

ABCAB+Cn>n3+2n3n=0.\abs{A \cap B \cap C} \geq \abs{A \cap B} + \abs C - n > \tfrac n3 + \tfrac{2n}3 - n = 0 .

18. Notons m>2n/3m > 2n/3. Pour T1,T2,T3ST_1, T_2, T_3 \subseteq S de cardinal mm, la question 17 fournit un point xT1T2T3x \in T_1 \cap T_2 \cap T_3 ; alors xconv(Ti)x \in \operatorname{conv}(T_i) pour chaque ii : trois membres quelconques de F\mathcal F se rencontrent. La famille est finie (un nombre fini de parties de SS) et formée de convexes, donc Helly (question 12) donne cT=mconv(T)c \in \bigcap_{\abs T = m}\operatorname{conv}(T).

19. Supposons qu’un demi-plan fermé HcH \ni c contienne moins de n/3n/3 points de SS. Son complémentaire UU est un demi-plan ouvert, convexe, avec SU>2n/3\abs{S \cap U} > 2n/3, donc SU2n/3+1=m\abs{S \cap U} \geq \floor{2n/3} + 1 = m ; choisissons TSUT \subseteq S \cap U avec T=m\abs T = m. Alors conv(T)U\operatorname{conv}(T) \subseteq U par convexité de UU, donc cconv(T)Uc \in \operatorname{conv}(T) \subseteq U : contradiction avec cHc \in H. Donc tout demi-plan fermé contenant cc contient au moins n/3n/3 points : cc est un point central.

20. Prenons le triangle équilatéral de côté LL et ε=L/100\varepsilon = L/100. Soit cc un point quelconque ; nous exhibons un demi-plan fermé contenant cc et au plus kk points.

Cas 1 : cc est à moins de L/10L/10 d’un sommet, disons BB. Les directions de cc vers AA et vers CC s’écartent des directions BAB \to A, BCB \to C d’au plus arcsin(L/109L/10)=arcsin19\arcsin\bigl(\tfrac{L/10}{9L/10}\bigr) = \arcsin\tfrac19, donc elles font un angle π3+2arcsin19<2π3\leq \tfrac\pi3 + 2\arcsin\tfrac19 < \tfrac{2\pi}3. Cas 2 : cc est à distance >L/10> L/10 de tous les sommets. Si cc est dans le triangle, les trois écarts angulaires entre les directions uA,uB,uCu_A, u_B, u_C de cc vers les sommets somment à 2π2\pi, donc un écart est 2π/3\leq 2\pi/3 ; si cc est à l’extérieur, les trois directions sont dans un demi-plan ouvert de directions et deux d’entre elles font un angle <π/2< \pi/2. Dans tous les cas deux directions, disons vers XX et YY, font un angle 2π/3\leq 2\pi/3 ; soit ww leur bissectrice unitaire, de sorte que uX,w,uY,wcosπ3=12\langle u_X, w\rangle, \langle u_Y, w\rangle \geq \cos\tfrac\pi3 = \tfrac12. Pour tout point bb du disque autour de XX :

cb,w12cXε>0,\langle \vect{cb}, w\rangle \geq \tfrac12\norm{\vect{cX}} - \varepsilon > 0,

car cXL/10>2ε\norm{\vect{cX}} \geq L/10 > 2\varepsilon (et de même pour YY) : le demi-plan ouvert {cx,w>0}\{\langle \vect{cx}, w\rangle > 0\} avale les deux amas. Son complémentaire fermé contient cc et au plus les kk points du troisième amas. Donc aucun point du plan ne dépasse n/3n/3 : avec la question 19, la constante du point central est exactement 1/31/3.

21. Ordonnons les angles ; le plus grand, θ\theta, vérifie θπ/3\theta \geq \pi/3 (les trois somment à π\pi). Si θπ/2\theta \geq \pi/2, disons en RR, soit MM le milieu du côté opposé [P,Q]\intcc PQ. La formule de la médiane (RM=12(RP+RQ)\vect{RM} = \tfrac12(\vect{RP} + \vect{RQ}), développer et éliminer RP,RQ\langle\vect{RP}, \vect{RQ}\rangle avec la loi des cosinus) donne

RM2=12RP2+12RQ214PQ212PQ214PQ2=14PQ2,\norm{\vect{RM}}^2 = \tfrac12\norm{\vect{RP}}^2 + \tfrac12\norm{\vect{RQ}}^2 - \tfrac14\norm{\vect{PQ}}^2 \leq \tfrac12\norm{\vect{PQ}}^2 - \tfrac14\norm{\vect{PQ}}^2 = \tfrac14\norm{\vect{PQ}}^2,

en utilisant PQ2=RP2+RQ22RP,RQRP2+RQ2\norm{\vect{PQ}}^2 = \norm{\vect{RP}}^2 + \norm{\vect{RQ}}^2 - 2\langle\vect{RP}, \vect{RQ}\rangle \geq \norm{\vect{RP}}^2 + \norm{\vect{RQ}}^2 (le produit scalaire est 0\leq 0). Donc le disque de diamètre [P,Q]\intcc PQ, de rayon 12<13\leq \tfrac12 < \tfrac1{\sqrt3}, contient les trois points (les triplets alignés dégénérés relèvent de θ=π\theta = \pi). Si θ<π/2\theta < \pi/2 le triangle est acutangle ; par la loi des sinus le rayon du cercle circonscrit est Rc=a/(2sinθ)R_c = a/(2\sin\theta) avec a1a \leq 1 le côté opposé à θ\theta, et θ[π/3,π/2)\theta \in \intco{\pi/3}{\pi/2} donne sinθ3/2\sin\theta \geq \sqrt3/2, donc Rc1/3R_c \leq 1/\sqrt3 : le disque circonscrit fait l’affaire.

22. Pour pSp \in S soit Kp=D(p,1/3)K_p = \overline D(p, 1/\sqrt3) : convexe compact. Trois points quelconques p,q,sp, q, s de SS sont deux à deux à distance 1\leq 1, donc la question 21 donne un disque de rayon 1/31/\sqrt3 les contenant : son centre est dans KpKqKsK_p \cap K_q \cap K_s. Par Helly compact (question 14, familles quelconques autorisées) il existe cpSKpc \in \bigcap_{p\in S}K_p : tout pSp \in S est à distance 1/3\leq 1/\sqrt3 de cc, c’est-à-dire SD(c,1/3)S \subseteq \overline D(c, 1/\sqrt3). C’est le théorème de Jung dans le plan.

23. Avec GG le centre de gravité, iGAi=0\sum_i\vect{GA_i} = 0, donc

iOAi2=iOG+GAi2=3OG2+2OG,iGAi+iGAi2,\sum_i\norm{\vect{OA_i}}^2 = \sum_i\norm{\vect{OG} + \vect{GA_i}}^2 = 3\norm{\vect{OG}}^2 + 2\Bigl\langle \vect{OG}, \sum_i\vect{GA_i}\Bigr\rangle + \sum_i\norm{\vect{GA_i}}^2,

et le terme central s’annule : l’identité de Leibniz. Pour le triangle équilatéral de côté 11, GAi=1/3\norm{\vect{GA_i}} = 1/\sqrt3 (les deux tiers de la hauteur 3/2\sqrt3/2), donc iGAi2=1\sum_i\norm{\vect{GA_i}}^2 = 1. Si D(O,r)\overline D(O, r) contient les sommets, alors 3r2iOAi2=3OG2+113r^2 \geq \sum_i\norm{\vect{OA_i}}^2 = 3\norm{\vect{OG}}^2 + 1 \geq 1 : r1/3r \geq 1/\sqrt3, l’égalité forçant O=GO = G et les trois distances égales à rr — le disque circonscrit. La constante de Jung 1/31/\sqrt3 est optimale.

24. Helly dans Rn\R^n : si C1,,CmC_1, \dots, C_m (mn+1m \geq n + 1) sont des parties convexes de Rn\R^n et que n+1n + 1 quelconques d’entre elles s’intersectent, alors toutes s’intersectent. Cas de base m=n+2m = n + 2 : choisir xijiCjx_i \in \bigcap_{j\neq i}C_j ; le lemme de Radon (Exercice 17.7) partage x1,,xn+2x_1, \dots, x_{n+2} en blocs IJI \mid J avec un point commun d’enveloppe zz, et pour chaque kk, le bloc ne contenant pas kk est formé de points de CkC_k, donc zCkz \in C_k par convexité, exactement comme à la question 11. Étape de récurrence pour mn+2m \geq n + 2 : remplacer Cm,Cm+1C_m, C_{m+1} par CmCm+1C_m \cap C_{m+1} ; un (n+1)(n+1)-uplet de la nouvelle famille contenant le membre intersecté revient à n+2n + 2 des anciens ensembles, traité par le cas de base, et les autres uplets sont couverts par hypothèse. Conclure par l’hypothèse de récurrence.

25. L’algèbre linéaire entre une seule fois : n+2n + 2 vecteurs dans l’espace de dimension n+1n+1 des couples (poids total, position pondérée) doivent être dépendants — c’est la dépendance affine. Les signes de ses coefficients répartissent les points dans les deux blocs de Radon et transforment une relation linéaire en une égalité de deux barycentres à poids positifs. La convexité est utilisée exactement deux fois : à l’étape de Helly (l’enveloppe des points de CkC_k reste dans CkC_k) et dans les applications (les demi-plans et les disques sont convexes). La dimension du plan n’est entrée que par le nombre 4=2+24 = 2 + 2 de points fournis à Radon, c’est-à-dire le « 3=2+13 = 2 + 1 » de l’hypothèse de Helly ; tout le reste était indépendant de la dimension, comme le confirme la question 24. Dans Rn\R^n les constantes deviennent : nombre de Helly n+1n + 1 ; constante du point central 1n+1\frac1{n+1} (tout ensemble fini a un point tel que tout demi-espace fermé le contenant contient une fraction 1n+1\geq \frac1{n+1} de l’ensemble) ; rayon de Jung n2(n+1)\sqrt{\frac{n}{2(n+1)}} pour les ensembles de diamètre 11 — égal à 1/31/\sqrt3 quand n=2n = 2.