Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

7Suites et séries

La théorie des séries numériques (volume de Licence 1) mûrit ici dans trois directions : les séries à valeurs dans les espaces de Banach, où la convergence absolue fait le travail ; les critères plus fins pour les séries réelles (transformation d’Abel) ; et les familles sommables — la sommation affranchie de l’ordre des termes — avec le théorème de Fubini pour les sommes doubles et le produit de Cauchy. Ces outils portent tous les chapitres de séries de fonctions à venir.

7.1 Séries dans les espaces normés

Définition 7.1

Pour une suite (un)(u_n) dans un espace normé EE, la série un\sum u_n converge lorsque ses sommes partielles convergent ; elle converge absolument lorsque un<\sum \norm{u_n} < \infty. Dans un espace de Banach, la convergence absolue implique la convergence (Théorème 5.21) ; dans un espace non complet, cela peut être faux (Exercice 7.9).

Exemple 7.2

Dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K) (ou Lc(E)\mathcal{L}_c(E), EE de Banach) : pour A<1\vertiii A < 1, la série de Neumann Ak\sum A^k converge absolument vers (IA)1(I - A)^{-1} (démontré à l’Exercice 5.5) ; Akk!\sum \frac{A^k}{k!} converge absolument vers eA\eu^A pour tout AA (Exemple 5.22). Les séries géométrique et exponentielle à valeurs opérateurs se comportent comme leurs modèles scalaires — tout l’intérêt du cadre de Banach.

7.2 Transformation d’Abel

Théorème 7.3 (Transformation et critère d’Abel)

(Sommation par parties) Pour des scalaires ana_n et des vecteurs bnb_n, avec Bn=k=0nbkB_n = \sum_{k=0}^{n} b_k :

n=0Nanbn=aNBNn=0N1(an+1an)Bn.\sum_{n=0}^{N} a_n b_n = a_N B_N - \sum_{n=0}^{N-1} (a_{n+1} - a_n) B_n .

(Critère d’Abel) Si (an)(a_n) est une suite réelle, décroissant vers 00, et si les sommes partielles BnB_n sont bornées (dans un espace de Banach), alors anbn\sum a_n b_n converge.

Démonstration. L’identité, pas à pas : avec B1=0B_{-1} = 0, écrivons bn=BnBn1b_n = B_n - B_{n-1} et scindons,

n=0Nanbn=n=0NanBnn=0NanBn1=n=0NanBnn=0N1an+1Bn,\sum_{n=0}^{N} a_nb_n = \sum_{n=0}^{N} a_nB_n - \sum_{n=0}^{N} a_nB_{n-1} = \sum_{n=0}^{N} a_nB_n - \sum_{n=0}^{N-1} a_{n+1}B_{n} ,

en réindexant la deuxième somme par nn+1n \mapsto n + 1 (le terme B1B_{-1} s’annule) ; en regroupant sur la plage commune 0nN10 \leq n \leq N-1, il reste aNBNa_NB_N plus nN1(anan+1)Bn\sum_{n\leq N-1}(a_n - a_{n+1})B_n : la formule annoncée. C’est l’intégration par parties discrète, avec (Bn)(B_n) comme primitive de (bn)(b_n) et la différence an+1ana_{n+1} - a_n comme dérivée de (an)(a_n). Pour le critère, avec BnM\norm{B_n} \leq M : le terme de bord aNBN0a_N B_N \to 0 ; la série (anan+1)Bn\sum (a_n - a_{n+1})B_n converge absolument, car

n(an+1an)BnMn(anan+1)=Ma0<\sum_n \norm{(a_{n+1} - a_n)B_n} \leq M \sum_n (a_n - a_{n+1}) = M a_0 < \infty

(télescopage, an0a_n \downarrow 0). Les deux morceaux de l’identité convergent, donc anbn\sum a_n b_n aussi.

Exemple 7.4

sinnn\sum \frac{\sin n}{n} converge : an=1n0a_n = \frac1n \downarrow 0 et Bn=k=1nsinkB_n = \sum_{k=1}^{n} \sin k est bornée — en effet Bn=kneik=ei(ein1)ei1B_n = \Im\sum_{k \leq n} \eu^{\iu k} = \Im\,\frac{\eu^{\iu}(\eu^{\iu n} - 1)}{\eu^{\iu} - 1}, de module 2ei1\leq \frac{2}{\abs{\eu^{\iu} - 1}}. Elle ne converge pas absolument (sinnsin2n=1cos2n2\abs{\sin n} \geq \sin^2 n = \frac{1 - \cos 2n}{2}, et 1cos2n2n\sum \frac{1 - \cos 2n}{2n} diverge puisque cos2nn\sum \frac{\cos 2n}{n} converge par le même critère d’Abel tandis que 12n\sum \frac{1}{2n} diverge). Le critère spécial des séries alternées est le cas particulier bn=(1)nb_n = (-1)^n.

Exemple 7.5 (Abel sur le cercle de convergence)

Pour quels complexes zz avec z=1\abs z = 1 la série n1znn\sum_{n \geq 1} \frac{z^n}{n} converge-t-elle ? En z=1z = 1, c’est la série harmonique : divergente. Pour z1z \neq 1 sur le cercle, le critère d’Abel s’applique avec an=1n0a_n = \frac1n \downarrow 0 et bn=znb_n = z^n, dont les sommes partielles sont bornées indépendamment de NN :

n=1Nzn=z(zN1)z12z1.\Bigl|\sum_{n=1}^{N} z^n\Bigr| = \Bigl|\frac{z(z^N - 1)}{z - 1}\Bigr| \leq \frac{2}{\abs{z - 1}} .

Convergente — mais jamais absolument (1n\sum\frac1n). Une seule série, tout un cercle de comportements : divergence en un unique point, semi-convergence partout ailleurs. C’est le comportement au bord standard des séries entières (Chapitre 11), rencontré ici à mains nues ; en z=1z = -1, on retrouve la série harmonique alternée, et en z=eiθz = \eu^{\iu\theta} ses parties réelle et imaginaire sont les séries cosnθn\sum\frac{\cos n\theta}{n} et sinnθn\sum\frac{\sin n\theta}{n} de l’Exercice 7.4.

Exemple 7.6 (Une série alternée piégée)

La série n2(1)nn+(1)n\sum_{n\geq2} \dfrac{(-1)^n}{\sqrt n + (-1)^n} converge-t-elle ? Les signes alternent et les termes tendent vers 00 — pourtant le critère des séries alternées ne s’applique pas : les modules 1n+(1)n\frac{1}{\sqrt n + (-1)^n} ne sont pas décroissants (ils font un saut vers le haut à chaque nn impair). Développons plutôt :

(1)nn+(1)n=(1)nn11+(1)nn=(1)nn1n+O(1n3/2).\frac{(-1)^n}{\sqrt n + (-1)^n} = \frac{(-1)^n}{\sqrt n}\cdot \frac{1}{1 + \frac{(-1)^n}{\sqrt n}} = \frac{(-1)^n}{\sqrt n} - \frac{1}{n} + O\Bigl(\frac{1}{n^{3/2}}\Bigr).

Le premier morceau converge (critère des séries alternées, honnêtement appliqué à 1n0\frac1{\sqrt n}\downarrow0), le troisième converge absolument — mais le morceau du milieu est la série harmonique divergente : la somme diverge vers -\infty. La leçon finale : quand la monotonie fait défaut, développez jusqu’à ce que chaque morceau soit soit absolument convergent, soit un cas d’école bien net ; le 1n-\frac1n caché est invisible au simple comptage des signes.

Remarque 7.7 (Pièges courants)

(i) « Les termes tendent vers 00 » ne prouve rien : la série harmonique diverge. (ii) Le critère des séries alternées exige des modules décroissants — l’Exemple 7.6 en est le contre-exemple canonique, et la troisième série de l’Exercice 7.1 l’exercice d’entraînement. (iii) Les séries semi-convergentes ne peuvent pas être réordonnées (Exemple 7.12), et leurs produits de Cauchy peuvent diverger : pour le carré de (1)nn+1\sum\frac{(-1)^n}{\sqrt{n+1}}, les termes diagonaux vérifient

ck=m=0k1(m+1)(km+1)(k+1)2k+220\abs{c_k} = \sum_{m=0}^{k} \frac{1}{\sqrt{(m+1)(k-m+1)}} \geq (k+1)\cdot\frac{2}{k+2} \longrightarrow 2 \neq 0

(chaque facteur vaut au plus k+22\frac{k+2}2 par l’inégalité arithmético-géométrique), donc ck\sum c_k diverge — la convergence absolue d’au moins un facteur (Exercice 7.8) n’est pas un luxe. (iv) La sommabilité porte sur des bornes absolues par définition : il n’existe pas de famille semi-sommable.

7.3 Familles sommables

Définition 7.8

Soit II un ensemble d’indices dénombrable. Une famille (ui)iI(u_i)_{i \in I} de réels positifs est sommable lorsque les sommes partielles finies sont bornées ; sa somme est

iIui=supFI finieiFui[0,+].\sum_{i \in I} u_i = \sup_{F \subseteq I \text{ finie}} \sum_{i \in F} u_i \in \intcc{0}{+\infty} .

Une famille de réels ou de complexes (ou de vecteurs de Banach) est sommable lorsque (ui)(\norm{u_i}) l’est ; sa somme est alors définie en la scindant en parties positive/négative (ou réelle/imaginaire) — de manière équivalente, comme la valeur commune de nuσ(n)\sum_{n} u_{\sigma(n)} sur toutes les énumérations σ\sigma de II (voir ci-dessous).

Méthode 7.9 (Choisir un critère)

Face à un\sum u_n, dans l’ordre : (1) si un↛0u_n \not\to 0, divergence, on s’arrête. (2) Si les termes sont de signe constant, on compare : on cherche un équivalent (Chapitre 6) et on le place sur la carte de Riemann–Bertrand. (3) Si les signes alternent avec des modules décroissants, le critère des séries alternées ; si les modules ne sont pas monotones, on développe le terme jusqu’à ce que chaque morceau soit absolument convergent ou un cas d’école bien net (Exemple 7.6). (4) Si le motif des signes est oscillant mais structuré (sinnθ\sin n\theta, einθ\eu^{\iu n\theta}, puissances de matrices), le critère d’Abel avec des sommes partielles bornées. (5) La convergence absolue vaut toujours la peine d’être examinée en premier : elle est plus forte, insensible à l’ordre, et débloque les produits de Cauchy et Fubini.

Exemple 7.10 (Sommabilité par comptage diagonal)

Pour quels s>0s > 0 la famille ((m+n)s)m,n1\bigl((m + n)^{-s}\bigr)_{m, n \geq 1} est-elle sommable ? Regroupons les sommes partielles finies par diagonales m+n=km + n = k : la diagonale kk porte k1k - 1 couples, contribuant chacun ksk^{-s}, de sorte que les sommes finies sont exactement bornées par (et épuisent)

k2k1ks,\sum_{k \geq 2} \frac{k - 1}{k^{s}} ,

une série à termes positifs équivalente à k1sk^{1-s} : sommable si et seulement si s1>1s - 1 > 1, c’est-à-dire s>2s > 2. L’indice bidimensionnel dévore une puissance entière : un plan de termes est « divergent d’une dimension de plus » qu’une droite — c’est la géométrie de comptage de l’ensemble d’indices, et non la taille des termes individuels, qui décide de la sommabilité. (Le même recensement montre que ((m2+n2)1)\bigl((m^2 + n^2)^{-1}\bigr) n’est pas sommable : sur la diagonale m+n=km + n = k, chaque terme vaut au moins k2k^{-2}, et (k1)k2(k-1)\cdot k^{-2} se somme comme la série harmonique.)

Théorème 7.11 (Sommabilité et ordre)

  1. Pour les familles positives, la somme est invariante par toute énumération : iui=n=0uσ(n)\sum_{i} u_i = \sum_{n=0}^{\infty} u_{\sigma(n)} pour toute bijection σ ⁣:NI\sigma \colon \N \to I.
  2. Une série réelle ou complexe un\sum u_n est commutativement convergente (tout réordonnancement converge, avec la même somme) si et seulement si elle est absolument convergente.

Démonstration. (1) Toute somme partielle nNuσ(n)\sum_{n \leq N} u_{\sigma(n)} est une somme partielle finie de la famille (donc \leq le sup) ; tout ensemble fini FF est contenu dans un {σ(0),,σ(N)}\{\sigma(0), \dots, \sigma(N)\} (donc le sup \leq la limite de la série). Les deux bornes coïncident.

(2) Si un<\sum\abs{u_n} < \infty : pour tout réordonnancement σ\sigma et tout ε>0\varepsilon > 0, choisissons NN tel que n>Nunε\sum_{n > N}\abs{u_n} \leq \varepsilon ; au-delà du rang où σ\sigma a épuisé [ ⁣[0,N] ⁣]\intint{0}{N}, les sommes partielles réordonnées diffèrent de la limite initiale d’au plus ε\varepsilon : même somme. Si un=\sum \abs{u_n} = \infty mais un\sum u_n converge (cas réel ; le cas complexe suit coordonnée par coordonnée) : les parties positive et négative divergent toutes deux, et l’on peut réordonner pour atteindre n’importe quelle limite prescrite — le théorème de Riemann, mené dans l’Exercice 7.5 — de sorte que la convergence commutative échoue.

Exemple 7.12 (Un réordonnancement pris la main dans le sac)

La série harmonique alternée a pour somme n1(1)n1n=ln2\sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n-1}}{n} = \ln 2 (volume de Licence 1). Réordonnons-la en « un positif, deux négatifs » :

11214+131618+151 - \frac12 - \frac14 + \frac13 - \frac16 - \frac18 + \frac15 - \cdots

En regroupant chaque bloc de trois,

12k114k214k=14k214k=12(12k112k),\frac{1}{2k-1} - \frac{1}{4k-2} - \frac1{4k} = \frac{1}{4k-2} - \frac{1}{4k} = \frac12\Bigl(\frac{1}{2k-1} - \frac1{2k}\Bigr),

de sorte que la série réordonnée converge vers 12ln2\frac12\ln 2 — la moitié de la somme initiale, avec exactement les mêmes termes. Les séries non absolument convergentes se souviennent de l’ordre de leurs termes ; les familles sommables sont précisément celles qui ne s’en souviennent pas.

Exemple 7.13 (Regrouper est sûr, dégrouper ne l’est pas)

Regrouper les termes consécutifs d’une série convergente ne change jamais la somme : les sommes partielles regroupées forment une sous-suite des sommes initiales. L’opération inverse est interdite :

(11)+(11)+(11)+=0+0+=0,(1 - 1) + (1 - 1) + (1 - 1) + \cdots = 0 + 0 + \cdots = 0,

alors que la série dégroupée 11+11+1 - 1 + 1 - 1 + \cdots diverge (les sommes partielles oscillent entre 11 et 00). Dégrouper n’est légitime que sous une hypothèse compensatrice — par exemple, des termes tendant vers 00 avec des longueurs de paquets bornées : alors, entre deux sommes partielles regroupées, les sommes initiales dérivent d’au plus une somme de o(1)o(1) termes en nombre borné, et la convergence se transfère en retour. C’est exactement la clause sous laquelle le calcul par blocs de l’Exemple 7.12 est une preuve et non un tour de passe-passe.

Théorème 7.14 (Fubini pour les familles ; produits de Cauchy)

Soit (um,n)(m,n)N2(u_{m,n})_{(m,n) \in \N^2} une famille double sommable (c’est-à-dire supFFum,n<\sup_F \sum_F \abs{u_{m,n}} < \infty). Alors

(m,n)um,n=m=0(n=0um,n)=n=0(m=0um,n)=k=0(m+n=kum,n),\sum_{(m,n)} u_{m,n} = \sum_{m=0}^{\infty}\Bigl(\sum_{n=0}^{\infty} u_{m,n}\Bigr) = \sum_{n=0}^{\infty}\Bigl(\sum_{m=0}^{\infty} u_{m,n}\Bigr) = \sum_{k=0}^{\infty}\Bigl(\sum_{m+n=k} u_{m,n}\Bigr),

toutes les séries internes convergeant (absolument). En particulier, si am\sum a_m et bn\sum b_n convergent absolument, leur produit de Cauchy converge absolument avec

(mam)(nbn)=k=0ck,ck=m=0kambkm.\Bigl(\sum_m a_m\Bigr)\Bigl(\sum_n b_n\Bigr) = \sum_{k=0}^{\infty} c_k, \qquad c_k = \sum_{m=0}^{k} a_m b_{k-m} .

Démonstration. Cas positif. Chaque regroupement (par lignes, colonnes ou diagonales) calcule le même supremum : tout ensemble fini de couples est contenu dans un bloc fini de lignes (minorant chaque somme regroupée par des sommes partielles finies et la majorant par le total), et la convergence monotone des sommes partielles fait le reste — concrètement, pour les lignes : mMnNum,nS\sum_{m \leq M}\sum_{n \leq N} u_{m,n} \leq S donne, en faisant NN \to \infty puis MM \to \infty, mnum,nS\sum_m \sum_n u_{m,n} \leq S ; réciproquement, tout ensemble fini FF se loge dans un tel rectangle, donc Smnum,nS \leq \sum_m\sum_n u_{m,n}. Diagonales : les deux mêmes bornes avec des triangles au lieu de rectangles.

Cas général. On scinde en parties positive et négative (réelle et imaginaire), chacune une famille positive sommable ; les quatre regroupements coïncident sur chaque partie, donc sur la différence ; la convergence absolue des séries internes vient du cas positif appliqué à um,n\abs{u_{m,n}}.

Produit de Cauchy. La famille um,n=ambnu_{m,n} = a_m b_n est sommable : les sommes partielles finies de ambn\abs{a_mb_n} sont bornées par (am)(bn)\bigl(\sum\abs{a_m}\bigr)\bigl(\sum\abs{b_n}\bigr). Les lignes donnent (am)(bn)\bigl(\sum a_m\bigr)\bigl(\sum b_n\bigr) ; les diagonales donnent kck\sum_k c_k.

Exemple 7.15 (L’identité exponentielle, honnêtement)

Pour a,bCa, b \in \C (ou des matrices qui commutent) :

(mamm!)(nbnn!)=km+n=kambnm!n!=k(a+b)kk!,\Bigl(\sum_m \frac{a^m}{m!}\Bigr)\Bigl(\sum_n \frac{b^n}{n!}\Bigr) = \sum_k \sum_{m+n=k} \frac{a^m b^n}{m!\,n!} = \sum_k \frac{(a + b)^k}{k!},

par la formule du binôme sur chaque diagonale : eaeb=ea+b\eu^a \eu^b = \eu^{a+b} — l’équation fonctionnelle de exp\exp obtenue à partir de la seule série. (La commutation sert dans l’étape du binôme ; pour des matrices qui ne commutent pas, l’identité est réellement fausse, Chapitre 16.)

Exemple 7.16 (Les produits de Cauchy comme outil de calcul)

À partir de la série géométrique et du n1nzn=z(1z)2\sum_{n \geq 1} nz^n = \frac{z}{(1-z)^2} (z<1\abs z < 1) de l’Exercice 7.2, un produit de Cauchy de plus achève le moment d’ordre deux. Multiplions mmzm\sum_m mz^m par nzn\sum_n z^n : le coefficient diagonal est m=0km=k(k+1)2\sum_{m=0}^k m = \frac{k(k+1)}2, donc

z(1z)3=k0k(k+1)2zk,\frac{z}{(1-z)^3} = \sum_{k\geq0}\frac{k(k+1)}{2}\,z^k ,

et l’identité n2=2n(n+1)2nn^2 = 2\cdot\frac{n(n+1)}2 - n assemble

n1n2zn=2z(1z)3z(1z)2=z(1+z)(1z)3.\sum_{n\geq1} n^2z^n = \frac{2z}{(1-z)^3} - \frac{z}{(1-z)^2} = \frac{z(1+z)}{(1-z)^3} .

En z=12z = \frac12 : n1n22n=123218=6\sum_{n\geq1}\frac{n^2}{2^n} = \frac{\frac12\cdot\frac32}{\frac18} = 6 — une valeur close sans la moindre dérivation, rien que des séries absolument convergentes multipliées comme des polynômes. Le même télescopage d’identités calcule tout ndzn\sum n^dz^n, et les probabilistes reconnaîtront le moment factoriel d’ordre deux de la loi géométrique (Chapitre 23).

Exemple 7.17 (Une évaluation de somme double)

Pour s>1s > 1 réel, posons ζ(s)=n1ns\zeta(s) = \sum_{n\geq1} n^{-s}. En comptant les diviseurs par sommation double — la famille (msns)(m^{-s}n^{-s}) sur (m,n)(N)2(m,n) \in (\N^*)^2 est sommable (produit de séries positives convergentes) — et en regroupant par le produit q=mnq = mn :

ζ(s)2=m,n1(mn)s=q=1d(q)qs,\zeta(s)^2 = \sum_{m,n} \frac{1}{(mn)^s} = \sum_{q=1}^{\infty} \frac{d(q)}{q^s},

d(q)d(q) est le nombre de diviseurs de qq. Les familles sommables transforment la combinatoire en analyse.

Exemple 7.18 (Une évaluation par Fubini : n(ζ(n)1)=1\sum_n (\zeta(n) - 1) = 1)

Pour n2n \geq 2 entier, ζ(n)1=k2kn\zeta(n) - 1 = \sum_{k \geq 2} k^{-n}. La famille double (kn)k,n2(k^{-n})_{k, n \geq 2} est sommable : en sommant d’abord les colonnes géométriques,

k2n21kn=k21/k211/k=k21k(k1)=1\sum_{k\geq2}\sum_{n\geq2} \frac{1}{k^n} = \sum_{k\geq2} \frac{1/k^2}{1 - 1/k} = \sum_{k\geq2} \frac{1}{k(k-1)} = 1

(télescopage), et tous les termes sont positifs, de sorte que le Théorème 7.14 autorise à sommer par lignes à la place :

n2(ζ(n)1)=1.\sum_{n\geq2}\bigl(\zeta(n) - 1\bigr) = 1 .

Les valeurs ζ\zeta en nombre infini, chacune d’allure transcendante, ont des restes qui s’additionnent pour donner exactement 11. Leçon finale : quand une somme double a des termes positifs, calculez-la dans l’ordre qui s’effondre — ici les colonnes sont géométriques, les lignes mystérieuses, et Fubini transfère l’effondrement.

Exemple 7.19 (La série géométrique résout une équation)

Dans l’espace de Banach (C([0,1]),)\bigl(C(\intcc01), \norm\cdot_\infty\bigr), résolvons xK(x)=yx - K(x) = yK(f)K(f) est la fonction constante 1201f\frac12\int_0^1 f. La norme d’opérateur vaut K12<1\vertiii K \leq \frac12 < 1, donc la série de Neumann s’applique (Exemple 7.2) : x=n0Kn(y)x = \sum_{n\geq0} K^n(y). Calculons les itérées : K(y)=1201yK(y) = \frac12\int_0^1 y (une constante), et l’application de KK à une constante cc donne c2\frac c2, donc Kn(y)=12n11201yK^n(y) = \frac{1}{2^{n-1}}\cdot\frac12\int_0^1 y pour n1n \geq 1. En sommant les constantes géométriques :

x=y+(01y)n112n=y+01y.x = y + \Bigl(\int_0^1 y\Bigr) \sum_{n\geq1}\frac{1}{2^n} = y + \int_0^1 y .

Vérification : xK(x)=y+y12(y+y)=yx - K(x) = y + \int y - \frac12\bigl(\int y + \int y\bigr) = y. Une série infinie, une réponse finie, et une vérification en une ligne — la série géométrique est un algorithme d’inversion, pas seulement un énoncé de convergence.

Exemple 7.20 (Télescopage par décomposition en éléments simples)

La sommation exacte est rare ; le télescopage en est le principal fournisseur. Décomposons

1n(n+1)(n+2)=12(1n(n+1)1(n+1)(n+2)),\frac{1}{n(n+1)(n+2)} = \frac{1}{2}\Bigl(\frac{1}{n(n+1)} - \frac{1}{(n+1)(n+2)}\Bigr),

(à vérifier par réduction au même dénominateur), de sorte que les sommes partielles s’effondrent :

n=1N1n(n+1)(n+2)=12(1121(N+1)(N+2))14.\sum_{n=1}^{N}\frac{1}{n(n+1)(n+2)} = \frac12\Bigl(\frac{1}{1\cdot2} - \frac{1}{(N+1)(N+2)}\Bigr) \longrightarrow \frac14 .

Le même schéma — écrire le terme sous la forme c(unun+1)c(u_n - u_{n+1}) pour un (un)(u_n) explicite — a résolu l’Exercice 7.10 (arctangentes) et calcule tout 1n(n+1)(n+k)=1kk!\sum\frac{1}{n(n+1)\cdots(n + k)} = \frac{1}{k\cdot k!}. Lorsqu’une somme exacte existe à ce niveau, un télescope se cache généralement dans le terme.

Remarque 7.21 (Perspectives au sein de ce volume)

Trois chapitres à venir en sont des clients directs. Pour le Chapitre 10 : la convergence normale de fn\sum f_n est la convergence absolue de fn\sum\norm{f_n}_\infty dans l’espace de Banach (C,)\bigl(C, \norm\cdot_\infty\bigr) — le Théorème 5.21 de ce chapitre déguisé. Pour le Chapitre 11 : à l’intérieur du disque de convergence tout est absolu et sommable, de sorte que les produits de Cauchy et les réordonnancements sont libres (c’est pourquoi les séries entières se multiplient comme des polynômes) ; au bord, le critère d’Abel prend le relais (Exemple 7.5). Pour le Chapitre 23 : les fonctions génératrices des probabilités sont des séries entières dont les manipulations — produits pour les sommes de variables indépendantes, sommes doubles pour les lois composées — sont toutes autorisées par le Théorème 7.14. Les familles sommables sont le service juridique de l’analyse à venir.

Remarque 7.22 (Où ce chapitre est utilisé)

Tout ce qui comporte une somme infinie passe par ici : les séries entières (Chapitre 11) sont des familles sommables déguisées, les coefficients de Fourier se multiplient par des produits de Cauchy et se réordonnent par Parseval (Chapitre 14), et les fonctions génératrices des probabilités (Chapitre 23) sont le théorème de Fubini appliqué aux espérances. Le volume de Licence 3 absorbe les familles sommables dans l’intégration de Lebesgue par rapport à la mesure de comptage — où le Théorème 7.14 devient un cas particulier du théorème de Fubini–Tonelli.

7.4 Exercices

Exercice 7.1

Nature de : cosnn\sum \dfrac{\cos n}{n} ;   (1)nlnn\;\sum \dfrac{(-1)^n}{\ln n} ;   (1)nn3/4+cosn\;\sum \dfrac{(-1)^n}{n^{3/4} + \cos n} (développer comme dans le piège de première année : le critère des séries alternées exige la monotonie).

Solution

Solution de Exercice 7.1.

cosnn\sum\frac{\cos n}{n} : critère d’Abel avec an=1na_n = \frac1n et bn=cosnb_n = \cos n, dont les sommes partielles sont bornées (partie réelle d’une somme géométrique, comme dans l’Exemple 7.4) : convergente (pas absolument, par la même astuce du cos2\cos^2).

(1)nlnn\sum \frac{(-1)^n}{\ln n} (n2n \geq 2) : critère des séries alternées, 1lnn0\frac{1}{\ln n} \downarrow 0 : convergente ; pas absolument (lnnn\ln n \leq n).

(1)nn3/4+cosn\sum \frac{(-1)^n}{n^{3/4} + \cos n} : on développe,

(1)nn3/4+cosn=(1)nn3/411+cosnn3/4=(1)nn3/4(1)ncosnn3/2+O(1n9/4).\frac{(-1)^n}{n^{3/4} + \cos n} = \frac{(-1)^n}{n^{3/4}}\cdot \frac{1}{1 + \frac{\cos n}{n^{3/4}}} = \frac{(-1)^n}{n^{3/4}} - \frac{(-1)^n\cos n}{n^{3/2}} + O\Bigl(\frac{1}{n^{9/4}}\Bigr).

Première série : alternée, convergente. Deuxième : absolument convergente (échelle 1n3/2\frac{1}{n^{3/2}}). Troisième : absolument convergente. Total : convergente.

Exercice 7.2

Montrer que pour z<1\abs z < 1 : n1nzn=z(1z)2\sum_{n\geq1} n z^{n} = \dfrac{z}{(1-z)^2}, via le produit de Cauchy de zn\sum z^n par elle-même.

Solution

Solution de Exercice 7.2.

Produit de Cauchy de m0zm\sum_{m\geq0} z^m par elle-même (toutes deux absolument convergentes pour z<1\abs z < 1) : le coefficient diagonal est ck=m=0k1=k+1c_k = \sum_{m=0}^{k} 1 = k + 1, donc

1(1z)2=k0(k+1)zk.\frac{1}{(1-z)^2} = \sum_{k\geq0} (k+1)z^k .

En multipliant par zz et en réindexant : n1nzn=z(1z)2\sum_{n \geq 1} n z^n = \frac{z}{(1-z)^2}.

Exercice 7.3 ★★

(Lemme de type Kronecker) Soit bn\sum b_n une série réelle convergente. Montrer, par la transformation d’Abel, que 1nk=1nkbk0\dfrac{1}{n}\sum_{k=1}^{n} k\,b_k \to 0.

Solution

Solution de Exercice 7.3.

Posons Bn=knbkBB_n = \sum_{k \leq n} b_k \to B. Transformation d’Abel avec ak=ka_k = k :

k=1nkbk=nBnk=1n1Bk1nk=1nkbk=Bn1nk=1n1Bk.\sum_{k=1}^{n} k\,b_k = n B_n - \sum_{k=1}^{n-1} B_k \quad\Longrightarrow\quad \frac1n \sum_{k=1}^{n} k b_k = B_n - \frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n-1} B_k .

Les moyennes de Cesàro de la suite convergente (Bk)(B_k) tendent vers sa limite BB (volume de Licence 1), donc le membre de droite tend vers BB=0B - B = 0.

Exercice 7.4 ★★

Étudier la convergence de sin(nθ)nα\sum \dfrac{\sin(n\theta)}{n^\alpha} (θR\theta \in \R, α>0\alpha > 0) — pour quels (θ,α)(\theta, \alpha) est-elle absolument convergente, semi-convergente, divergente ?

Solution

Solution de Exercice 7.4.

Si θπZ\theta \in \pi\Z : tous les termes sont nuls — convergente trivialement. Supposons θπZ\theta \notin \pi\Z.

α>1\alpha > 1 : absolument convergente (domination par nαn^{-\alpha}).

0<α10 < \alpha \leq 1 : le critère d’Abel s’applique (an=nα0a_n = n^{-\alpha} \downarrow 0 ; sommes partielles de sinnθ\sin n\theta bornées par 1sin(θ/2)\frac{1}{\abs{\sin(\theta/2)}}, somme géométrique) : convergente. Pas absolument : sinnθsin2nθ=1cos2nθ2\abs{\sin n\theta} \geq \sin^2 n\theta = \frac{1 - \cos 2n\theta}{2}, et 1cos2nθ2nα\sum \frac{1 - \cos 2n\theta}{2n^\alpha} diverge (nα\sum n^{-\alpha} diverge ; cos2nθnα\sum \frac{\cos 2n\theta}{n^\alpha} converge par Abel lorsque 2θ2πZ2\theta \notin 2\pi\Z ; le cas exclu 2θ2πZ2\theta \in 2\pi\Z signifie θπZ\theta \in \pi\Z, déjà traité). Semi-convergente.

Exercice 7.5 ★★★

(Réordonnancement de Riemann) Soit un\sum u_n une série réelle convergente mais non absolument convergente, et R\ell \in \R. Montrer qu’un certain réordonnancement de un\sum u_n converge vers \ell. (Montrer que les deux sous-séries des termes positifs et négatifs divergent ; puis alterner gloutonnement : prendre des termes positifs jusqu’à dépasser \ell, puis des négatifs jusqu’à passer en dessous, et ainsi de suite ; les termes tendent vers 00, ce qui force la convergence vers \ell.)

Solution

Solution de Exercice 7.5.

Soient p1,p2,p_1, p_2, \dots les termes positifs de (un)(u_n) dans l’ordre, q1,q2,q_1, q_2, \dots les termes négatifs. Les deux séries pk\sum p_k et qk\sum q_k divergent : si l’une convergeait, l’autre serait égale à la série convergente un\sum u_n moins celle-ci, donc convergerait aussi — et alors un=pkqk\sum \abs{u_n} = \sum p_k - \sum q_k convergerait, contredisant l’hypothèse. De plus un0u_n \to 0 (un\sum u_n converge).

Réordonnancement glouton : prendre des termes positifs p1,p2,p_1, p_2, \dots jusqu’à ce que le total courant dépasse \ell pour la première fois (possible : pk=+\sum p_k = +\infty) ; puis des termes négatifs jusqu’à ce que le total passe sous \ell pour la première fois (possible : qk=\sum q_k = -\infty) ; répéter indéfiniment (chaque phase est finie, et chaque terme est utilisé exactement une fois : un vrai réordonnancement). Après chaque changement, la distance du total courant à \ell vaut au plus le dernier terme utilisé ; comme les termes utilisés au mm-ième changement ont un indice \to \infty, et que un0u_n \to 0, les totaux courants convergent vers \ell.

Exercice 7.6 ★★

Montrer que la famille (xm+nm!n!)(m,n)N2\Bigl(\dfrac{x^{m+n}}{m!\,n!}\Bigr)_{(m,n)\in\N^2} est sommable pour tout xRx \in \R, et retrouver l’identité (ex)2=e2x(\eu^x)^2 = \eu^{2x} en regroupant la somme double le long des diagonales m+n=km + n = k.

Solution

Solution de Exercice 7.6.

Sommabilité : les sommes partielles finies de xm+nm!n!\frac{\abs x^{m+n}}{m!n!} sont bornées par (mxmm!)2=e2x\bigl(\sum_m \frac{\abs x^m}{m!}\bigr)^2 = \eu^{2\abs x}. Regroupement diagonal (Théorème 7.14) :

(ex)2=m,nxm+nm!n!=k=0xkm+n=k1m!n!=kxkk!m=0k(km)=k(2x)kk!=e2x.(\eu^{x})^2 = \sum_{m,n} \frac{x^{m+n}}{m!\,n!} = \sum_{k=0}^{\infty} x^k \sum_{m+n=k} \frac{1}{m!\,n!} = \sum_k \frac{x^k}{k!}\sum_{m=0}^{k}\binom km = \sum_k \frac{(2x)^k}{k!} = \eu^{2x} .

Exercice 7.7 ★★

Montrer que la famille (1m2n2)m,n1\bigl(\frac{1}{m^2 n^2}\bigr)_{m,n \geq 1} est sommable, et qu’en regroupant par le gcd\gcd : avec q=gcd(m,n)q = \gcd(m,n),

ζ(2)2=q11q4a,b1gcd(a,b)=11a2b2=ζ(4)S,\zeta(2)^2 = \sum_{q\geq1} \frac{1}{q^4} \sum_{\substack{a,b \geq 1\\ \gcd(a,b)=1}} \frac{1}{a^2b^2} = \zeta(4) \cdot S,

S=gcd(a,b)=11a2b2S = \sum_{\gcd(a,b)=1} \frac{1}{a^2b^2} : en déduire S=ζ(2)2/ζ(4)S = \zeta(2)^2/\zeta(4). (Tout couple (m,n)(m,n) s’écrit de manière unique (qa,qb)(qa, qb) avec gcd(a,b)=1\gcd(a,b) = 1.)

Solution

Solution de Exercice 7.7.

Sommabilité : bornée par ζ(2)2\zeta(2)^2 en tant que famille produit (l’argument du produit de Cauchy du Théorème 7.14). L’application (q,a,b)(qa,qb)(q, a, b) \mapsto (qa, qb), des triplets avec gcd(a,b)=1\gcd(a, b) = 1 vers les couples (m,n)(m, n), est une bijection (poser q=gcd(m,n)q = \gcd(m,n)). En regroupant la famille sommable en conséquence (une partition de l’ensemble d’indices — légitime pour les familles sommables d’après le Théorème 7.11/le Théorème 7.14 appliqué à la partition en une infinité dénombrable de classes) :

ζ(2)2=qgcd(a,b)=11q4a2b2=ζ(4)S,doncS=ζ(2)2ζ(4).\zeta(2)^2 = \sum_{q} \sum_{\gcd(a,b)=1} \frac{1}{q^4 a^2 b^2} = \zeta(4)\, S, \qquad\text{donc}\qquad S = \frac{\zeta(2)^2}{\zeta(4)} .

(Avec les valeurs ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}{6}, ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90} du Chapitre 14 : S=52S = \frac{5}{2}.)

Exercice 7.8 ★★★

(Théorème d’Abel sur les produits, version allégée) Supposons que an\sum a_n converge absolument et que bn\sum b_n converge. Montrer que leur produit de Cauchy cn\sum c_n converge, avec cn=(an)(bn)\sum c_n = (\sum a_n)(\sum b_n). (Écrire CN=kNck=nanBNnC_N = \sum_{k\leq N} c_k = \sum_n a_n B_{N-n} avec BB les sommes partielles de bb ; scinder selon nN/2n \leq N/2 ou non, en utilisant le caractère borné de (Bm)(B_m) et le reste absolu de (an)(a_n).)

Solution

Solution de Exercice 7.8.

Posons A=anA = \sum a_n (absolue), Bm=kmbkBB_m = \sum_{k\leq m} b_k \to B, bornée par MM. Alors

CN=k=0Nck=n=0NanBNnC_N = \sum_{k=0}^{N} c_k = \sum_{n=0}^{N} a_n B_{N-n}

(en regroupant par l’indice de aa). Écrivons

CNAB=n=0Nan(BNnB)Bn>Nan.C_N - AB = \sum_{n=0}^{N} a_n (B_{N-n} - B) - B\sum_{n > N} a_n .

Le dernier terme tend vers 00. Scindons la somme en n=N/2n = \lfloor N/2 \rfloor : pour nN/2n \leq N/2, NnN/2N - n \geq N/2, donc BNnBεN:=supmN/2BmB0\abs{B_{N-n} - B} \leq \varepsilon_N := \sup_{m \geq N/2}\abs{B_m - B} \to 0, et cette partie est εNan\leq \varepsilon_N \sum\abs{a_n} ; pour n>N/2n > N/2, BNnB2M\abs{B_{N-n} - B} \leq 2M, et cette partie est 2Mn>N/2an0\leq 2M \sum_{n > N/2} \abs{a_n} \to 0. D’où CNABC_N \to AB.

Exercice 7.9 ★★★

Dans l’espace (non complet) EE des suites réelles nulles à partir d’un certain rang, muni de la norme sup, exhiber une série absolument convergente qui ne converge pas dans EE. (Essayer un=2nenu_n = 2^{-n} e_n avec (en)(e_n) les suites canoniques.)

Solution

Solution de Exercice 7.9.

Prenons un=2nenu_n = 2^{-n} e_n (ene_n la suite ayant un unique 11 en position nn). Alors un=2n<\sum \norm{u_n}_\infty = \sum 2^{-n} < \infty : absolument convergente. Mais les sommes partielles SN=(1,12,,2N,0,)S_N = (1, \tfrac12, \dots, 2^{-N}, 0, \dots) devraient converger vers la suite (2n)n(2^{-n})_n, qui n’est pas nulle à partir d’un certain rang : en dehors de EE. Dans EE, (SN)(S_N) est de Cauchy sans limite (SNx2N1\norm{S_N - x}_\infty \geq 2^{-N-1} ne peut aider aucun xx nul à partir d’un certain rang : pour tout xEx \in E s’annulant au-delà du rang KK, SNx2K1\norm{S_N - x} \geq 2^{-K-1} pour N>KN > K) : la série ne converge pas dans EE. La complétude est exactement ce dont le Théorème 5.21 a besoin.

Exercice 7.10 ★★

Vérifier l’identité arctan(n+1)arctan(n)=arctan1n2+n+1\arctan(n+1) - \arctan(n) = \arctan\dfrac{1}{n^2 + n + 1}, et en déduire la valeur exacte de

n=1arctan1n2+n+1.\sum_{n=1}^{\infty} \arctan\frac{1}{n^2 + n + 1} .
Solution

Solution de Exercice 7.10.

arctan(n+1)arctann\arctan(n+1) - \arctan n et arctan1n2+n+1\arctan\frac{1}{n^2+n+1} appartiennent tous deux à (0,π2)\intoo{0}{\frac\pi2}, et la formule d’addition de la tangente donne

tan(arctan(n+1)arctann)=(n+1)n1+n(n+1)=1n2+n+1:\tan\bigl(\arctan(n{+}1) - \arctan n\bigr) = \frac{(n+1) - n}{1 + n(n+1)} = \frac{1}{n^2 + n + 1} :

tangentes égales dans un intervalle où tan\tan est injective, donc l’identité est vraie. Par télescopage,

n=1Narctan1n2+n+1=arctan(N+1)arctan1Nπ2π4=π4.\sum_{n=1}^{N}\arctan\frac{1}{n^2+n+1} = \arctan(N{+}1) - \arctan 1 \xrightarrow[N\to\infty]{} \frac\pi2 - \frac\pi4 = \frac\pi4 .

Exercice 7.11 ★★

Déterminer la nature (avec équivalents) de

n(n+1n)α (α>0),n(1cos1n),n(e(1+1n) ⁣n).\sum_n \bigl(\sqrt{n+1} - \sqrt n\bigr)^{\alpha} \ (\alpha > 0), \qquad \sum_n \Bigl(1 - \cos\frac1n\Bigr), \qquad \sum_n \Bigl(\eu - \Bigl(1 + \frac1n\Bigr)^{\!n}\Bigr).
Solution

Solution de Exercice 7.11.

Première : n+1n=1n+1+n12n\sqrt{n+1} - \sqrt n = \frac{1}{\sqrt{n+1} + \sqrt n} \sim \frac{1}{2\sqrt n}, donc les termes sont 2αnα/2\sim 2^{-\alpha}n^{-\alpha/2} : convergence si et seulement si α2>1\frac\alpha2 > 1, c’est-à-dire α>2\alpha > 2. Deuxième : 1cos1n12n21 - \cos\frac1n \sim \frac{1}{2n^2} : converge. Troisième : (1+1n)n=enln(1+1/n)=e112n+O(n2)=e(112n+O(n2))\bigl(1 + \frac1n\bigr)^n = \eu^{\,n\ln(1 + 1/n)} = \eu^{\,1 - \frac1{2n} + O(n^{-2})} = \eu\bigl(1 - \frac{1}{2n} + O(n^{-2})\bigr), donc

e(1+1n) ⁣ne2n:\eu - \Bigl(1 + \frac1n\Bigr)^{\!n} \sim \frac{\eu}{2n} :

termes positifs équivalents à un multiple harmonique : diverge.

Exercice 7.12 ★★★

Soit (an)(a_n) positive et décroissante avec an\sum a_n convergente. Montrer que nan0n\,a_n \to 0 (majorer na2nn a_{2n} par un reste). Montrer que la réciproque est fausse, et que la monotonie est essentielle, avec des contre-exemples explicites.

Solution

Solution de Exercice 7.12.

Par monotonie, na2nan+1+an+2++a2n=S2nSn0n\,a_{2n} \leq a_{n+1} + a_{n+2} + \dots + a_{2n} = S_{2n} - S_n \to 0 (critère de Cauchy pour la série convergente). D’où 2na2n02n\,a_{2n} \to 0, et (2n+1)a2n+1(2n+1)a2n=2n+12n(2na2n)0(2n{+}1)\, a_{2n+1} \leq (2n{+}1)a_{2n} = \frac{2n+1}{2n}\,(2n\,a_{2n}) \to 0 : les deux sous-suites de (nan)(na_n) tendent vers 00, donc nan0na_n \to 0.

La réciproque est fausse : an=1nlnna_n = \frac1{n\ln n} est positive décroissante avec nan=1lnn0na_n = \frac1{\ln n} \to 0, et pourtant an\sum a_n diverge (frontière de Bertrand, Problème 7.1, question 18). Monotonie essentielle : posons an=1na_n = \frac1n quand nn est une puissance de 22 et an=2na_n = 2^{-n} sinon : ank2k+n2n<\sum a_n \leq \sum_k 2^{-k} + \sum_n 2^{-n} < \infty, mais nan=1na_n = 1 le long des puissances de 22 : nan↛0na_n \not\to 0.

7.5 Problème : le ζ(2)=π2/6\zeta(2) = \pi^2/6 d’Euler, par la somme des cotangentes de Cauchy

L’identité la plus célèbre d’Euler, 1+14+19+=π261 + \frac14 + \frac19 + \cdots = \frac{\pi^2}6, admet une preuve entièrement élémentaire, due à Cauchy : la formule de de Moivre produit un polynôme dont les racines sont les nombres cot2kπ2n+1\cot^2\frac{k\pi}{2n+1}, Viète en somme les racines exactement, et l’encadrement cot2θ<1θ2<1+cot2θ\cot^2\theta < \frac{1}{\theta^2} < 1 + \cot^2\theta écrase les sommes partielles de 1k2\sum\frac1{k^2} entre deux bornes rationnelles explicites. Nous menons la preuve en entier, extrayons ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90} par la même méthode, puis cartographions toute la frontière entre convergence et divergence à l’aide des séries de Bertrand — et prouvons que la frontière ne porte aucune série convergente la plus lente.

Problème 7.1

Problème du week-end — ζ(2)=π2/6\zeta(2) = \pi^2/6 et le panorama de Bertrand

Dans tout ce qui suit, n1n \geq 1 et θk=kπ2n+1\theta_k = \dfrac{k\pi}{2n+1} pour k=1,,nk = 1, \dots, n ; noter que 0<θk<π20 < \theta_k < \frac\pi2.

Partie I — L’identité de la cotangente.

  1. Prouver la formule de de Moivre (cosθ+isinθ)m=cosmθ+isinmθ(\cos\theta + \iu\sin\theta)^m = \cos m\theta + \iu\sin m\theta (mNm \in \N), et en déduire, pour m=2n+1m = 2n + 1,

    sin((2n+1)θ)=j=0n(1)j(2n+12j+1)cos2(nj)θsin2j+1θ.\sin\bigl((2n{+}1)\theta\bigr) = \sum_{j=0}^{n} (-1)^j\binom{2n+1}{2j+1}\cos^{2(n-j)}\theta\, \sin^{2j+1}\theta .
  2. En déduire que pour θ(0,π2)\theta \in \intoo{0}{\frac\pi2},

    sin((2n+1)θ)=sin2n+1θ  Pn(cot2θ),Pn(x)=j=0n(1)j(2n+12j+1)xnj,\sin\bigl((2n{+}1)\theta\bigr) = \sin^{2n+1}\theta\; P_n(\cot^2\theta), \qquad P_n(x) = \sum_{j=0}^{n} (-1)^j\binom{2n+1}{2j+1}x^{\,n-j},

    un polynôme de degré nn de coefficient dominant 2n+12n + 1.

  3. Montrer que xk=cot2θkx_k = \cot^2\theta_k, k=1,,nk = 1, \dots, n, sont nn racines distinctes de PnP_n — donc toutes ses racines.
  4. Par Viète, prouver l’identité exacte

    k=1ncot2kπ2n+1=n(2n1)3.\sum_{k=1}^{n} \cot^2\frac{k\pi}{2n+1} = \frac{n(2n-1)}{3}.
  5. En déduire aussi k=1n1sin2θk=2n(n+1)3\displaystyle\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{\sin^2\theta_k} = \frac{2n(n+1)}{3}.
  6. Prouver l’encadrement : cot2θ<1θ2<1sin2θ\cot^2\theta < \dfrac1{\theta^2} < \dfrac{1}{\sin^2\theta} pour θ(0,π2)\theta \in \intoo{0}{\frac\pi2} (à partir de sinθ<θ<tanθ\sin\theta < \theta < \tan\theta).

Partie II — L’encadrement se referme : le théorème d’Euler.

  1. En sommant la question 6 sur k=1,,nk = 1, \dots, n avec θ=θk\theta = \theta_k, établir

    n(2n1)3  <  (2n+1)2π2k=1n1k2  <  2n(n+1)3.\frac{n(2n-1)}{3} \;<\; \frac{(2n+1)^2}{\pi^2}\sum_{k=1}^{n}\frac1{k^2} \;<\; \frac{2n(n+1)}{3}.
  2. Conclure (théorème d’Euler, par la preuve de Cauchy) :

    ζ(2)=k=11k2=π26.\zeta(2) = \sum_{k=1}^{\infty}\frac{1}{k^2} = \frac{\pi^2}{6}.
  3. Extraire une vitesse de l’encadrement : montrer

    k=1n1k2π26=O(1n),\Bigl|\sum_{k=1}^{n}\frac1{k^2} - \frac{\pi^2}6\Bigr| = O\Bigl(\frac1n\Bigr),

    en cohérence avec le reste exact k>nk2=1n12n2+O(n3)\sum_{k>n}k^{-2} = \frac1n - \frac{1}{2n^2} + O(n^{-3}) de Exercice 6.11.

  4. Faire tourner la machine un étage plus haut : en utilisant la deuxième fonction symétrique de Viète de PnP_n, montrer

    k=1ncot4θk=(n(2n1)3) ⁣22n(2n1)(2n2)(2n3)60    8n445,\sum_{k=1}^{n}\cot^4\theta_k = \Bigl(\frac{n(2n-1)}3\Bigr)^{\!2} - \frac{2n(2n-1)(2n-2)(2n-3)}{60} \;\sim\; \frac{8n^4}{45},

    et encadrer avec cot4<θ4<(1+cot2)2\cot^4 < \theta^{-4} < (1 + \cot^2)^2 pour obtenir ζ(4)=π490\zeta(4) = \dfrac{\pi^4}{90}.

Partie III — Dividendes.

  1. Déduire de ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 :

    k01(2k+1)2=π28,k1(1)k1k2=π212.\sum_{k\geq0}\frac{1}{(2k+1)^2} = \frac{\pi^2}{8}, \qquad \sum_{k\geq1}\frac{(-1)^{k-1}}{k^2} = \frac{\pi^2}{12}.
  2. Combiner avec l’Exercice 7.7 : calculer S=gcd(a,b)=11a2b2=ζ(2)2ζ(4)=52S = \sum_{\gcd(a,b)=1}\frac{1}{a^2b^2} = \frac{\zeta(2)^2}{\zeta(4)} = \frac52, et interpréter 1ζ(2)=6π20.608\frac{1}{\zeta(2)} = \frac{6}{\pi^2} \approx 0.608 comme la densité des couples premiers entre eux (énoncer l’heuristique honnêtement : le comptage rigoureux relève du volume de Licence 3).
  3. (Accélération certifiée) La formule du reste de la question 9 donne knk2+1n12n2=π26+O(n3)\sum_{k\leq n}k^{-2} + \frac1n - \frac1{2n^2} = \frac{\pi^2}6 + O(n^{-3}). Comparer le travail nécessaire pour six chiffres de ζ(2)\zeta(2) : sommation directe contre somme corrigée en n=100n = 100 (où l’erreur est 1.71071.7\cdot10^{-7}).
  4. Vérifier la question 4 à la main en n=1n = 1 et n=2n = 2 (les valeurs cot2π3=13\cot^2\frac\pi3 = \frac13 et cot2π5+cot22π5=2\cot^2\frac\pi5 + \cot^2\frac{2\pi}5 = 2), en utilisant cosπ5=1+54\cos\frac\pi5 = \frac{1+\sqrt5}4 ou une évaluation numérique.
  5. Prouver l’identité compagne

    k=1ntan2kπ2n+1=n(2n+1)\sum_{k=1}^{n}\tan^2\frac{k\pi}{2n+1} = n(2n+1)

    (les nombres tan2θk\tan^2\theta_k sont les racines du polynôme renversé xnPn(1/x)x^nP_n(1/x)), et la vérifier en n=1n = 1.

Partie IV — Le panorama de Bertrand. Pour α,βR\alpha, \beta \in \R, considérons les séries de Bertrand

n31nα(lnn)β.\sum_{n \geq 3} \frac{1}{n^{\alpha}(\ln n)^{\beta}} .
  1. Montrer que pour α>1\alpha > 1 la série converge, quel que soit β\beta (comparer avec n(1+α)/2n^{-(1+\alpha)/2}).
  2. Montrer que pour α<1\alpha < 1 elle diverge, quel que soit β\beta.
  3. Pour α=1\alpha = 1 : à l’aide de la comparaison série–intégrale (Théorème 6.6) avec f(t)=1t(lnt)βf(t) = \frac{1}{t(\ln t)^\beta}, prouver la convergence si et seulement si β>1\beta > 1.
  4. Itérer la frontière : montrer que 1nlnnlnlnn\sum\frac{1}{n\ln n\,\ln\ln n} diverge tandis que 1nlnn(lnlnn)2\sum\frac{1}{n\ln n\,(\ln\ln n)^2} converge.
  5. Deux pièges : déterminer la nature de

    n1n1+1/lnnetn1n1+1/lnlnn\sum_n \frac{1}{n^{1 + 1/\ln n}} \qquad\text{et}\qquad \sum_n \frac{1}{n^{1 + 1/\ln\ln n}}

    (calculer n1/lnnn^{1/\ln n} exactement ; comparer n1/lnlnnn^{1/\ln\ln n} avec toute puissance de lnn\ln n).

  6. (Aucune série convergente la plus lente) Soit an\sum a_n une série convergente quelconque avec an>0a_n > 0, et Rn=knakR_n = \sum_{k \geq n}a_k ses restes. Montrer que anRn\sum \frac{a_n}{\sqrt{R_n}} converge encore (comparer avec le télescopage 2(RnRn+1)2(\sqrt{R_n} - \sqrt{R_{n+1}})), bien que an/Rnan\frac{a_n/\sqrt{R_n}}{a_n} \to \infty : toute série convergente est strictement dominée par une autre série convergente. La frontière de la convergence n’est pas une courbe mais un brouillard.

Partie V — Vérifications croisées et synthèse.

  1. (Condensation de Cauchy) Prouver : pour (an)(a_n) positive décroissante, an\sum a_n converge si et seulement si 2ka2k\sum 2^k a_{2^k} converge. En redériver la frontière de la question 18.
  2. (Le coût de la lenteur) Pour 1n(lnn)2\sum\frac1{n(\ln n)^2}, majorer le reste par une intégrale et montrer que sommer jusqu’à N=106N = 10^6 laisse encore une erreur supérieure à 0.070.07 : une convergence certifiée par la théorie peut être inutile pour le calcul numérique — à contraster avec la question 13.
  3. Classer (avec des justifications d’une ligne) : 1nlnn\sum\frac1{n\ln n}, 1n1.01\sum\frac1{n^{1.01}}, (lnn)100n1.001\sum\frac{(\ln n)^{100}}{n^{1.001}}, 1n(lnn)(lnlnn)3\sum\frac1{n(\ln n)(\ln\ln n)^{3}}.
  4. (Synthèse) Une phrase pour chaque point : comment de Moivre a transformé une identité trigonométrique en un polynôme aux sommes de racines calculables ; où l’encadrement a eu besoin d’identités exactes aux extrémités plutôt que d’équivalents ; quel outil du Chapitre 6 a alimenté la partie IV ; et ce que la question 21 dit du rêve d’un « test de comparaison universel ». Nommer les deux sommets : le ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 d’Euler (et son étage supérieur, ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90}), et la classification de Bertrand. Noter où ζ(2)\zeta(2) sera de nouveau prouvé : par Parseval au Chapitre 14 — un seul théorème, deux civilisations.
Solution

Solution de Problème 7.1.

1. Récurrence sur mm : pour m=0m = 0 les deux membres valent 11 ; l’étape multiplie par cosθ+isinθ\cos\theta + \iu\sin\theta et utilise les formules d’addition cos(mθ+θ)=cosmθcosθsinmθsinθ\cos(m\theta + \theta) = \cos m\theta\cos\theta - \sin m\theta\sin\theta, sin(mθ+θ)=sinmθcosθ+cosmθsinθ\sin(m\theta + \theta) = \sin m\theta\cos\theta + \cos m\theta\sin\theta. En développant plutôt par la formule du binôme avec m=2n+1m = 2n+1 et en collectant la partie imaginaire (les puissances impaires de isinθ\iu\sin\theta, avec i2j+1=(1)ji\iu^{2j+1} = (-1)^j\iu) :

sin((2n+1)θ)=j=0n(1)j(2n+12j+1)cos2(nj)θsin2j+1θ.\sin\bigl((2n{+}1)\theta\bigr) = \sum_{j=0}^{n}(-1)^j \binom{2n+1}{2j+1}\cos^{2(n-j)}\theta\,\sin^{2j+1}\theta .

2. Sur (0,π2)\intoo0{\frac\pi2}, sinθ0\sin\theta \neq 0 : on factorise sin2n+1θ\sin^{2n+1}\theta dans chaque terme, laissant (cos2θsin2θ)nj=(cot2θ)nj\bigl(\frac{\cos^2\theta}{\sin^2\theta}\bigr)^{n-j} = (\cot^2\theta)^{n-j} : l’identité affichée avec Pn(x)=j(1)j(2n+12j+1)xnjP_n(x) = \sum_j(-1)^j\binom{2n+1}{2j+1}x^{n-j}. Son coefficient de degré nn est celui de j=0j = 0, à savoir (2n+11)=2n+10\binom{2n+1}{1} = 2n + 1 \neq 0.

3. En θk=kπ2n+1\theta_k = \frac{k\pi}{2n+1} : sin((2n+1)θk)=sinkπ=0\sin\bigl((2n{+}1)\theta_k\bigr) = \sin k\pi = 0 alors que sin2n+1θk0\sin^{2n+1}\theta_k \neq 0, donc Pn(cot2θk)=0P_n(\cot^2\theta_k) = 0. Les θk\theta_k croissent strictement dans (0,π2)\intoo0{\frac\pi2}, où cot2\cot^2 est strictement décroissante : les valeurs xk=cot2θkx_k = \cot^2\theta_k sont deux à deux distinctes — nn racines distinctes d’un polynôme de degré nn, donc toutes ses racines.

4. Viète : la somme des racines est l’opposé du rapport des coefficients de xn1x^{n-1} et xnx^n :

k=1ncot2θk=(2n+13)(2n+11)=(2n+1)(2n)(2n1)/62n+1=n(2n1)3.\sum_{k=1}^{n}\cot^2\theta_k = \frac{\binom{2n+1}{3}}{\binom{2n+1}{1}} = \frac{(2n+1)(2n)(2n-1)/6}{2n+1} = \frac{n(2n-1)}{3}.

5. 1sin2θ=1+cot2θ\frac{1}{\sin^2\theta} = 1 + \cot^2\theta : en sommant, n+n(2n1)3=3n+2n2n3=2n(n+1)3n + \frac{n(2n-1)}3 = \frac{3n + 2n^2 - n}{3} = \frac{2n(n+1)}{3}.

6. Sur (0,π2)\intoo{0}{\frac\pi2} : sinθ<θ<tanθ\sin\theta < \theta < \tan\theta (volume de Licence 1). Le passage aux inverses renverse : cotθ<1θ<1sinθ\cot\theta < \frac1\theta < \frac1{\sin\theta}, et l’élévation au carré (tout est positif) donne cot2θ<1θ2<1sin2θ\cot^2\theta < \frac1{\theta^2} < \frac1{\sin^2\theta}.

7. Sommons la question 6 en θ=θk\theta = \theta_k sur knk \leq n, en utilisant les questions 4 et 5, et 1θk2=(2n+1)2k2π2\frac1{\theta_k^2} = \frac{(2n+1)^2}{k^2\pi^2} :

n(2n1)3<(2n+1)2π2k=1n1k2<2n(n+1)3.\frac{n(2n-1)}3 < \frac{(2n+1)^2}{\pi^2}\sum_{k=1}^n\frac1{k^2} < \frac{2n(n+1)}3 .

8. Multiplions par π2(2n+1)2\frac{\pi^2}{(2n+1)^2} :

π23n(2n1)(2n+1)2<k=1n1k2<π232n(n+1)(2n+1)2.\frac{\pi^2}{3}\cdot\frac{n(2n-1)}{(2n+1)^2} < \sum_{k=1}^{n}\frac1{k^2} < \frac{\pi^2}{3}\cdot\frac{2n(n+1)}{(2n+1)^2}.

Les deux bornes tendent vers π2312=π26\frac{\pi^2}3\cdot\frac12 = \frac{\pi^2}6 (les fractions rationnelles tendent vers 12\frac12). Les sommes partielles croissent, donc elles convergent, et l’encadrement donne ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 : le théorème d’Euler, par la preuve de Cauchy.

9. Les sommes partielles croissent vers ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6, donc 0π26knk20 \leq \frac{\pi^2}6 - \sum_{k\leq n}k^{-2} ; et la borne inférieure de la question 8 donne

π26kn1k2π26π23n(2n1)(2n+1)2=π26(2n+1)2(4n22n)(2n+1)2=π266n+1(2n+1)2=O(1n),\frac{\pi^2}6 - \sum_{k\leq n}\frac1{k^2} \leq \frac{\pi^2}6 - \frac{\pi^2}3\cdot\frac{n(2n-1)}{(2n+1)^2} = \frac{\pi^2}6\cdot\frac{(2n+1)^2 - (4n^2 - 2n)}{(2n+1)^2} = \frac{\pi^2}6\cdot\frac{6n + 1}{(2n+1)^2} = O\Bigl(\frac1n\Bigr),

en accord avec le reste exact 1n12n2+O(n3)\frac1n - \frac1{2n^2} + O(n^{-3}) de Exercice 6.11.

10. La deuxième fonction symétrique élémentaire des racines est σ2=(2n+15)(2n+11)=(2n)(2n1)(2n2)(2n3)120\sigma_2 = \frac{\binom{2n+1}5}{\binom{2n+1}1} = \frac{(2n)(2n-1)(2n-2)(2n-3)}{120}, donc

kcot4θk=σ122σ2=(n(2n1)3)22n(2n1)(2n2)(2n3)604n494n415=8n445.\sum_k\cot^4\theta_k = \sigma_1^2 - 2\sigma_2 = \Bigl(\frac{n(2n-1)}3\Bigr)^2 - \frac{2n(2n-1)(2n-2)(2n-3)}{60} \sim \frac{4n^4}9 - \frac{4n^4}{15} = \frac{8n^4}{45}.

En encadrant cot4θ<θ4<(1+cot2θ)2=1+2cot2θ+cot4θ\cot^4\theta < \theta^{-4} < (1 + \cot^2\theta)^2 = 1 + 2\cot^2\theta + \cot^4\theta et en sommant : les deux sommes extérieures valent 8n445(1+o(1))\frac{8n^4}{45}(1 + o(1)) (le terme ajouté n+2σ1=O(n2)n + 2\sigma_1 = O(n^2) est négligeable), tandis que celle du milieu est (2n+1)4π4knk4\frac{(2n+1)^4}{\pi^4}\sum_{k\leq n}k^{-4}. D’où

kn1k4π48/4516=π490.\sum_{k\leq n}\frac1{k^4} \longrightarrow \pi^4\cdot\frac{8/45}{16} = \frac{\pi^4}{90}.

11. En scindant ζ(2)\zeta(2) selon les parités : pair=j1(2j)2=14ζ(2)=π224\sum_{\text{pair}} = \sum_j\frac{1}{(2j)^2} = \frac14\zeta(2) = \frac{\pi^2}{24}, donc impair=ζ(2)π224=π28\sum_{\text{impair}} = \zeta(2) - \frac{\pi^2}{24} = \frac{\pi^2}8. Alternée : k(1)k1k2=impairpair=π28π224=π212\sum_k\frac{(-1)^{k-1}}{k^2} = \sum_{\text{impair}} - \sum_{\text{pair}} = \frac{\pi^2}8 - \frac{\pi^2}{24} = \frac{\pi^2}{12} (la convergence absolue justifie le regroupement, Théorème 7.11).

12. S=ζ(2)2ζ(4)=(π2/6)2π4/90=9036=52S = \frac{\zeta(2)^2}{\zeta(4)} = \frac{(\pi^2/6)^2}{\pi^4/90} = \frac{90}{36} = \frac52. Heuristique : l’identité ζ(2)2=ζ(4)S\zeta(2)^2 = \zeta(4)S de l’Exercice 7.7 dit qu’extraire le gcd\gcd renormalise les couples en couples premiers entre eux ; l’inverse 1ζ(2)=6π20.608\frac1{\zeta(2)} = \frac6{\pi^2} \approx 0.608 est le candidat naturel pour la densité des couples premiers entre eux parmi tous les couples — un énoncé sur limN1N2#{(m,n)N:gcd=1}\lim_N \frac{1}{N^2}\#\{(m,n) \leq N : \gcd = 1\} dont la preuve honnête (avec termes d’erreur) relève du volume de Licence 3.

13. La sommation directe a une erreur 1n\sim \frac1n : six chiffres exigent environ 10610^6 termes. La somme corrigée knk2+1n12n2\sum_{k\leq n}k^{-2} + \frac1n - \frac1{2n^2} a une erreur O(n3)O(n^{-3}) : en n=100n = 100 elle vaut 1.64493391.6449339\dots contre π26=1.6449341\frac{\pi^2}6 = 1.6449341\dots — erreur 1.71071.7\cdot10^{-7}, sept chiffres à partir de cent termes. Les corrections asymptotiques battent la patience brute de quatre ordres de grandeur.

14. n=1n = 1 : P1(x)=3x1P_1(x) = 3x - 1, racine 13\frac13, et en effet cot2π3=(13)2=13=113\cot^2\frac\pi3 = \bigl(\frac1{\sqrt3}\bigr)^2 = \frac13 = \frac{1\cdot1}3. n=2n = 2 : la formule prédit 233=2\frac{2\cdot3}3 = 2 ; avec cosπ5=1+54\cos\frac\pi5 = \frac{1 + \sqrt5}{4}, on calcule cot2361.894\cot^2 36^\circ \approx 1.894 et cot2720.106\cot^2 72^\circ \approx 0.106 : somme 2.0002.000.

15. Les nombres tan2θk=1xk\tan^2\theta_k = \frac1{x_k} sont les racines de Q(x)=xnPn(1x)=j=0n(1)j(2n+12j+1)xjQ(x) = x^nP_n\bigl(\frac1x\bigr) = \sum_{j=0}^n(-1)^j\binom{2n+1}{2j+1}x^j (les xkx_k sont non nuls). Viète sur QQ : le coefficient dominant est (1)n(-1)^n (terme j=nj = n), le suivant est (1)n1(2n+12n1)=(1)n1(2n+12)(-1)^{n-1}\binom{2n+1}{2n-1} = (-1)^{n-1}\binom{2n+1}{2}, donc

k=1ntan2θk=(1)n1(2n+12)(1)n=(2n+12)22n+12n+12=n(2n+1).\sum_{k=1}^n\tan^2\theta_k = -\frac{(-1)^{n-1}\binom{2n+1}2}{(-1)^n} = \binom{2n+1}2\cdot \frac{2}{2n+1}\cdot\frac{2n+1}{2} = n(2n+1).

Vérification n=1n = 1 : tan2π3=3=13\tan^2\frac\pi3 = 3 = 1\cdot3.

16. Posons γ=1+α2(1,α)\gamma = \frac{1+\alpha}2 \in \intoo{1}{\alpha}. Alors nα(lnn)βnγ=nγα(lnn)β0\frac{n^{-\alpha}(\ln n)^{-\beta}}{n^{-\gamma}} = n^{\gamma - \alpha}(\ln n)^{-\beta} \to 0 (une puissance négative de nn l’emporte sur toute puissance de lnn\ln n), donc à partir d’un certain rang les termes sont nγ\leq n^{-\gamma} avec γ>1\gamma > 1 : convergence par comparaison avec une série de Riemann.

17. Posons γ=1+α2(α,1)\gamma = \frac{1+\alpha}2 \in \intoo{\alpha}{1} : cette fois nγnα(lnn)β=nαγ(lnn)β0\frac{n^{-\gamma}}{n^{-\alpha}(\ln n)^{-\beta}} = n^{\alpha-\gamma}(\ln n)^{\beta} \to 0, donc à partir d’un certain rang les termes sont nγ\geq n^{-\gamma} avec γ<1\gamma < 1 : divergence.

18. f(t)=1t(lnt)βf(t) = \frac1{t(\ln t)^\beta} est positive, continue, et décroissante pour tt grand (son logarithme a pour dérivée 1t(1+βlnt)<0-\frac1t\bigl(1 + \frac{\beta}{\ln t}\bigr) < 0 à partir d’un certain rang). Primitives : pour β1\beta \neq 1, xf=(lnx)1β1β+cste\int^x f = \frac{(\ln x)^{1-\beta}}{1-\beta} + \text{cste}, qui a une limite finie si et seulement si β>1\beta > 1 ; pour β=1\beta = 1, xf=lnlnx\int^x f = \ln\ln x \to \infty. D’après le Théorème 6.6, la série et l’intégrale ont la même nature : convergence si et seulement si β>1\beta > 1.

19. Même critère :  ⁣d ⁣dtlnlnlnt=1tlntlnlnt\frac{\dd}{\dd t}\ln\ln\ln t = \frac{1}{t\ln t\,\ln\ln t}, et lnlnlnt\ln\ln\ln t \to \infty : divergence. Et  ⁣d ⁣dt(1lnlnt)=1tlnt(lnlnt)2\frac{\dd}{\dd t}\Bigl(-\frac1{\ln\ln t}\Bigr) = \frac{1}{t\ln t\,(\ln\ln t)^2} avec 1lnlnt0-\frac1{\ln\ln t} \to 0 : convergence.

20. Première : n1/lnn=elnn/lnn=en^{1/\ln n} = \eu^{\ln n/\ln n} = \eu, donc les termes valent exactement 1en\frac{1}{\eu\,n} : un multiple de la série harmonique, divergente — l’exposant 1+1lnn1 + \frac1{\ln n} rampe vers 11 trop vite. Deuxième : n1/lnlnn=elnn/lnlnnn^{1/\ln\ln n} = \eu^{\ln n/\ln\ln n}, et lnnlnlnn2lnlnn\frac{\ln n}{\ln\ln n} \geq 2\ln\ln n à partir d’un certain rang, donc n1/lnlnn(lnn)2n^{1/\ln\ln n} \geq (\ln n)^2 : les termes sont 1n(lnn)2\leq \frac1{n(\ln n)^2}, une série de Bertrand convergente (question 18) : convergente. La frontière passe strictement entre ces deux exposants.

21. Rn0R_n \downarrow 0 et

RnRn+1=RnRn+1Rn+Rn+1=anRn+Rn+1an2Rn,\sqrt{R_n} - \sqrt{R_{n+1}} = \frac{R_n - R_{n+1}}{\sqrt{R_n} + \sqrt{R_{n+1}}} = \frac{a_n}{\sqrt{R_n} + \sqrt{R_{n+1}}} \geq \frac{a_n}{2\sqrt{R_n}},

donc nanRn2n(RnRn+1)=2R1<\sum_n \frac{a_n}{\sqrt{R_n}} \leq 2\sum_n(\sqrt{R_n} - \sqrt{R_{n+1}}) = 2\sqrt{R_1} < \infty (télescopage). Et pourtant an/Rnan=1Rn\frac{a_n/\sqrt{R_n}}{a_n} = \frac1{\sqrt{R_n}} \to \infty : la nouvelle série converge tout en étant infiniment plus grande. Aucune série convergente n’est la plus lente ; les tests de comparaison contre une famille fixée quelconque ne peuvent jamais être complets.

22. Pour (an)(a_n) positive décroissante, regroupons les termes entre puissances consécutives de 22 :

2ka2k+1n=2k2k+11an2ka2k.2^{k}a_{2^{k+1}} \leq \sum_{n=2^k}^{2^{k+1}-1} a_n \leq 2^ka_{2^k} .

En sommant sur kk : si 2ka2k\sum 2^ka_{2^k} converge, les sommes partielles de an\sum a_n sont bornées (converge) ; si an\sum a_n converge, alors k2k+1a2k+12nan<\sum_k 2^{k+1}a_{2^{k+1}} \leq 2\sum_n a_n < \infty. Pour an=1n(lnn)βa_n = \frac1{n(\ln n)^\beta} : 2ka2k=1(kln2)β2^ka_{2^k} = \frac{1}{(k\ln 2)^\beta}, et kβ\sum k^{-\beta} converge si et seulement si β>1\beta > 1 : de nouveau la frontière de la question 18, sans intégrales.

23. Par la comparaison intégrale,

n>N1n(lnn)2N+1 ⁣dtt(lnt)2=1ln(N+1),\sum_{n > N}\frac{1}{n(\ln n)^2} \geq \int_{N+1}^{\infty}\frac{\dd t}{t(\ln t)^2} = \frac{1}{\ln(N+1)},

qui en N=106N = 10^6 vaut 0.0724\approx 0.0724 : après un million de termes le reste dépasse encore 0.070.07 — la série converge, mais aucune sommation directe n’en exhibera jamais la somme. À contraster avec la question 13, où une seule correction asymptotique a acheté sept chiffres à partir de cent termes : savoir comment une série converge vaut mieux que savoir qu’elle converge.

24. 1nlnn\sum\frac1{n\ln n} : diverge (α=1\alpha = 1, β=1\beta = 1, question 18). 1n1.01\sum\frac1{n^{1.01}} : converge (Riemann, α>1\alpha > 1). (lnn)100n1.001\sum\frac{(\ln n)^{100}}{n^{1.001}} : converge (α=1.001>1\alpha = 1.001 > 1, β=100\beta = -100, question 16). 1nlnn(lnlnn)3\sum\frac1{n\ln n(\ln\ln n)^3} : converge (schéma de la question 19 : primitive 12(lnlnt)2-\frac12(\ln\ln t)^{-2}, limite finie).

25. De Moivre convertit l’annulation de sin(2n+1)θk\sin(2n{+}1) \theta_k en l’annulation d’un polynôme en cot2θk\cot^2\theta_k, et Viète y lit les sommes de racines exactes que l’analyse seule ne pouvait qu’estimer (questions 1–5). L’encadrement a eu besoin des valeurs exactes n(2n1)3\frac{n(2n-1)}3 et 2n(n+1)3\frac{2n(n+1)}3 des deux côtés — des équivalents auraient été une pétition de principe, puisque tout l’enjeu est la constante π26\frac{\pi^2}6 (questions 7–8). La partie IV a entièrement reposé sur la comparaison série–intégrale du Chapitre 6, les primitives logarithmiques faisant le classement (questions 18–19). La question 21 détruit le rêve d’un test de comparaison universel : sous toute série convergente s’en trouve une autre, infiniment plus lente — des échelles comme celle de Bertrand cartographient la frontière toujours plus finement mais ne l’atteignent jamais. Sommets : le ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 d’Euler avec son étage supérieur ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90} (questions 8, 10), et la classification de Bertrand (questions 16–18) ; ζ(2)\zeta(2) revient au Chapitre 14, où l’identité de Parseval le reprouve en une ligne à partir de la série de Fourier du signal en dents de scie — une seule constante, deux civilisations.