Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2
7Suites et séries
La théorie des séries numériques (volume de Licence 1) mûrit ici dans trois directions : les séries à valeurs dans les espaces de Banach, où la convergence absolue fait le travail ; les critères plus fins pour les séries réelles (transformation d’Abel) ; et les familles sommables — la sommation affranchie de l’ordre des termes — avec le théorème de Fubini pour les sommes doubles et le produit de Cauchy. Ces outils portent tous les chapitres de séries de fonctions à venir.
7.1 Séries dans les espaces normés
Définition 7.1
Pour une suite (un) dans un espace normé E, la série ∑un converge lorsque ses sommes partielles convergent ; elle converge absolument lorsque ∑∥un∥<∞. Dans un espace de Banach, la convergence absolue implique la convergence (Théorème 5.21) ; dans un espace non complet, cela peut être faux (Exercice 7.9).
Exemple 7.2
Dans Mn(K) (ou Lc(E), E de Banach) : pour ∣∣∣A∣∣∣<1, la série de Neumann∑Ak converge absolument vers (I−A)−1 (démontré à l’Exercice 5.5) ; ∑k!Ak converge absolument vers eA pour tout A (Exemple 5.22). Les séries géométrique et exponentielle à valeurs opérateurs se comportent comme leurs modèles scalaires — tout l’intérêt du cadre de Banach.
7.2 Transformation d’Abel
Théorème 7.3(Transformation et critère d’Abel)
(Sommation par parties) Pour des scalaires an et des vecteurs bn, avec Bn=∑k=0nbk :
n=0∑Nanbn=aNBN−n=0∑N−1(an+1−an)Bn.
(Critère d’Abel) Si (an) est une suite réelle, décroissant vers 0, et si les sommes partielles Bn sont bornées (dans un espace de Banach), alors ∑anbn converge.
Démonstration. L’identité, pas à pas : avec B−1=0, écrivons bn=Bn−Bn−1 et scindons,
en réindexant la deuxième somme par n↦n+1 (le terme B−1 s’annule) ; en regroupant sur la plage commune 0≤n≤N−1, il reste aNBN plus ∑n≤N−1(an−an+1)Bn : la formule annoncée. C’est l’intégration par parties discrète, avec (Bn) comme primitive de (bn) et la différence an+1−an comme dérivée de (an). Pour le critère, avec ∥Bn∥≤M : le terme de bord aNBN→0 ; la série ∑(an−an+1)Bn converge absolument, car
n∑∥(an+1−an)Bn∥≤Mn∑(an−an+1)=Ma0<∞
(télescopage, an↓0). Les deux morceaux de l’identité convergent, donc ∑anbn aussi. ∎
Exemple 7.4
∑nsinn converge : an=n1↓0 et Bn=∑k=1nsink est bornée — en effet Bn=ℑ∑k≤neik=ℑei−1ei(ein−1), de module ≤∣ei−1∣2. Elle ne converge pasabsolument (∣sinn∣≥sin2n=21−cos2n, et ∑2n1−cos2n diverge puisque ∑ncos2n converge par le même critère d’Abel tandis que ∑2n1 diverge). Le critère spécial des séries alternées est le cas particulier bn=(−1)n.
Exemple 7.5(Abel sur le cercle de convergence)
Pour quels complexes z avec ∣z∣=1 la série ∑n≥1nzn converge-t-elle ? En z=1, c’est la série harmonique : divergente. Pour z=1 sur le cercle, le critère d’Abel s’applique avec an=n1↓0 et bn=zn, dont les sommes partielles sont bornées indépendamment de N :
n=1∑Nzn=z−1z(zN−1)≤∣z−1∣2.
Convergente — mais jamais absolument (∑n1). Une seule série, tout un cercle de comportements : divergence en un unique point, semi-convergence partout ailleurs. C’est le comportement au bord standard des séries entières (Chapitre 11), rencontré ici à mains nues ; en z=−1, on retrouve la série harmonique alternée, et en z=eiθ ses parties réelle et imaginaire sont les séries ∑ncosnθ et ∑nsinnθ de l’Exercice 7.4.
Exemple 7.6(Une série alternée piégée)
La série ∑n≥2n+(−1)n(−1)n converge-t-elle ? Les signes alternent et les termes tendent vers 0 — pourtant le critère des séries alternées ne s’applique pas : les modules n+(−1)n1 ne sont pas décroissants (ils font un saut vers le haut à chaque n impair). Développons plutôt :
Le premier morceau converge (critère des séries alternées, honnêtement appliqué à n1↓0), le troisième converge absolument — mais le morceau du milieu est la série harmonique divergente : la somme diverge vers −∞. La leçon finale : quand la monotonie fait défaut, développez jusqu’à ce que chaque morceau soit soit absolument convergent, soit un cas d’école bien net ; le −n1 caché est invisible au simple comptage des signes.
Remarque 7.7(Pièges courants)
(i) « Les termes tendent vers 0 » ne prouve rien : la série harmonique diverge. (ii) Le critère des séries alternées exige des modules décroissants — l’Exemple 7.6 en est le contre-exemple canonique, et la troisième série de l’Exercice 7.1 l’exercice d’entraînement. (iii) Les séries semi-convergentes ne peuvent pas être réordonnées (Exemple 7.12), et leurs produits de Cauchy peuvent diverger : pour le carré de ∑n+1(−1)n, les termes diagonaux vérifient
∣ck∣=m=0∑k(m+1)(k−m+1)1≥(k+1)⋅k+22⟶2=0
(chaque facteur vaut au plus 2k+2 par l’inégalité arithmético-géométrique), donc ∑ck diverge — la convergence absolue d’au moins un facteur (Exercice 7.8) n’est pas un luxe. (iv) La sommabilité porte sur des bornes absolues par définition : il n’existe pas de famille semi-sommable.
7.3 Familles sommables
Définition 7.8
Soit I un ensemble d’indices dénombrable. Une famille (ui)i∈I de réels positifs est sommable lorsque les sommes partielles finies sont bornées ; sa somme est
i∈I∑ui=F⊆I finiesupi∈F∑ui∈[0,+∞].
Une famille de réels ou de complexes (ou de vecteurs de Banach) est sommable lorsque (∥ui∥) l’est ; sa somme est alors définie en la scindant en parties positive/négative (ou réelle/imaginaire) — de manière équivalente, comme la valeur commune de ∑nuσ(n) sur toutes les énumérations σ de I (voir ci-dessous).
Méthode 7.9(Choisir un critère)
Face à ∑un, dans l’ordre : (1) si un→0, divergence, on s’arrête. (2) Si les termes sont de signe constant, on compare : on cherche un équivalent (Chapitre 6) et on le place sur la carte de Riemann–Bertrand. (3) Si les signes alternent avec des modules décroissants, le critère des séries alternées ; si les modules ne sont pas monotones, on développe le terme jusqu’à ce que chaque morceau soit absolument convergent ou un cas d’école bien net (Exemple 7.6). (4) Si le motif des signes est oscillant mais structuré (sinnθ, einθ, puissances de matrices), le critère d’Abel avec des sommes partielles bornées. (5) La convergence absolue vaut toujours la peine d’être examinée en premier : elle est plus forte, insensible à l’ordre, et débloque les produits de Cauchy et Fubini.
Exemple 7.10(Sommabilité par comptage diagonal)
Pour quels s>0 la famille ((m+n)−s)m,n≥1 est-elle sommable ? Regroupons les sommes partielles finies par diagonales m+n=k : la diagonale k porte k−1 couples, contribuant chacun k−s, de sorte que les sommes finies sont exactement bornées par (et épuisent)
k≥2∑ksk−1,
une série à termes positifs équivalente à k1−s : sommable si et seulement si s−1>1, c’est-à-dire s>2. L’indice bidimensionnel dévore une puissance entière : un plan de termes est « divergent d’une dimension de plus » qu’une droite — c’est la géométrie de comptage de l’ensemble d’indices, et non la taille des termes individuels, qui décide de la sommabilité. (Le même recensement montre que ((m2+n2)−1) n’est pas sommable : sur la diagonale m+n=k, chaque terme vaut au moins k−2, et (k−1)⋅k−2 se somme comme la série harmonique.)
Théorème 7.11(Sommabilité et ordre)
Pour les familles positives, la somme est invariante par toute énumération : ∑iui=∑n=0∞uσ(n) pour toute bijection σ:N→I.
Une série réelle ou complexe ∑un est commutativement convergente (tout réordonnancement converge, avec la même somme) si et seulement si elle est absolument convergente.
Démonstration. (1) Toute somme partielle ∑n≤Nuσ(n) est une somme partielle finie de la famille (donc ≤ le sup) ; tout ensemble fini F est contenu dans un {σ(0),…,σ(N)} (donc le sup ≤ la limite de la série). Les deux bornes coïncident.
(2) Si ∑∣un∣<∞ : pour tout réordonnancement σ et tout ε>0, choisissons N tel que ∑n>N∣un∣≤ε ; au-delà du rang où σ a épuisé [[0,N]], les sommes partielles réordonnées diffèrent de la limite initiale d’au plus ε : même somme. Si ∑∣un∣=∞ mais ∑un converge (cas réel ; le cas complexe suit coordonnée par coordonnée) : les parties positive et négative divergent toutes deux, et l’on peut réordonner pour atteindre n’importe quelle limite prescrite — le théorème de Riemann, mené dans l’Exercice 7.5 — de sorte que la convergence commutative échoue. ∎
Exemple 7.12(Un réordonnancement pris la main dans le sac)
La série harmonique alternée a pour somme ∑n≥1n(−1)n−1=ln2 (volume de Licence 1). Réordonnons-la en « un positif, deux négatifs » :
1−21−41+31−61−81+51−⋯
En regroupant chaque bloc de trois,
2k−11−4k−21−4k1=4k−21−4k1=21(2k−11−2k1),
de sorte que la série réordonnée converge vers 21ln2 — la moitié de la somme initiale, avec exactement les mêmes termes. Les séries non absolument convergentes se souviennent de l’ordre de leurs termes ; les familles sommables sont précisément celles qui ne s’en souviennent pas.
Exemple 7.13(Regrouper est sûr, dégrouper ne l’est pas)
Regrouper les termes consécutifs d’une série convergente ne change jamais la somme : les sommes partielles regroupées forment une sous-suite des sommes initiales. L’opération inverse est interdite :
(1−1)+(1−1)+(1−1)+⋯=0+0+⋯=0,
alors que la série dégroupée 1−1+1−1+⋯ diverge (les sommes partielles oscillent entre 1 et 0). Dégrouper n’est légitime que sous une hypothèse compensatrice — par exemple, des termes tendant vers 0 avec des longueurs de paquets bornées : alors, entre deux sommes partielles regroupées, les sommes initiales dérivent d’au plus une somme de o(1) termes en nombre borné, et la convergence se transfère en retour. C’est exactement la clause sous laquelle le calcul par blocs de l’Exemple 7.12 est une preuve et non un tour de passe-passe.
Théorème 7.14(Fubini pour les familles ; produits de Cauchy)
Soit (um,n)(m,n)∈N2 une famille double sommable (c’est-à-dire supF∑F∣um,n∣<∞). Alors
toutes les séries internes convergeant (absolument). En particulier, si ∑am et ∑bn convergent absolument, leur produit de Cauchy converge absolument avec
(m∑am)(n∑bn)=k=0∑∞ck,ck=m=0∑kambk−m.
Démonstration.Cas positif. Chaque regroupement (par lignes, colonnes ou diagonales) calcule le même supremum : tout ensemble fini de couples est contenu dans un bloc fini de lignes (minorant chaque somme regroupée par des sommes partielles finies et la majorant par le total), et la convergence monotone des sommes partielles fait le reste — concrètement, pour les lignes : ∑m≤M∑n≤Num,n≤S donne, en faisant N→∞ puis M→∞, ∑m∑num,n≤S ; réciproquement, tout ensemble fini F se loge dans un tel rectangle, donc S≤∑m∑num,n. Diagonales : les deux mêmes bornes avec des triangles au lieu de rectangles.
Cas général. On scinde en parties positive et négative (réelle et imaginaire), chacune une famille positive sommable ; les quatre regroupements coïncident sur chaque partie, donc sur la différence ; la convergence absolue des séries internes vient du cas positif appliqué à ∣um,n∣.
Produit de Cauchy. La famille um,n=ambn est sommable : les sommes partielles finies de ∣ambn∣ sont bornées par (∑∣am∣)(∑∣bn∣). Les lignes donnent (∑am)(∑bn) ; les diagonales donnent ∑kck. ∎
Exemple 7.15(L’identité exponentielle, honnêtement)
par la formule du binôme sur chaque diagonale : eaeb=ea+b — l’équation fonctionnelle de exp obtenue à partir de la seule série. (La commutation sert dans l’étape du binôme ; pour des matrices qui ne commutent pas, l’identité est réellement fausse, Chapitre 16.)
Exemple 7.16(Les produits de Cauchy comme outil de calcul)
À partir de la série géométrique et du ∑n≥1nzn=(1−z)2z (∣z∣<1) de l’Exercice 7.2, un produit de Cauchy de plus achève le moment d’ordre deux. Multiplions ∑mmzm par ∑nzn : le coefficient diagonal est ∑m=0km=2k(k+1), donc
(1−z)3z=k≥0∑2k(k+1)zk,
et l’identité n2=2⋅2n(n+1)−n assemble
n≥1∑n2zn=(1−z)32z−(1−z)2z=(1−z)3z(1+z).
En z=21 : ∑n≥12nn2=8121⋅23=6 — une valeur close sans la moindre dérivation, rien que des séries absolument convergentes multipliées comme des polynômes. Le même télescopage d’identités calcule tout ∑ndzn, et les probabilistes reconnaîtront le moment factoriel d’ordre deux de la loi géométrique (Chapitre 23).
Exemple 7.17(Une évaluation de somme double)
Pour s>1 réel, posons ζ(s)=∑n≥1n−s. En comptant les diviseurs par sommation double — la famille (m−sn−s) sur (m,n)∈(N∗)2 est sommable (produit de séries positives convergentes) — et en regroupant par le produit q=mn :
ζ(s)2=m,n∑(mn)s1=q=1∑∞qsd(q),
où d(q) est le nombre de diviseurs de q. Les familles sommables transforment la combinatoire en analyse.
Exemple 7.18(Une évaluation par Fubini : ∑n(ζ(n)−1)=1)
Pour n≥2 entier, ζ(n)−1=∑k≥2k−n. La famille double (k−n)k,n≥2 est sommable : en sommant d’abord les colonnes géométriques,
k≥2∑n≥2∑kn1=k≥2∑1−1/k1/k2=k≥2∑k(k−1)1=1
(télescopage), et tous les termes sont positifs, de sorte que le Théorème 7.14 autorise à sommer par lignes à la place :
n≥2∑(ζ(n)−1)=1.
Les valeurs ζ en nombre infini, chacune d’allure transcendante, ont des restes qui s’additionnent pour donner exactement 1. Leçon finale : quand une somme double a des termes positifs, calculez-la dans l’ordre qui s’effondre — ici les colonnes sont géométriques, les lignes mystérieuses, et Fubini transfère l’effondrement.
Exemple 7.19(La série géométrique résout une équation)
Dans l’espace de Banach(C([0,1]),∥⋅∥∞), résolvons x−K(x)=y où K(f) est la fonction constante 21∫01f. La norme d’opérateur vaut ∣∣∣K∣∣∣≤21<1, donc la série de Neumann s’applique (Exemple 7.2) : x=∑n≥0Kn(y). Calculons les itérées : K(y)=21∫01y (une constante), et l’application de K à une constante c donne 2c, donc Kn(y)=2n−11⋅21∫01y pour n≥1. En sommant les constantes géométriques :
x=y+(∫01y)n≥1∑2n1=y+∫01y.
Vérification : x−K(x)=y+∫y−21(∫y+∫y)=y. Une série infinie, une réponse finie, et une vérification en une ligne — la série géométrique est un algorithme d’inversion, pas seulement un énoncé de convergence.
Exemple 7.20(Télescopage par décomposition en éléments simples)
La sommation exacte est rare ; le télescopage en est le principal fournisseur. Décomposons
n(n+1)(n+2)1=21(n(n+1)1−(n+1)(n+2)1),
(à vérifier par réduction au même dénominateur), de sorte que les sommes partielles s’effondrent :
n=1∑Nn(n+1)(n+2)1=21(1⋅21−(N+1)(N+2)1)⟶41.
Le même schéma — écrire le terme sous la forme c(un−un+1) pour un (un) explicite — a résolu l’Exercice 7.10 (arctangentes) et calcule tout ∑n(n+1)⋯(n+k)1=k⋅k!1. Lorsqu’une somme exacte existe à ce niveau, un télescope se cache généralement dans le terme.
Remarque 7.21(Perspectives au sein de ce volume)
Trois chapitres à venir en sont des clients directs. Pour le Chapitre 10 : la convergence normale de ∑fn est la convergence absolue de ∑∥fn∥∞ dans l’espace de Banach(C,∥⋅∥∞) — le Théorème 5.21 de ce chapitre déguisé. Pour le Chapitre 11 : à l’intérieur du disque de convergence tout est absolu et sommable, de sorte que les produits de Cauchy et les réordonnancements sont libres (c’est pourquoi les séries entières se multiplient comme des polynômes) ; au bord, le critère d’Abel prend le relais (Exemple 7.5). Pour le Chapitre 23 : les fonctions génératrices des probabilités sont des séries entières dont les manipulations — produits pour les sommes de variables indépendantes, sommes doubles pour les lois composées — sont toutes autorisées par le Théorème 7.14. Les familles sommables sont le service juridique de l’analyse à venir.
Remarque 7.22(Où ce chapitre est utilisé)
Tout ce qui comporte une somme infinie passe par ici : les séries entières (Chapitre 11) sont des familles sommables déguisées, les coefficients de Fourier se multiplient par des produits de Cauchy et se réordonnent par Parseval (Chapitre 14), et les fonctions génératrices des probabilités (Chapitre 23) sont le théorème de Fubini appliqué aux espérances. Le volume de Licence 3 absorbe les familles sommables dans l’intégration de Lebesgue par rapport à la mesure de comptage — où le Théorème 7.14 devient un cas particulier du théorème de Fubini–Tonelli.
7.4 Exercices
Exercice 7.1★
Nature de : ∑ncosn ; ∑lnn(−1)n ; ∑n3/4+cosn(−1)n(développer comme dans le piège de première année : le critère des séries alternées exige la monotonie).
Solution
Solution de Exercice 7.1.
∑ncosn : critère d’Abel avec an=n1 et bn=cosn, dont les sommes partielles sont bornées (partie réelle d’une somme géométrique, comme dans l’Exemple 7.4) : convergente (pas absolument, par la même astuce du cos2).
∑lnn(−1)n (n≥2) : critère des séries alternées, lnn1↓0 : convergente ; pas absolument (lnn≤n).
Les moyennes de Cesàro de la suite convergente (Bk) tendent vers sa limite B (volume de Licence 1), donc le membre de droite tend vers B−B=0.
Exercice 7.4★★
Étudier la convergence de ∑nαsin(nθ) (θ∈R, α>0) — pour quels (θ,α) est-elle absolument convergente, semi-convergente, divergente ?
Solution
Solution de Exercice 7.4.
Si θ∈πZ : tous les termes sont nuls — convergente trivialement. Supposons θ∈/πZ.
α>1 : absolument convergente (domination par n−α).
0<α≤1 : le critère d’Abel s’applique (an=n−α↓0 ; sommes partielles de sinnθ bornées par ∣sin(θ/2)∣1, somme géométrique) : convergente. Pas absolument : ∣sinnθ∣≥sin2nθ=21−cos2nθ, et ∑2nα1−cos2nθ diverge (∑n−α diverge ; ∑nαcos2nθ converge par Abel lorsque 2θ∈/2πZ ; le cas exclu 2θ∈2πZ signifie θ∈πZ, déjà traité). Semi-convergente.
Exercice 7.5★★★
(Réordonnancement de Riemann) Soit ∑un une série réelle convergente mais non absolument convergente, et ℓ∈R. Montrer qu’un certain réordonnancement de ∑un converge vers ℓ. (Montrer que les deux sous-séries des termes positifs et négatifs divergent ; puis alterner gloutonnement : prendre des termes positifs jusqu’à dépasser ℓ, puis des négatifs jusqu’à passer en dessous, et ainsi de suite ; les termes tendent vers 0, ce qui force la convergence vers ℓ.)
Solution
Solution de Exercice 7.5.
Soient p1,p2,… les termes positifs de (un) dans l’ordre, q1,q2,… les termes négatifs. Les deux séries ∑pk et ∑qk divergent : si l’une convergeait, l’autre serait égale à la série convergente ∑un moins celle-ci, donc convergerait aussi — et alors ∑∣un∣=∑pk−∑qk convergerait, contredisant l’hypothèse. De plus un→0 (∑un converge).
Réordonnancement glouton : prendre des termes positifs p1,p2,… jusqu’à ce que le total courant dépasse ℓ pour la première fois (possible : ∑pk=+∞) ; puis des termes négatifs jusqu’à ce que le total passe sous ℓ pour la première fois (possible : ∑qk=−∞) ; répéter indéfiniment (chaque phase est finie, et chaque terme est utilisé exactement une fois : un vrai réordonnancement). Après chaque changement, la distance du total courant à ℓ vaut au plus le dernier terme utilisé ; comme les termes utilisés au m-ième changement ont un indice →∞, et que un→0, les totaux courants convergent vers ℓ.
Exercice 7.6★★
Montrer que la famille (m!n!xm+n)(m,n)∈N2 est sommable pour tout x∈R, et retrouver l’identité (ex)2=e2x en regroupant la somme double le long des diagonales m+n=k.
Solution
Solution de Exercice 7.6.
Sommabilité : les sommes partielles finies de m!n!∣x∣m+n sont bornées par (∑mm!∣x∣m)2=e2∣x∣. Regroupement diagonal (Théorème 7.14) :
Montrer que la famille (m2n21)m,n≥1 est sommable, et qu’en regroupant par le gcd : avec q=gcd(m,n),
ζ(2)2=q≥1∑q41a,b≥1gcd(a,b)=1∑a2b21=ζ(4)⋅S,
où S=∑gcd(a,b)=1a2b21 : en déduire S=ζ(2)2/ζ(4). (Tout couple (m,n) s’écrit de manière unique (qa,qb) avec gcd(a,b)=1.)
Solution
Solution de Exercice 7.7.
Sommabilité : bornée par ζ(2)2 en tant que famille produit (l’argument du produit de Cauchy du Théorème 7.14). L’application (q,a,b)↦(qa,qb), des triplets avec gcd(a,b)=1 vers les couples (m,n), est une bijection (poser q=gcd(m,n)). En regroupant la famille sommable en conséquence (une partition de l’ensemble d’indices — légitime pour les familles sommables d’après le Théorème 7.11/le Théorème 7.14 appliqué à la partition en une infinité dénombrable de classes) :
(Avec les valeurs ζ(2)=6π2, ζ(4)=90π4 du Chapitre 14 : S=25.)
Exercice 7.8★★★
(Théorème d’Abel sur les produits, version allégée) Supposons que ∑an converge absolument et que ∑bn converge. Montrer que leur produit de Cauchy∑cn converge, avec ∑cn=(∑an)(∑bn). (Écrire CN=∑k≤Nck=∑nanBN−n avec B les sommes partielles de b ; scinder selon n≤N/2 ou non, en utilisant le caractère borné de (Bm) et le reste absolu de (an).)
Solution
Solution de Exercice 7.8.
Posons A=∑an (absolue), Bm=∑k≤mbk→B, bornée par M. Alors
CN=k=0∑Nck=n=0∑NanBN−n
(en regroupant par l’indice de a). Écrivons
CN−AB=n=0∑Nan(BN−n−B)−Bn>N∑an.
Le dernier terme tend vers 0. Scindons la somme en n=⌊N/2⌋ : pour n≤N/2, N−n≥N/2, donc ∣BN−n−B∣≤εN:=supm≥N/2∣Bm−B∣→0, et cette partie est ≤εN∑∣an∣ ; pour n>N/2, ∣BN−n−B∣≤2M, et cette partie est ≤2M∑n>N/2∣an∣→0. D’où CN→AB.
Exercice 7.9★★★
Dans l’espace (non complet) E des suites réelles nulles à partir d’un certain rang, muni de la norme sup, exhiber une série absolument convergente qui ne converge pas dans E. (Essayer un=2−nen avec (en) les suites canoniques.)
Solution
Solution de Exercice 7.9.
Prenons un=2−nen (en la suite ayant un unique 1 en position n). Alors ∑∥un∥∞=∑2−n<∞ : absolument convergente. Mais les sommes partielles SN=(1,21,…,2−N,0,…) devraient converger vers la suite (2−n)n, qui n’est pas nulle à partir d’un certain rang : en dehors de E. Dans E, (SN) est de Cauchy sans limite (∥SN−x∥∞≥2−N−1 ne peut aider aucun x nul à partir d’un certain rang : pour tout x∈E s’annulant au-delà du rang K, ∥SN−x∥≥2−K−1 pour N>K) : la série ne converge pas dans E. La complétude est exactement ce dont le Théorème 5.21 a besoin.
Exercice 7.10★★
Vérifier l’identité arctan(n+1)−arctan(n)=arctann2+n+11, et en déduire la valeur exacte de
n=1∑∞arctann2+n+11.
Solution
Solution de Exercice 7.10.
arctan(n+1)−arctann et arctann2+n+11 appartiennent tous deux à (0,2π), et la formule d’addition de la tangente donne
Première : n+1−n=n+1+n1∼2n1, donc les termes sont ∼2−αn−α/2 : convergence si et seulement si 2α>1, c’est-à-dire α>2. Deuxième : 1−cosn1∼2n21 : converge. Troisième : (1+n1)n=enln(1+1/n)=e1−2n1+O(n−2)=e(1−2n1+O(n−2)), donc
e−(1+n1)n∼2ne:
termes positifs équivalents à un multiple harmonique : diverge.
Exercice 7.12★★★
Soit (an) positive et décroissante avec ∑an convergente. Montrer que nan→0(majorer na2n par un reste). Montrer que la réciproque est fausse, et que la monotonie est essentielle, avec des contre-exemples explicites.
Solution
Solution de Exercice 7.12.
Par monotonie, na2n≤an+1+an+2+⋯+a2n=S2n−Sn→0 (critère de Cauchy pour la série convergente). D’où 2na2n→0, et (2n+1)a2n+1≤(2n+1)a2n=2n2n+1(2na2n)→0 : les deux sous-suites de (nan) tendent vers 0, donc nan→0.
La réciproque est fausse :an=nlnn1 est positive décroissante avec nan=lnn1→0, et pourtant ∑an diverge (frontière de Bertrand, Problème 7.1, question 18). Monotonie essentielle : posons an=n1 quand n est une puissance de 2 et an=2−n sinon : ∑an≤∑k2−k+∑n2−n<∞, mais nan=1 le long des puissances de 2 : nan→0.
7.5 Problème : le ζ(2)=π2/6 d’Euler, par la somme des cotangentes de Cauchy
L’identité la plus célèbre d’Euler, 1+41+91+⋯=6π2, admet une preuve entièrement élémentaire, due à Cauchy : la formule de de Moivre produit un polynôme dont les racines sont les nombres cot22n+1kπ, Viète en somme les racines exactement, et l’encadrement cot2θ<θ21<1+cot2θ écrase les sommes partielles de ∑k21 entre deux bornes rationnelles explicites. Nous menons la preuve en entier, extrayons ζ(4)=90π4 par la même méthode, puis cartographions toute la frontière entre convergence et divergence à l’aide des séries de Bertrand — et prouvons que la frontière ne porte aucune série convergente la plus lente.
Problème 7.1
Problème du week-end — ζ(2)=π2/6 et le panorama de Bertrand
Dans tout ce qui suit, n≥1 et θk=2n+1kπ pour k=1,…,n ; noter que 0<θk<2π.
Partie I — L’identité de la cotangente.
Prouver la formule de de Moivre (cosθ+isinθ)m=cosmθ+isinmθ (m∈N), et en déduire, pour m=2n+1,
et encadrer avec cot4<θ−4<(1+cot2)2 pour obtenir ζ(4)=90π4.
Partie III — Dividendes.
Déduire de ζ(2)=6π2 :
k≥0∑(2k+1)21=8π2,k≥1∑k2(−1)k−1=12π2.
Combiner avec l’Exercice 7.7 : calculer S=∑gcd(a,b)=1a2b21=ζ(4)ζ(2)2=25, et interpréter ζ(2)1=π26≈0.608 comme la densité des couples premiers entre eux (énoncer l’heuristique honnêtement : le comptage rigoureux relève du volume de Licence 3).
(Accélération certifiée) La formule du reste de la question 9 donne ∑k≤nk−2+n1−2n21=6π2+O(n−3). Comparer le travail nécessaire pour six chiffres de ζ(2) : sommation directe contre somme corrigée en n=100 (où l’erreur est 1.7⋅10−7).
Vérifier la question 4 à la main en n=1 et n=2 (les valeurs cot23π=31 et cot25π+cot252π=2), en utilisant cos5π=41+5 ou une évaluation numérique.
Prouver l’identité compagne
k=1∑ntan22n+1kπ=n(2n+1)
(les nombres tan2θk sont les racines du polynôme renversé xnPn(1/x)), et la vérifier en n=1.
Partie IV — Le panorama de Bertrand. Pour α,β∈R, considérons les séries de Bertrand
n≥3∑nα(lnn)β1.
Montrer que pour α>1 la série converge, quel que soit β(comparer avec n−(1+α)/2).
Montrer que pour α<1 elle diverge, quel que soit β.
Pour α=1 : à l’aide de la comparaison série–intégrale (Théorème 6.6) avec f(t)=t(lnt)β1, prouver la convergence si et seulement si β>1.
Itérer la frontière : montrer que ∑nlnnlnlnn1 diverge tandis que ∑nlnn(lnlnn)21 converge.
Deux pièges : déterminer la nature de
n∑n1+1/lnn1etn∑n1+1/lnlnn1
(calculer n1/lnn exactement ; comparer n1/lnlnn avec toute puissance de lnn).
(Aucune série convergente la plus lente) Soit ∑an une série convergente quelconque avec an>0, et Rn=∑k≥nak ses restes. Montrer que ∑Rnanconverge encore (comparer avec le télescopage 2(Rn−Rn+1)), bien que anan/Rn→∞ : toute série convergente est strictement dominée par une autre série convergente. La frontière de la convergence n’est pas une courbe mais un brouillard.
Partie V — Vérifications croisées et synthèse.
(Condensation de Cauchy) Prouver : pour (an) positive décroissante, ∑an converge si et seulement si ∑2ka2k converge. En redériver la frontière de la question 18.
(Le coût de la lenteur) Pour ∑n(lnn)21, majorer le reste par une intégrale et montrer que sommer jusqu’à N=106 laisse encore une erreur supérieure à 0.07 : une convergence certifiée par la théorie peut être inutile pour le calcul numérique — à contraster avec la question 13.
Classer (avec des justifications d’une ligne) : ∑nlnn1, ∑n1.011, ∑n1.001(lnn)100, ∑n(lnn)(lnlnn)31.
(Synthèse) Une phrase pour chaque point : comment de Moivre a transformé une identité trigonométrique en un polynôme aux sommes de racines calculables ; où l’encadrement a eu besoin d’identités exactes aux extrémités plutôt que d’équivalents ; quel outil du Chapitre 6 a alimenté la partie IV ; et ce que la question 21 dit du rêve d’un « test de comparaison universel ». Nommer les deux sommets : le ζ(2)=6π2 d’Euler (et son étage supérieur, ζ(4)=90π4), et la classification de Bertrand. Noter où ζ(2) sera de nouveau prouvé : par Parseval au Chapitre 14 — un seul théorème, deux civilisations.
Solution
Solution de Problème 7.1.
1. Récurrence sur m : pour m=0 les deux membres valent 1 ; l’étape multiplie par cosθ+isinθ et utilise les formules d’addition cos(mθ+θ)=cosmθcosθ−sinmθsinθ, sin(mθ+θ)=sinmθcosθ+cosmθsinθ. En développant plutôt par la formule du binôme avec m=2n+1 et en collectant la partie imaginaire (les puissances impaires de isinθ, avec i2j+1=(−1)ji) :
2. Sur (0,2π), sinθ=0 : on factorise sin2n+1θ dans chaque terme, laissant (sin2θcos2θ)n−j=(cot2θ)n−j : l’identité affichée avec Pn(x)=∑j(−1)j(2j+12n+1)xn−j. Son coefficient de degré n est celui de j=0, à savoir (12n+1)=2n+1=0.
3. En θk=2n+1kπ : sin((2n+1)θk)=sinkπ=0 alors que sin2n+1θk=0, donc Pn(cot2θk)=0. Les θk croissent strictement dans (0,2π), où cot2 est strictement décroissante : les valeurs xk=cot2θk sont deux à deux distinctes — n racines distinctes d’un polynôme de degré n, donc toutes ses racines.
4. Viète : la somme des racines est l’opposé du rapport des coefficients de xn−1 et xn :
5.sin2θ1=1+cot2θ : en sommant, n+3n(2n−1)=33n+2n2−n=32n(n+1).
6. Sur (0,2π) : sinθ<θ<tanθ (volume de Licence 1). Le passage aux inverses renverse : cotθ<θ1<sinθ1, et l’élévation au carré (tout est positif) donne cot2θ<θ21<sin2θ1.
7. Sommons la question 6 en θ=θk sur k≤n, en utilisant les questions 4 et 5, et θk21=k2π2(2n+1)2 :
Les deux bornes tendent vers 3π2⋅21=6π2 (les fractions rationnelles tendent vers 21). Les sommes partielles croissent, donc elles convergent, et l’encadrement donne ζ(2)=6π2 : le théorème d’Euler, par la preuve de Cauchy.
9. Les sommes partielles croissent vers ζ(2)=6π2, donc 0≤6π2−∑k≤nk−2 ; et la borne inférieure de la question 8 donne
En encadrant cot4θ<θ−4<(1+cot2θ)2=1+2cot2θ+cot4θ et en sommant : les deux sommes extérieures valent 458n4(1+o(1)) (le terme ajouté n+2σ1=O(n2) est négligeable), tandis que celle du milieu est π4(2n+1)4∑k≤nk−4. D’où
k≤n∑k41⟶π4⋅168/45=90π4.
11. En scindant ζ(2) selon les parités : ∑pair=∑j(2j)21=41ζ(2)=24π2, donc ∑impair=ζ(2)−24π2=8π2. Alternée : ∑kk2(−1)k−1=∑impair−∑pair=8π2−24π2=12π2 (la convergence absolue justifie le regroupement, Théorème 7.11).
12.S=ζ(4)ζ(2)2=π4/90(π2/6)2=3690=25. Heuristique : l’identité ζ(2)2=ζ(4)S de l’Exercice 7.7 dit qu’extraire le gcd renormalise les couples en couples premiers entre eux ; l’inverse ζ(2)1=π26≈0.608 est le candidat naturel pour la densité des couples premiers entre eux parmi tous les couples — un énoncé sur limNN21#{(m,n)≤N:gcd=1} dont la preuve honnête (avec termes d’erreur) relève du volume de Licence 3.
13. La sommation directe a une erreur ∼n1 : six chiffres exigent environ 106 termes. La somme corrigée ∑k≤nk−2+n1−2n21 a une erreur O(n−3) : en n=100 elle vaut 1.6449339… contre 6π2=1.6449341… — erreur 1.7⋅10−7, sept chiffres à partir de cent termes. Les corrections asymptotiques battent la patience brute de quatre ordres de grandeur.
14.n=1 : P1(x)=3x−1, racine 31, et en effet cot23π=(31)2=31=31⋅1. n=2 : la formule prédit 32⋅3=2 ; avec cos5π=41+5, on calcule cot236∘≈1.894 et cot272∘≈0.106 : somme 2.000.
15. Les nombres tan2θk=xk1 sont les racines de Q(x)=xnPn(x1)=∑j=0n(−1)j(2j+12n+1)xj (les xk sont non nuls). Viète sur Q : le coefficient dominant est (−1)n (terme j=n), le suivant est (−1)n−1(2n−12n+1)=(−1)n−1(22n+1), donc
16. Posons γ=21+α∈(1,α). Alors n−γn−α(lnn)−β=nγ−α(lnn)−β→0 (une puissance négative de n l’emporte sur toute puissance de lnn), donc à partir d’un certain rang les termes sont ≤n−γ avec γ>1 : convergence par comparaison avec une série de Riemann.
17. Posons γ=21+α∈(α,1) : cette fois n−α(lnn)−βn−γ=nα−γ(lnn)β→0, donc à partir d’un certain rang les termes sont ≥n−γ avec γ<1 : divergence.
18.f(t)=t(lnt)β1 est positive, continue, et décroissante pour t grand (son logarithme a pour dérivée −t1(1+lntβ)<0 à partir d’un certain rang). Primitives : pour β=1, ∫xf=1−β(lnx)1−β+cste, qui a une limite finie si et seulement si β>1 ; pour β=1, ∫xf=lnlnx→∞. D’après le Théorème 6.6, la série et l’intégrale ont la même nature : convergence si et seulement si β>1.
19. Même critère : dtdlnlnlnt=tlntlnlnt1, et lnlnlnt→∞ : divergence. Et dtd(−lnlnt1)=tlnt(lnlnt)21 avec −lnlnt1→0 : convergence.
20. Première : n1/lnn=elnn/lnn=e, donc les termes valent exactement en1 : un multiple de la série harmonique, divergente — l’exposant 1+lnn1 rampe vers 1 trop vite. Deuxième : n1/lnlnn=elnn/lnlnn, et lnlnnlnn≥2lnlnn à partir d’un certain rang, donc n1/lnlnn≥(lnn)2 : les termes sont ≤n(lnn)21, une série de Bertrand convergente (question 18) : convergente. La frontière passe strictement entre ces deux exposants.
donc ∑nRnan≤2∑n(Rn−Rn+1)=2R1<∞ (télescopage). Et pourtant anan/Rn=Rn1→∞ : la nouvelle série converge tout en étant infiniment plus grande. Aucune série convergente n’est la plus lente ; les tests de comparaison contre une famille fixée quelconque ne peuvent jamais être complets.
22. Pour (an) positive décroissante, regroupons les termes entre puissances consécutives de 2 :
2ka2k+1≤n=2k∑2k+1−1an≤2ka2k.
En sommant sur k : si ∑2ka2k converge, les sommes partielles de ∑an sont bornées (converge) ; si ∑an converge, alors ∑k2k+1a2k+1≤2∑nan<∞. Pour an=n(lnn)β1 : 2ka2k=(kln2)β1, et ∑k−β converge si et seulement si β>1 : de nouveau la frontière de la question 18, sans intégrales.
23. Par la comparaison intégrale,
n>N∑n(lnn)21≥∫N+1∞t(lnt)2dt=ln(N+1)1,
qui en N=106 vaut ≈0.0724 : après un million de termes le reste dépasse encore 0.07 — la série converge, mais aucune sommation directe n’en exhibera jamais la somme. À contraster avec la question 13, où une seule correction asymptotique a acheté sept chiffres à partir de cent termes : savoir comment une série converge vaut mieux que savoir qu’elle converge.
25. De Moivre convertit l’annulation de sin(2n+1)θk en l’annulation d’un polynôme en cot2θk, et Viète y lit les sommes de racines exactes que l’analyse seule ne pouvait qu’estimer (questions 1–5). L’encadrement a eu besoin des valeurs exactes3n(2n−1) et 32n(n+1) des deux côtés — des équivalents auraient été une pétition de principe, puisque tout l’enjeu est la constante 6π2 (questions 7–8). La partie IV a entièrement reposé sur la comparaison série–intégrale du Chapitre 6, les primitives logarithmiques faisant le classement (questions 18–19). La question 21 détruit le rêve d’un test de comparaison universel : sous toute série convergente s’en trouve une autre, infiniment plus lente — des échelles comme celle de Bertrand cartographient la frontière toujours plus finement mais ne l’atteignent jamais. Sommets : le ζ(2)=6π2 d’Euler avec son étage supérieur ζ(4)=90π4 (questions 8, 10), et la classification de Bertrand (questions 16–18) ; ζ(2) revient au Chapitre 14, où l’identité de Parseval le reprouve en une ligne à partir de la série de Fourier du signal en dents de scie — une seule constante, deux civilisations.