Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

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5Espaces vectoriels normés

Lorsque l’espace métrique est un espace vectoriel et que la distance provient d’une norme, la topologie et l’algèbre linéaire commencent à interagir : les applications linéaires sont continues exactement lorsqu’elles sont bornées sur la boule unité, la dimension finie force toutes les normes à coïncider, et la complétude transforme les séries absolument convergentes en séries convergentes. La distinction dimension finie/infinie — cristallisée dans le théorème de Riesz — est la leçon la plus profonde du chapitre.

Dans tout le chapitre, E,FE, F sont des espaces vectoriels sur K=RK = \R ou C\C.

5.1 Normes

Définition 5.1

Une norme sur EE est une application  ⁣:ER+\norm{\,\cdot\,} \colon E \to \R_+ vérifiant, pour tous x,yEx, y \in E, λK\lambda \in K :

x=0    x=0,λx=λx,x+yx+y.\norm x = 0 \iff x = 0, \qquad \norm{\lambda x} = \abs\lambda\,\norm x, \qquad \norm{x + y} \leq \norm x + \norm y .

Alors d(x,y)=xyd(x, y) = \norm{x - y} est une distance, et tout le Chapitre 4 s’applique. L’inégalité triangulaire inversée xyxy\bigl|\norm x - \norm y\bigr| \leq \norm{x - y} rend la norme elle-même 11-lipschitzienne ; l’addition et la multiplication par un scalaire sont continues (estimations (x+y)(x+y)xx+yy\norm{(x + y) - (x' + y')} \leq \norm{x - x'} + \norm{y - y'}, etc.).

Exemple 5.2

Sur KnK^n :

x1=ixi,x2=(ixi2)1/2,x=maxixi\norm{x}_1 = \sum_i \abs{x_i}, \qquad \norm{x}_2 = \Bigl(\sum_i \abs{x_i}^2\Bigr)^{1/2}, \qquad \norm{x}_\infty = \max_i \abs{x_i}

(2\norm\cdot_2 est une norme d’après Cauchy–Schwarz, volume de première année). Sur C([a,b])C(\intcc{a}{b}) :

f=supf,f1=abf,f2=(abf2)1/2,\norm f_\infty = \sup \abs f, \qquad \norm f_1 = \int_a^b \abs f, \qquad \norm f_2 = \Bigl(\int_a^b \abs f^2\Bigr)^{1/2},

les deux dernières étant des normes grâce à la stricte positivité de l’intégrale et à l’inégalité de Cauchy–Schwarz intégrale (volume de première année). Sur les matrices : n’importe quelle norme sur Mn(K)Kn2\mathcal M_n(K) \simeq K^{n^2} ; les normes d’opérateur ci-dessous sont les plus importantes structurellement.

Définition 5.3 (Normes équivalentes)

Deux normes N1,N2N_1, N_2 sur EE sont équivalentes lorsqu’il existe des constantes c,C>0c, C > 0 telles que

cN1N2CN1.c\,N_1 \leq N_2 \leq C\, N_1 .

Deux normes équivalentes ont les mêmes ouverts, les mêmes suites convergentes et de Cauchy, les mêmes parties compactes et complètes : la même analyse.

Exemple 5.4 (Non-équivalence en dimension infinie)

Sur C([0,1])C(\intcc{0}{1}) : f1f\norm f_1 \leq \norm f_\infty toujours, mais aucune borne inverse ne tient : fn(x)=xnf_n(x) = x^n vérifie fn=1\norm{f_n}_\infty = 1 et fn1=1n+10\norm{f_n}_1 = \frac{1}{n+1} \to 0. Ainsi fn0f_n \to 0 pour 1\norm\cdot_1 mais pas pour \norm\cdot_\infty : les deux normes sont en désaccord sur la convergence elle-même.

Exemple 5.5 (Constantes explicites en dimension nn)

Sur KnK^n, les trois normes classiques sont équivalentes avec des constantes optimales :

xx2x1nx2nx,\norm x_\infty \leq \norm x_2 \leq \norm x_1 \leq \sqrt n\,\norm x_2 \leq n\,\norm x_\infty ,

la borne médiane x1nx2\norm x_1 \leq \sqrt n\norm x_2 provenant de Cauchy–Schwarz contre le vecteur constant égal à 11. Vecteurs extrémaux : e1e_1 rend les deux premières inégalités des égalités, (1,1,,1)(1, 1, \dots, 1) les deux dernières. La dimension nn figure visiblement dans les constantes — la graine quantitative de l’échec en dimension infinie : lorsque nn \to \infty, aucune constante uniforme ne survit, ce qui est exactement ce que l’Exemple 5.4 exhibe sur les espaces de fonctions.

Les boules unités des trois normes classiques de ℝ2, emboîtées comme le dictent les inégalités de l’ : plus la boule est petite, plus la norme est grande. La rotondité compte : les côtés plats du losange et du carré sont exactement les défauts de stricte convexité exploités dans le problème du week-end du  et dans celui de ce chapitre (question 4).
Les boules unités des trois normes classiques de R2\R^2, emboîtées comme le dictent les inégalités de l’Exemple 5.5 : plus la boule est petite, plus la norme est grande. La rotondité compte : les côtés plats du losange et du carré sont exactement les défauts de stricte convexité exploités dans le problème du week-end du Chapitre 8 et dans celui de ce chapitre (question 4).

5.2 Applications linéaires continues

Théorème 5.6 (Caractérisation)

Pour une application linéaire u ⁣:EFu \colon E \to F entre espaces normés, les propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. uu est continue ;
  2. uu est continue en 00 ;
  3. uu est bornée sur la boule unité fermée : supx1u(x)<\sup_{\norm x \leq 1} \norm{u(x)} < \infty ;
  4. il existe C0C \geq 0 tel que u(x)Cx\norm{u(x)} \leq C \norm x pour tout xx ;
  5. uu est lipschitzienne.

Le plus petit tel CC est la norme d’opérateur u=supx1u(x)=supx0u(x)x\vertiii{u} = \sup_{\norm x \leq 1}\norm{u(x)} = \sup_{x \neq 0} \frac{\norm{u(x)}}{\norm x} ; elle fait de l’espace Lc(E,F)\mathcal{L}_c(E, F) des applications linéaires continues un espace normé, avec

vuvu.\vertiii{v \circ u} \leq \vertiii v\, \vertiii u .

Démonstration. (1 \Rightarrow 2) trivial. (2 \Rightarrow 3) : la continuité en 00 avec ε=1\varepsilon = 1 fournit δ\delta tel que xδu(x)1\norm x \leq \delta \Rightarrow \norm{u(x)} \leq 1 ; l’homogénéité ramène alors tout xx vérifiant x1\norm x \leq 1 dans cette boule puis en revient :

u(x)=1δu(δx)1δ,\norm{u(x)} = \frac1\delta\,\norm{u(\delta x)} \leq \frac1\delta ,

car δxδ\norm{\delta x} \leq \delta. (3 \Rightarrow 4) : pour x0x \neq 0, appliquer la borne à xx\frac{x}{\norm x}. (4 \Rightarrow 5) : u(x)u(y)=u(xy)Cxy\norm{u(x) - u(y)} = \norm{u(x - y)} \leq C\norm{x - y}. (5 \Rightarrow 1) connu.

Axiomes de norme pour \vertiii\cdot : l’homogénéité et la séparation sont claires (u=0\vertiii u = 0 force u=0u = 0 sur la boule, donc partout) ; l’inégalité triangulaire vient de (u+v)(x)u(x)+v(x)\norm{(u + v)(x)} \leq \norm{u(x)} + \norm{v(x)}. Sous-multiplicativité : v(u(x))vu(x)vux\norm{v(u(x))} \leq \vertiii v\,\norm{u(x)} \leq \vertiii v \vertiii u \norm x.

Exemple 5.7

Sur (C([0,1]),)\bigl(C(\intcc{0}{1}), \norm\cdot_\infty\bigr) : l’évaluation ff(0)f \mapsto f(0) a pour norme d’opérateur 11 ; l’intégration f01ff \mapsto \int_0^1 f a pour norme 11 ; l’application f01tf(t) ⁣dtf \mapsto \int_0^1 t f(t)\dd t a pour norme 01t ⁣dt=12\int_0^1 t\,\dd t = \frac12 (borne supérieure par l’inégalité triangulaire pour les intégrales ; atteinte en f1f \equiv 1). Mais la dérivation, de (C1,)(C^1, \norm\cdot_\infty) vers (C0,)(C^0, \norm\cdot_\infty), n’est pas continue : sin(nx)=1\norm{\sin(nx)}_\infty = 1 tandis que la dérivée a pour norme sup nn. Linéaire n’implique pas continue en dimension infinie.

Exemple 5.8 (Deux normes, deux verdicts sur une même suite)

Sur C([0,1])C(\intcc01), posons gn(x)=nxng_n(x) = \sqrt{n}\,x^n. Alors

gn1=nn+10,gn22=n2n+112,gn=n:\norm{g_n}_1 = \frac{\sqrt n}{n + 1} \longrightarrow 0, \qquad \norm{g_n}_2^2 = \frac{n}{2n + 1} \longrightarrow \frac12, \qquad \norm{g_n}_\infty = \sqrt n \longrightarrow \infty :

une seule suite, trois normes, trois comportements — convergence vers zéro, absence de convergence (les normes se stabilisent à 12\frac1{\sqrt2} mais la limite simple est 00), et explosion. La masse qui se concentre près de x=1x = 1 est invisible pour 1\norm\cdot_1, à demi visible pour 2\norm\cdot_2, dominante pour \norm\cdot_\infty. En dimension infinie, « converge-t-elle ? » n’est pas une question portant sur une suite : c’est une question portant sur une suite et une norme.

Méthode 5.9 (Calculer une norme d’opérateur)

Toujours en deux temps. Borne supérieure : estimer u(x)\norm{u(x)} par CxC\norm x à l’aide d’inégalités triangulaires, de Cauchy–Schwarz ou de bornes intégrales — cela prouve uC\vertiii u \leq C. Témoin : exhiber soit un x00x_0 \neq 0 précis vérifiant u(x0)=Cx0\norm{u(x_0)} = C\norm{x_0} (la borne est atteinte), soit une suite de vecteurs unitaires xnx_n avec u(xn)C\norm{u(x_n)} \to C (la borne est approchée). Les deux temps sont obligatoires : une borne supérieure seule ne donne que uC\vertiii u \leq C, un témoin seul que uC\vertiii u \geq C. En dimension infinie, le témoin peut devoir être une suite — le supremum n’a pas à être atteint (Exercice 5.8).

Exemple 5.10 (Les opérateurs diagonaux voient toutes les normes de la même façon)

Pour D=diag(d1,,dn)D = \operatorname{diag}(d_1, \dots, d_n) sur KnK^n muni de l’une quelconque des normes 1,2,\norm\cdot_1, \norm\cdot_2, \norm\cdot_\infty : de dixi(maxjdj)xi\abs{d_ix_i} \leq \bigl(\max_j\abs{d_j}\bigr)\abs{x_i} coordonnée par coordonnée, Dxmaxjdjx\norm{Dx} \leq \max_j\abs{d_j}\,\norm x ; et x=ej0x = e_{j_0} (un indice maximisant) l’atteint. Donc D=maxjdj\vertiii D = \max_j\abs{d_j} dans les trois cas : pour les applications diagonales, toutes les normes raisonnables racontent la même histoire, le plus grand facteur d’étirement. Toute la difficulté des normes d’opérateur porte sur le comportement non diagonal — c’est pourquoi les normes adaptées du problème du week-end de ce chapitre (question 22) fonctionnent en forçant d’abord une matrice à devenir diagonale.

Exemple 5.11 (Sommes de colonnes : le jumeau en norme 11 de l’Exercice 5.4)

Sur (Rn,1)(\R^n, \norm\cdot_1), la norme d’opérateur d’une matrice AA est la plus grande somme de colonne en valeur absolue. Déroulons la méthode : pour x11\norm x_1 \leq 1,

Ax1=ijaijxjjxjiaij(maxjiaij)x1,\norm{Ax}_1 = \sum_i\Bigl|\sum_j a_{ij}x_j\Bigr| \leq \sum_j \abs{x_j}\sum_i\abs{a_{ij}} \leq \Bigl(\max_j\sum_i\abs{a_{ij}}\Bigr)\norm x_1 ,

et la borne est atteinte en x=ej0x = e_{j_0} pour une colonne maximisante j0j_0 — le témoin le plus net qui soit. Ainsi pour A=(1231)A = \left(\begin{smallmatrix}1 & -2\\ 3 & 1\end{smallmatrix}\right) : A1=max(1+3, 2+1)=4\vertiii A_1 = \max(1 + 3,\ 2 + 1) = 4, tandis que A=4\vertiii A_\infty = 4 également (lignes) — une coïncidence ici, non une loi : transposez les coefficients de la matrice de façon asymétrique et les deux normes se séparent. Les lignes pour \norm\cdot_\infty, les colonnes pour 1\norm\cdot_1 : le moyen mnémotechnique est que les vecteurs unitaires de chaque norme (motifs de signes, resp. vecteurs de base) sélectionnent les sommes correspondantes.

Proposition 5.12 (Applications bilinéaires)

Une application bilinéaire b ⁣:E×FGb \colon E \times F \to G est continue si et seulement si b(x,y)Cxy\norm{b(x,y)} \leq C\norm x\,\norm y pour un certain CC ; elle est alors lipschitzienne sur les parties bornées. (Même schéma de preuve ; le produit (u,v)vu(u, v) \mapsto v \circ u et la multiplication matricielle en sont les exemples clés.)

Démonstration. Si la borne est vérifiée :

b(x,y)b(x0,y0)=b(xx0,y)+b(x0,yy0),b(x,y) - b(x_0,y_0) = b(x - x_0,\, y) + b(x_0,\, y - y_0),

donc b(x,y)b(x0,y0)Cxx0y+Cx0yy0\norm{b(x,y) - b(x_0,y_0)} \leq C\norm{x - x_0}\norm y + C\norm{x_0}\norm{y - y_0} : continuité en (x0,y0)(x_0, y_0), et une borne lipschitzienne là où x,yR\norm x, \norm y \leq R. Réciproquement, la continuité en (0,0)(0,0) fournit δ\delta tel que b(x,y)1\norm{b(x,y)} \leq 1 sur x,yδ\norm x, \norm y \leq \delta ; on dilate les deux variables.

5.3 Dimension finie

Théorème 5.13 (Équivalence des normes en dimension finie)

Sur un espace de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes. Par conséquent, en dimension finie : la convergence, le caractère ouvert, la compacité, la complétude sont des notions indépendantes de la norme ; compact == fermé et borné ; l’espace est complet ; et toute application linéaire (ou multilinéaire) issue d’un espace de dimension finie est continue.

Démonstration. Fixons une base et identifions EKnE \simeq K^n ; il suffit de comparer toute norme NN à \norm\cdot_\infty.

Un sens relève de l’algèbre : N(x)=N(xiei)xiN(ei)CxN(x) = N(\sum x_i e_i) \leq \sum \abs{x_i} N(e_i) \leq C \norm x_\infty avec C=N(ei)C = \sum N(e_i). Ceci montre aussi que NN est continue sur (Kn,)(K^n, \norm\cdot_\infty) (elle est CC-lipschitzienne : N(x)N(y)N(xy)\abs{N(x) - N(y)} \leq N(x - y)).

L’autre relève de la topologie : la sphère unité S={x:x=1}S = \{x : \norm{x}_\infty = 1\} est fermée et bornée dans (Kn,)(K^n, \norm\cdot_\infty), donc compacte (Théorème 4.16 (2), valable pour CnR2n\C^n \simeq \R^{2n}). La fonction continue NN atteint son minimum cc sur SS ; c>0c > 0 car NN ne s’annule qu’en 0S0 \notin S. L’homogénéité propage la borne : N(x)cxN(x) \geq c \norm{x}_\infty pour tout xx.

Conséquences : tous les énoncés se ramènent à (Kn,)(K^n, \norm\cdot_\infty), où ils sont connus (Théorème 4.9, Théorème 4.16) ; une application linéaire uu issue d’un EE de dimension finie vérifie u(x)xiu(ei)Cx\norm{u(x)} \leq \sum\abs{x_i} \norm{u(e_i)} \leq C'\norm{x}_\infty : la borne (4) du Théorème 5.6.

Corollaire 5.14

Tout sous-espace de dimension finie d’un espace normé quelconque est fermé.

Démonstration. Il est complet pour la norme induite (Théorème 5.13), et les parties complètes sont fermées (Définition 4.7).

Exemple 5.15 (Une meilleure approximation calculée par symétrie)

Dans (C([1,1]),)\bigl(C(\intcc{-1}{1}), \norm\cdot_\infty\bigr), à quelle distance f(x)=xf(x) = \abs x se trouve-t-elle du sous-espace (fermé, de dimension deux) des fonctions affines a+bxa + bx ? Par symétrie, remplacer a+bxa + bx par abxa - bx laisse f(a±bx)\norm{f - (a \pm bx)}_\infty inchangée, et le milieu aa fait au moins aussi bien (inégalité triangulaire sur la moyenne) : il suffit de considérer les constantes. Pour une constante aa :

xa=max(1a, a)12,\norm{\abs x - a}_\infty = \max\,(1 - a,\ a) \geq \frac12 ,

minimisée en a=12a = \frac12 : la distance vaut 12\frac12, atteinte par la constante 12\frac12. Remarquons la courbe d’erreur x12\abs x - \frac12 : elle atteint ±12\pm\frac12 alternativement en x=1,0,1x = -1, 0, 1 — trois extrema de signes alternés pour une meilleure approximation issue d’une famille à deux paramètres. Ce schéma d’équioscillation n’est pas fortuit ; c’est la signature d’optimalité que le problème du week-end de ce chapitre transforme en théorème de Tchebychev.

Exemple 5.16 (Sous-espaces fermés contre sous-espaces denses)

Dans E=(C([0,1]),)E = \bigl(C(\intcc{0}{1}), \norm\cdot_\infty\bigr) : chaque Rn[X]\R_n[X] (polynômes de degré n\leq n, restreints à [0,1]\intcc01) est un sous-espace de dimension finie, donc fermé — une limite uniforme de polynômes de degré n\leq n en est un. Mais la réunion R[X]\R[X] de tous ces sous-espaces est dense dans EE (le théorème d’approximation de Weierstrass, démontré au Chapitre 10), et des sous-espaces propres denses sont aussi peu fermés qu’on puisse l’être. La morale : la fermeture des sous-espaces est un privilège de la dimension finie ; empiler des étages fermés peut construire un gratte-ciel dense.

Théorème 5.17 (Riesz)

La boule unité fermée d’un espace normé EE est compacte si et seulement si dimE<\dim E < \infty.

Démonstration. Dimension finie : fermée et bornée suffit (Théorème 5.13).

Réciproquement, supposons dimE=\dim E = \infty. Lemme de Riesz : pour tout sous-espace fermé propre FEF \subsetneq E et tout ε(0,1)\varepsilon \in \intoo{0}{1}, il existe un vecteur unitaire xx tel que d(x,F)1εd(x, F) \geq 1 - \varepsilon. Preuve : choisir yFy \notin F, poser δ=d(y,F)>0\delta = d(y, F) > 0 (FF fermé), choisir fFf \in F tel que yfδ1ε\norm{y - f} \leq \frac{\delta}{1 - \varepsilon}, et poser x=yfyfx = \frac{y - f}{\norm{y - f}} : pour tout gFg \in F,

xg=y(f+yfg)yfδyf1ε,\norm{x - g} = \frac{\norm{y - (f + \norm{y-f}\,g)}}{\norm{y - f}} \geq \frac{\delta}{\norm{y-f}} \geq 1 - \varepsilon ,

le numérateur étant une distance de yy à un point de FF.

Construisons maintenant des vecteurs unitaires x1,x2,x_1, x_2, \dots par récurrence : Fk=Vect(x1,,xk)F_k = \operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_k) est de dimension finie, donc fermé (Corollaire 5.14) et propre ; le lemme de Riesz avec ε=12\varepsilon = \frac12 fournit un vecteur unitaire xk+1x_{k+1} tel que d(xk+1,Fk)12d(x_{k+1}, F_k) \geq \frac12. La suite vérifie xpxq12\norm{x_p - x_q} \geq \frac12 pour pqp \neq q : aucune sous-suite convergente — la boule unité n’est pas compacte.

Exemple 5.18 (Riesz comme détecteur de dimension)

C([0,1])C(\intcc01) est-il de dimension finie ? Riesz répond sans exhiber aucune famille libre infinie explicite : la suite fn(x)=xnf_n(x) = x^n appartient à la boule unité fermée et vérifie, pour m>nm > n, fnfmfn(x0)fm(x0)>0\norm{f_n - f_m}_\infty \geq f_n(x_0) - f_m(x_0) > 0 en des points bien choisis — quantifié proprement dans le problème du week-end de ce chapitre (question 16), où une sous-suite reste à distance mutuelle 14\geq \frac14. Aucune sous-suite convergente, donc la boule n’est pas compacte, donc dimC([0,1])=\dim C(\intcc01) = \infty d’après le Théorème 5.17. La compacité de la boule unité est une dichotomie parfaite : elle a lieu en dimension finie, échoue en dimension infinie, sans terrain intermédiaire — la géométrie seule lit le type de dimension.

5.4 Espaces de Banach

Définition 5.19

Un espace de Banach est un espace normé complet. Exemples : tout espace normé de dimension finie (Théorème 5.13) ; (C([a,b]),)\bigl(C(\intcc{a}{b}), \norm\cdot_\infty\bigr) (Théorème 4.9) ; Lc(E,F)\mathcal{L}_c(E, F) lorsque FF est de Banach (même schéma de preuve que pour les fonctions continues). Contre-exemple : (C([0,1]),1)\bigl(C(\intcc{0}{1}), \norm\cdot_1\bigr) (Exercice 5.7).

Exemple 5.20 (La norme d’opérateur de l’intégration)

Sur (C([0,1]),)\bigl(C(\intcc01), \norm\cdot_\infty\bigr), posons T(f)(x)=0xf(t) ⁣dtT(f)(x) = \int_0^x f(t)\,\dd t (un endomorphisme : T(f)T(f) est continue). Déroulons la Méthode 5.9. Borne supérieure :

T(f)(x)0xfxff,\abs{T(f)(x)} \leq \int_0^x\abs f \leq x\,\norm f_\infty \leq \norm f_\infty ,

donc T1\vertiii T \leq 1. Témoin : f1f \equiv 1 donne T(f)(x)=xT(f)(x) = x et T(f)=1=f\norm{T(f)}_\infty = 1 = \norm f_\infty : atteinte, T=1\vertiii T = 1. Mais notons T2=12T2\vertiii{T^2} = \frac12 \neq \vertiii T^2 : en effet T2(f)(x)=0x(xt)f(t) ⁣dtT^2(f)(x) = \int_0^x(x - t)f(t)\dd t vérifie T2(f)(x)x22f\abs{T^2(f)(x)} \leq \frac{x^2}2\norm f_\infty, atteinte de nouveau en f1f \equiv 1 ; et plus généralement Tn=1n!\vertiii{T^n} = \frac1{n!} — la borne sous-multiplicative Tn=1\vertiii T^n = 1 se trompe d’une factorielle. C’est exactement le phénomène que l’astuce d’itération du problème du week-end du Chapitre 4 convertit en résolubilité globale des équations différentielles linéaires.

Théorème 5.21 (Convergence absolue dans les espaces de Banach)

Dans un espace de Banach, si un<\sum \norm{u_n} < \infty alors un\sum u_n converge, et unun\norm{\sum u_n} \leq \sum\norm{u_n}. (La théorie complète des séries dans les espaces normés fait l’objet du Chapitre 7.)

Démonstration. Sommes partielles SNS_N : pour q>pq > p, SqSpn=p+1qun\norm{S_q - S_p} \leq \sum_{n=p+1}^{q}\norm{u_n}, qui tend vers 00 (critère de Cauchy pour la série réelle des normes) : (SN)(S_N) est de Cauchy, donc convergente. L’inégalité passe à la limite depuis l’inégalité triangulaire finie.

Exemple 5.22 (Exponentielle de matrice, premier contact)

L’exponentielle de matrice : Mn(K)\mathcal{M}_n(K) munie de n’importe quelle norme sous-multiplicative (ABAB\vertiii{AB} \leq \vertiii A \vertiii B) est de Banach (dimension finie). Alors, pour tout AA,

eA=k=0Akk!\eu^A = \sum_{k=0}^{\infty} \frac{A^k}{k!}

converge absolument (Ak/k!Ak/k!\vertiii{A^k/k!} \leq \vertiii A^k /k!, sommable) : bien définie. Le Chapitre 16 l’exploite systématiquement.

Exemple 5.23 (Une série de Neumann qui s’arrête)

Pour A=(01200)A = \left(\begin{smallmatrix}0 & \frac12\\ 0 & 0\end{smallmatrix}\right) : A<1\vertiii A < 1 dans toute norme d’opérateur construite sur les normes de l’Exemple 5.2, et A2=0A^2 = 0, donc la série géométrique s’effondre :

(IA)1=k0Ak=I+A=(11201),(I - A)^{-1} = \sum_{k \geq 0} A^k = I + A = \begin{pmatrix}1 & \tfrac12\\ 0 & 1\end{pmatrix},

vérifié par (IA)(I+A)=IA2=I(I - A)(I + A) = I - A^2 = I. La nilpotence tronque la série exactement comme elle a tronqué l’exponentielle au Chapitre 3 ; et l’exemple calibre les attentes : l’inverse de Neumann est une série infinie en général, un polynôme précisément lorsque la perturbation est nilpotente, et l’erreur après NN termes est toujours majorée par le reste géométrique AN+1/(1A)\vertiii A^{N+1}/(1 - \vertiii A).

Exemple 5.24 (L’exponentielle d’un générateur de rotation)

Prenons A=(0θθ0)A = \left(\begin{smallmatrix}0 & -\theta\\ \theta & 0\end{smallmatrix}\right). Alors A2=θ2IA^2 = -\theta^2 I, donc les puissances cyclent avec une période quatre, et la série se scinde en parties paire et impaire :

eA=kAkk!=(j(1)jθ2j(2j)!)I+(j(1)jθ2j+1(2j+1)!)Aθ=(cosθsinθsinθcosθ),\eu^{A} = \sum_{k}\frac{A^k}{k!} = \Bigl(\sum_{j}\frac{(-1)^j\theta^{2j}}{(2j)!}\Bigr) I + \Bigl(\sum_{j}\frac{(-1)^j\theta^{2j+1}}{(2j+1)!}\Bigr) \frac{A}{\theta} = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta\\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix},

tous les réarrangements étant autorisés par la convergence absolue. L’ exponentielle d’un générateur antisymétrique est une rotation — calculée ici purement à partir de la série, trois chapitres avant que l’équation différentielle x=Axx' = Ax (Chapitre 16) n’explique pourquoi : etA\eu^{tA} est un mouvement circulaire uniforme. L’éclairage final : les identités entre séries matricielles se démontrent exactement comme les scalaires, dès qu’une norme sous-multiplicative certifie la convergence absolue.

Exemple 5.25 (La norme sup signifie uniforme : le dictionnaire)

L’énoncé fnf0\norm{f_n - f}_\infty \to 0 est la convergence uniforme : un seul nombre, supxfn(x)f(x)\sup_x\abs{f_n(x) - f(x)}, majore l’erreur en tout point simultanément. Le dictionnaire à l’œuvre sur fn(x)=xnf_n(x) = x^n sur [0,1]\intcc{0}{1} : simplement, fn0f_n \to 0 sur [0,1)\intco{0}{1} et fn(1)=1f_n(1) = 1 ; en norme, fn0=1↛0\norm{f_n - 0}_\infty = 1 \not\to 0, et de fait la limite simple est discontinue, donc hors de portée d’une limite en \norm\cdot_\infty dans C([0,1])C(\intcc01) (qui est fermé pour les limites uniformes, Théorème 4.9). Sur [0,a]\intcc{0}{a}, a<1a < 1 : fn=an0\norm{f_n}_\infty = a^n \to 0 — la convergence uniforme rétablie en rétrécissant le domaine. Tout énoncé de convergence du Chapitre 10 est un énoncé sur cette unique norme ; garder le dictionnaire en tête réduit de moitié ce chapitre.

Remarque 5.26 (Pièges courants)

(i) Une norme d’opérateur dépend des deux normes choisies : la même matrice a une \vertiii\cdot_\infty donnée par les sommes de lignes (Exercice 5.4) et une 1\vertiii\cdot_1 différente (sommes de colonnes) ; parler de « la » norme d’une matrice sans nommer les normes sous-jacentes n’a pas de sens. (ii) ABAB\vertiii{AB} \leq \vertiii A\,\vertiii B est une inégalité, en général stricte — les puissances peuvent décroître bien plus vite que ne le suggère la borne Ak\vertiii A^k, ce qui est tout l’intérêt des normes adaptées ( problème du week-end de ce chapitre, question 22). (iii) « Linéaire implique continue » est un privilège de la dimension finie : la dérivation sur les polynômes est linéaire et non bornée (Exemple 5.7). (iv) La convergence absolue de un\sum u_n n’est utile que lorsque l’espace est complet (l’Exercice 7.9 construit le contre-exemple). (v) En dimension infinie, un supremum sur la boule unité est un vrai supremum : ne pas supposer qu’il est atteint (Exercice 5.8).

Remarque 5.27 (Perspectives au sein de ce volume)

Trois rendez-vous sont désormais fixés. Avec le Chapitre 7 : dans un espace de Banach, les séries absolument convergentes convergent, si bien que les séries géométrique et exponentielle d’opérateurs deviennent des outils quotidiens — inverser IAI - A, définir eA\eu^{A} (Exemple 7.2). Avec le Chapitre 10 et le Chapitre 11 : la convergence des suites de fonctions et des séries entières est la convergence dans (C,)\bigl(C, \norm\cdot_\infty\bigr) (Exemple 5.25), et le rayon de convergence est un énoncé sur les séries géométriques qui dominent. Avec le Chapitre 14 : les normes 2\norm\cdot_2 et \norm\cdot_\infty sont réellement en désaccord sur C([0,1])C(\intcc{0}{1}) (Exemple 5.8), ce qui explique exactement pourquoi la convergence en moyenne quadratique des séries de Fourier et la convergence uniforme sont deux théorèmes différents avec deux prix différents.

Remarque 5.28 (Où ce chapitre est utilisé)

Les normes d’opérateur et la série géométrique animent les arguments de perturbation du Chapitre 15 (théorème d’inversion locale) et l’exponentielle de matrice du Chapitre 16 ; l’équivalence des normes autorise silencieusement tout argument « choisissez votre norme préférée » du Chapitre 10 et au-delà ; et la distinction dimension finie/infinie du théorème de Riesz — rendue quantitative dans le problème du week-end de ce chapitre — est la raison pour laquelle le volume de troisième année a besoin de nouveaux outils (convergence faible, Arzelà–Ascoli, projections dans les espaces de Hilbert) là où ce volume pouvait encore extraire des sous-suites convergentes.

5.5 Exercices

Exercice 5.1

Sur R2\R^2, dessiner les boules unités de 1\norm\cdot_1, 2\norm\cdot_2, \norm\cdot_\infty, et démontrer les inégalités xx2x12x\norm x_\infty \leq \norm x_2 \leq \norm x_1 \leq 2\norm x_\infty avec les meilleures constantes en dimension 22.

Solution

Solution de Exercice 5.1.

Boules unités : un losange (1\norm\cdot_1), un disque (2\norm\cdot_2), un carré (\norm\cdot_\infty), emboîtés dans cet ordre. Inégalités : xx2\norm x_\infty \leq \norm x_2 (un carré est au plus la somme) ; x2x1\norm x_2 \leq \norm x_1 (en élevant au carré : x12+x22(x1+x2)2x_1^2 + x_2^2 \leq (\abs{x_1} + \abs{x_2})^2) ; x12x\norm x_1 \leq 2\norm x_\infty (deux termes, chacun max\leq \max). Optimalité : (1,0)(1, 0) rend les deux premières des égalités ; (1,1)(1, 1) rend x1=2x\norm x_1 = 2\norm x_\infty et montre aussi que x2=2x\norm x_2 = \sqrt2 \norm x_\infty et x1=2x2\norm x_1 = \sqrt2 \norm x_2 sont les rapports extrêmes dans l’autre sens.

Exercice 5.2

N(f)=f(0)+fN(f) = \abs{f(0)} + \norm{f'}_\infty est-elle une norme sur C1([0,1])C^1(\intcc{0}{1}) ? La comparer à f\norm{f}_\infty : une inégalité tient, l’autre échoue (l’exhiber).

Solution

Solution de Exercice 5.2.

Axiomes de norme : l’homogénéité et l’inégalité triangulaire sont héritées terme à terme ; séparation : N(f)=0N(f) = 0 force f=0f' = 0 (donc ff constante) et f(0)=0f(0) = 0 : f=0f = 0. C’est une norme.

Comparaison : fN(f)\norm f_\infty \leq N(f), car f(x)f(0)+0xff(0)+f\abs{f(x)} \leq \abs{f(0)} + \abs{\int_0^x f'} \leq \abs{f(0)} + \norm{f'}_\infty. La réciproque échoue : prendre fn(x)=1nsin(nx)f_n(x) = \frac1n \sin(nx) : alors fn1n0\norm{f_n}_\infty \leq \frac1n \to 0 tandis que N(fn)=0+cos(nx)=1N(f_n) = 0 + \norm{\cos(nx)}_\infty = 1. Aucune constante CC ne donne NCN \leq C\norm\cdot_\infty.

Exercice 5.3

Calculer la norme d’opérateur de u(f)=01f(t)et ⁣dtu(f) = \int_0^1 f(t)\,\eu^t\,\dd t sur (C([0,1]),)R\bigl(C(\intcc{0}{1}), \norm\cdot_\infty\bigr) \to \R, et du décalage S(x1,x2,,xn)=(x2,,xn,0)S(x_1, x_2, \dots, x_n) = (x_2, \dots, x_n, 0) sur (Kn,)(K^n, \norm\cdot_\infty).

Solution

Solution de Exercice 5.3.

u(f)f01et ⁣dt=(e1)f\abs{u(f)} \leq \norm f_\infty \int_0^1 \eu^t\,\dd t = (\eu - 1)\norm f_\infty, avec égalité pour f1f \equiv 1 : u=e1\vertiii u = \eu - 1.

Décalage : S(x)=max(x2,,xn)x\norm{S(x)}_\infty = \max(\abs{x_2}, \dots, \abs{x_n}) \leq \norm x_\infty, égalité en x=e2x = e_2 : S=1\vertiii S = 1 (pour n2n \geq 2).

Exercice 5.4 ★★

Sur (Rn,)(\R^n, \norm\cdot_\infty), démontrer que la norme d’opérateur d’une matrice AA vaut A=maxijaij\vertiii A_\infty = \max_i \sum_j \abs{a_{ij}} (la plus grande somme de ligne en valeur absolue). La calculer pour (1231)\begin{pmatrix} 1 & -2\\ 3 & 1\end{pmatrix}.

Solution

Solution de Exercice 5.4.

Borne supérieure : pour x1\norm x_\infty \leq 1,

(Ax)i=jaijxjjaij,\abs{(Ax)_i} = \Bigl|\sum_j a_{ij}x_j\Bigr| \leq \sum_j \abs{a_{ij}},

donc Axmaxijaij\norm{Ax}_\infty \leq \max_i \sum_j \abs{a_{ij}}. Atteinte : soit i0i_0 réalisant le maximum et prenons xj=sign(ai0j)x_j = \operatorname{sign}(a_{i_0 j}) (coefficients de module 11) : alors (Ax)i0=jai0j(Ax)_{i_0} = \sum_j \abs{a_{i_0 j}}. D’où la formule. Pour la matrice donnée : sommes de lignes 33 et 44 : A=4\vertiii A_\infty = 4.

Exercice 5.5 ★★

Démontrer que GLn(K)GL_n(K) est ouvert dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K) et que AA1A \mapsto A^{-1} y est continue. Indication : pour l’ouverture, si H<1A1\vertiii H < \frac{1}{\vertiii{A^{-1}}} alors A+H=A(I+A1H)A + H = A(I + A^{-1}H) avec A1H<1\vertiii{A^{-1}H} < 1, et I+BI + B est inversible pour B<1\vertiii B < 1 par la série géométrique (Théorème 5.21) ; pour la continuité, majorer (A+H)1A1(A+H)^{-1} - A^{-1} à l’aide de la même série.

Solution

Solution de Exercice 5.5.

Série géométrique : pour B<1\vertiii B < 1, la série Bk\sum B^k converge absolument dans l’espace de Banach Mn(K)\mathcal{M}_n(K) (Théorème 5.21, BkBk\vertiii{B^k} \leq \vertiii B^k), et

(IB)k=0KBk=IBK+1I:(I - B)\sum_{k=0}^{K} B^k = I - B^{K+1} \longrightarrow I :

par continuité du produit (Proposition 5.12), (IB)k0Bk=I(I - B)\sum_{k\geq0} B^k = I, donc IBI - B est inversible d’inverse la somme (et (IB)111B\vertiii{(I-B)^{-1}} \leq \frac{1}{1 - \vertiii B}).

Ouverture : pour AA inversible et H<1A1\vertiii H < \frac{1}{\vertiii{A^{-1}}} : A+H=A(I+A1H)A + H = A(I + A^{-1}H) avec A1HA1H<1\vertiii{A^{-1}H} \leq \vertiii{A^{-1}}\vertiii H < 1 : inversible. Donc une boule autour de AA reste dans GLnGL_n.

Continuité de l’inversion : avec B=A1HB = -A^{-1}H,

(A+H)1A1=((IB)1I)A1=(k1Bk)A1,(A + H)^{-1} - A^{-1} = \bigl((I - B)^{-1} - I\bigr)A^{-1} = \Bigl(\sum_{k \geq 1} B^k\Bigr) A^{-1},

de norme B1BA10\leq \frac{\vertiii B}{1 - \vertiii B}\vertiii{A^{-1}} \to 0 lorsque H0H \to 0.

Exercice 5.6 ★★

Soit φ\varphi une forme linéaire sur un espace normé EE. Démontrer que φ\varphi est continue si et seulement si kerφ\ker\varphi est fermé. (Si kerφ\ker\varphi est fermé et φ0\varphi \neq 0, choisir aa tel que φ(a)=1\varphi(a) = 1 et r>0r > 0 tel que B(a,r)kerφ=B(a, r) \cap \ker\varphi = \emptyset ; en déduire φ(h)1rh\abs{\varphi(h)} \leq \frac{1}{r}\norm h par un argument d’homogénéité sur ahφ(h)a - \frac{h}{\varphi(h)}.)

Solution

Solution de Exercice 5.6.

Continue \Rightarrow noyau fermé : image réciproque du fermé {0}\{0\} (Théorème 4.6).

Réciproquement, supposons kerφ\ker\varphi fermé et φ0\varphi \neq 0. Choisissons aa tel que φ(a)=1\varphi(a) = 1 ; puisque akerφa \notin \ker\varphi et que le noyau est fermé, une boule B(a,r)B(a, r) l’évite. Soit maintenant hEh \in E avec φ(h)0\varphi(h) \neq 0 : le vecteur ahφ(h)a - \frac{h}{\varphi(h)} appartient à kerφ\ker\varphi, donc est hors de B(a,r)B(a, r) :

hφ(h)rφ(h)hr,\Bigl\Vert \frac{h}{\varphi(h)} \Bigr\Vert \geq r \quad\Longrightarrow\quad \abs{\varphi(h)} \leq \frac{\norm h}{r},

inégalité trivialement vraie lorsque φ(h)=0\varphi(h) = 0 aussi : la borne (4) du Théorème 5.6 : continue.

Exercice 5.7 ★★

Démontrer que (C([0,1]),1)\bigl(C(\intcc{0}{1}), \norm\cdot_1\bigr) n’est pas complet : montrer que les fonctions fnf_n, rampes affines de 00 à 11 sur [121n,12]\bigl[\frac12 - \frac1n, \frac12\bigr] (valeur 00 avant, 11 après), forment une suite de Cauchy sans limite continue en 1\norm\cdot_1.

Solution

Solution de Exercice 5.7.

Soit fnf_n nulle sur [0,121n]\intcc{0}{\frac12 - \frac1n}, affine jusqu’à la valeur 11 en 12\frac12, puis égale à 11 sur [12,1]\intcc{\frac12}{1}. Pour mnm \geq n, fmfnf_m - f_n est à support dans un intervalle de longueur 1n\frac1n à valeurs dans [1,1]\intcc{-1}{1} : fmfn11n\norm{f_m - f_n}_1 \leq \frac1n : de Cauchy.

Supposons fnff_n \to f en 1\norm\cdot_1 avec ff continue. Sur [0,12δ]\intcc{0}{\frac12 - \delta} (δ\delta fixé) : f=ffnffn10\int \abs{f} = \int\abs{f - f_n} \leq \norm{f - f_n}_1 \to 0 pour n>1δn > \frac1\delta, donc 01/2δf=0\int_0^{1/2 - \delta}\abs f = 0, et par stricte positivité f=0f = 0 là — pour tout δ\delta : f=0f = 0 sur (0,12)\intoo{0}{\frac12}. De même f=1f = 1 sur [12,1]\intcc{\frac12}{1} (les fnf_n y valent toutes 11). Par continuité en 12\frac12 : 0=10 = 1, absurde. Aucune limite n’existe : l’espace n’est pas complet.

Exercice 5.8 ★★★

Sur E=C([0,1])E = C(\intcc{0}{1}) muni de \norm\cdot_\infty, considérer

φ(f)=n1(1)n2nf(1n).\varphi(f) = \sum_{n \geq 1} (-1)^n\, 2^{-n} f\bigl(\tfrac1n\bigr).

Démontrer que φ\varphi est une forme linéaire continue bien définie avec φ=1\vertiii\varphi = 1, mais que le supremum définissant φ\vertiii\varphi n’est pas atteint sur la boule unité fermée. (Borne supérieure : inégalité triangulaire. Norme =1= 1 : construire une fonction continue fKf_K avec fK1\norm{f_K}_\infty \leq 1 et fK(1n)=(1)nf_K(\frac1n) = (-1)^n pour nKn \leq K — les points 1n\frac1n sont isolés les uns des autres. Non-atteinte : l’égalité forcerait f(1n)=(1)nf(\frac1n) = (-1)^n pour tout nn, incompatible avec la continuité de ff en 00 puisque 1n0\frac1n \to 0.)

Solution

Solution de Exercice 5.8.

Bien définie et continue : φ(f)2nf=f\abs{\varphi(f)} \leq \sum 2^{-n} \norm f_\infty = \norm f_\infty, donc φ\varphi est une forme linéaire avec φ1\vertiii\varphi \leq 1 (la série converge absolument pour chaque ff).

Norme 11 : fixons KK ; les points 1,12,,1K1, \frac12, \dots, \frac1K sont deux à deux distincts, donc il existe une fonction continue fKf_K, fK1\norm{f_K}_\infty \leq 1, avec fK(1n)=(1)nf_K(\frac1n) = (-1)^n pour nKn \leq K (interpolation affine par morceaux, constante près de 00). Alors

φ(fK)n=1K2nn>K2n=12K+1K1.\varphi(f_K) \geq \sum_{n=1}^{K} 2^{-n} - \sum_{n > K} 2^{-n} = 1 - 2^{-K+1} \xrightarrow[K \to \infty]{} 1 .

Non atteinte : si f1\norm f_\infty \leq 1 et φ(f)=1\varphi(f) = 1, chaque terme doit apporter son maximum : (1)nf(1n)=1(-1)^n f(\frac1n) = 1 pour tout nn (sinon le déficit strict d’un terme ne peut être compensé, tous les termes étant 2n\leq 2^{-n}). Donc f(1n)=(1)nf(\frac1n) = (-1)^n ; mais 1n0\frac1n \to 0 et ff est continue en 00, ce qui force la convergence contradictoire de (1)n(-1)^n. Ainsi le supremum n’est pas un maximum — impossible en dimension finie, où la boule unité fermée est compacte.

Exercice 5.9 ★★★

Soit EE un espace normé dans lequel la boule unité fermée est compacte. Redémontrer, sans invoquer le Théorème 5.17, que toute suite bornée admet une sous-suite convergente, et démontrer que toute forme linéaire sur EE est continue si et seulement si dimE<\dim E < \infty. (Pour la dimension infinie, construire une forme discontinue en la définissant librement sur une suite normalisée libre et en la prolongeant — en admettant l’existence d’un supplémentaire algébrique.)

Solution

Solution de Exercice 5.9.

Suites bornées : une suite bornée se trouve dans une boule fermée B(0,R)=RB(0,1)\overline B(0, R) = R\,\overline B(0,1), compacte (image de la boule unité compacte par l’homéomorphisme xRxx \mapsto Rx) : y extraire.

Formes linéaires : si dimE<\dim E < \infty, toute application linéaire issue de EE est continue (Théorème 5.13). Réciproquement, supposons dimE=\dim E = \infty (ce qui, d’après le Théorème 5.17, est en fait exclu par l’hypothèse de compacité — l’objet de cette question est l’implication entre les deux propriétés dans les espaces normés généraux) : choisir une suite normalisée libre (en)(e_n), la compléter en une base algébrique (admis), et poser φ(en)=n\varphi(e_n) = n, φ=0\varphi = 0 sur les autres vecteurs de base, prolongée linéairement. Alors φ(en)=n\abs{\varphi(e_n)} = n avec en=1\norm{e_n} = 1 : non bornée sur la boule unité, discontinue. Ainsi « toutes les formes continues » force la dimension finie.

Exercice 5.10 ★★

Sur C([0,1])C(\intcc{0}{1}), démontrer f1f2f\norm f_1 \leq \norm f_2 \leq \norm f_\infty (Cauchy–Schwarz pour la première), et montrer à l’aide de la famille fn(x)=xnf_n(x) = x^n qu’aucune inégalité ne peut être inversée à une constante près : les trois normes sont deux à deux non équivalentes.

Solution

Solution de Exercice 5.10.

Cauchy–Schwarz avec la fonction constante 11 : f1=01f1(01f2)1/2(011)1/2=f2\norm f_1 = \int_0^1 \abs f\cdot 1 \leq \bigl(\int_0^1 f^2\bigr)^{1/2}\bigl(\int_0^1 1\bigr)^{1/2} = \norm f_2. Et f22=f2f2\norm f_2^2 = \int f^2 \leq \norm f_\infty^2. Pour fn(x)=xnf_n(x) = x^n :

fn1=1n+1,fn2=12n+1,fn=1.\norm{f_n}_1 = \frac1{n+1}, \qquad \norm{f_n}_2 = \frac1{\sqrt{2n+1}}, \qquad \norm{f_n}_\infty = 1 .

Alors fn2/fn1=n+12n+1\norm{f_n}_2/\norm{f_n}_1 = \frac{n+1}{\sqrt{2n+1}} \to \infty et fn/fn2=2n+1\norm{f_n}_\infty/\norm{f_n}_2 = \sqrt{2n+1} \to \infty : aucune inégalité inverse, aucune paire n’est équivalente.

Exercice 5.11 ★★

(Distance à un hyperplan) Soit φ\varphi une forme linéaire continue non nulle sur un espace normé EE. Démontrer que

d(x,kerφ)=φ(x)φ(xE),d\bigl(x, \ker\varphi\bigr) = \frac{\abs{\varphi(x)}}{\vertiii\varphi} \qquad (x \in E),

et vérifier sur l’Exercice 5.8 que l’infimum peut n’être atteint par aucun point de l’hyperplan.

Solution

Solution de Exercice 5.11.

Minoration de la distance : pour hkerφh \in \ker\varphi, φ(x)=φ(xh)φxh\abs{\varphi(x)} = \abs{\varphi(x - h)} \leq \vertiii\varphi\,\norm{x - h} ; prendre l’infimum sur hh : d(x,kerφ)φ(x)/φd(x, \ker\varphi) \geq \abs{\varphi(x)}/\vertiii\varphi.

Majoration : on peut supposer φ(x)0\varphi(x) \neq 0. Étant donné ε>0\varepsilon > 0, choisir un vecteur unitaire uu avec φ(u)φε>0\abs{\varphi(u)} \geq \vertiii\varphi - \varepsilon > 0 et poser h=xφ(x)φ(u)uh = x - \frac{\varphi(x)}{\varphi(u)}\,u : alors φ(h)=0\varphi(h) = 0 et

xh=φ(x)φ(u)φ(x)φε.\norm{x - h} = \frac{\abs{\varphi(x)}}{\abs{\varphi(u)}} \leq \frac{\abs{\varphi(x)}}{\vertiii\varphi - \varepsilon}.

Faire ε0\varepsilon \to 0 : d(x,kerφ)φ(x)/φd(x, \ker\varphi) \leq \abs{\varphi(x)}/\vertiii\varphi ; égalité.

Non-atteinte : prendre φ\varphi de l’Exercice 5.8 (φ=1\vertiii\varphi = 1, non atteinte) et un xx quelconque avec φ(x)0\varphi(x) \neq 0. Si un hkerφh \in \ker\varphi réalisait xh=φ(x)\norm{x - h} = \abs{\varphi(x)}, le vecteur unitaire v=(xh)/xhv = (x - h)/\norm{x - h} vérifierait φ(v)=φ(x)/xh=1=φ\abs{\varphi(v)} = \abs{\varphi(x)}/\norm{x - h} = 1 = \vertiii\varphi : la norme d’opérateur serait atteinte — contradiction.

Exercice 5.12 ★★★

Sur E=R[X]E = \R[X] (tous les polynômes), posons N1(P)=sup[0,1]PN_1(P) = \sup_{\intcc{0}{1}}\abs P et N2(P)=sup[0,2]PN_2(P) = \sup_{\intcc{0}{2}}\abs P. Montrer que N1N2N_1 \leq N_2 mais que N1N_1 et N2N_2 ne sont pas équivalentes ; en déduire que l’identité (E,N2)(E,N1)(E, N_2) \to (E, N_1) est une bijection linéaire continue dont l’inverse est discontinu. Montrer enfin que (E,N1)(E, N_1) n’est pas complet (sommes partielles de Taylor de ex\eu^x). Ces trois phénomènes sont impossibles en dimension finie — dire pourquoi.

Solution

Solution de Exercice 5.12.

N1N2N_1 \leq N_2 est la monotonie du sup en fonction du domaine, donc l’identité (E,N2)(E,N1)(E, N_2) \to (E, N_1) est 11-lipschitzienne. Pour Pn(x)=(x/2)nP_n(x) = (x/2)^n : N2(Pn)=1N_2(P_n) = 1 (atteinte en x=2x = 2) tandis que N1(Pn)=2nN_1(P_n) = 2^{-n} : une borne N2CN1N_2 \leq CN_1 donnerait 1C2n1 \leq C2^{-n} pour tout nn : impossible. Donc les normes ne sont pas équivalentes et l’identité inverse est une bijection linéaire discontinue.

Incomplétude : posons Sn=k=0nXkk!S_n = \sum_{k=0}^{n}\frac{X^k}{k!}. Pour m>nm > n, N1(SmSn)k>n1k!0N_1(S_m - S_n) \leq \sum_{k>n}\frac1{k!} \to 0 : de Cauchy pour N1N_1. Si SnPS_n \to P dans (E,N1)(E, N_1), alors ponctuellement P(x)=limSn(x)=exP(x) = \lim S_n(x) = \eu^x sur [0,1]\intcc{0}{1} ; mais un polynôme de degré dd ne peut égaler ex\eu^x sur un intervalle (dériver d+1d + 1 fois : le membre de gauche meurt, ex\eu^x non). Aucune limite dans EE : non complet.

En dimension finie, les trois phénomènes sont impossibles : toutes les normes sont équivalentes, tout espace normé est complet, et l’inverse d’une bijection linéaire est linéaire issue d’un espace de dimension finie, donc continu (Théorème 5.13).

5.6 Problème : meilleure approximation et théorème de Tchebychev

Avec quelle qualité une fonction peut-elle être approchée par des polynômes d’un degré donné, et quel polynôme le fait le mieux ? Du côté de l’existence, la réponse relève de ce chapitre : la compacité en dimension finie fait exister les meilleures approximations. Du côté explicite, un cas non trivial peut se résoudre complètement à la main — parmi tous les polynômes unitaires de degré nn, celui de plus petite norme sup sur [1,1]\intcc{-1}{1} est le polynôme de Tchebychev (normalisé), de norme 21n2^{1-n} : le théorème extrémal de Tchebychev. Le problème démontre les deux côtés, puis mesure à quel point la compacité échoue en dimension infinie : la boule unité de C([0,1])C(\intcc{0}{1}) contient des constellations infinies de points à distance mutuelle 11.

Problème 5.1

Problème du week-end — théorème extrémal de Tchebychev et géométrie de la boule unité

Les normes sans indice sont des normes sup sur le segment indiqué.

Partie I — Meilleure approximation dans les espaces normés.

  1. Soit FF un sous-espace de dimension finie d’un espace normé EE et xEx \in E. Démontrer que la distance d(x,F)=inffFxfd(x, F) = \inf_{f \in F}\norm{x - f} est atteinte (se ramener à une partie fermée bornée de FF et utiliser le Théorème 5.13).
  2. Une norme est strictement convexe lorsque u=v=1\norm u = \norm v = 1 et uvu \neq v impliquent u+v2<1\bigl\Vert\frac{u + v}2\bigr\Vert < 1. Montrer que 2\norm\cdot_2 sur Rn\R^n est strictement convexe (identité du parallélogramme), et que 1\norm\cdot_1 et \norm\cdot_\infty ne le sont pas pour n2n \geq 2.
  3. Démontrer que pour une norme strictement convexe, la meilleure approximation de la question 1 est unique.
  4. Dans (R2,)(\R^2, \norm\cdot_\infty), calculer toutes les meilleures approximations de x=(0,1)x = (0, 1) par la droite F=Vect((1,0))F = \operatorname{Vect}\bigl((1,0)\bigr) : un intervalle de minimiseurs.
  5. Dans (C([a,b]),)\bigl(C(\intcc{a}{b}), \norm\cdot_\infty\bigr), montrer que la meilleure approximation de ff par des constantes est unique, égale à c=maxf+minf2c^* = \frac{\max f + \min f}{2}, de distance maxfminf2\frac{\max f - \min f}{2} ; calculer les deux pour f(x)=x2f(x) = x^2 sur [0,1]\intcc{0}{1}.

Partie II — Polynômes de Tchebychev.

  1. Montrer qu’il existe exactement un polynôme TnT_n tel que Tn(cosθ)=cosnθT_n(\cos\theta) = \cos n\theta pour tout θ\theta (récurrence Tn+1=2XTnTn1T_{n+1} = 2XT_n - T_{n-1} issue de la formule d’addition du cosinus), que degTn=n\deg T_n = n, et que son coefficient dominant vaut 2n12^{n-1} pour n1n \geq 1.
  2. Montrer Tn1\abs{T_n} \leq 1 sur [1,1]\intcc{-1}{1}, avec Tn(ηk)=(1)kT_n(\eta_k) = (-1)^k aux n+1n + 1 points ηk=coskπn\eta_k = \cos\frac{k\pi}{n} (k=0,,nk = 0, \dots, n), et que les racines de TnT_n sont les nn points cos(2k1)π2n\cos\frac{(2k-1)\pi}{2n}, entrelacées avec les ηk\eta_k.
  3. Calculer T2,T3,T4T_2, T_3, T_4, et vérifier l’alternance de T3T_3 en η0,,η3=1,12,12,1\eta_0, \dots, \eta_3 = 1, \frac12, -\frac12, -1 par évaluation directe.
  4. Pour x1\abs x \geq 1, démontrer

    Tn(x)=(x+x21)n+(xx21)n2,T_n(x) = \frac{\bigl(x + \sqrt{x^2 - 1}\bigr)^n + \bigl(x - \sqrt{x^2 - 1}\bigr)^n}{2},

    et en déduire Tn(x)12(x+x21)nT_n(x) \sim \frac12\bigl(x + \sqrt{x^2 - 1}\bigr)^n \to \infty géométriquement pour x>1x > 1 fixé.

  5. Démontrer la loi de composition TmTn=TmnT_m \circ T_n = T_{mn} (vérifier sur [1,1]\intcc{-1}{1} et invoquer la rigidité des polynômes).

Partie III — Théorème extrémal de Tchebychev. Posons Qn=21nTnQ_n = 2^{1-n}T_n (unitaire, d’après la question 6).

  1. Soit PP unitaire de degré n1n \geq 1 vérifiant sup[1,1]P<21n\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs P < 2^{1-n}. En évaluant D=QnPD = Q_n - P aux points ηk\eta_k et en comptant les changements de signe, aboutir à une contradiction. Conclure :

    sup[1,1]P    21npour tout P unitaire de degreˊ n.\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs P \;\geq\; 2^{1-n} \qquad\text{pour tout } P \text{ unitaire de degré } n.
  2. (Cas d’égalité) Supposons sup[1,1]P=21n\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs P = 2^{1-n} avec PP unitaire de degré nn, et posons D=QnP0D = Q_n - P \neq 0. Montrer (1)kD(ηk)0(-1)^kD(\eta_k) \geq 0 pour tout kk ; montrer que chacun des nn intervalles [ηk,ηk1]\intcc{\eta_{k}}{\eta_{k-1}} contient un zéro de DD, et qu’un zéro partagé par deux intervalles consécutifs est un point intérieur ηk\eta_kD=0D' = 0 également. En conclure que DD possède nn zéros comptés avec multiplicité, donc D=0D = 0 : le minimiseur est exactement QnQ_n — le théorème extrémal de Tchebychev.
  3. Reformuler le théorème comme une distance : sur [1,1]\intcc{-1}{1},

    d(Xn, Rn1[X])=21n,d_\infty\bigl(X^n,\ \R_{n-1}[X]\bigr) = 2^{1-n},

    avec pour unique meilleure approximation XnQnX^n - Q_n ; et montrer par la substitution affine x=1+t2x = \frac{1+t}2 que sur [0,1]\intcc{0}{1} la distance devient 212n2^{1-2n}.

  4. (Nœuds d’interpolation optimaux) Pour nn nœuds x1,,xn[1,1]x_1, \dots, x_n \in \intcc{-1}{1}, le polynôme nodal ω(x)=i(xxi)\omega(x) = \prod_i(x - x_i) est unitaire de degré nn. Déduire de la question 12 quel choix de nœuds minimise sup[1,1]ω\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs\omega, le facteur dépendant des nœuds dans la majoration classique de l’erreur d’interpolation, et donner la valeur minimale.
  5. Vérifier le cas n=2n = 2 du théorème à la main (trouver directement infcsup[1,1]x2c\inf_c \sup_{\intcc{-1}{1}}\abs{x^2 - c}), et calculer numériquement la distance de la question 13 sur [0,1]\intcc{0}{1} pour n=10n = 10. Que dit sa taille sur le graphe de x10x^{10} ?

Partie IV — La boule unité de C([0,1])C(\intcc{0}{1}).

  1. Soit gk(x)=x2kg_k(x) = x^{2^k}. Montrer gk=1\norm{g_k}_\infty = 1 et gkgj14\norm{g_k - g_j}_\infty \geq \frac14 pour j>kj > k (évaluer au point où x2k=12x^{2^k} = \frac12) : une suite bornée explicite sans sous-suite convergente — la boule unité fermée n’est pas compacte, à la main.
  2. (Lemme de Riesz, affiné) Soit FF un sous-espace propre de dimension finie d’un espace normé EE. À l’aide de la question 1, produire un vecteur unitaire xx tel que d(x,F)=1d(x, F) = 1 exactement — et non seulement 1ε\geq 1 - \varepsilon comme dans le lemme du Théorème 5.17.
  3. En déduire : dans tout espace normé de dimension infinie, il existe une suite de vecteurs unitaires de distances mutuelles 1\geq 1, et en redémontrer le théorème de Riesz.
  4. Dans C([0,1])C(\intcc{0}{1}), exhiber une telle constellation explicitement : les fonctions triangles hnh_n à support dans [1n+1,1n]\bigl[\frac1{n+1}, \frac1n\bigr] de valeur maximale 11. Vérifier hn=1\norm{h_n} = 1, hnhm=1\norm{h_n - h_m} = 1 pour nmn \neq m, et remarquer que hn0h_n \to 0 simplement mais pas uniformément.
  5. (La précompacité échoue) Montrer que la boule unité fermée de C([0,1])C(\intcc{0}{1}) ne peut être recouverte par un nombre fini de boules de rayon 13\frac13 (chaque telle boule contient au plus un hnh_n) — à comparer avec l’étape de précompacité dans la preuve du Théorème 4.20.

Partie V — Les normes à l’œuvre sur les matrices, et synthèse.

  1. Démontrer que toute valeur propre λ\lambda de AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\C) vérifie λA\abs\lambda \leq \vertiii A pour toute norme d’opérateur ; appliquer l’Exercice 5.4 pour majorer les valeurs propres de (1231)\left(\begin{smallmatrix}1 & -2\\ 3 & 1\end{smallmatrix}\right) et comparer à leur module véritable.
  2. (Normes adaptées) Soit AA diagonalisable, A=Pdiag(λ1,,λn)P1A = P\,\mathrm{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n)\,P^{-1}. Montrer que NP(x)=P1xN_P(x) = \norm{P^{-1}x}_\infty est une norme dont la norme d’opérateur vérifie ANP=maxiλi\vertiii A_{N_P} = \max_i\abs{\lambda_i}.
  3. En déduire : pour AA diagonalisable, Ak0A^k \to 0 si et seulement si toutes les valeurs propres vérifient λi<1\abs{\lambda_i} < 1 — l’équivalence des normes rend la conclusion indépendante de la norme. Vérifier sur A=14(1221)A = \frac14\left(\begin{smallmatrix}1 & 2\\ 2 & 1\end{smallmatrix}\right).
  4. (Les constantes d’équivalence explosent) Sur Rn[X]\R_n[X], comparer Nc(P)=maxkakN_c(P) = \max_k \abs{a_k} (coefficients) et P[0,1]\norm{P}_{\intcc{0}{1}} : ce sont deux normes, donc équivalentes pour chaque nn fixé ; mais montrer, à l’aide du minimiseur unitaire de la question 13 sur [0,1]\intcc{0}{1}, que la meilleure constante CnC_n dans NcCn[0,1]N_c \leq C_n\norm\cdot_{\intcc{0}{1}} vérifie Cn22n1C_n \geq 2^{2n-1}. Conclure en une phrase pourquoi « toutes les normes sont équivalentes » meurt en dimension infinie.
  5. (Synthèse) Une phrase pour chaque point : où la compacité des boules de dimension finie a fonctionné (questions 1, 12) ; ce que gouverne la stricte convexité ; ce que la constellation des questions 18–19 détruit ; et comment la question 24 quantifie l’échec. Nommer le sommet (le théorème extrémal de Tchebychev) et dire où la meilleure approximation trouve sa maison moderne (le théorème de projection sur les espaces de Hilbert, volume de troisième année, où la complétude remplace la compacité).
Solution

Solution de Problème 5.1.

1. Les candidats à considérer forment K={fF:xfx}K = \{f \in F : \norm{x - f} \leq \norm x\} : non vide (0K0 \in K), fermé (image réciproque d’un intervalle fermé par l’application continue fxff \mapsto \norm{x - f}, intersectée avec le fermé FF, Corollaire 5.14), borné (ffx+x2x\norm f \leq \norm{f - x} + \norm x \leq 2\norm x). Dans FF, de dimension finie, fermé et borné signifie compact (Théorème 5.13) ; la fonction continue fxff \mapsto \norm{x - f} atteint sur KK son infimum, qui égale l’infimum sur FF tout entier (tout fKf \notin K donne xf>xinf\norm{x - f} > \norm x \geq \inf).

2. Identité du parallélogramme dans (Rn,2)(\R^n, \norm\cdot_2) : u+v2+uv2=2u2+2v2\norm{u + v}^2 + \norm{u - v}^2 = 2\norm u^2 + 2\norm v^2 (développer les carrés de sommes de coordonnées). Pour uvu \neq v unitaires :

u+v22=1uv24<1.\Bigl\Vert\frac{u+v}2\Bigr\Vert^2 = 1 - \frac{\norm{u - v}^2}{4} < 1 .

Non strictement convexe : pour \norm\cdot_\infty, prendre u=(1,1,0,)u = (1, 1, 0, \dots), v=(1,1,0,)v = (1, -1, 0, \dots) : vecteurs unitaires de milieu (1,0,)(1, 0, \dots) de norme 11 ; pour 1\norm\cdot_1, prendre u=(1,0,)u = (1, 0, \dots), v=(0,1,0,)v = (0, 1, 0, \dots) : milieu (12,12,0,)(\frac12, \frac12, 0, \dots) de norme 11.

3. Posons d=d(x,F)d = d(x, F). Si d=0d = 0 : xF=Fx \in \overline F = F et l’unique minimiseur est xx. Si d>0d > 0 et que f1f2f_1 \neq f_2 minimisent tous deux : u=xf1du = \frac{x - f_1}{d} et v=xf2dv = \frac{x - f_2}{d} sont des vecteurs unitaires distincts, donc

xf1+f22=du+v2<d,\Bigl\Vert x - \frac{f_1 + f_2}2\Bigr\Vert = d\,\Bigl\Vert\frac{u + v}2\Bigr\Vert < d ,

avec f1+f22F\frac{f_1 + f_2}2 \in F : contredit la définition de dd. Minimiseur unique.

4. (0,1)t(1,0)=max(t,1)1\norm{(0,1) - t(1,0)}_\infty = \max(\abs t, 1) \geq 1, avec égalité si et seulement si t1\abs t \leq 1 : les minimiseurs forment le segment {t(1,0):t[1,1]}\{t(1, 0) : t \in \intcc{-1}{1}\}, tous à distance 11 — l’unicité échoue précisément parce que la boule carrée a des côtés plats (question 2).

5. Posons M=maxfM = \max f, m=minfm = \min f (atteints : compacité). Pour toute constante cc : supfcmax(Mc,cm)Mm2\sup\abs{f - c} \geq \max(M - c,\, c - m) \geq \frac{M - m}2, la dernière inégalité car les deux quantités ont pour moyenne Mm2\frac{M-m}2 ; l’égalité dans les deux force Mc=cmM - c = c - m, c’est-à-dire c=c=M+m2c = c^* = \frac{M + m}2. Réciproquement supfc=max(Mc,cm)=Mm2\sup\abs{f - c^*} = \max(M - c^*, c^* - m) = \frac{M - m}2. Meilleure constante unique. Pour f(x)=x2f(x) = x^2 sur [0,1]\intcc01 : c=12c^* = \frac12, distance 12\frac12.

6. De cos(n+1)θ+cos(n1)θ=2cosθcosnθ\cos(n{+}1)\theta + \cos(n{-}1)\theta = 2\cos\theta\cos n\theta : les polynômes définis par T0=1T_0 = 1, T1=XT_1 = X, Tn+1=2XTnTn1T_{n+1} = 2XT_n - T_{n-1} vérifient Tn(cosθ)=cosnθT_n(\cos\theta) = \cos n\theta par récurrence. Unicité : deux polynômes coïncidant sur [1,1]\intcc{-1}{1} (une infinité de points) sont égaux. De nouveau par récurrence : degTn=n\deg T_n = n de coefficient dominant 2n12^{n-1} pour n1n \geq 1 (T1T_1 : coefficient 1=201 = 2^0 ; la récurrence le double).

7. Tout x[1,1]x \in \intcc{-1}{1} s’écrit cosθ\cos\theta, et cosnθ1\abs{\cos n\theta} \leq 1. En ηk=coskπn\eta_k = \cos\frac{k\pi}n : Tn(ηk)=coskπ=(1)kT_n(\eta_k) = \cos k\pi = (-1)^k, et 1=η0>η1>>ηn=11 = \eta_0 > \eta_1 > \dots > \eta_n = -1. Racines : cosnθ=0\cos n\theta = 0 si et seulement si θ=(2k1)π2n\theta = \frac{(2k-1)\pi}{2n} : les nn points distincts cos(2k1)π2n\cos\frac{(2k-1)\pi}{2n}, et comme (k1)πn<(2k1)π2n<kπn\frac{(k-1)\pi}n < \frac{(2k-1)\pi}{2n} < \frac{k\pi}n, chaque racine est strictement comprise entre deux extrema consécutifs.

8. T2=2X21T_2 = 2X^2 - 1, T3=4X33XT_3 = 4X^3 - 3X, T4=8X48X2+1T_4 = 8X^4 - 8X^2 + 1. Pour T3T_3 : T3(1)=1T_3(1) = 1, T3(12)=1232=1T_3(\tfrac12) = \tfrac12 - \tfrac32 = -1, T3(12)=1T_3(-\tfrac12) = 1, T3(1)=1T_3(-1) = -1 : alternance parfaite.

9. Posons u±=x±x21u_\pm = x \pm \sqrt{x^2 - 1} pour x1x \geq 1 : les racines de z22xz+1z^2 - 2xz + 1, avec u+u=1u_+u_- = 1. La suite sn=u+n+un2s_n = \frac{u_+^n + u_-^n}2 vérifie sn+1=2xsnsn1s_{n+1} = 2x\,s_n - s_{n-1} (récurrence de type Newton issue de l’équation du second degré), s0=1s_0 = 1, s1=xs_1 = x : la même récurrence et les mêmes valeurs initiales que nTn(x)n \mapsto T_n(x), donc sn=Tn(x)s_n = T_n(x) pour tout nn. Comme 0<u1u+0 < u_- \leq 1 \leq u_+ avec u+>1u_+ > 1 pour x>1x > 1 : Tn(x)u+n2T_n(x) \geq \frac{u_+^n}2 \to \infty et Tn(x)12(x+x21)nT_n(x) \sim \frac12\bigl(x + \sqrt{x^2-1}\bigr)^n. (Pour x1x \leq -1, utiliser la parité Tn(x)=(1)nTn(x)T_n(-x) = (-1)^nT_n(x), claire d’après la récurrence.)

10. Pour tout θ\theta : Tm(Tn(cosθ))=Tm(cosnθ)=cosmnθ=Tmn(cosθ)T_m\bigl(T_n(\cos\theta)\bigr) = T_m(\cos n\theta) = \cos mn\theta = T_{mn}(\cos\theta). Les polynômes TmTnT_m \circ T_n et TmnT_{mn} coïncident sur [1,1]\intcc{-1}{1}, donc sont égaux.

11. D=QnPD = Q_n - P est de degré n1\leq n - 1 (les termes dominants unitaires s’annulent). Aux extrema : (1)kD(ηk)=21n(1)kP(ηk)21nP(ηk)>0(-1)^kD(\eta_k) = 2^{1-n} - (-1)^kP(\eta_k) \geq 2^{1-n} - \abs{P(\eta_k)} > 0 par hypothèse. Ainsi DD prend des valeurs non nulles de signes alternés aux n+1n + 1 points décroissants η0>>ηn\eta_0 > \dots > \eta_n : par le théorème des valeurs intermédiaires, il possède au moins nn racines distinctes, une dans chaque intervalle ouvert (ηk,ηk1)\intoo{\eta_{k}}{\eta_{k-1}}. Un polynôme non nul de degré n1\leq n - 1 ne peut avoir nn racines ; et D=0D = 0 contredit les signes stricts. Contradiction : supP21n\sup\abs P \geq 2^{1-n} pour tout PP unitaire de degré nn.

12. Maintenant (1)kD(ηk)=21n(1)kP(ηk)0(-1)^kD(\eta_k) = 2^{1-n} - (-1)^kP(\eta_k) \geq 0 puisque P21n\abs{P} \leq 2^{1-n}. Sur chaque [ηk,ηk1]\intcc{\eta_k}{\eta_{k-1}} (k=1,,nk = 1, \dots, n), les valeurs de DD aux extrémités ont des signes larges opposés : le théorème des valeurs intermédiaires fournit un zéro zkz_k dans l’intervalle fermé. Si les zkz_k peuvent être choisis deux à deux distincts, D0D \neq 0 de degré n1\leq n-1 a nn racines : contradiction. Deux intervalles consécutifs ne peuvent partager que le zéro zk=zk+1=ηkz_k = z_{k+1} = \eta_k avec 0<k<n0 < k < n (intérieur). Là, D(ηk)=0D(\eta_k) = 0 signifie P(ηk)=(1)k21nP(\eta_k) = (-1)^k2^{1-n}, une valeur extrémale de PP sur [1,1]\intcc{-1}{1} atteinte en un point intérieur : P(ηk)=0P'(\eta_k) = 0 ; et ηk\eta_k est aussi un extremum intérieur de TnT_n : Qn(ηk)=0Q_n'(\eta_k) = 0. Donc D(ηk)=0D'(\eta_k) = 0 : ηk\eta_k est une racine de multiplicité 2\geq 2, compensant l’intervalle partagé. Dans tous les cas DD possède au moins nn racines comptées avec multiplicité, de degré n1\leq n - 1, donc D=0D = 0 : P=QnP = Q_n. Le théorème extrémal de Tchebychev est démontré : l’unique minimiseur unitaire est 21nTn2^{1-n}T_n, de norme sup 21n2^{1-n}.

13. Les polynômes unitaires de degré nn sont exactement les XnRX^n - R avec RRn1[X]R \in \R_{n-1}[X], donc

d(Xn,Rn1[X])=minP unitaire sup[1,1]P=21n,d_\infty\bigl(X^n, \R_{n-1}[X]\bigr) = \min_{P \text{ unitaire}}\ \sup_{\intcc{-1}{1}}\abs P = 2^{1-n},

uniquement en R=XnQnR^* = X^n - Q_n. Substitution x=1+t2x = \frac{1+t}2 : si PP est unitaire de degré nn sur [0,1]\intcc01, alors t2nP(1+t2)t \mapsto 2^nP\bigl(\frac{1+t}2\bigr) est unitaire sur [1,1]\intcc{-1}{1} de sup égal à 2nsup[0,1]P2^n\sup_{\intcc01}\abs P : d’où sup[0,1]P2n21n=212n\sup_{\intcc01}\abs P \geq 2^{-n}\cdot2^{1-n} = 2^{1-2n}, avec égalité exactement pour P(x)=2nQn(2x1)P^*(x) = 2^{-n}Q_n(2x - 1) : sur [0,1]\intcc{0}{1} la distance vaut 212n2^{1-2n}.

14. ω\omega est unitaire de degré nn, donc sup[1,1]ω21n\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs\omega \geq 2^{1-n} avec égalité si et seulement si ω=Qn=21nTn\omega = Q_n = 2^{1-n}T_n, c’est-à-dire si et seulement si les nœuds sont les nn racines de TnT_n : xk=cos(2k1)π2nx_k = \cos\frac{(2k-1)\pi}{2n} — les nœuds de Tchebychev. Valeur minimale : 21n2^{1-n}. Des nœuds équidistants sont strictement moins bons ; le facteur d’erreur d’interpolation est minimisé en concentrant les nœuds près des extrémités.

15. n=2n = 2 à la main : x2x^2 parcourt [0,1]\intcc01, donc sup[1,1]x2c=max(c,1c)12\sup_{\intcc{-1}{1}}\abs{x^2 - c} = \max(\abs c, \abs{1 - c}) \geq \frac12, minimisé en c=12c = \frac12 : le trinôme unitaire minimal x212=12(2x21)=Q2x^2 - \frac12 = \frac12(2x^2 - 1) = Q_2, valeur 12=212\frac12 = 2^{1-2}. Pour n=10n = 10 sur [0,1]\intcc{0}{1} : 2120=2191.91062^{1-20} = 2^{-19} \approx 1.9\cdot10^{-6}. Un certain polynôme de degré 99 reste à deux millionièmes près de x10x^{10} sur tout [0,1]\intcc01 : à cette échelle les deux graphes sont indiscernables — la platitude de x10x^{10} près de 00 laisse les degrés inférieurs faire tout le travail.

16. gk=gk(1)=1\norm{g_k}_\infty = g_k(1) = 1. Pour j>kj > k, posons a=2ka = 2^k, b=2j2ab = 2^j \geq 2a, et évaluons en x0=21/ax_0 = 2^{-1/a} (de sorte que x0a=12x_0^a = \frac12) :

gk(x0)gj(x0)=12(12)b/a1214=14.g_k(x_0) - g_j(x_0) = \frac12 - \Bigl(\frac12\Bigr)^{b/a} \geq \frac12 - \frac14 = \frac14 .

Ainsi gkgj14\norm{g_k - g_j}_\infty \geq \frac14 pour tous jkj \neq k : aucune sous-suite n’est de Cauchy, aucune ne converge. La boule unité fermée de (C([0,1]),)\bigl(C(\intcc01), \norm\cdot_\infty\bigr) n’est pas compacte.

17. FF est fermé (Corollaire 5.14) et propre : choisir yFy \notin F, donc δ=d(y,F)>0\delta = d(y, F) > 0. D’après la question 1, la distance est atteinte en un certain fFf^* \in F. Posons x=yfδx = \frac{y - f^*}{\delta}, un vecteur unitaire (yf=δ\norm{y - f^*} = \delta). Pour tout gFg \in F :

xg=y(f+δg)δδδ=1,\norm{x - g} = \frac{\norm{y - (f^* + \delta g)}}{\delta} \geq \frac{\delta}{\delta} = 1 ,

car f+δgFf^* + \delta g \in F. Donc d(x,F)1d(x, F) \geq 1 ; et d(x,F)x0=1d(x, F) \leq \norm{x - 0} = 1 : exactement 11.

18. Dans un EE de dimension infinie, construire des vecteurs unitaires par récurrence : x1x_1 arbitraire ; étant donnés x1,,xkx_1, \dots, x_k, le sous-espace Fk=Vect(x1,,xk)F_k = \operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_k) est de dimension finie, donc propre, et la question 17 donne un vecteur unitaire xk+1x_{k+1} avec d(xk+1,Fk)=1d(x_{k+1}, F_k) = 1 : en particulier xk+1xi1\norm{x_{k+1} - x_i} \geq 1 pour iki \leq k. La suite a des distances mutuelles 1\geq 1 : la boule unité contient une suite sans sous-suite convergente, donc n’est pas compacte — le théorème de Riesz, avec la constante optimale 11.

19. Soit hnh_n affine sur chaque moitié de [1n+1,1n]\bigl[\frac1{n+1}, \frac1n\bigr], de 00 jusqu’à 11 au milieu puis de retour à 00, et nulle ailleurs : continue, hn=1\norm{h_n}_\infty = 1. Pour nmn \neq m, les supports se rencontrent au plus en une extrémité commune, où toutes deux s’annulent ; au sommet de hnh_n, hm=0h_m = 0 : hnhm=1\norm{h_n - h_m}_\infty = 1 exactement. Pour x>0x > 0 fixé : hn(x)=0h_n(x) = 0 dès que 1n<x\frac1n < x, et hn(0)=0h_n(0) = 0 toujours : hn0h_n \to 0 simplement ; mais hn0=1\norm{h_n - 0}_\infty = 1 : pas uniformément. Une constellation explicite à distance mutuelle 11 dans la boule unité.

20. Une boule de rayon 13\frac13 a un diamètre 23<1\leq \frac23 < 1, donc contient au plus un des hnh_n (deux sont à distance 11). Un nombre fini de telles boules contient un nombre fini des hnh_n, qui sont en nombre infini : elles ne peuvent recouvrir la boule unité. La précompacité — dont jouissent les espaces métriques compacts, d’après la preuve du Théorème 4.20 — échoue aussi complètement que possible.

21. Si Ax=λxAx = \lambda x avec x0x \neq 0 : λx=AxAx\abs\lambda\,\norm x = \norm{Ax} \leq \vertiii A\,\norm x, donc λA\abs\lambda \leq \vertiii A. Pour (1231)\left(\begin{smallmatrix}1 & -2\\ 3 & 1\end{smallmatrix}\right) : A=max(1+2, 3+1)=4\vertiii A_\infty = \max(1 + 2,\ 3 + 1) = 4 (Exercice 5.4), donc toute valeur propre a un module 4\leq 4 ; en fait χA=X22X+7\chi_A = X^2 - 2X + 7 donne λ=1±i6\lambda = 1 \pm \iu\sqrt6 de module 72.65\sqrt7 \approx 2.65 : la borne est valide, non optimale.

22. NPN_P est une norme : NP(x)=0N_P(x) = 0 force P1x=0P^{-1}x = 0, donc x=0x = 0 ; l’homogénéité et l’inégalité triangulaire sont héritées de \norm\cdot_\infty à travers l’application linéaire P1P^{-1}. Norme d’opérateur : avec y=P1xy = P^{-1}x et D=diag(λi)D = \mathrm{diag}(\lambda_i),

NP(Ax)=P1APy=Dy,N_P(Ax) = \norm{P^{-1}AP\,y}_\infty = \norm{Dy}_\infty,

donc ANP\vertiii A_{N_P} est la norme d’opérateur en \norm\cdot_\infty de DD, qui est sa plus grande somme de ligne en valeur absolue (Exercice 5.4) : maxiλi\max_i\abs{\lambda_i}.

23. Si tous les λi<1\abs{\lambda_i} < 1 : NP(Akx)ρkNP(x)N_P(A^kx) \leq \rho^kN_P(x) avec ρ=maxλi<1\rho = \max\abs{\lambda_i} < 1, donc Akx0A^kx \to 0 pour tout xx, et Ak0A^k \to 0 dans toute norme sur Mn\mathcal{M}_n (toutes équivalentes en dimension finie, Théorème 5.13 ; la convergence de AkejA^ke_j pour chaque jj est la convergence coefficient par coefficient). Si un λ1\abs{\lambda} \geq 1 de vecteur propre xx : Akx=λkx↛0\norm{A^kx} = \abs\lambda^k\norm x \not\to 0. Pour A=14(1221)A = \frac14\left(\begin{smallmatrix}1 & 2\\ 2 & 1\end{smallmatrix}\right) : valeurs propres 14(1±2)=34,14\frac14(1 \pm 2) = \frac34, -\frac14, toutes deux de module <1< 1 : Ak0A^k \to 0.

24. Ce sont deux normes sur Rn[X]\R_n[X], de dimension finie, donc équivalentes pour chaque nn. Prenons le minimiseur unitaire PnP^*_n de la question 13 sur [0,1]\intcc01 : son coefficient de XnX^n vaut 11, donc Nc(Pn)1N_c(P^*_n) \geq 1, tandis que Pn[0,1]=212n\norm{P^*_n}_{\intcc01} = 2^{1-2n}. D’où

CnNc(Pn)Pn[0,1]22n1.C_n \geq \frac{N_c(P^*_n)}{\norm{P^*_n}_{\intcc01}} \geq 2^{2n-1} .

Les constantes d’équivalence explosent avec la dimension : sur la réunion R[X]\R[X], aucune constante unique ne convient, ce qui est exactement la non-équivalence observée dans l’Exercice 5.12 — « toutes les normes sont équivalentes » est un théorème sur une dimension à la fois, et la dimension infinie est là où il meurt.

25. La compacité des parties fermées bornées en dimension finie a produit l’existence des meilleures approximations (question 1) et a alimenté le comptage des zéros aux n+1n + 1 points extrémaux (questions 11–12, via des sups atteints). La stricte convexité gouverne l’unicité de la meilleure approximation — les boules rondes donnent un minimiseur, les boules à côtés plats en donnent des segments (questions 2–4). La constellation de vecteurs unitaires à distance mutuelle 11 (questions 17–19) détruit la compacité de la boule unité et, avec elle, la précompacité (question 20). La question 24 quantifie l’effondrement : les constantes reliant deux normes sur Rn[X]\R_n[X] croissent comme 4n4^n, si bien qu’aucune comparaison uniforme ne survit au passage à R[X]\R[X]. Le sommet est le théorème extrémal de Tchebychev (questions 11–12) : l’unique minimiseur unitaire 21nTn2^{1-n}T_n. La meilleure approximation trouve sa maison moderne dans les espaces de Hilbert, où le théorème de projection remplace la compacité par la complétude plus l’identité du parallélogramme — démontré honnêtement dans le volume de troisième année.