Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2
15Calcul différentiel
Le calcul à deux variables du volume de Licence 1 mûrit en le calcul différentiel des applications entre espaces normés : la différentielle comme meilleure approximation linéaire, la règle de la chaîne en toute généralité, le théorème de symétrie de Schwarz démontré, les formules de Taylor, et l’analyse complète du second ordre des extrema. Le théorème d’inversion locale, couronnement de la théorie, est énoncé avec sa stratégie de démonstration — un point fixe de Banach — rendue explicite.
Dans tout ce chapitre, U est un ouvert de Rn (ou d’un espace normé ; le cas de dimension finie porte toutes les idées), f:U→Rm.
15.1 La différentielle
Définition 15.1
f est différentiable en a lorsqu’il existe une application linéaire (continue) dfa:Rn→Rm telle que
f(a+h)=f(a)+dfa(h)+o(∥h∥)(h→0).
L’application dfa, la différentielle de f en a, est unique ; sa matrice dans les bases canoniques est la matrice jacobienneJf(a)=(∂xj∂fi(a)). La différentiabilité entraîne la continuité et l’existence de toutes les dérivées directionnelles dfa(v)=limt→0tf(a+tv)−f(a) ; la réciproque est fausse (Exercice 15.2). Pour m=1, dfa(h)=⟨∇f(a),h⟩ : le gradient de Licence 1, désormais compris comme le vecteur représentant la différentielle.
Théorème 15.2(Critère C1)
Si toutes les dérivées partielles de f existent sur U et sont continues en a, alors f est différentiable en a. « C1 sur U » — dérivées partielles continues — entraîne donc la différentiabilité partout, avec différentiellecontinue.
Démonstration. Composante par composante (m=1 suffit). La démonstration de Licence 1 pour deux variables — déplacer une coordonnée à la fois, appliquer le théorème des accroissements finis à une variable sur chaque segment, et utiliser la continuité des dérivées partielles en a — se généralise mot pour mot à n segments :
où h(j) fige les j premières coordonnées de h et ξj appartient au j-ème segment ; la continuité transforme chaque ∂xj∂f(ξj) en ∂xj∂f(a)+o(1), et l’erreur est un o(∥h∥). ∎
et les deux termes d’erreur sont des o(∥h∥) : le premier car dgb est continue et ε1→0 ; le second car ∥k∥≤C∥h∥ (application linéaire bornée plus terme petit) et ε2(k)→0 quand h→0. ∎
Exemple 15.4(Fonctions radiales, une fois pour toutes)
Soit r(x)=∥x∥2 sur Rn∖{0} et f=g∘r avec g une fonction C1 d’une variable. D’abord, r est différentiable en dehors de 0 : de r2=∑xi2,
∂xi∂r=rxi,c.-aˋ-d.∇r(x)=∥x∥x,
le vecteur radial unitaire (dériver r2 et diviser — ou appliquer la règle de la chaîne à ⋅). Alors la règle de la chaîne donne, pour toute fonction radiale,
∇f(x)=g′(∥x∥)∥x∥x.
Cas travaillé : g(r)=r1 donne ∇∥x∥1=−∥x∥3x, le champ en carré inverse de la gravitation et de l’électrostatique — de direction radiale, de norme∥x∥21. Idée à retenir : les gradients des fonctions radiales sont radiaux parce que les ensembles de niveau sont des sphères et que le gradient est orthogonal aux ensembles de niveau ; en x=0, en revanche, r n’est pasdifférentiable (aucune application linéaire candidate ne correspond à ∥h∥ dans toutes les directions) — les profils radiaux lisses ont besoin de g′(0)=0 pour franchir l’origine avec grâce.
Théorème 15.5(Inégalité des accroissements finis)
Soit fdifférentiable sur U et supposons que le segment [a,b]={a+t(b−a)} est inclus dans U. Alors
Démonstration. La fonction φ(t)=f(a+t(b−a)) est différentiable sur [0,1] avec φ′(t)=dfa+t(b−a)(b−a) (règle de la chaîne), de norme≤M∥b−a∥ où M est le sup affiché. Pour f à valeurs dans R, l’inégalité des accroissements finis à une variable conclut ; pour des valeurs vectorielles, l’appliquer à t↦⟨u,φ(t)⟩ avec u le vecteur unitaire dirigé selon f(b)−f(a). Constance : localement constante (segments dans les boules) plus connexité (l’ensemble où f vaut une valeur donnée est à la fois ouvert et fermé : Chapitre 4). ∎
Exemple 15.6(Une constante de Lipschitz issue de l’inégalité des accroissements finis)
La fonction f(x,y)=sinxsiny est-elle lipschitzienne sur R2, et avec quelle constante ? Son gradient est ∇f=(cosxsiny,sinxcosy), de norme au carré
cos2xsin2y+sin2xcos2y≤sin2y+cos2y⋅1=1
(majorer cos2x et sin2x par 1 séparément), donc df(x,y)=∥∇f∥≤1 partout, et le Théorème 15.5 appliqué au segment entre deux points quelconques donne
∣f(b)−f(a)∣≤∥b−a∥2:
f est 1-lipschitzienne, et la constante est optimale (près de l’origine, f(x,2π)=sinx a une pente 1). Idée à retenir : l’inégalité des accroissements finis convertit une majoration ponctuelle de la différentielle en un module de continuité global — la voie standard vers les estimations de Lipschitz en toute dimension, et le moteur de l’Exercice 15.12.
15.2 Dérivées secondes
Théorème 15.7(Schwarz)
Si f est C2 sur U (toutes les dérivées partielles secondes existent et sont continues), alors pour tous i,j :
∂xi∂xj∂2f=∂xj∂xi∂2f.
Démonstration. Deux variables suffisent (x=xi, y=xj, les autres figées). Considérons la différence seconde
Δ(h)=f(a+h,b+h)−f(a+h,b)−f(a,b+h)+f(a,b).
Fixons h et posons φ(x)=f(x,b+h)−f(x,b) : alors Δ(h)=φ(a+h)−φ(a), et deux applications du théorème des accroissements finis donnent
avec ξ∈(a,a+h), η∈(b,b+h). Par continuité, h2Δ(h)→∂y∂x∂2f(a,b) quand h→0. Le même calcul en échangeant les rôles des variables (figer d’abord la seconde variable) donne h2Δ(h)→∂x∂y∂2f(a,b) : les deux limites de la même quantité coïncident. ∎
Exemple 15.8(Pourquoi C2 est nécessaire : le contre-exemple de Peano)
Soit f(x,y)=x2+y2xy(x2−y2), f(0,0)=0. En dehors de l’origine f est C∞ ; à l’origine toutes les dérivées partielles premières et secondes existent, mais les dérivées croisées diffèrent. Calculons le long des axes : f(x,0)=f(0,y)=0, et pour y=0,
les deux dérivées croisées existent et diffèrent. Aucune contradiction avec le Théorème 15.7 : les dérivées partielles secondes de f ne sont pas continues en 0 (tester le long de y=tx). Idée à retenir : le théorème de Schwarz est un vrai théorème de continuité, non une identité formelle — et l’hypothèse « C2 » dans le Taylor–Young ci-dessous fait un travail réel.
Théorème 15.9(Taylor–Young à l’ordre 2)
Soit f:U→R de classe C2 et a∈U. Alors, quand h→0,
f(a+h)=f(a)+⟨∇f(a),h⟩+21⟨Hah,h⟩+o(∥h∥2),
où Ha=(∂xi∂xj∂2f(a)) est la matrice hessienne (symétrique, d’après Schwarz).
Démonstration. Appliquons le théorème de Taylor–Young à une variable (volume de Licence 1) à φ(t)=f(a+th) sur [0,1] : par la règle de la chaîne, φ′(t)=⟨∇f(a+th),h⟩ et φ′′(t)=⟨Ha+thh,h⟩, toutes deux continues en t. Alors φ(1)=φ(0)+φ′(0)+21φ′′(θ) (Taylor–Lagrange) avec θ∈(0,1), et la continuité des dérivées partielles secondes transforme φ′′(θ)=φ′′(0)+o(1)⋅∥h∥2 de manière uniforme : le développement affiché. ∎
Exemple 15.10(Un développement de deux façons)
Développons f(x,y)=excosy à l’origine à l’ordre2. Par composition de développements à une variable :
Par dérivées partielles :fx=excosy, fy=−exsiny, donc ∇f(0)=(1,0) ; et fxx=f, fyy=−f, fxy=−exsiny donnent H0=diag(1,−1) : le Théorème 15.9 reproduit 1+x+21(x2−y2). Les deux calculs concordent, et la voie par composition était plus rapide — aucune dérivée partielle seconde. Idée à retenir : l’origine n’est pas un point critique (∇f=0), donc malgré la hessienne indéfinie il n’y a pas de point col à déclarer : le terme linéaire domine, et le test du second ordre ne parle jamais qu’aux points critiques.
Théorème 15.11(Test d’extremum du second ordre, démontré)
Soit f de classe C2 au voisinage d’un point critique a (∇f(a)=0), de hessienne H=Ha.
Si H est définie positive, a est un minimum local strict (définie négative : maximum).
Si H a des valeurs propres des deux signes, a est un point col : pas d’extremum.
Si H est singulière (et semi-définie), aucune conclusion.
Le test « rt−s2 » de Licence 1 est le cas n=2 : detH=rt−s2, le signe de tr se lit sur r.
(2) Le long d’un vecteur propre v+ avec λ+>0 : f(a+tv+)−f(a)=2λ+t2+o(t2)>0 pour t petit ; le long de v− avec λ−<0 la différence est négative : les deux signes apparaissent dans tout voisinage.
(3) f(x,y)=x2+y4, x2−y4, x2+y3 partagent la même hessienne singulière semi-définie en 0 avec trois comportements différents. ∎
Exemple 15.12(Une classification complète, le global compris)
Classifions tous les extrema de f(x,y)=x4+y4−4xy sur R2. Points critiques :∇f=(4x3−4y,4y3−4x)=0 donne y=x3 et x=y3=x9, donc x(x8−1)=0 : les solutions réelles sont (0,0), (1,1), (−1,−1). Hessiennes :H=(12x2−4−412y2). En (±1,±1) : (12−4−412), valeurs propres8 et 16 : définie positive, minima locaux stricts avec f=−2. En (0,0) : (0−4−40), valeurs propres±4 : un point col. Globalité : de 2∣xy∣≤x2+y2,
f est coercive, donc elle atteint un minimum global (compacité des ensembles de sous-niveau), nécessairement en un point critique : la valeur −2, atteinte en (1,1) et (−1,−1), est le minimum global ; il n’y a pas de maximum (f non majorée). Idée à retenir : le test local classifie les candidats, mais seul un argument de croissance transforme le « local » en « global » — le schéma en deux temps de toute démonstration d’optimisation de ce livre.
Méthode 15.13(Classifier les extrema de f:Rn→R)
Résoudre ∇f=0 (tous les points critiques ; sur un domaine à bord, traiter le bord séparément comme dans l’Exercice 15.7).
En chaque point critique, calculer la hessienne et les signes de ses valeurs propres — en dimension 2, juste detH et trH : det<0 point col ; det>0 extremum, du type donné par le signe de la trace ; det=0 : le test est muet, étudier f le long de courbes.
Pour des énoncés globaux, ajouter un argument de compacité ou de coercivité (f→+∞ à l’infini, ou un ensemble de contraintes compact), puis comparer les valeurs critiques.
15.3 Le théorème d’inversion locale
Théorème 15.14(Théorème d’inversion locale)
Soit f:U→Rn de classe C1 et a∈U avec dfainversible. Alors il existe des voisinages ouvertsV∋a, W∋f(a) tels que f:V→W est une bijection de réciproque C1, et
d(f−1)f(x)=(dfx)−1(x∈V).
Démonstration.Admis à ce niveau.∎
Remarque 15.15(Pourquoi c’est vrai : la stratégie du point fixe)
Résoudre f(x)=y près de a se réécrit comme l’équation de point fixe x=x+dfa−1(y−f(x))=:Φy(x) ; l’application Φy a pour différentielleid−dfa−1dfx, petite près de a par continuité de df, donc Φy est contractante sur une petite boule fermée et le théorème du point fixe de Banach (Théorème 4.12) fournit l’unique solution locale x=f−1(y). La continuité et la différentiabilité de la réciproque découlent ensuite des estimations de la contraction. Le décompte complet est mené en Licence 3 ; la stratégie — et l’énoncé — sont utilisés librement désormais. Le théorème des fonctions implicites associé (résoudre F(x,y)=0 en y(x) lorsque ∂y∂F est inversible) s’en déduit en appliquant le théorème à (x,y)↦(x,F(x,y)).
Exemple 15.16(Coordonnées polaires)
Φ(r,θ)=(rcosθ,rsinθ) a pour jacobienne
JΦ=(cosθsinθ−rsinθrcosθ),detJΦ=r:
inversible pour r=0, donc Φ est un difféomorphisme local C1 en dehors de l’origine — le permis de « passer en coordonnées polaires », renouvelé pour les intégrales multiples du Chapitre 20.
Exemple 15.17(Local partout, global nulle part)
Soit f(x,y)=(excosy,exsiny) sur R2. Sa jacobienne,
Jf=(excosyexsiny−exsinyexcosy),detJf=e2x>0,
ne s’annule jamais : d’après le Théorème 15.14, f est un difféomorphisme local C1 en tout point du plan. Pourtant f est loin d’être injective : f(x,y+2π)=f(x,y), donc toute valeur est prise une infinité de fois ; et elle n’est pas non plus surjective, puisque ∥f(x,y)∥=ex>0 manque l’origine. Idée à retenir : le théorème d’inversion locale est irréductiblement local — l’inversibilité de chaque dfa fournit un patchwork de réciproques locales qui n’ont pas à s’assembler en une seule. (Les lecteurs qui connaissent les nombres complexes reconnaîtront z↦ez ; le patchwork est la famille des branches du logarithme.) Comparer avec l’Exercice 15.12, où une hypothèse globale quantitative force bel et bien une réciproque globale unique.
Remarque 15.18(Pièges classiques)
(i) Les dérivées directionnelles sont bon marché, pas les différentielles : toutes les dérivées directionnelles peuvent exister — et même ne pas dépendre linéairement de la direction — sans différentiabilité (Exercice 15.2) ; seul le critère C1 (Théorème 15.2) promeut les dérivées partielles en une différentielle. (ii) Critique ne signifie pas extrémal : les points cols (Exemple 15.12) et le cas singulier muet (Théorème 15.11 (3)) se cachent tous deux derrière ∇f=0. (iii) Pas d’égalité des accroissements finis à valeurs vectorielles : seule l’inégalité du Théorème 15.5 subsiste (Exercice 15.9) ; ne jamais écrire f(b)−f(a)=dfc(b−a) pour f à valeurs dans Rm, m≥2. (iv) L’inversibilité locale n’est pas l’injectivité :Exemple 15.17. (v) Le gradient appartient au produit scalaire :∇f est le vecteur représentant dfa dans un produit scalaire choisi ; changer le produit (comme dans l’exemple pondéré du chapitre sur les formes quadratiques) et le gradient tourne, tandis que la différentielle — l’objet intrinsèque — ne bouge pas.
Remarque 15.19(Où cela sert)
Tout ce qui suit ce chapitre est du calcul différentiel appliqué : le chapitre sur les équations différentielles linéarise les flots et utilise la formule du déterminant de Liouville (démontrée dans le problème du week-end de ce chapitre) ; les chapitres sur les courbes et les surfaces étudient les ensembles de niveau et les paramétrages via le théorème des fonctions implicites ; les intégrales multiples changent de variables via les jacobiennes. Le problème du week-end développe le calcul sur l’espace des matrices lui-même — différentielle du déterminant, de l’inverse, l’exponentielle de matrice, et le groupe orthogonal comme ensemble de niveau lisse — l’ombre en Licence 2 de ce que le volume de Licence 3 formalise sous le nom de variétés et de groupes de Lie.
Jf=(2x2y−2y2x), detJf=4(x2+y2) : inversible en dehors de l’origine. (Ce f est z↦z2 déguisé en complexe.)
JΦ=cosθsinθ0−rsinθrcosθ0001, det=r : inversible pour r=0 (coordonnées cylindriques).
Exercice 15.2★
Soit f(x,y)=x2+y2x3 (f(0,0)=0). Démontrer que toutes les dérivées directionnelles de f en 0 existent, mais que f n’est pas différentiable en 0(l’application v↦ dérivée directionnelle n’est pas linéaire).
Solution
Solution de Exercice 15.2.
Pour v=(a,b)=0 : tf(tv)−0=t⋅t2(a2+b2)t3a3=a2+b2a3 : toute dérivée directionnelle existe, de valeur Dv=a2+b2a3. Mais v↦Dv n’est pas linéaire (D(1,0)=1, D(0,1)=0, D(1,1)=21=1) : aucune application linéaire ne peut produire ces valeurs, donc f n’est pas différentiable en 0 (la différentielle devrait être v↦Dv).
Exercice 15.3★
Trouver et classifier les points critiques de f(x,y)=x3+y3−3xy à l’aide du Théorème 15.11, et de g(x,y)=x4+y4−2(x−y)2.
Solution
Solution de Exercice 15.3.
f=x3+y3−3xy : points critiques (0,0) et (1,1) (calcul de Licence 1). Hessiennes : H=(6x−3−36y). En (0,0) : signes propres mixtes (det=−9<0) : point col. En (1,1) : det=27>0, trace >0 : définie positive, minimum local strict — désormais justifié par le Théorème 15.11 plutôt que décrété.
g=x4+y4−2(x−y)2 : ∇g=(4x3−4(x−y),4y3+4(x−y)) ; points critiques (0,0), (2,−2), (−2,2) (Licence 1). En (±2,∓2) : H=(12⋅2−44420)=(204420) : définie positive (à diagonale dominante ; valeurs propres24,16) : minima locaux stricts. En (0,0) : H=(−444−4), singulière semi-définie négative : le test est muet ; l’étude directionnelle (g(x,x)=2x4>0, g(x,−x)=2x4−8x2<0 pour x petit) montre un point de type col — pas d’extremum.
Exercice 15.4★★
Soit f:Rn→R de classe C1 et homogène de degré p : f(tx)=tpf(x) pour t>0. Démontrer l’identité d’Euler
⟨∇f(x),x⟩=pf(x),
et sa réciproque pour les fonctions C1 sur Rn∖{0}.
Solution
Solution de Exercice 15.4.
Dériver t↦f(tx) en t=1 : par la règle de la chaîne, ⟨∇f(x),x⟩ ; par homogénéité la même fonction vaut tpf(x), de dérivée pf(x) en t=1 : l’identité d’Euler.
Réciproque : fixer x=0 et poser φ(t)=f(tx)−tpf(x) sur t>0. Alors φ′(t)=⟨∇f(tx),x⟩−ptp−1f(x)=t1(⟨∇f(tx),tx⟩−ptpf(x)). L’hypothèse — l’identité d’Euler au point tx — évalue le crochet à pf(tx)−ptpf(x)=pφ(t). Donc φ′=tpφ avec φ(1)=0 : l’unique solution de cette EDO linéaire est φ≡0 (unicité de Licence 1), c.-à-d. f(tx)=tpf(x).
Exercice 15.5★★
Soit Asymétrique et f(x)=21⟨Ax,x⟩−⟨b,x⟩. Calculer ∇f et Hf ; quand f est-elle convexe ? En supposant A définie positive, montrer que f a un unique minimum global au point solution de Ax=b — la raison d’être de la descente de gradient.
Solution
Solution de Exercice 15.5.
En développant f(x+h)−f(x)=⟨Ax−b,h⟩+21⟨Ah,h⟩ (symétrie de A) : ∇f(x)=Ax−b et Hf=A partout. f est convexe si et seulement si A est semi-définie positive (le test de la hessienne, global ici puisque H est constante : la formule de Taylor du second ordre est exacte). Si A est définie positive : l’unique point critique est x∗=A−1b, et f(x∗+h)−f(x∗)=21⟨Ah,h⟩≥2λmin∥h∥2>0 pour h=0 : minimum global strict.
Exercice 15.6★★
(Multiplicateur de Lagrange, une contrainte, démontré à la main) Soit f,g de classe C1 sur R2, et supposons que f atteint, en a, un extremum local sur l’ensemble de niveau {g=0}, avec ∇g(a)=0. Démontrer que ∇f(a)=λ∇g(a) pour un certain λ. (Paramétrer l’ensemble de niveau près de a par le théorème des fonctions implicites et dériver t↦f(γ(t)).) Application : extrema de f(x,y)=xy sur le cercle x2+y2=1.
Solution
Solution de Exercice 15.6.
Puisque ∇g(a)=0, une dérivée partielle, disons ∂y∂g(a)=0 : le théorème des fonctions implicites (le compagnon du Théorème 15.14) paramétrise {g=0} près de a=(a1,a2) par γ(t)=(t,y(t)) avec yC1, y′(t)=−∂yg∂xg(γ(t)) (dériver g(t,y(t))=0). La fonction à une variable t↦f(γ(t)) a un extremum local en t=a1 :
les vecteurs ∇f(a) et ∇g(a) ont des coordonnées proportionnelles : ∇f(a)=λ∇g(a) avec λ=∂yg(a)∂yf(a).
Application : sur le cercle, ∇(xy)=(y,x) parallèle à (2x,2y) force y2=x2 ; avec la contrainte, les candidats sont ±(21,21) (valeur 21) et ±(21,−21) (valeur −21) : max 21, min −21 (atteints : le cercle est compact).
Exercice 15.7★★
Déterminer les extrema de f(x,y)=x2+y2−xy+x−y sur R2, puis son maximum et son minimum sur le triangle fermé de sommets (0,0), (1,0), (0,1)(points critiques intérieurs, puis les trois arêtes, puis les sommets).
Solution
Solution de Exercice 15.7.
∇f=(2x−y+1,2y−x−1)=0 : en résolvant, x=−31, y=31. Hessienne (2−1−12), définie positive : minimum global de la quadratique f, valeur f(−31,31)=−31.
Sur le triangle T : le point critique intérieur (−31,31)∈/T (x négatif). Arêtes : sur y=0, x∈[0,1] : f=x2+x, croissante : extrêmes 0 et 2. Sur x=0 : f=y2−y, minimum −41 en y=21, valeurs 0 et 0 aux extrémités. Sur x+y=1 : substituer y=1−x, f=x2+(1−x)2−x(1−x)+x−(1−x)=3x2−x ; sur [0,1] : minimum −121 en x=61, valeurs 0 (en x=0) et 2 (en x=1). Sommets : f(0,0)=0, f(1,0)=2, f(0,1)=0. Global sur T : minimum −41 en (0,21), maximum 2 en (1,0).
Exercice 15.8★★★
Soit f:R2→R2, f(x,y)=(x+y2,y+x2). Montrer que f est un difféomorphisme local près de 0, calculer d(f−1)(0,0), et trouver le plus grand r tel que df soit inversible sur la boule ∥(x,y)∥2<r(calculer detJf).
Solution
Solution de Exercice 15.8.
Jf=(12x2y1), detJf=1−4xy. En 0 : det=1=0 : difféomorphisme local (Théorème 15.14), avec
d(f−1)(0,0)=(Jf(0))−1=I2.
Inversibilité sur une boule : il faut 4∣xy∣<1 partout ; sur ∥(x,y)∥2<r, ∣xy∣≤2x2+y2<2r2, donc r=21 convient ; et c’est le plus grand : en (x,y)=(21,21), de norme21, detJf=0.
Exercice 15.9★★★
(Rolle échoue, les accroissements finis survivent) Donner f:R→R2, C1, avec f(0)=f(2π) mais f′(t)=0 pour tout t (pas de Rolle à valeurs vectorielles). Puis vérifier sur votre exemple l’inégalité des accroissements finis du Théorème 15.5.
Solution
Solution de Exercice 15.9.
f(t)=(cost,sint) : f(0)=f(2π)=(1,0), pourtant f′(t)=(−sint,cost) est de norme1, jamais nulle : aucun point où la dérivée s’annule — Rolle n’a pas d’analogue vectoriel. L’inégalité des accroissements finis tient largement : ∥f(2π)−f(0)∥=0≤2π⋅sup∥f′∥=2π.
Exercice 15.10★
Calculer la différentielle et le gradient de f(x)=∥x∥22 et de g(x)=⟨Ax,x⟩ sur Rn (A une matrice carrée, non supposée symétrique), et la hessienne de chacune. Pour quels A la fonction g est-elle convexe ?
Solution
Solution de Exercice 15.10.
f(x+h)−f(x)=2⟨x,h⟩+∥h∥2 : dfx=2⟨x,⋅⟩, ∇f(x)=2x, hessienne 2I (constante). Pour g :
donc ∇g(x)=(A+AT)x et Hg=A+AT, constante. D’après l’Exercice 15.11, g est convexe si et seulement si A+AT est semi-définie positive — seule la partie symétrique de A compte, comme en effet g(x)=⟨2A+ATx,x⟩.
Exercice 15.11★★
Soit f:Rn→R de classe C2. Démontrer que f est convexe si et seulement si sa hessienne Hx est semi-définie positive en tout x(se ramener à une variable : t↦f(a+t(b−a)) ; utiliser Taylor–Lagrange dans une direction, et pour la réciproque évaluer φ′′).
Solution
Solution de Exercice 15.11.
f est convexe si et seulement si sa restriction à tout segment est convexe, c.-à-d. si et seulement si tout φ(t)=f(a+tv) est convexe. Par la règle de la chaîne φ′′(t)=⟨Ha+tvv,v⟩.
Si toutes les hessiennes sont semi-définies positives : φ′′≥0, donc chaque φ est convexe (volume de Licence 1) et f est convexe. Réciproquement si f est convexe, chaque φ est convexe, donc φ′′(0)≥0 : ⟨Hav,v⟩≥0 pour tout a et toute direction v : toutes les hessiennes sont semi-définies positives.
Exercice 15.12★★★
(Un théorème d’inversion globale) Soit g:Rn→Rn de classe C1 avec ∣∣∣dgx∣∣∣≤k<1 pour tout x, et f=id+g.
Montrer ∥f(x)−f(y)∥≥(1−k)∥x−y∥ : f est injective, de réciproque continue sur son image.
Montrer que pour chaque y∈Rn l’application x↦y−g(x) est une contraction de l’espace completRn, et conclure par le théorème du point fixe de Banach (Théorème 4.12) que f est surjective.
Conclure que f est une bijection de Rn de réciproque (1−k)−1-lipschitzienne — un pendant global du Théorème 15.14 (qui, par contraste, est purement local).
Solution
Solution de Exercice 15.12.
Par l’inégalité des accroissements finis (Théorème 15.5) appliquée à g : ∥g(x)−g(y)∥≤k∥x−y∥, donc
∥f(x)−f(y)∥≥∥x−y∥−∥g(x)−g(y)∥≥(1−k)∥x−y∥:
f est injective et f−1 (défini sur l’image) est 1−k1-lipschitzien.
Fixer y ; T(x)=y−g(x) vérifie ∥T(x)−T(x′)∥=∥g(x′)−g(x)∥≤k∥x−x′∥ : une contraction de l’espace completRn. Banach (Théorème 4.12) donne un point fixe x∗=y−g(x∗), c.-à-d. f(x∗)=y : f est surjective.
f est ainsi une bijection de Rn de réciproque 1−k1-lipschitzienne : un théorème d’inversion globale, où la petitesse de dg partout remplace l’hypothèse d’inversibilité locale du Théorème 15.14.
15.5 Problème : Le calcul des matrices — Jacobi, exponentielle, et le groupe orthogonal
Problème 15.1
Le terrain de jeu le plus propre du calcul différentiel est l’espace Mn(R)≃Rn2 lui-même : ses applications les plus naturelles — produit, inverse, déterminant, exponentielle — ont des différentielles d’une élégance frappante. Ce problème les calcule toutes : la série de Neumann, la différentielle de l’inverse, la formule de Jacobi pour le déterminant avec la formule de Liouville en dividende, l’exponentielle de matrice avec deteA=etrA, et enfin le groupe orthogonal On comme ensemble de niveau lisse avec les matrices antisymétriques comme espace tangent — de la géométrie différentielle en germe. Dans tout ce qui suit, ∣∣∣⋅∣∣∣ est la norme d’opérateur subordonnée à ∥⋅∥2, et ⟨X,Y⟩=tr(XTY) le produit scalaire de Frobenius.
Partie I — La série de Neumann.
Démontrer la sous-multiplicativité, ∣∣∣AB∣∣∣≤∣∣∣A∣∣∣∣∣∣B∣∣∣, et en déduire que les applications polynomiales de A (produits de matrices, déterminant, trace) sont continues sur Mn(R).
En déduire que GLn(R) est ouvert : si A est inversible et ∣∣∣H∣∣∣<∣∣∣A−1∣∣∣1, alors A+H est inversible. En déduire aussi que GLn(R) est dense dans Mn(R)(perturber A par εI : det(A+εI) est un polynôme non nul en ε).
Montrer que l’application d’inversion Φ(A)=A−1 est continue sur GLn(R).
Montrer que l’application de mise au carré A↦A2 est différentiable de différentielleH↦AH+HA, et plus généralement que A↦Ak a pour différentielleH↦∑i=0k−1AiHAk−1−i. Pourquoi ne peut-on pas écrire kAk−1H en général ?
Démontrer que Φ(A)=A−1 est différentiable sur GLn(R) avec
dΦA(H)=−A−1HA−1
(écrire (A+H)−1=(I+A−1H)−1A−1 et développer par la question 2). Vérifier la formule sur le cas scalaire n=1.
Pour une courbe C1t↦A(t)∈GLn(R), en déduire (A(t)−1)′=−A−1A′A−1, et développer t↦(I+tB)−1 à l’ordre 1 en t=0.
Calculer la différentielle de f(A)=tr(Ak) et identifier son gradient pour le produit scalaire de Frobenius :
dfA(H)=ktr(Ak−1H),∇f(A)=k(Ak−1)T.
Mêmes questions pour f(A)=tr(ATA)=∥A∥F2 : différentielle, gradient, et la hessienne (constante) ; conclure que ∥⋅∥F2 est strictement convexe.
Partie III — La formule de Jacobi.
Démontrer
det(I+H)=1+trH+O(∣∣∣H∣∣∣2)
(développer det(e1+h1,…,en+hn) par multilinéarité en les colonnes : les termes ayant au moins deux colonnes h sont des O(∣∣∣H∣∣∣2)) : d(det)I=tr.
Pour A inversible, en déduire
d(det)A(H)=det(A)tr(A−1H).
Montrer que pour toute matrice A (inversible ou non), ∂aij∂det(A)=Cij, le cofacteur d’indice (i,j)(développement de Laplace selon la ligne i), de sorte qu’avec la comatrice transposéeadjA=com(A)T :
d(det)A(H)=tr(adj(A)H),∇(det)(A)=com(A),
retrouvant la question 11 lorsque A est inversible (adjA=det(A)A−1). C’est la formule de Jacobi : (detA(t))′=tr(adj(A(t))A′(t)).
(Formule de Liouville) Soit A(t) une courbe C1 de matrices satisfaisant l’équation différentielle linéaire A′(t)=M(t)A(t). Démontrer
(utiliser adj(A)A=det(A)I et l’invariance cyclique de la trace) — l’identité du wronskien que le chapitre sur les équations différentielles utilisera constamment.
Montrer que SLn(R)={det=1} est un ensemble de niveau lisse : en tout A∈SLn(R) la différentielled(det)A est une application linéaire surjective sur R(l’évaluer en H=n1A).
Montrer que eA=∑k≥0k!Akconvergeabsolument pour toute matrice A, normalement sur toute boule, avec eA≤e∣∣∣A∣∣∣ ; et que eA dépend continûment de A.
Démontrer que AB=BA implique eA+B=eAeB(produit de Cauchy, légitime par convergence absolue) ; en déduire que eA est toujours inversible, d’inverse e−A : exp envoie Mn(R) dans GLn(R).
Montrer que t↦etA est C1 (et même C∞) avec
dtdetA=AetA=etAA
(dériver la série terme à terme sur les segments : la série dérivée convergenormalement).
Démontrer l’identité
det(eA)=etrA
(appliquer la formule de Liouville, question 13, à A(t)=etA). Vérifications de bon sens : n=1 ; A nilpotente ; et les matrices de trace nulle atterrissent dans SLn(R).
Montrer eH=I+H+O(∣∣∣H∣∣∣2), donc exp est différentiable en 0 avec d(exp)0=id ; conclure avec le théorème d’inversion locale (Théorème 15.14) que exp est un difféomorphisme C1 d’un voisinage de 0 sur un voisinage de I : toute matrice proche de l’identité a un logarithme.
Montrer que exp envoie les matrices symétriques sur les matrices symétriquesdéfinies positives, de façon bijective (diagonaliser ; l’inverse est le logarithme spectral).
Partie V — Le groupe orthogonal comme ensemble de niveau.
Soit F(A)=ATA, de Mn(R) vers les matrices symétriquesSn. Calculer dFA(H)=ATH+HTA et montrer qu’en tout A∈On=F−1(I) cette différentielle est surjective sur Sn(étant donné S∈Sn, essayer H=21AS) : On est un ensemble de niveau lisse, de dimension n2−2n(n+1)=2n(n−1).
Montrer que toute courbe C1A(t)∈On avec A(0)=I a une vitesse A′(0)antisymétrique, et réciproquement que pour K antisymétrique la courbe etK reste dans On : l’espace tangent de On en I est exactement les matrices antisymétriques.
Montrer deteK=1 pour K antisymétrique (question 18) : la courbe exponentielle vit dans le groupe des rotations SOn. La calculer complètement pour n=2 : avec J=(01−10), démontrer
eθJ=(cosθsinθ−sinθcosθ):
l’exponentielle de matriceest la rotation d’angle θ, et les définitions en série du cosinus et du sinus réapparaissent à l’intérieur d’une matrice.
(L’astuce de densité) En utilisant la densité de GLn(R) (question 3) et la continuité, étendre des matrices inversibles à toutes les matrices l’identité
adj(AB)=adj(B)adj(A)
(pour A,B inversibles les deux membres valent det(AB)(AB)−1 ; les deux membres sont polynomiaux en les coefficients).
Synthèse. En une phrase chacune : (i) quels chapitres antérieurs ont fourni le moteur de chaque Partie (complétude et algèbres normées ; le théorème spectral ; le théorème d’inversion locale) ; (ii) quelle formule de ce problème le chapitre sur les équations différentielles exploitera, et où ; (iii) ce que d(det)I=tr et deteA=etrA disent de la trace et du déterminant comme « volume infinitésimal et global » ; (iv) ce que le volume de Licence 3 fait des questions 21–23 (groupes de Lie et leurs algèbres de Lie).
Solution
Solution de Problème 15.1.
1.∥ABx∥≤∣∣∣A∣∣∣∥Bx∥≤∣∣∣A∣∣∣∣∣∣B∣∣∣∥x∥ : prendre le sup sur ∥x∥=1. Les produits de matrices, det et tr sont des fonctions polynomiales des coefficients, donc continues (Mn(R)≃Rn2, toutes les normes équivalentes : Théorème 5.13).
3.A+H=A(I+A−1H) avec A−1H≤A−1∣∣∣H∣∣∣<1 : inversible par la question 2 : la boule ouverte de rayon A−1−1 autour de A est incluse dans GLn(R). Densité : det(A+εI) est un polynôme de degré n en ε de coefficient dominant 1 : il a un nombre fini de racines, donc il existe εk→0 tels que A+εkI soit inversible, convergeant vers A.
4. Pour ∣∣∣H∣∣∣<2∣∣∣A−1∣∣∣1 :
(A+H)−1−A−1=[(I+A−1H)−1−I]A−1,
de norme au plus 1−∣∣∣A−1H∣∣∣∣∣∣A−1H∣∣∣A−1≤2A−12∣∣∣H∣∣∣→0 : Φ est continue en tout A∈GLn(R).
5.(A+H)2=A2+AH+HA+H2 : l’application H↦AH+HA est linéaire et l’erreur H2 est un O(∣∣∣H∣∣∣2). En développant (A+H)k et en triant par le nombre de facteurs H : la partie linéaire est ∑i=0k−1AiHAk−1−i, et les termes à ≥2 facteurs H sont majorés par (2k) produits de norme≤∣∣∣A∣∣∣k−2∣∣∣H∣∣∣2 : O(∣∣∣H∣∣∣2). On ne peut pas réduire la somme à kAk−1H car H et A ne commutent pas en général — la somme est la bonne dérivée non commutative.
dΦA(H)=−A−1HA−1, linéaire en H. Pour n=1 : d(1/a)(h)=−h/a2, la dérivée familière.
7. Règle de la chaîne le long de la courbe : (A(t)−1)′=dΦA(t)(A′(t))=−A(t)−1A′(t)A(t)−1. En A(t)=I+tB, t=0 : (I+tB)−1=I−tB+O(t2).
8. Par la question 5 et l’invariance cyclique de la trace :
dfA(H)=tr(i=0∑k−1AiHAk−1−i)=ktr(Ak−1H).
Contre le produit de Frobenius, dfA(H)=tr((∇f)TH) requiert (∇f)T=kAk−1 : ∇f(A)=k(Ak−1)T.
9.f(A+H)−f(A)=2tr(ATH)+tr(HTH) : la différentielle est H↦2tr(ATH)=2⟨A,H⟩, donc ∇f(A)=2A ; le terme du second ordre est exactement ∥H∥F2 : la hessienne est le double de la forme quadratique identité, définie positive et constante, donc ∥⋅∥F2 est strictement convexe (la formule de Taylor est exacte ici).
10. Par multilinéarité en les colonnes, det(I+H)=∑S⊆{1,…,n}det(MS) où MS a pour colonne hj pour j∈S et ej sinon. S=∅ donne 1 ; S={j} donne le déterminant de I avec la colonne j remplacée par hj, à savoir son j-ème coefficient hjj, de somme trH ; chaque terme à ∣S∣≥2 est un déterminant ayant au moins deux colonnes de taille O(∣∣∣H∣∣∣), donc O(∣∣∣H∣∣∣2) (les applications multilinéaires sur un espace de dimension finie sont bornées), et il y en a un nombre fini. Donc det(I+H)=1+trH+O(∣∣∣H∣∣∣2) : d(det)I=tr.
11.det(A+H)=detAdet(I+A−1H)=detA(1+tr(A−1H)+O(∣∣∣H∣∣∣2)) : la différentielle est H↦det(A)tr(A−1H).
12. Développement de Laplace selon la ligne i : detA=∑jaijCij, et les cofacteurs Cij ne font pas intervenir la ligne i : ∂aij∂det=Cij. D’où
Pour A inversible, adjA=det(A)A−1 retrouve la question 11. Le long d’une courbe C1, la règle de la chaîne s’écrit (detA(t))′=tr(adj(A(t))A′(t)) : la formule de Jacobi.
13. Avec A′=MA et adj(A)A=det(A)I :
(detA)′=tr(adj(A)MA)=tr(Aadj(A)M)=detAtrM
(cyclicité ; AadjA=det(A)I également). L’EDO scalaire linéaire y′=tr(M(t))y a pour unique solution y(t)=y(0)exp(∫0ttrM) (Licence 1) : la formule de Liouville.
14. En A∈SLn(R), prendre H=n1A : d(det)A(n1A)=n1det(A)tr(A−1A)=n1⋅1⋅n=1=0 : la différentielle est une forme linéaire non nulle, donc surjective sur R en tout point de l’ensemble de niveau : SLn(R) est un ensemble de niveau lisse (de dimension n2−1).
15.∑kAk/k!≤∑∣∣∣A∣∣∣k/k!=e∣∣∣A∣∣∣ : convergence absolue (l’argument de complétude de la question 2), avec convergence normale sur toute boule ∣∣∣A∣∣∣≤R (majoration Rk/k! indépendante de A). Chaque somme partielle est continue (polynomiale) ; la limite uniforme sur les boules est continue : A↦eA est continue, avec eA≤e∣∣∣A∣∣∣.
l’identité binomiale exigeant AB=BA. Avec B=−A : eAe−A=e0=I : tout eA∈GLn(R).
17. La série ∑tkAk/k! et sa série dérivée ∑tk−1Ak/(k−1)!=A∑tk−1Ak−1/(k−1)! convergent normalement sur tout segment ∣t∣≤T (majorations Tk∣∣∣A∣∣∣k/k!) : le théorème de dérivation des séries (Théorème 10.11, appliqué coefficient par coefficient) donne dtdetA=AetA ; en factorisant A à droite on obtient plutôt etAA. En itérant : C∞.
18.A(t)=etA satisfait A′(t)=AA(t) : la formule de Liouville (question 13) avec M=A constant donne detetA=ettrA (valeur 1 en t=0) ; en t=1, deteA=etrA. Vérifications : n=1 est l’exponentielle elle-même ; une A nilpotente a trA=0 et eA unipotente de déterminant1 ; trA=0 donne deteA=1 : les matrices de trace nulle sont envoyées dans SLn(R).
19.eH−I−H=∑k≥2Hk/k!, de norme≤∣∣∣H∣∣∣2e∣∣∣H∣∣∣=O(∣∣∣H∣∣∣2) : d(exp)0=id, inversible. De plus exp est C1 : par la question 5, le candidat différentiel H↦∑kk!1∑iAiHAk−1−i est une série normalement convergente d’applications linéaires dépendant continûment de A (majorations ∣∣∣A∣∣∣k−1/(k−1)! sur les boules), donc les dérivées partielles existent et sont continues (Théorème 15.2 et le théorème de transfert des séries). Le théorème d’inversion locale (Théorème 15.14) s’applique en 0 : exp est un difféomorphisme C1 d’un voisinage de 0 sur un voisinage de I — les matrices proches de I ont des logarithmes.
20. Pour S=PDPTsymétrique (théorème spectral) : eS=PeDPT est symétrique de valeurs propreseλi>0 : définie positive. Surjectivité : une Q=Pdiag(μi)PT définie positive (μi>0) est eS pour S=Pdiag(lnμi)PT. Injectivité : eS détermine ses sous-espaces propres, qui sont exactement ceux de S (sur chaque sous-espace propre de S pour λ, eS agit comme eλ ; des λ distincts donnent des eλ distincts), et prendre le ln des valeurs propres retrouve S. Donc exp est une bijection des matrices symétriques sur les matrices définies positives.
21.F(A+H)=ATA+ATH+HTA+HTH : dFA(H)=ATH+HTA (à valeurs dans Sn ; erreur O(∣∣∣H∣∣∣2)). En A∈On et pour S∈Sn, le choix H=21AS donne
AT⋅21AS+21(AS)TA=21S+21ST=S:
surjective. On=F−1(I) est un ensemble de niveau lisse de dimension n2−dimSn=2n(n−1).
22. En dérivant A(t)TA(t)=I en t=0 (avec A(0)=I) : A′(0)T+A′(0)=0 : antisymétrique. Réciproquement, pour KT=−K : (etK)TetK=etKTetK=e−tKetK=I (transposer la série terme à terme ; les exposants commutent) : la courbe reste dans On, de vitesse K en t=0. Espace tangent en I= les matrices antisymétriques, de la dimension attendue 2n(n−1).
23.trK=0 pour K antisymétrique, donc deteK=e0=1 (question 18) : l’exponentielle atterrit dans SOn. Pour n=2 : J2=−I, donc J2m=(−1)mI, J2m+1=(−1)mJ, et
la rotation d’angle θ : les séries du sinus et du cosinus vivent à l’intérieur de l’exponentielle de matrice.
24. Pour A,B inversibles : adj(AB)=det(AB)(AB)−1=det(B)det(A)B−1A−1=adj(B)adj(A). Les deux membres de l’identité sont des applications polynomiales (donc continues) des coefficients de (A,B) ; ils coïncident sur la partie dense GLn×GLn de Mn×Mn (question 3 : approcher chaque facteur), donc ils coïncident partout.
25. (i) La Partie I reposait sur la complétude des espaces normés de dimension finie (les séries absolument convergentes convergent), la Partie IV sur la même chose plus le théorème spectral pour la question 20, le logarithme local de la Partie V sur le théorème d’inversion locale. (ii) Le chapitre sur les équations différentielles s’appuie sur la formule de Liouville (question 13) pour le wronskien des systèmes linéaires, et sur dtdetA=AetA (question 17), qui est l’énoncé que etA résout X′=AX. (iii) d(det)I=tr dit que la trace est le taux infinitésimal de variation de volume, et deteA=etrA intègre globalement cet énoncé. (iv) Le volume de Licence 3 nomme les structures : On et SLn(R) sont des groupes de Lie, leurs espaces tangents en I (matrices antisymétriques et de trace nulle) sont des algèbres de Lie, et exp est le pont entre eux.