Mathematics · Book 4 · Bachelor Year 2

Mathématiques universitaires — Licence 2

Mathématiques universitaires — Licence 2 · Bachelor Year 2

20Intégrales curvilignes et intégrales multiples

Ce chapitre étend l’intégration des segments aux courbes et aux domaines du plan et de l’espace. Les intégrales curvilignes intègrent une forme différentielle P ⁣dx+Q ⁣dyP\,\dd x + Q\,\dd y le long d’un arc orienté ; les intégrales doubles et triples intègrent des fonctions sur des domaines de dimension deux et trois. Les deux théories se rencontrent dans le théorème de Green-Riemann, le théorème fondamental de l’analyse en dimension deux, et l’outil de calcul principal tout au long est la formule de changement de variables, dont le facteur de distorsion est la valeur absolue du déterminant jacobien.

20.1 Intégrales curvilignes

Définition 20.1 (Forme différentielle ; intégrale curviligne)

Soit UR2U \subseteq \R^2 un ouvert. Une forme différentielle de degré 11 et de classe C0\mathcal{C}^0 sur UU est une expression ω=P ⁣dx+Q ⁣dy\omega = P\,\dd x + Q\,\dd y avec P,Q ⁣:URP, Q \colon U \to \R continues — formellement, une application continue de UU dans le dual de R2\R^2, ω(M)=P(M)e1+Q(M)e2\omega(M) = P(M)\,e_1^* + Q(M)\,e_2^*. Pour un arc C1\mathcal{C}^1 γ ⁣:[a,b]U\gamma \colon [a, b] \to U, γ(t)=(x(t),y(t))\gamma(t) = (x(t), y(t)), l’intégrale curviligne de ω\omega le long de γ\gamma est

γω=ab(P(γ(t))x(t)+Q(γ(t))y(t)) ⁣dt.\int_\gamma \omega = \int_a^b \Bigl(P(\gamma(t))\,x'(t) + Q(\gamma(t))\,y'(t)\Bigr)\,\dd t .

Les définitions s’étendent mot pour mot à R3\R^3 (formes P ⁣dx+Q ⁣dy+R ⁣dzP\,\dd x + Q\,\dd y + R\,\dd z) et aux arcs C1\mathcal{C}^1 par morceaux (somme sur les morceaux).

Proposition 20.2 (Invariance et orientation)

L’intégrale curviligne est inchangée par un changement de paramètre C1\mathcal{C}^1 croissant, et change de signe sous un changement décroissant. Elle ne dépend donc que de l’arc géométrique orienté.

Démonstration. Si θ ⁣:[c,d][a,b]\theta \colon [c, d] \to [a, b] est un changement de paramètre et γ~=γθ\tilde\gamma = \gamma \circ \theta, alors par la règle de la chaîne et le changement de variables à une variable t=θ(u)t = \theta(u),

γ~ω=cd(P(γ(θ(u)))x(θ(u))+Q(γ(θ(u)))y(θ(u)))θ(u) ⁣du=±ab(Px+Qy)(t) ⁣dt,\int_{\tilde\gamma}\omega = \int_c^d \bigl(P(\gamma(\theta(u)))\,x'(\theta(u)) + Q(\gamma(\theta(u)))\,y'(\theta(u))\bigr)\,\theta'(u)\,\dd u = \pm\int_a^b \bigl(Px' + Qy'\bigr)(t)\,\dd t ,

avec le signe ++ si θ\theta est croissant (θ(c)=a\theta(c) = a) et - s’il est décroissant (les bornes s’échangent).

Exemple 20.3 (Travail d’une force ; circulation)

Si F=(P,Q)F = (P, Q) est un champ de forces, γP ⁣dx+Q ⁣dy=abF(γ(t)),γ(t) ⁣dt\int_\gamma P\dd x + Q\dd y = \int_a^b \langle F(\gamma(t)), \gamma'(t)\rangle\,\dd t est le travail de FF le long de γ\gamma. Pour ω=y ⁣dx+x ⁣dy\omega = -y\,\dd x + x\,\dd y le long du cercle unité parcouru dans le sens direct γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t) :

γω=02π((sint)(sint)+costcost) ⁣dt=2π,\int_\gamma \omega = \int_0^{2\pi}\bigl((-\sin t)(-\sin t) + \cos t\cos t\bigr)\,\dd t = 2\pi ,

deux fois l’aire délimitée — un premier indice de Green-Riemann.

Exemple 20.4 (Une intégrale, deux paramétrages, un piège de signe)

Calculons γx ⁣dy\int_\gamma x\,\dd y le long du demi-cercle unité supérieur de (1,0)(1, 0) à (1,0)(-1, 0). Avec γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t), t[0,π]t \in \intcc0\pi :

0πcostcost ⁣dt=π2.\int_0^\pi\cos t\cdot\cos t\,\dd t = \frac\pi2 .

Avec le paramétrage par le graphe x(x,1x2)x \mapsto (x, \sqrt{1 - x^2}), xx allant de 11 à 1-1 (attention au sens !) :

11xx1x2 ⁣dx=11x21x2 ⁣dx=π2\int_1^{-1}x\cdot\frac{-x}{\sqrt{1 - x^2}}\,\dd x = \int_{-1}^{1}\frac{x^2}{\sqrt{1 - x^2}}\,\dd x = \frac\pi2

(x=sinux = \sin u le ramène à une intégrale de Wallis). Même valeur, comme le garantit la Proposition 20.2 — mais seulement parce que les deux parcours vont de (1,0)(1,0) à (1,0)(-1,0) ; inverser le sens de parcours change le signe. Refermer le chemin le long de l’axe des xx (où  ⁣dy=0\dd y = 0) n’ajoute rien, et le total π2\frac\pi2 est l’aire du demi-disque : la première occurrence des formules aire-bord de Green-Riemann ci-dessous.

Définition 20.5 (Formes exactes et fermées)

La forme ω=P ⁣dx+Q ⁣dy\omega = P\,\dd x + Q\,\dd y de classe C0\mathcal{C}^0 est exacte sur UU s’il existe fC1(U)f \in \mathcal{C}^1(U) (un potentiel) tel que ω= ⁣df\omega = \dd f, c.-à-d. P=fxP = f_x et Q=fyQ = f_y. Une forme C1\mathcal{C}^1 est fermée si Py=QxP_y = Q_x sur UU.

Théorème 20.6 (Théorème fondamental pour les intégrales curvilignes)

Si ω= ⁣df\omega = \dd f est exacte et si γ\gamma est un arc C1\mathcal{C}^1 par morceaux dans UU de AA à BB, alors

γω=f(B)f(A).\int_\gamma \omega = f(B) - f(A) .

En particulier, l’intégrale d’une forme exacte le long de tout arc fermé est nulle, et toute forme C1\mathcal{C}^1 exacte est fermée.

Démonstration.  ⁣d ⁣dtf(γ(t))=fx(γ(t))x(t)+fy(γ(t))y(t)\frac{\dd}{\dd t}f(\gamma(t)) = f_x(\gamma(t))x'(t) + f_y(\gamma(t))y'(t) par la règle de la chaîne (Chapitre 15), donc l’intégrande de la Définition 20.1 est la dérivée de tf(γ(t))t \mapsto f(\gamma(t)), et le théorème fondamental de l’analyse donne le résultat sur chaque morceau ; les valeurs intermédiaires se télescopent. Le fait que les formes C1\mathcal{C}^1 exactes soient fermées est le théorème de Schwarz : Py=fxy=fyx=QxP_y = f_{xy} = f_{yx} = Q_x.

Exemple 20.7 (Reconstruction d’un potentiel)

Soit ω=yexy ⁣dx+(xexy+2y) ⁣dy\omega = y\,\eu^{xy}\,\dd x + (x\,\eu^{xy} + 2y)\,\dd y sur R2\R^2. Elle est fermée : les deux dérivées croisées valent exy(1+xy)\eu^{xy}(1 + xy). Pour trouver un potentiel, intégrons PP en xx à yy fixé :

f(x,y)=yexy ⁣dx=exy+c(y),f(x, y) = \int y\,\eu^{xy}\,\dd x = \eu^{xy} + c(y),

puis ajustons cc en identifiant fyf_y : xexy+c(y)=xexy+2yx\,\eu^{xy} + c'(y) = x\,\eu^{xy} + 2y donne c(y)=y2c(y) = y^2. Donc f(x,y)=exy+y2f(x,y) = \eu^{xy} + y^2, et pour tout arc C1\mathcal C^1 par morceaux de (0,0)(0,0) à (1,1)(1,1),

γω=f(1,1)f(0,0)=(e+1)1=e,\int_\gamma\omega = f(1,1) - f(0,0) = (\eu + 1) - 1 = \eu ,

indépendamment du chemin — la recette en deux temps (intégrer en xx, corriger en yy) est la réciproque pratique du Théorème 20.6 sur les domaines où les formes fermées sont exactes.

Exemple 20.8 (Fermée n’implique pas exacte)

Sur U=R2{0}U = \R^2 \setminus \{0\}, la forme angulaire

ω=y ⁣dx+x ⁣dyx2+y2\omega = \frac{-y\,\dd x + x\,\dd y}{x^2 + y^2}

est fermée (calcul direct : PyP_y et QxQ_x valent tous deux y2x2(x2+y2)2\frac{y^2 - x^2}{(x^2+y^2)^2}), mais son intégrale le long du cercle unité vaut 2π02\pi \neq 0 (même calcul qu’à l’Exemple 20.3, divisé par 11) : ω\omega n’est pas exacte sur UU. Localement, ω= ⁣dθ\omega = \dd\theta pour une détermination θ\theta de l’angle polaire ; l’obstruction est globale — l’angle ne peut pas être défini continûment autour du point retiré. Sur les domaines sans trous, la pathologie disparaît : sur un ouvert étoilé, toute forme C1\mathcal{C}^1 fermée est exacte (lemme de Poincaré, Exercice 20.8).

20.2 Intégrales doubles

Nous admettons la théorie de l’intégrale de Riemann à une variable (volume de Licence 1, et Chapitre 9) et esquissons sa version à deux variables. Une fonction ff continue sur un rectangle R=[a,b]×[c,d]R = [a, b] \times [c, d] a une intégrale double Rf\iint_R f, définie par des sommes de Riemann sur des grilles exactement comme à une variable, et calculée par itération :

Théorème 20.9 (Fubini sur un rectangle)

Pour ff continue sur R=[a,b]×[c,d]R = [a,b] \times [c,d],

Rf=ab(cdf(x,y) ⁣dy) ⁣dx=cd(abf(x,y) ⁣dx) ⁣dy.\iint_R f = \int_a^b \Bigl(\int_c^d f(x, y)\,\dd y\Bigr)\dd x = \int_c^d \Bigl(\int_a^b f(x, y)\,\dd x\Bigr)\dd y .

Démonstration. Posons F(x)=cdf(x,y) ⁣dyF(x) = \int_c^d f(x, y)\,\dd y. La continuité uniforme de ff sur le compact RR rend FF continue (majoration par domination : F(x)F(x)(dc)supyf(x,y)f(x,y)\abs{F(x) - F(x')} \leq (d - c)\sup_y\abs{f(x,y) - f(x',y)}). Subdivisons maintenant [a,b][a,b] et [c,d][c,d] en nn parts égales, ce qui donne une grille de cellules RijR_{ij} d’aire ΔxΔy\Delta x\,\Delta y. Sur chaque cellule, infRijfΔxΔyxi1xiyj1yjf(x,y) ⁣dy ⁣dxsupRijfΔxΔy\inf_{R_{ij}} f \cdot \Delta x \Delta y \leq \int_{x_{i-1}}^{x_i}\int_{y_{j-1}}^{y_j} f(x,y)\,\dd y\,\dd x \leq \sup_{R_{ij}} f \cdot \Delta x \Delta y par croissance de l’intégrale à une variable (appliquée deux fois). En sommant sur les cellules, l’intégrale itérée abF\int_a^b F est encadrée entre les sommes de Riemann inférieure et supérieure de la grille ; par continuité uniforme, les deux sommes convergent vers la valeur commune qui définit Rf\iint_R f lorsque nn \to \infty. Le même argument s’applique en échangeant les rôles de xx et yy, donc les deux intégrales itérées sont égales à Rf\iint_R f.

Remarque 20.10

La continuité sur un rectangle compact joue un rôle essentiel dans la preuve de Fubini : c’est elle qui fournit la continuité uniforme encadrant les sommes de Riemann. Pour des intégrandes plus sauvages, l’énoncé est réellement en défaut — il existe des fonctions dont les deux intégrales itérées existent et diffèrent. Le théorème général honnête, avec l’intégrabilité pour seule hypothèse, est le théorème de Fubini pour l’intégrale de Lebesgue, prouvé dans le volume de Licence 3 ; tout ce chapitre reste dans le cadre continu où la preuve élémentaire ci-dessus est complète.

Définition 20.11 (Domaines élémentaires)

Un domaine DR2D \subseteq \R^2 est élémentaire selon yy si

D={(x,y):axb, φ1(x)yφ2(x)}D = \{(x, y) : a \leq x \leq b,\ \varphi_1(x) \leq y \leq \varphi_2(x)\}

avec φ1φ2\varphi_1 \leq \varphi_2 continues sur [a,b][a,b] (élémentaire selon xx : symétriquement). Pour ff continue sur un domaine DD élémentaire selon yy,

Df=ab(φ1(x)φ2(x)f(x,y) ⁣dy) ⁣dx,\iint_D f = \int_a^b\Bigl( \int_{\varphi_1(x)}^{\varphi_2(x)} f(x,y)\,\dd y\Bigr)\dd x ,

et l’on vérifie (en prolongeant ff par un argument d’approximation, ou en subdivisant) que lorsque DD est élémentaire dans les deux directions les deux intégrales itérées coïncident. Les domaines découpés en un nombre fini de morceaux élémentaires se traitent par additivité, et l’aire de DD est Area(D)=D1\operatorname {Area}(D) = \iint_D 1.

Exemple 20.12

Sur le triangle D={0x1, 0yx}D = \{0 \leq x \leq 1,\ 0 \leq y \leq x\} :

Dxy ⁣dx ⁣dy=01x(0xy ⁣dy) ⁣dx=01xx22 ⁣dx=18.\iint_D xy \,\dd x\,\dd y = \int_0^1 x\Bigl(\int_0^x y\,\dd y\Bigr)\dd x = \int_0^1 x\cdot\frac{x^2}{2}\,\dd x = \frac18 .

En échangeant l’ordre (xx allant de yy à 11) : 01y(y1x ⁣dx) ⁣dy=01y1y22 ⁣dy=18\int_0^1 y\bigl(\int_y^1 x\,\dd x\bigr)\dd y = \int_0^1 y\,\frac{1 - y^2}{2}\,\dd y = \frac18 — même valeur, calcul différent : bien choisir l’ordre d’intégration, c’est la moitié du métier.

Exemple 20.13 (Quand un seul ordre fonctionne)

Calculons I=01 ⁣ ⁣x1ey2 ⁣dy ⁣dxI = \displaystyle\int_0^1\!\!\int_x^1 \eu^{y^2}\,\dd y\,\dd x. Telle qu’écrite, l’intégrale intérieure ey2 ⁣dy\int\eu^{y^2}\dd y n’a pas de primitive élémentaire : le calcul est bloqué. Mais le domaine est le triangle 0xy10 \leq x \leq y \leq 1, qui est élémentaire dans les deux directions ; en échangeant l’ordre,

I=01 ⁣ ⁣0yey2 ⁣dx ⁣dy=01yey2 ⁣dy=[12ey2]01=e12.I = \int_0^1\!\!\int_0^y \eu^{y^2}\,\dd x\,\dd y = \int_0^1 y\,\eu^{y^2}\,\dd y = \Bigl[\tfrac12\eu^{y^2}\Bigr]_0^1 = \frac{\eu - 1}{2} .

La variable intérieure xx n’apparaissait nulle part dans l’intégrande, donc l’intégrer en premier a produit exactement le facteur yy qui rend l’intégrale extérieure immédiate. Morale : Fubini n’est pas seulement une autorisation d’itérer — c’est une autorisation de choisir, et le bon ordre peut transformer une intégrale impossible en une ligne. Tracez toujours le domaine et lisez-en les deux descriptions avant de commencer.

Théorème 20.14 (Changement de variables)

Soit Φ ⁣:UU\Phi \colon U' \to U un difféomorphisme C1\mathcal{C}^1 entre ouverts de R2\R^2, soit KUK \subseteq U un domaine compact découpé en morceaux élémentaires avec K=Φ1(K)K' = \Phi^{-1}(K), et soit ff continue sur KK. Alors

Kf(x,y) ⁣dx ⁣dy=Kf(Φ(u,v))detJΦ(u,v) ⁣du ⁣dv.\iint_K f(x, y)\,\dd x\,\dd y = \iint_{K'} f\bigl(\Phi(u, v)\bigr)\, \abs{\det J_\Phi(u, v)}\,\dd u\,\dd v .

Démonstration. Admis à ce niveau.

Remarque 20.15

La preuve complète — approcher Φ\Phi par sa différentielle sur une grille fine et contrôler les cellules du bord — est longue mais peu profonde ; elle est faite en entier dans la théorie de la mesure de Licence 3, comme conséquence de la théorie de Lebesgue. L’heuristique est l’image déjà utilisée pour l’aire d’une surface : un petit carré de côté  ⁣du\dd u en (u,v)(u, v) est envoyé, au premier ordre, sur le parallélogramme engendré par Φu ⁣du\Phi_u\,\dd u et Φv ⁣dv\Phi_v\,\dd v, dont l’aire est detJΦ ⁣du ⁣dv\abs{\det J_\Phi}\,\dd u\,\dd v (Lemme 19.18).

Remarque 20.16 (Méthode : choisir le changement de variables)

Trois réflexes couvrent la plupart des cas. Symétrie de l’intégrande : x2+y2x^2 + y^2 appelle les coordonnées polaires, une structure de produit appelle à conserver les axes cartésiens. Forme du bord : des bords u(x,y)=c1u(x,y) = c_1, v(x,y)=c2v(x,y) = c_2 réclament les coordonnées (u,v)(u, v) elles-mêmes, comme dans l’exemple de la région hyperbolique ci-dessous — le domaine devient un rectangle, ce qui est toute la victoire. Structure linéaire : les expressions en x+yx + y et xyx - y invitent à la rotation de 4545 degrés ou à une transvection (Exemple 20.18). Dans tous les cas, trois cases à cocher avant d’intégrer : l’application est une bijection du nouveau domaine sur l’ancien ; son jacobien est calculé dans le sens effectivement utilisé (inverser à la fin si c’est plus simple) ; et le jacobien intervient avec sa valeur absolue.

Exemple 20.17 (Coordonnées polaires)

Φ(ρ,α)=(ρcosα, ρsinα)\Phi(\rho, \alpha) = (\rho\cos\alpha,\ \rho\sin\alpha) a

JΦ=(cosαρsinαsinαρcosα),detJΦ=ρ,J_\Phi = \begin{pmatrix} \cos\alpha & -\rho\sin\alpha\\ \sin\alpha & \rho\cos\alpha \end{pmatrix}, \qquad \det J_\Phi = \rho ,

donc  ⁣dx ⁣dy=ρ ⁣dρ ⁣dα\dd x\,\dd y = \rho\,\dd\rho\,\dd\alpha. Pour le disque DRD_R de rayon RR :

DRe(x2+y2) ⁣dx ⁣dy=02π ⁣ ⁣0Reρ2ρ ⁣dρ ⁣dα=π(1eR2)Rπ.\iint_{D_R} e^{-(x^2 + y^2)}\,\dd x\,\dd y = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^R e^{-\rho^2}\rho\,\dd\rho\,\dd\alpha = \pi\bigl(1 - e^{-R^2}\bigr) \xrightarrow[R\to\infty]{} \pi .

La comparaison avec le carré [R,R]2[-R, R]^2 (encadré entre les disques DRD_R et DR2D_{R\sqrt2}, tous les intégrandes étant positifs) donne (ex2 ⁣dx)2=π\bigl(\int_{-\infty}^\infty e^{-x^2}\dd x\bigr)^2 = \pi :

 +ex2 ⁣dx=π \boxed{\ \int_{-\infty}^{+\infty} e^{-x^2}\,\dd x = \sqrt{\pi}\ }

— à nouveau l’intégrale de Gauss, cette fois par sa preuve la plus célèbre (comparer avec le calcul à une variable du Chapitre 9).

Exemple 20.18 (Changements de variables affines)

Pour une application affine Φ(u,v)=M(u,v)T+C\Phi(u, v) = M(u, v)^{\mathsf T} + C avec MM inversible, le jacobien est la matrice constante MM : les aires sont multipliées par le facteur constant detM\abs{\det M} — la promesse faite au Chapitre 17 est maintenant un théorème. Deux usages immédiats. L’ellipse x2a2+y2b21\frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} \leq 1 est l’image du disque unité par (u,v)(au,bv)(u, v) \mapsto (au, bv), donc son aire est abπab \cdot \pi — sans calcul. Et pour l’intégrale de f(x+y)f(x + y) sur le carré K=[0,1]2K = \intcc01^2, la transvection Φ(u,v)=(uv,v)\Phi(u, v) = (u - v, v) (de déterminant 11) la transforme en une intégrale de f(u)f(u) sur un parallélogramme, que Fubini découpe à uu constant : avec f=expf = \exp,

Kex+y ⁣dx ⁣dy=(01ex ⁣dx)2=(e1)2,\iint_K \eu^{x+y}\,\dd x\,\dd y = \Bigl(\int_0^1 \eu^x\,\dd x\Bigr)^2 = (\eu - 1)^2,

comme le confirme la structure de produit. Choisir des coordonnées adaptées à l’intégrande — et non au domaine — est l’autre moitié du métier.

Exemple 20.19 (Coordonnées adaptées à un domaine curviligne)

Soit DD la région du premier quadrant délimitée par les hyperboles xy=1xy = 1 et xy=3xy = 3 et les droites y=xy = x et y=3xy = 3x. Dans les coordonnées u=xyu = xy, v=y/xv = y/x, le domaine devient le carré [1,3]×[1,3]\intcc13 \times \intcc13 ; en inversant,

x=u/v,y=uv,detJ=xuyvxvyu=12vx = \sqrt{u/v}, \qquad y = \sqrt{uv}, \qquad \det J = x_uy_v - x_vy_u = \frac{1}{2v}

(un calcul de deux lignes avec x=u1/2v1/2x = u^{1/2}v^{-1/2}, y=u1/2v1/2y = u^{1/2}v^{1/2}). D’où

Area(D)=13 ⁣ ⁣13 ⁣du ⁣dv2v=2ln32=ln31.10.\operatorname{Area}(D) = \int_1^3\!\!\int_1^3\frac{\dd u\,\dd v}{2v} = 2\cdot\frac{\ln 3}{2} = \ln 3 \approx 1.10 .

Vouloir découper DD en coordonnées cartésiennes revient à le couper en trois morceaux à bords hyperboliques et linéaires — faisable, sans joie, et propice aux erreurs. La morale reprend l’Exemple 20.18 dans toute sa force : lisez les équations du bord, et laissez-les choisir les coordonnées ; le jacobien convertit alors l’aire de la cellule du maillage curviligne, exactement comme ρ\rho le faisait pour les coordonnées polaires.

Exemple 20.20 (Valeurs moyennes)

La valeur moyenne de ff sur un domaine DD est 1Area(D)Df\frac1{\operatorname{Area}(D)}\iint_Df. Exemple : la distance moyenne au centre pour un point choisi uniformément dans le disque de rayon RR est

1πR202π ⁣ ⁣0Rρρ ⁣dρ ⁣dα=2πR3/3πR2=2R3,\frac{1}{\pi R^2}\int_0^{2\pi}\!\!\int_0^R \rho\cdot\rho\,\dd\rho\,\dd\alpha = \frac{2\pi R^3/3}{\pi R^2} = \frac{2R}3 ,

et non R/2R/2 : l’aire uniforme met plus de masse aux grands rayons (l’anneau au rayon ρ\rho a un poids proportionnel à ρ\rho), donc la moyenne se situe au-delà de la mi-distance. Obtenir ce facteur correctement, c’est exactement le jacobien polaire à l’œuvre, et la même pondération explique que le centre de gravité zˉ=3R/8\bar z = 3R/8 de la demi-boule, calculé plus loin dans le chapitre, ne soit pas R/2R/2.

20.3 Le théorème de Green-Riemann

Théorème 20.21 (Green-Riemann)

Soit KR2K \subseteq \R^2 un domaine compact élémentaire dans les deux directions (ou une réunion finie de tels domaines recollés le long de segments), de bord K\partial K une courbe fermée C1\mathcal{C}^1 par morceaux orientée dans le sens direct (le domaine reste à gauche). Pour P,QP, Q de classe C1\mathcal{C}^1 sur un voisinage de KK :

KP ⁣dx+Q ⁣dy=K(QxPy) ⁣dx ⁣dy.\oint_{\partial K} P\,\dd x + Q\,\dd y = \iint_K \Bigl(\frac{\partial Q}{\partial x} - \frac{\partial P}{\partial y}\Bigr)\,\dd x\,\dd y .

Démonstration. D’abord, les deux membres sont additifs lorsqu’on coupe KK le long d’un segment en deux morceaux K1,K2K_1, K_2 : les intégrales doubles s’ajoutent par additivité de \iint ; quant aux intégrales de bord, les bords orientés dans le sens direct de K1K_1 et K2K_2 parcourent chacun la coupe intérieure une fois, en sens opposés, de sorte que dans la somme

K1+K2=K+(coupe, dans les deux sens)=K,\oint_{\partial K_1} + \oint_{\partial K_2} = \oint_{\partial K} + (\text{coupe, dans les deux sens}) = \oint_{\partial K},

les deux passages le long de la coupe s’annulent (Proposition 20.2) et seul le bord extérieur subsiste. En itérant un nombre fini de coupes, il suffit de traiter un domaine élémentaire. Prouvons P ⁣dx=KPy\oint P\,\dd x = -\iint_K P_y sur un domaine D={axb, φ1(x)yφ2(x)}D = \{a \leq x \leq b,\ \varphi_1(x) \leq y \leq \varphi_2(x)\} élémentaire selon yy ; l’identité Q ⁣dy=KQx\oint Q\,\dd y = \iint_K Q_x est symétrique (élémentaire selon xx), et le théorème en est la somme.

Calculons l’intégrale double par Fubini et le théorème fondamental à une variable :

DPy ⁣dx ⁣dy=ab(P(x,φ2(x))P(x,φ1(x))) ⁣dx.\iint_D \frac{\partial P}{\partial y}\,\dd x\,\dd y = \int_a^b \bigl(P(x, \varphi_2(x)) - P(x, \varphi_1(x))\bigr) \,\dd x .

Maintenant le bord de DD, dans le sens direct, se compose de : le graphe inférieur y=φ1(x)y = \varphi_1(x) parcouru de gauche à droite, le segment vertical droit x=bx = b (vers le haut), le graphe supérieur y=φ2(x)y = \varphi_2(x) parcouru de droite à gauche, le segment vertical gauche x=ax = a (vers le bas). Le long des segments verticaux, xx est constant, donc ils contribuent 00 à P ⁣dx\oint P\,\dd x ; les graphes, paramétrés par xx, donnent

DP ⁣dx=abP(x,φ1(x)) ⁣dxabP(x,φ2(x)) ⁣dx=DPy ⁣dx ⁣dy.\oint_{\partial D} P\,\dd x = \int_a^b P(x, \varphi_1(x))\,\dd x - \int_a^b P(x, \varphi_2(x))\,\dd x = -\iint_D \frac{\partial P}{\partial y}\,\dd x\,\dd y . \qedhere

Corollaire 20.22 (Aire par le bord)

Sous les hypothèses du Théorème 20.21,

Area(K)=Kx ⁣dy=Ky ⁣dx=12Kx ⁣dyy ⁣dx.\operatorname{Area}(K) = \oint_{\partial K} x\,\dd y = -\oint_{\partial K} y\,\dd x = \frac12\oint_{\partial K} x\,\dd y - y\,\dd x .

Démonstration. Appliquer Green-Riemann à (P,Q)=(0,x)(P, Q) = (0, x), (y,0)(-y, 0) et 12(y,x)\frac12(-y, x) : à chaque fois QxPy=1Q_x - P_y = 1.

Remarque 20.23 (Choisir parmi les trois formules d’aire)

Les trois formules de bord sont égales, non interchangeables en pratique. Utilisez x ⁣dy\oint x\,\dd y quand le paramétrage rend  ⁣dy\dd y simple (graphes au-dessus de l’axe des yy), y ⁣dx-\oint y\,\dd x symétriquement, et la demi-somme symétrique quand le paramétrage traite xx et yy de façon équilibrée — pour l’ellipse elle a produit un intégrande constant, sans aucune linéarisation trigonométrique. Sur les bords polygonaux, la demi-somme devient la formule du lacet de l’Exercice 20.12, l’algorithme des arpenteurs. Et lorsque le bord est parcouru dans le sens horaire par le paramétrage donné, les trois formules renvoient moins l’aire : un résultat négatif n’est pas une erreur de calcul mais un rapport d’orientation — changez le signe, ou le paramétrage.

Exemple 20.24 (Aire de l’ellipse)

Pour x=acostx = a\cos t, y=bsinty = b\sin t, t[0,2π]t \in [0, 2\pi] :

Area=1202π(acostbcostbsint(asint)) ⁣dt=ab202π ⁣dt=πab.\operatorname{Area} = \frac12\int_0^{2\pi}\bigl(a\cos t \cdot b\cos t - b\sin t\cdot(-a\sin t)\bigr)\,\dd t = \frac{ab}{2}\int_0^{2\pi}\dd t = \pi ab .

Exemple 20.25 (Green-Riemann comme vérification croisée)

Prenons P=y3P = -y^3, Q=x3Q = x^3 sur le disque unité fermé DD. Côté bord, avec γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t) :

DP ⁣dx+Q ⁣dy=02π(sin4t+cos4t) ⁣dt=2π(38+38)=3π2,\oint_{\partial D}P\,\dd x + Q\,\dd y = \int_0^{2\pi}\bigl(\sin^4 t + \cos^4 t\bigr)\dd t = 2\pi\cdot\Bigl(\frac38 + \frac38\Bigr) = \frac{3\pi}2 ,

par linéarisation (sin4+cos4=34+14cos4t\sin^4 + \cos^4 = \tfrac34 + \tfrac14\cos4t). Côté intérieur :

D(QxPy) ⁣dx ⁣dy=D3(x2+y2) ⁣dx ⁣dy=302π ⁣ ⁣01ρ3 ⁣dρ ⁣dα=3π2.\iint_D(Q_x - P_y)\,\dd x\,\dd y = \iint_D 3(x^2 + y^2)\,\dd x\,\dd y = 3\int_0^{2\pi}\!\!\int_0^1\rho^3\,\dd\rho\,\dd\alpha = \frac{3\pi}2 .

Même nombre, deux calculs très différents — et c’est là l’usage pratique : le membre le plus facile de l’identité de Green devient le calcul, l’autre une vérification. Pour les circulations de champs polynomiaux le long de courbes fermées, l’ intégrale double est presque toujours le membre facile.

Remarque 20.26

Green-Riemann explique l’Exemple 20.8 : pour une forme fermée (Qx=PyQ_x = P_y), l’intégrale sur le bord de tout domaine contenu dans UU est nulle. La forme angulaire n’est pas exacte uniquement parce que le point retiré à l’origine empêche le disque bordé par le cercle unité de se trouver dans UU — les intégrales curvilignes des formes fermées détectent les trous du domaine. (Poussée plus loin, cette observation devient la cohomologie de de Rham.)

20.4 Intégrales triples

La théorie s’étend à trois variables sans idée nouvelle : Fubini ramène \iiint à trois intégrales à une variable (soit par tranches : Kf=(Kzf) ⁣dz\iiint_K f = \int\bigl(\iint_{K_z} f\bigr)\dd z sur les tranches horizontales KzK_z, soit par empilement : en intégrant d’abord en zz le long de bâtonnets verticaux), et la formule de changement de variables vaut avec le jacobien 3×33 \times 3.

Exemple 20.27 (Coordonnées cylindriques et sphériques)

Cylindriques (x,y,z)=(ρcosα,ρsinα,z)(x, y, z) = (\rho\cos\alpha, \rho\sin\alpha, z) :  ⁣dx ⁣dy ⁣dz=ρ ⁣dρ ⁣dα ⁣dz\dd x\,\dd y\,\dd z = \rho\,\dd\rho\,\dd\alpha\,\dd z. Sphériques (x,y,z)=(rcosθcosφ, rsinθcosφ, rsinφ)(x, y, z) = (r\cos\theta\cos\varphi,\ r\sin\theta\cos\varphi,\ r\sin\varphi) (θ\theta longitude, φ[π2,π2]\varphi \in [-\frac\pi2, \frac\pi2] latitude) : en développant le 3×33 \times 3 déterminant selon la dernière ligne,

detJ=r2cosφ, ⁣dx ⁣dy ⁣dz=r2cosφ   ⁣dr ⁣dθ ⁣dφ.\det J = r^2\cos\varphi , \qquad \dd x\,\dd y\,\dd z = r^2\cos\varphi\;\dd r\,\dd\theta\,\dd\varphi .

Volume de la boule de rayon RR :

V=0R ⁣ ⁣02π ⁣ ⁣π/2π/2r2cosφ   ⁣dφ ⁣dθ ⁣dr=R332π2=43πR3,V = \int_0^R\!\!\int_0^{2\pi}\!\!\int_{-\pi/2}^{\pi/2} r^2\cos\varphi\;\dd\varphi\,\dd\theta\,\dd r = \frac{R^3}{3}\cdot 2\pi \cdot 2 = \boxed{\frac43\pi R^3} ,

acquittant enfin la formule admise dans les chapitres de volume des livres précédents.

Exemple 20.28 (Le tétraèdre, deux fois)

Le volume de T={x,y,z0, x+y+z1}T = \{x, y, z \geq 0,\ x + y + z \leq 1\}, par empilement : pour (x,y)(x, y) fixé dans le triangle x+y1x + y \leq 1, zz parcourt [0,1xy]\intcc0{1 - x - y}, donc

V=01 ⁣ ⁣01x(1xy) ⁣dy ⁣dx=01(1x)22 ⁣dx=16.V = \int_0^1\!\!\int_0^{1-x}(1 - x - y)\,\dd y\,\dd x = \int_0^1\frac{(1 - x)^2}{2}\,\dd x = \frac16 .

Par tranches : la section à hauteur zz est le triangle {x,y0, x+y1z}\{x, y \geq 0,\ x + y \leq 1 - z\}, d’aire (1z)22\frac{(1-z)^2}2, et V=01(1z)22 ⁣dz=16V = \int_0^1\frac{(1-z)^2}2\,\dd z = \frac16 à nouveau — les deux calculs sont les mêmes intégrales dans un ordre différent, ce qui est tout ce qu’affirme Fubini. La valeur 16=13121\frac16 = \frac13\cdot\frac12\cdot1 est la formule du cône (Exemple 20.30) à base triangulaire, et la version en dimension nn, 1/n!1/n!, se démontre par exactement ce découpage en tranches dans le problème du week-end.

Exemple 20.29 (Centre de gravité d’une demi-boule)

Pour la demi-boule supérieure HH de rayon RR (z0z \geq 0), la hauteur du centre de gravité est zˉ=1VHz\bar z = \frac1{V}\iiint_H z, avec V=23πR3V = \frac23\pi R^3. En coordonnées sphériques (z=rsinφz = r\sin\varphi, φ[0,π/2]\varphi \in \intcc0{\pi/2}) :

Hz=0Rr3 ⁣dr02π ⁣dθ0π/2sinφcosφ ⁣dφ=R442π12=πR44,\iiint_H z = \int_0^R r^3\,\dd r\int_0^{2\pi}\dd\theta \int_0^{\pi/2}\sin\varphi\cos\varphi\,\dd\varphi = \frac{R^4}4\cdot2\pi\cdot\frac12 = \frac{\pi R^4}4 ,

donc

zˉ=πR4/42πR3/3=3R8:\bar z = \frac{\pi R^4/4}{2\pi R^3/3} = \frac{3R}8 :

le point d’équilibre d’un hémisphère plein se situe à trois huitièmes du rayon au-dessus de la face plate — en dessous de la mi-hauteur R/2R/2, comme il se doit, puisque le solide est plus épais près de la base. Tout calcul de centre de gravité a cette forme : une intégrale de moment, un volume, un rapport, et un contrôle de vraisemblance face à la géométrie.

Exemple 20.30 (Volume par tranches : le cône)

Un cône d’aire de base AA et de hauteur hh (sommet en haut, base à z=0z = 0) : la tranche à hauteur zz est la base dilatée du facteur (1z/h)(1 - z/h), d’aire A(1z/h)2A(1 - z/h)^2. D’où

V=0hA(1zh)2 ⁣dz=Ah3:V = \int_0^h A\Bigl(1 - \frac zh\Bigr)^2\dd z = \frac{Ah}{3} :

le un tiers des formules du lycée, valable pour n’importe quelle forme de base — le découpage en tranches la transforme en l’intégrale d’un carré.

Exemple 20.31 (Seuils d’intégrabilité dans le plan)

Pour quels α>0\alpha > 0 l’intégrale Dρα ⁣dx ⁣dy\iint_{D}\rho^{-\alpha}\,\dd x\,\dd y converge-t-elle sur le disque unité privé de l’origine DD (limite sur les anneaux ερ1\varepsilon \leq \rho \leq 1) ? En coordonnées polaires,

02π ⁣ ⁣ε1ραρ ⁣dρ ⁣dα=2πε1ρ1α ⁣dρ,\int_0^{2\pi}\!\!\int_\varepsilon^1\rho^{-\alpha}\, \rho\,\dd\rho\,\dd\alpha = 2\pi\int_\varepsilon^1\rho^{1-\alpha}\,\dd\rho ,

qui converge lorsque ε0\varepsilon \to 0 si et seulement si 1α>11 - \alpha > -1, c.-à-d. α<2\alpha < 2 : en dimension 22 l’exposant critique de singularité est la dimension elle-même, le ρ\rho supplémentaire venu du jacobien adoucissant la singularité d’une puissance. (De même α<3\alpha < 3 pour une singularité ponctuelle dans l’espace, via r2r^2.) Une comptabilité radiale de ce type est la façon dont l’intégrabilité se décide d’un coup d’œil dans le cadre de Lebesgue de Licence 3 — et c’est la raison pour laquelle 1/r\iiint 1/r convergeait sans effort à l’Exercice 20.7.

Remarque 20.32 (Pièges courants)

(i) Orientation : une intégrale curviligne change de signe avec le sens de parcours, et Green-Riemann exige le bord dans le sens direct (domaine à gauche) ; pour un domaine avec un trou, le bord intérieur est parcouru dans le sens horaire. (ii) Le jacobien intervient avec une valeur absolue : le changement de variables ne produit jamais d’aire négative, et oublier det\abs{\det} change généralement les signes précisément quand l’application renverse l’orientation. (iii) Le facteur polaire ρ\rho :  ⁣dx ⁣dy=ρ ⁣dρ ⁣dα\dd x\,\dd y = \rho\,\dd\rho\,\dd\alpha, et non  ⁣dρ ⁣dα\dd\rho\,\dd\alpha — l’erreur la plus fréquente de tout le chapitre ; l’analyse dimensionnelle la détecte, puisque  ⁣dρ ⁣dα\dd\rho\,\dd\alpha a la dimension d’une longueur, non d’une aire. (iv) Intégrales doubles impropres : les limites sur des disques croissants et sur des carrés croissants coïncident ici parce que les intégrandes sont positifs (encadrement) ; pour des intégrandes changeant de signe, la limite peut dépendre de l’exhaustion, et aucune affirmation n’est faite sans convergence absolue. (v) Domaines contre intégrandes : un intégrande produit sur un domaine non produit ne factorise pas l’intégrale — la factorisation exige les deux, comme dans le carré de l’Exemple 20.17.

Remarque 20.33 (Perspectives au sein de ce volume)

L’intégrale de Gauss calculée ici est discrètement partout dans les chapitres de probabilités : la constante π\sqrt\pi à l’intérieur de la formule de Stirling (Théorème 6.13) est l’intégrale de ce chapitre, et via Stirling elle fixe l’asymptotique en 1/πn1/\sqrt{\pi n} des probabilités de retour de la marche aléatoire au Chapitre 21. Les intégrales de Wallis du problème du week-end y réapparaissent aussi, gouvernant les mêmes estimations du coefficient binomial central. Dans l’autre sens, les éléments d’aire et de volume de ce chapitre complètent la géométrie du Chapitre 19, et la formule de Green recalcule les aires des enveloppes du Chapitre 18 (l’astroïde, à l’Exercice 20.5). Un chapitre, trois services : la mesure pour la géométrie, les constantes pour les probabilités, et la discipline du changement de variables utilisée par les deux.

20.5 Exercices

Exercice 20.1

Calculer γy2 ⁣dx+x ⁣dy\int_\gamma y^2\,\dd x + x\,\dd y le long de : (a) le segment de (0,0)(0,0) à (1,1)(1,1) ; (b) l’arc de parabole y=x2y = x^2 de (0,0)(0,0) à (1,1)(1,1). La forme est-elle exacte ?

Solution

Solution de Exercice 20.1.

(a) Segment γ(t)=(t,t)\gamma(t) = (t, t), t[0,1]t \in [0,1] :

γy2 ⁣dx+x ⁣dy=01(t2+t) ⁣dt=13+12=56.\int_\gamma y^2\dd x + x\dd y = \int_0^1 (t^2 + t)\,\dd t = \frac13 + \frac12 = \frac56 .

(b) Parabole γ(t)=(t,t2)\gamma(t) = (t, t^2) :

01(t41+t2t) ⁣dt=15+23=1315.\int_0^1 \bigl(t^4\cdot 1 + t\cdot 2t\bigr)\dd t = \frac15 + \frac23 = \frac{13}{15} .

Les deux valeurs diffèrent, donc l’intégrale dépend du chemin : la forme n’est pas exacte — en cohérence, Py=2y1=QxP_y = 2y \neq 1 = Q_x, donc elle n’est même pas fermée.

Exercice 20.2

Montrer que ω=(2xy+y3) ⁣dx+(x2+3xy2+1) ⁣dy\omega = (2xy + y^3)\,\dd x + (x^2 + 3xy^2 + 1)\,\dd y est fermée sur R2\R^2, trouver un potentiel, et calculer γω\int_\gamma\omega le long de tout arc de (0,0)(0, 0) à (1,2)(1, 2).

Solution

Solution de Exercice 20.2.

P=2xy+y3P = 2xy + y^3, Q=x2+3xy2+1Q = x^2 + 3xy^2 + 1 : Py=2x+3y2=QxP_y = 2x + 3y^2 = Q_x, fermée sur R2\R^2. Cherchons ff avec fx=Pf_x = P : f=x2y+xy3+g(y)f = x^2y + xy^3 + g(y) ; puis fy=x2+3xy2+g(y)=Qf_y = x^2 + 3xy^2 + g'(y) = Q force g(y)=1g'(y) = 1, disons g(y)=yg(y) = y. Donc

f(x,y)=x2y+xy3+yf(x, y) = x^2y + xy^3 + y

est un potentiel (R2\R^2 est étoilé, donc un potentiel devait exister par le lemme de Poincaré — mais l’exhiber est plus rapide). Par le Théorème 20.6, pour tout arc de (0,0)(0,0) à (1,2)(1,2) :

γω=f(1,2)f(0,0)=2+8+2=12.\int_\gamma\omega = f(1, 2) - f(0, 0) = 2 + 8 + 2 = 12 .

Exercice 20.3

Calculer D(x+y) ⁣dx ⁣dy\iint_D (x + y)\,\dd x\,\dd yDD est le domaine délimité par y=x2y = x^2 et y=xy = x (0x10 \leq x \leq 1), dans les deux ordres d’intégration.

Solution

Solution de Exercice 20.3.

Le domaine est {0x1, x2yx}\{0 \leq x \leq 1,\ x^2 \leq y \leq x\}. yy d’abord :

01 ⁣x2x(x+y) ⁣dy ⁣dx=01(x(xx2)+x2x42) ⁣dx=01(3x22x3x42) ⁣dx=1214110=320.\int_0^1\!\int_{x^2}^{x}(x + y)\,\dd y\,\dd x = \int_0^1\Bigl(x(x - x^2) + \frac{x^2 - x^4}{2}\Bigr)\dd x = \int_0^1\Bigl(\frac{3x^2}{2} - x^3 - \frac{x^4}{2}\Bigr)\dd x = \frac12 - \frac14 - \frac1{10} = \frac{3}{20} .

xx d’abord : la tranche à hauteur y[0,1]y \in [0, 1] est yxyy \leq x \leq \sqrt y, donc

01 ⁣yy(x+y) ⁣dx ⁣dy=01(yy22+y(yy)) ⁣dy=1416+2513=320.\int_0^1\!\int_{y}^{\sqrt y}(x + y)\,\dd x\,\dd y = \int_0^1\Bigl(\frac{y - y^2}{2} + y(\sqrt y - y)\Bigr)\dd y = \frac14 - \frac16 + \frac25 - \frac13 = \frac{3}{20} .

Exercice 20.4 ★★

En utilisant les coordonnées polaires, calculer D ⁣dx ⁣dy(1+x2+y2)2\iint_D \frac{\dd x\,\dd y}{(1 + x^2 + y^2)^2} sur le plan entier (comme limite sur des disques), et Dxy ⁣dx ⁣dy\iint_{D'} xy\,\dd x\,\dd y sur le quart de disque D={x,y0, x2+y21}D' = \{x, y \geq 0,\ x^2 + y^2 \leq 1\}.

Solution

Solution de Exercice 20.4.

Première intégrale. Sur le disque DRD_R, en coordonnées polaires :

DR ⁣dx ⁣dy(1+x2+y2)2=02π ⁣ ⁣0Rρ ⁣dρ ⁣dα(1+ρ2)2=2π[12(1+ρ2)]0R=π(111+R2)Rπ.\iint_{D_R}\frac{\dd x\,\dd y}{(1 + x^2 + y^2)^2} = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^R \frac{\rho\,\dd\rho\,\dd\alpha}{(1 + \rho^2)^2} = 2\pi\Bigl[-\frac{1}{2(1 + \rho^2)}\Bigr]_0^R = \pi\Bigl(1 - \frac{1}{1 + R^2}\Bigr) \xrightarrow[R \to \infty]{} \pi .

Deuxième intégrale. Le quart de disque est 0απ20 \leq \alpha \leq \frac\pi2, 0ρ10 \leq \rho \leq 1, et xy=ρ2cosαsinαxy = \rho^2\cos\alpha\sin\alpha :

Dxy ⁣dx ⁣dy=0π/2 ⁣ ⁣cosαsinα ⁣dα01ρ3 ⁣dρ=1214=18.\iint_{D'}xy\,\dd x\,\dd y = \int_0^{\pi/2}\!\!\cos\alpha\sin\alpha\,\dd\alpha \int_0^1 \rho^3\,\dd\rho = \frac12\cdot\frac14 = \frac18 .

Exercice 20.5 ★★

Calculer l’aire délimitée par l’astroïde x=cos3tx = \cos^3 t, y=sin3ty = \sin^3 t, t[0,2π]t \in [0, 2\pi], en utilisant le Corollaire 20.22. (Linéariser sin2tcos2t\sin^2 t\cos^2 t.)

Solution

Solution de Exercice 20.5.

Par le Corollaire 20.22 avec x=cos3tx = \cos^3 t, y=sin3ty = \sin^3 t : x=3cos2tsintx' = -3\cos^2 t\sin t, y=3sin2tcosty' = 3\sin^2 t\cos t, donc

xyyx=3cos4tsin2t+3sin4tcos2t=3sin2tcos2t=34sin22t=38(1cos4t).xy' - yx' = 3\cos^4 t\sin^2 t + 3\sin^4 t\cos^2 t = 3\sin^2 t\cos^2 t = \frac{3}{4}\sin^2 2t = \frac{3}{8}(1 - \cos 4t) .

D’où

A=1202π38(1cos4t) ⁣dt=3162π=3π8.A = \frac12\int_0^{2\pi}\frac38(1 - \cos 4t)\,\dd t = \frac{3}{16}\cdot 2\pi = \frac{3\pi}{8} .

(L’astroïde tient dans le disque unité d’aire π\pi ; trois huitièmes de π\pi est plausible pour sa forme d’étoile à quatre pointes.)

Exercice 20.6 ★★

Calculer le volume du solide délimité par le bas par le paraboloïde z=x2+y2z = x^2 + y^2 et par le haut par le plan z=1z = 1, par les deux méthodes : empilement (intégrer 1x2y21 - x^2 - y^2 sur le disque unité, coordonnées polaires) et tranches (les tranches horizontales sont des disques de rayon z\sqrt z).

Solution

Solution de Exercice 20.6.

Empilement : au-dessus de chaque (x,y)(x, y) du disque unité DD, zz va de x2+y2x^2 + y^2 à 11 :

V=D(1x2y2) ⁣dx ⁣dy=02π ⁣ ⁣01(1ρ2)ρ ⁣dρ ⁣dα=2π(1214)=π2.V = \iint_D \bigl(1 - x^2 - y^2\bigr)\dd x\,\dd y = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^1 (1 - \rho^2)\rho\,\dd\rho\,\dd\alpha = 2\pi\Bigl(\frac12 - \frac14\Bigr) = \frac\pi2 .

Tranches : la tranche à hauteur z[0,1]z \in [0, 1] est le disque x2+y2zx^2 + y^2 \leq z, d’aire πz\pi z :

V=01πz ⁣dz=π2.V = \int_0^1 \pi z\,\dd z = \frac\pi2 .

Exercice 20.7 ★★

(Attraction gravitationnelle d’une boule — théorème de Newton, cas particulier) Montrer que le volume de la coquille sphérique arba \leq r \leq b est 43π(b3a3)\frac43\pi(b^3 - a^3) et calculer B ⁣dx ⁣dy ⁣dzr\iiint_{B} \frac{\dd x\,\dd y\,\dd z}{r} sur la boule BB de rayon RR (rr la distance à l’origine). (Coordonnées sphériques.)

Solution

Solution de Exercice 20.7.

En coordonnées sphériques, l’élément de volume est r2cosφ ⁣dr ⁣dθ ⁣dφr^2\cos\varphi\,\dd r\,\dd\theta\,\dd\varphi (Exemple 20.27), et la partie angulaire s’intègre en 4π4\pi (2π2\pi pour θ\theta, π/2π/2cos=2\int_{-\pi/2}^{\pi/2}\cos = 2). Le volume de la coquille est

ab4πr2 ⁣dr=43π(b3a3).\int_a^b 4\pi r^2\,\dd r = \frac43\pi\bigl(b^3 - a^3\bigr).

Pour la seconde intégrale, l’intégrande 1/r1/r ne dépend que de rr :

B ⁣dx ⁣dy ⁣dzr=0R4πr21r ⁣dr=4πR22=2πR2.\iiint_B \frac{\dd x\,\dd y\,\dd z}{r} = \int_0^R 4\pi r^2\cdot\frac1r\,\dd r = 4\pi\,\frac{R^2}{2} = 2\pi R^2 .

(L’intégrande explose à l’origine, mais sans dommage : r2/r=rr^2/r = r est continue — l’intégrale sur les coquilles εrR\varepsilon \leq r \leq R converge lorsque ε0\varepsilon \to 0, ce qui est le sens précis de l’énoncé. Ce genre de calcul est le premier pas vers le théorème de Newton, selon lequel une boule homogène attire comme une masse ponctuelle en son centre.)

Exercice 20.8 ★★★

(Lemme de Poincaré, cas étoilé) Soit UU étoilé par rapport à 00 (c.-à-d. MU[0,M]UM \in U \Rightarrow [0, M] \subseteq U) et ω=P ⁣dx+Q ⁣dy\omega = P\dd x + Q\dd y une forme C1\mathcal{C}^1 fermée sur UU. On pose

f(x,y)=01(xP(tx,ty)+yQ(tx,ty)) ⁣dt.f(x, y) = \int_0^1 \bigl(x\,P(tx, ty) + y\,Q(tx, ty)\bigr)\dd t .

En utilisant la dérivation sous le signe intégral (Chapitre 9) et Py=QxP_y = Q_x, montrer que fx=Pf_x = P et fy=Qf_y = Q : toute forme fermée sur un ouvert étoilé est exacte.

Solution

Solution de Exercice 20.8.

L’intégrande g(t;x,y)=xP(tx,ty)+yQ(tx,ty)g(t; x, y) = xP(tx, ty) + yQ(tx, ty) est C1\mathcal{C}^1 en (x,y)(x, y), continu en tt, avec des dérivées partielles continues sur [0,1]×U[0,1] \times U ; la dérivation sous le signe intégral (Chapitre 9, appliquée sur l’intervalle compact en tt [0,1][0,1], la domination y étant automatique) donne

fx(x,y)=01(P(tx,ty)+txPx(tx,ty)+tyQx(tx,ty)) ⁣dt.f_x(x, y) = \int_0^1 \bigl(P(tx, ty) + tx\,P_x(tx, ty) + ty\,Q_x(tx, ty)\bigr)\dd t .

En utilisant le caractère fermé Qx=PyQ_x = P_y :

txPx(tx,ty)+tyPy(tx,ty)=t ⁣d ⁣dt[P(tx,ty)],tx\,P_x(tx, ty) + ty\,P_y(tx, ty) = t\,\frac{\dd}{\dd t}\bigl[P(tx, ty)\bigr] ,

donc l’intégrande est P(tx,ty)+t ⁣d ⁣dtP(tx,ty)= ⁣d ⁣dt[tP(tx,ty)]P(tx, ty) + t\frac{\dd}{\dd t}P(tx, ty) = \frac{\dd}{\dd t}\bigl[t\,P(tx, ty)\bigr] et

fx(x,y)=[tP(tx,ty)]01=P(x,y).f_x(x, y) = \Bigl[t\,P(tx, ty)\Bigr]_0^1 = P(x, y) .

Symétriquement fy=Qf_y = Q (même calcul avec Py=QxP_y = Q_x utilisé dans l’autre sens). Notons où l’hypothèse intervient : ff est définie en intégrant le long du segment [0,M][0, M], qui est inclus dans UU précisément parce que UU est étoilé.

Exercice 20.9 ★★★

(Intégrale de Dirichlet par intégration double) Justifier et exploiter

0 ⁣ ⁣0exysinx   ⁣dy ⁣dxvs0 ⁣ ⁣0exysinx   ⁣dx ⁣dy\int_0^\infty\!\!\int_0^\infty e^{-xy}\sin x\;\dd y\,\dd x \quad\text{vs}\quad \int_0^\infty\!\!\int_0^\infty e^{-xy}\sin x\;\dd x\,\dd y

sur [0,A]×[0,)[0, A] \times [0, \infty) : montrer 0Asinxx ⁣dx=π20eAyysinA+cosA1+y2 ⁣dy\int_0^A \frac{\sin x}{x}\dd x = \frac\pi2 - \int_0^\infty e^{-Ay}\frac{y\sin A + \cos A}{1 + y^2}\dd y et retrouver 0sinxx ⁣dx=π2\int_0^\infty \frac{\sin x}{x}\,\dd x = \frac\pi2, en comparant avec la preuve par intégrale à paramètre du Chapitre 9.

Solution

Solution de Exercice 20.9.

Sur la bande [0,A]×[0,)[0, A] \times [0, \infty), la fonction (x,y)exysinx(x, y) \mapsto e^{-xy}\sin x n’est pas absolument intégrable jusqu’à y=y = \infty uniformément au sens naïf, mais chaque intégrale itérée converge et leur égalité découle de Fubini sur [0,A]×[0,B][0, A] \times [0, B] plus un passage à la limite BB \to \infty (la queue 0ABexysinx ⁣dy ⁣dx0AeBxsinxx ⁣dx0AeBx ⁣dx0\int_0^A\int_B^\infty e^{-xy}\abs{\sin x}\,\dd y\,\dd x \leq \int_0^A \frac{e^{-Bx}\abs{\sin x}}{x}\dd x \leq \int_0^A e^{-Bx} \dd x\to 0, en utilisant sinxx\abs{\sin x} \leq x).

yy d’abord : 0exy ⁣dy=1x\int_0^\infty e^{-xy}\,\dd y = \frac1x pour x>0x > 0, donc la première intégrale est 0Asinxx ⁣dx\int_0^A \frac{\sin x}{x}\,\dd x.

xx d’abord : deux intégrations par parties (ou en prenant la partie imaginaire de 0Ae(iy)x ⁣dx\int_0^A e^{(i - y)x}\dd x) donnent

0Aexysinx ⁣dx=1eAy(ysinA+cosA)1+y2.\int_0^A e^{-xy}\sin x\,\dd x = \frac{1 - e^{-Ay}(y\sin A + \cos A)}{1 + y^2} .

En intégrant en yy sur [0,)[0, \infty), le terme 0 ⁣dy1+y2=π2\int_0^\infty \frac{\dd y}{1 + y^2} = \frac\pi2 se détache :

0Asinxx ⁣dx=π20eAyysinA+cosA1+y2 ⁣dy.\int_0^A \frac{\sin x}{x}\,\dd x = \frac{\pi}{2} - \int_0^\infty e^{-Ay}\,\frac{y\sin A + \cos A}{1 + y^2}\,\dd y .

Le reste est majoré par 0eAyy+11+y2 ⁣dy0eAy1+y1+y2 ⁣dy0\int_0^\infty e^{-Ay}\frac{y + 1}{1 + y^2}\dd y \leq \int_0^\infty e^{-Ay}\cdot\frac{1+y}{1+y^2} \,\dd y \to 0 lorsque AA \to \infty (convergence dominée, ou la majoration grossière 1+y1+y232\frac{1 + y}{1 + y^2} \leq \frac32 donnant 32A\frac{3}{2A}). Donc 0sinxx ⁣dx=π2\int_0^\infty\frac{\sin x}{x}\dd x = \frac\pi2 — la même valeur obtenue au Chapitre 9 en dérivant une intégrale à paramètre ; ici c’est Fubini qui fait le travail.

Exercice 20.10 ★★★

(Inégalité isopérimétrique via Wirtinger) Soit γ\gamma une courbe fermée simple C1\mathcal{C}^1 de longueur 2π2\pi, paramétrée par l’abscisse curviligne sur [0,2π][0, 2\pi], délimitant une aire AA. En utilisant le Corollaire 20.22, Parseval et l’inégalité de Wirtinger (exercices du Chapitre 14), prouver AπA \leq \pi, avec égalité pour le cercle. (Normaliser 02πx(s) ⁣ds=0\int_0^{2\pi} x(s)\dd s = 0 ; écrire 2A=x ⁣dyy ⁣dx2A = \oint x\,\dd y - y\,\dd x et majorer 2A(x2+y2)2A \leq \int (x^2 + y'^2) soigneusement via 2A=02π(xyyx) ⁣ds2A = \int_0^{2\pi}(xy' - yx')\dd s et x2+y22xyx^2 + y'^2 \geq 2xy'.)

Solution

Solution de Exercice 20.10.

Paramétrons par l’abscisse curviligne s[0,2π]s \in [0, 2\pi], de sorte que x2+y2=1x'^2 + y'^2 = 1, et translatons pour que 02πx(s) ⁣ds=0\int_0^{2\pi} x(s)\,\dd s = 0. Par le Corollaire 20.22,

2A=x ⁣dyy ⁣dx=02π(xyyx) ⁣ds.2A = \oint x\,\dd y - y\,\dd x = \int_0^{2\pi}\bigl(xy' - yx'\bigr)\dd s .

En intégrant y ⁣dx\oint y\,\dd x par parties sur la période (les termes de bord s’annulent par périodicité), yx=yx-\int yx' = \int y'x, donc en fait 2A=202πxy ⁣ds2A = 2\int_0^{2\pi}xy'\,\dd s. Alors 2xyx2+y22xy' \leq x^2 + y'^2 donne

2A02π(x2+y2) ⁣ds=02πx2+02π(1x2)=2π02π(x2x2) ⁣ds.2A \leq \int_0^{2\pi}\bigl(x^2 + y'^2\bigr)\dd s = \int_0^{2\pi} x^2 + \int_0^{2\pi}\bigl(1 - x'^2\bigr) = 2\pi - \int_0^{2\pi}\bigl(x'^2 - x^2\bigr)\dd s .

L’inégalité de Wirtinger (exercices du Chapitre 14 : pour une fonction C1\mathcal{C}^1 2π2\pi-périodique de moyenne nulle, x2x2\int x^2 \leq \int x'^2) rend la dernière intégrale positive : AπA \leq \pi. L’égalité requiert l’égalité dans Wirtinger (x(s)=acoss+bsinsx(s) = a\cos s + b\sin s) et dans 2xyx2+y22xy' \leq x^2 + y'^2 (y=xy' = x ponctuellement), ce qui force y=asinsbcoss+cy = a\sin s - b\cos s + c : la courbe est le cercle unité (convenablement centré). Puisqu’une courbe de longueur LL se ramène par homothétie à la longueur 2π2\pi, l’énoncé général est AL24πA \leq \frac{L^2}{4\pi} : parmi toutes les courbes fermées de périmètre donné, le cercle délimite la plus grande aire.

Exercice 20.11 ★★

(Moments de la boule) Pour la boule BB de rayon RR dans R3\R^3, calculer Bz2 ⁣dx ⁣dy ⁣dz\iiint_B z^2\,\dd x\,\dd y\,\dd z en coordonnées sphériques, et en déduire B(x2+y2+z2) ⁣dx ⁣dy ⁣dz\iiint_B (x^2 + y^2 + z^2)\,\dd x\,\dd y\,\dd z par symétrie. Vérifier ce dernier par le calcul en coquilles 0Rr24πr2 ⁣dr\int_0^R r^2\cdot4\pi r^2\,\dd r.

Solution

Solution de Exercice 20.11.

En coordonnées sphériques z=rsinφz = r\sin\varphi et  ⁣dx ⁣dy ⁣dz=r2cosφ ⁣dr ⁣dθ ⁣dφ\dd x\,\dd y\,\dd z = r^2\cos\varphi\,\dd r\,\dd\theta\,\dd\varphi :

Bz2=0Rr4 ⁣dr02π ⁣dθπ/2π/2sin2φcosφ ⁣dφ=R552π[sin3φ3]π/2π/2=4πR515.\iiint_B z^2 = \int_0^R r^4\,\dd r\int_0^{2\pi}\dd\theta \int_{-\pi/2}^{\pi/2}\sin^2\varphi\cos\varphi\,\dd\varphi = \frac{R^5}5\cdot2\pi\cdot \Bigl[\frac{\sin^3\varphi}3\Bigr]_{-\pi/2}^{\pi/2} = \frac{4\pi R^5}{15}.

Par la symétrie de la boule sous permutation des coordonnées, Bx2=By2=Bz2\iiint_B x^2 = \iiint_B y^2 = \iiint_B z^2, donc B(x2+y2+z2)=34πR515=4πR55\iiint_B(x^2 + y^2 + z^2) = 3\cdot\frac{4\pi R^5}{15} = \frac{4\pi R^5}5. Vérification en coquilles : 0Rr24πr2 ⁣dr=4πR55\int_0^R r^2\cdot 4\pi r^2\,\dd r = \frac{4\pi R^5}5 — l’intégrande r2r^2 est constant sur la sphère de rayon rr, d’aire 4πr24\pi r^2.

Exercice 20.12 ★★

(Formule du lacet) Soit KK un polygone de sommets (x1,y1),,(xm,ym)(x_1, y_1), \dots, (x_m, y_m) dans le sens direct (indices modulo mm). Déduire du Corollaire 20.22 que

Area(K)=12i=1m(xiyi+1xi+1yi),\operatorname{Area}(K) = \frac12\sum_{i=1}^m \bigl(x_iy_{i+1} - x_{i+1}y_i\bigr) ,

et vérifier la formule sur le triangle (0,0)(0,0), (1,0)(1,0), (0,1)(0,1).

Solution

Solution de Exercice 20.12.

Paramétrons l’arête de (xi,yi)(x_i, y_i) à (xi+1,yi+1)(x_{i+1}, y_{i+1}) par γ(t)=((1t)xi+txi+1, (1t)yi+tyi+1)\gamma(t) = \bigl((1-t)x_i + tx_{i+1},\ (1-t)y_i + ty_{i+1}\bigr). Sa contribution à 12(x ⁣dyy ⁣dx)\frac12\oint(x\,\dd y - y\,\dd x) est

1201(((1t)xi+txi+1)(yi+1yi)((1t)yi+tyi+1)(xi+1xi)) ⁣dt,\frac12\int_0^1\Bigl(\bigl((1-t)x_i + tx_{i+1}\bigr)(y_{i+1} - y_i) - \bigl((1-t)y_i + ty_{i+1}\bigr)(x_{i+1} - x_i)\Bigr)\dd t ,

et puisque 01((1t)u+tv) ⁣dt=u+v2\int_0^1\bigl((1-t)u + tv\bigr)\dd t = \frac{u + v}2, ceci vaut

14((xi+xi+1)(yi+1yi)(yi+yi+1)(xi+1xi))=12(xiyi+1xi+1yi),\frac14\Bigl((x_i + x_{i+1})(y_{i+1} - y_i) - (y_i + y_{i+1})(x_{i+1} - x_i)\Bigr) = \frac12\bigl(x_iy_{i+1} - x_{i+1}y_i\bigr),

les termes croisés s’annulant. En sommant sur les mm arêtes on obtient la formule du lacet, par le Corollaire 20.22. Triangle (0,0),(1,0),(0,1)(0,0), (1,0), (0,1) : 12((0010)+(1100)+(0001))=12\frac12\bigl((0\cdot0 - 1\cdot0) + (1\cdot1 - 0\cdot0) + (0\cdot0 - 0\cdot1)\bigr) = \frac12, l’aire correcte.

20.6 Problème : le volume de la boule en dimension nn

Problème 20.1

Problème du week-end — Vn=πn/2/Γ(n2+1)V_n = \pi^{n/2}/\Gamma(\frac n2 + 1), et l’étrangeté des grandes dimensions

Le disque a pour aire π\pi, la boule pour volume 43π\frac43\pi — et ensuite ? Ce problème calcule le volume de la boule unité de Rn\R^n pour tout nn, deux fois (par une récurrence par tranches guidée par les intégrales de Wallis, puis via la fonction Γ\Gamma et l’intégrale de Gauss de l’Exemple 20.17), puis en lit la géométrie : les volumes culminent en dimension cinq et se précipitent vers zéro, et presque toute une boule de grande dimension se cache dans une mince coquille près de son bord. Pour une fonction continue sur une boule de Rn\R^n, l’intégrale s’entend comme l’intégrale itérée nn fois (en tranchant une coordonnée à la fois, comme dans le chapitre pour n3n \leq 3) ; on note Bn(R)B_n(R) la boule fermée de rayon RR centrée en 00, vn(R)v_n(R) son volume, et Vn=vn(1)V_n = v_n(1), avec V0=1V_0 = 1 par convention.

Partie I — La récurrence par tranches.

  1. En substituant xi=Ruix_i = Ru_i dans chacune des nn intégrales itérées, montrer que vn(R)=VnRnv_n(R) = V_nR^n.
  2. En tranchant Bn(1)B_n(1) selon sa dernière coordonnée, montrer que

    Vn=Vn111(1t2)n12 ⁣dt.V_n = V_{n-1}\int_{-1}^{1}(1 - t^2)^{\frac{n-1}2}\,\dd t .
  3. Avec t=sinθt = \sin\theta, identifier l’intégrale à une intégrale de Wallis : 11(1t2)n12 ⁣dt=2Wn\int_{-1}^1(1 - t^2)^{\frac{n-1}2}\dd t = 2W_n, où Wn=0π/2cosnθ ⁣dθ=0π/2sinnθ ⁣dθW_n = \int_0^{\pi/2}\cos^n\theta\,\dd\theta = \int_0^{\pi/2}\sin^n\theta\,\dd\theta.
  4. Prouver les deux identités de Wallis (intégrer par parties ; puis télescoper nWnWn1nW_nW_{n-1}) :

    Wn=n1nWn2(n2),WnWn1=π2n(n1).W_n = \frac{n-1}nW_{n-2} \quad (n \geq 2), \qquad W_nW_{n-1} = \frac{\pi}{2n} \quad (n \geq 1).

Partie II — La récurrence résolue.

  1. Combiner les questions 2 à 4 en la récurrence à deux pas

    Vn=2πnVn2(n2).V_n = \frac{2\pi}{n}\,V_{n-2} \qquad (n \geq 2).
  2. En déduire les expressions explicites, pour k0k \geq 0 :

    V2k=πkk!,V2k+1=2k+1πk135(2k+1).V_{2k} = \frac{\pi^k}{k!}, \qquad V_{2k+1} = \frac{2^{k+1}\pi^k}{1\cdot3\cdot5\cdots (2k+1)} .
  3. Tabuler V1,,V7V_1, \dots, V_7 numériquement. En utilisant le rapport Vn/Vn2=2π/nV_n/V_{n-2} = 2\pi/n et les valeurs de 2W52W_5 et 2W62W_6, prouver que la suite (Vn)(V_n) croît jusqu’à son maximum V5=8π2155.26V_5 = \frac{8\pi^2}{15} \approx 5.26 puis décroît à partir de là.
  4. Montrer que Vn0V_n \to 0 plus vite que toute suite géométrique, et que n1Vn\sum_{n\geq1} V_n converge : toutes les boules unité ensemble ont un volume total fini.
  5. Prouver l’identité génératrice

    k0V2kx2k=eπx2(xR),\sum_{k\geq0} V_{2k}\,x^{2k} = \eu^{\pi x^2} \qquad (x \in \R),

    et en déduire k0V2k=eπ23.14\sum_{k\geq0}V_{2k} = \eu^\pi \approx 23.14.

Partie III — Deuxième voie : Γ\Gamma et l’intégrale de Gauss.

  1. Montrer par Fubini (l’intégrande est un produit) que

    In=Rnex2 ⁣dx=(+et2 ⁣dt) ⁣n=πn/2,I_n = \int_{\R^n}\eu^{-\norm x^2}\dd x = \Bigl(\int_{-\infty}^{+\infty} \eu^{-t^2}\dd t\Bigr)^{\!n} = \pi^{n/2},

    l’intégrale de Gauss en dimension nn, entendue comme une limite sur les cubes [R,R]n\intcc{-R}{R}^n.

  2. Rappeler Γ(s)=0ts1et ⁣dt\Gamma(s) = \int_0^\infty t^{s-1}\eu^{-t}\dd t (Définition 9.17). À partir de Γ(s+1)=sΓ(s)\Gamma(s+1) = s\,\Gamma(s) (Théorème 9.18) et Γ(12)=π\Gamma(\tfrac12) = \sqrt\pi (substituer t=u2t = u^2 et invoquer l’intégrale de Gauss), calculer

    Γ(k+1)=k!,Γ(k+32)=13(2k+1)2k+1π.\Gamma(k + 1) = k!, \qquad \Gamma\Bigl(k + \frac32\Bigr) = \frac{1\cdot3\cdots(2k+1)}{2^{k+1}}\,\sqrt\pi .
  3. Prouver, par récurrence via la récurrence de la question 5, la formule unique

    Vn=πn/2Γ(n2+1)(n1),V_n = \frac{\pi^{n/2}}{\Gamma\bigl(\frac n2 + 1\bigr)} \qquad (n \geq 1),

    et vérifier qu’elle reproduit les deux expressions explicites de la question 6.

  4. Montrer 0er2rn1 ⁣dr=12Γ(n2)\int_0^\infty \eu^{-r^2}r^{n-1}\dd r = \tfrac12\Gamma\bigl(\tfrac n2\bigr) et en déduire l’identité

    In=nVn0er2rn1 ⁣dr.I_n = n\,V_n\int_0^\infty \eu^{-r^2}\,r^{n-1}\,\dd r.

    L’interpréter : la masse gaussienne de Rn\R^n se collecte le long de coquilles sphériques dont l’« aire (n1)(n-1)-dimensionnelle » au rayon rr vaut nVnrn1nV_nr^{n-1} — les deux membres sont désormais prouvés indépendamment, donc l’interprétation ne coûte rien.

  5. Poser sn1=nVns_{n-1} = nV_n (l’aire de la sphère unité Sn1S^{n-1}, en cohérence avec vn(R)=0Rsn1rn1 ⁣drv_n(R) = \int_0^R s_{n-1}r^{n-1}\dd r). Tabuler s0,,s3s_0, \dots, s_3 et vérifier s1=2πs_1 = 2\pi, s2=4πs_2 = 4\pi, s3=2π2s_3 = 2\pi^2.

Partie IV — Les grandes dimensions sont étranges.

  1. À partir de la formule de Stirling (Théorème 6.13) appliquée à k!k!, montrer pour n=2kn = 2k pair :

    Vn1πn(2πen)n/2(n, n pair),V_n \sim \frac{1}{\sqrt{\pi n}} \Bigl(\frac{2\pi\eu}{n}\Bigr)^{n/2} \qquad (n \to \infty, \ n \text{ pair}),

    et expliquer pourquoi la même borne de décroissance super-géométrique s’étend à nn impair via la récurrence.

  2. La boule unité est contenue dans le cube [1,1]n\intcc{-1}1^n de volume 2n2^n. Calculer le taux de remplissage Vn/2nV_n/2^n pour n=2,3,10n = 2, 3, 10, et montrer qu’il tend vers 00 : en grande dimension, l’essentiel du cube se trouve dans ses coins.
  3. Montrer que la fraction de vn(1)v_n(1) située à distance au plus ε\varepsilon de la sphère de bord est 1(1ε)n11 - (1 - \varepsilon)^n \to 1 ; numériquement, quelle fraction d’une boule en dimension 100100 se trouve dans la coquille extérieure d’épaisseur 1%1\% ?
  4. Prouver l’asymptotique de Wallis Wnπ2nW_n \sim \sqrt{\dfrac{\pi}{2n}} (monotonie de (Wn)(W_n), le rapport Wn/Wn21W_n/W_{n-2} \to 1, et WnWn1=π2nW_nW_{n-1} = \frac\pi{2n}), et la minoration Wnπ2(n+1)W_n \geq \sqrt{\dfrac{\pi}{2(n+1)}} pour tout nn.
  5. (Concentration sur une dalle) La fraction de la boule unité dont la première coordonnée dépasse δ\delta est δ1(1x2)n12 ⁣dx/(2Wn)\int_\delta^1(1 - x^2)^{\frac{n-1}2}\dd x \,\big/\, (2W_n). En utilisant 1ueu1 - u \leq \eu^{-u} et la majoration de queue δeax2 ⁣dxeaδ22aδ\int_\delta^\infty \eu^{-a x^2}\dd x \leq \frac{\eu^{-a\delta^2}}{2a\delta}, montrer que cette fraction est au plus

    e(n1)δ2/2(n1)δ/2πn+1\frac{\eu^{-(n-1)\delta^2/2}}{(n-1)\,\delta} \Big/ \sqrt{\frac{2\pi}{n+1}}

    et conclure : pour δ=s/n1\delta = s/\sqrt{n-1}, tout sauf une fraction O(es2/2/s)O(\eu^{-s^2/2}/s) de la boule se trouve dans la dalle x1s/n1\abs{x_1} \leq s/\sqrt{n-1}. Une boule de grande dimension est, statistiquement, une mince crêpe dans toutes les directions à la fois.

  6. Assembler les questions 16 à 19 en un paragraphe : où se situe le volume de Bn(1)B_n(1) (près de la sphère de bord, tout en restant dans des dalles O(1/n)O(1/\sqrt n) de tout hyperplan passant par le centre), et pourquoi ces deux affirmations ne se contredisent pas.

Partie V — Autres corps, et synthèse.

  1. (Simplexe) Soit Δn={xRn:xi0, xi1}\Delta_n = \{x \in \R^n : x_i \geq 0,\ \sum x_i \leq 1\}. Montrer par tranches et récurrence que vol(Δn)=1n!\operatorname{vol}(\Delta_n) = \frac1{n!}.
  2. (Polytope croisé) En déduire que Cn={x:xi1}C_n = \{x : \sum\abs{x_i} \leq 1\} a pour volume 2nn!\frac{2^n}{n!}, et vérifier l’encadrement CnBn(1)[1,1]nC_n \subseteq B_n(1) \subseteq \intcc{-1}1^n au niveau des volumes : 2nn!Vn2n\frac{2^n}{n!} \leq V_n \leq 2^n.
  3. Calculer V4V_4 d’une troisième façon : trancher R4=R2×R2\R^4 = \R^2 \times \R^2, intégrer l’aire du disque en (z,w)(z, w) sur le disque en (x,y)(x, y) en coordonnées polaires, et retrouver V4=π22V_4 = \frac{\pi^2}2.
  4. (Monte-Carlo en difficulté) Un point est tiré uniformément dans le cube [1,1]20\intcc{-1}1^{20}. Montrer que la probabilité qu’il tombe dans la boule inscrite est V20/2202.5108V_{20}/2^{20} \approx 2.5\cdot10^{-8}, de sorte qu’environ quarante millions de tirages sont nécessaires avant d’espérer le premier succès : estimer VnV_n par échantillonnage par rejet s’effondre en grande dimension (le fléau de la dimension).
  5. Synthèse. Deux dérivations indépendantes se sont rejointes en Vn=πn/2/Γ(n2+1)V_n = \pi^{n/2}/\Gamma(\frac n2 + 1) : lister quel théorème de ce chapitre chacune a utilisé (Fubini, changement de variables, l’intégrale de Gauss polaire), et quels ingrédients à une variable (Wallis, Γ\Gamma, Stirling). Où le volume de Licence 3 refait-il ce calcul avec la théorie de Lebesgue, et qu’y ajoute-t-il ?
Solution

Solution de Problème 20.1.

1. La boule Bn(R)B_n(R) est décrite par des bornes itérées RxnR-R \leq x_n \leq R, puis xn1R2xn2\abs{x_{n-1}} \leq \sqrt{R^2 - x_n^2}, et ainsi de suite ; substituer xi=Ruix_i = Ru_i dans chacune des nn intégrales à une variable multiplie chacune par RR et envoie les bornes sur celles de Bn(1)B_n(1) : vn(R)=Rnvn(1)=VnRnv_n(R) = R^n\,v_n(1) = V_nR^n.

2. En tranchant selon xn=tx_n = t : la tranche de Bn(1)B_n(1) est la boule Bn1(1t2)B_{n-1}\bigl(\sqrt{1 - t^2}\bigr), donc, par la question 1,

Vn=11vn1(1t2) ⁣dt=Vn111(1t2)n12 ⁣dt.V_n = \int_{-1}^1 v_{n-1}\bigl(\sqrt{1 - t^2}\bigr)\,\dd t = V_{n-1}\int_{-1}^{1}(1 - t^2)^{\frac{n-1}2}\,\dd t .

3. Avec t=sinθt = \sin\theta,  ⁣dt=cosθ ⁣dθ\dd t = \cos\theta\,\dd\theta et (1t2)n12=cosn1θ(1 - t^2)^{\frac{n-1}2} = \cos^{n-1}\theta sur [π/2,π/2]\intcc{-\pi/2}{\pi/2} :

11(1t2)n12 ⁣dt=π/2π/2cosnθ ⁣dθ=20π/2cosnθ ⁣dθ=2Wn,\int_{-1}^1(1 - t^2)^{\frac{n-1}2}\dd t = \int_{-\pi/2}^{\pi/2}\cos^n\theta\,\dd\theta = 2\int_0^{\pi/2}\cos^n\theta\,\dd\theta = 2W_n,

et θπ2θ\theta \mapsto \frac\pi2 - \theta échange les formes en sinus et en cosinus de WnW_n.

4. Écrivons sinn=sinn2(1cos2)\sin^n = \sin^{n-2}(1 - \cos^2) et intégrons sinn2coscos\int\sin^{n-2}\cos\cdot\cos par parties (v=sinn1n1v = \frac{\sin^{n-1}}{n-1}) :

Wn=Wn2Wnn1Wn=n1nWn2.W_n = W_{n-2} - \frac{W_n}{n-1} \quad\Longrightarrow\quad W_n = \frac{n-1}{n}W_{n-2}.

D’où nWnWn1=(n1)Wn1Wn2nW_nW_{n-1} = (n-1)W_{n-1}W_{n-2} : la suite (nWnWn1)(nW_nW_{n-1}) est constante, égale à 1W1W0=1π21\cdot W_1W_0 = 1\cdot\frac\pi2, donc WnWn1=π2nW_nW_{n-1} = \frac{\pi}{2n}.

5. Les questions 2 et 3 donnent Vn=2WnVn1V_n = 2W_nV_{n-1}, deux fois :

Vn=2Wn2Wn1Vn2=4π2nVn2=2πnVn2.V_n = 2W_n\cdot 2W_{n-1}\,V_{n-2} = 4\,\frac{\pi}{2n}\,V_{n-2} = \frac{2\pi}n\,V_{n-2}.

6. À partir de V0=1V_0 = 1 : V2k=2π2kV2k2=πkV2k2V_{2k} = \frac{2\pi}{2k}V_{2k-2} = \frac\pi kV_{2k-2}, donc V2k=πkk!V_{2k} = \frac{\pi^k}{k!} par récurrence. À partir de V1=2V_1 = 2 : V2k+1=2π2k+1V2k1V_{2k+1} = \frac{2\pi}{2k+1}V_{2k-1}, donc

V2k+1=2j=1k2π2j+1=2k+1πk135(2k+1).V_{2k+1} = 2\prod_{j=1}^k\frac{2\pi}{2j+1} = \frac{2^{k+1}\pi^k}{1\cdot3\cdot5\cdots(2k+1)} .

7. V1=2V_1 = 2, V2=π3.142V_2 = \pi \approx 3.142, V3=4π34.189V_3 = \frac{4\pi}3 \approx 4.189, V4=π224.935V_4 = \frac{\pi^2}2 \approx 4.935, V5=8π2155.264V_5 = \frac{8\pi^2}{15} \approx 5.264, V6=π365.168V_6 = \frac{\pi^3}6 \approx 5.168, V7=16π31054.725V_7 = \frac{16\pi^3}{105} \approx 4.725. Le rapport à un pas est Vn/Vn1=2WnV_n/V_{n-1} = 2W_n, et (Wn)(W_n) est décroissante (sinnsinn1\sin^n \leq \sin^{n-1} ponctuellement). Or 2W5=24523=1615>12W_5 = 2\cdot\frac45\cdot\frac23 = \frac{16}{15} > 1 tandis que 2W6=2563412π2=5π16<12W_6 = 2\cdot\frac56\cdot\frac34\cdot\frac12\cdot\frac\pi2 = \frac{5\pi}{16} < 1 : les rapports dépassent 11 jusqu’à n=5n = 5 et sont inférieurs à 11 à partir de n=6n = 6(Vn)(V_n) croît jusqu’à son maximum V5V_5 puis décroît.

8. Pour n13>4πn \geq 13 > 4\pi : Vn/Vn2=2π/n<12V_n/V_{n-2} = 2\pi/n < \tfrac12, donc VnC2n/2V_{n} \leq C\cdot 2^{-n/2} avec une constante fixe ; mieux, pour tout q>0q > 0, 2π/n<q22\pi/n < q^2 pour nn grand, donc Vn/qn0V_n/q^n \to 0 : la décroissance bat toute suite géométrique. La convergence de Vn\sum V_n découle du rapport Vn/Vn20V_n/V_{n-2} \to 0 (comparaison avec une série géométrique à partir d’un certain rang).

9. k0V2kx2k=k0(πx2)kk!=eπx2\sum_{k\geq0}V_{2k}x^{2k} = \sum_{k\geq0}\frac{(\pi x^2)^k}{k!} = \eu^{\pi x^2}, la série exponentielle (Chapitre 11), convergente pour tout xx. En x=1x = 1 : kV2k=eπ23.14\sum_kV_{2k} = \eu^\pi \approx 23.14.

10. Sur le cube [R,R]n\intcc{-R}R^n, l’intégrande est le produit iexi2\prod_i\eu^{-x_i^2}, donc l’intégrale itérée se factorise : (RRet2 ⁣dt)n\bigl(\int_{-R}^R\eu^{-t^2}\dd t\bigr)^n. En faisant RR \to \infty et en utilisant Ret2 ⁣dt=π\int_\R\eu^{-t^2}\dd t = \sqrt\pi (Exemple 20.17) : In=πn/2I_n = \pi^{n/2}.

11. t=u2t = u^2 donne Γ(12)=0t1/2et ⁣dt=20eu2 ⁣du=π\Gamma(\tfrac12) = \int_0^\infty t^{-1/2}\eu^{-t}\dd t = 2\int_0^\infty\eu^{-u^2}\dd u = \sqrt\pi. En itérant Γ(s+1)=sΓ(s)\Gamma(s+1) = s\Gamma(s) : Γ(k+1)=k!Γ(1)=k!\Gamma(k+1) = k!\,\Gamma(1) = k!, et

Γ(k+32)=(k+12)(k12)12Γ(12)=(2k+1)(2k1)12k+1π.\Gamma\Bigl(k + \frac32\Bigr) = \Bigl(k + \frac12\Bigr)\Bigl(k - \frac12\Bigr)\cdots \frac12\cdot\Gamma\Bigl(\frac12\Bigr) = \frac{(2k+1)(2k-1)\cdots1}{2^{k+1}}\,\sqrt\pi .

12. Posons Fn=πn/2/Γ(n2+1)F_n = \pi^{n/2}/\Gamma(\frac n2 + 1). Puisque Γ(n2+1)=n2Γ(n2)=n2Γ(n22+1)\Gamma(\frac n2 + 1) = \frac n2\,\Gamma(\frac n2) = \frac n2\,\Gamma(\frac{n-2}2 + 1), on obtient Fn=2πnFn2F_n = \frac{2\pi}nF_{n-2} : la même récurrence que VnV_n (question 5). Bases : F1=π/Γ(32)=π/(π2)=2=V1F_1 = \sqrt\pi/\Gamma(\frac32) = \sqrt\pi/(\frac{\sqrt\pi}2) = 2 = V_1 et F2=π/Γ(2)=π=V2F_2 = \pi/\Gamma(2) = \pi = V_2. Par récurrence Vn=FnV_n = F_n pour tout nn ; la question 11 la retraduit en les deux expressions explicites de la question 6.

13. Avec r=tr = \sqrt t : 0er2rn1 ⁣dr=120tn21et ⁣dt=12Γ(n2)\int_0^\infty \eu^{-r^2}r^{n-1}\dd r = \frac12\int_0^\infty t^{\frac n2 - 1}\eu^{-t}\dd t = \frac12\Gamma(\frac n2). D’où

nVn0er2rn1 ⁣dr=Vnn2Γ(n2)=VnΓ(n2+1)=πn/2=In.n\,V_n\int_0^\infty\eu^{-r^2}r^{n-1}\dd r = V_n\cdot\frac n2\,\Gamma\Bigl(\frac n2\Bigr) = V_n\,\Gamma\Bigl(\frac n2 + 1\Bigr) = \pi^{n/2} = I_n .

Les deux membres étant prouvés, l’identité peut se lire comme la décomposition en coquilles de l’intégrale gaussienne : la sphère de rayon rr porte l’aire nVnrn1nV_nr^{n-1}, et le poids gaussien er2\eu^{-r^2} est intégré sur les coquilles.

14. s0=V1=2s_0 = V_1 = 2 (la 00-sphère est deux points), s1=2V2=2πs_1 = 2V_2 = 2\pi, s2=3V3=4πs_2 = 3V_3 = 4\pi, s3=4V4=2π2s_3 = 4V_4 = 2\pi^2 ; et 0Rsn1rn1 ⁣dr=VnRn=vn(R)\int_0^R s_{n-1}r^{n-1}\dd r = V_nR^n = v_n(R) : l’aire est la dérivée radiale du volume.

15. Pour n=2kn = 2k, Stirling (Théorème 6.13) donne k!2πk(k/e)kk! \sim \sqrt{2\pi k}\,(k/\eu)^k, donc

V2k=πkk!(πe/k)k2πk=1πn(2πen)n/2(n=2k).V_{2k} = \frac{\pi^k}{k!} \sim \frac{(\pi\eu/k)^k}{\sqrt{2\pi k}} = \frac1{\sqrt{\pi n}}\Bigl(\frac{2\pi\eu}n\Bigr)^{n/2} \qquad (n = 2k).

Pour nn impair : V2k+1=2W2k+1V2k2V2kV_{2k+1} = 2W_{2k+1}V_{2k} \leq 2V_{2k}, donc les mêmes bornes de décroissance super-géométrique valent (à un facteur 22 et un décalage de un dans l’exposant près) — pour tout q>0q > 0, Vn=o(qn)V_n = o(q^n).

16. V2/4=π/40.785V_2/4 = \pi/4 \approx 0.785 ; V3/8=π/60.524V_3/8 = \pi/6 \approx 0.524 ; V10/210=π512010240.0025V_{10}/2^{10} = \frac{\pi^5}{120\cdot1024} \approx 0.0025. En général Vn/2nVn2/2n2=2π4n=π2n0\frac{V_n/2^n}{V_{n-2}/2^{n-2}} = \frac{2\pi}{4n} = \frac{\pi}{2n} \to 0 : le rapport tend vers 00 (super-géométriquement). La boule inscrite occupe une fraction négligeable : le volume du cube migre vers ses coins.

17. Par la question 1 la boule intérieure de rayon 1ε1 - \varepsilon a pour volume Vn(1ε)nV_n(1-\varepsilon)^n, donc la coquille extérieure porte la fraction 1(1ε)n11 - (1 - \varepsilon)^n \to 1. Pour n=100n = 100, ε=0.01\varepsilon = 0.01 : (0.99)100=e100ln0.99e1.0050.366(0.99)^{100} = \eu^{100\ln0.99} \approx \eu^{-1.005} \approx 0.366 : environ 63%63\% de la boule se trouve à moins de 1%1\% de sa surface.

18. (Wn)(W_n) décroît, donc WnWn1Wn2=nn1WnW_n \leq W_{n-1} \leq W_{n-2} = \frac{n}{n-1}W_n : par encadrement, Wn1/Wn1W_{n-1}/W_n \to 1. En multipliant par WnWn1=π2nW_nW_{n-1} = \frac\pi{2n} : Wn2π2nW_n^2 \sim \frac\pi{2n}, c.-à-d. Wnπ/(2n)W_n \sim \sqrt{\pi/(2n)}. Minoration : Wn2WnWn+1=π2(n+1)W_n^2 \geq W_nW_{n+1} = \frac{\pi}{2(n+1)}, donc Wnπ/(2(n+1))W_n \geq \sqrt{\pi/(2(n+1))} pour tout nn.

19. Numérateur : 1x2ex21 - x^2 \leq \eu^{-x^2} donne (1x2)n12e(n1)x2/2(1 - x^2)^{\frac{n-1}2} \leq \eu^{-(n-1)x^2/2}, et avec a=n12a = \frac{n-1}2,

δ1(1x2)n12 ⁣dxδeax2 ⁣dxδxδeax2 ⁣dx=eaδ22aδ=e(n1)δ2/2(n1)δ.\int_\delta^1(1 - x^2)^{\frac{n-1}2}\dd x \leq \int_\delta^\infty\eu^{-ax^2}\dd x \leq \int_\delta^\infty\frac x\delta\,\eu^{-ax^2}\dd x = \frac{\eu^{-a\delta^2}}{2a\delta} = \frac{\eu^{-(n-1)\delta^2/2}}{(n-1)\delta}.

Dénominateur : 2Wn2π/(n+1)2W_n \geq \sqrt{2\pi/(n+1)} par la question 18. En divisant, on obtient la borne affichée. Pour δ=s/n1\delta = s/\sqrt{n-1} elle devient n+12π(n1)  es2/2/s=O(es2/2/s)\sqrt{\tfrac{n+1}{2\pi(n-1)}}\;\eu^{-s^2/2}/s = O\bigl( \eu^{-s^2/2}/s\bigr), uniformément en nn : en dehors de la dalle x1s/n1\abs{x_1} \leq s/\sqrt{n-1} il n’y a presque pas de volume, pour ss modérément grand — et par symétrie il en va de même pour toute direction.

20. Les deux affirmations coexistent parce qu’elles décrivent des coordonnées différentes du même point. Presque tout point de Bn(1)B_n(1) a une norme proche de 11 (question 17 : concentration radiale près de la sphère), et pourtant chacune de ses nn coordonnées est petite, d’ordre 1/n1/\sqrt n (question 19), ce qui est cohérent puisque nn coordonnées de taille 1/n1/\sqrt n ont une norme d’ordre 11. Le volume en grande dimension se concentre là où toutes les coordonnées se partagent également le budget de norme — près de la sphère, mais loin de tout pôle d’axe de coordonnée.

21. Tranchons Δn\Delta_n en xn=t[0,1]x_n = t \in \intcc01 : la tranche est {xRn1:xi0, xi1t}=(1t)Δn1\{x' \in \R^{n-1} : x_i \geq 0,\ \sum x_i \leq 1 - t\} = (1-t)\Delta_{n-1}, de volume (1t)n1vol(Δn1)(1-t)^{n-1}\operatorname{vol}(\Delta_{n-1}) par homogénéité. Donc

vol(Δn)=vol(Δn1)01(1t)n1 ⁣dt=vol(Δn1)nvol(Δn)=1n!.\operatorname{vol}(\Delta_n) = \operatorname{vol}(\Delta_{n-1})\int_0^1(1 - t)^{n-1}\dd t = \frac{\operatorname{vol}(\Delta_{n-1})}{n} \quad\Longrightarrow\quad \operatorname{vol}(\Delta_n) = \frac1{n!}\,.

22. Les 2n2^n orthants de signes découpent CnC_n en 2n2^n copies de Δn\Delta_n (avec des recouvrements négligeables sur les hyperplans de coordonnées) : vol(Cn)=2nn!\operatorname{vol}(C_n) = \frac{2^n}{n!}. Si xi1\sum\abs{x_i} \leq 1 alors xi2(xi)21\sum x_i^2 \leq \bigl(\sum\abs{x_i}\bigr)^2 \leq 1 : CnBn(1)C_n \subseteq B_n(1) ; et Bn(1)[1,1]nB_n(1) \subseteq \intcc{-1}1^n puisque xix\abs{x_i} \leq \norm x. D’où 2nn!Vn2n\frac{2^n}{n!} \leq V_n \leq 2^n — en cohérence avec la question 15, qui place VnV_n entre les échelles factorielle et géométrique.

23. Pour (x,y)(x, y) dans le disque unité, la tranche de B4(1)B_4(1) est le disque de rayon 1x2y2\sqrt{1 - x^2 - y^2} dans le plan des (z,w)(z, w), d’aire π(1x2y2)\pi(1 - x^2 - y^2). En polaires :

V4=x2+y21π(1x2y2) ⁣dx ⁣dy=π02π ⁣ ⁣01(1ρ2)ρ ⁣dρ ⁣dα=π2π14=π22,V_4 = \iint_{x^2+y^2\leq1}\pi(1 - x^2 - y^2)\,\dd x\,\dd y = \pi\int_0^{2\pi}\!\!\int_0^1(1 - \rho^2)\rho\, \dd\rho\,\dd\alpha = \pi\cdot2\pi\cdot\frac14 = \frac{\pi^2}2 ,

en accord avec la question 6.

24. La probabilité est le rapport de volumes V20220=π1010!2200.025810485762.5108\dfrac{V_{20}}{2^{20}} = \dfrac{\pi^{10}}{10!\cdot2^{20}} \approx \dfrac{0.0258}{1\,048\,576} \approx 2.5\cdot10^{-8}. Le nombre de tirages jusqu’au premier succès est d’ordre l’inverse, environ 41074\cdot10^7 : un échantillonneur par rejet qui fonctionnait à merveille pour le disque (π/4\pi/4 de succès) est inutile en dimension 2020 — le fléau de la dimension en une ligne.

25. La voie une (Parties I–II) a utilisé : le découpage en tranches de type Fubini de l’intégrale itérée, la substitution à une variable dans chaque coordonnée (homogénéité), et les intégrales de Wallis — pur calcul à une variable plus récurrence. La voie deux (Partie III) a utilisé : Fubini pour la structure de produit de InI_n, le changement de variables polaire à travers l’intégrale de Gauss de Exemple 20.17, et l’équation fonctionnelle de la fonction Γ\Gamma. Elles se rejoignent en Vn=πn/2/Γ(n2+1)V_n = \pi^{n/2}/\Gamma(\frac n2 + 1), avec Stirling (Théorème 6.13) convertissant la formule en asymptotique. Le volume de Licence 3 reconstruit tout ceci sur l’intégrale de Lebesgue : là, Fubini et le changement de variables sont des théorèmes pour des fonctions intégrables générales, les coordonnées sphériques existent en toute dimension, et les mêmes volumes de boule réapparaissent comme les dividendes travaillés des problèmes de mesure produit et de Stirling — avec la convergence dominée remplaçant nos encadrements faits main.