Mathématiques · Glossaire

Qu'est-ce que « produit scalaire » ?

Aussi appelé : espace euclidien · espace de Hilbert

Définition 23.1 Mathématiques universitaires — Licence 1 · Chapitre 23 — Espaces euclidiens

Un produit scalaire sur EE est une application , ⁣:E×ER\langle\cdot,\cdot\rangle \colon E \times E \to \R bilinéaire, symétrique et définie positive (x,x>0\langle x, x\rangle > 0 pour x0x \neq 0). Un espace de dimension finie ainsi muni est un espace euclidien. La norme de xx est x=x,x\norm{x} = \sqrt{\langle x, x\rangle}, et d(x,y)=xyd(x, y) = \norm{x - y}.

Exemples

Exemple 23.2

Sur Rn\R^n : le produit canonique x,y=xiyi\langle x, y\rangle = \sum x_i y_i. Sur C([a,b])C(\intcc{a}{b}) : f,g=abfg\langle f, g \rangle = \int_a^b fg (le caractère défini positif est Théorème 15.7 (4)). Sur Rn[X]\R_n[X] : P,Q=01PQ\langle P, Q\rangle = \int_0^1 PQ, ou iP(xi)Q(xi)\sum_{i} P(x_i)Q(x_i) sur n+1n+1 points distincts.

Exemple 23.3 (L’angle entre deux polynômes)

Une fois un produit scalaire choisi, deux vecteurs non nuls quelconques ont un angle, via cosθ=x,yxy\cos\theta = \frac{\langle x, y\rangle}{\norm x\,\norm y} (un cosinus légitime grâce à Cauchy–Schwarz). Pour XX et X2X^2 avec 01\int_0^1 :

X,X2=14,X=13,X2=15,cosθ=1/41/15=1540.968:\langle X, X^2\rangle = \frac14, \qquad \norm X = \frac1{\sqrt3}, \qquad \norm{X^2} = \frac1{\sqrt5}, \qquad \cos\theta = \frac{1/4}{1/\sqrt{15}} = \frac{\sqrt{15}}{4} \approx 0.968 :

soit un angle d’environ 14.514.5 degrés — sur [0,1]\intcc{0}{1}, les graphes de xx et de x2x^2 sont « presque parallèles » au sens de la moyenne quadratique, ce qui explique qu’en retirant cette direction commune (Gram–Schmidt, plus bas) il ne reste que la petite correction X2X+16X^2 - X + \frac16.

Exemple 23.7 (Coordonnées orthonormales, avec une vérification de Parseval)

Décomposons x=(1,2,3)x = (1, 2, 3) dans la base orthonormale de l’Exercice 23.3,

e1=12(1,1,0),e2=16(1,1,2),e3=13(1,1,1).e_1 = \tfrac{1}{\sqrt2}(1,1,0), \quad e_2 = \tfrac{1}{\sqrt6}(1,-1,2), \quad e_3 = \tfrac{1}{\sqrt3}(-1,1,1).

Aucun système à résoudre — trois produits scalaires :

x,e1=32,x,e2=12+66=56,x,e3=1+2+33=43.\langle x, e_1\rangle = \frac{3}{\sqrt2}, \qquad \langle x, e_2\rangle = \frac{1 - 2 + 6}{\sqrt6} = \frac{5}{\sqrt6}, \qquad \langle x, e_3\rangle = \frac{-1 + 2 + 3}{\sqrt3} = \frac{4}{\sqrt3}.

Certification par la formule de la norme de la proposition :

92+256+163=27+25+326=14=x2=1+4+9.\frac{9}{2} + \frac{25}{6} + \frac{16}{3} = \frac{27 + 25 + 32}{6} = 14 = \norm{x}^2 = 1 + 4 + 9 .

Cette vérification par la somme des carrés des coordonnées (une identité de Parseval finie) coûte quelques secondes et détecte presque à coup sûr les erreurs de signe et de normalisation — prenez-en l’habitude chaque fois que vous calculez une décomposition orthonormale ; sa version en dimension infinie, pour les coefficients de Fourier de l’Exemple 23.14, est un théorème du volume de Licence 3.

Lire dans le chapitre →
Définition 13.1 Mathématiques universitaires — Licence 3 · Chapitre 13 — Espaces de Hilbert

Un produit scalaire est une application , ⁣:H×HK\langle \cdot,\cdot\rangle \colon H\times H \to K, linéaire en la seconde variable, avec y,x=x,y\langle y, x\rangle = \overline{\langle x, y\rangle} et x,x>0\langle x, x\rangle > 0 pour x0x \neq 0. Elle induit la norme x=x,x1/2\norm x = \langle x, x\rangle^{1/2}, l’inégalité de Cauchy–Schwarz x,yxy\abs{\langle x, y\rangle} \leq \norm x\norm y (la preuve de deuxième année — le discriminant — est inchangée), et la identité du parallélogramme

x+y2+xy2=2x2+2y2.\norm{x + y}^2 + \norm{x - y}^2 = 2\norm x^2 + 2\norm y^2 .

Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour cette norme. Exemples : 2\ell^2 (Problème 8.1) et, l’exemple fondamental, L2(μ)L^2(\mu) avec f,g=fˉg ⁣dμ\langle f, g\rangle = \int\bar fg\,\dd\mucomplet par Riesz–Fischer (Théorème 12.4) ; le produit scalaire est fini par Cauchy–Schwarz (== Hölder en p=q=2p = q = 2).

Exemples

Exemple 13.5 (Une projection, calculée jusqu’au bout)

Dans H=L2([0,1])H = L^2(\intcc01), quelle est la meilleure approximation de f(x)=x2f(x) = x^2 par une fonction affine ? Le sous-espace F=Vect(1,x)F = \operatorname{Vect}(1, x) est fermé (dimension finie), et pF(f)=a+bxp_F(f) = a + bx est caractérisé par l’orthogonalité du résidu à 11 et à xx :

01(x2abx) ⁣dx=0,01x(x2abx) ⁣dx=0,\int_0^1(x^2 - a - bx)\,\dd x = 0, \qquad \int_0^1x\,(x^2 - a - bx)\,\dd x = 0,

c’est-à-dire 13=a+b2\frac13 = a + \frac b2 et 14=a2+b3\frac14 = \frac a2 + \frac b3 : a=16a = -\frac16, b=1b = 1. Donc pF(x2)=x16p_F(x^2) = x - \frac16, et l’erreur vaut

d(f,F)2=01(x2x+16)2 ⁣dx=1180,d(f,F)=165.d(f, F)^2 = \int_0^1\Bigl(x^2 - x + \frac16\Bigr)^2\dd x = \frac1{180}, \qquad d(f, F) = \frac1{6\sqrt5} .

Deux remarques à intérioriser. D’abord, le calcul n’est rien d’autre qu’un système linéaire 2×22\times2 — les équations normales ; pour la base monomiale leur matrice (1i+j+1)\bigl(\frac1{i+j+1}\bigr) est la tristement célèbre matrice de Hilbert, mal conditionnée, et orthonormaliser d’abord (polynômes de Legendre, Problème 13.1) est le remède. Ensuite, la meilleure approximation uniforme de x2x^2 par des affines est différente (x18x - \frac18, par équi-oscillation) : chaque norme a sa géométrie, et seule la géométrie hilbertienne répond par un système linéaire.

Lire dans le chapitre →