Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
13Espaces de Hilbert
Un espace de Hilbert est un espace de Banach dont la norme provient d’un produit scalaire — et cette unique structure supplémentaire restaure, en dimension infinie, presque toute la géométrie euclidienne : les projections orthogonales existent, toute forme linéaire continue est un produit scalaire contre un vecteur fixe (Riesz), et les bases orthonormées développent chaque vecteur en une série convergente avec la comptabilité pythagoricienne (Parseval). Le point culminant du chapitre honore une dette du volume de deuxième année : le système trigonométrique est une base hilbertienne de , si bien que l’identité de Parseval vaut pour toute fonction de carré intégrable — l’énoncé que la deuxième année ne pouvait démontrer que pour les fonctions par morceaux. Nous terminons par Lax–Milgram, le lemme de travail de l’approche variationnelle des équations différentielles.
Tout au long du chapitre, est un espace vectoriel sur ou .
13.1 Produits scalaires ; le théorème de projection
Définition 13.1
Un produit scalaire est une application , linéaire en la seconde variable, avec et pour . Elle induit la norme , l’inégalité de Cauchy–Schwarz (la preuve de deuxième année — le discriminant — est inchangée), et la identité du parallélogramme
Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour cette norme. Exemples : (Problème 8.1) et, l’exemple fondamental, avec — complet par Riesz–Fischer (Théorème 12.4) ; le produit scalaire est fini par Cauchy–Schwarz ( Hölder en ).
Théorème 13.2 (Projection sur un convexe fermé)
Soit un sous-ensemble convexe fermé de l’espace de Hilbert et . Il existe un unique tel que
caractérisé par : pour tout . L’application est -lipschitzienne.
Démonstration. Soit et avec . Parallélogramme sur et :
(la convexité place le milieu dans ) : le membre de droite tend vers , donc est de Cauchy, et sa limite (fermé) réalise . Unicité : deux minimiseurs donnent, par la même identité, .
Caractérisation : pour , , le vecteur , d’où
on divise par : . Réciproquement cette inégalité donne . Lipschitz : pour de projections , on additionne les deux inégalités variationnelles (avec , resp. ) : , d’où . ∎
Théorème 13.3 (Décomposition orthogonale)
Soit un sous-espace fermé de . Alors est linéaire, pour tout , et
Pour un sous-espace quelconque, ; en particulier est dense ssi .
Démonstration. Pour un sous-espace, la caractérisation variationnelle avec (, les deux signes, et dans le cas complexe) force : le résidu est orthogonal à . Décomposition avec () ; la linéarité de suit de l’unicité de telles décompositions (les deux côtés y sont linéaires). toujours ; réciproquement si , on écrit : et : . Pour un sous-espace général : (continuité du produit scalaire), donc par le cas fermé ; densité ssi ssi . ∎
Théorème 13.4 (Représentation de Riesz)
Pour toute forme linéaire continue il existe un unique tel que
Démonstration. Si : . Sinon est un sous-espace fermé propre ; on prend , (Théorème 13.3 : puisque ). Pour tout , le vecteur , donc :
Donc convient. Unicité : pour tout , on teste . Normes : (Cauchy–Schwarz) avec égalité en . ∎
Exemple 13.5 (Une projection, calculée jusqu’au bout)
Dans , quelle est la meilleure approximation de par une fonction affine ? Le sous-espace est fermé (dimension finie), et est caractérisé par l’orthogonalité du résidu à et à :
c’est-à-dire et : , . Donc , et l’erreur vaut
Deux remarques à intérioriser. D’abord, le calcul n’est rien d’autre qu’un système linéaire — les équations normales ; pour la base monomiale leur matrice est la tristement célèbre matrice de Hilbert, mal conditionnée, et orthonormaliser d’abord (polynômes de Legendre, Problème 13.1) est le remède. Ensuite, la meilleure approximation uniforme de par des affines est différente (, par équi-oscillation) : chaque norme a sa géométrie, et seule la géométrie hilbertienne répond par un système linéaire.
13.2 Bases orthonormées
Définition 13.6
Une famille est orthonormée si , et une base hilbertienne (base orthonormée) si de plus ses combinaisons linéaires finies sont denses dans (la famille est totale). On traite le cas dénombrable , qui par Gram–Schmidt couvre tout séparable (Proposition 13.8).
Théorème 13.7 (Bessel, Parseval)
Soit orthonormée dans , et .
- (Bessel) , et la série converge dans , de somme , .
- Les assertions suivantes sont équivalentes : (i) est une base hilbertienne ; (ii) pour tout ; (iii) Parseval : pour tout ; (iv) le seul vecteur orthogonal à tous les est .
- Si est une base hilbertienne, est un isomorphisme isométrique (tout espace de Hilbert séparable de dimension infinie « est » ), et .
Démonstration. (1) Pour fini : (), donc Pythagore donne : Bessel. Les sommes partielles sont de Cauchy : , queue d’une série convergente ; la limite est dans , et chaque (continuité), donc : par unicité de la décomposition orthogonale, .
(2) (i)(ii) : , donc . (ii)(iii) : Pythagore à la limite (). (iii)(iv) : tous les donne . (iv)(i) : (l’orthogonalité à tous les est l’orthogonalité à ), donc est dense par le Théorème 13.3 ; mais , une fermeture, est déjà fermé : .
(3) L’application est linéaire, isométrique par (iii) (donc injective), et surjective : pour , la série converge (Cauchy comme en (1)) vers un antécédent. La formule du produit scalaire est la polarisation de (iii), ou un calcul direct de limite. ∎
Proposition 13.8 (Gram–Schmidt)
Soit une suite linéairement indépendante. En posant inductivement et on produit une famille orthonormée de mêmes enveloppes finies : . Par suite tout espace de Hilbert séparable (muni d’une partie dense dénombrable) possède une base hilbertienne.
Démonstration. Récurrence : () par construction, et par indépendance ; les enveloppes coïncident à chaque étape (changement de base triangulaire). Pour un séparable : d’une suite dense on extrait une sous-famille linéairement indépendante d’enveloppe dense (on jette chaque vecteur dans l’enveloppe de ses prédécesseurs — l’enveloppe ne change pas), on orthonormalise : le résultat est total. ∎
Théorème 13.9 (Le système trigonométrique ; Parseval enfin)
Dans avec , la famille , , est une base hilbertienne. Par suite, pour toute — en particulier toute -périodique continue par morceaux — avec :
Ceci démontre, en toute généralité, l’identité de Parseval que la deuxième année admettait.
Démonstration. L’orthonormalité est un calcul direct (deuxième année). Totalité : soit orthogonale à tous les , c’est-à-dire que tous les coefficients de Fourier s’annulent. Les fonctions continues -périodiques sont denses dans : en effet est dense (Théorème 12.6(2)) et de telles fonctions se prolongent périodiquement et continûment. Les polynômes trigonométriques sont -denses parmi les fonctions continues périodiques (Stone–Weierstrass, Corollaire 7.16(c)), et : les polynômes trigonométriques sont denses dans . Or tout polynôme trigonométrique, donc un sous-espace dense : (Théorème 13.3). Le critère (iv) du Théorème 13.7 conclut ; (ii) et (iii) déplient l’affichage (en réindexant le dénombrable ; la série bidirectionnelle converge inconditionnellement — les sommes partielles sur toute famille exhaustive convergent, par l’argument de queue ). ∎
Théorème 13.10 (Lax–Milgram)
Soit un espace de Hilbert réel et bilinéaire, continue () et coercive (, ). Alors pour tout il existe un unique tel que
Démonstration. Pour fixé, est linéaire continue : Riesz donne un unique avec ; est linéaire avec (unicité des représentants, puis majoration). Coercivité : , donc : est injective à image fermée (une suite image de Cauchy force de Cauchy). L’image est dense : donne . Fermée et dense : est bijective. Pour donné, soit son représentant (Riesz) et : , uniquement ( et coercivité). ∎
Remarque 13.11
Lorsque est symétrique, la solution de Lax–Milgram est l’unique minimiseur de l’énergie (Exercice 13.9) : existence de solutions aux problèmes variationnels d’un seul coup. Appliqué à des espaces de fonctions adéquats (les espaces de Sobolev d’un cours ultérieur), ceci résout les problèmes aux limites pour les équations différentielles — la porte d’entrée moderne aux équations aux dérivées partielles.
13.3 Exercices
Exercice 13.1 ★
(a) Démontrer les identités de polarisation (réelle : ; complexe : la version à quatre termes). (b) Montrer que sur et sur violent l’identité du parallélogramme : ces normes ne proviennent d’aucun produit scalaire.
Solution
Solution de Exercice 13.1.
(a) Réel : développer et soustraire. Complexe (produit scalaire linéaire en le second argument) : en développant comme ci-dessus,
chaque terme contribuant , dont la somme est (vérifier les quatre valeurs de ; le ).
(b) : , : chacun, somme ; . Norme uniforme : , sur : . En échouant l’identité du parallélogramme, ces normes ne sont induites par aucun produit scalaire (qui la forcerait par développement direct).
Exercice 13.2 ★
Dans (réel) : (a) calculer la projection de sur le sous-espace des fonctions constantes, et interpréter ; (b) calculer la projection sur ; (c) calculer .
Solution
Solution de Exercice 13.2.
(a) : en effet les constantes (). La meilleure approximation constante de en moyenne quadratique est sa moyenne — la première instance d’espérance conditionnelle (Chapitre 22).
(b) : la différence est orthogonale à tout s’annulant sur .
(c) : .
Exercice 13.3 ★★
(a) Montrer que pour un sous-espace : dense , et donner un exemple dans d’un sous-espace dense propre (donc sans : le théorème de décomposition exige vraiment que soit fermé). (b) Montrer que si et en norme, alors , et repérer deux endroits du chapitre où cette continuité a été utilisée.
Solution
Solution de Exercice 13.3.
(a) L’équivalence est Théorème 13.3 (, et ). Exemple : l’espace des suites finies est dense dans (troncature) et propre : pourtant — pour un sous-espace non fermé, échoue ostensiblement ().
(b) (les suites convergentes sont bornées). Utilisé : dans Théorème 13.7(1) pour voir , et dans Théorème 13.3 pour voir .
Exercice 13.4 ★★
Appliquer Gram–Schmidt à dans (mesure de Lebesgue) : obtenir les trois premiers polynômes de Legendre normalisés, et vérifier qu’ils coïncident avec pour les polynômes de Rodrigues du Problème 13.1.
Solution
Solution de Exercice 13.4.
. Ensuite, déjà (), et : . Puis (et par parité), avec
Comparaison : , , , et donne , , : exactement .
Exercice 13.5 ★★
Appliquer Parseval (Théorème 13.9) à et sur — désormais légitimement pour ces fonctions (continues, mais auparavant l’identité exigeait un soin par morceaux au saut de recollement) : retrouver
Solution
Solution de Exercice 13.5.
Pour : et, en intégrant par parties, pour : . Parseval :
Pour : , (). Parseval :
Aucune précaution par morceaux n’est nécessaire : Théorème 13.9 couvre toute fonction .
Exercice 13.6 ★★
(a) Trouver tel que pour tout ; calculer pour cette forme. (b) Montrer que l’évaluation , définie sur le sous-espace , n’est pas continue pour : aucun représentant de Riesz n’existe (l’évaluation n’est pas une notion ).
Solution
Solution de Exercice 13.6.
(a) : le représentant est , et (Théorème 13.4).
(b) Prendre les fonctions tente de pic en et support de largeur : tandis que : aucune constante ne peut donner . L’évaluation ponctuelle est sans sens dans — les éléments sont des classes modulo les ensembles nuls — et ce calcul en est la raison quantitative.
Exercice 13.7 ★★★
Soit séparable de base hilbertienne , et une suite bornée. (a) Montrer qu’une sous-suite converge faiblement : il existe avec pour tout . (Extraction diagonale sur les coefficients ; assembler via Bessel et la bornitude uniforme des normes.) (b) Montrer mais : les limites faibles peuvent perdre de la norme. Montrer en (a).
Solution
Solution de Exercice 13.7.
(a) Soit . Les suites scalaires sont bornées par : une extraction diagonale produit avec pour tout . Pour chaque : (Bessel), donc et (Théorème 13.7(3)). Pour :
en utilisant le développement et Cauchy–Schwarz sur la queue ; choisir puis : convergence faible vers .
(b) pour tout (queues ) : , pourtant : la norme n’est pas faiblement continue. En (a) : (sections finies et Bessel encore) : les limites faibles ne peuvent que perdre de la norme.
Exercice 13.8 ★★
(Adjoints) Pour , montrer qu’il existe un unique avec (Riesz), et . Calculer l’adjoint du décalage sur , et prouver — en déduire .
Solution
Solution de Exercice 13.8.
Pour fixé, est une forme linéaire continue ; Riesz donne un unique avec pour tout — en conjuguant, . L’unicité rend linéaire ;
donc , et donne l’égalité. Décalage : avec : le décalage rétrograde. Noyau–image : ssi pour tout ssi pour tout ssi : ; en prenant et en utilisant le Théorème 13.3, .
Exercice 13.9 ★★
Soit comme dans Lax–Milgram et de plus symétrique. Montrer que résout ssi minimise , et que le minimum est atteint en exactement un point. (Compléter le carré : .) Application : redériver le théorème de projection pour les sous-espaces fermés à partir de Lax–Milgram.
Solution
Solution de Exercice 13.9.
Si : pour tout ,
strictement positif pour : est l’unique minimiseur. Réciproquement, en un minimiseur la fonction (un polynôme quadratique en ) a une dérivée nulle en : pour tout . Projection redérivée : pour un sous-espace fermé , appliquer Lax–Milgram sur l’espace de Hilbert avec () et : un unique avec pour tout , i.e. — et par le cas symétrique, minimise sur : la projection.
Exercice 13.10 ★★★
(Le système de Haar) Sur , soit , et pour (, ) :
Montrer que est orthonormée dans , et totale. (Orthogonalité : supports disjoints ou emboîtés ; totalité : les enveloppes finies contiennent toutes les fonctions en escalier dyadiques, qui sont denses — via le Théorème 12.6(1) et l’approximation dyadique des intervalles.) Le système de Haar est l’ancêtre des ondelettes.
Solution
Solution de Exercice 13.10.
Normalisation : . Orthogonalité : deux fonctions de Haar distinctes ont soit des supports (intérieurs) disjoints (produit nul p.p.), soit le support de la plus fine contenu dans un demi-intervalle où la plus grossière est constante — alors l’intégrale du produit est cette constante fois ; contre , encore . Totalité : l’enveloppe de est constituée des fonctions en escalier sur la grille dyadique de pas ; les deux espaces ont dimension et les fonctions de Haar sont indépendantes (orthonormées) : l’enveloppe est toutes ces fonctions en escalier. Les fonctions en escalier dyadiques sont denses dans : les fonctions simples sont denses (Théorème 12.6(1)), les ensembles mesurables s’approchent par unions finies d’intervalles (Exercice 9.7), et les intervalles par des dyadiques (extrémités bougent de ). Par le Théorème 13.7, le système de Haar est une base hilbertienne.
Exercice 13.11 ★★
(Projections orthogonales, caractérisées) Soit un espace de Hilbert et avec , . Montrer l’équivalence de : (i) est la projection orthogonale sur ; (ii) (Exercice 13.8) ; (iii) . (Pour (iii) (i) : si un avait , considérer — ou directement : pour et , développer pour tout et conclure .) Exhiber une projection non orthogonale sur et calculer sa norme.
Solution
Solution de Exercice 13.11.
(i) (ii) : pour la projection orthogonale, (insérer les décompositions etc. et tuer les termes croisés). (ii) (iii) : , donc , et sur l’image non nulle : . (iii) (i) : (algébriquement, de ) ; prendre , , : doit être pour tout , forçant (comparer les termes linéaires quand ) ; remplacer par tue aussi la partie imaginaire : , ce qui est exactement l’orthogonalité de la projection. Exemple : sur : , image l’axe des , noyau la droite , et (atteint en ) : une projection oblique a une norme . (Pour la chronique, (ii) donne aussi (i) directement : par l’ Exercice 13.8.)
Exercice 13.12 ★★★
(Théorème ergodique de von Neumann) Soit unitaire (), l’espace des points fixes, la projection orthogonale sur , et . (a) Montrer (à partir de et de l’unitarité), et en déduire . (b) Montrer que pour , et pour (télescopage), puis pour (borne uniforme ). (c) Conclure : pour tout — les moyennes temporelles convergent vers la projection sur les invariants. (d) Détailler pour et avec irrationnel : identifier (utiliser les séries de Fourier, Théorème 13.9) et en déduire que dans : l’équidistribution des rotations irrationnelles.
Solution
Solution de Exercice 13.12.
(a) Pour unitaire : et : les deux s’annulent ensemble, donc . Puis, en utilisant (Exercice 13.8) avec et :
(b) Sur : , donc . Pour : , de norme . Pour dans la fermeture : pour donné, prendre avec ; comme , .
(c) Décomposer avec et (partie (a)) : .
(d) Dans la base de Fourier : , donc ssi ssi ( irrationnel) : et . Le théorème se lit dans : les moyennes d’orbite d’une rotation irrationnelle s’équidistribuent — l’ombre du théorème d’équidistribution de Weyl, obtenue par pure géométrie hilbertienne.
13.4 Problème : polynômes orthogonaux
Problème 13.1
Problème du week-end — Legendre, Hermite, et quadrature de Gauss
Soit un intervalle et un poids continu sur l’intérieur de tel que pour tout ; on travaille dans avec . Gram–Schmidt appliqué à produit les polynômes orthogonaux pour (normalisation monique : ).
Partie I — Théorie générale.
- Montrer que est orthogonal à tout polynôme de degré , et que est une base de .
(Récurrence à trois termes) Montrer qu’il existe des réels avec
(Développer dans la base et tuer les coefficients par orthogonalité, en utilisant .)
- (Racines) Montrer que a racines distinctes, toutes intérieures à . (Soit les changements de signe intérieurs de ; si , tester contre et contredire l’orthogonalité.)
Partie II — Legendre (, ). On pose (Rodrigues).
- Montrer avec coefficient dominant , et, en intégrant par parties fois, que pour tout polynôme de degré : les sont (à normalisation près) les polynômes orthogonaux pour .
- Calculer (intégrer par parties fois contre soi-même et se ramener à une intégrale Bêta/Wallis, Exercice 11.8).
- Montrer que les polynômes de Legendre normalisés forment une base hilbertienne de (Weierstrass, Corollaire 7.16, plus densité de dans ), et développer jusqu’au degré : calculer la meilleure approximation quadratique de .
Partie III — Hermite (, ). On pose .
- Montrer que est un polynôme de degré de coefficient dominant , que , et que (parties encore).
- Montrer que la famille d’Hermite est totale dans , en admettant un résultat du Chapitre 14 : si a pour tout , alors p.p. (Pour tous les , i.e. tous les polynômes : montrer que est bien définie, développer l’exponentielle en série, justifier l’interversion par domination, et conclure que la transformée de Fourier de s’annule.)
Partie IV — Quadrature de Gauss. On fixe , on note les racines de (Partie I), et on définit les poids où les sont les polynômes de base de l’interpolation de Lagrange aux .
- Montrer que la règle de quadrature est exacte sur tous les polynômes de degré (interpolation), et en fait — le miracle — sur tous les polynômes de degré : écrire et utiliser l’orthogonalité sur le quotient .
- Montrer que les poids sont positifs (appliquer la règle à , de degré ), et en déduire du théorème de Polya (Exercice 8.9) que la quadrature de Gauss converge : pour toute continue sur un compact.
- Pour , , : calculer les nœuds et les poids , et vérifier l’exactitude sur à la main. Comparer avec la règle des trapèzes sur les mêmes deux points d’évaluation.
Partie V — Chebyshev : les polynômes qui oscillent le mieux. Maintenant et .
Montrer que définit un polynôme de degré (établir à partir d’une identité trigonométrique), de coefficient dominant pour ; et que la substitution donne
les sont les polynômes orthogonaux pour ce poids, et les développements de Chebyshev sont des séries de Fourier en cosinus déguisées.
- Localiser explicitement les racines et les extrema de sur , où : le graphe équi-oscille entre .
- (Minimax) Montrer que parmi tous les polynômes moniques de degré , le polynôme a la plus petite norme uniforme sur , à savoir — et qu’il est l’unique minimiseur. (Si un monique avait , la différence , de degré , alternerait en signe aux points d’équi-oscillation.)
- Application à l’interpolation : pour des nœuds dans , l’erreur de l’interpolation de Lagrange d’une fonction met en jeu . Montrer que le choix des racines de Chebyshev comme nœuds minimise , et donner la borne résultante — comparer avec des nœuds équidistants (énoncer le phénomène de Runge comme histoire d’avertissement).
- Vérifier (dériver et prendre les limites ) : des polynômes bornés par sur peuvent avoir une dérivée aussi grande que au bord (l’inégalité de Markov dit pas plus — énoncé seulement). Où dans l’intervalle la borne de dérivée n’est-elle que ?
- (Quadrature de Chebyshev–Gauss) Montrer que la règle de Gauss pour le poids aux racines de Chebyshev a des poids égaux (exactitude sur plus les sommes trigonométriques pour ) : la plus uniforme de toutes les quadratures. L’écrire pour .
Partie VI — Christoffel–Darboux, entrelacement, et matrice de Jacobi. Retour à un poids général ; ( monique), .
- (Norme minimale) Montrer que parmi tous les polynômes moniques de degré , l’orthogonal est l’unique de norme minimale — identifier la minimisation comme une projection orthogonale sur (Théorème 13.2 ou la projection de dimension finie de deuxième année). La propriété minimax de la question 14 est le même énoncé avec à la place de : même héros, deux normes.
(Christoffel–Darboux) Prouver, par récurrence sur via la récurrence à trois termes, l’identité
et sa forme confluente () : .
- En déduire que et n’ont aucune racine commune, et qu’en toute racine de : . Conclure l’entrelacement des racines : entre deux racines consécutives de se trouve exactement une racine de .
- (Matrice de Jacobi) Soit la matrice tridiagonale symétrique de diagonale et d’entrées hors diagonale . Montrer par récurrence que , donc les racines de sont les valeurs propres d’une matrice symétrique réelle — redémontrant en une ligne qu’elles sont réelles, et (avec l’entrelacement ci-dessus) liant les polynômes orthogonaux au monde spectral du Chapitre 15.
- (Synthèse) Assembler le dictionnaire pour les trois familles classiques (Legendre, Hermite, Chebyshev) : intervalle, poids, formule définissante, récurrence à trois termes, norme, et l’habitat naturel de chacune (quadrature et approximation sur les compacts ; analyse gaussienne ; minimax et méthodes de Fourier en cosinus). Une phrase sur ce que la théorie générale (Parties I, VI) a donné qu’aucun calcul individuel ne pouvait.
Partie VII — Le terme d’erreur, et le noyau derrière les poids. Ici est compact et .
(Formule d’erreur de Gauss) Soit l’interpolant d’Hermite de degré coïncidant avec et aux nœuds (prouver son existence et l’erreur ponctuelle
par l’argument usuel de fonction auxiliaire). En déduire, en intégrant cette identité contre et en serrant entre les extrema de , que
avec comme en Partie VI : la quadrature de Gauss erre d’une -ième dérivée, pondérée par la norme au carré du polynôme orthogonal monique.
(Les poids sont des valeurs de Christoffel) En utilisant le noyau reproduisant de et l’exactitude de jusqu’au degré , prouver
chaque poids est la valeur en son nœud de la fonction de Christoffel — positivité des poids (question 10) encore, maintenant avec une formule exacte. Vérifier qu’elle retrouve pour , , .
(Tout se vérifie sur une intégrale) Pour le poids de Chebyshev et nœuds, calculer les deux côtés de
donc l’erreur de quadrature est exactement ; puis vérifier que la formule d’erreur de la question 23 prédit précisément cette valeur (ici est constante, et ) : théorie et calcul s’accordent jusqu’au dernier chiffre.
Solution
Solution de Problème 13.1.
1. Gram–Schmidt garantit et (), d’où . Les , de degrés strictement croissants, sont indépendants : une base.
2. est monique de degré : développer avec . Pour : (degré ). Donc , la récurrence annoncée, avec
3. Soit les points intérieurs à où change de signe, et (avec si ). Alors a un signe constant sur et n’est pas p.p. nul : . Si , ceci contredit . Donc : a racines intérieures distinctes (il en a au plus en tout).
4. a degré ; dérivées laissent degré , avec coefficient dominant . Pour , intégrer par parties fois : tous les termes de bord contiennent une dérivée d’ordre de , qui s’annule en (racine d’ordre ) ; après étapes l’intégrande porte .
5. Avec :
( ; termes de bord nuls comme en question 4). Et (Exercice 11.8). En combinant : .
6. Les polynômes sont -denses dans (Weierstrass, Corollaire 7.16), les fonctions continues sont -denses (Théorème 12.6), et : les enveloppes polynomiales sont totales, donc les normalisés forment une base hilbertienne. Développement de : le coefficient contre est ; contre : (parité) ; contre : . Meilleure approximation quadratique :
7. De et Leibniz, ; la récurrence donne degré et coefficient dominant . Pour , intégrer par parties fois dans : les termes de bord (polynôme ) s’annulent en , laissant . Pour : , donc .
8. Soit orthogonal à tout polynôme, et . Alors : (Cauchy–Schwarz). Pour , développer : les sommes partielles sont dominées car
(la dernière série converge : , donc les termes sont ). L’intégration terme à terme (Corollaire 10.7 appliqué à la série absolue, puis Fubini pour les séries) donne
chaque intégrale étant de type . Par l’injectivité admise de la transformée de Fourier (Chapitre 14), p.p., donc p.p. : la famille d’Hermite (dont les enveloppes sont les polynômes) est totale.
9. Exactitude jusqu’au degré : pour un tel , exactement, donc . Degré : diviser , , ; alors (), tandis que puisque les nœuds sont les racines de . Égal.
10. a degré et : . Polya (Exercice 8.9, transporté à avec poids) : la condition (i) tient — chaque polynôme est intégré exactement une fois son degré ; condition (ii) : , bornée : pour toute , compact.
11. Monique (de l’ Exercice 13.4) : nœuds . Poids : , et ; par symétrie . Exactitude : ; ; ; . La règle des trapèzes à deux points (nœuds , poids ) n’est exacte que jusqu’au degré : sur elle renvoie au lieu de . Même coût, deux degrés d’exactitude en plus : le dividende des nœuds orthogonaux.
12. De : avec , ; la récurrence donne des polynômes de degré de coefficient dominant (). En substituant () : pour , pour , sinon (produit-en-somme). Degrés et orthogonalité deux à deux identifient les avec la sortie de Gram–Schmidt à scalaires près ; un développement de Chebyshev de est exactement la série de Fourier en cosinus de .
13. ssi ssi : les racines distinctes . Extrema : sur , avec aux points : équi-oscillation parfaite.
14. est monique de norme uniforme . Si un monique de degré avait , la différence aurait degré (termes dominants s’annulent) pourtant alternerait en signe en (là domine ) : au moins zéros — , contradiction. Pour l’unicité à l’égalité, le même satisfait ; un polynôme non nul de degré ne peut avoir contraintes extrémales faiblement alternées sans racines comptées correctement (si pour un intérieur, ce zéro est double dans le comptage car garde un signe localement) : encore .
15. La formule d’erreur de Lagrange (Rolle, deuxième année) donne , donc l’erreur uniforme est au plus , et est monique de degré : par la question 14, avec égalité ssi les nœuds sont les racines de Chebyshev. D’où la borne optimale . Avec des nœuds équidistants, est exponentiellement plus grand près des extrémités, et interpoler même y diverge quand (phénomène de Runge) ; les nœuds de Chebyshev sont le remède.
16. En dérivant : , qui tend vers quand et vers quand : . Aux points intérieurs, : le souffle quadratique ne vit qu’aux bords (borne intérieure de Bernstein versus borne globale de Markov).
17. Soit et pour . Alors
Pour pair le numérateur s’annule : . Pour impair le numérateur est , et , donc l’expression entière est : purement imaginaire, encore. D’où la règle à poids égaux intègre () et tue exactement comme : elle est exacte jusqu’au degré . Les poids exacts jusqu’au degré en des nœuds donnés sont uniques (base de Lagrange) : les poids de Gauss sont tous . Pour : nœuds et
exacte jusqu’au degré .
18. Pour un monique de degré : avec , et (question 1), donc , avec égalité ssi : est le résidu de projection orthogonale de sur , i.e. le polynôme monique le plus proche du sous-espace qu’il doit éviter. Le de Chebyshev répond à la même question pour la norme uniforme : moindre déviation de zéro, une fois en , une fois en .
19. Écrire . Base : puisque . Étape : en supposant l’identité pour ,
substituer et dans le second terme : les contributions s’annulent, et les contributions annulent le terme d’induction ; ce qui survit est . La forme confluente suit en faisant (les deux côtés sont polynomiaux en ).
20. La forme confluente donne partout. En une racine de : , donc (pas de racines communes). Entre des racines consécutives de (toutes simples, Partie I), a des signes opposés, donc aussi : une racine de gît dans chacun des interstices — et cela épuise ses racines : entrelacement.
21. En développant le long de la dernière ligne : , avec , : la récurrence et les germes du monique , donc . Racines de = valeurs propres de la symétrique : réelles, et simples par la question 19 — la quadrature de Gauss est la théorie spectrale d’une matrice tridiagonale déguisée, l’ombre de dimension finie du Chapitre 15.
22. Dictionnaire :
| Legendre | Hermite | Chebyshev | |
|---|---|---|---|
| intervalle | |||
| poids | |||
| formule | Rodrigues | ||
| norme | |||
| habitat | quadrature | calcul gaussien | minimax |
(chacun avec sa récurrence à trois termes : forme générale pour Legendre, , ). La théorie générale a fourni ce qu’aucune famille isolée ne montre : réalité et entrelacement des racines, positivité des poids de quadrature, la simple existence de la récurrence et de Christoffel–Darboux — conséquences de l’orthogonalité seule, uniformes en le poids.
23. Existence : l’application linéaire , , est injective (un dans le noyau a racines doubles et degré , donc ) entre espaces de dimension égale : bijective. Erreur ponctuelle : fixer non nœud et choisir pour que s’annule en . Alors s’annule aux points distincts , et s’annule aussi en chaque (à la fois et y ont des zéros doubles). Rolle donne zéros de strictement entre les zéros consécutifs de — distincts des nœuds — donc a zéros distincts ; en appliquant Rolle fois de plus on produit avec . Comme et est monique de degré , , d’où — et l’identité est triviale aux nœuds. Intégration : ( coïncide avec aux nœuds) et par exactitude jusqu’au degré (question 9), donc l’erreur de quadrature est . Avec les extrema de sur , l’identité ponctuelle serre
et le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à la continue livre . (Pour Legendre avec : , donc l’erreur est .)
24. Le noyau reproduit : en développant on obtient
pour tout de degré . Prendre : le membre de gauche égale . Mais est un polynôme de degré , sur lequel est exacte (question 9), et il s’annule en tout nœud (facteur ), donc
La somme est (son terme est ) : la formule annoncée, et la positivité encore. Vérification (, Legendre) : , , , ; en ,
comme trouvé à la question 11.
25. En substituant , l’intégrale est (Wallis, Exercice 11.8). La règle Chebyshev–Gauss (question 17) a pour nœuds , , et des poids égaux :
Prédiction : le polynôme orthogonal monique de degré est , avec ; et a constante, donc la question 23 donne l’erreur — sans dépendance en restante, la formule est forcée d’être exacte, et elle l’est.