Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

13Espaces de Hilbert

Un espace de Hilbert est un espace de Banach dont la norme provient d’un produit scalaire — et cette unique structure supplémentaire restaure, en dimension infinie, presque toute la géométrie euclidienne : les projections orthogonales existent, toute forme linéaire continue est un produit scalaire contre un vecteur fixe (Riesz), et les bases orthonormées développent chaque vecteur en une série convergente avec la comptabilité pythagoricienne (Parseval). Le point culminant du chapitre honore une dette du volume de deuxième année : le système trigonométrique est une base hilbertienne de L2L^2, si bien que l’identité de Parseval vaut pour toute fonction de carré intégrable — l’énoncé que la deuxième année ne pouvait démontrer que pour les fonctions C1\mathcal C^1 par morceaux. Nous terminons par Lax–Milgram, le lemme de travail de l’approche variationnelle des équations différentielles.

Tout au long du chapitre, HH est un espace vectoriel sur K=RK = \R ou C\C.

13.1 Produits scalaires ; le théorème de projection

Définition 13.1

Un produit scalaire est une application , ⁣:H×HK\langle \cdot,\cdot\rangle \colon H\times H \to K, linéaire en la seconde variable, avec y,x=x,y\langle y, x\rangle = \overline{\langle x, y\rangle} et x,x>0\langle x, x\rangle > 0 pour x0x \neq 0. Elle induit la norme x=x,x1/2\norm x = \langle x, x\rangle^{1/2}, l’inégalité de Cauchy–Schwarz x,yxy\abs{\langle x, y\rangle} \leq \norm x\norm y (la preuve de deuxième année — le discriminant — est inchangée), et la identité du parallélogramme

x+y2+xy2=2x2+2y2.\norm{x + y}^2 + \norm{x - y}^2 = 2\norm x^2 + 2\norm y^2 .

Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour cette norme. Exemples : 2\ell^2 (Problème 8.1) et, l’exemple fondamental, L2(μ)L^2(\mu) avec f,g=fˉg ⁣dμ\langle f, g\rangle = \int\bar fg\,\dd\mucomplet par Riesz–Fischer (Théorème 12.4) ; le produit scalaire est fini par Cauchy–Schwarz (== Hölder en p=q=2p = q = 2).

Théorème 13.2 (Projection sur un convexe fermé)

Soit CC \neq \varnothing un sous-ensemble convexe fermé de l’espace de Hilbert HH et xHx \in H. Il existe un unique pC(x)Cp_C(x) \in C tel que

xpC(x)=d(x,C),\norm{x - p_C(x)} = d(x, C),

caractérisé par : RexpC(x), cpC(x)0\operatorname{Re}\langle x - p_C(x),\ c - p_C(x)\rangle \leq 0 pour tout cCc \in C. L’application pCp_C est 11-lipschitzienne.

Démonstration. Soit d=d(x,C)d = d(x, C) et (cn)C(c_n) \subseteq C avec xcnd\norm{x - c_n} \to d. Parallélogramme sur xcnx - c_n et xcmx - c_m :

cncm2=2xcn2+2xcm24xcn+cm222xcn2+2xcm24d2\norm{c_n - c_m}^2 = 2\norm{x - c_n}^2 + 2\norm{x - c_m}^2 - 4\,\bigl\|x - \tfrac{c_n + c_m}2\bigr\|^2 \leq 2\norm{x{-}c_n}^2 + 2\norm{x{-}c_m}^2 - 4d^2

(la convexité place le milieu dans CC) : le membre de droite tend vers 00, donc (cn)(c_n) est de Cauchy, et sa limite pCp \in C (fermé) réalise dd. Unicité : deux minimiseurs donnent, par la même identité, pp22d2+2d24d2=0\norm{p - p'}^2 \leq 2d^2 + 2d^2 - 4d^2 = 0.

Caractérisation : pour cCc \in C, t(0,1]t \in \intoc01, le vecteur p+t(cp)Cp + t(c - p) \in C, d’où

d2xpt(cp)2=d22tRexp,cp+t2cp2;d^2 \leq \norm{x - p - t(c-p)}^2 = d^2 - 2t\operatorname{Re}\langle x - p, c - p\rangle + t^2\norm{c-p}^2 ;

on divise par t0+t \to 0^+ : Rexp,cp0\operatorname{Re}\langle x - p, c - p\rangle \leq 0. Réciproquement cette inégalité donne xc2=xp22Rexp,cp+pc2xp2\norm{x - c}^2 = \norm{x - p}^2 - 2\operatorname{Re}\langle x - p, c - p\rangle + \norm{p - c}^2 \geq \norm{x-p}^2. Lipschitz : pour x,yx, y de projections p,qp, q, on additionne les deux inégalités variationnelles (avec c=qc = q, resp. c=pc = p) : Rexy(pq),pq0\operatorname{Re}\langle x - y - (p - q), p - q\rangle \geq 0, d’où pq2Rexy,pqxypq\norm{p - q}^2 \leq \operatorname{Re}\langle x - y, p - q\rangle \leq \norm{x - y}\norm{p - q}.

Théorème 13.3 (Décomposition orthogonale)

Soit FF un sous-espace fermé de HH. Alors pFp_F est linéaire, xpF(x)Fx - p_F(x) \perp F pour tout xx, et

H=FF,F={y:y,f=0 fF},(F)=F.H = F \oplus F^\perp, \qquad F^\perp = \{y : \langle y, f\rangle = 0\ \forall f\in F\}, \qquad (F^\perp)^\perp = F .

Pour un sous-espace quelconque, (F)=Fˉ(F^\perp)^\perp = \bar F ; en particulier FF est dense ssi F={0}F^\perp = \{0\}.

Démonstration. Pour un sous-espace, la caractérisation variationnelle avec c=pF(x)±fc = p_F(x) \pm f (fFf \in F, les deux signes, et if\iu f dans le cas complexe) force xpF(x),f=0\langle x - p_F(x), f\rangle = 0 : le résidu est orthogonal à FF. Décomposition x=pF(x)+(xpF(x))x = p_F(x) + (x - p_F(x)) avec FF={0}F \cap F^\perp = \{0\} (y,y=0\langle y, y \rangle = 0) ; la linéarité de pFp_F suit de l’unicité de telles décompositions (les deux côtés y sont linéaires). (F)F(F^\perp)^\perp \supseteq F toujours ; réciproquement si xFx \perp F^\perp, on écrit x=f+gx = f + g : g=xfFg = x - f \in F^\perp et g,g=x,gf,g=0\langle g, g\rangle = \langle x, g\rangle - \langle f, g\rangle = 0 : x=fFx = f \in F. Pour un sous-espace général FF : F=FˉF^\perp = \bar F^{\,\perp} (continuité du produit scalaire), donc (F)=Fˉ(F^\perp)^\perp = \bar F par le cas fermé ; densité ssi Fˉ=H\bar F = H ssi F=0F^\perp = 0.

Théorème 13.4 (Représentation de Riesz)

Pour toute forme linéaire continue φH\varphi \in H' il existe un unique aHa \in H tel que

φ(x)=a,x(xH),φH=a.\varphi(x) = \langle a, x\rangle \quad (x \in H), \qquad \norm\varphi_{H'} = \norm a .

Démonstration. Si φ=0\varphi = 0 : a=0a = 0. Sinon F=kerφF = \ker\varphi est un sous-espace fermé propre ; on prend uFu \in F^\perp, u=1\norm u = 1 (Théorème 13.3 : F0F^\perp \neq 0 puisque FHF \neq H). Pour tout xx, le vecteur φ(x)uφ(u)xkerφ\varphi(x)u - \varphi(u)x \in \ker\varphi, donc u\perp u :

0=u,φ(x)uφ(u)x=φ(x)φ(u)u,x:φ(x)=φ(u)u, x.0 = \langle u, \varphi(x)u - \varphi(u)x\rangle = \varphi(x) - \varphi(u)\langle u, x\rangle : \qquad \varphi(x) = \langle \overline{\varphi(u)}\,u,\ x\rangle .

Donc a=φ(u)ua = \overline{\varphi(u)}u convient. Unicité : aa,x=0\langle a - a', x\rangle = 0 pour tout xx, on teste x=aax = a - a'. Normes : φ(x)ax\abs{\varphi(x)} \leq \norm a\norm x (Cauchy–Schwarz) avec égalité en x=ax = a.

Exemple 13.5 (Une projection, calculée jusqu’au bout)

Dans H=L2([0,1])H = L^2(\intcc01), quelle est la meilleure approximation de f(x)=x2f(x) = x^2 par une fonction affine ? Le sous-espace F=Vect(1,x)F = \operatorname{Vect}(1, x) est fermé (dimension finie), et pF(f)=a+bxp_F(f) = a + bx est caractérisé par l’orthogonalité du résidu à 11 et à xx :

01(x2abx) ⁣dx=0,01x(x2abx) ⁣dx=0,\int_0^1(x^2 - a - bx)\,\dd x = 0, \qquad \int_0^1x\,(x^2 - a - bx)\,\dd x = 0,

c’est-à-dire 13=a+b2\frac13 = a + \frac b2 et 14=a2+b3\frac14 = \frac a2 + \frac b3 : a=16a = -\frac16, b=1b = 1. Donc pF(x2)=x16p_F(x^2) = x - \frac16, et l’erreur vaut

d(f,F)2=01(x2x+16)2 ⁣dx=1180,d(f,F)=165.d(f, F)^2 = \int_0^1\Bigl(x^2 - x + \frac16\Bigr)^2\dd x = \frac1{180}, \qquad d(f, F) = \frac1{6\sqrt5} .

Deux remarques à intérioriser. D’abord, le calcul n’est rien d’autre qu’un système linéaire 2×22\times2 — les équations normales ; pour la base monomiale leur matrice (1i+j+1)\bigl(\frac1{i+j+1}\bigr) est la tristement célèbre matrice de Hilbert, mal conditionnée, et orthonormaliser d’abord (polynômes de Legendre, Problème 13.1) est le remède. Ensuite, la meilleure approximation uniforme de x2x^2 par des affines est différente (x18x - \frac18, par équi-oscillation) : chaque norme a sa géométrie, et seule la géométrie hilbertienne répond par un système linéaire.

13.2 Bases orthonormées

Définition 13.6

Une famille (ei)iI(e_i)_{i\in I} est orthonormée si ei,ej=δij\langle e_i, e_j\rangle = \delta_{ij}, et une base hilbertienne (base orthonormée) si de plus ses combinaisons linéaires finies sont denses dans HH (la famille est totale). On traite le cas dénombrable I=NI = \N, qui par Gram–Schmidt couvre tout HH séparable (Proposition 13.8).

Théorème 13.7 (Bessel, Parseval)

Soit (en)nN(e_n)_{n\in\N} orthonormée dans HH, et cn(x)=en,xc_n(x) = \langle e_n, x\rangle.

  1. (Bessel) ncn(x)2x2\sum_n\abs{c_n(x)}^2 \leq \norm x^2, et la série ncn(x)en\sum_nc_n(x)e_n converge dans HH, de somme pF(x)p_F(x), F=Vect(en)F = \overline{\operatorname{Vect}}(e_n).
  2. Les assertions suivantes sont équivalentes : (i) (en)(e_n) est une base hilbertienne ; (ii) x=ncn(x)enx = \sum_nc_n(x)e_n pour tout xx ; (iii) Parseval : x2=ncn(x)2\norm x^2 = \sum_n\abs{c_n(x)}^2 pour tout xx ; (iv) le seul vecteur orthogonal à tous les ene_n est 00.
  3. Si (en)(e_n) est une base hilbertienne, x(cn(x))nx \mapsto (c_n(x))_n est un isomorphisme isométrique H2H \to \ell^2 (tout espace de Hilbert séparable de dimension infinie « est » 2\ell^2), et x,y=ncn(x)cn(y)\langle x, y\rangle = \sum_n\overline{c_n(x)}c_n(y).

Démonstration. (1) Pour NN fini : xnNcnenekx - \sum_{n\leq N}c_ne_n \perp e_k (kNk \leq N), donc Pythagore donne x2=nNcn2+xnNcnen2\norm x^2 = \sum_{n\leq N}\abs{c_n}^2 + \norm{x - \sum_{n\leq N}c_ne_n}^2 : Bessel. Les sommes partielles SN=nNcnenS_N = \sum_{n\leq N}c_ne_n sont de Cauchy : SNSM2=M<nNcn2\norm{S_N - S_M}^2 = \sum_{M<n\leq N}\abs{c_n}^2, queue d’une série convergente ; la limite est dans FF, et xlimSNx - \lim S_N \perp chaque eke_k (continuité), donc F\perp F : par unicité de la décomposition orthogonale, limSN=pF(x)\lim S_N = p_F(x).

(2) (i)\Rightarrow(ii) : F=HF = H, donc pF=idp_F = \mathrm{id}. (ii)\Rightarrow(iii) : Pythagore à la limite (SN2=nNcn2x2\norm{S_N}^2 = \sum_{n \leq N}\abs{c_n}^2 \to \norm x^2). (iii)\Rightarrow(iv) : xx \perp tous les ene_n donne x2=0\norm x^2 = 0. (iv)\Rightarrow(i) : F={0}F^\perp = \{0\} (l’orthogonalité à tous les ene_n est l’orthogonalité à FF), donc FF est dense par le Théorème 13.3 ; mais FF, une fermeture, est déjà fermé : F=HF = H.

(3) L’application est linéaire, isométrique par (iii) (donc injective), et surjective : pour (cn)2(c_n) \in \ell^2, la série cnen\sum c_ne_n converge (Cauchy comme en (1)) vers un antécédent. La formule du produit scalaire est la polarisation de (iii), ou un calcul direct de limite.

Proposition 13.8 (Gram–Schmidt)

Soit (xn)(x_n) une suite linéairement indépendante. En posant inductivement e~n=xnk<nek,xnek\tilde e_n = x_n - \sum_{k<n}\langle e_k, x_n\rangle e_k et en=e~n/e~ne_n = \tilde e_n/\norm{\tilde e_n} on produit une famille orthonormée (en)(e_n) de mêmes enveloppes finies : Vect(e1,,en)=Vect(x1,,xn)\operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_n) = \operatorname{Vect}(x_1, \dots, x_n). Par suite tout espace de Hilbert séparable (muni d’une partie dense dénombrable) possède une base hilbertienne.

Démonstration. Récurrence : e~nek\tilde e_n \perp e_k (k<nk < n) par construction, et e~n0\tilde e_n \neq 0 par indépendance ; les enveloppes coïncident à chaque étape (changement de base triangulaire). Pour un HH séparable : d’une suite dense on extrait une sous-famille linéairement indépendante d’enveloppe dense (on jette chaque vecteur dans l’enveloppe de ses prédécesseurs — l’enveloppe ne change pas), on orthonormalise : le résultat est total.

Théorème 13.9 (Le système trigonométrique ; Parseval enfin)

Dans L2([π,π])L^2(\intcc{-\pi}\pi) avec f,g=12πππfˉg\langle f, g\rangle = \frac1{2\pi}\int_{-\pi}^\pi \bar fg, la famille en(t)=einte_n(t) = \eu^{\iu nt}, nZn \in \Z, est une base hilbertienne. Par suite, pour toute fL2f \in L^2 — en particulier toute ff 2π2\pi-périodique continue par morceaux — avec cn(f)=12πππf(t)eint ⁣dtc_n(f) = \frac1{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}f(t)\eu^{-\iu nt}\dd t :

f=nZcn(f)eint  dans L2,12πππf2=nZcn(f)2.f = \sum_{n\in\Z}c_n(f)\,\eu^{\iu nt} \ \ \text{dans } L^2, \qquad \frac1{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}\abs f^2 = \sum_{n\in\Z}\abs{c_n(f)}^2 .

Ceci démontre, en toute généralité, l’identité de Parseval que la deuxième année admettait.

Démonstration. L’orthonormalité est un calcul direct (deuxième année). Totalité : soit fL2f \in L^2 orthogonale à tous les ene_n, c’est-à-dire que tous les coefficients de Fourier s’annulent. Les fonctions continues 2π2\pi-périodiques sont denses dans L2([π,π])L^2(\intcc{-\pi}\pi) : en effet Cc((π,π))\mathcal C_c(\intoo{-\pi}\pi) est dense (Théorème 12.6(2)) et de telles fonctions se prolongent périodiquement et continûment. Les polynômes trigonométriques sont \norm\cdot_\infty-denses parmi les fonctions continues périodiques (Stone–Weierstrass, Corollaire 7.16(c)), et 2\norm\cdot_2 \leq \norm\cdot_\infty : les polynômes trigonométriques sont denses dans L2L^2. Or ff \perp tout polynôme trigonométrique, donc ff \perp un sous-espace dense : f(dense)={0}f \in (\text{dense})^\perp = \{0\} (Théorème 13.3). Le critère (iv) du Théorème 13.7 conclut ; (ii) et (iii) déplient l’affichage (en réindexant le Z\Z dénombrable ; la série bidirectionnelle converge inconditionnellement — les sommes partielles sur toute famille exhaustive convergent, par l’argument de queue 2\ell^2).

Théorème 13.10 (Lax–Milgram)

Soit HH un espace de Hilbert réel et a ⁣:H×HRa \colon H\times H \to \R bilinéaire, continue (a(u,v)Muv\abs{a(u,v)} \leq M\norm u\norm v) et coercive (a(u,u)αu2a(u, u) \geq \alpha\norm u^2, α>0\alpha > 0). Alors pour tout φH\varphi \in H' il existe un unique uHu \in H tel que

a(u,v)=φ(v)pour tout vH.a(u, v) = \varphi(v) \qquad \text{pour tout } v \in H .

Démonstration. Pour uu fixé, va(u,v)v \mapsto a(u, v) est linéaire continue : Riesz donne un unique AuHAu \in H avec a(u,v)=Au,va(u,v) = \langle Au, v\rangle ; AA est linéaire avec AuMu\norm{Au} \leq M\norm u (unicité des représentants, puis majoration). Coercivité : αu2a(u,u)=Au,uAuu\alpha\norm u^2 \leq a(u,u) = \langle Au, u\rangle \leq \norm{Au}\norm u, donc Auαu\norm{Au} \geq \alpha\norm u : AA est injective à image fermée (une suite image de Cauchy AunAu_n force unu_n de Cauchy). L’image est dense : wimAw \perp \operatorname{im}A donne 0=Aw,wαw20 = \langle Aw, w\rangle \geq \alpha\norm w^2. Fermée et dense : AA est bijective. Pour φ\varphi donné, soit ff son représentant (Riesz) et u=A1fu = A^{-1}f : a(u,v)=f,v=φ(v)a(u, v) = \langle f, v\rangle = \varphi(v), uniquement (a(uu,)=0a(u - u', \cdot) = 0 et coercivité).

Remarque 13.11

Lorsque aa est symétrique, la solution de Lax–Milgram est l’unique minimiseur de l’énergie J(v)=12a(v,v)φ(v)J(v) = \frac12a(v,v) - \varphi(v) (Exercice 13.9) : existence de solutions aux problèmes variationnels d’un seul coup. Appliqué à des espaces de fonctions adéquats (les espaces de Sobolev d’un cours ultérieur), ceci résout les problèmes aux limites pour les équations différentielles — la porte d’entrée moderne aux équations aux dérivées partielles.

13.3 Exercices

Exercice 13.1

(a) Démontrer les identités de polarisation (réelle : 4x,y=x+y2xy24\langle x, y\rangle = \norm{x+y}^2 - \norm{x-y}^2 ; complexe : la version à quatre termes). (b) Montrer que 1\norm\cdot_1 sur L1([0,1])L^1(\intcc01) et \norm\cdot_\infty sur C([0,1])\mathcal C(\intcc01) violent l’identité du parallélogramme : ces normes ne proviennent d’aucun produit scalaire.

Solution

Solution de Exercice 13.1.

(a) Réel : développer x±y2=x2±2x,y+y2\norm{x \pm y}^2 = \norm x^2 \pm 2\langle x,y\rangle + \norm y^2 et soustraire. Complexe (produit scalaire linéaire en le second argument) : en développant comme ci-dessus,

x,y=14k=03ikikx+y2,\langle x, y\rangle = \frac14\sum_{k=0}^{3} \iu^k\,\bigl\|\iu^kx + y\bigr\|^2,

chaque terme contribuant ik2Re((i)kx,y)\iu^k\cdot2\operatorname{Re}\bigl( (-\iu)^k\langle x,y\rangle\bigr), dont la somme est 4x,y4\langle x,y\rangle (vérifier les quatre valeurs de kk ; le ik(x2+y2)=0\sum\iu^k (\norm x^2 + \norm y^2) = 0).

(b) L1L^1 : f=1[0,1/2]f = \mathbf 1_{\intcc0{1/2}}, g=1[1/2,1]g = \mathbf 1_{\intcc{1/2}1} : f±g12=1\norm{f\pm g}_1^2 = 1 chacun, somme 22 ; 2f12+2g12=122\norm f_1^2 + 2\norm g_1^2 = 1 \neq 2. Norme uniforme : f=1f = \mathbf 1, g(t)=tg(t) = t sur [0,1]\intcc01 : f+g2+fg2=4+1=54=2+2\norm{f + g}_\infty^2 + \norm{f-g}_\infty^2 = 4 + 1 = 5 \neq 4 = 2 + 2. En échouant l’identité du parallélogramme, ces normes ne sont induites par aucun produit scalaire (qui la forcerait par développement direct).

Exercice 13.2

Dans H=L2([0,1])H = L^2(\intcc01) (réel) : (a) calculer la projection de ff sur le sous-espace des fonctions constantes, et interpréter ; (b) calculer la projection sur {g:g=0 p.p. sur [0,1/2]}\{g : g = 0 \text{ p.p.\ sur } \intcc0{1/2}\} ; (c) calculer d(xx, Vect(1))d\bigl(x \mapsto x,\ \operatorname{Vect}(\mathbf 1)\bigr).

Solution

Solution de Exercice 13.2.

(a) p(f)=(01f)1p(f) = \bigl(\int_0^1f\bigr)\mathbf 1 : en effet fff - \int f \perp les constantes ((ff)c=0\int(f - \int f)c = 0). La meilleure approximation constante de ff en moyenne quadratique est sa moyenne — la première instance d’espérance conditionnelle (Chapitre 22).

(b) p(f)=f1[1/2,1]p(f) = f\,\mathbf 1_{\intcc{1/2}1} : la différence f1[0,1/2]f\mathbf 1_{\intcc0{1/2}} est orthogonale à tout gg s’annulant sur [0,1/2]\intcc0{1/2}.

(c) d2=x1222=01(x12)2 ⁣dx=112d^2 = \bigl\|x - \tfrac12\bigr\|_2^2 = \int_0^1(x - \tfrac12)^2\dd x = \tfrac1{12} : d=123d = \frac1{2\sqrt3}.

Exercice 13.3 ★★

(a) Montrer que pour un sous-espace FF : FF dense     \iff F={0}F^\perp = \{0\}, et donner un exemple dans 2\ell^2 d’un sous-espace dense propre (donc F=0F^\perp = 0 sans F=HF = H : le théorème de décomposition exige vraiment que FF soit fermé). (b) Montrer que si xnxx_n \to x et ynyy_n \to y en norme, alors xn,ynx,y\langle x_n, y_n\rangle \to \langle x, y\rangle, et repérer deux endroits du chapitre où cette continuité a été utilisée.

Solution

Solution de Exercice 13.3.

(a) L’équivalence est Théorème 13.3 (Fˉ=(F)\bar F = (F^\perp)^\perp, et Fˉ=H    F={0}\bar F = H \iff F^\perp = \{0\}). Exemple : l’espace FF des suites finies est dense dans 2\ell^2 (troncature) et propre : F={0}F^\perp = \{0\} pourtant F2F \neq \ell^2 — pour un sous-espace non fermé, H=FFH = F \oplus F^\perp échoue ostensiblement (F{0}HF \oplus \{0\} \neq H).

(b) xn,ynx,yxnx,yn+x,ynyxnxsupnyn+xyny0\abs{\langle x_n, y_n\rangle - \langle x, y\rangle} \leq \abs{\langle x_n - x, y_n\rangle} + \abs{\langle x, y_n - y\rangle} \leq \norm{x_n - x}\sup_n\norm{y_n} + \norm x\,\norm{y_n - y} \to 0 (les suites convergentes sont bornées). Utilisé : dans Théorème 13.7(1) pour voir xlimSNekx - \lim S_N \perp e_k, et dans Théorème 13.3 pour voir F=FˉF^\perp = \bar F^{\,\perp}.

Exercice 13.4 ★★

Appliquer Gram–Schmidt à 1,x,x21, x, x^2 dans L2([1,1])L^2(\intcc{-1}1) (mesure de Lebesgue) : obtenir les trois premiers polynômes de Legendre normalisés, et vérifier qu’ils coïncident avec n+12Pn\sqrt{n + \frac12}\,P_n pour les polynômes de Rodrigues PnP_n du Problème 13.1.

Solution

Solution de Exercice 13.4.

e0=12e_0 = \frac1{\sqrt2}. Ensuite, x1x \perp \mathbf 1 déjà (11x=0\int_{-1}^1x = 0), et 11x2=23\int_{-1}^1x^2 = \frac23 : e1=32xe_1 = \sqrt{\tfrac32}\,x. Puis x2e0,x2e0=x213x^2 - \langle e_0, x^2\rangle e_0 = x^2 - \frac13 (et e1\perp e_1 par parité), avec

11(x213)2 ⁣dx=2549+29=845:e2=458(x213).\int_{-1}^1\Bigl(x^2 - \frac13\Bigr)^2\dd x = \frac25 - \frac49 + \frac29 = \frac{8}{45}: \qquad e_2 = \sqrt{\tfrac{45}8}\,\Bigl(x^2 - \frac13\Bigr).

Comparaison : P0=1P_0 = 1, P1=xP_1 = x, P2=3x212P_2 = \frac{3x^2 - 1}2, et n+12Pn\sqrt{n + \tfrac12}\,P_n donne 12\frac1{\sqrt2}, 32x\sqrt{\frac32}x, 523x212=458(x213)\sqrt{\frac52}\,\frac{3x^2-1}2 = \sqrt{\frac{45}8}\bigl(x^2 - \frac13\bigr) : exactement e0,e1,e2e_0, e_1, e_2.

Exercice 13.5 ★★

Appliquer Parseval (Théorème 13.9) à f(t)=tf(t) = t et f(t)=t2f(t) = t^2 sur [π,π]\intcc{-\pi}\pi — désormais légitimement pour ces fonctions (continues, mais auparavant l’identité exigeait un soin C1\mathcal C^1 par morceaux au saut de recollement) : retrouver

n11n2=π26,n11n4=π490.\sum_{n\geq1}\frac1{n^2} = \frac{\pi^2}6, \qquad \sum_{n\geq1}\frac1{n^4} = \frac{\pi^4}{90} .
Solution

Solution de Exercice 13.5.

Pour f(t)=tf(t) = t : c0=0c_0 = 0 et, en intégrant par parties, cn=i(1)nnc_n = \frac{\iu(-1)^n}{n} pour n0n \neq 0 : cn2=1n2\abs{c_n}^2 = \frac1{n^2}. Parseval :

12πππt2 ⁣dt=π23=n01n2=2n11n2  n11n2=π26.\frac1{2\pi}\int_{-\pi}^\pi t^2\dd t = \frac{\pi^2}3 = \sum_{n\neq0}\frac1{n^2} = 2\sum_{n\geq1}\frac1{n^2} \ \Longrightarrow\ \sum_{n\geq1}\frac1{n^2} = \frac{\pi^2}6 .

Pour f(t)=t2f(t) = t^2 : c0=π23c_0 = \frac{\pi^2}3, cn=2(1)nn2c_n = \frac{2(-1)^n}{n^2} (n0n \ne 0). Parseval :

12πππt4 ⁣dt=π45=π49+n04n4  n11n4=18(π45π49)=π490.\frac1{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}t^4\dd t = \frac{\pi^4}5 = \frac{\pi^4}9 + \sum_{n\neq0}\frac4{n^4} \ \Longrightarrow\ \sum_{n\geq1}\frac1{n^4} = \frac18\Bigl(\frac{\pi^4}5 - \frac{\pi^4}9\Bigr) = \frac{\pi^4}{90} .

Aucune précaution C1\mathcal C^1 par morceaux n’est nécessaire : Théorème 13.9 couvre toute fonction L2L^2.

Exercice 13.6 ★★

(a) Trouver aL2([0,1])a \in L^2(\intcc01) tel que 01/2f=a,f\int_0^{1/2}f = \langle a, f\rangle pour tout ff ; calculer φ\norm\varphi pour cette forme. (b) Montrer que l’évaluation ff(12)f \mapsto f(\frac12), définie sur le sous-espace C([0,1])L2([0,1])\mathcal C(\intcc01) \subseteq L^2(\intcc01), n’est pas continue pour 2\norm\cdot_2 : aucun représentant de Riesz n’existe (l’évaluation n’est pas une notion L2L^2).

Solution

Solution de Exercice 13.6.

(a) φ(f)=01/2f=1[0,1/2], f\varphi(f) = \int_0^{1/2}f = \langle\mathbf 1_{\intcc0{1/2}},\ f\rangle : le représentant est a=1[0,1/2]a = \mathbf 1_{\intcc0{1/2}}, et φ=a2=12\norm\varphi = \norm a_2 = \frac1{\sqrt2} (Théorème 13.4).

(b) Prendre les fonctions tente fnf_n de pic 11 en 12\frac12 et support de largeur 2n\frac2n : fn(12)=1f_n(\tfrac12) = 1 tandis que fn222n0\norm{f_n}_2^2 \leq \frac2n \to 0 : aucune constante CC ne peut donner f(12)Cf2\abs{f(\frac12)} \leq C\norm f_2. L’évaluation ponctuelle est sans sens dans L2L^2 — les éléments sont des classes modulo les ensembles nuls — et ce calcul en est la raison quantitative.

Exercice 13.7 ★★★

Soit HH séparable de base hilbertienne (en)(e_n), et (xk)(x_k) une suite bornée. (a) Montrer qu’une sous-suite converge faiblement : il existe xx avec y,xkjy,x\langle y, x_{k_j}\rangle \to \langle y, x\rangle pour tout yHy \in H. (Extraction diagonale sur les coefficients en,xk\langle e_n, x_k\rangle ; assembler xx via Bessel et la bornitude uniforme des normes.) (b) Montrer en0e_n \rightharpoonup 0 mais en=1\norm{e_n} = 1 : les limites faibles peuvent perdre de la norme. Montrer xlim infxkj\norm x \leq \liminf\norm{x_{k_j}} en (a).

Solution

Solution de Exercice 13.7.

(a) Soit M=supkxkM = \sup_k\norm{x_k}. Les suites scalaires (en,xk)k(\langle e_n, x_k\rangle)_k sont bornées par MM : une extraction diagonale produit xkjx_{k_j} avec en,xkjγn\langle e_n, x_{k_j}\rangle \to \gamma_n pour tout nn. Pour chaque NN : nNγn2=limjnNen,xkj2M2\sum_{n\leq N}\abs{\gamma_n}^2 = \lim_j\sum_{n\leq N}\abs{\langle e_n, x_{k_j}\rangle}^2 \leq M^2 (Bessel), donc (γn)2(\gamma_n) \in \ell^2 et x=nγnenHx = \sum_n\gamma_ne_n \in H (Théorème 13.7(3)). Pour yHy \in H :

y,xkjxnNcn(y)(en,xkjγn)+2M(n>Ncn(y)2)1/2,\abs{\langle y, x_{k_j} - x\rangle} \leq \Bigl|\sum_{n\leq N}\overline{c_n(y)}\bigl(\langle e_n, x_{k_j}\rangle - \gamma_n\bigr)\Bigr| + 2M\Bigl(\sum_{n>N}\abs{c_n(y)}^2\Bigr)^{1/2},

en utilisant le développement y,z=cn(y)cn(z)\langle y, z\rangle = \sum\overline{c_n(y)}c_n(z) et Cauchy–Schwarz sur la queue ; choisir NN puis jj : convergence faible vers xx.

(b) y,en=cn(y)0\langle y, e_n\rangle = c_n(y) \to 0 pour tout yy (queues 2\ell^2) : en0e_n \rightharpoonup 0, pourtant en=1\norm{e_n} = 1 : la norme n’est pas faiblement continue. En (a) : x2=γn2lim infjxkj2\norm x^2 = \sum\abs{\gamma_n}^2 \leq \liminf_j\norm{x_{k_j}}^2 (sections finies et Bessel encore) : les limites faibles ne peuvent que perdre de la norme.

Exercice 13.8 ★★

(Adjoints) Pour TL(H)T \in \mathcal L(H), montrer qu’il existe un unique TL(H)T^* \in \mathcal L(H) avec Tx,y=x,Ty\langle Tx, y\rangle = \langle x, T^*y\rangle (Riesz), et T=T\vertiii{T^*} = \vertiii T. Calculer l’adjoint du décalage SS sur 2\ell^2, et prouver kerT=(imT)\ker T^* = (\operatorname{im}T)^\perp — en déduire imT=(kerT)\overline{\operatorname{im}T} = (\ker T^*)^\perp.

Solution

Solution de Exercice 13.8.

Pour yy fixé, xy,Txx \mapsto \langle y, Tx\rangle est une forme linéaire continue ; Riesz donne un unique TyT^*y avec y,Tx=Ty,x\langle y, Tx\rangle = \langle T^*y, x\rangle pour tout xx — en conjuguant, Tx,y=x,Ty\langle Tx, y\rangle = \langle x, T^*y\rangle. L’unicité rend TT^* linéaire ;

Ty=supx=1Ty,x=supx=1y,TxTy,\norm{T^*y} = \sup_{\norm x = 1}\abs{\langle T^*y, x\rangle} = \sup_{\norm x=1}\abs{\langle y, Tx\rangle} \leq \vertiii T\,\norm y,

donc TT\vertiii{T^*} \leq \vertiii T, et T=TT^{**} = T donne l’égalité. Décalage : Sx,y=n1xnyˉn+1=x,Sy\langle Sx, y\rangle = \sum_{n\geq1} x_n\bar y_{n+1} = \langle x, S^*y\rangle avec (Sy)n=yn+1(S^*y)_n = y_{n+1} : le décalage rétrograde. Noyau–image : Ty=0T^*y = 0 ssi x,Ty=0\langle x, T^*y\rangle = 0 pour tout xx ssi Tx,y=0\langle Tx, y\rangle = 0 pour tout xx ssi yimTy \perp \operatorname{im}T : kerT=(imT)\ker T^* = (\operatorname{im}T)^\perp ; en prenant \perp et en utilisant le Théorème 13.3, imT=(kerT)\overline{\operatorname{im}T} = (\ker T^*)^\perp.

Exercice 13.9 ★★

Soit aa comme dans Lax–Milgram et de plus symétrique. Montrer que uu résout a(u,)=φa(u, \cdot) = \varphi ssi uu minimise J(v)=12a(v,v)φ(v)J(v) = \frac12a(v, v) - \varphi(v), et que le minimum est atteint en exactement un point. (Compléter le carré : J(u+w)J(u)=12a(w,w)α2w2J(u + w) - J(u) = \frac12a(w,w) \geq \frac\alpha2\norm w^2.) Application : redériver le théorème de projection pour les sous-espaces fermés à partir de Lax–Milgram.

Solution

Solution de Exercice 13.9.

Si a(u,)=φa(u, \cdot) = \varphi : pour tout ww,

J(u+w)J(u)=a(u,w)φ(w)+12a(w,w)=12a(w,w)α2w2,J(u + w) - J(u) = a(u, w) - \varphi(w) + \tfrac12a(w,w) = \tfrac12a(w,w) \geq \tfrac\alpha2\norm w^2,

strictement positif pour w0w \neq 0 : uu est l’unique minimiseur. Réciproquement, en un minimiseur la fonction tJ(u+tw)t \mapsto J(u + tw) (un polynôme quadratique en tt) a une dérivée nulle en 00 : a(u,w)φ(w)=0a(u, w) - \varphi(w) = 0 pour tout ww. Projection redérivée : pour un sous-espace fermé FF, appliquer Lax–Milgram sur l’espace de Hilbert FF avec a(u,v)=u,va(u,v) = \langle u, v\rangle (M=α=1M = \alpha = 1) et φ(v)=x,v\varphi(v) = \langle x, v\rangle : un unique pFp \in F avec p,v=x,v\langle p, v\rangle = \langle x, v\rangle pour tout vFv \in F, i.e. xpFx - p \perp F — et par le cas symétrique, pp minimise 12v2x,v=12vx212x2\frac12\norm v^2 - \langle x, v\rangle = \frac12\norm{v - x}^2 - \frac12\norm x^2 sur FF : la projection.

Exercice 13.10 ★★★

(Le système de Haar) Sur [0,1]\intcc01, soit h0=1h_{0} = \mathbf 1, et pour n=2j+kn = 2^j + k (j0j \geq 0, 0k<2j0 \leq k < 2^j) :

hn=2j/2(1[k2j,(k+12)2j)1[(k+12)2j,(k+1)2j)).h_n = 2^{j/2}\Bigl(\mathbf 1_{[k2^{-j},\,(k + \frac12)2^{-j})} - \mathbf 1_{[(k+\frac12)2^{-j},\,(k+1)2^{-j})} \Bigr).

Montrer que (hn)n0(h_n)_{n\geq0} est orthonormée dans L2([0,1])L^2(\intcc01), et totale. (Orthogonalité : supports disjoints ou emboîtés ; totalité : les enveloppes finies contiennent toutes les fonctions en escalier dyadiques, qui sont denses — via le Théorème 12.6(1) et l’approximation dyadique des intervalles.) Le système de Haar est l’ancêtre des ondelettes.

Solution

Solution de Exercice 13.10.

Normalisation : hn2=2j2j=1\int h_n^2 = 2^j\cdot 2^{-j} = 1. Orthogonalité : deux fonctions de Haar distinctes ont soit des supports (intérieurs) disjoints (produit nul p.p.), soit le support de la plus fine contenu dans un demi-intervalle où la plus grossière est constante — alors l’intégrale du produit est cette constante fois hfine=0\int h_{\text{fine}} = 0 ; contre h0=1h_0 = \mathbf 1, encore hn=0\int h_n = 0. Totalité : l’enveloppe de {h0,,h2J1}\{h_0, \dots, h_{2^J-1}\} est constituée des fonctions en escalier sur la grille dyadique de pas 2J2^{-J} ; les deux espaces ont dimension 2J2^J et les fonctions de Haar sont indépendantes (orthonormées) : l’enveloppe est toutes ces fonctions en escalier. Les fonctions en escalier dyadiques sont denses dans L2([0,1])L^2(\intcc01) : les fonctions simples sont denses (Théorème 12.6(1)), les ensembles mesurables s’approchent par unions finies d’intervalles (Exercice 9.7), et les intervalles par des dyadiques (extrémités bougent de 2J\leq 2^{-J}). Par le Théorème 13.7, le système de Haar est une base hilbertienne.

Exercice 13.11 ★★

(Projections orthogonales, caractérisées) Soit HH un espace de Hilbert et PL(H)P \in \mathcal L(H) avec P2=PP^2 = P, P0P \neq 0. Montrer l’équivalence de : (i) PP est la projection orthogonale sur imP\operatorname{im}P ; (ii) P=PP = P^* (Exercice 13.8) ; (iii) P=1\vertiii P = 1. (Pour (iii) \Rightarrow (i) : si un x(kerP)x \in (\ker P)^\perp avait PxxPx \neq x, considérer x+t(Pxx)x + t(Px - x) — ou directement : pour uimPu \in \operatorname{im}P et vkerPv \in \ker P, développer P(u+tv)2u+tv2\norm{P(u + tv)}^2 \leq \norm{u + tv}^2 pour tout tRt \in \R et conclure u,v=0\langle u, v\rangle = 0.) Exhiber une projection non orthogonale sur R2\R^2 et calculer sa norme.

Solution

Solution de Exercice 13.11.

(i) \Rightarrow (ii) : pour la projection orthogonale, Px,y=Px,Py=x,Py\langle Px, y\rangle = \langle Px, Py\rangle = \langle x, Py\rangle (insérer les décompositions x=Px+(xPx)x = Px + (x - Px) etc. et tuer les termes croisés). (ii) \Rightarrow (iii) : Px2=P2x,x=Px,xPxx\norm{Px}^2 = \langle P^2x, x\rangle = \langle Px, x\rangle \leq \norm{Px}\norm x, donc P1\vertiii P \leq 1, et Pu=uPu = u sur l’image non nulle : =1= 1. (iii) \Rightarrow (i) : H=imPkerPH = \operatorname{im}P \oplus \ker P (algébriquement, de P2=PP^2 = P) ; prendre u=PuimPu = Pu \in \operatorname{im}P, vkerPv \in \ker P, tRt \in \R : P(u+tv)2=u2\norm{P(u + tv)}^2 = \norm u^2 doit être u+tv2=u2+2tReu,v+t2v2\leq \norm{u + tv}^2 = \norm u^2 + 2t\operatorname{Re}\langle u, v\rangle + t^2\norm v^2 pour tout tt, forçant Reu,v=0\operatorname{Re}\langle u, v\rangle = 0 (comparer les termes linéaires quand t0±t \to 0^\pm) ; remplacer vv par iv\iu v tue aussi la partie imaginaire : imPkerP\operatorname{im}P \perp \ker P, ce qui est exactement l’orthogonalité de la projection. Exemple : P(x,y)=(x+y,0)P(x, y) = (x + y, 0) sur R2\R^2 : P2=PP^2 = P, image l’axe des xx, noyau la droite y=xy = -x, et P=supx+y(x,y)=2\vertiii P = \sup\frac{\abs{x+y}}{\norm{(x,y)}} = \sqrt2 (atteint en (1,1)/2(1,1)/\sqrt2) : une projection oblique a une norme >1> 1. (Pour la chronique, (ii) donne aussi (i) directement : kerP=kerP=(imP)\ker P = \ker P^* = (\operatorname{im}P)^\perp par l’ Exercice 13.8.)

Exercice 13.12 ★★★

(Théorème ergodique de von Neumann) Soit UL(H)U \in \mathcal L(H) unitaire (UU=UU=IU^*U = UU^* = I), F=ker(UI)F = \ker(U - I) l’espace des points fixes, PP la projection orthogonale sur FF, et An=1nk=0n1UkA_n = \frac1n\sum_{k=0}^{n-1}U^k. (a) Montrer ker(UI)=ker(UI)\ker(U - I) = \ker(U^* - I) (à partir de Uxx2=2x22ReUx,x\norm{Ux - x}^2 = 2\norm x^2 - 2\operatorname{Re}\langle Ux, x\rangle et de l’unitarité), et en déduire im(UI)=F\overline{\operatorname{im}(U - I)} = F^\perp. (b) Montrer que AnxxA_nx \to x pour xFx \in F, et Anx0A_nx \to 0 pour xim(UI)x \in \operatorname{im}(U - I) (télescopage), puis pour xim(UI)x \in \overline{\operatorname{im}(U - I)} (borne uniforme An1\vertiii{A_n} \leq 1). (c) Conclure : AnxPxA_nx \to Px pour tout xHx \in H — les moyennes temporelles convergent vers la projection sur les invariants. (d) Détailler pour H=L2(R/Z)H = L^2(\R/\Z) et Uf=f(+α)Uf = f(\cdot + \alpha) avec α\alpha irrationnel : identifier FF (utiliser les séries de Fourier, Théorème 13.9) et en déduire que 1nk<nf(x+kα)01f\frac1n\sum_{k<n}f(x + k\alpha) \to \int_0^1f dans L2L^2 : l’équidistribution L2L^2 des rotations irrationnelles.

Solution

Solution de Exercice 13.12.

(a) Pour UU unitaire : Uxx2=2x22ReUx,x\norm{Ux - x}^2 = 2\norm x^2 - 2\operatorname{Re}\langle Ux, x\rangle et Uxx2=2x22Rex,Ux\norm{U^*x - x}^2 = 2\norm x^2 - 2\operatorname{Re}\langle x, Ux\rangle : les deux s’annulent ensemble, donc ker(UI)=ker(UI)\ker(U - I) = \ker(U^* - I). Puis, en utilisant kerT=(imT)\ker T^* = (\operatorname{im}T)^\perp (Exercice 13.8) avec T=UIT = U - I et T=UIT^* = U^* - I :

im(UI)=(ker(UI))=F.\overline{\operatorname{im}(U - I)} = \bigl(\ker(U^* - I)\bigr)^\perp = F^\perp .

(b) Sur FF : Ukx=xU^kx = x, donc Anx=xA_nx = x. Pour x=(UI)yx = (U - I)y : Anx=1n(Unyy)A_nx = \frac1n(U^ny - y), de norme 2ny0\leq \frac2n\norm y \to 0. Pour xx dans la fermeture : pour ε\varepsilon donné, prendre x=(UI)yx' = (U - I)y avec xx<ε\norm{x - x'} < \varepsilon ; comme An1nUk=1\vertiii{A_n} \leq \frac1n\sum\vertiii{U^k} = 1, AnxAn(xx)+Anxε+o(1)\norm{A_nx} \leq \norm{A_n(x - x')} + \norm{A_nx'} \leq \varepsilon + o(1).

(c) Décomposer x=Px+(xPx)x = Px + (x - Px) avec PxFPx \in F et xPxF=im(UI)x - Px \in F^\perp = \overline{\operatorname{im}(U - I)} (partie (a)) : Anx=Px+An(xPx)Px+0A_nx = Px + A_n(x - Px) \to Px + 0.

(d) Dans la base de Fourier em(x)=e2iπmxe_m(x) = \eu^{2\iu\pi mx} : Uem=e2iπmαemUe_m = \eu^{2\iu\pi m\alpha}e_m, donc Uem=emUe_m = e_m ssi mαZm\alpha \in \Z ssi m=0m = 0 (α\alpha irrationnel) : F=C1F = \C\mathbf 1 et Pf=1,f1=01fPf = \langle\mathbf 1, f\rangle\mathbf 1 = \int_0^1f. Le théorème se lit 1nk<nf(+kα)01f\frac1n\sum_{k<n}f(\cdot + k\alpha) \to \int_0^1f dans L2(R/Z)L^2(\R/\Z) : les moyennes d’orbite d’une rotation irrationnelle s’équidistribuent — l’ombre L2L^2 du théorème d’équidistribution de Weyl, obtenue par pure géométrie hilbertienne.

13.4 Problème : polynômes orthogonaux

Problème 13.1

Problème du week-end — Legendre, Hermite, et quadrature de Gauss

Soit IRI \subseteq \R un intervalle et w>0w > 0 un poids continu sur l’intérieur de II tel que Itnw(t) ⁣dt<\int_I \abs t^nw(t)\dd t < \infty pour tout nn ; on travaille dans H=L2(I,w ⁣dλ)H = L^2(I, w\,\dd\lambda) avec f,g=Ifˉgw\langle f, g\rangle = \int_I \bar fg\,w. Gram–Schmidt appliqué à 1,t,t2,1, t, t^2, \dots produit les polynômes orthogonaux (pn)(p_n) pour ww (normalisation monique : pn=tn+p_n = t^n + \cdots).

Partie I — Théorie générale.

  1. Montrer que pnp_n est orthogonal à tout polynôme de degré <n< n, et que (p0,,pn)(p_0, \dots, p_n) est une base de Rn[t]\R_n[t].
  2. (Récurrence à trois termes) Montrer qu’il existe des réels an,bna_n, b_n avec

    pn+1(t)=(tan)pn(t)bnpn1(t),bn=pn2pn12>0.p_{n+1}(t) = (t - a_n)\,p_n(t) - b_n\,p_{n-1}(t), \qquad b_n = \frac{\norm{p_n}^2}{\norm{p_{n-1}}^2} > 0 .

    (Développer tpnt\,p_n dans la base (pk)kn+1(p_k)_{k \leq n+1} et tuer les coefficients par orthogonalité, en utilisant tpn,pk=pn,tpk\langle tp_n, p_k\rangle = \langle p_n, tp_k\rangle.)

  3. (Racines) Montrer que pnp_n a nn racines distinctes, toutes intérieures à II. (Soit t1<<tmt_1 < \dots < t_m les changements de signe intérieurs de pnp_n ; si m<nm < n, tester pnp_n contre im(tti)\prod_{i\leq m}(t - t_i) et contredire l’orthogonalité.)

Partie II — Legendre (I=[1,1]I = \intcc{-1}1, w=1w = 1). On pose Pn(t)=12nn! ⁣dn ⁣dtn[(t21)n]P_n(t) = \frac{1}{2^nn!}\,\frac{\dd^n}{\dd t^n}\bigl[(t^2 - 1)^n\bigr] (Rodrigues).

  1. Montrer degPn=n\deg P_n = n avec coefficient dominant (2n)!2n(n!)2\frac{(2n)!}{2^n(n!)^2}, et, en intégrant par parties nn fois, que Pn,Q=0\langle P_n, Q\rangle = 0 pour tout polynôme QQ de degré <n< n : les PnP_n sont (à normalisation près) les polynômes orthogonaux pour w=1w = 1.
  2. Calculer Pn22=22n+1\norm{P_n}_2^2 = \frac{2}{2n+1} (intégrer par parties nn fois contre soi-même et se ramener à une intégrale Bêta/Wallis, Exercice 11.8).
  3. Montrer que les polynômes de Legendre normalisés forment une base hilbertienne de L2([1,1])L^2(\intcc{-1}1) (Weierstrass, Corollaire 7.16, plus densité de C\mathcal C dans L2L^2), et développer f(t)=tf(t) = \abs t jusqu’au degré 22 : calculer la meilleure approximation quadratique L2L^2 de t\abs t.

Partie III — Hermite (I=RI = \R, w(t)=et2w(t) = \eu^{-t^2}). On pose Hn(t)=(1)net2 ⁣dn ⁣dtnet2H_n(t) = (-1)^n\eu^{t^2}\frac{\dd^n}{\dd t^n}\eu^{-t^2}.

  1. Montrer que HnH_n est un polynôme de degré nn de coefficient dominant 2n2^n, que Hn+1=2tHnHnH_{n+1} = 2tH_n - H_n', et que Hm,Hnw=δmn2nn!π\langle H_m, H_n\rangle_w = \delta_{mn}\,2^nn!\sqrt\pi (parties encore).
  2. Montrer que la famille d’Hermite est totale dans L2(R,et2 ⁣dt)L^2(\R, \eu^{-t^2}\dd t), en admettant un résultat du Chapitre 14 : si gL1(R)g \in L^1(\R) a g(t)eiξt ⁣dt=0\int g(t)\eu^{-\iu\xi t}\dd t = 0 pour tout ξ\xi, alors g=0g = 0 p.p. (Pour ff \perp tous les HnH_n, i.e. \perp tous les polynômes : montrer que zf(t)et2eizt ⁣dtz \mapsto \int f(t)\eu^{-t^2}\eu^{-\iu zt}\dd t est bien définie, développer l’exponentielle en série, justifier l’interversion par domination, et conclure que la transformée de Fourier de fet2f\eu^{-t^2} s’annule.)

Partie IV — Quadrature de Gauss. On fixe nn, on note t1<<tnt_1 < \dots < t_n les racines de pnp_n (Partie I), et on définit les poids wi=Ii(t)w(t) ⁣dtw_i = \int_I \ell_i(t)\,w(t)\dd t où les i\ell_i sont les polynômes de base de l’interpolation de Lagrange aux tit_i.

  1. Montrer que la règle de quadrature Q(f)=iwif(ti)Q(f) = \sum_iw_if(t_i) est exacte sur tous les polynômes de degré n1\leq n - 1 (interpolation), et en fait — le miracle — sur tous les polynômes de degré 2n1\leq 2n - 1 : écrire P=qpn+rP = qp_n + r et utiliser l’orthogonalité sur le quotient qq.
  2. Montrer que les poids sont positifs (appliquer la règle à i2\ell_i^2, de degré 2n22n - 2), et en déduire du théorème de Polya (Exercice 8.9) que la quadrature de Gauss converge : Qn(f)IfwQ_n(f) \to \int_I fw pour toute ff continue sur un II compact.
  3. Pour n=2n = 2, I=[1,1]I = \intcc{-1}1, w=1w = 1 : calculer les nœuds ±13\pm\frac1{\sqrt3} et les poids 1,11, 1, et vérifier l’exactitude sur 1,t,t2,t31, t, t^2, t^3 à la main. Comparer avec la règle des trapèzes sur les mêmes deux points d’évaluation.

Partie V — Chebyshev : les polynômes qui oscillent le mieux. Maintenant I=[1,1]I = \intcc{-1}1 et w(t)=11t2w(t) = \frac1{\sqrt{1 - t^2}}.

  1. Montrer que Tn(cosθ)=cosnθT_n(\cos\theta) = \cos n\theta définit un polynôme TnT_n de degré nn (établir Tn+1=2tTnTn1T_{n+1} = 2t\,T_n - T_{n-1} à partir d’une identité trigonométrique), de coefficient dominant 2n12^{n-1} pour n1n \geq 1 ; et que la substitution t=cosθt = \cos\theta donne

    Tm,Tnw=0πcosmθcosnθ ⁣dθ=0 (mn),T0w2=π,  Tnw2=π2:\langle T_m, T_n\rangle_w = \int_0^\pi\cos m\theta\,\cos n\theta\,\dd\theta = 0 \ (m \neq n), \qquad \norm{T_0}_w^2 = \pi,\ \ \norm{T_n}_w^2 = \frac\pi2 :

    les TnT_n sont les polynômes orthogonaux pour ce poids, et les développements de Chebyshev sont des séries de Fourier en cosinus déguisées.

  2. Localiser explicitement les nn racines tk=cos(2k1)π2nt_k = \cos\frac{(2k-1)\pi}{2n} et les n+1n + 1 extrema sj=cosjπns_j = \cos\frac{j\pi}n de TnT_n sur [1,1]\intcc{-1}1, où Tn(sj)=(1)jT_n(s_j) = (-1)^j : le graphe équi-oscille entre ±1\pm1.
  3. (Minimax) Montrer que parmi tous les polynômes moniques de degré nn, le polynôme 21nTn2^{1-n}T_n a la plus petite norme uniforme sur [1,1]\intcc{-1}1, à savoir 21n2^{1-n} — et qu’il est l’unique minimiseur. (Si un monique PP avait supP<21n\sup\abs P < 2^{1-n}, la différence 21nTnP2^{1-n}T_n - P, de degré n1\leq n-1, alternerait en signe aux n+1n+1 points d’équi-oscillation.)
  4. Application à l’interpolation : pour des nœuds t1<<tnt_1 < \dots < t_n dans [1,1]\intcc{-1}1, l’erreur de l’interpolation de Lagrange d’une fonction Cn\mathcal C^n met en jeu ω(t)=i(tti)\omega(t) = \prod_i(t - t_i). Montrer que le choix des racines de Chebyshev comme nœuds minimise sup[1,1]ω\sup_{\intcc{-1}1}\abs\omega, et donner la borne résultante fLnff(n)2n1n!\norm{f - L_nf}_\infty \leq \frac{\norm{f^{(n)}}_\infty}{2^{n-1}\,n!} — comparer avec des nœuds équidistants (énoncer le phénomène de Runge comme histoire d’avertissement).
  5. Vérifier Tn(±1)=n2\abs{T_n'(\pm1)} = n^2 (dériver Tn(cosθ)=cosnθT_n(\cos\theta) = \cos n\theta et prendre les limites θ0,π\theta \to 0, \pi) : des polynômes bornés par 11 sur [1,1]\intcc{-1}1 peuvent avoir une dérivée aussi grande que n2n^2 au bord (l’inégalité de Markov dit pas plus — énoncé seulement). Où dans l’intervalle la borne de dérivée n’est-elle que O(n)O(n) ?
  6. (Quadrature de Chebyshev–Gauss) Montrer que la règle de Gauss pour le poids ww aux nn racines de Chebyshev a des poids égaux wi=πnw_i = \frac\pi n (exactitude sur T0,,Tn1T_0, \dots, T_{n-1} plus les sommes trigonométriques k=1ncos(j(2k1)π2n)=0\sum_{k=1}^n\cos\bigl(j\tfrac{(2k-1)\pi}{2n}\bigr) = 0 pour 1jn11 \leq j \leq n - 1) : la plus uniforme de toutes les quadratures. L’écrire pour n=3n = 3.

Partie VI — Christoffel–Darboux, entrelacement, et matrice de Jacobi. Retour à un poids général ; hk=pk2h_k = \norm{p_k}^2 (pkp_k monique), bk=hk/hk1b_k = h_k/h_{k-1}.

  1. (Norme minimale) Montrer que parmi tous les polynômes moniques de degré nn, l’orthogonal pnp_n est l’unique de norme L2(w)L^2(w) minimale — identifier la minimisation comme une projection orthogonale sur Rn1[t]\R_{n-1}[t] (Théorème 13.2 ou la projection de dimension finie de deuxième année). La propriété minimax de la question 14 est le même énoncé avec LL^\infty à la place de L2L^2 : même héros, deux normes.
  2. (Christoffel–Darboux) Prouver, par récurrence sur nn via la récurrence à trois termes, l’identité

    k=0npk(x)pk(y)hk=pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)hn(xy)(xy),\sum_{k=0}^{n}\frac{p_k(x)\,p_k(y)}{h_k} = \frac{p_{n+1}(x)\,p_n(y) - p_n(x)\,p_{n+1}(y)}{h_n\,(x - y)} \qquad (x \neq y),

    et sa forme confluente (yxy \to x) : knpk(x)2hk=pn+1(x)pn(x)pn(x)pn+1(x)hn\sum_{k\leq n}\frac{p_k(x)^2}{h_k} = \frac{p_{n+1}'(x)p_n(x) - p_n'(x)p_{n+1}(x)}{h_n}.

  3. En déduire que pnp_n et pn+1p_{n+1} n’ont aucune racine commune, et qu’en toute racine x0x_0 de pn+1p_{n+1} : pn(x0)pn+1(x0)>0p_n(x_0)\,p_{n+1}'(x_0) > 0. Conclure l’entrelacement des racines : entre deux racines consécutives de pn+1p_{n+1} se trouve exactement une racine de pnp_n.
  4. (Matrice de Jacobi) Soit JnJ_n la matrice tridiagonale symétrique n×nn\times n de diagonale a0,,an1a_0, \dots, a_{n-1} et d’entrées hors diagonale b1,,bn1\sqrt{b_1}, \dots, \sqrt{b_{n-1}}. Montrer par récurrence que det(tInJn)=pn(t)\det(tI_n - J_n) = p_n(t), donc les racines de pnp_n sont les valeurs propres d’une matrice symétrique réelle — redémontrant en une ligne qu’elles sont réelles, et (avec l’entrelacement ci-dessus) liant les polynômes orthogonaux au monde spectral du Chapitre 15.
  5. (Synthèse) Assembler le dictionnaire pour les trois familles classiques (Legendre, Hermite, Chebyshev) : intervalle, poids, formule définissante, récurrence à trois termes, norme, et l’habitat naturel de chacune (quadrature et approximation sur les compacts ; analyse gaussienne ; minimax et méthodes de Fourier en cosinus). Une phrase sur ce que la théorie générale (Parties I, VI) a donné qu’aucun calcul individuel ne pouvait.

Partie VII — Le terme d’erreur, et le noyau derrière les poids. Ici II est compact et fC2n(I)f \in \mathcal C^{2n}(I).

  1. (Formule d’erreur de Gauss) Soit HfHf l’interpolant d’Hermite de degré 2n1\leq 2n - 1 coïncidant avec ff et ff' aux nœuds t1,,tnt_1, \dots, t_n (prouver son existence et l’erreur ponctuelle

    f(t)Hf(t)=f(2n)(ξt)(2n)!  pn(t)2f(t) - Hf(t) = \frac{f^{(2n)}(\xi_t)}{(2n)!}\;p_n(t)^2

    par l’argument usuel de fonction auxiliaire). En déduire, en intégrant cette identité contre ww et en serrant entre les extrema de f(2n)f^{(2n)}, que

    IfwQn(f)=f(2n)(ξ)(2n)!hnpour un certain ξI,\int_I f\,w - Q_n(f) = \frac{f^{(2n)}(\xi)}{(2n)!}\,h_n \qquad\text{pour un certain } \xi \in I,

    avec hn=pn2h_n = \norm{p_n}^2 comme en Partie VI : la quadrature de Gauss erre d’une 2n2n-ième dérivée, pondérée par la norme au carré du polynôme orthogonal monique.

  2. (Les poids sont des valeurs de Christoffel) En utilisant le noyau reproduisant Kn(x,y)=k=0n1pk(x)pk(y)hkK_n(x, y) = \sum_{k=0}^{n-1} \frac{p_k(x)p_k(y)}{h_k} de Rn1[t]\R_{n-1}[t] et l’exactitude de QnQ_n jusqu’au degré 2n22n - 2, prouver

    wi  =  (k=0n1pk(ti)2hk) ⁣1:w_i \;=\; \Bigl(\,\sum_{k=0}^{n-1} \frac{p_k(t_i)^2}{h_k}\Bigr)^{\!-1} :

    chaque poids est la valeur en son nœud de la fonction de Christoffel — positivité des poids (question 10) encore, maintenant avec une formule exacte. Vérifier qu’elle retrouve w1=w2=1w_1 = w_2 = 1 pour n=2n = 2, I=[1,1]I = \intcc{-1}1, w=1w = 1.

  3. (Tout se vérifie sur une intégrale) Pour le poids de Chebyshev et n=3n = 3 nœuds, calculer les deux côtés de

    11t61t2 ⁣dt=5π16,Q3(t6)=9π32,\int_{-1}^{1}\frac{t^6}{\sqrt{1 - t^2}}\,\dd t = \frac{5\pi}{16}, \qquad Q_3(t^6) = \frac{9\pi}{32},

    donc l’erreur de quadrature est exactement π32\frac{\pi}{32} ; puis vérifier que la formule d’erreur de la question 23 prédit précisément cette valeur (ici f(6)=6!f^{(6)} = 6! est constante, et h3=22T3w2=π32h_3 = \norm{2^{-2}T_3}_w^2 = \frac\pi{32}) : théorie et calcul s’accordent jusqu’au dernier chiffre.

Solution

Solution de Problème 13.1.

1. Gram–Schmidt garantit Vect(p0,,pn)=Vect(1,,tn)=Rn[t]\operatorname{Vect}(p_0, \dots, p_n) = \operatorname{Vect}(1, \dots, t^n) = \R_n[t] et pnpkp_n \perp p_k (k<nk < n), d’où pnRn1[t]p_n \perp \R_{n-1}[t]. Les pkp_k, de degrés strictement croissants, sont indépendants : une base.

2. tpnt\,p_n est monique de degré n+1n + 1 : développer tpn=pn+1+knckpkt\,p_n = p_{n+1} + \sum_{k\leq n}c_kp_k avec ck=pk,tpn/pk2c_k = \langle p_k, tp_n\rangle/\norm{p_k}^2. Pour kn2k \leq n - 2 : pk,tpn=tpk,pn=0\langle p_k, tp_n\rangle = \langle tp_k, p_n\rangle = 0 (degré k+1<nk + 1 < n). Donc tpn=pn+1+anpn+bnpn1tp_n = p_{n+1} + a_np_n + b_np_{n-1}, la récurrence annoncée, avec

bn=pn1,tpnpn12=tpn1,pnpn12=pn+(infeˊrieurs), pnpn12=pn2pn12>0.b_n = \frac{\langle p_{n-1}, tp_n\rangle}{\norm{p_{n-1}}^2} = \frac{\langle tp_{n-1}, p_n\rangle}{\norm{p_{n-1}}^2} = \frac{\langle p_n + (\text{inférieurs}),\ p_n\rangle}{\norm{p_{n-1}}^2} = \frac{\norm{p_n}^2}{\norm{p_{n-1}}^2} > 0 .

3. Soit t1<<tmt_1 < \dots < t_m les points intérieurs à IIpnp_n change de signe, et q=im(tti)q = \prod_{i\leq m}(t - t_i) (avec q=1q = 1 si m=0m = 0). Alors pnqp_nq a un signe constant sur II et n’est pas p.p. nul : Ipnqw0\int_Ip_nq\,w \neq 0. Si m<nm < n, ceci contredit pnRn1[t]p_n \perp \R_{n-1}[t]. Donc m=nm = n : pnp_n a nn racines intérieures distinctes (il en a au plus nn en tout).

4. (t21)n(t^2 - 1)^n a degré 2n2n ; nn dérivées laissent degré nn, avec coefficient dominant (2n)(2n1)(n+1)2nn!=(2n)!2n(n!)2\frac{(2n)(2n-1)\cdots(n+1)}{2^nn!} = \frac{(2n)!}{2^n(n!)^2}. Pour degQ<n\deg Q < n, intégrer par parties nn fois : tous les termes de bord contiennent une dérivée d’ordre <n< n de (t21)n(t^2-1)^n, qui s’annule en ±1\pm1 (racine d’ordre nn) ; après nn étapes l’intégrande porte Q(n)=0Q^{(n)} = 0.

5. Avec u=(t21)nu = (t^2 - 1)^n :

(2nn!)2Pn2=11(u(n))2=(1)n11uu(2n)=(2n)!11(1t2)n ⁣dt,(2^nn!)^2\norm{P_n}^2 = \int_{-1}^1(u^{(n)})^2 = (-1)^n\int_{-1}^1 u\,u^{(2n)} = (2n)!\int_{-1}^1(1 - t^2)^n\dd t ,

(u(2n)=(2n)!u^{(2n)} = (2n)! ; termes de bord nuls comme en question 4). Et 11(1t2)n ⁣dt=B(12,n+1)=Γ(12)Γ(n+1)Γ(n+32)=24n(n!)2(2n+1)!\int_{-1}^1(1-t^2)^n\dd t = B(\tfrac12, n+1) = \frac{\Gamma(\frac12)\Gamma(n+1)}{\Gamma(n + \frac32)} = \frac{2\cdot4^n(n!)^2}{(2n+1)!} (Exercice 11.8). En combinant : Pn2=22n+1\norm{P_n}^2 = \frac{2}{2n + 1}.

6. Les polynômes sont \norm\cdot_\infty-denses dans C([1,1])\mathcal C(\intcc{-1}1) (Weierstrass, Corollaire 7.16), les fonctions continues sont L2L^2-denses (Théorème 12.6), et 22\norm\cdot_2 \leq \sqrt2\norm\cdot_\infty : les enveloppes polynomiales sont totales, donc les PnP_n normalisés forment une base hilbertienne. Développement de t\abs t : le coefficient contre P0P_0 est P0,tP02=12\frac{\langle P_0, \abs t\rangle}{\norm{P_0}^2} = \frac12 ; contre P1P_1 : 00 (parité) ; contre P2P_2 : 11t3t212 ⁣dt2/5=1/42/5=58\frac{\int_{-1}^1\abs t\,\frac{3t^2-1}2\dd t}{2/5} = \frac{1/4}{2/5} = \frac58. Meilleure approximation quadratique :

t12+58P2(t)=316+1516t2.\abs t \approx \frac12 + \frac58\,P_2(t) = \frac{3}{16} + \frac{15}{16}\,t^2 .

7. De  ⁣dn+1 ⁣dtn+1et2= ⁣dn ⁣dtn(2tet2)\frac{\dd^{n+1}}{\dd t^{n+1}}\eu^{-t^2} = \frac{\dd^n}{\dd t^n}(-2t\,\eu^{-t^2}) et Leibniz, Hn+1=2tHnHnH_{n+1} = 2tH_n - H_n' ; la récurrence donne degré nn et coefficient dominant 2n2^n. Pour m<nm < n, intégrer par parties nn fois dans HmHnet2=(1)nHm(et2)(n)\int H_m H_n\eu^{-t^2} = (-1)^n\int H_m\,\bigl(\eu^{-t^2}\bigr)^{(n)} : les termes de bord (polynôme ×\times et2\eu^{-t^2}) s’annulent en ±\pm\infty, laissant Hm(n)et2=0\int H_m^{(n)}\,\eu^{-t^2} = 0. Pour m=nm = n : Hn(n)=2nn!H_n^{(n)} = 2^nn!, donc Hnw2=2nn!et2=2nn!π\norm{H_n}_w^2 = 2^nn!\int\eu^{-t^2} = 2^nn!\sqrt\pi.

8. Soit fL2(R,et2 ⁣dt)f \in L^2(\R, \eu^{-t^2}\dd t) orthogonal à tout polynôme, et g=fet2g = f\eu^{-t^2}. Alors gL1g \in L^1 : fet2(f2et2)1/2(et2)1/2\int\abs f\eu^{-t^2} \leq \bigl(\int\abs f^2\eu^{-t^2}\bigr)^{1/2}\bigl(\int\eu^{-t^2}\bigr)^{1/2} (Cauchy–Schwarz). Pour ξR\xi \in \R, développer eiξt\eu^{-\iu\xi t} : les sommes partielles sont dominées car

kξkk!ftket2 ⁣dt(f2et2)1/2kξkk!(t2ket2)1/2<\sum_k\frac{\abs\xi^k}{k!}\int\abs f\,\abs t^k\eu^{-t^2}\dd t \leq \Bigl(\int \abs f^2\eu^{-t^2}\Bigr)^{1/2} \sum_k\frac{\abs\xi^k}{k!}\Bigl(\int t^{2k}\eu^{-t^2}\Bigr)^{1/2} < \infty

(la dernière série converge : t2ket2=Γ(k+12)k!π\int t^{2k}\eu^{-t^2} = \Gamma(k+\frac12) \leq k!\,\sqrt\pi, donc les termes sont O(ξk/k!)O(\abs\xi^k/\sqrt{k!})). L’intégration terme à terme (Corollaire 10.7 appliqué à la série absolue, puis Fubini pour les séries) donne

Rg(t)eiξt ⁣dt=k(iξ)kk!f(t)tket2 ⁣dt=0,\int_\R g(t)\,\eu^{-\iu\xi t}\dd t = \sum_k\frac{(-\iu\xi)^k}{k!}\int f(t)\,t^k\,\eu^{-t^2}\dd t = 0 ,

chaque intégrale étant de type tk,fw=0\langle t^k, f\rangle_w = 0. Par l’injectivité admise de la transformée de Fourier (Chapitre 14), g=0g = 0 p.p., donc f=0f = 0 p.p. : la famille d’Hermite (dont les enveloppes sont les polynômes) est totale.

9. Exactitude jusqu’au degré n1n - 1 : pour un tel PP, P=iP(ti)iP = \sum_iP(t_i)\ell_i exactement, donc Pw=iP(ti)iw=Q(P)\int Pw = \sum_iP(t_i)\int \ell_iw = Q(P). Degré 2n1\leq 2n - 1 : diviser P=qpn+rP = qp_n + r, degqn1\deg q \leq n - 1, degrn1\deg r \leq n-1 ; alors Pw=qpnw+rw=0+Q(r)\int Pw = \int qp_nw + \int rw = 0 + Q(r) (pnRn1[t]p_n \perp \R_{n-1}[t]), tandis que Q(P)=iwi(q(ti)pn(ti)+r(ti))=Q(r)Q(P) = \sum_iw_i\bigl(q(t_i)\,p_n(t_i) + r(t_i)\bigr) = Q(r) puisque les nœuds sont les racines de pnp_n. Égal.

10. i2\ell_i^2 a degré 2n22n12n - 2 \leq 2n - 1 et i2(tj)=δij\ell_i^2(t_j) = \delta_{ij} : 0<i2w=Q(i2)=wi0 < \int\ell_i^2w = Q(\ell_i^2) = w_i. Polya (Exercice 8.9, transporté à II avec poids) : la condition (i) tient — chaque polynôme est intégré exactement une fois 2n12n - 1 \geq son degré ; condition (ii) : iwi=iwi=Q(1)=Iw\sum_i\abs{w_{i}} = \sum_iw_i = Q(\mathbf 1) = \int_Iw, bornée : Qn(f)fwQ_n(f) \to \int fw pour toute fC(I)f \in \mathcal C(I), II compact.

11. Monique p2=t213p_2 = t^2 - \frac13 (de l’ Exercice 13.4) : nœuds ±13\pm\frac1{\sqrt3}. Poids : 1(t)=t1323\ell_1(t) = \frac{t - \frac1{\sqrt3}}{-\frac2{\sqrt3}}, et w1=111=1w_1 = \int_{-1}^1\ell_1 = 1 ; par symétrie w2=1w_2 = 1. Exactitude : 1=2=1+1\int 1 = 2 = 1 + 1 ; t=0=13+13\int t = 0 = -\frac1{\sqrt3} + \frac1{\sqrt3} ; t2=23=13+13\int t^2 = \frac23 = \frac13 + \frac13 ; t3=0\int t^3 = 0. La règle des trapèzes à deux points (nœuds ±1\pm1, poids 1,11, 1) n’est exacte que jusqu’au degré 11 : sur t2t^2 elle renvoie 22 au lieu de 23\frac23. Même coût, deux degrés d’exactitude en plus : le dividende des nœuds orthogonaux.

12. De cos(n+1)θ+cos(n1)θ=2cosθcosnθ\cos(n{+}1)\theta + \cos(n{-}1)\theta = 2\cos\theta\cos n\theta : Tn+1=2tTnTn1T_{n+1} = 2tT_n - T_{n-1} avec T0=1T_0 = 1, T1=tT_1 = t ; la récurrence donne des polynômes de degré nn de coefficient dominant 2n12^{n-1} (n1n \geq 1). En substituant t=cosθt = \cos\theta (w(t) ⁣dt ⁣dθw(t)\dd t \mapsto \dd\theta) : Tm,Tnw=0πcosmθcosnθ ⁣dθ=0\langle T_m, T_n\rangle_w = \int_0^\pi\cos m\theta\cos n\theta\,\dd\theta = 0 pour mnm \neq n, =π= \pi pour m=n=0m = n = 0, =π2= \frac\pi2 sinon (produit-en-somme). Degrés et orthogonalité deux à deux identifient les TnT_n avec la sortie de Gram–Schmidt à scalaires près ; un développement de Chebyshev de ff est exactement la série de Fourier en cosinus de θf(cosθ)\theta \mapsto f(\cos\theta).

13. Tn(t)=0T_n(t) = 0 ssi cosnθ=0\cos n\theta = 0 ssi θ=(2k1)π2n\theta = \frac{(2k-1)\pi}{2n} : les nn racines distinctes tk=cos(2k1)π2n(1,1)t_k = \cos\frac{(2k-1)\pi}{2n} \in \intoo{-1}1. Extrema : Tn1\abs{T_n} \leq 1 sur [1,1]\intcc{-1}1, avec Tn(sj)=(1)jT_n(s_j) = (-1)^j aux n+1n + 1 points sj=cosjπns_j = \cos\frac{j\pi}n : équi-oscillation parfaite.

14. 21nTn2^{1-n}T_n est monique de norme uniforme 21n2^{1-n}. Si un monique PP de degré nn avait supP<21n\sup\abs P < 2^{1-n}, la différence D=21nTnPD = 2^{1-n}T_n - P aurait degré n1\leq n - 1 (termes dominants s’annulent) pourtant alternerait en signe en s0>>sns_0 > \dots > s_n (là 21nTn=±21n2^{1-n}T_n = \pm2^{1-n} domine PP) : au moins nn zéros — D0D \equiv 0, contradiction. Pour l’unicité à l’égalité, le même DD satisfait (1)jD(sj)0(-1)^jD(s_j) \geq 0 ; un polynôme non nul de degré n1\leq n-1 ne peut avoir nn contraintes extrémales faiblement alternées sans nn racines comptées correctement (si D(sj)=0D(s_j) = 0 pour un sjs_j intérieur, ce zéro est double dans le comptage car DD garde un signe localement) : encore D0D \equiv 0.

15. La formule d’erreur de Lagrange (Rolle, deuxième année) donne fLnf=f(n)(ξt)n!ω(t)f - L_nf = \frac{f^{(n)}(\xi_t)}{n!}\,\omega(t), donc l’erreur uniforme est au plus f(n)n!supω\frac{\norm{f^{(n)}}_\infty}{n!}\,\sup\abs\omega, et ω\omega est monique de degré nn : par la question 14, sup[1,1]ω21n\sup_{\intcc{-1}1}\abs\omega \geq 2^{1-n} avec égalité ssi les nœuds sont les racines de Chebyshev. D’où la borne optimale fLnff(n)2n1n!\norm{f - L_nf}_\infty \leq \frac{\norm{f^{(n)}}_\infty}{2^{n-1}n!}. Avec des nœuds équidistants, supω\sup\abs\omega est exponentiellement plus grand près des extrémités, et interpoler même 11+25t2\frac1{1 + 25t^2} y diverge quand nn \to \infty (phénomène de Runge) ; les nœuds de Chebyshev sont le remède.

16. En dérivant Tn(cosθ)=cosnθT_n(\cos\theta) = \cos n\theta : Tn(cosθ)=nsinnθsinθT_n'(\cos\theta) = \frac{n\sin n\theta}{\sin\theta}, qui tend vers n2n^2 quand θ0\theta \to 0 et vers (1)n+1n2(-1)^{n+1}n^2 quand θπ\theta \to \pi : Tn(±1)=n2\abs{T_n'(\pm1)} = n^2. Aux points intérieurs, Tn(t)n1t2=O(n)\abs{T_n'(t)} \leq \frac{n}{\sqrt{1 - t^2}} = O(n) : le souffle quadratique ne vit qu’aux bords (borne intérieure de Bernstein versus borne globale de Markov).

17. Soit θk=(2k1)π2n\theta_k = \frac{(2k-1)\pi}{2n} et Sj=k=1ncos(jθk)S_j = \sum_{k=1}^n\cos(j\theta_k) pour 1jn11 \leq j \leq n-1. Alors

Sj=Re[eijπ/2nk=0n1eijkπ/n]=Re[eijπ/2neijπ1eijπ/n1].S_j = \operatorname{Re}\Bigl[\eu^{\iu j\pi/2n} \sum_{k=0}^{n-1}\eu^{\iu jk\pi/n}\Bigr] = \operatorname{Re}\Bigl[\eu^{\iu j\pi/2n}\, \frac{\eu^{\iu j\pi} - 1}{\eu^{\iu j\pi/n} - 1}\Bigr] .

Pour jj pair le numérateur s’annule : Sj=0S_j = 0. Pour jj impair le numérateur est 2-2, et eijπ/n1=eijπ/2n2isinjπ2n\eu^{\iu j\pi/n} - 1 = \eu^{\iu j\pi/2n}\cdot2\iu\sin\frac{j\pi}{2n}, donc l’expression entière est 22isin(jπ/2n)=isin(jπ/2n)\frac{-2}{2\iu\sin(j\pi/2n)} = \frac{\iu}{\sin(j\pi/2n)} : purement imaginaire, Sj=0S_j = 0 encore. D’où la règle à poids égaux πnkf(tk)\frac\pi n\sum_kf(t_k) intègre T0T_0 (wi=π=w\sum w_i = \pi = \int w) et tue T1,,Tn1T_1, \dots, T_{n-1} exactement comme Tjw=0\int T_jw = 0 : elle est exacte jusqu’au degré n1n - 1. Les poids exacts jusqu’au degré n1n-1 en des nœuds donnés sont uniques (base de Lagrange) : les poids de Gauss sont tous πn\frac\pi n. Pour n=3n = 3 : nœuds ±32,0\pm\frac{\sqrt3}2, 0 et

11f(t)1t2 ⁣dtπ3[f(32)+f(0)+f(32)],\int_{-1}^1\frac{f(t)}{\sqrt{1 - t^2}}\,\dd t \approx \frac\pi3\Bigl[f\Bigl(\tfrac{\sqrt3}2\Bigr) + f(0) + f\Bigl(-\tfrac{\sqrt3}2\Bigr)\Bigr],

exacte jusqu’au degré 55.

18. Pour un monique PP de degré nn : P=pn+rP = p_n + r avec rRn1[t]r \in \R_{n-1}[t], et pnRn1[t]p_n \perp \R_{n-1}[t] (question 1), donc P2=pn2+r2pn2\norm P^2 = \norm{p_n}^2 + \norm r^2 \geq \norm{p_n}^2, avec égalité ssi r=0r = 0 : pnp_n est le résidu de projection orthogonale de tnt^n sur Rn1[t]\R_{n-1}[t]^\perp, i.e. le polynôme monique le plus proche du sous-espace qu’il doit éviter. Le 21nTn2^{1-n}T_n de Chebyshev répond à la même question pour la norme uniforme : moindre déviation de zéro, une fois en L2(w)L^2(w), une fois en LL^\infty.

19. Écrire Kn(x,y)=k=0npk(x)pk(y)hkK_n(x, y) = \sum_{k=0}^n\frac{p_k(x)p_k(y)}{h_k}. Base n=0n = 0 : (xy)1h0=p1(x)11p1(y)h0(x - y)\frac1{h_0} = \frac{p_1(x)\cdot1 - 1\cdot p_1(y)}{h_0} puisque p1=ta0p_1 = t - a_0. Étape : en supposant l’identité pour n1n - 1,

(xy)Kn(x,y)=pn(x)pn1(y)pn1(x)pn(y)hn1+(xy)pn(x)pn(y)hn;(x - y)\,K_n(x,y) = \frac{p_n(x)p_{n-1}(y) - p_{n-1}(x)p_n(y)}{h_{n-1}} + \frac{(x - y)\,p_n(x)p_n(y)}{h_n} ;

substituer xpn(x)=pn+1(x)+anpn(x)+bnpn1(x)x\,p_n(x) = p_{n+1}(x) + a_np_n(x) + b_np_{n-1}(x) et ypn(y)=pn+1(y)+anpn(y)+bnpn1(y)y\,p_n(y) = p_{n+1}(y) + a_np_n(y) + b_np_{n-1}(y) dans le second terme : les contributions ana_n s’annulent, et les contributions bn=hnhn1b_n = \frac{h_n}{h_{n-1}} annulent le terme d’induction ; ce qui survit est pn+1(x)pn(y)pn(x)pn+1(y)hn\frac{p_{n+1}(x)p_n(y) - p_n(x)p_{n+1}(y)}{h_n}. La forme confluente suit en faisant yxy \to x (les deux côtés sont polynomiaux en yy).

20. La forme confluente donne pn+1pnpnpn+1=hnknpk2hkhnh0>0p_{n+1}'p_n - p_n'p_{n+1} = h_n\sum_{k\leq n}\frac{p_k^2}{h_k} \geq \frac{h_n}{h_0} > 0 partout. En une racine x0x_0 de pn+1p_{n+1} : pn+1(x0)pn(x0)>0p_{n+1}'(x_0)\,p_n(x_0) > 0, donc pn(x0)0p_n(x_0) \neq 0 (pas de racines communes). Entre des racines consécutives x0<x1x_0 < x_1 de pn+1p_{n+1} (toutes simples, Partie I), pn+1p_{n+1}' a des signes opposés, donc aussi pnp_n : une racine de pnp_n gît dans chacun des nn interstices — et cela épuise ses nn racines : entrelacement.

21. En développant Dn(t)=det(tInJn)D_n(t) = \det(tI_n - J_n) le long de la dernière ligne : Dn=(tan1)Dn1bn1Dn2D_n = (t - a_{n-1})D_{n-1} - b_{n-1}D_{n-2}, avec D0=1D_0 = 1, D1=ta0D_1 = t - a_0 : la récurrence et les germes du monique pnp_n, donc Dn=pnD_n = p_n. Racines de pnp_n = valeurs propres de la JnJ_n symétrique : réelles, et simples par la question 19 — la quadrature de Gauss est la théorie spectrale d’une matrice tridiagonale déguisée, l’ombre de dimension finie du Chapitre 15.

22. Dictionnaire :

LegendreHermiteChebyshev
intervalle[1,1]\intcc{-1}1R\R[1,1]\intcc{-1}1
poids11et2\eu^{-t^2}(1t2)1/2(1-t^2)^{-1/2}
formuleRodrigues(1)net2 ⁣dn ⁣dtnet2(-1)^n\eu^{t^2} \frac{\dd^n}{\dd t^n}\eu^{-t^2}cos(narccost)\cos(n\arccos t)
norme2^222n+1\frac2{2n+1}2nn!π2^nn!\sqrt\piπ,π2\pi, \frac\pi2
habitatquadraturecalcul gaussienminimax

(chacun avec sa récurrence à trois termes : forme générale pour Legendre, Hn+1=2tHn2nHn1H_{n+1} = 2tH_n - 2nH_{n-1}, Tn+1=2tTnTn1T_{n+1} = 2tT_n - T_{n-1}). La théorie générale a fourni ce qu’aucune famille isolée ne montre : réalité et entrelacement des racines, positivité des poids de quadrature, la simple existence de la récurrence et de Christoffel–Darboux — conséquences de l’orthogonalité seule, uniformes en le poids.

23. Existence : l’application linéaire R2n1[t]R2n\R_{2n-1}[t] \to \R^{2n}, P(P(t1),P(t1),,P(tn),P(tn))P \mapsto (P(t_1), P'(t_1), \dots, P(t_n), P'(t_n)), est injective (un PP dans le noyau a nn racines doubles et degré 2n1\leq 2n - 1, donc P=0P = 0) entre espaces de dimension égale 2n2n : bijective. Erreur ponctuelle : fixer tt non nœud et choisir KK pour que g(s)=f(s)Hf(s)Kpn(s)2g(s) = f(s) - Hf(s) - K\,p_n(s)^2 s’annule en s=ts = t. Alors gg s’annule aux n+1n + 1 points distincts t,t1,,tnt, t_1, \dots, t_n, et gg' s’annule aussi en chaque tit_i (à la fois fHff - Hf et pn2p_n^2 y ont des zéros doubles). Rolle donne nn zéros de gg' strictement entre les zéros consécutifs de gg — distincts des nœuds — donc gg' a 2n2n zéros distincts ; en appliquant Rolle 2n12n - 1 fois de plus on produit ξt\xi_t avec g(2n)(ξt)=0g^{(2n)}(\xi_t) = 0. Comme degHf2n1\deg Hf \leq 2n - 1 et pn2p_n^2 est monique de degré 2n2n, g(2n)=f(2n)K(2n)!g^{(2n)} = f^{(2n)} - K\,(2n)!, d’où K=f(2n)(ξt)/(2n)!K = f^{(2n)}(\xi_t)/(2n)! — et l’identité est triviale aux nœuds. Intégration : Qn(f)=Qn(Hf)Q_n(f) = Q_n(Hf) (HfHf coïncide avec ff aux nœuds) et Qn(Hf)=HfwQ_n(Hf) = \int Hf\,w par exactitude jusqu’au degré 2n12n - 1 (question 9), donc l’erreur de quadrature est (fHf)w\int(f - Hf)\,w. Avec m,Mm, M les extrema de f(2n)f^{(2n)} sur II, l’identité ponctuelle serre

mhn(2n)!    I(fHf)w    Mhn(2n)!,\frac{m\,h_n}{(2n)!} \;\leq\; \int_I(f - Hf)\,w \;\leq\; \frac{M\,h_n}{(2n)!} ,

et le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à la continue f(2n)f^{(2n)} livre ξ\xi. (Pour Legendre avec n=2n = 2 : h2=11(t213)2 ⁣dt=845h_2 = \int_{-1}^1(t^2 - \frac13)^2\dd t = \frac8{45}, donc l’erreur est f(4)(ξ)/135f^{(4)}(\xi)/135.)

24. Le noyau reproduit Rn1[t]\R_{n-1}[t] : en développant q=kpk,qhkpkq = \sum_k\frac{\langle p_k, q\rangle}{h_k}p_k on obtient

IKn(ti,t)q(t)w(t) ⁣dt=q(ti)\int_I K_n(t_i, t)\,q(t)\,w(t)\dd t = q(t_i)

pour tout qq de degré n1\leq n - 1. Prendre q=iq = \ell_i : le membre de gauche égale i(ti)=1\ell_i(t_i) = 1. Mais tKn(ti,t)i(t)t \mapsto K_n(t_i, t)\,\ell_i(t) est un polynôme de degré (n1)+(n1)=2n2\leq (n - 1) + (n - 1) = 2n - 2, sur lequel QnQ_n est exacte (question 9), et il s’annule en tout nœud tjtit_j \neq t_i (facteur i\ell_i), donc

1=IKn(ti,t)i(t)w(t) ⁣dt=wiKn(ti,ti)=wik=0n1pk(ti)2hk.1 = \int_I K_n(t_i, t)\,\ell_i(t)\,w(t)\dd t = w_i\,K_n(t_i, t_i) = w_i\sum_{k=0}^{n-1}\frac{p_k(t_i)^2}{h_k} .

La somme est >0> 0 (son terme k=0k = 0 est 1/h0>01/h_0 > 0) : la formule annoncée, et la positivité encore. Vérification (n=2n = 2, Legendre) : p0=1p_0 = 1, h0=2h_0 = 2, p1=tp_1 = t, h1=23h_1 = \frac23 ; en ti=±13t_i = \pm\frac1{\sqrt3},

K2(ti,ti)=12+1/32/3=1,wi=1,K_2(t_i, t_i) = \frac12 + \frac{1/3}{2/3} = 1, \qquad w_i = 1,

comme trouvé à la question 11.

25. En substituant t=cosθt = \cos\theta, l’intégrale est 0πcos6θ ⁣dθ=π531642=5π16\int_0^\pi\cos^6\theta\,\dd\theta = \pi\,\frac{5\cdot3\cdot1}{6\cdot4\cdot2} = \frac{5\pi}{16} (Wallis, Exercice 11.8). La règle Chebyshev–Gauss n=3n = 3 (question 17) a pour nœuds cosπ6=32\cos\frac\pi6 = \frac{\sqrt3}2, cosπ2=0\cos\frac\pi2 = 0, cos5π6=32\cos\frac{5\pi}6 = -\frac{\sqrt3}2 et des poids égaux π3\frac\pi3 :

Q3(t6)=π3(2(32)6)=π35464=9π32,5π169π32=π32.Q_3(t^6) = \frac\pi3\Bigl(2\cdot\Bigl(\frac{\sqrt3}2 \Bigr)^{6}\Bigr) = \frac\pi3\cdot\frac{54}{64} = \frac{9\pi}{32}, \qquad \frac{5\pi}{16} - \frac{9\pi}{32} = \frac\pi{32} .

Prédiction : le polynôme orthogonal monique de degré 33 est 22T3=t334t2^{-2}T_3 = t^3 - \frac34t, avec h3=116T3w2=116π2=π32h_3 = \frac1{16}\norm{T_3}_w^2 = \frac1{16}\cdot\frac\pi2 = \frac\pi{32} ; et f=t6f = t^6 a f(6)=720=6!f^{(6)} = 720 = 6! constante, donc la question 23 donne l’erreur 6!6!h3=π32\frac{6!}{6!}\,h_3 = \frac\pi{32} — sans dépendance en ξ\xi restante, la formule est forcée d’être exacte, et elle l’est.