Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
12Les espaces Lp
L’intégrale de Lebesgue a été construite pour l’analyse ; les espaces sont le lieu où cette analyse vit. Ce sont des espaces de Banach (Riesz–Fischer) — les complétés que l’Exercice 7.1 montrait manquer aux fonctions continues — et ils supportent une technologie de lissage, la convolution contre des mollificateurs, qui approxime toute fonction par des . Ce chapitre prouve les versions intégrales de Hölder et Minkowski, la complétude, les théorèmes de densité, et la machine de régularisation, pour finir par la géographie des inclusions et de l’interpolation de l’échelle . Tout au long, est un espace mesuré et les fonctions sont à valeurs complexes ; sur , la mesure est .
12.1 Définition ; Hölder et Minkowski
Définition 12.1
Pour , est l’ensemble des mesurables avec , et l’ensemble des bornées hors d’un ensemble nul, avec le sup essentiel — le plus petit avec p.p. (l’inf est atteint : intersecter les ensembles nuls pour ). Comme ne force que p.p. (Exercice 10.5), on définit
les éléments sont des classes de fonctions modulo les ensembles nuls, et est une vraie norme sur .
Théorème 12.2 (Inégalité de Hölder)
Soient avec (exposants conjugués). Pour mesurables :
avec égalité (pour , normes finies, ) ssi et sont proportionnelles p.p.
Démonstration. Les cas sont directs ( p.p.). Soit ; normaliser (homogénéité ; les normes nulles ou infinies sont triviales). L’inégalité de Young ( ; concavité de , comme dans le Problème 8.1) donne ponctuellement ; intégrer : . L’égalité force l’égalité p.p. dans Young, c.-à-d. p.p. (après normalisation ; en la défaisant, proportionnalité). ∎
Théorème 12.3 (Inégalité de Minkowski)
Pour : .
Démonstration. : inégalité triangulaire ponctuelle/p.p. Pour , supposer (sinon utiliser , de la convexité de , pour voir que le membre de gauche est fini lorsque le droit l’est). Alors
par Hölder, et car ; diviser par (si non nul ; sinon trivial) et utiliser . ∎
12.2 Complétude et ses compagnons
Théorème 12.4 (Riesz–Fischer)
Pour , est un espace de Banach. De plus, toute suite convergeant dans a une sous-suite convergeant presque partout (avec un dominateur dans le cas ).
Démonstration. : une suite -de Cauchy est, hors d’un seul ensemble nul (union dénombrable), uniformément de Cauchy : elle converge uniformément hors de celui-ci ; terminé. Soit . Par l’Exercice 7.1(b) il suffit de sommer les séries absolument convergentes : soit . Poser et (ponctuellement dans ) : par Minkowski , et le TCM () donne : p.p., donc la série converge absolument pour p.t. ; appeler la somme (n’importe quelle valeur sur l’ensemble nul). Alors , et le TCD donne : la série converge dans .
L’énoncé de sous-suite : si dans , choisir avec ; la série tombe sous l’argument précédent : elle converge absolument p.p., dominée par un , donc p.p., et cette limite p.p. doit être (un représentant de) (toutes deux sont des limites ). Le dominateur : . ∎
Remarque 12.5
La convergence n’implique pas la convergence p.p. (la suite machine à écrire, Exercice 12.3), ni réciproquement (bosses qui s’échappent) : les deux modes ne sont liés que par les sous-suites et la domination. Garder en tête les contre-exemples de l’Exercice 12.3 est le meilleur vaccin.
12.3 Théorèmes de densité
Théorème 12.6
Soit .
- Les fonctions simples (à supports de mesure finie) sont denses dans .
- Dans , les fonctions continues à support compact sont denses.
- La translation est continue sur : en écrivant , lorsque .
Aucun des trois ne tient pour .
Démonstration. (1) Pour : les dyadiques du Théorème 10.4 satisfont : TCD. (Chaque est dans , et ses ensembles de niveau ont mesure finie là où la valeur est positive : .) Scinder générale en quatre parties positives.
(2) Par (1) il suffit d’approximer , borélien avec . La régularité (preuve comme au Théorème 9.13) donne un compact ouvert avec ; la fonction d’Urysohn
est continue, sur , hors de , et peut être prise à support compact (rétrécir d’abord en un ouvert borné). Alors .
(3) Pour : la continuité uniforme donne , avec supports dans un compact fixe pour : . Pour générale : choisir avec ; alors (invariance par translation de la norme).
Pour : l’approximation uniforme de par des fonctions continues est impossible (saut), et pour . ∎
12.4 Convolution et régularisation
Théorème 12.7 (Inégalité de Young)
Soient , , . Alors est définie p.p., appartient à , et
Démonstration. : borne directe. : Théorème 11.9. Soit , conjugué. Scinder et appliquer Hölder :
Élever à la puissance et intégrer en ; Tonelli sur le second facteur donne , c.-à-d. — et la finitude de l’intégrale de Tonelli justifie la convergence absolue p.p. comme au Théorème 11.9. ∎
Définition 12.8 (Mollificateurs)
La fonction
avec normalisant , est sur : le point est que est sur , toutes ses dérivées en étant (chaque dérivée est pour un polynôme , qui tend vers ; induction). Pour poser : supportée dans , encore d’intégrale .
Théorème 12.9 (Régularisation)
Soient et . Alors :
- , avec ;
- lorsque ;
- par conséquent est dense dans .
Démonstration. (1) Dérivation sous le signe intégral (Théorème 10.15) en : pour dans une boule , avec compact ( à distance de ), et (Hölder contre ) : le théorème s’applique ; itérer pour les dérivées d’ordre supérieur.
(2) Comme :
et l’inégalité de Minkowski intégrale — ou directement : Hölder/Jensen avec la mesure de probabilité et Tonelli —
(l’étape du milieu : appliquer l’inégalité de Jensen, Exercice 12.10, à l’intégrale intérieure en , puis Tonelli). L’intégrande est supportée dans et y tend vers uniformément lorsque (Théorème 12.6(3)) : toute l’expression tend vers .
(3) Approximer par (Théorème 12.6(2)), puis par (support compact : somme des supports). ∎
Exemple 12.10 (Mollifier , avec vitesses)
Prendre sur (localement ; le théorème s’applique sur toute fenêtre bornée) et un mollificateur symétrique . Alors
est ; loin du coin, rien ne se passe : pour , est linéaire en sur le support de , donc exactement (la symétrie tue la correction). Près de , le lissage coûte précisément
l’erreur d’approximation est confinée au -voisinage de la singularité et est de sa taille. Par ailleurs partout ( est convexe, et la convolution contre préserve la convexité), avec : la dérivée seconde est une bosse de masse pressée dans une largeur , donc . Lisser est un échange : erreur uniforme contre explosion des dérivées — le taux d’échange exact que l’analyse quantitative (inégalités d’interpolation, le cercle d’idées du Problème 12.1) formalise.
Corollaire 12.11 (Lemme fondamental du calcul des variations)
Soit (intégrable sur les compacts) avec pour toute . Alors p.p.
Démonstration. Fixer une boule et soit . Pour et : , la fonction test étant . Mais dans (Théorème 12.9) : p.p. sur ; épuiser . ∎
12.5 La géographie
Proposition 12.12
(a) Si et , alors avec . (b) Sur (mesure infinie) il n’y a pas d’inclusions : pour il y a des fonctions dans . (c) (Interpolation) Si et est défini par , alors
en particulier .
Démonstration. (a) Hölder avec les exposants et son conjugué : ( directement). (b) Près de et près de , les puissances calibrent : Exercice 12.2. (c) Écrire et appliquer Hölder avec la paire conjuguée , (conjugués précisément par la définition de ) : . ∎
Méthode 12.13
La boîte à outils , telle qu’utilisée partout ci-dessous : pour prouver une identité ou inégalité pour tout — la prouver sur une classe dense ( via Théorème 12.9) et étendre par continuité (Théorème 7.2, les deux membres étant -continus) ; pour prouver , tester contre (Corollaire 12.11) ; pour gagner de la régularité, convoler ; pour échanger les exposants, Hölder et interpolation. La théorie de Fourier du Chapitre 14 est une longue application de cette méthode.
12.6 Exercices
Exercice 12.1 ★
(a) Énoncer et prouver l’inégalité de Cauchy–Schwarz dans comme le cas de Hölder. (b) Sur un espace de probabilité, montrer que est croissante. (c) Quand Hölder est-elle une égalité pour , ?
Solution
Solution de Exercice 12.1.
(a) dans le Théorème 12.2 : — Cauchy–Schwarz, avec égalité ssi proportionnels et les phases alignées.
(b) Sur un espace de probabilité, pour : appliquer Jensen (Exercice 12.10) avec la convexe à la fonction : , c.-à-d. .
(c) ssi p.p. sur (l’inégalité doit être une égalité p.p.).
Exercice 12.2 ★
Pour quels les suivantes appartiennent-elles à ?
Conclure : sur un petit est plus facile, sur un grand est plus facile, et aucun n’en contient un autre sur .
Solution
Solution de Exercice 12.2.
ssi : la première est dans pour . ssi : la seconde pour (et : elle est bornée — l’inclure). Troisième : pour , dominée par : intégrable ; pour , substituer : ; pour la puissance domine : divergente. Donc . Quatrième : ssi ; bornée, donc aussi : . Morale : l’intégrabilité en aime les petits , en les grands ; en combinant les deux obstacles, aucune inclusion entre les .
Exercice 12.3 ★★
(La machine à écrire) Énumérer les intervalles dyadiques , , , , … et soit . (a) Montrer dans tout , , mais diverge pour tout . (b) Exhiber la sous-suite convergente p.p. promise par le Théorème 12.4. (c) Réciproquement donner une suite convergeant p.p. mais pas dans , et une convergeant dans mais dans aucun , .
Solution
Solution de Exercice 12.3.
(a) (au niveau dyadique la longueur est ). Mais tout appartient à un intervalle de chaque niveau dyadique : une infinité de fois et une infinité de fois (intervalles du même niveau ne contenant pas ) : pas de convergence en aucun point.
(b) (le premier intervalle de chaque niveau) converge vers en tout : p.p.
(c) p.p. mais pas : p.p., intégrale . Dans mais dans aucun () : : , tandis que pour tout .
Exercice 12.4 ★★
Soient et , . Montrer que lorsque . (Borne supérieure par (a) de Proposition 12.12 ; borne inférieure en intégrant sur , de mesure positive.)
Solution
Solution de Exercice 12.4.
Supérieure : (Proposition 12.12(a) avec ), et . Inférieure : pour , a (définition du sup essentiel), et
Exercice 12.5 ★★
(a) Où exactement la preuve du Théorème 12.6(3) utilise-t-elle ? (b) Montrer que satisfait ssi a un représentant uniformément continu.
Solution
Solution de Exercice 12.5.
(a) Deux fois : la conversion (support de mesure finie) dégénère pour seulement en ce que la densité de échoue là — c’est le vrai écart : l’étape (2) du Théorème 12.6 n’a pas d’analogue .
(b) Si a un représentant uniformément continu : . Réciproquement, supposer . Les mollifications sont continues, et
(la convolution est une moyenne de translatés). Chaque est uniformément continue (, par moyenne), et une limite uniforme de fonctions uniformément continues en est une : coïncide p.p. avec une fonction uniformément continue.
Exercice 12.6 ★★
Soient conjugués, , . Montrer que est définie partout, bornée, avec , et uniformément continue. (Continuité de la translation dans ; traiter séparément — pour utiliser la continuité de translation sur le facteur .)
Solution
Solution de Exercice 12.6.
Par Hölder, pour tout l’intégrande est dans avec : partout définie et bornée. Continuité uniforme () :
uniformément en (Théorème 12.6(3)). Si , alors : écrire et courir la même borne avec la translation agissant sur .
Exercice 12.7 ★★
Soit avec pour toute . Montrer que est p.p. égale à une constante. (Fixer avec ; toute avec est une ; écrire une fonction test générale comme et appliquer le Corollaire 12.11 à avec .)
Solution
Solution de Exercice 12.7.
Fixer avec , et poser . Soit arbitraire et : alors , donc définit (elle s’annule près des deux bouts : près de trivialement, près de parce que l’intégrale totale est ) avec . L’hypothèse donne , d’où
Par le Corollaire 12.11 (localisé sur ), p.p.
Exercice 12.8 ★★★
(Urysohn lisse) Soient , compact, ouvert. Construire avec , sur , . (Mollifier l’indicateur du -voisinage de avec , pour petit.) En déduire un énoncé de partition de l’unité pour un compact recouvert par un nombre fini d’ouverts.
Solution
Solution de Exercice 12.8.
Soit (positif : Exercice 6.6(b) ; si n’importe quel convient), , et
Alors (Théorème 12.9(1) ; l’indicateur est ), (), sur (pour , , donc la convolution intègre pleinement), et : à support compact ( est borné). Partition de l’unité : étant donné , choisir (par compacité) des compacts avec , prendre comme ci-dessus pour , et poser : chaque , et sur .
Exercice 12.9 ★★
En utilisant l’interpolation (Proposition 12.12(c)) : (a) montrer que pour tout , avec ; (b) montrer que est, pour fixé, log-convexe en , et donner un exemple où exactement pour dans un intervalle donné .
Solution
Solution de Exercice 12.9.
(a) L’exposant d’interpolation pour en est : le Proposition 12.12(c) donne .
(b) En prenant les logarithmes dans le Proposition 12.12(c) : où est la même combinaison convexe de : est convexe. Exemple avec appartenance exactement sur :
le premier terme est ssi , le second ssi .
Exercice 12.10 ★★
(Jensen) Soit une mesure de probabilité, réelle, et convexe. Montrer
(droite de support de au point ). En déduire l’inégalité arithmético-géométrique et la monotonie de de l’Exercice 12.1(b).
Solution
Solution de Exercice 12.10.
Soit . La convexité fournit une droite de support en : il existe avec pour tout (prendre entre les dérivées unilatérales, qui existent pour les fonctions convexes). Substituer et intégrer contre la probabilité :
(mesurabilité : est continue ; l’intégrabilité de la partie négative de est garantie par la droite de support). AM–GM : sur un ensemble fini de poids , prendre et : , c.-à-d. . La monotonie des normes est l’Exercice 12.1(b).
Exercice 12.11 ★★★
(Inégalité de Young pour la convolution) Soient avec , et , . (a) Prouver . (Écrire, pour les exposants conjugués tirés de , et appliquer l’inégalité de Hölder à trois facteurs avec exposants , , ; puis intégrer en par Tonelli.) (b) Vérifier les trois cas spéciaux déjà connus : (Hölder, Exercice 12.6) ; (-stabilité de la convolution par un noyau intégrable) ; ( est une algèbre de convolution, Théorème 11.9). (c) Pourquoi n’y a-t-il pas d’inégalité avec ? (Tester sur les dilatations et comparer les échelles des deux membres.)
Solution
Solution de Exercice 12.11.
(a) Supposer d’abord et (remplacer par les valeurs absolues). Les trois exposants , , satisfont (la relation d’échelle). Scinder, pour fixé,
et Hölder avec les trois exposants donne
plus précisément : le second facteur est car , et de même le troisième est . Élever à la puissance et intégrer en (Tonelli sur le premier facteur) :
Les cas extrémaux ( ou un exposant égal à sa borne) sont Hölder pur ou des estimations directes.
(b) force : — Hölder après translation-réflexion. donne : , le cheval de trait de la mollification (le moteur du Théorème 12.9). donne : l’algèbre de convolution (Théorème 11.9).
(c) Remplacer par , : alors , et en comparant les normes,
une inégalité valable pour tous force les deux exposants d’échelle à coïncider, c.-à-d. exactement. Toute autre combinaison meurt en ou : la relation de Young n’est pas une commodité mais une loi d’échelle.
Exercice 12.12 ★★
(Cas d’égalité) (a) Dans l’inégalité de Hölder (), montrer que l’égalité tient ssi et sont proportionnelles p.p. (Suivre le cas d’égalité de l’inégalité de Young , qui est .) (b) Dans l’inégalité de Minkowski (), montrer que l’égalité avec force p.p. avec . (c) Contraster avec et : décrire les cas d’égalité (beaucoup plus larges) là, sur des exemples.
Solution
Solution de Exercice 12.12.
(a) Normaliser . La preuve de Hölder intègre l’inégalité de Young ; l’égalité des intégrales force l’égalité p.p. dans Young, ce qui (convexité stricte de ; égalité ssi ) signifie p.p. En défaisant la normalisation : p.p. — proportionnalité.
(b) Minkowski est deux Hölder appliqués à et ; l’égalité force la proportionnalité de (a) dans les deux : et chacun proportionnel à , donc p.p. pour une constante ; et l’inégalité triangulaire ponctuelle initiale doit aussi être une égalité p.p., ce qui pour des valeurs complexes signifie que et ont p.p. le même argument là où les deux sont non nuls. En combinant : p.p., (toutes deux non nulles).
(c) : l’égalité dans tient dès que ont le même schéma de signe (même argument p.p.) — aucune proportionnalité requise : et marchent. : dès que les deux fonctions culminent de façon compatible en un point commun (ou le long d’une suite commune) : près d’un point suffit indépendamment du comportement ailleurs. La convexité stricte des boules pour — et son échec aux extrémités — est exactement ce que ces cas d’égalité témoignent.
12.7 Problème : l’inégalité de Hardy
Problème 12.1
Problème du week-end — l’inégalité de Hardy et sa constante optimale
Pour , , définir l’opérateur de Hardy
L’inégalité de Hardy (1920) affirme
et la constante est optimale et non atteinte. Ce problème prouve tout, puis s’étend aux séries.
Partie I — L’inégalité. Supposer d’abord continue à support compact dans , et soit .
- Montrer que : près de , s’annule sur un voisinage de ; près de , est bornée, donc , et appartient à pour .
Intégrer par parties pour montrer
(Dériver ; les termes de bord s’annulent — justifier les deux extrémités.)
- Appliquer Hölder au membre de droite et en déduire pour de telles .
- Étendre à tout : pour , construire des continues à support compact dans , p.p. (tronquer, puis approximer de façon monotone — justifier la construction) ; alors ponctuellement (TCM à l’intérieur de la moyenne) et le TCM passe l’inégalité à la limite. Pour signée ou complexe, conclure avec .
Partie II — Optimalité.
Pour soit . Calculer et, pour ,
- En déduire , et conclure que la constante est optimale.
- Montrer que l’égalité avec est impossible. (Suivre le cas d’égalité de Hölder dans la question 3 : il forcerait un comportement , qui n’est pas dans .)
Partie III — L’inégalité discrète.
Pour un décroissant sur et , comparer et , et les moyennes en conséquence, pour déduire de la partie I l’inégalité de Hardy discrète : pour ,
— la prouver d’abord pour décroissante via la comparaison ci-dessus, puis ramener le cas général au décroissant par réarrangement (admettre, avec une justification en une ligne, que trier en ordre décroissant ne peut qu’augmenter le membre de gauche en fixant le droit).
- En déduire : si alors les moyennes de Cesàro de sont encore — et donner un exemple () où mais n’est pas sommable, pourtant Hardy contrôle encore les moyennes.
Partie IV — Épilogue.
- Montrer que l’inégalité de Hardy échoue pour : avec , calculer et observer . Où la preuve s’effondre-t-elle ?
Partie V — La fonction maximale, et le théorème de différentiation de Lebesgue. Hardy moyenne depuis l’origine ; Hardy–Littlewood moyenne autour de chaque point. Pour définir
- (Vitali, version finie) Soient des intervalles ouverts. Montrer qu’il existe une sous-famille disjointe avec , où désigne l’intervalle de même centre et de triple longueur (glouton : choisir répétitivement le plus long intervalle disjoint de ceux déjà choisis).
(Type faible ) Montrer que pour tout ,
chaque avec possède un intervalle centré avec ; prendre un compact (régularité intérieure), le recouvrir par un nombre fini de , appliquer la question 11, et épuiser.
- Calculer pour et en déduire que pour toute ( à l’infini) : en , l’inégalité faible de la question 12 est le meilleur énoncé possible.
(Type fort pour ) Pour : scinder , observer , et combiner la question 12 avec la formule des couches (Proposition 11.8) et Tonelli pour prouver
(L’explosion lorsque est l’échec de la question 13, quantifié.)
(Théorème de différentiation de Lebesgue) Prouver : pour ,
(Clair pour continue. En général écrire , continue à support compact, (Théorème 12.6) ; l’ensemble où de l’oscillation moyennée dépasse est contenu dans , de mesure ; faire , puis le long d’une suite.)
- En déduire : (a) presque tout point est un point de Lebesgue de ; (b) pour , la primitive est dérivable p.p. avec p.p. — la moitié intégrale du théorème fondamental du calcul dans le monde de Lebesgue, fermant le cercle ouvert par l’escalier (Problème 9.1), qui montrait que la moitié réciproque peut échouer.
- (Points de densité) Pour mesurable, montrer que presque tout satisfait : les ensembles mesurables sont localement pleins en presque tous leurs points. Esquisser, en deux lignes, comment cela donne encore une preuve du théorème de Steinhaus (Exercice 9.8).
Partie VI — Variations sur le thème de la moyenne.
(Hardy pondéré) Pour et , montrer
par la même intégration par parties, et vérifier que la frontière est réellement interdite (adapter le contre-exemple de la question 10).
- (L’adjoint) Soit . Montrer pour positives (Tonelli), et prouver (directement par parties, ou depuis Hardy sur l’exposant conjugué par dualité — attention à quel exposant ramasse quelle constante).
(Une inégalité de type Hilbert) En déduire que pour , positives :
(scinder selon / : chaque moitié est un accouplement d’une fonction contre une transformée de Hardy de l’autre).
- (Optimalité, discret) Montrer que la constante de la question 8 est aussi optimale : tester sur , comparer les deux membres avec des intégrales, et faire (le miroir discret de la partie II).
- (Synthèse) Trois opérateurs de moyenne sont apparus dans ce problème : le de Hardy, la moyenne de Cesàro discrète, et l’opérateur maximal . Énoncer en une ligne chacun ce que sa continuité dit, observer que les trois échouent exactement en , et expliquer pourquoi c’est le même échec trois fois (la queue harmonique ).
Partie VII — L’inégalité de Carleman, et à quel point « optimal » est-il.
(Inégalité de Carleman) Soient avec . Appliquer l’inégalité de Hardy discrète de la question 8 à , utiliser l’inégalité arithmético-géométrique, et faire (montrer que décroît vers ) pour obtenir
les moyennes géométriques d’une suite sommable sont sommables, à coût au plus .
- (La constante est optimale) Tester : en utilisant l’encadrement de Stirling du Problème 11.1, montrer , en déduire que les deux membres de Carleman croissent comme , et conclure qu’aucune constante plus petite que ne peut convenir. (Observer le schéma : les optimiseurs de Hardy et de Carleman sont tous deux les suites de type harmonique qui échouent juste à être dans l’espace.)
(À quelle vitesse « optimal » est-il approché ?) Prendre . Pour , calculer , contre la borne . Pour les quasi-optimiseurs de la question 5, prouver l’identité exacte
Évaluer en (rapport ) et commenter : le supremum n’est approché qu’à la vitesse — une constante optimale peut être presque invisible numériquement.
Solution
Solution de Problème 12.1.
1. a support dans un certain , donc sur et sur : s’annule près de et est à l’infini ; pour , et est continue : .
2. . Les deux valeurs de bord s’annulent : en parce que près de ; en parce que (). En intégrant l’identité sur :
qui est la relation affichée.
3. Hölder avec exposants et :
donc ; diviser (fini par la question 1, et si il n’y a rien à prouver).
4. Soit , . Choisir avec dans (Théorème 12.6(2), intersecté avec la demi-droite ouverte — approximer et diagonaliser), et remplacer par (encore continue, et plus proche de ). Pour tout fixé, Hölder sur donne
ponctuellement. Fatou et la question 3 :
Pour signée ou complexe : ponctuellement, et le cas positif s’applique à .
5. . Pour :
6. Fixer et avec pour . Alors
donc lorsque : la constante ne peut être améliorée.
7. L’égalité dans la question 3 force l’égalité dans Hölder : proportionnelle à p.p., c.-à-d. p.p. pour un certain . Comme est absolument continue avec p.p., résout : sur tout intervalle où , , donc et là. Mais aucune puissance non nulle n’appartient à ( nécessaire en et en : incompatibles), et ne peut s’annuler identiquement sauf si . Donc l’égalité exige .
8. Étant donné décroissante , définir la fonction en escalier sur : décroissante, avec et , donc . La moyenne d’une fonction décroissante est décroissante, donc l’est, et
par la partie I. Pour une suite positive générale, soit son réarrangement décroissant (possible lorsque , ce qu’on peut supposer — sinon les deux membres sont infinis) : le membre de droite est inchangé, et chaque somme partielle est au plus (les plus grands termes) : le membre de gauche ne croît que. D’où l’inégalité pour tout .
9. Si , la suite des moyennes de Cesàro est dans de norme . Exemple () : () : , pourtant (test intégral) ; Hardy garantit encore .
10. Pour : sur et pour : , tandis que . La preuve s’effondre en deux points : la constante explose lorsque , et le terme de bord ne s’annule plus à l’infini pour . L’inégalité de Hardy est un honnête phénomène .
11. Choisir le plus long intervalle ; écarter tout intervalle le rencontrant ; choisir le plus long survivant ; itérer (nombre fini d’intervalles). Les choisis sont disjoints par construction, et tout écarté a rencontré un intervalle choisi au moins aussi long : un intervalle rencontrant un plus long-ou-égal est contenu dans son triple, .
12. est ouvert : chaque moyenne est continue (convergence dominée en ), et un supremum de fonctions continues est semi-continu inférieurement. Chaque dedans possède avec . Pour un compact : un nombre fini de recouvrent , Vitali (question 11) extrait des disjoints avec , donc
par disjonction ; la régularité intérieure (Théorème 9.13) conclut.
13. Pour : avec la moyenne est , croissante en ; pour elle est , décroissante : le supremum est , atteint en . Donc . En général, si sur un intervalle borné , alors pour tout : jamais intégrable sauf si p.p.
14. Avec : , donc et la question 12 donne . Formule des couches (Proposition 11.8) et Tonelli :
15. Écrire . Pour continue : partout. Étant donné , scinder avec continue à support compact et (Théorème 12.6) ; alors
donc a mesure (question 12 ; Markov). arbitraire : ; union sur : p.p.
16. (a) Pour chaque , la question 15 appliquée à donne p.p. ; sur l’intersection de ces ensembles de mesure pleine, choisir avec : pour tout : presque tout est un point de Lebesgue. (b) En un point de Lebesgue,
p.p. — les primitives de fonctions se redérivent ; l’escalier (Problème 9.1) est le contre-exemple à la direction réciproque seulement.
17. Appliquer la question 15 à et faire croître : pour p.t. la densité . Steinhaus : autour d’un point de densité prendre avec densité ; pour , et remplissent chacun plus de d’un intervalle de longueur , donc s’intersectent : .
18. Soit : s’annule en ( s’annule près de ) et en ( bornée, ), donc avec
D’où ; Hölder pour la mesure (exposants et ) termine comme en question 3. Frontière : avec , le membre de droite est tandis que le gauche contient : aucune constante ne survit à .
19. Tonelli sur :
Dualité : , Hardy étant invoqué dans , dont la constante égale .
20. Scinder le long de la diagonale (nulle). Sur :
car Hardy dans porte la constante . Symétriquement, (). Total : .
21. Pour , : le membre de droite est . À gauche, pour : , donc la -ième moyenne de Cesàro est uniformément pour dans tout intervalle ; en élevant à la puissance et en sommant, le membre de gauche est . En divisant et faisant , puis : aucune constante plus petite que ne peut convenir.
22. borné sur : les moyennes cumulatives n’enflent pas les -normes (constante ) ; Cesàro sur : la même, discrétisée ; borné sur : même la meilleure moyenne locale reste sous contrôle (constante ). Les trois échouent en , et pour une raison : moyenniser une unité de masse concentrée produit une queue (questions 10 et 13), et appartient à tout près de l’infini sauf . Lisser étale la masse exactement jusqu’à la frontière harmonique de l’intégrabilité.
23. Poser , donc . La question 8 donne
et AM–GM borne chaque terme par en bas :
D’où pour tout . Avec ,
qui décroît vers lorsque (la suite monotone supérieure classique pour ). En prenant l’infimum sur on obtient l’inégalité de Carleman avec constante .
24. Pour , . L’encadrement du Problème 11.1 donne , donc
car . En inversant, , et en sommant sur :
(la série d’erreur converge). Une inégalité de Carleman de constante forcerait , d’où en divisant par . Les suites optimisantes s’alignent : la constante de Hardy est approchée par (question 21), celle de Carleman par — dans chaque cas la suite de type harmonique assise juste hors de l’espace moyenné.
25. Pour : sur et pour , donc et le rapport est , environ de la borne optimale. Pour () : sur , donc sur cet intervalle et, pour , . En élevant au carré et en intégrant,
d’où ; en divisant par on obtient l’identité énoncée. En : , donc le rapport est . Le défaut ne décroît que logarithmiquement : pour atteindre le rapport il faudrait , c.-à-d. . Les constantes optimales sont des théorèmes, pas des expériences.