φ:[a,b]→R est une fonction en escalier lorsqu’il existe une subdivision a=x0<x1<⋯<xn=b telle que φ soit constante, égale à ci, sur chaque intervalleouvert(xi−1,xi) (les valeurs aux nœuds sont quelconques). Son intégrale est
∫abφ=i=1∑nci(xi−xi−1),
indépendante de la subdivision choisie (on raffine deux subdivisions par leur subdivision commune : chaque membre est inchangé par raffinement).
Proposition 15.2
Sur les fonctions en escalier, l’intégrale est linéaire, croissante (φ≤ψ⟹∫φ≤∫ψ), et vérifie la relation de Chasles ∫ab=∫ac+∫cb pour a<c<b.
Démonstration. Le moteur est l’invariance par raffinement, énoncée dans la définition : insérer un nœud supplémentaire t∈(xi−1,xi) dans une subdivision remplace le terme ci(xi−xi−1) par ci(t−xi−1)+ci(xi−t) — le même nombre — de sorte que l’intégrale est inchangée par tout raffinement fini. Prenons maintenant φ de subdivision σ et ψ de subdivision σ′ : sur le raffinement commun σ∪σ′, toutes deux sont des fonctions en escalier ayant les mêmes nœuds, et sur chaque morceau φ+λψ est constante égale à ci+λdi : la linéarité se ramène à la linéarité des sommes finies. Croissance : ci≤di sur chaque morceau donne ∑ciΔi≤∑diΔi (les longueurs Δi≥0). Chasles : insérer le nœud c et couper la somme en ce point. ∎
Démonstration. D’après le théorème de Heine (Théorème 13.22), f est uniformément continue : choisissons δ associé à ε, et une subdivision de pas <δ (régulière, disons, avec n>δb−a morceaux). Sur chaque morceau fermé[xi−1,xi], f atteint un minimum mi et un maximum Mi (Théorème 13.13), et Mi−mi≤ε (les deux points extrémaux sont distants de moins de δ). Posons φ=mi et ψ=Mi sur (xi−1,xi) (et φ=ψ=f aux nœuds). ∎
I−(f)=sup{∫abφ:φ en escalier,φ≤f},I+(f)=inf{∫abψ:ψ en escalier,ψ≥f}
sont égaux ; leur valeur commune est l’intégrale∫abf (également notée ∫abf(t)dt). Elle coïncide avec la notion précédente sur les fonctions en escalier, et s’étend aux fonctions continues par morceaux en découpant [a,b] aux discontinuités (Chasles y servant de définition).
Démonstration. Les deux ensembles sont non vides (f est bornée) et toute intégrale inférieure en escalier est ≤ à toute intégrale supérieure (croissance sur les fonctions en escalier) : donc I−(f)≤I+(f). D’après le Théorème 15.3, pour tout ε il existe un couple avec ∫ψ−∫φ≤ε(b−a) : la borne supérieure et la borne inférieure sont enserrées l’une contre l’autre, I−=I+. ∎
et les valeurs aux points de saut 1,2 n’ont aucune importance : modifier une fonction en un nombre fini de points ne change aucune intégrale (les fonctions en escalier qui l’encadrent n’en sont pas affectées). C’est tout le contenu de l’extension « continue par morceaux » : couper aux discontinuités, en nombre fini, intégrer chaque morceau continu, additionner — Chasles comme définition.
Exemple 15.6(La définition calcule, une fois)
Soit f(x)=x sur [0,1], découpé en n morceaux égaux. Les meilleures fonctions en escalier constantes sur les morceaux sont φ=nk−1 et ψ=nk sur le k-ième morceau, avec
Toute intégrale inférieure est ≤I−(f)≤I+(f)≤ à toute intégrale supérieure, donc 2nn−1≤I−(f)≤I+(f)≤2nn+1 pour tout n : les deux sont enserrées sur 21, et ∫01xdx=21 directement à partir de la définition. L’idée à retenir : c’est la première et la dernière fois que nous intégrons à partir de la définition — le théorème fondamental ci-dessous remplace tous ces calculs par la lecture d’une primitive, ce qui est tout l’intérêt économique de ce chapitre.
croissance : f≤g⟹∫abf≤∫abg ; et ∫abf≤∫ab∣f∣≤(b−a)sup∣f∣ ;
Chasles : ∫ab=∫ac+∫cb (avec la convention ∫ba=−∫ab, valable quel que soit l’ordre des bornes) ;
positivité stricte : si f est continue, f≥0 et ∫abf=0, alors f=0 partout sur [a,b].
Démonstration. (1)–(3) passent des fonctions en escalier à la limite par la définition en sup/inf. La linéarité mérite qu’on la détaille une fois : soit ε>0 ; encadrons φf≤f≤ψf et φg≤g≤ψg avec des écarts ≤ε (Théorème 15.3). Pour λ≥0, φf+λφg≤f+λg≤ψf+λψg est un encadrement par des fonctions en escalier d’écart ≤(1+λ)ε, et ses intégrales en escalier valent ∫φf+λ∫φg, etc. (Proposition 15.2) : en faisant ε→0, on enserre ∫(f+λg) sur ∫f+λ∫g. Pour λ<0, la multiplication par λrenverse l’encadrement de g — la fonction en escalier inférieure de λg est λψg — et le même encadrement fonctionne, les rôles échangés. La majoration ∫f≤∫∣f∣ vient de −∣f∣≤f≤∣f∣ et de la croissance.
(4) Par contraposée : si f(x0)=m>0, la continuité fournit un sous-intervalle de longueur η>0 sur lequel f≥2m ; la fonction en escalier valant 2m là et 0 ailleurs est ≤f, donc ∫f≥2mη>0. ∎
Exemple 15.8(Chasles à l’œuvre : intégrales de valeurs absolues)
Pour intégrer une valeur absolue, on coupe là où le signe change.
∫02∣x−1∣dx=∫01(1−x)dx+∫12(x−1)dx=21+21=1,
et, en coupant [0,2π] en π :
∫02π∣sint∣dt=∫0πsintdt−∫π2πsintdt=2+2=4,
alors que ∫02πsintdt=0 : les compensations sont bien réelles, et c’est pourquoi l’énoncé de positivité stricte (Théorème 15.7 (4)) porte l’hypothèse f≥0 — sans elle, une intégrale nulle ne prouve rien sur f. L’idée à retenir : ∫∣f∣ mesure une aire, ∫f mesure un bilan signé ; l’inégalité ∫f≤∫∣f∣ est le relevé exact de ce que les compensations peuvent détruire.
est de classe C1 sur I, avec F′=f : toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives. Par conséquent, pour toute primitive G de f :
∫abf(t)dt=G(b)−G(a).
Démonstration. Fixons x0∈I et ε>0 ; la continuité en x0 fournit δ tel que ∣f(t)−f(x0)∣≤ε dès que ∣t−x0∣≤δ. Pour 0<∣h∣≤δ (et x0+h∈I), Chasles donne
dont la valeur absolue est ≤∣h∣1⋅∣h∣ε=ε (majoration (2), valable quel que soit l’ordre des bornes). Donc F′(x0)=f(x0) ; F′=f est continue : F est C1. Si G′=f également, alors (G−F)′=0 sur l’intervalle, donc G=F+c (Corollaire 14.12), et G(b)−G(a)=F(b)−F(a)=∫abf. ∎
Exemple 15.10(La symétrie avant le calcul)
Sur un intervalle symétrique, la parité fait le travail : si f est impaire, le changement de variablet↦−t envoie ∫−a0f sur −∫0af, donc
∫−aaf(t)dt=0;si f est paire,∫−aaf=2∫0af.
Ainsi ∫−111+t4t3costdt=0 sans qu’aucune primitive soit en vue (l’intégrande est impaire), et
∫−ππt2costdt=2∫0πt2costdt.
Vérifier les symétries avant de sortir les techniques : l’intégrale la plus rapide est celle qu’on ne calcule jamais.
Exemple 15.11(Reconnaître une dérivée au premier coup d’œil)
Calculons ∫0π/21+cosxdx. L’identité de l’angle moitié 1+cosx=2cos22x transforme l’intégrande en 21(1+tan22x), qui est exactement la dérivée de tan2x :
∫0π/21+cosxdx=[tan2x]0π/2=tan4π=1.
Aucune machinerie de changement de variable n’a été nécessaire — seulement le réflexe de lire une intégrande comme la dérivée de quelqu’un, le théorème fondamental faisant le reste. (L’outil systématique qui gouverne de telles intégrales trigonométriques, le changement de variablet=tan2x, appartient à la boîte à outils standard bâtie sur le Théorème 15.15 (2).)
Exemple 15.12(Fonctions définies par une intégrale)
Le théorème fondamental fabrique des fonctions. Posons
F(x)=∫0xe−t2dt.
Aucune combinaison de fonctions classiques n’a pour dérivéee−t2 (un théorème de Liouville, admis) ; pourtant F existe, est C1 avec F′(x)=e−x2>0, strictement croissante, impaire (changement de variablet↦−t), et bornée : pour x≥1,
F(x)−F(1)=∫1xe−t2dt≤∫1xe−tdt≤e−1,
donc F≤F(1)+e−1≤1+e−1. (La limite exacte, 2π, se calcule par intégrales doubles dans le volume de Licence 3.) Dérivation d’une composée pour des bornes mobiles : dxd∫xx2e−t2dt=2xe−x4−e−x2. L’idée à retenir : l’intégration crée de nouvelles fonctions à partir des anciennes, avec toutes leurs propriétés lisibles sur l’intégrande — la primitive qu’on ne sait pas écrire reste une fonction que l’on maîtrise complètement.
Exemple 15.13(Estimer sans calculer)
Les intégralesRn=∫011+ttndt n’ont aucune forme close agréable, et pourtant la croissance les cerne précisément : sur [0,1], 21≤1+t1≤1, donc
2(n+1)1=21∫01tndt≤Rn≤∫01tndt=n+11:
l’ordre exact de décroissance (Rn∼ un multiple de n1, en fait Rn∼2n1) en deux lignes et sans primitive. Les devoirs maison de ce chapitre et du suivant reposent exactement sur de tels encadrements — le premier réflexe de l’analyste devant une intégrale doit être de la majorer, et seulement ensuite, s’il le faut, de la calculer.
Exemple 15.14(Valeurs moyennes)
La moyenne d’une fonction continuef sur [a,b] est b−a1∫abf. Pour l’arche du sinus :
π1∫0πsintdt=π1[−cost]0π=π2≈0.637:
une arche positive complète a pour moyenne non pas 21 mais π2 — la courbe passe plus de temps en hauteur qu’un triangle ne le ferait. D’après l’Exercice 15.11 (formule de la moyenne, g=1), la moyenne est une valeur : sinc=π2 pour un certain c∈(0,π). Et d’après les sommes de Riemann de ce chapitre, la moyenne est la limite des moyennes ordinaires de n échantillons — le pont entre la moyenne discrète de données et la moyenne continue d’un signal, et c’est ainsi que l’intégrale entre en physique.
Théorème 15.15(Intégration par parties ; changement de variable)
Démonstration. (1) (uv)′=u′v+uv′ ; on intègre sur [a,b] et on applique le théorème fondamental à la fonction C1uv.
(2) Soit F une primitive de f sur l’intervalle image (Théorème 15.9). Alors (F∘φ)′=(f∘φ)φ′ (dérivée d’une composée), donc les deux membres valent F(φ(β))−F(φ(α)). ∎
Exemple 15.16
∫01tetdt=[tet]01−∫01etdt=e−(e−1)=1. Et avec le changement de variablex=sint (t∈[0,2π]) :
— un quart du disque unité, comme la géométrie l’exige. (La linéarisation de la Méthode 3.11 à l’œuvre.)
Remarque 15.17(Pièges courants du calcul intégral)
(i) Les changements de variable doivent être C1 sur tout l’intervalle : le changement x=t1 est illégal à la traversée de 0 ; appliqué aveuglément à ∫−111+x2dx, il « démontre » que l’intégrale est égale à son opposée. Lorsqu’un changement de variable présente une singularité, on coupe d’abord l’intervalle (Chasles), on substitue sur chaque morceau, et seulement ensuite on recolle. (ii) Les primitives logarithmiques réclament des valeurs absolues : ∫x−2dx=ln∣x−2∣+C de chaque côté de 2 séparément — écrire ln(x−2) sur (0,1), c’est écrire le logarithme d’un nombre négatif ; et la constante C peut différer de part et d’autre de la singularité. (iii) Une intégrale nulle ne tue pas la fonction : ∫02πsin=0 ; la positivité de l’intégrande est requise avant de conclure f=0 (Exemple 15.8). (iv) Les sommes de Riemann doivent être calibrées : dans nb−a∑f(a+knb−a), le pas à l’extérieur et les points à l’intérieur doivent correspondre à la même subdivision — l’erreur fréquente est une somme ∑k=1nf(nk)sans le facteur n1, qui diverge au lieu de converger vers ∫01f. Liste de contrôle avant d’invoquer le Théorème 15.20 : mettre n1 en facteur, réécrire le terme général comme f de nk, nommer f et vérifier sa continuité.
Exemple 15.18(Deviner, dériver, ajuster)
Que vaut ∫1x(lnt)2dt ? Devinons une primitive de la forme tP(lnt) avec P polynomiale et dérivons :
(tP(lnt))′=P(lnt)+P′(lnt).
Il faut P(u)+P′(u)=u2 : prenons P(u)=u2−2u+2 (on identifie les coefficients en descendant depuis u2). D’où
résultat qu’on obtiendrait sinon par deux intégrations par parties. L’idée à retenir : pour des intégrandes de la forme (polynôme en lnt) ou (polynôme fois eλt), la primitive a la même forme — dériver une devinette bien formée convertit l’intégration en algèbre linéaire sur les coefficients, plus rapide et moins sujette à erreur que des parties itérées.
Exemple 15.19(L’intégrale boomerang)
Calculons I=∫0π/2excosxdx. Intégrons deux fois par parties, en dérivant à chaque fois le facteur trigonométrique :
L’intégrale est revenue sur elle-même : I=eπ/2−1−I, d’où
I=2eπ/2−1.
L’idée à retenir : lorsque l’intégrande est le produit de deux fonctions qui se reproduisent par dérivation (eax, cosbx, sinbx), deux intégrations par parties produisent une équation linéaire d’inconnue l’intégrale — il faut la résoudre au lieu d’intégrer ; de façon équivalente, on passe par e(a+ib)x (Chapitre 3) et on prend la partie réelle. Les deux chemins donnent la même réponse, et vérifier qu’ils le font est une vérification gratuite.
somme de Riemann de la fonction continuef(x)=(1+x)21 sur [0,1] : la limite est
∫01(1+x)2dx=[−1+x1]01=21.
L’idée à retenir : tout l’art tient dans la ligne du milieu — forcer le terme général à prendre la forme f(nk) au prix de l’extraction d’exactement un facteur n1 ; une fois la forme correcte, le théorème fait l’analyse et le théorème fondamental fait l’arithmétique.
Remarque 15.23(Où l’intégrale travaille ensuite)
Chacune des constructions de ce chapitre a une suite. Les sommes de Riemann reviennent au Chapitre 17 comme pont entre séries et intégrales (comparaison de ∑nα1 avec ∫tαdt) ; le reste intégral est la forme la plus fine de la formule de Taylor au Chapitre 16 ; la définition par sup est le prototype de l’intégrale de Lebesgue du volume de Licence 3, où les trois mêmes propriétés (linéarité, croissance, un théorème de convergence) sont rebâties sur une classe de fonctions bien plus large. Et le devoir maison ci-dessous transforme l’intégration par parties en arithmétique : l’irrationalité de π2.
un=k=1∑nn2+k2n,vn=n1nn!nn(2n)!(prendre le logarithme).
Solution
Solution de Exercice 15.3.
un=n1∑k=1n1+(k/n)21 : c’est une somme de Riemann de x↦1+x21 sur [0,1], donc un→∫011+x2dx=arctan1=4π.
lnvn=n1∑k=1nlnnn+k=n1∑k=1nln(1+nk)→∫01ln(1+x)dx=[(1+x)ln(1+x)−x]01=2ln2−1. D’où vn→e2ln2−1=e4. (Vérification de l’identification : n!nn(2n)!=∏k=1nnn+k.)
Exercice 15.4★
Soit fcontinue sur [0,1]. Calculer limn→∞∫01xnf(x)dx. (Couper [0,1] en 1−δ.)
Solution
Solution de Exercice 15.4.
La limite est 0. Posons M=sup∣f∣ et ε∈(0,1). Coupons en 1−ε :
∫01xnf≤∫01−εxn∣f∣+∫1−ε1xn∣f∣≤M(1−ε)n+Mε.
Comme (1−ε)n→0 (Exercice 11.3), la limite supérieure du membre de gauche est ≤Mε pour tout ε : l’intégrale tend vers 0.
Exercice 15.5★★
(Cauchy–Schwarz) Pour f,gcontinues sur [a,b], démontrer
(∫abfg)2≤∫abf2⋅∫abg2,
en développant ∫ab(f+λg)2≥0 comme un trinôme en λ. Quand y a-t-il égalité ?
Solution
Solution de Exercice 15.5.
Q(λ)=∫ab(f+λg)2=∫f2+2λ∫fg+λ2∫g2≥0 pour tout λ. Si ∫g2=0, alors g=0 (positivité stricte, Théorème 15.7 (4)) et l’inégalité s’écrit 0≤0. Sinon Q est un vrai trinôme, partout ≥0 : son discriminant est ≤0, c’est-à-dire (∫fg)2≤∫f2∫g2.
Il y a égalité si et seulement si le discriminant s’annule, si et seulement si Q(λ0)=0 pour un certain λ0, c’est-à-dire ∫(f+λ0g)2=0, c’est-à-dire (positivité stricte à nouveau) f=−λ0g : l’égalité a lieu exactement quand f et g sont proportionnelles.
Exercice 15.6★★
Soit fcontinue sur R, T-périodique. Démontrer que ∫aa+Tf ne dépend pas de a, et que x1∫0xf(t)dt→T1∫0Tf quand x→+∞.
Solution
Solution de Exercice 15.6.
Posons Φ(a)=∫aa+Tf. D’après le théorème fondamental (Théorème 15.9), Φ est dérivable avec Φ′(a)=f(a+T)−f(a)=0 : elle est constante.
Pour x>0, écrivons x=nT+r, 0≤r<T (n=⌊x/T⌋). Chasles :
Alors x1∫0xf=xnT⋅T1∫0Tf+O(x1), et xnT→1 : la limite est T1∫0Tf.
Exercice 15.7★★
Pour fcontinue sur [0,1] avec ∫01f=21, démontrer que f admet un point fixe dans [0,1]. (Intégrer f(x)−x et utiliser la positivité stricte, Théorème 15.7 (4), par sa contraposée combinée au théorème des valeurs intermédiaires.)
Si g ne s’annulait jamais, le théorème des valeurs intermédiaires forcerait un signe constant (une fonction continue sur un intervalle qui prend les deux signes s’annule) ; disons g>0. Alors, par positivité stricte (Théorème 15.7 (4) appliquée à g>0, ce qui donne ∫g>0) : contradiction avec ∫g=0. Donc g(c)=0 pour un certain c : f(c)=c.
Démontrer la relation de récurrence nWn=(n−1)Wn−2 (n≥2) par parties, et calculer W0,W1, puis W2p et W2p+1 sous forme close.
Démontrer que (Wn) est décroissante avec WnWn+1→1 ; démontrer que la quantité (n+1)Wn+1Wn est constante, égale à 2π ; et en déduire l’équivalent Wn∼2nπ.
Sur (0,2π), 0<sint<1, donc sinn+1<sinn et (Wn) est (strictement) décroissante, positive. Encadrement à l’aide de la récurrence :
n+1n=Wn−1Wn+1≤WnWn+1≤1⟹WnWn+1→1.
Invariant : an=(n+1)Wn+1Wn vérifie an=an−1 par la récurrence (n+1)Wn+1=nWn−1, donc an=a0=1⋅W1W0=2π. Alors
nWn2∼(n+1)Wn+1Wn=2π⟹Wn∼2nπ.
Exercice 15.9★★★
(Niven : π est irrationnel) Supposons π=ba avec a,b∈N∗, et posons, pour n à choisir,
P(x)=n!xn(a−bx)n,In=∫0πP(x)sinxdx.
Démontrer que 0<In≤πn!(πa)n, qui est <1 pour n grand.
Démontrer que P et toutes ses dérivées prennent des valeurs entières en 0 et en π=ba. (Développement du binôme : les coefficients de P multipliés par k! sont entiers pour k≥n ; et P(π−x)=P(x).)
Poser Q=P−P′′+P(4)−… (somme finie). Vérifier que (Q′sinx−Qcosx)′=Psinx, et en déduire que In=Q(π)+Q(0) est un entier.
Conclure.
Solution
Solution de Exercice 15.9.
Sur (0,π) : x>0, a−bx=b(ba−x)=b(π−x)>0 et sinx>0, donc l’intégrande est >0 et In>0 (positivité stricte). Majoration : sur [0,π], x≤π et a−bx≤a, donc P≤n!πnan et In≤πn!(πa)n, qui tend vers 0 (la factorielle l’emporte sur le terme géométrique : c’est le terme général de la série exponentielle convergente, cf. Exemple 11.12) ; en particulier In<1 pour n grand.
Développons xn(a−bx)n=∑j=0n(jn)an−j(−b)jxn+j : donc P=n!1∑jcjxn+j avec des cj entiers. Alors P(k)(0)=0 pour k<n (valuation) et, pour n≤k≤2n, P(k)(0)=n!k!ck−n, entier puisque n!∣k!. De plus P(π−x)=P(x) (par substitution : π−x échange les facteurs, en utilisant a−b(π−x)=bx), donc P(k)(π)=±P(k)(0) : entiers eux aussi.
Avec Q=P−P′′+P(4)−… (somme finie : P est de degré 2n) : Q+Q′′=P, et
(Q′sinx−Qcosx)′=(Q+Q′′)sinx=Psinx.
D’où In=[Q′sinx−Qcosx]0π=Q(π)+Q(0), somme de valeurs P(2k) en 0 et en π : un entier d’après (2).
Pour n grand, In est un entier avec 0<In<1 : impossible. L’hypothèse π=ba tombe : π est irrationnel.
Exercice 15.10★★★
Soit f de classe C1 sur [a,b]. Démontrer la limite de type Riemann–Lebesgue
Si ∫abg=0 : la positivité stricte (Théorème 15.7 (4)) force g≡0, les deux membres sont nuls, et n’importe quel c convient. Sinon t=∫g∫fg appartient à [m,M]=f([a,b]) (Théorèmes 13.13 et 13.10), donc t=f(c) pour un certain c.
Le signe compte : sur [−1,1] avec f(t)=g(t)=t : ∫fg=∫−11t2=32, alors que f(c)∫−11tdt=0 pour tout c.
Exercice 15.12★★★
(Les moments forcent des zéros) Soit fcontinue sur [a,b] avec
∫abf(t)tkdt=0pour k=0,1,…,n.
Démontrer que f s’annule en n+1 points distincts de (a,b). (Si f ne change de signe qu’en z1<⋯<zm avec m≤n, intégrer f contre P(t)=(t−z1)⋯(t−zm) et utiliser la positivité stricte.)
Solution
Solution de Exercice 15.12.
Si f≡0, l’énoncé est vide (tout point est un zéro). Supposons donc f≡0 et supposons qu’elle ait au plus n zéros distincts dans (a,b) ; soient z1<⋯<zm (m≤n) ceux de ces zéros où fchange de signe (éventuellement aucun). Posons P(t)=∏i=1m(t−zi) (produit vide =1), de degré m≤n. Sur chaque sous-intervalle découpé par les zi, f et P ont chacune un signe constant, et toutes deux changent de signe à la traversée d’un zi : le produit fP a un seul signe constant sur tout (a,b). Étant continue, non identiquement nulle, de signe constant, elle vérifie ∫abfP>0 (positivité stricte appliquée à ∣fP∣). Mais ∫fP est une combinaison linéaire des moments ∫ftk, k≤n, tous nuls : contradiction. Donc f a au moins n+1 zéros distincts dans (a,b).
Remarque 15.24(Perspectives à l’intérieur de ce volume)
Trois chapitres à venir s’appuient directement sur celui-ci. Le Chapitre 16 porte le reste intégral — la plus fine des trois formules de Taylor est une intégration par parties itérée n fois. Le Chapitre 17 convertit l’encadrement des sommes par des intégrales en le critère décisif pour ∑n−α, et son devoir maison affine cet encadrement en la constante d’Euler. Le Chapitre 24 rend l’intégrale géométrique : la longueur d’un arc paramétré est ∫x′(t)2+y′(t)2dt, intégrale d’une fonction continue sur un segment — précisément l’objet construit ici, sans aucune théorie des intégrales impropres. Le fait le plus réutilisé sera le plus humble : ∫f≤(b−a)sup∣f∣, l’inégalité qui transforme toute estimation ponctuelle en estimation intégrale.
15.6 Problème : la machine à irrationalité par les intégrales
Problème 15.1
Devoir maison — e et π2 sont irrationnels, e à six décimales, et 722>π avec démonstration
Un seul mécanisme alimente tout ce problème : une expression qui doit être un entier strictement positif, tout en étant démontrablement plus petite que 1, ne peut pas exister. L’Exercice 15.9 (Niven) l’a fait tourner une fois pour démontrer π∈/Q ; ici, nous l’industrialisons. La machine a besoin de trois pièces : une entrée d’intégralité (les valeurs aux bornes de polynômes bien choisis), une entrée de petitesse (un facteur n!1 qui écrase l’intégrale), et un pont (l’intégration par parties) qui les relie. Nous démontrons que e est irrationnel et le calculons avec une erreur certifiée, démontrons le théorème plus fin de Legendre selon lequel π2 est irrationnel, et terminons par la plus charmante intégrale de l’analyse : ∫011+x2x4(1−x)4dx=722−π, qui encadre π à la main.
Partie I — le carburant.
Démontrer que n!cn→0 pour tout c>0 fixé (au-delà de n≥2c, chaque étape divise le terme au moins par deux).
En déduire ∫01(x(1−x))ndx=(2n+1)(n2n)1, et — en comparant avec la majoration x(1−x)≤41 — l’estimation (n2n)≥2n+14n, en accord avec (n2n)1/n→4 du Problème 11.1.
Démontrer le lemme de petitesse utilisé deux fois ci-dessous : pour toute fonction continueg>0 sur (0,1),
0<∫01(x(1−x))ng(x)dx≤4nsup[0,1]∣g∣.
Partie II — e : irrationalité, puis six décimales. Posons An=∫01xnexdx.
Calculer A0 et A1, démontrer la relation de récurrence An=e−nAn−1, et l’encadrement 0<An≤n+1e.
Montrer par récurrence que An=αn+βne avec αn,βn∈Z.
En déduire que e est irrationnel (si e=qp, alors qAn est un entier piégé dans (0,1) pour n grand). Comparer avec la démonstration de l’Exercice 11.9 : même chute, carburant différent.
Prendre n=9 : majorer R9 à l’aide de e<2.75 (issu de b2=2.75 dans l’Exemple 11.12), évaluer la somme, et conclure l’encadrement certifié 2.7182818≤e≤2.7182823 — six décimales, e≈2.718282, avec démonstration.
Partie III — le théorème de Legendre : π2 est irrationnel. Soit f(x)=n!xn(1−x)n, et supposons π2=ba avec a,b∈N∗.
Montrer que f(1−x)=f(x) et 0<f≤4nn!1 sur (0,1).
Montrer que f(k)(0) et f(k)(1) sont des entiers pour tout k≥0(développer xn(1−x)n à coefficients entiers ; n!k!∈Z pour k≥n ; puis utiliser la symétrie).
Définir
G=bnk=0∑n(−1)kπ2n−2kf(2k).
Montrer que G(0) et G(1) sont des entiers (chaque bnπ2n−2k=an−kbk).
Vérifier le télescopage G′′+π2G=bnπ2n+2f=π2anf, puis
dxd(G′(x)sinπx−πG(x)cosπx)=π2anf(x)sinπx.
Intégrer sur [0,1] et conclure
πan∫01f(x)sin(πx)dx=G(0)+G(1)∈Z,
un entier strictement positif majoré par 4nn!πan.
Conclure avec la question 1 que π2 est irrationnel (Legendre, 1794), et que cela renforce l’Exercice 15.9 : pourquoi l’irrationalité de π2 implique-t-elle celle de π, et non l’inverse ?
Partie IV — comprendre la machine.
Repérer les deux forces opposées (l’intégralité des données aux bornes ; la petitesse analytique de l’intégrale) et le pont, dans les parties II et III. Expliquer ensuite pourquoi le facteur n!1 dans f est le nœud de l’affaire : si on le retire, l’intégralité subsiste, mais quelle inégalité meurt, et pour quelles fractions ba prétendues la démonstration échoue-t-elle alors ?
Effectivité : supposons que quelqu’un prétende π2=ba avec a≤10. Montrer que la contradiction tombe déjà à n=7 : calculer π(10/4)7/7!≈0.38<1. La machine ne se contente pas de réfuter ; elle réfute à un rang fixé et calculable.
et recoller avec la question 14 pour n=1 (garder π2 symbolique : l’identité télescopée s’écrit π3∫01f1sinπx=−(f1′′(0)+f1′′(1))=4).
Qu’est-ce qui rend ex et sinπx éligibles comme noyaux de la machine ? Identifier la propriété (chacun vérifie une équation différentielle linéaire à coefficients constants, de sorte que les intégrations par parties répétées bouclent sur le point de départ), et nommer la frontière : la même machine, affinée par Hermite et Lindemann, démontre que e et π sont transcendants — au-delà de ce volume.
Partie V — 722 contre π, et la morale.
Établir la division polynomiale
1+x2x4(1−x)4=x6−4x5+5x4−4x2+4−1+x24,
et en déduire la célèbre identité
∫011+x2x4(1−x)4dx=722−π.
L’intégrande est positive : en conclure π<722. Puis, en encadrant 1+x21 entre 21 et 1 et en utilisant ∫01(x(1−x))4=6301 (question 3), démontrer
722−6301≤π≤722−12601,
c’est-à-dire 3.14126≤π≤3.14207 : deux décimales exactes, à la main.
Généraliser : en divisant x4m(1−x)4m par 1+x2, montrer que le reste est la constante (−4)m(travailler modulo x2+1 : (1−x)2≡−2x), en déduire des rationnels rm tels que
∣π−rm∣≤41−5m,
et vérifier que m=1 redonne les questions 20–21.
Confronter ces rationnels à la théorie de l’approximation du Problème 14.1 : calculer π−722≈1.26⋅10−3 face à la garantie de Dirichlet 491, et citer π−113355≈2.7⋅10−7 face à 11321≈7.8⋅10−5 : il existe des approximations rationnelles exceptionnellement bonnes de π — ce qui est cohérent, puisqu’on ne sait pas que π soit mal approchable.
(Le piège de l’entier, en abstrait) Démontrer le lemme qui unifie tout : si x∈R et s’il existe des entiers an,bn tels que 0<∣an+bnx∣→0, alors x est irrationnel. Recenser ses occurrences dans ce problème, dans l’Exercice 15.9, dans l’Exercice 11.9, et dans le Problème 14.1.
Synthèse, une phrase pour chacun : (i) les trois pièces de la machine et l’endroit où chacune vit dans la boîte à outils de ce chapitre ; (ii) ce que l’intégrale apporte que le théorème des accroissements finis du Problème 14.1 ne pouvait pas apporter ; (iii) l’inventaire des résultats extraits (deux irrationalités, une constante à six décimales, un encadrement de π, une minoration binomiale) ; (iv) la frontière (Hermite, Lindemann ; et le même piège, appliqué à ζ(2) et ζ(3), dans l’arithmétique du vingtième siècle).
Solution
Solution de Problème 15.1.
1. Posons N=⌈2c⌉. Pour n≥N : cn/n!cn+1/(n+1)!=n+1c≤21, donc 0<n!cn≤N!cN2−(n−N)→0 : théorème des gendarmes.
2. Fixons k ; récurrence sur m. Pour m=0 : ∫01xk=k+11=(k+1)!k!0!. Hérédité, par parties (u=(1−x)m, v′=xk) :
3.k=m=n : ∫01(x(1−x))n=(2n+1)!(n!)2=(2n+1)(n2n)1. Comme x(1−x)≤41 sur [0,1], l’intégrale est ≤4−n, d’où (n2n)≥2n+14n — en accord avec (n2n)1/n→4 (Problème 11.1).
4. L’intégrande est continue, ≥0, et strictement positive sur (0,1), donc non identiquement nulle : son intégrale est >0 (Théorème 15.7 (4)). Majoration : (x(1−x))n≤4−n et g≤sup∣g∣, puis croissance.
5.A0=e−1 ; A1=[xex]01−∫01ex=e−(e−1)=1. Par parties : An=[xnex]01−n∫01xn−1ex=e−nAn−1. Encadrement : l’intégrande est positive, donc An>0 ; et ex≤e donne An≤e∫01xn=n+1e.
6.A0=−1+1⋅e. Si An−1=αn−1+βn−1e avec des coefficients entiers, alors
7. Si e=qp : qAn=qαn+pβn∈Z, et 0<qAn≤n+1qe<1 pour n grand : un entier strictement compris entre 0 et 1 — impossible. Donc e∈/Q. Dans l’Exercice 11.9, l’entier piégé était q!qp−q!aq ; ici c’est qAn : même piège, carburant intégral.
8.n=0 : R0=∫01et=e−1, donc e=1+R0. Par parties (u=et, v=−n+1(1−t)n+1) :
donc la formule se propage de n à n+1. Encadrement : 1≤et≤e sur [0,1] et ∫01(1−t)n=n+11 donnent (n+1)!1≤Rn≤(n+1)!e.
9.∑k=09k!1=362880986410=2.71828152…, et
10!1=2.76⋅10−7≤R9≤10!2.75=7.58⋅10−7,
donc 2.7182818≤e≤2.7182823 : avec démonstration, e=2.718282 à six décimales (valeur exacte 2.7182818…).
10.f(1−x)=n!(1−x)nxn=f(x). Sur (0,1) : 0<x(1−x)≤41, donc 0<f≤4nn!1.
11.xn(1−x)n=∑j=0n(−1)j(jn)xn+j, donc f=n!1∑jcjxn+j avec cj∈Z. D’où f(k)(0)=0 pour k<n ou k>2n, et pour n≤k≤2n : f(k)(0)=n!k!ck−n, entier car n!∣k!. La symétrie donne f(k)(1)=(−1)kf(k)(0)∈Z.
12.bnπ2n−2k=bn(ba)n−k=an−kbk∈Z, donc G(0)=∑k(−1)kan−kbkf(2k)(0) et de même G(1) sont des entiers d’après la question 11.
13. Dans π2G+G′′, le terme k de π2G porte π2n−2k+2f(2k) et le terme j=k−1 de G′′ porte (−1)k−1π2n−2k+2f(2k) : tout se compense sauf k=0 dans la première somme et j=n dans la seconde, c’est-à-dire
G′′+π2G=bn(π2n+2f+(−1)nf(2n+2))=bnπ2n+2f=π2anf
(f est de degré 2n, donc f(2n+2)=0 ; et bnπ2n=an). Alors
donc πan∫01fsinπx=G(0)+G(1)∈Z. Sur (0,1), f>0 et sinπx>0 : le membre de gauche est strictement positif, donc G(0)+G(1)≥1 ; et sin≤1 joint à la question 10 le majore par 4nn!πan.
15. D’après la question 1 (avec c=4a), 4nn!πan→0 : pour n grand il est <1, ce qui contredit G(0)+G(1)≥1. Donc aucune fraction ba n’est égale à π2 : c’est le théorème de Legendre. Si π était rationnel, π2 le serait aussi : donc π∈/Q — et l’implication ne va que dans ce sens (2 est irrationnel de carré rationnel), ce qui explique que π2∈/Q soit strictement plus fort que l’Exercice 15.9.
16. Intégralité : questions 11–12 (les dérivées aux bornes) ; petitesse : questions 10 et 1 ; pont : questions 13–14 (la double intégration par parties télescopée). Sans n!1, les données aux bornes restent entières (encore plus facilement), mais la majoration devient 4nπan, qui ne tend vers 0 que si a<4 — or tout candidat vérifie a=bπ2>9. La factorielle est exactement ce qui distance la croissance géométrique an : pas de factorielle, pas de théorème.
17. Pour a≤10, l’entier G(0)+G(1) est strictement positif et au plus π(10/4)n/n!. Pour n=7 : 2.57=610.35…, donc la majoration vaut 5040π×610.35≈0.38<1 (pour n=6 elle vaut encore 1.07) : la contradiction tombe au septième rang, explicitement.
(les crochets s’annulent : x(1−x) en 0 et 1, et sinπx en 0 et 1). Symboliquement, le télescopage pour n=1 (sans aucune hypothèse sur π) s’écrit π3∫01f1sinπx=−(f1′′(0)+f1′′(1)) avec f1=x(1−x), f1′′=−2 : le membre de droite vaut 4 — les deux calculs concordent.
19.ex est solution de y′=y et sinπx de y′′=−π2y : des équations linéaires à coefficients constants, de sorte que l’intégration par parties ramène le noyau sur lui-même et maintient toutes les données au bord dans Z+Ze (resp. les polynômes à coefficients entiers en π2). C’est cette propriété de clôture dont la machine a besoin. Affiné avec des noyaux adaptés à plusieurs points à la fois, le même mécanisme donne le théorème d’Hermite (etranscendant, 1873) et celui de Lindemann (πtranscendant, 1882) — au-delà de ce volume.
20. Division polynomiale (ou bien on remultiplie et on vérifie) :
x4(1−x)4=(x6−4x5+5x4−4x2+4)(1+x2)−4.
En intégrant l’identité affichée divisée par 1+x2 :
en utilisant 71−32+1−34+4=3+71 et arctan1=4π.
21. L’intégrande est continue, strictement positive sur (0,1) : l’intégrale est >0, donc π<722. De plus 21≤1+x21≤1 sur [0,1] et ∫01(x(1−x))4=9!(4!)2=6301 (question 3) :
22. Modulo x2+1 : x2≡−1, donc x4m=(x2)2m≡1 et (1−x)2=1−2x+x2≡−2x, d’où (1−x)4m≡(−2x)2m=4m(x2)m≡(−4)m : le reste est la constante (−4)m, et le quotient Qm est à coefficients entiers (division par un polynôme unitaire à coefficients entiers). En divisant l’identité par 1+x2 et en intégrant :
En résolvant en π : avec rm=(−1)m+141−msm∈Q, ∣π−rm∣=41−mJm≤41−m⋅4−4m=41−5m. Pour m=1 : s1=722, r1=722, majoration 4−4=2561 — les questions 20–21 à nouveau.
23.π−722=722−π≈1.26⋅10−3, seize fois mieux que la référence d’ordre 2, 721≈2.0⋅10−2, garantie par Dirichlet (Problème 14.1, question 4) ; et π−113355≈2.7⋅10−7 bat 11321≈7.8⋅10−5 d’un facteur ≈300. Aucune contradiction avec ce qui a été démontré : les inégalités de Liouvilleminorent les erreurs d’approximation seulement pour les nombres algébriques, et aucune minoration de ce type n’est disponible pour π à ce niveau — π est libre d’être approché de façon spectaculaire.
24. Lemme : supposons x=qp et 0<∣an+bnx∣→0. Alors ∣an+bnx∣=q∣qan+pbn∣, avec qan+pbn entier non nul (non nul parce que la valeur absolue est >0) : donc ∣an+bnx∣≥q1 pour tout n, ce qui contredit la convergence vers 0. Occurrences : la question 7 (x=e, an=αn, bn=βn) ; l’Exercice 11.9 (x=e encore, avec aq=−q!∑k≤qk!1, bq=q!) ; et le Problème 14.1, question 1, en est la forme géométrique. Dans la partie III et dans l’Exercice 15.9, le piège opère à l’intérieur du raisonnement par l’absurde : supposer la rationalité transforme une expression en un entier, que l’analyse enserre ensuite dans (0,1) — même principe, transposé.
25. (i) L’intégralité vit dans le calcul aux bornes des polynômes (questions 6, 11–12), la petitesse dans les majorations que donne la croissance par le sup (questions 4, 10), le pont dans l’intégration par parties (questions 8, 13–14) — les trois sont des théorèmes de ce chapitre. (ii) L’intégrale fournit ce que le théorème des accroissements finis ne pouvait pas donner : une identité exacte entre l’objet analytique et les données arithmétiques (une égalité, et non une simple inégalité avec un c inconnu), et c’est pourquoi la machine atteint π2 alors que le Problème 14.1 n’atteignait que des exposants d’approximation. (iii) Résultats extraits : e∈/Q, π2∈/Q (donc π∈/Q), e=2.718282 certifié, 722−6301≤π≤722−12601, et (n2n)≥2n+14n. (iv) Frontière : Hermite et Lindemann poussent la même machine jusqu’à la transcendance ; et Apéry (1979) a fait tourner le piège de l’entier sur ζ(3) — la machine produit encore des mathématiques du vingtième siècle.