Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1

13Limites et continuité

Le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème des bornes atteintes ont été utilisés au lycée sur la foi du dessin. Avec les suites (Chapitre 11) et la topologie de R\R (Chapitre 12) en main, ce chapitre les démontre — et complète la théorie par le théorème de la bijection monotone (qui légitime arcsin\arcsin, arcosh\operatorname{arcosh} et leurs semblables du Chapitre 4) et le théorème de Heine sur la continuité uniforme.

Dans tout le chapitre, II est un intervalle et f ⁣:IRf \colon I \to \R ; « x0Ix_0 \in \overline I » autorise les limites aux extrémités.

13.1 Limites de fonctions

Définition 13.1 (Limite en un point)

Soient x0Ix_0 \in \overline{I} et R\ell \in \R. On dit que f(x)f(x) \to \ell quand xx0x \to x_0 lorsque

ε>0, δ>0, xI,xx0δ    f(x)ε.\forall \varepsilon > 0,\ \exists \delta > 0,\ \forall x \in I, \qquad \abs{x - x_0} \leq \delta \implies \abs{f(x) - \ell} \leq \varepsilon .

Les limites en ±\pm\infty et les limites infinies se définissent sur le même modèle (xx0δ\abs{x - x_0} \leq \delta devient xMx \geq M ; f(x)ε\abs{f(x) - \ell} \leq \varepsilon devient f(x)Mf(x) \geq M'). Les limites à droite et à gauche restreignent xx à x>x0x > x_0 (on écrit alors xx0+x \to x_0^+) ou à x<x0x < x_0. La limite, lorsqu’elle existe, est unique (même démonstration que la Proposition 11.4).

Exemple 13.2 (Une limite par encadrement)

Calculons limx0x1x\lim_{x \to 0} x\,\bigl\lfloor \frac1x \bigr\rfloor. L’encadrement de la partie entière 1x1<1x1x\frac1x - 1 < \lfloor \frac1x \rfloor \leq \frac1x donne, après multiplication par xx (attention au signe !) :

1x<x1x1(x>0),1x1x<1x(x<0),1 - x < x\Bigl\lfloor \frac1x \Bigr\rfloor \leq 1 \quad (x > 0), \qquad 1 \leq x\Bigl\lfloor \frac1x \Bigr\rfloor < 1 - x \quad (x < 0),

et les deux encadrements latéraux se referment sur 11 : la limite vaut 11. Observons ce qui s’est passé : 1x\lfloor \frac1x\rfloor seul fait des sauts sauvages près de 00, mais le facteur xx dompte chaque saut (xx fois un saut d’amplitude 11 est petit), et seul l’encadrement survit. L’idée à retenir : les limites de produits d’un facteur petit par un facteur à oscillation bornée relèvent de l’encadrement, jamais du théorème d’opérations — le théorème d’opérations exige que les deux facteurs convergent.

Théorème 13.3 (Caractérisation séquentielle)

f(x)f(x) \to \ell quand xx0x \to x_0 si et seulement si : pour toute suite (un)(u_n) de points de II telle que unx0u_n \to x_0, on a f(un)f(u_n) \to \ell.

Démonstration. (\Rightarrow) Soient unx0u_n \to x_0 et ε>0\varepsilon > 0. Prenons δ\delta fourni par la définition, puis NN tel que unx0δ\abs{u_n - x_0} \leq \delta pour nNn \geq N : au-delà de NN, f(un)ε\abs{f(u_n) - \ell} \leq \varepsilon.

(\Leftarrow) Par contraposée. Si f↛f \not\to \ell : un certain ε0>0\varepsilon_0 > 0 met en défaut tout δ\delta ; en choisissant δ=1n+1\delta = \frac{1}{n+1}, on produit unIu_n \in I tel que unx01n+1\abs{u_n - x_0} \leq \frac{1}{n+1} et f(un)>ε0\abs{f(u_n) - \ell} > \varepsilon_0. Alors unx0u_n \to x_0 mais f(un)↛f(u_n) \not\to \ell.

Corollaire 13.4 (Opérations, composition, ordre)

Sommes, produits, quotients (limite non nulle au dénominateur) de limites se comportent comme pour les suites ; si ff \to \ell en x0x_0 et gmg \to m en \ell, et si gg est définie autour de \ell avec g()=mg(\ell) = m, ou bien si ff \neq \ell au voisinage de x0x_0, alors gfmg \circ f \to m en x0x_0 ; les limites conservent les inégalités larges, et le théorème d’encadrement est valable.

Démonstration. Chaque assertion se transporte, via le Théorème 13.3, à son analogue pour les suites (Théorèmes 11.5 et 11.7). Pour la composition, l’enchaînement direct mérite d’être écrit une fois : soit ε>0\varepsilon > 0 ; la limite de gg en \ell fournit η>0\eta > 0 tel que

yη    g(y)mε(y dans le domaine de g),\abs{y - \ell} \leq \eta \implies \abs{g(y) - m} \leq \varepsilon \quad (y \text{ dans le domaine de } g),

où le cas y=y = \ell est couvert parce que g()=mg(\ell) = m ; puis la limite de ff en x0x_0 fournit δ>0\delta > 0 tel que xx0δ    f(x)η\abs{x - x_0} \leq \delta \implies \abs{f(x) - \ell} \leq \eta ; en enchaînant, xx0δ\abs{x - x_0} \leq \delta donne g(f(x))mε\abs{g(f(x)) - m} \leq \varepsilon. Dans l’hypothèse alternative (ff \neq \ell au voisinage de x0x_0), la valeur y=y = \ell n’est jamais présentée à gg et la valeur de gg en ce point est sans importance.

Exemple 13.5 (Pourquoi la clause de composition existe)

Soit g(y)=0g(y) = 0 pour y0y \neq 0 et g(0)=1g(0) = 1, et soit ff identiquement nulle. Alors f(x)0f(x) \to 0 quand x0x \to 0, et g(y)0g(y) \to 0 quand y0y \to 0 ; pourtant g(f(x))=g(0)=1g(f(x)) = g(0) = 1 pour tout xx, donc gf10g \circ f \to 1 \neq 0. La fonction intérieure est posée exactement sur la valeur interdite =0\ell = 0 pour toujours, et la limite de gg en 00 ignore ce que gg fait en 00. La clause du Corollaire 13.4 — ou bien g()=mg(\ell) = m (c’est-à-dire gg continue en \ell), ou bien ff \neq \ell au voisinage de x0x_0 — est précisément ce qui exclut cela. L’idée à retenir : en pratique on compose des fonctions continues et la clause est gratuite ; elle ne mord que lorsque les limites sont prises le long de voisinages épointés, raison pour laquelle la définition de limxx0\lim_{x \to x_0} utilisée dans ce livre inclut le point lorsqu’il appartient au domaine.

13.2 Continuité

Définition 13.6

ff est continue en x0Ix_0 \in I lorsque f(x)f(x0)f(x) \to f(x_0) quand xx0x \to x_0 ; continue sur II lorsqu’elle est continue en tout point. D’après le Théorème 13.3 : ff est continue en x0x_0 si et seulement si f(un)f(x0)f(u_n) \to f(x_0) pour toute suite unx0u_n \to x_0 de points de II.

Exemple 13.7 (Une taxonomie des discontinuités)

Trois façons d’échouer en un point, par gravité croissante. Éliminable : f(x)=sinxxf(x) = \frac{\sin x}{x} sur R\R^* a pour limite 11 en 00 ; poser f(0)=1f(0) = 1 répare tout — la discontinuité était un trou, pas un trait de caractère. Saut : x\lfloor x \rfloor en un entier a des limites latérales distinctes (n1n - 1 et nn) ; aucun choix de valeur ne peut les réconcilier, mais les deux demi-limites existent. Essentielle : sin1x\sin\frac1x en 00 n’a aucune limite latérale (Exercice 13.1) — oscillation sans apaisement. Les fonctions monotones ne peuvent produire que le type intermédiaire (leurs limites latérales existent toujours, comme bornes supérieures et inférieures), et c’est pourquoi leur ensemble de discontinuités est au plus dénombrable — un rationnel par saut. Les dérivées, d’après le théorème de Darboux (Exercice 14.10), ne peuvent produire que le dernier type : une fonction présentant une discontinuité de saut n’est jamais la dérivée de quoi que ce soit.

Proposition 13.8

Sommes, produits, quotients (là où ils sont définis) et composées de fonctions continues sont continus. Les polynômes, les fractions rationnelles (hors de leurs pôles), \abs{\,\cdot\,}, exp\exp, ln\ln, les fonctions trigonométriques et hyperboliques et leurs réciproques (Chapitre 4) sont continus sur leurs domaines.

Démonstration. Opérations : le Corollaire 13.4. Les constantes et l’identité sont continues directement d’après la définition (δ=ε\delta = \varepsilon convient pour l’identité, n’importe quel δ\delta pour les constantes) ; les produits de fonctions continues étant continus, chaque monôme akxka_k x^k suit par récurrence sur kk, et les sommes achèvent les polynômes ; une fraction rationnelle est un quotient de deux polynômes, continue partout où le dénominateur ne s’annule pas. \abs{\,\cdot\,} : seconde inégalité triangulaire, f(x)f(x0)f(x)f(x0)\bigl|\abs{f(x)} - \abs{f(x_0)}\bigr| \leq \abs{f(x) - f(x_0)}, donc le même δ\delta fonctionne. Pour les fonctions classiques, nous accordons ici la continuité ; la dérivabilité (démontrée au Chapitre 14) est plus forte.

Exemple 13.9 (Maximum et minimum de fonctions continues)

Si ff et gg sont continues, max(f,g)\max(f, g) et min(f,g)\min(f, g) le sont aussi : aucune disjonction de cas n’est nécessaire, grâce aux identités

max(f,g)=f+g+fg2,min(f,g)=f+gfg2,\max(f, g) = \frac{f + g + \abs{f - g}}{2}, \qquad \min(f, g) = \frac{f + g - \abs{f - g}}{2},

et à la continuité des sommes et de \abs{\,\cdot\,} (Proposition 13.8). En particulier f+=max(f,0)f^+ = \max(f, 0) et f=max(f,0)f^- = \max(-f, 0) sont continues avec f=f+ff = f^+ - f^- : la décomposition selon le signe utilisée pour les séries (Chapitre 17) et, à pleine échelle, dans la théorie de l’intégration du volume de Licence 3, ne coûte rien en régularité.

Théorème 13.10 (Théorème des valeurs intermédiaires)

Soit ff continue sur [a,b]\intcc{a}{b} avec f(a)0f(b)f(a) \leq 0 \leq f(b). Alors f(c)=0f(c) = 0 pour un certain c[a,b]c \in \intcc{a}{b}. Par conséquent, une fonction continue sur un intervalle prend toute valeur comprise entre deux de ses valeurs : f(I)f(I) est un intervalle.

Démonstration. Dichotomie. Posons a0=aa_0 = a, b0=bb_0 = b. Étant donné [an,bn]\intcc{a_n}{b_n} avec f(an)0f(bn)f(a_n) \leq 0 \leq f(b_n), soit mm le milieu : si f(m)0f(m) \leq 0 on garde [m,bn]\intcc{m}{b_n}, sinon on garde [an,m]\intcc{a_n}{m} ; les conditions de signe persistent. Les suites (an)(a_n) et (bn)(b_n) sont adjacentes (bnan=ba2nb_n - a_n = \frac{b-a}{2^n}), de limite commune cc (Théorème 11.11). Par continuité et par le Théorème 11.7 : f(c)=limf(an)0f(c) = \lim f(a_n) \leq 0 et f(c)=limf(bn)0f(c) = \lim f(b_n) \geq 0, donc f(c)=0f(c) = 0.

Pour la conséquence : étant données des valeurs f(u)<v<f(w)f(u) < v < f(w), on applique ce qui précède à xf(x)vx \mapsto f(x) - v sur le segment d’extrémités uu et ww ; ainsi f(I)f(I) est convexe, c’est-à-dire un intervalle (Proposition 10.19).

Une fonction continue vérifiant f(a) < 0 < f(b) doit couper l’axe : la démonstration par dichotomie du  piège un point d’intersection entre deux suites adjacentes.
Une fonction continue vérifiant f(a)<0<f(b)f(a) < 0 < f(b) doit couper l’axe : la démonstration par dichotomie du Théorème 13.10 piège un point d’intersection entre deux suites adjacentes.

Exemple 13.11 (Une équation, le protocole complet)

Résolvons ex=3x\eu^x = 3 - x sur R\R : existence, unicité, localisation. Posons g(x)=ex+x3g(x) = \eu^x + x - 3, continue. Localisation et existence : g(0)=2<0g(0) = -2 < 0 et g(1)=e2>0g(1) = \eu - 2 > 0, donc le théorème des valeurs intermédiaires plante une solution dans (0,1)\intoo{0}{1}. Unicité : gg est la somme de ex\eu^x, strictement croissante, et de x3x - 3, donc strictement croissante sur R\R ; une fonction strictement monotone prend chaque valeur au plus une fois, donc la solution est unique sur R\R tout entier (et pas seulement sur l’intervalle sondé). Le protocole — se ramener à g=0g = 0, changement de signe pour l’existence, monotonie pour l’unicité — règle en trois lignes la plupart des questions « combien de solutions ? », et les tableaux de variations du Chapitre 14 l’étendent aux gg non monotones en découpant R\R en branches monotones.

Exemple 13.12 (La dichotomie comme algorithme)

La démonstration du Théorème 13.10 calcule. Prenons f(x)=x3+x1f(x) = x^3 + x - 1 : f(0)=1<0<1=f(1)f(0) = -1 < 0 < 1 = f(1), donc une racine est dans (0,1)\intoo{0}{1}. En coupant en deux :

f(0.5)=0.375<0,f(0.75)=0.171875>0,f(0.625)=0.130859375<0,f(0.5) = -0.375 < 0, \qquad f(0.75) = 0.171875 > 0, \qquad f(0.625) = -0.130859375 < 0 ,

de sorte que la racine est successivement piégée dans (0.5,1)\intoo{0.5}{1}, puis (0.5,0.75)\intoo{0.5}{0.75}, puis (0.625,0.75)\intoo{0.625}{0.75} (valeur exacte : c0.6823c \approx 0.6823). Après nn étapes l’erreur est au plus ba2n\frac{b - a}{2^n} : dix étapes donnent trois décimales, vingt en donnent six. L’idée à retenir : le théorème des valeurs intermédiaires n’est pas seulement un énoncé d’existence — sa démonstration par dichotomie est un algorithme de recherche de racine garanti, quoique lent, auquel il faut comparer la méthode de Newton du Chapitre 14, rapide mais locale.

Théorème 13.13 (Théorème des bornes atteintes)

Une fonction continue sur un segment [a,b]\intcc{a}{b} est bornée et atteint ses bornes : il existe c,d[a,b]c, d \in \intcc{a}{b} tels que

f(c)=inf[a,b]f,f(d)=sup[a,b]f.f(c) = \inf_{\intcc{a}{b}} f, \qquad f(d) = \sup_{\intcc{a}{b}} f .

Combiné au Théorème 13.10 : l’image continue d’un segment est un segment [f(c),f(d)]\intcc{f(c)}{f(d)}.

Démonstration. Majorée : sinon on choisit unu_n tel que f(un)nf(u_n) \geq n. Par compacité du segment (Théorème 12.19), une suite extraite uφ(n)x[a,b]u_{\varphi(n)} \to x \in \intcc{a}{b} ; la continuité donne f(uφ(n))f(x)f(u_{\varphi(n)}) \to f(x), alors que f(uφ(n))φ(n)+f(u_{\varphi(n)}) \geq \varphi(n) \to +\infty : contradiction.

Borne supérieure atteinte : soit M=supfM = \sup f et choisissons vnv_n tel que f(vn)>M1n+1f(v_n) > M - \frac{1}{n+1} (Proposition 10.4). Extrayons vφ(n)d[a,b]v_{\varphi(n)} \to d \in \intcc{a}{b} : alors f(d)=limf(vφ(n))=Mf(d) = \lim f(v_{\varphi(n)}) = M par encadrement. La borne inférieure se traite avec f-f.

Exemple 13.14 (Minimum strictement positif sur un segment)

Soit ff continue sur [0,1]\intcc{0}{1} avec f(x)>0f(x) > 0 pour tout xx. Alors inff>0\inf f > 0 : par le théorème des bornes atteintes, la borne inférieure est une valeur f(c)f(c), et f(c)>0f(c) > 0 par hypothèse. Ainsi une fonction continue strictement positive sur un segment est minorée par une constante strictement positive — un argument de deux lignes utilisé une douzaine de fois dans les chapitres à venir (dénominateurs sous contrôle, encadrements par des fonctions en escalier, majorations d’erreur). Sur un intervalle non compact, cela échoue spectaculairement : f(x)=xf(x) = x sur (0,1]\intoc{0}{1} est continue et strictement positive avec inff=0\inf f = 0, non atteint. L’idée à retenir : « strictement positive » se hausse en « uniformément positive » exactement lorsque le domaine est compact ; chaque hypothèse du théorème des bornes atteintes porte le toit.

Remarque 13.15 (Pièges classiques autour des trois théorèmes)

(i) Images continues : seuls les segments sont robustes. L’image continue d’un intervalle ouvert n’est pas nécessairement ouverte (xx2x \mapsto x^2 envoie (1,1)\intoo{-1}{1} sur [0,1)\intco{0}{1}), l’image d’un fermé n’est pas nécessairement fermée (arctan\arctan envoie le fermé R\R sur l’ouvert (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2}) ; mais l’image d’un segment est un segment (Théorème 13.13). (ii) Le théorème des valeurs intermédiaires exige un intervalle : la fonction x1xx \mapsto \frac1x, continue sur [1,0)(0,1]\intco{-1}{0} \cup \intoc{0}{1}, prend les valeurs 1-1 et 11 sans jamais s’annuler — son domaine est fait de deux morceaux disjoints, et la valeur 00 tombe dans le trou ; nommez toujours l’intervalle sur lequel le théorème est appliqué. (iii) La continuité uniforme est une propriété du couple (fonction, ensemble) : x2x^2 est uniformément continue sur tout segment mais pas sur R\R (Exemple 13.20) — les mots « uniformément continue » sans domaine n’ont aucun sens. (iv) La continuité de la réciproque n’est pas formelle : elle vaut sur les intervalles grâce à la monotonie (Théorème 13.16), mais une bijection continue entre réunions d’intervalles peut avoir une réciproque discontinue — la remarque qui suit ce théorème est là parce que les étudiants le citent sans l’hypothèse d’intervalle.

13.3 Fonctions monotones et fonctions réciproques

Théorème 13.16 (Théorème de la bijection monotone)

Soit ff continue et strictement monotone sur un intervalle II. Alors

  1. ff est une bijection de II sur l’intervalle J=f(I)J = f(I) ;
  2. la réciproque f1 ⁣:JIf^{-1} \colon J \to I est strictement monotone (de même sens) et continue.

Démonstration. Supposons ff strictement croissante. (1) L’injectivité est immédiate par stricte monotonie ; la surjectivité sur f(I)f(I) est triviale, et f(I)f(I) est un intervalle d’après le Théorème 13.10.

(2) f1f^{-1} est strictement croissante : si y<yy < y' dans JJ mais f1(y)f1(y)f^{-1}(y) \geq f^{-1}(y'), appliquer ff, croissante, donne yyy \geq y', absurde. Continuité de f1f^{-1} en y0=f(x0)Jy_0 = f(x_0) \in J : soit ε>0\varepsilon > 0. Supposons d’abord x0x_0 intérieur à II, et diminuons ε\varepsilon de sorte que x0±εIx_0 \pm \varepsilon \in I : leurs images vérifient f(x0ε)<y0<f(x0+ε)f(x_0 - \varepsilon) < y_0 < f(x_0 + \varepsilon). Prenons δ=min(y0f(x0ε),f(x0+ε)y0)>0\delta = \min\bigl(y_0 - f(x_0 - \varepsilon),\, f(x_0 + \varepsilon) - y_0\bigr) > 0 : pour yy0δ\abs{y - y_0} \leq \delta, la monotonie de f1f^{-1} coince f1(y)f^{-1}(y) entre x0εx_0 - \varepsilon et x0+εx_0 + \varepsilon. Si x0x_0 est, disons, l’extrémité gauche de II, seul x0+εx_0 + \varepsilon est disponible : alors y0=minJy_0 = \min J (monotonie), tout yJy \in J tel que yy0f(x0+ε)y0y - y_0 \leq f(x_0 + \varepsilon) - y_0 vérifie x0f1(y)x0+εx_0 \leq f^{-1}(y) \leq x_0 + \varepsilon, et l’estimation unilatérale est exactement la continuité en une extrémité ; l’extrémité droite est symétrique. (Remarquons que la continuité de f1f^{-1} n’a pas été déduite de celle de ff par symétrie — c’est la monotonie sur un intervalle qui fait le travail.)

Remarque 13.17

Ce théorème est ce que la Définition 4.9 et la Proposition 4.21 ont utilisé en silence : arcsin\arcsin, arccos\arccos, arctan\arctan, arsinh\operatorname{arsinh}, … sont continues. Un complément (Exercice 13.10) : une fonction continue injective sur un intervalle est automatiquement strictement monotone, de sorte que l’hypothèse de monotonie ne coûte rien.

Exemple 13.18 (Racines de tous les ordres)

Pour nNn \in \N^*, la fonction f(x)=xnf(x) = x^n est continue et strictement croissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty}, avec f(0)=0f(0) = 0 et f(x)+f(x) \to +\infty : son image est [0,+)\intco{0}{+\infty} (Théorème 13.10 pour la structure d’intervalle). Le théorème de la bijection monotone livre alors, d’un seul coup, une réciproque strictement croissante et continue

xx1/n ⁣:[0,+)[0,+):x \mapsto x^{1/n} \colon \intco{0}{+\infty} \to \intco{0}{+\infty} :

existence, unicité et continuité des racines nn-ièmes, sans le moindre calcul. À comparer avec l’Exercice 10.12, qui construisait y\sqrt y à la main à partir de la borne supérieure : un chapitre de théorie a comprimé cette page de travail en deux lignes, et ces deux mêmes lignes avaient déjà légitimé arcsin\arcsin, arctan\arctan et arsinh\operatorname{arsinh}. L’idée à retenir : un bon théorème est du travail mis en réserve.

13.4 Continuité uniforme

Définition 13.19

f ⁣:IRf \colon I \to \R est uniformément continue lorsque

ε>0, δ>0, x,yI,xyδ    f(x)f(y)ε.\forall \varepsilon > 0,\ \exists \delta > 0,\ \forall x, y \in I, \qquad \abs{x - y} \leq \delta \implies \abs{f(x) - f(y)} \leq \varepsilon .

Le point important : δ\delta ne dépend que de ε\varepsilon, et pas de l’endroit où l’on se trouve dans II. La continuité uniforme entraîne la continuité ; une fonction lipschitzienne (f(x)f(y)kxy\abs{f(x) - f(y)} \leq k \abs{x - y}) est uniformément continue (δ=ε/k\delta = \varepsilon/k).

Exemple 13.20

xx2x \mapsto x^2 est continue sur R\R mais pas uniformément continue : (n+1n)2n2=2+1n22\abs{(n + \frac 1n)^2 - n^2} = 2 + \frac{1}{n^2} \geq 2 alors que les arguments sont à distance 1n0\frac 1n \to 0. Sur tout intervalle borné elle est lipschitzienne, donc uniformément continue — en accord avec le théorème de Heine ci-dessous.

Exemple 13.21 (Modules d’uniformité, explicitement)

Sur un segment, Heine garantit un δ\delta uniforme ; souvent on peut aussi le calculer. Pour f(x)=x2f(x) = x^2 sur [0,10]\intcc{0}{10} :

x2y2=x+yxy20xy,\abs{x^2 - y^2} = \abs{x + y}\,\abs{x - y} \leq 20\,\abs{x - y},

donc δ=ε20\delta = \frac{\varepsilon}{20} convient uniformément (un module lipschitzien, linéaire en ε\varepsilon). Pour x\sqrt x sur [0,1]\intcc{0}{1} : xyxy\abs{\sqrt x - \sqrt y} \leq \sqrt{\abs{x - y}} (Exercice 13.9), donc δ=ε2\delta = \varepsilon^2 convient — uniforme mais pas linéaire : près de 00 la racine carrée est raide, et le prix apparaît dans l’exposant de ε\varepsilon, non dans un défaut d’uniformité. L’idée à retenir : la continuité uniforme est un dégradé, non un oui/non — la fonction δ(ε)\delta(\varepsilon), appelée module, mesure le coût de l’uniformité, et le caractère lipschitzien en est simplement la meilleure note.

Théorème 13.22 (Heine)

Une fonction continue sur un segment [a,b]\intcc{a}{b} est uniformément continue.

Démonstration. Par l’absurde : supposons qu’un certain ε0>0\varepsilon_0 > 0 mette en défaut tout δ\delta. Avec δ=1n+1\delta = \frac{1}{n+1}, choisissons xn,yn[a,b]x_n, y_n \in \intcc{a}{b} tels que xnyn1n+1\abs{x_n - y_n} \leq \frac{1}{n+1} et f(xn)f(yn)>ε0\abs{f(x_n) - f(y_n)} > \varepsilon_0. La compacité (Théorème 12.19) extrait xφ(n)c[a,b]x_{\varphi(n)} \to c \in \intcc{a}{b} ; alors yφ(n)cy_{\varphi(n)} \to c également (encadrement sur xy\abs{x - y}). La continuité en cc donne f(xφ(n))f(c)f(x_{\varphi(n)}) \to f(c) et f(yφ(n))f(c)f(y_{\varphi(n)}) \to f(c), donc f(xφ(n))f(yφ(n))0<ε0\abs{f(x_{\varphi(n)}) - f(y_{\varphi(n)})} \to 0 < \varepsilon_0 : contradiction.

Exemple 13.23 (Bornée, continue, et pourtant pas uniformément)

La fonction f(x)=sin(x2)f(x) = \sin(x^2) est continue et bornée sur R\R, mais pas uniformément continue. Prenons

xn=2πn,yn=2πn+π2:ynxn=π/22πn+π2+2πn0,x_n = \sqrt{2\pi n}, \qquad y_n = \sqrt{2\pi n + \tfrac\pi2}: \qquad y_n - x_n = \frac{\pi/2}{\sqrt{2\pi n + \frac\pi2} + \sqrt{2\pi n}} \longrightarrow 0 ,

et pourtant f(yn)f(xn)=sin(2πn+π2)sin(2πn)=10=1f(y_n) - f(x_n) = \sin\bigl(2\pi n + \frac\pi2\bigr) - \sin(2\pi n) = 1 - 0 = 1 pour tout nn : aucun δ\delta unique ne peut servir ε=12\varepsilon = \frac12 partout. Géométriquement, les oscillations de sin(x2)\sin(x^2) accélèrent : le graphe accomplit une onde complète sur des fenêtres de plus en plus courtes, de sorte que l’échelle horizontale exigée par un ε\varepsilon donné tend vers zéro quand xx grandit. L’idée à retenir : le caractère borné n’achète pas l’uniformité (cet exemple), et le caractère non borné ne l’interdit pas (x\sqrt x, Exercice 13.9) ; ce qui décide, c’est le module d’oscillation, et le théorème de Heine dit que les domaines compacts le disciplinent automatiquement.

Exemple 13.24 (L’expérience de la calculatrice, expliquée)

Tapez un nombre quelconque sur une calculatrice et appuyez plusieurs fois sur cos\cos : l’affichage se verrouille sur 0.73908510.7390851\dots Pourquoi ? Après une pression la valeur est dans [1,1]\intcc{-1}{1}, après deux dans [cos1,1][0.54,1]\intcc{\cos 1}{1} \subseteq \intcc{0.54}{1}, intervalle stable pour cos\cos. Sur celui-ci, cosacosbsin(1)ab\abs{\cos a - \cos b} \leq \sin(1)\,\abs{a - b} avec sin1=0.841<1\sin 1 = 0.841\dots < 1 (la majoration par produit-somme du Problème 11.1, ou l’inégalité des accroissements finis du Chapitre 14) : l’itération est contractante, donc par l’étape de contrôle de l’erreur de la Méthode 11.23,

unc(0.842)n2u2c0,\abs{u_n - c} \leq (0.842)^{\,n-2}\,\abs{u_2 - c} \longrightarrow 0 ,

cc est l’unique point fixe cosc=c\cos c = c (Exercice 13.6). Une quarantaine de pressions achètent trois décimales (0.842401030.842^{40} \approx 10^{-3}) — une vitesse géométrique, plus douce que le 2n2^{-n} de la dichotomie, mais chaque pression coûte une touche là où chaque étape de dichotomie coûte une évaluation de signe complète. L’idée à retenir : l’image du point fixe du Chapitre 11 et les théorèmes d’existence de ce chapitre sont les deux moitiés d’une même histoire — le théorème des valeurs intermédiaires trouve cc, la contraction l’atteint.

Remarque 13.25 (Où ces théorèmes serviront ensuite)

Les trois piliers de ce chapitre alimentent chacun un chapitre ultérieur. Le théorème des valeurs intermédiaires nourrit tout argument d’existence de solutions ainsi que le théorème de la bijection monotone ; le théorème des bornes atteintes transforme les problèmes d’optimisation en théorèmes (Rolle et le théorème des accroissements finis du Chapitre 14 partent exactement de là) ; le théorème de Heine est la raison pour laquelle les fonctions continues sur un segment sont intégrables au Chapitre 15 — le δ\delta uniforme est ce qui fait converger les sommes de Riemann. Dans le volume de Licence 2, le même trio reparaît dans les espaces vectoriels normés, la compacité y faisant le travail que les segments font ici.

Remarque 13.26 (Perspectives dans ce volume)

La continuité va être dépassée sans jamais être mise à la retraite. Le Chapitre 14 la renforce en dérivabilité et lui rend la politesse (dérivable entraîne continue) ; le Chapitre 15 repose deux fois sur elle, par Heine pour la construction et par le théorème fondamental, dont l’objet central xaxfx \mapsto \int_a^x f hausse une ff simplement continue en une primitive de classe C1C^1. Au Chapitre 25, la continuité des fonctions de deux variables recèle un piège qui mérite d’être annoncé : la fonction xyx2+y2\frac{xy}{x^2 + y^2} (prolongée par 00) est continue en xx pour chaque yy fixé et en yy pour chaque xx fixé, et pourtant elle n’est pas continue à l’origine — le long de la diagonale x=yx = y elle vaut constamment 12\frac12. La continuité séparée est strictement plus faible que la continuité : la caractérisation séquentielle survit au passage à R2\R^2, mais il faut autoriser les suites à s’approcher depuis toutes les directions, et pas seulement le long des axes.

13.5 Exercices

Exercice 13.1

À l’aide de la caractérisation séquentielle, démontrer que xsin1xx \mapsto \sin\frac 1x n’a pas de limite en 0+0^+ (exhiber deux suites). La fonction xxsin1xx \mapsto x \sin\frac 1x en a-t-elle une ?

Solution

Solution de Exercice 13.1.

Prenons un=12πn+π/2u_n = \frac{1}{2\pi n + \pi/2} et vn=12πnv_n = \frac{1}{2\pi n} : toutes deux tendent vers 0+0^+, et pourtant sin1un=1\sin\frac{1}{u_n} = 1 et sin1vn=0\sin\frac{1}{v_n} = 0. Deux suites, deux limites différentes des images : d’après le Théorème 13.3, pas de limite en 0+0^+.

xsin1xx \sin\frac1x : encadrée par xsin1xx0\abs{x\sin\frac1x} \leq \abs x \to 0, donc la limite en 00 existe et vaut 00.

Exercice 13.2

Étudier la continuité sur R\R de f(x)=xf(x) = \lfloor x \rfloor, de g(x)=xxg(x) = x - \lfloor x \rfloor, et de h(x)=x+(xx)2h(x) = \lfloor x \rfloor + (x - \lfloor x\rfloor)^2.

Solution

Solution de Exercice 13.2.

f=f = \lfloor\cdot\rfloor est continue sur RZ\R \setminus \Z (localement constante) et discontinue en chaque nZn \in \Z : limite à gauche n1n - 1, valeur nn.

g(x)=xxg(x) = x - \lfloor x\rfloor : mêmes points de discontinuité (l’identité est continue, donc gg hérite des sauts de ff) ; en nZn \in \Z, la limite à gauche vaut 10=g(n)1 \neq 0 = g(n).

h(x)=x+(xx)2h(x) = \lfloor x\rfloor + (x - \lfloor x\rfloor)^2 : sur [n,n+1)\intco{n}{n + 1}, h(x)=n+(xn)2h(x) = n + (x - n)^2, continue ; en x=nx = n, la limite à gauche vaut (n1)+1=n=h(n)(n-1) + 1 = n = h(n) : les sauts se compensent. hh est continue sur R\R (et strictement croissante).

Exercice 13.3

Démontrer que l’équation x53x+1=0x^5 - 3x + 1 = 0 a au moins trois solutions réelles (évaluer en des points bien choisis et appliquer le Théorème 13.10 sur trois segments disjoints).

Solution

Solution de Exercice 13.3.

P(x)=x53x+1P(x) = x^5 - 3x + 1 : P(2)=32+6+1=25<0P(-2) = -32 + 6 + 1 = -25 < 0 ; P(0)=1>0P(0) = 1 > 0 ; P(1)=1<0P(1) = -1 < 0 ; P(2)=27>0P(2) = 27 > 0. Trois changements de signe sur les segments disjoints [2,0]\intcc{-2}{0}, [0,1]\intcc{0}{1}, [1,2]\intcc{1}{2} : d’après le Théorème 13.10, au moins trois racines. (Étant de degré 55, PP en a au plus cinq ; une étude des variations montrerait qu’il y en a exactement trois.)

Exercice 13.4

Démontrer que tout polynôme de degré impair a une racine réelle.

Solution

Solution de Exercice 13.4.

Soit P=a2m+1X2m+1+P = a_{2m+1}X^{2m+1} + \dots avec a2m+1>0a_{2m+1} > 0 (sinon remplacer PP par P-P). En factorisant le terme dominant, P(x)=a2m+1x2m+1(1+o(1))P(x) = a_{2m+1} x^{2m+1}\bigl(1 + o(1)\bigr) quand x±x \to \pm\infty : donc P(x)+P(x) \to +\infty en ++\infty et -\infty en -\infty. Choisissons aa tel que P(a)<0P(a) < 0 et bb tel que P(b)>0P(b) > 0 : le théorème des valeurs intermédiaires sur [a,b]\intcc{a}{b} fournit une racine.

Exercice 13.5 ★★

(Point fixe) Soit f ⁣:[0,1][0,1]f \colon \intcc{0}{1} \to \intcc{0}{1} continue. Démontrer que ff a un point fixe : f(c)=cf(c) = c pour un certain cc. Illustrer qu’on ne peut renoncer ni à la continuité ni au segment.

Solution

Solution de Exercice 13.5.

Soit g(x)=f(x)xg(x) = f(x) - x, continue sur [0,1]\intcc{0}{1}. Comme ff est à valeurs dans [0,1]\intcc{0}{1} : g(0)=f(0)0g(0) = f(0) \geq 0 et g(1)=f(1)10g(1) = f(1) - 1 \leq 0. D’après le Théorème 13.10, g(c)=0g(c) = 0 pour un certain cc : un point fixe.

Nécessité des hypothèses : sur [0,1]\intcc{0}{1}, l’application discontinue f(x)=1f(x) = 1 pour x12x \leq \frac12, f(x)=0f(x) = 0 pour x>12x > \frac12 n’a pas de point fixe ; sur l’intervalle (0,1)\intoo{0}{1} (qui n’est pas un segment), f(x)=x2f(x) = \frac x2 est continue à valeurs dans (0,1)\intoo{0}{1} sans point fixe (le candidat 00 manque) ; sur R\R, f(x)=x+1f(x) = x + 1.

Exercice 13.6 ★★

Démontrer que l’équation cosx=x\cos x = x a exactement une solution réelle, et qu’elle appartient à (0,1)\intoo{0}{1}.

Solution

Solution de Exercice 13.6.

g(x)=cosxxg(x) = \cos x - x est continue, g(0)=1>0g(0) = 1 > 0, g(1)=cos11<0g(1) = \cos 1 - 1 < 0 : une solution existe dans (0,1)\intoo{0}{1} (Théorème 13.10). Unicité : gg est strictement décroissante sur R\R — pour x0x \leq 0, g(x)1x>0g(x) \geq 1 - x > 0 ne s’annule de toute façon pas ; et g(x)=sinx10g'(x) = -\sin x - 1 \leq 0 avec égalité seulement en des points isolés (xπ2mod2πx \equiv -\frac\pi2 \bmod 2\pi), donc gg est strictement décroissante (Chapitre 14 ; autrement : sur [0,1]\intcc{0}{1}, cos\cos est strictement décroissante et x-x aussi, donc gg l’est). Une fonction strictement monotone s’annule au plus une fois.

Exercice 13.7 ★★

Soit f ⁣:RRf \colon \R \to \R continue avec f(x)+f(x) \to +\infty quand x±x \to \pm\infty. Démontrer que ff atteint un minimum global sur R\R. (Se ramener à un segment contenant un ensemble de sous-niveau.)

Solution

Solution de Exercice 13.7.

Fixons M=f(0)+1M = f(0) + 1. Il existe A>0A > 0 tel que f(x)Mf(x) \geq M pour xA\abs x \geq A (définition des deux limites infinies ; prendre le plus grand des deux seuils). Sur le segment [A,A]\intcc{-A}{A}, le théorème des bornes atteintes (Théorème 13.13) fournit cc tel que f(c)=inf[A,A]ff(0)f(c) = \inf_{\intcc{-A}{A}} f \leq f(0). Pour xA\abs x \geq A : f(x)M>f(0)f(c)f(x) \geq M > f(0) \geq f(c). Donc f(c)f(c) est le minimum global.

Exercice 13.8 ★★

Soit f ⁣:RRf \colon \R \to \R continue et périodique (de période T>0T > 0). Démontrer que ff est bornée et atteint ses bornes, et qu’il existe cc tel que f(c+T2)=f(c)f(c + \frac T2) = f(c). (Pour le second point, étudier g(x)=f(x+T2)f(x)g(x) = f(x + \frac T2) - f(x) sur une période.)

Solution

Solution de Exercice 13.8.

Sur le segment [0,T]\intcc{0}{T}, ff est bornée et atteint ses bornes (Théorème 13.13) ; par périodicité, ce sont les bornes sur R\R tout entier, toujours atteintes.

Soit g(x)=f(x+T2)f(x)g(x) = f(x + \frac T2) - f(x), continue. Alors

g(0)+g(T2)=(f(T2)f(0))+(f(T)f(T2))=f(T)f(0)=0:g(0) + g\bigl(\tfrac T2\bigr) = \bigl(f(\tfrac T2) - f(0)\bigr) + \bigl(f(T) - f(\tfrac T2)\bigr) = f(T) - f(0) = 0 :

g(0)g(0) et g(T2)g(\frac T2) sont de signes opposés (ou bien l’un des deux s’annule), donc le théorème des valeurs intermédiaires sur [0,T/2]\intcc{0}{T/2} donne cc tel que g(c)=0g(c) = 0, c’est-à-dire f(c+T2)=f(c)f(c + \frac T2) = f(c).

Exercice 13.9 ★★

Démontrer que xxx \mapsto \sqrt x est uniformément continue sur [0,+)\intco{0}{+\infty}, bien qu’elle ne soit pas lipschitzienne près de 00. (Démontrer et utiliser xyxy\abs{\sqrt x - \sqrt y} \leq \sqrt{\abs{x - y}}.)

Solution

Solution de Exercice 13.9.

D’abord l’inégalité : pour 0yx0 \leq y \leq x,

(y+xy)2=x+2y(xy)x,\bigl(\sqrt y + \sqrt{x - y}\bigr)^2 = x + 2\sqrt{y(x-y)} \geq x,

donc xy+xy\sqrt x \leq \sqrt y + \sqrt{x - y}, c’est-à-dire xyxy\sqrt x - \sqrt y \leq \sqrt{x - y}. D’où xyxy\abs{\sqrt x - \sqrt y} \leq \sqrt{\abs{x - y}} pour tous x,y0x, y \geq 0.

Continuité uniforme : soit ε>0\varepsilon > 0 ; prenons δ=ε2\delta = \varepsilon^2 ; alors xyδ\abs{x - y} \leq \delta entraîne xyδ=ε\abs{\sqrt x - \sqrt y} \leq \sqrt\delta = \varepsilon.

Pas lipschitzienne près de 00 : x0x0=1x+\frac{\sqrt x - \sqrt 0}{x - 0} = \frac{1}{\sqrt x} \to +\infty quand x0+x \to 0^+, donc aucune constante kk ne peut dominer tous les taux d’accroissement.

Exercice 13.10 ★★★

Soit ff continue et injective sur un intervalle II. Démontrer que ff est strictement monotone. Indication : sinon, il existe a<b<ca < b < c avec, disons, f(b)>f(a)f(b) > f(a) et f(b)>f(c)f(b) > f(c) ; appliquer le théorème des valeurs intermédiaires à une valeur comprise entre max(f(a),f(c))\max(f(a), f(c)) et f(b)f(b) de part et d’autre de bb.

Solution

Solution de Exercice 13.10.

Supposons ff injective, continue, et non strictement monotone. Alors il existe a<b<ca < b < c dans II tels que f(b)f(b) ne soit pas compris entre f(a)f(a) et f(c)f(c) — en effet, si pour tous les triplets la valeur médiane était comprise entre les deux extrêmes, ff serait monotone (comparer deux paires quelconques ; brève vérification par cas). Disons f(b)>max(f(a),f(c))f(b) > \max(f(a), f(c)) (l’autre cas est symétrique : remplacer ff par f-f). Choisissons vv tel que max(f(a),f(c))<v<f(b)\max(f(a), f(c)) < v < f(b). Par le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur [a,b]\intcc{a}{b} puis sur [b,c]\intcc{b}{c}, il existe u1(a,b)u_1 \in \intoo{a}{b} et u2(b,c)u_2 \in \intoo{b}{c} tels que f(u1)=v=f(u2)f(u_1) = v = f(u_2) : deux points distincts de même image, ce qui contredit l’injectivité.

Exercice 13.11 ★★★

(Équation fonctionnelle de Cauchy, cas continu) Soit f ⁣:RRf \colon \R \to \R continue avec f(x+y)=f(x)+f(y)f(x + y) = f(x) + f(y) pour tous x,yx, y. Démontrer que f(x)=f(1)xf(x) = f(1)\,x pour tout xx : d’abord sur N\N, Z\Z, Q\Q (par la seule additivité), puis sur R\R par continuité et densité (Théorème 10.14).

Solution

Solution de Exercice 13.11.

f(0)=f(0+0)=2f(0)f(0) = f(0+0) = 2f(0) donne f(0)=0f(0) = 0 ; f(x)=f(x)f(-x) = -f(x) vient de 0=f(xx)0 = f(x - x). Posons α=f(1)\alpha = f(1). Par récurrence : f(n)=nαf(n) = n\alpha pour nNn \in \N, puis pour nZn \in \Z par imparité. Pour qNq \in \N^* : qf(pq)=f(p)=pαq\,f(\frac pq) = f(p) = p\alpha (ajouter pq\frac pq à lui-même qq fois), donc f(pq)=αpqf(\frac pq) = \alpha\frac pq : f=αidf = \alpha\, \mathrm{id} sur Q\Q.

Soient maintenant xRx \in \R et (rn)(r_n) une suite de rationnels telle que rnxr_n \to x (densité, Théorème 10.14, appliquée dans des intervalles emboîtés ; ou bien rn=nxnr_n = \frac{\lfloor nx\rfloor}{n}). Par continuité : f(x)=limf(rn)=limαrn=αxf(x) = \lim f(r_n) = \lim \alpha r_n = \alpha x.

Exercice 13.12 ★★★

Soit f ⁣:[0,+)Rf \colon \intco{0}{+\infty} \to \R continue avec f(x)Rf(x) \to \ell \in \R quand x+x \to +\infty. Démontrer que ff est uniformément continue sur [0,+)\intco{0}{+\infty}. (Couper en un AA grand : Heine sur [0,A+1]\intcc{0}{A+1}, la limite au-delà de AA ; faire se recouvrir les deux régimes.)

Solution

Solution de Exercice 13.12.

Soit ε>0\varepsilon > 0. Par la limite en ++\infty, il existe AA tel que f(x)ε2\abs{f(x) - \ell} \leq \frac\varepsilon2 pour xAx \geq A ; d’où, pour x,yAx, y \geq A : f(x)f(y)ε\abs{f(x) - f(y)} \leq \varepsilon (aucune proximité n’est requise).

Sur le segment [0,A+1]\intcc{0}{A + 1}, le théorème de Heine (Théorème 13.22) donne δ0>0\delta_0 > 0 pour ce ε\varepsilon ; posons δ=min(δ0,1)\delta = \min(\delta_0, 1).

Prenons maintenant x,y0x, y \geq 0 quelconques avec xyδ\abs{x - y} \leq \delta, disons xyx \leq y. Si yA+1y \leq A + 1 : tous deux sont dans le segment, et le δ0\delta_0 de Heine s’applique. Sinon y>A+1y > A + 1, et alors xy1>Ax \geq y - 1 > A : tous deux sont dans [A,+)\intco{A}{+\infty}, où l’argument de la limite s’applique. Dans les deux cas f(x)f(y)ε\abs{f(x) - f(y)} \leq \varepsilon : continuité uniforme.

13.6 Problème : l’équation fonctionnelle de Cauchy et ses sœurs

Problème 13.1

Devoir maison — f(x+y)=f(x)+f(y)f(x + y) = f(x) + f(y) : la régularité force la linéarité, et le portrait des monstres

Quelles fonctions vérifient f(x+y)=f(x)+f(y)f(x + y) = f(x) + f(y) pour tous réels x,yx, y ? Cauchy a posé la question en 1821 ; la réponse est un paradigme. L’Exercice 13.11 montre qu’une telle fonction additive est linéaire sur Q\Q et que la continuité complète force f(x)=cxf(x) = cx. Ce problème affaiblit l’hypothèse de façon spectaculaire — la continuité en un seul point, ou la monotonie, ou le simple caractère borné sur un petit intervalle, chacun suffit — puis peint le portrait d’une hypothétique solution non linéaire (son graphe remplit le plan), résout les équations sœurs qui caractérisent ecx\eu^{cx}, clnxc\ln x, xcx^c et cx2cx^2, et se termine par l’équation de Jensen et le théorème convexe au milieu ++ continue     \implies convexe. Dans tout le problème, additive signifie : f(x+y)=f(x)+f(y)f(x + y) = f(x) + f(y) pour tous x,yRx, y \in \R.

Partie I — Q\Q-linéarité, et un seul point de continuité.

  1. Soit ff additive. D’après l’Exercice 13.11, f(r)=f(1)rf(r) = f(1)\,r pour rr rationnel. Démontrer l’énoncé plus fin utilisé ci-dessous : pour tout xRx \in \R et tout rQr \in \Q, f(rx)=rf(x)f(rx) = r\,f(x) (ff est Q\Q-linéaire).
  2. Supposons la fonction additive ff continue en un seul point x0x_0. Montrer que ff est continue partout (calculer f(x+h)f(x)f(x + h) - f(x) en fonction de f(x0+h)f(x0)f(x_0 + h) - f(x_0)), donc que f(x)=f(1)xf(x) = f(1)\,x.
  3. Montrer qu’une fonction additive est déterminée par sa restriction à tout sous-groupe dense : si deux fonctions additives coïncident sur Z+2Z\Z + \sqrt2\,\Z et sont toutes deux continues, elles sont égales — alors que, sans continuité, prescrire f(1)=0f(1) = 0 et f(2)=1f(\sqrt 2) = 1 est compatible avec la Q\Q-linéarité sur le sous-groupe. Calculer f(m+n2)f(m + n\sqrt2) pour cette prescription.
  4. Soit ff additive et majorée par MM sur un certain intervalle [a,b]\intcc{a}{b} avec a<ba < b. Montrer que ff est majorée sur [0,]\intcc{0}{\ell}, =ba\ell = b - a (translater de aa).

Partie II — L’échelle de régularité.

  1. Suite de la question 4 : en utilisant f(t)+f(t)=f()f(\ell - t) + f(t) = f(\ell), montrer que ff est aussi minorée sur [0,]\intcc{0}{\ell} : fC\abs f \leq C sur cet intervalle.
  2. Montrer que f(t)Cn\abs{f(t)} \leq \frac{C}{n} pour t[0,/n]t \in \intcc{0}{\ell/n}, et en déduire que ff est continue en 00 (l’imparité règle le côté gauche), donc partout (question 2) : une fonction additive bornée sur un intervalle est linéaire.
  3. En déduire le cas monotone : une fonction additive croissante sur un certain [a,b]\intcc{a}{b} (a<ba < b) est f(x)=cxf(x) = cx avec c0c \geq 0.
  4. Assembler l’échelle de régularité : pour ff additive, les assertions suivantes sont équivalentes — (a) f(x)=cxf(x) = cx ; (b) ff continue ; (c) ff continue en un point ; (d) ff monotone sur un intervalle non dégénéré ; (e) ff bornée sur un intervalle non dégénéré. Organiser les implications de sorte que chacune soit ou bien triviale, ou bien déjà démontrée.
  5. Vérifier que les questions 4 à 6 n’ont consommé qu’une majoration par en haut : une fonction additive majorée sur un intervalle non dégénéré est déjà linéaire. En déduire l’énoncé miroir pour une minoration, et consigner la forme la plus forte ainsi obtenue du barreau (e) de l’échelle.

Partie III — Portrait d’un monstre. Supposons maintenant ff additive mais non linéaire.

  1. Montrer qu’il existe des réels non nuls u,vu, v tels que f(u)uf(v)v\dfrac{f(u)}{u} \neq \dfrac{f(v)}{v}, et que les vecteurs (u,f(u))(u, f(u)) et (v,f(v))(v, f(v)) engendrent le plan (leur déterminant uf(v)vf(u)u f(v) - v f(u) est non nul).
  2. Montrer que le graphe de ff contient tous les points

    r(u,f(u))+s(v,f(v)),r,sQ,r\,(u, f(u)) + s\,(v, f(v)), \qquad r, s \in \Q ,

    et en déduire que le graphe est dense dans R2\R^2 : pour tout point (x0,y0)(x_0, y_0) du plan et tout ε>0\varepsilon > 0, un certain (x,f(x))(x, f(x)) en est à distance moindre que ε\varepsilon (résoudre le système réel 2×22\times2, puis approcher les coefficients réels par des rationnels).

  3. Déduire de la question 11 le portrait complet : une fonction additive non linéaire est non bornée sur tout intervalle non dégénéré, discontinue en tout point, monotone sur aucun intervalle, et l’image qu’elle donne de tout intervalle est dense dans R\R. Concilier avec la question 8.
  4. Les monstres existent — sur un sous-groupe dense, de façon constructive : sur G=Z+2ZG = \Z + \sqrt2\,\Z, posons f(m+n2)=nf(m + n\sqrt2) = n. Montrer que ff est bien définie et additive sur GG, et que ff est non bornée sur G(0,ε)G \cap \intoo{0}{\varepsilon} pour tout ε>0\varepsilon > 0 NN fixé, seuls un nombre fini de g=m+n2(0,1)g = m + n\sqrt2 \in \intoo{0}{1} vérifient nN\abs n \leq N ; or G(0,ε)G \cap \intoo{0}{\varepsilon} est infini). Expliquer en un paragraphe pourquoi prolonger un tel ff à R\R tout entier exige une base de R\R comme Q\Q-espace vectoriel (une base de Hamel), dont l’existence relève de l’axiome du choix, au-delà de ce volume.

Partie IV — Les équations sœurs. Toutes les fonctions sont ici continues.

  1. Soit f ⁣:RRf \colon \R \to \R continue, non identiquement nulle, avec f(x+y)=f(x)f(y)f(x + y) = f(x)f(y). Montrer que f(x)=f(x2)20f(x) = f\bigl(\frac x2\bigr)^2 \geq 0, puis que f>0f > 0 partout, puis que f(x)=ecxf(x) = \eu^{cx} pour un certain cc : les exponentielles sont exactement les morphismes continus de (R,+)(\R, +) dans (R,×)(\R^*, \times).
  2. Soit f ⁣:(0,+)Rf \colon \intoo{0}{+\infty} \to \R continue avec f(xy)=f(x)+f(y)f(xy) = f(x) + f(y). Montrer que f(x)=clnxf(x) = c\ln x (transporter par exp\exp).
  3. Soit f ⁣:(0,+)(0,+)f \colon \intoo{0}{+\infty} \to \intoo{0}{+\infty} continue avec f(xy)=f(x)f(y)f(xy) = f(x)f(y). Montrer que f(x)=xcf(x) = x^c.
  4. Trouver toutes les fonctions continues f ⁣:RRf \colon \R \to \R telles que

    f(x+y)=f(x)+f(y)+f(x)f(y).f(x + y) = f(x) + f(y) + f(x)f(y) .

    (Étudier h=1+fh = 1 + f ; traiter à part le cas dégénéré.)

  5. (Parallélogramme) Trouver toutes les fonctions continues f ⁣:RRf \colon \R \to \R telles que f(x+y)+f(xy)=2f(x)+2f(y)f(x + y) + f(x - y) = 2f(x) + 2f(y) : montrer que ff est paire, que f(0)=0f(0) = 0, que f(nx)=n2f(x)f(nx) = n^2 f(x) par récurrence, puis que f(x)=f(1)x2f(x) = f(1)\,x^2. (Cette équation est la signature des formes quadratiques — la loi du parallélogramme qui détecte, dans le volume de Licence 2, quelles normes proviennent d’un produit scalaire.)

Partie V — Jensen et la convexité au milieu.

  1. (Équation de Jensen) Soit f ⁣:RRf \colon \R \to \R continue avec f(x+y2)=f(x)+f(y)2f\bigl(\frac{x+y}{2}\bigr) = \frac{f(x) + f(y)}{2}. Montrer que g=ff(0)g = f - f(0) vérifie g(x2)=g(x)2g\bigl(\frac x2\bigr) = \frac{g(x)}{2}, en déduire que gg est additive, et conclure que f(x)=cx+df(x) = cx + d.
  2. Supposons maintenant seulement l’inégalité : ff continue avec

    f(x+y2)f(x)+f(y)2(x,yR).f\Bigl(\frac{x + y}{2}\Bigr) \leq \frac{f(x) + f(y)}{2} \qquad (x, y \in \R).

    Démontrer par récurrence sur nn que, pour tout poids dyadique λ=k2n[0,1]\lambda = \frac{k}{2^n} \in \intcc{0}{1} :

    f(λx+(1λ)y)λf(x)+(1λ)f(y).f\bigl(\lambda x + (1 - \lambda)y\bigr) \leq \lambda f(x) + (1 - \lambda) f(y) .
  3. Étendre par continuité et densité des dyadiques (l’Exercice 10.8) à tout λ[0,1]\lambda \in \intcc{0}{1} : une fonction continue convexe au milieu vérifie l’inégalité de convexité complète (la notion étudiée systématiquement au Chapitre 14).
  4. Montrer qu’on ne peut renoncer à la continuité : une fonction additive non linéaire ff vérifie l’égalité au milieu de la question 19 sans vérifier aucune inégalité de convexité sur un intervalle (question 12). Morale : la convexité au milieu est une propriété à étages dénombrables (les dyadiques), la convexité une propriété du continu ; la continuité est le pont — exactement comme dans les parties I et II.

Partie VI — Dernières variations et synthèse.

  1. Trouver toutes les fonctions continues f ⁣:RRf \colon \R \to \R telles que f(x+y)=f(x)+f(y)+xyf(x + y) = f(x) + f(y) + xy (soustraire la solution particulière x22\frac{x^2}{2}).
  2. Démontrer : si f ⁣:RRf \colon \R \to \R est continue et additive seulement sur un sous-groupe dense GG (c’est-à-dire f(g+g)=f(g)+f(g)f(g + g') = f(g) + f(g') pour g,gGg, g' \in G), alors ff est additive sur R\R. Plus généralement, deux fonctions continues qui coïncident sur une partie dense de R\R sont égales.
  3. Synthèse, une phrase pour chaque point : (i) énoncer de mémoire l’échelle de régularité de la question 8 ; (ii) expliquer pourquoi « graphe dense dans le plan » est la bonne image mentale de l’échec de la régularité ; (iii) énumérer les cinq fonctions classiques caractérisées dans les parties IV et V et la méthode unique qui les a toutes attrapées ; (iv) nommer les deux endroits où la densité de Q\Q (ou des dyadiques) dans R\R a porté l’argument, et l’endroit où elle ne l’a pas pu (question 13).
Solution

Solution de Problème 13.1.

1. Pour nNn \in \N : f(nx)=nf(x)f(nx) = n f(x) par récurrence (f((n+1)x)=f(nx)+f(x)f((n+1)x) = f(nx) + f(x)). De plus f(0)=2f(0)f(0) = 2f(0) donne f(0)=0f(0) = 0, et 0=f(xx)=f(x)+f(x)0 = f(x - x) = f(x) + f(-x) donne l’imparité, donc f(nx)=nf(x)f(nx) = nf(x) pour nZn \in \Z. Pour r=pqr = \frac pq : qf(pqx)=f(px)=pf(x)q\,f\bigl(\tfrac pq x\bigr) = f(px) = p\,f(x), donc f(rx)=rf(x)f(rx) = r f(x) : ff est Q\Q-linéaire.

2. L’additivité donne, pour tous xx et hh :

f(x+h)f(x)=f(h)=f(x0+h)f(x0).f(x + h) - f(x) = f(h) = f(x_0 + h) - f(x_0) .

Quand h0h \to 0, le membre de droite tend vers 00 par continuité en x0x_0 ; donc f(x+h)f(x)f(x + h) \to f(x) : continuité en tout xx. Alors l’Exercice 13.11 donne f(x)=f(1)xf(x) = f(1)\,x.

3. Deux fonctions additives continues sont de la forme cxcx et cxc'x (question 2) ; si elles coïncident sur le sous-groupe dense Z+2Z\Z + \sqrt2\,\Z (Exercice 10.9), alors cg=cgc\,g = c'g pour un certain g0g \neq 0 de ce sous-groupe : c=cc = c', les fonctions sont égales. Sans continuité : la Q\Q-linéarité ne lie que les valeurs aux Q\Q-combinaisons, et 1,21, \sqrt2 sont Q\Q-indépendants (2Q\sqrt2 \notin \Q), donc f(1)=0f(1) = 0, f(2)=1f(\sqrt2) = 1 est cohérent et impose, sur le sous-groupe,

f(m+n2)=mf(1)+nf(2)=n.f(m + n\sqrt2) = m\,f(1) + n\,f(\sqrt2) = n .

4. Pour t[0,]t \in \intcc{0}{\ell} : a+t[a,b]a + t \in \intcc{a}{b}, donc f(t)=f(a+t)f(a)Mf(a)=:Mf(t) = f(a + t) - f(a) \leq M - f(a) =: M'.

5. Pour t[0,]t \in \intcc{0}{\ell}, on a aussi t[0,]\ell - t \in \intcc{0}{\ell}, et l’additivité donne f(t)=f()f(t)f()Mf(t) = f(\ell) - f(\ell - t) \geq f(\ell) - M'. D’où fC\abs{f} \leq C sur [0,]\intcc{0}{\ell} avec C=max(M,f()M)C = \max\bigl(\abs{M'}, \abs{f(\ell) - M'}\bigr).

6. Pour t[0,/n]t \in \intcc{0}{\ell/n} : nt[0,]nt \in \intcc{0}{\ell} et f(t)=f(nt)nf(t) = \frac{f(nt)}{n} (question 1), donc f(t)Cn\abs{f(t)} \leq \frac Cn. Soit ε>0\varepsilon > 0 ; choisissons n>Cεn > \frac C\varepsilon : pour 0hn0 \leq h \leq \frac\ell n, f(h)ε\abs{f(h)} \leq \varepsilon, et pour hh négatif on utilise f(h)=f(h)f(h) = -f(-h). Ainsi f(h)0=f(0)f(h) \to 0 = f(0) quand h0h \to 0 : continuité en 00, donc partout (question 2), donc f(x)=f(1)xf(x) = f(1)x.

7. Si ff est croissante sur [a,b]\intcc{a}{b}, alors f(a)f(x)f(b)f(a) \leq f(x) \leq f(b) sur cet intervalle : bornée, donc linéaire par la question 6, f(x)=cxf(x) = cx ; et c(ba)=f(b)f(a)0c(b - a) = f(b) - f(a) \geq 0 impose c0c \geq 0.

8. (a)\Rightarrow(b)\Rightarrow(c) : trivial. (c)\Rightarrow(a) : question 2. (a)\Rightarrow(d) : une fonction linéaire est monotone partout. (d)\Rightarrow(e) : une fonction monotone sur [a,b]\intcc{a}{b} y est bornée par ses valeurs aux extrémités. (e)\Rightarrow(a) : questions 4 à 6. Les cinq assertions sont équivalentes — c’est l’échelle de régularité.

9. La question 4 n’a utilisé que la majoration MM ; la question 5 a déduit la minoration de la majoration via la réflexion f(t)=f()f(t)f(t) = f(\ell) - f(\ell - t) ; la question 6 a ensuite tourné sur fC\abs f \leq C. Donc : additive et majorée sur un intervalle non dégénéré entraîne déjà linéaire. Pour une minoration, appliquer ceci à f-f (additive, majorée). Barreau (e) le plus fort : une borne unilatérale sur un seul intervalle suffit.

10. Si f(x)x\frac{f(x)}{x} valait une même constante cc pour tout x0x \neq 0, ff serait linéaire ; il existe donc u,vu, v non nuls tels que f(u)uf(v)v\frac{f(u)}u \neq \frac{f(v)}v, c’est-à-dire uf(v)vf(u)0u f(v) - v f(u) \neq 0 : le déterminant des vecteurs (u,f(u))(u, f(u)), (v,f(v))(v, f(v)) est non nul, et ils engendrent R2\R^2.

11. Pour r,sQr, s \in \Q : f(ru+sv)=rf(u)+sf(v)f(ru + sv) = r f(u) + s f(v) (question 1 deux fois, plus l’additivité), donc le graphe contient

(ru+sv,  rf(u)+sf(v))=r(u,f(u))+s(v,f(v)).\bigl(ru + sv,\; r f(u) + s f(v)\bigr) = r\,(u, f(u)) + s\,(v, f(v)) .

Étant donnés (x0,y0)(x_0, y_0) et ε>0\varepsilon > 0 : le système 2×22 \times 2 a(u,f(u))+b(v,f(v))=(x0,y0)a(u, f(u)) + b(v, f(v)) = (x_0, y_0) a une (unique) solution réelle (a,b)(a, b) puisque le déterminant est non nul. Choisissons des rationnels rnar_n \to a, snbs_n \to b : alors rn(u,f(u))+sn(v,f(v))(x0,y0)r_n(u, f(u)) + s_n(v, f(v)) \to (x_0, y_0) coordonnée par coordonnée, et chacun de ces points est sur le graphe : le graphe est dense dans R2\R^2.

12. Soit II un intervalle non dégénéré, x0x_0 son milieu, MM arbitraire : la densité fournit un point du graphe à distance moindre que min(I2,1)\min\bigl(\frac{\abs I}{2}, 1\bigr) de (x0,M+1)(x_0, M + 1), c’est-à-dire xIx \in I avec f(x)>Mf(x) > M : non bornée sur II, donc (question 8) discontinue en tout point et monotone sur aucun intervalle ; et pour toute cible y0y_0, les points du graphe proches de (x0,y0)(x_0, y_0) donnent des f(x)f(x) arbitrairement proches de y0y_0 avec xIx \in I : f(I)f(I) est dense dans R\R. C’est la question 8 lue à l’envers : puisque tous les barreaux sont équivalents, une fonction additive non linéaire doit les mettre en défaut tous, partout.

13. Bien définie : m+n2=m+n2m + n\sqrt2 = m' + n'\sqrt2 impose (nn)2=mmZ(n - n')\sqrt2 = m' - m \in \Z, donc n=nn = n' (sinon 2Q\sqrt2 \in \Q) et m=mm = m'. L’additivité sur GG est alors claire coordonnée par coordonnée. Caractère non borné près de 0+0^+ : fixons ε(0,1)\varepsilon \in \intoo{0}{1} et NNN \in \N. Pour chaque nn fixé avec nN\abs n \leq N, la condition m+n2(0,1)m + n\sqrt2 \in \intoo{0}{1} enferme mm dans un intervalle de longueur 11 : au plus un entier mm par nn, donc au plus 2N+12N + 1 éléments de G(0,1)G \cap \intoo{0}{1} vérifient fN\abs{f} \leq N. Or G(0,ε)G \cap \intoo{0}{\varepsilon} est infini (GG est dense, Exercice 10.9) ; il contient donc un gg avec f(g)>N\abs{f(g)} > N : ff n’est bornée sur aucun voisinage à droite de 00. Prolonger ff en une fonction additive sur R\R revient à choisir des valeurs de façon cohérente sur une famille de réels Q\Q-linéairement indépendante et engendrant R\R sur Q\Q — une base de Hamel ; en produire une exige l’axiome du choix, et aucune formule explicite ne peut le faire : constructivement, nous ne possédons le monstre que sur GG.

14. f(x)=f(x2+x2)=f(x2)20f(x) = f(\frac x2 + \frac x2) = f(\frac x2)^2 \geq 0. Si f(x0)=0f(x_0) = 0, alors f(x)=f(xx0)f(x0)=0f(x) = f(x - x_0)f(x_0) = 0 pour tout xx : exclu. Donc f>0f > 0 et g=lnfg = \ln \circ f est continue (Proposition 13.8) avec g(x+y)=g(x)+g(y)g(x + y) = g(x) + g(y) : d’après l’Exercice 13.11, g(x)=cxg(x) = cx, donc f(x)=ecxf(x) = \eu^{cx}. Réciproquement chaque ecx\eu^{cx} convient : les morphismes continus (R,+)(R,×)(\R, +) \to (\R^*, \times) sont exactement les exponentielles.

15. g(u)=f(eu)g(u) = f(\eu^u) est continue et g(u+v)=f(euev)=g(u)+g(v)g(u + v) = f(\eu^u \eu^v) = g(u) + g(v) : g(u)=cug(u) = cu, et tout x>0x > 0 s’écrit x=eux = \eu^u avec u=lnxu = \ln x : f(x)=clnxf(x) = c\ln x.

16. h=lnfh = \ln \circ f est continue sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} avec h(xy)=h(x)+h(y)h(xy) = h(x) + h(y) : d’après la question 15, h(x)=clnxh(x) = c\ln x, donc f(x)=eclnx=xcf(x) = \eu^{c\ln x} = x^c.

17. x=y=0x = y = 0 : f(0)=2f(0)+f(0)2f(0) = 2f(0) + f(0)^2, donc f(0)(1+f(0))=0f(0)(1 + f(0)) = 0. Si f(0)=1f(0) = -1 : en posant y=0y = 0, f(x)=f(x)+f(0)+f(x)f(0)=1f(x) = f(x) + f(0) + f(x)f(0) = -1 pour tout xx : la constante f1f \equiv -1 (qui vérifie effectivement l’équation). Sinon f(0)=0f(0) = 0 ; h=1+fh = 1 + f est continue, h(0)=1h(0) = 1, et

h(x+y)=1+f(x)+f(y)+f(x)f(y)=h(x)h(y):h(x + y) = 1 + f(x) + f(y) + f(x)f(y) = h(x)\,h(y) :

d’après la question 14, h(x)=ecxh(x) = \eu^{cx}, c’est-à-dire f(x)=ecx1f(x) = \eu^{cx} - 1 (le cas c=0c = 0 donnant f0f \equiv 0). Liste complète : f1f \equiv -1 et f(x)=ecx1f(x) = \eu^{cx} - 1, cRc \in \R.

18. x=y=0x = y = 0 : 2f(0)=4f(0)2f(0) = 4f(0), donc f(0)=0f(0) = 0. x=0x = 0 : f(y)+f(y)=2f(y)f(y) + f(-y) = 2f(y), donc ff est paire. y=xy = x : f(2x)=4f(x)f(2x) = 4f(x). Récurrence en utilisant (x,y)(nx,x)(x, y) \to (nx, x) :

f((n+1)x)=2f(nx)+2f(x)f((n1)x)=(2n2+2(n1)2)f(x)=(n+1)2f(x).f((n{+}1)x) = 2f(nx) + 2f(x) - f((n{-}1)x) = (2n^2 + 2 - (n-1)^2) f(x) = (n+1)^2 f(x) .

Puis f(x)=f(qxq)=q2f(xq)f(x) = f\bigl(q\cdot\frac xq\bigr) = q^2 f\bigl(\frac xq\bigr) donne f(pqx)=p2q2f(x)f\bigl(\frac pq x\bigr) = \frac{p^2}{q^2}f(x) : f(r)=r2f(1)f(r) = r^2 f(1) sur Q\Q (la parité règle les signes). Les deux fonctions continues ff et xf(1)x2x \mapsto f(1)x^2 coïncident sur la partie dense Q\Q, donc partout (question 24) : f(x)=f(1)x2f(x) = f(1)\,x^2 ; et tout cx2cx^2 vérifie l’équation.

19. g=ff(0)g = f - f(0) est continue, g(0)=0g(0) = 0, et vérifie l’équation de Jensen (les constantes se simplifient). En prenant y=0y = 0 : g(x2)=g(x)2g\bigl(\frac x2\bigr) = \frac{g(x)}{2}. Alors pour tous x,yx, y :

g(x+y)2=g(x+y2)=g(x)+g(y)2,\frac{g(x + y)}{2} = g\Bigl(\frac{x+y}{2}\Bigr) = \frac{g(x) + g(y)}{2} ,

donc gg est additive et continue : g(x)=cxg(x) = cx (question 2), et f(x)=cx+df(x) = cx + d avec d=f(0)d = f(0). Toutes les fonctions affines vérifient Jensen : la liste est complète.

20. Récurrence sur nn. Pour n=0n = 0 : λ{0,1}\lambda \in \{0, 1\}, trivial. Supposons l’inégalité acquise pour tous les poids k2n\frac{k}{2^n}. Un poids λ=k2n+1\lambda = \frac{k}{2^{n+1}} avec kk pair se ramène au niveau nn ; pour k=2j+1k = 2j + 1, λ\lambda est le milieu de λ1=j2n\lambda_1 = \frac{j}{2^n} et λ2=j+12n\lambda_2 = \frac{j+1}{2^n}. Avec zi=λix+(1λi)yz_i = \lambda_i x + (1 - \lambda_i)y : λx+(1λ)y=z1+z22\lambda x + (1-\lambda)y = \frac{z_1 + z_2}{2}, donc

f(λx+(1λ)y)f(z1)+f(z2)2(λ1+λ2)f(x)+(2λ1λ2)f(y)2=λf(x)+(1λ)f(y).f\bigl(\lambda x + (1{-}\lambda)y\bigr) \leq \frac{f(z_1) + f(z_2)}{2} \leq \frac{(\lambda_1 + \lambda_2)f(x) + (2 - \lambda_1 - \lambda_2)f(y)}{2} = \lambda f(x) + (1 - \lambda)f(y) .

21. Fixons x,yx, y. Les applications λf(λx+(1λ)y)\lambda \mapsto f(\lambda x + (1 - \lambda)y) et λλf(x)+(1λ)f(y)\lambda \mapsto \lambda f(x) + (1 - \lambda)f(y) sont continues sur [0,1]\intcc{0}{1} (composition et algèbre, Proposition 13.8). L’inégalité vaut sur les poids dyadiques, denses dans [0,1]\intcc{0}{1} (Exercice 10.8) ; pour λ\lambda quelconque, prenons des dyadiques λnλ\lambda_n \to \lambda et passons à la limite (Théorème 13.3 et Théorème 11.7) : l’inégalité de convexité vaut pour tout λ[0,1]\lambda \in \intcc{0}{1} — convexité au milieu plus continuité égale convexité (la notion du Chapitre 14).

22. Une fonction additive non linéaire ff vérifie f(x+y2)=f(x)+f(y)2f\bigl(\frac{x+y}{2}\bigr) = \frac{f(x) + f(y)}{2} exactement (question 1 avec r=12r = \frac12, puis additivité) : elle est convexe au milieu, et même affine au milieu. Si elle vérifiait l’inégalité de convexité complète sur un intervalle [x,y]\intcc{x}{y}, alors pour λ[0,1]\lambda \in \intcc{0}{1} : f(λx+(1λ)y)max(f(x),f(y))f(\lambda x + (1-\lambda)y) \leq \max(f(x), f(y)) — majorée sur un intervalle non dégénéré, donc linéaire d’après la question 9 : contradiction. La continuité de la question 21 n’est donc pas un luxe : sans elle, la convexité au milieu ne contrôle que le squelette dyadique dénombrable, et le continu qui s’étend entre ses points part en vrille.

23. p(x)=x22p(x) = \frac{x^2}{2} vérifie p(x+y)=p(x)+p(y)+xyp(x+y) = p(x) + p(y) + xy. Si ff est une solution continue quelconque, g=fpg = f - p est continue et additive, donc g(x)=cxg(x) = cx :

f(x)=x22+cx,cR,f(x) = \frac{x^2}{2} + cx , \qquad c \in \R ,

et chacune de ces fonctions est solution : la liste est complète.

24. Principe général : si u,vu, v sont continues et coïncident sur une partie dense DRD \subseteq \R, alors pour xRx \in \R on choisit dnDd_n \in D avec dnxd_n \to x (Proposition 12.11) ; u(x)=limu(dn)=limv(dn)=v(x)u(x) = \lim u(d_n) = \lim v(d_n) = v(x). Soit maintenant ff continue et additive sur le sous-groupe dense GG. Fixons x,yRx, y \in \R et prenons gnxg_n \to x, gnyg'_n \to y avec gn,gnGg_n, g'_n \in G ; alors gn+gnx+yg_n + g'_n \to x + y et, par continuité séquentielle en x+yx + y, en xx et en yy :

f(x+y)=limf(gn+gn)=lim(f(gn)+f(gn))=f(x)+f(y):f(x + y) = \lim f(g_n + g'_n) = \lim\bigl(f(g_n) + f(g'_n)\bigr) = f(x) + f(y) :

ff est additive sur R\R tout entier (donc linéaire, par la question 2).

25. (i) Pour ff additive : linéaire     \iff continue     \iff continue en un point     \iff monotone sur un intervalle     \iff bornée (même d’un seul côté) sur un intervalle. (ii) La densité du graphe dans le plan montre que l’échec n’est pas un défaut local mais une explosion globale : au-dessus de tout sous-intervalle, les valeurs s’étalent sur R\R tout entier, de sorte que toute propriété de régularité échoue partout à la fois. (iii) Le butin : cxcx, ecx\eu^{cx}, clnxc\ln x, xcx^c, cx2cx^2, et cx+dcx + d — six caractérisations, une seule méthode : transporter l’équation vers celle de Cauchy, démontrer le squelette sur Q\Q par récurrence, remonter à R\R par densité et continuité. (iv) La densité de Q\Q (ou des dyadiques) a porté les remontées de l’Exercice 13.11 et de la question 21 ; elle n’a rien porté à la question 13, car sans continuité les valeurs ne se propagent pas d’une partie dense à son adhérence — la densité ne transfère l’information que le long de la continuité.