Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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16Formules de Taylor et développements limités

Au voisinage d’un point, une fonction régulière vaut un polynôme — à une erreur contrôlable près. Les formules de Taylor rendent cela exact sous trois formes (reste intégral, reste de Lagrange, reste de Young), et les développements limités qui en résultent, manipulés algébriquement, deviennent l’outil le plus fin de l’analyse élémentaire : limites, équivalents, comportement local, asymptotes.

16.1 Relations de comparaison

Définition 16.1 (Notations de Landau)

Soient ff et gg définies au voisinage de x0x_0 (x0Rx_0 \in \R ou ±\pm\infty). On écrit, quand xx0x \to x_0 :

  • f=o(g)f = o(g) (« petit o ») lorsque f=εgf = \varepsilon g avec ε(x)0\varepsilon(x) \to 0 ;
  • f=O(g)f = O(g) (« grand O ») lorsque f=ugf = u g avec uu bornée au voisinage de x0x_0 ;
  • fgf \sim g (« équivalentes ») lorsque f=(1+ε)gf = (1 + \varepsilon) g avec ε0\varepsilon \to 0 — de façon équivalente, fg=o(g)f - g = o(g).

Les mêmes notations s’appliquent aux suites (nn \to \infty).

Proposition 16.2 (Règles)

Quand xx0x \to x_0 :

  1. \sim est une relation d’équivalence ; fgf \sim g entraîne que ff et gg ont mêmes limites, même signe (au voisinage de x0x_0) et la même absence de zéros ;
  2. les équivalents se multiplient et se divisent : f1g1f_1 \sim g_1 et f2g2f_2 \sim g_2 entraînent f1f2g1g2f_1 f_2 \sim g_1 g_2 et f1f2g1g2\frac{f_1}{f_2} \sim \frac{g_1}{g_2} ;
  3. les équivalents ne s’additionnent pas : x+1xx + 1 \sim x et xx+2-x \sim -x + 2 en ++\infty, et pourtant les sommes 11 et 22 ne sont pas équivalentes. Pour additionner, il faut revenir aux développements avec des termes o()o(\cdot) explicites ;
  4. o(g)+o(g)=o(g)o(g) + o(g) = o(g),   uo(g)=o(ug)\;u \cdot o(g) = o(ug),   o(o(g))=o(g)\;o(o(g)) = o(g), et fg    f=g+o(g)f \sim g \iff f = g + o(g).

Démonstration. Chaque point est une courte manipulation des définitions ; par exemple f1f2=(1+ε1)(1+ε2)g1g2f_1 f_2 = (1+\varepsilon_1)(1+\varepsilon_2) g_1 g_2 et (1+ε1)(1+ε2)1(1 + \varepsilon_1)(1+\varepsilon_2) \to 1. Deux points de (4) méritent leur ligne. uo(g)=o(ug)u\cdot o(g) = o(ug) : si f=εgf = \varepsilon g avec ε0\varepsilon \to 0, alors uf=ε(ug)uf = \varepsilon\,(ug) avec le même ε\varepsilon. o(o(g))=o(g)o(o(g)) = o(g) : si f=ε1hf = \varepsilon_1 h et h=ε2gh = \varepsilon_2 g avec les deux εi0\varepsilon_i \to 0, alors f=(ε1ε2)gf = (\varepsilon_1\varepsilon_2) g et le produit des deux infiniment petits en est un. L’équivalence fg    f=g+o(g)f \sim g \iff f = g + o(g) est la définition lue deux fois : fg=εgf - g = \varepsilon g. Le contre-exemple de (3) est la démonstration de (3).

Exemple 16.3 (L’échelle de comparaison)

Quand x+x \to +\infty, l’échelle usuelle s’écrit, par ordre de force croissante :

1  =  o(lnx),lnx=o(x0.01),x0.01=o(x),x=o(x10),x10=o(ex),ex=o(e2x),1 \;=\; o(\ln x), \quad \ln x = o(x^{0.01}), \quad x^{0.01} = o(\sqrt x), \quad \sqrt x = o(x^{10}), \quad x^{10} = o(\eu^{x}), \quad \eu^x = o(\eu^{2x}) ,

chaque étape étant un cas des croissances comparées de la Proposition 4.6 (les puissances l’emportent sur les logarithmes, les exponentielles sur les puissances, et à l’intérieur d’une même famille c’est l’exposant qui décide). Deux réflexes à prendre : d’abord, un O()O(\cdot) qui atterrit dans une classe plus petite se promeut silencieusement (O(lnx)O(\ln x) est aussi un o(x0.01)o(x^{0.01})) ; ensuite, en x0+x \to 0^+ toute l’échelle se retourne par la substitution x1xx \mapsto \frac1xlnx=o(x0.01)\ln x = o(x^{-0.01}) y devient vrai, de sorte que « xαlnx0x^\alpha \ln x \to 0 » vaut pour tout α>0\alpha > 0. Tenir l’échelle droite, c’est la moitié de tout raisonnement asymptotique du Chapitre 17.

Exemple 16.4 (Unicité des développements, et un dividende de parité)

Si une fonction admet deux développements en 00 au même ordre,

a0+a1x++anxn+o(xn)=b0+b1x++bnxn+o(xn),a_0 + a_1 x + \dots + a_n x^n + o(x^n) = b_0 + b_1 x + \dots + b_n x^n + o(x^n),

alors ak=bka_k = b_k pour tout kk : en soustrayant et en posant ck=akbkc_k = a_k - b_k, on évalue l’identité c0+c1x++cnxn=o(xn)c_0 + c_1 x + \dots + c_n x^n = o(x^n) quand x0x \to 0 pour obtenir c0=0c_0 = 0 ; on divise par xx et on recommence — chaque division est légitime parce que l’expression restante est de nouveau un o(xnk)o(x^{n-k}). Les coefficients sont donc intrinsèques, et on peut les calculer par n’importe quelle voie (dérivées de Taylor, algèbre sur des développements connus, intégration) : toutes les voies doivent concorder. Dividende : une fonction paire n’a que des puissances paires dans son développement — remplacer xx par x-x et invoquer l’unicité ; de même les fonctions impaires n’ont que des puissances impaires. C’est pourquoi cos\cos porte o(x2p+1)o(x^{2p+1}) et non o(x2p)o(x^{2p}) dans le tableau ci-dessous : le terme impair absent est une information gratuite, un ordre de précision pour rien.

16.2 Les trois formules de Taylor

Théorème 16.5 (Formule de Taylor avec reste intégral)

Soit ff de classe Cn+1C^{n+1} sur un intervalle contenant aa et xx. Alors

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)nn!f(n+1)(t) ⁣dt.f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}\,(x - a)^k + \int_a^x \frac{(x - t)^n}{n!}\, f^{(n+1)}(t)\, \dd t .

Démonstration. Récurrence sur nn. Pour n=0n = 0 : f(x)=f(a)+axf(t) ⁣dtf(x) = f(a) + \int_a^x f'(t)\dd t est le théorème fondamental de l’analyse (Théorème 15.9). Hérédité : on intègre le reste par parties,

ax(xt)nn!f(n+1)(t) ⁣dt=[(xt)n+1(n+1)!f(n+1)(t)]ax+ax(xt)n+1(n+1)!f(n+2)(t) ⁣dt,\int_a^x \frac{(x-t)^n}{n!} f^{(n+1)}(t)\,\dd t = \Bigl[-\frac{(x-t)^{n+1}}{(n+1)!} f^{(n+1)}(t)\Bigr]_a^x + \int_a^x \frac{(x-t)^{n+1}}{(n+1)!} f^{(n+2)}(t)\,\dd t ,

le crochet fournissant le terme f(n+1)(a)(n+1)!(xa)n+1\frac{f^{(n+1)}(a)}{(n+1)!}(x - a)^{n+1}.

Exemple 16.6 (Un développement exact avec son reste)

Pour ln(1+x)\ln(1 + x), le reste intégral peut être rendu complètement explicite sans dériver quoi que ce soit nn fois : on intègre de 00 à xx l’identité géométrique finie 11+t=k=0n1(t)k+(t)n1+t\frac{1}{1+t} = \sum_{k=0}^{n-1}(-t)^k + \frac{(-t)^n}{1+t} :

ln(1+x)=k=1n(1)k1xkk+(1)n0xtn1+t ⁣dt,\ln(1 + x) = \sum_{k=1}^{n} \frac{(-1)^{k-1}x^k}{k} + (-1)^n \int_0^x \frac{t^n}{1 + t}\,\dd t ,

et, pour 0x10 \leq x \leq 1, le reste est majoré par 0xtn ⁣dt=xn+1n+1\int_0^x t^n\,\dd t = \frac{x^{n+1}}{n+1}. C’est plus fort que Taylor–Young à deux titres : c’est une identité valable pour un xx fixé (et pas seulement quand x0x \to 0), et la majoration de l’erreur est numérique. Le devoir maison (Problème 16.1) vit sur de telles formes exactes ; Taylor–Young ci-dessous est l’outil plus léger pour les limites, où seule la forme de l’erreur importe.

Théorème 16.7 (Inégalité de Taylor–Lagrange)

Soit ff de classe Cn+1C^{n+1}, avec f(n+1)M\abs{f^{(n+1)}} \leq M entre aa et xx. Alors

f(x)k=0nf(k)(a)k!(xa)kMxan+1(n+1)!.\Bigl| f(x) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k \Bigr| \leq M\, \frac{\abs{x - a}^{n+1}}{(n+1)!} .

Démonstration. On majore le reste intégral : ax(xt)nn!f(n+1)(t) ⁣dtMaxxtnn! ⁣dt=Mxan+1(n+1)!\bigl|\int_a^x \frac{(x-t)^n}{n!} f^{(n+1)}(t)\,\dd t\bigr| \leq M \bigl|\int_a^x \frac{\abs{x-t}^n}{n!}\dd t\bigr| = M\frac{\abs{x-a}^{n+1}}{(n+1)!}.

Exemple 16.8 (Du numérique certifié)

Combien vaut 1.02\sqrt{1.02} ? On applique l’inégalité de Taylor–Lagrange à f(t)=1+tf(t) = \sqrt{1 + t} en a=0a = 0, à l’ordre 22, avec x=0.02x = 0.02 :

1.021+0.0220.0228=1.00995,f(t)=38(1+t)5/238,\sqrt{1.02} \approx 1 + \frac{0.02}{2} - \frac{0.02^2}{8} = 1.00995 , \qquad \abs{f'''(t)} = \frac{3}{8}(1+t)^{-5/2} \leq \frac 38 ,

donc l’erreur vaut au plus 380.0236=5107\frac38 \cdot \frac{0.02^3}{6} = 5\cdot10^{-7} : 1.02=1.00995\sqrt{1.02} = 1.00995 avec six décimales certifiées (valeur exacte 1.00995049381.0099504938\dots — la majoration est presque optimale). L’idée à retenir : Taylor–Young dit seulement à quelle vitesse l’erreur s’annule ; Taylor–Lagrange convertit le même polynôme en un certificat, un nombre assorti d’une barre d’erreur démontrée. Chaque fois qu’une valeur décimale est affirmée dans ce livre, une majoration de type Lagrange se tient derrière ; le devoir maison (Problème 16.1) industrialise l’idée.

Théorème 16.9 (Taylor–Young)

Soit ff une fonction nn fois dérivable en aa. Alors, quand xax \to a :

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+o((xa)n).f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}\,(x-a)^k + o\bigl((x-a)^n\bigr) .

Démonstration. Récurrence sur nn. Pour n=1n = 1, c’est la définition de la dérivée (Définition 14.1). Supposons l’énoncé acquis à l’ordre n1n - 1, et soit ff une fonction nn fois dérivable en aa. On applique l’hypothèse de récurrence à ff' (qui est n1n-1 fois dérivable en aa) :

f(t)=k=0n1f(k+1)(a)k!(ta)k+r(t),r(t)=o((ta)n1).f'(t) = \sum_{k=0}^{n-1} \frac{f^{(k+1)}(a)}{k!}(t-a)^k + r(t), \qquad r(t) = o\bigl((t-a)^{n-1}\bigr).

Posons g(x)=f(x)k=0nf(k)(a)k!(xa)kg(x) = f(x) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k ; alors g=rg' = r et g(a)=0g(a) = 0. Soit ε>0\varepsilon > 0 ; choisissons δ\delta tel que r(t)εtan1\abs{r(t)} \leq \varepsilon\abs{t - a}^{n-1} pour taδ\abs{t-a} \leq \delta ; l’inégalité des accroissements finis (Théorème 14.9) appliquée sur le segment joignant aa à xx (où gεxan1\abs{g'} \leq \varepsilon\abs{x-a}^{n-1}) donne g(x)εxan\abs{g(x)} \leq \varepsilon\abs{x - a}^n : c’est exactement g(x)=o((xa)n)g(x) = o((x-a)^n).

Remarque 16.10 (Trois formules, trois prix, trois produits)

Les hypothèses se gradent exactement comme les conclusions. Taylor–Young demande le moins (nn dérivées au point seulement) et rend le moins : un o((xa)n)o((x-a)^n) qualitatif, parfait pour les limites, inutile pour des décimales certifiées. L’inégalité de Lagrange exige Cn+1C^{n+1} sur l’intervalle et une majoration MM qui y soit valable, et rend une barre d’erreur numérique. La forme intégrale demande la même régularité et rend le plus : l’erreur comme objet explicite que l’on peut transformer (intégrer par parties, majorer par morceaux, changer de variable) — c’est la forme qui faisait tourner la machine à irrationalité du Problème 15.1. Choisir la formule la plus faible qui suffit au but n’est pas de la pédanterie : la fonction plate du Problème 16.1 vérifie Taylor–Young à tout ordre, alors que toute conclusion plus forte à son sujet est fausse dès qu’on s’éloigne de 00.

Proposition 16.11 (Développements limités usuels en 00)

Quand x0x \to 0, pour tout ordre nn fixé :

ex=1+x+x22!++xnn!+o(xn),cosx=1x22!+x44!+(1)px2p(2p)!+o(x2p+1),sinx=xx33!++(1)px2p+1(2p+1)!+o(x2p+2),11x=1+x+x2++xn+o(xn),ln(1+x)=xx22+x33+(1)n1xnn+o(xn),(1+x)α=1+αx+α(α1)2!x2++(αn)xn+o(xn),\begin{align*} \eu^x &= 1 + x + \frac{x^2}{2!} + \dots + \frac{x^n}{n!} + o(x^n),\\ \cos x &= 1 - \frac{x^2}{2!} + \frac{x^4}{4!} - \dots + \frac{(-1)^p x^{2p}}{(2p)!} + o(x^{2p+1}),\\ \sin x &= x - \frac{x^3}{3!} + \dots + \frac{(-1)^p x^{2p+1}}{(2p+1)!} + o(x^{2p+2}),\\ \frac{1}{1 - x} &= 1 + x + x^2 + \dots + x^n + o(x^n),\\ \ln(1 + x) &= x - \frac{x^2}{2} + \frac{x^3}{3} - \dots + \frac{(-1)^{n-1} x^n}{n} + o(x^n),\\ (1 + x)^\alpha &= 1 + \alpha x + \frac{\alpha(\alpha-1)}{2!}x^2 + \dots + \binom{\alpha}{n} x^n + o(x^n), \end{align*}

(αn)=α(α1)(αn+1)n!\binom{\alpha}{n} = \frac{\alpha(\alpha - 1)\cdots(\alpha - n + 1)}{n!} pour α\alpha réel. (cosh\cosh et sinh\sinh : comme cos\cos et sin\sin, mais sans l’alternance des signes.)

Démonstration. Chaque fonction est de classe CC^\infty au voisinage de 00, avec des dérivées faciles à évaluer : (ex)(k)=ex(\eu^x)^{(k)} = \eu^x ; les dérivées de sin\sin et cos\cos tournent avec une période 44 ; ((1+x)α)(k)=α(α1)(αk+1)(1+x)αk\bigl((1+x)^\alpha\bigr)^{(k)} = \alpha(\alpha - 1)\cdots(\alpha - k + 1)(1+x)^{\alpha - k} ; (ln(1+x))(k)=(1)k1(k1)!(1+x)k\bigl(\ln(1+x)\bigr)^{(k)} = \frac{(-1)^{k-1}(k-1)!}{(1+x)^k}. On applique Taylor–Young en a=0a = 0. (Le développement géométrique est exact : 11x0nxk=xn+11x=o(xn)\frac{1}{1-x} - \sum_0^n x^k = \frac{x^{n+1}}{1 - x} = o(x^n).)

Méthode 16.12 (Calculer avec les développements limités)

  1. Fixer d’abord l’ordre visé nn, et y tronquer tout résultat intermédiaire — traîner des termes plus élevés est du travail perdu, en laisser tomber de plus bas est une faute.
  2. Sommes, produits : développer chaque facteur à l’ordre nn et multiplier, en jetant tout ce qui dépasse xnx^n.
  3. Composition f(u(x))f(u(x)) avec u(x)0u(x) \to 0 : substituer le développement de uu dans celui de ff, ordre par ordre.
  4. Quotients : écrire 11+v\frac{1}{1 + v} avec v0v \to 0 et utiliser le développement géométrique.
  5. Intégrer un développement terme à terme (dériver exige plus de précautions — justification : l’intégrale de o(tn)o(t^n) de 00 à xx est un o(xn+1)o(x^{n+1}), par majoration directe).

Exemple 16.13 (Composition, comptabilité à l’appui)

Développons esinx\eu^{\sin x} à l’ordre 33. Développement intérieur : u=sinx=xx36+o(x3)u = \sin x = x - \frac{x^3}{6} + o(x^3), qui tend bien vers 00. Développement extérieur : eu=1+u+u22+u36+o(u3)\eu^u = 1 + u + \frac{u^2}{2} + \frac{u^3}{6} + o(u^3), et o(u3)=o(x3)o(u^3) = o(x^3) puisque uxu \sim x. Les puissances de uu, tronquées à x3x^3 :

u2=x2+o(x3),u3=x3+o(x3)u^2 = x^2 + o(x^3), \qquad u^3 = x^3 + o(x^3)

(le double produit 2x(x36)2x\cdot(-\frac{x^3}{6}) est déjà en x4x^4). On assemble :

esinx=1+(xx36)+x22+x36+o(x3)=1+x+x22+o(x3):\eu^{\sin x} = 1 + \Bigl(x - \frac{x^3}{6}\Bigr) + \frac{x^2}{2} + \frac{x^3}{6} + o(x^3) = 1 + x + \frac{x^2}{2} + o(x^3) :

les deux contributions en x3x^3 se compensent exactement. L’idée à retenir : esinx\eu^{\sin x} et ex\eu^x coïncident jusqu’à l’ordre 33 — non pas parce que sinxx\sin x \approx x grossièrement, mais parce que le premier désaccord des exposants (x36-\frac{x^3}{6}) entre multiplié par e0=1\eu^0 = 1 et se trouve alors rattrapé par le terme cubique de l’exponentielle extérieure ; la comptabilité ordre par ordre décèle de telles conspirations, le coup d’œil jamais. (Le terme suivant est x48-\frac{x^4}{8} : la trêve prend fin à l’ordre 44.)

Exemple 16.14

Développement de tan\tan à l’ordre 55. Écrivons tanx=sinx1cosx\tan x = \sin x \cdot \frac{1}{\cos x} :

1cosx=11(x22x424+o(x5))=1+(x22x424)+(x22) ⁣2+o(x5)=1+x22+5x424+o(x5),\frac{1}{\cos x} = \frac{1}{1 - \bigl(\frac{x^2}{2} - \frac{x^4}{24} + o(x^5)\bigr)} = 1 + \Bigl(\frac{x^2}{2} - \frac{x^4}{24}\Bigr) + \Bigl(\frac{x^2}{2}\Bigr)^{\!2} + o(x^5) = 1 + \frac{x^2}{2} + \frac{5x^4}{24} + o(x^5),

puis

tanx=(xx36+x5120)(1+x22+5x424)+o(x5)=x+x33+2x515+o(x5).\tan x = \Bigl(x - \frac{x^3}{6} + \frac{x^5}{120}\Bigr) \Bigl(1 + \frac{x^2}{2} + \frac{5x^4}{24}\Bigr) + o(x^5) = x + \frac{x^3}{3} + \frac{2x^5}{15} + o(x^5) .
Le sinus (en foncé) face à ses polynômes de Taylor en 0 : T_1 = x, T_3 = x - x3/6 (tirets), T_5 = x - x3/6 + x5/120 (pointillés). Chaque nouvelle paire de termes épouse la courbe sur une fenêtre visiblement plus large, mais tout polynôme finit par s’en détacher : un développement de Taylor est un contrat local, affûté en 0 et muet au loin. La majoration de Taylor–Lagrange |x|n+1(n+1)! quantifie la fenêtre ; la fonction plate du  montre que le contrat peut même être vide au-delà du point lui-même.
Le sinus (en foncé) face à ses polynômes de Taylor en 00 : T1=xT_1 = x, T3=xx36T_3 = x - \frac{x^3}{6} (tirets), T5=xx36+x5120T_5 = x - \frac{x^3}{6} + \frac{x^5}{120} (pointillés). Chaque nouvelle paire de termes épouse la courbe sur une fenêtre visiblement plus large, mais tout polynôme finit par s’en détacher : un développement de Taylor est un contrat local, affûté en 00 et muet au loin. La majoration de Taylor–Lagrange xn+1(n+1)!\frac{\abs{x}^{n+1}}{(n+1)!} quantifie la fenêtre ; la fonction plate du Problème 16.1 montre que le contrat peut même être vide au-delà du point lui-même.

16.3 Applications

Exemple 16.15 (Limites)

limx0xsinxx3:xsinx=x36+o(x3)x36,donc la limite vaut 16\lim_{x \to 0} \frac{x - \sin x}{x^3}: \qquad x - \sin x = \frac{x^3}{6} + o(x^3) \sim \frac{x^3}{6}, \qquad\text{donc la limite vaut } \frac16

— ce qui règle la question soulevée dans l’Exercice 4.9. De même limx0(sinxx)1/x2\displaystyle\lim_{x\to0}\Bigl(\frac{\sin x}{x}\Bigr)^{1/x^2} : le logarithme vaut

1x2ln(1x26+o(x2))=1x2(x26+o(x2))16,limite e1/6.\frac{1}{x^2}\ln\Bigl(1 - \frac{x^2}{6} + o(x^2)\Bigr) = \frac{1}{x^2}\Bigl(-\frac{x^2}{6} + o(x^2)\Bigr) \longrightarrow -\frac16, \qquad\text{limite } \eu^{-1/6}.

Remarque 16.16 (Pièges classiques des développements limités)

(i) Ne jamais additionner ni soustraire des équivalents : de tanxx\tan x \sim x et sinxx\sin x \sim x on ne peut pas conclure tanxsinx0\tan x - \sin x \sim 0 (ce qui n’a aucun sens) — la voie honnête, ce sont les développements limités :

tanxsinx=(x+x33)(xx36)+o(x3)=x32+o(x3)x32.\tan x - \sin x = \Bigl(x + \frac{x^3}{3}\Bigr) - \Bigl(x - \frac{x^3}{6}\Bigr) + o(x^3) = \frac{x^3}{2} + o(x^3) \sim \frac{x^3}{2} .

(ii) Développer au-delà du massacre : dans le même calcul, l’ordre 11 ne voit que xx=0x - x = 0 ; chaque fois que les termes dominants se compensent, on augmente l’ordre jusqu’à ce qu’un coefficient non nul survive, et seulement alors on revient à un équivalent. (iii) Les équivalents ne passent pas à l’exponentielle : n2+nn2n^2 + n \sim n^2, et pourtant en2+n=enen2\eu^{n^2+n} = \eu^{n}\,\eu^{n^2} n’est pas équivalent à en2\eu^{n^2} — on n’exponentie que des développements de l’exposant dont l’erreur tend vers 00, jamais des équivalents de l’exposant. (Les logarithmes sont plus sûrs : si unvn1u_n \sim v_n \to \ell \neq 1, avec >0\ell > 0, alors lnunlnvn\ln u_n \sim \ln v_n.) (iv) Le calcul des o()o(\cdot) est à sens unique : o(x2)+o(x2)=o(x2)o(x^2) + o(x^2) = o(x^2), 5o(x2)=o(x2)5\,o(x^2) = o(x^2), xo(x2)=o(x3)x\cdot o(x^2) = o(x^3) — mais un o(x2)o(x^2) n’est pas une fonction déterminée, aussi ne faut-il jamais en simplifier deux l’un par l’autre : o(x2)o(x2)o(x^2) - o(x^2) vaut o(x2)o(x^2), et non 00.

Proposition 16.17 (Comportement local)

Supposons f(x)=f(a)+c(xa)p+o((xa)p)f(x) = f(a) + c\,(x - a)^p + o\bigl((x-a)^p\bigr) avec c0c \neq 0 (premier terme non nul après la constante ; p2p \geq 2 en un point critique).

  • Si pp est pair : ff présente un minimum local en aa si c>0c > 0, un maximum local si c<0c < 0.
  • Si pp est impair : pas d’extremum (ff(a)f - f(a) change de signe) ; si de plus le développement commence après un terme linéaire f(a)(xa)f'(a)(x - a), le graphe traverse sa tangente : c’est un point d’inflexion.

Démonstration. Au voisinage de aa, f(x)f(a)=(xa)p(c+o(1))f(x) - f(a) = (x-a)^p\bigl(c + o(1)\bigr) est du signe de c(xa)pc\,(x-a)^p : signe constant si pp est pair, signe changeant si pp est impair.

Exemple 16.18 (Les exposants doivent être développés jusqu’au o(1)o(1))

Cherchons un équivalent de un=(1+1n)n2u_n = \bigl(1 + \frac1n\bigr)^{n^2}. Développons l’exposant jusqu’à ce que son erreur tende vers 00 :

n2ln(1+1n)=n2(1n12n2+O(1n3))=n12+O(1n),n^2 \ln\Bigl(1 + \frac1n\Bigr) = n^2\Bigl(\frac1n - \frac{1}{2n^2} + O\Bigl(\frac{1}{n^3}\Bigr)\Bigr) = n - \frac12 + O\Bigl(\frac1n\Bigr),

donc un=en1/2eO(1/n)u_n = \eu^{\,n - 1/2}\,\eu^{O(1/n)} avec eO(1/n)1\eu^{O(1/n)} \to 1 :

un    en12.u_n \;\sim\; \eu^{\,n - \frac12} .

Remarquons ce qui aurait échoué avec moins de soin : arrêter l’exposant à n21n=n+O(1)n^2\cdot\frac1n = n + O(1) laisse un facteur eO(1)\eu^{O(1)} — borné, mais ne tendant pas vers 11 — et aucun équivalent ne peut être affirmé. La règle des pièges ci-dessus, sous forme positive : un équivalent de ean\eu^{a_n} exige le développement de ana_n jusqu’à un terme tendant vers zéro, tous les coefficients qui précèdent étant conservés exactement.

Exemple 16.19 (Classer un point critique plat)

Étudions f(x)=cosx+x22f(x) = \cos x + \frac{x^2}{2} au voisinage de 00. On a à la fois f(0)=0f'(0) = 0 et f(0)=cos0+1=0f''(0) = -\cos 0 + 1 = 0 : le critère de la dérivée seconde est muet. Développons plutôt :

f(x)=(1x22+x424+o(x4))+x22=1+x424+o(x4):f(x) = \Bigl(1 - \frac{x^2}{2} + \frac{x^4}{24} + o(x^4)\Bigr) + \frac{x^2}{2} = 1 + \frac{x^4}{24} + o(x^4) :

premier terme non nul cxpc\,x^p avec p=4p = 4 pair et c=124>0c = \frac{1}{24} > 0 : un minimum local, d’une platitude inhabituelle (le graphe quitte sa valeur minimale comme x4x^4, et non comme x2x^2). L’idée à retenir : le développement voit en une ligne ce que la dérivation itérée obscurcit — et la Proposition 16.17 est le dictionnaire systématique qui traduit « premier terme survivant » en « forme locale ».

Exemple 16.20 (Développements en l’infini)

Deux calculs où la variable tend vers ++\infty et où la substitution h=1x0+h = \frac1x \to 0^+ importe toute la boîte à outils. D’abord,

xx2ln(1+1x)=xx2(1x12x2+O(1x3))=12+O(1x)12.x - x^2\ln\Bigl(1 + \frac1x\Bigr) = x - x^2\Bigl(\frac1x - \frac{1}{2x^2} + O\Bigl(\frac{1}{x^3}\Bigr)\Bigr) = \frac12 + O\Bigl(\frac1x\Bigr) \longrightarrow \frac12 .

Ensuite, l’arctangente en l’infini : de arctanx+arctan1x=π2\arctan x + \arctan\frac1x = \frac\pi2 pour x>0x > 0 (Proposition 4.12) et du développement de arctan\arctan en 00 (Exercice 16.3),

arctanx=π2arctan1x=π21x+13x3+o(1x3):\arctan x = \frac\pi2 - \arctan\frac1x = \frac\pi2 - \frac1x + \frac{1}{3x^3} + o\Bigl(\frac{1}{x^3}\Bigr) :

le graphe s’approche de son asymptote y=π2y = \frac\pi2 par en dessous à la vitesse 1x\frac1x. L’idée à retenir : il n’y a pas de théorie séparée des développements en l’infini — une seule substitution par l’inverse les ramène à des développements en 00, pourvu que chaque OO et chaque oo intermédiaire soit traîné honnêtement.

Exemple 16.21 (Asymptote par développement limité)

Quand x+x \to +\infty,

x2+x=x1+1x=x(1+12x18x2+o(1x2))=x+1218x+o(1x):\sqrt{x^2 + x} = x\sqrt{1 + \tfrac1x} = x\Bigl(1 + \frac{1}{2x} - \frac{1}{8x^2} + o\bigl(\tfrac{1}{x^2}\bigr)\Bigr) = x + \frac12 - \frac{1}{8x} + o\bigl(\tfrac 1x\bigr):

la droite y=x+12y = x + \frac12 est une asymptote, approchée par en dessous (le terme suivant 18x-\frac{1}{8x} est négatif).

Remarque 16.22 (Où les développements travaillent ensuite)

Les développements asymptotiques sont la langue permanente du reste du livre : au Chapitre 17 ils décident de la convergence (les équivalents alimentent les critères de comparaison, et l’étude de 1nα\sum \frac{1}{n^\alpha} est un développement déguisé) ; dans le volume de Licence 2 ils deviennent des séries entières, où le polynôme de Taylor acquiert une infinité de termes et un rayon de convergence ; et toute linéarisation en physique — le pendule, la perturbation au premier ordre — est un énoncé de Taylor–Young dont on a discrètement laissé tomber le o()o(\cdot). Le seul avertissement qui mérite d’être gravé : un développement ne décrit une fonction qu’au voisinage d’un point — voir la fonction plate du devoir maison, dont le développement en 00 est identiquement nul sans que la fonction le soit.

Remarque 16.23 (Perspectives dans ce volume)

Les développements limités sont la langue de travail de l’analyse qui reste et de la géométrie à venir. Le Chapitre 17 les convertit en verdicts de convergence : un équivalent du terme général est un développement tronqué à son premier terme, et les critères plus fins (séries alternées avec contrôle de l’erreur) consomment aussi le deuxième terme. Le Chapitre 24 lit la géométrie locale sur les développements des deux fonctions coordonnées : qu’une courbe paramétrée traverse, effleure ou rebrousse en un point se décide selon les puissances de tt qui survivent dans x(t)x(t) et y(t)y(t) — la version plane de la Proposition 16.17. Et le Chapitre 25 s’arrête volontairement à l’ordre un : le plan tangent est un énoncé de Taylor–Young à deux variables, la théorie complète du second ordre (hessiennes, points cols) étant reportée au volume de Licence 2. Le fil conducteur : toute question « locale » de ce livre se résout en écrivant le premier terme survivant d’un développement.

16.4 Exercices

Exercice 16.1

Donner les développements limités en 00 : e2x\eu^{2x} à l’ordre 33 ;   ln(1x)\;\ln(1 - x) à l’ordre 44 ;   1+x\;\sqrt{1 + x} à l’ordre 33 ;   11+x2\;\dfrac{1}{1 + x^2} à l’ordre 66.

Solution

Solution de Exercice 16.1.

e2x=1+2x+2x2+4x33+o(x3);ln(1x)=xx22x33x44+o(x4);\eu^{2x} = 1 + 2x + 2x^2 + \frac{4x^3}{3} + o(x^3); \qquad \ln(1 - x) = -x - \frac{x^2}{2} - \frac{x^3}{3} - \frac{x^4}{4} + o(x^4);
1+x=1+x2x28+x316+o(x3);11+x2=1x2+x4x6+o(x6),\sqrt{1+x} = 1 + \frac x2 - \frac{x^2}{8} + \frac{x^3}{16} + o(x^3); \qquad \frac{1}{1 + x^2} = 1 - x^2 + x^4 - x^6 + o(x^6),

le dernier en substituant x2-x^2 dans le développement géométrique.

Exercice 16.2

Calculer les limites :

limx0ex1xx2,limx0cosx1x2x4,limx0ln(1+x)sinxx2.\lim_{x\to 0} \frac{\eu^x - 1 - x}{x^2}, \qquad \lim_{x\to 0} \frac{\cos x - \sqrt{1 - x^2}}{x^4}, \qquad \lim_{x\to 0} \frac{\ln(1+x) - \sin x}{x^2}.
Solution

Solution de Exercice 16.2.

ex1x=x22+o(x2)\eu^x - 1 - x = \frac{x^2}{2} + o(x^2) : limite 12\dfrac12.

cosx=1x22+x424+o(x4)\cos x = 1 - \frac{x^2}{2} + \frac{x^4}{24} + o(x^4) et 1x2=1x22x48+o(x4)\sqrt{1 - x^2} = 1 - \frac{x^2}{2} - \frac{x^4}{8} + o(x^4) : la différence vaut x424+x48=x46+o(x4)\frac{x^4}{24} + \frac{x^4}{8} = \frac{x^4}{6} + o(x^4) : limite 16\dfrac16.

ln(1+x)sinx=(xx22)x+o(x2)=x22+o(x2)\ln(1+x) - \sin x = \bigl(x - \frac{x^2}{2}\bigr) - x + o(x^2) = -\frac{x^2}{2} + o(x^2) : limite 12-\dfrac12.

Exercice 16.3

Développer arctanx\arctan x en 00 à l’ordre 55 en intégrant le développement de 11+x2\frac{1}{1 + x^2}, et arcsinx\arcsin x à l’ordre 55 en intégrant celui de (1x2)1/2(1 - x^2)^{-1/2}.

Solution

Solution de Exercice 16.3.

11+t2=1t2+t4+o(t5)\frac{1}{1+t^2} = 1 - t^2 + t^4 + o(t^5) ; en intégrant de 00 à xx (Méthode 16.12 (5)) :

arctanx=xx33+x55+o(x5)  (et meˆme o(x6), par impariteˊ).\arctan x = x - \frac{x^3}{3} + \frac{x^5}{5} + o(x^5)\ \ (\text{et même }o(x^6)\text{, par imparité}).

(1t2)1/2=1+t22+38t4+o(t5)(1 - t^2)^{-1/2} = 1 + \frac{t^2}{2} + \frac38 t^4 + o(t^5) (développement binomial avec α=12\alpha = -\frac12, x=t2x = -t^2 : (1/22)=(12)(32)2=38\binom{-1/2}{2} = \frac{(-\frac12)(-\frac32)}{2} = \frac38) ; en intégrant :

arcsinx=x+x36+3x540+o(x5).\arcsin x = x + \frac{x^3}{6} + \frac{3x^5}{40} + o(x^5) .

Exercice 16.4

À l’aide de l’inégalité de Taylor–Lagrange pour exp\exp sur [0,1]\intcc{0}{1}, démontrer que

ek=0n1k!3(n+1)!,\Bigl| \eu - \sum_{k=0}^{n} \frac{1}{k!} \Bigr| \leq \frac{3}{(n+1)!},

et déterminer un nn garantissant 66 décimales exactes de e\eu.

Solution

Solution de Exercice 16.4.

Taylor–Lagrange (Théorème 16.7) pour exp\exp en a=0a = 0, avec x=1x = 1 : la dérivée (n+1)(n+1)-ième vaut ete<3\eu^t \leq \eu < 3 sur [0,1]\intcc{0}{1}, donc

ek=0n1k!3(n+1)!.\Bigl|\eu - \sum_{k=0}^{n} \frac{1}{k!}\Bigr| \leq \frac{3}{(n+1)!} .

Pour 66 décimales exactes, on veut 3(n+1)!<5×107\frac{3}{(n+1)!} < 5\times 10^{-7}, c’est-à-dire (n+1)!>6×106(n+1)! > 6\times 10^{6} : comme 10!=362880010! = 3\,628\,800 et 11!=3991680011! = 39\,916\,800, on a n+1=11n + 1 = 11, c’est-à-dire que n=10n = 10 suffit.

Exercice 16.5 ★★

Développer à l’ordre 22 en 1n\frac1n et en déduire la limite ainsi que la vitesse de convergence :

(1+1n) ⁣n=e(112n+1124n2+o(1n2)).\Bigl(1 + \frac 1n\Bigr)^{\!n} = \eu\Bigl(1 - \frac{1}{2n} + \frac{11}{24n^2} + o\Bigl(\frac{1}{n^2}\Bigr)\Bigr).
Solution

Solution de Exercice 16.5.

nln(1+1n)=n(1n12n2+13n3+o(1n3))=112n+13n2+o(1n2)n\ln\bigl(1 + \frac1n\bigr) = n\Bigl(\frac1n - \frac{1}{2n^2} + \frac{1}{3n^3} + o\bigl(\frac{1}{n^3}\bigr)\Bigr) = 1 - \frac{1}{2n} + \frac{1}{3n^2} + o\bigl(\frac{1}{n^2}\bigr). En exponentiant, avec u=12n+13n2u = -\frac{1}{2n} + \frac{1}{3n^2} et eu=1+u+u22+o(u2)\eu^u = 1 + u + \frac{u^2}2 + o(u^2) :

(1+1n)n=eeu=e(112n+13n2+18n2+o(1n2))=e(112n+1124n2+o(1n2)).\Bigl(1 + \frac1n\Bigr)^n = \eu\cdot \eu^{u} = \eu\Bigl(1 - \frac{1}{2n} + \frac{1}{3n^2} + \frac{1}{8n^2} + o\Bigl(\frac{1}{n^2}\Bigr)\Bigr) = \eu\Bigl(1 - \frac{1}{2n} + \frac{11}{24n^2} + o\Bigl(\frac{1}{n^2}\Bigr)\Bigr).

Limite e\eu ; l’erreur est e2n\sim \dfrac{\eu}{2n} : lente (un chiffre par multiplication de nn par dix).

Exercice 16.6 ★★

Étudier le comportement local en 00 de f(x)=x2x4f(x) = x^2 - x^4 et de g(x)=x3+x5g(x) = x^3 + x^5 ; puis déterminer la position du graphe de h(x)=exh(x) = \eu^x par rapport à sa tangente en a=1a = 1, localement puis globalement.

Solution

Solution de Exercice 16.6.

f(x)=x2x4=x2(1+o(1))f(x) = x^2 - x^4 = x^2(1 + o(1)) : premier terme x2x^2, p=2p = 2 pair, coefficient >0> 0 : minimum local en 00 (pas global : f(2)=12f(2) = -12).

g(x)=x3+x5g(x) = x^3 + x^5 : premier terme x3x^3, pp impair : pas d’extremum ; gg traverse sa tangente (horizontale) : point d’inflexion en 00.

h=exph = \exp en a=1a = 1 : h(x)=e+e(x1)+e2(x1)2+o((x1)2)h(x) = \eu + \eu(x-1) + \frac{\eu}{2}(x-1)^2 + o((x-1)^2) ; la différence avec la tangente vaut e2(x1)2+o()>0\frac{\eu}{2}(x-1)^2 + o(\cdot) > 0 localement. Globalement : exex0\eu^x - \eu x \geq 0 pour tout xx par convexité (Théorème 14.19 (3)) : le graphe est au-dessus de chacune de ses tangentes, avec égalité au seul point de contact.

Exercice 16.7 ★★

Déterminer les asymptotes en ±\pm\infty de f(x)=x3+x23f(x) = \sqrt[3]{x^3 + x^2} et la position de la courbe par rapport à elles.

Solution

Solution de Exercice 16.7.

Pour x+x \to +\infty :

f(x)=x(1+1x)1/3=x(1+13x19x2+o(1x2))=x+1319x+o(1x):f(x) = x\Bigl(1 + \frac1x\Bigr)^{1/3} = x\Bigl(1 + \frac{1}{3x} - \frac{1}{9x^2} + o\Bigl(\frac{1}{x^2}\Bigr)\Bigr) = x + \frac13 - \frac{1}{9x} + o\Bigl(\frac1x\Bigr):

asymptote y=x+13y = x + \frac13, courbe en dessous au voisinage de ++\infty. Quand xx \to -\infty, le même calcul reste valable (la racine cubique est définie sur tout R\R, et 1x0\frac1x \to 0) : même asymptote y=x+13y = x + \frac13, mais cette fois 19x>0-\frac{1}{9x} > 0 : courbe au-dessus de la droite.

Exercice 16.8 ★★

Trouver l’équivalent, quand nn \to \infty, de

un=n+1n,vn=ln(n+1)lnn,wn=sin1ntan1n,u_n = \sqrt{n+1} - \sqrt n, \qquad v_n = \ln(n+1) - \ln n, \qquad w_n = \sin\frac{1}{n} - \tan\frac{1}{n},

chacun sous la forme d’une puissance de nn multipliée par une constante.

Solution

Solution de Exercice 16.8.

un=n(1+1n1)=n(12n+o(1n))12nu_n = \sqrt n\bigl(\sqrt{1 + \tfrac1n} - 1\bigr) = \sqrt n\bigl(\frac{1}{2n} + o(\frac1n)\bigr) \sim \dfrac{1}{2\sqrt n}.

vn=ln(1+1n)1nv_n = \ln\bigl(1 + \frac1n\bigr) \sim \dfrac 1n.

wnw_n : avec h=1n0h = \frac1n \to 0, sinhtanh=(hh36)(h+h33)+o(h3)=h32+o(h3)\sin h - \tan h = \bigl(h - \frac{h^3}{6}\bigr) - \bigl(h + \frac{h^3}{3}\bigr) + o(h^3) = -\frac{h^3}{2} + o(h^3), donc wn12n3w_n \sim -\dfrac{1}{2n^3}.

Exercice 16.9 ★★★

Soit ff de classe C2C^2 sur R\R. Démontrer que, pour tout xx et tout h>0h > 0 :

f(x)f(x+h)f(xh)2h+h2sup[xh,x+h]f,\abs{f'(x)} \leq \frac{\abs{f(x+h) - f(x-h)}}{2h} + \frac{h}{2}\sup_{\intcc{x-h}{x+h}}\abs{f''} ,

et en déduire l’inégalité de type Landau–Kolmogorov : si fM0\abs f \leq M_0 et fM2\abs{f''} \leq M_2 sur R\R, alors f2M0M2\abs{f'} \leq \sqrt{2 M_0 M_2} partout. (Optimiser en hh.)

Solution

Solution de Exercice 16.9.

Taylor–Lagrange à l’ordre 11 autour de xx, des deux côtés :

f(x+h)=f(x)+hf(x)+R+,f(xh)=f(x)hf(x)+R,R±h22supf.f(x + h) = f(x) + h f'(x) + R_+,\quad f(x - h) = f(x) - h f'(x) + R_-, \qquad \abs{R_\pm} \leq \frac{h^2}{2} \sup \abs{f''} .

En soustrayant : f(x+h)f(xh)=2hf(x)+(R+R)f(x+h) - f(x-h) = 2h f'(x) + (R_+ - R_-), donc

f(x)f(x+h)f(xh)2h+h2sup[xh,x+h]f.\abs{f'(x)} \leq \frac{\abs{f(x+h) - f(x-h)}}{2h} + \frac{h}{2}\sup_{\intcc{x-h}{x+h}}\abs{f''} .

Avec les majorations globales : f(x)M0h+M2h2\abs{f'(x)} \leq \frac{M_0}{h} + \frac{M_2 h}{2} pour tout h>0h > 0. Le membre de droite est minimal en h=2M0/M2h = \sqrt{2M_0/M_2} (dérivée nulle), où il vaut 2M0M2\sqrt{2M_0M_2} — d’où f2M0M2\abs{f'} \leq \sqrt{2M_0M_2}. (Si M2=0M_2 = 0, on fait hh \to \infty : f=0f' = 0, ce qui est cohérent.)

Exercice 16.10 ★★★

La suite définie par u0(0,π)u_0 \in \intoo{0}{\pi} et un+1=sinunu_{n+1} = \sin u_n décroît vers 00 (le justifier brièvement). Pour en trouver la vitesse, on considère vn=1un2v_n = \frac{1}{u_n^2} :

  1. à l’aide du développement de sin\sin, démontrer que vn+1vn13v_{n+1} - v_n \to \frac13 ;
  2. avec Cesàro (Exercice 11.10), en déduire vnn13\frac{v_n}{n} \to \frac13, puis l’équivalent un3nu_n \sim \sqrt{\dfrac{3}{n}}.
Solution

Solution de Exercice 16.10.

Sur (0,π)\intoo{0}{\pi} : 0<sinu<u0 < \sin u < u, donc (un)(u_n) est strictement décroissante, positive, donc convergente ; la limite est un point fixe de sin\sin dans [0,π]\intcc{0}{\pi}, et sin=\sin \ell = \ell force =0\ell = 0 (puisque sinx<x\sin x < x pour x>0x > 0).

  1. En utilisant sinu=uu36+o(u3)\sin u = u - \frac{u^3}{6} + o(u^3) quand u0u \to 0 :

    vn+1vn=1sin2un1un2=1un2((1un26+o(un2)) ⁣21)=1un2(un23+o(un2))13.v_{n+1} - v_n = \frac{1}{\sin^2 u_n} - \frac{1}{u_n^2} = \frac{1}{u_n^2}\Bigl(\Bigl(1 - \frac{u_n^2}{6} + o(u_n^2)\Bigr)^{\!-2} - 1\Bigr) = \frac{1}{u_n^2}\Bigl(\frac{u_n^2}{3} + o(u_n^2)\Bigr) \longrightarrow \frac13 .
  2. Par l’Exercice 11.10 (3) (Cesàro pour les différences), vnn13\frac{v_n}{n} \to \frac13, c’est-à-dire vnn3v_n \sim \frac n3, c’est-à-dire un23nu_n^2 \sim \frac 3n : comme un>0u_n > 0,

    un3n.u_n \sim \sqrt{\frac{3}{n}} .

Exercice 16.11 ★★

(Différences d’infinis) Calculer

limx0(1x21sin2x)etlimx0+(1x1ln(1+x))\lim_{x \to 0} \Bigl(\frac{1}{x^2} - \frac{1}{\sin^2 x}\Bigr) \qquad\text{et}\qquad \lim_{x \to 0^+} \Bigl(\frac 1x - \frac{1}{\ln(1 + x)}\Bigr)

en réduisant au même dénominateur et en développant séparément numérateur et dénominateur.

Solution

Solution de Exercice 16.11.

Réduisons au même dénominateur. Première limite :

1x21sin2x=sin2xx2x2sin2x,sin2x=(xx36+o(x4)) ⁣2=x2x43+o(x5),\frac{1}{x^2} - \frac{1}{\sin^2 x} = \frac{\sin^2 x - x^2}{x^2\sin^2 x}, \qquad \sin^2 x = \Bigl(x - \frac{x^3}{6} + o(x^4)\Bigr)^{\!2} = x^2 - \frac{x^4}{3} + o(x^5) ,

donc le numérateur vaut x43+o(x4)-\frac{x^4}{3} + o(x^4) tandis que le dénominateur est x4\sim x^4 : la limite est 13-\dfrac13.

Seconde : 1x1ln(1+x)=ln(1+x)xxln(1+x)\dfrac1x - \dfrac{1}{\ln(1+x)} = \dfrac{\ln(1+x) - x}{x\ln(1+x)} ; le numérateur vaut x22+o(x2)-\frac{x^2}{2} + o(x^2), le dénominateur x(x+o(x))x2x\bigl(x + o(x)\bigr) \sim x^2 : la limite est 12-\dfrac12.

Exercice 16.12 ★★★

(Asymptotique des racines implicites) Montrer que, pour tout kNk \in \N^*, l’équation tanx=x\tan x = x admet exactement une solution xkx_k dans (kππ2,kπ+π2)\intoo{k\pi - \frac\pi2}{k\pi + \frac\pi2}, que xk=kπ+π2εkx_k = k\pi + \frac\pi2 - \varepsilon_k avec εk=arctan1xk\varepsilon_k = \arctan\frac{1}{x_k}, et en déduire le développement

xk=kπ+π21kπ+o(1k)(k).x_k = k\pi + \frac\pi2 - \frac{1}{k\pi} + o\Bigl(\frac 1k\Bigr) \qquad (k \to \infty).
Solution

Solution de Exercice 16.12.

Sur Ik=(kππ2,kπ+π2)I_k = \intoo{k\pi - \frac\pi2}{k\pi + \frac\pi2}, la fonction g(x)=tanxxg(x) = \tan x - x a pour dérivée tan2x0\tan^2 x \geq 0, qui ne s’annule qu’au seul point kπk\pi : gg est strictement croissante sur IkI_k (Corollaire 14.12 (2)), avec pour limites -\infty et ++\infty aux extrémités : exactement un zéro xkx_k. Pour k1k \geq 1, g(kπ)=kπ<0g(k\pi) = -k\pi < 0, donc xk(kπ,kπ+π2)x_k \in \intoo{k\pi}{k\pi + \frac\pi2} : écrivons xk=kπ+π2εkx_k = k\pi + \frac\pi2 - \varepsilon_k avec εk(0,π2)\varepsilon_k \in \intoo{0}{\frac\pi2}. Alors

xk=tanxk=tan(π2εk)=1tanεkεk=arctan1xk,x_k = \tan x_k = \tan\Bigl(\frac\pi2 - \varepsilon_k\Bigr) = \frac{1}{\tan\varepsilon_k} \quad\Longrightarrow\quad \varepsilon_k = \arctan\frac{1}{x_k} ,

en utilisant tanεk=1xk\tan\varepsilon_k = \frac{1}{x_k} et εk(0,π2)\varepsilon_k \in \intoo{0}{\frac\pi2}. Comme xkkπx_k \geq k\pi \to \infty : εk0\varepsilon_k \to 0, et

εk=arctan1xk=1xk+O(1xk3)=1kπ+O(1)+O(1k3)=1kπ+O(1k2),\varepsilon_k = \arctan\frac{1}{x_k} = \frac{1}{x_k} + O\Bigl(\frac{1}{x_k^3}\Bigr) = \frac{1}{k\pi + O(1)} + O\Bigl(\frac{1}{k^3}\Bigr) = \frac{1}{k\pi} + O\Bigl(\frac{1}{k^2}\Bigr) ,

d’où xk=kπ+π21kπ+o(1k)x_k = k\pi + \frac\pi2 - \frac{1}{k\pi} + o\bigl(\frac1k\bigr).

16.5 Problème : sommes alternées, décimales certifiées et irrationalité de cos1\cos 1

Problème 16.1

Devoir maison — la majoration alternée SSnan+1\abs{S - S_n} \leq a_{n+1} : ln2\ln 2 et π\pi avec décimales démontrées, la formule de Machin, et cos1Q\cos 1 \notin \Q

Une somme alternée à termes décroissants est l’objet le plus accommodant de l’analyse numérique : son erreur est majorée par le premier terme omis, et le signe en est connu. Ce problème démontre ce principe à l’aide du théorème des suites adjacentes, puis le dépense de trois façons : décimales certifiées pour ln2\ln 2 (trois voies concurrentes) et pour π\pi (Leibniz, puis la formule de Machin de 1706, restée pendant des siècles l’idée derrière les calculs record), l’irrationalité de cos1\cos 1, sin1\sin 1 et cosh1\cosh 1, et, en contrepoids, l’égalité de Taylor–Lagrange et la fonction plate dont le développement de Taylor ment. Tout au long, le vocabulaire des « séries » reste informel : toute somme est ici une suite de sommes partielles, comme dans l’Exemple 11.12 ; la théorie proprement dite s’ouvre au Chapitre 17.

Partie I — La majoration alternée. Soit (ak)k0(a_k)_{k \geq 0} décroissant vers 00, et Sn=k=0n(1)kakS_n = \sum_{k=0}^{n} (-1)^k a_k.

  1. Montrer que (S2n+1)(S_{2n+1}) est croissante, (S2n)(S_{2n}) décroissante, et qu’elles sont adjacentes (Théorème 11.11) : toutes deux convergent vers un même SS avec, pour tout nn,

    S2n+1SS2n,SSnan+1,S_{2n+1} \leq S \leq S_{2n}, \qquad \abs{S - S_n} \leq a_{n+1} ,

    l’erreur ayant le signe du premier terme omis. Montrer de plus que si la décroissance est stricte, toutes ces inégalités sont strictes.

  2. Premier dividende : pour x=1x = 1 dans la série exponentielle, comparer avec le Théorème 16.7 en a=0a = 0 : montrer que Tn=k=0n(1)kk!T_n = \sum_{k=0}^{n} \frac{(-1)^k}{k!} converge vers e1\eu^{-1} avec e1Tn<1(n+1)!\abs{\eu^{-1} - T_n} < \frac{1}{(n+1)!}.
  3. (Leibniz, 1674) À partir de l’identité finie exacte

    11+t2=k=0n(1)kt2k+(1)n+1t2n+21+t2,\frac{1}{1 + t^2} = \sum_{k=0}^{n} (-1)^k t^{2k} + \frac{(-1)^{n+1} t^{2n+2}}{1 + t^2} ,

    intégrée sur [0,1]\intcc{0}{1}, démontrer

    π4=k=0n(1)k2k+1+ρn,ρn12n+3.\frac\pi4 = \sum_{k=0}^{n} \frac{(-1)^k}{2k+1} + \rho_n, \qquad \abs{\rho_n} \leq \frac{1}{2n+3} .
  4. Lenteur : combien de termes de Leibniz garantissent six décimales exactes de π\pi ? (Environ deux millions.) Évaluer 4S4=4(113+1517+19)4 S_4 = 4\bigl(1 - \frac13 + \frac15 - \frac17 + \frac19\bigr) et sa distance à π\pi, pour éprouver la douleur.

Partie II — ln2\ln 2 de trois façons.

  1. (Voie 1 : la série harmonique alternée) De 11+t=k=0n1(1)ktk+(1)ntn1+t\frac{1}{1+t} = \sum_{k=0}^{n-1}(-1)^k t^k + \frac{(-1)^n t^n}{1+t} intégrée sur [0,1]\intcc{0}{1} :

    ln2=k=1n(1)k1k+(1)nRn,12(n+1)Rn1n+1:\ln 2 = \sum_{k=1}^{n} \frac{(-1)^{k-1}}{k} + (-1)^n R_n, \qquad \frac{1}{2(n+1)} \leq R_n \leq \frac{1}{n+1} :

    l’erreur est d’ordre exactement 1n\frac 1n — un million de termes pour six décimales.

  2. (Voie 2 : la série rapide) Intégrer 11t2=k=0nt2k+t2n+21t2\frac{1}{1 - t^2} = \sum_{k=0}^{n} t^{2k} + \frac{t^{2n+2}}{1-t^2} de 00 à x(0,1)x \in \intoo{0}{1} et évaluer en x=13x = \frac13 (noter que 1+1/311/3=2\frac{1 + 1/3}{1 - 1/3} = 2) :

    ln2=2k=0n(1/3)2k+12k+1+ρ~n,0<ρ~n94(1/3)2n+32n+3:\ln 2 = 2\sum_{k=0}^{n} \frac{(1/3)^{2k+1}}{2k+1} + \tilde\rho_n, \qquad 0 < \tilde\rho_n \leq \frac{9}{4}\cdot \frac{(1/3)^{2n+3}}{2n+3} :

    convergence géométrique, à peu près un chiffre par terme.

  3. (Voie 3 : sommes de Riemann et une identité cachée) Démontrer par récurrence l’identité

    k=12n(1)k1k=H2nHn=k=1n1n+k,\sum_{k=1}^{2n} \frac{(-1)^{k-1}}{k} = H_{2n} - H_n = \sum_{k=1}^{n} \frac{1}{n + k} ,

    et retrouver ln2\ln 2 comme limite des sommes de Riemann de l’Exemple 15.21 : les voies 1 et 3 sont secrètement le même nombre vu deux fois.

  4. Duel à six termes : comparer k=16(1)k1k=0.6167\sum_{k=1}^{6} \frac{(-1)^{k-1}}{k} = 0.6167 à la voie 2 pour n=5n = 5, qui donne déjà ln2=0.693147\ln 2 = 0.693147 avec une erreur 1.1107\leq 1.1\cdot10^{-7}. Expliquer la raison structurelle (point d’évaluation profondément à l’intérieur de l’intervalle de convergence, contre point situé sur sa frontière).
  5. Combien de termes de la voie 2 certifient dix décimales de ln2\ln 2 ? Montrer que n=10n = 10 suffit.

Partie III — La formule de Machin.

  1. Calculer (5+i)4(5 + \iu)^4 et vérifier l’identité complexe

    (5+i)4=2(1+i)(239+i).(5 + \iu)^4 = 2\,(1 + \iu)\,(239 + \iu) .

    En prenant les arguments (conventions du Chapitre 3), en déduire la formule de Machin

    π4=4arctan15arctan1239.\frac\pi4 = 4\arctan\frac15 - \arctan\frac{1}{239} .

    (Vérifier qu’aucun argument ne sort de (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2}.)

  2. Comme à la question 3, établir, pour 0<x<10 < x < 1 :

    arctanx=k=0n(1)kx2k+12k+1+rn(x),rn(x)x2n+32n+3.\arctan x = \sum_{k=0}^{n} \frac{(-1)^k x^{2k+1}}{2k+1} + r_n(x), \qquad \abs{r_n(x)} \leq \frac{x^{2n+3}}{2n+3} .
  3. Certifier π\pi à sept décimales avec six termes : majorer l’erreur totale de

    π16k=04(1)k(1/5)2k+12k+14(1239132393)\pi \approx 16\sum_{k=0}^{4} \frac{(-1)^k (1/5)^{2k+1}}{2k+1} - 4\Bigl(\frac{1}{239} - \frac{1}{3\cdot239^3}\Bigr)

    par 16(1/5)1111+4(1/239)55<510816\,\frac{(1/5)^{11}}{11} + 4\,\frac{(1/239)^5}{5} < 5\cdot10^{-8}, et donner la valeur obtenue 3.14159263.1415926\dots

  4. Comparer les trois voies vers π\pi désormais disponibles — Leibniz (question 4), les intégrales de Dalzell du Problème 15.1 (erreur 415m4^{1-5m}), Machin (erreur 165(2n+3)\approx 16\cdot 5^{-(2n+3)}) — en chiffres par terme, et expliquer pourquoi rapetisser le point d’évaluation l’emporte sur tout le reste.

Partie IV — Le piège de l’entier, version alternée.

  1. Supposons cos1=pq\cos 1 = \frac pq. Multiplier l’encadrement alterné strict de k(1)k(2k)!\sum_{k} \frac{(-1)^k}{(2k)!} (question 1) par (2n)!(2n)! avec 2nq2n \geq q, et en tirer une contradiction : cos1\cos 1 est irrationnel.
  2. Adapter à sin1=k(1)k(2k+1)!\sin 1 = \sum_k \frac{(-1)^k}{(2k+1)!} (multiplier par (2n+1)!(2n+1)!) : sin1Q\sin 1 \notin \Q. Tous deux irrationnels, et pourtant cos21+sin21=1\cos^2 1 + \sin^2 1 = 1 : l’irrationalité n’est pas stable par les opérations algébriques.
  3. Le cousin non alterné : cosh1=k1(2k)!\cosh 1 = \sum_k \frac{1}{(2k)!} (au sens des sommes partielles, avec l’encadrement du reste 0<cosh1kn1(2k)!<2(2n+2)!0 < \cosh 1 - \sum_{k \leq n} \frac{1}{(2k)!} < \frac{2}{(2n+2)!}, à démontrer). Conclure cosh1Q\cosh 1 \notin \Q par le même piège.
  4. Pousser jusqu’à cos1m\cos\frac 1m pour tout entier m1m \geq 1 : multiplier par m2n(2n)!m^{2n}(2n)! et conclure cos1mQ\cos\frac1m \notin \Q. Où la même tentative échoue-t-elle pour cosab\cos\frac ab avec b>1b > 1 quelconque ? (Identifier le dénominateur qui ne se chasse plus.)

Partie V — Plus fin et plus sombre : la forme d’égalité, et une fonction qui trompe Taylor.

  1. (Taylor–Lagrange, forme d’égalité) Soit ff une fonction n+1n + 1 fois dérivable entre aa et xx. On pose g(t)=f(x)k=0nf(k)(t)k!(xt)kA(xt)n+1(n+1)!g(t) = f(x) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(t)}{k!}(x - t)^k - A\,\frac{(x-t)^{n+1}}{(n+1)!}, la constante AA étant choisie de sorte que g(a)=0g(a) = 0. Calculer gg' (la somme se télescope), appliquer le théorème de Rolle sur [a,x]\intcc{a}{x}, et conclure qu’il existe cc strictement compris entre aa et xx tel que

    f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+f(n+1)(c)(n+1)!(xa)n+1.f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k + \frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}\,(x-a)^{n+1} .
  2. Dividende de l’égalité : pour x>0x > 0, montrer que

    ex>1+x+x22!++xnn!\eu^x > 1 + x + \frac{x^2}{2!} + \dots + \frac{x^n}{n!}

    (strictement, pour tout nn), et repérer où l’inégalité se renverse pour x<0x < 0 selon la parité de nn.

  3. Comparer les restes sur sin(0.5)\sin(0.5) à l’ordre 33 : Young ne donne que o(x3)o(x^3) (aucun nombre) ; Lagrange donne sin0.5(0.50.536)0.55120=2.61104\abs{\sin 0.5 - (0.5 - \frac{0.5^3}{6})} \leq \frac{0.5^5}{120} = 2.61\cdot10^{-4} ; la majoration alternée donne la même borne plus l’information de signe sin0.5>0.50.536\sin 0.5 > 0.5 - \frac{0.5^3}{6}. Comparer à l’erreur réelle 2.591042.59\cdot10^{-4} : la borne est presque atteinte. Quel outil choisiriez-vous, et quand ?
  4. (La fonction plate) Soit f(x)=e1/x2f(x) = \eu^{-1/x^2} pour x0x \neq 0, et f(0)=0f(0) = 0. Montrer que ff est continue en 00, que f(0)=0f'(0) = 0, et plus généralement — en démontrant que toute dérivée s’écrit f(k)(x)=Pk(1x)e1/x2f^{(k)}(x) = P_k\bigl(\frac1x\bigr)\eu^{-1/x^2} pour un polynôme PkP_k (récurrence) — que f(k)(0)=0f^{(k)}(0) = 0 pour tout kk (croissances comparées, Proposition 4.6). Conclure : tous les polynômes de Taylor de ff en 00 sont nuls, et pourtant f(x)>0f(x) > 0 pour x0x \neq 0 : Taylor–Young vaut à tout ordre, et ne dit rien de ff loin de 00. Les développements décrivent des germes, pas des fonctions.

Partie VI — Synthèse.

  1. Faire jouer le piège une fois encore, sur e1=k(1)kk!\eu^{-1} = \sum_k \frac{(-1)^k}{k!} : multiplier l’encadrement alterné strict par n!n! et conclure e1Q\eu^{-1} \notin \Q, donc eQ\eu \notin \Q — la troisième démonstration de ce fait dans le volume. Énumérer les trois (suites adjacentes, Exercice 11.9 ; intégrales, Problème 15.1 ; sommes alternées, ici) et ce dont chacune a eu besoin.
  2. Les petits caractères : la monotonie n’est pas décorative. Posons bk=1kb_k = \frac1k pour kk impair et bk=1k2b_k = \frac{1}{k^2} pour kk pair : les bkb_k sont positifs et tendent vers 00, et pourtant les sommes partielles de (1)kbk\sum (-1)^k b_k divergent vers -\infty. Le démontrer (scinder la somme partielle en la partie paire, bornée grâce à l’Exemple 11.22, et la partie impaire, qui domine la moitié de la série harmonique, Exercice 11.5), et dire exactement quelle étape de la question 1 a utilisé la monotonie.
  3. Vérifier l’identité plus simple d’Euler arctan12+arctan13=π4\arctan\frac12 + \arctan\frac13 = \frac\pi4 à l’aide de (2+i)(3+i)=5(1+i)(2 + \iu)(3 + \iu) = 5(1 + \iu), estimer le nombre de termes nécessaires pour six décimales de π\pi par cette voie (n=10n = 10 suffit), et la placer entre Leibniz et Machin dans le classement de la question 13.
  4. Synthèse, une phrase pour chacun : (i) énoncer la majoration alternée et ses deux produits (borne et signe) ; (ii) pourquoi les identités finies exactes à reste explicite l’emportent sur les énoncés de limite pour le numérique certifié ; (iii) inventaire du problème (π\pi à 10710^{-7} à la main, ln2\ln 2 à dix décimales, quatre démonstrations d’irrationalité, un théorème d’égalité, un exemple d’avertissement) ; (iv) lesquels de ces fils le Chapitre 17 reprendra (le critère spécial des séries alternées, la convergence absolue face à la convergence conditionnelle, et le drame du réarrangement de son devoir maison).
Solution

Solution de Problème 16.1.

1. S2n+1S2n1=a2na2n+10S_{2n+1} - S_{2n-1} = a_{2n} - a_{2n+1} \geq 0 et S2n+2S2n=a2n+2a2n+10S_{2n+2} - S_{2n} = a_{2n+2} - a_{2n+1} \leq 0, tandis que S2nS2n+1=a2n+10S_{2n} - S_{2n+1} = a_{2n+1} \to 0 : les suites (S2n+1)(S_{2n+1}) et (S2n)(S_{2n}) sont adjacentes et convergent vers un même SS (Théorème 11.11), avec S2n+1SS2nS_{2n+1} \leq S \leq S_{2n}. Pour nn pair : Sn+1SSnS_{n+1} \leq S \leq S_n donne an+1SSn0-a_{n+1} \leq S - S_n \leq 0 ; pour nn impair : 0SSnan+10 \leq S - S_n \leq a_{n+1}. Dans les deux cas SSnan+1\abs{S - S_n} \leq a_{n+1}, et SSnS - S_n a le signe de (1)n+1(-1)^{n+1}, celui du premier terme omis. Une décroissance stricte rend stricte chacune des inégalités affichées, en particulier 0<SSn<an+10 < \abs{S - S_n} < a_{n+1}.

2. ak=1k!a_k = \frac{1}{k!} décroît strictement vers 00 : la question 1 s’applique. Taylor–Lagrange (Théorème 16.7) pour exp\exp entre 1-1 et 00 : e1Tn1(n+1)!\abs{\eu^{-1} - T_n} \leq \frac{1}{(n+1)!} (la dérivée et\eu^t y est 1\leq 1), donc Tne1T_n \to \eu^{-1}, et la limite SS de la question 1 est e1\eu^{-1}, avec les encadrements stricts 0<e1Tn<1(n+1)!0 < \abs{\eu^{-1} - T_n} < \frac{1}{(n+1)!}.

3. En intégrant l’identité sur [0,1]\intcc{0}{1} : le membre de gauche donne arctan1=π4\arctan 1 = \frac\pi4 (théorème fondamental de l’analyse), le kk-ième terme donne (1)k2k+1\frac{(-1)^k}{2k+1}, et

ρn=(1)n+101t2n+21+t2 ⁣dt,ρn01t2n+2 ⁣dt=12n+3.\rho_n = (-1)^{n+1}\int_0^1 \frac{t^{2n+2}}{1+t^2}\dd t, \qquad \abs{\rho_n} \leq \int_0^1 t^{2n+2}\dd t = \frac{1}{2n+3} .

4. L’erreur sur π\pi vaut 4ρn42n+34\abs{\rho_n} \leq \frac{4}{2n+3} : descendre sous 10610^{-6} exige 2n+3>41062n + 3 > 4\cdot10^6, soit environ deux millions de termes. Pendant ce temps 4S4=4(113+1517+19)=4×0.834921=3.3396834S_4 = 4\bigl(1 - \frac13 + \frac15 - \frac17 + \frac19\bigr) = 4 \times 0.834921 = 3.339683, à presque 0.20.2 de π\pi : cinq termes, et pas même un chiffre.

5. En intégrant sur [0,1]\intcc{0}{1} : ln2=k=1n(1)k1k+(1)nRn\ln 2 = \sum_{k=1}^{n} \frac{(-1)^{k-1}}{k} + (-1)^n R_n avec Rn=01tn1+t ⁣dtR_n = \int_0^1 \frac{t^n}{1+t}\dd t ; de 1211+t1\frac12 \leq \frac{1}{1+t} \leq 1 on tire 12(n+1)Rn1n+1\frac{1}{2(n+1)} \leq R_n \leq \frac{1}{n+1}. L’erreur est piégée entre deux multiples de 1n\frac1n : six décimales coûtent environ un million de termes.

6. En intégrant de 00 à xx : 12ln1+x1x=k=0nx2k+12k+1+0xt2n+21t2 ⁣dt\frac12\ln\frac{1 + x}{1 - x} = \sum_{k=0}^{n} \frac{x^{2k+1}}{2k+1} + \int_0^x \frac{t^{2n+2}}{1-t^2}\dd t. En x=13x = \frac13 : 1+1/311/3=2\frac{1 + 1/3}{1 - 1/3} = 2, et sur [0,13]\intcc{0}{\frac13}, 11t298\frac{1}{1 - t^2} \leq \frac98 :

ln2=2k=0n(1/3)2k+12k+1+ρ~n,0<ρ~n94(1/3)2n+32n+3:\ln 2 = 2\sum_{k=0}^{n} \frac{(1/3)^{2k+1}}{2k+1} + \tilde\rho_n, \qquad 0 < \tilde\rho_n \leq \frac{9}{4}\cdot \frac{(1/3)^{2n+3}}{2n+3} :

chaque terme supplémentaire divise l’erreur par environ 99.

7. Récurrence : pour n=1n = 1 : 112=12=H2H11 - \frac12 = \frac12 = H_2 - H_1. Hérédité :

H2n+2Hn+1=(H2nHn)+12n+1+12n+21n+1=(H2nHn)+12n+112n+2,H_{2n+2} - H_{n+1} = (H_{2n} - H_n) + \frac{1}{2n+1} + \frac{1}{2n+2} - \frac{1}{n+1} = (H_{2n} - H_n) + \frac{1}{2n+1} - \frac{1}{2n+2},

ce qui est exactement l’accroissement de la somme alternée. Et H2nHn=k=1n1n+kH_{2n} - H_n = \sum_{k=1}^{n}\frac{1}{n+k} est la somme de Riemann de l’Exemple 15.21, qui converge vers ln2\ln 2 : les sommes partielles paires de la voie 1 sont les sommes de Riemann de la voie 3.

8. k=16(1)k1k=0.61667\sum_{k=1}^{6}\frac{(-1)^{k-1}}{k} = 0.61667, d’erreur 0.07650.0765 ; la voie 2 pour n=5n = 5 donne 0.69314710.6931471 avec une erreur 94(1/3)1313=1.1107\leq \frac94\cdot\frac{(1/3)^{13}}{13} = 1.1\cdot10^{-7}. La raison : la voie 1 évalue la série du logarithme au point frontière x=1x = 1, où les termes décroissent comme 1k\frac1k ; la voie 2 évalue en x=13x = \frac13, profondément à l’intérieur, où chaque terme gagne un facteur 19\frac19 supplémentaire.

9. Dix décimales : on veut ρ~n51011\tilde\rho_n \leq 5\cdot10^{-11}. Pour n=10n = 10 : 94(1/3)2323=941.061011231.01012<51011\frac94 \cdot \frac{(1/3)^{23}}{23} = \frac94\cdot\frac{1.06\cdot10^{-11}}{23} \approx 1.0\cdot10^{-12} < 5\cdot10^{-11} : onze termes suffisent.

10. (5+i)2=24+10i(5+\iu)^2 = 24 + 10\iu, puis (5+i)4=(24+10i)2=476+480i(5+\iu)^4 = (24 + 10\iu)^2 = 476 + 480\iu ; et 2(1+i)(239+i)=2(238+240i)=476+480i2(1+\iu)(239+\iu) = 2(238 + 240\iu) = 476 + 480\iu : les deux nombres sont égaux. Arguments : arg(5+i)=arctan15\arg(5 + \iu) = \arctan\frac15, donc le membre de gauche a pour argument 4arctan150.79(0,π)4\arctan\frac15 \approx 0.79 \in \intoo{0}{\pi} ; le membre de droite a pour argument π4+arctan1239(0,π)\frac\pi4 + \arctan\frac{1}{239} \in \intoo{0}{\pi}. Deux nombres complexes égaux dont les arguments sont dans un même intervalle de longueur <2π< 2\pi :

4arctan15=π4+arctan1239,4\arctan\frac15 = \frac\pi4 + \arctan\frac{1}{239} ,

ce qui est la formule de Machin.

11. On intègre 11+t2=k=0n(1)kt2k+(1)n+1t2n+21+t2\frac{1}{1+t^2} = \sum_{k=0}^n (-1)^k t^{2k} + \frac{(-1)^{n+1}t^{2n+2}}{1+t^2} de 00 à xx :

arctanx=k=0n(1)kx2k+12k+1+rn(x),rn(x)0xt2n+2 ⁣dt=x2n+32n+3.\arctan x = \sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^k x^{2k+1}}{2k+1} + r_n(x), \qquad \abs{r_n(x)} \leq \int_0^x t^{2n+2}\dd t = \frac{x^{2n+3}}{2n+3} .

12. Erreurs : 16(1/5)1111=3.010816\,\frac{(1/5)^{11}}{11} = 3.0\cdot 10^{-8} et 4(1/239)55110124\,\frac{(1/239)^5}{5} \approx 1\cdot10^{-12} : au total <5108< 5\cdot10^{-8}. La somme affichée vaut 3.141592683.14159268\dots, donc π=3.1415926\pi = 3.1415926\dots certifié à 51085\cdot10^{-8} près : sept décimales avec six termes (cinq en 15\frac15, deux en 1239\frac1{239}, en comptant largement).

13. Leibniz : erreur 1n\sim \frac1n, donc chaque nouveau chiffre multiplie le travail par dix. Dalzell (Problème 15.1, question 22) : erreur 415m4^{1-5m}, environ trois chiffres par étape, chaque étape étant un polynôme plus lourd. Machin : rapport d’erreur 125\frac{1}{25} par terme, environ 1.41.4 chiffre par terme, chaque terme étant une division. La morale : le reste d’un développement de type géométrique se comporte comme x2nx^{2n}, de sorte que rapetisser xx achète des chiffres à un coût fixe par terme — l’identité complexe de Machin est précisément une machine à rapetisser xx.

14. ak=1(2k)!a_k = \frac{1}{(2k)!} décroît strictement vers 00 ; par la question 1 et la Proposition 16.11 (majoration de Lagrange comme à la question 2), kn(1)k(2k)!cos1\sum_{k \leq n}\frac{(-1)^k}{(2k)!} \to \cos 1 avec l’encadrement strict 0<cos1Sn<1(2n+2)!0 < \bigl|\cos 1 - S'_n\bigr| < \frac{1}{(2n+2)!}. Supposons cos1=pq\cos 1 = \frac pq et prenons 2nq2n \geq q : alors (2n)!Sn=kn(1)k(2n)!(2k)!Z(2n)!\,S'_n = \sum_{k\leq n} (-1)^k \frac{(2n)!}{(2k)!} \in \Z et (2n)!pqZ(2n)!\,\frac pq \in \Z, tandis que

0<(2n)!cos1(2n)!Sn<(2n)!(2n+2)!=1(2n+1)(2n+2)<1:0 < \Bigl|(2n)!\cos 1 - (2n)!S'_n\Bigr| < \frac{(2n)!}{(2n+2)!} = \frac{1}{(2n+1)(2n+2)} < 1 :

un entier non nul de valeur absolue <1< 1. Contradiction : cos1Q\cos 1 \notin \Q.

15. À l’identique avec ak=1(2k+1)!a_k = \frac{1}{(2k+1)!}, en multipliant par (2n+1)!(2n+1)! avec 2n+1q2n + 1 \geq q : sin1Q\sin 1 \notin \Q. Et pourtant cos21+sin21=1Q\cos^2 1 + \sin^2 1 = 1 \in \Q : produits et sommes d’irrationnels peuvent être rationnels — l’irrationalité ne passe gratuitement à travers aucune opération algébrique.

16. Majoration du reste : pour m>nm > n,

k=n+1m1(2k)!1(2n+2)!(1+12+14+)2(2n+2)!,\sum_{k=n+1}^{m} \frac{1}{(2k)!} \leq \frac{1}{(2n+2)!}\Bigl(1 + \frac12 + \frac14 + \dots\Bigr) \leq \frac{2}{(2n+2)!} ,

puisque chaque rapport successif vaut 1(2k+1)(2k+2)12\frac{1}{(2k+1)(2k+2)} \leq \frac12 ; le reste est positif (son premier terme l’est). Donc 0<cosh1kn1(2k)!<2(2n+2)!0 < \cosh 1 - \sum_{k\leq n}\frac{1}{(2k)!} < \frac{2}{(2n+2)!}, et en multipliant par (2n)!(2n)! avec 2nq2n \geq q on piège de nouveau un entier non nul dans (0,1)\intoo{0}{1} : cosh1Q\cosh 1 \notin \Q.

17. cos1m=k(1)km2k(2k)!\cos\frac1m = \sum_k \frac{(-1)^k}{m^{2k}(2k)!} : les termes décroissent strictement vers zéro, et m2n(2n)!1m2k(2k)!=m2(nk)(2n)!(2k)!Zm^{2n}(2n)!\cdot\frac{1}{m^{2k}(2k)!} = m^{2(n-k)}\frac{(2n)!}{(2k)!} \in \Z pour knk \leq n. Si cos1m=pq\cos\frac1m = \frac pq, on multiplie l’encadrement strict par qm2n(2n)!q\,m^{2n}(2n)! : l’erreur est majorée par qm2(2n+1)(2n+2)<1\frac{q}{m^2(2n+1)(2n+2)} < 1 pour nn grand : contradiction. Pour ab\frac ab avec a2a \geq 2 : chasser les dénominateurs multiplie le reste par b2n(2n)!b^{2n}(2n)!, mais le premier terme omis vaut a2n+2b2n+2(2n+2)!\frac{a^{2n+2}}{b^{2n+2}(2n+2)!}, et le produit a2n+2b2(2n+1)(2n+2)\frac{a^{2n+2}}{b^2(2n+1)(2n+2)} explose : le numérateur a2n+2a^{2n+2} ne se chasse plus, et le piège s’enraye. (Le résultat reste vrai — via une machinerie à la Niven, pas celle-ci.)

18. En t=xt = x, tous les termes de gg s’annulent, sauf f(x)f(x)=0f(x) - f(x) = 0 : g(x)=0g(x) = 0 ; et AA est choisi pour que g(a)=0g(a) = 0. En dérivant, la somme se télescope :

g(t)=f(n+1)(t)n!(xt)n+A(xt)nn!=(xt)nn!(Af(n+1)(t)).g'(t) = -\frac{f^{(n+1)}(t)}{n!}(x - t)^n + A\,\frac{(x-t)^n}{n!} = \frac{(x-t)^n}{n!}\bigl(A - f^{(n+1)}(t)\bigr) .

Le théorème de Rolle sur le segment joignant aa à xx donne un cc strictement compris entre les deux avec g(c)=0g'(c) = 0 ; comme (xc)n0(x - c)^n \neq 0 : A=f(n+1)(c)A = f^{(n+1)}(c). En développant g(a)=0g(a) = 0 on obtient l’égalité de Taylor, de reste f(n+1)(c)(n+1)!(xa)n+1\frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}.

19. Pour x>0x > 0, le reste vaut ec(n+1)!xn+1>0\frac{\eu^{c}} {(n+1)!}x^{n+1} > 0 : l’exponentielle dépasse chacun de ses polynômes de Taylor, strictement, à tout ordre. Pour x<0x < 0, le signe du reste est celui de xn+1x^{n+1} : ex\eu^x est au-dessus du polynôme pour nn impair, en dessous pour nn pair — les côtés alternent, comme le montrent déjà les graphes de 1+x1 + x et de 1+x+x221 + x + \frac{x^2}{2} face à ex\eu^x.

20. Erreur réelle : sin0.50.4791667=2.59104\sin 0.5 - 0.4791667 = 2.59\cdot10^{-4}, contre la borne 0.55120=2.60104\frac{0.5^5}{120} = 2.60\cdot10^{-4} : presque atteinte (le terme suivant domine le reste). Young : pour les limites et l’analyse locale, là où aucune constante n’est requise. Lagrange : pour des décimales certifiées. La majoration alternée : quand elle s’applique, même borne plus la direction de l’erreur — le meilleur des trois, mais le plus rare.

21. Continuité en 00 : avec u=1x2+u = \frac{1}{x^2} \to +\infty, f(x)=eu0=f(0)f(x) = \eu^{-u} \to 0 = f(0). Dérivée en 00 : f(h)h=ueu0\bigl|\frac{f(h)}{h}\bigr| = \sqrt u\,\eu^{-u} \to 0 (Proposition 4.6) : f(0)=0f'(0) = 0. Pour x0x \neq 0, f(x)=2x3e1/x2f'(x) = \frac{2}{x^3}\eu^{-1/x^2} : c’est bien de la forme P1(1x)e1/x2P_1\bigl(\frac1x\bigr)\eu^{-1/x^2} avec P1(X)=2X3P_1(X) = 2X^3 ; par récurrence, en dérivant Pk(1x)e1/x2P_k(\frac1x)\eu^{-1/x^2} on obtient Pk+1(X)=2X3Pk(X)X2Pk(X)P_{k+1}(X) = 2X^3 P_k(X) - X^2 P_k'(X), qui est un polynôme. Alors

f(k)(h)0h=vPk(v)ev2v=1/h0\frac{f^{(k)}(h) - 0}{h} = v\,P_k(v)\,\eu^{-v^2} \Big|_{v = 1/h} \longrightarrow 0

(un polynôme contre ev2\eu^{-v^2}, croissances comparées en ±\pm\infty) : par récurrence, f(k)(0)=0f^{(k)}(0) = 0 pour tout kk. Tous les polynômes de Taylor de ff en 00 sont nuls, et pourtant f>0f > 0 hors de 00 : Taylor–Young est exacte à tout ordre et aveugle au-delà du germe. Un développement n’est qu’une information locale.

22. Par la question 2, 0<e1Tn<1(n+1)!0 < \abs{\eu^{-1} - T_n} < \frac{1}{(n+1)!}, strictement. Si e1=pq\eu^{-1} = \frac pq, prenons nqn \geq q et multiplions par n!n! : n!TnZn!\,T_n \in \Z et n!pqZn!\frac pq \in \Z, donc un entier non nul a une valeur absolue <n!(n+1)!=1n+1<1< \frac{n!}{(n+1)!} = \frac{1}{n+1} < 1 : contradiction. Donc e1Q\eu^{-1} \notin \Q, et e=1e1\eu = \frac{1}{\eu^{-1}} est irrationnel lui aussi. Les trois démonstrations : les suites adjacentes qui encadrent q!eq!\,\eu (Exercice 11.9) ; la récurrence intégrale An=enAn1A_n = \eu - nA_{n-1} (Problème 15.1) ; l’encadrement alterné (ici). Un seul piège, trois certificats de petitesse.

23. Groupons les sommes partielles par paires : k=12n(1)kbk=EnOn\sum_{k=1}^{2n} (-1)^k b_k = E_n - O_n avec En=j=1n14j2E_n = \sum_{j=1}^{n} \frac{1}{4j^2}, borné (par la majoration télescopique de l’Exemple 11.22, En12E_n \leq \frac12), et On=j=1n12j112Hn+O_n = \sum_{j=1}^{n}\frac{1}{2j-1} \geq \frac12 H_n \to +\infty (Exercice 11.5) : les sommes partielles tendent vers -\infty. La monotonie a servi à la question 1 exactement là où S2n+1S2n1=a2na2n+1S_{2n+1} - S_{2n-1} = a_{2n} - a_{2n+1} avait besoin d’un signe : sans décroissance, les suites extraites paire et impaire n’ont aucune raison d’être monotones, et l’adjacence s’effondre.

24. (2+i)(3+i)=5+5i=5(1+i)(2+\iu)(3+\iu) = 5 + 5\iu = 5(1+\iu) ; en prenant les arguments (tous dans (0,π2)\intoo{0}{\frac\pi2}) : arctan12+arctan13=π4\arctan\frac12 + \arctan\frac13 = \frac\pi4. Coût en termes pour six décimales : erreur 4((1/2)2n+32n+3+(1/3)2n+32n+3)\leq 4\bigl(\frac{(1/2)^{2n+3}}{2n+3} + \frac{(1/3)^{2n+3}}{2n+3}\bigr), qui pour n=10n = 10 vaut 2108<5107\approx 2\cdot10^{-8} < 5\cdot10^{-7} : onze termes. Classement : meilleur que Leibniz d’une marge exponentielle, derrière Machin (dont le point dominant 15\frac15 est plus petit que 12\frac12) : environ 0.60.6 chiffre par terme contre 1.41.4 pour Machin.

25. (i) Pour aka_k décroissant vers 00, les sommes partielles alternées convergent, avec SSnan+1\abs{S - S_n} \leq a_{n+1}, et l’erreur porte le signe du premier terme omis. (ii) Une identité finie à reste explicite peut être évaluée et majorée en un point choisi, alors qu’un énoncé de limite ne promet qu’une proximité finale — certifier exige la première. (iii) Butin : π\pi à 51085\cdot10^{-8} par Machin, ln2\ln 2 à dix décimales par la série en 13\frac13, l’irrationalité de cos1\cos 1, sin1\sin 1, cosh1\cosh 1, cos1m\cos\frac1m et e1\eu^{-1}, l’égalité de Taylor–Lagrange, et l’avertissement de la fonction plate. (iv) Le Chapitre 17 promeut la question 1 en critère spécial des séries alternées, sépare la convergence absolue de la convergence conditionnelle, et son devoir maison met en scène le drame du réarrangement, dont la série harmonique alternée de la voie 1 est le témoin vedette.