Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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6Arithmétique des entiers

L’arithmétique — l’étude de la divisibilité dans Z\Z — a été commencée dans le volume de Terminale (lycée). Ce chapitre la reconstruit entièrement à partir de la division euclidienne, avec des démonstrations complètes : plus grand commun diviseur et algorithme d’Euclide, théorème de Bézout et lemme de Gauss, décomposition en facteurs premiers, et le calcul des congruences jusqu’au petit théorème de Fermat. Au-delà de son charme propre, ce matériau est le modèle que le Chapitre 8 imite pour les polynômes.

6.1 Divisibilité et division euclidienne

Définition 6.1 (Divisibilité)

Pour a,bZa, b \in \Z, bb divise aa (on note bab \mid a) lorsque a=bqa = bq pour un certain qZq \in \Z. Conséquences immédiates : si bab \mid a et bab \mid a', alors b(ua+va)b \mid (ua + va') pour tous u,vZu, v \in \Z ; si bab \mid a et a0a \neq 0, alors ba\abs b \leq \abs a ; et aba \mid b joint à bab \mid a impose b=±ab = \pm a.

Théorème 6.2 (Division euclidienne)

Pour tous aZa \in \Z et bNb \in \N^*, il existe un unique couple (q,r)Z×N(q, r) \in \Z \times \N tel que

a=bq+r,0r<b.a = bq + r, \qquad 0 \leq r < b .

Démonstration. Existence. L’ensemble A={abk:kZ}NA = \{a - bk : k \in \Z\} \cap \N est une partie non vide de N\N (prendre k=ak = -\abs a : a+baa+a0a + b\abs a \geq a + \abs a \geq 0). Soit r=abqr = a - bq son plus petit élément. Si rbr \geq b, alors rb=ab(q+1)r - b = a - b(q+1) serait un élément de AA plus petit : contradiction. Donc 0r<b0 \leq r < b.

Unicité. Si bq+r=bq+rbq + r = bq' + r' avec 0r,r<b0 \leq r, r' < b, alors b(qq)=rrb(q - q') = r' - r et rr<b\abs{r' - r} < b : le multiple de bb du membre de gauche est nécessairement 00, donc q=qq = q' et r=rr = r'.

Exemple 6.3 (Numération de position par divisions successives)

Écrivons 20262026 en base 77. Divisons de façon répétée par 77, en conservant les restes :

2026=7×289+3,289=7×41+2,41=7×5+6,5=7×0+5.2026 = 7 \times 289 + 3, \quad 289 = 7 \times 41 + 2, \quad 41 = 7 \times 5 + 6, \quad 5 = 7 \times 0 + 5 .

En lisant les restes du dernier au premier : 2026=(5623)72026 = (5\,6\,2\,3)_7. Vérification : 5×343+6×49+2×7+3=1715+294+14+3=20265 \times 343 + 6 \times 49 + 2 \times 7 + 3 = 1715 + 294 + 14 + 3 = 2026. L’unicité dans la division euclidienne est exactement ce qui rend chaque chiffre forcé : à chaque étape, le reste est le seul entier de [ ⁣[0,6] ⁣]\intint06 congru à la valeur courante modulo 77, de sorte que l’écriture en base 77 est unique — fait utilisé silencieusement chaque fois que le devoir maison manipule « les chiffres de nn en base pp ».

6.2 Plus grand commun diviseur

Théorème 6.4 (Sous-groupes de Z\Z ; existence du PGCD)

  1. Tout sous-groupe de (Z,+)(\Z, +) est de la forme nZ={nk:kZ}n\Z = \{nk : k \in \Z\} pour un unique nNn \in \N.
  2. Pour a,bZa, b \in \Z non tous deux nuls, l’ensemble aZ+bZ={au+bv:u,vZ}a\Z + b\Z = \{au + bv : u, v \in \Z\} est un sous-groupe de Z\Z, donc égal à dZd\,\Z pour un unique dNd \in \N^*. Cet entier dd est le plus grand commun diviseur gcd(a,b)\gcd(a, b) : il divise aa et bb, et tout diviseur commun de aa et bb divise dd.

Démonstration. (1) Soit HZH \subseteq \Z un sous-groupe (non vide, stable par soustraction ; la définition formelle est au Chapitre 7, et seules ces deux propriétés servent). Si H={0}H = \{0\}, prendre n=0n = 0. Sinon, HH contient un élément non nul et son opposé, donc un plus petit élément strictement positif nn. Alors nZHn\Z \subseteq H. Pour xHx \in H, écrivons x=nq+rx = nq + r avec 0r<n0 \leq r < n (Théorème 6.2) ; r=xnqHr = x - nq \in H, et la minimalité de nn impose r=0r = 0 : xnZx \in n\Z. Unicité : nn est le plus petit élément strictement positif de nZn\Z.

(2) aZ+bZa\Z + b\Z contient 00 et est stable par soustraction, donc c’est dZd\Z avec d1d \geq 1 (il contient aa ou bb, non nul). Comme a,bdZa, b \in d\Z, dd divise les deux. Et si cc divise aa et bb, alors cc divise tout au+bvau + bv — en particulier cdc \mid d, puisque daZ+bZd \in a\Z + b\Z. C’est la propriété annoncée (et elle entraîne cd\abs c \leq d, de sorte que dd mérite le nom de plus grand diviseur commun).

Corollaire 6.5 (Théorème de Bézout)

Pour a,ba, b non tous deux nuls, il existe u,vZu, v \in \Z tels que

au+bv=gcd(a,b).au + bv = \gcd(a, b) .

En particulier (cas gcd(a,b)=1\gcd(a,b) = 1, celui des entiers premiers entre eux) : aa et bb sont premiers entre eux si et seulement si au+bv=1au + bv = 1 admet une solution.

Démonstration. gcd(a,b)=ddZ=aZ+bZ\gcd(a,b) = d \in d\Z = a\Z + b\Z. Pour l’équivalence : si gcd(a,b)=1\gcd(a,b) = 1, Bézout fournit la solution ; réciproquement, au+bv=1au + bv = 1 oblige tout diviseur commun de aa et bb à diviser 11.

Méthode 6.6 (Algorithme d’Euclide, version étendue)

Pour calculer gcd(a,b)\gcd(a, b) (a>b>0a > b > 0) : on divise, a=bq+ra = bq + r ; alors gcd(a,b)=gcd(b,r)\gcd(a, b) = \gcd(b, r) (les diviseurs communs de (a,b)(a,b) et de (b,r)(b,r) coïncident, puisque r=abqr = a - bq) ; on itère jusqu’à un reste nul ; le dernier reste non nul est le PGCD. En remontant les divisions (ou en maintenant les coefficients au fil de la descente), on obtient un couple de Bézout (u,v)(u, v).

Exemple 6.7

gcd(120,23)\gcd(120, 23) : 120=5×23+5120 = 5 \times 23 + 5 ; 23=4×5+323 = 4 \times 5 + 3 ; 5=1×3+25 = 1\times 3 + 2 ; 3=1×2+13 = 1 \times 2 + 1 ; 2=2×1+02 = 2 \times 1 + 0. Donc gcd=1\gcd = 1. En remontant :

1=32=3(53)=2×35=2(234×5)5=2×239×5=2×239(1205×23)=47×239×120.\begin{align*} 1 &= 3 - 2 = 3 - (5 - 3) = 2\times 3 - 5 = 2(23 - 4\times 5) - 5 \\ &= 2 \times 23 - 9 \times 5 = 2\times 23 - 9(120 - 5\times 23) = 47 \times 23 - 9 \times 120 . \end{align*}

Vérification : 47×23=108147 \times 23 = 1081, 9×120=10809 \times 120 = 1080.

Théorème 6.8 (Lemme de Gauss et conséquences)

Soient a,b,cZa, b, c \in \Z.

  1. (Lemme de Gauss) Si abca \mid bc et gcd(a,b)=1\gcd(a, b) = 1, alors aca \mid c.
  2. Si aca \mid c, bcb \mid c et gcd(a,b)=1\gcd(a,b) = 1, alors abcab \mid c.
  3. Si gcd(a,b)=gcd(a,c)=1\gcd(a, b) = \gcd(a, c) = 1, alors gcd(a,bc)=1\gcd(a, bc) = 1.

Démonstration. (1) Bézout : au+bv=1au + bv = 1. Multiplions par cc : acu+bcv=cacu + bcv = c. Les deux termes sont divisibles par aa (le second parce que abca \mid bc), donc aca \mid c.

(2) Écrivons c=aqc = aq ; de baqb \mid aq et gcd(a,b)=1\gcd(a, b) = 1, le point (1) donne bqb \mid q, donc abaq=cab \mid aq = c.

(3) au+bv=1au + bv = 1 et au+cv=1au' + cv' = 1. Multiplions les deux relations :

1=(au+bv)(au+cv)=a(auu+ucv+ubv)+bc(vv),1 = (au + bv)(au' + cv') = a\,\bigl(auu' + ucv' + u'bv\bigr) + bc\,(vv') ,

une relation de Bézout entre aa et bcbc : d’après le Corollaire 6.5, gcd(a,bc)=1\gcd(a, bc) = 1.

Exemple 6.9 (Résolution d’une équation diophantienne linéaire)

Cherchons tous les (x,y)Z2(x, y) \in \Z^2 tels que 6x+10y=46x + 10y = 4. D’abord le test d’existence : gcd(6,10)=2\gcd(6, 10) = 2 divise 44, donc il y a des solutions (si le PGCD ne divisait pas le second membre, le premier membre en serait toujours un multiple et il n’y en aurait aucune). Divisons tout par 22 : 3x+5y=23x + 5y = 2. Une solution particulière saute aux yeux : (x0,y0)=(1,1)(x_0, y_0) = (-1, 1). Pour la solution générale, soustrayons : 3(x+1)=5(y1)3(x + 1) = -5(y - 1), donc 35(y1)3 \mid 5(y-1), et le lemme de Gauss (gcd(3,5)=1\gcd(3,5) = 1) donne 3y13 \mid y - 1 : y=13ky = 1 - 3k, puis x=1+5kx = -1 + 5k. Réciproquement, tout couple de cette forme convient :

(x,y)=(1+5k, 13k),kZ.(x, y) = (-1 + 5k,\ 1 - 3k), \qquad k \in \Z .

Le schéma est général : une solution particulière plus les multiples entiers de (bgcd,agcd)\bigl(\frac b{\gcd}, -\frac a{\gcd}\bigr) — la même structure « particulière plus homogène » qu’au Chapitre 5, le lemme de Gauss y jouant le rôle de l’unicité.

Définition 6.10 (Plus petit commun multiple)

lcm(a,b)\operatorname{lcm}(a, b) est le générateur dans N\N du sous-groupe aZbZa\Z \cap b\Z : c’est un multiple commun de aa et bb qui divise tout multiple commun, et pour a,bNa, b \in \N^*,

gcd(a,b)×lcm(a,b)=ab(deˊmonstration aˋ l’Exercice 6.5).\gcd(a,b) \times \operatorname{lcm}(a,b) = ab \qquad (\text{démonstration à l'} \text{Exercice 6.5}).

Exemple 6.11 (Les problèmes de coïncidence sont des problèmes de PPCM)

Deux engrenages en prise ont 8484 et 3636 dents. Au bout de combien de dents de mouvement commun reviennent-ils ensemble à leur position initiale ? La configuration se répète lorsque le nombre de dents écoulées est un multiple commun de 8484 et de 3636 ; la première fois, c’est au bout de

lcm(84,36)=84×36gcd(84,36)=302412=252\operatorname{lcm}(84, 36) = \frac{84 \times 36}{\gcd(84, 36)} = \frac{3024}{12} = 252

dents — c’est-à-dire 33 tours du grand engrenage et 77 du petit (252/84252/84 et 252/36252/36). Notons la voie pratique : calculer d’abord le PGCD (Euclide : 84=2×36+1284 = 2\times36 + 12, 36=3×1236 = 3\times12), puis diviser — jamais construire le PPCM en listant les multiples. Toute question de coïncidence périodique (engrenages, alignements planétaires, développements décimaux périodiques qui se rejoignent) se ramène à ce seul calcul.

6.3 Nombres premiers

Définition 6.12

Un entier p2p \geq 2 est premier lorsque ses seuls diviseurs positifs sont 11 et pp. Pour pp premier et aZa \in \Z : ou bien pap \mid a, ou bien gcd(p,a)=1\gcd(p, a) = 1. Par conséquent (Théorème 6.8), le lemme d’Euclide est vrai : si pabp \mid ab, alors pap \mid a ou pbp \mid b.

Remarque 6.13 (Test de primalité par divisions successives)

Si n=abn = ab avec 2ab2 \leq a \leq b, alors a2ab=na^2 \leq ab = n, donc ana \leq \sqrt n : un entier composé nn a toujours un diviseur premier n\leq \sqrt n. Ainsi, pour tester si nn est premier, il suffit d’essayer les nombres premiers jusqu’à n\sqrt n. Pour n=271n = 271 : 271<17\sqrt{271} < 17, et 271271 n’est divisible par aucun de 2,3,5,7,11,132, 3, 5, 7, 11, 13 (impair, somme des chiffres 1010, ne se termine ni par 00 ni par 55, 271=738+5=1124+7=1320+11271 = 7\cdot38 + 5 = 11\cdot24 + 7 = 13\cdot20 + 11) : premier, après six divisions au lieu de deux cents. La barrière n\sqrt n est un seuil véritable : la franchir efficacement pour des nombres de cent chiffres exige les tests de primalité modernes issus du Théorème 6.23.

Théorème 6.14 (Euclide)

Il existe une infinité de nombres premiers.

Démonstration. Tout entier n2n \geq 2 possède un diviseur premier : son plus petit diviseur 2\geq 2 est premier (une factorisation propre de celui-ci produirait un diviseur de nn plus petit). Supposons maintenant que p1,,pkp_1, \dots, p_k soient tous les nombres premiers, et posons N=p1p2pk+12N = p_1 p_2 \cdots p_k + 1 \geq 2. Un certain premier pip_i divise NN ; mais pip_i divise aussi N1=p1pkN - 1 = p_1\cdots p_k, donc pi1p_i \mid 1 — absurde.

Théorème 6.15 (Théorème fondamental de l’arithmétique)

Tout entier n2n \geq 2 est un produit de nombres premiers, et la factorisation

n=p1α1p2α2pkαk(p1<p2<<pk premiers, αiN)n = p_1^{\alpha_1} p_2^{\alpha_2} \cdots p_k^{\alpha_k} \qquad (p_1 < p_2 < \dots < p_k \text{ premiers},\ \alpha_i \in \N^*)

est unique.

Démonstration. Existence par récurrence forte (Théorème 1.12) : n=2n = 2 est premier ; pour n>2n > 2, ou bien nn est premier, ou bien n=abn = ab avec 2a,b<n2 \leq a, b < n, et l’hypothèse de récurrence factorise aa et bb.

Unicité. Supposons p1pr=q1qsp_1 \cdots p_r = q_1 \cdots q_s (nombres premiers listés avec répétition, disons rsr \leq s), et raisonnons par récurrence sur rr. Si r=0r = 0, le membre de gauche vaut 11, ce qui force s=0s = 0 (un produit non vide de nombres premiers dépasse 11). Pour r1r \geq 1 : le premier p1p_1 divise q1(q2qs)q_1(q_2\cdots q_s), donc, par le lemme d’Euclide, ou bien p1q1p_1 \mid q_1, ou bien p1q2qsp_1 \mid q_2\cdots q_s ; en itérant, p1p_1 divise un certain qjq_j. Mais qjq_j est premier et p12p_1 \geq 2 : nécessairement p1=qjp_1 = q_j. Simplifions par ce facteur commun (c’est légitime : Z\Z est un anneau intègre) pour obtenir

p2pr=q1qj^qsp_2 \cdots p_r = q_1 \cdots \widehat{q_j} \cdots q_s

(le chapeau marquant l’omission), une égalité de produits plus courts ; l’hypothèse de récurrence dit que les deux listes p2,,prp_2, \dots, p_r et q1,,qj^,,qsq_1, \dots, \widehat{q_j}, \dots, q_s coïncident à l’ordre près, donc les listes initiales aussi. L’écriture avec exposants regroupe les premiers égaux.

Proposition 6.16 (Valuations)

Pour pp premier et nNn \in \N^*, notons vp(n)v_p(n) l’exposant de pp dans la factorisation de nn (avec vp(n)=0v_p(n) = 0 si pnp \nmid n). Alors

vp(mn)=vp(m)+vp(n),mn    p, vp(m)vp(n),v_p(mn) = v_p(m) + v_p(n), \qquad m \mid n \iff \forall p,\ v_p(m) \leq v_p(n),
vp(gcd(m,n))=min(vp(m),vp(n)),vp(lcm(m,n))=max(vp(m),vp(n)).v_p\bigl(\gcd(m,n)\bigr) = \min\bigl(v_p(m), v_p(n)\bigr), \qquad v_p\bigl(\operatorname{lcm}(m,n)\bigr) = \max\bigl(v_p(m), v_p(n)\bigr).

Démonstration. La première identité vaut parce que les factorisations se multiplient et que la factorisation de mnmn est unique. Si mnm \mid n, écrivons n=mqn = mq et appliquons-la. Réciproquement, si tous les vp(m)vp(n)v_p(m) \leq v_p(n), l’entier q=ppvp(n)vp(m)q = \prod_p p^{\,v_p(n) - v_p(m)} vérifie mq=nmq = n. Formule du PGCD : l’entier d=pmind = \prod p^{\min} divise les deux d’après le critère, et tout diviseur commun cc vérifie vp(c)minv_p(c) \leq \min pour tout pp, donc cdc \mid d ; même raisonnement pour le PPCM avec le max\max.

Exemple 6.17 (Carrés et cubes vus par les valuations)

Un entier n1n \geq 1 est un carré parfait si et seulement si tous les vp(n)v_p(n) sont pairs (si n=m2n = m^2, alors vp(n)=2vp(m)v_p(n) = 2v_p(m) ; réciproquement, on divise par deux chaque exposant). De même pour les cubes avec des multiples de 33. Ainsi 21168=24×33×7221168 = 2^4 \times 3^3 \times 7^2 n’est pas un carré (v3=3v_3 = 3 est impair) ni un cube (v2=4v_2 = 4) ; le plus petit entier m>0m > 0 tel que 21168m21168\,m soit un cube s’obtient en complétant chaque exposant jusqu’au multiple de 33 suivant :

m=264×333×732=22×7=28,21168×28=263373=(22×3×7)3=843.m = 2^{6-4} \times 3^{3-3} \times 7^{3-2} = 2^2 \times 7 = 28, \qquad 21168 \times 28 = 2^6\,3^3\,7^3 = (2^2 \times 3 \times 7)^3 = 84^3 .

L’idée à retenir : les questions multiplicatives (carrés, cubes, diviseurs, PGCD, PPCM) deviennent des questions coordonnée par coordonnée sur les vecteurs d’exposants (v2,v3,v5,)(v_2, v_3, v_5, \dots) — l’unicité de la factorisation, c’est exactement l’assertion que ces coordonnées existent et sont bien définies.

6.4 Congruences

Définition 6.18

Pour nNn \in \N^* : ab(modn)a \equiv b \pmod n lorsque nabn \mid a - b. C’est une relation d’équivalence compatible avec l’addition et la multiplication : si aba \equiv b et aba' \equiv b' (mod nn), alors a+ab+ba + a' \equiv b + b', aabbaa' \equiv bb', et akbka^k \equiv b^k pour kNk \in \N.

Exemple 6.19 (La preuve par neuf)

La compatibilité avec ++ et ×\times est un procédé de vérification aussi vieux que le commerce. Comme 101(mod9)10 \equiv 1 \pmod 9, tout entier est congru modulo 99 à la somme de ses chiffres (démontré à l’Exercice 6.2). Pour vérifier l’affirmation 1234×567=6996781234 \times 567 = 699\,678 : les sommes des chiffres donnent 123411234 \equiv 1 et 567180(mod9)567 \equiv 18 \equiv 0 \pmod 9, donc le produit doit être 1×0=0\equiv 1 \times 0 = 0 ; et en effet 6+9+9+6+7+8=4506 + 9 + 9 + 6 + 7 + 8 = 45 \equiv 0. La vérification passe (et le produit est en fait correct). Si quelqu’un avait annoncé 699478699\,478, la somme des chiffres 437≢043 \equiv 7 \not\equiv 0 le confondrait aussitôt. Le test est unilatéral — il attrape une erreur sauf si l’erreur est elle-même un multiple de 99 — ce qui est exactement, en miniature, la leçon des pseudo-premiers de l’Exemple 6.24 : les vérifications par congruence réfutent, elles ne certifient pas.

Proposition 6.20 (Inversibilité modulo nn)

aa est inversible modulo nn (c’est-à-dire ab1(modn)ab \equiv 1 \pmod n pour un certain bb) si et seulement si gcd(a,n)=1\gcd(a, n) = 1. L’inverse est alors unique modulo nn et se calcule par l’algorithme d’Euclide étendu.

Démonstration. ab1(modn)ab \equiv 1 \pmod n signifie ab+nk=1ab + nk = 1 pour un certain kk : une relation de Bézout, qui existe si et seulement si gcd(a,n)=1\gcd(a,n) = 1 (Corollaire 6.5). Unicité : si abab1ab \equiv ab' \equiv 1, alors bb(ab)=(ab)bb(modn)b \equiv b(ab') = (ab)b' \equiv b' \pmod n.

Exemple 6.21 (Inverser 77 modulo 2626)

Comme gcd(7,26)=1\gcd(7, 26) = 1, la classe de 77 est inversible modulo 2626. Euclide étendu :

26=3×7+5,7=1×5+2,5=2×2+1,26 = 3 \times 7 + 5, \qquad 7 = 1 \times 5 + 2, \qquad 5 = 2 \times 2 + 1 ,

puis en remontant :

1=52×2=52(75)=3×52×7=3(263×7)2×7=3×2611×7.1 = 5 - 2 \times 2 = 5 - 2(7 - 5) = 3 \times 5 - 2 \times 7 = 3(26 - 3 \times 7) - 2 \times 7 = 3 \times 26 - 11 \times 7 .

Donc 7×(11)1(mod26)7 \times (-11) \equiv 1 \pmod{26}, c’est-à-dire 711115(mod26)7^{-1} \equiv -11 \equiv 15 \pmod{26} ; vérification : 7×15=105=4×26+17 \times 15 = 105 = 4 \times 26 + 1. Une fois l’inverse en main, toute congruence 7xc(mod26)7x \equiv c \pmod{26} se résout en une multiplication : x15cx \equiv 15c. Cette inversion mécanique est le cheval de trait de l’arithmétique modulaire — et des protocoles à clé publique évoqués à la Remarque 6.27, où les modules ont des centaines de chiffres mais où l’algorithme est exactement celui-ci.

Exemple 6.22 (Quand le coefficient n’est pas inversible)

Résolvons 12x8(mod20)12x \equiv 8 \pmod{20}. Ici gcd(12,20)=4\gcd(12, 20) = 4, donc 1212 n’est pas inversible modulo 2020 — mais l’équation reste traitable. La congruence dit que 2012x820 \mid 12x - 8 ; en divisant toute la relation par 44 (diviseur des trois ingrédients), elle est équivalente à 53x25 \mid 3x - 2, c’est-à-dire

3x2(mod5).3x \equiv 2 \pmod 5 .

Or gcd(3,5)=1\gcd(3, 5) = 1 et 312(mod5)3^{-1} \equiv 2 \pmod 5 (3×2=613 \times 2 = 6 \equiv 1), donc x4(mod5)x \equiv 4 \pmod 5 : les solutions sont x4,9,14,19(mod20)x \equiv 4, 9, 14, 19 \pmod{20}quatre classes modulo 2020, en accord avec le PGCD. (Si le second membre n’avait pas été divisible par 44, par exemple 12x6(mod20)12x \equiv 6 \pmod{20}, il n’y aurait aucune solution : le premier membre est toujours 0(mod4)\equiv 0 \pmod 4.) Forme générale : axb(modn)ax \equiv b \pmod n est résoluble si et seulement si gcd(a,n)b\gcd(a, n) \mid b, et a alors exactement gcd(a,n)\gcd(a, n) classes de solutions — on divise tout par le PGCD et on inverse.

Théorème 6.23 (Petit théorème de Fermat)

Soit pp un nombre premier. Pour tout aZa \in \Z :

apa(modp),a^p \equiv a \pmod p,

et si pap \nmid a, alors ap11(modp)a^{p-1} \equiv 1 \pmod p.

Démonstration. D’abord, pour 1kp11 \leq k \leq p - 1, le coefficient binomial (pk)=p!k!(pk)!\binom pk = \frac{p!}{k!(p-k)!} est divisible par pp : en effet k!(pk)!(pk)=p!k!\,(p-k)!\, \binom pk = p! et pp divise p!p! tout en étant premier avec k!(pk)!k!(p-k)! (tous les facteurs sont <p< p), donc le lemme de Gauss donne p(pk)p \mid \binom pk.

Démontrons maintenant apaa^p \equiv a pour aNa \in \N par récurrence. C’est vrai pour a=0a = 0. Si apaa^p \equiv a, alors la formule du binôme donne

(a+1)p=k=0p(pk)akap+1a+1(modp),(a+1)^p = \sum_{k=0}^{p} \binom pk a^k \equiv a^p + 1 \equiv a + 1 \pmod p,

tous les termes intermédiaires s’annulant modulo pp. Pour a<0a < 0, on applique le résultat à a-a et on sépare p=2p = 2 (où xxx \equiv -x) du cas pp impair (où (a)p=ap(-a)^p = -a^p). Enfin, si pap \nmid a, on multiplie apaa^p \equiv a par un inverse de aa modulo pp (Proposition 6.20).

Exemple 6.24 (La réciproque de Fermat est fausse : 341341)

Le petit théorème de Fermat fournit un test de non-primalité bon marché : si an1≢1(modn)a^{n-1} \not\equiv 1 \pmod n pour un certain aa premier avec nn, alors nn n’est pas premier. Le test pourrait-il aussi certifier la primalité ? Non : prenons n=341=11×31n = 341 = 11 \times 31, composé, et a=2a = 2. Comme 210=1024=3×341+12^{10} = 1024 = 3 \times 341 + 1,

2101(mod341)2340=(210)341(mod341):2^{10} \equiv 1 \pmod{341} \qquad\Longrightarrow\qquad 2^{340} = \bigl(2^{10}\bigr)^{34} \equiv 1 \pmod{341} :

le nombre composé 341341 passe le test de Fermat en base 22 (c’est le plus petit pseudo-premier de ce genre). La base 33 le démasque (3340≢13^{340} \not\equiv 1), et les tests de primalité pratiques exécutent donc le test sur plusieurs bases, avec des raffinements — les versions industrielles de cette idée sont celles qui certifient les grands nombres premiers de la Remarque 6.27. Morale : une implication et sa réciproque mènent des vies séparées (Remarque 1.10), même pour les théorèmes.

Exemple 6.25 (Calculs pratiques de congruences)

Quel est le reste de 720267^{2026} modulo 1111 ? D’après Fermat, 7101(mod11)7^{10} \equiv 1 \pmod{11}. Comme 2026=10×202+62026 = 10 \times 202 + 6 :

7202676=(72)3=49353=1254(mod11).7^{2026} \equiv 7^6 = (7^2)^3 = 49^3 \equiv 5^3 = 125 \equiv 4 \pmod{11}.

Le reste vaut 44. La stratégie : réduire l’exposant modulo l’ordre fourni par Fermat, puis réduire les puissances intermédiaires à chaque étape.

Remarque 6.26 (Pièges classiques en arithmétique)

  1. Diviser une congruence. De acbc(modn)ac \equiv bc \pmod n on ne peut pas conclure aba \equiv b sauf si gcd(c,n)=1\gcd(c, n) = 1 : 62(mod4)6 \equiv 2 \pmod 4 mais 3≢1(mod4)3 \not\equiv 1 \pmod 4. La règle générale correcte divise aussi le module : acbc(modn)    ab(modn/gcd(c,n))ac \equiv bc \pmod n \iff a \equiv b \pmod{n/\gcd(c,n)}.
  2. Mésusage du lemme d’Euclide. abca \mid bc entraîne aba \mid b ou aca \mid c seulement si aa est premier (ou premier avec l’un des facteurs) : 64×96 \mid 4 \times 9 alors que 66 ne divise aucun des deux facteurs.
  3. « Premiers entre eux » est une relation, pas une propriété. « 88 et 99 sont premiers entre eux » est vrai bien qu’aucun des deux ne soit premier ; « premiers entre eux deux à deux » est plus fort que « premiers entre eux dans leur ensemble » (gcd(6,10,15)=1\gcd(6, 10, 15) = 1 mais aucune paire n’est formée d’entiers premiers entre eux).
  4. Les exposants ne vivent pas modulo nn. Dans akmodna^k \bmod n, l’exposant ne peut être réduit que modulo l’ordre de aa (par exemple p1p - 1 quand Fermat s’applique), jamais modulo nn : 210mod112^{10} \bmod 11 vaut 11, et non 210mod11=2102^{10 \bmod 11} = 2^{10} — la réduction qui marche est celle qu’effectue l’Exemple 6.25.

Remarque 6.27 (Où ce chapitre est utilisé)

Ce chapitre est un modèle autant qu’une boîte à outils. Toute la chaîne — division euclidienne, PGCD, Bézout, Gauss, unicité de la factorisation — est rejouée mot pour mot pour les polynômes au Chapitre 8, où le « degré » joue le rôle de la valeur absolue ; comparer les deux chapitres côte à côte est la meilleure façon de comprendre les deux. Le calcul des congruences devient l’anneau Z/nZ\Z/n\Z au Chapitre 7, dont les éléments inversibles (Proposition 6.20) forment le premier exemple non trivial de groupe des unités. Les valuations reviennent dans le devoir maison ci-dessous (formule de Legendre) et alimentent les démonstrations d’irrationalité du Chapitre 10. Au-delà de ce volume, l’inversion de Bézout modulo nn est le moteur de la cryptographie à clé publique, et le petit théorème de Fermat est l’ancêtre des tests de primalité qui certifient les grands nombres premiers qu’on y utilise.

Remarque 6.28 (Interlude : Z\Z comme modèle)

Prenons du recul par rapport aux théorèmes individuels et observons l’architecture du chapitre : un outil (la division euclidienne) a produit une classification (les sous-groupes nZn\Z), qui a produit un théorème d’existence (PGCD, Bézout), qui a produit un calcul de divisibilité (Gauss), qui a produit l’unicité de la factorisation — chaque étage ne reposant que sur celui du dessous. Le même bâtiment sera élevé deux fois encore dans ce volume, sur des rez-de-chaussée différents : au Chapitre 8, où la division selon le degré remplace la division selon la taille et où tout l’étage supérieur se répète mot pour mot ; et, en miniature, à l’intérieur de chaque Z/nZ\Z/n\Z du Chapitre 7, où les questions d’inversibilité (la Proposition 6.20 de ce chapitre) deviennent des énoncés structurels sur les anneaux et les corps. Reconnaître dans un argument « l’argument dans Z\Z, transplanté » est la façon la plus rapide d’apprendre ces chapitres — et le premier avant-goût de l’habitude centrale de l’algèbre : démontrer des théorèmes sur des axiomes plutôt que sur des objets.

Les lignes 0 à 7 du triangle de Pascal, les coefficients impairs étant coloriés : la ligne n en contient 2s_2(n), où s_2(n) est le nombre de uns dans l’écriture binaire de n (lignes 1, 2, 4 : deux coefficients impairs ; ligne 7 = (111)_2 : tous les huit). Le motif autosimilaire — chaque « triangle d’impairs » engendre deux copies de lui-même — est le théorème de Kummer sous forme d’image, démontré dans le devoir maison ci-dessous.
Les lignes 00 à 77 du triangle de Pascal, les coefficients impairs étant coloriés : la ligne nn en contient 2s2(n)2^{s_2(n)}, où s2(n)s_2(n) est le nombre de uns dans l’écriture binaire de nn (lignes 1,2,41, 2, 4 : deux coefficients impairs ; ligne 7=(111)27 = (111)_2 : tous les huit). Le motif autosimilaire — chaque « triangle d’impairs » engendre deux copies de lui-même — est le théorème de Kummer sous forme d’image, démontré dans le devoir maison ci-dessous.

6.5 Exercices

Exercice 6.1

Calculez gcd(1001,777)\gcd(1\,001, 777) par l’algorithme d’Euclide, ainsi qu’un couple de Bézout associé.

Solution

Solution de Exercice 6.1.

1001=1×777+2241001 = 1 \times 777 + 224 ; 777=3×224+105777 = 3 \times 224 + 105 ; 224=2×105+14224 = 2 \times 105 + 14 ; 105=7×14+7105 = 7 \times 14 + 7 ; 14=2×7+014 = 2 \times 7 + 0. Donc gcd(1001,777)=7\gcd(1001, 777) = 7. En remontant :

7=1057×14=1057(2242×105)=15×1057×2247 = 105 - 7 \times 14 = 105 - 7(224 - 2\times 105) = 15 \times 105 - 7 \times 224
=15(7773×224)7×224=15×77752×224=15×77752(1001777)=67×77752×1001.= 15(777 - 3\times 224) - 7\times 224 = 15 \times 777 - 52 \times 224 = 15 \times 777 - 52(1001 - 777) = 67 \times 777 - 52 \times 1001 .

Vérification : 67×777=5205967 \times 777 = 52\,059 et 52×1001=5205252 \times 1001 = 52\,052 ; différence 77. Couple de Bézout : (u,v)=(52,67)(u, v) = (-52, 67) pour 1001u+777v=71001u + 777v = 7.

Exercice 6.2

Démontrez les critères de divisibilité en base 1010 : un entier est congru modulo 99 à la somme de ses chiffres, et modulo 1111 à la somme alternée de ses chiffres. Que valent 123456789123\,456\,789 modulo 99 et modulo 1111 ?

Solution

Solution de Exercice 6.2.

Comme 101(mod9)10 \equiv 1 \pmod 9 : 10k110^k \equiv 1, donc kdk10kkdk(mod9)\sum_k d_k 10^k \equiv \sum_k d_k \pmod 9. Comme 101(mod11)10 \equiv -1 \pmod{11} : 10k(1)k10^k \equiv (-1)^k, donc l’entier est congru à la somme alternée k(1)kdk\sum_k (-1)^k d_k modulo 1111 (en partant du chiffre des unités avec le signe ++).

123456789123\,456\,789 : somme des chiffres 450(mod9)45 \equiv 0 \pmod 9. Somme alternée à partir des unités : 98+76+54+32+1=59 - 8 + 7 - 6 + 5 - 4 + 3 - 2 + 1 = 5, donc le nombre est 5(mod11)\equiv 5 \pmod{11}.

Exercice 6.3

Résolvez dans Z\Z : 91x1(mod237)91x \equiv 1 \pmod{237} (Euclide étendu).

Solution

Solution de Exercice 6.3.

Euclide : 237=2×91+55237 = 2 \times 91 + 55 ; 91=1×55+3691 = 1 \times 55 + 36 ; 55=1×36+1955 = 1 \times 36 + 19 ; 36=1×19+1736 = 1 \times 19 + 17 ; 19=1×17+219 = 1 \times 17 + 2 ; 17=8×2+117 = 8 \times 2 + 1. En remontant :

1=178×2=178(1917)=9×178×19=9(3619)8×19=9×3617×191 = 17 - 8\times 2 = 17 - 8(19 - 17) = 9\times 17 - 8\times 19 = 9(36 - 19) - 8\times 19 = 9\times 36 - 17\times 19
=9×3617(5536)=26×3617×55=26(9155)17×55=26×9143×55= 9\times 36 - 17(55 - 36) = 26\times 36 - 17\times 55 = 26(91 - 55) - 17\times 55 = 26\times 91 - 43\times 55
=26×9143(2372×91)=112×9143×237.= 26\times 91 - 43(237 - 2\times 91) = 112 \times 91 - 43 \times 237.

Donc 91×1121(mod237)91 \times 112 \equiv 1 \pmod{237} : les solutions sont x112(mod237)x \equiv 112 \pmod{237}. (Vérification : 91×112=10192=43×237+191 \times 112 = 10\,192 = 43 \times 237 + 1.)

Exercice 6.4

Trouvez tous les couples (x,y)Z2(x, y) \in \Z^2 tels que 17x+39y=117x + 39y = 1 ; puis tous les couples tels que 17x+39y=517 x + 39 y = 5.

Solution

Solution de Exercice 6.4.

gcd(17,39)=1\gcd(17, 39) = 1 : Euclide donne 39=2×17+539 = 2\times 17 + 5, 17=3×5+217 = 3\times 5 + 2, 5=2×2+15 = 2\times 2 + 1, et en remontant

1=52×2=52(173×5)=7×52×17=7(392×17)2×17=7×3916×17.1 = 5 - 2\times 2 = 5 - 2(17 - 3\times 5) = 7\times 5 - 2\times 17 = 7(39 - 2\times 17) - 2\times 17 = 7\times 39 - 16\times 17 .

Solution particulière (x0,y0)=(16,7)(x_0, y_0) = (-16, 7). Solution générale de l’équation homogène 17x+39y=017x + 39y = 0 : x=39kx = 39k, y=17ky = -17k (car 1739y17 \mid 39y et gcd(17,39)=1\gcd(17,39) = 1 imposent 17y17 \mid ylemme de Gauss). D’où

(x,y)=(16+39k,  717k),kZ.(x, y) = (-16 + 39k,\; 7 - 17k), \qquad k \in \Z .

Pour le second membre 55, on multiplie la solution particulière par 55 : (x,y)=(80+39k,  3517k)(x, y) = (-80 + 39k,\; 35 - 17k), kZk \in \Z.

Exercice 6.5 ★★

Démontrez que, pour a,bNa, b \in \N^* : gcd(a,b)×lcm(a,b)=ab\gcd(a,b) \times \operatorname{lcm}(a,b) = ab. (Utilisez les formules de valuation de la Proposition 6.16 et min(α,β)+max(α,β)=α+β\min(\alpha,\beta) + \max(\alpha,\beta) = \alpha + \beta.)

Solution

Solution de Exercice 6.5.

Pour tout nombre premier pp, avec α=vp(a)\alpha = v_p(a) et β=vp(b)\beta = v_p(b) :

vp(gcd(a,b))+vp(lcm(a,b))=min(α,β)+max(α,β)=α+β=vp(ab).v_p\bigl(\gcd(a,b)\bigr) + v_p\bigl(\operatorname{lcm}(a,b)\bigr) = \min(\alpha, \beta) + \max(\alpha, \beta) = \alpha + \beta = v_p(ab) .

Deux entiers strictement positifs ayant la même valuation en tout nombre premier sont égaux (Proposition 6.16), donc gcd(a,b)lcm(a,b)=ab\gcd(a,b)\operatorname{lcm}(a,b) = ab.

Exercice 6.6 ★★

Soient a=210×34×52a = 2^{10} \times 3^4 \times 5^2 et b=26×37×7b = 2^6 \times 3^7 \times 7. Calculez gcd(a,b)\gcd(a, b), lcm(a,b)\operatorname{lcm}(a,b), et le nombre de diviseurs positifs de aa. (Démontrez la formule du nombre de diviseurs i(αi+1)\prod_i (\alpha_i + 1).)

Solution

Solution de Exercice 6.6.

Valuations : gcd(a,b)=2min(10,6)3min(4,7)5min(2,0)7min(0,1)=2634=5184\gcd(a, b) = 2^{\min(10,6)} 3^{\min(4,7)} 5^{\min(2,0)} 7^{\min(0,1)} = 2^6\, 3^4 = 5184 ; lcm(a,b)=21037527\operatorname{lcm}(a,b) = 2^{10}\, 3^7\, 5^2\, 7.

Nombre de diviseurs : un diviseur positif de n=piαin = \prod p_i^{\alpha_i} est exactement un choix piβi\prod p_i^{\beta_i} avec 0βiαi0 \leq \beta_i \leq \alpha_i (Proposition 6.16) ; les choix sont indépendants, donc il y a i(αi+1)\prod_i (\alpha_i + 1) diviseurs. Pour aa : (10+1)(4+1)(2+1)=165(10+1)(4+1)(2+1) = 165.

Exercice 6.7 ★★

Démontrez que p\sqrt p est irrationnel pour tout nombre premier pp, en utilisant les valuations : comparez vpv_p des deux membres de pq2=r2p q^2 = r^2.

Solution

Solution de Exercice 6.7.

Supposons p=rq\sqrt p = \frac rq avec r,qNr, q \in \N^*, c’est-à-dire pq2=r2p q^2 = r^2. Appliquons vpv_p : vp(pq2)=1+2vp(q)v_p(pq^2) = 1 + 2v_p(q) est impair, tandis que vp(r2)=2vp(r)v_p(r^2) = 2 v_p(r) est pair. Un entier ne peut avoir à la fois une valuation pp-adique paire et impaire : contradiction. Donc pQ\sqrt p \notin \Q.

Exercice 6.8 ★★

(Problème des restes chinois) Trouvez tous les entiers xx tels que

x2(mod7),x5(mod11).x \equiv 2 \pmod 7, \qquad x \equiv 5 \pmod{11}.

Démontrez au passage que, pour m,nm, n premiers entre eux, le couple de congruences xa (m)x \equiv a \ (m), xb (n)x \equiv b\ (n) a toujours une solution, unique modulo mnmn.

Solution

Solution de Exercice 6.8.

Fait général. Avec gcd(m,n)=1\gcd(m,n) = 1, Bézout donne mu+nv=1mu + nv = 1. Posons x0=bmu+anvx_0 = b\,mu + a\,nv. Alors x0anva(1mu)a(modm)x_0 \equiv a\,nv \equiv a(1 - mu) \equiv a \pmod m et de même x0b(modn)x_0 \equiv b \pmod n : existence. Si xx et xx' sont deux solutions, mm et nn divisent xxx - x', donc mnxxmn \mid x - x' (Théorème 6.8 (2)) : unicité modulo mnmn.

Numériquement : m=7m = 7, n=11n = 11 : 7×(3)+11×2=17 \times (-3) + 11 \times 2 = 1. Donc x0=5×7×(3)+2×11×2=105+44=6116(mod77)x_0 = 5 \times 7 \times (-3) + 2 \times 11 \times 2 = -105 + 44 = -61 \equiv 16 \pmod{77}. Vérification : 16=2×7+22(mod7)16 = 2\times 7 + 2 \equiv 2 \pmod 7 ; 16=11+55(mod11)16 = 11 + 5 \equiv 5 \pmod{11}. Solutions : x16(mod77)x \equiv 16 \pmod{77}.

Exercice 6.9 ★★

Calculez 310003^{1000} modulo 77, ainsi que les deux derniers chiffres décimaux de 71007^{100} (modulo 100=4×25100 = 4 \times 25 : utilisez l’Exercice 6.8).

Solution

Solution de Exercice 6.9.

Modulo 77 : Fermat donne 3613^6 \equiv 1, et 1000=6×166+41000 = 6 \times 166 + 4, donc 3100034=814(mod7)3^{1000} \equiv 3^4 = 81 \equiv 4 \pmod 7.

Deux derniers chiffres de 71007^{100} : travaillons modulo 44 et modulo 2525. Modulo 44 : 717 \equiv -1, donc 710017^{100} \equiv 1. Modulo 2525 : 72=4917^2 = 49 \equiv -1, donc 7417^4 \equiv 1 et 7100=(74)2517^{100} = (7^4)^{25} \equiv 1. D’après le théorème des restes chinois (Exercice 6.8), 71001(mod100)7^{100} \equiv 1 \pmod{100} : les deux derniers chiffres sont 0101.

Exercice 6.10 ★★★

Pour m,nNm, n \in \N^*, démontrez que gcd(2m1,2n1)=2gcd(m,n)1\gcd(2^m - 1,\, 2^n - 1) = 2^{\gcd(m,n)} - 1. Indication : montrez d’abord que le reste de 2m12^m - 1 modulo 2n12^n - 1 est 2r12^r - 1, où rr est le reste de mm modulo nn ; puis suivez l’algorithme d’Euclide.

Solution

Solution de Exercice 6.10.

Écrivons m=nq+rm = nq + r, 0r<n0 \leq r < n. Alors

2m1=2r(2nq1)+2r1,2^m - 1 = 2^r\bigl(2^{nq} - 1\bigr) + 2^r - 1,

et 2n12^n - 1 divise 2nq1=(2n1)(2n(q1)++1)2^{nq} - 1 = (2^n - 1)(2^{n(q-1)} + \dots + 1). Donc, modulo 2n12^n - 1,   2m12r1\;2^m - 1 \equiv 2^r - 1, et comme 02r1<2n10 \leq 2^r - 1 < 2^n - 1, c’est bien le reste euclidien.

Par conséquent, l’algorithme d’Euclide appliqué au couple (2m1,2n1)(2^m - 1, 2^n - 1) reproduit, exposant par exposant, l’algorithme appliqué à (m,n)(m, n) : chaque étape de division remplace (m,n)(m, n) par (n,r)(n, r) à l’étage du haut et (2m1,2n1)(2^m - 1, 2^n - 1) par (2n1,2r1)(2^n - 1, 2^r - 1) à l’étage du bas. En haut, l’algorithme se termine sur gcd(m,n)\gcd(m,n), donc en bas il se termine sur 2gcd(m,n)12^{\gcd(m,n)} - 1.

Exercice 6.11 ★★★

(Théorème de Wilson) Soit pp un nombre premier. Démontrez que

(p1)!1(modp),(p-1)! \equiv -1 \pmod p ,

en appariant chaque facteur de (p1)!(p-1)! avec son inverse modulo pp et en identifiant les facteurs appariés à eux-mêmes (résolvez d’abord x21(modp)x^2 \equiv 1 \pmod p). Vérifiez la réciproque : si n2n \geq 2 n’est pas premier, alors (n1)!≢1(modn)(n-1)! \not\equiv -1 \pmod n.

Solution

Solution de Exercice 6.11.

Résolvons d’abord x21(modp)x^2 \equiv 1 \pmod p : p(x1)(x+1)p \mid (x-1)(x+1), donc, par le lemme d’Euclide, x1x \equiv 1 ou x1(modp)x \equiv -1 \pmod p.

Dans le produit (p1)!=1×2××(p1)(p-1)! = 1 \times 2 \times \dots \times (p-1), tout facteur aa est inversible modulo pp, et son inverse a1a^{-1} est encore l’un des facteurs (Proposition 6.20). Apparions chaque aa avec a1a^{-1} : les paires ont pour produit 11, sauf les facteurs appariés à eux-mêmes (a=a1a = a^{-1}, c’est-à-dire a21a^2 \equiv 1) qui restent seuls — et ce sont exactement 11 et p1p - 1. D’où

(p1)!1×(p1)1(modp).(p-1)! \equiv 1 \times (p - 1) \equiv -1 \pmod p .

(Pour p=2p = 2 : 1!=11(mod2)1! = 1 \equiv -1 \pmod 2 ; l’argument d’appariement dégénère mais le résultat subsiste.)

Réciproque. Soit n2n \geq 2 composé, n=abn = ab avec 1<ab<n1 < a \leq b < n. Si a<ba < b, tous deux apparaissent comme facteurs distincts de (n1)!(n-1)!, donc n(n1)!n \mid (n-1)! et (n1)!0≢1(n-1)! \equiv 0 \not\equiv -1. Si a=ba = b (c’est-à-dire n=a2n = a^2) : pour a3a \geq 3, aa et 2a2a sont tous deux <n< n, donc n=a2a×2a(n1)!n = a^2 \mid a \times 2a \mid (n-1)!, même conclusion ; pour n=4n = 4, (n1)!=62≢1(mod4)(n-1)! = 6 \equiv 2 \not\equiv -1 \pmod 4.

Exercice 6.12 ★★★

(Nombres de Fermat) Pour nNn \in \N, posons Fn=22n+1F_n = 2^{2^n} + 1.

  1. Démontrez que F0F1Fn1=Fn2F_0 F_1 \cdots F_{n-1} = F_n - 2 pour n1n \geq 1 (récurrence).
  2. Déduisez-en que les nombres de Fermat sont deux à deux premiers entre eux.
  3. Déduisez-en une seconde démonstration, indépendante du Théorème 6.14, du fait qu’il existe une infinité de nombres premiers.
Solution

Solution de Exercice 6.12.

  1. Récurrence. Pour n=1n = 1 : F0=3=F12=52F_0 = 3 = F_1 - 2 = 5 - 2. En supposant F0Fn1=Fn2F_0\cdots F_{n-1} = F_n - 2 :

    F0Fn=(Fn2)Fn=(22n1)(22n+1)=22n+11=Fn+12.F_0 \cdots F_n = (F_n - 2)F_n = \bigl(2^{2^n} - 1\bigr)\bigl(2^{2^n} + 1\bigr) = 2^{2^{n+1}} - 1 = F_{n+1} - 2 .
  2. Soient m<nm < n et d=gcd(Fm,Fn)d = \gcd(F_m, F_n). D’après (1), FmF_m divise Fn2F_n - 2, donc dd divise à la fois FnF_n et Fn2F_n - 2, et divise donc 22. Mais tout nombre de Fermat est impair, donc d=1d = 1.
  3. Chaque Fn3F_n \geq 3 a un diviseur premier pnp_n (première étape du Théorème 6.14). Si mnm \neq n, alors pmpnp_m \neq p_n, car un premier commun diviserait gcd(Fm,Fn)=1\gcd(F_m, F_n) = 1. L’application npnn \mapsto p_n est donc injective de N\N dans l’ensemble des nombres premiers : il existe une infinité de nombres premiers.

6.6 Problème : la formule de Legendre et les retenues de Kummer

Problème 6.1

Par combien de zéros se termine l’écriture décimale de 1000!1000! — et, plus profondément, quelle est la puissance exacte d’un nombre premier pp qui divise n!n!, ou qui divise un coefficient binomial ? Les réponses complètes sont deux joyaux de l’arithmétique élémentaire : la formule de Legendre vp(n!)=k1n/pkv_p(n!) = \sum_{k\geq1} \lfloor n/p^k \rfloor, avec son avatar en chiffres vp(n!)=nsp(n)p1v_p(n!) = \frac{n - s_p(n)}{p-1}, et le théorème de Kummer : vp(m+nm)v_p\binom{m+n}m compte les retenues de l’addition de mm et nn en base pp. Ce problème démontre les deux, les confronte numériquement l’un à l’autre, et en récolte les conséquences classiques — zéros terminaux, parité du triangle de Pascal, et une première minoration en direction du théorème des nombres premiers. Dans tout ce qui suit, pp est un nombre premier, x\floor{x} est la partie entière, et sp(n)s_p(n) désigne la somme des chiffres de nn écrit en base pp.

Partie I — Parties entières, valuations et formule de Legendre.

  1. Échauffement : calculez 10!10! et lisez-y son nombre de zéros terminaux ; calculez v2(10!)v_2(10!) et v5(10!)v_5(10!) directement à partir de la factorisation de chacun des facteurs 1,2,,101, 2, \dots, 10.
  2. Démontrez que, pour xRx \in \R et nNn \in \N^*, x/n=x/n\bigl\lfloor \lfloor x \rfloor / n \bigr\rfloor = \lfloor x/n \rfloor.
  3. Démontrez que vp(a+b)min(vp(a),vp(b))v_p(a + b) \geq \min\bigl(v_p(a), v_p(b)\bigr) pour tous a,bNa, b \in \N^*, avec égalité dès que vp(a)vp(b)v_p(a) \neq v_p(b).
  4. Montrez que le nombre de multiples de mm dans [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n est n/m\lfloor n/m \rfloor.
  5. Démontrez la formule de Legendre : pour tout nNn \in \N^*,

    vp(n!)=k=1npkv_p(n!) = \sum_{k=1}^{\infty} \Bigl\lfloor \frac{n}{p^k} \Bigr\rfloor

    (somme finie : les termes s’annulent dès que pk>np^k > n). Comptez, pour chaque kk, les facteurs de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n divisibles par pkp^k : chacun contribue exactement pour une unité par niveau qu’il atteint.

Partie II — La forme en chiffres et les zéros terminaux.

  1. Calculez v5(1000!)v_5(1000!) et v2(1000!)v_2(1000!), et concluez : par combien de zéros se termine 1000!1000! ?
  2. Démontrez la forme en chiffres de la formule de Legendre : en écrivant n=iaipin = \sum_i a_i p^i en base pp,

    vp(n!)=nsp(n)p1.v_p(n!) = \frac{n - s_p(n)}{p - 1} .
  3. Deux conséquences pour p=2p = 2 : montrez que 2n2^n ne divise jamais n!n!, et que 2n12^{n-1} divise n!n! exactement lorsque nn est une puissance de 22.
  4. Encadrez le défaut : montrez que np1logp(n)1vp(n!)<np1\frac n{p-1} - \log_p(n) - 1 \leq v_p(n!) < \frac n{p-1}, de sorte que vp(n!)n1p1\frac{v_p(n!)}{n} \to \frac1{p-1} : à la longue, il s’accumule une proportion 1p1\frac1{p-1} de facteur pp par unité.
  5. Soit Z(n)=v5(n!)Z(n) = v_5(n!) le nombre de zéros terminaux de n!n!. Montrez que Z(n)Z(n1)=v5(n)Z(n) - Z(n-1) = v_5(n), déduisez-en que ZZ saute entièrement la valeur 55 (calculez Z(24)Z(24) et Z(25)Z(25)), et démontrez qu’aucune factorielle ne se termine par exactement cinq zéros.

Partie III — Le théorème de Kummer.

  1. Démontrez que x+yxy{0,1}\lfloor x + y \rfloor - \lfloor x \rfloor - \lfloor y \rfloor \in \{0, 1\} pour tous x,yRx, y \in \R, et déduisez de la formule de Legendre que

    vp(m+nm)=k1(m+npkmpknpk),v_p\binom{m+n}m = \sum_{k\geq1}\Bigl( \Bigl\lfloor\frac{m+n}{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac{m}{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac{n}{p^k}\Bigr\rfloor\Bigr),

    somme de termes valant chacun 00 ou 11.

  2. Démontrez le théorème de Kummer : le kk-ième terme de cette somme vaut 11 exactement lorsque l’addition de mm et nn en base pp produit une retenue en position kk ; donc vp(m+nm)v_p\binom{m+n}m est le nombre total de retenues. (Écrivez m=pkm1+m0m = p^km_1 + m_0 et n=pkn1+n0n = p^kn_1 + n_0 avec 0m0,n0<pk0 \leq m_0, n_0 < p^k et examinez (m0+n0)/pk\lfloor (m_0 + n_0)/p^k \rfloor.)
  3. Déduisez-en que, pour 0<j<pk0 < j < p^k :

    vp(pkj)=kvp(j),v_p\binom{p^k}{j} = k - v_p(j) ,

    en comptant les retenues dans l’addition j+(pkj)j + (p^k - j). (En particulier p(pj)p \mid \binom p j pour 0<j<p0 < j < p : l’étape clé du Théorème 6.23, retrouvée.)

  4. Démontrez que v2(2nn)=s2(n)v_2\binom{2n}n = s_2(n). Déduisez-en que le coefficient binomial central est toujours pair, et que (2nn)2(mod4)\binom{2n}n \equiv 2 \pmod 4 exactement lorsque nn est une puissance de 22.
  5. Montrez, à l’aide de l’identité de Vandermonde (Exercice 2.7) et de la question 13, que (2pp)2(modp)\binom{2p}p \equiv 2 \pmod p pour tout nombre premier pp.
  6. Calculez v3(1000500)v_3\binom{1000}{500} de deux façons : une fois par Kummer (écrivez 500500 en base 33 et comptez les retenues dans 500+500500 + 500), une fois par la forme en chiffres de Legendre (calculez s3(500)s_3(500) et s3(1000)s_3(1000)) ; vérifiez que les deux donnent la même valeur.

Partie IV — La parité du triangle de Pascal, et une minoration de la densité des nombres premiers.

  1. Démontrez le critère sur les chiffres : (nk)\binom nk est impair si et seulement si chaque chiffre binaire de kk est au plus égal au chiffre correspondant de nn. Énoncez et démontrez le critère analogue pour p(nk)p \nmid \binom nk en base pp.
  2. Déduisez-en que la ligne nn du triangle de Pascal contient exactement 2s2(n)2^{s_2(n)} coefficients impairs ; vérifiez-le sur les lignes 44 et 55.
  3. Déduisez-en que tous les coefficients intérieurs (nk)\binom nk (0<k<n0 < k < n) sont pairs si et seulement si nn est une puissance de 22.
  4. Démontrez que toute puissance de nombre premier divisant (m+nm)\binom{m+n}m est au plus m+nm + n : si pa(m+nm)p^a \mid \binom{m+n}m, alors pam+np^a \leq m + n. (Combien de termes non nuls la somme de la question 11 peut-elle avoir ?)
  5. Déduisez-en que (2nn)\binom{2n}n divise lcm(1,2,,2n)\operatorname{lcm}(1, 2, \dots, 2n), et combinez avec la minoration (2nn)4n2n+1\binom{2n}n \geq \frac{4^n}{2n+1} (que vous démontrerez : le coefficient central est le plus grand des 2n+12n + 1 coefficients de la ligne 2n2n) pour obtenir

    lcm(1,,2n)4n2n+1:\operatorname{lcm}(1, \dots, 2n) \geq \frac{4^n}{2n+1} :

    les multiples communs des premiers entiers croissent exponentiellement — un premier aperçu quantitatif de l’abondance des nombres premiers.

Partie V — Synthèse.

  1. Trouvez le plus petit nn tel que n!n! se termine par au moins 20262026 zéros. (Estimez Z(n)n/4Z(n) \approx n/4, puis ajustez à l’aide de la formule exacte.)
  2. Une dernière vérification croisée : montrez que 77 ne divise pas (10050)\binom{100}{50}, d’abord en écrivant 5050 en base 77 et en vérifiant que l’addition 50+5050 + 50 est sans retenue, puis en calculant v7(100!)v_7(100!) et v7(50!)v_7(50!) avec la formule de Legendre.
  3. Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) l’unicité de la factorisation ; (ii) la décomposition par division euclidienne n=pkn1+n0n = p^k n_1 + n_0 ; (iii) un argument de dénombrement du Chapitre 2 ? Une phrase pour chacun.
  4. Synthèse, en un court paragraphe : la formule de Legendre transforme une question de divisibilité en arithmétique des chiffres, et le théorème de Kummer lit la réponse sur les retenues d’une seule addition — commentez cette traduction, les vérifications de la question 16, et ce que la minoration de la question 21 suggère au sujet des nombres premiers (l’énoncé complet, le théorème des nombres premiers, dépasse de loin ce volume ; l’analogue polynomial de la boîte à outils de ce chapitre est le Chapitre 8).
Solution

Solution de Problème 6.1.

1. 10!=362880010! = 3\,628\,800 : deux zéros terminaux. Valuations facteur par facteur : les puissances de 22 proviennent de 2,4=22,6,8=23,102, 4 = 2^2, 6, 8 = 2^3, 10, ce qui totalise v2(10!)=1+2+1+3+1=8v_2(10!) = 1 + 2 + 1 + 3 + 1 = 8 ; les puissances de 55 proviennent de 55 et 1010 : v5(10!)=2v_5(10!) = 2. Zéros terminaux =min(v2,v5)=2= \min(v_2, v_5) = 2, cohérent.

2. Écrivons la division euclidienne x=nq+r\lfloor x\rfloor = nq + r, 0rn10 \leq r \leq n - 1. Alors x=nq+r+{x}x = nq + r + \{x\} avec 0r+{x}<n0 \leq r + \{x\} < n, donc x/n=q=x/n\lfloor x/n \rfloor = q = \bigl\lfloor \lfloor x \rfloor / n \bigr\rfloor.

3. Soit α=vp(a)β=vp(b)\alpha = v_p(a) \leq \beta = v_p(b) (quitte à échanger) et écrivons a=pαaa = p^\alpha a', b=pβbb = p^\beta b' avec pa,bp \nmid a', b'. Alors a+b=pα(a+pβαb)a + b = p^\alpha\bigl(a' + p^{\beta - \alpha}b'\bigr), donc vp(a+b)α=minv_p(a + b) \geq \alpha = \min. Si α<β\alpha < \beta, la parenthèse vaut a+pβαba≢0(modp)a' + p^{\beta-\alpha}b' \equiv a' \not\equiv 0 \pmod p : la valuation est exactement α\alpha.

4. Les multiples de mm dans [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n sont m,2m,,qmm, 2m, \dots, qmqq est le plus grand entier tel que qmnqm \leq n, c’est-à-dire q=n/mq = \lfloor n/m \rfloor.

5. Par unicité de la factorisation, vp(n!)=j=1nvp(j)v_p(n!) = \sum_{j=1}^{n} v_p(j). Comptons autrement : chaque jj contribue pour vp(j)=#{k1:pkj}v_p(j) = \#\{k \geq 1 : p^k \mid j\}, donc

vp(n!)=j=1n#{k:pkj}=k1#{jn:pkj}=k1npkv_p(n!) = \sum_{j=1}^n \#\{k : p^k \mid j\} = \sum_{k\geq1} \#\{j \leq n : p^k \mid j\} = \sum_{k\geq1} \Bigl\lfloor \frac n{p^k} \Bigr\rfloor

d’après la question 4 — c’est la formule de Legendre. La somme est finie : les termes avec pk>np^k > n s’annulent.

6. v5(1000!)=200+40+8+1=249v_5(1000!) = 200 + 40 + 8 + 1 = 249 (divisions par 5,25,125,6255, 25, 125, 625) ; v2(1000!)=500+250+125+62+31+15+7+3+1=994v_2(1000!) = 500 + 250 + 125 + 62 + 31 + 15 + 7 + 3 + 1 = 994. Zéros terminaux de 1000!1000! : chaque zéro consomme un 22 et un 55, il y en a donc min(994,249)=249\min(994, 249) = 249.

7. Avec n=iaipin = \sum_i a_ip^i, la question 2 donne n/pk=ikaipik\lfloor n/p^k \rfloor = \sum_{i \geq k} a_ip^{i-k} (on tronque le développement en base pp). En sommant sur k1k \geq 1 et en échangeant les deux sommes finies :

vp(n!)=i1aik=1ipik=i0aipi1p1=nsp(n)p1.v_p(n!) = \sum_{i\geq1} a_i \sum_{k=1}^{i} p^{i-k} = \sum_{i\geq0} a_i\,\frac{p^i - 1}{p - 1} = \frac{n - s_p(n)}{p - 1} .

8. Pour p=2p = 2 : v2(n!)=ns2(n)v_2(n!) = n - s_2(n). Comme n1n \geq 1 vérifie s2(n)1s_2(n) \geq 1, on a toujours v2(n!)n1<nv_2(n!) \leq n - 1 < n : 2nn!2^n \nmid n!. Et v2(n!)=n1v_2(n!) = n - 1 si et seulement si s2(n)=1s_2(n) = 1, si et seulement si nn est une puissance de 22.

9. nn a logpn+1\lfloor \log_p n \rfloor + 1 chiffres en base pp, chacun au plus p1p - 1, donc 1sp(n)(p1)(logp(n)+1)1 \leq s_p(n) \leq (p-1)\bigl(\log_p(n) + 1\bigr). En substituant dans la question 7 :

np1logp(n)1    vp(n!)  <  np1,\frac n{p-1} - \log_p(n) - 1 \;\leq\; v_p(n!) \;<\; \frac n{p-1},

et en divisant par nn : vp(n!)n1p1\frac{v_p(n!)}n \to \frac1{p-1}.

10. Z(n)Z(n1)=v5(n!/(n1)!)=v5(n)Z(n) - Z(n-1) = v_5(n!/(n-1)!) = v_5(n) : le nombre de zéros terminaux fait un saut de v5(n)v_5(n) à chaque multiple de 55 et est constant entre deux. Z(24)=24/5=4Z(24) = \lfloor24/5\rfloor = 4 et Z(25)=5+1=6Z(25) = 5 + 1 = 6 : en n=25n = 25, le compte saute de 44 directement à 66 (v5(25)=2v_5(25) = 2), et comme ZZ est croissante avec Z4Z \leq 4 avant et Z6Z \geq 6 après, la valeur 55 n’est jamais atteinte : aucune factorielle ne se termine par exactement cinq zéros.

11. Écrivons x=x+{x}x = \lfloor x\rfloor + \{x\} : x+y=x+y+{x}+{y}\lfloor x + y\rfloor = \lfloor x\rfloor + \lfloor y\rfloor + \lfloor \{x\} + \{y\}\rfloor, et 0{x}+{y}<20 \leq \{x\} + \{y\} < 2 fait que la dernière partie entière vaut 00 ou 11. Puis, par Legendre appliqué trois fois,

vp(m+nm)=vp((m+n)!)vp(m!)vp(n!)=k1(m+npkmpknpk),v_p\binom{m+n}m = v_p\bigl((m{+}n)!\bigr) - v_p(m!) - v_p(n!) = \sum_{k\geq1}\Bigl( \Bigl\lfloor\frac{m+n}{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac{m}{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac{n}{p^k}\Bigr\rfloor\Bigr),

une somme finie de 00 et de 11 (on applique la première assertion à x=m/pkx = m/p^k, y=n/pky = n/p^k).

12. Fixons k1k \geq 1 et écrivons m=pkm1+m0m = p^km_1 + m_0, n=pkn1+n0n = p^kn_1 + n_0 avec 0m0,n0<pk0 \leq m_0, n_0 < p^k (division euclidienne : m0m_0 est le nombre formé des kk chiffres de poids faible de mm). Alors

m+npkmpknpk=m0+n0pk,\Bigl\lfloor\frac{m+n}{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac m{p^k}\Bigr\rfloor - \Bigl\lfloor\frac n{p^k}\Bigr\rfloor = \Bigl\lfloor\frac{m_0 + n_0}{p^k}\Bigr\rfloor ,

qui vaut 11 si m0+n0pkm_0 + n_0 \geq p^k et 00 sinon. Or m0+n0pkm_0 + n_0 \geq p^k signifie précisément que l’addition des kk chiffres de poids faible de mm et de nn déborde en position kk — une retenue en position kk dans l’algorithme d’addition appris à l’école. En sommant sur kk : vp(m+nm)v_p\binom{m+n}m est le nombre de retenues de l’addition m+nm + n en base pp. (Kummer, 1852.)

13. Appliquons Kummer à m=jm = j, n=pkjn = p^k - j, de somme pk=(100k)pp^k = (1\underbrace{0\cdots0}_{k})_p. Posons a=vp(j)a = v_p(j) : les chiffres en base pp de jj aux positions 0,,a10, \dots, a-1 sont nuls et le chiffre en position aa est non nul. Les chiffres de pkjp^k - j en dessous de la position aa sont nuls eux aussi (pkj=pa(pkaj/pa)p^k - j = p^a(p^{k-a} - j/p^a)). En position aa, les deux chiffres non nuls doivent avoir pour somme pp (chiffre résultat 00) : une retenue ; à chacune des positions a+1,,k1a+1, \dots, k-1, les chiffres augmentés de la retenue entrante ont pour somme pp (chiffre résultat 00 de nouveau) : la retenue se propage. Au total : kak - a retenues, donc vp(pkj)=kvp(j)v_p\binom{p^k}j = k - v_p(j). Pour k=1k = 1 : vp(pj)=1v_p\binom pj = 1 pour 0<j<p0 < j < p, la divisibilité utilisée au Théorème 6.23.

14. Par la forme en chiffres (question 7), en utilisant s2(2n)=s2(n)s_2(2n) = s_2(n) (on ajoute un chiffre 00) :

v2(2nn)=(2ns2(2n))2(ns2(n))=2s2(n)s2(2n)=s2(n)1:v_2\binom{2n}n = \bigl(2n - s_2(2n)\bigr) - 2\bigl(n - s_2(n)\bigr) = 2s_2(n) - s_2(2n) = s_2(n) \geq 1 :

(2nn)\binom{2n}n est toujours pair, et v2=1v_2 = 1 (c’est-à-dire (2nn)2(mod4)\binom{2n}n \equiv 2 \pmod 4) exactement lorsque s2(n)=1s_2(n) = 1, c’est-à-dire lorsque nn est une puissance de 22.

15. Vandermonde avec m=n=k=pm = n = k = p : (2pp)=j=0p(pj)(ppj)=j=0p(pj)2\binom{2p}p = \sum_{j=0}^p \binom pj\binom p{p-j} = \sum_{j=0}^p \binom pj^2. Pour 0<j<p0 < j < p, p(pj)p \mid \binom pj (question 13), donc (pj)20(modp)\binom pj^2 \equiv 0 \pmod p ; les termes extrêmes donnent 1+11 + 1 : (2pp)2(modp)\binom{2p}p \equiv 2 \pmod p.

16. Base 33 : 500=486+9+3+2500 = 486 + 9 + 3 + 2, chiffres (des poids faibles aux poids forts) (2,1,1,0,0,2)(2, 1, 1, 0, 0, 2), donc s3(500)=6s_3(500) = 6 ; et 1000=729+243+27+11000 = 729 + 243 + 27 + 1, chiffres (1,0,0,1,0,1,1)(1, 0, 0, 1, 0, 1, 1), donc s3(1000)=4s_3(1000) = 4. Kummer : additionnons 500+500500 + 500 en base 33 : position 00 : 2+2=42 + 2 = 4, chiffre 11, retenue 11 ; position 11 : 1+1+1=31 + 1 + 1 = 3, chiffre 00, retenue 11 ; position 22 : 1+1+1=31 + 1 + 1 = 3, chiffre 00, retenue 11 ; position 33 : 0+0+1=10 + 0 + 1 = 1, pas de retenue ; position 44 : 00 ; position 55 : 2+2=42 + 2 = 4, chiffre 11, retenue 11 ; position 66 : la retenue tombe : chiffre 11. Quatre retenues : v3(1000500)=4v_3\binom{1000}{500} = 4. Legendre : v3(1000!)=100042=498v_3(1000!) = \frac{1000 - 4}2 = 498 et v3(500!)=50062=247v_3(500!) = \frac{500 - 6}2 = 247, donc v3(1000500)=4982×247=4v_3\binom{1000}{500} = 498 - 2\times247 = 4. Les deux calculs concordent — et les chiffres de l’addition (1,0,0,1,0,1,1)(1, 0, 0, 1, 0, 1, 1) redonnent 10001000, comme il se doit.

17. Par Kummer (p=2p = 2, m=km = k, n=nkn' = n - k) : (nk)\binom nk est impair si et seulement si l’addition k+(nk)k + (n - k) en base 22 n’a aucune retenue, si et seulement si, à chaque position, les chiffres vérifient ki+(nk)i=nik_i + (n - k)_i = n_i ; dans ce cas kinik_i \leq n_i pour tout ii. Réciproquement, si kinik_i \leq n_i pour tout ii, alors le nombre dont les chiffres sont nikin_i - k_i vaut nkn - k, et l’addition est sans retenue. Même démonstration en base pp : p(nk)p \nmid \binom nk si et seulement si chaque chiffre en base pp de kk est au plus égal au chiffre correspondant de nn.

18. En comptant les k[ ⁣[0,n] ⁣]k \in \intint0n dont les chiffres vérifient kinik_i \leq n_i : chaque chiffre de kk est choisi indépendamment parmi ni+1n_i + 1 valeurs, ce qui donne i(ni+1)\prod_i (n_i + 1) choix ; en base 22 cela vaut 2#{i:ni=1}=2s2(n)2^{\#\{i : n_i = 1\}} = 2^{s_2(n)}. Ligne 4=(100)24 = (100)_2 : 21=22^1 = 2 coefficients impairs — en effet 1,4,6,4,11, 4, 6, 4, 1 n’a de coefficients impairs qu’aux extrémités. Ligne 5=(101)25 = (101)_2 : 22=42^2 = 4 — en effet 1,5,10,10,5,11, 5, 10, 10, 5, 1.

19. Tous les coefficients intérieurs sont pairs     \iff la ligne a exactement 22 coefficients impairs (les deux extrémités le sont toujours)     2s2(n)=2    s2(n)=1    n\iff 2^{s_2(n)} = 2 \iff s_2(n) = 1 \iff n est une puissance de 22.

20. Dans la somme de la question 11, le kk-ième terme s’annule dès que pk>m+np^k > m + n (les trois parties entières sont alors égales, la première valant même 00 quand pk>m+np^k > m+n ; plus simplement, chaque terme est nul). Donc au plus logp(m+n)\lfloor \log_p(m+n)\rfloor termes sont non nuls, chacun valant 11 : a=vp(m+nm)logp(m+n)a = v_p\binom{m+n}m \leq \log_p(m+n), c’est-à-dire pam+np^a \leq m + n.

21. Pour tout nombre premier pp, vp(lcm(1,,2n))=logp(2n)v_p\bigl(\operatorname{lcm}(1, \dots, 2n)\bigr) = \lfloor\log_p(2n)\rfloor (la plus grande puissance de pp n’excédant pas 2n2n figure parmi 1,,2n1, \dots, 2n). La question 20 avec m=nm = n donne vp(2nn)logp(2n)v_p\binom{2n}n \leq \lfloor\log_p(2n)\rfloor pour tout pp : d’après la Proposition 6.16, (2nn)lcm(1,,2n)\binom{2n}n \mid \operatorname{lcm}(1, \dots, 2n). Pour la taille : le rapport (2nk+1)/(2nk)=2nkk+11\binom{2n}{k+1}/\binom{2n}k = \frac{2n-k}{k+1} \geq 1 exactement pour k<nk < n, donc le coefficient central est le plus grand des 2n+12n + 1 coefficients de la ligne 2n2n, d’où 4n=k(2nk)(2n+1)(2nn)4^n = \sum_k \binom{2n}k \leq (2n+1)\binom{2n}n. En combinant :

lcm(1,,2n)(2nn)4n2n+1.\operatorname{lcm}(1, \dots, 2n) \geq \binom{2n}n \geq \frac{4^n}{2n + 1} .

S’il y avait peu de nombres premiers en dessous de 2n2n, le PPCM ne pourrait pas être aussi grand : la croissance exponentielle du PPCM est une trace quantitative de l’abondance des nombres premiers.

22. Z(n)=kn/5kn4Z(n) = \sum_k\lfloor n/5^k\rfloor \approx \frac n4, on vise donc autour de n=4×2026=8104n = 4 \times 2026 = 8104 : Z(8104)=1620+324+64+12+2=2022Z(8104) = 1620 + 324 + 64 + 12 + 2 = 2022. Montons de multiple de 55 en multiple de 55 : Z(8110)=2024Z(8110) = 2024, Z(8115)=2025Z(8115) = 2025, et

Z(8120)=1624+324+64+12+2=2026.Z(8120) = 1624 + 324 + 64 + 12 + 2 = 2026 .

Comme ZZ est constante entre deux multiples de 55 et que Z(8119)=Z(8115)=2025Z(8119) = Z(8115) = 2025, le plus petit nn ayant au moins 20262026 zéros terminaux est n=8120n = 8120.

23. Base 77 : 50=49+150 = 49 + 1, chiffres (des poids faibles aux poids forts) (1,0,1)(1, 0, 1). Additionnons 50+5050 + 50 : position 00 : 1+1=2<71 + 1 = 2 < 7, pas de retenue ; position 11 : 0+0=00 + 0 = 0 ; position 22 : 1+1=2<71 + 1 = 2 < 7, pas de retenue. Sans retenue, donc par Kummer v7(10050)=0v_7\binom{100}{50} = 0 : 7(10050)7 \nmid \binom{100}{50}. Legendre confirme : v7(100!)=100/7+100/49=14+2=16v_7(100!) = \lfloor 100/7 \rfloor + \lfloor 100/49 \rfloor = 14 + 2 = 16 et v7(50!)=7+1=8v_7(50!) = 7 + 1 = 8, donc v7(10050)=162×8=0v_7\binom{100}{50} = 16 - 2\times8 = 0.

24. (i) L’unicité de la factorisation sous-tend la définition même de vpv_p et son additivité, donc la formule de Legendre et toutes les conclusions de divisibilité (Proposition 6.16). (ii) La division euclidienne a produit l’identité de troncature de la question 2 et la décomposition m=pkm1+m0m = p^km_1 + m_0 qui isole la retenue (question 12). (iii) Dénombrement : le comptage des multiples de mm (question 4), le produit des choix de chiffres (question 18) et la majoration par la somme d’une ligne 4n(2n+1)(2nn)4^n \leq (2n+1)\binom{2n}n (question 21) sont tous des arguments dans l’esprit du Chapitre 2.

25. Legendre convertit « quelle puissance de pp divise n!n! » en arithmétique des chiffres en base pp ; Kummer comprime la réponse, pour les coefficients binomiaux, dans les retenues d’une seule addition — la divisibilité, apparemment propriété globale d’énormes nombres, se lit localement, chiffre par chiffre. La question 16 en est le paradigme : quatre retenues, calculées à la main, déterminent la puissance exacte de 33 dans un nombre de plusieurs centaines de chiffres. Et la question 21 montre le même cercle d’idées effleurant des eaux profondes : une minoration exponentielle de lcm(1,,2n)\operatorname{lcm}(1, \dots, 2n) est un premier pas, entièrement élémentaire, vers le théorème des nombres premiers, dont la démonstration dépasse de loin ce volume. Toute la boîte à outils — division, PGCD, valuations — est rejouée pour les polynômes au Chapitre 8, où l’analogue du développement en chiffres est le développement suivant les puissances de (Xa)(X - a).