Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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7Structures algébriques

Les mêmes règles de calcul ne cessent de réapparaître : entiers, nombres réels, nombres complexes, classes de congruence, et bientôt polynômes (Chapitre 8), vecteurs et matrices (Chapitres 18 et 21). L’algèbre extrait les schémas communs et leur donne un nom : groupe, anneau, corps. Démontrer un fait une seule fois, au niveau de la structure, le démontre d’un coup pour tous les exemples.

7.1 Lois de composition

Définition 7.1

Une loi de composition interne sur un ensemble EE est une application E×EEE \times E \to E, notée (x,y)xy(x, y) \mapsto x * y. Elle est associative lorsque (xy)z=x(yz)(x*y)*z = x*(y*z) toujours, commutative lorsque xy=yxx * y = y * x toujours. Un élément ee est un élément neutre lorsque ex=xe=xe * x = x * e = x pour tout xx ; alors xx' est un inverse de xx lorsque xx=xx=ex * x' = x' * x = e.

Proposition 7.2 (Unicité)

Une loi admet au plus un élément neutre ; pour une loi associative possédant un élément neutre, chaque élément a au plus un inverse.

Démonstration. Si ee et ee' sont neutres : e=ee=ee = e * e' = e'. Si xx' et xx'' inversent xx : x=xe=x(xx)=(xx)x=ex=xx' = x' * e = x' * (x * x'') = (x' * x) * x'' = e * x'' = x''.

7.2 Groupes

Définition 7.3 (Groupe)

Un groupe (G,)(G, *) est un ensemble muni d’une loi associative admettant un élément neutre et dans lequel tout élément possède un inverse. Le groupe est abélien lorsque la loi est commutative.

Exemple 7.4

(Z,+)(\Z, +), (Q,+)(\Q, +), (R,+)(\R, +), (C,+)(\C, +) ; (Q,×)(\Q^*, \times), (R,×)(\R^*, \times), (C,×)(\C^*, \times), (Un,×)(\mathbb{U}_n, \times) (racines de l’unité, Définition 3.17) ; l’ensemble S(E)\mathfrak{S}(E) des bijections d’un ensemble EE sur lui-même, muni de la composition — le groupe symétrique de EE, non abélien dès que E3\abs E \geq 3. Ne sont pas des groupes : (N,+)(\N, +) (pas d’inverses), (Z,×)(\Z, \times) (seuls ±1\pm 1 sont inversibles).

Proposition 7.5 (Règles de calcul)

Dans un groupe GG (noté multiplicativement, de neutre ee) :

  1. simplification : ax=ay    x=yax = ay \implies x = y et xa=ya    x=yxa = ya \implies x = y ;
  2. (ab)1=b1a1(ab)^{-1} = b^{-1} a^{-1} et (a1)1=a(a^{-1})^{-1} = a ;
  3. pour a,bGa, b \in G, chacune des équations ax=bax = b et xa=bxa = b admet une unique solution (x=a1bx = a^{-1}b, resp. x=ba1x = b a^{-1}).

Démonstration. (1) On multiplie par a1a^{-1} du bon côté, en utilisant l’associativité. (2) (b1a1)(ab)=b1(a1a)b=b1b=e(b^{-1}a^{-1})(ab) = b^{-1}(a^{-1}a)b = b^{-1}b = e et symétriquement ; l’unicité de l’inverse conclut ; le second point est la Proposition 7.2 appliquée à a1a^{-1}. (3) On substitue, et (1) donne l’unicité.

Exemple 7.6 (Les symétries d’un rectangle)

Un rectangle (non carré) admet exactement quatre isométries de lui-même sur lui-même : l’identité ee, la symétrie d’axe horizontal hh, la symétrie d’axe vertical vv, et le demi-tour rr autour du centre. La composition fait de cet ensemble à quatre éléments un groupe : chaque élément est son propre inverse (h2=v2=r2=eh^2 = v^2 = r^2 = e), et le produit de deux éléments distincts autres que le neutre est le troisième (hv=vh=rhv = vh = r : composer les deux symétries axiales donne le demi-tour). La table est symétrique, donc le groupe est abélien — et pourtant ce n’est pas le même groupe que celui des rotations U4\mathbb U_4 de l’Exemple 7.15 : là, i\iu est d’ordre 44, tandis qu’ici tout élément est d’ordre 2\leq 2. Deux groupes de même taille peuvent donc avoir des structures multiplicatives véritablement différentes — la figure ci-dessous affiche les deux tables côte à côte. Ce groupe à quatre éléments réapparaîtra sous la forme {±1}×{±1}\{\pm1\} \times \{\pm1\}, et l’Exercice 7.7 explique pourquoi tout groupe dont tous les carrés sont triviaux est, comme celui-ci, nécessairement abélien.

Deux groupes à quatre éléments : U_4 = \e, , -1, - \ (à gauche) et le groupe du rectangle (à droite), les positions du neutre étant grisées. À gauche, le neutre serpente (un élément d’ordre 4 engendre tout) ; à droite, il remplit la diagonale (tout élément a pour carré e). Aucun changement de noms ne transforme une table en l’autre : les groupes ne sont pas isomorphes.
Deux groupes à quatre éléments : U4={e,i,1,i}\mathbb U_4 = \{e, \iu, -1, -\iu\} (à gauche) et le groupe du rectangle (à droite), les positions du neutre étant grisées. À gauche, le neutre serpente (un élément d’ordre 44 engendre tout) ; à droite, il remplit la diagonale (tout élément a pour carré ee). Aucun changement de noms ne transforme une table en l’autre : les groupes ne sont pas isomorphes.

Définition 7.7 (Sous-groupe)

Une partie HH d’un groupe GG est un sous-groupe (on note HGH \leq G) lorsqu’elle contient ee, est stable par la loi et par passage à l’inverse. Alors HH est lui-même un groupe.

Critère : une partie non vide HGH \subseteq G est un sous-groupe si et seulement si

x,yH,xy1H.\forall x, y \in H, \quad x y^{-1} \in H .

Démonstration du critère. Un sous-groupe le vérifie de façon évidente. Réciproquement, soit HH \neq \emptyset le vérifiant, et prenons x0Hx_0 \in H. Alors e=x0x01He = x_0 x_0^{-1} \in H ; pour yHy \in H, y1=ey1Hy^{-1} = e\,y^{-1} \in H ; et pour x,yHx, y \in H, xy=x(y1)1Hxy = x (y^{-1})^{-1} \in H.

Exemple 7.8

Un(C,×)\mathbb{U}_n \leq (\C^*, \times) : non vide, et pour z,wUnz, w \in \mathbb{U}_n, (zw1)n=zn(wn)1=1(zw^{-1})^n = z^n (w^n)^{-1} = 1. Les sous-groupes de (Z,+)(\Z, +) sont exactement les nZn\Z (démontré en Théorème 6.4). Une intersection de sous-groupes est toujours un sous-groupe, mais une réunion ne l’est presque jamais (Exercice 7.6).

Remarque 7.9 (Pièges classiques avec les structures)

  1. La stabilité par la loi ne suffit pas. N\N est stable par addition dans Z\Z et contient 00, mais n’est pas un sous-groupe : les inverses manquent. Le critère xy1Hxy^{-1} \in H teste tout d’un coup — mais seulement après avoir vérifié que HH \neq \emptyset.
  2. Réflexes non abéliens. Dans un groupe quelconque, (ab)2=abab(ab)^2 = abab, qui ne vaut a2b2a^2b^2 que si aa et bb commutent ; de même (ab)1=b1a1(ab)^{-1} = b^{-1}a^{-1}, dans l’ordre inverse. Toute identité importée de l’algèbre du lycée doit être redémontrée à partir des axiomes, ou signalée comme valable dans le cas commutatif.
  3. Noyau contre image. kerf\ker f vit dans l’ensemble de départ, imf\operatorname{im} f dans l’ensemble d’arrivée ; « ff est injectif si et seulement si kerf\ker f est trivial » (Proposition 7.11) n’a aucun analogue avec l’image (imf=G\operatorname{im} f = G', c’est la surjectivité).
  4. Les anneaux ne sont pas des groupes pour ×\times. Dans un anneau, la plupart des éléments n’ont aucune raison d’être inversibles, et simplifier par aa exige que aa soit inversible ou que l’anneau soit intègre : dans Z/12Z\Z/12\Z, 32=36\overline3\,\overline2 = \overline3\,\overline6 alors que 26\overline2 \neq \overline6 (Exemple 7.27).

Définition 7.10 (Morphisme de groupes)

Soient (G,)(G, *) et (G,)(G', \star) deux groupes. Une application f ⁣:GGf \colon G \to G' est un morphisme lorsque

x,yG,f(xy)=f(x)f(y).\forall x, y \in G, \qquad f(x * y) = f(x) \star f(y).

On a alors f(eG)=eGf(e_G) = e_{G'} et f(x1)=f(x)1f(x^{-1}) = f(x)^{-1}. Le noyau et l’image de ff sont

kerf=f1({eG})G,imf=f(G)G.\ker f = f^{-1}(\{e_{G'}\}) \leq G, \qquad \operatorname{im} f = f(G) \leq G' .

Un morphisme bijectif est un isomorphisme ; son application réciproque est alors automatiquement un morphisme.

Démonstration des assertions. f(e)=f(ee)=f(e)f(e)f(e) = f(e * e) = f(e)\star f(e), et en simplifiant par f(e)f(e) on obtient eG=f(e)e_{G'} = f(e). Ensuite f(x)f(x1)=f(xx1)=eGf(x)\star f(x^{-1}) = f(x x^{-1}) = e_{G'} identifie f(x1)f(x^{-1}) comme étant l’inverse. Noyau : ekerfe \in \ker f ; si x,ykerfx, y \in \ker f, f(xy1)=f(x)f(y)1=ef(xy^{-1}) = f(x)f(y)^{-1} = e ; le critère s’applique. Image : même critère, avec f(x)f(y)1=f(xy1)f(x)f(y)^{-1} = f(xy^{-1}). Réciproque d’un isomorphisme : pour u,vGu, v \in G', écrivons u=f(x)u = f(x), v=f(y)v = f(y) ; alors f1(uv)=f1(f(xy))=xy=f1(u)f1(v)f^{-1}(u \star v) = f^{-1}(f(xy)) = xy = f^{-1}(u) f^{-1}(v).

Proposition 7.11 (Injectivité par le noyau)

Un morphisme de groupes ff est injectif si et seulement si kerf={e}\ker f = \{e\}.

Démonstration. Si ff est injectif, kerf\ker f ne peut contenir que l’unique antécédent de eGe_{G'}, à savoir ee. Réciproquement, si kerf={e}\ker f = \{e\} et f(x)=f(y)f(x) = f(y), alors f(xy1)=f(x)f(y)1=eGf(xy^{-1}) = f(x) f(y)^{-1} = e_{G'}, donc xy1=exy^{-1} = e, c’est-à-dire x=yx = y.

Exemple 7.12

exp ⁣:(R,+)(R+,×)\exp \colon (\R, +) \to (\R_+^*, \times) est un morphisme (ex+y=exey\eu^{x+y} = \eu^x \eu^y), bijectif (Proposition 4.1) : les structures additive et multiplicative sont isomorphes — la raison d’être historique des logarithmes. Autre morphisme : θeiθ\theta \mapsto \eu^{\iu\theta}, de (R,+)(\R, +) sur le cercle unité (U,×)(\mathbb{U}, \times), de noyau 2πZ2\pi\Z.

Exemple 7.13 (Le morphisme signe)

L’application s ⁣:(R,×)({±1},×)s \colon (\R^*, \times) \to (\{\pm1\}, \times) qui envoie xx sur son signe est un morphisme : le signe d’un produit est le produit des signes. Son noyau est (0,+)\intoo0{+\infty} (un sous-groupe, comme le promet Définition 7.10), son image est {±1}\{\pm1\} tout entier : surjectif, massivement non injectif. Deux leçons générales en miniature. D’abord, un morphisme peut écraser de l’information : ss ne retient de xx qu’un seul bit, et c’est là sa vertu — les raisonnements de signe sont exactement les calculs qui se factorisent par ss. Ensuite, les morphismes à valeurs dans {±1}\{\pm1\} sont les « invariants » les plus simples : la signature des permutations, construite dans le devoir maison de ce chapitre, est le même phénomène sur le groupe Sn\mathfrak S_n, et tous les raisonnements de parité qu’elle alimente passent par un tel morphisme à deux valeurs.

Définition 7.14 (Puissances, ordre d’un élément)

Dans un groupe GG (en notation multiplicative), on pose x0=ex^0 = e, xk+1=xkxx^{k+1} = x^k x et xk=(xk)1x^{-k} = (x^k)^{-1} pour kNk \in \N ; on a alors xk+l=xkxlx^{k+l} = x^k x^l pour tous k,lZk, l \in \Z, de sorte que kxkk \mapsto x^k est un morphisme (Z,+)G(\Z, +) \to G dont l’image x={xk:kZ}\langle x \rangle = \{x^k : k \in \Z\} est un sous-groupe, le sous-groupe engendré par xx. L’ordre de xx est le plus petit m1m \geq 1 tel que xm=ex^m = e, s’il en existe un (alors x={e,x,,xm1}\langle x\rangle = \{e, x, \dots, x^{m-1}\} a exactement mm éléments, et xk=e    mkx^k = e \iff m \mid k), et \infty sinon.

Exemple 7.15

Dans (C,×)(\C^*, \times) : i\iu est d’ordre 44, avec i={1,i,1,i}=U4\langle \iu \rangle = \{1, \iu, -1, -\iu\} = \mathbb{U}_4 ; plus généralement ω=e2iπ/n\omega = \eu^{2\iu\pi/n} est d’ordre nn et ω=Un\langle\omega\rangle = \mathbb{U}_n. Dans (Z,+)(\Z, +), tout x0x \neq 0 est d’ordre infini. Pourquoi les affirmations de la définition sont vraies : si xx est d’ordre mm, effectuons la division euclidienne d’un kk quelconque par mm (k=mq+rk = mq + r, 0r<m0 \leq r < m, Théorème 6.2) : xk=(xm)qxr=xrx^k = (x^m)^q x^r = x^r, donc les puissances sont périodiques de période mm, les éléments énumérés sont deux à deux distincts par minimalité de mm, et xk=ex^k = e force r=0r = 0. Les ordres des permutations sont calculés dans le devoir maison ci-dessous.

Exemple 7.16 (Ordres dans U12\mathbb U_{12})

Quel est l’ordre de ωk\omega^k dans Un\mathbb U_n, pour ω=e2iπ/n\omega = \eu^{2\iu\pi/n} ? On a (ωk)m=1(\omega^k)^m = 1 si et seulement si nkmn \mid km, et en écrivant d=gcd(n,k)d = \gcd(n, k), n=dnn = dn', k=dkk = dk' avec gcd(n,k)=1\gcd(n', k') = 1 : nkm    nkm    nmn \mid km \iff n' \mid k'm \iff n' \mid m (lemme de Gauss, Théorème 6.8). Le plus petit tel m1m \geq 1 est n=ngcd(n,k)n' = \frac{n}{\gcd(n,k)}. Dans U12\mathbb U_{12} par exemple, ω8\omega^8 est d’ordre 12gcd(12,8)=3\frac{12}{\gcd(12,8)} = 3 (en effet ω8=e4iπ/3U3\omega^8 = \eu^{4\iu\pi/3} \in \mathbb U_3), tandis que ω5\omega^5 est d’ordre 1212 : il engendre le groupe tout entier, bien qu’il ne soit pas le générateur « standard ». Compter les générateurs — les kk tels que gcd(k,n)=1\gcd(k, n) = 1 — redonne les dénombrements d’entiers premiers avec nn de l’Exemple 2.25 : théorie des groupes et dénombrement se rejoignent.

7.3 Anneaux et corps

Définition 7.17 (Anneau)

Un anneau (A,+,×)(A, +, \times) est un ensemble muni de deux lois telles que : (A,+)(A, +) est un groupe abélien (de neutre 00) ; ×\times est associative et possède un élément neutre 11 ; et ×\times est distributive par rapport à ++ des deux côtés. L’anneau est commutatif lorsque ×\times l’est. Un élément aa est inversible (on dit aussi que c’est une unité) lorsque ab=ba=1ab = ba = 1 pour un certain bb ; les inversibles forment un groupe (A×,×)(A^\times, \times).

Démonstration : les inversibles forment un groupe. Stabilité : si a,aa, a' sont inversibles, d’inverses b,bb, b', alors

(aa)(bb)=a(ab)b=a1b=ab=1,(bb)(aa)=1(aa')(b'b) = a(a'b')b = a\,1\,b = ab = 1, \qquad (b'b)(aa') = 1

symétriquement, donc aaaa' est inversible. L’élément 11 est inversible (il est son propre inverse), l’associativité est héritée de AA, et l’inverse bb d’un inversible aa est lui-même inversible (d’inverse aa). Ainsi (A×,×)(A^\times, \times) vérifie tous les axiomes de groupe. Tous les groupes de ce livre qui ne sont pas construits à partir de permutations apparaissent de cette façon : Q=Q×\Q^* = \Q^\times, R\R^*, C\C^*, les inversibles de Z/nZ\Z/n\Z ci-dessous, et plus tard les matrices inversibles (Chapitre 21).

Exemple 7.18

Z,Q,R,C\Z, \Q, \R, \C sont des anneaux commutatifs ; Z×={1,1}\Z^\times = \{1, -1\}, Q×=Q\Q^\times = \Q^*. Plus tard : les anneaux de polynômes K[X]K[X] (Chapitre 8), les anneaux de matrices (non commutatifs, Chapitre 21), et Z/nZ\Z/n\Z ci-dessous. Dans tout anneau, 0×a=00 \times a = 0 (par distributivité : 0a=(0+0)a=0a+0a0a = (0+0)a = 0a + 0a), et (1)a=a(-1)a = -a.

Exemple 7.19 (Idempotents : des phénomènes nouveaux dans des anneaux nouveaux)

Dans Z\Z, l’équation x2=xx^2 = x, c’est-à-dire x(x1)=0x(x - 1) = 0, n’a que les solutions 00 et 11. Dans Z/6Z\Z/6\Z, en testant toutes les classes : 02=0\overline0^2 = \overline0, 12=1\overline1^2 = \overline1, 32=9=3\overline3^2 = \overline9 = \overline3 et 42=16=4\overline4^2 = \overline{16} = \overline4quatre idempotents. Les deux exotiques proviennent de diviseurs de zéro : 3(31)=3×2=6=0\overline3\,(\overline3 - \overline1) = \overline3 \times \overline2 = \overline6 = \overline0, sans qu’aucun des deux facteurs ne soit nul. De tels calculs recalibrent l’intuition : les faits familiers sur les équations survivent dans les anneaux intègres et dans les corps, mais un anneau quelconque peut se comporter — et se comporte — tout autrement ; voir aussi les anneaux de Boole de l’Exercice 7.10, où tout élément est idempotent.

Proposition 7.20 (Formule du binôme dans un anneau commutatif)

Si a,ba, b sont des éléments d’un anneau commutatif (plus généralement, si ab=baab = ba), alors pour nNn \in \N :

(a+b)n=k=0n(nk)akbnk,anbn=(ab)k=0n1akbn1k.(a+b)^n = \sum_{k=0}^n \binom nk a^k b^{n-k}, \qquad a^n - b^n = (a - b) \sum_{k=0}^{n-1} a^k b^{\,n-1-k} .

Démonstration. Les démonstrations du Théorème 2.16 et de l’identité géométrique n’utilisent que l’associativité, la commutativité des deux éléments et la distributivité — elles s’appliquent mot pour mot.

Exemple 7.21 (La formule du binôme dans un anneau inhabituel)

Deux bénéfices immédiats de cette généralité. Dans Z/pZ\Z/p\Z (pp premier), les coefficients binomiaux intermédiaires sont nuls (c’est la première étape du Théorème 6.23), de sorte que la formule s’effondre en le rêve du débutant

(a+b)p=ap+bpdans Z/pZ,(a + b)^p = a^p + b^p \qquad \text{dans } \Z/p\Z ,

une véritable identité dans cet anneau, si criminelle qu’elle paraisse sur R\R. Et dans tout anneau commutatif contenant un élément ε\varepsilon tel que ε2=0\varepsilon^2 = 0, la formule se tronque : (a+ε)n=an+nan1ε(a + \varepsilon)^n = a^n + n\,a^{n-1}\varepsilon, tous les termes suivants portant un facteur ε2=0\varepsilon^2 = 0. Le coefficient nan1n\,a^{n-1} de ε\varepsilon est la dérivée de xnx^n — ce n’est pas un hasard, et c’est un premier indice que les dérivées relèvent autant de l’algèbre que de l’analyse (comparer avec la dérivée formelle du Chapitre 8).

Définition 7.22 (Anneau intègre, corps)

Un anneau commutatif A{0}A \neq \{0\} est un anneau intègre lorsqu’il n’a pas de diviseur de zéro : ab=0    a=0ab = 0 \implies a = 0 ou b=0b = 0. C’est un corps lorsque tout élément non nul est inversible. Tout corps est intègre (ab=0ab = 0 et a0a \neq 0 donnent b=a1ab=0b = a^{-1}ab = 0).

Exemple 7.23

Q\Q, R\R, C\C sont des corps ; Z\Z est un anneau intègre mais n’est pas un corps. Dans un anneau intègre, on peut simplifier pour ×\times : ab=acab = ac et a0a \neq 0 entraînent b=cb = c.

7.4 L’anneau Z/nZ\Z/n\Z

Définition 7.24

Fixons nNn \in \N^*. Les classes de congruence modulo nn (Exemple 1.32) forment un ensemble Z/nZ\Z/n\Z à nn éléments, notées 0,1,,n1\overline 0, \overline 1, \dots, \overline{n-1}. Les opérations

a+b=a+b,a×b=ab\overline a + \overline b = \overline{a + b}, \qquad \overline a \times \overline b = \overline{ab}

sont bien définies — les classes des résultats ne dépendent pas des représentants, précisément parce que la congruence est compatible avec ++ et ×\times (Définition 6.18) — et font de Z/nZ\Z/n\Z un anneau commutatif.

Théorème 7.25 (Inversibles de Z/nZ\Z/n\Z ; les corps Z/pZ\Z/p\Z)

  1. a\overline a est inversible dans Z/nZ\Z/n\Z si et seulement si gcd(a,n)=1\gcd(a, n) = 1.
  2. Z/nZ\Z/n\Z est un corps si et seulement si nn est premier.

Démonstration. (1) n’est autre que la Proposition 6.20 réécrite en termes de classes.

(2) Si n=pn = p est premier, tout a0\overline a \neq \overline 0 vérifie pap \nmid a, donc gcd(a,p)=1\gcd(a, p) = 1 : il est inversible par (1) — c’est un corps. Si n=abn = ab avec 1<a,b<n1 < a, b < n, alors ab=n=0\overline a\, \overline b = \overline n = \overline 0 avec a,b0\overline a, \overline b \neq \overline 0 : il y a des diviseurs de zéro, donc l’anneau n’est même pas intègre ; et n=1n = 1 donne l’anneau nul, exclu.

Exemple 7.26 (Combien de racines carrées de 11 ?)

Résolvons x2=1x^2 = \overline 1 dans Z/8Z\Z/8\Z puis dans Z/7Z\Z/7\Z. En testant les huit classes modulo 88 : 12=11^2 = 1, 32=913^2 = 9 \equiv 1, 52=2515^2 = 25 \equiv 1, 72=4917^2 = 49 \equiv 1quatre solutions {1,3,5,7}\{\overline1, \overline3, \overline5, \overline7\}, alors même que le polynôme X21X^2 - 1 est de degré 22. Dans le corps Z/7Z\Z/7\Z, en revanche, x2=1x^2 = \overline1 signifie (x1)(x+1)=0(x - \overline1)(x + \overline1) = \overline0, et un corps n’a pas de diviseur de zéro : x=±1x = \pm\overline1, deux solutions seulement. L’échec modulo 88 s’explique : (31)(3+1)=2×4=80(3-1)(3+1) = 2 \times 4 = 8 \equiv 0 sans qu’aucun des deux facteurs ne s’annule. Morale : la règle familière « une équation de degré dd a au plus dd racines » est un théorème sur les anneaux intègres (le Corollaire 8.8 le démontre sur un corps) ; dans un anneau à diviseurs de zéro, elle tombe en défaut sans prévenir — et c’est exactement pourquoi la démonstration par appariement du théorème de Wilson (Exercice 6.11) exigeait pp premier.

Exemple 7.27 (Calculer dans Z/nZ\Z/n\Z)

Dans Z/12Z\Z/12\Z : les inversibles sont 1,5,7,11\overline 1, \overline 5, \overline 7, \overline{11} (les classes premières avec 1212), et chacun est son propre inverse (52=2515^2 = 25 \equiv 1, 72=4917^2 = 49 \equiv 1, 112=121111^2 = 121 \equiv 1). L’équation 3x=6\overline 3\, x = \overline 6 a trois solutions (x{2,6,10}x \in \{\overline 2, \overline 6, \overline{10}\}) : sans inversibilité, pas de simplification. Dans Z/11Z\Z/11\Z en revanche, toute équation ax=b\overline a x = \overline b avec a0\overline a \neq \overline 0 a exactement une solution.

Exemple 7.28 (Les axiomes de groupe comme permis de résoudre)

Dans le groupe ((Z/7Z),×)\bigl((\Z/7\Z)^*, \times\bigr), résolvons 3x=5\overline 3\,x = \overline 5. D’après la Proposition 7.5 (3), la solution existe, elle est unique, et vaut 315\overline3^{-1}\, \overline5 ; comme 3×5=15=1\overline3 \times \overline5 = \overline{15} = \overline1, l’inverse de 3\overline 3 est 5\overline 5, d’où

x=5×5=25=4,veˊrification : 3×4=12=5.x = \overline5 \times \overline5 = \overline{25} = \overline4, \qquad\text{vérification~: } \overline3 \times \overline4 = \overline{12} = \overline5 .

Ce qui compte, moins que la réponse, c’est la garantie : dans un groupe, toute équation de ce type admet une solution unique avant tout calcul, si bien qu’une procédure de résolution ne peut jamais tomber sur « pas de solution » ou « plusieurs ». Comparer avec 3x=6\overline3\,x = \overline6 dans Z/12Z\Z/12\Z ci-dessus, où la garantie tombe en défaut — savoir dans quelle structure on travaille, c’est savoir ce que l’on peut tenir pour acquis.

Exemple 7.29 (Produits directs)

Si GG et HH sont des groupes, l’ensemble produit G×HG \times H muni de la loi composante par composante (g,h)(g,h)=(gg,hh)(g, h)(g', h') = (gg', hh') est un groupe : les axiomes se vérifient coordonnée par coordonnée, avec pour neutre (eG,eH)(e_G, e_H) et pour inverses (g1,h1)(g^{-1}, h^{-1}). Les ordres se combinent par le PPCM : (g,h)m=(gm,hm)(g, h)^m = (g^m, h^m) est le neutre si et seulement si l’ordre de gg et l’ordre de hh divisent tous deux mm. Ainsi, dans Z/2Z×Z/2Z\Z/2\Z \times \Z/2\Z (noté additivement), tout élément non nul est d’ordre 22 — c’est exactement le groupe du rectangle de l’Exemple 7.6 en coordonnées — alors que Z/4Z\Z/4\Z possède un élément d’ordre 44 : seconde démonstration, sans le moindre calcul, du fait que les deux groupes de cardinal 44 ne sont pas isomorphes (un isomorphisme conserve les ordres). Les produits sont le moyen le plus simple de fabriquer des groupes nouveaux à partir d’anciens, et le plan R2=R×R\R^2 = \R \times \R du Chapitre 18 est l’exemple le plus important de cette construction.

Remarque 7.30 (Fermat, structurellement)

Dans le corps Z/pZ\Z/p\Z, les classes non nulles forment un groupe multiplicatif à p1p - 1 éléments, et le petit théorème de Fermat (Théorème 6.23) affirme : tout élément xx de ce groupe vérifie xp1=1x^{p-1} = \overline 1. C’est un cas particulier d’un fait général sur les groupes finis (le théorème de Lagrange), démontré en deuxième année ; la démonstration par appariement du théorème de Wilson (Exercice 6.11) avait déjà cette saveur de théorie des groupes.

Remarque 7.31 (Interlude : ce que rapporte l’abstraction)

On peut légitimement demander ce que l’on a gagné à démontrer, disons, la Proposition 7.2 pour une loi abstraite plutôt que pour des nombres. La réponse est un effet de levier. Cet argument de deux lignes couvre désormais, d’un seul coup : les réciproques des fonctions pour la composition (Théorème 1.24, dont il répète mot pour mot la démonstration d’unicité), les inverses modulo nn (Proposition 6.20), les inverses des réels non nuls, ceux des inversibles d’un anneau quelconque et — sans même les avoir vues — ceux des matrices inversibles du Chapitre 21, où l’unicité de A1A^{-1} ne demandera pas une seule ligne de démonstration. La même économie vaut pour la Proposition 7.11 (un unique critère d’injectivité, réutilisé pour les applications linéaires au Chapitre 20) et pour le critère de sous-groupe. L’abstraction n’est pas ici la généralité pour elle-même : c’est le refus de démontrer cinq fois le même lemme sous cinq noms différents. Le prix — garder trace des axiomes que chaque énoncé a réellement utilisés — est précisément ce que les exercices de ce chapitre entraînent.

Remarque 7.32 (Où ce chapitre sert)

Le vocabulaire de ce chapitre est la grammaire de tout le reste du volume. Anneaux et corps organisent le Chapitre 8 (K[X]K[X] est un anneau qui imite Z\Z) et le Chapitre 9 (K(X)K(X) en est le corps des fractions) ; les espaces vectoriels (Chapitre 18) sont des groupes abéliens sur lesquels agit un corps ; les matrices (Chapitre 21) forment le premier anneau sérieusement non commutatif du volume, et leurs éléments inversibles un groupe dont l’étude est l’algèbre linéaire elle-même. Morphismes et noyaux reviennent sous la forme des applications linéaires et de leurs noyaux au Chapitre 20 — la Proposition 7.11 est le critère d’injectivité de ce chapitre-là, démontré ici une fois pour toutes. Le groupe symétrique, vedette du devoir maison ci-dessous, fournit la signature sur laquelle sont bâtis les déterminants au Chapitre 22.

7.5 Exercices

Exercice 7.1

Sur E=R{1}E = \R \setminus \{1\}, on définit xy=x+yxyx * y = x + y - xy. Démontrer que (E,)(E, *) est un groupe abélien. (Identifier l’élément neutre et l’inverse de xx ; vérifier la stabilité : pourquoi a-t-on xy1x * y \neq 1 ?)

Solution

Solution de Exercice 7.1.

Stabilité : xy=1    x+yxy=1    (1x)(1y)=0x * y = 1 \iff x + y - xy = 1 \iff (1-x)(1-y) = 0, impossible pour x,y1x, y \neq 1. En effet, l’identité clé est

1xy=(1x)(1y):1 - x * y = (1 - x)(1 - y):

l’application φ(x)=1x\varphi(x) = 1 - x envoie (E,)(E, *) sur (R,×)(\R^*, \times) avec φ(xy)=φ(x)φ(y)\varphi(x * y) = \varphi(x)\varphi(y) — c’est un morphisme bijectif. Tous les axiomes se transportent alors : associativité et commutativité découlent de celles de ×\times ; l’élément neutre est φ1(1)=0\varphi^{-1}(1) = 0 (vérification : x0=xx * 0 = x) ; l’inverse de xx est φ1((1x)1)=111x=xx1\varphi^{-1}\bigl((1-x)^{-1}\bigr) = 1 - \frac{1}{1-x} = \frac{x}{x - 1} (qui est 1\neq 1). Donc (E,)(E, *) est un groupe abélien.

Exercice 7.2

Lesquels des ensembles suivants sont des groupes ?

  1. ((0,+),×)(\intoo{0}{+\infty}, \times) ;
  2. ({1,0,1},+)(\{-1, 0, 1\}, +) ;
  3. (Q,×)(\Q^*, \times) ;
  4. l’ensemble des entiers impairs muni de l’addition.
Solution

Solution de Exercice 7.2.

  1. Oui : le produit de deux réels strictement positifs est strictement positif, neutre 11, inverse 1x\frac 1x, associativité héritée de R\R^*.
  2. Non : pas de stabilité (1+1=2{1,0,1}1 + 1 = 2 \notin \{-1,0,1\}).
  3. Oui : c’est l’exemple standard.
  4. Non : pas de stabilité (impair ++ impair == pair), et pas d’élément neutre (00 est pair).

Exercice 7.3

Écrire la table de composition du groupe symétrique S3\mathfrak{S}_3 de {1,2,3}\{1,2,3\} (six bijections : l’identité, trois transpositions, deux 33-cycles), et exhiber deux éléments qui ne commutent pas.

Solution

Solution de Exercice 7.3.

Notons id\mathrm{id}, les transpositions τ12,τ13,τ23\tau_{12}, \tau_{13}, \tau_{23} (qui échangent les deux points indiqués), et les cycles c=(123)c = (1\,2\,3) (c’est-à-dire 12311 \mapsto 2 \mapsto 3 \mapsto 1) et c2=(132)c^2 = (1\,3\,2). La table de σρ\sigma\rho (ligne σ\sigma, colonne ρ\rho, on applique ρ\rho d’abord) :

σ\ρ\sigma\backslash\rhoid\mathrm{id}ccc2c^2τ12\tau_{12}τ13\tau_{13}τ23\tau_{23}
id\mathrm{id}id\mathrm{id}ccc2c^2τ12\tau_{12}τ13\tau_{13}τ23\tau_{23}
ccccc2c^2id\mathrm{id}τ13\tau_{13}τ23\tau_{23}τ12\tau_{12}
c2c^2c2c^2id\mathrm{id}ccτ23\tau_{23}τ12\tau_{12}τ13\tau_{13}
τ12\tau_{12}τ12\tau_{12}τ23\tau_{23}τ13\tau_{13}id\mathrm{id}c2c^2cc
τ13\tau_{13}τ13\tau_{13}τ12\tau_{12}τ23\tau_{23}ccid\mathrm{id}c2c^2
τ23\tau_{23}τ23\tau_{23}τ13\tau_{13}τ12\tau_{12}c2c^2ccid\mathrm{id}

Couple ne commutant pas : τ12τ13=c2\tau_{12}\tau_{13} = c^2 tandis que τ13τ12=c\tau_{13}\tau_{12} = c. (Vérification d’une case : τ12τ13\tau_{12}\tau_{13} envoie 1τ133τ1231 \xmapsto{\tau_{13}} 3 \xmapsto{\tau_{12}} 3, 3123 \mapsto 1 \mapsto 2, 2212 \mapsto 2 \mapsto 1 : c’est 13211 \mapsto 3 \mapsto 2 \mapsto 1, le cycle c2=(132)c^2 = (1\,3\,2).)

Exercice 7.4

Démontrer que H={zC:z=1}H = \{z \in \C^* : \abs z = 1\} est un sous-groupe de (C,×)(\C^*, \times), et que R+\R_+^* en est un autre ; HR+H \cup \R_+^* est-il un sous-groupe ?

Solution

Solution de Exercice 7.4.

HH : 1H1 \in H ; pour z,wHz, w \in H, zw1=z/w=1\abs{zw^{-1}} = \abs z / \abs w = 1 : le critère s’applique. R+\R_+^* : de même, la positivité remplaçant le module. Réunion : iH\iu \in H et 2R+2 \in \R_+^*, mais 2i2\iu a pour module 212 \neq 1 et n’est pas un réel strictement positif : 2iHR+2\iu \notin H \cup \R_+^*, donc la réunion n’est pas stable — ce n’est pas un sous-groupe (comme le prévoit Exercice 7.6, aucun des deux sous-groupes ne contient l’autre).

Exercice 7.5 ★★

Soit f ⁣:(R,+)(C,×)f \colon (\R, +) \to (\C^*, \times), θeiθ\theta \mapsto \eu^{\iu\theta}. Démontrer que ff est un morphisme, calculer kerf\ker f et imf\operatorname{im} f, et déduire de la Proposition 7.11 que ff n’est pas injectif. Restreindre l’ensemble de départ de façon à rendre ff injectif sur un intervalle aussi grand que possible.

Solution

Solution de Exercice 7.5.

Morphisme : ei(θ+φ)=eiθeiφ\eu^{\iu(\theta + \varphi)} = \eu^{\iu\theta}\eu^{\iu\varphi} (Théorème 3.7). Noyau : eiθ=1    θ2πZ\eu^{\iu\theta} = 1 \iff \theta \in 2\pi\Z, donc kerf=2πZ{0}\ker f = 2\pi\Z \neq \{0\} : ff n’est pas injectif. Image : tout nombre complexe de module 11 s’écrit eiθ\eu^{\iu\theta} pour un certain θ\theta (forme polaire), donc imf=U\operatorname{im} f = \mathbb{U}, le cercle unité. La restriction de ff à un intervalle semi-ouvert de longueur 2π2\pi, comme [0,2π)\intco{0}{2\pi} ou (π,π]\intoc{-\pi}{\pi}, est injective (deux angles de même image diffèrent d’un multiple de 2π2\pi, et un seul représentant de chaque classe tient dans l’intervalle) ; aucun intervalle de longueur supérieure ne convient, puisqu’il contient deux points distants de 2π2\pi.

Exercice 7.6 ★★

Soient H,KH, K des sous-groupes de GG. Démontrer que HKH \cap K est un sous-groupe, et que HKH \cup K n’est un sous-groupe que si HKH \subseteq K ou KHK \subseteq H. (Si hHKh \in H \setminus K et kKHk \in K \setminus H, où hkhk peut-il bien vivre ?)

Solution

Solution de Exercice 7.6.

Intersection : eHKe \in H \cap K, et x,yHKx, y \in H \cap K donnent xy1xy^{-1} à la fois dans HH et dans KK. Réunion : si HKH \subseteq K, la réunion est KK, qui est un sous-groupe (et symétriquement). Réciproquement, supposons qu’aucune des deux inclusions n’ait lieu : prenons hHKh \in H \setminus K et kKHk \in K \setminus H, et supposons que HKH \cup K soit un sous-groupe ; alors hkHKhk \in H \cup K. Si hkHhk \in H, alors k=h1(hk)Hk = h^{-1}(hk) \in H : contradiction. Si hkKhk \in K, alors h=(hk)k1Kh = (hk)k^{-1} \in K : contradiction. Donc HKH \cup K n’est pas un sous-groupe.

Exercice 7.7 ★★

Un groupe GG vérifie x2=ex^2 = e pour tout xGx \in G. Démontrer que GG est abélien. (Développer (xy)2(xy)^2.)

Solution

Solution de Exercice 7.7.

Remarquons d’abord que x2=ex^2 = e signifie x1=xx^{-1} = x pour tout xx. Alors, pour x,yGx, y \in G :

xy=(xy)1=y1x1=yx,xy = (xy)^{-1} = y^{-1} x^{-1} = yx ,

en utilisant Proposition 7.5 (2). Donc GG est abélien.

Exercice 7.8 ★★

Dans Z/18Z\Z/18\Z : énumérer les inversibles et trouver l’inverse de 5\overline 5 ; résoudre 5x=7\overline 5\, x = \overline 7 ; résoudre 6x=3\overline 6\, x = \overline 3 et 6x=12\overline 6\, x = \overline{12}.

Solution

Solution de Exercice 7.8.

Inversibles de Z/18Z\Z/18\Z : les classes premières avec 18=2×3218 = 2 \times 3^2 : 1,5,7,11,13,17\overline 1, \overline 5, \overline 7, \overline{11}, \overline{13}, \overline{17}. Inverse de 5\overline 5 : 5×11=55=3×18+15 \times 11 = 55 = 3\times 18 + 1, donc 51=11\overline 5^{-1} = \overline{11}.

5x=7\overline 5 x = \overline 7 : on multiplie par 11\overline{11} : x=77=5x = \overline{77} = \overline 5 (car 77=4×18+577 = 4\times 18 + 5). Solution unique.

6x=3\overline 6 x = \overline 3 : l’équation 6x3(mod18)6x \equiv 3 \pmod{18} signifie 186x318 \mid 6x - 3. Or 6x3=3(2x1)6x - 3 = 3(2x - 1) est impair, tandis que 1818 est pair : un nombre pair ne peut pas diviser un nombre impair. Pas de solution.

6x=12\overline 6 x = \overline{12} : 6x12(mod18)    x2(mod3)6x \equiv 12 \pmod{18} \iff x \equiv 2 \pmod 3 : solutions x{2,5,8,11,14,17}x \in \{\overline 2, \overline 5, \overline 8, \overline{11}, \overline{14}, \overline{17}\} — il y en a six.

Exercice 7.9 ★★

Démontrer que l’ensemble Z[2]={a+b2:a,bZ}\Z[\sqrt 2] = \{a + b\sqrt 2 : a, b \in \Z\} est un anneau (un sous-anneau de R\R), et que 1+21 + \sqrt 2 en est un inversible dont les puissances sont deux à deux distinctes — de sorte que Z[2]×\Z[\sqrt 2]^\times est infini, contrairement à Z×\Z^\times.

Solution

Solution de Exercice 7.9.

Z[2]\Z[\sqrt 2] contient 00 et 11, et est stable par soustraction et par produit :

(a+b2)(c+d2)=(ac+2bd)+(ad+bc)2,(a + b\sqrt 2)(c + d\sqrt 2) = (ac + 2bd) + (ad + bc)\sqrt 2 ,

c’est donc un sous-anneau de R\R (commutativité, associativité et distributivité sont héritées). Inversible : (1+2)(1+2)=21=1(1 + \sqrt 2)(-1 + \sqrt 2) = 2 - 1 = 1, donc 1+21 + \sqrt 2 est inversible, d’inverse 21Z[2]\sqrt 2 - 1 \in \Z[\sqrt 2]. Ses puissances (1+2)n(1 + \sqrt 2)^n forment une suite strictement croissante (la base est >1> 1), donc sont deux à deux distinctes, et chacune est inversible (((1+2)n)1=(21)n\bigl((1+\sqrt2)^n\bigr)^{-1} = (\sqrt 2 - 1)^n) : le groupe des inversibles est infini.

Exercice 7.10 ★★★

(Anneaux de Boole) Soit AA un anneau dans lequel x2=xx^2 = x pour tout xx. Démontrer que x+x=0x + x = 0 pour tout xx, et que AA est commutatif. (Développer (x+x)2(x+x)^2 et (x+y)2(x+y)^2.) Donner un exemple d’un tel anneau à partir de P(E)\mathcal{P}(E), en prenant la différence symétrique pour addition et l’intersection pour multiplication.

Solution

Solution de Exercice 7.10.

x+x=(x+x)2=x2+x2+x2+x2=4x2=4xx + x = (x + x)^2 = x^2 + x^2 + x^2 + x^2 = 4x^2 = 4x — donc 2x=4x2x = 4x, d’où 2x=02x = 0, c’est-à-dire x+x=0x + x = 0 (chaque élément est son propre opposé). Ensuite

x+y=(x+y)2=x2+xy+yx+y2=x+xy+yx+y,x + y = (x+y)^2 = x^2 + xy + yx + y^2 = x + xy + yx + y ,

donc xy+yx=0xy + yx = 0, c’est-à-dire xy=yx=yxxy = -yx = yx (en utilisant z=z-z = z). Ainsi AA est commutatif.

Exemple : sur P(E)\mathcal{P}(E), posons A+B=(AB)(AB)A + B = (A \cup B) \setminus (A \cap B) (différence symétrique) et A×B=ABA \times B = A \cap B. On vérifie : (P(E),+)(\mathcal{P}(E), +) est un groupe abélien de neutre \emptyset, chaque partie étant son propre opposé ; \cap est associative, commutative, de neutre EE ; la distributivité A(B+C)=(AB)+(AC)A \cap (B + C) = (A \cap B) + (A \cap C) a lieu (un élément appartient au membre de gauche si et seulement s’il est dans AA et dans exactement l’un des deux ensembles B,CB, C). Et AA=AA \cap A = A : tout élément est idempotent, comme voulu.

Exercice 7.11 ★★★

Soit GG un groupe dans lequel, pour un certain n1n \geq 1 fixé, (xy)n=xnyn(xy)^n = x^n y^n, (xy)n+1=xn+1yn+1(xy)^{n+1} = x^{n+1}y^{n+1} et (xy)n+2=xn+2yn+2(xy)^{n+2} = x^{n+2}y^{n+2} pour tous x,yx, y. Démontrer que GG est abélien. (À partir des trois identités, établir d’abord ynx=xyny^n x = x y^n, puis yn+1x=xyn+1y^{n+1} x = x y^{n+1}, et conclure.)

Solution

Solution de Exercice 7.11.

Écrivons l’hypothèse pour nn et n+1n+1 :

(xy)n+1=xn+1yn+1et(xy)n+1=(xy)(xy)n=xyxnyn.(xy)^{n+1} = x^{n+1} y^{n+1} \quad\text{et}\quad (xy)^{n+1} = (xy)(xy)^n = xy\,x^n y^n .

En identifiant : xn+1yn+1=xyxnynx^{n+1} y^{n+1} = x\,y\,x^n\,y^n ; on simplifie par xx à gauche et par yny^n à droite : xny=yxnx^n y = y x^n. Le même calcul un cran plus haut (n+1n+1 et n+2n+2) donne xn+1y=yxn+1x^{n+1} y = y x^{n+1}. Alors

yxn+1=xn+1y=x(xny)=xyxn,y\,x^{n+1} = x^{n+1} y = x\,(x^n y) = x\,y\,x^n ,

et en simplifiant par xnx^n à droite dans yxxn=xyxny x \cdot x^n = x y \cdot x^n : yx=xyyx = xy. Donc GG est abélien.

Exercice 7.12 ★★

  1. Déterminer tous les morphismes de groupes de (Z,+)(\Z, +) dans (Z,+)(\Z, +).
  2. Démontrer que le seul morphisme de groupes de (Q,+)(\Q, +) dans (Z,+)(\Z, +) est le morphisme nul. (Pour xQx \in \Q et nNn \in \N^*, comparer f(x)f(x) et nf(x/n)n\,f(x/n).)
Solution

Solution de Exercice 7.12.

  1. Soit f ⁣:ZZf \colon \Z \to \Z additive et a=f(1)a = f(1). Par récurrence, f(k)=kaf(k) = ka pour kNk \in \N, et f(k)=f(k)=kaf(-k) = -f(k) = -ka : ff est donc la multiplication par aa. Réciproquement, toute application kakk \mapsto ak est un morphisme : les morphismes (Z,+)(Z,+)(\Z,+) \to (\Z,+) sont exactement les multiplications par un entier fixé.
  2. Soit f ⁣:QZf \colon \Q \to \Z un morphisme, xQx \in \Q et nNn \in \N^*. Alors

    f(x)=f(xn++xnn)=nf(xn),f(x) = f\Bigl(\underbrace{\tfrac xn + \dots + \tfrac xn}_{n}\Bigr) = n\,f\Bigl(\frac xn\Bigr) ,

    donc l’entier f(x)f(x) est divisible par tout n1n \geq 1. Le seul entier de ce type est 00 : f0f \equiv 0.

7.6 Problème : le groupe symétrique et le taquin

Problème 7.1

Le groupe Sn\mathfrak S_n des permutations de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n est le plus ancien groupe des mathématiques, et il reste le plus instructif. Ce problème en construit la théorie de A à Z — cycles, engendrement par les transpositions, le morphisme signature ε ⁣:Sn{±1}\varepsilon \colon \mathfrak S_n \to \{\pm1\} (dont l’existence n’a rien d’évident), et le groupe alterné An\mathfrak A_n engendré par les 33-cycles — puis la met à profit sur un casse-tête classique : dans le jeu de taquin 3×33 \times 3, aucune suite de coups ne peut échanger deux pièces en laissant tout le reste en place. Les permutations agissent sur [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n ; le produit στ\sigma\tau signifie « appliquer τ\tau d’abord » ; [v1,,vn][\,v_1, \dots, v_n] désigne la permutation envoyant ii sur viv_i.

Partie I — Cycles et transpositions.

  1. Justifier Sn=n!\abs{\mathfrak S_n} = n! (Théorème 2.12). Dans S3\mathfrak S_3, calculer les deux produits de σ=[2,3,1]\sigma = [2, 3, 1] et τ=[1,3,2]\tau = [1, 3, 2], et en conclure que S3\mathfrak S_3 n’est pas abélien.
  2. Un kk-cycle (a1 a2  ak)(a_1\ a_2\ \dots\ a_k) (k2k \geq 2, les aia_i deux à deux distincts) envoie a1a2aka1a_1 \mapsto a_2 \mapsto \dots \mapsto a_k \mapsto a_1 et fixe tout le reste ; son support est {a1,,ak}\{a_1, \dots, a_k\}. Démontrer que deux cycles de supports disjoints commutent.
  3. Démontrer que tout σSn\sigma \in \mathfrak S_n est un produit de cycles à supports deux à deux disjoints, et que cette décomposition est unique à l’ordre des facteurs près. (Considérer, pour chaque ii, la suite i,σ(i),σ2(i),i, \sigma(i), \sigma^2(i), \dots : elle revient nécessairement à ii ; les orbites obtenues forment une partition de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n, et σ\sigma agit sur chacune comme un cycle.)
  4. Décomposer σ=[4,1,5,2,3,7,8,6]S8\sigma = [4, 1, 5, 2, 3, 7, 8, 6] \in \mathfrak S_8 en cycles disjoints. En définissant l’ordre de σ\sigma comme dans la Définition 7.14, démontrer que l’ordre d’un produit de cycles disjoints est le PPCM de leurs longueurs, et calculer l’ordre de ce σ\sigma.
  5. Démontrer l’identité télescopique

    (a1 a2  ak)=(a1 ak)(a1 ak1)(a1 a2),(a_1\ a_2\ \dots\ a_k) = (a_1\ a_k)(a_1\ a_{k-1})\cdots(a_1\ a_2) ,

    et en conclure que toute permutation est un produit de transpositions. Écrire le σ\sigma de la question 4 sous cette forme.

  6. Montrer de plus que les transpositions adjacentes (i  i+1)(i\ \ i{+}1) suffisent : pour a<ba < b,

    (a b)=(a  a+1)(a+1  a+2)(b1  b)(a+1  a+2)(a  a+1),(a\ b) = (a\ \ a{+}1)(a{+}1\ \ a{+}2)\cdots(b{-}1\ \ b) \cdots(a{+}1\ \ a{+}2)(a\ \ a{+}1),

    soit un produit de 2(ba)12(b - a) - 1 transpositions adjacentes — un nombre impair (cette parité servira deux fois plus bas).

Partie II — La signature existe. Pour σSn\sigma \in \mathfrak S_n, soit

N(σ)=#{(i,j):i<j, σ(i)>σ(j)}N(\sigma) = \#\bigl\{(i, j) : i < j,\ \sigma(i) > \sigma(j)\bigr\}

son nombre d’inversions, et posons ε(σ)=(1)N(σ)\varepsilon(\sigma) = (-1)^{N(\sigma)}.

  1. Calculer NN et ε\varepsilon pour l’identité, pour une transposition (i  i+1)(i\ \ i{+}1), et pour [2,3,1][2, 3, 1].
  2. Démontrer que pour tout σ\sigma et toute transposition adjacente τ=(i  i+1)\tau = (i\ \ i{+}1) : N(στ)=N(σ)±1N(\sigma\tau) = N(\sigma) \pm 1. (Composer à droite par τ\tau échange les valeurs situées aux positions ii et i+1i + 1 ; exactement une paire change de statut d’inversion.)
  3. En déduire, à l’aide de la question 6, que pour toute transposition τ\tau, ε(στ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma\tau) = -\varepsilon(\sigma) ; conclure que si σ\sigma est un produit de pp transpositions, alors ε(σ)=(1)p\varepsilon(\sigma) = (-1)^p — en particulier la parité de pp ne dépend que de σ\sigma, et non de la factorisation choisie — et que ε ⁣:Sn{±1}\varepsilon \colon \mathfrak S_n \to \{\pm 1\} est un morphisme de groupes.
  4. Montrer qu’un kk-cycle a pour signature (1)k1(-1)^{k-1}, et qu’en général ε(σ)=(1)nc(σ)\varepsilon(\sigma) = (-1)^{n - c(\sigma)}, où c(σ)c(\sigma) est le nombre d’orbites de σ\sigma (points fixes compris).
  5. Le groupe alterné est An=kerε\mathfrak A_n = \ker\varepsilon. Justifier que c’est un sous-groupe, et démontrer An=n!2\abs{\mathfrak A_n} = \frac{n!}2 pour n2n \geq 2. (Fixer une transposition τ0\tau_0 et considérer σστ0\sigma \mapsto \sigma\tau_0.)
  6. Vérification de cohérence sur σ=[4,1,5,2,3,7,8,6]\sigma = [4, 1, 5, 2, 3, 7, 8, 6] : calculer ε(σ)\varepsilon(\sigma) de trois façons — en comptant les inversions, à partir du type de cycles via la question 10, et à partir du nombre de transpositions de la question 5.

Partie III — An\mathfrak A_n est engendré par les 33-cycles.

  1. Soient a,b,c,da, b, c, d deux à deux distincts. Vérifier les deux identités

    (a b)(a c)=(a c b),(a b)(c d)=(a c b)(a c d).(a\ b)(a\ c) = (a\ c\ b), \qquad (a\ b)(c\ d) = (a\ c\ b)(a\ c\ d) .
  2. Démontrer que pour n3n \geq 3, tout élément de An\mathfrak A_n est un produit de 33-cycles. (Une permutation paire est un produit d’un nombre pair de transpositions ; les absorber deux par deux.)
  3. Écrire explicitement (1 2)(3 4)(1\ 2)(3\ 4) et le 55-cycle (1 2 3 4 5)(1\ 2\ 3\ 4\ 5) comme produits de 33-cycles.
  4. Démontrer la formule de conjugaison : pour tout σSn\sigma \in \mathfrak S_n,

    σ(a1  ak)σ1=(σ(a1)  σ(ak)).\sigma\,(a_1\ \dots\ a_k)\,\sigma^{-1} = \bigl(\sigma(a_1)\ \dots\ \sigma(a_k)\bigr) .

Partie IV — Le taquin. Les pièces 1,,81, \dots, 8 coulissent dans un cadre 3×33 \times 3 comportant une case vide ; un coup fait glisser dans la case vide une pièce qui lui est adjacente. Numérotons les cases 1,,91, \dots, 9 (ligne par ligne ; la position résolue place la pièce ii dans la case ii et la case vide en case 99). Traitons la case vide comme une neuvième pièce : une position est alors une permutation σS9\sigma \in \mathfrak S_9 (la pièce σ(i)\sigma(i) occupe la case ii).

  1. Montrer qu’un coup remplace σ\sigma par στ\sigma \circ \tau, où τ\tau est la transposition des deux cases concernées ; en déduire que chaque coup change le signe de ε(σ)\varepsilon(\sigma).
  2. Soit d(σ)d(\sigma) la distance de Manhattan (lignes plus colonnes) entre la case qu’occupe la case vide et sa case d’origine 99. Montrer que chaque coup fait varier dd de ±1\pm1, de sorte que chaque coup change aussi le signe de (1)d(σ)(-1)^{d(\sigma)}. En conclure que

    I(σ)=ε(σ)(1)d(σ)I(\sigma) = \varepsilon(\sigma)\cdot(-1)^{d(\sigma)}

    est invariant par tout coup.

  3. Démontrer l’impossibilité classique du taquin : la position qui échange les pièces 77 et 88 en laissant tout le reste (case vide comprise) en place ne peut pas être atteinte à partir de la position résolue.
  4. On admet la réciproque (sa démonstration est une récurrence instructive mais longue) : toute position vérifiant I=+1I = +1 est atteignable. En déduire qu’exactement la moitié des 8!8! positions ayant la case vide à sa place sont solubles, soit 8!2=20160\frac{8!}2 = 20\,160.
  5. Déduire de la question 20 que les dispositions de pièces atteignables ayant la case vide à sa place forment exactement le sous-groupe A8S8\mathfrak A_8 \leq \mathfrak S_8.
  6. Applications de l’invariant : peut-on atteindre (a) la position où les pièces 1,2,31, 2, 3 sont permutées circulairement et où tout le reste, case vide comprise, est à sa place ? (b) la position où la pièce 55 et la case vide ont échangé leurs places, toutes les autres pièces étant à la leur ? Justifier les deux réponses à l’aide de II.

Partie V — Synthèse.

  1. Démontrer que pour n3n \geq 3, les seuls morphismes de groupes f ⁣:Sn{±1}f \colon \mathfrak S_n \to \{\pm 1\} sont le morphisme constant et ε\varepsilon. (À l’aide de la question 16 et de la commutativité de {±1}\{\pm1\}, montrer que ff prend la même valeur sur toutes les transpositions.)
  2. Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) la notion de morphisme et la Proposition 7.11 ; (ii) les principes de dénombrement du Chapitre 2 ; (iii) le problème de bonne définition que les questions 8 et 9 résolvent ? Une phrase pour chacun.
  3. Synthèse, en un court paragraphe : une seule fonction de parité, dont la bonne définition est démontrée une fois pour toutes, organise simultanément la structure interne de Sn\mathfrak S_n (le sous-groupe An\mathfrak A_n), tranche un casse-tête matériel et — via la formule det=σε(σ)\det = \sum_\sigma \varepsilon(\sigma)\cdots — définira les déterminants au Chapitre 22. Commenter le schéma récurrent : les invariants transforment « essayer toutes les suites de coups » en un unique calcul.
Solution

Solution de Problème 7.1.

1. Une permutation est une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n, c’est-à-dire un arrangement des nn objets pris nn à nn : il y en a n!n! (Théorème 2.12). Avec σ=[2,3,1]\sigma = [2,3,1], τ=[1,3,2]\tau = [1,3,2] : στ\sigma\tau envoie 1121 \mapsto 1 \mapsto 2, 2312 \mapsto 3 \mapsto 1, 3233 \mapsto 2 \mapsto 3 : στ=[2,1,3]\sigma\tau = [2,1,3] ; et τσ\tau\sigma envoie 1231 \mapsto 2 \mapsto 3, 2322 \mapsto 3 \mapsto 2, 3113 \mapsto 1 \mapsto 1 : τσ=[3,2,1]στ\tau\sigma = [3,2,1] \neq \sigma\tau.

2. Soient γ,γ\gamma, \gamma' de supports disjoints S,SS, S'. Pour xSx \in S : γ(x)=x\gamma'(x) = x et γ(x)S\gamma(x) \in S, donc γγ(x)=γ(x)=γγ(x)\gamma\gamma'(x) = \gamma(x) = \gamma'\gamma(x). Symétriquement pour xSx \in S' ; et les deux membres fixent tout xSSx \notin S \cup S'. Donc γγ=γγ\gamma\gamma' = \gamma'\gamma.

3. Pour i[ ⁣[1,n] ⁣]i \in \intint1n, les valeurs i,σ(i),σ2(i),i, \sigma(i), \sigma^2(i), \dots vivent dans un ensemble fini, donc σa(i)=σb(i)\sigma^a(i) = \sigma^b(i) pour certains a<ba < b ; l’injectivité donne σba(i)=i\sigma^{b-a}(i) = i : la suite revient à ii. Appelons orbite de ii l’ensemble {i,σ(i),,σk1(i)}\{i, \sigma(i), \dots, \sigma^{k-1}(i)\}, où k1k \geq 1 est minimal tel que σk(i)=i\sigma^k(i) = i. Deux orbites qui se rencontrent en un point coïncident (chacune est l’ensemble des images successives de ce point par σ\sigma), donc les orbites forment une partition de [ ⁣[1,n] ⁣]\intint1n ; σ\sigma agit sur chaque orbite de taille k2k \geq 2 comme le kk-cycle (i σ(i)  σk1(i))(i\ \sigma(i)\ \cdots\ \sigma^{k-1}(i)) et fixe les singletons. Le produit de ces cycles disjoints coïncide partout avec σ\sigma. Unicité : dans toute décomposition en cycles disjoints, le cycle passant par ii ne peut être que (i σ(i) )(i\ \sigma(i)\ \cdots) — les cycles sont forcés d’être les orbites munies de l’action induite.

4. En suivant les orbites : 14211 \to 4 \to 2 \to 1, 3533 \to 5 \to 3, 67866 \to 7 \to 8 \to 6 :

σ=(1 4 2)(3 5)(6 7 8).\sigma = (1\ 4\ 2)(3\ 5)(6\ 7\ 8) .

Si σ=γ1γr\sigma = \gamma_1\cdots\gamma_r avec des cycles disjoints de longueurs k1,,krk_1, \dots, k_r, la commutation (question 2) donne σm=γ1mγrm\sigma^m = \gamma_1^m\cdots\gamma_r^m, et comme les supports sont disjoints, σm=id\sigma^m = \mathrm{id} si et seulement si chaque γim=id\gamma_i^m = \mathrm{id}, si et seulement si kimk_i \mid m pour tout ii (un kk-cycle est d’ordre kk : γm\gamma^m envoie a1a_1 sur a1+(mmodk)a_{1 + (m \bmod k)}). Le plus petit tel mm est lcm(k1,,kr)\operatorname{lcm}(k_1, \dots, k_r). Ici : lcm(3,2,3)=6\operatorname{lcm}(3, 2, 3) = 6.

5. Appliquons le membre de droite à chaque point, en commençant par le facteur le plus à droite. a1a2a_1 \mapsto a_2 par (a1 a2)(a_1\ a_2), puis tous les facteurs suivants fixent a2a_2 : au total a1a2a_1 \mapsto a_2. Pour 2i<k2 \leq i < k : aia_i n’est pas touché jusqu’à ce que (a1 ai)(a_1\ a_i) l’envoie sur a1a_1, et le facteur immédiatement suivant (a1 ai+1)(a_1\ a_{i+1}) envoie a1a_1 sur ai+1a_{i+1}, après quoi plus rien ne le bouge : au total aiai+1a_i \mapsto a_{i+1}. Enfin aka_k est fixé par tous les facteurs sauf le plus à gauche, qui l’envoie sur a1a_1. C’est exactement le cycle. Comme toute permutation est un produit de cycles (question 3), c’est un produit de transpositions. Pour le σ\sigma de la question 4 :

σ=(1 2)(1 4)  (3 5)  (6 8)(6 7),\sigma = (1\ 2)(1\ 4)\;(3\ 5)\;(6\ 8)(6\ 7),

soit cinq transpositions.

6. Récurrence sur bab - a. Pour b=a+1b = a + 1 l’identité est triviale (1=2111 = 2\cdot1 - 1 facteur). Pour b>a+1b > a + 1, on vérifie directement que (a b)=(a  a+1)(a+1  b)(a  a+1)(a\ b) = (a\ \ a{+}1)\,(a{+}1\ \ b)\,(a\ \ a{+}1) : le membre de droite envoie aa+1bba \mapsto a{+}1 \mapsto b \mapsto b, bba+1ab \mapsto b \mapsto a{+}1 \mapsto a, a+1aaa+1a{+}1 \mapsto a \mapsto a \mapsto a{+}1, et fixe le reste. Par récurrence, (a+1  b)(a{+}1\ \ b) est un produit palindromique de 2(ba1)12(b - a - 1) - 1 transpositions adjacentes, donc (a b)(a\ b) en est un de 2(ba)12(b - a) - 1 : un nombre impair.

7. N(id)=0N(\mathrm{id}) = 0, ε=+1\varepsilon = +1. Pour (i  i+1)(i\ \ i{+}1), la seule paire inversée est (i,i+1)(i, i+1) : N=1N = 1, ε=1\varepsilon = -1. Pour [2,3,1][2, 3, 1] : les paires inversées sont (1,3)(1, 3) (valeurs 2>12 > 1) et (2,3)(2, 3) (valeurs 3>13 > 1) : N=2N = 2, ε=+1\varepsilon = +1.

8. Les listes de valeurs de σ\sigma et de στ\sigma\tau ne diffèrent que par l’échange des positions ii et i+1i + 1. Pour une paire de positions ne faisant intervenir ni ii ni i+1i+1, rien ne change. Pour k<ik < i, les deux paires (k,i)(k, i) et (k,i+1)(k, i+1) échangent leurs statuts d’inversion (les deux mêmes valeurs sont comparées à σ(k)\sigma(k), dans l’ordre inverse des positions) : leur contribution totale est inchangée ; de même pour k>i+1k > i + 1. La seule paire restante, (i,i+1)(i, i+1), change de statut. D’où N(στ)=N(σ)±1N(\sigma\tau) = N(\sigma) \pm 1.

9. Soit τ=(a b)\tau = (a\ b) une transposition quelconque : par la question 6, c’est un produit d’un nombre impair de transpositions adjacentes, donc la multiplication à droite par τ\tau modifie NN d’un total impair (question 8, appliquée de façon répétée) : ε(στ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma \tau) = -\varepsilon(\sigma). Maintenant, si σ=τ1τp\sigma = \tau_1\cdots \tau_p (des transpositions), construisons-le à partir de l’identité par pp multiplications à droite : ε(σ)=(1)pε(id)=(1)p\varepsilon(\sigma) = (-1)^p\varepsilon(\mathrm{id}) = (-1)^p. Comme ε(σ)\varepsilon(\sigma) est défini par les inversions — indépendamment de toute factorisation — la parité de pp est un invariant de σ\sigma. Morphisme : en écrivant σ\sigma avec pp transpositions et σ\sigma' avec qq, σσ\sigma\sigma' en utilise p+qp + q : ε(σσ)=(1)p+q=ε(σ)ε(σ)\varepsilon(\sigma\sigma') = (-1)^{p+q} = \varepsilon(\sigma)\varepsilon(\sigma').

10. Un kk-cycle est un produit de k1k - 1 transpositions (question 5) : ε=(1)k1\varepsilon = (-1)^{k-1}. Pour un σ\sigma général d’orbites de tailles k1,,krk_1, \dots, k_r (ki2k_i \geq 2) plus ff points fixes, on a c(σ)=r+fc(\sigma) = r + f et n=k1++kr+fn = k_1 + \dots + k_r + f, donc

ε(σ)=i=1r(1)ki1=(1)ikir=(1)nfr=(1)nc(σ).\varepsilon(\sigma) = \prod_{i=1}^r (-1)^{k_i - 1} = (-1)^{\sum_i k_i - r} = (-1)^{n - f - r} = (-1)^{n - c(\sigma)} .

11. An=kerε\mathfrak A_n = \ker\varepsilon est un sous-groupe, en tant que noyau d’un morphisme (Définition 7.10). Fixons une transposition τ0\tau_0 (il en existe pour n2n \geq 2). L’application σστ0\sigma \mapsto \sigma\tau_0 est une bijection de Sn\mathfrak S_n (elle est sa propre réciproque) qui échange An\mathfrak A_n et l’ensemble des permutations impaires (question 9). Ces deux ensembles forment une partition de Sn\mathfrak S_n et ont même cardinal : An=n!2\abs{\mathfrak A_n} = \frac{n!}2.

12. Inversions de [4,1,5,2,3,7,8,6][4, 1, 5, 2, 3, 7, 8, 6] : la valeur 44 domine 1,2,31, 2, 3 : trois ; la valeur 55 domine 2,32, 3 : deux ; la valeur 77 domine 66 : une ; la valeur 88 domine 66 : une. N=7N = 7, ε=1\varepsilon = -1. Type de cycles : c=3c = 3 orbites, n=8n = 8 : ε=(1)83=1\varepsilon = (-1)^{8-3} = -1. Nombre de transpositions : cinq transpositions à la question 5 : (1)5=1(-1)^5 = -1. Les trois calculs concordent.

13. (a b)(a c)(a\ b)(a\ c) (le facteur le plus à droite d’abord) : acca \mapsto c \mapsto c ; cabc \mapsto a \mapsto b ; bbab \mapsto b \mapsto a : c’est le 33-cycle (a c b)(a\ c\ b). Et (a c b)(a c d)(a\ c\ b)(a\ c\ d) : acba \mapsto c \mapsto b ; bbab \mapsto b \mapsto a ; cddc \mapsto d \mapsto d ; dacd \mapsto a \mapsto c : c’est (a b)(c d)(a\ b)(c\ d), comme annoncé.

14. Soit σAn\sigma \in \mathfrak A_n : par la question 9, σ=τ1τ2m\sigma = \tau_1\cdots\tau_{2m} avec un nombre pair de transpositions. Groupons-les par paires consécutives τ2i1τ2i\tau_{2i-1}\tau_{2i} : si les deux sont égales, la paire est l’identité et disparaît ; si elles ont exactement un point commun, la première identité de la question 13 écrit la paire comme un unique 33-cycle ; si elles sont disjointes, la seconde identité l’écrit comme deux 33-cycles. Ainsi σ\sigma est un produit de 33-cycles (ou l’identité, produit vide — et, pour n3n \geq 3, également (1 2 3)3(1\ 2\ 3)^3).

15. (1 2)(3 4)=(1 3 2)(1 3 4)(1\ 2)(3\ 4) = (1\ 3\ 2)(1\ 3\ 4) (question 13 avec a=1,b=2,c=3,d=4a{=}1, b{=}2, c{=}3, d{=}4). Pour le 55-cycle : par la question 5, (1 2 3 4 5)=(1 5)(1 4)(1 3)(1 2)(1\ 2\ 3\ 4\ 5) = (1\ 5)(1\ 4)(1\ 3)(1\ 2), et en appariant : (1 5)(1 4)=(1 4 5)(1\ 5)(1\ 4) = (1\ 4\ 5), (1 3)(1 2)=(1 2 3)(1\ 3)(1\ 2) = (1\ 2\ 3) :

(1 2 3 4 5)=(1 4 5)(1 2 3).(1\ 2\ 3\ 4\ 5) = (1\ 4\ 5)(1\ 2\ 3) .

(Vérification sur 33 : (1 2 3)(1\ 2\ 3) envoie 313 \to 1, puis (1 4 5)(1\ 4\ 5) envoie 141 \to 4 : au total 343 \to 4, ce qui est correct.)

16. Appliquons les deux membres à un point quelconque. Pour i=σ(aj)i = \sigma(a_j) : le membre de gauche donne σ((a1  ak)(aj))=σ(aj+1)\sigma\bigl((a_1\ \dots\ a_k)(a_j)\bigr) = \sigma(a_{j+1}) (indices modulo kk), ce qui est précisément l’image de σ(aj)\sigma(a_j) par le membre de droite. Pour ii qui n’est pas de cette forme : σ1(i)\sigma^{-1}(i) est hors du support, donc le membre de gauche fixe ii, et le membre de droite aussi. Égalité partout.

17. Faire glisser la pièce de la case cc' dans la case vide cc échange les contenus des cases cc et cc' (la pièce 99, le vide, va en cc'). Si la pièce σ(i)\sigma(i) occupait la case ii, la nouvelle position est σ=σ(c c)\sigma' = \sigma \circ (c\ c') : mêmes contenus, sauf que les cases c,cc, c' portent chacune l’ancien contenu de l’autre. Par la question 9, ε(σ)=ε(σ)\varepsilon(\sigma') = -\varepsilon(\sigma).

18. Un coup envoie la case vide sur une case adjacente : sa ligne ou sa colonne change d’exactement 11, donc la distance de Manhattan dd à la case 99 varie de ±1\pm1, et (1)d(-1)^d change de signe. Puisque chaque coup change le signe de ε(σ)\varepsilon(\sigma) et celui de (1)d(σ)(-1)^{d(\sigma)}, leur produit I(σ)I(\sigma) est inchangé par tout coup : c’est un invariant.

19. La position résolue a ε=+1\varepsilon = +1, d=0d = 0 : I=+1I = +1. La position visée (pièces 7,87, 8 échangées, vide à sa place) est la transposition des contenus des cases 77 et 88 : ε=1\varepsilon = -1, d=0d = 0 : I=1I = -1. Comme II est invariant et que les deux valeurs diffèrent, aucune suite de coups ne les relie.

20. Une position ayant le vide à sa place est une permutation des 88 pièces parmi les cases 1,,81, \dots, 8, c’est-à-dire un élément de S8\mathfrak S_8 ; elle vérifie d=0d = 0, donc I=ε(σ)I = \varepsilon(\sigma). Être atteignable impose I=+1I = +1, c’est-à-dire σA8\sigma \in \mathfrak A_8 ; la réciproque admise dit que tout A8\mathfrak A_8 est atteint. Dénombrement : A8=8!2=20160\abs{\mathfrak A_8} = \frac{8!}2 = 20\,160 (question 11).

21. Par la question 20, les dispositions atteignables avec le vide à sa place forment exactement A8\mathfrak A_8 — en particulier un sous-groupe de S8\mathfrak S_8 : composer deux mélanges solubles, ou inverser l’un d’eux, reste soluble, ce qui est loin d’être évident par un raisonnement direct sur le taquin.

22. (a) Un 33-cycle de pièces avec le vide à sa place : ε=+1\varepsilon = +1 (question 10), d=0d = 0, donc I=+1I = +1 : atteignable (par la réciproque admise) — on peut permuter circulairement trois pièces. (b) Pièce 55 et vide échangés : la position est la transposition des contenus des cases 55 et 99, donc ε=1\varepsilon = -1 ; le vide se trouve au centre, à distance de Manhattan d=2d = 2 de sa case d’origine, donc (1)d=+1(-1)^d = +1 et I=1I = -1 : inatteignable. On ne peut pas simplement « garer le vide au milieu » en laissant les pièces par ailleurs rangées.

23. Soit f ⁣:Sn{±1}f \colon \mathfrak S_n \to \{\pm1\} un morphisme. Pour deux transpositions quelconques τ,τ\tau, \tau', la question 16 fournit un σ\sigma tel que στσ1=τ\sigma\tau\sigma^{-1} = \tau' (envoyer les deux points déplacés sur les deux autres ; n3n \geq 3 garantit la place nécessaire, même si n=2n = 2 est ici trivial). Alors f(τ)=f(σ)f(τ)f(σ)1=f(τ)f(\tau') = f(\sigma)f(\tau)f(\sigma)^{-1} = f(\tau) puisque {±1}\{\pm1\} est abélien : ff est constant sur les transpositions. Si cette constante vaut +1+1, alors f=1f = 1 sur tous les produits de transpositions, c’est-à-dire partout (question 5). Si elle vaut 1-1, alors f(σ)=(1)p=ε(σ)f(\sigma) = (-1)^p = \varepsilon(\sigma) sur un produit de pp transpositions. Donc f{1,ε}f \in \{1, \varepsilon\}.

24. (i) La propriété de morphisme de ε\varepsilon et la machinerie du noyau ont donné à An\mathfrak A_n sa structure de sous-groupe et son cardinal, et un raisonnement du type Proposition 7.11 traverse les questions 11 et 21. (ii) Dénombrement : Sn=n!\abs{\mathfrak S_n} = n!, l’argument de moitié de la question 11 et le compte 2016020\,160 de la question 20 sont le Chapitre 2 à l’œuvre. (iii) Les questions 8 et 9 résolvent un véritable problème de bonne définition — « la parité du nombre de transpositions » présuppose que cette parité ne dépend pas de la factorisation, exactement comme les opérations de Z/nZ\Z/n\Z exigeaient l’indépendance vis-à-vis des représentants dans la Définition 7.24.

25. La signature est un unique calcul à valeurs dans {±1}\{\pm1\}, dont on a démontré une fois pour toutes qu’il est bien défini, et il remplit trois fonctions à la fois : à l’intérieur, il coupe Sn\mathfrak S_n en deux et isole An\mathfrak A_n avec ses générateurs 33-cycles ; à l’extérieur, il tranche en une ligne une question (« ces deux pièces peuvent-elles être échangées ? ») qu’une recherche naïve ne pourrait jamais régler, puisqu’aucune liste finie de suites de coups infructueuses ne démontre l’impossibilité ; et structurellement, c’est le moteur à signes alternés à l’intérieur de la formule detA=σε(σ)a1σ(1)anσ(n)\det A = \sum_\sigma \varepsilon(\sigma)\, a_{1\sigma(1)}\cdots a_{n\sigma(n)} du Chapitre 22. Le schéma — trouver une quantité conservée par tout coup élémentaire, la calculer au départ et à l’arrivée — est l’arme standard du mathématicien contre les questions « est-ce possible ? », et il reviendra chaque fois qu’un groupe agira sur un ensemble d’états.