Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1
9Fractions rationnelles
Une fraction rationnelle est un quotient de polynômes. Le théorème central de ce court chapitre — la décomposition en éléments simples — casse un tel quotient en une somme de briques élémentaires . Au-delà de son intérêt algébrique, c’est la machine standard pour intégrer les fonctions rationnelles (Chapitre 15) et pour sommer certaines séries (Chapitre 17).
9.1 Le corps
Définition 9.1
Une fraction rationnelle sur ( ou ) est un quotient avec , ; deux quotients et sont identifiés lorsque . Toute fraction admet une forme irréductible avec , unique à une constante près. Muni des opérations naturelles, l’ensemble des fractions rationnelles est un corps.
Les pôles de (sous forme irréductible) sont les racines de ; l’ordre d’un pôle est sa multiplicité comme racine de . Le degré de est .
Exemple 9.2 (Lire les pôles, les ordres et le degré)
Soit . Factorisons les deux étages : numérateur , dénominateur ; on simplifie par le facteur commun :
Pôles : et , tous deux simples — les ordres se lisent sur le dénominateur irréductible, si bien que les racines doubles apparentes du dénominateur initial n’ont aucune importance. Degré : , visible asymptotiquement ( quand ). Le degré se comporte comme le degré polynomial (, ), règle de comptabilité utilisée constamment dans les chasses aux coefficients ci-dessous : chaque argument « limite de » est un comptage de degrés déguisé.
Proposition 9.3 (Partie entière)
Tout s’écrit de manière unique avec (la partie entière, ou partie polynomiale, de ) et . On a si et seulement si .
Démonstration. Division euclidienne (Théorème 8.3), divisée par . Unicité : si , alors avec , ce qui force , puis . ∎
Exemple 9.4 (Simplifier d’abord, diviser ensuite)
Cherchons la partie entière de . En divisant à l’aveugle : , donc . Mais la fraction n’était pas irréductible : et ont en commun le facteur , et
la même partie entière , mais la partie fractionnaire se réduit à une seule brique, et le « pôle » en n’a jamais été un pôle. Toujours réduire à la forme irréductible avant de chasser les pôles : les pôles de sont les racines du dénominateur irréductible. (La partie entière est insensible à la simplification, comme le garantit l’unicité de la Proposition 9.3.)
9.2 Décomposition en éléments simples sur
Théorème 9.5 (Décomposition sur )
Soit sous forme irréductible, avec . Alors s’écrit, de manière unique,
où est la partie entière de .
Démonstration. D’après la Proposition 9.3, on peut supposer et démontrer la décomposition en somme avec .
Séparation des pôles. Écrivons avec . Les polynômes et sont premiers entre eux (aucune racine commune), donc, par Bézout dans (voir la remarque du Chapitre 8), il existe tels que ; en multipliant par et en posant , , puis en divisant par :
Les conditions de degré peuvent être imposées : divisons par , disons avec , et absorbons le quotient dans le second terme () :
la comparaison des degrés ( et ) force également . En itérant sur , pôle après pôle, on ramène tout au cas d’un seul pôle ci-dessous.
Un seul pôle. Pour avec : développons suivant les puissances de , (développement de Taylor d’un polynôme, comme dans la démonstration de la Proposition 8.11) ; la division donne exactement les briques . Concrètement, pour : en substituant ,
avec : les trois briques apparaissent par simple division du développement translaté — la voie la plus rapide dès qu’un unique pôle d’ordre élevé est en jeu, et celle que l’on recommande pour l’Exercice 9.3.
Unicité. Supposons que deux décompositions coïncident ; leur différence est une identité . Multiplions par : chaque terme acquiert un facteur s’annulant en sauf celui d’indices , , dont le coefficient devient plus des termes portant au moins un facteur . L’évaluation en (légitime : après la multiplication, il ne reste plus de pôle en ) donne . Le coefficient de tête ayant disparu, on recommence avec , et ainsi de suite en descendant jusqu’à ; puis on passe au pôle suivant. Tous les sont nuls : la décomposition est unique. ∎
Méthode 9.6 (Calcul des coefficients)
En pratique, on évite Bézout ; on combine :
la multiplication-évaluation (ou « méthode du cache ») pour la puissance la plus haute : le coefficient de (où est l’ordre du pôle ) vaut
pour un pôle simple de , c’est ;
- des évaluations en des points commodes et des limites de quand , qui fournissent des relations linéaires entre les coefficients restants ;
- les symétries de parité ou de conjugaison, lorsqu’elles existent, pour diviser le travail par deux.
Remarque 9.7 (Pièges courants avec les éléments simples)
- Oublier la partie entière. La décomposition en briques s’applique aux fractions de degré ; lorsque , il faut diviser d’abord (Proposition 9.3), sinon la chasse aux coefficients produira des contradictions.
- Utiliser la multiplication-évaluation hors de son domaine. Multiplier par puis évaluer en ne donne le coefficient que pour , l’ordre plein du pôle ; les coefficients d’ordre inférieur exigent d’autres relations (limites, évaluations) — voir l’Exemple 9.9.
- Oublier de simplifier. Les pôles se lisent sur la forme irréductible ; un facteur commun au numérateur et au dénominateur crée des pôles fantômes (Exemple 9.4).
- Mauvaise forme des briques sur . Au-dessus d’un trinôme irréductible, les numérateurs sont affines (), non constants ; écrire seul fait perdre des solutions — les formes correctes sont dictées par le Théorème 9.10, jamais improvisées.
Démonstration de la formule du pôle simple. Au voisinage d’un pôle simple : avec , et , donc . La valeur donnée par la multiplication-évaluation est . ∎
Exemple 9.8
Décomposons . Trois pôles simples ; multiplication-évaluation en chacun :
donc . Vérification en : directement, ; par la décomposition, .
Exemple 9.9 (Pôle multiple)
Décomposons . Forme : .
- Multiplication-évaluation au pôle double : .
- Multiplication-évaluation en : .
- Limite de en : , donc .
Vérification en : et .
9.3 Décomposition sur
Théorème 9.10 (Décomposition sur )
Soit sous forme irréductible, de dénominateur
Alors se décompose de manière unique en sa partie entière, plus des termes
à coefficients réels.
Démonstration. Décomposons sur (Théorème 9.5). Comme est réelle, le coefficient au-dessus du pôle (à chaque ordre) est le conjugué du coefficient au-dessus de (conjuguer la décomposition et invoquer l’unicité). Regroupons chaque paire conjuguée :
dont le numérateur est son propre conjugué, donc réel, de degré ; en lui retranchant des multiples du trinôme réel, on l’abaisse au degré à chaque niveau (petite récurrence descendante). Les pôles réels gardent leurs coefficients réels (la conjugaison les fixe). L’unicité découle de l’unicité sur . ∎
Exemple 9.11 (Le regroupement des conjugués en action)
Le mécanisme de la démonstration, sur le plus petit cas : sur , les pôles de sont , de coefficients en et en (par multiplication-évaluation) — conjugués l’un de l’autre, comme le théorème le prédit :
En recombinant sur le dénominateur commun :
les parties imaginaires s’annulent et la brique réelle réapparaît intacte. Pour des intégrandes réelles, on ne quitte en général jamais — mais lorsqu’il s’agit d’évaluer des sommes en des points complexes (comme le fait le devoir maison avec les racines de l’unité), les briques complexes sont la monnaie naturelle, et ce regroupement est le taux de change entre les deux décompositions.
Exemple 9.12
Décomposons sur . Forme : . Multiplication-évaluation au pôle double : . Multiplication-évaluation au pôle complexe (numérateur au-dessus de évalué via la décomposition complexe, ou directement) : on multiplie par et on pose :
donc , . Limite de en l’infini : , donc . Ainsi
Vérification en : et .
Exemple 9.13 (Un dénominateur cubique, de bout en bout)
Décomposons sur . Factorisons d’abord : , le trinôme ayant pour discriminant . Forme : . Multiplication-évaluation au pôle simple : . Limite de en l’infini : , donc . Évaluation en : , donc . Ainsi
ce que confirme : membre de gauche , membre de droite . Notons l’économie : trois inconnues, trois faits linéaires peu coûteux (une multiplication-évaluation, une limite, une évaluation), aucun développement de quoi que ce soit — le mode d’emploi de la Méthode 9.6 à l’état pur.
Remarque 9.14 (À quoi cela sert)
Une fois décomposée, une fonction rationnelle s’intègre terme à terme : les briques ont des primitives élémentaires, et les briques se ramènent à et (Chapitre 15). Les sommes télescopiques sont l’autre application standard (Exercice 9.8).
Remarque 9.15 (Où ce chapitre sert)
Les éléments simples sont avant tout une étape de prétraitement : le chapitre d’intégration (Chapitre 15) fait passer chaque intégrande rationnelle par le Théorème 9.10 avant d’intégrer, et le chapitre sur les séries (Chapitre 17) télescope des termes rationnels exactement comme dans l’Exercice 9.8 et dans le devoir maison ci-dessous — lequel pousse la technique jusqu’à . La dérivée logarithmique (Exercice 8.11) réapparaît chaque fois que l’on étudie la localisation des racines. Au-delà de ce volume, la décomposition de pour un polynôme caractéristique sous-tend le calcul des puissances de matrices et des transformées de Laplace dans le volume de Licence 2 : les briques sont l’ombre algébrique des solutions rencontrées au Chapitre 5.
9.4 Exercices
Exercice 9.1 ★
Décomposer sur : ; ; (attention à la partie entière).
Solution
Solution de Exercice 9.1.
: pôles simples ; par multiplication-évaluation : .
: la multiplication-évaluation donne en et en : .
: le degré vaut , il y a donc une partie entière : en divisant, , donc . Multiplication-évaluation sur le reste : en , en :
Exercice 9.2 ★
Décomposer sur : et .
Solution
Solution de Exercice 9.2.
: forme . Multiplication-évaluation en : . Limite de : , donc . Évaluation en : , donc :
: division : , donc
ce qui est déjà la forme décomposée réelle (le trinôme a un discriminant négatif).
Exercice 9.3 ★
Décomposer et (pour la seconde, substituer ).
Solution
Solution de Exercice 9.3.
: forme . Multiplication-évaluation au pôle double : . Multiplication-évaluation en : . Limite de : , donc :
: avec , le numérateur vaut :
Exercice 9.4 ★★
Décomposer sur , puis sur : .
Exercice 9.5 ★★
Décomposer sur : , et en déduire une primitive de , sachant que .
Solution
Solution de Exercice 9.5.
.
D’où une primitive :
Exercice 9.6 ★★
Pour , décomposer (pôles simples en ; utiliser la formule de multiplication-évaluation et reconnaître des coefficients binomiaux).
Solution
Solution de Exercice 9.6.
Les pôles sont simples. Multiplication-évaluation en :
Donc
(Vérification pour : .)
Exercice 9.7 ★★
En utilisant l’identité de l’Exercice 8.11 pour , démontrer que
et évaluer les deux membres en pour à titre de vérification.
Solution
Solution de Exercice 9.7.
a les racines simples (Théorème 3.14), donc l’identité de la dérivée logarithmique de l’Exercice 8.11 s’écrit
En , : membre de droite . Membre de gauche : , en utilisant .
Exercice 9.8 ★★
Décomposer et calculer
Solution
Solution de Exercice 9.8.
Multiplication-évaluation : . Réécrivons cela comme une différence télescopique :
(développer pour vérifier — ou soustraire les deux décompositions). En sommant :
Exercice 9.9 ★★★
Soit unitaire de degré , ayant racines réelles distinctes . Démontrer que
Indication : décomposer pour et examiner le comportement des coefficients à l’infini — ou utiliser l’interpolation de Lagrange (Théorème 8.23) du monôme aux nœuds .
Solution
Solution de Exercice 9.9.
Décomposons, pour , la fraction (de degré , à pôles simples) : la formule du pôle simple donne
Multiplions par et faisons tendre : le membre de gauche tend vers la limite de , qui vaut si et si ( est unitaire de degré ) ; le membre de droite tend vers . D’où
ce qui contient les deux identités annoncées ( exige ). (Interprétation via Théorème 8.23 : ces sommes sont les coefficients dominants des interpolants de Lagrange de , et interpoler un polynôme de degré en points le reproduit exactement.)
Exercice 9.10 ★★
Décomposer sur . En admettant la valeur (démontrée dans le devoir maison de ce chapitre), en déduire
Solution
Solution de Exercice 9.10.
Forme . Multiplication-évaluation en : ; multiplication-évaluation au pôle double : ; limite de en l’infini : , donc :
En sommant pour : les deux premières briques télescopent en , et la troisième contribue pour . En faisant et en utilisant :
Exercice 9.11 ★★
Décomposer sur : , puis . Indication : les deux dénominateurs sont des polynômes en : décomposer d’abord .
Solution
Solution de Exercice 9.11.
Dans la variable : (multiplication-évaluation en et en ), donc
De même, , donc
(Vérification en : .) Ce sont déjà les décompositions réelles : les numérateurs au-dessus des trinômes irréductibles se trouvent être des constantes.
Exercice 9.12 ★★★
(Équations séculaires) Soit avec réels et tous les .
- Montrer que est strictement décroissante sur chaque intervalle de son domaine de définition, et donner ses limites en et de part et d’autre de chaque pôle.
- En déduire que, pour tout , l’équation a exactement solutions réelles, une dans chaque intervalle et une au-delà de . (De telles équations gouvernent les perturbations de valeurs propres ; le théorème des valeurs intermédiaires est utilisé ici au niveau du lycée et démontré au Chapitre 13.)
Solution
Solution de Exercice 9.12.
- Sur chaque intervalle évitant les pôles, : est strictement décroissante. Quand , chaque brique tend vers : , par valeurs supérieures en (toutes les briques y sont positives) et par valeurs inférieures en . Quand , la brique explose vers et les autres restent bornées : ; de même quand .
- Fixons . Sur : décroît de à , donc : pas de solution. Sur chaque () : décroît de à , donc prend la valeur exactement une fois (propriété des valeurs intermédiaires et stricte monotonie). Sur : décroît de à , d’où encore exactement une solution. Au total : exactement solutions, entrelacées avec les pôles.
9.5 Problème : les éléments simples comme moteur
Problème 9.1
La décomposition en éléments simples a des airs de comptabilité ; ce problème montre que c’est un moteur. Alimenté par la fraction , il télescope des familles entières de sommes sous forme close ; alimenté par , il produit des identités trigonométriques telles que
et, poussée un cran plus loin, cette identité fait sortir l’une des formules les plus célèbres des mathématiques, celle d’Euler :
— obtenue ici sans rien d’autre que l’algèbre de ce chapitre et la trigonométrie du lycée. Partout, ; les limites de suites sont utilisées au niveau du lycée (le Chapitre 11 les formalise).
Partie I — Le télescope.
- Décomposer et calculer exactement ; en conclure que la somme tend vers .
- Même chose pour : montrer que . (Avec un écart, deux termes de bord survivent à chaque extrémité.)
- Formaliser le mécanisme : si pour une certaine fraction rationnelle sans pôle dans , alors . Retrouver la valeur de l’Exercice 9.8 en exhibant le témoin pour .
Démontrer le télescope factoriel général : pour ,
et en déduire
Vérifier le cas avec la question 3.
Évaluer la décomposition de l’Exercice 9.6 en des points bien choisis pour démontrer
Partie II — La fraction .
Montrer, par la formule de multiplication-évaluation, que
- Deux vérifications : vérifier la formule directement pour , et montrer que la somme des coefficients est nulle pour — expliquer pourquoi elle doit l’être (considérer quand ).
- Retrouver par multiplication-évaluation l’identité de l’Exercice 9.7 : .
Regrouper les pôles conjugués pour démontrer la décomposition réelle : avec ,
et écrire la décomposition réelle complète de (distinguer impair et pair).
- Spécialiser à et confronter à l’Exercice 9.4.
Partie III — Sommes trigonométriques, et le d’Euler. Soit , dont les racines sont (toutes simples).
En utilisant (Exercice 8.11), démontrer
- Démontrer pour (factorisation par l’angle moitié, Méthode 3.11), et déduire de la question 11 que — visible aussi par la symétrie .
En dérivant l’identité de la question 11 (c’est-à-dire en utilisant évalué en ), démontrer
En posant , déduire des questions 12–13 les deux formes closes
- Vérifier les deux formules à la main pour et .
Démontrer les inégalités pour (à partir de ), et en déduire, pour et :
Sommer ces inégalités pour (en utilisant la symétrie pour diviser par deux les formules de la question 14) et encadrer :
Partie IV — Briques d’ordre supérieur.
En élevant au carré la décomposition de et en redécomposant le terme croisé, démontrer
et le vérifier en .
Combiner la question 18, le télescope et la valeur d’Euler (question 17) pour démontrer
et confirmer la valeur numériquement à trois décimales.
- Dériver l’identité de la question 8 pour obtenir une forme close de , et la vérifier en , .
Démontrer que, pour ,
(Se ramener à la question 4 en écrivant avec des factorielles.)
- Pour , donner la somme partielle exacte et sa limite.
Partie V — Synthèse.
- En guise de couronnement, écrire la décomposition réelle complète de et la vérifier en .
- Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) l’unicité de la décomposition ; (ii) les racines de l’unité du Chapitre 3 ; (iii) la dérivée logarithmique de l’Exercice 8.11 ? Une phrase pour chacune.
- Synthèse, en un court paragraphe : une seule identité algébrique — casser une fraction en briques — a engendré des sommes exactes, des identités trigonométriques et . Commenter la répartition des tâches entre l’algèbre (décompositions exactes, valables partout) et l’analyse (limites, encadrements), et indiquer où chaque fil est industrialisé : télescopage et comparaison au Chapitre 17, intégration des briques au Chapitre 15.
Solution
Solution de Problème 9.1.
1. Multiplication-évaluation : . La somme télescope :
2. . En sommant, les termes survivent pour et les termes survivent pour :
3. Si , alors : toutes les valeurs intermédiaires s’annulent deux à deux. Pour , le témoin est :
donc , la valeur de l’Exercice 9.8.
4. Réduisons le membre de droite au dénominateur commun :
ce qui est bien l’identité. Ainsi avec , et le mécanisme de la question 3 donne
puisque et . Pour : , ce qui concorde avec la question 3.
5. L’Exercice 9.6 donne . Évaluons en : le membre de gauche vaut , le membre de droite vaut : première identité. En : le membre de gauche vaut , le membre de droite : seconde identité.
6. Les pôles sont simples, et la formule du pôle simple de la Méthode 9.6 donne le coefficient
en utilisant . D’où .
7. Pour () : : correct. La somme des coefficients vaut pour (Proposition 3.18). Elle le doit : quand pour toute décomposition à pôles simples, alors qu’ici puisque .
8. Multiplication-évaluation pour en : , donc — l’identité de l’Exercice 9.7 de nouveau.
9. Avec , et , :
En regroupant avec dans la question 6 : pour impair,
pour pair, le pôle supplémentaire , conjugué de lui-même, contribue pour à l’intérieur de la parenthèse, et la somme sur les paires va jusqu’à .
10. : , , donc le terme de paire vaut et
qui est la décomposition de l’Exercice 9.4.
11. (diviser par ), donc, par l’Exercice 8.11, . En : et , d’où
12. Angle moitié : , donc
Avec : . En sommant sur et en comparant avec la valeur réelle de la question 11 : les parties réelles rendent déjà compte de tout, donc — comme le montre aussi la symétrie .
13. En dérivant :
En : (identité du bâton de hockey, ou récurrence), donc
14. En élevant au carré la formule de la question 12, avec :
En sommant et en utilisant (question 12) et la question 13 : , donc
Puis donne .
15. : ; et se somme en . : ; et . Les deux formules sont vérifiées.
16. Pour , la comparaison classique (argument d’aires ou de convexité, familier depuis le lycée) donne, en passant aux inverses, , les trois quantités y étant positives ; l’élévation au carré préserve l’ordre. Avec , , (donc ) :
17. Par les symétries et de même pour , les sommes de la question 14 sont divisées par deux : et . En sommant la question 16 pour et en multipliant par :
Les deux bornes tendent vers quand (les rapports et tendent tous deux vers ), donc, par encadrement, les sommes partielles croissantes convergent et
18. Élevons au carré :
et redécomposons le terme croisé pour obtenir la forme annoncée. En : membre de gauche ; membre de droite .
19. Sommons la question 18 pour . Avec : ; ; et le télescope à écart deux . D’où
Numériquement : : cohérent.
20. Dérivons l’identité de la question 8, :
Vérification en , : membre de droite ; membre de gauche .
21. , avec au dénominateur un produit de entiers consécutifs. En substituant (de sorte que parcourt lorsque part de ) :
par la question 4 appliquée avec à la place de (licite puisque ).
22. Pour : , donc, par la somme partielle de la question 3 (décalée),
soit la valeur de la question 21.
23. : les paires (, ) et (, ), plus les pôles réels :
En : membre de gauche ; membre de droite : correct.
24. (i) L’unicité légitime toute identification de coefficients — la multiplication-évaluation, le regroupement des paires conjuguées de la question 9 et les astuces de dérivation (questions 13 et 20) reposent toutes sur elle. (ii) Les racines de l’unité ont fourni les pôles de , leurs symétries () et l’algèbre de l’angle moitié de la question 12 (Méthode 3.11). (iii) La dérivée logarithmique a converti l’information sur les racines de en les sommes numériques des questions 11 et 13 — la charnière entre les parties II et III.
25. La décomposition est une identité purement algébrique, vraie pour toutes les valeurs de la variable à la fois ; c’est ce qui en fait un moteur. Substituer des entiers puis sommer l’a transformée en télescopes (partie I) ; substituer des racines de l’unité puis regrouper les conjuguées l’a transformée en identités trigonométriques (parties II et III) ; et ce n’est qu’à la toute dernière étape que l’analyse est intervenue — un encadrement entre deux formes closes — pour livrer , un énoncé qu’aucune substitution finie ne saurait atteindre. Cette répartition des tâches (l’algèbre produit des identités finies exactes, l’analyse passe à la limite) est le modèle du Chapitre 17, où télescopage et comparaison deviennent systématiques, et du Chapitre 15, où chaque brique acquiert une primitive et où les mêmes décompositions calculent des intégrales au lieu de sommes.