Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

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5Équations différentielles linéaires

Rencontrées pour la première fois dans le volume de Terminale, les équations différentielles sont traitées ici avec des démonstrations complètes et dans une plus grande généralité : équations linéaires du premier ordre à coefficients variables (entièrement résolues par la méthode de variation de la constante) et équations linéaires du second ordre à coefficients constants, le modèle des oscillations. Les deux cas présentent la même structure : solution générale == une solution particulière ++ solution générale de l’équation homogène.

5.1 Équations linéaires du premier ordre

Définition 5.1

Soient II un intervalle et a,b ⁣:IRa, b \colon I \to \R (ou C\C) deux fonctions continues. L’équation

(E) ⁣:y+a(x)y=b(x),(E)\colon\quad y' + a(x)\,y = b(x),

d’inconnue la fonction dérivable y ⁣:IRy \colon I \to \R (ou C\C), est une équation différentielle linéaire du premier ordre. L’équation (H) ⁣:y+a(x)y=0(H)\colon y' + a(x) y = 0 en est l’équation homogène.

Théorème 5.2 (Résolution de l’équation homogène)

Soit AA une primitive de aa sur II (elle existe : Chapitre 15). Les solutions de (H)(H) sur II sont exactement les fonctions

y(x)=λeA(x),λR (ou C).y(x) = \lambda\, \eu^{-A(x)}, \qquad \lambda \in \R \text{ (ou } \C).

Démonstration. Ces fonctions sont solutions : y=λAeA=ayy' = -\lambda A' \eu^{-A} = -a y. Réciproquement, soit yy une solution de (H)(H) ; posons z(x)=y(x)eA(x)z(x) = y(x)\, \eu^{A(x)}. Alors

z=yeA+yaeA=(y+ay)eA=0,z' = y' \eu^{A} + y\, a\, \eu^{A} = (y' + ay)\, \eu^{A} = 0 ,

donc zz est constante sur l’intervalle II, disons z=λz = \lambda : y=λeAy = \lambda \eu^{-A}. (Notons la logique : aucune solution n’est perdue, car toute solution a été écrite sous la forme annoncée.)

Exemple 5.3 (Une équation homogène à coefficient variable)

Résolvons y+(cosx)y=0y' + (\cos x)\,y = 0 sur R\R. Une primitive de a(x)=cosxa(x) = \cos x est A(x)=sinxA(x) = \sin x, donc les solutions sont

y(x)=λesinx,λR.y(x) = \lambda\,\eu^{-\sin x}, \qquad \lambda \in \R .

Deux lectures. Toute solution est périodique (de période 2π2\pi) et ne s’annule jamais sauf si λ=0\lambda = 0 — le signe de λ\lambda est pour toujours le signe de yy, puisqu’une exponentielle ne peut traverser zéro. Et la solution passant par y(0)=y0y(0) = y_0 est y0esinxy_0\eu^{-\sin x} : exactement une courbe de la famille par chaque point initial, l’image en dimension un du Théorème 5.4 (2).

Théorème 5.4 (Variation de la constante ; problème de Cauchy)

Avec les notations ci-dessus :

  1. Les solutions de (E)(E) sur II sont exactement

    y(x)=(λ+x0xb(t)eA(t) ⁣dt)eA(x),λR,y(x) = \Bigl(\lambda + \int_{x_0}^{x} b(t)\, \eu^{A(t)} \dd t \Bigr)\, \eu^{-A(x)}, \qquad \lambda \in \R,

    x0Ix_0 \in I est fixé. Autrement dit : solution générale de (H)(H) plus une solution particulière de (E)(E).

  2. Pour tout x0Ix_0 \in I et tout y0y_0, le problème de Cauchy « (E)(E) et y(x0)=y0y(x_0) = y_0 » admet exactement une solution sur II.

Démonstration. (1) Suivant la méthode dite de variation de la constante, cherchons les solutions sous la forme y=μ(x)eA(x)y = \mu(x)\, \eu^{-A(x)} avec μ\mu dérivable — on ne perd aucune généralité, puisque toute fonction sur II peut s’écrire ainsi (μ=yeA\mu = y\,\eu^{A}). En substituant,

y+ay=μeAμaeA+aμeA=μeA,y' + ay = \mu' \eu^{-A} - \mu a \eu^{-A} + a\mu\eu^{-A} = \mu'\, \eu^{-A},

donc yy est solution de (E)(E) si et seulement si μ(x)=b(x)eA(x)\mu'(x) = b(x)\,\eu^{A(x)}, si et seulement si μ(x)=λ+x0xb(t)eA(t) ⁣dt\mu(x) = \lambda + \int_{x_0}^x b(t)\eu^{A(t)}\dd t pour une certaine constante λ\lambda (deux primitives d’une même fonction continue sur un intervalle diffèrent d’une constante).

(2) Dans la formule, y(x0)=λeA(x0)y(x_0) = \lambda\,\eu^{-A(x_0)} : la condition y(x0)=y0y(x_0) = y_0 détermine λ=y0eA(x0)\lambda = y_0 \eu^{A(x_0)} de manière unique.

Exemple 5.5

Résolvons y+yx=x2y' + \dfrac{y}{x} = x^2 sur I=(0,+)I = \intoo{0}{+\infty}. Ici a(x)=1xa(x) = \frac 1x, A(x)=lnxA(x) = \ln x, eA(x)=1x\eu^{-A(x)} = \frac 1x. Solutions homogènes : λx\frac{\lambda}{x}. Variation de la constante : μ(x)=x2x=x3\mu'(x) = x^2 \cdot x = x^3, donc μ=x44+λ\mu = \frac{x^4}{4} + \lambda, et

y(x)=x34+λx,λR.y(x) = \frac{x^3}{4} + \frac{\lambda}{x}, \qquad \lambda \in \R .

Avec la condition initiale y(1)=0y(1) = 0 : λ=14\lambda = -\frac14. Vérification : y+yx=3x24λx2+x24+λx2=x2y' + \frac yx = \frac{3x^2}{4} - \frac{\lambda}{x^2} + \frac{x^2}{4} + \frac{\lambda}{x^2} = x^2.

Exemple 5.6 (Deviner vaut mieux qu’intégrer)

Résolvons y+2xy=xy' + 2x\,y = x sur R\R. La variation de la constante fonctionne (A=x2A = x^2, μ=xex2\mu' = x\,\eu^{x^2}, μ=12ex2+λ\mu = \frac12\eu^{x^2} + \lambda), mais remarquer que la constante yp=12y_p = \frac12 est solution de l’équation (0+2x12=x0 + 2x\cdot\frac12 = x) est plus rapide. Avec les solutions homogènes λex2\lambda\,\eu^{-x^2} :

y(x)=12+λex2,λR.y(x) = \frac12 + \lambda\,\eu^{-x^2}, \qquad \lambda \in \R .

Toute solution converge vers 12\frac12 extrêmement vite quand x±x \to \pm\infty : la solution particulière constante est un équilibre que toutes les solutions rejoignent. L’idée à retenir : avant de lancer la méthode générale, consacrez dix secondes à chercher une solution particulière évidente (constante, monôme, multiple du second membre) ; le théorème de structure achève ensuite le travail.

Remarque 5.7 (Les intervalles comptent)

Le théorème vit sur un intervalleaa et bb sont continues. Pour y+yx=0y' + \frac yx = 0 sur R\R^*, les solutions sont λx\frac{\lambda}{x} sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} et μx\frac{\mu}{x} sur (,0)\intoo{-\infty}{0} avec des constantes indépendantes : il n’y a aucune raison qu’une formule unique recolle à travers la singularité en 00.

Exemple 5.8 (Un second membre complexe, deux réponses réelles)

Résolvons yy=cosxy' - y = \cos x et yy=sinxy' - y = \sin x d’un seul coup. Travaillons dans C\C avec le second membre eix\eu^{\iu x} : en essayant yp=ceixy_p = c\,\eu^{\iu x}, on obtient c(i1)eix=eixc(\iu - 1)\eu^{\iu x} = \eu^{\iu x}, donc

c=1i1=1i2,yp=(1+i)(cosx+isinx)2=sinxcosx2+isinxcosx2.c = \frac1{\iu - 1} = \frac{-1 - \iu}2, \qquad y_p = -\frac{(1 + \iu)(\cos x + \iu\sin x)}2 = \frac{\sin x - \cos x}2 + \iu\,\frac{-\sin x - \cos x}2 .

Comme l’équation est à coefficients réels, les parties réelle et imaginaire se séparent : sinxcosx2\frac{\sin x - \cos x}2 est solution de yy=cosxy' - y = \cos x, et sinx+cosx2-\frac{\sin x + \cos x}2 est solution de yy=sinxy' - y = \sin x (vérifions la première : sa dérivée cosx+sinx2\frac{\cos x + \sin x}2, moins la fonction, donne cosx\cos x). Une seule ligne complexe a remplacé deux passages par la variation de la constante — la même économie que la Méthode 5.13 systématise au second ordre, et un dividende récurrent du Chapitre 3.

5.2 Équations linéaires du second ordre à coefficients constants

Définition 5.9

Soient a,bRa, b \in \R et f ⁣:IRf \colon I \to \R continue. L’équation

(E) ⁣:y+ay+by=f(x)(E)\colon\quad y'' + a\,y' + b\,y = f(x)

est une équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants ; (H) ⁣:y+ay+by=0(H)\colon y'' + ay' + by = 0 en est l’équation homogène, et χ(r)=r2+ar+b\chi(r) = r^2 + ar + b son polynôme caractéristique.

Théorème 5.10 (Solutions homogènes)

Soit Δ=a24b\Delta = a^2 - 4b le discriminant de χ\chi. Les solutions réelles de (H)(H) sur R\R sont :

  1. si Δ>0\Delta > 0, avec r1r2r_1 \neq r_2 les deux racines réelles :   y=λer1x+μer2x\;y = \lambda\, \eu^{r_1 x} + \mu\, \eu^{r_2 x} ;
  2. si Δ=0\Delta = 0, avec r0r_0 la racine double :   y=(λ+μx)er0x\;y = (\lambda + \mu x)\, \eu^{r_0 x} ;
  3. si Δ<0\Delta < 0, avec les racines α±iω\alpha \pm \iu\omega (ω>0\omega > 0) :   y=eαx(λcosωx+μsinωx)\;y = \eu^{\alpha x} (\lambda \cos\omega x + \mu \sin\omega x) ;

dans chaque cas, (λ,μ)(\lambda, \mu) décrivant R2\R^2.

Démonstration. Observons d’abord que pour rCr \in \C, xerxx \mapsto \eu^{rx} est solution de (H)(H) si et seulement si χ(r)=0\chi(r) = 0 (substituons : (r2+ar+b)erx=0(r^2 + ar + b)\eu^{rx} = 0). C’est pourquoi les exponentielles sont le premier essai naturel : la dérivation agit sur erx\eu^{rx} comme la multiplication par le nombre rr, de sorte que l’équation différentielle devient l’équation numérique χ(r)=0\chi(r) = 0 — tout le problème analytique est comprimé dans la recherche des racines d’un trinôme.

L’étape clé est un changement d’inconnue qui abaisse l’ordre. Soit rr une racine (éventuellement complexe) de χ\chi et écrivons y=zerxy = z\, \eu^{rx}, ce qui ne perd aucune généralité. Alors

y+ay+by=(z+(2r+a)z+χ(r)z)erx=(z+(2r+a)z)erx,y'' + ay' + by = \bigl(z'' + (2r + a) z' + \chi(r) z\bigr)\eu^{rx} = \bigl(z'' + (2r + a) z'\bigr)\eu^{rx},

donc (H)(H) devient l’équation du premier ordre u+(2r+a)u=0u' + (2r + a) u = 0 pour u=zu = z'.

Cas Δ0\Delta \neq 0 : choisissons r=r1r = r_1 ; alors 2r1+a=r1r22r_1 + a = r_1 - r_2 (puisque r1+r2=ar_1 + r_2 = -a). D’après le Théorème 5.2, z=ce(r2r1)xz' = c\,\eu^{(r_2 - r_1)x} pour une certaine constante cc ; en intégrant sur R\R, z=μe(r2r1)x+λz = \mu\, \eu^{(r_2 - r_1)x} + \lambda avec μ=cr2r1\mu = \frac{c}{r_2 - r_1}, et donc y=zer1x=λer1x+μer2xy = z\, \eu^{r_1 x} = \lambda\,\eu^{r_1x} + \mu\,\eu^{r_2x}. Lorsque Δ<0\Delta < 0, les racines sont α±iω\alpha \pm \iu\omega et les solutions complexes sont y=c1e(α+iω)x+c2e(αiω)xy = c_1\eu^{(\alpha+\iu\omega)x} + c_2\eu^{(\alpha-\iu\omega)x} avec c1,c2Cc_1, c_2 \in \C. Lesquelles sont à valeurs réelles ? Comme e(α+iω)x=e(αiω)x\conj{\eu^{(\alpha+\iu\omega)x}} = \eu^{(\alpha-\iu\omega)x}, le conjugué de yy est c2e(α+iω)x+c1e(αiω)x\conj{c_2}\, \eu^{(\alpha+\iu\omega)x} + \conj{c_1}\,\eu^{(\alpha-\iu\omega)x}, et y=yy = \conj y pour tout xx impose c2=c1c_2 = \conj{c_1} (les deux exponentielles sont linéairement indépendantes : évaluons en deux points, ou comparons en x=0x=0 après division par eαx\eu^{\alpha x}). En écrivant c1=λiμ2c_1 = \frac{\lambda - \iu\mu}2 avec λ,μ\lambda, \mu réels :

y=2(c1eαx(cosωx+isinωx))=eαx(λcosωx+μsinωx),y = 2\,\Re\Bigl(c_1\,\eu^{\alpha x}(\cos\omega x + \iu\sin\omega x)\Bigr) = \eu^{\alpha x}\bigl(\lambda\cos\omega x + \mu\sin\omega x\bigr),

et réciproquement toute fonction de cette forme est solution (partie réelle d’une solution complexe d’une équation réelle) : l’espace des solutions réelles est bien celui annoncé.

Cas Δ=0\Delta = 0 : r=r0r = r_0, 2r0+a=02r_0 + a = 0, donc z=0z'' = 0 : z=λ+μxz = \lambda + \mu x et y=(λ+μx)er0xy = (\lambda + \mu x)\eu^{r_0 x}.

Exemple 5.11 (Un problème de Cauchy, du début à la fin)

Résolvons y3y+2y=0y'' - 3y' + 2y = 0 avec y(0)=0y(0) = 0, y(0)=1y'(0) = 1. Le polynôme caractéristique r23r+2=(r1)(r2)r^2 - 3r + 2 = (r - 1)(r - 2) a les racines réelles 11 et 22 : solution générale y=λex+μe2xy = \lambda\eu^{x} + \mu\eu^{2x}. Les deux conditions donnent le système linéaire

λ+μ=0,λ+2μ=1,\lambda + \mu = 0, \qquad \lambda + 2\mu = 1 ,

donc μ=1\mu = 1, λ=1\lambda = -1 :

y(x)=e2xex.y(x) = \eu^{2x} - \eu^{x} .

Vérification : y(0)=0y(0) = 0 ; y=2e2xexy' = 2\eu^{2x} - \eu^x vérifie y(0)=1y'(0) = 1 ; et y3y+2y=(46+2)e2x+(1+32)ex=0y'' - 3y' + 2y = (4 - 6 + 2)\eu^{2x} + (-1 + 3 - 2)\eu^x = 0. Notons la forme de la réponse : au voisinage de -\infty c’est le mode lent ex-\eu^x qui domine ; au voisinage de ++\infty, le mode rapide e2x\eu^{2x}. Lire les solutions comme des superpositions de modes ayant des taux de décroissance ou de croissance différents est l’habitude payante — c’est ainsi qu’est organisée la séparation transitoire/régime permanent du devoir maison.

Les trois régimes de y'' + ay' + by = 0 à solutions décroissantes : oscillation amortie (racines complexes), retour critique (racine double), décroissance suramortie (deux racines réelles). Le régime qui se produit se lit sur le seul signe de = a2 - 4b — avant même de résoudre quoi que ce soit.
Les trois régimes de y+ay+by=0y'' + ay' + by = 0 à solutions décroissantes : oscillation amortie (racines complexes), retour critique (racine double), décroissance suramortie (deux racines réelles). Le régime qui se produit se lit sur le seul signe de Δ=a24b\Delta = a^2 - 4b — avant même de résoudre quoi que ce soit.

Théorème 5.12 (Structure et problème de Cauchy)

  1. Si ypy_p est une solution particulière de (E)(E), les solutions de (E)(E) sont exactement les yp+yhy_p + y_h, yhy_h décrivant les solutions de (H)(H).
  2. (Superposition) Si y1y_1 est solution de y+ay+by=f1y'' + ay' + by = f_1 et y2y_2 solution de y+ay+by=f2y'' + ay' + by = f_2, alors y1+y2y_1 + y_2 est solution de l’équation de second membre f1+f2f_1 + f_2.
  3. Pour tout x0Ix_0 \in I et tout (y0,y0)(y_0, y_0'), le problème de Cauchy « (E)(E), y(x0)=y0y(x_0) = y_0, y(x0)=y0y'(x_0) = y_0' » admet exactement une solution sur II. (Existence sous réserve d’une solution particulière ; unicité sans réserve.)

Démonstration. (1) yy est solution de (E)(E) si et seulement si yypy - y_p est solution de (H)(H), par linéarité de yy+ay+byy \mapsto y'' + ay' + by. (2) relève de la même linéarité.

(3) D’après (1), il suffit de montrer que les constantes (λ,μ)(\lambda, \mu) peuvent toujours être ajustées, de manière unique, à n’importe quelles données (y0,y0)(y_0, y_0'). Quitte à translater la variable, supposons x0=0x_0 = 0. Dans le cas (1) du Théorème 5.10, y=λer1x+μer2xy = \lambda\eu^{r_1x} + \mu\eu^{r_2x} donne

y(0)=λ+μ,y(0)=r1λ+r2μ:y(0) = \lambda + \mu, \qquad y'(0) = r_1\lambda + r_2\mu :

un système linéaire en (λ,μ)(\lambda, \mu) dont le déterminant vaut r2r10r_2 - r_1 \neq 0 ; en le résolvant explicitement, μ=y0r1y0r2r1\mu = \frac{y_0' - r_1y_0}{r_2 - r_1} et λ=y0μ\lambda = y_0 - \mu : exactement une solution. Dans le cas (2), y(0)=λy(0) = \lambda et y(0)=r0λ+μy'(0) = r_0\lambda + \mu : le système est triangulaire, de déterminant 11, résolu par λ=y0\lambda = y_0, μ=y0r0y0\mu = y_0' - r_0y_0. Dans le cas (3), y(0)=λy(0) = \lambda et y(0)=αλ+ωμy'(0) = \alpha\lambda + \omega\mu : déterminant ω0\omega \neq 0, résolu par λ=y0\lambda = y_0, μ=y0αy0ω\mu = \frac{y_0' - \alpha y_0}\omega. Dans chaque cas, l’application (λ,μ)(y(x0),y(x0))(\lambda, \mu) \mapsto (y(x_0), y'(x_0)) est une bijection linéaire — le langage du Chapitre 20 comprimera cette discussion par cas en une seule phrase.

Méthode 5.13 (Solution particulière pour f(x)=P(x)eγxf(x) = P(x)\,\eu^{\gamma x})

Lorsque le second membre est P(x)eγxP(x)\,\eu^{\gamma x} avec PP un polynôme et γR\gamma \in \R (ce qui couvre les polynômes, les exponentielles, et, via un γ\gamma complexe ou la superposition, le cos\cos et le sin\sin) : cherchons une solution particulière de la forme

yp(x)=xmQ(x)eγx,m=multipliciteˊ de γ comme racine de χ (m=0,1 ou 2),y_p(x) = x^{m}\, Q(x)\, \eu^{\gamma x}, \qquad m = \text{multiplicité de } \gamma \text{ comme racine de } \chi \ (m = 0, 1 \text{ ou } 2),

avec QQ un polynôme de même degré que PP, dont les coefficients s’obtiennent par substitution et identification. Pour f=Kcosωxf = K\cos\omega x (ou sin\sin), résolvons avec le second membre KeiωxK\eu^{\iu\omega x} et prenons la partie réelle (resp. imaginaire).

Exemple 5.14 (La superposition à l’œuvre)

Résolvons yy=ex+4y'' - y = \eu^{x} + 4 sur R\R. Équation homogène : χ(r)=r21\chi(r) = r^2 - 1, racines ±1\pm1, donc yh=λex+μexy_h = \lambda\eu^x + \mu\eu^{-x}. Séparons le second membre et traitons chaque morceau par l’encadré de méthode. Morceau ex\eu^x : ici γ=1\gamma = 1 est racine simple de χ\chi, essayons donc y1=cxexy_1 = c\,x\,\eu^x : alors y1y1=c(x+2)excxex=2cexy_1'' - y_1 = c(x + 2)\eu^x - cx\eu^x = 2c\,\eu^x, d’où c=12c = \frac12. Morceau 44 : γ=0\gamma = 0 n’est pas racine ; la constante y2=4y_2 = -4 convient. Par superposition (Théorème 5.12 (2)) :

y=xex24+λex+μex,(λ,μ)R2.y = \frac{x\,\eu^x}2 - 4 + \lambda\,\eu^x + \mu\,\eu^{-x}, \qquad (\lambda, \mu) \in \R^2 .

Notons que les deux morceaux ont exigé des formes différentes (m=1m = 1 contre m=0m = 0) : le test de multiplicité s’applique à chaque exposant séparément, ce qui est tout l’intérêt de séparer le second membre avant de deviner.

Exemple 5.15 (La règle de multiplicité à l’œuvre)

Résolvons y+y=xy'' + y' = x sur R\R. Le second membre est P(x)e0xP(x)\eu^{0\cdot x} avec P(x)=xP(x) = x, et γ=0\gamma = 0 est racine simple de χ(r)=r2+r=r(r+1)\chi(r) = r^2 + r = r(r + 1) : donc m=1m = 1, et le bon essai est yp=x(αx+β)=αx2+βxy_p = x\,(\alpha x + \beta) = \alpha x^2 + \beta x, de degré un de plus que PP. En substituant :

yp+yp=2α+(2αx+β)=2αx+(2α+β),y_p'' + y_p' = 2\alpha + (2\alpha x + \beta) = 2\alpha x + (2\alpha + \beta) ,

et l’identification avec xx donne α=12\alpha = \frac12, β=1\beta = -1 : yp=x22xy_p = \frac{x^2}2 - x. Solution générale : y=x22x+λ+μexy = \frac{x^2}2 - x + \lambda + \mu\,\eu^{-x}. Si nous avions essayé yp=αx+βy_p = \alpha x + \beta (en ignorant la multiplicité), la substitution aurait donné yp+yp=αy_p'' + y_p' = \alpha, une constante — aucun choix de α,β\alpha, \beta ne peut égaler xx, et l’échec est structurel : les constantes sont déjà solutions de l’équation homogène, donc elles sont invisibles pour le membre de gauche. Le facteur xmx^m existe précisément pour sortir de l’espace des solutions homogènes.

Remarque 5.16 (L’assurance à trente secondes)

Chaque équation résolue dans ce chapitre se termine par une vérification par substitution, et ce n’est pas décoratif. Un calcul d’équation différentielle enchaîne beaucoup de petites étapes (une primitive, une dérivée de produit, deux constantes), et une seule erreur de signe se propage invisiblement ; substituer la formule finale dans l’équation les attrape presque toutes, au prix d’une seule dérivation. Cultivez le réflexe sur trois niveaux : vérifiez la solution particulière seule (la partie homogène s’annule de toute façon), vérifiez les conditions initiales sur la solution complète, et lorsqu’un paramètre est présent, vérifiez une valeur dégénérée (la formule pour Ω\Omega général redonne-t-elle la réponse connue en Ω=0\Omega = 0 ?). L’habitude coûte une demi-minute ; elle convertit « probablement juste » en « vérifié ».

Remarque 5.17 (Pièges classiques)

  1. Normaliser d’abord. Les formules supposent que l’équation s’écrit y+a(x)y=b(x)y' + a(x)y = b(x) — coefficient 11 devant yy'. Pour xy2y=x3xy' - 2y = x^3, divisez par xx (sur un intervalle évitant 00) avant d’identifier aa et bb, comme dans l’Exercice 5.2.
  2. Une constante par dimension, fixée à la fin. La solution générale du premier ordre porte une constante, celle du second ordre deux ; les conditions initiales s’imposent sur la solution complète yp+yhy_p + y_h, jamais sur yhy_h seule — les imposer avant d’ajouter ypy_p est l’erreur structurelle la plus fréquente.
  3. Attention à la multiplicité. Un essai de solution particulière qui est solution de l’équation homogène est invisible pour le membre de gauche ; le facteur xmx^m de la Méthode 5.13 n’est pas optionnel (Exemple 5.15).
  4. Les intervalles font partie de la réponse. Les solutions vivent sur des intervalles où les coefficients sont continus ; recoller à travers une singularité peut créer des constantes parasites (Exercice 5.12) ou détruire l’unicité. « Résoudre sur R\R^* » signifie deux problèmes indépendants.

Exemple 5.18 (Excitation hors résonance)

Résolvons y+4y=sinxy'' + 4y = \sin x sur R\R. Pulsation propre 22, pulsation d’excitation 11 : puisque i\iu n’est pas racine de χ(r)=r2+4\chi(r) = r^2 + 4, la multiplicité est m=0m = 0 et une simple sinusoïde suffit. En essayant yp=αsinxy_p = \alpha\sin x (aucun cosinus n’est nécessaire : l’équation n’a pas de terme en yy', et le sin\sin régénère le sin\sin) :

yp+4yp=αsinx+4αsinx=3αsinx,y_p'' + 4y_p = -\alpha\sin x + 4\alpha\sin x = 3\alpha\sin x ,

donc α=13\alpha = \frac13 et la solution générale est

y=sinx3+λcos2x+μsin2x.y = \frac{\sin x}3 + \lambda\cos 2x + \mu\sin 2x .

Toute solution reste bornée : c’est une superposition de deux oscillations, aux pulsations 11 (forcée) et 22 (propre). À comparer avec l’exemple suivant, où une excitation à la pulsation propre change la forme même de la réponse.

Exemple 5.19 (Une oscillation forcée)

Résolvons y+y=cosxy'' + y = \cos x, y(0)=0y(0) = 0, y(0)=0y'(0) = 0.

Équation homogène : χ(r)=r2+1\chi(r) = r^2 + 1, racines ±i\pm\iu : yh=λcosx+μsinxy_h = \lambda\cos x + \mu \sin x.

Solution particulière : second membre (eix)\Re(\eu^{\iu x}) avec γ=i\gamma = \iu racine simple de χ\chi : essayons zp=cxeixz_p = c\, x\, \eu^{\iu x} (cCc \in \C). Alors zp+zp=c(2i)eixz_p'' + z_p = c\,(2\iu)\eu^{\iu x}, qui vaut eix\eu^{\iu x} pour c=12i=i2c = \frac{1}{2\iu} = -\frac\iu2. Donc zp=i2x(cosx+isinx)z_p = -\frac{\iu}{2} x (\cos x + \iu \sin x) et yp=(zp)=xsinx2y_p = \Re(z_p) = \frac{x \sin x}{2}.

Solution générale : y=xsinx2+λcosx+μsinxy = \frac{x\sin x}{2} + \lambda\cos x + \mu\sin x. Conditions : y(0)=λ=0y(0) = \lambda = 0 ; y=sinx+xcosx2+μcosxy' = \frac{\sin x + x\cos x}{2} + \mu\cos x, donc y(0)=μ=0y'(0) = \mu = 0. Réponse : y=xsinx2y = \frac{x\sin x}{2} — une oscillation dont l’amplitude croît linéairement : le phénomène de résonance, causé par l’excitation du système à sa pulsation propre.

Résonance : la solution y = x x/2 de y'' + y = x oscille entre les droites y = ± x2 (en pointillés), avec une amplitude sans cesse croissante.
Résonance : la solution y=xsinx2y = \frac{x \sin x}{2} de y+y=cosxy'' + y = \cos x oscille entre les droites y=±x2y = \pm\frac x2 (en pointillés), avec une amplitude sans cesse croissante.

Remarque 5.20 (Interlude : la linéarité est une géométrie)

Reprenons la forme de chaque ensemble de solutions de ce chapitre : une solution particulière plus un espace de solutions homogènes avec une constante libre (premier ordre) ou deux (second ordre). Les chapitres d’algèbre linéaire (Chapitres 18, 19 et 20) en fourniront le vocabulaire exact : l’application L(y)=y+ay+byL(y) = y'' + ay' + by est linéaire, ses solutions homogènes forment le noyau de LL, un espace vectoriel dont la dimension est égale à l’ordre de l’équation — c’est là le contenu honnête de « une constante par ordre » — et l’ensemble des solutions de L(y)=fL(y) = f est un sous-espace affine, un translaté du noyau. Même l’application de Cauchy (λ,μ)(y(x0),y(x0))(\lambda, \mu) \mapsto (y(x_0), y'(x_0)) du Théorème 5.12 est une bijection linéaire entre deux plans, c’est-à-dire un système 2×22 \times 2 inversible (Chapitre 21). Rien de ce chapitre ne sera à refaire — il suffira de le renommer, et ce renommage est le meilleur échauffement possible pour l’algèbre linéaire : chaque définition abstraite y a déjà gagné sa vie ici.

Remarque 5.21 (Où ce chapitre est utilisé)

Le théorème de structure — les solutions de (E)(E) sont « une solution particulière plus les solutions de (H)(H) » — est la première apparition d’un schéma que les Chapitres 18 et 20 nommeront : l’ensemble des solutions de (H)(H) est le noyau de l’application linéaire yy+ay+byy \mapsto y'' + ay' + by, et l’ensemble des solutions de (E)(E) en est un translaté affine. Le polynôme caractéristique réapparaît comme polynôme caractéristique d’une matrice au Chapitre 21 : une équation du second ordre est un système 2×22 \times 2 du premier ordre déguisé, point de vue que le volume de Licence 2 systématise. Les intégrales exigées par la variation de la constante sont fournies par le Chapitre 15, et le devoir maison ci-dessous — l’oscillateur amorti forcé — est le cas modèle de toute question d’oscillation dans les sciences, des circuits électriques aux ponts suspendus.

5.3 Exercices

Exercice 5.1

Résoudre sur R\R :   y+2y=e3x\;y' + 2y = \eu^{3x} ; puis le problème de Cauchy y(0)=1y(0) = 1.

Solution

Solution de Exercice 5.1.

Équation homogène : yh=λe2xy_h = \lambda\,\eu^{-2x}. Solution particulière : essayons yp=ce3xy_p = c\,\eu^{3x} (33 n’est pas racine de r+2r + 2) : 3c+2c=13c + 2c = 1, c=15c = \frac15. Solution générale : y=e3x5+λe2xy = \frac{\eu^{3x}}{5} + \lambda\,\eu^{-2x}. Avec y(0)=1y(0) = 1 : 15+λ=1\frac15 + \lambda = 1, λ=45\lambda = \frac45, donc y=e3x+4e2x5y = \frac{\eu^{3x} + 4\,\eu^{-2x}}{5}.

Exercice 5.2

Résoudre sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} :   xy2y=x3\;x y' - 2y = x^3 (mettre d’abord l’équation sous forme normalisée).

Solution

Solution de Exercice 5.2.

Sur (0,+)\intoo{0}{+\infty}, divisons par xx : y2xy=x2y' - \frac{2}{x}\,y = x^2. Ici A(x)=2lnxA(x) = -2\ln x, eA(x)=x2\eu^{-A(x)} = x^2 : solutions homogènes λx2\lambda x^2. Variation de la constante : μ(x)=x2x2=1\mu'(x) = x^2 \cdot x^{-2} = 1, donc μ=x+λ\mu = x + \lambda et

y(x)=x3+λx2,λR.y(x) = x^3 + \lambda x^2, \qquad \lambda \in \R .

Vérification : x(3x2+2λx)2(x3+λx2)=x3x(3x^2 + 2\lambda x) - 2(x^3 + \lambda x^2) = x^3.

Exercice 5.3

Résoudre sur R\R, en donnant la solution générale réelle :   y3y+2y=0\;y'' - 3y' + 2y = 0 ;   y+4y+4y=0\;y'' + 4y' + 4y = 0 ;   y2y+5y=0\;y'' - 2y' + 5y = 0.

Solution

Solution de Exercice 5.3.

y3y+2y=0y'' - 3y' + 2y = 0 : racines 11 et 22 ;   y=λex+μe2x\;y = \lambda\,\eu^{x} + \mu\,\eu^{2x}.

y+4y+4y=0y'' + 4y' + 4y = 0 : racine double 2-2 ;   y=(λ+μx)e2x\;y = (\lambda + \mu x)\,\eu^{-2x}.

y2y+5y=0y'' - 2y' + 5y = 0 : racines 1±2i1 \pm 2\iu ;   y=ex(λcos2x+μsin2x)\;y = \eu^{x}(\lambda\cos 2x + \mu\sin 2x).

Exercice 5.4

Résoudre yy=x2y'' - y = x^2 sur R\R, puis le problème de Cauchy y(0)=0y(0) = 0, y(0)=1y'(0) = 1.

Solution

Solution de Exercice 5.4.

Équation homogène : racines ±1\pm 1, yh=λex+μexy_h = \lambda\,\eu^x + \mu\,\eu^{-x}. Solution particulière à second membre polynomial (γ=0\gamma = 0 n’est pas racine) : yp=ax2+bx+cy_p = ax^2 + bx + c ; en substituant, 2a(ax2+bx+c)=x22a - (ax^2 + bx + c) = x^2 donne a=1a = -1, b=0b = 0, c=2a=2c = 2a = -2 : yp=x22y_p = -x^2 - 2. Solution générale y=x22+λex+μexy = -x^2 - 2 + \lambda\eu^x + \mu\eu^{-x}.

Cauchy : y(0)=2+λ+μ=0y(0) = -2 + \lambda + \mu = 0 et y(0)=λμ=1y'(0) = \lambda - \mu = 1 : λ=32\lambda = \frac32, μ=12\mu = \frac12. Donc y=x22+3ex+ex2y = -x^2 - 2 + \frac{3\eu^x + \eu^{-x}}{2}.

Exercice 5.5 ★★

Résoudre sur (π2,π2)\intoo{-\frac\pi2}{\frac\pi2} :   y+ytanx=sin2x\;y' + y\tan x = \sin 2x.

Solution

Solution de Exercice 5.5.

a(x)=tanxa(x) = \tan x, A(x)=ln(cosx)A(x) = -\ln(\cos x) (licite : cos>0\cos > 0 sur l’intervalle), eA=cosx\eu^{-A} = \cos x : solutions homogènes λcosx\lambda\cos x. Variation de la constante : μ(x)=sin2x1cosx=2sinx\mu'(x) = \sin 2x \cdot \frac{1}{\cos x} = 2\sin x, donc μ=2cosx+λ\mu = -2\cos x + \lambda et

y(x)=2cos2x+λcosx.y(x) = -2\cos^2 x + \lambda \cos x .

Vérification : y=4cosxsinxλsinxy' = 4\cos x \sin x - \lambda\sin x et ytanx=2cosxsinx+λsinxy\tan x = -2\cos x\sin x + \lambda \sin x ; leur somme vaut 2cosxsinx=sin2x2\cos x\sin x = \sin 2x, comme voulu.

Exercice 5.6 ★★

Résoudre y4y+3y=(2x+1)exy'' - 4y' + 3y = (2x + 1)\,\eu^{x} sur R\R. (Attention à la multiplicité : 11 est-il racine du polynôme caractéristique ?)

Solution

Solution de Exercice 5.6.

χ(r)=r24r+3=(r1)(r3)\chi(r) = r^2 - 4r + 3 = (r-1)(r-3) : γ=1\gamma = 1 est racine simple (m=1m = 1). Essayons yp=x(ax+b)exy_p = x(ax + b)\,\eu^x. Avec u=ax2+bxu = ax^2 + bx,

yp4yp+3yp=(u+(24)u+χ(1)u)ex=(2a2(2ax+b))ex.y_p'' - 4y_p' + 3y_p = \bigl(u'' + (2 - 4)u' + \chi(1) u\bigr)\eu^x = \bigl(2a - 2(2ax + b)\bigr)\eu^x .

Identifions avec (2x+1)ex(2x + 1)\eu^x : 4a=2-4a = 2 et 2a2b=12a - 2b = 1, donc a=12a = -\frac12, b=1b = -1. Solution générale :

y=(x22+x)ex+λex+μe3x,(λ,μ)R2.y = -\Bigl(\frac{x^2}{2} + x\Bigr)\eu^{x} + \lambda\,\eu^{x} + \mu\,\eu^{3x}, \qquad (\lambda, \mu) \in \R^2 .

Exercice 5.7 ★★

Résoudre y+4y=sin2x+xy'' + 4y = \sin 2x + x sur R\R (superposition : traiter chaque second membre séparément).

Solution

Solution de Exercice 5.7.

Équation homogène : yh=λcos2x+μsin2xy_h = \lambda\cos 2x + \mu\sin 2x.

Second membre xx (γ=0\gamma = 0 n’est pas racine) : y1=ax+by_1 = ax + b avec 4(ax+b)=x4(ax + b) = x : y1=x4y_1 = \frac x4.

Second membre sin2x=(e2ix)\sin 2x = \Im(\eu^{2\iu x}), 2i2\iu racine simple de r2+4r^2 + 4 : essayons z=cxe2ixz = c\,x\,\eu^{2\iu x} ; alors z+4z=4ice2ixz'' + 4z = 4\iu c\,\eu^{2\iu x}, qui vaut e2ix\eu^{2\iu x} pour c=14i=i4c = \frac{1}{4\iu} = -\frac{\iu}{4}. Donc z=ix4(cos2x+isin2x)z = -\frac{\iu x}{4}(\cos 2x + \iu \sin 2x) et y2=(z)=xcos2x4y_2 = \Im(z) = -\frac{x\cos 2x}{4}.

Par superposition :

y=x4xcos2x4+λcos2x+μsin2x.y = \frac{x}{4} - \frac{x\cos 2x}{4} + \lambda\cos 2x + \mu\sin 2x .

Exercice 5.8 ★★

Une tasse de café à la température T0=80T_0 = 80\,^\circC est posée dans une pièce à 2020\,^\circC. La loi de refroidissement de Newton énonce que T=k(T20)T' = -k\,(T - 20) avec k>0k > 0. Résoudre en T(t)T(t) et, sachant que le café est à 5050\,^\circC au bout de 1010 minutes, déterminer quand il atteint 2525\,^\circC.

Solution

Solution de Exercice 5.8.

L’équation T+kT=20kT' + kT = 20k admet la solution particulière constante 2020 et les solutions homogènes λekt\lambda\eu^{-kt} : T(t)=20+λektT(t) = 20 + \lambda\,\eu^{-kt}, et T(0)=80T(0) = 80 donne λ=60\lambda = 60 :

T(t)=20+60ekt.T(t) = 20 + 60\,\eu^{-kt} .

T(10)=50T(10) = 50 : e10k=12\eu^{-10k} = \frac12, donc k=ln210k = \frac{\ln 2}{10}. Ensuite T(t)=25T(t) = 25 exige ekt=560=112\eu^{-kt} = \frac{5}{60} = \frac{1}{12}, c’est-à-dire

t=ln12k=10ln12ln235.8 minutes.t = \frac{\ln 12}{k} = 10\,\frac{\ln 12}{\ln 2} \approx 35.8 \text{ minutes.}

Exercice 5.9 ★★★

(Oscillateur amorti) Pour ε0\varepsilon \geq 0, on considère y+2εy+y=0y'' + 2\varepsilon y' + y = 0.

  1. Résoudre pour ε[0,1)\varepsilon \in \intco{0}{1}, ε=1\varepsilon = 1, et ε>1\varepsilon > 1.
  2. Montrer que pour ε>0\varepsilon > 0 toute solution tend vers 00 en ++\infty, et que pour ε=0\varepsilon = 0 les solutions non nulles n’y tendent pas.
  3. Pour ε(0,1)\varepsilon \in \intoo{0}{1}, montrer que les zéros d’une solution non nulle sont régulièrement espacés, avec un écart de π1ε2\frac{\pi}{\sqrt{1 - \varepsilon^2}}.
Solution

Solution de Exercice 5.9.

  1. χ(r)=r2+2εr+1\chi(r) = r^2 + 2\varepsilon r + 1, Δ=4(ε21)\Delta = 4(\varepsilon^2 - 1). Pour ε[0,1)\varepsilon \in \intco{0}{1} : racines ε±i1ε2-\varepsilon \pm \iu\sqrt{1 - \varepsilon^2}, donc y=eεt(λcosωt+μsinωt)y = \eu^{-\varepsilon t}\bigl(\lambda\cos\omega t + \mu\sin\omega t\bigr) avec ω=1ε2\omega = \sqrt{1 - \varepsilon^2}. Pour ε=1\varepsilon = 1 : racine double 1-1, y=(λ+μt)ety = (\lambda + \mu t)\,\eu^{-t}. Pour ε>1\varepsilon > 1 : racines réelles r±=ε±ε21r_\pm = -\varepsilon \pm \sqrt{\varepsilon^2 - 1}, toutes deux <0< 0, et y=λer+t+μerty = \lambda\eu^{r_+t} + \mu\eu^{r_-t}.
  2. Pour ε(0,1)\varepsilon \in \intoo{0}{1} : yeεt(λ+μ)0\abs y \leq \eu^{-\varepsilon t}(\abs\lambda + \abs\mu) \to 0. Pour ε=1\varepsilon = 1 : (λ+μt)et0(\lambda + \mu t)\eu^{-t} \to 0 (l’exponentielle l’emporte sur le polynôme, Proposition 4.6). Pour ε>1\varepsilon > 1 : les deux exponentielles décroissent puisque r±<0r_\pm < 0 (en effet ε21<ε\sqrt{\varepsilon^2 - 1} < \varepsilon). Pour ε=0\varepsilon = 0 : y=λcost+μsinty = \lambda\cos t + \mu\sin t a une amplitude constante λ2+μ20\sqrt{\lambda^2 + \mu^2} \neq 0 sauf si y=0y = 0.
  3. Écrivons λcosωt+μsinωt=Rcos(ωtφ)\lambda\cos\omega t + \mu\sin\omega t = R\cos(\omega t - \varphi) avec R=λ2+μ2>0R = \sqrt{\lambda^2 + \mu^2} > 0. Les zéros de yy sont ceux de cos(ωtφ)\cos(\omega t - \varphi) (le facteur eεt\eu^{-\varepsilon t} ne s’annule jamais) : ωtφπ2(modπ)\omega t - \varphi \equiv \frac\pi2 \pmod \pi, une progression arithmétique d’écart πω=π1ε2\frac{\pi}{\omega} = \frac{\pi}{\sqrt{1 - \varepsilon^2}}.

Exercice 5.10 ★★★

Déterminer toutes les fonctions f ⁣:RRf \colon \R \to \R, deux fois dérivables, telles que

x,yR,f(x+y)+f(xy)=2f(x)f(y),\forall x, y \in \R, \qquad f(x + y) + f(x - y) = 2 f(x) f(y),

avec f(0)0f(0) \ne 0 et ff non constante. Indication : fixer yy, dériver deux fois par rapport à xx en 00 ; montrer que f(0)=1f(0) = 1 et f=cff'' = c f pour une certaine constante cc ; puis résoudre selon le signe de cc et vérifier quelles solutions satisfont l’équation fonctionnelle.

Solution

Solution de Exercice 5.10.

Posons x=y=0x = y = 0 : 2f(0)=2f(0)22f(0) = 2f(0)^2, et f(0)0f(0) \neq 0 donne f(0)=1f(0) = 1. Fixons xx et dérivons deux fois l’équation par rapport à yy :

f(x+y)+f(xy)=2f(x)f(y).f''(x+y) + f''(x-y) = 2 f(x) f''(y) .

En posant y=0y = 0 :   2f(x)=2f(x)f(0)\;2f''(x) = 2 f(x) f''(0), c’est-à-dire

f(x)=cf(x),c=f(0).f''(x) = c\,f(x), \qquad c = f''(0).

Cas c=ω2>0c = \omega^2 > 0 : f(x)=λcoshωx+μsinhωxf(x) = \lambda\cosh\omega x + \mu\sinh\omega x ; f(0)=1f(0) = 1 donne λ=1\lambda = 1. En reportant dans l’équation fonctionnelle et en utilisant les formules d’addition (Proposition 4.18), l’équation impose μ=0\mu = 0 (comparer les coefficients de sinhωxsinhωy\sinh\omega x \sinh\omega y ou évaluer en x=yx = y) : f=coshωxf = \cosh\omega x, qui satisfait bien cosh(x+y)+cosh(xy)=2coshxcoshy\cosh(x+y) + \cosh(x-y) = 2\cosh x\cosh y.

Cas c=ω2<0c = -\omega^2 < 0 : de même f(x)=cosωxf(x) = \cos\omega x (ω0\omega \neq 0), qui satisfait l’équation.

Cas c=0c = 0 : ff est affine avec f(0)=1f(0) = 1 : f(x)=1+μxf(x) = 1 + \mu x ; l’équation impose μ=0\mu = 0, exclu (ff n’est pas constante).

Conclusion : les solutions sont f(x)=cosωxf(x) = \cos\omega x et f(x)=coshωxf(x) = \cosh\omega x, ω>0\omega > 0.

Exercice 5.11 ★★

(Équation d’Euler) Résoudre x2yxy+y=0x^2 y'' - x y' + y = 0 sur (0,+)\intoo{0}{+\infty}. Indication : poser z(t)=y(et)z(t) = y(\eu^t), c’est-à-dire substituer x=etx = \eu^t, et montrer que zz satisfait une équation linéaire à coefficients constants.

Solution

Solution de Exercice 5.11.

Posons z(t)=y(et)z(t) = y(\eu^t), de sorte que y(x)=z(lnx)y(x) = z(\ln x) pour x>0x > 0. Alors

y(x)=z(lnx)x,y(x)=z(lnx)z(lnx)x2,y'(x) = \frac{z'(\ln x)}x, \qquad y''(x) = \frac{z''(\ln x) - z'(\ln x)}{x^2} ,

et en substituant dans l’équation :

x2yxy+y=(zz)z+z=z2z+z=0.x^2y'' - xy' + y = \bigl(z'' - z'\bigr) - z' + z = z'' - 2z' + z = 0 .

Polynôme caractéristique (r1)2(r - 1)^2 : racine double 11, donc z(t)=(λ+μt)etz(t) = (\lambda + \mu t)\,\eu^t et, de retour dans la variable x=etx = \eu^t :

y(x)=(λ+μlnx)x,λ,μR.y(x) = (\lambda + \mu\ln x)\,x, \qquad \lambda, \mu \in \R .

Exercice 5.12 ★★★

On considère l’équation xy=2yx\,y' = 2y sur la droite réelle tout entière, d’inconnue la fonction dérivable y ⁣:RRy \colon \R \to \R.

  1. Résoudre sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} et sur (,0)\intoo{-\infty}{0}.
  2. Montrer que pour toutes constantes a,bRa, b \in \R, la fonction égale à ax2ax^2 pour x0x \geq 0 et à bx2bx^2 pour x<0x < 0 est dérivable sur R\R et est solution de l’équation partout.
  3. En déduire que l’ensemble des solutions sur R\R est une famille à deux paramètres, et expliquer pourquoi cela ne contredit pas l’unicité du Théorème 5.4.
Solution

Solution de Exercice 5.12.

  1. Sous forme normalisée y2xy=0y' - \frac2x\,y = 0 sur chaque intervalle : A(x)=2lnxA(x) = -2\ln\abs x, donc les solutions sont y=ax2y = a x^2 sur (0,+)\intoo0{+\infty} et y=bx2y = b x^2 sur (,0)\intoo{-\infty}0, avec des constantes indépendantes (Théorème 5.2).
  2. Soit y=ax2y = ax^2 pour x0x \geq 0 et bx2bx^2 pour x<0x < 0. Sur chaque demi-droite ouverte, yy est dérivable et vérifie xy=2yxy' = 2y. En 00 : les taux d’accroissement y(h)y(0)h=ah\frac{y(h) - y(0)}h = ah ou bhbh tendent vers 00, donc y(0)=0y'(0) = 0 existe, et l’équation en x=0x = 0 s’écrit 0y(0)=2y(0)=00 \cdot y'(0) = 2y(0) = 0 : elle est satisfaite. Donc yy est solution de l’équation sur R\R tout entier.
  3. Les solutions sur R\R sont exactement ces fonctions recollées : une famille à deux paramètres pour une équation du premier ordre. Il n’y a pas de contradiction avec le Théorème 5.4, dont les hypothèses tombent en défaut ici : une fois l’équation écrite sous la forme y+a(x)y=0y' + a(x)y = 0, le coefficient a(x)=2xa(x) = -\frac2x n’est pas continu en 00 — il n’y est même pas défini — de sorte que R\R n’est pas un intervalle sur lequel le théorème s’applique. La singularité en 00 déconnecte les deux demi-droites, et la valeur y(0)=0y(0) = 0 est imposée, sans transmettre aucune information d’un côté à l’autre. Toute donnée de Cauchy en x00x_0 \neq 0 ne détermine la solution que sur la demi-droite contenant x0x_0.

5.4 Problème : l’oscillateur amorti forcé

Problème 5.1

Une seule équation gouverne une masse au bout d’un ressort dans un milieu visqueux, la charge dans un circuit RLC, et un immeuble oscillant sous le vent :

(EΩ) ⁣:x+2λx+ω02x=Acos(Ωt),(E_\Omega)\colon\quad x'' + 2\lambda x' + \omega_0^2\,x = A\cos(\Omega t),

avec λ0\lambda \geq 0 l’amortissement, ω0>0\omega_0 > 0 la pulsation propre, et A>0A > 0, Ω>0\Omega > 0 l’amplitude et la pulsation de l’excitation. Ce problème en extrait le comportement complet : la décroissance des transitoires, l’unique régime permanent périodique, la courbe de résonance et sa finesse (le facteur de qualité), les battements du cas non amorti, et le bilan d’énergie qui entretient l’oscillation. Sauf mention contraire, 0<λ<ω00 < \lambda < \omega_0 (régime sous-amorti) et l’on pose ωd=ω02λ2\omega_d = \sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}.

Partie I — L’oscillateur libre. Ici A=0A = 0.

  1. Résoudre l’équation homogène (H)(H) pour 0<λ<ω00 < \lambda < \omega_0, puis pour λ=0\lambda = 0. (Les régimes λω0\lambda \geq \omega_0 ont été traités à l’Exercice 5.9 ; les citer.)
  2. Montrer que pour tout λ>0\lambda > 0, toutes les solutions de (H)(H) tendent vers 00 en ++\infty — dans les trois régimes.
  3. Définir l’énergie E(t)=12x(t)2+12ω02x(t)2\mathcal E(t) = \frac12 x'(t)^2 + \frac12\omega_0^2\,x(t)^2 le long d’une solution de (H)(H). Montrer que E(t)=2λx(t)20\mathcal E'(t) = -2\lambda\,x'(t)^2 \leq 0, et en déduire (sans rien résoudre) que le problème de Cauchy « (H)(H), x(t0)=x(t0)=0x(t_0) = x'(t_0) = 0 » n’a que la solution nulle, et ce pour tout λ0\lambda \geq 0.
  4. Pour 0<λ<ω00 < \lambda < \omega_0, écrire la solution non nulle sous la forme x(t)=Reλtcos(ωdtφ)x(t) = R\,\eu^{-\lambda t}\cos(\omega_d t - \varphi) et poser Td=2πωdT_d = \frac{2\pi}{\omega_d} la pseudo-période. Montrer que x(t+Td)=eλTdx(t)x(t + T_d) = \eu^{-\lambda T_d}\,x(t) : chaque oscillation est la précédente réduite du facteur constant eδ\eu^{-\delta}, δ=2πλωd\delta = \frac{2\pi\lambda}{\omega_d} (le décrément logarithmique). Calculer δ\delta pour ω0=1\omega_0 = 1, λ=0.1\lambda = 0.1.
  5. Définir le facteur de qualité Q=ω02λQ = \dfrac{\omega_0}{2\lambda}. Montrer qu’au bout du temps 1λ\frac1\lambda (une division de l’amplitude par e\eu), l’oscillateur a accompli ωd2πλ\frac{\omega_d}{2\pi\lambda} pseudo-périodes, ce qui, pour un amortissement faible (λω0\lambda \ll \omega_0), vaut approximativement Qπ\frac Q\pi : le facteur de qualité compte, à π\pi près, le nombre d’oscillations accomplies avant que l’amplitude ne soit divisée par e\eu.

Partie II — Le régime permanent. Désormais A>0A > 0 et λ>0\lambda > 0.

  1. Chercher une solution particulière comme partie réelle de zeiΩtz\,\eu^{\iu\Omega t} avec zCz \in \C (Méthode 5.13). Montrer que cela fonctionne avec

    z=Aω02Ω2+2iλΩ.z = \frac{A}{\omega_0^2 - \Omega^2 + 2\iu\lambda\Omega} .
  2. En déduire le régime permanent sous forme amplitude–phase : xp(t)=R(Ω)cos(Ωtφ(Ω))x_p(t) = R(\Omega)\cos\bigl(\Omega t - \varphi(\Omega)\bigr) avec

    R(Ω)=A(ω02Ω2)2+4λ2Ω2,tanφ=2λΩω02Ω2,φ(0,π).R(\Omega) = \frac{A}{\sqrt{(\omega_0^2 - \Omega^2)^2 + 4\lambda^2\Omega^2}}, \qquad \tan\varphi = \frac{2\lambda\Omega}{\omega_0^2 - \Omega^2}, \quad \varphi \in \intoo0\pi .
  3. Interpréter les deux régimes extrêmes : calculer les limites de RR et φ\varphi quand Ω0+\Omega \to 0^+ (réponse quasi-statique A/ω02A/\omega_0^2, phase 00) et quand Ω+\Omega \to +\infty (RA/Ω20R \sim A/\Omega^2 \to 0, phase π\to \pi : la masse se déplace à l’opposé d’une excitation trop rapide).
  4. Montrer que toute solution de (EΩ)(E_\Omega) est xpx_p plus une solution de (H)(H), donc converge vers le régime permanent xpx_p quand t+t \to +\infty, quelles que soient les conditions initiales : une fois le transitoire éteint, l’oscillateur n’a plus aucun souvenir de son démarrage.
  5. Montrer que xpx_p est la seule solution périodique de (EΩ)(E_\Omega).
  6. Traiter un problème de Cauchy jusqu’au bout : pour x+2x+2x=costx'' + 2x' + 2x = \cos t avec x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0, montrer que la solution est

    x(t)=cost+2sint5etcost+3sint5,x(t) = \frac{\cos t + 2\sin t}5 - \eu^{-t}\,\frac{\cos t + 3\sin t}5 ,

    et identifier les parties transitoire et permanente.

Partie III — La courbe de résonance. Étude de ΩR(Ω)\Omega \mapsto R(\Omega) sur (0,+)\intoo0{+\infty}.

  1. En posant u=Ω2u = \Omega^2 et g(u)=(ω02u)2+4λ2ug(u) = (\omega_0^2 - u)^2 + 4\lambda^2 u, montrer : si 2λ2<ω022\lambda^2 < \omega_0^2, alors RR atteint un maximum strict à la pulsation de résonance Ωr=ω022λ2\Omega_r = \sqrt{\omega_0^2 - 2\lambda^2}, avec

    Rmax=R(Ωr)=A2λω02λ2.R_{\max} = R(\Omega_r) = \frac{A}{2\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}} .
  2. Montrer que RmaxR(0)=Q(1λ2ω02)1/2Q\dfrac{R_{\max}}{R(0)} = Q\,\bigl(1 - \tfrac{\lambda^2}{\omega_0^2}\bigr)^{-1/2} \geq Q : à la résonance, l’excitation est amplifiée (pour l’essentiel) par le facteur de qualité.
  3. Démontrer que l’amplitude de la vitesse V(Ω)=ΩR(Ω)V(\Omega) = \Omega\,R(\Omega) est maximale exactement en Ω=ω0\Omega = \omega_0 (et non en Ωr\Omega_r), et que la phase y vaut φ(ω0)=π2\varphi(\omega_0) = \frac\pi2 : en Ω=ω0\Omega = \omega_0 la vitesse est exactement en phase avec la force.
  4. (Bande passante) Résoudre exactement g(u)=2g(ur)g(u) = 2\,g(u_r), où ur=ω022λ2u_r = \omega_0^2 - 2\lambda^2, et en déduire que les deux pulsations Ω±\Omega_\pmR=Rmax/2R = R_{\max}/\sqrt2 vérifient Ω+2Ω2=4λω02λ2\Omega_+^2 - \Omega_-^2 = 4\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2} ; conclure que pour un amortissement faible la bande passante vaut Ω+Ω2λ\Omega_+ - \Omega_- \approx 2\lambda, c’est-à-dire Qω0Ω+ΩQ \approx \frac{\omega_0}{\Omega_+ - \Omega_-} : les pics de résonance aigus sont les systèmes à grand QQ.
  5. Portrait numérique pour ω0=1\omega_0 = 1, λ=0.05\lambda = 0.05 (Q=10Q = 10), A=1A = 1 : calculer Ωr\Omega_r, RmaxR_{\max}, la réponse statique R(0)R(0), et la bande passante approchée.
  6. Montrer que si 2λ2ω022\lambda^2 \geq \omega_0^2, alors RR est strictement décroissante sur (0,+)\intoo0{+\infty} : les systèmes fortement amortis n’ont aucun pic de résonance.

Partie IV — Sans amortissement : battements et résonance. Ici λ=0\lambda = 0.

  1. Pour Ωω0\Omega \neq \omega_0, déterminer la solution générale de x+ω02x=Acos(Ωt)x'' + \omega_0^2 x = A\cos(\Omega t).
  2. Résoudre le problème de Cauchy x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0 et transformer la réponse en la forme produit

    x(t)=2Aω02Ω2sin((ω0Ω)t2)sin((ω0+Ω)t2).x(t) = \frac{2A}{\omega_0^2 - \Omega^2}\, \sin\Bigl(\frac{(\omega_0 - \Omega)t}2\Bigr) \sin\Bigl(\frac{(\omega_0 + \Omega)t}2\Bigr) .
  3. Pour Ω\Omega proche de ω0\omega_0, lire le produit comme une oscillation rapide à la pulsation ω0+Ω2\frac{\omega_0 + \Omega}2 modulée par une enveloppe lente de pulsation ω0Ω2\frac{\abs{\omega_0 - \Omega}}2 : les battements. Donner la période de l’enveloppe et l’amplitude maximale, et remarquer comment toutes deux explosent quand Ωω0\Omega \to \omega_0.
  4. Fixer tt et faire tendre Ωω0\Omega \to \omega_0 dans la formule de la question 19 : montrer que la limite est

    x(t)=Atsin(ω0t)2ω0,x_\infty(t) = \frac{A\,t\,\sin(\omega_0 t)}{2\omega_0} ,

    et vérifier directement que xx_\infty est solution de l’équation résonante x+ω02x=Acos(ω0t)x'' + \omega_0^2 x = A\cos(\omega_0 t) avec x(0)=x(0)=0x(0) = x'(0) = 0 (à comparer avec l’Exemple 5.19) : la résonance est la limite de battements toujours plus lents et toujours plus grands.

  5. Opposer les deux destins de la résonance : croissance linéaire At2ω0\frac{At}{2\omega_0} sans amortissement, contre saturation à RmaxQAω02R_{\max} \approx Q\,\frac{A}{\omega_0^2} avec un amortissement faible. En une phrase : quel mécanisme physique convertit le premier en le second ?

Partie V — Bilan d’énergie et synthèse.

  1. Dans le régime permanent de la partie II, calculer la moyenne sur une période 2πΩ\frac{2\pi}\Omega (a) de la puissance injectée par l’excitation, Pin(t)=Acos(Ωt)xp(t)P_{\mathrm{in}}(t) = A\cos(\Omega t) \cdot x_p'(t), et (b) de la puissance dissipée par l’amortissement, Pdiss(t)=2λxp(t)2P_{\mathrm{diss}}(t) = 2\lambda\,x_p'(t)^2. Montrer que les deux moyennes valent λR2Ω2\lambda\,R^2\Omega^2 : l’excitation fournit exactement ce que l’amortissement brûle — c’est pourquoi le régime permanent est permanent.
  2. Où exactement le problème a-t-il utilisé : (i) le théorème de structure Théorème 5.12 ; (ii) la méthode de l’exponentielle complexe ; (iii) une étude de fonction d’une variable réelle dans le style du Chapitre 4 ? Une phrase pour chacun.
  3. Synthèse : décrire la carte complète des comportements de (EΩ)(E_\Omega) — libre contre forcé, amorti contre non amorti, le rôle de QQ comme unique cadran sans dimension réglant la hauteur du pic, la bande passante et la durée de vie du transitoire — et indiquer où l’histoire se poursuit : systèmes 2×22 \times 2 du premier ordre (Chapitre 21 et le volume de Licence 2) et décomposition d’une excitation périodique générale en sinusoïdes (séries de Fourier, dans le volume de Licence 3), pour laquelle le cas sinusoïdal de ce problème est la brique fondamentale.
Solution

Solution de Problème 5.1.

1. χ(r)=r2+2λr+ω02\chi(r) = r^2 + 2\lambda r + \omega_0^2, Δ=4(λ2ω02)<0\Delta = 4(\lambda^2 - \omega_0^2) < 0 pour 0<λ<ω00 < \lambda < \omega_0 : racines λ±iωd-\lambda \pm \iu\omega_d, donc d’après le Théorème 5.10

x(t)=eλt(λ1cosωdt+μ1sinωdt),(λ1,μ1)R2.x(t) = \eu^{-\lambda t}\bigl(\lambda_1\cos\omega_d t + \mu_1\sin\omega_d t\bigr), \qquad (\lambda_1, \mu_1) \in \R^2 .

Pour λ=0\lambda = 0 : x=λ1cosω0t+μ1sinω0tx = \lambda_1\cos\omega_0 t + \mu_1\sin\omega_0 t. Les régimes critique (λ=ω0\lambda = \omega_0) et suramorti (λ>ω0\lambda > \omega_0) sont ceux de l’Exercice 5.9 (après changement d’échelle de temps) : (λ1+μ1t)eλt(\lambda_1 + \mu_1 t)\eu^{-\lambda t}, resp. des combinaisons de er±t\eu^{r_\pm t} avec r±=λ±λ2ω02r_\pm = -\lambda \pm \sqrt{\lambda^2 - \omega_0^2}.

2. Sous-amorti : xeλt(λ1+μ1)0\abs x \leq \eu^{-\lambda t}(\abs{\lambda_1} + \abs{\mu_1}) \to 0. Critique : (λ1+μ1t)eλt0(\lambda_1 + \mu_1 t)\eu^{-\lambda t} \to 0 puisque les exponentielles l’emportent sur les polynômes (Proposition 4.6). Suramorti : r<r+=λ+λ2ω02<0r_- < r_+ = -\lambda + \sqrt{\lambda^2 - \omega_0^2} < 0 car λ2ω02<λ\sqrt{\lambda^2 - \omega_0^2} < \lambda ; les deux exponentielles décroissent.

3. Le long d’une solution de (H)(H), en utilisant x=2λxω02xx'' = -2\lambda x' - \omega_0^2 x :

E(t)=xx+ω02xx=x(2λxω02x)+ω02xx=2λx20.\mathcal E'(t) = x'x'' + \omega_0^2 x x' = x'\bigl(-2\lambda x' - \omega_0^2 x\bigr) + \omega_0^2 xx' = -2\lambda\,x'^2 \leq 0 .

Si x(t0)=x(t0)=0x(t_0) = x'(t_0) = 0 alors E(t0)=0\mathcal E(t_0) = 0 ; E\mathcal E est positive et décroissante, donc E0\mathcal E \equiv 0 sur [t0,+)\intco{t_0}{+\infty}, ce qui force x0x \equiv 0 sur cet intervalle ; pour tt0t \leq t_0, appliquons le même raisonnement à x~(t)=x(2t0t)\tilde x(t) = x(2t_0 - t), qui est solution de l’équation d’amortissement λ-\lambda mais vérifie toujours E~(t0)=0\tilde{\mathcal E}(t_0) = 0 et E~=+2λx~20\tilde{\mathcal E}' = +2\lambda\tilde x'^2 \geq 0 avec E~0\tilde{\mathcal E} \geq 0 ; positive, croissante et nulle à l’extrémité droite de (,t0]\intoc{-\infty}{t_0} signifie nulle partout. Donc x0x \equiv 0 sur R\R — une démonstration énergétique de l’unicité, valable pour tout λ0\lambda \geq 0.

4. x(t+Td)=ReλteλTdcos(ωdt+2πφ)=eλTdx(t)x(t + T_d) = R\,\eu^{-\lambda t}\eu^{-\lambda T_d}\cos(\omega_d t + 2\pi - \varphi) = \eu^{-\lambda T_d}x(t). Le facteur de réduction par pseudo-période est eδ\eu^{-\delta} avec δ=λTd=2πλωd\delta = \lambda T_d = \frac{2\pi\lambda}{\omega_d}. Pour ω0=1\omega_0 = 1, λ=0.1\lambda = 0.1 : ωd=0.99=0.99499\omega_d = \sqrt{0.99} = 0.99499, donc δ=0.628320.99499=0.6315\delta = \frac{0.62832}{0.99499} = 0.6315 : chaque oscillation conserve e0.6353 %\eu^{-0.63} \approx 53~\% de son amplitude.

5. Le facteur d’amplitude est eλt\eu^{-\lambda t}, qui est divisé par e\eu sur une durée t=1λt = \frac1\lambda. Cet intervalle contient 1/λTd=ωd2πλ\frac{1/\lambda}{T_d} = \frac{\omega_d}{2\pi\lambda} pseudo-périodes. Pour λω0\lambda \ll \omega_0, ωdω0\omega_d \approx \omega_0 et cela vaut ω02πλ=Qπ\approx \frac{\omega_0}{2\pi\lambda} = \frac Q\pi. Une corde de guitare de Q=300Q = 300 vibre pendant environ une centaine de périodes ; un ferme-porte de Q=1Q = 1 n’en achève même pas une.

6. En substituant zeiΩtz\,\eu^{\iu\Omega t} dans le membre de gauche, on obtient z(Ω2+2iλΩ+ω02)eiΩtz\,(-\Omega^2 + 2\iu\lambda\Omega + \omega_0^2)\,\eu^{\iu\Omega t}, qui vaut AeiΩtA\,\eu^{\iu\Omega t} exactement pour z=Aω02Ω2+2iλΩz = \frac{A}{\omega_0^2 - \Omega^2 + 2\iu\lambda\Omega} (le dénominateur est non nul : sa partie imaginaire vaut 2λΩ>02\lambda\Omega > 0). Comme les coefficients sont réels, la partie réelle xp=(zeiΩt)x_p = \Re\bigl(z\eu^{\iu\Omega t}\bigr) est solution de l’équation de second membre (AeiΩt)=AcosΩt\Re\bigl(A\eu^{\iu\Omega t}\bigr) = A\cos\Omega t.

7. Écrivons ω02Ω2+2iλΩ=Deiφ\omega_0^2 - \Omega^2 + 2\iu\lambda\Omega = \sqrt{D}\,\eu^{\iu\varphi} avec D=(ω02Ω2)2+4λ2Ω2D = (\omega_0^2 - \Omega^2)^2 + 4\lambda^2\Omega^2 et φ(0,π)\varphi \in \intoo0\pi (la partie imaginaire 2λΩ2\lambda\Omega est positive), de sorte que tanφ=2λΩω02Ω2\tan\varphi = \frac{2\lambda\Omega}{\omega_0^2 - \Omega^2}. Alors z=ADeiφz = \frac{A}{\sqrt D}\eu^{-\iu\varphi} et

xp(t)=(ADei(Ωtφ))=Rcos(Ωtφ),R=AD.x_p(t) = \Re\Bigl(\frac A{\sqrt D}\,\eu^{\iu(\Omega t - \varphi)}\Bigr) = R\cos(\Omega t - \varphi), \qquad R = \frac A{\sqrt D} .

8. Quand Ω0+\Omega \to 0^+ : Dω04D \to \omega_0^4, donc RA/ω02R \to A/\omega_0^2 et tanφ0+\tan\varphi \to 0^+ avec φ(0,π2)\varphi \in \intoo0{\frac\pi2} : φ0\varphi \to 0. La masse suit la force de manière quasi-statique, déplacée de force/raideur. Quand Ω+\Omega \to +\infty : DΩ4D \sim \Omega^4, donc RA/Ω20R \sim A/\Omega^2 \to 0, et φπ\varphi \to \pi (le nombre complexe ω02Ω2+2iλΩ\omega_0^2 - \Omega^2 + 2\iu\lambda\Omega gagne le deuxième quadrant avec un argument π\to \pi) : la masse bouge à peine, et en opposition de phase — l’inertie domine.

9. D’après le Théorème 5.12 (1), toute solution s’écrit x=xp+xhx = x_p + x_h avec xhx_h solution de (H)(H) ; d’après la question 2, xh(t)0x_h(t) \to 0, donc x(t)xp(t)0x(t) - x_p(t) \to 0 : toutes les solutions convergent vers le même régime permanent. Les conditions initiales ne façonnent que le transitoire.

10. Si xx est une solution périodique, xxp=xhx - x_p = x_h est une solution périodique de (H)(H) qui tend vers 00 en ++\infty ; une fonction périodique de limite 00 est identiquement nulle (ses valeurs sur une période se répètent indéfiniment, donc toute valeur est limite d’une suite extraite tendant vers 00). Donc x=xpx = x_p.

11. Ici λ=1\lambda = 1, ω02=2\omega_0^2 = 2, Ω=1\Omega = 1, A=1A = 1 : z=121+2i=12i5z = \frac1{2 - 1 + 2\iu} = \frac{1 - 2\iu}5, donc

xp=((12i)(cost+isint)5)=cost+2sint5.x_p = \Re\Bigl(\frac{(1 - 2\iu)(\cos t + \iu\sin t)}5\Bigr) = \frac{\cos t + 2\sin t}5 .

Équation homogène : les racines de r2+2r+2r^2 + 2r + 2 sont 1±i-1 \pm \iu : xh=et(Ccost+Ssint)x_h = \eu^{-t}(C\cos t + S\sin t). Conditions : x(0)=15+C=0x(0) = \frac15 + C = 0 donne C=15C = -\frac15 ; en dérivant, x(0)=25C+S=0x'(0) = \frac25 - C + S = 0 donne S=C25=35S = C - \frac25 = -\frac35. D’où

x(t)=cost+2sint5permanentetcost+3sint5transitoire,x(t) = \underbrace{\frac{\cos t + 2\sin t}5}_{\text{permanent}} - \underbrace{\eu^{-t}\,\frac{\cos t + 3\sin t}5}_{\text{transitoire}} ,

le transitoire s’éteignant comme et\eu^{-t}.

12. En développant, g(u)=u22(ω022λ2)u+ω04=(uur)2+g(ur)g(u) = u^2 - 2(\omega_0^2 - 2\lambda^2)u + \omega_0^4 = (u - u_r)^2 + g(u_r) avec ur=ω022λ2u_r = \omega_0^2 - 2\lambda^2 et

g(ur)=ω04ur2=(ω02ur)(ω02+ur)=2λ2(2ω022λ2)=4λ2(ω02λ2).g(u_r) = \omega_0^4 - u_r^2 = (\omega_0^2 - u_r)(\omega_0^2 + u_r) = 2\lambda^2\bigl(2\omega_0^2 - 2\lambda^2\bigr) = 4\lambda^2(\omega_0^2 - \lambda^2) .

Si 2λ2<ω022\lambda^2 < \omega_0^2, alors ur>0u_r > 0 est un carré de pulsation admissible : gg y admet un minimum strict, donc R=A/gR = A/\sqrt g admet un maximum strict en Ωr=ur=ω022λ2\Omega_r = \sqrt{u_r} = \sqrt{\omega_0^2 - 2\lambda^2}, avec Rmax=A/g(ur)=A2λω02λ2R_{\max} = A/\sqrt{g(u_r)} = \frac{A}{2\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}}.

13. R(0)=A/ω02R(0) = A/\omega_0^2, donc

RmaxR(0)=ω022λω02λ2=ω02λω0ω02λ2=Q(1λ2ω02)1/2Q.\frac{R_{\max}}{R(0)} = \frac{\omega_0^2}{2\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}} = \frac{\omega_0}{2\lambda}\cdot \frac{\omega_0}{\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}} = Q\,\Bigl(1 - \frac{\lambda^2}{\omega_0^2}\Bigr)^{-1/2} \geq Q .

Pour un amortissement faible, le facteur correctif est proche de 11 : la résonance multiplie le déplacement statique par essentiellement QQ.

14. V(Ω)2=A2ug(u)V(\Omega)^2 = \frac{A^2 u}{g(u)} avec u=Ω2u = \Omega^2. Sa dérivée a le signe de g(u)ug(u)=(ω02u)2+4λ2uu(2(uω02)+4λ2)=(ω02u)2+2u(ω02u)=(ω02u)(ω02+u)g(u) - u\,g'(u) = (\omega_0^2 - u)^2 + 4\lambda^2 u - u\bigl(2(u - \omega_0^2) + 4\lambda^2\bigr) = (\omega_0^2 - u)^2 + 2u(\omega_0^2 - u) = (\omega_0^2 - u)(\omega_0^2 + u), positif pour u<ω02u < \omega_0^2 et négatif au-delà : maximum strict exactement en Ω=ω0\Omega = \omega_0, et ce pour tout amortissement. Là, tanφ\tan\varphi explose avec φ(0,π)\varphi \in \intoo0\pi : φ=π2\varphi = \frac\pi2, et xp(t)=RΩsin(Ωtπ2)=RΩcos(Ωt)x_p'(t) = -R\Omega\sin(\Omega t - \frac\pi2) = R\Omega\cos(\Omega t) est exactement en phase avec la force : transfert de puissance optimal.

15. R=Rmax/2    g(u)=2g(ur)    (uur)2=g(ur)=4λ2(ω02λ2)R = R_{\max}/\sqrt2 \iff g(u) = 2g(u_r) \iff (u - u_r)^2 = g(u_r) = 4\lambda^2(\omega_0^2 - \lambda^2), d’où

u±=ur±2λω02λ2,Ω+2Ω2=4λω02λ2.u_\pm = u_r \pm 2\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2}, \qquad \Omega_+^2 - \Omega_-^2 = 4\lambda\sqrt{\omega_0^2 - \lambda^2} .

Ensuite Ω+Ω=Ω+2Ω2Ω++Ω\Omega_+ - \Omega_- = \frac{\Omega_+^2 - \Omega_-^2}{\Omega_+ + \Omega_-}, et pour λω0\lambda \ll \omega_0 on a Ω±ω0\Omega_\pm \approx \omega_0 pour les deux : Ω+Ω4λω02ω0=2λ\Omega_+ - \Omega_- \approx \frac{4\lambda\omega_0}{2\omega_0} = 2\lambda, donc ω0Ω+Ωω02λ=Q\frac{\omega_0}{\Omega_+ - \Omega_-} \approx \frac{\omega_0}{2\lambda} = Q. Mesurer la largeur d’un pic de résonance, c’est mesurer son facteur de qualité.

16. Q=10Q = 10 ; Ωr=12(0.05)2=0.995=0.9975\Omega_r = \sqrt{1 - 2(0.05)^2} = \sqrt{0.995} = 0.9975 ; Rmax=12×0.0510.0025=10.1×0.99875=10.01R_{\max} = \frac1{2 \times 0.05 \sqrt{1 - 0.0025}} = \frac1{0.1 \times 0.99875} = 10.01 ; réponse statique R(0)=1R(0) = 1 ; bande passante 2λ=0.1\approx 2\lambda = 0.1. Une pointe haute et fine de hauteur Q\approx Q au-dessus d’un plateau de hauteur 11.

17. Si 2λ2ω022\lambda^2 \geq \omega_0^2 alors ur0u_r \leq 0 et g(u)=2(uur)>0g'(u) = 2(u - u_r) > 0 pour tout u>0u > 0 : gg croît strictement sur (0,+)\intoo0{+\infty}, donc R=A/gR = A/\sqrt g décroît strictement à partir de R(0)=A/ω02R(0) = A/\omega_0^2 : la réponse est maximale à pulsation nulle et il n’y a aucun pic.

18. γ=iΩ\gamma = \iu\Omega n’est pas racine de r2+ω02r^2 + \omega_0^2 (puisque Ωω0\Omega \neq \omega_0), donc la Méthode 5.13 avec m=0m = 0 donne xp=AcosΩtω02Ω2x_p = \frac{A\cos\Omega t}{\omega_0^2 - \Omega^2} (substituer et vérifier : Ω2+ω02-\Omega^2 + \omega_0^2 fois le cosinus). Solution générale :

x(t)=AcosΩtω02Ω2+λ1cosω0t+μ1sinω0t.x(t) = \frac{A\cos\Omega t}{\omega_0^2 - \Omega^2} + \lambda_1\cos\omega_0 t + \mu_1\sin\omega_0 t .

19. x(0)=0x(0) = 0 impose λ1=Aω02Ω2\lambda_1 = -\frac A{\omega_0^2 - \Omega^2}, et x(0)=0x'(0) = 0 impose μ1=0\mu_1 = 0 :

x(t)=Aω02Ω2(cosΩtcosω0t)=2Aω02Ω2sin((ω0Ω)t2)sin((ω0+Ω)t2),x(t) = \frac{A}{\omega_0^2 - \Omega^2}\, \bigl(\cos\Omega t - \cos\omega_0 t\bigr) = \frac{2A}{\omega_0^2 - \Omega^2}\, \sin\Bigl(\frac{(\omega_0 - \Omega)t}2\Bigr) \sin\Bigl(\frac{(\omega_0 + \Omega)t}2\Bigr) ,

par la formule de factorisation cosacosb=2sinba2sinb+a2\cos a - \cos b = 2\sin\frac{b - a}2\sin\frac{b + a}2 appliquée avec a=Ωta = \Omega t, b=ω0tb = \omega_0 t.

20. Pour Ω\Omega proche de ω0\omega_0, le second sinus oscille à la pulsation rapide ω0+Ω2ω0\frac{\omega_0 + \Omega}2 \approx \omega_0, tandis que le premier est une enveloppe lente de pulsation ω0Ω2\frac{\abs{\omega_0 - \Omega}}2 : l’amplitude de l’oscillation rapide croît et décroît avec une période d’enveloppe 2πω0Ω\frac{2\pi}{\abs{\omega_0 - \Omega}} (deux battements par période d’enveloppe), atteignant des maxima 2Aω02Ω2\frac{2A}{\abs{\omega_0^2 - \Omega^2}}. Quand Ωω0\Omega \to \omega_0, les battements deviennent à la fois plus lents (période \to \infty) et plus amples (amplitude \to \infty).

21. Fixons tt. Quand Ωω0\Omega \to \omega_0 :

2Aω02Ω2sin((ω0Ω)t2)=2Aω0+Ωsin((ω0Ω)t2)ω0Ω2A2ω0t2=At2ω0,\frac{2A}{\omega_0^2 - \Omega^2}\sin\Bigl(\frac{(\omega_0 - \Omega)t}2\Bigr) = \frac{2A}{\omega_0 + \Omega}\cdot \frac{\sin\bigl(\frac{(\omega_0 - \Omega)t}2\bigr)} {\omega_0 - \Omega} \longrightarrow \frac{2A}{2\omega_0}\cdot\frac t2 = \frac{At}{2\omega_0} ,

tandis que sin((ω0+Ω)t2)sin(ω0t)\sin\bigl(\frac{(\omega_0 + \Omega)t}2\bigr) \to \sin(\omega_0 t) : la limite est x(t)=Atsinω0t2ω0x_\infty(t) = \frac{At\sin\omega_0 t}{2\omega_0}. Vérification directe : avec C=A2ω0C = \frac A{2\omega_0}, x=Ctsinω0tx_\infty = Ct\sin\omega_0 t vérifie x=2Cω0cosω0tCω02tsinω0tx_\infty'' = 2C\omega_0\cos\omega_0 t - C\omega_0^2 t \sin\omega_0 t, donc x+ω02x=2Cω0cosω0t=Acosω0tx_\infty'' + \omega_0^2 x_\infty = 2C\omega_0\cos\omega_0 t = A\cos\omega_0 t, avec x(0)=0x_\infty(0) = 0 et x(0)=Csin0+Cω00cos0=0x_\infty'(0) = C\sin 0 + C\omega_0 \cdot 0 \cdot \cos 0 = 0 — pour ω0=A=1\omega_0 = A = 1, c’est exactement l’Exemple 5.19. La résonance est la dégénérescence des battements : la première enflure de l’enveloppe, étirée jusqu’à une longueur infinie.

22. Sans amortissement, l’amplitude résonante croît linéairement et sans borne ; avec un amortissement λ>0\lambda > 0, la croissance sature à RmaxQAω02R_{\max} \approx Q\,\frac A{\omega_0^2}. Le mécanisme : la dissipation retire de l’énergie à un rythme qui croît avec l’amplitude (question 23), de sorte que la montée s’arrête exactement lorsque l’amortissement brûle l’énergie aussi vite que l’excitation la fournit.

23. Avec xp=RΩsin(Ωtφ)x_p' = -R\Omega\sin(\Omega t - \varphi), sur une période les moyennes cos2=sin2=12\langle\cos^2\rangle = \langle\sin^2\rangle = \frac12 et sincos=0\langle\sin\cos\rangle = 0 donnent :

Pdiss=2λR2Ω2sin2(Ωtφ)=λR2Ω2;\langle P_{\mathrm{diss}}\rangle = 2\lambda\,R^2\Omega^2\,\langle\sin^2(\Omega t - \varphi)\rangle = \lambda R^2\Omega^2 ;

et en développant sin(Ωtφ)=sinΩtcosφcosΩtsinφ\sin(\Omega t - \varphi) = \sin\Omega t\cos\varphi - \cos\Omega t\sin\varphi :

Pin=ARΩcosΩtsin(Ωtφ)=ARΩsinφ2.\langle P_{\mathrm{in}}\rangle = -AR\Omega\,\bigl\langle\cos\Omega t\,\sin(\Omega t - \varphi)\bigr\rangle = AR\Omega\,\frac{\sin\varphi}2 .

Comme sinφ=2λΩD=2λΩRA\sin\varphi = \frac{2\lambda\Omega}{\sqrt D} = \frac{2\lambda\Omega R}A, cela vaut ARΩ22λΩRA=λR2Ω2\frac{AR\Omega}2 \cdot \frac{2\lambda\Omega R}A = \lambda R^2\Omega^2 : les puissances injectée et dissipée s’équilibrent exactement — la propriété caractéristique d’un régime permanent.

24. (i) Le théorème de structure a séparé chaque solution en régime permanent plus transitoire (questions 9 à 11) et a ramené l’unicité au problème homogène. (ii) La méthode complexe a transformé la recherche d’une solution particulière en une seule division de nombres complexes (question 6), l’amplitude et la phase se lisant sur un module et un argument. (iii) La courbe de résonance est une pure étude de fonction — un trinôme en u=Ω2u = \Omega^2, son minimum, ses lignes de niveau — dans le style du Chapitre 4 (questions 12 à 17).

25. Libre et amorti : pseudo-oscillations décroissantes, durée de vie 1λ\frac1\lambda, environ Qπ\frac Q\pi oscillations. Forcé et amorti : les transitoires meurent, et un unique régime permanent sinusoïdal survit à la pulsation d’excitation, avec une amplitude qui culmine près de ω0\omega_0 (hauteur Q×\approx Q \times la réponse statique, largeur ω0Q\approx \frac{\omega_0}Q) et une phase qui balaie de 00 à π\pi en passant par π2\frac\pi2 en ω0\omega_0. Libre et non amorti : oscillation perpétuelle. Forcé et non amorti : des battements, dégénérant en une résonance à croissance linéaire à l’accord exact. Un seul nombre sans dimension, Q=ω02λQ = \frac{\omega_0}{2\lambda}, règle tout — hauteur du pic, bande passante et durée de vie du transitoire sont trois lectures du même cadran. La suite : réécrire x+2λx+ω02xx'' + 2\lambda x' + \omega_0^2x comme un système du premier ordre ouvre les méthodes matricielles du Chapitre 21 et du volume de Licence 2, et décomposer une excitation périodique quelconque en sinusoïdes (séries de Fourier, volume de Licence 3) fait de l’analyse à une seule fréquence de ce problème la brique universelle : résoudre pour chaque fréquence, puis superposer.